dimanche 28 août

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dimanche 28 août

muni! CINQUIÈME ANNÉE ; N° 235 IIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIHIMIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIHIIIIIIIM uiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiimiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiuMMiiiiiiiiiiiiiiHiiiiiiiii LE 28 AOUT 1927 •«


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dans les diverses spécialités : Électricité, Radiotélégraphie, Mécanique,

Automobile, Aviation, Métallurgie, Mines, Travaux- publics, Béton

armé, Chauffage central, Architecture, Topographie, Froid, Chimie, Agriculture,

Agriculture coloniale.

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et de la Bourse, des Assurances et de l'Industrie hôtelière.

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Broch. 1861 : Orthographe, Rédaction, Rédaction de lettres, Calcul, Dessin, Ecriture,

Calligraphie.

Broch. 1864 : Carrières de la Marine marchande.

Broch. 1872 : Solfège, Piano, Violon, Transposition, Harmonie, Contrepoint, Fugue,

Composition, Orchestration, Professorats.

Broch. 1883 : Arts du Dessin (Dessin d'illustration, Composition décorative, Dessin de

figurines de mode, Aquarelle, Peinture, Gravure, Travaux d'agrément,

Anatomie artistique, Histoire de l'art, Préparations aux métiers d'art et

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Solution du problème para dans le dernier numéro

HORIZONTALEMENT. — 1, jeu de cartes ; 6, pillage VERTICALEMENT. — 1, hutte peau-rouge ; 2, inter-

d'une ville ; 8, abréviation d'une précaution contre le jection ; 3, ne sert pas ; 4, note ; 5, souverain d'Europe ;

feu; 11, cours, d'eau sibérien; 13, Mars ou Jupiter; 6, pressai ; 7, Champagne ; 8, cours d'eau français ; 9,

14, pour prendre les moineaux ; 15, coule en Suisse ; 16, division du franc ; 10, ce qu'est cette page ; 12, n'est pas

quadrupède ; 17, imperméable ; 19, partie de l'univers ; insipide ; 13, se lance au combat ; 16, au restaurant ; 18,

20, affirmation chez un voisin ; 21, à la jambe ; 24, sous- la fin de la journée ; 22, quadrupède ; 23, réunion de

préfecture; 26, arrose le Hanovre ; 27, père des nymphes personnes ; 25, ce qu'est le rosier ; 27, pour nier ; 28,

de la Méditerranée ; 30, outils ; 33, note ; 34, commence ravager la terre par l'eau ; 29, sœur d'Oreste ; 31, patrie

l'allégresse ; 35, moulure ; 36, au gland du chêne ; 38, d'Héliogabale ; 32, soigne les chevaux de course ; 33,

concernent les docteurs ; 40, terme du jeu de carte cité plume de l'aile ; 35, imitation servile ; 36, partie saillante

au premier mot ; 42, compris sous la même idée ; 44, sur du bois ; 37, route forestière ; 39, lieu de délices ;

pronom ; 45, qualité pour un vin ; 46, chez le photo- 41, département ; 43, s'intéresse aux animaux ; 47,

graphe ; 48, pénètre ; 49, concerne l'Océan.

conjonction.

Nous publierons la solution de ce problème dons le prochain numéro.

IIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIHIIIIIIIIIIIIIIIIIIIMIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIlinUIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIMIIIIIIIIIIIIIlllllllllllMllllllllllllllllllllllllllllll

DISTRACTIONS DU DIMANCHE

LISTE DES LAURÉATS ET SOLUTIONS DES PROBLÈMES POSÉS DANS LE MOIS DE JUILLET

L

ES douze premiers sont sans faute. Le jury

les a classés en tenant compte de certains

compléments de solutions fort heureux et

aussi de la présentation :

Mlle MARIE-THÉRÈSE VEAUX, à Beaujeu

(Rhône) ;

Mlle VANDEVELDE, 32, rue de l'Exposition,

Paris ;

M. ARTHUR CHABLE, instituteur, Saint-

Pierre-du-Regard, par Condé-sur-Noireau

(Calvados) ;

MUe GERMAINE BERTRAND, 32, rue du

Champ-du-Pardon, Rouen (Seine-Inférieure) ;

M. LE HUÉROU, 6, rue des Chartreux, Paris ;

M. LÉON CHÂTELAIN, Machemont (Oise) ;

M. ROGER BELINGARD, 18, place Verdun,

Périgueux (Dordogne) ;

M. A. COUSSOL, 36 bis, rue de Dunkerque,

Paris ;

M. JULES QUINTREL, école de garçons, Ebblinghem,

par Renescure (Nord) ;

iyi me S. CHAUSSÉ, 39, Grande Rue, Avon

(Seine-et-Marne) ;

-M. EDMOND ROUSSEL, place de la Gare,

Liffol-le-Grand (Vosges) ;

M. A. SMETH, 24, rue Vernier, Paris.

Les dix-huit suivants ont une de leur solution

acceptable, bien que ce ne soit pas la nôtre :

M. MAURICE JANSEN, 85, rue de l'Eglise,

Paris ; M me R. LÉGER, 4, rue Léon-Dessalles,

Périgueux (Dordogne); M me M.-L. PAYET,

4, rue Georges-Saché, Paris ; M me CLOSSON,

6, avenue de Cronstadt, Bry-sur-Marne (Seine);

M Ue FLAMENT, Henssé, par Le Teilleul

(Manche) ; M. A. SEMINARIÔ, Les Terrasses,

Villeneuve-les-Avignon (Gard) ; M. A. HE-

MARD, 2, avenue de l'Asile, Saint-Maurice

(Seine) ; M me LALLEMAND, 1, rue de l'Hôpital,

Semur-en-Auxois (Côte-d'Or); M. P. CHAT, 25,

rue Montgolfier» Pantin (Seine) ; M lle GROUESY,

13, rue des Deux-Puits, Sannois (Seine-et-

I. — (3 juillet). — LES PLAQUES TOURNANTES

II. — (3 juillet) GRYPTO PARTIELLE

Invité à dîner chez des amis, la semaine dernière, je me

suis mis, ce jour-là, en grande tenue et, comme je craignais

fort d'être en retard, j ai pris au passage un autobus. A

l'heure convenue, exactement, je sonnais à la porte. Malheureusement,

je m'étais trompé de jour et je trouvai

" visage de bois ' .

Il, — (10 juillet) FANTAISIE SYLLABIQUE

Ban-quet-te — Ber-gè-re — Ca-na-pé — Es-ca-beau —

Roc-hing-chair—Sel-let-te—Stra-pon-tm — Ta-bou-ret

— Cau-seu-se — Vol-tai-re. -

Oise) ; M. F. FOURNIE, 4, rue de Babylone,

Paris ; M. L. SCHAFFO, 98, boulevard Auguste-

Blanqui, Paris ; M. ANDRÉ GRALL, 2, rue de la

Mairie, Ivry-Centre (Seine) ; M me PIERRE RA-

BIET, Saint-Seine-sur-Vingeanne (Côte - d'Or) ;

M. PIERRE NIBARD, 197, avenue du Maine,

Paris ; M me JOURNET, 27, rue Haxo, Paris ;

M. EDMOND BOUTARIE, 15, rue Saint-Georges,

Valenciennes (Nord) ; M m? JoURNÉ, Î32, boulevard

Jean-Jaurès, Clichy (Seine).

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Cîcco ou stylographe plume or remplissage

automatique, pointe iridium 18

carats.

Beaucoup de concurrents ont obtenu dix-sept noms d'oiseaux

en employant deux fois les mêmes lettres Martin et

Martinet (n° II du 24 juillet).

D'autres ont fait une inversion dans le texte du n° III

du 24 juillet et ont commencé par la fin : De nos jeurs

tout est renversé.

Dans le n° I du 17 juillet, beaucoup ont répondu par un

mot de la question : Tiroir.

_ Dans le n° IV du 24 juillet : Sidis n'est pas " peuples

d'Orient ".

Nous mettons en garde nos lecteurs contre ces erreurs

et d autres du même genre, qui peuvent leur échapper et qui

empêchent leur classement en aussi bonne place qu'ils pouvaient

l'espérer.

NOTA. — Le nombre des solutions reçues a été tel

que nous avons été obligés de nous montrer particulièrement

sévères, cette fois, dans le classement. C'est ainsi

que certains ont dû être éliminés même avec très

peu de différence de la solution originale qui nous

sert de règle.

I. — (10 juillet) L'ÉVENTAIL

„ A I ...

III. —(10 juillet) MOTS EN CARRÉ

La première réglette doit être placée en quatrième

et, par le glissement, on obtient :

ANGE

N A K D

GRUE

EDEN

(Lire la suite, page 4, 2' et 3' colonnes.)


lllllilili J_E 28 AOUT 1927 •iiiiiiiiiiiiiMiiiiiiiiMiiiiiiiiiiiiiiiiiiiifitiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiitiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiii 3 '■■'■■■'•■■'■■■■■•■■•■■■■■■■IIIIIMIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIHI CINQUIÈME ANNÉE : N° 235 'M

DIMANCHE-ILLUSTRE

ENTRE NOUS

A Flandre célèbre le 350° anniversaire de

la naissance de Riibens. Rubens L C'est

L un des noms lumineux de l'art universel...

Qui ne le connaît ? Les plus indifférents

à la peinture savent qu'il a été porté par un

des rois de la couleur... La personnalité

même de Rubens est restée populaire : nous

savons tous qu'il portait des moustaches

conquérantes, une barbe en pointe et un

large chapeau de feutre incliné sur l'oreille.

Rubens vécut la plus belle existence du

monde. Non seulement il improvisa, d'un

pinceau infatigable, d'innombrables chefsd'œuvre,

mais encore il fut un des hommes

les plus " vivants " de son temps : ce n'est

certainement pas lui qui inventa la tour

d'ivoire !

L'illustre Ahversois fut l'ami des plus

grands princes, le correspondant des savants,

le conseiller des hommes d'Etat, le lettré

qui disserte avec les poètes et les philosophes...

Latiniste, numismate, archéologue,

musicien, très fier de sa virtuosité de cavalier

et d'escrimeur, il menait à sa manière la

vie inimitable ".

Pendant plusieurs années, il fut même

diplomate et rendit, à ce titre, les plus grands

services à l'Etat. Mais sa grandeur officielle

ne le grisa jamais et l'Art n'eut jamais l'occasion

de lui faire une scène de jalousie.

Un courtisan lui disait, un jour, à la cour

de Madrid :,

— Vous êtes un ambassadeur qui s'amuse

parfois à faire de la peinture...

— Non, répondit Rubens, je suis un

peintre qui se distrait parfois à faire de la

diplomatie !

* * *

LA plupart des grands artistes d'autrefois

étaient des lettrés, des érudits, des

curieux de toutes choses... Michel-Ange,

sculpteur, peintre, architecte, était aussi

poète et, à l'occasion, homme d'Etat.

Léonard de Vinci, magicien de la peinture,

fut un grand savant. Plus près de nous,

Delacroix a écrit des pages magnifiques,

d'ailleurs animées d'un esprit très réactionnaire.

Ingres était extrêmement lettré : rie

parlons pas de son talent de violoniste.

Puvis de Chavannes s'intéressait aux choses

de la science et même de la politique...

Gavarni — un maître et des plus admirables

— était un mathématicien de premier

ordre.

De nos jours, les artistes sont étroitement

spécialisés. Les peintres ne font que de la

peinture : beaucoup n'ont pas appris autre

chose et encore, certains n'ont même pas

appris à peindre !

Nous avons nombre d'artistes qui sont

illettrés et s'en vantent... La critique semble

d'ailleurs préférer ceux qui ont débuté comme

dockers, marchands de pommes de terre

frites, déménageurs ou lutteurs forains. La

mode est aux primaires qui sont aussi, logiquement,

des primitifs. L'artiste devient de

plus en plus un artisan à qui on demande

de faire exclusivement son métier, lequel

n'est d'ailleurs pas le sien. Et s'il peut se

créer une solide réputation d'ivrogne, de

vagabond, voire de candidat à Ville-Evrard,

son succès n'en sera que mieux assuré.

A A *

ETONNEZ-VOUS, dès lors, de la platitude de

cet art où la pensée est traitée en étrangère,

en ennemie... On peint n'importe quoi

n'importe comment : le "sujet ' est odieux,

et ne parlez à ces barbouilleurs ni d'histoire,

ni de mythologie, ni même de la vie contemporaine...

Ils ne savent rien et ne veulent rien savoir.

Quelle différence avec un Rubens humaniste

! Mais il n'y a pas que cette différencelà...

Pour en découvcr d'autres, allez revoir,

au Louvre, la galerie de Médicis !

JEAN STYLO.

RÉFLEXIONS DU DIMANCHE

LE nom de l'Être suprême est le "Créateur".

L'homme est son enfant. Par conséquent,

créer est l'action la plus divine qu'il puisse

accomplir.

Il ne peut tirer de la matière du néant, mais,

ce qui est presque aussi miraculeux, il peut de

l'idéal tirer du réel.

La racine étymologique du mot poète signifie

celui qui crée ". Comment il crée, c'est ce que

révèlent les Vers bien connus de Shakespeare

dans le Songe d'une nuit d'été :

L'œil du poète, qu'anime sa belle folie,

Porte ses regards du ciel à la terre et de la terre au ciel ;

Et, de même que l'imagination prête un corps

A l'apparence des choses inconnues, la plume du poète

Leur donne des formes et fournit à l'impalpable

Une demeure visible et un nom.

Dans tout bon travail, il y a un éclair de poésie,

qu'il s'agisse de ménage, de couture ou de construction.

C'est l'étincelle de l'idéal réalisé, qui

distingue r artiste de l'artisan, l'écrivain du

tâcheron des lettres.

C'est le signe de la véritable noblesse, la semence

d'une renommée durable. Une action vulgaire

peut vous valoir la notoriété ; seule une

action où l'idéal est devenu réalité vous donnera

une gloire authentique, celle qui est " un monument

plus solide que le bronze '.

Le Chœur triomphal du Messie, de Haendel,

est chanté dans toute la chrétienté. Aucune autre

composition n'a pu jusqu'ici lé remplacer de

façon satisfaisante. C'est que Haendel a cru

voir le ciel ouvert et entendre les chants des anges,

et qu'il a réussi à traduire eh musique sa belle

illusion.

Quand on regarde le Moïse de Michel-Ange,

la Joconde ou Notre-Dame, on a l'étrange

impression d'entrevoir quelque chose qui vient de

l'infini ; on se sent effleuré par le souffle de

l'éternité. -

Mais les grands maîtres ont été placés comme

des phares pour éclairer les humbles vies. Vous

et moi,nous pouvons, dans notre petit coin, vivre

aussi lumineusement qu'eux si nous savons saisir

leur secret.

Le mariage qui a perdu sa poésie, son appréciation

de l'idéal et sa tendre spiritualité devient une

horrible prison.

La maternité est une charge fastidieuse lorsque

des ailes invisibles ne palpitent pas autour du

berceau.

Ce dont les hommes qui travaillent ont besoin,

plus que de toutes les choses qu'ils désirent obtenir,

c'est de l'esprit qui changera la besogne en

œuvre, la profession en vocation, car la meilleure

LUNDI 29 AOUT

récompense de l'homme est du domaine de l'esprit.

C'est le pouvoir de rendre l'idéal réel qui fait de

l acteur une étoile, du politicien un homme d'Etat,

du prédicateur un prophète, du professeur un

flambeau spirituel.

L'effet le plus bienfaisant de la religion est la

couleur, la chaleur et l'éclat qu'elle donne à des

vies ternes et mornes.

