L'homme au complet m..

chalonmelanie.free.fr

L'homme au complet m..

pas lents, il n’y avait pas une âme.

Saoul ! Voilà l’explication du mystère. Mes talents avaient été gâchés. Je repoussai du pied la valise.

— Sortez, dis-je d’une voix acerbe.

Pas de réponse. Je me penchai sur mon visiteur immobile.

« Ivre-mort, pensai-je avec colère. Que faire ? »

Tout à coup, je faillis jeter un cri. J’avais aperçu une tache de sang sur le sol.

Rassemblant mes forces, je réussis à traîner l’homme évanoui jusqu’au milieu de la cabine. Je lui

enlevai son pardessus. Il avait une blessure sous l’omoplate gauche. Je me mis en devoir de la bander.

Au contact de l’eau froide, il revint à lui.

— Ne bougez pas, dis-je.

Mais il était de ceux qui reprennent très vite possession d’eux-mêmes. Se remettant debout :

— Non, merci, je n’ai besoin de rien.

Son ton était méfiant, presque agressif. Pas un mot de remerciement.

— Laissez-moi bander votre blessure.

— N’y touchez pas !

Il me jeta ces mots à la figure comme si je lui avais demandé une grâce. Je ne pèche pas par

l’humilité. Mon orgueil s’insurgea.

— Si vous croyez que vous êtes bien élevé ! dis-je.

— Ne craignez rien, je vais vous débarrasser de ma présence.

Il se dirigea vers la porte, mais chancela et faillit tomber. D’un mouvement impulsif, je l’attirai sur le

divan.

— Fou ! dis-je. Vous voulez laisser des traces de sang partout ?

Cette fois, il ne protesta pas et se laissa panser.

— Là, ça y est. Maintenant, voulez-vous m’expliquer toute cette histoire ?

— Je regrette de ne pouvoir satisfaire votre curiosité.

— Pourquoi ?

— Si vous voulez semer un secret à tous les vents, dites-le à une femme.

— Vous croyez que je ne suis pas capable de garder un secret ?

— Je ne crois pas – je sais !

Il se leva.

— Dans ce cas, lui dis-je, je pourrai raconter à tout le monde ce qui s’est passé ce soir ?

— À votre aise, répliqua-t-il froidement.

— Comment osez-vous me parler ainsi ! m’écriai-je, prise de rage.

Nous nous dressions l’un en face de l’autre, comme deux ennemis féroces. Pour la première fois,

j’examinai son visage, les cheveux bruns coupés ras, la cicatrice sur la joue hâlée, les yeux gris clair qui

me regardaient avec une sorte de raillerie farouche. Cet homme avait quelque chose de dangereux.

— Vous ne m’avez pas remerciée de vous avoir sauvé la vie, dis-je avec une douceur hypocrite.

Le coup porta. Il frémit. Mon intuition me dit qu’il avait horreur de penser qu’il me devait la vie. Tant

pis ! J’avais envie de l’humilier. Jamais je n’avais eu un tel désir de blesser quelqu’un.

— Je regrette que vous l’ayez fait ! s’exclama-t-il. Il vaudrait mieux être mort et que ce soit fini.

— Du moins, vous reconnaissez votre dette. Vous n’en sortirez pas. Je vous ai sauvé la vie et

j’attends que vous me disiez merci…

Si les regards pouvaient tuer, je serais morte sous le sien. Il passa brutalement devant moi. Sur le

seuil il se retourna et me parlant par-dessus l’épaule :

— Je ne vous dirai pas merci. Ni aujourd’hui, ni jamais. Mais je reconnais la dette. Je la paierai un

More magazines by this user
Similar magazines