Souviens-toi - MEMOIRE de RUGLES

memoirederugles.com

Souviens-toi - MEMOIRE de RUGLES

Guerre 1914 – 1918

Souviens-toi

Ceux qui, pieusement sont morts pour la Patrie,

Ont droit qu’à leur cercueil, la foule vienne et prie.

(Victor Hugo)

Pas de Calais – Somme – Oise – Champagne – Argonne – Marne

Campagnes fameuses dirigées contre l’Impérialisme allemand, où se distingua le caporal

Gouin Georges de la 11° Escouade (17° Compagnie) du 363° R.I. jusqu’à donner son sang

pour la Défense de la Patrie ; héros inconnu, mais sublime comme tant d’autres des 1 500 000

Français victimes de la plus horrible des guerres.

Je vais donc m’efforcer autant qu’il est possible de le faire, dans ce bref exposé, de faire

revivre non sans une angoisse profonde, les 1006 jours de souffrances terribles allant jusqu’au

sacrifice, de celui auquel je dois la vie et qui m’a tant aimé.

Ainsi que va le démontrer ce qui va suivre il eut au cours de son glorieux martyr un courage

et un moral exemplaires, une foi profonde en la Providence, une bravoure et une ténacité

extraordinaire, dignes des plus illustres soldats.

Ce pénible récit est extrait d’une part, de toute la correspondance qu’il adressa à ma mère sa

femme (soit 539 lettres), d’autre part du journal des marches et des opérations du 363° R.I.,

d’après les bulletins de l’amicale du « Trois – Six – Trois » à Marseille.

Marcel GOUIN (fils aîné de Georges GOUIN)

Page 1 sur 136 Souviens-toi


I° PARTIE LA SOUFFRANCE

1914

02 Août Jour de chaleur ! journée d’angoisse : l’Allemagne déclarant la guerre à la

France, la Mobilisation est décrétée.

La grande nouvelle est annoncée dans la ville d’Evreux, à la fois par la grosse

cloche de beffroi de la Cité, par le carillon de la Cathédrale et celui de l’Eglise

St Taurin.

Quittant son foyer dans le quartier de l’Hôtel de Ville, mon Père rejoint son

régiment à la caserne Amet, le 18° Régiment d’Infanterie Territoriale.

03 Août Sous les ordres du Lieutenant Colonel Rat, grand départ du 18° R.I.T. à la gare

d’Evreux, au milieu des adieux émouvants de la population ébroïcienne.

04 Août Courte période d’instruction à Rouen, centre du 3° corps d’armée. (Logés dans

la filature)

05 Août Longue marche par une très forte chaleur.

06 Août Pèlerinage particulier à Bonsecours.

15 Août La grande messe militaire au camp de Sotteville. (impression profonde)

16 Août Sotteville-les-Rouen. Veille de départ sur la ligne de feu.

« Affecté au 1° Bataillon – 2° Compagnie du 18° R.I.T. On voisine avec des

régiments anglais »

18 Août Arras (P. de C.) Le premier choc avec les Allemands. En marche vers

l’inconnu. (nuit du 18 au 19)

20 Août Longues marches dans la région de Bapaume.

21 Août Sans trop de pertes le régiment prend part au combat devant Lens.

23 Août La garde du canal de Beuvy. (Nord)

25 Août Le grand défilé dans Lille.

28 Août Recul vers l’arrière, le 18° bat en retraite. Pont-Rémy (Somme). Les 17° et

21° territorial sont entièrement décimés. Marche pendant 2 jours et 1 nuit.

29 Août Défilé dans Péronne. 80200

31 Août Pris part à l’assaut d’Amiens (Somme). 80000

- Exténué de fatigue -

1° Septembre Arrivée à Poix 51460 puis à Ablancourt. 51240

Page 2 sur 136 Souviens-toi


3 Septembre Au repos à Bosc- Edeline. 76750

4 Septembre Passage à Hénencourt. 80300

5 Septembre Langlay.

Court séjour en Normandie

7 Septembre Neufmarchais (Somme inférieure)

10 Septembre Rouen. Au repos. Le 18° R.I. se reforme avant de regagner les 1ères lignes.

16 Septembre Pont-Noyelles (Somme). 80115

28 Septembre Retour dans le Pas-de-Calais, charge à la baïonnette à Béthune (sort indemne

de cette terrible rencontre, mais quelle fatigue !).

30 Septembre Travaux de terrassements.

Page 3 sur 136 Souviens-toi


2 Octobre Combat de Francastel (Oise) 60480 « Les positions ennemies sont enlevées à

la baïonnette, mais le 18° R.I.T. est en partie décimé ; afin d’échapper à la

mort suis resté de longues heures au fond d’une tranchée profonde au milieu

des morts et des blessés, sommes revenus à 26 de la compagnie ».

Carte du 3 octobre : « On nous a demandé un courage surhumain pour

enlever une position, nous y avons réussi, mais hélas ! que d manquants à

l’appel, et des blessés en masse, je suis encore sorti de cette terrible épreuve,

mais bien des fois j’ai cru ma dernière heure arrivée ! ». Affecté à la 2° Cie du

18° R.I.T. SP.148. Après s’être reformé dans la plaine le régiment reprend

position de combat.

6 Octobre L’assaut de la ferme de Beauregard.

11 Octobre Creusement des tranchées.

25 Octobre Francquevillers (Bombardement intense. De garde dans les avant-postes.

1er Novembre Tous en armes, dans une grange, nous avons assisté à la messe de la Toussaint.

4 Novembre Doullens (Somme) 80600

8 Novembre Vauchelles-les-Authie. (Somme) 80560

13 Novembre Hébuterne (P. de C.) 62111 : En 1 ère ligne. Les cadavres gisent par centaines

entre les deux feux.

15 Novembre St. Léger-lés-Authie 80560 Triste défilé des régiments de l’Est réduits de

moitié.

1 er Décembre Bus-lés-Artois 80560 : Les 146 ème et 37 ème de ligne viennent délivrer le 18°

R.I.T. en mauvaise posture.

8 Décembre Amiens. Fatigue extrême.

15 Décembre De nouveau à Hébuterne (P. de C.) 62111. : Les tranchées sont loin d’être

imperméables. Le plus ennuyeux ce sont les boyaux qui mènent aux

tranchées ; ils mesurent 60 centimètres de large et 1m80 de profondeur, depuis

4 jours la pluie tombe sans discontinuer, aussi jugez dans quel état nous

sommes, quelle boue ! c’est à ne pas s’en tirer. De plus notre paille est

trempée. Les Boches n’ont pas été trop terrible ces jours derniers, l’autre nuit

nous avons eu quelques balles de leur part, aussitôt nous leur avons répondu à

forte dose, pour ma part j’en ai envoyé plusieurs centaines, cela me faisait

plaisir de dérouiller mon fusil. (Lettre du 15/12/14)

Page 4 sur 136 Souviens-toi


19 Décembre Sailly-au-Bois 62111. La cavalerie a beaucoup souffert en cet endroit, les

routes sont jonchées de cadavres de chevaux.

23 Décembre Au repos à St. Léger-lés-Authie 80560. Que cela semble bon de ne plus

entendre de si près le fracas de ces maudits obus et de pouvoir s’allonger et

dormir sur de la paille sèche.

25 Décembre Bus-lés-Artois 80560 : Noël. (lettre du 25/12/14) J’ai eu la plaisir d’assister à

une très belle messe de minuit, c’est le Lieutenant du 18° qui officiait, il nous a

fait un très beau sermon, la chorale composée d’artistes parisiens nous a

émerveillés, en même temps que l’office se déroulait, nos gros canons, dans un

fracas d’enfer envoyaient leurs bénédictions aux Boches, c’était vraiment

impressionnant. Inutile de vous dire que pendant cette messe, ma pensée fut

prés de vous tous.

28 Décembre Sailly-Saillisel 80360: Carte du 28

Nous allons passer le jour de l’an dans la tranchée viv à vis des Boches et

souhaitons de tout notre cœur qu’en voyant apparaître l’aurore de cette année

nouvelle, ce soit enfin la Délivrance.

Page 5 sur 136 Souviens-toi


Page 6 sur 136 Souviens-toi


1915

10 Janvier Arras (P. de C.) L’hiver dans la tranchée (souffre du froid et les pieds

continuellement dans la boue). Les Allemands bombardent la ville. Tous les

monuments sont détruis.

12 Janvier Hébuterne (P. de C.) 62111. : (Un peu de gaîté : la chanson d’Hébuterne

composée par un Sergent Fourrier).

L’église ne forme plus qu’un amas de pierres, le clocher venant de s’effondrer.

Les quelques maisons qui restent sont en feu.

La tâche du 18° est loin d’être

finie. Le grand point était

d’arrêter les Allemands qui se

ruaient sur Hébuterne. Pas un

mètre de terrain ne leur a été

cédé, mais au prix de quelles

pertes ! (Lettre du 13/01/15).

15 Janvier Puisieux 62116

Echec de l’attaque allemande.

23 Janvier Louvencourt

80560 Que c’est dur d’être si loin

des siens et de ne pouvoir les

voir ! Quant cette maudite guerre

finira-t-elle ? Hélas ! Personne ne

le sait, que le Maître de nos

Destinées regarde vers notre

Patrie et nous donne la Victoire

tant désirée ! (Lettre du 24/01/15)

26 janvier Havernas 80670

(16 Km nord d’Amiens) Somme.

Vacciné contre la typhoïde.

12 Février Querrieux 80115

(10 Km Nord-Est d’Amiens) :

Travaux de terrassement dans la

vallée de la Somme.

19 Février Cerisy 80800 (20 Km Est d’Amiens, sur la Somme)

« Je pars demain pour les tranchées, encore un mauvais moment à passer, mais

le courage ne manquera pas, ma pensée sera près de vous tous ! » (Carte du

19/02/15)

25 Février Vignacourt 80650 (13 Km Nord- Nord-Ouest d’Amiens) Pour combler les

vides le régiment reçoit du renfort venant d’Evreux.

Page 7 sur 136 Souviens-toi


28 Février Maricourt 80360 (43 Km Est d’Amiens) Occupation de tranchées boches

remplies de vermine.

2 Mars Carnoy 80300 (20 Km Est d’Amiens) En première ligne face à l’ennemi.

13 Mars Corbie 80800 (à coté de Carnoy) Marmitage intense.

15 Mars La Neuville-les-Corbie (extérieur ouest de Corbie) Somme.

Arrivée dans une grande ferme sur les bords du canal de la Somme, avons

couché dans la porcherie.

Page 8 sur 136 Souviens-toi


18 Mars Forceville 80560 (37 Km Nord-Est d’Amiens) : En réserve pendant quelques

jours.

20 Mars La bataille devant Corbie – Horribles visions.

La destruction systématique de l’Eglise d’Hébuternes

Page 9 sur 136 Souviens-toi


Page 10 sur 136 Souviens-toi


21 Mars Acheux -en-Amiénois 80560 (36 Km N-E d’Amiens) « Il ne faut pas se faire

d’illusions, notre tâche est encore loin d’être terminée et c’est avec courage

qu’il faut attendre l’Avenir » (Carte du 21/03/15)

Lettre du 22 mars 1915 – « Hier fut pour moi une journée bien triste car j’ai

perdu deux de mes meilleurs camarades de la section. Un obus est venu éclater

à l’entrée de notre « cagna », par miracle une fois de plus j’ai échappé à la

mort, mes deux amis ont été écartelés instantanément, l’un est mort sur le

coup, l’autre a fini dix minutes après. Lorsque la nuit est venue nous sommes

allés les mettre dans une fosse commune, sans cercueil, sans aumônier et dans

le plus grand silence pour ne pas donner l’éveil en face. Nous étions huit dans

la section et en armes. En leur rendant les derniers honneurs, de toute mon âme

j’ai prié pour eux. Avant que le grand trou se fut refermé, j’ai pris mon petit

livre et j’ai récité le « De Profundis ». Ainsi je pense avoir rempli envers eux,

le dernier service que je pouvais leur rendre. »

23 Mars Mailly-Maillet 80560 (6 Km à l’EST d’Acheux)

(Poste périlleux de grenadier)

26 Mars Pecquigny La gaîté dans les abris des boyaux : Je vous envoie une petite

fantaisie de l’habitation que j’occupe, beaucoup d’autres de ma compagnie en

ont de semblables. « Société d’Exportation Anglo-Franco-Russe fondée en

1914 (Fabrication française) Pruneaux secs – Envoi gratuit à destination de

l’Allemagne.» (Accompagné d’un dessin de circonstance)

Page 11 sur 136 Souviens-toi


29 Mars Auchonvillers 80560 (1 Km à l’EST de Mailly-Maillet)

« La nuit dernière les Boches nous ont envoyé pas mal de balles, nous avons

riposté par des feux de salve et ce matin trois des leurs sont étalés face à notre

compagnie, nous sommes contents nous avons vengé nos deux pauvres

camarades tombés à Acheux. Avec cela nos 120 et nos 75 leur ont passé

quelque chose en règle. Depuis deux jours je vous assure que c’est

assourdissant d’entendre tout ce qui passe sur nos têtes.» (Lettre du 29-3-15)

4 Avril Roye 80700 (44 Km S-E d’Amiens) (Manque absolu d’eau) Désigné pour

aller jeter des grenades dans la tranchée ennemie, sort indemne de cette sortie

audacieuse.

7 Avril Forceville 80560 (3 Km S-E d’Acheux) « Nous sommes terrés sur une

hauteur, en l’espace de deux heures, nous avons passé aux Boches plus de

15000 cartouches et peut-être 200 obus, ils doivent certainement avoir des

pertes sensibles.» (Lettre du 7/4)

19 Avril Foncquevillers 62111 (P. de C.) (14 Km N-E de Forceville) Les obus de 77 et

la fabrication des bagues.

