La commande publique - Ordre des architectes du Québec (OAQ)

oaq.com

La commande publique - Ordre des architectes du Québec (OAQ)

La commande pubLique

Clause

toujours

P r i n t e m p s 2 0 1 2 v o l u m e 2 3 n u m é r o 1


1825, boul. René-Lévesque ouest

Montréal qC H3H 1R4

tél. : 514-937-6168

800-599-6168

esquisses@oaq.com

www.oaq.com

rÉDaCteur eN CHeF Pierre Frisko

jourNalIstes Hélène Lefranc et Martine Roux

rÉVIseure Christine Dufresne

CoNCePtrICe GraPHIQue Amélie Beaulieu (Kokonut design)

oNt CollaBorÉ À Ce NuMÉro Pierre Collette, Leslie

Doumerc, Jean-Pierre Dumont, Corinne Fréchette-Lessard,

Mélissa Guillemette, Aurélie Lanctôt

Esquisses est publié quatre fois l'an par

l'ordre des architectes du Québec.

Ce numéro est tiré à 5700 exemplaires.

Dépot légal Bibliothèque nationale du Québec

Bibliothèque nationale du Canada

services de l’Ordre

BuReAu Du synDiC

syndic Pierre Collette

pcollette@oaq.com | poste 231

syndic adjoint René Crête

rcrete@oaq.com | poste 249

adjointe Geneviève simard

gsimard@oaq.com | poste 222

DiReCtion et PRésiDenCe

Président André Bourassa

presidence@oaq.com

Directeur général et secrétaire Jean-Pierre Dumont

jpdumont@oaq.com | poste 211

adjoint à la direction générale Cédryc Viens

cviens@oaq.com | poste 219

Gestionnaire administrative nathalie thibert

(en congé de maternité)

nthibert@oaq.com

secrétaire de direction Christine Daffe

cdaffe@oaq.com | poste 221

enquêteuR

Claude Bonnier

cbonnier@oaq.com | poste 232

FoRMAtion Continue

Coordonnatrice sandra Mbombo

smbombo@oaq.com | poste 202

insPeCtion PRoFessionneLLe

responsable Alain Letuvé

aletuve@oaq.com | poste 205

adjointe Louise Dubuc

ldubuc@oaq.com | poste 205

seRViCe De L'ADMission

registraire Carole Giard

cgiard@oaq.com | poste: 251

adjointe Lynda Godin

lgodin@oaq.com | poste: 212

Chargée de projets nathalie Cabrera

ncabrera@oaq.com | poste 235

seRViCe De LA CoMPtABiLité

Contrôleur contractuel Patrick st-Amour

pst-amour@oaq.com | poste 230

technicienne comptable Hakima Zidani

hzidani@oaq.com | poste 209

seRViCe Des CoMMuniCAtions et Des ti

Directeur Pierre Frisko

pfrisko@oaq.com | poste 223

adjointe Véronique Bourbeau

vbourbeau@oaq.com | poste 239

agente de recherche et de liaison Hélène Lefranc

hlefranc@oaq.com | poste 233

Chargée de projets Martine Roux

mroux@oaq.com | poste 229

Chargée de projets en tI Gabrielle Anctil

ganctil@oaq.com | poste 224

PuBLiCité

Conseiller publicitaire Jacques Galarneau

Communications Publi-services inc.

450 227-8414 | poste 309

jgalarneau@cpsmedia.ca

La commande pubLique

Clause

toujours

P r i n t e m p s 2 0 1 2 v o l u m e 2 3 n u m é r o 1

ActuAlités

4 Brèves

5 en éditorial : le contrat ne fait pas le bâtiment

6 Nom d'un bureau d'architecte

7 chronique : la belle et la bête

8 PPP, 20 ans après

10 table ronde sur l'avenir du parc Olympique :

rencontre au sommet

13 stages à rabais : Bénévole qualifié

14 Architecture éphémère : la vie devant soi

en couverture

la relation entre architectes et donneurs d’ouvrage a

connu des jours meilleurs. Afin de lutter contre la

collusion et les conflits d’intérêts décriés depuis des

lunes et dénoncés par le rapport Duchesneau, le

gouvernement et les municipalités exigent la virgi nité

absolue de la part des professionnels. résultat : les

contrats de commande publique deviennent farcis de

clauses inusitées, d’acrobaties comptables ou d’expérimentations

dou teuses. on va jusqu’à suggérer de

séparer la conception et la surveillance des travaux.

noble intention, certes, mais qui té moigne d’une

méconnaissance profonde du métier d’architecte.

Quelles conséquences ces mesures auront­elles sur la

pratique de l’architecture au Québec ? Comment s’y

adapter, ou comment rétablir la confiance des donneurs

d’ouvrage ? Esquisses s’est intéressé à la question.

École de musique Schulich de l’université mcGill, Saucier et perrotte architectes.

Photo : Xavier Proulx, premier lauréat du Prix de la photographie et du design Alumia 2012

(détail de la photo gagnante)

19 dOssier

lA cOmmANde PuBlique : clAuse tOujOurs

20 entrevue avec l'aaPPQ

23 Conflits d'intérêts: Diviser pour régner

26 Nouveautés et tendances: artillerie lourde

28 anatomie d'un système

30 l'amphithéâtre de Québec: stade expérimental

32 Climat de suspicion: une foi n'est pas coutume

34 ailleurs: Déprofessionnalisation

38 Nouveau code de déontologie : Des changements dans l'ère

41 murs végétalisés : Pièces montées

43 chronique écohabitation : Match comparatif

46 Accessibilité universelle : C'est arrivé près de chez vous

50 qui fait quoi ? les associations de promotion de matériaux

54 la capsule du Fonds des architectes

56 tableau de l'Ordre et décisions disciplinaires

57 lectures

le magazine Esquisses vise à informer les membres sur les conditions de pratique de la

profession d’architecte au Québec et sur les services de l’ordre. Il vise également à contribuer

à l’avancement de la profession et à une protection accrue du public. les opinions qui y sont

exprimées ne sont pas nécessairement celles de l’ordre. les produits, méthodes et

services annoncés sous forme publicitaire dans Esquisses ne sont en aucune façon approuvés,

recommandés, ni garantis par l’ordre.

sOmmAire

3

| printemps 2012 | ESQUISSES


ActuAlités

4

les électiONs eN 2012

Des élections auront bien lieu ce printemps. Plusieurs postes d’administrateur sont en effet à

pourvoir au conseil d’administration de l’ordre : le poste de Christyne Fortin pour la région

Croissant nord, ceux de Claude Jean et Guillaume lévesque pour la région de montréal et celui

d’odile roy pour la région de Québec.

un avis de scrutin a été expédié aux membres dans le bulletin Élévation du 13 février. la date

limite pour poser sa candidature est le vendredi 16 mars à 17 h. les bulletins de candidature

sont disponibles sur le site Web de l’oAQ. la durée des mandats est de trois ans.

lA médAille du mérite et le

Prix thOmAs-BAillAirgé

Comme tous les ans, l’heure est venue de déposer les candidatures pour la

médaille du mérite et le prix Thomas­Baillairgé. votre proposition doit

évoquer les motifs et réalisations susceptibles de valoir le prix au candidat

ou à l’organisme proposé. elle doit être envoyée par courriel à Christine Daffe : cdaffe@oaq.com,

d’ici au 13 avril. Pour plus d’information sur les prix, visitez le site de l’ordre.

Mario saia, lauréat de la Médaille du mérite 2011.

Photo : Jean-Sébastien Dénommé

aVIs De CotIsatIoN et reçus D’IMPôts

lA POste cède

lA PlAce Au cOurriel

D’ici la fin de février, nous enverrons aux architectes l’avis de cotisation pour l’exercice

2012­2013, ainsi que les reçus officiels pour la cotisation payée en 2011. la nouveauté : ces

documents vous seront transmis par courriel. Si vous n’avez pas déclaré à l’ordre votre adresse

électronique ou que celle­ci est erronée, il est temps de nous en aviser. Pour les rares architectes

qui n’ont pas d’adresse de courriel, l’envoi sera fait par la poste.

Autre nouveauté : vous pourrez payer votre cotisation en ligne sur le site Web de l’ordre par

transaction sécurisée et recevoir aussitôt une confirmation de paiement. les détails vous seront

transmis avec l’avis de cotisation. nous vous invitons à vous prévaloir en grand nombre de ce

mode de paiement.

la cotisation annuelle a été fixée à 790 $ (plus taxes). la contribution obligatoire à l’office des

professions du Québec est de 22,45 $. les catégories d’exemption en vigueur l’an passé sont

maintenues. la date limite de paiement de la cotisation professionnelle est le 1 er avril 2012.

Pour déclarer ou modifier votre adresse de courriel : ldubuc@oaq.com

Pour vous informer sur la cotisation : nathalie Cabrera ncabrera@oaq.com

ESQUISSES | printemps 2012 |

Photo : Gregory Jordan

rèGleMeNt sur

l’exerCICe eN soCIÉtÉ

le miNistre des

FiNANces

APPrOuve

Le 8 décembre dernier, le ministre des

Finances du Québec, Raymond Bachand, a

signé l’autorisation permettant de modifier

le permis d’assurance du Fonds des

architectes pour permettre à celui-ci de

cou vrir les sociétés par actions.

Cette signature du ministre conclut la

démarche avec l’Autorité des marchés

financiers (AMF) et donne le feu vert à

l’approbation formelle du Règlement sur

l’exercice de la profession d’architecte

en société.

Les étapes à venir sont maintenant du

ressort de l’Office des professions du

Québec et du gouvernement. Ainsi, le

règlement sera traduit sous peu et soumis

par la suite au conseil d’administration de

l’Office des professions pour

recommandation au Con seil des ministres.

Dès que le Conseil des ministres aura

approuvé le règlement, il sera publié dans la

Gazette officielle pour entrer en vigueur

dans les 15 jours suivant sa parution. Par

ailleurs, le nouveau Code de déontologie

des architectes, entré en vigueur le 6 octobre

2011, tient déjà compte du nouveau

règlement.

Comme toujours, les membres seront

informés des développements par

l’entremise du site Web, du magazine

Esquisses ou du bulletin Élévation.


imaginons un patient qui doit subir une

opération. Il écoute à peine le chirurgien qui

explique son diagnostic et prodigue des

conseils postopératoires parce que, préoccupé par

la prolifération des maladies nosocomiales, il veut

plutôt s’assurer que son médecin signera bien un

papier attestant qu’il s’est lavé les mains avant

d’entrer au bloc. loin d’assurer la réussite de

l’opération, cette précaution témoigne d’une

relation malsaine : le patient ne fait clairement

pas confiance à son médecin.

Cet exemple illustre le rapport qui existe entre les

donneurs d’ouvrage publics et les architectes. un

contrat outrageusement détaillé, rédigé par des

juristes spécialisés et rempli de clauses tatillonnes

et de pénalités potentielles pour protéger le client

ne garantira jamais un projet réussi. Ce serait

plutôt le contraire. Je ne plaide pas pour la

suppression des documents contractuels, mais la

clé du succès est ailleurs.

les meilleurs projets, ceux qui satisfont le client

et les usagers et qui rendent fiers les architectes,

sont bâtis dans un climat de confiance

réciproque où chacun est attentif aux attentes de

l’autre, prêt à écouter ses arguments, ouvert à

des discussions franches. l’information est

partagée en toute trans parence afin de permettre

des prises de décisions collectives assumées,

dans le respect des rôles respectifs, en fonction

de l’évolution du projet et de l’inévitable réalité

du chantier et des budgets.

malheureusement, par les temps qui courent, à

tort ou à raison, la confiance entre le client et les

professionnels s’effrite. Dès le départ, on se méfie

de l’autre et, forcément, on tente de se protéger,

sou vent maladroitement, que ce soit en proposant

des contrats pointilleux, en instaurant des

con trôles constants ou en réclamant des serments

de virginité.

le cONtrAt Ne FAit

PAs le BâtimeNt

a n d r é b o u r a s s a , p r é s i d e n t

Ces mesures bureaucratiques – qui justifient des

emplois au sein des contentieux – rassurent le

client et lui évitent d’avoir à se poser des

questions, mais elles présentent des inconvénients

majeurs. D’une part, on renvoie toutes

les responsabilités à l’architecte, par exemple le

respect des coûts et délais, y compris sur des

éléments qu’il ne maîtrise pas. D’autre part, on

crée une fausse apparence de sécurité avec des

déclarations d’absence de conflit d’intérêts. Ces

mesures ne constituent pas des barrières efficaces

contre les dépassements de coûts et le non­respect

des échéanciers, et elles n’offrent aucune immunité

contre la collusion, la fraude fiscale ou

l’apparence de conflit d’intérêts.

le dossier de l’amphithéâtre de Québec illustre

à lui seul les nombreuses dérives que connaît

l’attribution de la commande publique aux

professionnels. Sans doute pleine de bonne foi et

d’enthousiasme, la ville a joué les apprentis

sorciers et inventé un mélange des genres inédit.

Cette expérimentation à tous crins démontre

une incompréhension des étapes clés de la

conception et de la construction d’un bâtiment.

elle met de côté la qualité de l’architecture,

constituée de fonctionnalité et de confort, de

solidité et de durabilité, d’harmonie et d’intégration

urbaine.

un récent compte rendu de la visite du maire de

Québec à Pittsburgh paru dans Le Soleil

l’atteste : « Conforté aussi dans la décision de

mettre un maximum d’argent dans les

équipements technologiques, audio et vidéo,

qui vont contribuer à “l’expérience”, plutôt

que dans l’enveloppe extérieure du bâtiment.

m. labeaume sait qu’il risque ce faisant de

provoquer la critique des architectes, mais le

choix semble fait. » D’un côté comme de l’autre,

voilà un discours inquiétant, qu’il s’agisse

d’accorder une moindre importance à l’esthé­

tique ou à l’efficacité énergétique. Surtout de la

part d’un élu qui réclamait il y a peu du « beau »

aux promoteurs, affichait son engouement pour

les écoquartiers et affirme avoir le souci de

l’argent public.

Personne ne sait donc

que le travail de

l’architecte n’est pas

terminé tant que le

projet n’est pas

construit ?

Ailleurs, l’attribution des mandats et les modes

de réalisation évoluent de façon moins

spectaculaire, mais parfois insidieuse. Que

penser de cette idée du gouvernement de

séparer les mandats de conception de ceux de

surveillance des travaux ? Cette mesure annoncée

– qui irait à l’encontre des normes reconnues

de bonne pratique – pose des problèmes de

responsabilité que soulignent juristes et assureurs.

Personne ne sait donc que le travail de

l’architecte n’est pas terminé tant que le projet

n’est pas construit ?

l’ordre des architectes souhaite une lutte

efficace contre la collusion et les conflits

d’intérêts et a réclamé une commission d’enquête.

À l’issue des travaux de la Commission

Charbonneau, des modifications devront sans

doute être apportées aux méca nismes d’attribution

de la commande publique. laissons

laissons la Commission travailler et réfléchissons

posément aux conséquences des

mesures préconisées plutôt que d’agir dans la

précipitation et en dépit du bon sens.

éditOriAl

5

| printemps 2012 | ESQUISSES


ActuAlités

Partenaires :

Commanditaires :

Le logo d’une

agence parisienne.

NoM D’uN Bureau D’arCHIteCte

quête d’ideNtité

Depuis l’entrée en vigueur du nouveau Code de déontologie, en octobre dernier, l’architecte peut exercer sa profession sous

un nom d’entreprise qui ne contient pas son nom personnel. Ainsi, l’architecte Dupond et son confrère Dupont n’ont plus

l’obligation de désigner leur société en nom collectif sous le nom Dupond et Dupont architectes ou Dupond et associé.

Pourraient­ils nommer leur société d’architectes moustache et Chapeau melon ? Cela mérite réflexion.

Certains architectes à l’imagination débordante rivaliseront d’ingéniosité pour baptiser leur bureau d’architecte du nom le

plus original en ville. Attention ! vous n’êtes ni un restaurateur, ni un chanteur rock, mais un architecte offrant des services

professionnels.

Bien que le nouveau Code de déontologie permette les noms d’entreprise imagés, des balises sont prévues. l’article 74

précise que le nom, la dénomination sociale ou la désignation ne doit pas induire en erreur, être trompeur ou aller à

l’encontre de l’honneur ou de la dignité de la profession. Il est aussi exclu d’utiliser un nom ou une dénomination sociale

numérique.

Il va de soi que l’architecte qui exerce seul ne pourrait pas désigner son bureau sous un vocable contenant un pluriel qui

laisse croire qu’il pratique avec d’autres architectes. Serait également prohibée la désignation à caractère haineux ou

discriminatoire puisqu’elle irait manifestement à l’encontre de l’honneur ou de la dignité de la profession. un nom

grotesque pourrait aussi nécessiter l’intervention du syndic de l’ordre. Pour les cas laissant place à l’interprétation,

c’est ce dernier (ou le conseil de discipline) qui devra trancher. Avant de retenir le nom moustache et Chapeau

melon, les architectes Dupond et Dupont auraient donc avantage à en discuter avec le syndic.

Ce changement réglementaire signifie­t­il que Dupond et Dupont peuvent maintenant exercer la profession

d’architecte en société par actions ? Pas encore. mais c’est pour bientôt, comme l’annonce le texte sur le

règlement sur l’exercice en société, en page 4.

Pour modifier le nom de votre bureau, vous devez utiliser le formulaire de modification à cet effet, disponible

dans le Centre de documentation du site Web. vous devez aussi effectuer les démarches juridiques appropriées,

notamment l’immatriculation au registre des entreprises du Québec. Cette immatriculation doit bien entendu

correspondre au nom déclaré à l’ordre. Prenez également soin d’aviser le Fonds des architectes.

Bien entendu, vous pouvez continuer à utiliser votre patronyme pour désigner votre bureau. Après tout, les grands

architectes n’ont­ils pas marqué l’histoire en pratiquant sous leur propre nom ? (C.G.)

• Pour en savoir plus : louise Dubuc, adjointe à l’inspection professionnelle, ldubuc@oaq.com

S’informer architecturalement depuis 2006

Photo : Guillaume Gautreau


lA Belle

et lA Bête

p i e r r e F r i s k o

p f r i s k o @ g m a i l . c o m

Il n’y a pas tellement longtemps, après l’avoir

encouragée à partir en voyage, je suggérais à ma

nièce de faire du couchsurfing. Pour ceux qui ne

connaissent pas, c’est une nouvelle façon de se loger

chez l’habitant, disponible sur le Web depuis

quelques années. rien de luxueux, mais une

manière simple et économique de voyager, en

squattant le divan de locaux qui accueillent des

voyageurs pour pas un rond. D’où le nom.

on dirait que c’est la mauvaise définition du

couchsurfing qui s’est rendu en Beauce. Au lieu de

partir avec leur baluchon et d’aller coucher chez

des inconnus, des jeunes ont attaché un divan

derrière une bagnole. D’autres se sont assis dessus.

Il aurait mieux valu qu’ils s’achètent des sacs à dos...

●●●

on s’enfarge souvent dans les définitions en architecture.

et on se mélange souvent entre la belle et

l’efficace, qui ne se rencontrent pas toujours.

J’ai commencé mon bac quand l’école d’architecture

était encore au cinquième étage du pavillon

Bonenfant de l’université laval, au­dessus de la

bibliothèque. un aménagement de fortune : au

centre, quelques locaux fermés, et des ateliers

ouverts aménagés tout autour, à peine séparés par

des cloisons amovibles. Pas très beau, mais bon

sang qu’il y avait de la vie là­dedans.

Dès ma deuxième année, nous déménagions dans

les magnifiques locaux de la côte de la Fabrique,

dans le vieux­Québec. Bon, ils n’étaient pas encore

complètement magnifiques, c’était encore un chan ­

tier de construction, mais on voyait que ça s’en

venait.

et c’est venu. Tous plus beaux les uns que les autres,

les locaux. mais il y avait un léger problème : ils

étaient repliés sur eux­mêmes, quand ils n’étaient

pas tout simplement fermés.

C’est à peine si on croisait les nouveaux dans les

couloirs une fois par mois. Pareil avec les anciens,

mais ça nous dérangeait moins.

De la beauté, mais pas de vie.

●●●

Je ne vous apprendrai rien en vous disant que Steve

Jobs avait un léger penchant pour le design industriel.

Ce qui est moins connu, c’est qu’il avait aussi

des idées bien arrêtées sur l’architecture. l’architecture

efficace, bien sûr. Assez, en tout cas, pour

balancer à la poubelle les plans originaux du

nouveau siège social de Pixar, il y a une douzaine

d’années, comme le racontait Jonah lehrer dans le

New Yorker. Ceux­ci prévoyaient trois bâtiments,

pour y loger séparément les informaticiens, les

animateurs et les gestionnaires.

Jobs voulait placer la fonction la plus importante au

centre. et chez Pixar, la plus importante fonction,

c’était l’interaction entre les employés.

C’est ainsi que le bâtiment est devenu un vaste

espace ouvert, avec un atrium au milieu. et pour

attirer les gens au centre et favoriser les interactions,

il a demandé aux architectes d’y déplacer tout ce qui

pouvait s’y déplacer. D’abord les boîtes de courrier.

ensuite les salles de réunion, la cafétéria, le café, et

même les toilettes.

Jobs n’inventait rien. le Building 20 du massachusetts

Institute of Technology a fait sensiblement

la même chose pendant plus de 50 ans. Sans le faire

exprès, mais tout de même.

Ce bâtiment, conçu à la va­vite pendant la Deuxième

Guerre mondiale, devait être démoli à la fin du

conflit. mais l’affluence de nouveaux étudiants a

forcé la direction à le conserver.

vingt­cinq mille mètres carrés de superficie répartis

sur deux étages, modulables à souhait parce que

tout le monde s’en foutait. et où, puisque c’était un

gigantesque fourre­tout, des gens de toutes les

disciplines possibles finissaient par se rencontrer, et

discuter. De là nous sont arrivés les micro­ondes, le

premier jeu vidéo et la linguistique Chomskyenne,

par exemple.

les locaux les plus créatifs de la planète étaient

d’une laideur sans nom. on ne peut pas tout avoir...

●●●

la belle architecture, elle, s’affiche sans retenue.

Bien sûr, la beauté est éminemment subjective. Ce

qui fait baver de bonheur les uns peut laisser les

autres totalement indifférents.

Je visitais un musée, l’an dernier, œuvre de la très

starchitecte Zara Hadid. un bâtiment qui en jette,

comme c’est souvent le cas chez elle. Des formes

affirmées, des volumes expressifs, des gestes forts.

Trop forts. Ici, un comptoir d’accueil top design,

mais dont le dessus à géométrie variable finit par

être trop étroit pour continuer à être un comptoir.

là, un parallélépipède rectangle puissant qui se

projette vers l’extérieur, mais qui n’a pas le début de

l’envergure suggérée une fois rendu à l’intérieur.

la forme ne suit pas la fonction. et la fonction ne

suit pas la forme. la Terre appelle mies.

mais c’est tellement beau!

les propos contenus dans cette chronique

ne représentent pas la position de l’oaQ.

Ils n’engagent que son auteur.

chrONique

Musée MAXXi, Rome

Photo : Pierre Frisko

7

| printemps 2012 | ESQUISSES


Photo Photo © Michel © Michel Brunelle Brunelle

ActuAlités

esquisse du futur Centre de recherche du Centre hospitalier

de l’université de Montréal (CHuM), réalisé en consortium

par nFoe et associés, Menkès shooner Dagenais Letourneux

architectes, Lemay et associés, Jodoin Lamarre Pratte et

associés, Parkin architectes

www.maisondelarchitecture.ca

PPP, 20 ANs APrès

une situation « gagnant­gagnant ». Telle était l'idée des premiers

partenariats public­privé (PPP), apparus en 1992 en Grande­

Bretagne. vingt ans et plus de 700 PPP plus tard, les Britanniques

en dressent un bilan consternant.