Le monde a faim et soif de cette possibilité

d' ( idéaliser le réel. Tout au fond de nos âmes, ce

n est pas tant l'argent ou le prestige que nous

souhaitons : nous voulons l'attouchement magique

de la lance d'Ithuriel, qui transfigurera les choses

quotidiennes, qui traversera de rayons miraculeux

notre pauvre existence et comblera de

mystère, de lumière et de beauté nos mesquines

journées : _ ^

i * A^A

ENTENDU, l'autre soir, dans mon lit, j'en-

*- J tendis des Voix à travers le mur. Quelques

personnes parlaient dans la chambre à côté.

Je ne percevais que le son, mais aucun mot

ne parvenait à mon oreille.

Immobile et en silence, j'écoutais le murmure

indistinct, ce bruit de voix assourdies auxquelles

les briques et la tapisserie d'une paroi enlevaient

tout sens, et il me semblait que tel se présente à

nous, mortels, sourds et aveugles, le royaume des

deux.

Que savons-nous, en réalité, des cœurs qui

battent autour de nous ? Des amis, des étrangers

nous parlent, nous sourient, pleurent devant nous,

et, cependant, la tragédie, la comédie vitale,

vivante, vibrante dans laquelle ils se meuvent, ne

nous arrive que par bribes et quasi inintelligibles.

Un jour, je rencontrai une femme qui sanglotait

dans la rue. t/rï soir, passant devant un

restaurant, j'entendis d'interminables éclats de

rire. Rentrant chez moi, un dimanche, j'eus

l'âme emplie par les chants divins qui venaient

d'une église proche. Une nuit, je fus réveillé en

sursaut par des coups de revolver qui partaient

sous mes fenêtres.

En chacune de ces occurrences, il s agissait

d'une rencontre du destin, et je n'avais eu que

les échos de ce qui, pour d'autres, était de la vie

brûlante et déchirante.

De même, je me demande si les messages que

nous envoie la nature, messages que comprennent

avec un sens si aiguë les poètes, tel Wordsworth

parlant du moelleux ciel bleu qui se fond dans le

cœur, je me demande s'ils ne nous viennent pas

des anges, de Dieu lui-même peut-être, voix

entendues à travers le mur? FRANK CRANE.

LA SEMAINE PROCHAINE

3 - coucher : 19 h. 40.

59-coucher: 19 h. 57.

2 m. soir.

241e Lever du soleil : 6 h

Lever de là lune : 6 h

Le jour décroît : 2 m. matin

DÉCOL. DE SAINT JEAN-BAPTISTE j.+ 124.

MARDI 30 AOUT

Lever du soleil : 6 h. 4 - coucher : 19 h. 38.

Lever de la lune : 8 h. 4 - coucher : 20 h. 14.

Le jour décroît : 1 m. matin . 2 m. soir.

Saint FIACRE : 242 e jour + 123.

MERCREDI 31 AOUT

Lever du soleil : 6 h. 6 - coucher : 19 h. 36.

Lever de la lune : 9 h. 9 - coucher : 20 h. 31.

Le jour décroît : 2 m. matin ; 2 m. soir.

Saint ARISTIDE : 243 e jour + 122.

JEUDI 1 ER SEPTEMBRE

Lever du soleil : 6 h. 7 - coucher : 19 h. 34.

Lever de la lune : 10 h. 13 - coucher : 20 h. 50.

Le jour décroît : I m. matin ; 2 m. soir.

Saint GILLES : 244 e jour + 121.

VENDREDI 2 SEPTEMBRE

Lever du soleil : 6 h. 8 - coucher

Lever de la lune : 11 h. 19 - coucher

19 h. 32,

21 h. 11,

Le jour décroît : 1 m. matin ; 2 m. soir,

Saint LAZARE : 245 e jour + 120.

SAMEDI 3 SEPTEMBRE

Lever du soleil : 6 h. 10 - coucher : 19 h. 30,

Lever de la lune : 12 h. 25 - coucher : 21 h. 36,

Le jour décroît : 2 m. matin ; 2 m. soir.

Sainte SABINE : 246 e jour + 119.

Courses hippiques à Vincennes, Dieppe

(Grand Prix).

DIMANCHE 4 SEPTEMBRE

Lever du soleil : 6 h. 11 - coucher : 19 h. 28.

Lune : (p. Q., 10 h. 45) 13 h. 32 - couch.: 22 h. 8.

. Le jour décroît : I m. matin ; 2 m. soir.

Sainte ROSALIE : 247 e jour +118.

Courses hippiques à Chantilly, Le Touqaet,

Dieppe (Grand Steeple).

AUJOURD'HUI DIMANCHE 28 AOUT

Automobile : Course de Côte des Montets (Chamonix); Records de l'heure, à

Chimay. — Cyclisme : Toulouse-Bordeaux; Paris-Limoges; Grand Prix de

Saint-Quentin. — Cyclotourisme : Brevet du T. C. F. — Athlétisme : Challenge

du mille. — Natation : Tourelles : Championnats dé water-polo. —

Pelote basque : 28 août au 4 septembre : Grande semaine de Pelote basque, qui

se déroulera sur la côte de Biarritz à Hendaye. — Aviron : Championnats de

yoles de mer. -—Courses hippiques à Deauville (Grand Prix), Vincennes, Dieppe.

SOYONS AU COURANT...

... du fonctionnement d'un service téléphonique

pour les abonnés absents

C'EST à cette période de l'année — vacances à

la mer et à la montagne — que le service des

abonnés absents est susceptible de rendre de

très grands services. Aussi croyons-nous devoir

indiquer à nos lecteurs en quoi il consiste.

Tout abonné peut, moyennant une redevance

de 1 fr. 25 pour un jour, 10 francs pour

un mois, 20 francs pour un trimestre, 60 francs

pour une année et une taxe additionnelle de

0 fr. 25 par avis d absence, faire connaître à

ses correspondants :

1° La durée de son absence, sa nouvelle

adresse, l'adresse ou le numéro d'appel de la

personne qui doit le remplacer ;

2° Demander que le numéro des correspondants

qui l'ont appelé lui soient communiqués

à sa rentrée (taxe supplémentaire dé

0 fr. 25 par dix numéros d'appel enregistrés),

ou encore que lui soient adressées par la

poste ou transmises par téléphone toutes les

communications reçues de ses correspondants

et comprenant un maximum de vingt mots

(taxe supplémentaire de 0 fr. 50 par communication).

Des communications locales ou interurbaines

peuvent être reçues par le service des abonnés

absents.

de l'arrivée de nouveaux hôtes au

Jardin des Plantes

LA ménagerie du Jardin des Plantes vient de

s'enrichir d'une trentaine d'animaux.

M. Guy Babault a fait don d'une antilope

guib au pelage d'un fauve tirant sur le marron,

avec des rayures et des taches irrégulières sur

"es flancs ; une hyène tachetée et un oiseau de

proie.

M. Burger a ramené de la Côte d'Ivoire

deux antilopes céphalophes, une antilope guib,

un hippopotame nain, trois pobamochceres,

trois civettes, deux singes cercocèbes, deux

singes cercopithèques blancs-nez, un ibis

bronzé, un moyen duc, trois crocodiles, trois

tortues d'eau et un varan.

de la répression des fraudes dans

l'ouest en 1926

LE rapport statistique du service de la répression

des fraudes en 1926, présenté par

M. Andouard, directeur de la station agronomique

de Nantes — laquelle a dans son ressort

les départements de Loire-Inférieure, de la

Vendée, du Morbihan et de Maine-et-Loire —

fournit d'intéressantes indications.

Les agents du service ont prélevé 1.398 échantillons

de denrées diverses, contre 1.301 en

1925.

Le laboratoire régional a reconnu que 291

de ces denrées étaient falsifiées.

La fraude est donc de 20,8 % des prélèvements

effectués, soit 2 % de plus qu'en 1925.

Les proportions de produits fraudés sont

les suivantes, par département : Vendée,

13,8 % ; Maine-et-Loire, 14,4 % ; Morbihan,

22,7 % ; Loire-Inférieure, 23,3 %.

de ta délivrance du certificat tenant

lieu provisoirement de carte de combaU

tant

L E Journal officiel , du 29 juillet a publié

l'instruction du 28 juillet 1927, relative à

la délivrance du certificat .provisoire prévu par

l'article 5 du décret^flu 28 juin 1927, instituant

un office national dés combattants.

Ce certificat, qui sera remplacé ultérieurement

par la carte du combattant, sera délivré

aux militaires et anciens militaires ayant séjourné

dans une des formations énumérées au

tableau 1, annexé au décret précité, inséré au

Journal officiel du 5 juillet 1927, page 6937.

Les demandes à 1 effet d'obtenir cette pièce

devront être établies dans les conditions prescrites

par l'instruction du 28 juillet 1927, à

laquellè-les intéressés sont invités à se reporter

en vue d'assurer l'examen de leurs titres.

Ces demandes peuvent être adressées dès

maintenant aux autorités chargées de les

recevoir et de délivrer les certificats. Ils y

trouveront tous les renseignements à fournir

obligatoirement à l'appui de leurs demandes,

ainsi que la désignation des autorités auxquelles

ils devront les adresser.

Les candidats, dont les titrés seront reconnus,

recevront, sans nouvelle demande, le certificat

en question par les soins de l'autorité militairt

qui aura procédé à son établissement.


iitmi DIMANCHE-ILLUSTRÉ iiiiiiiiiiiiiiiiiiiniiim , "n""'" ll """" , "" llll " ,,,l " ,, " , """ ,, ^ :,,,lll,,,l " ,,,i 4 iiiiiiiiiiitiiiiiiiiiiiiitiiiiiHiiiiiiiiniiiiiuiiniiiiliiiiiiiiniiiiMHiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiH LE 28 AOUT 1927 •■■■■min

LA SEMAINE QUI VIENT DE S'ÉCOULER

34 e Semaine de l'Année — Reste à courir 18 semaines

SACCO ET VANZETTI ONT ÉTÉ EXÉCUTÉS

LUNDI A LA PRISON DE CHARLESTOWN

En vain, leurs avocats avaient-ils tenté de multiples démarches

pour que leur procès soit revisé. En vain, la femme du premier et

la sœur du second avaient-elles imploré leur grâce auprès du


LE 28 AOUT 1927 •■■iiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiMiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiitiiiiiiiiiiiiiiiiiiitcniiiiii - £ iiluwMmmmiMMmiiiiimililllliliiiuiiillliiliiiiliHililNiiiiiimiiiiiliiiiiiuii DIMANCHE-ILLUSTRÉ 11'niin

LES ROMANS DE LA VIE

CASANOVA DE SEINGALT, L'INNOVATEUR DE LA LOTERIE

par JULES C H ANC EL

\f-1 r-^J WR à tour abbé, prédicateur, diplomate,

magnétiseur, financier, écrivain,

cet homme universel promena,

pendant trente ans, à travers l'Europe,

de Paris à Constantinople et

de Constantinople à Saint-Pétersbourg,

sa verve intarissable et son esprit distingué.

Sans situation, sans argent, il trouva

le moyen d'être partout reçu et partout fêté.

Il fut présenté à Louis XV, connut Souvarof

et faillit devenir le conseiller de Catherine II.

Il polémiqua avec Voltaire, fit sacourà M me de

Pompadour et sut conserver l'amitié du cardinal

de Bernis, grâce auquel il réussit à introduire

en France la loterie.

On conçoit qu'une telle existence mérite

de prendre place dans la rubrique des " Romans

de la vie ".

Jacques Casanova naquit à Venise en 1725,

d un père acteur et d'une mère qui touchait

également au théâtre, bien que d'assez loin.

Ses parents, désireux de trouver dans leur

fils la considération qui leur manquait, voulurent

faire de cet enfant, d'une intelligence

précoce, un ecclésiastique. Le jeune homme

sembla, tout d'abord, accepter avec la plus

grande docilité la carrière que lui indiquait sa

Famille. Il fit de brillantes études, bien qu'assez

courtes, à Padoue, qui était alors une des meilleures

universités d'Europe. Après avoir soutenu

sa thèse de droit, il entra au séminaire. Il

ne tarda pas, naturellement, à s'en faire chasser,

mais sa mère, qui avait de grandes relations,

réussit à le faire entrer dans la maison du

cardinal Aquaviva. Le jeune clerc avait l'âme

trop aventurière pour rester longtemps dans

une place, et, lâchant bien vite son cardinal,

il commença à courir le monde, ayant pour

toute fortune un jeu de cartes dans sa poche

et dès façons de grand seigneur.

Nous n'essayerons pas de suivre cet éternel

voyageur dans ses pérégrinations, et ses multiples

aventures, dont les plus célèbres ne

peuvent pas être contées ici ; nous nous

bornerons à indiquer les épisodes les plus

intéressants et, pour ainsi dire, historiques de

cette vie prestigieuse.

Voici d'abord, racontée par lui-même, son

entrevue avec Louis XV. C'était à Fontainebleau,

où l'aventurier avait trouve le moyen

de se faire introduire à la cour par l'ambassadeur

de la République de Venise.

" J'enfile, dit-il, une galerie au hasard, et je

vois le roi qui passe, ayant un bras appuyé

tout de son long sur les épaules de M. d'Argenson.

O servilité ! pensais-je en moi-même ;

un homme peut-il se croire si fort au-dessus

des autres pour prendre des allures pareilles !

Louis XV avait la plus belle tête qu'il soit

possible de voir, et il ^portait avec autant de

grâce que de majesté.

Casanova attendait de cette entrevue avec

le roi de France une prébende quelconque,

mais, en réalité, ce premier contact fut sans

résultat, et l'aventurier dut se rabattre sur les

courtisans, auprès desquels il chercha à établir

sa réputation d'homme d'esprit. _ C'est ainsi

que, présenté à l'un d'eux, celui-ci lui adressa

la parole en ces termes :

— Comment donc, monsieur, vous êtes

Italien ?... Par ma foi ! vous présentez si bien

que j'aurais gagé que vous étiez Français.

— Monsieur, en vous voyant, riposte Casanova,

j'ai couru le même risque... J'aurais

gagé que vous étiez Italien.

Ces escarmouches de cour et une première

présentation à la marquise de Pompadour

n'ayant pas donné ce qu'il attendait, Casanova

quitte Paris et se rend dans sa patrie, à Venise,

en passant, d'ailleurs, par la Hollande, l'Allemagne

et l'Italie.

G

*EST a Venise qu'il va subir ce fameux emprisonnement

sous les plombs, qui constituera,

avec son évasion célèbre, son plus beau

titre de gloire et celui qui a le plus contribué

à sa célébrité. L'aventurier s était pris de

querelle avec un certain abbé Chiari, dont il

avait raillé les œuvres littéraires. L'abbé, personnage

vindicatif et bien en cour, dénonça

son ennemi aux inquisiteurs d'Etat comme

exerçant la magie et les sciences occultes. Afin

de prouver ses dires, il eut la diabolique

habileté d'envoyer au domicile de Casanova

un homme qui, se disant libraire, proposa

d'acheter à celui-ci un certain nombre d ouvrages

ayant trait à la magie. Ces livres, apportés

au tribunal de l'Inquisition, suffirent

à convaincre le tribunal du Saint-Office, qui

ordonna à son exécuteur des hautes œuvres,

à Messer Grande, de s'emparer de Casanova,

mort ou vif. Le 25 du même mois, l'aventurier

était arrêté, ses papiers saisis, et on

ha vie de Casanova fut des plus agitées et peu digne de servir

d'exemple. Mais c'est un type curieux d'aventurier et, de plus,

il innova un jeu toujours en faveur : la loterie.

l'incarcérait dans la terrible prison des plombs.