« Profitant d’un brouillard très épais, je viens de faire une petite promenade ou

j’ai trouvé des fusées en aluminium. J’ai donc de quoi faire des bagues pour

nos trois bons diables, ce sera un souvenir pour plus tard, dans nos tranchées

aux heures si longues, beaucoup d’entre nous travaillons à limer ces bagues. »

(Lettre du 19/4/15)

Page 12 sur 136 Souviens-toi


21 Avril : De retour en première ligne à Auchonvillers 80560 (10 Km à l’EST de Forceville)

« Les voisins d’en face sont

assez calmes pour l’instant,

j’ai monté la garde toute la

nuit qui ne m’a pas semblée

trop longue. »

Lettre du 24/4/15 :

« Hier la nuit cinq de nos

jeunes de l’active formaient

un poste avancé devant mon

gourbi. Ces braves de 20

ans étaient couchés à plat

ventre et dans la boue

durant 6 heures de temps à

quelques mètres des

Boches, l’un d’eux ne

pouvant plus y tenir

tellement il faisait froid se

leva pour marcher un peu.

Soudain une salve de coups

de feu me réveilla et

j’entendis juste son dernier

gémissement : « France ! »

et ce fût fini. Ce matin le

corps de ce vaillant petit

breton put être ramené dans

nos boyaux. »

Page 13 sur 136 Souviens-toi


28 Avril Ce matin une bataille aérienne s’est déroulée sur nos têtes, un taub a été

touché, et tout en feu est venu s’écraser sur nos lignes, donc encore un de

moins à nous « canarder ». (Lettre du 28/4)

30 Avril Je crois qu’un grand mouvement se prépare actuellement, surtout de notre

coté, le canon a grondé hier sans arrêt. Les bandits ont réussi à faire tomber la

statue de la Vierge dorée (N.D. de Brebières) qui du haut de la tour de la

Basilique d’Albert dominait tout le pays.

Depuis de longs mois, la vierge était renversée ou du moins suspendue

horizontalement dans le vide, avec ses bras étendus vers nos lignes, elle

semblait bénir la ville et nous protéger.

Espérons qu’un grand châtiment est réservé à ces bandits qui s’acharnent sur

Albert. (Lettre du 30 avril)

3 Mai Englebelmer 80300 (2 Km N-O d’Auchonvillers) Au repos, passé

Ordonnance du Lieutenant Raymond et attaché au Service des Ordinaires.

10 Mai Nouveau séjour à Mailly-Maillet ou période de calme surtout du coté des

lignes adverses.

20 Mai De nouveau à Forceville 80560 (3 Km S-E d’Acheux) : Terrés sous les débris

d’une ferme. Grande Amitié avec les compatriotes Moraine et Legouet, c’est

presque la vie de famille.

Lettre du 28 Mai. « L’Italie s’est tout de même mise à nos cotés. Espérons

malgré tout que la Providence hâtera la fin de cette horrible guerre, car

maintenant un ennui général plane sur tout le monde, on est fatigué de cette vie

souterraine, de toutes ces marches nocturnes, toujours sur le « qui vive » à

guetter et à écouter. »

Page 14 sur 136 Souviens-toi


Lettre du 30 Mai. « Là ou nous sommes les cantonnements sont garnis de rats,

on a fort à faire avec ces sales bêtes, mais je commence à m’y habituer. La nuit

prés de moi j’ai un « gourdin » pour les rappeler à l’ordre, la paille commence

à devenir rare pour nous coucher. »

Une exposition

de Rats

3 Juin Arrivée à Mesnil = 80300 Mesnil-Martinsart (10 Km à l’EST de Forceville)

Les gourbis sont soumis à un marmitage intense, pour moi je ne crains rien car

je suis dans un abris blindé.

8 Juin Sommes toujours en réserve à Mesnil dans nos fameux gourbis. Surtout du

coté d’Hébuternes, nous progressons (avance de 4 Km) et 500 prisonniers,

mais que de pertes et de malheurs. Que Dieu ait pitié de nous en attendant des

jours meilleurs. (Lettre du 8/6)

10 Juin La nuit nous transportons des rails, des arbres entiers à travers le sifflement

des balles, c’est une drôle de besogne.

Page 15 sur 136 Souviens-toi


13 Juin L’attaque a commencé cette nuit. La côte est garnie de grosses pièces qui

tonnent sans cesse, c’est à en perdre la tête, tout tremble dans mon gourbis.

L’Adjudant de la 4° compagnie étant tué, le nôtre a dû nous quitter. Hier soir

plus de cent prisonniers sont passés devant nous, tous en loques et à moitié

morts de faim. L’horizon n’est que fumée et poussière. Ma compagnie est

toujours en réserve en attendant le départ.

15 Juin A travers les nappes de gaz asphyxiants le 18° Régiment d’Infanterie

Territoriale vient réoccuper Englebelmer.

18 Juin A travers plusieurs kilomètres de boyaux, il vient s’installer à Hamel. Une

rivière (l’Ancre) sépare les Français des Allemands.

24 Juin Actuellement nous subissons une véritable invasion de moustiques provenant

des marais voisins. De plus, la vermine de toute sorte nous assaille car nous

occupons des tranchées boches qui en sont garnies.

Hamel

Les bords de l’Ancre qui va se

Jeter dans la « Somme » au-de

D’Albert.

28 Juin Hier dimanche nous avons eu le messe en plein air, l’autel de fortune, était

formé par une grande caisse et des claies de tranchées.

Page 16 sur 136 Souviens-toi


2 Juillet Après une nuit entière de marche, le 18° Territorial vient se fixer tout près

d’Albert, à Millancourt. (4 Km à l’Ouest d’Albert) « Nous sommes sur la

hauteur et dominons la pauvre ville, toute en ruines. »

Page 17 sur 136 Souviens-toi


4 Juillet Entrée dans Albert, sous une pluie de mitraille. La basilique célèbre, a été

complètement saccagée part les vandales.

Aujourd’hui bonne nouvelle : 3000 prisonniers et une grosse avance sur tout le

front, tous ces Prussiens sont dans un piteux état : remplis de vermine et mort

de faim.

Le canon marche sans cesse, nos avions sillonnent les nues en lâchant de

nombreux « pruneaux » sur nos voisins.

Tout cela doit être certainement le prélude de la Victoire finale !

(Lettre du 4/7/1915)

Carte Allemande trouvée à Albert.

Page 18 sur 136 Souviens-toi


Notre Dame

de

Brebières

----

Basilique

d’Albert

(Somme)

Page 19 sur 136 Souviens-toi


La Bataille de Champagne

« Champagne Pouilleuse »

5 Juillet Arrivée à Ribemont 02240 (92 Km à l’EST d’Albert et 18 Km à L’EST de

Saint Quentin le long de l’Oise)

A l’heure où je vous écris, nous venons enfin de quitter une fois de plus ce

département de la Somme, direction inconnue, au loin le bombardement fait

rage. Il ne faut pas s’en faire et suivre la destinée.

Nous avons devant nous des ennemis vraiment forts. Cependant nous espérons

des jours meilleurs et surtout des lieux plus tranquilles au bout de cette longue

marche sous un soleil de plomb. (Lettre du 5/7)

7 Juillet Sommes-Tourbe 51600 (Près de Mourmelon) ( 157 Km au S-E de Ribemont)

« Très fatigué » Arrivés non loin du Camp de Châlons.

9 Juillet Perthes-Beauséjour (Marne) où « La Champagne Pouilleuse »

Les bois marécageux

et le « tortillard »

de Somme - Tourbe

10 Juillet Perthes-les-Hurlus 51600 La grande chaleur continue.

12 Juillet Sommepy 51600 (14 Km N-O de Perthes) « Hier nous avons engagé une lutte

farouche avec nos adversaires, après quelques échauffourées, je suis rentré

dans nos lignes sain et sauf. Au cours de la mêlée je me suis trouvé en

présence d’un Allemand qui agonisait au fond d’un trou d’obus. Ce

malheureux avait le corps coupé en deux à la hauteur du bassin. En me voyant,

il me fit signe de l’achever tellement ses souffrances étaient atroces.

Réellement il m’a fait pitié alors j’ai sorti ma petite fiole et lui en ai fait boire

une bonne goutte ce l’a ranimé un peu.

Le pauvre diable semblait me remercier de son regard qui, peu à peu

disparaissait. Néanmoins je pus comprendre par des signes de lui couper un

bouton de sa capote ensanglantée en signe de reconnaissance et comme

souvenir, ce que je fis immédiatement. A peine avais-je enlevé le bouton qu’il

rendait le dernier soupir. Ensuite j’eus juste le temps de me sauver pour ne pas

être fait prisonnier. »

Page 20 sur 136 Souviens-toi


13 Juillet Somme-Suippes 51600

(18 Km au sud de Sommepy et à 4 Km à l’E de Suippes)

Au repos. Les caves sont garnies de rats.

16 Juillet Ville-sur-Tourbe 51800 (26 Km à l’EST de Somme-Suippes)

Entrée dans ce village. Assaillis par des nappes de gaz asphixiants.

31 Juillet Retour de permission de Normandie-

« Je viens d’arriver ce matin, le voyage a été bien long. Avant-hier j’étais vers

midi à Achères, à 5h du soir à Paris, reparti à 9h à la gare de l’Est, arrivé à

Troyes hier à 6h du matin, j’ai été consigné une partie de la journée dans cette

ville, enfin cette nuit à 3h j’étais rendu à Somme-Suippes. » (Lettre du 21/7)

Page 21 sur 136 Souviens-toi


4 Août « Avons passé la nuit dans un bois, puis avons marché toute la journée. Nous

voila arrivés dans un camp de Châlons, nous avons passé devant Mourmelon

le Grand. Occupons maintenant un grand bois, nous couchons sous nos toiles

de tente, on se garantit tant bien que mal avec des branchages. » (Lettre du

4/8/15)

Au milieu

des bois

15 Août Sur un caisson je suis allé à Mourmelon le Grand où j’ai pu assister à la

messe en ce jour de l’Assomption.

22 Août Ce matin notre « lieutenant-Aumônier » nous a dit la messe au milieu du bois,

c’était d’une grande simplicité mais très imposant, nous étions très nombreux,

comme musique nous avions le tir des batteries. (Lettre du 22/8/15)

27 Août Hélas, notre tâche est loin d’être finie, il y a encore de grands efforts à faire

pour hâter la victoire et c’est de grand cœur que nous serons là « encore ».

1 er Septembre Nous avons de quoi nous distraire, les caves sont garnies de rats gros comme

des lapins, de plus les marmitas passent sur nos têtes presque sans arrêt. En fait

de lit, nous disposons d’une botte de paille sale pour trois, mais je dors quand

même.

2 Septembre Occupé au ravitaillement et à l’escorte des prisonniers boches que l’on

emmène au Camp par centaines.

10 Septembre Lépine (Marne) 51460 (29 Km Sud de Mourmelon et 7 Km EST de Châlons)

« Les premières lignes Allemandes sont très proches. Cela ne fait rien. De

toutes nos bouches, il ne sort qu’un cri : « On ne passe pas ». Ce qui nous

donne de l’espoir que leurs efforts sont presque tous vains dans ce secteur. »

(Lettre du 10/9/15)

18 Septembre L’active ayant fait un grand bon en avant, nous sommes occupés sur le champ

de bataille à enterrer les morts qui gisent hélas en très grand nombre. Une

fosse commune et immense est creusée à l’arrière, nous accomplissons ce

pénible travail, n’étant plus à la vue de l’ennemi.

22 Septembre Suippes 51600 (20 Km au nord de Lépine) Veille de grande attaque, en

attendant l’heure « H » pour aller « à la fourchette ».

Page 22 sur 136 Souviens-toi


26 Septembre Mourmelon le Grand (12 Km à l’Ouest de Suippes) Bombardement intense,

combats en compagnie des nègres (Sénégalais, Malgaches).

28 Septembre « Depuis hier ; le canon n’arrête plus, ce matin nous en sommes tout étourdis.

L’horizon n’est que feu et espérons que nos vaillants nègres avec leurs grands

couteaux, vont nous ouvrir un bon passage dans la mêlée. » (Carte du 28/9/15)

30 Septembre « Des tas formidables de cadavres boches sont amoncelés dans leurs tranchées,

nous sommes obligés de passer par-dessus pour ravitailler les nôtres. C’est

horrible à voir ! » (Lettre du 30/9)

8 Octobre St Hilaire le Grand 51600 (8 Km au N-E de Mourmelon)

Le bombardement fait rage, hier un obus de 420 est tombé non loin de mon

abri. Seize chevaux ont été réduits en morceaux, ainsi que deux malheureux

Territoriaux de 18°.

11 Octobre Souin (6 Km à l’EST) (Aujourd’hui 51600 Souain-Perthes-lès-Hurlus)

« L’active s’est emparée hier et de haute lutte de la forteresse de « Souin ». Je

vous dirai que le 18° est toujours employé dans sa tâche nocturne à enlever les

morts sur le champ de bataille. Les sauvages de boches ne respectent même

pas ce travail si grand qui est fait également pour les leurs. Sous le coup des

marmites et des obus asphyxiants beaucoup des nôtre y restent dans cette

pénible besogne, mais il faut quand même le faire, le devoir passe avant

tout ! » (Lettre du 11/10/15)

15 Octobre Nous nous préparons à occuper les tranchées conquises, nous serons les

gardiens vigilants de ces lignes boches, où le sang de nos héros a tant coulé et

comme dans la Somme, de toutes nos forces, nous disons à ces bandits :

« Vous ne passerez pas ! ».

17 Octobre Epernay 51200 (35 Km à l’arrière) Très fatigué à la suite du dernier combat,

nous n’en pouvons plus, mais nous sommes contents d’avoir rempli hautement

notre Devoir envers le Patrie.

19 Octobre Arrivée en camion à Clermont 60600 (Dans l’Oise) (160 Km en arrière)

Page 23 sur 136 Souviens-toi


20 Octobre Catenoy 60840 (26 Km de Compiègne) (9 Km à l’EST de Clermont) C’est

enfin à l’arrière un repos bien gagné mais qui va être de courte durée.

Quelques bons jours chez de braves fermiers avec l’Ordonnance du capitaine.

1 er Novembre Liancourt 60140 (Oise) (7 Km au sud-ouest de Catenoy) Veille de départ

pour l’inconnu.

14 Novembre Laisy le Grand Arrivé dans ce village par un froid très rigoureux. Une

multitude de piquets entourés de fils barbelés (Zone quasi infranchissable)

nous séparent des tranchées ennemies.