Pris à la gorge par les remboursements de PFI (pour Public

Finance Initiave, une forme de PPP), 60 hôpitaux frisent tout

simplement la faillite, a averti l'automne dernier le ministre

britannique de la Santé, Andrew lansley. le constat du

gouvernement est clair : le financement d'un projet par le secteur

privé coûte deux fois plus cher que par le gouvernement.

Ce constat ne surprend guère Pierre J. Hamel, professeurchercheur

à l'InrS­uCS et spécialiste de la gestion des services

publics. « Des sommes astronomiques sont versées pour le

remplacement d'une ampoule ou d'un babillard... en fait, les

consortiums [qui ont construit les hôpitaux] prennent des

marges considérables pour toute intervention qui n'était

initialement pas prévue au contrat. »

LAPO

LAPO

I

NTE

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MAG

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NE

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ASSO

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CIÉS

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(1992 2012)

Vus par MAR IE PAU LE MACD ON ALD

Vus par MAR IE PAU LE MACD ON ALD

MONO GRAPHIE MA Q 02

MONO GRAPHIE MA Q 02

DIALOGUES AVEC LA VILLE EN TRANSFORMATION

DIALOGUES AVEC LA VILLE EN TRANSFORMATION

Mercredi > vendredi : 13h - 18h

Mercredi Samedi : 12h > vendredi - 17h : 13h - 18h

Samedi : 12h - 17h

le même sort guette­t­il les infrastructures québécoises construites

en PPP ? Fort probablement, croit Pierre J. Hamel,

particulièrement dans le cas des hôpitaux.

le CHum, illustre­t­il, dont la durée du partenariat a été fixée à

39 ans, n'a pas fait l'objet de réflexions en amont sur son

adaptabilité future. « or, que savions­nous des maladies

nosocomiales ou de la micro­informatique il y a 39 ans ? Ce qui

est à craindre, c'est que lorsque des aménagements plus conséquents

seront nécessaires [à cause de l'évolution démographique,

scientifique ou technologique, par exemple], il faille tout refaire

et recommencer, à grands frais. »

Ce mode de construction des infrastructures publiques n'est

pourtant pas en perte de vitesse, bien au contraire. rendez­vous

dans 20 ans pour un bilan de santé...

à la Maison de l’architecture du Québec

à la Maison de l’architecture du Québec


taBle roNDe sur

l’aVeNIr Du ParC olyMPIQue

reNcONtre

Au sOmmet

C’est dans la tour du stade qu’a eu lieu, le 8 décembre, le lancement du précédent

numéro d’Esquisses. Une table ronde réunissant Marie-Claude Lortie,

H i v e r 2 0 1 1 - 2 0 1 2 V O L U M E 2 2 N U M É R O 4

L’AVENIR DU PARC OLYMPIQUE

LE SENS DE

L’AVIS

Martin Houle, Sylvain Lefebvre et André Bourassa a permis

d’échanger des réflexions sur l’avenir du Parc olympique.

H é l è n e l e f r a n c

Je ne suis pas une fille de l’est de montréal,

«

mais ça ne veut pas dire que je ne suis pas

attachée au stade olympique, même s’il est

étrange, énorme et qu’il a coûté cher. »

Globe­trotter et chroniqueuse à La Presse, marie­

Claude lortie a lancé le débat sans détour. « Bien

que montréal soit plutôt reconnue pour un style de

vie, j’aimerais avoir ma tour eiffel, un monument

qui représente la ville à l’étranger. C’est étonnant

d’avoir une construction aussi gigantesque que le

stade, avec une tour croche, et de ne pas en tirer

davantage de fierté. Pour reprendre confiance, il

suffit pourtant de regarder la perspective que l’on

a du stade depuis le chemin Camilien­Houde sur

le mont royal. »

Conserver le Parc olympique, mais pour quoi

faire ? marie­Claude lortie n’hésite pas : « le

nouveau stade de soccer [le stade Saputo] n’est pas

d’une élégance folle, mais au moins c’est du sport.

le Planétarium et le Biodôme sont encore

acceptables. Par contre, la construction du cinéma

m’a donné envie de pleurer. Chez plus de gens

qu’on ne le croit, il y a encore un feeling rattaché

aux olympiques et les chiffres démontrent un

engouement pour le sport. les compétitions se

multiplient. Il doit bien y avoir moyen de faire

quelque chose avec l’athlétisme et le sport ! en

tous les cas, il faut retrouver l’envie de rêver. » la

chroniqueuse ose imaginer une piste de ski sur le

site, puisqu’il faut miser sur l’originalité et sur

l’hiver. mais le canevas de réflexion idéal serait un

concours permettant à des équipes d’architectes

de repenser tout le quadrilatère, précise­t­elle

martin Houle est né dans l’ouest de montréal en

1976, l’année des Jeux olympiques, et habite

aujourd’hui à un jet de pierre du fameux

quadrilatère. Pour le directeur de Kollectif.net, la

revitalisation du Parc olympique n’est pas un

projet d’architecte, mais de société. Il faut d’abord

commencer par se demander si on veut conserver

le stade, dit­il, avouant être déchiré entre nostalgie

et prudence. « on nous dit que le stade est payé,

mais veut­on payer encore un nouveau toit pour

un bâtiment vide ? » l’architecte en lui est

également inquiet : « le budget à moyen et à long

terme ne peut être chiffré, car le bâtiment est mal

adapté à son climat, peu isolé, en plus du toit à

changer et des chutes de glace l’hiver. »

Deux dates clés approchent, comme l’a fait re marquer

martin Houle : le 375 e anniversaire de la


métropole, en 2017, et le 50 e anniversaire du stade, en

2026. « Cela nous laisse quelques années pour décider

quoi en faire et le célébrer », explique celui qui a organisé

une exposition de maquettes du stade au Forum des

architectes, en juin dernier, dans l’objectif de susciter la

réflexion chez ses pairs.

miser sur le sAvOir-FAire existANt

Spécialiste des grands équipements sportifs en milieu

urbain, Sylvain lefebvre, urbaniste et directeur du Groupe

de recherche sur les espaces festifs (GreF) de l’uQAm,

croit que le Parc olympique souffre du « complexe de

Cendrillon » : « une fois les jeux partis, les équipements

persistent et on ne sait qu’en faire. » Il pourrait même

s’agir d’une épidémie : londres a connu les mêmes

symptômes et, désormais, dans un souci de prévention, les

villes réfléchissent en amont aux « après­Jeux », d’autant

plus que les investis sements deviennent considérables.

« Personnel lement, même si c’est compliqué et qu’il est

logique de se poser la question, je crois qu’une ville comme

montréal doit conserver ce que j’appelle la Sainte­Trinité,

c’est­à­dire le stade, le parc et sa tour. »

une fois le diagnostic posé, quelle thérapie proposer ? la

priorité : renverser l’image négative accolée au lieu. Ça

tombe bien, puisque la régie des installations olympiques

(rIo) semble animée des mêmes intentions. Selon le

chercheur, il faut expliquer à la population que, malgré des

gestes malheureux, on a réussi à maintenir sur le site un

certain héritage olympique et des activités sportives.

Comme le faisait remarquer marie­Claude lortie, la

construction du nouveau stade Saputo, en cours d’agrandissement,

en témoigne.

Autre défi de taille selon Sylvain lefebvre : l’absence de

vision d’ensemble dans la gouvernance, dans le lien avec le

quartier et avec les autres grands pôles récréotouristiques

de la métropole. « Cette gouvernance a souvent été évoquée

mais, dans les faits, elle n’existe pas. les premières

consultations publiques, celles qui ont permis récemment

à la vision citoyenne de s’exprimer, constituent un pas en

avant, mais il en faudra d’autres. » m. lefebvre trouve qu’il

serait souhaitable de passer aux idées plus concrètes, tout

en reconnaissant qu’il y aura bien sûr « des choix à faire et

des contraintes à prendre en compte ». malgré tout, il reste

optimiste : « Si on pense aux Bassins du Havre ou au

Quartier des spectacles, il y a un réel savoir­faire à

montréal. le Parc olympique a autant de potentiel, sinon

plus ! »

Oser tOucher Au sAcré

Peut­être parce qu’il a vu se construire le stade alors qu’il

étudiait l’architecture et que le chantier illustrait tout ce

qu’il ne fallait pas faire, André Bourassa, président de

l’oAQ, est critique. « la bonne architecture, ce n’est pas

seulement un coup de design. C’est le bon matériau à la

bonne place et de la fonctionnalité. Si le stade était

fonctionnel, on l’utiliserait. or, dans son état actuel, c’est

un “tue ambiance” ! » Cela n’empêche pas la recherche de

solutions, à condition d’être réaliste. « À cette échelle, un

petit geste se perdrait. Il va falloir forcément un grand

geste. Il sera forcément coûteux. » ➔

Marie-Claude Lortie, Martin Houle, sylvain Lefebvre et André Bourassa

ActuAlités

« La bonne

architecture, ce

n’est pas seulement

un coup de

design. c’est le

bon matériau à la

bonne place et de

la fonctionnalité.

Si le stade était

fonctionnel, on

l’utiliserait.

or, dans son état

actuel, c’est un

“tue ambiance” ! »

11

| printemps 2012 | ESQUISSES


ActuAlités

12

les options devront donc miser sur l’ambiance et sur

la fonctionnalité. Cela implique d’accepter de faire des

modifications en profondeur, poursuit l’architecte.

« Si on ne touche pas aux bancs, autrement dit, si on

ne prévoit pas une enceinte à géométrie variable, ça

ne sert à rien. l’enceinte sportive, cette mal­aimée, a

bien besoin d’attention. » le choix d’un toit et,

naturellement, la pleine utilisation du lieu découleront

Tous s’entendaient sur

une chose : s’il faut retisser

le lien entre le parc et

le quartier, l’avenue Pierre-

de-Coubertin doit cesser

d’être une barrière

psychologique.

des réponses trouvées, et non l’inverse. la

recommandation de l’ordre ? un concours d’idées,

soit un processus organisé, productif et transparent

qui permette de faire jaillir mille propositions.

un dialogue s’est amorcé après les présentations des

panélistes, et l’esplanade du stade a particulièrement

retenu l’intérêt. on a notamment suggéré d’y

aménager des espaces ombragés et des micro­espaces,

des terrasses, des jeux d’eau, des pistes de vélo

extrême ou de roller, des parois d’escalade et, bien

entendu, des commerces, ainsi que de l’événementiel,

autant à l’échelle locale que nationale. mais encore ?

ESQUISSES | printemps 2012 |

Des cuisines de rue comme à miami, s’est

enthousiasmée marie­Claude lortie. Sylvain lefebvre

apprécierait pouvoir y acheter un sandwich et un

breuvage, tandis que martin Houle aimerait trouver le

nettoyeur qui fait défaut dans le quartier. Tous

s’entendaient sur une chose : s’il faut retisser le lien

entre le parc et le quartier, l’avenue Pierre­

de­Coubertin doit cesser d’être une barrière psychologique.

Il faut la réduire, la verdir, y encourager les

transports actifs.

André Bourassa énumère des gestes concrets, peu

coûteux et immédiats. « Ce genre d’acupuncture

urbaine permettrait d’animer les lieux et de ne pas

perdre le momentum, en laissant le temps de brasser

des idées plus complexes et de les mettre en œuvre. »

Sylvain lefebvre renchérit : « une reconversion

urbaine passe rarement par un seul geste, même si

c’est celui d’un starchitecte. »

en attendant la grande intervention, celle qui doit être

mûrement réfléchie, la table ronde a permis de

constater que le Parc olympique avait tout pour

redevenir cool, un peu comme le silo n o 5, dans le

vieux­Port de montréal. Si le stade a longtemps été vu

comme une soucoupe volante atterrie ici par hasard,

aujourd’hui, porter un tee­shirt en reproduisant la

silhouette ne vous donne pas des allures d’extraterrestre,

mais de montréalais branché !

Pourvu que la rIo sache profiter de ce capital de

sympa thie pour insuffler au Parc la vie qui lui a

toujours manqué !

Photo : Jean-Sébastien Dénommé

recOmmANder

Ou PAs les

cOmmANdites ?

L’annonce par la Régie des

installations olympiques (RIO)

d’une commandite Financière Sun

Life pour l’esplanade du Parc

olympique et de sa nouvelle

appellation a suscité une diversité

de réactions, selon Réal Ménard,

maire de l’arrondissement

d’Hochelaga-Maisonneuve, présent

à la table ronde. Le débat n’est pas

clos. Étant donné les sommes en

jeu pour mettre en œuvre les

projets, toutes les ressources sont

bienvenues et il est intéressant de

constater que le site suscite

l’intérêt du privé. Reste à savoir

dans quel ordre faire les choses.

Les panélistes auraient préféré

qu’on laisse émerger les idées

avant qu’une telle décision soit

prise. La méthode semble un peu

trop proche des anciennes

manières de faire de la RIO.


staGes À raBaIs

BéNévOle

quAliFié

Un architecte peut-il embaucher un stagiaire sans le payer?

Sans être interdite, la pratique est discutable.

C a r o l e G i a r d

Photo : Chris Grodotzki Photo : Joe Goldberg Photo : Stowe Boyd

on tombe à l’occasion sur une petite

annonce d’un bureau d’architecte à la

recherche d’un stagiaire prêt à travailler

gratuitement. voilà qui me rappelle mon entrée

dans la profession notariale. ne le dites à personne :

c’était dans les années 1990. en cette époque de

morosité économique, on m’offrait de travailler

pour des « pinottes ». Je me suis dit que tant qu’à

gruger mes économies, ou plutôt celles de mon

père, aussi bien en profiter pour faire une maîtrise.

Parmi mes confrères qui ont opté pour le Barreau,

certains se vantaient de faire leur stage

bénévolement. une rumeur (c’était avant Facebook)

courait même au sujet de l’un d’eux : il se

serait « acheté un stage » en payant l’avocat qui

l’« embauchait ». légende urbaine, sans doute.

C’était il y a longtemps, mais la question demeure

d’actualité : un architecte a­t­il le droit d’offrir un

stage non rémunéré ? en principe, tout travail

mérite une juste rémunération. Cependant, le

stagiaire et le maître de stage pourraient tous les

deux consentir à ce que le stage se déroule de façon

bénévole. Cette pratique n’est pas formellement

interdite. est­elle souhaitable ?

D’entrée de jeu, il appartient au stagiaire de

déter miner si la rémunération proposée est

raison nable, compte tenu des tâches qu’il accomplira,

de sa formation, de ses aptitudes, de son

expérience et du marché de l’emploi. Il doit

négocier soigneusement ses conditions de

travail, puisqu’en vertu du règlement sur les

normes du travail, le salaire minimum en vigueur

au Québec ne s’applique pas au stagiaire dans le

cadre d’un programme d’apprentissage ou d’intégration

professionnelle reconnu par la loi.

le stagiaire qui accepte un salaire inférieur au

salaire minimum ne pourra donc pas y prétendre

par la suite. Cependant, si le stagiaire et son

employeur ont convenu d’une rémunération, ce

dernier doit la lui verser, précise le Code civil du

Québec. Dans le cas contraire, le salarié peut

s’adresser à la Commission des normes du travail.

l’école du Barreau recommande d’ailleurs aux

futurs avocats de bien s’informer sur les

implications d’un stage non rémunéré avant de

l’accepter. Dans un texte publié sur le site Web de

l’école, l’avocat Jean­Yves Brière note que « le

stagiaire non rémunéré ne bénéficie d’aucune

protection accordée par les diverses lois de

l’emploi. Au contraire, le stagiaire rémunéré a

droit en tant que salarié à une certaine protection

et à certains avantages fixés par les différentes

ActuAlités

lois du travail. Cette distinction est importante et

peut être lourde de conséquences pour le

stagiaire ».

éthique et déONtOlOgie

rayon architecture, le Programme de stage en

architecture et le règlement sur les autres

conditions et modalités de délivrance des permis

sont muets quant à la rémunération des futurs

architectes. Qu’en est­il du Code de déontologie ?

l’article 64 stipule que « l’architecte doit, dans la

mesure de ses possibilités, contribuer à l’avancement

de la profession notamment par l’échange

de ses connaissances et de son expérience avec le

public, les autres architectes et les stagiaires en

architecture. Il doit notamment, lorsque les

circonstances s’y prêtent, favoriser l’engagement de

ces derniers ».

D’après le syndic de l’ordre, la notion « d’engagement

du stagiaire » sous­entend une rémunération.

néanmoins, il est d’avis qu’il n’y aurait pas

d’infraction déontologique lorsque l’absence de

rémunération résulte d’une entente entre le

stagiaire et l’architecte. mais l’employeur doit

s’assurer que le stagiaire puisse accomplir son

stage dans des conditions acceptables.

Par exemple, on pourrait difficilement réprimander

l’architecte qui accueillerait un étudiant

pour un stage bénévole de quelques jours afin de

l’aider à définir son choix de carrière. Il en irait

autrement, selon le syndic, si cet architecte offrait

à un futur collègue d’effectuer les trois années de

stage dans son bureau sans salaire.

le Code de déontologie prévoit que l’architecte doit

demander pour ses services professionnels des

honoraires justes et raisonnables (article 54). Il a

aussi le devoir de s’abstenir d’exercer sa profession

dans des conditions ou états susceptibles de

compromettre la qualité de ses services ou la

dignité de la profession (article 11). Par ricochet, ces

principes devraient encourager l’architecte à verser

au stagiaire une rémunération appropriée.

Assurer la relève de la profession va bien au­delà

de la transmission de connaissances. l’architecte

en devenir a besoin d’un bon coach. votre plan de

match : former, accompagner, intégrer, encadrer

et motiver. offrir à la relève de saines conditions

de travail et un environnement stimulant, c’est

déjà un pas dans la bonne direction.

13

| printemps 2012 | ESQUISSES


arCHIteCture ÉPHÉMère

lA vie

devANt sOi

En ces temps houleux pour l’économie, construire pour déconstruire peut être

vu comme du gaspillage. Et si l’architecture éphémère contribuait plutôt au

développement de villes durables ?

l e s l i e D o u m e r c

Fincube, studio Aisslinger

Photo : Steffen Jänicke


depuis quelque temps, les Genevois ne

voient plus leur ville du même œil.

lorsque les beaux jours arrivent, ils

sortent tables et chaises pour profiter des rues

nouvellement piétonnières. D’immenses bacs à

fleurs et des installations sonores incrustées dans

les murs leur ont fait redécouvrir des lieux

auparavant désertés.

Ces détails appréciables, ils les doivent à l’installation

Les yeux de la ville. Pendant trois étés

jusqu’en 2007, la capitale suisse a proposé à ses

habitants des aménagements éphémères disséminés

dans la ville pour qu’ils se réapproprient

l’espace urbain. Ces maquettes grandeur nature et

in situ ont porté leurs fruits : quand une installation

était plébiscitée par les citoyens, la ville entreprenait

les démarches pour la réalisation d’un

projet pérenne.

« Ce type de projet prouve qu’une action éphémère

peut provoquer des changements matériels

con crets et laisser des traces pour une meilleure

utilisation de l’espace public », dit la géographe

suisse marina Trayser, auteure du mémoire De

l’éphémère au durable, ou les aménagements éphémères

étudiés sous l’angle de la durabilité.

Dans cette recherche, elle façonne l’idée d’une

architecture éphémère durable. la formulation

peut faire sourciller. « A priori, “durable” est le

contraire d’“éphémère” si on le comprend dans le

sens de “qui dure longtemps”. mais aujourd’hui, ce

terme a gagné une nouvelle acception, dans la

mesure où il est devenu l’adjectif dérivé du terme

“développement durable”, s’étoffant ainsi du

contenu complexe de cette notion », se défend

marina Trayser.

l’installation éphémère ne serait donc plus

uniquement liée à un moment ou à une échéance

et, conséquemment, à des ressources budgétaires

limitées, mais ouvre la réflexion sur de futurs

aménagements, même quand tout est démonté.

l’éphémère rejoint ainsi une définition du dévelop

pement durable : améliorer la qualité de vie des

citadins sans compromettre les besoins des

générations futures.

uN Outil strAtégique

Selon marina Trayser, l’installation éphémère est

un outil stratégique trop peu exploité par les

municipalités. « C’est pourtant une condition pour

que des réalisations puissent voir le jour. l’aménagement

éphémère est plus facile à réaliser qu’un

projet définitif en raison de procédures moins

compliquées, de coûts moins élevés et d’une mise

en œuvre moins complexe. »

C’est aussi une expérimentation qui permet

d’avancer en douceur vers le changement, et un

moyen de tisser un lien de confiance entre les

autorités et les citadins, poursuit la géographe. un

bon projet éphémère a toutes les chances de

déboucher sur un bon projet définitif. À l’inverse,

un processus par essai et erreur peut tuer toute

initiative dans l’œuf.

Par exemple, à Genève, où les places de stationnement

sont rares au centre­ville, une aire de

parking transformée en espace vert a provoqué

un tel tollé que la ville a rapidement fait marche

arrière. « C’est caractéristique de notre époque :

il est de bon ton de ne pas trop s’engager, ni

d’investir de manière irréfléchie », avance

marina Trayser.

une prudence dont s’est inspirée nelly Wenger,

gestionnaire suisse qui a participé à la conception

et à la réalisation du r4, le pôle artistique de l’île

Seguin qui surplombe la Seine, en banlieue

parisienne. le bâtiment est minimaliste : un sol,

des toitures arborées, une structure ouverte sur

l’extérieur et des boîtes qui s’accrochent et se

ActuAlités

déplacent. Sources d’inspiration : Berlin et Zurich,

deux villes qui ont confié temporairement des

terrains en friche à des associations culturelles

avant leur aménagement définitif. « Ces lieux

éphémères se sont avérés très vivants et élaborés,

supplantant les lieux institutionnels, expliquaitelle

lors du dévoilement du projet. on a voulu

reproduire ici ce côté alternatif, léger et provisoire

qui n’a pas pignon sur rue. le but est de rester en

éveil perpétuel. »

trANche de vie

l’architecture éphémère ne date pas d’hier. Ainsi,

pour certaines cérémonies rituelles, nos ancêtres

gréco­romains construisaient déjà des huttes de

roseaux qu’ils démolissaient aussitôt la fête finie.

mais, depuis le début des années 1960, on

commence à saisir le potentiel durable de ces

constructions temporaires pour mettre à mal la

légitimité de la ville solide. Pour les partisans de

l’architecture éphémère de l’époque, tel le Groupe

d’étude d’architecture mobile (GeAm, un regroupement

de six architectes européens), les rapides

changements sociaux, l’évolution de la carrière

professionnelle et la consommation de masse

induisaient forcément une refonte de la conception

de la ville. À partir du principe des capsules,

les premières réflexions à grande échelle proposent

des visions de villes composées d’ag glomérats

de cellules préfabriquées qui offrent

l’avantage de pouvoir être transformées rapidement.

la durée de vie d’une cellule, estimée au maximum

à une dizaine d’années, semblait adaptée à

une tranche de vie d’un citadin. Cette période

correspondait à une situation familiale et professionnelle

relativement fixe à l’issue de laquelle

des changements personnels (naissance d’un

enfant, divorce, nouvel emploi) pouvaient rendre

nécessaires des extensions ou diminutions de la

superficie habitable, voire un déménagement.

15

| printemps 2012 | ESQUISSES


ActuAlités

16

PerPétuelle

remise eN questiON

Au cours des dernières années, le nombre

de structures temporaires a significativement

aug m en té, constate Philip Jodidio dans l’ouvrage

L’architecture éphémère d’aujourd’hui ! même si

plusieurs rêvent d’une maison qui durera pour

toujours, la tendance va plutôt dans le sens

con traire, selon lui. « notre culture est à l’évidence

vouée à la consommation rapide et l’architecture

n’échappera pas aux tendances de son temps. »

mais consommation rapide ne rime pas forcément

avec architecture indigeste à la qualité

dou teuse. l’engouement pour l’architecture

durable fait la part belle aux constructions

temporaires : si l’on part du principe que le

domaine du développement durable évolue trop

vite pour qu’il y ait des acquis, tout doit être sans

cesse remis en question.

