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Tunis, ville en mutation

#3 Paysage révolutionnaire


Etudiantes

Fatma Ben Amor

Aurélie Krotoff

Responsable de l’énoncé théorique

Prof. Christian Gilot

Directeur pédagogique

Prof. Dieter Dietz

Maître

Marc Schmitt

Tunis, ville en mutation

Manifestations spatiales d’une révolution sociale


4 Tunis, ville en mutation

« J’écris avec toi bien-aimée mon sang mon cœur ma voix

Avec ma patrie

Tunisie mon offrande

Je ne suis qu’à toi je peux me déchirer pour toi

Tunisie ma chérie ma

Tunisie chaude amante. »

Moncef Ghachem*, Car vivre est un pays, 1978

Nous tenons à remercier les personnes qui nous ont accompagnés durant le

processus de cette recherche. Notamment Christian Gilot, Dieter Dietz et

Marc Schmit pour leurs précieux conseils. Un grand merci également à nos

familles et à nos amis respectifs qui nous ont soutenus tout au long de ce travail. * Rencontré en Octobre 2011, lors de notre voyage en Tunisie, dans sa maison à Mehdia

5


6 Tunis, ville en mutation

Avant propos

La révolution se définit comme une «transformation profonde et rapide d’un

ordre social préexistant » ** . Cet ébranlement de la structure politique d’un Etat

est généralement causé par une agitation populaire violente et soudaine. La

ville, et dans une plus forte mesure la ville arabe, est une transcription spatiale

de sa composante sociale, fait que nous essayerons de démontrer tout au long

de notre travail. Ainsi, l’environnement bâti et l’espace public devront s’adapter

à ces changements qui bouleversent l’ordre politique, économique, moral et

culturel.

Les révolutions ont par tout temps profondément marqué le paysage architectural

et urbanistique de leurs époques. Ainsi la révolution française a révélé

les deux grands architectes Étienne Louis Boullée et Claude Nicolas Ledoux

dont l’architecture visionnaire a participé à forger un imaginaire utopique qui

a nourrit la production architecturale de générations futures d’architectes ; la

révolution russe a radicalisé autant la pensée constructiviste que le suprématisme

et le mouvement populaire de Mai 68 a poussé encore plus loin la dérive

situationniste.

Une année seulement après la révolution tunisienne du 14 Janvier 2010, la ville

de Tunis porte encore en elle toutes les traces de ce renversement politique et

social qui a surpris la planète entière. Cette ville qui est le produit des différentes

phases politiques qu’a connut la Tunisie et qui ont profondément marqué son

territoire, est encore aujourd’hui le berceau de manifestations intenses où la

tension sociale entre les différents camps traduit la division et les disparités de

tout un pays.

C’est avec émotion que nous avons essayé dans un premier temps de capter

l’essence spatiale de cette phase révolutionnaire transitoire critique où les

destructions et le doute côtoient l’espoir de la reconstruction d’une société

nouvelle. Puis, à travers l’analyse du Grand Tunis imprégné des divergences

nationales, nous allons essayer de décortiquer l’urgence de ce paysage révolutionnaire

et des enjeux liés à l’introduction de solutions éphémères.

** P. G., Dictionnaire de la géographie et de l’espace des sociétés, Belin, 2003

7


Sommaire

#1 Géographie d’une révolution

L’espace public : lieux de transmission d’une humeur mondiale

Géographie d’une fusion nationale

L’espace public : un espace politique ?

Géographie d’une scission post-révolutionnaire

#2 Géographie des inégalités

Des inégalités nationales

Genèse d’une ville divisée

Des politiques économiques sectorisés

Une multiplicité de centres au détriment de la périphérie

#3 Paysage révolutionnaire

«La révolution des briques»

Des quartiers spontanés

Centre, limite et espace public

Un éphémère structurant

8 Tunis, ville en mutation

9


10 Tunis, ville en mutation

#3 Paysage révolutionnaire

11


Table des matière

«La révolution des briques»

Atmosphère politique et premières réactions

Un espace public verrouillé

Un patrimoine en péril

La prolifération des constructions anarchiques

Une homogénéité paysagère

Des quartiers identitaires

La transparence sociale du bâti

Des commerces éphémères

Des quartiers spontanés

Des centralités périphériques

Des faubourgs informels

Un quartier populaire planifié

Un ensemble de bord de route

Une zone agricole intérieur transformée

Un commerce non structurant

Centre, limite et espace public

Centralités hiérarchisées

L’espace public : une opportunité pour les quartiers spontanés

Une centralité grâce à l’espace public

Un centre et une limite interdépendants

Un éphémère structurant

Bibliographie

12 Tunis, ville en mutation

#3 Paysage révolutionnaire

15

19

23

25

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29

30

31

35

39

41

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49

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58

60

62

63

65

71

13


«La révolution des briques»

14 Tunis, ville en mutation #1 Géographie d’une révolution

15


Carte de nos parcours dans le Grand Tunis

16

Cité Eadhamen

El Manar

Le Bardo

Ennasr

Mont-Fleury

El Menzah

Cité sportive

Parc du

Belvédère

Medina Ville coloniale

Forêt de

Sijoumi

ibn Sina

Raoued

Mourouj

La Sokra

Bellvue

El ouardia

Kabaria

Aeroport

Bhar Lazreg

Le Kram

La Goulee

Port de Radès

Forêt de Radès

Mornag

Carthage

Sidi Bou Saïd

Nous souhaitons ici rendre compte des observations liées au paysage citadin

offert par notre voyage en Octobre dernier à Tunis, qui se formulèrent par la

suite comme des articulations clés pour notre réflexion théorique. Ces découvertes

furent rythmées par des parcours progressifs au travers des différents tissus

de la ville, afin de saisir couche par couche les modifications spatiales d’un

séisme social. Nous tentons ici de lier les notions d’urbanité et d’identité dans

le contexte d’une fracture sociale.