25 Novembre Au cours des dernières batailles, nos régiments ont rudement trinqué, sur 3000

hommes, 1620 seulement en sont revenus, les vides sont déjà comblés par les

Coloniaux.

3 Décembre En réserve à Sacy (Marne) (11 Km au Sud-Ouest de Reins)

Du 12 au 21/12/15 Seconde permission à Rai (Orne)

Douce joie de se retrouver en famille.

27 Décembre Poix 80290 (Somme) (30 Km au sud-ouest d’Amiens)

« Longues marches sous la pluie. Revue par le Général Marchand.

Lassitude extrême. Depuis 4 jours nous ne faisons que marcher sur la marne

détrempée, nous sommes de véritables paquets de boue, nous n’avons je crois

jamais été aussi sales, nous en avons honte de nous-même.

Nous nous dirigeons vers des lieux inconnus ! » (Lettre du 27/12)

Page 24 sur 136 Souviens-toi


1916

1 er Janvier « Arrivés en chemin de fer dans l’embouchure de la Somme. Venons de

débarquer à Noyelle sur Mer 80860 (15 Km au N-O d’Abbeville), mais nous

repartons ce soir après avoir pris un peu de repos. Quel triste jour de l’an, être

si loin de ceux que l’on aime, enfin espérons que c’est le dernier que l’on

passe ainsi et que cette troisième année de guerre nous apportera la paix tant

désirée. (Lettre du 1/1/16)

3 Janvier Le Crotoy 80550 (Baie de Somme) (9 Km au nord de Noyelle) Nous sommes

aux portes du Crotoy, petit port de Picardie, mais pour peu de temps hélas !

Quel heureux changement, au lieu d’avoir les tranchées boches devant soi, la

mer s’étale à nos yeux jusqu'à l’horizon, mais il fait bien froid.

10 Janvier Après avoir respiré un peu d’air salin de la Manche, nous voila de nouveau

dans les terres. Chaque jour, nous faisons des marches de 30 km, ce soir nous

allons occuper une grande ferme, dans le lointain le bruit sourd du canon

raisonne sans trêve ! La fatigue se fait un peu sentir.

12 Janvier Occupé à la taille des arbres dans une grande propriété.

14 Janvier Arrivé à Mouvion en Ponthieu 80860 (20 Km à l’EST de Le Crotoy) Après

deux jours de marche, « pour l’instant je suis employé dans un café à la vente

du vin ».

17 Janvier Arrivons aux murs d’Abbeville 80100 (13 Km au sud de Mouvion), nous

devons traverser la ville ce soir.

19 Janvier Ansauvillers 60120 (93 Km au S-E d’Abbeville) Avant de repartir nous

faisons halte dans la petite bourgade d’Ansauvillers.

16 Février Traversée de Montdidier 80500(12 Km au N-E de Ansauvillers), au milieu

des ruines sous la neige.

18 Février Tilloloy 80700 (18 Km à l’EST de Montdidier) Nous voila donc revenus en

face de ces Messieurs les boches ; les gaz asphyxiants font rage mais nous

avons nos masques.

Page 25 sur 136 Souviens-toi


L’église de Tilloloy

Page 26 sur 136 Souviens-toi


Le Château de Tilloloy

Page 27 sur 136 Souviens-toi


L’église de Tilloloy

23 Février Bus en Artois 80560 (80 Km au nord de Tilloloy, entre Amiens et Arras) « A

20 mètres des Allemands ». Nous venons de toucher des peaux de mouton

pour nous garantir du froid, la neige tombe abondamment dans la tranchée.

2 Mars Au repos à Maignelay 60420 (Maignelay-Montigny 100 Km au sud de Bus en

Artois), nous couchons dans une grange au milieu de la plaine.

6 Mars Rollot 80500 (12 Km au N-E de Maignelay) Ici il fait un froid des plus

rigoureux, beaucoup de Territoriaux ont les pieds gelés, moi je suis toujours en

bonne santé.

11 Mars A l’abri sous les ruines de l’Eglise de Tilloloy (8Km au N-E de Rollot), Eglise

soumise à un bombardement intense.

13 Mars Popincourt 80700 (Dancourt-Popincourt 2 Km au N-O de Tilloloy) L’enfer

recommence, Poste de voltigeur. L’attaque Française et la contre-attaque

Allemande. Le 18° R.I.T. a beaucoup souffert. Ce matin les vides ont été

comblés par des Coloniaux. D’un autre coté, pour des raisons inconnues,

beaucoup de mes camarades vont quitter le régiment, ils sont déjà affectés au

42° Colonial. (Lettre du 13/3/16)

16 Mars Grivillers 80700 (2,5 Km à l’Ouest de Popincourt) Quelques bons moments

au bureau du Commandant.

27 Mars De retour à Tilloloy

(Cuisinier dans les caves du château - - - - remplies de rats)

Page 28 sur 136 Souviens-toi


18 Avril Bus (80 Km au nord de Tilloloy) Un 155 est tombé sur notre abri, tout a volé

en éclats, par miracle nous en avons été quitte pour la peur.

18 Avril En réserve à Rocquencourt 60120 (90 Km au sud de Tilloloy)

14 Mai Beuvraignes 80700 (31 Km à l’EST de Rocquencourt)

Fonction de vaguemestre à travers les boyaux.

3 Juin Onvillers 80500 (11 Km au S-O de Beuvraignes)

« Mon Cher Petit Marcel » Demain en ce beau jour de ta Première

Communion, je n’aurai pas le grand bonheur d’être auprès de toi, mais j’y

serai quand même par la pensée et je ne doute pas que le Bon Dieu exaucera

tes bonnes prières en cet heureux jour. (Lettre du 3/6/16)

Barricades à Beuvraignes

9 Juin Sous les ordres du Lt Colonel Rat, le 18° R.I.T. est de retour dans les

communs du château de Tilloloy. L’ennemi est assez calme.

16 au 26 Juin En Permission à Rai (Orne)

8 Juillet Tilloloy 80700 « Grande épreuve ! Ce jour j’ai reçu l’ordre de quitter

définitivement mon cher régiment comme c’était à prévoir. Que c’est dure de

se séparer avec des camarades avec qui, pendant deux ans, j’ai partagé les

mêmes misères. Je vous dirai que les officiers, ceux du bureau et beaucoup

d’amis ont tenu à me serrer bien fort la main avant de les quitter. Enfin à la

grâce de Dieu ! Je suis bien résigné à ce pénible sort, le devoir passe avant

tout. (Lettre du 8/7/16)

Page 29 sur 136 Souviens-toi


9 Juillet Roclincourt 62223 (90 Km au nord de Tilloloy prés de Lens)

Affecté au 363° Régiment d’Infanterie (Active), Lt Colonel Dauphin,

Régiment de Nice composé exclusivement de Provençaux, de Corses et Bas-

Alpins.

« Quel contraste ! J’ai trouvé ici une discipline de fer, mais je m’y suis bien

accommodé. Tous ces types du Midi ne parlent que leur patois dont on ne

comprend pas la moindre syllabe. Où sont donc mes vieux copains du 18° avec

qui je pouvais échanger mes impressions. Ici, le canon tonne sans cesse, les

grosses pièces marchent continuellement et du coté des lignes ennemies tout

vole en éclats. Il faut donc se faire à tout. Certainement une grande épreuve

nous attend. Que Dieu ait pitié de moi ! » (Lettre du 9/7)

10 Juillet Affecté à la 17° Cie du 363° R.I. S.P.194

Le 18° R.I.T. vient d’être dissous.

14 Juillet Mon nouveau régiment se livre surtout à l’exercice et à de longues marches

nocturnes que je supporte facilement. Enfin dans ma section j’ai un camarade

qui parle français, quel soulagement de pouvoir enfin se comprendre. Il est de

Chaumont (Haute Marne), il se nomme Lux, c’est un bien brave garçon.

15 Juillet En marche dans la direction d’Amiens.

Cathédrale d’Amiens

Contre les projectiles : Le grand portail est protégé par des sacs terre.

Page 30 sur 136 Souviens-toi


16 Juillet Arrivée à Bray sur Somme 80340 (40 Km EST d’Amiens)

« Nous devons faire partie de la prochaine vague d’assaut, je porte sur moi,

mes Chères Photos de vous tous qui vont me suivre au combat, une petite

colline nous sépare seulement des bandits. » (Lettre du 16/7)

En Artois, la Bataille de la Somme se prépare. C’est l’Offensive générale qui

va dégager Verdun.

Georges V Roi d’Angleterre et R. Poincaré Président de la République passent

en revue les troupes qui vont combattre pour la cause commune. (Derrière eux,

le Maréchal Joffre.)

Page 31 sur 136 Souviens-toi


La Bataille de la Somme

(par J. D’Arrosi de la 12° Cie)

Où se couvrit de gloire le 363° Régiment d’Infanterie

« C’est le fracas de l’Enfer

L’irrésistible orage

D’une averse de Fer »

18 Juillet La Neuville les Bray 80340 (1Km au sud de Bray)

Le soir dans la tranchée, nos poilus vaguement inquiets et graves, regardent làbas

vers le ciel rouge : Le jour meurt embrumé d’ombres sanguinolentes qui

flottent sur les monts, laissant gronder encore par les cimes tremblantes la

foudre des canons.

20 Juillet Dés l’aube du 20 juillet, par beau temps clair, un ouragan de feu inouï s’abat

sur les tranches boches et l’attaque du 363° débouche dans un élan superbe où

la forteresse de Curlu (13Km au N-E de Neuville) est enlevée de haute lutte,

mais non sans de grosses pertes (500 Allemands sont capturés)

22 Juillet Assaut du bois de Hem (2,5 Km S-E Curlu) et prise du fortin de Biaches (10

Km à l’EST de Hem sur le coté sud de la Somme) qui est perdu peu après et

repris par les Coloniaux.

26 Juillet Un brouillard épais couvre la vallée de la Somme, ce qui gène

considérablement la progression du 7° Corps.

28 Juillet Le 363° R.I. vient relever le 133° 4H45 ! L’attaque d’ensemble dirigé par le

Général De Bazelaire est entravée par le brouillard et échoue. Le 363° attaque

alors devant le bois de Hem.

2 Août Curlu (Dans la tranchée de 1° ligne) Lettre du 2/8/16

« Avec Lux, je suis terré dans une sorte de trou creusé dans un talus, en guise

de sommier nous couchons simplement sur la pierre, c’est vraiment dur, nous

en sommes tout meurtris. »

Page 32 sur 136 Souviens-toi


4 Août Hier le bombardement fut plus violent que d’habitude. Cette journée devait

être funeste à mon pauvre camarade Lux.

A midi dans notre terrier un éclat d’obus lui a traversé les reins et sorti par

l’abdomen. Le malheureux a duré une ½ heure ainsi et il est mort en pleine

connaissance. Après lui avoir pansé son affreuse blessure je lui ai fait boire un

peu d’eau de vie, cela l’a ranimé un peu mais il n’y avait rien à faire. Il m’a

parlé de sa femme, de sa mère et toujours en me serrant la main il m’a dit :

« Toi tu as été pour moi un bon camarade » et ce fut fini.

Je l’ai enveloppé dans une toile de tente et suis resté auprès de lui tout en

priant Dieu pour le repos de son âme. Le soir les brancardiers ont emmené le

corps de ce héros pour qui j’avais tant d’estime. Tout cela s’est déroulé sous

un bombardement terrible. (Lettre du 4 août)

5 Août Nous voisinons maintenant avec les noirs, ce sont de véritables lions en furie,

il faut voir avec quelle ardeur ils bondissent dans les tranchées boches qui sont

jonchées de morts. Nous venons d’occuper la 1 ère , c’est horrible à voir. Dans

l’affaire j’ai reçu un éclat sur la partie supérieure de mon casque, j’en ai été

quitte pour la peur.

6 Août Cléry 80200 (5,5 Km à l’EST de Curlu)

« 5 heures du matin ! En même temps que le lever du soleil l’attaque du 363

débouche dans un élan sublime. Après un 1 er bond de 50 mètres, ma

compagnie est tombée sur un fortin que nous avons arrosé à la grenade, il

n’opposa pas trop grande résistance et bientôt ses occupants se sont rendus au

nombre de 200, sauf toutefois le capitaine boche qui a préféré se faire sauter la

cervelle au lieu de se rendre.

Après cette capture, nouveau bond de 100 mètres à travers la mitraille, bien

vite nous nous sommes creusés une tranchée à la hâte, mais quel épuisement je

suis presque à bout de force.

Au cours de cet assaut, j’ai été enterré deux fois par de grosses marmites, un

moment j’ai bien cru être assommé, la tête m’en fait encore mal, mais surtout

tranquillisez-vous, ce n’est rien. » (Lettre du 6/8)

Page 33 sur 136 Souviens-toi


8 Août C’est sur le plateau de Hem 80360 (5 Km à l’ouest) que le régiment attaque à

nouveau le fameux bois ainsi que le bois du Ver, d’un seul bond il atteint son

objectif et s’y acharne mais au prix de lourdes pertes.

Le Bataillon Leverger fait 120 prisonniers et capture 7 mitrailleuses. Le

Bataillon Campanyo est presque décimé, un nid de mitrailleuses ennemies à la

corne ouest du bois est l’âme de la résistance et le point de plusieurs contreattaques

boches qui sont vite repoussées.

Il faut noter ici la conduite particulièrement brillantes du Commandant

Campanyo et l’élan superbe de tout son bataillon, la mort héroïque du

Capitaine Lieutier, du Capitaine Matteï, des Sous-Lieutenants Dozol et Bagny

ainsi que la bravoure du soldat Guelfucci de la 18° Cie qui faisant face à la

contre-attaque, défend un barrage très dangereux et combat à la grenade durant

plusieurs heures, encourageant ses camarades en répétant « Ils ne passeront

pas ».

Qui donc immortalisera la fin héroïque du Capitaine Rochegude, commandant

la 6° Cie de mitrailleuses.