Bien malin qui pourra prédire les besoins de

demain : l’expérience démontre que les plans

pour le futur sont moyennement fiables et que les

bâtiments deviennent obsolètes plus vite qu’on

ne le croit. Certains promoteurs voudront peutêtre

construire un bâtiment temporaire pour bien

cerner tous les enjeux de l’espace plutôt que de

tenter d’édifier directement un bâtiment vert. Pas

question de s’enraciner !

lever l’ANcrAge

Soucieux d’environnement avant l’heure, l’architecte

américain richard Buckminster Fuller, à qui

l’on doit la Biosphère de montréal, développe dès

les années 1950 une philosophie selon laquelle

l’homme est né avec des jambes et non avec des

racines. Son habitat doit être éphémère et aussi

léger que possible, croyait­il, à l’image des dômes

géodésiques.

Cécile vandernoot, enseignante à la Faculté

d’archi tecture loCI à Bruxelles (qui regroupe les

anciennes écoles d’architecture de louvain et de

Bruxelles), le rejoint dans cette idée de légèreté.

« un principe de base inhérent à l’éphémère est

de ne pas détériorer l’espace “hôte”. Cela suppose

une structure légère sans une emprise radicale au

sol ou au support qui l’accueille. la légèreté du

matériau entre en ligne de compte. »

elle cite en exemple le Fincube, conçu par l’architecte

allemand Werner Aisslinger, une maison

ESQUISSES | printemps 2012 |

modulaire durable à faible consommation

d’éner gie qui n’a pas d’accroche au sol. Facile à

installer, le Fincube peut être démonté et déplacé

en ne laissant aucune trace derrière lui, ou

retourné à la nature, puisqu’il est entièrement

recyclable. Cette innovation se veut une réponse

aux multiples problèmes posés par le logement

en général, y compris la tendance croissante aux

déplacements fréquents de certaines populations,

même dans les pays développés. Son

prix relativement abordable (200 000 $ pour la

version de base de 47 m 2 ) et le faible coût de

préparation du terrain pourraient assurer une

certaine mixité sociale.

l’egO des Architectes

lors du Forum Arkos sur l’architecture durable

organisé en avril dernier à Prague, l’architecte

française Françoise­Hélène Jourda a, elle aussi,

mis à mal le mythe du « construire pour durer ».

Pour elle, construire et démonter son bâtiment

pour ensuite le transformer en autre chose est

souvent une excellente idée. « malheureusement,

cela va beaucoup contre l’ego des architectes, des

constructeurs, des politiciens, qui voudraient

absolument que leurs bâtiments soient les

témoins de leur trace sur cette planète pour les

siècles à venir. »

voir son œuvre savamment édifiée démolie en

quelques heures peut évidemment être un crèvecœur

pour les architectes. mais pas pour Arnaud

Dambrine et emmanuel de France, associés de la

jeune agence parisienne oglo, qui ont aménagé

des jardins éphémères en espagne et au Portugal.

Ils tiennent mordicus à assister à la déconstruction

de leurs créations. « Imaginer un montage et un

démontage facile est une gymnastique particulière

de l’esprit, un vrai défi pour l’architecte,

dit Arnaud Dambrine. Quand on a vu comment

un projet se déconstruisait, on en tire des

enseignements et on ne construit plus pareil par

la suite. »

l’architecture éphémère durable a donc de beaux

jours devant elle... Si tant est que la mode de

l’architecture durable ne soit pas, elle aussi,

éphémère !

Jardin Muñeca, espagne, oglo

Photo : Oglo

éPhémère,

c’est cOmBieN

de temPs ?

Éphémère vient du grec ephèmeros,

littéralement « qui ne dure qu’un jour ».

Mais la manière dont cette notion

s’applique à l’architecture revêt mille

définitions.

Comme le souligne Philip Jodidio dans

son livre L’architecture éphémère

d’aujourd’hui !, toute construction est

par essence temporaire, même si elle

met des siècles à redevenir poussière.

« Mais le caractère éphémère de

l’architecture dépend naturellement de

la qualité de la construction et de

divers facteurs, qui vont de

l’emplacement aux conditions

climatiques. »

Selon l’encyclopédie Universalis, une

structure éphémère se définit moins

par sa durabilité, qui peut varier de

quelques heures à quelques années,

que par les intentions de ses créateurs.

Elle se distingue de l’architecture

provisoire, car elle n’est pas un

pis-aller en attendant autre chose,

mais une structure qui existe pour

elle-même. Durable, quoi!


CoNgRès des ARChiTeCTes / MoNTRéAL 2012

L’aménagement

du territoire

Les nombreux participants au Forum 2011 le savent : l’événement a été un franc succès.

Nous avons décidé de poursuivre sur cette lancée en préparant la suite, le Congrès des

architectes 2012, qui portera sur le thème de l’aménagement du territoire. Un nouveau

nom, parce que la programmation s’étoffe. Aux séances de formation s’ajouteront des

ateliers de discussion, une projection documentaire et plusieurs tables rondes au cours

desquelles des conférenciers invités échangeront sur des sujets comme l’étalement urbain,

la densification des banlieues et le Plan Nord.

Bien que le programme ne soit pas finalisé, nous vous en offrons une version préliminaire.

Réservez tout de suite dans votre agenda les 31 mai, 1 er et 2 juin. La liste complète des

cours et activités (cocktails, visites, remise de prix) vous sera transmise avant l’ouverture

des inscriptions, au début d’avril. Tous les événements auront lieu au Palais des congrès

de Montréal, comme en 2011.

Programme Préliminaire

■ Projet architectural et développement

durable

La négociation

■ Créer une bonne première impression

en présentation

■ Comment mieux communiquer

son projet

■ Patrimoine, territoire et compréhension

des paysages culturels

■ Bâtiments éclairés naturellement

■ L’énergie zéro pour le bâtiment

■ Le solaire en architecture

■ Apprivoiser l’évaluation

environnementale stratégique

■ Toits végétalisés : le pour et le contre

■ Les villes du 21 e siècle

■ L’agriculture urbaine

■ Les meilleurs m 2 sont ceux que l’on ne

construit pas

■ Les portes pare-flammes

■ Lecture du milieu bâti et aménagement

durable

La gestion d’une équipe de

professionnels

La responsabilité de l’architecte

■ Le design en bois massif

■ Le nouveau Code de déontologie

La responsabilité professionnelle après

la réalisation des travaux

■ Nouveaux architectes, voici ce

qui vous guette!

■ Le détail et l’enveloppe du bâtiment

■ Construction et transformation de

bâtiments à Montréal

■ L’éclairage architectural

Visites

■ Histoire et évolution

de Pointe-Saint-Charles

■ Visite guidée en accessibilité universelle

tables rondes et ateliers

■ Le Plan Nord

■ L’étalement urbain

La sauvegarde du paysage

■ Transport et aménagement du territoire

■ Au-delà des PMAD

■ Aménagement des espaces publics

Pour toute question concernant le programme du congrès, veuillez communiquer avec Sandra Mbombo : smbombo@oaq.com

/


mardisverts

conférences sur l’architecture durable

HIVER-PRINTEMPS 2012

21 février

Mountain equipment

co-op, longueuil

Consommation

responsable

• Vouli Mamfredis

architecte PA LEED, Studio

MMA, atelier d’architecture

• Roland Charneux

ingénieur PA LEED,

Pageau Morel

20 mars

tricentris, terrebonne

Un Centre de

tri leed or

• Fernando De Marco

architecte, Campanella

& Associés

• Jean Tardif

architecte PA LEED,

Blouin Tardif Architecture

Environnement

17 avril

Planétarium rio

tinto alcan,

Montréal

objeCtif lUne

• Jean-François Julien

architecte, Cardin

Ramirez Julien

lieu : Université de Montréal

2940, chemin de la Côte-Sainte-Catherine, salle 1120

cocktail bio inclus : 17 h 30 conférence : 18 h

inscription obligatoire : www.mardisverts.ca

une initiative de l’Ordre des architectes du Québec [ comité des techniques et bâtiments durables ]

22 mai

180 logements

abordables,

longueuil

mixité à la

vertiCale

• Claude Létourneau

architecte, Le Groupe

des Sept, atelier

d’architecture


Illustration : Jared Rodriguez, Truthout

dOssier lA cOmmANde PuBlique

La commande pubLique

Clause

toujours

La relation entre architectes et donneurs d’ouvrage a connu des jours

meilleurs. Afin de lutter contre la collusion et les conflits d’intérêts décriés

depuis des lunes et dénoncés par le rapport Duchesneau, le gouvernement

et les municipalités exigent la virginité absolue de la part des professionnels.

Résultat : les contrats de commande publique deviennent farcis de clauses

inusitées, d’acrobaties comptables ou d’expérimentations douteuses. On va

jusqu’à suggérer de séparer la conception et la surveillance des travaux. Noble

intention, certes, mais qui témoigne d’une méconnaissance profonde du métier

d’architecte. Quelles conséquences ces mesures auront-elles sur la pratique

de l’architecture au Québec ? Comment s’y adapter, ou comment rétablir la

confiance des donneurs d’ouvrage ? Esquisses s’est intéressé à la question.

19

| printemps 2012 | ESQUISSES


20

entrevue avec L’aappq

Viser le noir,

tuer le blanC

Les règles du jeu ont beaucoup changé dans la commande publique. Pour le meilleur, mais

aussi pour le pire. Quels effets sur la pratique des architectes? Esquisses a posé la question

à Marc Laurendeau, actuel président de l’Association des architectes en pratique privée du

Québec (AAPPQ), ainsi qu’à Alain Fournier, ancien président de la même association.

C o r i n n e F r é c h e t t e - l e s s a r d

Marc Laurendeau, Alain Fournier

Photos : AAPPQ

ESQUISSES | printemps 2012 |

L’attribution des commandes publiques aux firmes d’architecture

a beaucoup évolué ces dernières années. Quelles sont

les tendances qui se dégagent ?

Marc Laurendeau : on assiste à une dégradation du respect et de la

confiance envers les professionnels. la tendance existe depuis longtemps,

mais elle s’est accentuée avec les récentes allégations de corruption dans

l’industrie de la construction. Ça se traduit entre autres par l’apparition de

toutes sortes de mesures pour limiter les conflits d’intérêts et augmenter

l’imputabilité.

Pourtant, ces allégations ne touchent pas vraiment la profession.

évidemment, il peut y avoir des cas où des architectes sont impliqués,

mais ce sont surtout les grands travaux d’infrastructure – et les ingénieurs

– qui sont concernés.

Halte routière de saint-Augustin-de-Desmaures (PPP),

onico architecture et gestion de projets / immostar

Gestion et développement immobilier

Photo : Immostar Gestion et développement immobilier


Alain Fournier : on remarque aussi un morcellement de nos

fonctions. Trop souvent, la gestion des projets est confiée aux

ingénieurs, ou pire, aux comptables et aux avocats, comme ça peut

être le cas dans les partenariats public­privé (PPP).

or, c’est l’architecte qui a une vision globale et complète du projet.

les ingénieurs n’ont pas la formation pour jouer ce rôle. Ils pensent

en termes d’électricité, de mécanique, de structure, mais non en

fonction des intérêts du client et du programme. Autrement dit, ce

sont de bons joueurs de violon, de piano ou de cymbales, mais ils ne

sont pas chefs d’orchestre.

et ce n’est pas seulement une perte pour les architectes. C’est le client

– et la société – qui perd la plus­value qu’apporte l’architecte.

Pouvez­vous donner des exemples de mesures découlant du

climat de méfiance que vous évoquez ?

ML : l’automne dernier, la ministre Courchesne [michelle Courchesne,

présidente du Conseil du trésor et ministre responsable de

l’Administration gouvernementale] a annoncé qu’elle voulait séparer

les mandats de conception et de surveillance pour limiter les risques

de collusion. mais ça pourrait avoir des conséquences ter ribles,

notamment sur les coûts et la qualité des bâtiments publics, sur les

enjeux de protection du public, sur les droits d’auteur des architectes,

et sur le contexte légal de la pratique à l’égard de la responsabilité

professionnelle. (voir « Diviser pour régner », page 23.)

on nous demande aussi dorénavant de signer des formulaires pour

attester que nous ne sommes pas en conflit d’intérêts. mine de rien,

ça alourdit la tâche administrative. et ça ne sert pas à grand­chose :

ceux qui sont corrompus vont signer aussi!

Autre exemple : les cautions – de soumission ou d’exécution – sont

de plus en plus répandues. C’est logique pour les entrepreneurs, qui

peuvent fermer boutique et disparaître. mais les architectes ne

peuvent pas limiter leur responsabilité de cette façon, puisqu’ils

répondent d’un ouvrage quoi qu’il arrive.

AF : Ces cautions sont abusives. les donneurs d’ouvrage n’en ont

pas besoin : ils ont d’autres recours contre les architectes, dont

l’assurance professionnelle. C’est d’autant plus inutile qu’on n’est

pas en présence d’une épidémie d’architectes qui se défilent avant la

fin de leur mandat. mais ça sécurise les donneurs d’ouvrage, qui

veulent la ceinture et les bretelles.

même chose pour les pénalités, parfois exigées en cas de

dépassement des coûts ou de retard de livraison. les architectes

n’ont pas le contrôle absolu là­dessus. Par exemple, quand il y a un

ouragan aux états­unis, on y envoie bois et gypse à des fins de

reconstruction, et les prix ici montent. Comment prévoir une

catastrophe naturelle ? Pour ce qui est de l’échéancier, à partir de

dOssier lA cOmmANde PuBlique

l’étape de la construction, il est entre les mains de l’entrepreneur.

Avec ces pénalités, on fait porter aux architectes des responsabilités

qu’ils ne peuvent pas assumer. mais ça soulage la conscience les

donneurs d’ouvrage et ça paraît bien aux yeux du public. C’est

parfaitement démagogique.

La situation diffère­t­elle d’un endroit à l’autre au Québec,

au gré des pratiques adoptées par les différents donneurs

d’ouvrage ?

AF : on trouve beaucoup de clauses abusives dans le monde

municipal. l’amphithéâtre de Québec est un bon exemple : le maire

labeaume s’est mis la tête sur le billot avec son contrat avec

Quebecor. Alors, il se bricole un contrat avec entre autres des pénalités

: il se protège en transférant les responsabilités aux autres. (voir

« Stade expérimental », page 30.)

Il y a aussi des clauses avec lesquelles on n’est pas d’accord au

provincial. mais au moins, elles sont connues et standardisées.

IL doIt y avoIr des archItectes

à tous Les nIveaux de

L’admInIstratIon pubLIque. des

gens quI ne vont pas jeter Le

bébé avec L’eau du baIn chaque

foIs qu’un mInIstre se faIt

varLoper en pubLIc.

ML : le danger, c’est aussi que ces clauses fassent école et que tous

les donneurs d’ouvrage les adoptent. J’ai un très bon client privé qui

étudie présentement la possibilité de séparer les contrats de

conception et de surveillance...

Au­delà de la méfiance, comment expliquer ces décisions ?

AF : les ministères se sont délestés de leur expertise, comme en

faisait état le rapport Duchesneau l’automne dernier. résultat : nous

n’avons plus de vis­à­vis – des gens qui comprennent la construction

et le déroulement d’un projet – dans la fonction publique.

Il doit y avoir des architectes à tous les niveaux de l’administration

publique. Des gens qui ne vont pas jeter le bébé avec l’eau du bain

chaque fois qu’un ministre se fait varloper en public. le Conseil du

trésor en a désormais deux à son emploi et c’est tant mieux, puisqu’il

écrit des projets de loi qui concernent directement les architectes, les

ingénieurs et la construction en général.


Que pensez­vous de la création éventuelle

d’un cadre de gestion pour les projets de

5 à 40 M$, inspiré de la Politique­cadre

sur la gouvernance des grands projets

d’infras tructure publique, qui s’applique

aux projets de 40 M$ et plus ?

ML : Ça semble une mesure positive, puisque

ça permet au gouvernement de s’assurer que

les dossiers d’affaires sont bien montés et que

les chiffres sont réels.

AF : l’intérêt de la politique­cadre, c’est qu’elle

oblige les fonctionnaires et, surtout, les

politiciens à passer par trois grandes étapes –

l’élaboration d’un dossier de présentation

stratégique, d’un dossier d’affaires initial et

d’un dossier d’affaires final – et les empêche

de faire des déclarations prématurées, comme

d’annoncer le coût du projet alors que les

études ne sont pas assez avancées pour se

prononcer. Car souvent – le métro à laval en

est un bon exemple –, les politiciens annoncent

volontairement un projet en dessous de

son coût réel parce que des élections approchent. ensuite, les

professionnels servent de boucs émissaires.

Y a­t­il d’autres changements positifs ?

AF : oui. en 2008, le gouvernement du Québec a éliminé les appels

d’offres avec prix. la sélection se fait désormais sur des critères de

qualité. le système n’est pas parfait. le choix des membres du

comité de sélection a beaucoup d’importance. et le règlement ne

s’applique ni aux municipalités ni aux sociétés d’état comme

Hydro­Québec, par exemple. mais au moins, nos honoraires ne sont

plus en jeu. Avant, on voyait des cas où les architectes ne demandaient

que 60 % du tarif établi par décret pour faire baisser le prix de leur

soumission. nous nous tirons dans le pied en nous dévalorisant

nous­mêmes de cette façon.

Par contre, avec les PPP et les clés en main, nous revenons à une

situation où le prix prévaut sur la qualité.

Parlant d’honoraires, quelle est la situation sur le plan de la

rémunération ?

ML : De plus en plus de services nous sont demandés. Concevoir des

bâtiments durables, par exemple, demande beaucoup de recherche

et, parfois, des services additionnels. on parle aussi d’introduire le

BIm [ou Building Information modeling, le modèle d’information

unique du bâtiment : la production et la gestion des données de

construction tout au long de la conception et de la réalisation d’un

évoLutIon

du nombre

d’archItectes

dans La

fonctIon

pubLIque*

• 1995-1996

396

• 2000-2001

412

• 2005-2006

380

• 2010-2011

544

* Secteurs public et parapublic.

bâtiment], une nouvelle façon de travailler

qui demanderait des investissements. mais

les honoraires n’ont pas été bonifiés.

Conséquemment, l’écart entre les architec tes

et les autres professionnels continue de se

creuser. C’est ridicule quand on considère la

part de la masse salariale des architectes dans

le budget du Québec, ou même le budget d’un

projet. À côté des ingénieurs, c’est rien!

AF : le décret [qui régit les tarifs d’honoraires

pour les services profes sionnels fournis au

gouvernement par des architectes] date de

1984 et doit absolument être modernisé afin de

mettre à jour la description des services offerts et aug menter les

honoraires. Idéalement, nous voudrions qu’il soit arrimé à notre contrattarif.

C’est un des dossiers prioritaires de l’AAPPQ.

L’association a­t­elle entrepris des démarches pour faire valoir

son point de vue auprès des donneurs d’ouvrage ?

ML : nous voulons établir une stratégie pour rétablir un minimum de

confiance et de respect envers les architectes. mais ça ne peut se faire

bénévolement. nous passerons donc bientôt d’un à trois employés.

AF : nous pourrons ainsi assurer une représentation permanente et

une veille, pour voir venir les projets de loi et être moins réactifs.

ML : Au sujet de la collusion, nous avons suggéré au Conseil du trésor de

mettre sur pied un comité pour démentir certaines allégations et

rétablir les faits. nous pourrons ainsi déterminer les meilleures

solutions pour la profession.

AF : évidemment, nous nous sentons concernés parce que le

gouvernement veut imposer des règles qui nous touchent. nous

sommes aussi interpellés comme citoyens. mais nous ne croyons pas

qu’il faille des mesures draconiennes.

De façon générale, êtes­vous optimistes ou pessimistes quant à

l’avenir ?

AF : Disons que nous sommes réalistes. Faire la démonstration de notre

importance est un combat constant et il faut être sur nos gardes.

ML : Heureusement, il suffit de deux ou trois bons clients pour oublier

les autres et être heureux!


Illustration : Jared Rodriguez, Truthout

Ça s’appelle IGo 9002. Ce n’est pas un nouveau supermarché,

mais un projet­pilote de certification éthique auquel vient

d’adhérer la municipalité de Blainville, au nord de montréal.

Première ville québécoise à convoiter ce « sceau anticorruption »,

Blainville peut désormais s'enorgueillir d’adopter les meilleures

pratiques qui soient en matière de gouvernance, d’éthique et de

déontologie. une façon d’améliorer la confiance des citoyens dans

l’administration municipale, explique­t­on à l’hôtel de ville.

Certification ou pas, qu’il s’agisse d’appels d’offres, de projets clés en

main, de concours d’architecture, la commande publique passe

désormais au cycle extrablanchissant. Pour garantir l’intégrité et la

légitimité des contrats, les donneurs d’ouvrage veulent s’assurer que

leurs fournisseurs sont au­dessus de tout soupçon en matière de conflit

d’intérêts ou d’apparence de conflit d’intérêts.

les architectes n’ont pas le choix et doivent suivre la tendance, explique

André lacroix, titulaire de la Chaire d’éthique appliquée de l’université

de Sherbrooke. Toutefois, une situation de conflit potentiel est rarement

tranchée au couteau, et la mettre au jour demande du discernement.

« C’est une zone grise et, dans chaque dossier, il faut réfléchir aux

conséquences de nos décisions. Au­delà des considérations légales ou

déontologiques, il faut se questionner quant aux potentielles situations

de conflit d’intérêts. »

confLits d’intérêts

DiViser

pour

régner

Pour dissiper les soupçons de collusion ou de corruption,

les municipalités ont déclaré la guerre aux conflits

d’intérêts, et les architectes doivent montrer patte blanche

lorsqu’ils briguent un contrat public. Est-ce possible ?

M a r t i n e r o u x

dOssier lA cOmmANde PuBlique

surveILLant ou surveILLé ?

Sur le terrain, les conséquences de cette « tendance » ne sont pas

négligeables. Par exemple, le rapport de l’unité anticollusion

(uAC) ou rapport Duchesneau, rendu public en septembre

recommande de confier la surveillance des travaux à des

architectes autres que les concepteurs. Québec a d’ailleurs esquissé

un pas en ce sens : dans le document Actions concertées pour

renforcer la lutte contre la collusion et la corruption, préparé

conjointement à la fin de 2011 par le ministère des Transports et le

Conseil du trésor, séparer la conception de la surveillance fait

partie des 39 actions mises de l’avant.

un non­sens, estime maxime Frappier, architecte associé chez

ACDF* ArCHI TeCTure, pour qui cette pratique équivaut à

com promettre la qualité en architecture. « Comment voulez­vous

qu’un architecte puisse s’imprégner d’un projet qu’un confrère a pris

trois ans à dessiner ? Comment peut­il maîtriser l’historique du

projet afin de ne rien manquer au chantier ? C’est impossible. »

effectivement : si on peut à la rigueur l’envisager dans le cadre de

travaux routiers, la séparation des mandats s’avère autrement plus

compliquée dans le cas d’un bâtiment, dont la conception ne s’achève

pas à la livraison des plans et devis. « Construire un édifice, c’est plus

complexe que de remplacer un tronçon de route ! poursuit l’architecte.

23

| printemps 2012 | ESQUISSES


Bibliothèque de saint-eustache, ACDF* ARCHiteCtuRe

Depuis l’Antiquité, ce sont les architectes qui supervisent les travaux :

c’est le prolongement de leur mandat de conception. »

Au moment d’écrire ces lignes, le gouvernement québécois n’a pas

encore imposé la séparation des mandats, et le flou persiste quant

aux modalités d’application d’une telle mesure. le Secrétariat du

Conseil du trésor se borne à indiquer qu’elle est encore à l’étude et

que les discussions se poursuivent avec les ordres professionnels et

les associations d’ingénieurs et d’architectes. Ceux­ci s’opposent à

la mesure, notamment en raison des conséquences qu’elle aurait

sur la détermination juridique de la responsabilité professionnelle.