Tunis, ville en mutation #3 Paysage révolutionnaire

17


Marchands ambulants envahissant les rues de Tunis

Constructions anarchiques sur la voie publique dès le 15 Janvier 2011

Atmosphère politique et premières réactions

Une phase de transition dont la durée est incertaine a plongé Tunis dans une

atmosphère confuse. La ville est en suspens, sous tension et reprend son activité

en tâtonnant, les administrations sont perturbées, les usines fonctionnent au

gré des sit-in…Si la révolution fut un bouleversement inattendu qui renversa

le pays en moins d’un mois, elle présente aussi l’ambivalence de se poursuivre

dans une temporalité plus ample, nécessaire pour que l’imaginaire d’une civilisation

nouvelle se concrétise en de réelles mutations sociales et spatiales.

« D’une certaine manière, tout ne sera jamais pareil puisque la peur a en

partie disparu, le silence a été brisé et la parole déliée. Le débat peut désormais

avoir lieu même s’il n’a pas encore pris racine dans la sphère publique tant les

conditions de sa concrétisation sont difficiles à réunir. » 1 Cependant, les discussions

se sont définitivement propagées de la maison familiale intime vers

des lieux semi-publics voir publics, comme les conférences, les cafés et les marchés

selon les couches sociales qui les animent. A l’approche des élections, la

politique est dans toutes les bouches. Une palette de non moins de 104 partis

éligibles, autant constitués de figures très influentes que d’associations de

petites communautés, proposent des restructurations qui se noient dans des

promesses confuses. On s’empare de tous les débats, s’engageant même dans

les plus éloignés, au détriment peut être du questionnement économique et

social qui fonda le dialogue.

Pour tous, le rapport à la ville et son utilisation sont modifiés à jamais. Tandis

que les ruines calcinées de l’ancien régime sont le nouveau paysage non réversible

de la ville, les tunisois reprennent possession des lieux comme cela avait été

enclenché lors des manifestations. Les actions artistiques dans l’espace public

se multiplient et des associations d’artistes soutenues par de nouvelles revues

culturelles tel que Z.A.T. (Zone Artistique Temporaire) propose un « art en

action » qui réanime l’espace public. Mais en l’absence de système régulateur

les prémisses d’un chaos urbain apparaissent : au lendemain de la révolution les

barrages routiers modifiant les flux, les constructions illégales squattant les trottoirs,

les marchands ambulants en masse créant une atmosphère étourdissante,

sont autant de manifestations d’une économie anarchique prenant possession

de cette espace public.

1 Hibou B., Le moment révolutionnaire tunisien en question, 2011

18 Tunis, ville en mutation, mutation Géographie d’une révolution

#3 Paysage révolutionnaire

19


Le projet Inside Out de l’artiste français JR place des photos d’anonymes là où trônaient celles

du président Ben Ali, ici il s’agit d’une maison pillée et brûlée pendant la révolution

Le projet rencontre l’incompréhension des tunisiens qui arrache les photographies Fourgonnette calcinée repeinte durant la performance

20

Happening organisé conjointement par l’école d’architecture et l’école des beaux arts de Tunis,

il s’agissait de repeindre les carcasses des voitures brûlées pendant la révolution

Tunis, ville en mutation, Géographie d’une révolution #3 Paysage révolutionnaire

21


Barbelés encerclant la place de la Kasbah

Listes électorales

Un espace public verrouillé

Débutant nos parcours au cœur de la ville, nos premières révélations sont liées

à l’espace public : si celui-ci était symboliquement verrouillé sous un régime

autoritaire, il est à présent physiquement interdit. Des barbelés et une présence

policière intimidante encercle les vides encore tagués entre le ministère

des finances et le premier ministère. On entend pourtant des rumeurs parlant

d’émeutes mais aucune trace n’en est visible, toute cette installation angoissante

restant immuable.

Policiers devant la porte Beb Bhar, à l’entré de la Médina

22 Tunis, ville en mutation

#3 Paysage révolutionnaire

23


Constructions illégales à l’intérieur du tissu de la Médina

Transformation d’une maison traditionnelle de la Médina sans autorisation

24

Tunis, ville en mutation

Un patrimoine en péril

Si les émeutes semblent contenues, les contestations se poursuivent par l’explosion

des constructions illégales. Au tableau connu de Tunis vient s’ajouter un

alignement de briques rouges, s’insérant dans le moindre vide, recouvrant des

étendues impressionnantes, à toutes les échelles, dans tous les tissus. Les lieux

historiques de la ville sont menacés par cette invasion, notamment le tissu de la

médina très introverti et intime et particulièrement vulnérable car invisible aux

yeux du public. D’autre part, le site archéologique de Carthage classé au patrimoine

mondial de l’UNESCO en 1979, fut réduit petit à petit sous la pression

de la classe politique qui habite cette banlieue huppé. Notamment, le président

Ben Ali qui en plus du palais présidentiel s’est fait construire une mosquée sur

ce site et a autorisé le déclassement de plusieurs zones pour des projets immobiliers

financièrement fructueux. Bien que cet héritage tend à être sauvegardé

au lendemain de la révolution, l’incertitude politique met à nouveau en péril ce

site archéologique d’une grande rareté.