Devant l’attaque il est monté servir lui-même une de ces pièces

particulièrement bien placée à la position du « Rocher » d’où il décime

longtemps les vagues d’assaut ennemies, cependant un groupe d’Allemands

réussit à l’approcher par la gauche, il est cerné et couché en joue par six fusils

il est sommé de se rendre, pour toute réponse il sort son révolver et tombe

criblé de balles.

Et l’Adjudant Ferrandi de la 23° Cie qui blessé par un éclat d’obus dans la

parallèle de départ, ne veut pas quitter ses hommes, saute le 1 er hors de la

tranchée et est tué en atteignant l’objectif, et que d’autres encore dont il

faudrait rappeler les actes de vaillance dont un trop grand nombre hélas furent

mortellement blessés.

Le terrain conquis est sommairement organisé par le Régiment qui reste sur

place jusqu’au 10 août pour être relevé par le 60° R.I.

Depuis le 1 er août, les pertes subies par le Trois-Six-Trois s’élèvent à 22

officiers et à 635 hommes de troupe.

9 Août Lendemain de la Bataille.

« Ma Cie est réduite de moitié. De toutes parts les morts jalonnent le terrain.

Par cette grande chaleur nous respirons une odeur insupportable. Les

Allemands nous harcèlent de contre-attaques qui sont toutes repoussées, en ce

moment, ils nous bombardent dans les grandes largeurs, mais nous sommes

bien cachés, inutile de vous dire que j’aspire au repos car je n’en puis plus,

mon choc à la tête n’a pas eu de suites. (Lettre du 9/8/16)

Le Régiment a besoin de se reformer et surtout de se reposer, il vient à

l’arrière dans la direction de Villers-Bretonneux 80800 (43 Km à l’Ouest de

Hem) prés d’Amiens où il doit rester en réserve de Corps d’Armée jusqu’au 1 er

septembre.

Page 34 sur 136 Souviens-toi


Les survivants de la Bataile.

13 Août Au repos à Cerisy 80800 (12 Km N-E Villers-Bretonneux)

« Quel soulagement de ne plus sentir continuellement cette odeur cadavérique

et d’être une fois de plus sorti de « l’Enfer ».

Nous étions à moitié morts de soif. Dés que nous avons aperçu la petite source

du village, ce fut une ruée indescriptible, quel bonheur de pouvoir se désaltérer

à son aise. Nous nous sommes étendus ensuite dans les rues n’importe où et

nous avons dormi ainsi presque une journée.

Hier le Lieutenant-Colonel Dauphin nous a rassemblés et nous a dit toute

l’admiration qu’il avait pour nous, car nous avions rempli a-t-il dit, notre

Devoir envers la Patrie jusqu'à l’extrême limite, et c’est la vérité. Il a félicité

en particulier la 17° Cie pour la prise du Fortin. Ensuite nous avons rendu les

honneurs et salué nos Chers Camarades tombés là-bas si vaillamment.

(Lettre du 13/8)

15 Août Villers-Bretonneux 80800 (Somme) Arrivé dans ce pays après une marche de

10 Km. Repos bien gagné. Souffre légèrement de la tête à la suite de la

commotion reçue par l’obus de Cléry.

La Mi-Août 1916.

Je viens d’assister à l’Office grandiose célébré en l’Eglise de « Villers » à la

mémoire des héros du 363° tombés dans la dernière fournaise. Tout l’édifice

était comble, les Etats Majors, les Officiers Supérieurs, tous y assistaient.

Lettre de Madame Lux adressée à mon Père :

Chaumont, le 12/8/16

Monsieur,

Depuis lundi que je sais la fatale nouvelle qui brise ma vie à tout jamais il m’a

encore été impossible de vous écrire. Je vous remercie pour les bontés que

vous avez eues mon cher Alexandre jusqu'à son dernier moment et vous en suis

reconnaissante pour la vie.

Aussi je voudrais qu’un jour vous puissiez venir me voir pour me parler de lui

et me répéter ce qu’il vous disait dans les derniers jours de son existence.

Dites moi quelle blessure a eue mon Bien-Aimé, ce qu’il a dit avant de

mourir ? S’il a eu les secours de la religion, dans ce cas me donner l’adresse

de l’Aumônier ? Dites-moi aussi si on a pu l’enterrer, dans quel endroit et si

vous pensez que s’il m’est impossible de le ramener, je puis espérer avoir la

consolation d’aller prier un jour sur sa tombe ?

Page 35 sur 136 Souviens-toi


A-t-on pris ce qu’il avait sur lui et puis-je espérer avoir cela comme dernier

souvenir ?

Je termine, Monsieur, en vous remerciant d’avance pour tout ce que je vous

demande en vous envoyant à nouveau toute ma reconnaissance et vous

assurant de ma meilleure sympathie.

Signé. Jeanne Lux

(Secrétaire du Directeur de l’Usine à Gaz de Chaumont)

22 Août « Le repos se poursuit dans de bonnes conditions à Villers-Bretonneux,

hélas ! il va bientôt falloir songer à reprendre le chemin des premières lignes,

car notre Devoir est encore bien loin d’être achevé.

Hier nous avons reçu du renfort, cette fois ce sont des jeunes de la classe 16

(18 et 20 ans) en majeure partie Auvergnats et Corses. Cela fait donc 3 patois

différents à entendre, ainsi les goûts sont variés.

Que c’est pénible à la pensée qu’il va falloir mener ces pauvres gosses au

combat. Ils sont tous d’une franche gaieté, ce qui nous déride un peu.

(Lettre du 22/8/16)

24 Août Maucourt 80170 (26 Km S-E de Villers) « Ici il fait une chaleur torride, je

vous dirai qu’avec moi j’ai deux petits auvergnats, ce sont de braves gars

remplis de courage et de bonne volonté.

Hier le Colonel nous a présenté officiellement les jeunes recrues. En

s’adressant à eux, il leur a dit : « Jeunes gens ! vous êtes au milieu de braves

gens qui viennent de remplir hautement leur devoir. Suivez les et nous ferons

plus encore ! » (Lettre du 24/8)

25 Août Grande nouvelle, je viens d’être nommé « grenadier », rassurez-vous je sais

fort bien me servir de cet engin terrible qu’est la grenade et au lieu de faire

partie des premières, je ferai partie des secondes vagues d’assaut, afin de

nettoyer complètement les repaires de messieurs les Boches.

29 Août Dernier exercice à la grenade avant de retourner au feu.

1 er Septembre Cette nuit en venant prendre position à nos postes avancés, les Allemands

profitant de la relève, nous ont envoyé une surprise : toute une avalanche

d’obus à gaz lacrymogène. (gaz qui s’attaque principalement aux yeux)

Aussitôt nous avons mis nos masques et avons bien résisté.

2 Septembre Le 363 est donc revenu dans la « danse » et se prépare à attaquer la longue

ligne de tranchées qui s’étend du bois de Savernake à Cléry en passant par le

village de « Forest », (tranchées Savernake – Brody – du Caucase – de la

Crosnière – Sivas – Mossoul – Fryatt et de Terline) en direction générale de

Bouchavesnes. Le régiment relève le 133° R.I.

3 Septembre Au jour « J » (3/9/16) et à l’heure « H » (13 heures) sous le barrage roulant, les

vagues d’assaut grimpent et s’alignent impeccablement sur le « Bled » martelé

et fumant, à l’assaut de la fameuse tranchée de « Terline » puis de la route

Cléry – Maurepas.

Après un combat acharné, derrière nos fameux tanks « Renault » les objectifs

sont atteints surtout par le 5° bataillon (Commandant Bétier) non sans des

pertes sévères.

Page 36 sur 136 Souviens-toi


A signaler la conduite héroïque du Commandant Dessallois, donnant un

exemple magnifique d’énergie et de bravoure, tombé à la tête de son bataillon

après avoir fait de nombreux prisonniers.

Malgré le marmitage et de furieuses contre-attaques ennemies dans la nuit du

3, le terrain conquis est intégralement conservé et aménagé.

4 Septembre Le régiment est relevé par la 8° Brigade de chasseurs. Depuis le 1 er septembre

il a perdu à nouveau 19 Officiers et 615 hommes de troupe.

Ainsi notre beau régiment du Midi avait pris sa large part de gloire à la

Bataille de la Somme.

Il en fut récompensé par 5 Croix de Chevalier de la Légion d’Honneur,

20 Citations à l’Ordre de la 4° Armée,

13 Citations à l’Ordre du 7° Corps d’Armée,

77 Citations à l’Ordre de la 41° Division,

91 Citations à l’Ordre de la 152° Brigade et de très nombreuses citations à

l’ordre du régiment.

Le régiment tout entier est glorifié en même temps que son Chef dans la

brillante citation à l’ordre de l’Armée. (O/Gal N°399) du 9 Octobre 1916

« Est cité à l’ordre de l’armée, le 363° R.I. sous les ordres du Lieutenant

Colonel Dauphin ».

Le 3 septembre 1916, après avoir franchi sous de violents barrages d’artillerie

et de mitrailleuses un terrain de 1200 mètres en terrain découvert, a

brillamment enlevé une très puissante organisation ennemie, a fait à l’ennemi

800 prisonniers lui enlevant 27 mitrailleuses et 13 canons.

Bien que durement approuvé par un bombardement intense a conservé la

position arrachée à l’ennemi. J. D’Arrosi.

Aux Armées, le 7 Septembre 1916

Ma Pauvre Petite Louise,

Oh ! Nuits atroces, jours inoubliables que l’on a passés sur cet immense champ

de bataille.

Ce midi j’ai encore la tête bien lourde pour t’écrire, mes camarades dorment,

mais je n’ai pas sommeil, il faut que je vous parle à tous de cette grande

bataille du 3 à laquelle j’ai participé, me voila encore bien fatigué et exténué

comme une véritable loque mais heureux d’avoir pu employer toutes mes

forces jusqu’au bout.

Ce que j’ai vu est atroce et dépasse l’imagination humaine, nous avons peutêtre

plus de pertes que la fois précédente mais le résultat est beau, en l’espace

de 4 heures plus de deux kilomètres ont été enfoncés. Nos grands Chefs sont

ravis, les jeunes nous ont grandement secondé et sans défaillance,

malheureusement presque tous manquent, ce qui m’a fait du mal ce sont

surtout leurs plaintes déchirantes et leur appels désespérés : « Maman !! »

avant de mourir, que de sang versé si généreusement, mon Capitaine, mon

Lieutenant y sont restés, à ma section nous sommes revenus à 9 sur 40.

Page 37 sur 136 Souviens-toi


Maintenant parlons un peu de ma personne, moi qui pensais être le soutien j’ai

été un peu surpris en entendant prononcer ce mot : « Attaque ». Allez, j’ai bien

pensé à vous tous !

Enfin l’heure « H » est venue je suis parti d’un pas lent mais bien ferme car

devant cet entraînement général je m’étais vite ressaisi.

Midi – Midi ½ - Midi ¾ - Encore un quart d’heure peut-être à vivre pour

beaucoup d’entre nous. Ces dernières minutes sont longues et atroces.

1 heure juste ! Sous le cri du Lieutenant de : « En avant !» d’un bond unanime

nous avons sauté hors de la tranchée.

Le bombardement est un peu ralenti car depuis deux jours c’est sans relâche,

cependant les marmites font feu de barrage. En pensant à vous tous, j’ai bien

prié.

Je pars bien décidé, mon fusil d’une main et une grenade de l’autre. Je n’ai pas

fait 50 mètres qu’une balle passe entre mon sac et mon épaule, déchire ma

capote, ma chemise et me fend la peau sur l’épaule à peu prés sur dix

centimètres. Vite je saute dans un trou d’obus et me fais panser, mais cela ne

vaut pas la peine de s’en faire pour si peu et aussitôt je repart.

Nous sommes tombés alors sur un fortin mais ces Messieurs nous attendaient,

le feu était si terrible que j’ai dû rester dans un trou de marmite des heures et

des heures. Là je me suis employé à mon tour à panser les blessés.

Que votre flacon d’eau de vie m’a rendu service, je leur en ai fait boire.

Pendant deux jours je n’ai pas bu mais cela ne fait rien avec mes deux bidons

j’ai soulagé de terribles souffrances ! J’ai encore devant les yeux cette horrible

vision que l’on ne peut s’expliquer.

Quoique étant légèrement engourdi surtout ne vous tourmentez pas pour ma

petite blessure car elle m’a peut-être sauvé la vie.

Ce matin j’ai pris le sac d’un camarade mort, de ce fait j’ai pu me changer car

j’en avais réellement besoin.

Dans la nuit du 4 j’ai du aller chercher des munitions sous le bombardement au

milieu des morts et des blessés, j’ai marché et rampé bien des heures, c’est là

que j’ai perdu toutes mes affaires. La nuit fut bien longue et le matin au petit

jour nous avons enfin été relevés, toujours sous le feu des marmites mais je

m’en suis bien tiré.

Hier Le Forest et Cléry ont sautés et nous voilà bientôt aux portes de

Péronne.

Aujourd’hui nous sommes en rase campagne. J’oubliais de vous dire qu’avanthier

avec mon sergent, j’ai capturé prés d’un bataillon. Je peu vous dire que

j’ai lancé des grenades et tiré des cartouches, cela les tenait en respect, aussi je

suis content de moi.

Signé : Georges

Page 38 sur 136 Souviens-toi


L’Officier allemand

- L’orgueil, La Force

- Fidèle à la foi jurée à

l’Empereur et à

l’Empire

- Homme de fer

- Machine à conduire

les hommes et à les

broyer.

Le Soldat allemand

- Rouage solide du

matériel humain

- Atteint l’héroïsme par

la discipline

- Fait le sacrifice de sa

vie pour l’Idéal qu’on

lui a enseigné

- Loyal, consciencieux

suit par devoir ses

chefs jusqu’au bord

du gouffre.

Le Soldat Français

- Un cerveau qui

comprend

- Un cœur qui vibre

- Atteint l’héroïsme par

l’initiative

- Fait le sacrifice de sa

vie pour l’Idéal qu’il

s’est créé

- Chevaleresque,

gouailleur suit ses

Chefs jusqu'à la mort

quand il les aime

- L’homme qui souffre

pour la liberté qu’il

adore

- Celui à qui la France

doit d’être resté la

France.

