L'homme au complet m..

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L'homme au complet m..

CHAPITRE XIX

Tout cela me rappelait étrangement l’épisode III des Aventures de Paméla. Moi, assise au balcon

– une place à six pence – dévorant des yeux le film, croquant une tablette de chocolat au lait et rêvant de

me trouver dans une situation semblable. Voici enfin qu’il arrivait pareille chose. Mais je ne trouvais pas

cela aussi amusant que je l’avais cru. C’est très joli sur l’écran – quand on est bien sûre qu’il y aura un

épisode IV. Mais en réalité, il n’y a aucune garantie qu’Anne l’Aventurière ne finisse pas brusquement sa

vie à la fin de n’importe quel épisode.

Oui, j’étais dans la souricière. Tout ce que Rayburn m’avait dit pas plus tard que ce matin me revenait

à la mémoire. Dites la vérité, me dit-il. En quoi cela m’aiderait-il ? Jamais on ne croirait que j’avais fait

cette escapade folle sur la foi d’un bout de papier sentant la naphtaline. Quelle histoire abracadabrante !

En cette minute de bon sens je maudissais ma soif d’aventures idiote et mélodramatique et j’aurais tout

donné pour le paisible ennui de mon petit village.

Tout ceci traversant mon esprit avec une rapidité foudroyante, je fis un mouvement instinctif vers la

porte. Mon interlocuteur ricana.

— Vous y êtes, vous y resterez, dit-il.

— J’ai été invitée par le conservateur du musée municipal du Cap. Si j’ai fait une erreur…

— Une erreur ? Oh ! oui, une erreur considérable !

Il éclata de rire.

— De quel droit me retenez-vous ici ? J’informerai la police.

— Dirait-on pas un chien qui aboie !

— Vous êtes un fou dangereux, c’est tout ce que je peux dire.

— Vraiment ?

— Je voudrais que vous sachiez que mes amis savent parfaitement où je suis allée, et que si je ne suis

pas de retour ce soir, ils viendront me chercher. Compris ?

— Bien vrai, vos amis savent où vous êtes ? Et quels amis, s’il vous plaît ?

Je calculai mentalement mes chances. Nommerais-je sir Eustace ? Il était une personnalité marquante,

et son nom ferait peut-être de l’effet. Mais s’ils étaient en contact avec Pagett, ils sauraient que je

mentais. Mieux valait ne pas risquer un mensonge.

— Mrs. Blair, dis-je. L’amie que j’accompagne.

— Comment le saurait-elle ? Vous ne l’avez pas vue depuis onze heures du matin.

— Vous êtes très fin, monsieur, dis-je. Mais peut-être avez-vous entendu parler de cette invention

utile qui s’appelle le téléphone. Elle m’a téléphoné avant mon départ et je lui ai dit où j’allais.

À ma grande stupéfaction, une ombre d’inquiétude passa sur son visage. Il n’avait pas songé que

Suzanne pourrait me téléphoner. Quel malheur qu’elle ne l’eût pas fait en réalité !

— Assez de bavardages, dit-il rudement.

— Qu’allez-vous faire de moi ?

— Vous mettre en état de ne plus nous nuire au cas où vos amis viendraient vous chercher.

Un instant mon sang se glaça, mais la phrase suivante me rassura.

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