Cette prison, destinée à renfermer les criminels

d'Etat, n'était autre chose que les

greniers du palais ducal, et c'est des larges

plaques de plomb dont le palais est recouvert

que les prisons tirent leur nom. On devine

facilement ce que devaient y souffrir les malheureux

qui y étaient enfermés pendant la

chaleur d'un mois de juillet. Le prisonnier

resta dans cet enfer plusieurs mois ; un autre

s'y fût laissé abattre, mais lui ne songeait qu à

élaborer un projet de fuite ; l'entreprise était

ardue, car le Saint-Office savait garder ses

>risonniers. Après avoir longuement étudié

Ï es aîtres et les geôliers, Casanova comprit

que le seul moyen qu'il avait de s'enfuir était

de percer le toit de sa prison, mais avec quel

instrument ? Il lui fallait un outil quelconque.

Le verrou d'une porte qu'il arrive à arracher

fut pour lui cet outil indispensable. Il réussit

comme elle devait l'être, et d'aller ensuite

prier son saint François. Me tenant à genoux

et à quatre pattes, j'empoignais mon esponton

d'une main solide, et, en allongeant le bras,

je poussais obliquement l'outil entre la jointure

des plaques de plomb, de sorte que, saisissant

avec mes quatre doigts le bord de la

plaque que j'avais soulevée, je parvins à

m'élever jusqu'au sommet du toit. Le moine,

pour me suivre, avait mis les quatre doigts de

sa main droite dans la ceinture de ma culotte.

Je me trouvais soumis ainsi au sort pénible de

l'animal qui porte et traîne tout à la fois, et

cela sur un toit d'une pente rapide, rendue

glissante par un épais brouillard. "

Il fallut, ensuite, dans cette position périlleuse,

arracher le châssis d'une lucarne située

en contre-bas du toit, y introduire l'extrémité

d'une échelle, et, enfin, après des efforts

inouïs, voilà nos deux hommes tombés dans

CASANOVA, d'après une estampe ancienne.

à affûter ce verrou en l'usant longuement sur la

pierre de sa fenêtre ; puis, en possession de

son arme, il attend, pendant des semaines, le

moment favorable pour ouvrir le trou par j

lequel il essayera de se sauver. Avec des |

peines inouïes, en trompant par des miracles j

d'ingéniosité un geôlier vigilant et les compagnons

qu'on lui infligeait, il arrive, enfin, à

forer son trou; il va s'en aller, mais, au moment

où il allait s'engager dans le trou, son geôlier

entre joyeusement en lui annonçant une bonne

nouvelle : on le change de cachot, on lui en

donne un beaucoup plus confortable.

Sans se décourager, le prisonnier recommence

dans son nouveau cachot son travail de

termite. Cette fois, il agit de concert avec un

prisonnier voisin, qu'il était arrivé à prévenir

de ses intentions au moyen d'une correspondance

établie par des échanges de livres. Toutes

ces opérations, pour comble de difficulté,

devaient être faites en cachette d'un compagnon

de cellule que Casanova était arrivé à

terroriser en le persuadant qu'il était en rapport

avec le diable et la sainte Vierge.

Le jour, ou plutôt la nuit.de l'évasion arrive;

laissons la parole à Casanova, car le récit de

cette évasion est une des pages lespluscurieuses

de ses Mémoires.

" Je sortis le premier par le trou. Le père

Balbi me suivit. Soradaci, qui nous avait suivis

jusqu'à l'ouverture du toit, reçut l'ordre, au

I nom du diable, de remettre la plaque de plomb

un grenier. Us errent à travers des salles et des

salles, crèvent des portes et arrivent, enfin,

dans le cabinet des secrétaires de l'Inquisition,

fermé à clef, et dont la porte épaisse défiait

toute effraction. Casanova, dans cette situation

désespérée, a la présence d'esprit de s'habiller

avec ses plus beaux vêtements qu'il avait pris

soin d'emporter avec lui, et, une fois prêt,

coiffé de son beau tricorne à galon d'or, il se

montre carrément à la fenêtre. Un employé

du palais arrive à son appel et reste saisi

devant ce beau seigneur, dont il ne peut s'expliquer

la présence en ces lieux. Le prisonnier

profite de ce moment d'étonnement de l'homme

pour passer devant lui, descendre le grand

escalier à pas comptés, et, sans avoir l'air de

fuir, il arrive ainsi devant la porte royale du

palais ducal. Son aplomb désarçonne le gardien

qui le laisse passer. U saute aussitôt dans une

gondole, couvre d'or ses mariniers avec un

argent qu'il s'était procuré on ne sait comment,

et arrive ainsi à Mestre. Là, il trouve des

chevaux, fait une marche forcée dans la direction

de Borgo, endroit où il espérait quitter

les frontières de la République de Venise. La

nuit était dangereuse à passer ; il se dirige

vers une villa, et on lui dit que c'est celle du

chef des policiers de la Grande Inquisition.

Un autre se serait sauvé. Casanova, au contraire,

décide de passer la nuit dans cette maison,

qu'il devine être le plus sûr abri qu'il pouvait

trouver. En effet, la femme du chef des sbires

lui explique que son mari est absent, parti à la

recherche de deux prisonniers évadés des

plombs, et qu'il ne reviendrait probablement

pas avant trois jours. Elle offre à Casanova

de soigner les blessures qu'il s'était faites au

cours de son évasion et celui-ci accepte ; il se

couche et dort vingt-quatre heures dans cette

maison si dangereuse. Le lendemain, reposé,

guéri, il la quitte et arrive, enfin, aux frontières

de la République ; il était sauvé.

Cette évasion rendit célèbre l'aventurier,

aussi estima-t-il que c'était en France qu'il

pourrait tirer le > plus heureusement parti de

la notoriété qu'elle lui avait donnée, et il

obtient d'une famille française, rencontrée à

Vérone, qu'elle l'emmène avec elle à Paris.

Il faut croire que cette arrivée fut heureuse,

car il écrit froidement dans ses Mémoires :

La joiefut dans toutes les maisons, dès qu'on

sut que j'étais arrivé. "

POUR justifier sa célébrité, Casanova éprouva

le besoin de porter un titre de noblesse et

il s'appelle de lui-même de Seingalt, trouvant

inutile, dit-il, d'obtenir un titre de quelque

souverain, auquel il aurait été obligé de prouver

sa gratitude. Une raison, sans doute, avait

contribué à faire revenir Casanova à Paris ;

le cardinal de Bernis, son ancien ami, y était

ministre des Affaires étrangères, et c'était sur

lui qu'il comptait pour faire aboutir les espérances

déçues lors de son premier voyage.

Dès son arrivée, il se rend donc chez le ministre,

qui le reçut fort bien et se mit à sa disposition

pour l'introduire auprès de gens influents ;

il s'offrit même à le mener chez la marquise

de Pompadour, chez M. de Choiseul, ou chez

le contrôleur général de Boulogne.

— Tâchez, mon cher ami, lui dit-il en guise

de conseil, de proposer à ce monsieur quelque

chose d'utile à la recette royale, car c'est en ce

moment ce qui intéresse le plus à la cour, où,

depuis les désastreuses opérations de M. Law,

on manque totalement d'argent.

Casanova se creusa vainement la cervelle

pour trouver le moyen d'augmenter les revenus

du roi, lui qui avait déjà tant de mal à augmenter

les siens. Il va voir, cependant, M. de Boulogne,

qui le reçut en lui disant que le cardinal

de Bernis lui avait vanté ses connaissances

financières et qu'il comptait sur lui pour

fournir les vingt millions nécessaires à l'Ecole

militaire. Casanova ne s'étonne pas de cette

réception, et il répond avec aplomb :

— J'ai en tête, monsieur, une opération qui

produirait au roi non pas vingt millions, mais

cent millions par an.

Le ministre resta interdit devant ce chiffre

et, _ du coup, invita l'aventurier à dîner à

Plaisances. Celui-ci y va et, après le repas,

passe dans un cabinet, où il lit sur la couverture

d'un dossier : " Projet de loterie ".

— Voici mon projet ! dit-il avec tranquillité

au ministre, en lui désignant le rouleau de

papier.

— Mais ce projet est d'un certain Calzabigi.

— C'est donc qu'il m'a devancé, insiste

Casanova, car je voulais justement vous proposer

un projet de loterie qui, j'en suis sûr,

suffira à enrichir l'Etat.

Et voici notre homme qui se met à défendre

ce projet, à en discuter les différents points

comme s'il connaissait la question sur le bout

des doigts. Il parla même si bien qu'on l'invite

à venir exposer ses visées au conseil des

ministres. Il accepte avec tant de hauteur que

le véritable auteur du projet, mis au courant,

vint le supplier de lui accorder son appui en

avouant que, depuis deux ans, il n'était pas

arrivé à faire admettre son idée, que Casanova

avait imposée au cours d'une seule soirée.

Bon prince, Casanova accepte de prendre

connaissance du projet dè son rival et signe

avec lui un contrat d'association ; quelques

jours plus tard, il discute devant des autorités

comme le grand mathématicien d'Alembert,

et discute si bien que, le lendemain, l'affairé

était enlevée. Huit jours plus tard, à l'instigation

de Mme de Pompadour, le décret organisant

la loterie en France était signé. On proposa

à Casanova six bureaux de recettes, plus

quatre mille francs de pension sur le produit

de la loterie ; la régie était confiée à Calzabigi,

avec trois mille francs d'appointement par

tirage, et le grand bureau de l'entreprise rue

Montmartre.

A la suite de cette opération, Casanova a

écrit, dans ses Mémoires, cette phrase délicieuse

: " Les avantages accordés à Calzabigi

sont bien supérieurs aux miens, mais je n en

suis pas jaloux, car il y avait tout de même

quelques droits. "

(Lire la suite, page 15.)


nuiiHii DIMANCHE-ILLUSTRÉ iiViimiimiiiï^iHiimiiMm iimimiiiiim IUIIUIMIIIIIIIIMIIIII $ iiiiuuiiiiiiiiiniinii îiiiMiiiiiiiiiiimmiimiiii ïiuii«irirtïrtrt»ilîJflifiiiii«iiii LE 28 AOUT 1927 IHIMM

Il mourut dans sa chambre. Il fut trouvé étendu sur le plancher, près du bouton de sonnette.

Une de ses mains serrait sa poitrine, mais son visage avait une expression paisible.

LES CONTES D'ACTION

LES COULANTS D'ACIER

par ANNA KATHARINE GREEN

Un petit indice de rien du tout suffit parfois pour faire

découvrir un criminel. On verra que ce proverbe policier

se vérifie une fois de plus.

U

'NE dame qui veut vous voir, monsieur.

Je levai la tête et fus impressionné

tout de suite par la grâce

et la beauté de la personne ainsi

introduite.

— Puis-ie faire quelque cbose pour votre

service ? demandai-je en me levant.

Elle me jeta un enfantin regard plein de

confiance et de candeur, tandis qu'elle s as-

. seyait sur la chaise que je lui avais désignée.

— Je le crois, je l'espère, m'affirma-t-elle

avec conviction. Je... j'ai de grands tourments.

Je viens de perdre mon mari... mais ce n est

pas cela. C'est le morceau de papier que j'ai

trouvé sur ma coiffeuse et qui... qui...

Elle tremblait violemment et ses paroles

devenaient rapidement incohérentes. Je la

calmai et lui demandai de me raconter son

histoire, telle qu'elle s'était passée ; après

quelques minutes d'effort silencieux, elle

réussit à se reprendre suffisamment pour

répondre avec assez de cohésion et de présence

d'esprit.

* * *

" TE suis mariée depuis six mois. Mon nom

; I est Lucy Holmes. Depuis quelques se-

J maines, mon mari et moi habitions un

appartement dans la 59 e nie, et, comme nous

n avions aucun souci, nous fûmes très heureux

jusqu au moment ou M. Hol mes fut appelé

pour affaires à Philadelphie. Ceci se passait

il y a deux semaines. Cinq jours plus tard, je

reçus une affectueuse lettre de lui, dans laquelle

il me promettait de revenir le lendemain.

Cette nouvelle me ravit, si bien que j'acceptai

une invitation à aller au théâtre avec d'intimes

amis a nous.

Naturellement, le matin suivant, j'étais fatiguée

et je me levais tard ; mais j'étais très

joyeuse, car j'attendais mon mari à midi.

C'est maintenant que commence l'angoissant

mystère. Comme je sortais, un homme m'a

glissé ce papier dans la main. Je crus que

c'était un prospectus et, en rentrant pour

m'habiller, ie Tépinglai sur ma coiffeuse. Je le

lus machinalement. C'était un avis de décès;

nies cheveux se dressèrent et mes membres

tremblèrent tandis que je parcourais les mots

fatals et incroyables :

En ce jour est mort, a la Colonnade, /«mes

Forsythe de Witt Holmes. Journaux de New-

York, prière de copier.

James Forsythe de Witt Holmes était mon

mari, et sa dernière lettre, qui se trouvait à ce

moment même sur ma coiffeuse, était datée de

la Colonnade. Rêvais-je ou étais-je sous l'influence

de quelque terrible hallucination qui

me faisait mal lire le nom sur le bout de papier

placé devant moi ? Je ne pouvais m'en rendre

compte. Ma tête, ma gorge, ma poitrine semblaient

cerclées de fer, de sorte que je ne pouvais

ni parler ni respirer librement, et que,

souffrant ainsi, je continuais à regarder ce

démoniaque entrefilet, qui avait en un instant

mis l'ombre de la mort sur mon heureuse vie.

Mais je fus terrifiée quand, un peu plus tard,

ayant couru, avec cette coupure de journal,

jusqu'à l'appartement d'une voisine et l'ayant

priée de me la lire, je compris que mes yeux

ne m'avaient pas trompée, que le nom qui s'y

trouvait était bien, en effet, celui de mon mari

et que l'avis était réellement un avis de décès.

Une première pensée rassurante jaillit de

l'esprit de ma voisine et non du mien.

— Il ne peut s'agir de votre mari, dit-elle,

mais de quelqu'un du même nom. Votre mari

vous a écrit hier, et cette personne doit être

morte depuis au moins deux jours pour que

l'annonce imprimée de son décès ait pu arriver

jusqu'à New-York. Quelqu'un a sans doute

remarqué la frappante similitude des noms et,

voulant vous effrayer, a découpé l'entrefilet

et l'a épinglé sur votre pelote.

Je ne connaissais personne d assez peu bienveillant

pour agir ainsi, mais l'explication était

si plausible que je l'acceptai tout de suite et

sanglotai de soulagement. Cependant, au

milieu de ma joie, j'entendis la sonnette retentir

dans mon appartement ; j'y revins en courant

et rencontrai le petit garçon du télégraphe

portant dans sa main tendue l'envéloppe

qui annonce si souvent la mort ou le désastre.

Cette vue me coupa la respiration. Appelant

ma femme de chambre, que je vis venir en

hâte vers moi, d'une pièce intérieure, je la

suppliai d'ouvrir la dépêche, à ma place.

Monsieur, je vis sur sa figure, avant qu'elle

eût achevé la première ligne, la confirmation de

mes pires craintes. Mon mari était...

La jeune veuve, suffoquée par l'émotion,

s'arrêta,se reprit une seconde fois et continua:

— Je ferais mieux de vous montrer le

télégramme.

Le prenant dans un portefeuille, elle me le

tendit.

Je le lus d'un coup d'œil. Il était court,

simple et net :

Venez immédiatement. Votre mari trouvé mort

ce matin dans sa chambre. Médecins disent

maladie de cœur. VeuillezJélégraphieu

— Vous voyez, on dit "ce matin ", exphqua-t-elle

en plaçant son doigt délicat sur les

mots qu'elle soulignait si vivement. Cela

signifie il y a huit jours, mercredi, le jour

même où le papier annonçant sa mort me fut

remis. Ne trouvez-vous pas qu'il y a quelque

chose de très étrange dans ce fait ?

Telle était bien mon impression ; mais, avant

de me hasarder à exprimer une opinion à ce

sujet, je la priai de me dire ce qu'elle avait

appris en allant à Philadelphie.