Car cette quasi­révolution soulève une question fondamentale : si

un architecte autre que le concepteur assure la surveillance des

travaux, comment déterminer les responsabilités de chacun ?

Avocat chez Tremblay Bois mignault lemay, le spécialiste des

contrats publics Pierre Giroux estime que la mesure envisagée par

Québec est une véritable boîte de Pandore. « en cas d’effondrement

d’un ouvrage, par exemple, il est plus facile de déterminer les

responsabilités avec un seul professionnel responsable de la

conception et de la surveillance et un entrepreneur général chargé

de la réalisation. en séparant les mandats, on ajoute un responsable

potentiel. et cela fait deux contrats au lieu d’un seul. »

la problématique est également soulevée par le Fonds de l’assurance

responsabilité des architectes. « l’application de cette mesure dans le

contexte de l’industrie du bâtiment risque de créer des difficultés

beaucoup plus grandes que les avantages qui pourraient en résulter,

estime sa directrice générale, marie­Chantal Thouin. l’architecte

concepteur répond exclusivement des dommages résultant d’une

erreur dans les plans lorsqu’il n’a pas surveillé l’exécution. Par

Maison de la littérature de l’institut canadien

de québec, Chevalier Morales architectes

ailleurs, l’architecte qui surveille l’exécution répond des dommages

découlant de la perte de l’ouvrage. en bout de ligne, qui doit répondre

de quoi ? la multiplication de ces zones grises entraînera de

nombreux llitiges et, conséquemment, des coûts importants pour les

professionnels, pour les entrepreneurs et pour les donneurs

d’ouvrage. »

André lacroix comprend la réserve des architectes quant aux enjeux

de surveillance et de responsabilité professionnelle. Pourtant, la

société doit viser l’imputabilité des professionnels et une séparation

des mandats de conception et de surveillance est souhaitable, selon

lui. « les architectes paient sans doute pour les exagérations

commises par certains bureaux de génie­conseil. mais mandater un

tiers pour surveiller les travaux n’est pas déraisonnable, car cela

assure une véritable neutralité. Par ailleurs, il y a beaucoup

d’intimidation sur les chantiers et les surveillants, souvent de jeunes

architectes, ne sont pas nécessairement outillés pour faire face à la

pression. la séparation des rôles n’est probablement pas heureuse

dans sa forme actuelle, mais au bout du compte elle est inévitable. le

concept évoluera sans doute afin d’inclure le concepteur du projet sur

le chantier, aux côtés d’une tierce partie. »

rien de mieux qu’une bonne chicane de chantier pour garantir la

qualité d’un projet d’architecture et les intérêts du client et du

public, avance Pierre J. Hamel, professeur­chercheur à l’InrS­uCS

et spécialiste de la gestion des services publics locaux. « Idéalement,

il faudrait que les concepteurs du projet soient présents tout au long

du processus, y compris au chantier. mais que d’autres architectes

soient chargés de la surveillance des travaux me semble un pas dans

la bonne direction. Personne ne détient la vérité ultime avec sa gang

dans son bureau. Il faut se confronter. »

perte de confIance

Pour maxime Frappier, il est clair que les architectes ont perdu la

confiance des donneurs d’ouvrage, ce qui explique la prudence des

administrations publiques dans la gestion des contrats. « la première

chose que les architectes doivent faire, c’est devenir meilleurs, dit­il. Si

les municipalités optent maintenant pour des formules clés en

main, c’est qu’elles veulent être certaines de ne pas dépasser les


udgets prévus, comme par le passé. À la base, il va falloir que

notre profession revendique non seulement une meilleure

architecture, mais qu’elle maîtrise davantage l’estimation des

coûts d’un projet. »

or, l’exercice se révèle particulièrement difficile dans les projets où

l’architecte n’a pas « les deux mains sur le volant » et devient le soustraitant

d’un entrepreneur. « Si l’entrepreneur n’a pas indiqué de

possibles indexations, par exemple, ça peut vite sortir du budget

initial, poursuit maxime Frappier. l’architecte fera tout pour que la

ville en ait le maximum pour son argent. mais chez l’entrepreneur, la

hiérarchie des valeurs n’est pas nécessairement la même, et la

rentabilité peu primer sur la qualité. C’est une méthode assez

périlleuse. »

la crise de confiance envers les professionnels est à la base du climat

de suspicion qui règne actuellement dans l’attribution de la

commande publique au Québec, estime Jacques White, professeur

d’architecture à l’université laval et membre du comité des concours

de l’oAQ. « on devrait être convaincu de la neutralité d’un

professionnel : il est soumis à un code de déontologie, il est accrédité,

on a vérifié ses compétences, et il veille à la protection et à la sécurité

du public. le problème survient lorsqu’on commence à le surveiller :

forcément, le surveillant a une vue partielle du projet. on augmente

donc la complexité du mandat, le nombre de personnes qui y

travailleront, le temps nécessaire et les coûts. où cela finira­t­il ? »

excès de zèLe ?

l’automne dernier, peu avant le lancement d’un concours

d’architecture, un arrondissement montréalais a refusé que les

noms des membres du jury, du conseiller professionnel ainsi que des

membres du comité technique soient divulgués aux concurrents.

Pour justifier sa position, le service du contentieux s’appuyait sur un

article de la loi sur les cités et villes du Québec stipulant que

la politique de gestion contractuelle doit prévoir « des mesures

ayant pour but de prévenir les situations de conflit d’intérêts ». or, ce

refus de divulgation allait à l’encontre d’une règle établie par le

Guide des concours de l’oAQ, notamment en ce qui concerne le rôle

du conseiller professionnel. neutre et impartial, celui­ci fait office de

rempart entre les participants et les membres du jury, et doit

intervenir au vu et au su de tous, invoquait le comité des concours. À

défaut de s’entendre, les deux parties ont tout bonnement

abandonné le concours.

« Pourtant, un concours est un mécanisme de sélection professionnelle,

remarque Jacques White. on cherche celui qui a la

meilleure idée pour un projet spécifique. mais si on tient pour

acquis qu’il faut surveiller les architectes et qu’on ne peut pas leur

faire confiance, on est en train de créer des monstres ingérables.

Dans le cadre des concours, ça devient démentiel. »

Autre question qui en agace plus d’un : la circonspection au sujet des

liens d’affaires, que les contentieux craignent comme la peste. Ainsi,

le fait d’avoir travaillé avec une autre une firme d’architecture dans le

cadre d’un projet en consortium il y a quelques années, par exemple,

peut vous mettre hors­jeu si un professionnel de cette firme fait

partie du jury du concours auquel vous participez. Ce concept n’est

pas entériné par le comité des concours de l’oAQ, pour qui les

consortiums représentent des liens d’affaires temporaires et ne

peuvent être des sources de conflits d’intérêts à long terme. les

membres du jury et les candidats ont

forcément eu des liens d’affaires les uns

avec les autres dans le passé, illustre Jacques

White, et se priver de leur expertise

équivaudrait à para lyser les concours

d’architecture.

« on est en train de créer de la frayeur

partout, dans le public comme chez les

professionnels. Tout le monde travaille

pour se prémunir contre les problèmes, et

non pour réaliser un projet formidable.

Pourtant, on voudrait bien qu’un architecte

passe 85 % de ses énergies à concevoir,

et non à se justifier. »

le monde est petit, particulièrement au

Québec, et les architectes ne pourront

jamais se blinder totalement contre de

potentiels conflits d’intérêts. Cela ne les

empêche pas de se doter de balises

éthiques, quitte à renoncer à certains

contrats, explique André lacroix. « les

architectes finissent par avoir l’impression

qu’ils ne peuvent plus rien faire [afin de se

prémunir contre les conflits d’intérêts].

mais il faut réfléchir, cas par cas. Avez­vous

un conflit de valeur ou de loyauté qui vous

portera à privilégier un fournisseur ou un

client plutôt qu’un autre ? C’est le genre de

questions à se poser. »

une chose est claire : la guerre aux conflits

d’intérêts va continuer. Autant s’y faire.

Maison de la littérature de l’institut

canadien de québec, Chevalier

Morales architectes

dOssier lA cOmmANde PuBlique

Le b-a-ba

du confLIt

d’Intérêts

Afin d’éviter de vous placer

en situation de conflit

d’intérêts, vous devriez

d’abord répondre à trois

questions, selon André

Lacroix, titulaire de la

Chaire d’éthique appliquée

de l’Université de

Sherbrooke.

La raIsonnabILIté

Pourrais-je justifier mon

geste devant un tribunal

professionnel ? Si la

réponse est non, un

malaise subsiste.

L’ImpartIaLIté

Vous discutez avec d’autres

de votre intention

d’accepter ou de donner

un cadeau pour service

rendu, et les opinions sont

partagées. Il y a peut-être

matière à questionnement.

L’exempLarIté

Feriez-vous la tournée des

médias pour expliquer

votre geste ou votre

décision ? « Dans la

négative, des lumières

jaunes devraient s’allumer. »

25

| printemps 2012 | ESQUISSES


nouveautés et tendances

artillerie lourDe

Dans le but affiché d’éradiquer la collusion, le gouvernement a entrepris depuis deux ans

la modification graduelle des dispositions concernant les appels d’offres.

Ce chantier perpétuel génère toutefois beaucoup d’instabilité.

H é l è n e l e f r a n c

Illustration : Jared Rodriguez, Truthout

Auditorium Parco della Musica, Rome, Renzo Piano

Building Workshop

Photo : Giampaolo Macorig

Les changements dans les lois et règlements ne font que commencer !

« même si ce n’est pas le but recherché par la commission d’enquête

sur l’industrie de la construction, elle devrait aboutir à des

recommandations dont le législateur se saisira. »

Avocat chez Tremblay Bois mignault lemay et spécialiste des contrats

publics, Pierre Giroux constate déjà de nombreuses modifications dans

l’octroi des contrats publics. Il les attribue à la médiatisation des allégations

de collusion et de corruption, ainsi qu’aux objectifs affichés de bonne

utilisation des fonds publics. les changements concernent l’ensemble des

contrats, mais la construction est davantage visée. « Beaucoup de causes

plaidées devant les tribunaux concernent les contrats de construction, car

l’ampleur des budgets justifie les débats », explique­t­il.

résultat : les projets de loi et publications de règlements se succèdent,

peaufinant ou modifiant l’encadrement des appels d’offres (voir

« Autonomie d’un système », page 28.). « le gouvernement cherche, avec

des interventions à la pièce, à colmater les brèches face à des situations

précises et identifiées, reprend le juriste. Il n’a sans doute pas d’autre choix

parce qu’il n’y a pas de remède universel contre la fraude et la collusion. Ce

sont une foule de petits gestes et la vigilance des organisations publiques

qui arriveront à contrer ces phénomènes. »

contrôLes et anonymat

Au menu, des contrôles additionnels. Ainsi, depuis le 1 er juin 2010, un

contrat gouvernemental supérieur à 25 000 $ – attribué par appel d’offres

ou de gré à gré – ne peut être accordé à une entreprise privée si celle­ci

n’est pas en règle avec l’impôt. la logique est qu’une telle entreprise ne

mérite pas de faire des affaires, donc des profits, avec les fonds publics.

Cette règle a rapidement été étendue aux contrats des sociétés d’état

puis, à partir du 1 er janvier dernier, à ceux des municipalités. les

soumissionnaires et les sous­traitants de premier niveau doivent fournir

une attestation de revenu Québec datant de moins de trois mois. Des

pouvoirs étendus pour la régie du bâtiment du Québec complètent ce

dispositif, car les licences délivrées aux entreprises reconnues coupables

de fraude fiscale peuvent être révoquées ou restreintes pendant une

période pouvant aller jusqu’à cinq ans.


Autre resserrement administratif : la publication électronique

des appels d’offres, un moyen visant entre autres à diffuser

équitablement l’information et à dissimuler l’identité et le

nombre de firmes qui retirent les documents. Depuis quelques

mois, le système électronique d’ap pel d’offres (SéAo) est

devenu la seule entité autorisée à délivrer ces documents,

auxquels même les services d’approvisionnement n’ont plus

accès. objectif : éviter la constitution de cartels entre sou missionnaires

et empêcher les entrepreneurs d’influencer les

professionnels. l’effet pervers n’a pas tardé à se manifester

:l’anonymat empêchait les sous­traitants de proposer

leurs services aux entrepreneurs généraux qui soumissionnent,

alors que les trois quarts d’un contrat de construction sont

réalisés en sous­traitance. Finalement, Québec a de nouveau

autorisé les soumissionnaires à s’afficher, sur une base

volontaire.

pour L’amphIthéâtre de québec,

par exempLe, Les archItectes

seront responsabLes d’éLéments

sur LesqueLs ILs n’ont aucun

contrôLe

Dernier tour de vis au resserrement des appels d’offres, la Politique

de gestion contractuelle qu’est obligée d’adopter chaque municipalité

précise que les soumissionnaires ne peuvent pas entrer en

contact avec les chargés de projet durant la période de soumission.

Si le soumissionnaire souhaite des éclaircissements, il doit faire

appel à l’agent d’approvisionnement, désormais la seule personne

autorisée à répondre à ses questions ou à le guider lors d’une

éventuelle visite du site sur rendez­vous. évidemment, ce fonctionnaire

est plus souvent comptable ou avocat qu’architecte ou

ingénieur.

des mandats amaLgamés

Pierre Giroux note une autre tendance : l’amalgame des contrats

professionnels d’architecture et d’ingénierie et la constitution de

consortiums encore plus importants dans les grands projets de

construction. « Cela limite sans doute les risques pour l’entité

publique, mais la loi dit bien que, si on regroupe des contrats, on

doit considérer l’impact sur l’économie régionale, rappelle­t­il. le

petit professionnel ou l’entrepreneur local va souvent être exclu de

ces contrats. » C’est la critique la plus répandue au sujet des modes

de réalisation nouveaux genres, comme les partenariats publicprivé

(PPP), ou de ceux qui sont en cours d’expérimentation. (voir

« PPP, 20 ans après », page 8.)

Hors des PPP ou des expériences nouvelles comme l’amphithéâtre

de Québec, on observe aussi l’amalgame de mandats d’architecte,

d’ingénieur, d’architecte du paysage ou autres. le but du donneur

Centre d’entretien des trains de

banlieue de l’AMt à Lachine,

tremblay L’écuyer architectes

(tLA), sous-traitant de Les

Consultants sM inc.

d’ouvrage est de simplifier la tâche de son service d’approvisionnement

et de réduire les délais. mais ces « contrats­valises » ont pour effet de

gonfler artificiellement le montant du marché, qui ne peut donc plus

être attribué de gré à gré. le professionnel se voit alors contraint

d’engager de lourdes procédures administratives de réponse à un

appel d’offres alors que les honoraires en jeu pour sa firme sont

minimes.

responsabILIté étendue

Professeur à la Faculté de droit de l’université laval, Jacques

Deslauriers constate pour sa part que les donneurs d’ouvrage ont

tendance à tenir les professionnels responsables de tout, y compris des

coûts et des délais. « Pourtant, les architectes ou les ingénieurs à qui

l’on confie un mandat n’ont en fait qu’une obligation de moyen. Dans

un projet, des difficultés peuvent en effet venir du client ou de

l’entrepreneur. le premier est présumé totalement ignorant, tandis

que l’entrepreneur a une obligation de résultat. »

Pour l’amphithéâtre de Québec, par exemple, les architectes seront

responsables d’éléments sur lesquels ils n’ont aucun contrôle, poursuit

m. Deslauriers. « S’il y a des délais, ils devront payer. Selon moi, ce

genre de clause serait jugée abusive par un tribunal. Certaines

situations sont prévisibles, d’autres pas : l’augmentation soudaine du

coût d’un matériau, par exemple. et on ne peut pas attribuer par

contrat une obligation de résultat. » Il relativise également la

présomption d’ignorance systématique du client. « Certains donneurs

d’ordres sont parfois plus renseignés que les architectes ou les

entrepreneurs. Pour citer un cas ancien, Hydro­Québec a été

condamnée, en 1992, parce qu’elle savait certains sols contaminés, fait

qu’elle avait caché à des soumissionnaires pour ne pas recevoir des

propositions trop élevées. »

À force de scruter toutes ces modifications, Pierre Giroux est persuadé

que le Québec s’oriente vers un code unique des marchés publics. De

plus en plus, les autorités gouvernementales et municipales doivent

appliquer les mêmes dispositions réglementaires. les optimistes

verront sans doute cette uniformisation d’un bon œil, puisqu’elle

devrait simplifier la vie des fonctionnaires et des soumissionnaires.

les pessimistes, quant à eux, souligneront le risque de s’enliser dans

des procédures complexes qui font fi de la qualité des ouvrages et de la

taille des projets.

la question à cent « piasses » : où se situent les réalistes ?

dOssier lA cOmmANde PuBlique

27

| printemps 2012 | ESQUISSES


anatomie

D’un système

Les fondations actuelles du système d’attribution de la commande publique sont en place

depuis 2008. Rappel des grands principes et des différentes règles qui s’appliquent

pour le gouvernement et les municipalités.

H é l è n e l e f r a n c

La loi sur les contrats des organismes publics (lCoP), qui pose les

bases du système d’attribution de la commande publique, a été

adoptée en 2006 à l’unanimité – fait rare – par les députés de

l’Assemblée nationale. Autre tour de force de ce texte entré en vigueur le 1 er

octobre 2008 : une seule et même loi s’appliquait désormais pour le réseau

gouvernemental (ministères et autres organismes gouvernementaux), le

réseau de l’éducation (commissions scolaires, cégeps et universités) et le

réseau de la santé (agences de la santé et des services sociaux, hôpitaux, etc.).

les sociétés d’état conservaient quant à elles une certaine indépendance,

mais le gouvernement contraignait leur conseil d’ad ministration à adopter

une politique publique sur l’octroi des contrats s’inspirant des principes de

la lCoP.

Parallèlement à cette unification, un régime différent a continué de

s’appliquer au secteur municipal. Selon Pierre Giroux, avocat chez Tremblay

Bois mignault lemay et spécialiste des contrats publics, l’objectif du

législateur était sans doute d’assujettir l’ensemble du secteur public au

même système, mais cela aurait retardé l’adoption de la lCoP. « Peut­être en

viendra­t­on un jour à l’uniformisation, car entre le municipal et provincial,

de plus en plus de dispositions se ressemblent. les problèmes, comme les

entrepreneurs, sont souvent identiques », estime­t­il. en attendant, les

entités administratives relevant du secteur municipal sont régies par cinq

lois, en fonction de leur taille ou de leur nature : la loi sur les cités et villes, le

Code municipal, la loi sur la communauté métropolitaine de Québec, la loi

sur la communauté métropolitaine de montréal et la loi sur les sociétés de

transport en commun.

Certaines modalités sont communes aux deux réseaux d’administration

publique. Par exemple, en vertu des accords fédéraux sur le commerce

intérieur, tout contrat d’un montant égal ou supérieur à 100 000 $ doit faire

l’objet d’un appel d’offres publié partout au Canada. la mesure vise à

favoriser l’ouverture des marchés et à stimuler la concurrence tout en

diminuant les coûts. la publication se fait par l’entremise du système

électronique d’appel d’offres merX, qui est national, mais il est possible de

limiter les soumissions aux fournisseurs québécois. Cependant, seules des

circonstances exceptionnelles, telle une reconstruction en urgence après

une inondation, permettent de déroger à cette obligation d’appel d’offres

national.

dIfférences entre gouvernement

et munIcIpaLItés

Quant aux travaux évalués en deçà de 100 000 $, les règles diffèrent entre les

paliers gouvernemental et municipal. Pour des travaux de construction ou

des services, le premier peut légalement et tout simplement attribuer le

contrat de gré à gré. Certaines balises doivent être respectées, comme

l’évaluation de la pertinence de procéder par appel d’offres public ou par

appel d’offres sur invitation d’au moins trois soumissionnaires. Par ailleurs,

les donneurs d’ouvrage doivent alterner les concurrents et instaurer des

mécanismes de suivi assurant la pertinence et l’équité des procédures.

De leur côté, les municipalités ne sont pas tenues de rendre publics les

appels d’offres pour des travaux dont les montants se situent entre 25 000 et

100 000 $. Ces derniers doivent cependant faire l’objet d’un appel d’offres

sur invitation d’au moins deux entrepreneurs. la méthode se situe donc à

mi­chemin entre le gré à gré et l’appel d’offres public. la concurrence joue,

mais de façon moindre. Dans les faits, les donneurs d’ouvrage demandent

généralement une soumission (ou une offre de services) à plus de deux

fournisseurs. en deçà de 25 000 $, la municipalité peut procéder de gré à gré.

Toutefois, là encore, les clients mettent fréquemment en concurrence les

fournisseurs : montréal, par exemple, en sollicite généralement deux ou

trois. les appels d’offres, qui peuvent être limités à une région, sont publiés

dans SéAo, peu importe la taille du projet.

le concours d’architecture constitue une exception notable à ces modalités.

Pour les projets dotés de budgets supérieurs à 5 m$ et bénéficiant d’un

financement du ministère de la Culture, des Communications et de la

Condition féminine, il est a priori obligatoire de choisir le concepteur du

bâtiment par concours. Pour un projet culturel de moins de 5 m$, le concours

est facultatif. Dans les autres types de projet, l’organisation d’un concours

est également facultative. même si cette possibilité est désormais inscrite dans

la loi sur les cités et villes, elle est soumise à une autorisation du ministère des

Affaires municipales, des régions et de l’occupation du territoire.


deux faÇons de

détermIner Les

honoraIres

Le système de rémunération des

architectes est différent selon les

paliers. L’administration municipale

doit utiliser un système d’évaluation

et de pondération des offres en deux

étapes pour tous les contrats devant

faire l’objet d’une mise en

concurrence. Dans un premier temps,

un comité de sélection d’au moins

trois personnes évalue l’aspect

qualitatif d’une proposition sans en

connaître le prix, afin d’éviter que

celui-ci ne l’influence. L’évaluation

doit être basée sur au moins quatre

critères préalablement définis avec

un pointage maximal de 30 % par

critère. À la deuxième étape, on

ouvre les enveloppes indiquant les

prix des soumissions qui ont obtenu

une note de passage de plus de 70 %

à la première étape. Un pointage

global combinant qualité et prix

permet d’attribuer le contrat. Tous les

services professionnels sont soumis à

cette procédure.

■ tradItIonneL : le plus

courant jusqu’à récemment, il

tend à perdre du terrain. Un

concepteur est sélectionné

pour préparer les plans et devis

avant un appel d’offres visant

habituellement à confier la

réalisation à un entrepreneur

général. Ce dernier s’entoure

ensuite de sous-traitants au

besoin. Parfois, le marché est

découpé en lots, en fonction

des spécialités ou des

différentes phases de

réalisation du chantier.

exemple : l’agrandissement du

Musée national des beaux-arts

du Québec, à Québec.

L’architecte a été choisi à la

suite d’un concours

international d’architecture et

les travaux seront confiés à un

entrepreneur général.

Par ailleurs, pour les contrats

■ cLés en maIn : il consiste à

attribués aux architectes par le

confier à une entreprise ou à un

gouvernement, la qualité de la

groupement d’entreprises la

candidature compte pour 100 %.

préparation des plans et devis

Pour le prix, en effet, on applique le

et la réalisation de l’ouvrage

Tarif d’honoraires pour services

(on dit aussi : conception-

professionnels fournis au

construction). Le client de

gouvernement par des architectes.

l’architecte, celui qui le choisit

Les honoraires des ingénieurs sont

et avec qui il signe le mandat,

régis par un document semblable.

est donc l’entrepreneur ou

l’équipe intégrée (souvent

appelée « consortium ») et non le

propriétaire du bâtiment.

exemple : l’agrandissement et la rénovation

de l’hôpital Sainte-Justine, à Montréal.