- Personnifications -

Page 39 sur 136 Souviens-toi


8 Septembre Passons lentement sur la Butte de Curlu.

10 Septembre Chipilly 80800 (32 Km en arrière) (au repos)

Classé avec le N°1 dans la liste des citations de la Compagnie.

De par leurs faits, les 229° et 363° R.I. sont classés dans les 1 er régiments de

France. Le Lt Colonel Dauphin est cité à l’Ordre de l’Armée.

11 Septembre Fresnoy au Val 80290 (51 Km en arrière, 20 Km au S-O d’Amiens)

Chargé de m’occuper de deux escouades. Mon épaule est presque guérie.

Seconde lettre de Madame Lux :

Cher Monsieur,

Soyez persuadé que je ne vous oublie pas dans mes prières. Tâchez d’avoir

beaucoup de courage. On dit que cette guerre finira bientôt. Songez à ce

moment et au bonheur que vous aurez de retrouver ceux que vous aimez et qui

vous aiment.

J’y pense aussi à ce jour, je désire qu’il soit proche pour les autres et je m’en

effraye en songeant que tout est fini pour moi. Si vous saviez comme je suis

malheureuse, j’aimais tant mon pauvre Alexandre et je ne puis m’habituer à

l’idée de ne plus jamais le revoir. Pourquoi faut-il que je vive ? Je serais bien

mieux auprès de lui, la destinée est cruelle parfois.

Je vais faire un service religieux pour lui à Chaumont samedi prochain à 10

H.

Si vous êtes encore dans cet endroit maudit et que vous puissiez voir si sa

tombe existe encore, je vous serais reconnaissante de me le dire mais j’ai bien

peur que tout ai été bouleversé par les obus. Si seulement je pouvais le faire

mettre dans un cercueil et le ramener un peu à l’arrière, au moins j’aurais

l’espoir de l’avoir prés de moi après la Guerre.

Enfin je vous quitte en vous disant bon courage et bonne chance, donnez-moi

souvent de vos nouvelles, cela me fera plaisir car je n’oublierai jamais que

vous avez été plus qu’un Frère pour mon Cher Bien Aimé.

Jeanne Lux

18 Septembre Clercy (prés d’Amiens) Toujours au repos, ma blessure est presque guérie. Je

viens d’être nomé Caporal.

Page 40 sur 136 Souviens-toi


Extrait de la Citation à l’Ordre du Régiment.

7° Corps d’Armé

41° Division

152° Brigade Extrait de l’Ordre du Régiment N°270

en date du 11 septembre 1916.

Citation à l’Ordre du Régiment

Le Lieutenant Colonel Dauphin, commandant le 363° Régiment d’Infanterie,

cite à l’Ordre du Régiment :

Gouin Jules Georges, Grenadier à la 17° Compagnie, Matricule 5128.

S’est particulièrement fait remarquer par son courage et son entrain, quoique

blessé a continué à combattre et à progresser dans les positions ennemies sous

un bombardement intense, au cours de l’attaque du 3 septembre 1916.

Le Lt. Colonel Cdt le 363° R.I.

Signé : Dauphin

Page 41 sur 136 Souviens-toi


1916 -

Verdun !

Bien que mon Père n’y prit pas part, pendant que se déroulait la bataille de la

« Somme », sur les bords de la Meuse avait lieu la plus grande bataille que le

monde ait jamais connue : Verdun !!! Véritable hécatombe humaine qui fit le

chiffre colossal à peine croyable mais cependant réel : 400 000 victimes en

l’espace de quelques mois.

Ce drame immense commença par la perte du fameux « Bois des Caures » où

les célèbres chasseurs du Lieutenant Colonel Driant se défendirent jusqu’à la

mort devant l’ennemi cinq fois supérieur.

La lutte se poursuivit implacable et d’une violence inouïe surtout dans le

quadrilatère formé par les Forts de Vaux, Douaumont, Souville, Tavannes,

les villages de Fleury, Thiaumont qui, maintes fois furent pris et repris de

part et d’autre (à lui seul le village de « Fleury » fut perdu 7 fois).

Les Armées disciplinées et organisées du « Kromprinz » sous le

commandement du Maréchal Hindenbourg attaquèrent sans cesse les Forts de

VERDUN, mais à chaque fois étaient refoulées par les troupes du Général

Mangin, sous le haut commandement du Grand Défenseur de la citadelle de

Verdun : Le Maréchal Pétain, qui sauva la situation en mettant à exécution,

son grand mot d’ordre :

« Courage ! Ils ne passeront pas ! »

Page 42 sur 136 Souviens-toi


Au Grand Quartier Général de l’Empereur d’Allemagne en 1916

à Stenay (Environs de Verdun)

Le Grand Responsable

de la Guerre

et

de tant de malheurs !

Guillaume II

derrière lui :

le Kromprinz

======

Page 43 sur 136 Souviens-toi


Le Feld Maréchal Hindenbourg

Le 1 er juin, des obus de gros calibres allant du 210 jusqu’au 420 commencèrent

à tomber sans répit sur le Fort de Vaux devant lequel les Allemands s’étaient

arrêtés depuis 3 mois.

Page 44 sur 136 Souviens-toi


« Pour qu’il reste un Français vivant devant nous

Il faudrait que les morts ressuscitent ! »

Dans les

tranchées

bouleversées,

les Chasseurs

de Driant

résistent

jusqu’au

dernier pendant

2 jours.

Page 45 sur 136 Souviens-toi


Vue panoramique du champ de bataille de Verdun, avec les lignes successives de la

progression allemande du 21 février au 12 juillet 1916.

Page 46 sur 136 Souviens-toi


Le bois des Caures semble particulièrement visé par les canons allemands et

soumis à un effroyable bombardement. Sous cet ouragan de fer et de feu les

arbres s’abattent.

L’avalanche de mitraille détruit tout et en quelques heures, transforme en un

désert chaotique, l’étendue que la nature par des siècles d’incessant labeur

avait couvert d’une végétation splendide et d’une merveilleuse forêt.

Page 47 sur 136 Souviens-toi


Dans les galeries bétonnées du Fort de Vaux, 600 hommes se trouvent emmurés vivants.

Page 48 sur 136 Souviens-toi


Les morts sont

ressuscités !!

L’Attaque du Fort de Souville.

===========

Avant l’attaque, la puissante artillerie

allemande couvre tout le secteur de la

Meuse d’un effroyable bombardement.

Les convois de ravitaillement sont

détruits, les abris bouleversés, les routes

coupées…

__________

L’Attaque !

Page 49 sur 136 Souviens-toi


Devant Douaumont !

Le 2 juin, à 2 heures du matin, la tranchée occupée devant le fort par la 7° Cie du 142° est

attaquée par les allemands

La contre-attaque française.

Page 50 sur 136 Souviens-toi


Visions du Champ de Bataille

La mort ! La prière.

Page 51 sur 136 Souviens-toi


Après la Tourmente

Seuls, quelques hommes échappent à la mort.

Le Maréchal Pétain.

Page 52 sur 136 Souviens-toi


Page 53 sur 136 Souviens-toi


L’Argone

22 Septembre Givry en Argone 51330 (51 Km à l’EST de Chalons en chapagne)

(Lettre du 22/9)

Nous avons donc quitté le département de la Somme, après avoir voyagé 2

jours et une nuit, ce voyage si lent s’est effectué dans des wagons à bestiaux.

Nous sommes bien fatigués. Après avoir passé à Sainte Ménéhould nous

voila à 12 Km plus loin c'est-à-dire à Givry.

En fait de repos, quelle déception ! Au lieu d’aller à Mantes ou à Vernon

comme c’était prévu.

30 Septembre Dans mon escouade, je viens d’avoir deux jeunes de la Classe 16. Ce sont de

braves gars du Centre. Tous les autres sont gentils pour moi, je n’ai aucune

difficulté avec eux.

1 er Octobre Ste. Ménéhould 51800 (17 Km au nord de Givry) Nous avons passé la nuit

dans une caserne et nous nous préparons à retourner dans la zone rouge.

2 Octobre Ce matin dans la cour de la caserne tout le régiment était en armes, le Général

Cdt de secteur nous à passé en revue, à la suite de laquelle « La croix de

guerre » m’a été décerné ainsi qu’à beaucoup de mes camarades de combat.

Inutile de vous dire que cette cérémonie était fort imposante (Je fus décoré le

1 er de la Cie. Le Colonel et le Commandant m’ont serré la main

chaleureusement).

Page 54 sur 136 Souviens-toi


4 Octobre Nous voila donc en réserve derrière les lignes et logeons dans des baraques

surpeuplées de rats, mais ce n’est pas dangereux.

Au premier signal, nous allons donc bientôt faire face aux Boches une fois de

plus. Avec mes jeunes je ne pourrai les mettre de suite au danger sans rester

prés d’eux, je ne prendrai du repos qu’avec eux, je les vois tous très prudents,

j’espère que tout se passera au mieux et que je les ramènerai tous.

10 Octobre Hier le Général Gouraud Cdt la IV° Armée a décoré le drapeau du « Trois Six

Trois » de la Légion d’Honneur. Je vous dirai qu’à cette grande parade j’avais

l’air d’un éclopé devant mes hommes car j’ai le cou garni de clous qui me font

assez souffrir.

22 Octobre Mon escouade vient d’être nommée « Escouade de Voltigeurs » nous n’en

sommes pas plus fier que cela mais on y peut rien.

23 Octobre Somme vaccinés contre la fièvre typhoïde, demain j’espère en être remis ainsi

que mes « clous » qui sont tenaces.

26 Octobre Le Tour de Paris Les Voltigeurs de la 11° Escouade.

A remarquer la bravoure des bleus de la Classe 16 : « S’il me faut déjà de

nouveau monter à l’attaque je marcherai prés de vous et ne vous quitterai pas »

disait l’un d’eux à mon Père.

31 Octobre Faux départ pour les Vosges. La gaieté folle des 2 jeunes de la 11° qui hélas !

sont tombés héroïquement au dernier combat. Le camarade Gauche, blessé est

envoyé en Normandie à l’Hôpital de l’Aigle. Grande amitié avec un camarade

originaire de Lyon avec lequel je suis sorti indemne de la dernière « mêlée ».

Page 55 sur 136 Souviens-toi


3 Novembre A l’arrière à St Thomas en Argonne 51800 (16 Km au nord de Ste.

Ménéhould) « Mon Sergent étant blessé, je suis chargé de le remplacer et

m’accommode très bien du commandement de la Section quoique j’ai fort à

faire. Pour l’instant je suis passé « Chef de poste ». (Lettre du 3/11)

6 Novembre De retour en 1ere ligne, les tranchées sont à demi remplies d’eau, nos voisins

d’en face sont assez calmes.

15 au 30 Novembre 1916 : C’est enfin la permission tant attendue pour Rai et Evreux.

2 Décembre Après avoir fait un stage à Révigy (Meuse), de retour à la caserne de Ste.

Ménéhould.

Le Sergent étant revenu lui aussi, j’ai rejoint mon escouade qui est au repos,

quel changement de vie, aujourd’hui un cafard terrible me tenaille, je ne puis

m’empêcher de penser aux si bons jours que j’ai passé prés de vous tous.

4 Décembre Passé « Gardien Chef » de la Prison.

6 Décembre Nous voici de nouveau en marche à travers la Forêt d’Argonne, sous une pluie

battante.

7 Décembre La Harazée 51800 (6 Km à l’EST de St Thomas) Nous venons de camper

dans un grand bois (très fatigués). Pour l’instant je suis « bûcheron » comme

tous les camarades.

Page 56 sur 136 Souviens-toi


Lettre de Madame Lux en date du 6 Décembre 1916

Cher Monsieur,

Voila bien longtemps que je n’ai eu de vos nouvelles, malgré cela j’espère que

vous êtes tout de même en bonne santé. Vous avez sans doute quitté depuis

longtemps l’endroit où repose mon Cher Alexandre.

Si le hasard vous approchait de Chaumont, vous savez que ce serait avec

plaisir que je ferais votre connaissance.

N’oubliez pas qu’auprès de Maman et de moi, vous aurez toujours une place

comme étant de la famille. Le service que vous avez rendu en adoucissant les

derniers moments de celui que j’adorais est inoubliable, et toutes deux ne vous

en seront jamais assez reconnaissantes.

Je serais heureuse que vous m’écriviez bientôt. Dites-moi comment vous vous

trouvez ? Je pense souvent à vous et ne vous oublie pas dans mes prières.

Ayez beaucoup de courage car je crois que la dure épreuve touche bientôt à sa

fin, il faut espérer que le Bon Dieu vous ayant conservé jusqu'à ce jour, vous

ramènera dans quelques mois pour toujours, à ceux qui vous chérissent et qui

vous aiment !

Page 57 sur 136 Souviens-toi


11 Décembre Florent en Argonne 51800 (9,5 Km au sud de La Harazée) De nouveau en

première ligne. Bombardement continuel. Nos abris sont remplis de boue.

16 Décembre « Que les journées sont longues dans nos pauvres « terriers ». Heureux encore

que nos adversaires soient tranquilles, vivement que tout cela soit fini, on parle

bien de paix mais je crains que cela soit encore long à venir, d’un autre côté, il

ne nous faudrait pas une paix boiteuse pour que plus tard nos Chers Petits

connaissent ce terrible fléau qu’est la guerre. » (Lettre du 16/12/16)

20 Décembre Nous avons été relevés hier soir, comme nous partions les Boches nous ont

gratifié de plusieurs 150, mais sans effet.

Page 58 sur 136 Souviens-toi


25 Décembre NOËL

Nuit de Noël. De garde aux postes avancés, à 50 mètres.

Triste réveillon.

Tout à coup vers minuit, l’artillerie boche s’est tue et un silence inaccoutumé

planait sur tout le champ de bataille.

Nos voisins célébraient sans doute l’Office Divin de la Messe de minuit car je

percevais très bien les sons d’un harmonium ainsi que des chœurs.

27 Décembre Après plus de 15 jours consécutifs de tranchée, en marche vers l’inconnu !

Vue aérienne de la Côte 108

Criblée de trous d’obus

Page 59 sur 136 Souviens-toi


2° PARTIE LE DESTIN

La Marne

1917

L’année terrible

Grande Bataille de Champagne

1 er Janvier « Que cette troisième année de guerre soit enfin la dernière et l’année

libératrice de toutes nos misères.