Vue sur la mosquée Zitouna depuis les toits de la Médina

#3 Paysage révolutionnaire

25


Les rues du quartier Etthadamen en chantier

Complexe immobilier en construction au Nord Ouest de la Sebkha Ariana

26

Tunis, ville en mutation

La prolifération des constructions anarchiques

De même qu’à chaque flou politique, notamment durant les phases de transition

importante du pouvoir politique 2 , nous voyons se former une nouvelle

écorce, sur, autour et au delà du bâti préexistant. Ainsi les limites de la ville

semblent avoir été repoussées et on aperçoit une bande rouge se former en

bordure des quartiers implantés le long des Sebkhas. La ville nous semble être

un gigantesque chantier s’étalant à perte de vue, notamment en périphérie, loin

des repères patrimoniaux. Le décor postrévolutionnaire en est surprenant : des

espaces résidentiels tel des météorites « plantés» dans une terre encore retournée,

quelques bétails gambadant toujours dans des anciennes zones agricoles

fraîchement urbanisées, les enfants des quartiers spontanés jouant entre les

monticules de briques rouges qui à chaque coin de rue, attendent de futures

constructions inachevées…

Urbanisation au bord de la Sebkha Sijoumi

2 Du pouvoir colonial à Bourguiba, de Bourguiba à Ben Ali

#3 Paysage révolutionnaire

27


Urbanisation au Nord de Sabkha Ariana

Une homogénéité paysagère

Qu’il s’agisse d’agrandir son jardin ou sa véranda, de rajouter une ou deux

pièces, un étage, ou d’entreprendre la construction d’une nouvelle maison, la

« révolution des briques » 3 , s’effectue partout avec le même matériau, la même

rapidité, le même mode de construction. De cette opportunité politique saisie

avec frénésie, découle une grande homogénéité. Les quartiers spontanés émergeant

au Nord et au Sud ancrés dans des environnements naturels et morphologiques

si différents, présentent un mimétisme saisissant.

3 Kefi C., La prolifération des constructions anarchiques. 2012

Surélévation dans le quartier de Etthadamen

28 Tunis, ville en mutation

#3 Paysage révolutionnaire

29


Des quartiers identitaires La transparence sociale du bâti

Cependant derrière cette uniformité rouge, se développe une hétérogénéité

propre à chaque habitant. Le marché clandestin établi bien avant la révolution,

a en effet transformé des familles populaires en véritables concepteurs des

quartiers spontanés. Ces bouts de villes sont développés en l’absence de toute

contrainte étatique, et ne sont pas le résultat d’une manipulation politique

identitaire. C’est un urbanisme insoumis, correspondant à la projection pure

des interactions culturelles et géographiques qu’établissent ces populations,

comme de nouvelles références urbaines loin à l’horizon tunisois. Depuis le

14 janvier, l’absence total de système régulateur a décuplé la prolifération des

constructions.

Vue depuis la colline de Montfleury

La maison représente le seul élément stable pour ces familles dont les revenus

sont très irréguliers. Elle est un véritable pilier social et le symbole d’une prospérité

économique indispensable à l’apparition de tout noyau familial.

Une habitante de Etthadamen, un immense quartier spontané à l’ouest de la

ville de près de 400 000 habitants, raconte l’histoire de sa maison : lorsque le

père de son mari achète une petite maison à cour en bord de route une cinquantaine

d’années auparavant, le quartier est encore très peu dense et le

terrain bon marché. Au mariage de son fils ainé, une petite construction est

accolée à la première, toujours le long de la route. Marié à son second fils, elle

quitte le centre ville de Tunis dont elle est originaire, pour s’installer dans une

troisième maison mitoyenne avec la seconde. Les petits enfants bénéficient

d’étages indépendants accessibles par un escalier extérieur depuis une petite

cour privée commune. Du haut de son toit, cette citadine voit sous ses yeux

s’articuler une sorte de complexe familiale développé depuis la maison patriarcale,

tel un point d’attache rassurant qu’elle visite chaque jour. Le quartier s’est

lui aussi simultanément métamorphosé, les constructions éparses ayant muté

en une imbrication de petits ensembles agglutinés autour d’une rue commerçante.