Agrandissement du Musée

national des beaux-arts

du québec, office for

Metropolitain Architecture,

Provencher Roy associés

modes de réaLIsatIon

à géométrIe varIabLe

dOssier lA cOmmANde PuBlique

il n’y a pas que les règles d’attribution des contrats publics qui ont évolué

ces dernières années. Les contrats mêmes ont pris d’autres formes en

fonction des divers modes de réalisation. Tour d’horizon.

■ gérance de projet : lorsqu’un

organisme public confie très tôt la

réalisation de l’ouvrage à un mandataire ou

gérant de projet. Celui-ci, à son tour,

coordonne les professionnels et les

entrepreneurs.

exemple : la réfection et l’agrandissement

de l’édifice Wilder pour loger divers

organismes culturels dans le Quartier des

spectacles à Montréal.

■ partenarIat pubLIc-prIvé (ppp) :

source de polémique, ce mode de

réalisation a été introduit au Québec en

2004. À la suite d’un appel de qualification,

puis de proposition, l’autorité publique

confie à une entreprise ou, comme c’est

souvent le cas, à plusieurs firmes

regroupées en consortium, la conception,

la réalisation, puis l’entretien et

l’exploitation pendant plusieurs décennies

d’un ouvrage public. L’architecte est

mandaté par le consortium. Ce

regroupement finance la construction, avec

ou sans l’aide de l’autorité publique.

Propriétaire de l’ouvrage, le regroupement

se paie durant la phase d’exploitation, soit

par la perception de frais auprès des

usagers (péage routier, par exemple), soit

par la perception d’un loyer auprès de

l’autorité publique. Il transfère le bien à

cette autorité à l’échéance du contrat.

exemple : la construction et l’exploitation

de l’établissement de détention de

Sorel-Tracy.

Inspirées de ces modes de réalisation, plusieurs formules « hybrides » sont actuellement

expérimentées. Ainsi, le nouveau pavillon de l’Hôtel-Dieu de Québec sera construit en

construction-financement, une variante du mode traditionnel. Les plans et devis sont finalisés

de façon traditionnelle et la réalisation ainsi que l’ensemble du financement de la construction

sont confiés à un entrepreneur par appel d’offres, ce qui est censé l’inciter à respecter coûts et

délais. Autre exemple : la réfection de l’échangeur Turcot se fera en conception-construction

après un appel de qualification, ce qui est une variante du mode clés en main.

Infrastructure Québec, qui suit les chantiers de plus de 40 M$ pour le compte du

gouvernement provincial, s’est intéressée au mode conception-construction-financement,

sorte de PPP sans entretien ni exploitation. On peut aussi imaginer des constructionfinancement-exploitation,

soit des PPP dont on exclurait la conception, tel le viaduc de

Millau en France. Il n’est pas interdit de rêver !

29

| printemps 2012 | ESQUISSES


Amphithéâtre de Québec

staDe

expérimental

Le dossier de l’amphithéâtre de Québec illustre à lui seul l’évolution –

certains diront la dérive – des procédures menant à la construction

de bâtiments publics. Décryptage.

H é l è n e l e f r a n c

L’amphithéâtre de Québec avait déjà fait couler beaucoup

d’encre mais, pour les architectes, l’histoire a commencé

avec la signature du contrat entre la ville de Québec et

Quebecor. Afin de respecter son engagement envers cette entreprise,

la ville a entamé une course contre la montre pour livrer

l’équipement de 18 000 places et de 100 loges destinées aux

entreprises le 15 septembre 2015, à défaut de quoi elle s’expose à des

pénalités pouvant atteindre 20 m$. Sa marge de manœuvre est

mince : comme la moitié du budget ferme de 400 m$ provient d’une

subvention du gouvernement québécois, Infrastructure Québec

devra encadrer la gestion du projet. D’autre part, la ville doit bien sûr

respecter les lois d’attribution des contrats publics par les

municipalités.

Annoncé en septembre 2010, le projet a fait l’objet d’une entente

financière avec le gouvernement Charest six mois plus tard. À

l’époque, il restait 51 mois avant l’échéance, alors qu’un délai de 66 à

72 mois serait nécessaire pour construire l’amphithéâtre selon les

modes de réalisation habituels, d’après Jacques Bédard, directeur du

projet pour la ville. Sa stratégie : gagner du temps en inventant une

en 2010, Côté Chabot Morel

architectes a élaboré le concept

de requalification, de mise en

valeur et de développement du

quartier devant accueillir le futur

amphithéâtre. CCM 2 architectes

formule se rapprochant davantage des méthodes de l’entreprise

privée que de celles employées par les institutions publiques.

mandats aggLomérés

Devant l’effectif nécessaire à l’encadrement d’un projet de cette

envergure, la ville a opté pour la formation de ce qu’elle appelle un

consortium (en fait, une équipe intégrée). elle a donc lancé un appel

d’offres pour mandater un groupe formé d’architectes et

d’ingénieurs en structure, en mécanique et en électricité, précisant

que cette formule respecte les codes de déontologie de ces

professionnels. l’Association des architectes en pratique privée du

Québec (AAPPQ) et l’ordre des architectes se sont opposés à la

méthode, qu’ils jugeaient hasardeuse et improvisée, soulignant que

l’architecte ne doit être assujetti à aucun autre professionnel et que

sa déontologie l’oblige à signer un contrat directement avec le client.

De plus, un architecte ne peut être associé à un non­architecte à

moins de bénéficier d’un pouvoir décisionnaire et, donc, d’être

majoritaire dans l’association.

une autre « innovation » choque les professionnels : une clause du

mandat permet à la ville de diminuer de 25 % les honoraires des

concepteurs, sans passer par un tribunal, si les coûts et délais du

projet ne sont pas respectés. Pour l’AAPPQ et l’oAQ, cette

situation est inacceptable et en contradiction avec le Code civil.

De son côté, la ville a répliqué que les architectes devraient

apprécier que le risque soit limité ! une autre pénalité pouvant

atteindre 100 000 $ est prévue en cas de remplacement d’un

professionnel affecté au projet.


enfin, le donneur d’ouvrage demande aux soumissionnaires un

cautionnement d’exécution, à l’image de ce qu’il exige des

entrepreneurs. Peu importe que l’architecte engage sa responsabilité

professionnelle, qu’il ne puisse disparaître ou que les critères de

sélection permettent d’exclure un architecte peu qualifié pour ce

type de projet. l’AAPPQ et l’ordre ont fait valoir que de telles

exigences sont contestables et qu’elles finissent par se répercuter sur

les prix.

en octobre 2011, un contrat de 18,9 m$ a finalement été attribué à

équipe intégrée SAGP, un regroupement formé des architectes

Populous, ABCP, Gagnon letellier Cyr ricard mathieu et des

firmes d’ingénierie SnC­lavalin, Thornton Tomasetti et me

engineers. évidemment, le conflit d’intérêts potentiel n’a pas

échappé aux médias : cette équipe de professionnels maîtres est la

même qui a produit l’étude de besoins ayant précédé l’appel

d’offres, en avril dernier. Par rapport aux autres soumissionnaires,

ne disposait­elle pas d’informations privilégiées et d’une meilleure

compréhension du dossier ?

SAGP, qui a pour mission de développer les plans et devis à 50 %,

devra travailler dans les mêmes locaux que la firme Genivar, qui,

elle, a hérité au même moment d’un mandat de gestion de projet de

6,3 m$. la multiplication des professionnels et le risque de confusion

des rôles inquiètent les observateurs.

défInItIon fantaIsIste

et ce n’est pas tout ! Toujours pressée par le temps, la ville prévoit

lancer dans quelques mois un appel d’offres destiné aux

entrepreneurs pour deux projets « clés en main », selon ses termes.

Infrastructure Québec a d’ailleurs approuvé le principe d’un

troisième projet clés en main au besoin. or, cette utilisation de « clés

en main » ne correspond pas à la définition juridique de l’expression,

puisque les entrepreneurs devront travailler avec les professionnels

dOssier lA cOmmANde PuBlique

maîtres au développement de solutions et d’un « prix global

for faitaire » associé. là encore, les architectes pourraient contrevenir

à leur Code de déontologie, puisqu’ils se trouveront à servir

deux clients aux objectifs distincts : la ville et l’entrepreneur. D’où

un risque de conflits d’intérêts. Dans un projet clés en main tel que

le définit la jurisprudence québécoise, l’architecte n’est redevable

qu’à son client (dans le cas présent, l’entrepreneur).

en janvier dernier, le syndic de l’ordre a conclu que les architectes

membres de l’équipe intégrée ont habilement contourné les écueils

de cette procédure inusitée, malgré l’ambiguïté de l’appel d’offres.

Selon lui, la ville de Québec n’avait aucunement la compétence

pour interpréter le Code de déontologie. Il conclut également que,

dans ce cas, « l’imputabilité de l’architecte s’étend bien au­delà de

ce qui est habituellement la norme » et que certaines clauses

comportent des « exigences indues relativement à la responsabilité

professionnelle de l’architecte ».

Au bout du compte, l’organisation menant à la construction de

l’amphithéâtre paraît particulièrement complexe – surtout si l’on

tient compte du fait que d’autres architectes et ingénieurs

travailleront directement pour les constructeurs –, et pourrait

entraîner une dilution des responsabilités.

enfin, autre trouvaille surprenante de l’administration labeaume :

avant même que les architectes ne préconisent l’emploi de certains

matériaux, elle a demandé aux manufacturiers canadiens de faire

homologuer d’elle, par avance, des solutions d’ingénierie en bois.

l’objectif serait de constituer une sorte de catalogue où pourront

puiser les concepteurs. en présentant les caractéristiques techniques

de leurs produits, les fournisseurs prenaient un engagement par

rapport à leur capacité de production de même que par rapport au

prix. la municipalité a avoué vouloir permettre à l’industrie du bois

de rester dans la course malgré la concurrence. la méthode est

insolite, car si les architectes doivent s’en tenir à des solutions

prémâchées, leur marge de manœuvre se trouvera réduite dans le

choix du concept.

De toute façon, le maire de Québec souhaite­t­il vraiment laisser une

marge de manœuvre aux concepteurs ? ne s’affiche­t­il pas magasinant

lui­même des bouts d’architecture ici et là, comme lors de sa

visite à l’aréna de Pittsburgh en janvier dernier ? régis labeaume

entend visiblement imposer sa forme au bâtiment après avoir

imposé sa marque au processus d’appel d’offres.

Le maire de québec a visité l’aréna Consol energy

Center de Pittsburgh pour s’en inspirer. Populous

fait partie de l’équipe intégrée travaillant à

l’amphithéâtre de québec.

Populous / Astorino

31

| printemps 2012 | ESQUISSES


cLimat de suspicion

une foi n’est

pas Coutume

Les allégations de corruption qui ont flotté dans l’air pendant une éternité ont engendré

un climat de suspicion qui déteint sur les nouvelles règles d’attribution de la commande

publique. Les relations entre les architectes et les donneurs d’ouvrage vont-elles pâtir

pour les écarts d’une poignée de magouilleurs?

M é l i s s a G u i l l e m e t t e

Illustration : Jared Rodriguez, Truthout

« L’aspect transactIonneL devIent

de pLus en pLus Important. or,

ce n’est pas une vaLeur ajoutée

dans La constructIon au bénéfIce

des proprIétaIres, des futurs

occupants et de La quaLIté de vIe

urbaIne. c’est de L’argent quI

quItte Le projet. »

Il y a trois ans, normand Hudon, associé chez coarchitecture,

répondait à un appel d’offres de la Commission de la santé et de

la sécurité du travail (CSST). une nouvelle clause, la toute

première à figurer dans le document, stipulait que son équipe était

passible de cinq ans d’emprisonnement si elle était reconnue

coupable de collusion avec des entreprises concurrentes. « Bonjour la

confiance ! » ironise­t­il.

C’est que l’attribution de la commande publique n’est plus ce qu’elle

était. les allégations de collusion, de fraude, de corruption et de

conflit d’intérêts des dernières années, combinées aux pressions de

l’opinion publique, ont incité les donneurs d’ouvrage à instaurer de

nouvelles règles pour contrecarrer les pratiques malsaines révélées

par des reportages d’enquête et par le rapport Duchesneau.

la multiplication des clauses à la sauce CSST est un exemple parmi

d’autres. Ainsi, à cause de l’apparence de favoritisme qu’elles

engendrent, les attributions de gré à gré pour les travaux à petit

budget se font plus rares. Désormais, les architectes doivent répondre

à un appel d’offres pour certains contrats de moins de 25 000 $, par

exemple. « mais pour ces contrats, il devrait y avoir des ententes de

gré à gré, estime Pierre Beaupré, de Beaupré michaud Architectes. Il

faut remplir des formulaires de 20 pages en 12 exemplaires pour

soumissionner : c’est beaucoup demander. Ça peut représenter 10 %

de la valeur du contrat et comme on est beaucoup à soumissionner, ça

fait beaucoup de gaspillage. »

Sans compter les coûts liés à l’embauche d’avocats, de comptables et

de courtiers, comme dans les projets réalisés en partenariat publicprivé,

constate normand Hudon. « l’aspect transactionnel devient de

plus en plus important. or, ce n’est pas une valeur ajoutée dans la

construction au bénéfice des propriétaires, des futurs occupants et de

la qualité de vie urbaine. C’est de l’argent qui quitte le projet. »


charge de travaIL et responsabILIté

Plusieurs architectes interrogés dans le cadre de cet article saluent

l’intention des administrations publiques et applaudissent certaines

règles nouvelles tel le système électronique d’appel d’offres (SéAo).

« Depuis quelques années, les possibilités de projets sont plus

accessibles et plus adéquates pour les firmes d’architecture, remarque

Faber Cayouette, architecte associé chez St­Gelais montminy. Tout

doit maintenant se faire par écrit, tout le monde reçoit la même

information équitablement et par addenda. Il y a plus de rigueur de

ce côté. »

or, si les déclarations d’intégrité exigées par les municipalités ou le

gouvernement ne représentent pas la mer à boire, la multiplication

des tracasseries administratives en agace certains. « Ce n’est pas très

long à remplir, mais je me demande en quoi ça protège davantage le

donneur d’ouvrage », note normand Hudon.

D’autres nouveautés ajoutent une charge de travail que certains

architectes jugent démesurée ou augmentent la responsabilité de

l’architecte. Par exemple, pour les regroupements d’ingénieurs et

d’architectes, la ville de montréal exige que l’architecte responsable

du projet se porte garant de l’intégrité des membres de toute l’équipe.

mais comment l’architecte peut­il certifier que les employés de la

firme d’ingénierie ne sont pas en position de conflit d’intérêts avec

un fonctionnaire municipal ? « on ne sait pas trop comment faire,

avoue Pierre Beaupré. on ne connaît pas tous les ingénieurs [avec qui

on travaille]. on se contente de leur demander s’ils sont en règle. »

Par ailleurs, selon la Politique de gestion contractuelle qu’est obligée

d’adopter chaque municipalité, les soumissionnaires n’ont le droit de

visiter le site d’un projet que sur rendez­vous, afin d’éviter qu’ils

rencontrent leurs concurrents. Cette mesure augmente la quantité de

documentation à produire à l’intention des entrepreneurs.

Quant à la « médecine labeaume », qui impose des pénalités en cas

de dépassement des coûts et des délais dans la construction du futur

amphithéâtre de Québec, elle a fait bondir à la fois l’oAQ et

l’Association des architectes en pratique privée du Québec (AAPPQ).

les autorités devaient « poser des actions », mais n’ont pas suffisamment

réfléchi, pense l’architecte et urbaniste Clément Demers,

qui agit comme donneur d’ouvrage depuis plus de 20 ans pour le

compte de la ville de montréal et du Quartier international de

montréal. « lorsqu’il y a un dérapage, la tendance est de vouloir tout

réglementer, tout encadrer, avec le danger que ça devienne contreproductif,

dit celui qui est aussi professeur d’architecture à l’université

de montréal. Ce sont souvent les conséquences de ces gesteslà

qu’on ne mesure pas et qui peuvent créer d’autres problèmes qu’on

n’avait pas vus venir. Ça devient difficile alors de revenir en arrière. »

dOssier lA cOmmANde PuBlique

drôLe de cLImat

Il est clair que la relation avec les donneurs d’ouvrage publics s’est

modifiée, remarque normand Hudon. « Certaines ententes sont

désormais basées sur la méfiance. Pourtant, les meilleurs projets se font

quand il y a un bon lien de confiance. » l’architecte Faber Cayouette parle

plutôt de dépersonnalisation. « le volet administratif et les exigences

des donneurs d’ouvrages prennent davantage d’importance que par le

passé. le contenant est devenu plus important que le contenu. » et selon

Pierre Beaupré, « même les fonctionnaires sont embêtés par la

multiplication des règles et des procédures ».

S’agit­il d’un mal nécessaire ? Professeur de droit à l’université laval,

Jacques Deslauriers s’insurge pour sa part contre l’idée que la fraude

serait généralisée chez les professionnels de l’industrie de la construction,

une perception qui semble répandue en ce moment au Québec. « la

collusion n’est pas systématique. Il y a des appels d’offres auxquels

personne ne répond, quand le projet n’est tout simplement pas attrayant

ou que la main­d’œuvre fait défaut. De même, dépassement de coûts ne

veut pas nécessairement dire fraude. Comme on demande à

l’entrepreneur le plus bas prix possible, il est normal qu’il cherche à tirer

parti des extra. »

la fameuse règle du plus bas soumissionnaire, toujours en vigueur dans

les municipalités, entraîne­t­elle une perte de qualité ? « Quand les gens

ont recours à un dentiste, est­ce qu’ils demandent cinq soumissions et

retiennent obligatoirement la moins élevée ? » demande Faber Cayouette,

qui remet en question la légitimité de cette mesure dans l’attribution des

contrats publics. « nous sommes des professionnels. Pourtant, afin

d’obtenir des contrats, certains architectes soumissionnent à 80 % voire

à 60 % des tarifs recommandés par le gouvernement. Cela fait en sorte

que la qualité du service professionnel n’est peut­être pas à la hauteur de

la commande. on crée un nivellement par le bas ! »

la solution pour une meilleure attribution de la commande publique ?

la concertation, croit Clément Demers, qui estime qu’un dialogue aurait

déjà dû avoir lieu entre les ordres professionnels et les autorités. « Il

faudrait en rediscuter et j’ai l’impression que ça pourra être fait

seulement lorsque la commission d’enquête [sur l’industrie de la

construction] aura fini son travail. D’abord, ça va nous permettre de

connaître l’ampleur du problème : il ne faudrait pas prendre un canon

pour tuer une mouche... Si le problème est important, il faut trouver des

solutions appropriées, mais qui permettent aux donneurs d’ouvrage

publics d’obtenir des projets de qualité. »

en attendant, les architectes continuent de remplir des attestations et

d’apprivoiser les nouvelles règles. « on n’a pas le choix si on veut

continuer à obtenir des contrats », conclut Pierre Beaupré.

33

| printemps 2012 | ESQUISSES


aiLLeurs

Déprofessionnalisation

Le sociologue français Florent Champy* étudie l’évolution du travail des architectes dans la

commande publique et leur livre ce message : engagez-vous si vous souhaitez continuer à faire

de l’architecture... et pas seulement de la construction.

M é l i s s a G u i l l e m e t t e

vous affirmez que, depuis les années 1980, la commande

publique de l’architecture en France est entrée dans un

processus de déprofessionnalisation. Qu’est­ce que cela

signifie ? la déprofessionnalisation s’observe à travers l’évolution du

contenu du travail d’architecte. Quand j’ai commencé à étudier le

sujet, dans les années 1990, j’ai vite constaté une première évolution :

certaines tâches que l’architecte prenait en charge dans les

années 1960, 1970 et 1980 avaient commencé à être confiées à

d’autres acteurs. Je pense à la maîtrise d’ouvrage, déléguée aux

programmistes (planification architecturale), aux paysagistes, aux

coloristes, aux ergonomes, etc. Avec cette division du travail, les

autorités espéraient obtenir les meilleurs résultats possible pour

leurs projets de construction.

une deuxième évolution que j’ai remarquée à cette époque était

l’élaboration d’un nombre croissant de normes. on voit des

contraintes de plus en plus lourdes, des programmes de plus en plus

importants, des normes d’urbanisme plus contraignantes.

Quels sont les impacts de ces évolutions sur la profession ? la

division du travail et la normalisation vont à contre­courant de la

façon de faire de l’architecte. Depuis vitruve, faire de l’architecture

consiste à chercher l’équilibre entre plusieurs façons d’évaluer un

projet qui sont en tension. Ainsi, il y a toujours des arbitrages à faire

entre l’esthétique, l’usage, le coût, l’intégration dans la ville, la solidité

et la lisibilité de l’édifice. À partir du moment où des acteurs différents

gèrent chacun de ces critères et que des normes encadrent les

décisions, cet arbitrage n’est plus possible.

les programmistes, les paysagistes ou les ergonomes forment un

écran entre l’architecte et les besoins sociaux. Cet écran brouille sa

réflexion quant aux dimensions sociale et politique de la commande.

De plus, tous ces intervenants qui étaient auparavant sous l’autorité

de l’architecte sont maintenant cocontractants. C’est beaucoup plus

difficile pour l’architecte d’avoir une relation d’autorité par rapport à

l’ingénieur, par exemple.

Depuis les années 1990, la déprofessionnalisation s’est­elle

accélérée ? De nouvelles tendances apparaissent. D’abord, on s’est

mis à valoriser l’objectivité à tout prix pour sélectionner les projets

aux concours en France. Plutôt que de choisir les projets selon

l’harmonie de la conception, on cherche à calculer leur taux de

conformité avec le programme. C’est absurde !

Dans les années 1980, les jurés des concours se donnaient la liberté

de juger, de dire : « Ce projet est plus beau et on y vivra mieux. »

Désormais, ils sont obsédés par l’idée de rendre un jugement objectif,

afin d’éviter les apparences de conflit d’intérêts. Cela nuit aux projets

les plus novateurs et favorise les plus convenus.


Futur Musée des civilisations europe

Méditerranée (MuCeM), dans le

fort saint-Jean, à Marseille. Agence

Rudy Ricciotti / Agence APs

Par ailleurs, comme l’union européenne impose l’anonymat aux

concours, les architectes n’expliquent même plus leurs projets aux

jurys. on a une obsession de l’objectivité qui fait qu’il n’y a plus

aucune intersubjectivité.

Autre évolution récente : les architectes ont moins de temps pour

participer aux concours. Bien sûr, les idées les plus simples sont

retenues. C’est le problème de l’administration publique : elle prend

son temps, laisse courir les choses pendant un an et, ensuite, refuse

un mois de délai qui serait nécessaire pour obtenir des soumissions

peaufinées.

Comment en sommes­nous arrivés là ? les tendances à la division

du travail et à la normalisation sont généralisées dans le monde du

travail. les fonctions se différencient parce que les gens se spécialisent.

mais il se peut aussi que les architectes ne soient pas parvenus à

décrire suffisamment leur rôle. Ils disent qu’ils sont responsables de

la synthèse d’exigences hétérogènes, mais ne disent pas comment ils

y arrivent. Il y aurait sans doute du travail à faire pour faire

comprendre le contenu de ce travail.

l’autre difficulté tient au fait que tous les architectes ne font pas du

bon travail. Il y a eu des catastrophes...

Au Québec, avec les révélations du rapport Duchesneau à

propos d’un système de collusion pour l’obtention de contrats

publics, nous assistons à la création de règles renforcées. Les

tendances que vous décrivez et qui sont bien présentes ici

aussi ont pour but d’éviter la corruption ou de minimiser les

risques d’erreurs. Comment s’y opposer ? Je n’ai pas étudié le cas

du Québec, mais j’aurais du mal à m’opposer à la lutte contre la

corruption. Je n’ai pas de solution à cette contradiction. J’en aurais

une, mais elle est trop facile : j’aurais tendance à dire qu’il faut que

les architectes trouvent le moyen d’être irréprochables. S’ils

réussissent à bien utiliser leur autonomie, elle sera plus facilement

maintenue et augmentée.

