L'homme au complet m..

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L'homme au complet m..

le seuil du salon, lui ait assené un coup de poing sur la tête et se soit sauvé en fermant la porte. Nous, une

fois arrivés, nous trouvons Pagett. Qu’est-ce que vous en dites ?

— Vous oubliez que Pagett affirme que c’est vous qui l’avez assommé.

— Supposez qu’il ait repris conscience au moment où il me voyait disparaître au loin ? Ne m’auraitil

pas pris tout naturellement pour son agresseur ?

— C’est possible… Mais son entretien avec l’homme qui m’a suivie au Cap ? Encore une

coïncidence ? Vous croyez donc qu’il peut être innocent ?

— Oui, si l’on savait ce qu’il a fait à Marlow au moment du meurtre ! S’il a une explication

plausible, c’est moi qui ai raison.

Il se leva.

— Il est minuit passé. Allez vous coucher, Anne. À l’aube, je vous emmènerai à Livingstone. J’y ai un

ami qui vous gardera chez lui jusqu’à ce que vous partiez. Vous irez à Bulawayo et vous y prendrez le

train pour Beira.

— Beira ?

— Anne, vous irez à Beira.

Nous avions eu un répit en parlant de la situation, mais voilà que nous étions de nouveau en proie à

nos angoisses.

— Bon, dis-je, et je rentrai dans la hutte.

Je m’étendis sur la couchette couverte de peaux de bêtes, mais je ne dormis pas. Dehors j’entendais

Harry Rayburn marcher de long en large, pendant toutes ces heures nocturnes. Finalement il m’appela :

— Anne, il est temps. Venez !

Je me levai docilement. Il faisait noir, mais je savais que l’aube était proche.

— Nous prendrons la barque, pas le canot à moteur, commença Harry, puis il s’arrêta soudain et leva

la main.

— Chut ! vous entendez ?

J’écoutai, mais n’entendis rien. Toutefois, il avait une ouïe plus fine que la mienne, comme tous ceux

qui ont longtemps vécu dans le désert. Enfin, je distinguai, moi aussi, le bruit sourd des rames battant

l’eau dans la direction de notre îlot.

Cherchant à percer du regard l’obscurité, nous pûmes distinguer une tache noire sur la surface de

l’eau. C’était un canot. Soudain, un jet de lumière. Une allumette flambait. Je reconnus la barbe rousse du

Hollandais de Muizenberg. Autour de lui, des Noirs.

— Rentrons vite !

Harry m’entraîna dans la hutte. Il décrocha deux fusils et un revolver.

— Savez-vous charger un fusil ?

— Je n’ai jamais essayé. Montrez-moi comment on fait.

J’eus tôt fait de l’apprendre. Nous fermâmes la porte et Harry se plaça à la fenêtre qui donnait sur le

débarcadère.

— Qui êtes-vous ? cria-t-il d’une voix retentissante.

En réponse, dissipant les derniers doutes que nous aurions pu avoir sur les bienveillantes intentions

de nos visiteurs inattendus, une grêle de balles s’abattit sur notre logis. Heureusement, nous ne fûmes pas

atteints. Harry leva son fusil et tira trois fois, coup sur coup. Un cri, un râle, le bruit sourd d’un corps

tombant dans l’eau.

— Ça leur apprendra, grommela-t-il en s’emparant du deuxième fusil. Restez au fond, Anne, pour

l’amour de Dieu ! Chargez en vitesse.

Une balle effleura sa joue. Il fit feu, son coup lui réussit mieux qu’à l’agresseur. Quand il se retourna,

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