Maison à étages à cité Ettadhamen construite par étape

30

Tunis, ville en mutation, mutation Géographie d’une révolution #3 Paysage révolutionnaire

31


Haouch complet typique de l’habitat spontané péri-urbain, Etthadamen

Typologie de l’habitat spontané en fonction du degré d’achèvement des constructions

Haouch de type 1 : logement de une ou deux pièces autour

d’une cour

Haouch de type 2 : logement toujours incomplet à cour clôturé

et en forme de L, comprenant plus de pièces

Haouch de type 3 : logement complet selon une forme en U

autour d’une cour

32 Tunis, ville en mutation #3 Paysage révolutionnaire

Source, M.Chebbi, 1981

33


Commerce, Etthadamen

Commerce, Sebkha Ariana

Des commerces éphémères

Cette proximité entre les modes de vie et les typologies bâties se traduit par une

grande adaptabilité de ces portions de ville. Ce fait est caractéristique quand

à l’organisation des quartiers spontanés dont l’épanouissement du commerce

informel s’explique notamment par une grande réactivité aux fluctuations du

marché. L’éclosion d’une échoppe n’ayant été soumise à aucune contrainte

tel qu’un loyer, ne se résume qu’à l’ajout d’une pièce, bien souvent accolée à la

maison mère et où les activités changent au grès des opportunités. L’extrême

dynamisme régnant autour de ces commerces est frappant. Nos parcours en

croisent une diversité incroyable : des échantillons de vie rurale installés un peu

partout en bord de route en prévision de l’Aïd 4 , des ruelles envahies étouffant

momentanément le reste du trafic à Etthadamen, et le tout Mélassine, l’un des

plus anciens quartiers populaires de la ville, s’affairant dans une petite place

restée libre à cet effet, parsemé de petites installations en tôle protégeant du

soleil. Plus que des centralités géographiques, ces lieux sont des centralités

identitaires et symboliques puissantes. L’effervescence des échanges y est troublante,

à l’approche des élections les discussions politisées sont très animées.

Elles rappellent que ces quartiers périphériques comme Etthadamen, furent

les premiers de Tunis à se soulever le 12 Janvier 2011, et restèrent les foyers les

plus actifs tout au long de cette période historique. Sans doute l’indépendance

intrinsèque de ce tissu urbain périphérique, mais aussi un phénomène de solidarité

communautaire a t-il pu mieux que d’autres propager une idéologie et

rassembler ses habitants derrière des aspirations communes.

4 La « fête du sacrifice »

34 Tunis, ville en mutation

#3 Paysage révolutionnaire

35


Souk hebdomadaire , Sebkha Ariana Commerces de bord de route, Sebkha Ariana

Marché de produits frais, Sebkha Ariana

Garage, Mélassine Marché de Mélassine Marché de Mélassine

36

Tunis, ville en mutation #3 Paysage révolutionnaire 37


Des quartiers spontanés

38 Tunis, ville en mutation #1 Géographie d’une révolution

39


Des centralités périphériques

Au regard de l’emprise au sol actuel considérable des tissus non planifiés au

sein du Grand Tunis, il semble indéniable que ces derniers eurent un rôle formateur

et représentent une question clé pour l’avenir de la capitale. Cependant,

si les populations qui vivent et fabriquent ces quartiers spontanés sont

des acteurs essentiels de l’urbanisation tunisoise, l’histoire de leur exclusion

depuis leur apparition est un fardeau qui remet en question leur rôle dans la

ville. Leur difficulté à s’intégrer à la ville est à l’origine d’un processus géographiquement

complexe définit par l’urbaniste Morched Chebbi : « la recherche

d’une recomposition des structures communautaires sur une base territoriale,

qui prend la forme d’un regroupement par origine, notamment dans un quartier

ou un sous-quartier, des différents groupes sociaux illustre la constitution

de ce que nous avons appelé « des territorialités ».

Ainsi, ces « territorialités » sont elles apparues au cours de la genèse de la ville,

s’insérant autour des centres d’activités dans des configurations morphologiques

spécifiques, visant à établir des liaisons dont leur survie économique est

dépendante. Ces positions géostratégiques relatives à une centralité, confèrent

une situation périphérique à ces quartiers considérés comme indésirables, se

plaçant au pied des limites naturelles de la ville de Tunis, sur des terrains accidentés

ou délaissés.

Ainsi, ces différents tissus se sont insérés au fil de l’évolution de la ville, adaptant

leur typologie et leur situation géographique à l’évolution du centre historique

de Tunis. « L’espace central auquel sont articulées structurellement ces

populations reste la Médina et le réseau « soukier » et plus particulièrement

ses composantes commerciales, tels que les souks de la Grana, de Sidi Mehrez

ou encore de la Hafsia. » 5 . En effet, à la différence des classes moyennes qui

aujourd’hui se tournent vers les nouveaux centres commerciaux proches de

leur espace résidentiel, ces populations ne cesseront jamais, par nécessité, de se

déplacer vers la Médina.

Avec la croissance urbaine, la ville englobe progressivement d’anciens quartiers

périphériques les plaçant soudain dans une situation géographique favorable.

Mais malgré cette nouvelle proximité au centre, ces « territorialités »

conservent leur caractère communautaire historique sans jamais pouvoir

muter et créer un hypercentre homogène. Par cette charnière centrale qu’est

5 Chabbi M., Evolution du Grand Tunis, 1997.

40 Tunis, ville en mutation

la Médina, les différents quartiers périphériques peuvent rentrer en communication,

y retrouvant des activités commerciales communes, on assiste ainsi

au départ des populations des quartiers anciens vers des quartiers plus récents.

Apparition de typologies significatives d’habitat spontané au cours de la genèse du Grand Tunis

#3 Paysage révolutionnaire

41


Afin de mieux saisir la formation et le fonctionnement de ces quartiers, nous

avons retenu quatre typologies nous semblant significatives au sein de l’habitat

informel du Grand Tunis. Leurs époques de formation et leurs modes d’apparition

différent. Ce sont donc les quartiers de Jebel Lahmar, Etthadamen,

Raoued et Bhar Lazreg qui ont retenu notre attention.