Le projet Balard à

Paris, ou le futur

«Pentagone» français.

Ministère français de la

défense et des anciens

combattants. Agence

nicolas Michelin et

associés (AnMA)

dOssier lA cOmmANde PuBlique

* fLorent champy est sociologue et

directeur de recherche au Centre national de

la recherche scientifique en France, ainsi que

chercheur au Centre d’études sociologiques

et politiques Raymond Aron de l’École des

hautes études de sciences sociales à Paris.

Esquisses l’a rencontré en novembre, alors

qu’il venait présenter une conférence à

l’Université de Montréal.

La question est donc : comment s’assurer que les architectes

prennent tous les facteurs de qualité en compte sans leur

imposer cette division du travail, ces normes et ces critères

objectifs ? en France, les questions de corruption vont et viennent

par cycles. Actuellement, nous sommes plutôt dans une phase

opposée à la vôtre, consistant à essayer d’assouplir le code des

marchés publics, parce qu’on trouve qu’ils gèlent la vie économique.

mais je ne crois absolument pas que ça profite aux architectes.

Ils ont plutôt besoin d’intervenir sur les normes. Ils doivent surtout

reprendre conscience de ce qu’ils font, conscience de leur savoir et de

leur savoir­faire pour s’appuyer davantage dessus.

Les architectes doivent donc travailler à ce que le système

n’entrave pas leur pratique ? Tout à fait, et ce n’est pas

nécessairement ce qu’ils font en ce moment. Quand je participais à ce

type de concours « objectifs » absurdes que je décrivais plus tôt, les

architectes membres du jury ne disaient rien. Il y a là une forme de

démission que je trouve dommageable.

Si des architectes acceptent ça, ils deviennent eux­mêmes les porteurs

de ces évolutions. Il y a beaucoup d’architectes qui sont prêts à

défendre l’architecture, mais il n’est pas exclu qu’il faille le faire contre

d’autres architectes. Beaucoup s’accommodent de ces conditions où

ils ont moins de responsabilités.

Il faudrait que les architectes aient des positions fortes, qu’ils se

disent : « on ne revendique pas une autorité pour tout, mais si on veut

vraiment pouvoir faire de l’architecture, et pas seulement de la

construction, certaines choses doivent changer. »

Il faut qu’ils puissent dire ce dont ils ont besoin, qu’ils puissent dire

pourquoi une telle norme est inacceptable. Ils doivent obtenir

l’autonomie de réflexion.

35

| printemps 2012 | ESQUISSES


dOssier lA cOmmANde PuBlique

36

ESQUISSES | printemps 2012 |

Serait­il possible de faire marche arrière et de revenir aux

conditions de pratique des années 1960 et 1970 ? non, car, sur le

fond, les évolutions du fonctionnement de la commande publique

sont bien ancrées et sont là pour de bon. C’est pour cette raison qu’il

faut plutôt que les architectes influencent le nouveau système.

en France, certains architectes arrivent à être suffisamment

connus pour qu’on leur foute la paix : ce sont les vedettes de la

profession. on ne leur impose pas des collaborateurs, par

exemple. mais l’aura de ces vedettes ne retombe malheureusement

pas sur l’ensemble des architectes, parce qu’ils mettent de l’avant

leur personnalité plutôt que leur profession.

Dans votre dernier livre, Nouvelle théorie sociologique des

professions, vous définissez ce qu’est la profession d’architecte.

Pourquoi ? Pour aller au bout de mon discours, j’avais besoin de

me demander : qu’est­ce que les architectes font que d’autres ne

font pas ? Quelle est la différence entre un bâtiment conçu par un

architecte et une simple construction ? Je me suis rendu dans des

écoles d’architecture à la nouvelle­orléans, en louisiane, ainsi

qu’en France pour étudier la complexité du dessin et de la réflexion

lors de la conception d’un projet d’architecture.

C’est grâce à cet exercice que j’ai compris cette notion d’équilibrage

propre à la profession. J’ai compris que tout ce qui fait obstacle à cet

arbitrage fait obstacle à l’architecture. mon travail montre que ce

n’est pas un hasard s’il revient aux architectes de concevoir les

bâtiments.

Pourquoi vous êtes­vous intéressé à la commande publique ?

la commande publique est particulièrement intéressante parce

qu’elle comprend des projets à grande échelle et des constructions

symboliques pour la société. Ce sont les projets publics qui donnent

une identité à la ville.

Futur Musée des civilisations europe Méditerranée

(MuCeM), dans le fort saint-Jean, à Marseille.

Agence Rudy Ricciotti / Agence APs

Esquisse : Golem Images

en France, c’est surtout dans la commande publique qu’il est

possible d’avoir une véritable activité architecturale. la

commande privée est dévaluée par rapport à la commande

publique : les constructions de bureaux, par exemple, sont

connues pour être horribles.

Si, même dans la commande publique, les choses deviennent

impossibles en raison de la déprofessionalisation de la pratique,

alors l’enjeu est là. S’il n’y a plus d’architecture, il n’y a plus

d’histoire de l’architecture. on perdrait une grande richesse de la

vie intellectuelle.

Agence Rudy Ricciotti / Agence APs

Esquisse : Golem Images


NouVeau CoDe

De DÉoNtoloGIe

des chANgemeNts

dANs l’ère

Le nouveau Règlement sur l’exercice de la profession d’architecte en société a rendu nécessaire

l’adoption d’un nouveau Code de déontologie, en vigueur depuis le 6 octobre dernier. En voici

les principaux tenants et aboutissants, de même que leurs conséquences sur la pratique.

i

P i e r r e C o l l e t t e e t j e a n - P i e r r e D u m o n t

chAPitre i

disPOsitiONs géNérAles

(Articles 1 à 8)

Ce chapitre redéfinit certaines obligations de l’architecte concernant la

réglementation sur l’exercice de la profession, en société ou non. Ces

dispositions générales visent principalement à définir la responsabilité

première et entière de l’architecte, quels que soient son titre, son rôle et

ses liens avec ses associés et collaborateurs.

chAPitre ii

devOirs et OBligAtiONs eNvers le clieNt

section 1 – devoirs généraux (articles 9 à 13)

les dispositions générales (art. 3.01.01 et 3.01.02) de l’ancien code sont

remplacées par cette section et obligent maintenant l’architecte à tenir

compte :

des limites de ses aptitudes, de ses connaissances ainsi que des moyens

dont il dispose lorsqu’il présente des offres de services (article 9);

des pratiques généralement reconnues et des règles de l’art dans

l’exercice de la profession (article 10);

• de son obligation de conclure une entente avec le client quant à l’ampleur

et aux modalités des services requis et quant aux conditions de leur

rémunération (article anciennement prévu à la sous­section 3.02.10,

« Intégrité ») et, plus précisément :

1) l’obligation de connaître les éléments importants du projet

avant d’établir ses honoraires;

2) l’obligation de consulter d’autres professionnels ou de

recommander à son client de le faire si c’est dans l’intérêt

de ce dernier.

section 2 – intégrité et objectivité (articles 14 à 21)

Cette section assimile la notion d’objectivité à celle de l’intégrité et

s’adapte à la réalité actuelle des architectes et notamment à celle de

l’exercice de la profession en société. elle actualise les articles 3.02.01 à

3.02.11 de l’ancien code et regroupe ceux concernant la représentation

des compétences de l’architecte (anciennement 3.02.02) et la publicité de

ses réalisations (5.01.03). l’interdiction de fausse représentation est

maintenant exprimée de façon plus globale.

ii

Par ailleurs, la section 2 définit la « responsabilité civile » de l’architecte

afin de tenir compte notamment de l’exercice en société (société par

actions [SA] ou société en nom collectif à responsabilité limitée

[SenCrl]).

section 3 – disponibilité et diligence (articles 22 à 26)

l’article 24 du nouveau Code de déontologie (auparavant 3.03.03) étend

l’obligation de l’architecte de rendre compte au client de la prestation de ses

services lorsqu’il y a des circonstances particulières ou lorsque la nature du

contrat le demande. l’architecte devient ainsi responsable de transmettre

toutes les informations à sa disposition afin que le client puisse prendre des

décisions éclairées en tout temps.

le nouveau code ajoute deux circonstances en vertu desquelles l’architecte

est justifié d’interrompre ses services professionnels :

• le refus du client de payer les honoraires

• le fait d’être trompé par le client ou l’absence de collaboration de ce dernier

enfin, l’article 26 assouplit les conditions quant à l’interruption de la

prestation des services professionnels.


Photo : Victor Engmark

section 4 – sceau et signature (articles 27 à 35)

Cette section remplace les articles 3.04.01 et 4.02.01a) de l’ancien code.

l’identification des documents préparés par l’architecte ou sous sa

direction est fondamentale. le nouveau code actualise les devoirs de

l’architecte lorsqu’il signe et scelle des documents, et établit la façon

d’identifier et d’authentifier les documents.

l’utilisation courante des nouvelles technologies de l’information dans la

pratique de l’architecture a rendu désuète l’obligation de préparer les

documents dans le bureau de l’architecte. Au lieu d’une exigence faisant

référence à un lieu physique et à une surveillance immédiate, le nouveau

Code établit des dispositions axées sur la « direction » et le « contrôle »

dans la préparation des documents (article 29). notons que la notion de

« direction » est définie comme l’action de diriger ou d’orienter une

équipe de façon continue tout au long de la prestation des services

professionnels ou de prendre les décisions concernant un travail mené

par cette équipe. le « contrôle » est quant à lui une action continue,

réfléchie et documentée qui permet à l’architecte de signer, ou de sceller

et signer, les documents préparés dans le cadre d’un mandat.

enfin, l’article 29 insiste sur le fait que les documents scellés et signés ne

peuvent l’être que s’ils sont complets pour les fins auxquelles ils sont

préparés. les articles 32 à 35 établissent quant à eux les obligations de

l’architecte concernant l’utilisation du sceau.

section 5 – indépendance et désintéressement

(articles 36 à 41)

Cette section est actualisée pour tenir compte de l’exercice de la

profession en société par actions ou en société en nom collectif à

responsabilité limitée (articles 36, 37, 38 et 39). l’architecte exerçant en

société demeure personnellement responsable des services professionnels

qu’il rend à un client et il doit contrôler toute situation de

conflit d’intérêts tant pour lui­même que pour les actionnaires,

dirigeants, administrateurs et employés de la société. l’article 38

définit la notion de « conflit d’intérêts » et précise les obligations de

l’architecte concernant la divulgation et l’obtention d’une autorisation

écrite pour continuer à agir.

section 6 – secret professionnel (articles 42 à 48)

Cette section reprend les articles 3.06.01 à 3.06.05 de l’ancien code en

précisant l’obligation pour l’architecte de prendre les moyens

raisonnables à l’égard de son personnel et de ses collaborateurs pour que

soit préservé le secret professionnel (article 42).

le nouveau code comporte un ajout, l’article 47, qui circonscrit la

divulgation d’un renseignement protégé par le secret professionnel en

vue de prévenir un acte de violence. Cette information doit être transmise

sans délai, dans un mode de communication qui assure la confidentialité

et doit être consignée au dossier de façon détaillée. l’architecte qui

divulgue une telle information doit en aviser le syndic.

enfin, l’article 48 permet désormais à l’architecte, lorsque la situation

l’exige, de consulter un autre professionnel, à la condition que cette

consultation n’entraîne pas de retard préjudiciable à la communication

du renseignement.

section 7 – droits d’accès et de rectification des

dossiers et remise de documents (articles 49 à 53)

Cette section remplace l’article 3.07.01 de l’ancien code, qui traitait de

l’accessibilité des dossiers. les précisions additionnelles concernant les

modalités d’accès, de rectification et d’obtention des documents sont

exigées par le Code des professions.

section 8 – Fixation et paiement des honoraires

(articles 54 à 58)

le nouveau code précise le principe d’honoraires justes et raisonnables

en tenant compte – mais sans s’y limiter – de divers facteurs telles la

durée du mandat, la difficulté et l’importance des services, la prestation

de services inhabituels, la responsabilité impliquée et l’existence d’un

décret ou d’un tarif reconnu.

chAPitre iii

Actes dérOgAtOires (Article 59)

Ce chapitre constitue une refonte des actes dérogatoires pour permettre

l’inclusion de l’exercice de la profession en société et pour tenir compte

des divers changements apportés au nouveau code. les nouveautés ont

trait aux attestations d’avancement ou de conformité de travaux, à

l’usurpation du titre d’architecte et à l’exercice de la profession en société.

iv iii

chAPitre iv

chArges et FONctiONs iNcOmPAtiBles (Article

60)

Ce chapitre modifie l’article 4.01.01 de l’ancien code. l’interdiction

« d’agir en qualité d’entrepreneur sous la même raison sociale qu’il

utilise en tant qu’architecte » a été éliminée pour adapter le nouveau code

au règlement sur l’exercice de la profession en société.

v

devOirs et OBligAtiONs eNvers l’Ordre, lA

chAPitre v

NOuveAu cOde de déONtOlOgie

PrOFessiON et les Autres Architectes

Ce chapitre regroupe la SeCTIon II (articles 2.0.1 à 2.03), la soussection

3 (articles 4.03.01 à 4.03.05) et la sous­section 4 (article 4.04.01)

de l’ancien code.

Parmi les éléments nouveaux :

• l’obligation pour l’architecte de répondre à toute correspondance en

provenance non seulement du syndic ou du comité d’inspection

professionnelle, mais aussi du service d’admission de l’ordre ou du

Fonds des architectes (article 61)

39

| printemps 2012 | ESQUISSES


NOuveAu cOde de déONtOlOgie

vi v

• l’obligation pour l’architecte de s’assurer de l’exactitude des

renseignements qu’il fournit à l’ordre (article 62)

• l’article 63 contraint un architecte à agir comme maître de stage si

vii

l’ordre le lui demande, à moins de motifs valables

• l’article 66 reconnaît à l’architecte le droit d’émettre un jugement

critique sur un bâtiment, même si ce jugement concerne le concept

d’un confrère

• l’article 67 impose à l’architecte qui participe à un concours

d’architecture approuvé par l’ordre en tant que conseiller professionnel

d’informer l’ordre de toute dérogation aux conditions et modalités

adoptées par le conseil d’administration de l’ordre

chAPitre vi

disPOsitiONs relAtives à lA PuBlicité et à

l’utilisAtiON du lOgO de l’Ordre

Ce chapitre encadre la publicité et l’utilisation du logo de l’ordre. Il tient

comp te de la solidarité des associés concernant le contenu de la publicité. Il

ne permet pas que des témoignages d’appui ou de reconnaissance à l’égard

d’un architecte soient utilisés dans une déclaration ou dans un message

publicitaire.

Esquisses_2012_Vertima:Layout 1 1/02/12 15:56 Page 1

chAPitre vii

NOm Ou déNOmiNAtiON sOciAle

l’obligation imposée par l’ancien code (article 5.03.02) à l’effet que le

nom ou la dénomination sociale d’un bureau comprenne les noms de

membres de l’ordre qui exercent ensemble est éliminée. le code

comprend désormais l’interdiction d’« un nom ou une dénomination

sociale ou désignation qui induit en erreur, qui est trompeur, qui aille à

l’encontre de l’honneur ou de la dignité de la profession ou qui soit un

nom ou une dénomination sociale numérique ».

en ce qui concerne les sociétés dont la dénomination est constituée des

noms des membres de l’ordre qui exercent ensemble, le nom d’un

architecte décédé ou parti à la retraite peut être conservé à la condition

que cet architecte ait été associé pendant les trois années qui ont

précédé son décès ou sa retraite et qu’une convention en ce sens ait été

conclue par l’architecte, ses légataires ou ses ayants droit.

on peut prendre connaissance du Code de déontologie dans la section

« Centre de documentation » du site de l’ordre.

Pour trouver des produits qui pourraient

vous donner des points LEED...

Une analyse détaillée et documentée

des produits, preuves à l’appui.

E N E X C L U S I V I T É D A N S

Composition

Contenu recyclé

Teneur en COV

Durée de vie

Écolabels

Références LEED

Empreinte corporative

Etc.


Murs VÉGÉtalIsÉs

Pièces

mONtées

Plus abordables que les toitures vertes, les murs verts offrent

les mêmes bienfaits environnementaux en conviant la verdure

à quitter le sol du jardin pour escalader les façades du bâtiment.

a u r é l i e l a n c t ô t

Musée du quai Branly, Paris,

Patrick Blanc

Photo : Fafart

Caixa Forum, Madrid, Patrick Blanc

Photo : Jordi Chueca

«

Les médecins peuvent enterrer leurs

er reurs, les architectes, seulement conseiller

à leurs clients de planter des plantes

grimpantes, disait Frank lloyd Wright. Aussi

devraient­ils aller le plus loin possible de chez

eux pour édifier leurs premières constructions. »

Côté architecture, il est vrai que la végétation

murale a longtemps été confinée au camouflage

de la banalité ou de l’erreur. Toutefois, l’engouement

pour l’architecture verte lui accorde

maintenant un rôle beaucoup plus actif.

en effet, au­delà des considérations esthétiques,

le principal apport des façades végétalisées réside

dans l’isolation du bâtiment et la régulation de

la température ambiante. Durant la saison chaude,

un revêtement végétal contribue à rafraîchir

le bâtiment par évapotranspiration. lorsque les

plantes convertissent l’énergie solaire en oxygène

et en eau, elles dégagent une humidité qui

rafraîchit leurs feuilles et, par le fait même, l’air

ambiant. De plus, les plantes qui recouvrent un

mur empêchent le bâtiment d’absorber à outrance

les radiations solaires qui se transforment

ensuite en chaleur. Cette barrière naturelle

contribue donc à minimiser l’effet d’îlot de

chaleur urbain qui augmente la température

suffocante des villes pendant les mois les plus

chauds de l’année. la barrière de végétaux

protège également les parois du bâtiment contre

dévelOPPemeNt durABle

la dégradation prématurée due aux rayons

ultraviolets, aux variations de température et aux

intempéries.

Ajoutons que les murs végétaux ont un effet

marqué sur la qualité de l’air. Ils constituent un

filtre naturel pour les particules en suspension

dans l’atmosphère urbaine. les feuilles, les

branches et les tiges des végétaux captent et

« séquestrent » dans leurs tissus les résidus de

poussière et autres corps hétérogènes véhiculés

dans l’air ambiant, ce qui contribue à le purifier.

elles retiennent également les polluants contenus

dans le sol qui, ainsi, ne sont plus disséminés

dans l’air. Par ailleurs, la respiration cellulaire

naturelle des végétaux agit sur la composition de

l’air. Par photosynthèse, les plantes captent une

partie du gaz carbonique contenu dans l’atmosphère

pour le transformer en oxygène. elles

contribuent ainsi à combattre la pollution et

l’émission de gaz à effet de serre.

les surfaces végétales filtrent et retiennent

également l’eau de pluie, qui ne ruisselle plus

dans le système d’égout de la ville. en absorbant

ainsi une partie des précipitations, les plantes et

leurs terreaux diminuent donc la pression dans

les canalisations, en plus de favoriser l’alimentation

de la nappe phréatique. À ce chapitre,

toutefois, il faut noter que la capacité de rétention

et d’absorption des murs végétaux est moindre

41

| printemps 2012 | ESQUISSES


dévelOPPemeNt durABle

42

Musée du quai Branly, Paris,

Patrick Blanc

Photo : Darapo

Condominiums Alto, Vancouver,

Geneviève noël

Photo : Geneviève Noël (Mubi)

ESQUISSES | printemps 2012 |

Photo : Geneviève Noël (Mubi)

que celle des toits verts. leur apport à la biodiversité

urbaine, cependant, est équivalent, car ils recréent

un habitat favorable à plusieurs espèces d’animaux,

d’insectes et d’autres végétaux.

l’imPlANtAtiON

en juin dernier, le Centre d’écologie urbaine de

montréal (Ceum) publiait Plantes grimpantes :

Une solution rafraîchissante d’Anne­marie

Bernier*, un guide étoffé sur l’utilisation des

plantes grimpantes pour ériger des façades

végétales en milieu urbain. Convaincu des

bénéfices esthétiques et écologiques des façades

vertes, le Ceum veut les promouvoir et en

faciliter l’implantation. « on veut donner envie

aux gens de passer à l’acte pour verdir leur

environnement ! Avec le guide, on voulait démontrer

qu’il est possible d’installer soi­même un

mur vert à peu de frais. Pas besoin d’un expert ni

d’un professionnel du bâtiment pour poser ce

geste si bénéfique pour l’environnement urbain »,

explique Patrice Godin, conseiller en aménagement

au Ceum.

la solution la plus facile et la plus abordable pour

ériger un mur vert est évidemment la plantation

de grimpantes qui investissent naturellement la

paroi du bâtiment au fil des ans. Il suffit de

planter quelques boutures au ras du sol pour que

les plantes s’agrippent au mur et amorcent leur

escalade. Il est également possible d’installer des

supports pour éviter le contact direct entre les

plantes et le mur. l’utilisation de treillis,

notamment, permet de créer des structures

végétales en trois dimensions.

le Ceum tient à démentir la croyance populaire

qui veut que les plantes grimpantes endommagent

les infrastructures auxquelles elles se

greffent. Il est vrai que certaines plantes grimpantes

avec racines aériennes peuvent s’infiltrer

dans la paroi du bâtiment, mais si les espèces

sont bien choisies, le risque est écarté. « Il faut

aussi veiller à installer les plantes sur des murs en

santé, car, à long terme, elles pourraient aggraver

certaines défaillances du crépi, du béton ou de la

brique s’ils sont déjà en mauvais état », précise

Patrice Godin.

lA crème des murs verts :

les jArdiNs verticAux

Il existe une variante plus sophistiquée des murs

végétaux : les murs vivants. Ils sont construits

comme de véritables jardins verticaux et sont

alimentés par un système d’irrigation installé à

même la paroi du bâtiment. Alors que les

grimpantes couvrant un mur peuvent être

alimentées simplement par l’eau de pluie, les

murs vivants nécessitent un système d’irrigation

contrôlée. la végétation recouvre alors la totalité

du bâtiment, créant un revêtement dense sur

toute la façade.

C’est ce concept qui a été repris par Patrick Blanc

pour réaliser, à Paris, ses fresques végétales

spectaculaires, notamment au musée du Quai

Branly et dans les serres du Jardin des plantes. Au

Canada, la compagnie muBI, de vancouver, se

consacre au développement de la technologie des

murs vivants. Sa fondatrice, Geneviève noël,

souligne cependant que les murs vivants sont

moins accessibles aux particuliers. « le coût

d’installation peut aller de 600 à 1200 $ le mètre

carré. De plus, il faut veiller constamment à ce

que les plantes soient bien irriguées. C’est

beaucoup plus compliqué qu’une façade de grimpantes

! » explique­t­elle. en outre, les jar dins

verticaux ne contribuent pas à isoler le bâtiment

du froid puisqu’ils sont installés à même le mur.

Ils ne représentent donc pas une solution

optimale dans les régions où l’hiver est rigoureux.

en version luxueuse ou économique, les murs

verts représentent une solution rafraîchissante et

efficace pour embellir l’espace urbain et contribuent

à assainir l’environnement. et puis, il faut

bien le dire, le camouflage de la banalité a aussi

ses vertus quand on pense aux mauvaises

décisions prises à une époque, pas si lointaine, où

le minéral primait sur le végétal.

*On peut le télécharger au :

www.ecologieurbaine.net/plantes­grimpantes


mAtch

cOmPArAtiF :

zÉro ÉNerGIe CoNtre

solaIre PassIF

L’une produit autant d’énergie qu’elle en consomme. L’autre est

tellement bien isolée qu’elle n’a (presque) pas besoin de chauffage.

