Architecture en Chine - Ordre des architectes du Québec (OAQ)

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Architecture en Chine - Ordre des architectes du Québec (OAQ)

que soit la ville. » Les problèmes environnementaux

ne semblent pas non plus une

légende. « Les Chinois partent de très loin,

constate Robert Chicoine, président de l’Ordre

des urbanistes du Québec et urbaniste chez

Aecom Tecsult. Ils ont des villes extrêmement

denses et polluées, et de nombreux éléments

vont à l’encontre du développement durable. »

Cela n’empêche pas l’urbaniste de mettre la Chine

à égalité avec le Québec : « Les Chinois font des

expériences que nous n’osons pas faire, mais il y

a une conscience supérieure au Québec et plus de

professionnalisme en ce qui concerne les normes

architecturales et le suivi réglementaire des

projets.» En effet, la seule certication qui existe

en Chine semble être le Green Building Label, mis

en place par le gouvernement chinois en 2007.

Les participants à la mission n’ont pas réussi à

comprendre quels en étaient les critères exacts,

si ce n’est qu’il oblige – un peu comme LEED – à

une réexion pendant la conception qui ne tient

pas compte de l’entretien ni de la vérication des

opérations une fois le bâtiment érigé.

Robert Chicoine a beaucoup apprécié cette mission

exploratrice enrichissante. « Nous n’avons pas

nécessairement découvert des techniques, mais

nous avons vu de beaux exemples, comme des

constructions équipées de toits verts. Ces

expériences restent toutefois des cas isolés qui

ne sont pas répartis sur le territoire, même si le

mouvement vers le développement durable et la

volonté existent. »

QUESTION D’IMAGE

C’est peut-être un peu ce qui explique pourquoi

Isabelle Julien, architecte chez Arcop, a parfois

eu le sentiment que les projets exemplaires

servaient avant tout l’image et qu’il s’agissait

plutôt de « représentation que de vrais gestes ».

Là-bas comme ici, les as du marketing semblent

avoir découvert le greenwashing. « En Chine, les

apparences sont importantes, constate Guylaine

Desmarais. Il faut montrer qu’on avance, même

si la réalité ne suit pas toujours et que la façon

de faire est loin d’être parfaite. En même temps,

on sent une vraie conscience des défis, un

enthousiasme et une motivation. Il y a une

progression, mais pas autant qu’on voudrait le

faire croire. »

L’ambitieux projet d’Éco-cité de Tianjin en est

l’illustration. Il s’agit de créer de toutes pièces

une ville écologique de 350 000 habitants. Pour

l’instant, le projet est plutôt embryonnaire : il

n’existe qu’un seul bâtiment qui ressemble à un

pavillon des ventes avec une immense table de

conférence où peuvent prendre place 50 personnes,

chacune disposant d’un écran. « Le projet

global est impressionnant et avant-gardiste,

raconte Guylaine Desmarais. J’ai cependant des

doutes. Aucune technique spécique n’a été

présentée et certains éléments ne sont pas clairs.

Les responsables afrment mettre en place “les

plus hautes normes de qualité sur la planète

pour chaque bâtiment à venir”. Qu’est-ce que

ça signifie ? » Même son de cloche de la part

de Robert Chicoine : « Cette visite a été un des

attraits de notre séjour. L’Éco-cité est une idée

visionnaire, mais elle rassemble plusieurs petits

projets non harmonisés. Il y a innovation

notamment en récupération des eaux et en

gestion des déchets. Cela dit, la présentation

m’a fait plutôt penser à celle d’un promoteur

cherchant des investisseurs internationaux. »

ESQUISSES FÉVRIER-MARS 2010 I 9

UN MARCHÉ À CONQUÉRIR

La mission se voulait avant tout commerciale, en

plus d’être une occasion de rencontres entre

entreprises privées québécoises et chinoises. Le

président de l’Ordre des urbanistes s’y rendait

aussi pour explorer cet aspect. « Ce pays

représente un gros marché potentiel, essentiellement

en périphérie des grandes villes. Il y a

encore beaucoup de place pour de nouvelles

expériences. Toutefois, réussir à y percer paraît

difcile. Bien entendu, la langue constitue un

premier obstacle, mais la prospection se fait aussi

de façon très différente de chez nous. » Pour les

urbanistes, la tâche n’est pas facile. Les terrains,

par exemple, n’appartiennent pas aux promoteurs,

mais à l’État, qui ne semble pas mettre en œuvre

une vision globale et prend des décisions à la

pièce. La planification frôle le degré zéro. « Il y

a peu d’urbanistes en pratique privée au

Québec et donc peu de firmes susceptibles

d’ouvrir un bureau en Chine. C’est différent

pour les architectes, qui ont des possibilités de

collaborations ponctuelles. Néanmoins, certains

bureaux d’urbanistes québécois sont déjà

présents en Chine et y font du design urbain. Il

faut cependant avoir les reins solides et accepter

PHOTO I GUYLAINE DESMARAIS

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