42 Tunis, ville en en mutation

Typologies étudiées

Médina

Habitat spontané

typologies étudiées

zones inondables

Réseau de routes et de train

Etthadamen

Jebel Lahamr

BARDO

Médina

Raoued

ARIANA

Quatre typologies d’habitat spontané au sein du Grand Tunis

Bhar Lazreg

#3 Paysage révolutionnaire

LA MARSA

43


Etthadamen Raoued

Jebel Lahmar

Médina

Hypercentre

44 Tunis, ville en mutation #3 Paysage révolutionnaire

Bhar Lazreg

Aéroport, centre

El Menzah

Des typologies de différentes échelles

45

La Marsa


Jebel Lahmar, analyse des infrastructures

46

Tissu urbain étudié

Commerces

Hopitaux

Sports

Administration

Arrêts de bus

Mosquées

Ecoles

Base militaire

Cimetière

Axes structurants

Tunis, ville en mutation

Un faubourg informel

Jebel Lahmar fut le premier gourbiville de Tunis. Il naît sur les pentes accidentées

qui bordent le plus grand parc de la ville, pour suppléer une médina surpeuplée

ne pouvant plus accueillir de nouveaux arrivants. Son tissu montre encore

aujourd’hui un mimétisme avec le bâti ancien de la médina. Sa morphologie

organique constituée d’une succession de strates articulées par des routes, témoigne

de son évolution rapide. Chacune de ces routes est une connexion clé

vers le centre historique pour ces populations de migrants qui exercent pour la

ville toute sorte de petits métiers.

La première strate du bâti, la plus à l’est, au creux de la colline du belvédère,

contient en son centre un marché central, d’une taille importante pour ce tissu

encore modeste. Ce lieu est protégé par les constructions qui s’agglutinent

autour, telle la mosquée entourée de ses souks dans la médina. Malgré l’apparition

des autres strates dont le tissu se modifie chaque fois, le marché reste une

marque urbaine visible, bien qu’à présent décentré.

Ce tissu semble évoluer lentement à présent, grignotant petit à petit la périphérie

du parc du Belvédère au Nord de la ville européenne. Ses limites incertaines

sont aussi repoussées par des infrastructures opérant un saut d’échelle et un

anachronisme urbain brutal, tel que le siège de la télévision tunisienne au Nord

et la base militaire au Sud.

#3 Paysage révolutionnaire

47


Etthadamen, analyse des infrastructures

Etthadamen, évolution du tissu

48 Tunis, ville en mutation

#3 Paysage révolutionnaire

1975

1980

1985

1995

Source : M. Chebbi

Tissu urbain étudié

Commerces

Hopitaux

Sports

Espaces verts

Administration

Arrêts de bus

Mosquées

Ecoles

Industries

Axes structurants

Un quartier spontané initié par l’état

L’immense quartier d’Etthadamen marque le début du mitage des terres agricoles

dans la périphérie Ouest de Tunis. Le quartier n’était pourtant à l’origine

que quelques logements agricoles planifiés par l’état à quelques kilomètres du

petit gourbiville d’El Ghiran. Ces deux entités grandissent progressivement

pour se rejoindre, accueillant des citadins tunisois qui se déplacent vers une

périphérie bon marché. Cette urbanisation va croître exponentiellement avec

les interventions de réhabilitation de l’état dès les années 1980. Sous Bourguiba,

cette réhabilitation comprenait l’amélioration ou la création de réseaux

d’infrastructure (alimentation en eau, électricité, assainissement, évacuation

des eaux pluviales, éclairage public, voiries) et la création d’équipements collectifs

de base (écoles primaires, jardin d’enfants, dispensaires, terrains de sport).

Puis sous Ben Ali avec la systématisation de la réhabilitation, la réduction des

programmes d’intervention ne comportait plus que les infrastructures de base

(voirie, électricité, eau potable, et assainissement) 6 . La première phase a donc

laissé une empreinte visible dans le tissu urbain de ce quartier qui s’articule

autour d’axes routiers connectant la population à son lieu de travail et notamment

la Médina 7 . Sa trame urbaine est maintenant la projection d’une population

citadine, et non plus rurale, venue construire directement un bâti en dur

s’étalant à perte de vue. On distingue ainsi la présence de satellites parsemés

dans un tissu urbain homogène. Cette ville dortoir accueille donc des écoles,

des mosquées, des administrations, et bien quelques industries mais ne présente

plus, dans sa morphologie, de centralité tel que la place du marché du

gourbiville de Jebel Lahmar.

6 Malouch S., Requalification des quartiers d’habitation urbaine, 2007

7 Chebbi M., Pratiques et logiques en matière de planification urbaine, 1987

49


Raoued, analyse des infrastructures

Tissu urbain étudié

Mosquées

Ecoles

Projets immobiliers

Axes structurants

Un ensemble de bord de route

Raoued présente une urbanisation irrégulière et intrigante s’insérant entre le

bord mer, le relief montagneux, les terres agricoles et les rives Nord de la Sebkha

Ariana. Les étranglements successifs de sa morphologie témoigne de la conurbation

de petites bourgades établit le long de la route entourant la Sabkha. Elle

forme ainsi une bande d’urbanisation très étroite et ramifiée, constituée le plus

souvent de l’épaisseur de deux maisons accolés depuis le bord de la route. Une

route qui semble être l’élément formateur et structurant d’un quartier spontané

extrêmement jeune, ne possédant donc que très peu d’infrastructures. Ainsi

examine t-on très peu de sauts d’échelle, excepté l’emprise au sol des projets

privés projetés, attirés par le bord de mer, et les rives désertiques de la Sabkha.