Active, passive, laquelle est la plus intéressante à construire dans

le contexte québécois? Éléments de réponse.

ly d i a P a r a d i s B o l d u c e t e m m a n u e l l e Wa l t e r *

Fiche d’ideNtité

La MaISON à éNERGIE NETTE zéRO, Ou zERO

ENERGy HOME. le calcul est simple et séduisant : cette

habitation produit autant de chauffage et d’électricité –

renouvelables – qu’elle en consomme. Son bilan annuel

énergétique est neutre, ses émissions de gaz à effet de serre,

compensées à 100 %. Au Canada, elle est promue par la Société

canadienne d’hypothèques et de logement (SCHl) sous le

nom de maison equilibrium. Seulement deux maisons zéro

énergie sont achevées au Québec (la maison Alstonvale, l’une

des premières, a malheureusement brûlé !) : le triplex

Abondance le Soleil, dans l’arrondissement de verdun à

montréal, et écoTerra, à eastman.

La MaISON PaSSIVE Ou BIOCLIMaTIquE, Ou

PaSSIVHauS. elle est conçue pour récupérer au maximum

les rayons du soleil, grâce à une importante fenestration au

sud (plus de 60 %), à sa masse thermique et à son très haut

degré d’isolation et d’étanchéité. les factures de chauffage

sont réduites à néant, et elle peut se passer de l’apport

d’énergies renouvelables. Attention : plusieurs maisons

écologiques se réclament du « design passif » sans pour autant

se conformer à l’exigeante certification allemande Passivhaus.

Celle­ci est représentée au Canada par le Canadian Passive

House Institute (CanPHI), et aux états­unis par Passive

House Institute uS (PHIuS), bien que ce dernier ait

récemment été déclassé par la société mère allemande. notons

que les habitations rideau, à ottawa, ont récemment été

certifiées par l’intermédiaire de PHIuA, et que la première

maison passive québécoise, à montebello, encadrée par

CanPHI, pourrait être certifiée en avril.

chrONique écOhABitAtiON

triplex Abondance le soleil, Verdun, studio

MMA Atelier d’architecture /

écocité Developments

Photos : Société canadienne d’hypothèques

et de logement

exemPle quéBécOis

Le TripLex abondance Le SoLeiL,

à monTrÉaL : zÉro ÉnerGie eT

equiLibrium

Cet immeuble situé dans l’arrondissement de Verdun,

à Montréal, comprend trois logements de près de 100 m 2

chacun et se reconnaît aux panneaux solaires dressés sur son

toit. C’est la première copropriété entièrement solaire au

Canada. La dimension écologique de la maison est renforcée

par son emplacement à proximité des commerces, des

transports en commun et des pistes cyclables.

Architectes : Studio MMA Atelier d’architecture

Constructeur : Écocité Developments


Maison equilibrium, écoterra, eastman

Photo : Société canadienne d’hypothèques et de logement

grANds PriNciPes

les deux types d’habitation partagent les

caractéristiques suivantes : taille modeste,

grandes fenêtres homologuées energyStar,

orientées au sud et dotées de triple vitrage et

de gaz argon, isolation record (idéalement

murs à double ossature et cellulose), excellente

étan chéité à l’air, masse thermique retenant et

redistribuant la chaleur (dalle de béton, murs

de brique ou même masses d’eau, à l’image

d’un aquarium), excellente ventilation mécanique

par un ventilateur récupérateur de

chaleur (vrC), électroménagers homologués

energyStar, etc.

Par ailleurs, dans les deux cas, les futurs

occupants doivent impérativement s’engager à

adopter de nouvelles habitudes de consommation.

Ils devront par exemple débrancher

l’ordinateur, la chaîne stéréo et la télé la nuit

afin de réduire les « charges fantômes », qui

peuvent consommer annuellement jusqu’à

1200 kWh dans une maison moyenne.

dANs le cOiN drOit :

lA mAisON Nette zérO

le principe zéro énergie (soit le fait de

pro duire autant, voire plus, que ce qui est

consommé) autorise toutes sortes d’énergies

renouvelables : panneaux solaires thermiques

et photovol taïques, géothermie, chauffage aux

granulés de bois, éolienne, planchers radiants,

chauffe­eau solaire...

Par exemple, 90 % des besoins en eau chaude

du triplex Abondance le Soleil sont assurés par

le système solaire thermique. l’isolation

efficace du bâtiment rend l’apport de la

géothermie occasionnel. Quant à l’électricité,

produite par les panneaux solaires photovoltaïques,

elle est directement envoyée dans le

réseau d’Hydro­Québec, qui fournit l’équivalent

au triplex.

« le bilan de la première année montre que la

production est inférieure à la consommation

(19 058 kWh contre 26 989 kWh), explique le

Maison Passivhaus, Montebello

Photos : Malcolm Isaacs


promoteur du projet, Christopher Sweetnam­

Holmes, des écocité Developments. Il nous faut

éliminer quelques pertes en électricité et

maî triser davantage notre système, mais il faut

dire que l’expertise est rare au Québec. »

le principe du zéro énergie est particulièrement

approprié à l’échelle d’un quartier, puisque la

mise en commun des systèmes de production

énergétique permet de les rentabiliser plus vite

et de stocker aisément les surplus d’énergie.

dANs le cOiN gAuche :

lA mAisON PAssive

la norme Passivhaus se définit par des seuils

de consommation énergétique : la consommation

en chauffage ne doit pas excéder

15 kWh/m 2 par an et la consommation énergétique

totale, 120 kWh/m 2 . est­ce possible

sous nos latitudes ? oui, si l’on maximise la

fenestration au sud, l’isolation, l’étanchéité et

les masses thermiques.

la maison de montebello, première habitation

québécoise en voie d’obtenir la certification

Passivhaus, présente notamment des murs à

double ossature r­65 isolés avec de la laine de

roche, un plancher r­65, un toit r­82, un triple

vitrage et un ventilateur récupérateur de

chaleur de troisième génération. l’étanchéité à

l’air est, dans ce chalet, quatre fois supérieure à

la norme novoclimat. Il est prévu qu’une petite

chaudière électrique alimente les planchers

radiants, mais cette installation devrait peu

servir vu les faibles besoins de chauffage.

cOûts

C’est évidemment l’aspect le plus délicat... Si

ces maisons sont rentables à long terme en

vertu des économies d’énergie, l’investissement

de départ n’est pas négligeable pour les futurs

propriétaires et les subventions et programmes

incitatifs ne sont pas légion. Cela dit, comparons

les deux types.

dANs le cOiN drOit : lA mAisON

à éNergie Nette zérO

C’est toujours la même histoire : comme

l’hydro­électricité québécoise est bon marché,

Hydro­Québec n’a toujours pas mis en place un

système de rachat attractif de l’autoproduction

d’élec tricité (contrairement à l’ontario et à

plusieurs pays européens). Comme, en plus, on

accorde fort peu de subventions pour les

énergies renouvelables au Canada, l’installation

de panneaux et capteurs solaires au Québec

coûte cher, et le retour sur investissement est

long. Ainsi, un budget de 100 000 $ a été

nécessaire pour équiper de sources d’énergies

renouvelables une autre maison zéro énergie

québécoise, la maison écoTerra à eastman,

mise en vente au prix de 350 000 $.

« la seule manière de construire une véritable

nette zéro, c’est d’y intégrer beaucoup de principes

passifs avant d’ajouter les sources d’énergies

renouvelables, explique malcolm Isaacs, directeur

de CanPHI. l’un passe par l’autre. » Côté budget,

la maison zéro énergie coûte près du double du

prix d’une unifamiliale traditionnelle.

dANs le cOiN gAuche : lA

mAisON sOlAire PAssive

une maison solaire passive coûte environ 10 %

plus cher qu’une maison conventionnelle. À cette

estimation s’ajoutent cependant les frais d’accom

pagnement par un spécialiste, qui varient

d’un consultant à l’autre.

Toutefois, selon les partisans purs et durs de la

certification allemande, l’application stricte des

critères Passivhaus passe par l’importation de

exemPle quéBécOis

Le chaLeT de monTebeLLo, en

ouTaouaiS : cerTiFicaTion paSSivhauS

en courS

Ce chalet en pleine nature de 140 m 2 pourrait devenir la

première maison québécoise certifiée Passivhaus en avril

prochain. Étanche et hyper isolée, elle se contente d’une

petite chaudière électrique dont la puissance est inférieure à

celle d’une sécheuse.

Constructeur : Luc Beauchamp

chrONique écOhABitAtiON

matériaux allemands – très chère –, tandis que

d’autres avancent qu’il est possible de

« construire passif » avec des matériaux 100 %

nord­américains.

Dans un cas comme dans l’autre, des compromis

sont possibles. Au Québec, les concepteurs

d’une habitation zéro énergie ont intérêt à

emprunter certains des principes de la maison

solaire passive afin de compenser les coûts

d’installation de panneaux solaires ou d’éoliennes.

À l’inverse, les architectes partisans des

maisons solaires passives peuvent intégrer

quelques panneaux solaires afin d’économiser

sur les coûts d’isolation.

écOlOs, vrAimeNt ?

les deux types de maison sont écologiques

puisqu’elles limitent radicalement la consommation

d’énergie et les émissions de gaz à effet

de serre. Par ailleurs, comme la maison zéro

énergie est reliée au réseau d’Hydro­Québec, il

n’est pas nécessaire de stocker la production

d’énergie dans des batteries nocives pour

l’environnement, à l’inverse des maisons

com plè tement autonomes.

en revanche, l’utilisation de matériaux écologiques

n’est imposée dans aucun des deux cas,

car l’efficacité énergétique est le nerf de la

guerre. les choix de vie des futurs occupants en

matière de transport ou de consommation d’eau

ne figurent pas non plus parmi les critères.

enfin, le fait de calculer au mètre carré l’énergie

qu’il est possible de consommer dans une

maison passive (120 kWh/m 2 en tout) peut

inciter à construire de grandes surfaces, ce qui

en soi n’est pas écologique.

verdict !

laquelle est la maison la plus pertinente au

Québec ? Idéalement, sur le plan environnemental,

chaque maison devrait générer l’énergie

nécessaire à ses propres besoins. l’habitation

à énergie nette zéro semble donc la maison écolo

idéale, puisque sa concurrente consomme tout

de même un peu d’énergie. Au Québec, toutefois,

où les installations recueillant les énergies

renouvelables coûtent beaucoup plus cher que

l’hydro­électricité, construire de façon passive

est certainement la voie la plus judicieuse.

* Les auteures sont toutes deux d’Écohabitation.

45

| printemps 2012 | ESQUISSES


AccessiBilité uNiverselle

46

ESQUISSES | printemps 2012 |

c’est Arrivé

Près de

chez vOus

Les nouvelles stratégies pour rendre les habitations universellement

accessibles gagnent en popularité. Nombreuses sont les

municipalités qui mettent sur pied programmes, politiques et

outils incitatifs. Lesquels favoriser ? Petit tour du propriétaire.

É m i l i e M a r t i n e a u *

Résidence de la Cité, mention

honorifique en accessibilité universelle

des Prix d’excellence 2009,

Pierre Richard architecte

Photos : archiconcept


pour encourager les promoteurs immobiliers

à créer des aménagements accessibles

et sans obstacles, rivière­du­loup

a désormais son Guide pour la construc tion et

spécifications techniques. De leur côté, des villes

comme Québec et Gatineau ont élaboré une

politique d’habitation misant sur l’augmentation

du nombre de logements répondant aux besoins

des personnes handicapées. elles réagissent ainsi

au problème engendré par le vieillissement de la

population en créant des résidences pour les

personnes âgées à proximité des services.

Il n’y a pas qu’au Québec qu’on observe cette

tendance. Pour remédier à l’absence de

réglementation en matière d’accessibilité des

logements, le u.S. Green Building Council

ajoutera sous peu des crédits leeD lorsque les

concepteurs intègrent un accès de base aux

maisons unifamiliales. Quant au Conseil du

bâtiment durable du Canada, il a approuvé une

Demande pour l’innovation et le design dans le

cadre du système d’évaluation « leeD Canada

pour les habitations 2009 », relativement à la

« visitabilité » (voir plus loin) et à la conception

universelle. enfin, le programme « leeD 2009

pour l’aménagement des quartiers » compor tera

une exigence afin qu’au moins 20 % des unités

résidentielles soient visitables.

Cet engouement généralisé envers l’accessibilité

des habitations n’est pas étranger au contexte

sociodémographique du Québec d’aujourd’hui,

dont la population vieillit rapidement. Selon

ressources humaines et Développement des

compétences Canada (rHDCC), plus du tiers des

Québécois âgés de plus de 65 ans vivent

quotidiennement avec une incapacité, tandis que

la moitié des personnes de plus de 75 ans en ont

déclaré une au dernier grand recensement de

2006. les douleurs ainsi que les pertes de

mobilité, d’agilité, d’audition et de vision limitent

les activités de ces personnes.

le vieillissement de la population s’accentuera

dans un avenir proche. Au Canada, le nombre de

personnes âgées de 65 ans et plus doublera au

cours des 25 prochaines années, indique rHDCC.

l’accroissement rapide de la population vieillissante

et, par le fait même, du nombre de

personnes vivant avec une incapacité fera

augmenter considérablement la demande de

logements accessibles.

Bien qu’aucune statistique ne permette de

connaître avec précision le nombre actuel de

résidences, d’habitations ou de logements

accessibles au Québec, la pénurie générale de

logements locatifs et l’absence de réglementation

quant à l’accessibilité laissent croire que la

quantité de logements adéquats est insuffisante

pour accueillir la population vieillissante.

remède uNiversel

l’importance de rendre plus accessible le parc

immobilier résidentiel au Québec est indé niable.

mais comment s’y prendre ?

les lacunes sont nombreuses. D’une part, la

majorité des petits bâtiments d’habitation existants

(maisons unifamiliales et plex) sont

inaccessibles en raison d’une tradition bien

québécoise : les sous­sols et leurs inévitables

marches à l’entrée de la maison, première

bar rière architecturale à l’accessibilité. outre

l’entrée, bien d’autres obstacles rendent difficile

une circulation aisée : chambres à l’étage,

cadres de porte trop étroits, salles de bain trop

petites, cuisines exiguës, etc. Ces habitations

conviennent peu aux personnes handicapées

ainsi qu’à celles qui voient leurs capacités

physiques diminuer en raison de l’âge.

Quant aux immeubles d’habitation existants,

ils présentent souvent l’avantage d’offrir une

entrée principale accessible ainsi qu’un

ascenseur desservant les étages. Toutefois,

l’intérieur des appartements présente les

mêmes difficultés que l’intérieur des petits

bâtiments d’habitation.

l’adaptation du domicile s’avère souvent la

seule solution pour améliorer la performance

en accessibilité de lieux existants. Selon le

contexte, les travaux nécessaires peuvent

s’avérer complexes, coûteux, longs à réaliser, et

peuvent déboucher sur des aménagements à

l’esthétisme douteux. or, le parc immobilier

existant n’est certes pas l’unique solution au

manque de logements accessibles.

C’est ici que concepteurs, décideurs, donneurs

d’ouvrage et promoteurs peuvent intervenir.

Diversifier l’offre d’habitations en créant de

nouvelles constructions plus accessibles serait

un moyen d’offrir une variété de possibilités à

chaque individu. Chacun pourrait ainsi choisir

le type d’habitation qui lui convient le mieux. ➔


AccessiBilité uNiverselle

OMBRA

AccessiBilité 101

on peut adopter plusieurs approches pour

rendre acces sibles les nouvelles constructions

résidentielles.

le Code de construction du Québec propose bien

une conception sans obstacles, mais ne précise

aucune exigence pour les petits bâtiments

d’habitation. Quant aux immeubles d’habitation,

les exigences du code sont minimales. elles ne

s’appliquent qu’au parcours permettant d’accéder

aux unités d’habitation et ne traitent pas de

l’intérieur. la conception sans obstacles reproduit

ce qui a été fait dans le passé. résultat : un parc

immobilier résidentiel peu accommodant et

nécessitant des modifications coûteuses pour

répondre aux besoins des personnes handicapées

et des personnes vieillissantes.

l’accessibilité universelle est la forme d’accessibilité

la plus performante, la plus inclusive et

celle qui répond le mieux aux besoins d’une

majorité d’usagers (familles avec enfants,

Façade

Énergie3 Économiser, produire et maîtriser l’énergie

514.917.4774

spec@ombrafacade.ca

RBQ 5598-4058-01

personnes handicapées, personnes blessées

temporairement, personnes âgées, etc.). Ce type

de construction permet de réduire à la source le

nombre d’interventions ultérieures. Cette ap proche

s’inscrit clairement dans les principes du

développement durable ainsi que dans la volonté

de la société québécoise de placer tous les

citoyens sur un même pied d’égalité.

Cependant, dans certaines situations, l’accessibilité

universelle est difficile à réaliser. les

maisons unifamiliales, par exemple, comportent

souvent des chambres à l’étage. l’installation d’un

ascenseur s’avère coûteuse, et l’aménagement des

pièces du rez­de­chaussée n’est pas toujours

possible.

le concept de « visitabilité » est une option qui

permet de rendre accessibles, du moins en partie,

les petits bâtiments d’habitation. le concept offre

un niveau d’accessibilité suffisant pour autoriser

les personnes ayant des capacités diverses à

participer aux activités organisées chez leurs

amis, leurs parents ou leurs voisins, plutôt que de

les limiter à socialiser uniquement chez elles.

une habitation visitable comprend : une entrée

sans marches, des portes plus larges pour

permettre le passage sans entraves et une salle de

bain assez grande pour accommoder une

personne se déplaçant en fauteuil roulant.

Certains éléments supplémentaires peuvent

également faciliter la modification future de

l’habitation ou simplifier la circulation des

occupants en cas d’incapacité :

■ Présence d’une pièce au niveau de l’entrée

pouvant éventuellement être convertie en

chambre à coucher

■ Ajout de contreplaqué aux murs de la salle de

bain pour l’installation éventuelle de barres

d’appui

■ Installation de poignées de type bec­de­cane

■ Installation de robinets à levier unique dans la

cuisine et la salle de bain

■ rehaussement des prises de courant pour en

faciliter l’accès

■ Abaissement des interrupteurs

l’aménagement visitable devrait cependant être

réservé aux nouvelles résidences unifamiliales et

aux petits bâtiments, soit les lieux où

l’accessibilité universelle est plus difficile à

atteindre.

la participation de plus en plus grande des

personnes handicapées à la société ainsi que le

vieillissement de la population suscitent une

diversification des formes d’habitation. Des

acteurs bien connus tels que le Conseil du

bâtiment durable du Canada se penchent déjà

sur les moyens permettant de diversifier l’accès

aux nouvelles constructions résidentielles. les

concepteurs, décideurs, donneurs d’ouvrage et

promoteurs sont aussi en mesure de contribuer à

cette diversification.

Tout projet, même une résidence unifamiliale ou

un logement en copropriété, peut être réalisé

avec le souci d’améliorer le quotidien de celui ou

celle qui y habitera. À terme, rendre plus accessibles

les habitations du Québec permettra à

chacun de choisir le milieu de vie dans lequel il

veut évoluer, ce qui, du même coup, accroîtra le

caractère durable des logements et des collectivités.

* Architecte à Société Logique.

Solutions façades

énergétiques pour une

exploitation moderne de la

lumière diffuse; productrice

d’énergie renouvelable.

Fenestration nette zéro,

certifiée par l’Institut

Passivhaus.

Ensemble vers une gestion

efficace de l’énergie propre

et positive.

Partenaire


qui FAit

quOi?

Notre série Qui fait quoi? explore ici les associations faisant

la promotion de matériaux utilisés en construction.

BOis

BureAu de PrOmOtiON des PrOduits du

BOis du quéBec et queBec WOOd

exPOrt BureAu

Actif depuis 1996, le Bureau de promotion des produits du

bois du Québec est un organisme à but non lucratif

regroupant 200 manufacturiers de produits du bois

québécois (bois de sciage, structure et bois d’ingénierie,

planchers, maisons à ossature bois). Il fait la promotion de

ces produits à l’exportation sous l’étiquette Quebec Wood

export Bureau (QWeB). le QWeB possède des antennes au

royaume­uni, en France, au Japon et en Chine, conjointement

avec Canada Wood Group, qui joue le même rôle pour

l’ensemble des industriels canadiens.

C’est sous la houlette du Bureau que se sont organisés les

deux autres organismes ayant des activités dans le domaine

du bois au Québec : la Coalition BoIS et Cecobois (voir plus

loin), qui n’ont pas d’entité juridique propre. l’ensemble,

dirigé par Sylvain labbé et situé à Québec, emploie 25

personnes, dont cinq travaillent exclusivement pour

Cecobois. le Bureau est financé par les industriels, et reçoit

du soutien du ministère des ressources naturelles et de la

Faune du Québec et de ressources naturelles Canada.

l’organisme a lancé en mai dernier un répertoire Web des

produits du bois par région. Au moment de mettre sous

presse, seule la section concernant l’estrie a été mise en ligne.

la section sur le Saguenay–lac­Saint­Jean sera en ligne sous

peu, et les 12 autres le seront d’ici l’automne.

cOAlitiON BOis quéBec

née dans la foulée de la Stratégie d’utilisation du bois dans la

construction au Québec, adoptée en 2008 par le

gouvernement, la Coalition BoIS a un mandat de promotion

auprès du grand public. elle regroupe des acteurs diversifiés

souhaitant lutter contre les changements climatiques et

contribuer à l’économie québécoise en favorisant l’utilisation

accrue du bois dans la construction. Ses membres sont des

donneurs d’ouvrage publics ou privés, des industriels de la

construction et des manufacturiers, des syndicats, des groupes

environnementaux, des institutions financières ainsi que

des établissements d’enseignement et de recherche. la

promotion de l’utilisation du bois pour des applications

structurales ou de revêtement s’appuie sur ses attributs

environnementaux.

la coalition, dont l’oAQ est membre, est présidée par robert

Beauregard, doyen de la Faculté de foresterie, de géographie

et de géomatique de l’université laval.

ceNtre d’exPertise sur lA cONstructiON

cOmmerciAle eN BOis (cecOBOis)

lancé en 2007, Cecobois est la « branche » qui apporte support

technique et expertise aux ingénieurs et architectes qui veulent

construire en bois. Dans le but de promouvoir et de faciliter

l’usage accru du bois en construction multifamiliale et non

résidentielle au Québec, le centre organise des séances de

formation et des conférences, diffuse de l’information et des

guides de conception.

Photo : Stefan Powell


le site Web de Cecobois propose des renseignements sur le

Code de construction ou les propriétés de différents produits,

des répertoires de projets, de fabricants et de fournisseurs, etc.

on y trouve également des outils de calcul pour aider les

concepteurs. l’organisme, dirigé par louis Poliquin, organise

les Prix d’excellence Cecobois. le président de l’ordre, André

Bourassa, participe au jury de ces prix.

cONseil cANAdieN du BOis

le Conseil canadien du bois (ou Canadian Wood Council),

dont le siège social est à ottawa, représente les associations

de manufacturiers de produits de construction fabriqués en

bois canadien. Il en fait la promotion à travers divers

programmes portant sur l’accès au marché. le conseil

participe notamment à la rédaction des différents codes de

construction et normes en Amérique du nord. Sa branche

de soutien technique, Wood Works!, est l’équivalent de

Cecobois à l’échelle nationale.

AssOciAtiON quéBécOise des

FABricANts de structures eN BOis

Créée en 1975, l’Association québécoise des fabricants de

structures en bois (AQFSB) regroupait au départ des

fabricants de fermes en bois québécois, qui ont ensuite

élargi leur action. elle défend aujourd’hui les intérêts de

45 fabricants et de 15 fournisseurs du Québec, de l’ontario

et du nouveau­Brunswick.

l’AQFSB travaille à maintenir entre ses membres des

normes uniformes de calcul des composants structuraux et

une norme de qualité de fabrication. elle fait la promotion

des produits auprès des architectes, des ingénieurs, des

technologues ainsi que des entrepreneurs et des autoconstructeurs,

dans un souci de sécurité du public.

