L'homme au complet m..

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L'homme au complet m..

CHAPITRE XI

Le reste de la nuit se passa sans incidents. Je déjeunai au lit et me levai tard. Quand je parus sur le

pont, Mrs. Blair m’appela :

— Bonjour, petite bohémienne, venez vous asseoir près de moi. Vous avez l’air d’avoir mal dormi.

— Pourquoi m’appelez-vous bohémienne ?

— Cela vous va, je ne sais pourquoi. J’espère que vous n’êtes pas choquée ? Je vous ai surnommée

ainsi dès que je vous ai vue. C’est l’élément bohémien qui vous rend si différente des autres. Vous et le

colonel Race, vous êtes les deux seules personnes à bord à qui je puisse parler sans mourir d’ennui.

— Tiens, répliquai-je, et moi qui me suis dit la même chose en pensant à vous ! Vous êtes, madame,

permettez-moi de vous le dire, le produit idéal d’une culture raffinée.

— Pas mal comme définition, fit Mrs. Blair. Parlez-moi de vous, petite bohémienne ! Pourquoi allezvous

en Afrique du Sud ?

Je lui parlai de l’œuvre de mon père.

— Vous êtes la fille de Charles Beddingfeld ? Je savais bien que vous étiez autre chose qu’une petite

provinciale ! Alors, vous allez là-bas déterrer des crânes ?

— Peut-être, dis-je prudemment. J’ai aussi d’autres projets.

— Mystérieuse petite fille ! Mais que vous avez l’air fatiguée, ce matin ! Vous avez mal dormi ? Moi,

je dors douze heures d’affilée à bord. Cette nuit, un steward idiot m’a réveillée pour me rendre le rouleau

de pellicules que j’ai laissé tomber hier. Et de quelle façon bêtement mélodramatique, encore ! Figurezvous

qu’il a passé son bras par le trou du ventilateur et les a lancées juste au milieu de ma cabine. Un

instant, j’ai cru que c’était une bombe !

— Voilà votre colonel, dis-je en apercevant sa silhouette imposante.

— Pourquoi mon colonel ? C’est plutôt vous qu’il admire, petite bohémienne – le savez-vous ?

— J’ai oublié mon écharpe, dis-je tout à coup, je vais aller la chercher.

J’avais trouvé ce prétexte pour me dérober à la hâte. Je ne sais pourquoi, je ne me sentais pas à mon

aise avec le colonel Race. Il était un de ces rares hommes qui m’intimidaient.

Une fois dans ma cabine, j’ouvris mon tiroir pour y prendre une écharpe et je m’aperçus

immédiatement qu’il avait été fouillé. Par qui et pourquoi ? Qui était le jeune homme qui était entré en

bombe chez moi cette nuit ? Je ne l’avais jamais vu à bord, ni sur le pont, ni au salon, ni dans la salle à

manger. Était-ce un passager ou faisait-il partie de l’équipage ? Qui l’avait blessé ? Pourquoi ? Et la

cabine n°17, que venait-elle faire là-dedans ? Décidément, il se passait des choses mystérieuses à bord

du Kilmorden Castle !

Je recomptais sur mes doigts tous ceux qui, jusqu’ici, avaient attiré mes soupçons – sans parler de

mon visiteur nocturne, que j’espérais bientôt identifier.

1. Sir Eustace Pedler. Il était le propriétaire de la villa du Moulin et sa présence me semblait

indiquer plus qu’une simple coïncidence.

2. Mr. Pagett, le secrétaire au visage de bandit, qui avait tellement insisté pour obtenir la cabine n°17.

N.B. Découvrir s’il avait accompagné sir Eustace à Cannes.

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