L'homme au complet m..

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L'homme au complet m..

— Demain, vous aurez à répondre à certaines questions, et quand ce sera fait, on verra, ma petite : on

en a fait parler d’autres que vous !

Ce n’était pas gai, mais c’était un sursis. J’avais une journée pour réfléchir. Cet homme obéissait

évidemment aux ordres d’un supérieur. Ce supérieur était-il Pagett ?

Il appela deux Kafirs. On m’emmena au second. Malgré ma résistance, on me bâillonna et me déposa,

pieds et poings liés, dans une mansarde poussiéreuse sous les toits. Le Hollandais me fit un salut moqueur

et se retira, fermant la porte derrière lui.

J’étais sans défense. Mes liens étaient si solides qu’il n’y avait pas moyen de les détacher. Le bâillon

m’empêchait de crier. Même si quelqu’un passait sur la route déserte devant la maison, on ne

m’entendrait pas. En bas, une porte se referma. Le Hollandais sortait, sans doute.

C’était affolant de ne pouvoir rien. Je tirai sur mes nœuds, mais ils étaient solides. Finalement, je

renonçai à tout effort, et m’endormis ou m’évanouis. Quand je me réveillai, tout mon corps était

douloureux. Il faisait noir, la lune montait dans le ciel.

Le bâillon m’étouffait à moitié et la douleur était presque insupportable.

C’est alors que j’aperçus un tesson dans un coin de la pièce. Un rayon de lune le faisait briller, et ce

scintillement avait attiré mon regard. Une idée me vint.

Mes jambes et mes bras étaient liés, mais ne pouvais-je pas rouler ? Lentement, maladroitement, je

me mis en mouvement. Ce n’était pas facile. Mon corps était tout endolori, je ne pouvais protéger mon

visage avec mes mains, et le plus compliqué était de me mouvoir dans la direction voulue. Je roulais de

tous les côtés. Finalement, je parvins jusqu’au tesson. Il effleurait mes mains liées.

Cela me prit beaucoup de temps d’appuyer le débris de verre contre le mur, de façon qu’il frottât mes

liens.

L’opération fut si longue et si douloureuse que je désespérais presque. Mais en fin de compte je

réussis à scier les cordes qui serraient mes poignets. Le principal était fait. Le reste n’était qu’une

question de temps. Je rétablis la circulation du sang en frottant vigoureusement mes poignets, et ôtai

ensuite mon bâillon. En respirant librement, je crus ressusciter.

Lorsque j’eus défait jusqu’au dernier nœud, chancelante, je me redressai, fis des mouvements

rythmiques pour retrouver l’usage de mes membres et ne me glissai vers la porte que lorsque je fus sûre

de mes forces. Comme je l’espérais, elle n’était pas fermée à clé.

Tout était désert et silencieux. La lune, par la fenêtre, éclairait l’escalier poussiéreux. Je m’y faufilai,

très circonspecte. Sur le palier, un bruit de voix parvint à mes oreilles. Je fis la morte. Au mur, une

horloge marquait minuit.

Avec des précautions infinies, je descendis l’escalier et aperçus dans le hall un jeune Kafir. Il ne

m’avait pas vue. Bientôt je me rendis compte, en écoutant sa respiration, qu’il dormait à poings fermés.

Reculerais-je ? Avancerais-je ? Les voix venaient de la pièce où l’on m’avait conduite à mon

arrivée ; l’une d’elles était celle de mon ami hollandais ; l’autre me semblait vaguement familière.

Je décidai que mon devoir était d’essayer d’écouter. Je risquerais d’éveiller le Kafir, mais il le

fallait. Je me glissai devant lui sur la pointe des pieds, m’agenouillai devant la porte et appliquai au trou

de la serrure l’œil au lieu de l’oreille. L’un des interlocuteurs était bien mon Hollandais. L’autre me

tournait le dos. Mais je reconnus ce dos noir et décoratif, avant même de voir le visage.

Mr. Chichester !

— Tout de même, il y a du danger. Et si ses amis venaient la chercher ?

— Du bluff, répondit Chichester. Il avait laissé tomber sa voix suave de missionnaire. Du bluff ! Ils

ne peuvent savoir où elle est. Quoi qu’il en soit, c’est l’ordre du colonel. Vous n’allez pas lui désobéir ?

— Mais pourquoi ne pas l’assommer tout simplement ? grogna le Hollandais. Ce serait bien plus

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