Architecture en Chine - Ordre des architectes du Québec (OAQ)

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Architecture en Chine - Ordre des architectes du Québec (OAQ)

14 I DOSSIER I ARCHITECTURE EN CHINE

Jean-Sébastien Bourdages cite en exemple

l’obligation d’un minimum de fenêtres et une

orientation qui permet au moins une heure

d’ensoleillement par jour dans les logements. « Il

y a quelques années, lorsqu’on proposait des

idées respectueuses de l’environnement, les

clients répondaient “Combien ça coûte ?”

Aujourd’hui, comme en Occident, il y a plus

d’ouverture. »

ÉCHANGES CULTURELS

La Chine s’ouvre au monde et le monde s’ouvre

aussi à la Chine. Ainsi, les Occidentaux apprennent

à faire des affaires à la chinoise. « On a malheureusement

gardé pendant longtemps l’image du

“méchant Chinois” comme dans Tintin, mais la

grande majorité des gens avec qui on travaille

sont très agréables », constate Pierre Corriveau.

Cela dit, le choc des cultures existe, et des problèmes

surviennent de temps à autre. « Le mandat

actuel va comme sur des roulettes, mais sur des

projets précédents, on a eu des expériences très

stressantes. Nous avons notamment eu de la

difculté à nous faire payer, car le client se disait

insatisfait et exigeait toujours plus. C’était

vraiment à en perdre patience », se souvient-il. Le

Québec ne détiendrait donc pas le monopole des

clients difciles ?

À cela s’ajoute la barrière (importante) de la

langue, de même que la lourdeur administrative

et hiérarchique. « Lors d’une réunion, il est fréquent

qu’en plus des personnes principales assises

autour de la table, il y ait une deuxième rangée

de personnes assises derrière. Le rôle de ces

protagonistes “de second rang” n’est pas clair»,

explique Pierre Corriveau. « Si vous sortez manger

au restaurant, les Chinois s’assoient toujours en

vis-à-vis selon le rang dans la hiérarchie, ajoute

Robert Lapierre. Si vous envoyez un représentant

de votre rme à une rencontre, il faut vous

assurer de ne pas envoyer une personne de “rang”

inférieur la fois suivante, car ce serait perçu

comme une insulte. » Mais à mesure que la plus

jeune génération – souvent éduquée en Occident

ou rompue aux mœurs occidentales – arrive au

pouvoir, ces crispations tendraient à disparaître.

Naviguer à travers la bureaucratie chinoise met

toutefois en lumière plusieurs contradictions.

« Les Chinois sont très forts pour mettre sur pied

des infrastructures très rapidement. Un projet est

à peine amorcé que la route est déjà construite.

En Inde, ce serait l’inverse : le projet serait

terminé, tout étincelant, et il n’y aurait encore

qu’une route de terre pour s’y rendre. Mais si

certains processus vont vite comme l’éclair,

parfois tout s’arrête pendant des semaines pour

un truc bête qu’on aurait pris deux jours à régler

au Québec», observe Jean-Sébastien Bourdages.

À cela s’ajoute le « oui chinois » ou l’absence de

« non ». « En mandarin, le mot “non” n’existe

pas comme en français. Lorsque vous posez une

question, on vous répond presque invariablement

“oui”. Mais ce “oui” veut plutôt dire “J’ai

compris ta demande”. Il faut donc parfois poser

et reposer la même question de plusieurs façons

différentes avant d’obtenir une réponse claire,

conseille Pierre Corriveau. Il faut se mettre en

position d’apprentissage. »

AGENT SOLO

Alors, le jeu en vaut-il la chandelle? Jean-Sébastien

Bourdages met en garde les jeunes loups qui

rêvent d’être envoyés en Chine, toutes dépenses

payées, par de grandes rmes : « Les “packages”

d’expatriation sont de moins en moins nombreux,

on voit davantage de jeunes architectes débarquer

ici seuls pour chercher du boulot. »

Cela étant dit, les besoins en talent sont encore

bien réels, et la Chine sert aussi de plateforme

pour aller explorer les autres marchés du continent

asiatique. Jean-Sébastien Bourdages partagera

bientôt son temps entre le bureau de B + H à

Shanghai et le nouveau bureau au Vietnam. «

La Chine attire surtout de jeunes architectes qui

n’ont pas encore de famille et qui veulent travailler

à des projets d’envergure. Au Québec, on dit

encore que tu es un “jeune” architecte quand tu

as 45 ans. Ici, tu n’as pas besoin d’attendre

d’avoir des cheveux blancs pour être respecté ! »

précise-t-il.

Ruée vers l’or ? Financièrement parlant, la Chine

est un marché extrêmement inégal. Les grandes

signatures comme Rem Koolhas et Paul Andreu

dégotent évidemment des cachets astronomiques,

et la rémunération des talents dans les agences

étrangères établies là-bas peut parfois dépasser,

et de loin, le plafond salarial québécois, mais il

semble y avoir trop de variables pour que l’on

puisse établir une moyenne. « C’est très difcile

de comparer. Je dirais qu’on est beaucoup moins

payés qu’on ne le serait pour le même projet au

Québec – mais un projet de cette envergure ne

pourrait pas exister ici ! La chance de travailler à

des grands projets est donc quelque chose qui se

monnaie », conclut Martin Leblanc.

Le plus grand attrait de la Chine est sans doute

cet aspect d’immense chantier en devenir. Et

comme le dit Jean-Sébastien Bourdages, « les

architectes s’épanouissent toujours dans des

endroits inachevés ». ■

NOUVEL AÉROPORT ORDOS, MONGOLIE CENTRALE, B+H ARCHITECTS

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