50

Tunis, ville en mutation #3 Paysage révolutionnaire

51


Bhar Lazreg, analyse des infrastructures

52

Tissu urbain étudié

Commerces

Hopital

Sports

Projets immobiliers

Axes structurants

Une zone agricole intérieur transformé

Bhar Lazreg est la seule typologie rencontrée s’intégrant non pas aux limites

extérieures mais aux limites intérieures du grand Tunis. Elle se développe en

mitant les terres agricoles de la Sokra au Sud de la Sebkha Ariana, dans une

position stratégique, en périphérie de quartiers attracteurs tel que la Marsa, et

Carthage. Cette proximité avec ces centres, lui épargne la nécessité de se fournir

en infrastructure car elle puise ses ressources dans son environnement immédiat

tout en étant totalement tributaire de ce dernier. Elle est implantée près

d’une infrastructure phare pour les tunisois de la classe moyenne : le centre

commercial Carrefour. Cette proximité entre les différentes couches sociales

se retrouve également dans le bâti, où l’on voit se côtoyer de luxueuses villas

implantés dans des parcelles très généreuses et des habitations de taille beaucoup

plus modestes.

Tunis, ville en mutation #3 Paysage révolutionnaire

53


Mélassine

Etthadamen Etthadamen

54

Tunis, ville en mutation

Jebel Lahmar

Un commerce non structurant

On constate que selon les typologies des quartiers spontanés, l’époque de

leur formation et les populations qui les habitent, les infrastructures dont elles

disposent ou dont elles se dotent sont également fortement différenciées. La

disposition et le nombre de ces satellites révèlent souvent les rapports de force

établis entre chaque quartier et la ville, tel une balance entre la dépendance à

un hypercentre et une certaine autonomie. Un fait surprenant de ce point de

vue, est l’absence quasi total d’infrastructure de commerces dans ces quartiers.

En effet, l’étude des différents tissus n’a pas permis d’établir la présence d’un

équipement structurant concernant cette activité. Elle fut pourtant l’une des

observations cruciales faite lors de notre voyage, qui nous révéla des espaces

d’interactions et d’échange essentiel pour la société tunisienne. Cette étude

nous révèle que cette activité majeure reste non visible dans le tissu urbain car

elle s’insère le long des routes ou envahit les rues mais change continuellement

de visage selon les saisons et les semaines. C’est une activité instable mais précieuse

que l’on peut observer s’insérer dans le tissu des quartiers spontanés animant

l’homogénéité du bâti.

#3 Paysage révolutionnaire

55


Centre, limite et espace public

56 Tunis, ville en mutation #1 Géographie d’une révolution

57


Médina

Centralité «Unique»

Médina/Ville française

Centralité «Bicéphale»

58 Tunis, ville en mutation

Quartiers planifiés

Centralité «Polynucléaire»

Quartiers spontanés

Centralité «Polynucléaire»

Villages ruraux en mutation

Centralité «Polynucléaire»

Centralités hiérarchisées

Tout au long de son évolution, Tunis a multiplié les formes et les types de

centralités. D’abord ce fut une centralité « unique » 8 , la Médina était le pôle

d’attraction, puis « bicéphale » 9 , la ville française ayant eut une importance

urbaine égale voire supérieure et enfin « polynucléaire » 10 quand la saturation

du centre initial a conduit à l’émergence de centres secondaires qui ne le remplacent

en aucun cas mais qui ont des similitudes typologiques.

Les centres « productifs », les pôles touristiques et surtout le centre historique

qui puise sa force dans l’identité des peuples, représentent des centralités plutôt

stables. La centralité reste pourtant « dynamique et évolutive. Dans les espaces

urbains, des centralités naissent ou disparaissent suite à des changements de

paradigmes, de situations et de circonstances. » 11 .

Même si l’hypercentre de Tunis conserve des dimensions économiques, sociales,

politiques et symboliques. On ne peut plus affirmer à Tunis une seule

centralité, surtout au regard de sa morphologie. Car ce centre peine à combler

les besoins de la population extérieure résidente dans la région complémentaire

de la ville en biens et services. Ces périphéries livrées à elles-mêmes qui

n’ont fait que se disperser durant leur long processus de formation, sont en

totale dépendance par rapport au centre ville. Elles ont de tout temps été considérées

comme intruses dans l’espace urbain tunisien. Les plus récentes et donc

les plus éloignées d’entre elles, ne font pas encore parti de cet espace mais plus

non plus de la zone rurale agricole. Il s’agit d’un entre-deux instable et dangereux,

d’abord pour elle-même en détruisant leurs principales ressources, mais

également pour la ville qui en les intégrant à son système urbain se confronte

aux problèmes de transport et d’infrastructure évoqués précédemment, dus à

leur manque de services et d’administrations. Les habitants de ces quartiers se

trouvent donc dans l’obligation de se déplacer vers d’autres centres pour travailler,

effectuer certaines tâches administratives et accéder à des services spécifiques

(commerce, santé, loisir). Ce qui engendre un rapport de totale soumission

entre ces deux types de centralité.