La réponse fut claire et droite.

— Bien peu de chose de plus que ce que

vous lisez dans le télégramme. Il mourut dans

sa chambre. Il fut trouvé étendu sur le plancher,

près du bouton de sonnette ; il s était

évidemment levé pour l'atteindre. Une de ses

mains serrait sa poitrine, mais son visage avait

une expression paisible, comme si Ja mort

était venue trop subitement pour lui causer

beaucoup de souffrance. Son lit n'était pas

défait ; il était mort avant de se coucher,

peut-être pendant qu'il terminait sa malle,

car elle fut trouvée presque prête pour le

porteur de bagages. En somme, tout indiquait

son intention de prendre un des premiers trains

du matin. Il avait prié qu'on le réveillât à

six heures, et ce fut son silence, en réponse à

l'appel du garçon, qui conduisit à découvrir sa

mort d'aussi bonne heure. Il ne s'était jamais

plaint d'aucune gêne en respirant, et nous

l'avons toujours considéré comme un homme

bien portant ; mais il n'y avait aucune raison

pour donner à sa mort subite une autre cause

qu'un arrêt du cœur, aussi le permis d'inhumer

fut-il délivré sur cette base, et fus-je autorisée

à ramener le corps et à l'enterrer dans notre

caveau à Woodlawn. Mais...

Et ici son ardeur sécha ses pleurs, qui avaient

coulé abondamment pendant ce récit de la

mort solitaire de son mari et de ses tristes

funérailles.

— Ne croyez-vous pas qu'une enquête

devrait être faite au sujet d'un décès ainsi

précédé d'une fausse annonce nécrologique ?

Car je découvris pendant mon séjour à Philadelphie

qu'aucun avis semblable à celui que

j'avais trouvé épinglé sur ma pelote n'avait été

inséré dans un des journaux de la ville, ni

qu'aucune autre personne du même nom n avait

jamais été inscrite à la Colonnade et encore

moins y était morte !

— Avez-vous cet avis sur vous ? demandai-je.

Elle le produisit immédiatement, et dit,

pendant que je le regardais :

— Certaines personnes trouveraient dans

leur superstition une explication à toute

l'affaire ; elles croiraient que j'ai reçu un avertissement

surnaturel et se contenteraient de ce

qu'elles appelleraient une manifestation des

esprits. Mais je ne suis pas assez folle pour cela.

Des mains humaines ont formé ces caractères

et imprimé ces mots qui m'ont porté un coup

si cruel ; quelqu'un ayant véritablement l'intention

de nuire découpa ce journal et m'en

fit remettre la coupure. Mais qui ? Voilà ce

que je voudrais que vous découvriez.

J'avais gagné sa fièvre de soupçon bien

avant qu'elle eût prononcé ces paroles, et je

me sentis autorisé à lui montrer tout mon

intérêt.

— Cela me surprend, commençai-je. Et je

ferai certainement tout ce que je pourrai pour

vous. Mais, avant d'aller plus loin, examinons

cette coupure de journal et voyons ce que nous

pouvons en déduire.

J'avais déjà remarqué deux ou trois détails

concernant cette annonce et j'appelai maintenant

sur eux son attention.

— Avez-vous comparé cet avis, poursuivisje,

avec ceux que vous voyez, à chaque instant,

dans les journaux?

— Non, répondit-elle vivement ; n'est-il pas

semblable aux autres?

— Lisez, interrompis-je tranquillement. En

ce jour, à la Colonnade... Quel jour ? La date

est habituellement mentionnée dans tous les

avis que j'ai vus lorsqu'ils correspondent à la

réalité.

— Vraiment? demanda-t-elle, ses yeux

humides de larmes contenues s'ouvrant tout

grands d'étonnement.

— Regardez les journaux, à votre retour

chez vous, et vous verrez. Puis l'impression.

Remarquez que les caractères sont identiques

sur les deux faces de cette prétendue coupure,

tandis qu'en réalité il y a toujours une différence

visible entre ceux qui sont utilisés pour les

annonces nécrologiques et ceux que l'on

emploie dans les colonnes consacrées à d'autres

matières. Remarquez aussi, continuai-je, en

mettant le morceau de papier entre le jour et

elle, que les lignes ne sont pas exactement

parallèles des deux côtés. Cette irrégularité

n'existerait pas si les deux faces du papier

avaient été imprimées par "une presse de jour-

nal. Ces faits me conduisent à penser d'abord

que le désir de rendre les caractères absolument

semblables fut une erreur commise par un

homme qui voulait trop bien faire, et ensuite

qu'un des côtés au moins, probablement celui

qui contient l'avis de décès, rut imprimé sur une

presse à main à l'envers d'un morceau d'épreuve*

de galée, ramassé dans quelque bureau dé

journal. Contradiction qui vaut d'être notée,

dis-je.

— Et qui confirme qu'il y a là un mystère de

quelque importance, conclut-elle.

J'acquiesçai.

— Maintenant, parlons un peu de l'homme

qui vous a donné ce papier.

— Oui. Vous trouverez peut-être cela

bizarre, mais, lorsque je descendis de voiture

ce soir-là, un homme qui était dans la contreallée

mit ce bout de papier dans ma main. Ce

geste fut fait d'une manière pour ainsi dire si

automatique qu'il ne produisit pas plus d'impression

sur mon esprit que la remise d'un

prospectus. Je crus, en effet, que c'en était un

et je m'étonne même de l'avoir gardé à la

main. Mais le fait que j'ai agi ainsi et que, par

distraction, je l'ai même épinglé sur ma pelote,

m'est rendu évident par le souvenir vague qui

me reste d'avoir lu la recette que vous voyez

imprimée au verso.

— Ce fut donc la recette et non l'avis nécrologique

qui attira votre attention ce soir-là?

— Probablement, mais, lorsque j'épinglai le

papier sur la pelote, ce fut l'annonce nécrologique

qui se trouva sur le dessus. Mais qui

peut avoir imprimé cette feuille et quel était

l'homme qui me la mit dans la main? Il

avait l'air d'un mendiant, mais... Oh ! s'écriat-elle,

soudain, ses joues devenant écartâtes et

ses yeux brillant d'un éclat fiévreux, presque

inquiétant.

— Qu'est-ce? demandai-je, un autre souvenir?

— Oui.

Elle parlait si bas que je pouvais à peine

l'entendre.

— Il toussa et...

— Et quoi? suggérai-je, pour l'encourager,

voyant qu'elle était sous le coup d'une nouvelle

et accablante émotion.

— Cette toux avait un son familier, maintenant

que j'y songe. Elle était comme celle

d'un ami qui... Mais non, non ; je ne veux pas

l'outrager par de fausses présomptions. H

pourrait s'abaisser jusqu'à faire bien des choses,

mais il n'irait pas jusque-là ; pourtant...

* * *

L

A rougeur de ses joues s'était éteinte, mais

les deux taches vives qui y demeuraient

attestaient la profondeur de son agitation.

— Croyez-vous, demanda-t-elle soudain, que

par vengeance un homme aurait pu chercher à

m'eff rayer par une fausse annonce de la mort

de mon mari, et que Dieu, pour le punir, ait

fait de cette annonce une prophétie ?

— Je crois qu'un homme animé de l'esprit

de vengeance peut faire n'importe quoi,

répondis-je, ignorant volontairement la seconde

partie de la question.

— Mais je l'ai toujours considéré comme un

honnête homme. Du moins, je n'ai jamais pensé

qu'il pût ne pas l'être. On rencontre beaucoup

de mendiants qui toussent ; et pourtant,

ajouta-t-elle après une pause, si ce n'est pas lui

qui m'a porté ce coup mortel, qui est-ce ? Il

est le seul être au monde que j'aie jamais

offensé.

— Ne feriez-vous pas mieux de me dire son

nom ? suggérai-je.

— Non, mes doutes sont trop grands. Je

détesterais lui faire une deuxième injure.

— Vous ne pouvez lui nuire s'il est innocent

; mes méthodes sont très sûres.

— Si je pouvais oublier sa toux ! Mais elle

avait cette sonorité voilée toute particulière

que, je m'en souviens si bien, j'avais telle»

ment remarquée dans celle de John Graham.

Je n'y ai pas fait spécialement attention sur

le moment. Le passé et ses ennuis étaient loin

de mes pensées ; mais, maintenant que mes

soupçons sont éveillés, ce bruit sourd et étouffé

me revient d'une façon étrangement persistante

et il me semble voir, dans ce mendiant courbé,

une silhouette bien connue. Oh ! j'espère que le

bon Dieu me pardonnera si j'attribue à cet

homme déçu une méchanceté qu'il n'a jamais

commise !

— Qui est John Graham ? insistai-je, et

quel est le tort que vous lui avez fait ?

Elle se leva, me jeta un regard suppliant,

puis, voyant que j'étais déterminé à connaître

toute son histoire, se tourna vers le feu et

commença à chauffer ses pieds devant le

foyer, de manière que mes yeux ne vissent pas

sa figure.

— J ai été autrefois sa fiancée, commençât-elle.

Non parce que je l'aimais, mais parce

que nous étions très pauvres — je veux dire

ma mère et moi — qu'il avait un intérieur et

semblait à la fois bon et généreux. Le jour

où nous devions nous marier arriva. Ceci se

passait dans l'Ouest, dans le Kansas. J'étais

même habillée pour la cérémonie quand une


LE 28 AOUT 1927 '••••Il ■•••••l%lllttll lltlllltll ■•■■■■Il lllllillllll IHia< lllf IIHIII 11! Il tutin ■•• tit 7 ri IIMIIIMIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIMIIIIIIIIlIMMIIIIIIIIIIlillIIIIIIIIIIIKIIIIIIIIIIII DIMANCHE-ILLUSTRÉ ll'l'lli

lettre de mon oncle de New-York me parvint.

Cet oncle était riche, très riche et n'avait plus

jamais eu de rapports avec ma mère depuis

son mariage ; dans cette lettré; il me promettait

la fortune et tout ce qui est enviable dans

1 existence si je voulais venir le trouver, débarrassée

de toutes inutiles entraves. Songez à

cela ! Et j'étais à une demi-heure d'un mariage

avec un homme que je n'avais jamais aimé et

que je me mettais soudain à haïr I La tentation

était irrésistible et, bien que ma conduite

puisse vous paraître cruelle et blâmable, j'y

succombai. Je dis à mon fiancé que j'avais

changé d'avis, je renvoyai le pasteur quand il

arriva et j'annonçai mon intention de partir

pour l'Est le plus tôt possible. M. Graham

fut comme paralysé par sa déception et, pendant

les quelques jours qui s'écoulèrent avant

mon départ, je fus hantée par son visage qui

ressemblait à celui d'un homme qu'un coup

fatal aurait tué. Mais une fois que j'eus quitté

la ville et surtout lorsque je fus arrivée à New-

York, j'oubliai à la fois et sa peine et luimême.

Tout ce que je voyais était si beau ! La

vie était si pleine de charme, mon oncle si ravi

de m'avoir auprès de lui, si enchanté de tout

ce que je faisais ! Puis il y avait James Holmes

et après l'avoir vu... Mais je ne puis parler de

cela. Nous nous a'mâmes et, dans l'étonnement

de cette joie nouvelle, comment pouvaisje

me souvenir de l'homme que j'avais laissé

derrière moi, dans le pays aride où j'avais passé

mon enfance ? Cependant lui n'oublia pas le

chagrin que je lui avais causé. Il me suivit à

New-York ; le matin de mon mariage, il parvint

à se glisser dans la maison et, se mêlant aux

invités, apparut devant moi pendant que je

recevais les félicitations de mes amis. • A sa

vue je ressentis toute la terreur qu'il avait bien

espéré produire, mais, me rappelant nos anciennes

relations et ma situation nouvelle, je

pris un air hautain. Il en fut irrité. Rougissant

de colère et ne tenant aucun compte de mon

regard qui, maintenant, était plein de détresse,

il cria d'un ton péremptoire : Présentez-moi

à votre mari ! " Je fus obligée de le présenter.

Mais son nom ne produisit aucun effet sur

M. Holmes. Je ne lui avais jamais parlé de ce

qui s'était passé entre cet homme et moi.

John Graham s'en rendit compte, me jeta un

regard amer et dédaigneux, et passa, marmottant

entre ses dents: ' Fausse envers moi,

fausse envers lui ! Que votre punition retombe

sur vous !" Et je me sentis maudite !

Elle s'arrêta, remuée par des émotions aisément

compréhensibles. Puis, avec impétuosité,

elle reprit le fil de son récit et continua :

— Ceci se passait il y a six mois ; j'oubliai

encore. Ma mère mourut, et mon mari absorba

toutes mes pensées. Comment pouvais-je imaginer

que cet homme, dont j'avais à peine gardé

le souvenir, pensait secrètement à me faire du

mal ? Pourtant, cette coupure de journal dont

nous avons tant parlé, peut venir de lui, et la

mort de mon mari elle-même...

Elle ne termina pas, mais son visage, tourné

vers moi, en disait long.

— Une enquête sera faite au sujet de cette

mort, lui affirmai-je.

Alors, épuisée par l'agitation que lui causaient

ses découvertes, elle me demanda la

permission de ne plus discuter de ce sujet pour

le moment. Comme je n'avais moi-même

aucun désir d'entrer, à cet instant, plus avant

dans l'affaire, j'accédai aisément à sa requête,

et la jolie veuve me quitta.

* * *

L

A première chose à établir était manifestement

de savoir si M. Holmes était mort

de causes purement naturelles. Je m'occupai

donc de cette question les jours suivants,

et j'eus la chance d'éveiller assez l'intérêt des

autorités pour qu'on ordonnât 1 exhumation

et l'examen du corps.

Le résultat de l'autopsie me désappointa.

Aucune trace de poison ne fut trouvée dans

l'estomac, et il n'y avait aucune _ marque de

violence sur le corps, sauf une minuscule piqûre

sur l'un des pouces. Elle était si petite

qu'elle échappa à tous les yeux, hormis les

miens.

Les autorités affirmèrent à la veuve que le

certificat médical délivré à Philadelphie était

exact, et le corps fut enterré à nouveau.

Mais je n'étais pas satisfait, et, certain que

cette mort n'avait pas été naturelle, j'entrepris

une de ces enquêtes secrètes et prolongées qui,

depuis tant d'années, constituent la joie de ma

vie»

Je visitai d'abord la Colonnade, à Philadelphie,

et, autorisé à voir la chambre où

M. Holmes était mort, je l'examinai avec soin.

Comme elle n^avait pas été occupée depuis

ce moment-là, j'avais quelque espoir d'y découvrir

un indice. .

Mais cet espoir était vain, et 1 unique résul-

>

tat de mon voyage fut la certitude que l'on me

donna que M. Holmes avait passé toute la soirée

précédant sa mort dans sa chambre, où on lui

avait apporté plusieurs lettres et un petit paquet,

ce dernier arrivé par le courrier. Ce fait

— si tant est qu'il pût y avoir quelque impor-

tance à le retenir — étant acquis, je retournai

à New-York.

J'allai voir M me Holmes pour lui demander

si, pendant l'absence de son mari, elle lui avait

adressé autre chose que des lettres, et, sur sa

réponse négative, je la priai de me dire si elle

avait, à Philadelphie, remarqué, parmi les

effets de son mari, quelque objet nouveau

qu elle n'eût pas connu.

— Car il a réçu un paquet pendant qu'il

était là-bas, expliquai-je, et, bien que son contenu

ait pu être inoffensif, il serait bon que nous

nous en assurions avant- de chercher plus

loin. Vous ne m'avez pas dit si vous aviez

trouvé ou non, dans les effets de votre mari,

quelque chose pouvant expliquer ce mystère,

lui suggérai-je.