AlumiNium

ceNtre quéBécOis de recherche et de

dévelOPPemeNt de l’AlumiNium

le gouvernement québécois a reconnu, en 1993, le statut de

centre de liaison et de transfert du Centre québécois de

recherche et de développement de l’aluminium (CQrDA).

la mission de ce centre est de mettre en réseau les grandes

entreprises, les Pme, les cégeps, les universités et leurs

centres de recherche afin de favoriser le développement de

l’industrie de l’aluminium, qu’il s’agisse de production ou

de transformation. Quelque 220 partenaires y sont associés,

ainsi que le ministère québécois du Développement

économique, de l’Innovation et de l’exportation.

le transfert de compétences, de savoir­faire et de technologies

passe par des activités de veille ainsi que de recherche

et développement. Ainsi, sur 875 projets qui lui ont été

soumis depuis sa création, le CQrDA en a financé 689 pour

un investissement total de 20,8 m$. Il publie par ailleurs le

magazine Al 13 et le Bulletin Aluminium, organise des

colloques, attribue des prix et bourses, etc.

Situé à Chicoutimi, le centre est présidé par Bernard Angers

et dirigé par lucien Gendron. André Bourassa, président de

l’ordre, est membre du conseil d’administration.

AssOciAtiON de l’AlumiNium du cANAdA

l’Association de l’aluminium du Canada (AAC) est le portevoix

des trois producteurs canadiens d’aluminium : Alcoa,

Aluminerie Alouette inc. et rio Tinto Alcan, parmi les plus

grands producteurs au monde. ensemble, ils emploient

environ 11 000 personnes. neuf des dix alumineries canadiennes

étant situées au Québec, le siège de l’AAC est à

montréal.

l’AAC ne mène pas d’activités économiques ou com merciales,

mais milite notamment pour que les projets d’architecture et

d’infrastructure intègrent davantage d’aluminium. Pour ce

faire, elle recommande que les appels d’offres et les programmes

d’études au collégial et à l’université lui accordent une plus

grande place. Sensibilisation, colloques, ateliers de formation en

lien avec l’ordre des architectes ou celui des ingénieurs sont au

programme. Jean Simard est le PDG de l’AAC.

Acier

iNstitut d’Acier d’ArmAture du quéBec

Fondé il y a plus de 30 ans, l’Institut d’acier d’armature du

Québec (IAAQ) regroupe 21 entreprises, dont des aciéries et

des fabricants d’acier d’armature, ainsi que des membres

associés. Sa mission est de promouvoir l’utilisation de l’acier

d’armature auprès des décideurs, et d’assurer la protection du

public et des travailleurs. l’IAAQ collabore à la formation de la

main­d’œuvre, au développement des méthodes de travail et

à l’élaboration de normes. Il organise le concours Armatura,

qui récompense des ouvrages réalisés en béton armé.

iNstitut cANAdieN de lA cONstructiON

eN Acier

l’Institut canadien de la construction en acier (ICCA), qui

compte une section québécoise, représente l’industrie de la

construction en acier et travaille au développement des

connaissances dans le domaine des charpentes. l’institut

organise des prix d’excellence destinés notamment à faire

connaître les possibilités offertes par l’acier. lors de son

colloque annuel, des ateliers de formation s’adressent aux

architectes et ingénieurs. le site Web de l’ICCA propose des

études de cas et ses experts se tiennent à la disposition des

professionnels. De plus, les publications de l’organisme

répondent à de nombreuses questions techniques. ➔

PArteNAires de l’Ordre

51

| printemps 2012 | ESQUISSES


PArteNAires de l’Ordre

BétON

AssOciAtiON BétON quéBec

Fondée en 1975, l’Association béton Québec (ABQ)

regroupe 53 producteurs de béton prêt à l’emploi exploitant

160 usines, soit 90 % de la production québécoise. Il s’agit

de cimentiers, de producteurs d’additifs au béton, de

laboratoires, de fabricants d’équipement de production, de

transport et de contrôle. Cette association fait notamment

la promotion de la marque QuAlIBéTon. Au­delà des

interventions dans l’actualité et auprès des instances

gouvernementales, l’ABQ favorise les échanges et organise

des ateliers de formation pour ses membres.

AssOciAtiON cANAdieNNe du cimeNt

l’Association canadienne du ciment (ACC) représente les

intérêts de huit entreprises exploitant des usines de ciment

et de scories de ciment (clinker), des installations de

broyage et des terminaux de ciment. elle fait la promotion

des avantages économiques et environnementaux du

ciment et du béton comme matériaux de construction. Son

siège est à ottawa, mais elle dispose d’un bureau régional à

montréal.

Photo : Stefan Powell

Autres cOmPOsANts

du BâtimeNt

AssOciAtiON quéBécOise de lA

quiNcAillerie et des mAtériAux de

cONstructiON

Depuis 70 ans, l’Association québécoise de la quincaillerie

et des matériaux de construction (AQmAT) défend les

intérêts et fait la promotion des distributeurs et des

fabricants de quincaillerie et de matériaux de construction.

les recettes de ses membres, qui emploient 20 000 personnes

à plein temps et 7 000 personnes à temps partiel, représentent

un total de 14 m$. en plus des habituels services

aux membres, l’association organise deux congrès annuels,

auxquels s’est ajouté depuis 2010 le salon AQmAT.

l’événement met l’accent sur les produits fabriqués au

Québec, les produits écologiques et ceux issus du bois.

le regroupement, dirigé par richard Darveau et présidé

par Amélie Bélisle, est membre du Conseil canadien des

détaillants de matériaux de construction (CrBSC).

AssOciAtiON des iNdustries de

PrOduits de vitrerie et de

FeNestrAtiON du quéBec

l’Association des industries de produits de vitrerie et de

fenestration du Québec (AIPvFQ) est née en 2001 de la

fusion de l’Association des portes et fenêtres et de

l’Association des vitriers. Ses membres fabriquent 80 % de

la production québécoise, qu’il s’agisse de produits en PvC,

en bois, en aluminium, en verre ou en acier. Au­delà des

fabricants de portes et fenêtres et des vitreries, l’AIPvFQ

regroupe aussi des fournisseurs de matières premières et

les centres de formation professionnelle de son secteur

industriel. l’association représente ses membres dans les

dossiers d’affaires publiques et organise des ateliers de

formation, par exemple sur le Code du bâtiment ou sur les

programmes d’efficacité énergétique energyStar.

le président de l’AIPvFQ est André Touchette et son

directeur général, Gilbert lemay.

L A B E A U T É

D E L A C R É A T I O N

A R C H I T E C T U R A L E

T E C O L A M E S T U N I M P O R T A N T F A B R I C A N T D E S T R U C T U R E S

E N B O I S L A M E L L É - C O L L É D E H A U T E G A M M E A U Q U É B E C .


PublirePortAge

AlternAtive

novAtrice

Aux revêtements trAditionnels

Alors que l’offre de matériaux de revêtements intérieurs et extérieurs stagne

au Québec, l’entreprise montréalaise Promostone & Tile Consultant dévoile un

nouveau produit qui répond aux plus hauts standards de l’industrie : MegaKer.

un Produit écologique

Créé par CSI-Institute, ce nouveau type

de revêtement combine un fin panneau

de porcelaine de trois millimètres d’épaisseur

cimenté sur une structure de mousse

d’aluminium. « Nos panneaux MegaKer

offrent une alternative aux revêtements

haut de gamme. En plus d’être économiques,

ils sont également écologiques »,

explique d’entrée de jeu Folco Quaglieri,

président de Promostone & Tile Consultant.

De fait, grâce à leur composition

de mousse d’aluminium recyclé, les panneaux

Megaker contribuent à l’obtention

de points associés à la certification

LEED. De plus, comme chaque panneau

est entièrement scellé grâce à une feuille

d’aluminium teinte, le système MegaKer

permet de réaliser des façades ventilées.

légèreté et solidité

« L’autre très grand avantage de notre

produit est sa légèreté – entre 10 et

12 kg/m 2 – qui lui permet d’être installé

plus facilement et beaucoup plus rapidement

qu’un système traditionnel »,

ajoute monsieur Quaglieri. La légèreté

des matériaux rend également possible

la création de panneaux de grande taille

pouvant atteindre 1,2 par 3,6 m, soit plus

de 4 m 2 . Fabriqués sur mesure et sur commande

en usine, les panneaux sont par

la suite livrés sur le chantier où ils sont

prêts à être installés grâce à un système

d’attaches réputé.

Du reste, la conception des panneaux

leur assure une très haute résistance aux

vents, aux chocs et aux torsions. La porcelaine

bénéficie également d’une garantie

longue durée.

« Nos panneaux sont offerts en plusieurs

couleurs et en différents types de finition

; ils peuvent notamment être polis

ou bosselés. Nous offrons également des

panneaux de pierres, en marbre et granit,

conçus selon le même principe. Dans

tous les cas, nous offrons des produits de

grande qualité, qui permettent d’obtenir

de beaux résultats, de façon économique

et rapide », conclut monsieur Quaglieri.

Pour informations :

Folco Quaglieri : 514-943-0900

Promostone & Tile Consultant

8134, boul. Décarie, bureau 125

Montréal QC H4P 2S8

T. 514 -731- 5151 F. 514-731-4592

folco@promostone-tile.com

www.csi-institute.com

AvAntAges

Écologiques : les panneaux MegaKer

contribuent à l’obtention

de points associés à la certification

LEED.

ultralÉgers : ils peuvent être fabriqués

en très grand format pouvant

atteindre 1,2 par 3,6 m et sont

faciles à installer.

Polyvalents : disponibles en un

grand choix de couleurs et de finis

et conçus pour l’extérieur, les panneaux

peuvent aussi être installés à

l’intérieur. Ils peuvent être utilisés

dans tous les types de projet et dans

tous les secteurs de la construction,

et sont particulièrement appréciés

dans les secteurs institutionnel ( hôpitaux,

musées, espace circulatoire )

et commercial.

rÉsistants : les panneaux MegaKer

sont durables et solides et offrent

une résistance testée et approuvée

aux rayonnements UV, aux chocs

thermiques, au gel, aux acides, aux

alcalis et aux taches.


54

NouVelle Mouture

Du CoDe NatIoNal Du BâtIMeNt

ce que vOus

devez sAvOir

L’édition 2010 du Code national du bâtiment, qui doit entrer en vigueur cette année

au Québec, modifie considérablement les normes contenues dans sa version antérieure,

notamment en ce qui a trait à la sécurité et à la performance. Voici les principales nouveautés.

ESQUISSES | printemps 2012 |

lA cAPsule du FondS d’aSSurance

de La reSponSabiLiTÉ proFeSSionneLLe de L’oaq

La section 9.7 du nouveau Code traite

des fenêtres, portes et lanter neaux

(puits de lumière). De façon générale,

il précise que les fenêtres, por tes et lanterneaux

doivent être conçus, construits et

installés de manière à :

■✔ résister aux infiltrations d’eau

occasionnées par les intempéries;

■✔ empêcher les fuites

et les infiltrations d’air;

■✔ résister au vent et à l’accumulation

de neige;

■✔ prévenir les infestations d’insectes

et de vermine;

■✔ limiter les entrées par effraction;

■✔ être faciles à utiliser;

■✔ empêcher les chutes de personnes.

Plus spécifiquement, le nouveau code

ajoute des précisions quant à la conformité

des portes et fenêtres conçues pour un

usage déterminé. C’est notamment le cas

en matière de ventilation, d’évacuation des

occupants ou en ce qui concerne la sécurité

incendie.

Le code apporte également des précisions

sur le rendement des portes et fenêtres en

matière d’échanges thermiques, de ventilation

et d’isolation.

* M a r i e - C h a n t a l e t h o u i n

Le nouveau code fait référence à la Norme

nord-américaine sur les fenêtres (NAFS)/

Spécification relative aux fenêtres, aux

portes et aux lanterneaux, en particulier

pour les portes, fenêtres et lanterneaux

fabriqués en usine. Il contient des nouveautés

importantes en matière de classification

de produits.

Toujours en ce qui concerne les fenêtres, il

sera nécessaire de se reporter au Supplément

canadien à la norme A440 pour

déterminer la performance exigée en fonction

notamment, du type d’habitation, de la

localisation géographique, de la topographie

du terrain, etc.

Les tribunaux considèrent que les normes

figurant dans les différentes éditions du

Code national du bâtiment constituent, pour

chacune des époques de référence, une

codification des règles de l’art. Il est donc

essentiel que les architectes et l’en sem ble

des professionnels de la construction se

familiarisent sans tarder avec la nouvelle

édition, même si elle n’est pas encore

formellement en vigueur au Québec. Agir

autrement présente un risque élevé de voir

sa responsabilité professionnelle engagée.

* Directrice générale du Fonds des architectes

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*Nous avons réduit le frais de service annuel et nous

offrons désormais des escomptes de volume encore

plus importants pour des groupes de plus de 50 usagers.


tABleAu de l’Ordre

■ Nouveaux membres

Le 23 novembre 2011

Barrette, jesse l.W.

Cotten, David

Cyr, jean-Philippe

Delage, tania

Hauswirth, Britta

lasserre, Fabien

Nault-Cloutier, Carl-etienne

Plourde, amélie

Veillette, julie

■ DémissioNs

Le 16 novembre 2011

Morin, jean-Charles

Le 23 novembre 2011

Bélanger, Monique

Le 12 décembre 2011

rubinyi, Katherine anna

Mendelssohn, joseph David

radiations pour non-respect des

exigences du règlement sur la

formation continue obligatoire

Le 10 janvier 2012

Brassard, suzanne

Carmichael, Nancy

Dupont, Ginette

lee, y.C.

Pelletier, jean F.

Pépin, andré

Poirier, renaud

tolchinsky, Hyman Martin

■ Décès

Le 3 novembre 2011

roy, jean-Marie

Le 21 novembre 2011

Harvey, Normand

Le 5 décembre 2011

Gagnon, Conrad

Le 19 décembre 2011

Cristian, andrei

Le 25 décembre 2011

Gagnon, Claude

SOPREMA_Pub HautePerformance-Esquisse.pdf 1 12-02-06 12:00 PM

■ DécisioNs

Du coNseil

De DiscipliNe

Fontaine, luc

royer, Marc

ruest, Guy

st-jean, jacques antoine

Viveiros, Mario j.

Pour en savoir plus, veuillez

consulter le site Web de l’ordre

des architectes du Québec

(www.oaq.com) sous l’onglet

Protection du public – Décisions

et jugements.


Architectes lAuréAts

du Pritzker Prize

ruth Peltason et grace Ong-yan

Quelle bonne idée que voilà : rassembler dans un seul bouquin tous les lauréats

du Pritzker depuis l’an un. les meilleurs architectes du monde, selon la fondation

qui remet les prix. Affirmation certes discutable, mais qui ne diminue en rien

l’intérêt de l’ouvrage et, surtout, n’enlève rien à la valeur de l’œuvre respective de

tous ces professionnels. Certaines étoiles ont pâli avec le recul (ah, michael

Graves...), d’autres ont fini leur carrière sur une note un brin douteuse (vous avez

dit Philip Johnson ?) après avoir reçu le prix. l’ouvrage laisse la parole aux

architectes à grand renfort de citations qui, parfois, prouvent par l’absurde qu’ils

ont bien fait de choisir l’architecture et non la littérature. le même Johnson, lui,

dit tout haut ce que d’autres racontaient à son sujet lorsqu’il a commis l’immeuble

AT&T à new York (devenu le Sony Plaza) : « Je suis une putain et je suis très bien

payé pour faire des gratte­ciel. » Des heures de plaisir.

■ ÉDItIoNs De la MartINIère, 2011, 376 PaGes

le grANd livre

des crOquis

d’Architectes

Francesc zamora

mola

le croquis d’architecture,

composante du

processus créatif, permet à son auteur d’explorer

des idées et des concepts non définitifs, puis de

préciser des solutions. Quand le projet est avancé,

c’est un moyen d’en communiquer l’essence. Cette

traduction de la pensée en images, parfois très

personnelle, est rendue par des techniques et

supports variés. Ce livre de grand format présente

les croquis et esquisses (et quelques photos) de 49

firmes menant des projets d’architecture et de

paysage très différents sur plusieurs continents.

montréal est représenté par trois projets de

nIPpaysage. l’ouvrage ne se contente pas de jeter

en pâture à l’œil émerveillé du lecteur des traits et

des couleurs, mais montre l’évolution du projet, le

tout accompagné de brèves explications. Il démontre

ainsi le rôle du dessin et le parti qu’en

tirent les architectes. Pour ceux qui aiment les

livres d’images !

■ ÉDItIoNs PlaCe Des VICtoIres, 2010,

600 PaGes

merveilles de

l’Architecture :

les Plus

étONNANts

BâtimeNts Au

mONde

maximilian

Bernhard

les prétextes pour

rassembler en un seul ouvrage la crème de la

crème en architecture sont multiples. Ici, on a

choisi le merveilleux, qui a pour indéniable

avantage une grande flexibilité d’interprétation.

Pas moins de 500 « merveilles » se côtoient,

regroupées par continent, avec une place

d’honneur à l’europe. la part belle est réservée

aux photos, plus claires que spectaculaires,

accompagnées de textes qui brillent par leur

brièveté. on s’est donné les coudées franches, alors

on va du temple d’Hatchepsout à la statue de la

liberté, en passant par Habitat 67 ou le Colisée de

rome. rien d’un ouvrage de référence, mais

pratique pour les amateurs d’architecture à l’âme

vagabonde qui voudraient planifier leur prochain

voyage. ou encore à offrir à un adolescent pour lui

donner le goût de l’architecture.

■ NGV, 2011, 256 PaGes

le style eiFFel

sous la direction de

Brigitte durieux / texte

de martine vincent

malgré ses 123 ans, la dame de

fer parisienne n’a pas fini de

fasciner. Ce magnifique livre

répertorie ses influences tentaculaires d’un bout à

l’autre du globe, autant dans le paysage que dans les

objets qui nous entourent. la chaise eames, par

exemple, en est directement inspirée. Idem pour le

style industriel, qui continue d’influencer l’architecture

contemporaine. Ce « style eiffel » a même

redéfini un nouvel art d’habiter, fait de rivets,

d’escaliers et de piliers métalliques, de verrières, de

lanterneaux et d’ouvertures zénithales. mieux

encore, il a engendré une nouvelle génération de

bâtiments plus aériens que ceux constitués de murs

et de façades opaques où l’ossature est reine et qui

laissent danser la lumière, le ciel, les silhouettes. Audelà

de l’esthétisme, l’un des principaux apports de

la tour eiffel à l’architecture moderne est peut­être

la mise en valeur de l’héritage architectural du

passé, et la nécessité de le préserver, constate­t­on.

merci Gustave !

■ ÉDItIoNs la MartINIère, 2011, 192 PaGes.

tôkyô : POrtrAits &

FictiONs

manuel tardits

/ ilustrations de

Nobumasa takahashi

et stéphane lagré

Ce livre de manuel Tardits,

architecte français installé à Tokyo depuis 25 ans,

est inclassable. Il propose une découverte de la

capitale nipponne par étapes, elles­mêmes constituées

de fragments. l’auteur raconte d’abord, dans

un exposé rigoureux, comment la ville s’est

construite à travers de grandes visions urbaines et un

patchwork de quartiers. Puis il explore ses fondements

culturels ainsi que les détails significatifs qu’il a

perçus en la parcourant. Il tente ensuite d’en faire

ressortir les grandes trames. Truffée de références

méticu leuses, cette plongée dans Tokyo peut servir de

guide, l’auteur s’intéressant aux incontournables

comme aux lieux insolites. Ce livre offre aussi une

méthode pour appréhender n’importe quelle métropole,

en adoptant alternativement un œil d’architecte,

d’historien, d’urbaniste, de poète, de touriste ou

d’ethnologue. Agrémenté par les illustrations de deux

artistes, le regard est riche et suscite la curiosité.

■ le GaC Press, 2011, 320 PaGes

lectures

57

| printemps 2012 | ESQUISSES


Project1_Layout 1 12-02-06 10:50 Page 1

l’Architecture de vAl-d’Or : 75 ANs d’AvANt-gArde

Paul trépanier

Cette monographie pérennise l’exposition du même nom, fort remarquée pendant l’été 2011.

rayon architecture, val­d’or ne se compare évidemment pas à Chicago ou Paris. malgré tout,

cette ville­champignon – caractérisée par un développement débridé dans les années 1930 –

recèle aujourd’hui un patrimoine moderne non négligeable. Des maisons en rondins conçus

pour les pionniers dans le quartier de Bourlamaque aux ensembles commerciaux ou religieux,

on s’aperçoit au fil des pages que val­d’or a su dompter l’anarchie pour se forger une identité

architecturale propre. Que vous travailliez ou non hors des grands centres, ce livre tout simple,

imprimé sur papier mat et orné d’illustrations en noir et blanc, est une source d’inspiration. Tout

particulièrement à l’heure d’un certain Plan nord, alors que l’exploitation des richesses du soussol

prend le pas sur la planification, bousculant du même coup le développement immobilier.

l’ouvrage est uniquement disponible sur commande auprès du Centre d’exposition de val­d’or

(www.expovd.ca).

■ CeNtre D’exPosItIoN De Val-D’or, 2011, 103 PaGes

l’esPAce-temPs métrOPOlitAiN : FOrme et

rePréseNtAtiONs de lA régiON de mONtréAl

sous la direction de gilles sénécal

la couverture n’est pas des plus attrayantes, et le ton de la publication

aurait grand besoin d’un coup de plumeau, histoire de le dépoussiérer des

tics universitaires et d’alléger la lecture. n’empêche, cette compilation des

récents travaux du groupe de recherche métropolisation et Société (méso)

vaut son pesant d’or pour qui s’intéresse aux tendances en matière de

développement urbain et de mobilité. épicentre de la plupart des études ici

réunies, la région montréalaise est décryptée, remise en question, recomposée. À force de se

questionner sur la configuration du territoire et sur les multiples déplacements qu’elle engendre

(qu’il s’agisse des navettes quotidiennes des travailleurs ou de la gestion du trafic), les auteurs

entonnent un refrain connu : les problèmes de gouvernance de la région métropolitaine, dont

résultent notamment l’étalement et la fragmentation de l’espace. Heureusement que le citoyen,

nouvel acteur territorial, disent les auteurs, émerge progressivement de ce vaste tour d’horizon.

■ Presses De l’uNIVersItÉ laVal, 2011, 334 PaGes

mAkiNg heAlthy PlAces : desigNiNg ANd

BuildiNg FOr heAlth, Well-BeiNg, ANd

sustAiNABility

Andrew l. dannenberg, howard Frumkin et

richard j. jackson

Plusieurs problèmes de santé publique étant reliés au design des

espaces, les professionnels de l’aménagement et de la santé doivent

collaborer. une fois le constat posé, cet ouvrage accessible rappelle

les rôles de chacun et guide l’action à partir d’une base commune.

une partie étudie les enjeux de santé : activité physique, qualité de l’air ou de l’eau, risque de

blessures, santé mentale, exclusion sociale, etc. une autre traite le sujet à partir du cadre bâti :

transport, logement, lieu de travail, établissements de santé et écoles. la boîte à outils va de

l’engagement communautaire à la réglementation, en passant par les méthodes d’évaluation et

de certification. les auteurs élargissent ensuite la perspective, s’intéressant à la formation des

professionnels et aux besoins en recherche. l’ensemble constitue une introduction à la conception

de lieux de vie sains, données précises, exemples et glossaire à l’appui. un must.

■ IslaND Press, 2011, 418 PaGes


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