Depuis trois jours nous avons couvert plus de 80 Km, nous marchons en

direction du « Camp de Mailly ». Cela semble bon de ne plus avoir les oreilles

cassées par les obus, mais nous sommes exténués avec tout notre chargement

sur le dos. » (Lettre du 1/1/17)

3 Janvier Arrivé au Camp de Mailly à 20 heures par un froid des plus intense.

Mailly Champagne 51500 (81 Km à l’OUEST de Florent en Argonne, 8 Km

au sud de Reins)

4 Janvier Il gèle très fort dans nos baraques qui ne sont pas des plus confortables.

8 Janvier La période d’instruction est commencée et se poursuit de jour en jour. Hier

nous avons fait de la gymnastique dans la neige et assisté au lancement de

liquide enflammé, c’est pénible à voir, dire que ceci est employé pour griller

des hommes comme des harengs, mais comme nos ennemis emploient sur

nous ce système barbare, il faut bien en faire de même à leur égard.

15 Janvier Au camp les marches se succèdent ainsi que les exercices de culture physique,

auxquels je ne suis plus très souple mais il faut faire comme les autres (saut à

la corde, marche à 4 pattes, saut de grenouille, course, mouvements

d’ensemble).

La température est toujours très basse, avec la fonte des neiges le camp est

transformé en véritable bourbier.

24 Janvier « Adieu Mailly » Nous voici en rase campagne une fois de plus, cette nuit il a

gelé plus fort que d’habitude, j’ai couché dans une grange, je crois que jamais

je n’ai eu aussi froid. A 5 heures ce matin nous avons repris le sac et marchons

encore, mais nous sommes habitués à la dure.

28 Janvier De passage à Epernay 51200. (25Km au sud de Mally) Cette fois nous

marchons sur le verglas et ce qui n’est pas le plus drôle tout est gelé, même

notre pain.

30 Janvier Fleurs 51230 (Marne) (57 Km au sud d’Epernay) Hier 33 km aujourd’hui 22

et demain peut-être autant, je commande maintenant une escouade de

Fusiliers-Mitrailleurs.

Page 60 sur 136 Souviens-toi


7 Février Conzi = Congy 51270

(Marne) (36 Km au nord de Fleurs)

L’hiver est très dur. Plusieurs nuits sans

sommeil. Pain gelé, misères sans

nombre. L’Adjudant étant

provisoirement remplacé par le Sergent,

je suis chargé de remplacer à nouveau ce

dernier. De ce fait le plus ancien de

l’escouade me remplace à son tour.

12 Février Le froid s’accentue et cette

nuit je vous assure que je n’avais pas

chaud à faire ma ronde dans les 1ères

lignes. Sitôt revenu dans mon abri je me

suis endormi d’un profond sommeil dans

lequel j’ai fait le rêve suivant (qui je

l’espère ne se réalisera pas) : Avec ma

Section j’avais traversé les fils de ronce

boches et attaqué un fort avec mes

Equipes de Fusils mitrailleurs, j’avais

passé partout et fait rudement de

l’ouvrage, mais le plus fort c’est que je

suis revenu avec tous mes hommes !

15 Février J’ai grand peur de ne pouvoir avoir ma permission, cela me travaille la tête et

pourtant mon tour approche, ce sera dans une vingtaine de jours mais j’ai le

grand pressentiment que ce sera trop long ? Espérons tout de même en une

bonne surprise ! Les évènements sont si drôles.

19 Février Actuellement j’ai deux caporaux sous mes ordres et trois escouades à diriger

aussi ai-je fort à faire. Dans nos tranchées nous avons de le boue jusqu’aux

genoux, c’est à ne pas s’en tirer. Tantôt j’ai vu un malheureux, qui pour éviter

la boue a eu la malencontreuse idée de sortir dans la plaine, ce pauvre diable

n’a pas été bien loin, ce fût l’affaire de quelque secondes car les Boches sont

toujours à l’affût plus que jamais.

23 Février Après avoir été transformés en véritables paquets de boue pendant de si longs

jours dans les tranchées, nous voila enfin au repos à Saint Brice 51370

(Faubourg de Reins, 51 Km au nord de Congy). Nous sommes néanmoins à

1500 m des lignes germaniques.

26 Février Reins : Avec quelques officiers j’ai pu entrer non sans difficultés dans la

célèbre cathédrale martyre et visiter ce chef-d’œuvre d’architecture

malheureusement bien détérioré par l’incendie de 1914 et par les projectiles de

tous calibres qui pleuvent sans cesse sur l’Edifice.

Les quartiers avoisinants ne sont que ruines et décombres, le reste de la grande

cité rémoise parait avoir moins souffert du bombardement de ces 3 années de

guerre.

Page 61 sur 136 Souviens-toi


Reins dans les années de bombardements 1914 – 1916 La Cathédrale incendiée par les

Allemands, le 19 septembre 1914. Grand bas relief Histoire de David et les ravages sur

l’angle de la Tour Nord.

6 Mars De nouveau en 1 ère ligne, à Thill (prés de Reins) (Thil 51220, 12 Km au nord

de St Brice)

J’ai rejoint ma 11° Escouade, que le temps va me paraître long si je ne peux

vous revoir, je ne sais où j’ai la tête, cette fois dans les boyaux, nous avons de

la boue jusqu’au derrière, c’est inimaginable.

Page 62 sur 136 Souviens-toi


15 Mars Courcy 51220 : (4 Km à l’EST de Thil) Nous venons d’être relevé par des

Russes, nous voila en marche tout en s’éloignant peu à peu du danger.

18 Mars Aux environs d’Epernay :

(45 Km au sud) Les jours

sont pour moi d’une longueur

interminable. Le Sergent

Olivier ayant été blessé, on

m’a « collé » le

commandement d’une demie

section. Nous sommes assez

tranquilles dans ce secteur où

tout se passe dans un calme

relatif.

Parmi mes hommes se trouve

un jeune séminariste avec qui

je suis très bien. Tantôt nous

devons partir pour l’exercice.

Je n’ose trop compter sur ma

permission car beaucoup de

blessés viennent de partir

avant ma série.

Faudra-t-il donc en avoir tant

enduré sans avoir seulement

l’ultime bonheur de se

revoir !

En Dieu qui peut tout

j’espère encore en sa divine

miséricorde et j’aurai peutêtre

cette chance tant désirée.

Les Cloches de la Tour nord.

Page 63 sur 136 Souviens-toi


Carte russe trouvée dans la paille à Courcy.

Page 64 sur 136 Souviens-toi


20 Mars Ce matin nous avons défilé devant notre cher et glorieux drapeau, il va donc

falloir le porter, le garder et le défendre là où les bandits ont souillé notre sol.

A ma demie section j’ai des armes redoutables, naturellement je ne perdrai pas

l’occasion de leur faire payer cher ce qu’ils nous ont fait et soyez persuadés

que le courage ne me fera point défaut dans cette grande épreuve.

25 Mars Châlons sur Vesle 51140 (39 Km au nord d’Epernay, 8 Km N-O de Reins)

Nous sommes toujours dans cette boue blanchâtre. Je crois n’avoir jamais été

aussi sale. Nous sommes transformés en véritables négros. La nuit nous avons

une paille humide et infecte pour nous coucher, où grouille une vermine de

toute sorte.

Messieurs les Embusqués de l’arrière doivent se moquer pas mal de notre

misère, ils feraient bien de venir à nos côtés, étant plus nombreux, notre tâche

serait moins pénible.

28 Mars Le 363 est affecté à la 5 ème Armée (Général De Bazelaire) et à la 41° Division

(Général Mignot).

3 Avril : Extrait de la lettre du 3 : « Ma Chère Louise, tu me dis qu’Avril ne se passera

pas sans que nous puissions nous revoir, hélas il ne faut plus y songer, les

gradés ne partent plus en permission et nous voilà si prés et si prés de la

grande épreuve, aussi penses bien à ton Georges et pries pour lui car il me faut

beaucoup de courage, sois tranquille, je suis d’un grand calme et c’est avec

patience que je vois venir ces tristes jours. »

4 Avril Sous le haut commandement du Général Fayolle commandant de corps

d’Armée, avec son Chef le Colonel Dauphin, le 363° R.I. vient occuper le

redoutable secteur : St Thierry-Villers Franqueux (prés de Reins) (7 Km au

N de Châlons sur Vesle) qu’il organise en secteur d’Attaques.

Des bords de ce fameux canal qui relie l’Aisne à la Vesle, se brisa l’élan du 363°

Page 65 sur 136 Souviens-toi


Page 66 sur 136 Souviens-toi


8 Avril PÂQUES-

Ce matin dans un baraquement transformé en

chapelle j’ai assisté à l’Office divin, avec

beaucoup de mes camarades j’ai rempli mon

devoir de chrétien, demain peut-être ce sera le

grand devoir envers la Patrie, et c’est de grand

cœur que nous le remplirons également.

Malgré tout on ne peut qu’appréhender de

revoir le passé, bien sûr que les misères que

nous subissons ne sont rien en comparaison de

celles que nous allons éprouver.

Le canon tonne continuellement c’est vraiment

l’enfer.

Dans la Cie j’ai fait connaissance avec un

Aspirant avec lequel je me suis lié d’Amitié.

C’est un charmant garçon.

Page 67 sur 136 Souviens-toi


12 Avril Notre nourriture est déplorable et bien insuffisante. Les colis ne nous arrivent

plus, aussi faut-il serrer la ceinture de plusieurs crans. On vient de me changer,

je ne suis plus à ma ½ section de « Fusilliers-Mitrailleurs ». Je commande

maintenant une demi section de « Voltigeurs ». A la grâce ! (suis toujours

caporal mais je remplis les fonctions de sergent). Affectation : 11° Escouade,

17° Cie, 5° Bataillon S.P. 194, sous les ordres du Commandant Bétier.

Notre Vieux commandant est très estimé, partout nous le suivrons !

Carte en date du 13 avril 1917 adressée à mon frère René. (Frère aîné)

Mon Cher Mignon,

En ces jours terribles, je t’embrasse bien fort et de tout mon cœur, que Dieu

me garde et que j’aie le bonheur d’être présent à ta « Première Communion »,

je lui demande ardemment et qu’il me donne le courage dont j’ai tant besoin.

Ton Papa Georges qui pense bien à vous tous.

15 Avril Saint Thierry :

Il semble que tous les fléaux de la nature se soient déchaînés contre nous, la

pluie et surtout le froid ont redoublé de violence. Le bombardement fait rage.

La grande heure n’a pas encore sonné mais elle est très prochaine, je suis

toujours en bonne santé et d’un grand calme.

L’ordre du jour est d’être avant tout : « Les héros de demain » et d’arrêter

l’envahisseur qui s’acharne devant Reins.

_______ Ce qui va suivre est extrait du journal des marches et des opérations

du régiment d’après les bulletins de l’Amicale du Trois-Six-Trois à Marseille

d’Avril 1927 et Janvier 1929 relatant la funeste bataille du 4 mai 1917 et les

précédentes, véritables pages d’histoire de la Grande Guerre. ___________

Page 68 sur 136 Souviens-toi


16 Avril Le « Trois-Six-Trois » en réserve de corps d’Armée, derrière la 14° Division

d’Infanterie, à St. Thierry et Villers Franqueux franchit non loin de Loivre, le

canal de la Marne à l’Aisne en ordre parfait et atteint à 4 h l’objectif fixé : voie

ferrée « Reins – Guignicourt » prêt à soutenir l’action de la 14° D.I. et à

prendre à son compte l’attaque du fort de Brimont.

Mais dés 10 h du matin, le bombardement ennemi nous fait subir des pertes

importantes sur la voie ferrée, la progression de la 14° D.I. se ralentit bientôt et

l’après midi vers 3 h les Boches lancent une violente contre-attaque qui la

refoule de Berméricourt et du bois du Champ du Seigneur.

Le 363, vivement pressé, se maintient cependant sur la voie ferrée et arrête

l’ennemi sur la lisière Sud-Est du Bois du « Champ du Seigneur » repoussant

de violentes contre-attaques et permettant aux éléments de la 14° D.I. de se

reconstituer.

17 Avril Le 17 au matin, il reçoit l’ordre de venir se reformer sur le canal et de se

préparer à attaquer le Bois du Champ du Seigneur.

Page 69 sur 136 Souviens-toi


En route vers le danger !

Page 70 sur 136 Souviens-toi


Page 71 sur 136 Souviens-toi


19 Avril Cette attaque a lieu le 19, menée par deux bataillons en liaison à droite avec le

35° R.I., à gauche avec le 229° R.I..

L’Elan est magnifique, la sortie des parallèles de départ se fait comme à

la manœuvre. Hélas nos hommes sont aussitôt pris sous un feu violent de

mitrailleuses et d’artillerie.

Le passage du canal est particulièrement difficile, les passerelles sont

pour la plupart détruites, le débouché se fait au compte goutte sous les obus.

Cependant les vagues d’assaut font un bond de 400 mètres et quelques

éléments gagnent la lisière du bois et s’y accrochent malgré de très lourdes

pertes. La 14° Cie est particulièrement gênée. Malgré les barrages les 2

bataillons ont atteint l’objectif assigné à l’ouest de Berméricourt, la tête sur la

voie ferrée, à cheval sur le boyau de Berméricourt, le 6° bataillon à droite, la

23° Cie sur le talus Est de la voie, les 21° et 22° Cies dans la partie sud de la

Tranchée de Cologne et le boyau du Blanc de Craie.

A 14 h le régiment est en butte à un feu très violent d’Artillerie de tout

calibre, notamment la 18° Cie qui perd tous ses officiers.

A 15 h 10 violente contre-attaque des Allemands qui se ruent sur le

Champ du Seigneur, la 1ère ligne fléchit, le 363° fait barrage et tient

solidement le « Boyau de Berméricourt » et la « Tranchée de Blume ».

Enfin l’ennemi est arrêté au débouché du Bois par les feux redoublés

d’une section de la 4° Cie de mitrailleuses qui se défend vaillamment.