Elle devint tout de suite attentive.

— Rien, dit-elle,, ses malles étaient déjà

terminées et son sac l'était presque complètement.

Il y avait encore dans la chambre

quelques objets, que je fis mettre dans ce sac.

Voudriez-vous les examiner ? Je n'ai pas eu le

courage de l'ouvrir depuis mon retour.

Comme c'était bien là ce que je désirais, je

lui répondis affirmativement, et elle me conduisit

dans une petite pièce où se trouvait une

malle rangée contre le mur et, posé sur celle-ci,

un sac de voyage. Elle ouvrit ce dernier et en

étala le contenu sur la malle.

— Je connais toutes ces choses, murmurat-elle

tristement, ses yeux se remplissant de

larmes.

— Et ceci ? demandai-je en soulevant un

bout de fil de fer tordu où dansaient deux ou

trois anneaux.

— Non ; qu'est-ce que c'est ?

— Cela ressemble à une espèce de puzzle.

— Alors cette trouvaille n'a aucune importance.

Mon mari s'amusait souvent avec des

objets de ce .genre. Tous ses amis savaient

combien il aimait ces jeux et lui en envoyaient

fréquemment. Evidemment, celui-ci lui parvint

à Philadelphie.

Pendant ce temps, je regardais curieusement

le morceau de fil de fer. C'était, sans aucun

doute, un puzzle, mais il y avait des accessoires

que je ne comprenais pas.

— Il est plus compliqué qu ils ne le sont

habituellement, observai-je en faisant monter

et descendre les anneaux et en essayant vainement

de les séparer.

— U ne l'en aura que mieux aimé, dit-elle.

Je continuai à faire mouvoir les anneaux.

Soudain, j'eus un pénible sursaut. Une petite

pointe avait surgi du manche du jouet et

m'avait piqué.

— Vous ferez mieux de ne pas y toucher,

dis-je en le déposant. Mais, l'instant d'après,

je le repris et le mis dans ma poche. La piqûre

qui m'avait été faite par ce petit jouet perfide

était à la même place, ou presque à la même

place que celle que j'avais remarquée à la main

de défunt M. Holmes. Il y avait du feu dans

la pièce, et, avant de partir, je cautérisai cette

piqûre avec le bout d'un tisonnier porté au

rouge. Puis je fis mes adieux à M me Holmes,

et j'allai immédiatement chez un chimiste de

mes amis.

— Analysez pour moi le bout de cette pointe

d'acier, lui dis-je. J'ai des raisons de croire

qu'elle a été trempée dans un poison mortel.

Il prit le jouet, en me promettant de le soumettre

à toutes les épreuves possibles et de

m'en faire connaître le résultat. Je rentrai

alors chez moi. Je me sentais malade ou je

m'imaginais me sentir malade, ce qui, dans

l'occurrence, était presque aussi mauvais.

Le lendemain, cependant, j'allais très bien ;

j'éprouvais seulement une certaine gêne dans le

pouce. Mais je ne reçus pas avant la semaine

suivante le rapport du chimiste. Il renversait

toutes mes hypothèses. L'examen du morceau

d'acier qui m'était retourné n'avait permis de

découvrir aucun poison.

Pourtant je n'étais pas convaincu.

— Je vais rechercher John Graham, pensai-je,

et l'étudier.

Mais la tâche n'était pas aussi facile qu'elle

peut le paraître. Comme M me Holmes ne

possédait aucun indice sur le lieu où se trouvait

son ci-devant amoureux, rien ne m'aidait

dans ma recherche, sauf la description assez

vague qu'elle m'avait donnée de l'apparence

physique de Graham et le fait que ses paroles

étaient constamment interrompues par une

toux basse et rauque. Toutefois, ma persévérance

naturelle me mena à bonne fin. Après

avoir vu et interwievé sans résultat une douzaine

de John Graham, je mis enfin la main sur un

homme de ce nom, qui présentait un aspect de

si vive agitation et montrait une telle haine

désespérée de ses concitoyens que_ je commençai

à avoir l'espoir qu il était bien celui

que je recherchais.

Mais, déterminé à en être sûr avant d'aller

plus loin, je confiai mes soupçons à M me Holmes

et lui persuadai de m'accompagner, sur la

" Elevated ", jusqu'à un certain endroit, d'où

j'avais plus d'une fois vu cet homme aller

faire sa promenade habituelle dans Printing

House Square. Elle montra un grand courage

en y consentant, car elle avait une telle peur

de lui qu'elle était dans un état de grande

excitation nerveuse dès le moment où elle

quitta sa maison ; elle était certaine qu'elle

attirerait son attention et risquerait, de ce

fait, une rencontre désagréable. Elle eût pu

s'épargner ces craintes, fl ne leva même pas

la tête en passant près de nous, et elle ne le

reconnut qu'à sa démarche. Mais elle le

reconnut, et cela m'encouragea tout de suite

à entreprendre la formidable tâche de le

convaincre d'un crime qui n'était même pas

admis par les autorités.

C

ÉTAIT une espèce d'aventurier vivant apparemment

d'expédients. On le trouvait surtout

dans les bas quartiers de la ville, se

tenant pendant des heures devant quelque

bureau de journal, mordant le bout de ses doigts

et dévisageant les passants d'un air affamé,

effrayant pour les gens timides et attirant l'aumône

de ceux qui étaient charitables. Inutile de

dire qu'il repoussait cette dernièré marque de

sympathie avec un dédain furieux. Son visage

était long et blafard, ses pommettes saillantes :

sa bouche avait une expression amère et

résolue. Il ne portait ni barbe ni moustache,

mais, par contre, avait en abondance des

cheveux châtain clair qui tombaient presque

jusque sur ses épaules. Il se courbait quand il

était immobile, mais, dès qu'il marchait, il

y avait en lui une décision et une certaine

fierté qui lui faisaient tenir la tête haute et

le corps particulièrement droit. Malgré ces

détails favorables, son apparence était certainement

sinistre et je ne m'étonnais pas que

M me Holmes en eût peur.

Je me décidai à l'accoster.

M'arrêtant près de la porte devant laquelle

il se tenait, je lui adressai une question banale.

Il me répondit avec une politesse suffisante,

mais avec une indifférence qui prouvait

combien ses pensées l'absorbaient.

Il toussa en parlant, et ses yeux, qui se

fixèrent un moment sur les miens, me produisirent

une impression à laquelle je n'étais

pas préparé, malgré mes préventions contre

lui ; il y avait dans son regard une assurance

froide, l'assurance d'un être pervers, conscient

de pouvoir triompher de toutes les surprises.

Pendant que je m'attardais pour l'examiner

de plus près, je compris mieux encore combien

cet homme pouvait être dangereux et.convaincu

qu'aller plus loin sans réflexion profonde et

attentive me ferait échouer là où je désirais si

vivement réussir, j'abandonnai toute tentative

d'entrer en conversation avec lui et je m'en

allai, l'esprit tendu vers la solution de la question

qui me préoccupait si gravement.

Ma position était toute particulière, en

effet, et le problème que je m'étais posé présentait

des difficultés exceptionnelles. Ce ne

pouvait être qu'en employant quelque stratagème

extraordinaire, auquel la police de ce

pays ou de toute autre nation a rarement recours,

que je pouvais espérer connaître le secret de

la conduite de cet homme et triompher dans

une affaire qui, selon toute apparence, était audessus

de la pénétration humaine. Mais quel

stratagème? Je n'en apercevais aucun. Cependant,

à force de réflexion, je finis par trouver.

Mon premier acte fut de commander une

douzaine de coulants d'acier pareils à celui que

je continuais à considérer comme ayant causé

la mort de James Holmes. Je m'enquis ensuite,

autant que possible, des lieux fréquentés par

John Graham et de ses habitudes. Au bout

d'une semaine, j'avais les coulants et je savais

presque aussi bien que lui où l'on avait chance

de le trouver à toutes les heures du jour et de

la nuit.

Ainsi renseigné, j'agis immédiatement. Ayant

pris soin de me déguiser légèrement, je renouvelai

ma première promenade à travers Printing

House Square, regardant sous chaque porte

que je dépassais.

John Graham se trouvait sous l'une d'elles,

dévisageant les passants selon sa vieille habitude,

mais ne voyant évidemment rien

d'autre que les images qui se formaient dans

son cerveau troublé. Un manuscrit roulé sortait

d'une des poches de son vêtement et, à la

façon dont ses doigts nerveux le maniaient, je

commençai à comprendre l'éclat inquiet de

ses yeux remplis d un extraordinaire et inexprimable

désespoir.

Pénétrant sous la porte où il se tenait, je

laissai tomber à ses pieds un des petits coulants

d'acier dont je m'étais muni. Il ne le vit point.

M'arrêtant près de lui, j'attirai son attention en

disant :

— Excusez-moi, mais n'ai-je pas vu quelque

chose tomber de votre main?

II tressaillit, regarda le jouet d'apparence

inoffensive que je lui désignais et changea si

soudainement et si violemment de figure, qu'il

était visible que la surprise que j'avais préparée

était aussi vive et aussi pénétrante que je

l'avais prévu. Reculant brusquement, il me

jeta un regard, puis porta de nouveau ses yeux

à ses pieds, comme s'il s'attendait presque à

la disparition de l'objet de sa terreur. Mais,

l'apercevant encore gisant là, il l'écrasa furieusement

avec son talon et, marmottant des

paroles incohérentes, s'enfuit impétueusement

hors de l'édifice.

Certain qu'il regretterait son impulsion

hâtive et qu'il reparaîtrait bientôt, je reculai de

quelques pas et attendis. En effet, moins de

cinq minutes après, il revint avec précaution.

Jetant autour de lui des regards furtifs, il

ramassa le coulant et l'examina de très près.

Soudain, il jeta un cri perçant et s'en alla en

chancelant. Avait-il découvert que le prétendu

jouet possédait le même invisible ressort qui

s'était révélé si dangereux dans celui qu'avait

manié James Holmes ?

Certain de l'endroit où je le trouverais

ensuite, je pris un raccourci jusqu à un obscur

petit bar de Nassan Street, où je me mis en

faction à un endroit commode pour voir sans

être vu. Dix minutes plus tard, il arrivait et

demandait à boire.

— Whisky, cria-t-il, vite !

On le servit, mais, comme il déposait le

verre vide sur le comptoir, il aperçut devant

lui un autre coulant d acier, et fut si saisi par

cette vue que le propriétaire du bar, qui l'avait

déposé là à mon instigation, étendit la main vers

lui, comme s'il redoutait qu'il ne tombât.

— D'où vient cette... cette chose ? balbutia

John Graham, ignorant b geste de

(Lire la suite, page 10, 3 e et 4 e colonnes.)

D'où vient cette... cette chose ? balbutia John Graham, ignorant le geste de l'autre

tldêsignant, d'une mainfti/Minte.Vinsignifiant bout de fil de jet qui se trouvait entreewa


'"" DIMANCHE-ILLUSTRÉ iiMiiiiaiiMiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiimiiiiiiiiimiiiiiiiiiiniiiiuiuiiiiii g timnMiiimiHmHHiiimiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiHiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiii mini jp 2^ LE

Copyright par Dimanche-Illustrê, Chicago Tribune*

DEGUSTEZ LES FINES BOUT


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OUl'TUttE REPROCHES. D'AVOIR,

ATTENDU *>IX MOIS PouR CHANGER,

LES CORDES DE TA BuANDERlE.

TU VAS VO\R DE QUEL ÔOtS J6 r\E

IL N'y A PAS DE r\Al!> PAPAît...

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JE VOUDRAIS BIEN SAVOIR...

Cette rubrique, est ouverte à tous nos lecteurs. Elle leur

permettra de se tenir en contact constant avec leur journal,

qui les renseignera volontiers sur tous les faits d'un intérêt

général et d'ordre documentaire ou pratique ; mais un délai

assez long peut s'écouler entre les demandes et les réponses.

Combien de jeunes filles sont, chaque

année, reçues au baccalauréat ?

Voici les chiffres officiels pour ces six

dernières années :

Philosophie Mathématique Total

1921

1922

1923

1924

1925

1926

1.098 250 1.348

1.281 195 1.476

1.372 240 1.612

1.454 292 1.746

1.689 278 1.967

1.806 328 2.134

En 1905, époque où le régime actuel du

baccalauréat de l'enseignement secondaire a

commencé à fonctionner, les examens ne firent

que 26 bachelières, chiffre qui s'éleva à 37 en

1906, à 60 en 1907 et, depuis, n'a cessé de progresser.

* * *

Si la mortalité est plus grande dans les

pays chauds que dans les pays froids ?

U

NE statistique, datant d'une trentaine

d'années et publiée par le Journal de

la Santé Publique, établit que, lorsqu'il

meurt une personne sur 25 dans la zone tropicale,

il en meurt 1 sur 33,7 dans l'Europe

méridionale, 1 sur 40,8 dans l'Europe cenirale,

1 sur 41,1 dans l'Europe du Nord, 1

sur 44 dans la Russie du Nord, 1 sur 55 en

Islande et 1 sur 59 en Ecosse, chiffre le

plus élevé.

Pour la France, l'unité correspond à 39,09

dans le Midi et à 44,68 dans le Nord.

Une des raisons de la mortalité plus fréquente

dans les pays chauds est que le corps

y a moins besoin d'exercice — et même de

mouvement — que dans les climats tempérés,

ce qui a permis de dire que l'oisiveté ressemble

à la rouille et use plus vite que le travail.

Mais il ne faut pas accorder un crédit exagéré

aux tcrmules et aux statistiques. Ici, par

exemple, le chiffre de base peut avoir été pris

dans des régions où le défaut d'hygiène peut

être un facteur de mortalité plus important que

le climat. Cet élément est donc variable : il

change avec les progrès réalisés par la population,

l'art de guérir, etc. C'est ainsi qu'en

France la proportion 1 sur 33, calculée pour

1781, s'est améliorée, pour devenir 1 sur 43,

cinquante-cinq ans après, en 1836.

Si les grandes pyramides d'Egypte

n'étatent pas utilisées pratiquement par

les Anciens ?

O

N sait que les grandes pyramides de

l'Egypte abritaient les sarcophages des

pharaons : Khéops, Khéphren et Mykhérinos.

On a pu toutefois se demander si les

Anciens, en bâtissant des monuments d'une

importance pareille — témoignages de leur

culte des morts — n envisageaient pas aussi de

les utiliser pratiquement.

Une hypothèse, discutée en 1855 par les

sociétés d égyptologie, admet que les pyramides

auraient servi de phares, points de

repère pour les nombreux bateliers circulant

sur le Nil débordé. La plate-forme de la

pyramide de Khéops pouvait recevoir un feu

de bitume, visible à de nombreuses lieues.

D autre part, la pointe des grands hypogées

était revêtue de marbre blanc, qui réfléchissait

au loin le soleil couchant et le clair de lune.

L étymologie du mot ' pyramide " (amande

de feu) semble, au surplus, confirmer cette

hypothèse très vraisemblable.

* * *

S'il est exact que le persil est mortel

pour les perroquets et le mouron rouge,

pour les oiseaux en cage ?

E nombreuses expériences, relativement

récentes, ont eu pour but de vérifier ce

D qu'il peut y avoir de fondé dans cette

opinion, extrêmement répandue. Le résultat,

des plus méthodiques, fit l'objet d'une communication

à la Société de Biologie par leur

auteur, M. Gadeau de Kerville.

Toutes ces expériences furent négatives.

Elles permirent de constater l'innocuité du

persil et du mouron rouge : perroquets et petits

oiseaux peuvent en consommer sans en être

le moire du monde incommodés. Le mouron

rouge, en effet, n'exerça aucune action toxique,

nocive, sur les oiseaux d espèces variées ayant

servi de témoins ; quant au persil, il fut donné,

sous toutes les formes, à des perruches et à des

perroquets : graines, plante entière, infusions

ne déterminèrent aucun accident et il n y

eut pas le plus léger symptôme d empoisonnement.

