Télécharger la revue - Église Catholique d'Algérie

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intérieure sculptée de motifs géométriques sur

un enduit ocre rouge. Mais on peut être sensible

aussi à la seule beauté du crépi des murs fait

d'argile rouge moulée dans la paume de la main

comme autant d'empreintes anonymes des

bâtisseurs.

Dans le ksar, il faut se perdre dans les ruelles

ombragées de par leur étroitesse. Ruelles à l'air

libre ou couvertes, entrées de petites impasses

sur lesquelles s'ouvrent les portes basses des

maisons. Silence d'une ville sans voiture. Cela

donne l'impression de pénétrer dans l'intimité

d'une population que l'on aperçoit à peine.

Univers rouge, de la couleur de cette terre

qui se marie si bien avec le vert des palmiers

lorsqu'on arrive aux abords de la palmeraie,

particulièrement dans la lumière du soir.

Les deux extraits cités plus haut nous invitent

à ne pas nous arrêter à l'aspect extérieur de la

ville, aussi séduisant soit-il. En nous parlant de

la diversité des populations et de l'eau, ils nous

attirent vers ce qui fait la vie de Timimoun.

Dans la première citation, Rachid Boudjedra

évoque la multiplicité des peuplements du

Gourara dont Timimoun est la capitale. Au tout

début, il y aurait eu des populations noires. On

trouve aussi des touaregs, des nomades arabes,

des berbères et parmi eux les zénètes qui ont

conservé leur langue. Mais c'est aussi le passage

des caravanes qui a eu pour effet de laisser

des esclaves noirs vendus sur place. Il y avait à

Timimoun une place du marché aux esclaves.

Le terme de Haratin désigne ces diverses

populations noires ou métissées. Il y a eu aussi

plusieurs migrations juives. Ce sont les Juifs qui

ont apporté l'artisanat, la teinture végétale et la

poterie dans la région, nous a-t-on dit. La société

du Gourara permettait aussi aux hommes et aux

femmes de se côtoyer dans l'espace public, que

ce soit pour la touiza, pour les fêtes de mariage

ou de circoncision ; mixité remise en cause depuis

l'indépendance.

Le second extrait nous parle des foggaras : sans

eau, il n’y aurait pas eu d'oasis car ni palmeraie

ni jardins. Ici, pas de puits desquels il faut tirer

l'eau, elle coule en continu à l'intérieur des

foggaras, ces tunnels creusés sur des kilomètres

qui collectent l'eau du sous-sol et dont la pente

légère entraîne un écoulement par gravité ;

avec, au débouché, une kesria qui répartit l'eau

dans les différentes seguias menant aux jardins.

Une foggara n'est repérable que par les puits

qui jalonnent son parcours ; ils ont permis

l'évacuation de la terre lors de son creusement

et ensuite servent à son entretien. Si les foggaras

sont un système technique pour l'acheminement

de l'eau et sa répartition, elles étaient aussi liées

à une organisation sociale reposant sur l'emploi

d'esclaves qui les creusaient et les entretenaient.

Aujourd'hui, la majorité de ces foggaras n’est

plus exploitée. Soit elles sont obstruées, soit

des pompages plus profonds ont asséché leurs

sources.

On peut encore parler autrement de Timimoun.

Ainsi, la brochure de l’Office du tourisme

s’intitule Timimoun la mystique3 et un zénète

d’un certain âge, assurément un sage, nous disait

que, pour lui, Timimoun c’était la méditation, la

3 Timimoun la mystique, Office du tourisme de Timimoun, en

partenariat avec le Groupe Cevital, 2011, 32 pages.

pax concordia

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