8 Djemel M., Impact de l’évolution des formes de croissance urbaine sur l’identité de la ville et de ses

citoyens, 2008.

9 Ibidem

10 Ibidem

11 Ibidem

#3 Paysage révolutionnaire

59


Entrée du marché de Mélassine

L’espace public :

une opportunité pour les quartier spontanés

Comme nous l’avons démontré tout au long de ce travail, la ville de Tunis est

le cadre de nombreuses inégalités sociales et spatiales dont certaines semblent

s’aggraver après la révolution. L’opportunité de cette mutation sociopolitique

devrait plutôt être saisie pour établir un nouvel avenir urbain et humain. Il est

temps que cette ville s’attache à offrir une certaine qualité de vie dans l’entièreté

de son territoire, en estompant les dissymétries entre les divers cadres de vie,

notamment à l’aide de plus de mixité entre ses habitants et de proximité entre

ces derniers et ceux qui les dirigent.

Nous pensons qu’en ces temps révolutionnaires où tout se déroule dans

l’espace de la rue et d’autant plus dans une société encore dominée par l’oralité,

que l’échelle de l’espace public est celle sur laquelle il faudrait intervenir.

L’espace public aurait le pouvoir de changer le rapport de la société avec son

espace urbain et ainsi parvenir à la mutation du paysage urbain tunisien. Car

si l’espace public a été conquis dans le centre, il reste absent dans la périphérie

où les intérêts individuels dominent sur le bien commun. Dans ces quartiers

homogènes, nous pensons que l’espace public est capable de faire émerger une

identité commune qui s’apparente à toute la société mais également une identité

propre capable de la démarquer et de la sortir de son anonymat.

Il est temps d’ailleurs aujourd’hui d’assumer cette pluralité de centres en renforçant

les centralités « spontanées » jusque là dominées par les centralités

« projetées ». Ces centres pourraient ainsi être complémentaires, profiter les

un des autres et s’influencer mutuellement. Chacun développant une attraction

particulière.

60 Tunis, ville en mutation #3 Paysage révolutionnaire

61


62 Tunis, ville en mutation

Une centralité grâce à un espace public

La révolution paraît être une opportunité unique pour apporter une vraie

solution à ces quartiers périphériques en les dotant d’une centralité légitime,

auto-entretenue, qui semble être la propriété fondamentale pour la constitution

d’une unité urbaine. Cette centralité serait apte à concentrer « hommes et

activités » 12 et de créer une densité capable de polariser son espace physique

autour de ce centre et ainsi stopper son étalement. La force d’attraction du

centre par rapport à sa périphérie permettra ainsi de hiérarchiser cette unité

urbaine déstructurée.

Cette centralité serait créer non pas autour d’un centre religieux comme à la

Médina ou un centre industriel comme tel est le cas pour certains quartier périphériques

mais en introduisant « un lieu d’ échange » (comme définit dans la

première partie de ce travail), qui semble être l’espace public le plus adapté à la

société tunisienne. Cette centralité commerciale existante devra être renforcée

pour mieux jouer son rôle de « centralité civique » 13 essentielle à l’expression

de la démocratie. Comme il nous est apparu lors de notre voyage, le marché

nous semble être la forme la plus proche de l’espace public en Tunisie. C’est

un espace public où les gens se promènent, s’arrêtent, bavardent, échangent et

sont en plein exercice de leurs droits démocratiques.

Ce centre devra se situer dans un lieu accessible, à la convergence des lignes de

trafic et des concentrations économiques existantes. Car la mobilité spatiale

semble être un facteur majeur pour le développement d’une centralité.

12 Djemel, 2008

13 Ibidem

Un centre et une limite interdépendants

« Les événements sont comme les cristaux, Ils ne deviennent et ne grandissent

que par les bords, sur les bords »

Gilles Deleuze, la logique du sens, 1968

Un centre ne peut se définir que par rapport à la périphérie sur laquelle il va agir.

A l’échelle du quartier, la périphérie représenterait la limite de celui-ci, qu’il faudrait

donc « construire » et qualifier afin qu’elle puisse être au service de son

centre. Cette limite garderait une fonction « défensive » comme une enceinte

de Médina, mais qui au lieu de protéger son contenant, protégerait sa propre

périphérie du danger qu’il représente. Cet habitat spontané principal prédateur

des terres périphériques au Grand Tunis mais aussi de ses ressources internes

(Sebkhats, lacs,…), a besoin d’un « seuil » d’où il pourrait tirer de nouvelles

ressources vitales.

Il s’agit également d’établir une relation d’interdépendance entre le centre et

sa limite mais cette fois-ci, pas uniquement de manière conceptuelle mais de

manière identitaire et économique.

