L'homme au complet m..

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L'homme au complet m..

J’espérais que tôt ou tard je comprendrais de quoi il parlait. Il continua avec volubilité :

— Il est difficile à un homme comme sir Eustace de se mettre dans ma situation. Je sais que j’ai eu

tort, mais la fraude ne me paraissait pas bien grave. Il aurait été plus loyal de m’en parler à cœur ouvert,

que de me tourmenter par des railleries sans fin.

Un coup de sifflet retentit. Les passagers s’installèrent dans le train.

— Mr. Pagett, dis-je, je suis absolument de votre avis en ce qui concerne sir Eustace. Mais pourquoi

êtes-vous allé à Marlow ?

— Je sais que j’avais tort, mais étant donné les circonstances, oui, étant donné les circonstances…

— Quelles circonstances ? criai-je désespérément.

Pour la première fois, Pagett parut comprendre que je lui posais une question. Il se raidit :

— Pardon, miss Beddingfeld, mais je ne crois pas que cela vous regarde.

Il était remonté dans son wagon et se penchait vers moi, accoudé à la fenêtre. Comment faire parler

cet homme ?

— Évidemment, dis-je avec mépris, si vous en avez honte…

Enfin j’avais trouvé son point faible ! Pagett se redressa et rougit.

— Honte ? Moi ?

— Alors, dites !

En trois phrases brèves, il m’expliqua tout. Enfin, je savais le secret de Pagett. Ce n’était pas le

moins du monde ce que j’attendais.

Je repris lentement le chemin de l’hôtel. On me remit une dépêche. Elle contenait toutes les

instructions détaillées pour me faire venir à Johannesburg, où m’attendrait une auto. Elle était signée, non

pas Andy, mais Harry.

Je me laissai tomber dans un fauteuil et me donnai le temps de réfléchir sérieusement.