La preuve expérimentale est donc acquise,

mais telle est la force d'une opinion populaire

même erronée, que nous n'oserions conseiller

à nos lecteurs de renouveler l'expérience sur

leurs serins, leurs perruches ou. leur perroquet.

* * *

Si une femme mariée peut avoir un

compte courant postal (service des chèques

postaux) et si les sommes déposées

produisent un intérêt ?

E

N principe, l'administration des Postes

et des Télégraphes ouvre un compte

courant à toute personne, association,

société, maison de commerce, banque, etc.,

et à tout groupement de droit ou de fait dont

la demande a été agréée.

Toute demande émanant d'une femme

mariée doit être appuyée d'une autorisation

maritale sur papier libre ; la signature du mari

est certifiée par le maire, le commissaire de

police ou le receveur des postes.

Toutefois, la femme mariée qui fait un commerce

avec le consentement de son mari ou

l'autorisation de justice, suivant les dispositions

de l'article 4 du Code de commerce,

peut obtenir l'ouverture d'un compte courant

postal sur sa seule signature, lorsqu'elle est en

mesure d'établir sa qualité de commerçante.

La femme mariée qui exerce personnellement

une profession distincte de celle de son

mari, peut, en produisant ou en présentant une

pièce suffisamment probante de cette situation,

obtenir l'ouverture d'un compte courant

postal sans l'intervention de son mari.

Les sommes en compte courant ne sont pas

productives d'intérêt.

* * *

Quel espace occupe la Tour Eiffel : ï° au

point de vue superficiel ; 2° au point de

vue orientation; de combien de pièces

principales elle se compose, ce qu'elle

pèse et ce qu'elle a coûté ?

L

A Tour Eiffel embrasse, par ses quatre

piliers, une superficie de plus d'un hectare,

la distance qui sépare l'axe d'une de

ses piles (à la base) à l'axe d'une autre pile

étant de 103 m. 90. Placée dans l'axe du

Champ-de-Mars, incliné à 45° sur la méridienne,

la Tour a ses quatre piles situées exactement

aux quatre points cardinaux. Les deux

piles voisines de la Seine occupent les points

nord et ouest, celles en arrière marquant les

points est et sud.

La Tour Eiffel se compose de 15.000

pièces métalliques différentes, assemblées par

2.50O.00O rivets. Pendant deux ans, quarante

dessinateurs et calculateurs travaillèrent aux

études de ces 15.000 pièces, chacune nécessitant

un dessin spécial et la détermination

exacte, au demi-milhmètre près, de tous les

trous destinés à recevoir les rivets.

L'ensemble métallique pèse 7 millions de

kilos : 3 millions de kilos jusqu au premier

étage et 4 millions, du premier étage au

sommet.

Le prix de la construction s est élevé à

7.800.000 francs, soit un peu plus de 1 fr. 10

le kilo, chiff r j que dépasserait, et de beaucoup,

à notre époque, le prix de la matière usinée,

amenée à pied d œuvre.

COMMUNIQUÉS

JE SAURAI MAINTENANT...

Que le plus grand spécialiste

D

E L'AMEUBLEMENT RUSTIQUE vient d'ouvrir

une succursale 29, boulevard Rochechouart,

Paris (9 e ), où l'on trouvera dans

ses superbes magasins le plus grand choix de

tables à tirettes, armoires normandes, vaisseliers,

coiffeuses, petits meubles, lustres, fer

forgé, etc... à des prix inconnus à notre époque.

Une visite s'impose. Catalogue sur demande.

Expéditions en province.

LES COULANTS D'ACIER

l'autre et désignant d'une main tremblante

l'insignifiant bout de fil de fer qui se trouvait

entre eux.

— N'est-il pas tombé de la poche de votre

pardessus ? demanda le propriétaire. Il n était

pas là avant votre arrivée.

Avec un horrible juron, le malheureux se

détourna et prit la fuite. Je le perdis ensuite de

vue pendant trois heures, puis je le rencontrai

subitement. Il marchait vers la ville haute, et

son visage était empreint d'une détermination

qui le faisait paraître plus dangereux que

jamais. Bien entendu, je le suivis, m'attendant

à le voir tourner dans la 59 e Rue, mais, au coin

de Madison Avenue et de la 47 e Rue, il changea

d'avis et se précipita vers la 3 e Avenue.

A Park Avenue, il hésita et tourna de nouveau

vers le nord, marchant pendant quelque

temps comme si le diable était à ses trousses.

Je commençai à croire qu'il essayait simplement

de calmer son exaltation par la marche,

lorsqu'il s'arrêta en tremblant au bruit soudain

qu'il entendit dans la tranchée qui se trouvait

près de nous. Un train express passait. Comme

il disparaissait au loin sous le tunnel, Graham

regarda autour de lui ; son visage était livide,

ses yeux égarés ; mais son regard ne se tourna

pas vers moi, et, s'il m'aperçut, il n'attacha

aucune signification à ma présence.

Il recommença à marcher, cette fois dans

la direction du pont qui traversait la tranchée.

Je le suivis de près. 11 s'arrêta au milieu de ce

pont et regarda la voie au-dessous de lui. Un

autre train s'avançait ; comme il approchait,

Graham se mit à trembler de la tête aux pieds,

et, saisissant la balustrade sur laquelle il

s'appuyait, il s'apprêtait à se jeter par-dessus

lorsqu'une bouffée de fumée s'éleva et le fit

reculer, suffoquant d'une terreur que je pouvais

à peine comprendre, jusqu'à ce que j'aie

vu que cette fumée avait pris la forme d'une

spirale et flottait, dans le ciel, devant ses yeux ;

son imagination en délire devait voir là comme

une gigantesque image du coulant qu'il avait,

déjà deux fois ce même jour, trouvé devant lui.

E

A * ft

TAIT-CE un simple hasard ou une manifestation

de la Providence ? Quelle qu'en fût

la cause, cette circonstance le sauva. Il ne

put supporter cette apparence de la pensée qui le

hantait et, se détournant, il s'affaissa sur le

trottoir voisin, où il demeura assis pendant

plusieurs minutes, la tête enfouie entre ses

mains ; quand il se releva, il avait repris son

audacieuse et sinistre personnalité. Sachant

qu'il était maintenant bien trop maître de ses

facultés pour ne pas s'apercevoir de ma présence,

je le quittai et m en allai rapidement.

Je savais où il se trouverait à six heures et

j'avais déjà retenu une table au restaurant où

il devait venir. Cependant, il n'y arriva qu ! à

sept heures, mais il paraissait maintenant plus

calme. Pourtant il avait un air égaré que je

fus sans doute seul à remarquer, car presque

tous les habitués de ce restaurant particulier

l'avaient plus ou moins également ; les yeux

de la plupart de ces hommes étaient farouches

et leurs cheveux en désordre.

Je le laissai manger. Le dîner qu'il commanda

était simple et je n'eus pas le cœur

d'interrompre le plaisir qu'il y prenait.

Mais, lorsqu'il eut fini et demanda l'addition,

je laissai venir le choc. Sous la note que

le garçon posa à côté de son assiette, se trouvait

l'inévitable coulant d'acier ; l'effet produit fut

plus violent encore que précédemment. J'avoue

que cet homme me fit pitié. Cependant, il ne

s'enfuit pas, comme il l'avait fait les autres

fois. Un esprit de résistance s'était emparé

de lui, et il voulut savoir d'où venait l'objet de

ses craintes. Personne ne put ou ne voulut le

lui dire. Sur quoi, il commença à divaguer

et aurait certainement fait du mal, soit à lui,

soit à quelqu'un d'autre, s'il n'avait pas été

calmé par un des assistants, qui paraissait

pourtant presque aussi fou que lui. Il paya

sa note en jurant qu'il ne reviendrait plus

jamais dans cet endroit et sortit, pâle comme

la mort, mais avec l'air fanfaron d'un homme

qui vient d'avoir le dessus.

Il faiblit toutefois dès qu'il eut atteint la rue,

et je n'eus pas de peine à le suivre jusqu'à un

tripot, où 3 gagna trois dollars et en perdit

cinq. De là il alla à son logement dans West

Tenth Street.

Je l'y laissai entrer. Il avait traversé depuis

midi des émotions si profondes et si variées

que je n'eus pas le courage d'en ajouter une

autre.

Mais, tard dans la journée suivante, je retournai

vers sa maison et sonnai. Le crépuscule

tombait, mais j'y voyais encore assez pour

remarquer le manque de réparations des

rampes de fer, de chaque côté du perron, et

pour comparer ce gîte délabré avec le spacieux

et élégant appartement où la jolie M me Holmes

pleurait la mort de son jeune mari. Semblable

comparaison s'était-ellè jamais présentée à

(Suite du texte de la page 7.)

l'esprit de l'infortuné John Graham pendant

qu'il parcourait les tristes corridors qui suivaient

ces marches branlantes?

En réponse à mon appel, une jeune femme

vint à la porte et je n'eus qu'à-lui exprimer mon

désir de voir M. Graham pour qu'elle me fît

entrer, en disant brièvement :

— La porte du fond sur le palier du haut.

Si elle est ouverte, il est sorti ; si elle est fermée,

il est là.

Comme une porte ouverte donne la permission

d'entrer, je ne perdis pas de temps,

suivis la direction indiquée par son doigt et me

trouvai aussitôt dans une mansarde basse

donnant sur une étendue de toits.

On avait allumé du feu dans la cheminée et

les flammes vacillantes dansaient sur le plafond

et sur les murs ; leur gaîté contrastait fortement

avec le genre d'affaire qui m'avait amené

là. Comme elles servaient aussi à éclairer la

chambre, je cherchai à prendre mes aises et,

attirant une chaise, je m'assis près du foyer, de

manière à ne ' pas être vu d'une personne

entrant par la porte.

Moins d'une demi-heure après, Graham

rentrait.

Il était dans un état de grande émotion. Son

visage était rouge et ses yeux flamboyaient.

S'avançant rapidement, il jeta son chapeau sur

la table qui se trouvait au milieu de la pièce,

avec un juron qui était à la fois un cri et un

gémissement. Puis il demeura silencieux et je

pus voir combien son air était devenu hagard

pendant le court espace de temps qui s'était

écoulé depuis que j'avais cessé de le suivre.

Mais cet intervalle d'inaction ne fut pas de

longue durée et, au bout d'un instant, il leva

les bras au ciel en criant :

— Qu'elle soit maudite !

Ces mots résonnèrent à travers l'étroite

chambre et me révélèrent la cause de sa fureur

présente. Puis il resta immobile à nouveau,

grinçant de» dents et remuant les mains d'une

façon qui permettait de discerner en lui de terribles

instincts de meurtre. Cela ne dura pas.

Soudain, il vit sur la table quelque chose qui

attira son attention, une chose sur laquelle mes

yeux s'étaient arrêtés bien avant les siens, et,

se précipitant avec une nouvelle mais différente

apparence d'émotion, il saisit ce qui

paraissait être un manuscrit roulé et commença

à l'ouvrir, violemment.

— Renvoyé ! Toujours renvoyé ! gémit-il,

et il donna au manuscrit un coup qui en fit

tomber un petit objet ; à peine l'eut-il vu qu'il

devint muet et recula.

C'était encore un coulant d'acier.

— Grand Dieu ! laissèrent enfin tomber

ses lèvres sèches et tremblantes; suis-je fou,

ou bien le diable s'est-il joint à ceux qui me

oursuivent? Je ne puis manger, je ne puis

Eoire, sans que ce diabolique ressort se dresse

devant moi. Il est ici, là, partout, le signe

visible de mon crime, le... le...

En reculant, il buta contre ma chaise et, se

retournant, m'aperçut.

Je fus sur pieds immédiatement et, voyant

qu'il était étourdi par le coup que lui portait ma

présence, je me glissai tranquillement entre

la porte et lui.

Ce mouvement l'éveilla : se tournant vers

moi avec un sourire sarcastique, dans lequel

se concentrait toute l'amertume de sa vie, il

dit brièvement :

— Ainsi, je suis pris ! Eh bien ! les hommes

comme les choses ont leur fin et je suis prêt à

accepter mon sort..^ Elle m'a fait jeter hors

de chez elle, aujourd'hui, et, après les tortures

de l'enfer que j'ai subies à ce moment-là, je

n'en crains guère d'autres.

Ici sa figure changea soudain.

■— Je la reverrai si je suis jugé comme meurtrier.

Elle sera au tribunal, au banc des

témoins...

— Sans aucun doute, m'écriai-je.

Mais il m'interrompit vivement, passionnément

:

— Alors, je suis prêt. Bienvenus soient mon

procès, ma condamnation, la mort même. La

voir face à face est tout ce que jç souhaite. Elle

ne l'oubliera jamais, jamais !

Donc, vous ne niez pas, commençai-je.

— Je ne nie rien, rétorqua-t-il, en me tendant

les mains d'un geste farouche. Comment

le pourrais-je quand de tout ce que je touche

tombe le diabolique objet qui a supprimé

l'existence de celui que je haïssais?

— N avez-vous rien d'autre à dire ou à faire

avant de quitter cette chambre? demandai-je.

Il secoua la tête, puis, se ravisant, désigna

le rouleau de papier qu'il avait jeté sur la table.

— Brûlez cela ! cria-t-il.

Je pris le rouleau et l'examinai. C'était le

manuscrit d'un poème en vers libres.

Je 1 ai porté à une douzaine de journaux

et de revues, exphqua-t-il avec une grande

amertume. Si j'avais réussi à trouver un éditeur,

j'aurais pu oublier le tort que l'on m'avait

(Lire la suite, page 14, 4'colonne.)


P

LE 28 AOUT 1927 i"iiimiiiiiiiiimiiiiiiiiiiiiiiiiuiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiii:iiiiiiiiiiiiii iiitiimiiiiiini Jl iiiiiiiHiiiiiiiiHiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiitiiiiiiiiiiiiiiiiiiM] iiiiiiiiin DIMANCHE-ILLUSTRË ■">■'

VERGENNES

PROFITONS DE NOS LOISIRS DU DIMANCHE

POUR NOUS INSTRUIRE UN PEU

VERGENNES

EU de temps après avoir appelé Turgot

au Contrôle général, Louis XVI confia

à Vergennes les Affaires étrangères, que

le renvoi de d'Aiguillon avait laissées sans

titulaire. L'un et l'autre de.ces choix, conseillés

par de Maurepas, étaient heureux; mais, plus

favorisé que Turgot, Vergennes demeura

ministre jusqu'à sa mort, soit pendant près de

treize années.

Charles Gravier de Vergennes était né en

1717, à Dijon, où

une rue porte encore

son nom. Neveu

de de Chavigny,

il était entré de

bonne heure dans

la carrière diplomatique.

Il avait

occupé plusieurs

postes en Allemagne,

avant d'être

envoyé comme ambassadeur

à Constantinople,

où il resta

de 1755 à 1768.

Choiseul l'ayant

alors disgracié, il

n'occupa plus aucun poste avant la chute de ce

ministre. Nommé, en 1771, ambassadeur à

Stockholm, il y prit une part active au coup

d'Etat de Gustave III. Ce fut là que Louis XVI

vint le chercher pour lui confier la tâche de

rétablir les affaires de la monarchie au dehors,

où elles étaient pour le moins autant compromises

qu'à l'intérieur du pays.