#3 Paysage révolutionnaire

63


Un éphémère structurant

64 Tunis, ville en mutation #1 Géographie d’une révolution

65


« … comme ces petits lacs purs que les pluies laissent au printemps pour un

instant dans les éphémères prairies africaines, …. »

Isabelle Eberhardt, Yasmina, 1902

Comme nous l’avons analysé dans la première partie de ce travail, la monumentalité

n’est pas un aspect caractéristique de la ville tunisienne. Son architecture

traditionnelle est introvertie, l’intimité le terme qui qualifie le mieux son

urbanisme et même sa nature, sa faune et sa flore sont éphémères. Les flamants

roses et autres oiseaux migrateurs ne sont que de passage dans ces grandes

étendues d’eau changeante que sont les sebkhas. Exactement une année après

« la révolution du Jasmin », cette fleure typique des nuits estivales tunisoises

qui éclot le soir pour se faner au petit matin, nous montre aussi son côté éphémère

et fragile. La montée de l’intégrisme est une véritable menace et le retour

de la censure ainsi que l’ombre d’une nouvelle dictature planent. Cette nouvelle

liberté semble aussi facile à balayer que ses installations temporaires des

comités de quartiers apparus au lendemain de la révolution.

Malgré ce contexte politique instable et vu l’urgence de certaines situations,

il est nécessaire de saisir cette opportunité pour explorer et tracer de nouvelles

voies à l’architecture tunisienne pour que « la révolution des briques »

se concrétise et donne naissance à des nouvelles possibilités en rupture avec

celle-ci mais peut être plus proche de l’essence même de ces anciens gourbivilles.

Une architecture éphémère nous semble donc être la réponse adéquate

à introduire dans ces quartiers spontanés, reflets de la société de l’instantanéité.

Ce petit laboratoire expérimental nous permettrait de vérifier la capacité de

cette nouvelle architecture à associer une nouvelle image à ces quartiers peu

valorisés.

Cette architecture éphémère doit néanmoins s’inscrire dans le temps si on

considère l’impact urbain de cette architecture sur la ville que l’on souhaite

capable de faire évoluer de manière positive son environnement urbain et

d’amorcer de nouvelles manière d’aménager la ville. C’est ce que nous appelons

l’éphémère structurant : un projet qui même prévu pour un temps court, puisse

avoir un effet à long terme en inscrivant la ville dans un mode de croissance

plus cohérent. Ces constructions éphémères insérées au sein de ces quartier

spontané, pourraient polariser son tissu urbain autour d’un espace identitaire

créant une centralité qui pourrait survivre à l’architecture elle même.

66 Tunis, ville en mutation

Notre volonté est donc d’établir un acte fondateur/salvateur double, en

construisant simultanément une limite et un espace public en son centre, une

structure binaire au moyen de structures éphémères. Un centre « positif » capable

de densifier le quartier autour d’un binôme programmatique constitué

d’un marché et d’un autre type d’espace public spécifique au lieu dans lequel il

va s’implanter et qui puise son identité de la spécificité de cette limite « négative

» qui subit le pouvoir d’attraction du centre.

L’emploi étant le contrecoup le plus dramatique de la révolution, l’idée de ce

projet est également de permettre aux habitants de ces quartiers de trouver de

nouvelles possibilités de ressources financières, en leurs créant des possibilités

de travail autant dans le centre que sa limite. Un lieux de production périphérique

autogéré pourrait ainsi être imaginé en périphérie de ces quartiers, pour

alimenter le centre et ainsi produire de nouvelles chaines vitales qui bénéficierait

autant aux habitants du quartier qu’à la ville elle-même si elle adapte cette

stratégie sur l’ensemble de son territoire. Il est également nécessaire que la ville

adopte une nouvelle politique d’aménagement du territoire plus volontariste

et égalitariste et qu’elle commence à planifier de nouveaux quartiers d’habitations

pour accompagner toutes ces mesures tout en respectant le mode de

croissance dynamique et évolutif de ces quartiers.

#3 Paysage révolutionnaire

67


68 Tunis, ville en mutation #3 Paysage révolutionnaire

69


70 Tunis, ville en mutation

Bibliographie

Articles

CHABBI Morched. Evolution du Grand Tunis, territorialités et centralité. 1997.

Urbanisation, habitat et politiques urbaines en Tunisie (1975-2011)

CHEBBI Morched. Pratiques et logiques en matière de planification urbaine, le cas

du plan de restructuration du quartier Ettadhamen à Tunis. 1987. Urbanisation,

habitat et politiques urbaines en Tunisie (1975-2011)

DJEMEL Manel. Impact de l’évolution des formes de croissance urbaine sur l’identité

de la ville et de ses citoyens. Mémoire en urbanisme. Université de Montréal,

Décembre 2008.

HIBOU Béatrice. Le moment révolutionnaire tunisien en question : vers l’oubli du

mouvement social ?. Science Po/CERI CNRS, Mai 2011

Colloque

MALOUCH Slaheddine. Requalification des quartiers d’habitation urbaine.

Conférence Réseau habitat et francophonie, (N°37, Tunis, Novembre 2007).

Accès à la propriété du logement.

Ressources internet

KEFI Chiraz. La prolifération des constructions anarchiques : « la révolution

des briques ». In Globalnet [en ligne]. Disponible sur : http://www.gnet.tn/

temps-fort/proliferation-des-constructions-anarchiques-cest-la-revolutiondes-briques/id-menu-325.html.

Consulté le: 13/01/12.

#3 Paysage révolutionnaire

71


Ecole Polytechnique Fédérale de Lausanne

Janvier 2012


Enoncé théorique

Master en architecture

Janvier 2012

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