L'homme au complet m..

chalonmelanie.free.fr

L'homme au complet m..

— Laissez-moi passer. Je suis médecin.

Un homme de grande taille, avec une barbe châtain, passa devant moi et se pencha sur le corps

immobile.

Pendant qu’il l’examinait, j’éprouvai une curieuse sensation d’irréalité. Ce ne pouvait être, ce n’était

pas. Finalement, le médecin se redressa et secoua la tête.

— Fini. Rien à faire.

Nous nous étions tous groupés autour du corps, quand un employé éleva la voix :

— Reculez, mais reculez donc ! Ça ne sert à rien de rester ici.

Prise d’une horreur soudaine, je me détournai et montai l’escalier quatre à quatre. C’était trop affreux.

J’avais besoin de m’emplir les poumons d’air frais. Le médecin qui venait d’examiner le cadavre me

précédait. L’ascenseur était sur le point de monter, et le médecin se mit à courir pour l’atteindre à temps.

Je suivis son exemple. En courant, il laissa tomber une feuille.

Je m’arrêtai, la ramassai et me précipitai pour la rendre. Trop tard, l’ascenseur montait, et lui avec.

Je restai sur le quai, le papier en main. Au moment où l’ascenseur suivant me déposa à la sortie du métro,

mon homme avait disparu. Espérant qu’il n’avait rien perdu d’important, j’examinai pour la première fois

ma trouvaille.

C’était une simple feuille de papier blanc avec quelques mots et quelques chiffres griffonnés au

crayon. En voici un fac-similé :

17.122 Kilmorden Castle

Évidemment, c’était sans importance. Cependant, j’hésitai à le jeter. Comme je le tortillais entre mes

doigts, une affreuse odeur me fit faire la grimace. Encore la naphtaline ! Je portai le papier à mon nez.

Oui, c’était indiscutable, il puait la naphtaline. Mais alors ?…

Je pliai soigneusement le document et le mis dans mon sac à main. Puis, je retournai lentement à la

maison tout en réfléchissant.

J’expliquai à Mrs Flemming que j’avais été témoin d’un accident affreux dans le métro et que je

voudrais me retirer dans ma chambre et m’étendre un peu. La brave femme me fit prendre d’abord une

tasse de thé. Ensuite on me laissa seule – et libre d’exécuter le projet que j’avais formé en route. Je

voulais me rendre compte de ce qui avait provoqué en moi cette sensation bizarre d’irréalité, au moment

où j’observais le docteur penché sur le corps. Je m’étendis sur le plancher dans l’attitude du cadavre,

ensuite je mis le traversin à ma place, puis je m’efforçai de répéter, autant que je me les rappelais, tous

les gestes et mouvements du docteur. Quand j’eus fini, je savais ce que je voulais savoir.

Dans les journaux du soir, quelques lignes brèves annonçaient l’accident dans le métro ; on se

demandait si ce n’était pas un suicide. Mon devoir dans cette affaire était tout indiqué. Mr. Flemming,

quand il entendit mon histoire, se déclara entièrement de mon avis.

— Certainement, votre déposition est nécessaire à l’enquête. Vous dites qu’il n’y avait personne à cet

endroit, excepté vous ? Personne pour voir ce qui se passait ?

— J’avais la sensation que quelqu’un se trouvait derrière moi, mais je n’en suis pas certaine

– d’ailleurs, quoi qu’il en fût, j’étais plus près de l’homme que n’importe qui !

On ouvrit l’enquête. Mr. Flemming lui-même me conduisit à l’instruction. Il semblait craindre que ce

ne fût une trop rude épreuve pour mes nerfs, et je fus forcée de lui cacher mon parfait sang-froid.

On identifia le défunt. Il s’appelait L.B. Carton. On n’avait trouvé dans ses poches que le papier

d’une agence de location pour la visite d’une maison à louer à Marlow, au nom de M. L.B. Carton,

Russell Hôtel. Le patron de l’hôtel le reconnut. Il était arrivé la veille et avait pris une chambre sous ce

More magazines by this user
Similar magazines