La politique de Vergennes tint dans deux

formules : défiance vis-à-vis de l'Autriche,

hostilité à l'égard de l'Angleterre. II avait

trouvé l'alliance autrichienne resserrée par le

mariage de Louis XVI ; il s'efforça de libérer

la France de cette demi-dépendance et fit

tout ce qui fut en son pouvoir afin de limiter

l'accroissement territorial du royaume de

Joseph II. Il y parvint, malgré l'influence de

Marie-Antoinette, d'abord au Congrès de

Teschen, en 1779, puis en défendant contre

l'Autriche l'intégrité de l'Empire ottoman et

en encourageant la Confédération des Princes

allemands (Furstenbund), qu'avait formée

Frédéric II.

Contre l'Angleterre, il eut l'occasion d'agir

en accueillant favorablement l'appel des insurgés

de ses colonies d'outre-Atlantique

Pendant la guerre d'Amérique, il rallia autour

de la France les petites puissances du Nord et

forma une ligue des neutres, dont les principes

firent l'objet du règlement du 26 juillet 1778

L'Angleterre dut admettre ces principes, que le

droit des gens consacra par la suite : nécessité

d'un blocus effectif, définition de la contre

bande de guerre, etc. ; en 1780, la Russie

adhéra, à son tour, à la ligue des neutres.

Vergennes considéra cette adhésion comme

un grand succès, il y voyait les prémices d'une

alliance qui eût modifié l'équilibre^ européen ; j

mais le rapprochement se limita à l'élaboration !

d'un traité de commerce, qui fut signé en 1787, !

à Saint-Pétersbourg par notre ambassadeur

d'alors, le comte de Ségur.

Ce fut en cette même année, 1787, que

mourut Vergennes, après avoir vu les clauses

du traité de Paris atténuées notablement par

celles du traité signé à Versailles en 1783 et

qui consacra officiellement l'existence des

Etats-Unis d'Amérique.

ft * *

P

L'ÉLEVAGE, LA CHASSE ET LA

PÊCHE EN INDOCHINE

AS d'ânes ni de mulets, peu de chèvres et

de moutons en Indochine, qui n'élève

guère que des buffles, des bœufs, des

chevaux, des porcs et des volailles.

Exception faite pour le buffle, les herbivores

sont de taille plutôt petite. Cela tient à des

procédés d'élevage très primitifs, témoignant

d'un médiocre souci d'hygiène, et à la faible

qualité de l'herbe, abondante en raison de la

chaleur et des pluies, mais de faible valeur

nutritive.

Les animaux en sont arrêtés dans leur croissance.

C'est ainsi que l'on a des chevaux de

taille comprise entre I m. 15 et 1 m. 28, à tête

relativement volumineuse supportée par une

encolure épaisse à crinière abondante. Ils sont

néanmoins trapus, courageux et sobres; ils

portent de 50 à 60 kilogrammes sur le bât, en

montagne, et font aisément, sur des sentes à

peine tracées, de 6 à 7 kilomètres à l'heure, au

as. Les bœufs : bœufs à bosse pour boucherie,

œufs communs et bœufs trotteurs du Cambodge,

ont de 1 m. 10 à 1 m. 30. Le buffle vit

en montagne dans un état de semi-liberté,

renfermé seulement la nuit dans des parcs où on

le met à l'attache au moyen d'une corde qui

traverse sa cloison nasale ; en plaine, il sert au

labourage des champs et des rizières, ou bien

pour les charrois ou pour actionner des manèges.

Bœufs et buffles représentent ensemble

quatre millions de têtes. Les porcs, très nombreux,

donnent la principale viande de consommation

de l'indigène. Les volailles sont en très

grande quantité; la consommation qui se fait de

chapons, poulets, canards et œufs est considérable.

Le mûrier, cultivé sur 10.000 hectares

au Cambodge et au Tonkin, permet l'élevage

du ver à soie. On récolte annuellement environ

5.600 tonnes de cocons,d'où l'on tire 225 tonnes

de soie grège traitées en majeure partie sur

place.

La faune est extrêmement variée et offre au

chasseur tous les genres de chasses et d'émotions

possibles. En Annam, la panthère; le chattigre

et le chat sauvage sont très abondants.

Les singes sont représentés par un grand

nombre d'espèces de toutes tailles, dont le

macaque-ourson à queue courte, particulier

à 1 Indochine. Les éléphants sont nombreux

dans certaines régions de l'Annam, du Laos

et du Cambodge; les indigènes en capturent

et les domestiquent pour leurs travaux et les

transports. Les sangliers vivent en bandes,

qui causent d'importants dégâts aux cultures.

Les forêts et la brousse pullulent de bœufs

sauvages, daims, chevreuils, cerfs, lièvres,

écureuils, porcs-épics ; les marais et les rivières

E

ft A *

FUSTEL DE COULANGES

N tête des historiens de la deuxième moitié

du XIX e siècle, Fustel de Coulanges s'est

avéré grand écrivain autant qu'érudit

solide, en même temps qu'un maître admirable

dans l'histoire de l'évolution des institutions

des temps passés. C'était un jeune agrégé_qui, à

sa sortie de l'Ecole Normale, avait été à l'Ecole

sont peuplés d'animaux aquatiques, principalement

tortues et crocodiles. Enfin, parmi les

oiseaux, le paon, le coq sauvage, la caille, le

perdreau, la sarcelle, la bécasse, le canard,

l'oie sauvage, l'aigrette, la grue, le marabout,

la tourterelle sont très communs.

Paradis des chasseurs, l'Indochine l'est

aussi des pêcheurs, qui se livrent le long des

fleuves, et notamment sur le Grand Lac, à des

campagnes de pêche fructueuses. Le poisson,

capturé soit dans les criques au moyen de barrages

établis au moment de la décrue, soit

au filet au milieu du Toulé-Sap lui-même, est

dirigé, dès sa capture, sur les ateliers de conserverie.

Il ne semble pas, bien que cette pêche

soit annuelle et intensive, qu'une raréfaction du

produit soit à redouter.

La pêche est aussi très active le long des

criques de la côte et surtout dans la baie

d Along, qui est fréquentée chaque année, de

septembre à juin, par six cents à sept cents

jonques de pêche.

Les produits de la pêche sont séchés et salés ;

les indigènes fabriquent sous le nom de " mâm"

des saumures de poissons ou de crevettes dont

ils sont très friands. Le poisson séché et salé

est exporté sur la Malaisie et la Chine, en

même temps que des vessies natatoires de

siluridés et de cyclidés, des ailerons de requins

et des nids d'hirondelles, chers aux Célestes.

La tortue à écaille, traquée dans les mers

locales, est malheureusement en voie de disparition.

REGNAULT

VERS ERS le milieu du XIX


ch

e Française d'Athènes. Là, il s'était livré sur

île de Chio à de minutieuses études, dont il

siècle, alors que le avait réuni le fruit dans un mémoire, paru en

développement de l'emploi de la ma- 1857. Reçu docteur en 1858, il avait quitté sa

ine à vapeur rendait nécessaire la chaire du lycée d'Amiens pour occuper celle,

connaissance parfaite des grandeurs (pressions, très en vue, de la Faculté des Lettres de

chaleurs spécifiques, etc.), qui intervenaient Strasbourg.

dans la genèse des phénomènes thermiques, il Il y professa jusqu'en 1870 ; ce fut là qu'en

se trouva un physicien d'une rare conscience 1864 il écrivit sa fameuse Cire' antique, étude

pour se consacrer aux minutieuses recherches sur le culte, le droit, les institutions de la Grèce

qu'exigeait cette industrie nouvelle.

et de Rome, brillante synthèse de l'évolution

Ce fut Henri-Victor Regnault, qui était né générale des institutions et des mœurs du

à Aix-la-Chapelle en 1810. Elève de l'Ecole monde antique.

Polytechnique et de l'Ecole des Mines, il fut Nommé maître de conférences à l'Ecole

d'abord préparateur-répétiteur du cours que Normale Supérieure, il entreprit de rédiger,

professait à l'Ecole Polytechnique Gay-Lussac, ans le même esprit, l'étude des institutions

auquel il succéda en 1840. Puis il entra à l'Aca- de l'ancienne France. Le premier volume de

démie des Sciences et au Collège de France ce travail fut l'objet de critiques si vives que

comme professeur de physique.

Fustel de Coulanges reprit un à un les points

Il fit paraître, en 1845, une série d'études contestés et les développa en une série d'études

sur l'hygrométrie, nouvelles, telles que

puis il s'adonna à la 'Alleu et le domaine

détermination des rural, la Monarchie

coefficients de dila- franque, etc. La putation

et des capablication de ces étucités

calorifiques, des l'amena à se

avec l'aide de ses rapprocher à nou-

élèves et au moyen veau de l'érudition,

d'appareils de me- dont il avait pensé

sure qu' il avait créés s'éloigner pour les

de toutes pièces. grandes synthèses;

Nommé, en 1847, il y parvint heureu-

ingénieur en chef sement, sans rien

des Mines, il fut perdre de sa hau-

appelé, en 1854, à teur de vues ni de

REGNAULT la direction de la sa profondeur de FUSTEL DE COULANGES

Manufacture de Sè- pensée. La mise au

vres. Il avait donné, en 1849, le résultat de point de son Histoire des Institutions politiques

ses recherches sur la respiration des animaux, de l'ancienne France l'absorba de 1875 à sa

puis, en 1850, des éléments de chimie, qui mort, survenue en 1889. Entre temps, il avait

furent longtemps la base de l'enseignement été nommé membre de l'Académie des Sciences

des lycées et des facultés. Ses expériences les morales, puis professeur d'histoire du moyen

plus connues de nos jours sont celles qui sont âge à la Faculté des Lettres de Paris, enfin

relatives à la compressibilité des gaz et où il directeur de l'Ecole Normale, de 1880 à 1883.

mit le premier en évidence que la loi de

Mariotte n'est qu'une loi théorique, approxi

ss A A

mative, que ne suit, en réalité, expérimenta

lement aucun gaz naturel.

HERRERA EL VŒJO

La guerre vint interrompre la belle carrière

ERRERA LE VIEUX

scientifique de Regnaûlt en lui portant un

(el Viejo), peintre espa-

coup dont il ne put se relever : la mort du talengnol

de la fin du XVI H

i tueux peintre Alexandre-Georges-Henri Regnault,

son fils, tué à Buzenval. En outre, son

' laboratoire de Sèvres fut pillé par l'ennemi,

. lequel brûla tous les registres d'expériences qui

s'y trouvaient accumulés. A la suite de ce double

malheur, Regnault renonça à toutes ses fonç

tions et à tous ses travaux ; il mourut à Pans

quelques années .après, en 1878.

E et du début du

XVII E siècle, fut un des fondateurs de

l'École de Séville, religieuse, réaliste et coloriste.

D'un caractère très emporté, il terrorisait ses

élèves et même son fils, qui s enfuit à Rome

et devint, dans l'histoire de l'art espagnol,

Herrera le Jeune (el Joven). La violence

du caractère d'Herrera le Vieux se retrouve

dans sa peinture : musculature fidèlement

rendue, expressions de visages rébarbatives.

Son premier chef-d'œuvre véritable fut le

jugement universel de l'église San-Bernardo

de Séville. Et, pourtant, éprouvant quelque

peine à vivre de son art, Herrera dut demander

son pain quotidien à la gravure sur bronze.

Pris pour un faux monnayeur, il fut contraint

de se réfugier chez les jésuites de sa ville natale.

Là, il peignit, dans la chapelle, une toile remarquable

: l'Apothéose de saint Herménégilde.

Cette toile attira sur lui l'attention de Phi-

| lippe IV. Le roi fit surseoir aux poursuites

engagées et Herrera, désormais libre et en vue,

put se consacrer uniquement à la peinture.

Herrera mourut à Madrid, en 1656, quatre

ans avant son contemporain Vélasquez.

* * *

P

NACHTIGAL

ARMI les hardis pionniers qui, dans la

deuxième moitié du XIX e siècle, s'attaquèrent

aux régions mal connues du

Sahara et du Soudan

africains, figure

au premier rang

l'Allemand Nachtigah

C'était un ancien

médecin militaire,

que le goût de l'aventure

avait amené à

la cour du bey de

Tunis en 1863.

Après avoir accompagné

les troupes

beylicales dans

diverses expéditions

contre des tribus du NACHTIGAL

Sud, il reçut du roi

de Prusse une mission à remplir auprès du

sultan du Bornou. L'accomplissement de cette

mission l'amena à faire, à l'est du lac Tchad,

un travail de reconnaissance et d'exploration,

analogue à celui qu'avait fait, quelques années

auparavant, à l'ouest, l'Anglais Barth.

Il traversa d'abord la région montagneuse du

Tibesti, au Sahara ; de là, on le vit sur le Chari,

affluent du lac Tchad, qu'il reconnut jusque

vers le 9° de latitude nord, explorant le Bornou

et le Baguirmi ; puis il revint en Europe en

1875, par l'Egypte, après avoir parcouru le

Soudan oriental (Ouadaï et Darfour).

Dès son retour en Europe, il écrivit une

relation de son important voyage, intitulée :

Sahara und Sudan et qui parut à partir de 1879.

Puis il repartit, en 1882, pour Tunis, où sa

connaissance parfaite de l'Afrique du Nord

l'avait fait déléguer comme consul général. En

1884, envoyé en Afrique Occidentale pour faire

partie de la commission de délimitation des

territoires acquis par l'Allemagne, il mourut en

mer, à hauteur du cap Palmas. La Société de

Géographie de Paris lui avait décerné sa grande

médaille d'or.

£ A £

THOMAS ET GILCHRIST

EUX Anglais, le métallurgiste Thomas et le

chimiste Gilchrist, sont les auteurs d'un

procédé qui est venu, dans la deuxième

moitié du dernier siècle, modifier profondément

le marché mondial de l'acier et qui a eu

ainsi les conséquences économiques les plus

vastes.

Né à Londres en avril 1850, Sydney Gilchrist

Thomas sortit, en 1870, de l'Ecole royale des

mines.

Bessemer venait d'inventer son convertisseur,

mais les minerais phosphoreux donnaient des

fontes impures, cassantes et impropres à la

fabrication de l'acier. Or, les gisements de

minerais phosphoreux, inutilisables pour cette

raison, étaient nombreux au sein des grands

bassins ferrifères mondiaux.

Thomas rechercha par quel moyen on

pourrait débarrasser le fer de son phosphore; il y

fut aidé par son cousin Percy Gilchrist, qui était

chimiste dans une usine métallurgique. Leurs

travaux communs les amenèrent à la découverte

du procédé qui porte leurs noms et pour

lequel ils prirent brevet en 1877. Ce procédé

consiste à remplacer, dans la cornue Bessemer,

le garnissage siliceux interne par un garnissage

basique de dolomie cuite, et à faire, pendant la

fusion du minerai, de fréquentes additions de

chaux vive.

Ainsi s'élimine le phosphore en un résidu

qui est une scorie de silicophosphate ; et la

fonte restante est de première qualité pour

la transformation en acier.

Précocement épuisé par ses travaux, Thomas

dut se rendre, en 1882, en Australie ; puis, en

1883, à Alger, d'où il revint à Paris, où il

mourut le 1 er février 1885. Les brevets du

procédé Thomas et Gilchrist avaient été

cédés, en France, à M. M. Schneider, qui

l'appliquèrent aussitôt au Creusot, et, peu de

temps après, facilitèrent l'attribution de licences

aux industriels de l'Est. Ainsi l'on put tirer

parti du minerai de la région de Briey, minette

phosphoreuse dont l'extraction, qui ne dépassait

pas 6.000 tonnes en 1895, atteignit

15.147.000 tonnes à la veille de la guerre,

en 1913.

En cette même année 1913, notre production

d'acier avait été de 4.686.000 tonnes, dont

2.930.000 tonnes d'acier Thomas.


