L'homme au complet m..

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L'homme au complet m..

CHAPITRE XXX

ANNE REPREND SON RÉCIT

Une fois arrivée à Kimberley, je télégraphiai à Suzanne. Elle vint me rejoindre immédiatement. Force

me fut de constater qu’elle m’aimait vraiment, ce qui ne laissa pas de me surprendre : j’avais cru n’être

pour elle qu’un caprice. Mais lorsque nous nous revîmes, elle se jeta à mon cou et éclata en sanglots.

Quand nous fûmes un peu remises de notre émotion, je m’assis sur le lit et lui contai toute l’histoire

d’un bout à l’autre.

— Vous avez toujours soupçonné le colonel Race, dit-elle quand j’eus fini. Je n’étais pas de votre

avis jusqu’au soir où vous avez disparu. Il me plaisait tant et je croyais qu’il ferait pour vous un si bon

mari ! Anne chérie, ne vous fâchez pas, mais comment pouvez-vous être sûre que votre beau jeune homme

vous a dit la vérité ? Vous avez une confiance aveugle en tout ce qu’il veut bien vous raconter.

— Oui, j’ai confiance en lui ! criai-je avec indignation.

— Mais, qu’est-ce donc qui vous séduit tant ? À vrai dire, je ne vois de séduisant en lui que sa beau

de jeune brigand et sa galanterie qui date de l’âge de pierre.

Pendant un quart d’heure, je déversai sur Suzanne les torrents de mon courroux.

— Parce que vous êtes confortablement mariée, terminai-je, et que vous commencez à engraisser,

vous oubliez qu’il existe au monde une chose qui s’appelle l’amour.

— Ce n’est pas vrai, Anne, je n’engraisse pas. Tout ce que j’ai enduré à cause de vous a dû faire de

moi un squelette.

— Vous êtes plus potelée et plus rondelette que jamais, dis-je froidement. Vous avez repris au moins

un kilo.

— Et puis, continua mélancoliquement Suzanne, je ne suis pas si confortablement mariée que ça ! J’ai

reçu de mon mari les plus affreuses dépêches m’ordonnant de retourner immédiatement en Angleterre.

J’ai fini par ne pas lui répondre, et voilà deux semaines que je n’entends plus parler de lui.

J’avoue que je ne pris pas au sérieux les drames conjugaux de Suzanne. Quand il le faudra, elle saura

embobiner son mari. J’orientai la conversation vers le sujet des diamants.

Suzanne me regarda d’un air troublé.

— Je vais vous expliquer, Anne. Dès que j’ai commencé à soupçonner le colonel Race, j’ai été en

proie à une inquiétude folle à propos des diamants. Je voulais rester aux chutes d’eau pour le cas où il

vous aurait tenue prisonnière quelque part dans le pays, mais je ne savais que faire des pierres. J’avais

peur de les garder moi-même.

Suzanne jeta autour d’elle un regard inquiet, comme si elle craignait que les murs eussent des oreilles,

puis elle chuchota quelques mots, sa bouche contre mon oreille.

— Très bonne idée, approuvai-je. Mais qu’en a-t-il fait, de ces colis, sir Eustace ?

— Les gros, il les a expédiés au Cap. Pagett s’en est occupé, et m’a envoyé, avant son départ des

chutes d’eau, le reçu de la maison où il les a laissés en garde. À propos, il est parti aujourd’hui du Cap

pour aller rejoindre sir Eustace à Johannesburg.

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