A droite et à gauche du Régiment, les objectifs n’ont pas été atteints,

l’attaque est arrêtée, on organise la position conquise et la relève arrive dans la

nuit.

Pertes subies au 363 : 16 Officiers et 341 Soldats tués, 68 Disparus et

plus de 400 blessés.

Page 72 sur 136 Souviens-toi


Le Champ de Bataille n’est plus qu’un immense chaos sans cesse retourné par les obus dont

les explosions se confondent en un grondement infernal.

Page 73 sur 136 Souviens-toi


Rapport du Lt Colonel Dauphin en date du 25 Avril 1917.

Les 5 et 6° Bataillons ont fourni depuis le 16 avril un effort physique et moral

considérable. La journée du 19 et la nuit qui a suivi ont porté cet effort à sa

limite extrême.

28 Avril Fragments de la lettre de ce jour :

Aujourd’hui triste nouvelle, nous voila encore prêts à remonter au combat,

quelques heures peut-être nous séparent de cette horrible chose, ce que je sais

c’est que cela ne se passera pas comme les autres fois.

Enfin Dieu qui peut tout ici-bas veillera je l’espère encore sur moi, que ces

jours d’attente sont longs et angoissants, c’est presque de la torture pour

beaucoup d’entre nous, pourquoi avoir tant souffert pour finir si horriblement.

Surtout ne vous tourmentez pas trop, si vous n’avez de mes nouvelles d’ici

quelque temps, au cas où je serais blessé, tous mes hommes ont votre adresse.

Espérons que nous allons réussir dans la grande tâche qui nous est assignée de

nouveau, coûte que coûte je crois que nous passerons, après j’aurai bien gagné

ma permission et je pense avoir le grand bonheur d’être présent à la 1 ère

Communion de mon Petit René.

Au moment suprême de partir en « vagues d’assaut » ma pensée sera prêt de

vous tous et aux derniers moments ma prière sera ardente surtout en songeant à

mes trois mignons.

J’oubliais de vous dire que ma nomination de « Sous-Off » est au bureau du

Colonel avec la proposition N°1.

29 Avril Oh ! Nuit terrible et sans fin, l’attente arrive à son dénouement mais je suis

toujours très calme.

Les vivres nous font défaut, on ne touche plus qu’un repas par 24 heures, c'està-dire

à minuit. Tout cela est presque le « chemin de croix », heureusement j’ai

pu remplir mes 2 bidons d’eau c’est le plus nécessaire, il me reste encore

quelques biscuits.

Page 74 sur 136 Souviens-toi


30 Avril Reconstitué en hâte dans les caves de Pouillon et de Villers Franqueux

soumises à un bombardement continuel, le cher Régiment retourne prendre

position de combat dans la nuit du 30 avril au 1 er mai (Canal de la Marne à

l’Aisne, Loivre, Moulin de Blanc de Craie) pour attaquer le Fort de

Brimont.

Le Commandement espère encore, en enlevant Brimont rompre les lignes

allemandes entre Berry au Bac et Moronvillers.

Une nouvelle offensive est préparée dans ce but pour le 1 er Mai mais le

Ministre de la Guerre donne le 29 Avril l’ordre de surseoir. Alors les Anglais

qui toujours se battent ainsi que la Brigade russe de Courcy, interviennent et

demandent que l’effort commun continue.

La bataille reprendra le 4 mai dans notre secteur.

1 er Mai La journée du 1 er se passe à essayer d’organiser le terrain bouleversé

confié au régiment, on jalonne les boyaux, on s’efforce de transformer les

abris allemands dont les descentes sont dangereusement orientées vers

Brimont et au moment où les bataillons s’apprêtent à partir, le contrordre

arrive, l’attaque n’aura pas lieu (contrordre provoqué par le Général De

Messimy auprès du Président de la République).

Cependant le 363 monte tout de même en ligne pour relever les Unités qui

tiennent la voie ferrée dans la région de Loivre, il faut traverser quelques tirs

d’Artillerie lourde qui infligent des pertes à nos bataillons.

2 Mai Nouvel ordre : L’attaque du Fort de Brimont est définitivement abandonnée.

Page 75 sur 136 Souviens-toi


Dernière lettre en date du 2 mai 1917. (contenu textuel)

Ma Chère Louise,

Aujourd’hui j’ai reçu ta bonne lettre avec le billet en même temps que ton

colis beurre et chocolat. Je t’en remercie bien ainsi que Ma Tante cela va me

faire un peu de réserve car j’étais à fond de cale, mais je te dirai que je n’ai pas

faim.

Je suis toujours face aux Boches, actuellement nous n’avons pas encore de

changement quoique bien fatigués.

Je suis dans leurs lignes que nous leur avons enlevées lors de la dernière

attaque.

Nous avons de bien mauvais moments à passer, que tout cela est triste, j’ai

grand’ hâte de me voir sortir de là, mon camarade le sergent Ouvrière est parti

blessé mais pas gravement, un autre le remplace, l’adjudant est aussi rentré.

Ma demi - section n’a pas encore été trop éprouvée jusqu’alors et j’en suis très

heureux.

Ma Chère Louise, Chers Petits, Chers Parents et Chère Tante, je vous

embrasse tous de tout mon cœur.

Signé : Georges

Une bien tendre caresse à mes trois Mignons.

3 Mai Des reconnaissances d’ensemble sont effectuées par le Bataillon Martin.

Dans la nuit du 3 au 4, les différentes compagnies du régiment se placent une

fois de plus pour la Grande Attaque, les objectifs sont : La Tranchée de

Transylvanie, le village de Berméricourt et le Bois du Champs du

Seigneur.

Page 76 sur 136 Souviens-toi


Minuit ! Le Colonel convoque ses Chefs de Bataillon et donne verbalement les 1ers

ordres, le 5° Bataillon (Cdt Bétier) soutenu par le 4° attaquera le « Bois du

Champ du Seigneur » puis Berméricourt, le 6° Bataillon (Cdt Martin) se

rassemblera à la Verrerie de Loivre et attaquera la voie ferrée.

Pendant ce temps, les Allemands bombardaient violemment nos lignes. Le

Capitaine de la 21° Compagnie était enterré dans son abri, les efforts obstinés

de ses Lieutenants et de ses hommes permettaient de le délivrer encore vivant

au bout de 3 heures !.

Avant la Grande Epreuve.

………… 100.000 Obus à gaz couvrent le terrain

D’un nuage mortel ………………

Page 77 sur 136 Souviens-toi


La Grande Epreuve

=

(Journée mémorable racontée par un témoin qui l’a vécue)

4 Mai L’aube du 4 mai ne tarde guère à poindre, brumeuse, l’Artillerie martèle en

avant. Nos avions survolent la brume, la fumée, la mitraille et les nappes de

gaz.

Le régiment est en place non sans de grandes difficultés : passerelles détruites

sur le canal, boyaux bombardés et encombrés, tir trop courts de notre Artillerie

etc.

Tout à coup c’est le calme, les canon français viennent de se taire, mais l’heure

« H » est arrivée, il est exactement 6 h 50.

D’un bond unanime les vagues d’assaut s’élancent mais sous un feu ennemi

des plus violents, elles sont hélas vite décimées, surtout par les mitrailleuses

boches de la voie ferrée dominant le terrain, qui crachent la mort sans trêve.

Ce champ de bataille et ces tranchées sont alors devenus un véritable enfer, les

plus horribles visions s’y déroulent toute la journée et le sang coule à flots.

Soudain derrière les 4° et 5° bataillons en lambeaux qui poussent hardiment

dans Berméricourt surgissent de forts groupes d’Allemands restés terrés

jusque là dans les profonds abris de la voie ferrée (sous le pont de

Berméricourt) où la voie est une tranchée profonde de 18 mètres !

Les grenadiers trop peu nombreux chargés de nettoyer ces abris sont vite

submergés, les bataillons disloqués par la traversée du village se trouvent

bientôt arrêtés de front et contre attaqués à revers. Ils sont hélas vite encerclés,

on se bat dans les coins de rue à bout portant, par petits groupes et avec

acharnement.

La plupart des Officiers sont tués, il ne reste bientôt plus que des débris des

deux bataillons si magnifiquement partis à l’attaque le matin.

A la gauche du régiment, un sort analogue attendait le 170° R.I. dans le Bois

du Champ du Seigneur.

Le 6° Bataillon du 363 qui attaque dans l’intervalle parvient à s’établir sur son

objectif : « la voie ferrée entre Berméricourt et le Bois du Seigneur mais

découvert sur ses deux flans il est bientôt en butte aux violentes contreattaques

débouchant du Bois à sa gauche et de Berméricourt à droite.

Le Lieutenant Colonel Dauphin averti de cette situation critique envoie vers 13

h un ordre de repli au 6° Bataillon, mais le cycliste chargé de le porter ne peut

y parvenir qu’après d’énormes difficultés. Il doit traverser le terrain battu par

les mitrailleuses boches entre la tranchée de départ et le bataillon, il a le bras

cassé par une balle, manque de tomber aux mains des Allemands, la volonté

héroïque de remplir son devoir le soutient jusqu’au bout, vers 15 h il parvient,

poudreux, sanglant à remettre l’ordre dont il est porteur.

Le 6° Bataillon vient à ce moment de refouler les éléments ennemis qui

progressaient pied à pied à la grenade par des boyaux convergents, le bataillon

manque de grenades pour les arrêter, il les a toutes dépensées au début du

combat, il se borne à interdire les terre-pleins entre les boyaux à coups de

fusils et à coups de mitrailleuses, l’étreinte ennemie se resserre lentement

autour du pauvre bataillon.

Page 78 sur 136 Souviens-toi


Un moyen désespéré est employé : une fraction de la 23° Compagnie en

réserve est alors lancée à la baïonnette par les terre-pleins contre les ennemis

les plus avancés.

Un des clairons de la 23° sonne la charge (refrain qui paraissait oublié depuis

1914) … Les Allemands cinq fois plus nombreux que nous sont alors

déconcertés par cette ruée en avant et un pareil enthousiasme, bientôt ils

lâchent pied et se replient à bonne distance.

Les 4° et 5° Bataillons sont complètement disparus mais le 6° est délivré.

Malheureusement des renseignements erronés reçus à l’arrière ont fait croire

que le repli ordonné depuis 13 h était chose accomplie, c’est ainsi que vers 15

h l’artillerie française se met à bombarder d’un feu inouï tout le terrain

qu’occupe encore le bataillon avancé. Les signaux lancés par fusées et par

optique ne sont pas aperçus, le bombardement continue et les pertes déjà

lourdes se multiplient. Pour éviter un désastre complet le malheureux bataillon

se replie sous nos obus en s’efforçant de ramener le maximum de blessés.

Le 170° R.I. a dû se replier également aux ¾ anéanti.

Le 363° R.I. a perdu presque tous ses officiers et sous-officiers et plus de la

moitié de son effectif. Il est complètement découvert sur sa gauche et reçoit

l’ordre de revenir dans les tranchées de départ.

A la tombée du jour les débris du « Trois Six Trois » (véritables loques

humaines) peuvent se regrouper autour du P.C. du Colonel. Hélas que de

manquants à l’appel, le régiment a perdu 76 officiers et plus d’un millier

d’hommes.

Le 5 mai, les survivants de cette lutte acharnée sont envoyés au repos afin de

reformer le régiment une fois de plus.

Les sacrifices vont être récompensés quelque temps après par l’attribution de

la fourragère.

Page 79 sur 136 Souviens-toi


Le départ de l’attaque française

Page 80 sur 136 Souviens-toi


et l’officier allemand donnant le Signal

Page 81 sur 136 Souviens-toi


La contre-attaque des Boches !

Page 82 sur 136 Souviens-toi


Page 83 sur 136 Souviens-toi


Page 84 sur 136 Souviens-toi


Page 85 sur 136 Souviens-toi


Page 86 sur 136 Souviens-toi


Page 87 sur 136 Souviens-toi


Souvenirs et Impressions

de la sanglante journée du Quatre

Comme prélude, on entend le grondement des grosses pièces qui tirent d’une

façon continue, le sol est agité d’un perpétuel tremblement sous l’effet des

coups de départ répétés des gros percutants, quand ces derniers mordent le sol

on entend des craquements secs dont le bruit assez lointain emplit nos oreilles

d’un continuel bourdonnement. Le sol frissonne et engloutit des tonnes de

ferraille qui sèment la dévastation et la mort.

Les heures lentes s’écoulent, on mange sans appétit, on fume, peut-être la

pensée s’égare-t-elle dans les volutes blanches jetées par la cigarette ! Certains

espèrent en leur destin, d’autres ont déjà la certitude que leur vie va s’achever

dans ce nouvel assaut, ce qui nous fait admirer plus encore la calme sérénité de

leurs dernières heures précédant le trépas.

P…, jeune aspirant remet froidement la clef de sa cantine au sergent-major

R…, auquel il indique ses dernières volontés : « car, dit l’aspirant P…, avec

une gravité qui contraste avec ses 20 ans, je ne reviendrai pas. » Prédiction

hélas réalisée ! D’aussi beaux compagnons, ardents et virils, ont déjà

conscience d’être marqués par la mort ! Malgré la fragilité de la machine

humaine, simple fétu de paille au milieu des éléments déchaînés, des poilus

gardent une confiance souriante et veulent espérer.

On part sous un ciel gris, les pas mal assurés dans la boue gluante qui nous

colle au sol, les courroies tiraillant la poitrine augmentent la douleur. La

colonne semble dans la nuit un morne défilé de pèlerins obscures se rendant au

calvaire. Malgré la fatigue la pensée est loin, va-t-elle en ce Mai printanier

obscurci de brume vers une Maison ensoleillée où les âmes du foyer attendent

la lettre de l’Absent ?

« Allons les enfants, courage », dit le Commandant aux Moustaches aussi

blanches que neige.