«*««»■ DIMANCHE-ILLUSTRÉ iinijiiiiiiiiliïjaiiiiiiiiiiiiihiiiiiiiii ■uiiiiiinniiiiïiiiliiiiihinniniiniHiii 12 iiiniiMriiiiiïiniiiiiiBiiiiiHiiiii wiHHHii'imriiiiiiiiiiii«iiii««««»«««i*B> LE 28 AOUT 1927 ««"min

LA SEMAINE COMIQUE

QUAND LE BAROMÈTRE EST AU VARIABLE

M. Trajan, coiffé

d'un chapeau de paille

à ruban violine, descend

l'escalier de sa

demeure...

C

(Dessin inédit de VARÉ.)

... M. Trajan, sur

le seuil de sa demeure,

constate que le temps

se couvre...

E jour-là, le pêcheur à la ligne du Pontaux-Anes

avait la main particulièrement

heureuse. Depuis le début de l'aprèsmidi,

cela faisait la quatrième fois qu'on le

voyait ferrer d'une main sûre un vieux godillot

flottant entre deux eaux ; aussi était-il entouré

d'un fort nombreux spectatoire (l). En comptant

les deux agents, le tondeur de chiens et le

garçon du bateau-lavoir, nous étions bien près

de cent cinquante à deux cents, deux cents

badauds accoudés aux parapets du pont et des

quais adjacents, dans l'attitude de gens bien

décidés à attendre là l'heure de l'apéritif.

Pourtant, dès qu'eut retenti le " plouf ! "

significatif qui accompagne la chute dans l'onde

perfide d'un monsieur désespéré, chacun de

nous se découvrit soudain une occupation

urgente, et les deux cents badauds s'éloignèrent

au petit trot dans des directions différentes,

mais résolument opposées au théâtre

du drame.

D'ailleurs, nous n'allâmes pas loin ; à

peine avions-nous fait quelques pas qu'un

second ' ploul " venait nous apprendre qu'un

courageux citoyen avait, à son tour, sauté dans

l'onde perfide, pour tenter d'en arracher le

désespéré.

Les choses tournant ainsi, tous les éléments

de la gent badaude se hâtèrent de regagner leur

poste d'observation, car le spectacle d'un

homme qui se dévoue pour sauver son prochain

vaut bien qu'on lui sacrifie quelques occupations

urgentes. N'était-il pas de notre devoir,

au surplus, de rester là afin d'encourager de

notre présence le courageux sauveteur ?

Celui-ci nageait avec une vigueur satisfai-

(1) Ensemble des spectateurs réunis en un même

lieu... on dit bien auditoire, vomitoire, etc.

(Note du traducteur.)

... M. Trajan, rentrant

dans sa demeure,

troque son chapeau de

paille contre un feutre

bois de rose...

... M: J rajan, sur

le seuil de sa demeure,

constate que le temps

devient menaçant...

santé à notre gré ; arrivé au milieu du fleuve,

il se laissa glisser vers les bas fonds vaseux,

d'où il remonta un petit quart d'heure plus

tard en compagnie du monsieur, qui, sur ses

instances, s'était décidé à revenir prendre

l'air. Le moment était venu pour nous de lui

piodiguer nos exhortations.

— Hardi ! criait l'un, saisissez-le par le cou.

— Par le bras, disait un autre.

— Par un pied.

— Laissez-le boire un bon coup, ça le

calmera.

— Flanquez-lui un coup de poing derrière

les oreilles, etc., etc.

Judicieux avis qui eussent été fort utiles, si

seulement le noyé n'avait pas été complètement

inanimé.

... M. Trajan, rentrant

dans sa demeure,

troque son feutre contre

une vieille casquette...

... M. Trajan, sur

le seuil de sa demeure,

constate que le soleil

est éblouissant, mais il

garde néanmoins sa

vieille casquette...

Lorsque le désespéré eut été amené sur la

berge, son sauveteur ne crut pas avoir encore

assez fait pour lui ; il se mit en devoir de le

rappeler à la vie. C'était vraiment un homme

admirable ; son dévouement nous transportait

d'enthousiasme et nous attendions avec impatience

qu'il fût un peu plus sec pour le porter

en triomphe, sans trop de dommage pour nos

vêtements.

Tout d'abord, il suspendit le noyé durant

quelques minutes la tête en bas, afin de le

vider entièrement de toute l'eau qu'il avait

absorbée. Cela fait, il remplaça cette eau par

une égale quantité de vieux rhum, acquis à

grands frais chez un bistro voisin.

Ensuite, il lui fit sur tout le corps une bonne

petite friction à l'aide d'un bouchon de paille

UN PEU E FANTAISIE

| E panier à salade déambule paisiblement le long du

boulevard Sébastopol, emportant vers le Dépôt

une bonne provision d escarpes de tous genres.

De cellule à cellule, deux détenus échangent des

impressions et renouent connaissance.

— Comment I c'est toi, La Mouise, tu t'es fait

chauffer " ?

— Ben oui, mon vieux Crottoir, j'ai pas de veine.

1 — Qu'as-tu donc fait ?

— Mais, rien du tout : j'ai trouvé un portemonnaie.

— Et c'est pour ça qu'on t'arrête ! Il faut protester.

— T'as raison. Seulement, il y a un petit détail qui

me gêne.

— Quoi donc ?

— C'est que j'ai eu la malchance de trouver ce portemonnaie

avant qu'on l'ait perdu 1

J7 N police correctionnelle.

L'AVOCAT. — Non, mon client n'a pas falsifié son

vin ; son vin est authentique, voici la facture qui porte

la mention, absolument véridique, de " raisin frais ".

Cette facture, c'est notre acte de naissance...

LE PRÉSIDENT, interrompant. — Et l'acte de baptême

?

... M. Trajan, à

trois kilomètres de

sa demeure, se souvient

brusquement

qu'il doit assister à

un enterrement...

DONNEZ-MOI UN PEU- DE FEU, S. V. P, !

(Dessin inédit d'HENRI GoLLAND,) HISTOIRE SANS PAROLES

...C'est alors que M. Tra»

jan se voit dans l'obligation

d'entrer chez un

chapelier pour acheter un

huit reflets... et que l'averse

commence à tomber...

de fer, ainsi que les médecins recommandent

d'en user pour ramener quelque chaleur dans

l'organisme refroidi, quelque souplesse dans

les membres raidis et quelque brillant sur la

peau terne.

Et puis il lui tira la langue.

C'est-à-dire — comprenons-nous bien —qu'il

saisit entre ses doigts la langue du noyé

afin d opérer les classiques tractions rythmées,

à la vitesse moyenne de huit cent quatre-vingts

à la seconde.

Hélas ! tant de soins et de fatigue ne pouvaient

aboutir finalement qu'à un échec, parce

qu'avant de s'aller jeter à l'éau, le désespéré

avait eu soin d'absorber une demi-livre d'arsenic

en grains, puis de se loger huit balles de

browning dans la tempe droite. Pourtant, il

n'était pas encore tout à fait trépassé ; un

moment il parut vouloir se ranimer, oh ! la

durée d'un clin d'oeil et seulement par pure

politesse, pour reconnaître gentiment les

attentions de son sauveteur. Nous vîmes alors

celui-ci s'incliner vers le moribond et crier

avidement dans son oreille encore pleine

d'eau :

— Vite, vite, puisque vous êtes décidé à

déménager, donnez-moi votre adresse... 0 I

dangereuse traîtrise des apparences ! Celui

que nous avions pris pour un courageux

et désintéressé citoyen n'était tout simplement

qu'un de ces locataires de bas étage qui ne

reculent devant rien pour trouver un logement

vacant !... Dégoûtés, nous cessâmes de nous en

occuper, poui reporter notre attention sur le

pêcheur à la ligne, dont l'infaillible hameçon

venait de faire une nouvelle victime : une

vieille passoire, cette fois, une vieille passoire

couverte de rouille et pleine de trous.

BERNARD GERVAISE.


LE 28 AOUT 1927 '■"■■■■■■HimiiiiiiiiiiiiiiiiimrHiiiimiiiiiiiMiiiiiiiiiiiii i ■■ iiiiiiim 13 uiiiiiiiiiiimimmiimnii iiiiiiim ■IIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIII DIMANCHE-ILLUSTRÉ «muws

i ROSSERIES

— Mais non, cette femme n'est pas folie,

elle a les traits accusés I

— Ah ! voilà bien les femmes I L'accufation

est à peine formulée que la condamna'

tion est déjà prononcée !

(Dessin inédit de F. LA NOÉ.)

LE SENS DE L'ORIENTATION !

— Encore ta manie de vouloir couper par

le plus court chemin I...

(Dessin inédit de MARS-TRICK.)

PAS DE DANGER...

— Zoé, Zoé /... La chatte va manger le

perroquet I

— Pas possible, monsieur. Au bout de trois

bouchées, elle en aura vite assez I

(Dessin inédit de CH. DE BUSSY.)

UNE BONNE RAISON

— Voyons, Alfred, tu es en deuil, et tu joues

du piano.

— Mais je ne joue que sur les touches noires 1

(Dessin inédit dTfvoNNE HÉNHO

UN DUEL IMPOSSIBLE

(HISTOIRE SANS PAROLES)

(Dessins inédits de HENRI GOLLAND.)

QUELQUES

jeune temme se précipita

par un officier qui l'épousa ensuite ? ...

LE JEUNE HOMME, PROSAÏQUE.—Oui, mais je dois vous

prévenir qu'en ce qui me concerne, je ne suis pas

officier et je ne sais pas nager I

11

3»Vs

* Çyf 4,

VI

à

VII

VIII

U bureau de tabac : A — Madame, dît un client, j'essaie en vain de

coller ce ombre. J'ai bien senti sur la langue qu'il

manque de gomme.

— Eh I monsieur, répond la buraliste, je ne puis le

reprendre tout le temps j vous êtes le vingtième qui

l'essayez depuis ce matin I

B © M S MOTS

I E DOCTEUR, fris grave. — Il vous faut renoncer à

*-* tout travail de tête.

LE CLIENT. — Impossible, docteur, ce serait ma ruine.

LE DOCTEUR. —- Pourquoi, êtes-vous écrivain >

LE CLIENT. — Mais non, je suis coiffeur I

I E père de Toto veut faire connaître le* progrès de

*-* son fils, et il l'interroge t

— Qu'est-ce qui noua donne les pommes |

— Le pommier.,,

■— Et les poires ?

— Le poirier..,

— Et les dattes

— Les dattes î... Eh benlmats, ç*eH fc calendrier,

répond Toto sans s'émouvoir»!

LES JEUNES COUCHES

— Maintenant que ta tirelire est pleine, ta

vas t'acheter un beau jouet ?

— Non, je vais prendre des leçons de black."

bottom I ( Dessin !nétli , de Mat ,

LOGIQUE

— // nie répond pas, madame. Est-ce qu'il

est sourd ?

— Sourd, allons donc ! Ce serait point

possible avec des oreilles aussi grandes !

(Dessin inédit de CH. DE BUSSSY.)

LES MAUVAIS SOUVENIRS

— Te souviens-tu, Amédée, de ce dîner où

nous nous rencontrâmes pour la première fois ?

— Hélas l oui... nous étions treize à table t

j'aurais dû me méfier l (Dessin inédit de CH. ISEUN.)

ÇA DEVIENT INQUIÉTANT

— ... Et, maintenant, je vais lui faire perdre

la mémoire...

— Eh là! pas de blagues, je viens de lui

prêter mille francs l (Dessin inédit de MAT,)

INNOCENCE

— Dis-moi, petite mère, qu'est-ce qu'il y 4

donc dans le bâton de l'agent ?

— ? ? ?

— Mais oui, chaque fois qu'il lemet devant

les voitures, elles s'arrêtent tout de suite 11

(Dessin inédit de DHARMJ

1


DIMANCHE-ILLUSTRÉ iiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiniioiniiii""!"»'"" 1 ' 1 '»' 1 »" 11 "»'"" 1 "' 14 iiiBiniii«iiiiiiiiiiiiMiiuuiiMiiii^HiiumiHiwM«Hiw MIIKIBHMHWII u LE 28 AOUT 1927


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CASANOVA DE SEINGALT,

L'INNOVATEUR DE LA LOTERIE

(Suite du texte de la page 5.)

Casanova vend cinq de ses six bureaux,

ouvre avec luxe le sixième, y place son valet

de chambre en guise de commis et attend

les événements. Le jour du premier tirage

arrive ; c est un succès. Casanova recevait de

l'or de tous ceux qu'il connaissait, heureux

de le lui confier pour qu'il le joue. On conçoit,

dès lors, qu'il pouvait écrire : " Je vivais sur

le pied de cent mille francs par an. "

Devenu riche, l'aventurier mena, à Paris,

la vie la plus luxueuse et la plus dissolue. Il a

des duels, des aventures de tous genres, tant

et si bien que, pour éviter un procès dangereux,

il est obligé de filer un beau soir pour la

Hollande. On l'en chasse. Réfugié en Wurtemberg,

il est reçu par le duc et semble pouvoir

se fixer à cet endroit, mais il perd quatre mille

louis au jeu qu'il ne peut pas payer, et ce

nouvel accident le force à se réfugier en Suisse.

Là, il prend la résolution de se faire moine,

mais cette résolution se termine par une soirée

d orgie dans une auberge. Entre deux randonnées,

il va, à Ferney, discuter littérature

italienne avec Voltaire, et se brouille avec cet

écrivain pour lui avoir fait entendre que la

Henriade est bien inférieure à la Jérusalem

délivrée. Quelques semaines plus tard, on le

trouve en Espagne, qu'il quitte pour se rendie

en Russie, simplement pour se payer la fantaisie

d'aller " du pays le plus chaud au pays

le plus froid ".

Au milieu de ses folies.de ses pérégrinations,

Casanova n'avait pas fait fortune, mais l'inexorable

vieillesse était venue. L'aventurier était

brûlé dans toutes les capitales du monde, et il

ne savait comment assurer ses vieux jours,

quand son heureuse chance lui fait faire, à

Paris, chez l'ambassadeur de Venise, la connaissance

du comte de Waldstein, qui lui

propose de l'emmener dans son château de

Bohême en qualité de bibliothécaire. A bout

d'argent, de voyages et d'aventures, Casanova

y consent, et le voici enfin stable dans le

château du grand Waldstein. Il a passé, en

cette qualité, les quatorze dernières années de

sa vie près de Tœplitz. Mais qu'on n'aille pas

supposer que, dans cette retraite, il trouva la

tranquillité, que voulait lui octroyer un grand

seigneur ! Casanova supportait difficilement la

vieillesse, et son caractère s en ressentait. Il

n'y avait pas de jour où il n'eût une querelle

avec quelque subalterne du château, pour un

manque de respect, pour son café au lait, pour

un plat de macaroni dans lequel il n'y avait

pas assez de fromage à son gré. Un jour même,

la folie des aventures lui reprend:à soixantequinze

ans, il s'en va, mais, six semaines plus

tard, il revenait au châteaH, l'oreille basse,

après avoir constaté que le * duc de Saxe-

Weimar, sur l'appui duquel il comptait, lui

avait refusé de faire de lui un gouverneur ou

un chambellan. Il passa encore cinq ans à

s'agiter, à se désoler, puis finit par mourir

avec assez de dignité, en disant à ceux qui

l'entouraient : " Grand Dieu et vous témoins

de ma mort, sachez que j'ai vécu en philosophe

et que je meurs en chrétien. "

Ainsi disparut cet homme merveilleusement

doué, physiquement et moralement, qui aurait

pu être grand s'il avait appliqué à de nobles

buts les qualités qu'il ne sut mettre en œuvre que

pour des futilités. Il sut, cependant, conquérir

par ses folies une sorte de notoriété spéciale et

universelle, que tant de véritables génies n'ont

jamais pu acquérir. JULES CHANCEL.

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