Au bout de quelques kilomètres, nous trouvons la route 44 et l’entrée des

lignes. Le Lieutenant B…, venu hier en reconnaissance, cherche le repère

placé la veille : un vieux casque bosselé surmontant un bâton. Il n’y a pas

d’erreur car voici la vielle cloche d’une église environnante qui servait aux

Allemands pour alerter contre les gaz ! Alors commence le lent défilé à travers

les boyaux inconnus. Le berger provençal qui, là bas, menait son troupeau est

devenu mouton, il suit docilement la colonne et ses musettes bourrées écornent

la terre des boyaux…

Halte ! Les hommes soufflent et s’adossent au parapet pour alléger leur

fardeau. On entend : « Faites passer … le premier boyau à droite … attention

aux trous … » Fidèlement les ordres s’exécutent et après bien des misères les

Page 88 sur 136 Souviens-toi


hommes sont placés. Fourbus, nous attendons, rivés au sol champenois qui

tout à l’heure sera peut-être notre linceul.

Des obus asphyxiants, presque inoffensifs dans leurs éclatements lancent avec

un bruit étouffé de petits nuages meurtriers dont les vapeurs nous brûlent les

yeux et la gorge « les gaz ». Vite les masques ! »

Désormais on attendra, la tête emprisonnée comme le corps. De la crête notre

Artillerie crache des morceaux de ferraille et l’homme sa fragile carcasse,

assiste à cette cruelle avalanche d’autant plus dangereuse que quelques

« marmites » s’écrasent sur nos propres tirailleurs …

Des fusées lancées pour demander d’allonger le tir se perdent dans les nuages

de fumée et de poussière, impuissants, nous attendons toujours, receuillis et

confiants.

Un focker de teinte grisaille, avec ses larges croix noires, nous survole à basse

altitude et nous mitraille copieusement, des poings se tendent, des fusils se

lèvent, mais dans ce combat inégal que peut le fantassin, sinon courber le dos,

la rage au cœur, sous les balles qui sifflent ? …

Le froid vif et pénétrant nous mordille, on peut cacher les mains et trouver

pour elles un peu de chaleur. Mais les pieds, déjà inertes du fait d’une longue

immobilité, vous arrachent des cris de douleur. Va-t-on partir, enfin ! la mort

soit … Mais au moins l’espace !.

On remue vers la gauche, vers les tranchées de Trèves et de Pologne conquises

le 16 Avril. D’homme à homme l’ordre arrive : « Heure H : 6H50 ! ».

Un jour pâle se lève et le soleil printanier refuse même aux acteurs de ce

drame émouvant la chaleur de ces rayons !

Un nuage épais, poussiéreux, s’abat sur les occupants. On ne peut rien

distinguer à 20 pas. Un regard sur la montre, l’aiguille des secondes qui tourne

impitoyable dans sa course, semble agitée d’imperceptibles soubresauts sous le

cadran vite terni par la buée. Vingt minutes encore…, la poignante attente de

ces hommes dont le cœur éclate dans la poitrine ! Plus que dix minutes… plus

que cinq… plus qu’une… Déjà les mains nerveuses se cramponnent… dans le

brouillard les dernières secondes… Vers la gauche, où la mer humaine déferle,

un cri s’élève vite répété : « En avant… En avant ! » C’est la ruée hors des

trous…, la course dans l’espace libre.

Comme vous êtes grands, ainsi alignés dans la plaine, amis qui paraissiez

ratatinés dans la terre humide et glacée. Vous redressez-vous ainsi pour mieux

affronter la mort ?

Grenades en mains, on s’élance à la grâce de DIEU, au milieu de la fumée des

éclats et des balles qui sifflent et hachent les pans des capotes !

Des blocs, déjà poussiéreux, luttent et avancent rageusement. Les vides

s’accentuent, des « poilus » tombent en tournoyant comme des feuilles

balayées par l’ouragan, d’autres, un genou à terre, en des gestes lents et

Page 89 sur 136 Souviens-toi


mesurés, se penchent et s’étendent doucement pour « mourir », l’avance se

poursuit par bonds un peu désordonnés.

L’Artillerie ennemie riposte, et dans cet enfer, des groupes bleus se meuvent

vers l’objectif que voici enfin… Essoufflés, les oreilles bourdonnantes, à demi

aveuglés, les narines et la gorge brûlantes, on l’aborde sous les rafales qui vont

s’accentuant et sous le marmitage plus infernal que jamais, les mitrailleuses

jusque-là muettes, entrent en scène et tirant à bout portant, nous imposent de

nombreuses victimes.

Un dernier saut. Hardi ! « La voie ferrée », des corps roulent du haut du talus

et ne se relèvent pas.

Surprise ! à la vue des gigantesques abris bétonnés presque intacts ! des

Allemands ahuris, hideux, brûlés sortent de leurs trous et apparaissent tels des

spectres vivants au milieu de leurs morts, ils s’échappent et vont refaire en

sens inverse le trajet que nous venons de parcourir, ils se hâtent, la boite à gaz

battant leurs flans. Pour arriver à se rendre vers nos lignes ils connaîtront la

rançon de nouveaux sacrifices, beaucoup d’entre eux ne franchiront pas le

terrible barrage.

Dans la tranchée conquise, des mains armées d’outils creusent hâtivement.

D’instinct on se protège, on s’organise, la chaîne malgré les pertes se reforme.

Il faut attendre et tenir pour repousser la contre attaque des Boches qui, tout à

l’heure déferlera sans cesse.

Déjà dans la voie ferrée, courbés en deux, vers la gauche, des ennemis

s’infiltrent et nous prennent d’enfilade, cependant toute la première vague est

déjà bien avant dans le village de Berméricourt qu’elle a abordé avec une

superbe crânerie.

. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .

Combien resterez-vous assemblés demain autour de vos chefs ? brisés,

fourbus, vous vous jetterez sur la paille pour retrouver le sommeil après

d’aussi rudes émotions.

Hors du danger les Souvenirs vous assaillerons et les larmes brûlantes ayant

peine à sortir de vos yeux rouleront sur vos joues tannées et noircies, au

souvenir des Chers Absents, de vos compagnons disparus depuis quelques

heures à peine. Vous penserez aux nouveaux deuils, aux femmes, aux enfants

frappés par la triste réalité du combat…

Un Ancien du 363.

Page 90 sur 136 Souviens-toi


Bilan Général du 4 Mai 17

Le bilan général des opérations franco-britaniques au cours de cette grande

offensive d’ensemble se chiffre par 62 000 prisonniers, 446 canons, 1 200

mitrailleuses et d’importants gain de terrain, succès sérieux, mais chèrement

acheté, (pertes françaises : 3 700 officiers, 136 000 hommes tués, blessés ou

disparus).

Nous sommes loin d’avoir réalisé la rupture violente et rapide escomptée.

En ce qui concerne le 363° Régiment d’Infanterie, que de traits d’héroïsme et

de bravoure téméraire, que de noms de chefs et de soldats il faudrait citer, et

que d’autres … inconnus à jamais !

Faisons-leur à tous la place égale dans notre cœur en rappelant la magnifique

citation à l’Ordre de l’Armée (N° 6172 D/. du 22.12.17 du G.3.) attribué au

Régiment :

« Pendant 20 jours consécutifs, a fourni sous des bombardements intenses, un

effort surhumain, trouvant dans le beau moral de ses hommes et de ces cadres

et dans l’indomptable ténacité de son chef : le Lieutenant-Colonel Dauphin, les

ressources d’énergie nécessaires pour partir 5 fois dans un élan magnifique, à

l’attaque de positions très fortement organisées. A su le 4 mai 1917, devant

Berméricourt, hausser son héroïsme jusqu’au sacrifice. »

En conséquence, le 363° R.I. a bien mérité de la Patrie.

C’est donc au cours de cette tragique journée du 4 que mon malheureux père :

le caporal GOUIN fut mortellement blessé en plein combat.

La sinistre nouvelle ne nous est parvenue officiellement seulement que deux

mois plus tard plongeant dans une peine immense une veuve éplorée, trois

petits orphelins, une famille entière et de nombreux amis.

Voici quelques détails sur ses derniers moments, d’après le seul survivant de

sa demi-section, le Voltigeur Gonthier qui l’aurait assisté jusqu’au bout.

Chère Madame,

« Je peux vous certifier que c’est moi-même qui ai donné les premiers soins

qui ont été les derniers à votre Cher regretté Mari.

Non loin du Bois du Champ du Seigneur, face à Berméricourt, en pleine vague

d’assaut vers 8h du matin, une balle de mitrailleuse ennemie lui a traversé

l’abdomen et ressortie par les reins. Aussitôt il s’est affaissé. Il me dit « Ah ! je

suis blessé ! ne m’abandonne pas ! »

Page 91 sur 136 Souviens-toi


Vite j’ai pansé son horrible blessure, hélas ! il n’y avait rien à faire, il ne m’a

plus rien dit, la mort est venue presque de suite.

Etant dans une mauvaise passe, je suis resté 12 heures auprès de lui, au fond

d’un trou. Quelle atroce journée. A la tombée du jour, le bombardement

recommença plus violemment encore, il m’a fallu partir en arrière, j’ai voulu

lui prendre ce qu’il avait sur lui, mais sous la mitraille j’ai du tout abandonner,

son malheureux corps est donc resté à la disposition des Allemands. A part

moi toute sa ½ section y a passé. »

Signé : Gonthier

Chose non moins angoissante, les Allemands ayant occupé le terrain depuis le

4 mai 1917 jusqu'à l’Offensive de la Marne en 1918, personne ne sait ce que

sont devenus ses restes.

Après de multiples démarches de la part de ma famille en 1919, une tombe

portant son nom fut retrouvée sur le champ de bataille même. Celle-ci fut

ouverte en présence de ma Mère et de mon Grand Père, mais stupeur ! ce

n’était pas lui.

Enfin après de maintes exhumations sur exhumations, une petite croix blanche

(parmi les 24 000) porte désormais son nom glorieux au cimetière militaire de

Maison Bleue sur le territoire de la commune de Cormicy (Marne) à quelques

km. De Berméricourt, en bordure de le Route 44 (Reins à Laon) et en face du

Canal de la Marne à l’Aisne.

Aussi chaque année c’est un bien grand devoir pour ma Mère, mes Frères et

moi que d’aller déposer un pieux hommage sur ces lieux sacrés où se brisa à

jamais notre Grande Affection.

C’est le cœur plein d’émotion que nous revoyons cette voie ferrée meurtrière,

le Canal de Loivre d’où il partit à l’attaque pour ne plus revenir, le fameux

Bois du Seigneur, ce bois tragique qui semble avoir gardé à tout jamais

l’implacable souvenir, la végétation ne veut plus y repousser, les arbres étant

remplacés par quelques troncs calcinés au milieu de la broussaille et de

tranchées presques intactes dans lesquelles gisent encore çà et là, des

ossements humains.

Témoins de l’horrible drame d’il y a douze ans, les champs, où pousse un blé

magnifique, s’étendent à perte de vue et dans le lointain on aperçoit les deux

tours massives de la célèbre cathédrale de Reins.

Plus prés, sur une colline élevée, se dresse le fort de Brimont (au sud)

formidablement installé, d’où les Allemands dominaient tout le pays.

Page 92 sur 136 Souviens-toi


[ Photo prise au repos à Sommes-Suippes en juillet 1915. ]

Pas de Calais – Somme – Oise – Champagne –

Argonne – Marne.

- Georges Gouin -

Né à Rugles [Eure] le 27 juillet 1878.

Mort au Champ d’Honneur

à Berméricourt [Marne] le 4 mai 1917

Page 93 sur 136 Souviens-toi


Souvenir

de notre Pieux pélerinage au Cimetière de Maison Bleue à

Cormicy le 28 juillet 1928.

--------------

Berméricourt, Loivre, villages modernes, mais qui n’étaient plus qu’un amas

de pierres au lendemain de la tourmente, dressent leurs grandes fermes

modèles dans la plaine champenoise.

Enfin sur la rive gauche du canal, dans ce cimetière de Cormicy (forêt de

24000 croix blanches) nos Grands Héros dorment leur dernier sommeil.

Page 94 sur 136 Souviens-toi


En souvenir de mon père, dont la mémoire nous est si chère :

Avec ses frères d’armes qui ont subi le même sort, pour que sa mémoire vive

éternellement et soit rappelée aux générations future, son nom est gravé dans

le marbre sur les plaques et monuments suivants des pays qui l’on vu naître

grandir et travailler, où il eut l’estime de tous et l’affection des siens :

IN MEMORIAM :

- Plaque de l’Eglise de Rugles (Eure).

- Monument de la Place de l’Eglise – Rugles.

- Plaque de la Mairie de Rai (Orne).

- Plaque de l’Eglise de Rai.

- Monument du Cimetière de Rai.

- Plaque de l’Hôtel de ville d’Evreux (Eure).

- Plaque de la cathédrale d’Evreux.

Page 95 sur 136 Souviens-toi


Le taillis repousse au pied des futaies mortes …

Quelques témoignages de sympathie (adressés à ma Mère) des soldats qui ont

vécu avec mon Père, les horribles choses de la guerre :

Du Grenadier Sape Bertin, de St Martin des Pallières (Var)

« Le jour de la grande attaque du 4 mai 1917, Gouin, mon ami intime remplaçait

le sergent Olivier (blessé plusieurs jours avant), le matin dans le souterrain il

s’était donné beaucoup de mal à placer ses hommes, toute la section l’aimait car

il était juste et loyal… »

Du Sergent Fourrier Pottier, (ancien du 18° Territorial)

« Gouin qui vécut longtemps dans notre intimité était pour nous un vrai

camarade, un ami dévoué et consciencieux, son souvenir Chère Madame restera

gravé à jamais dans le cœur de ceux qui l’ont connu et apprécié.

Je l’aimais tout particulièrement car j’avais découvert sous ses apparences

timides et réservées, un cœur affectueux, j’avais su gagner ses confidences, il

m’avait dit maintes fois son affection immense pour ses enfants et pour vous,

ensemble souvent nous causions de nos projets d’avenir, il me faisait part de ses

rêves pour son fils aîné etc…

Page 96 sur 136 Souviens-toi


- Loivre -

Page 97 sur 136 Souviens-toi


De Madame Desticker, femme du Colonel Desticker, chef d’Etat-major du

Maréchal Foch.

Chère Madame,

CHÂTEAU DE RAI-SUR-RILLE (ORNE)

C’est avec une profonde tristesse que j’ai reçu ce matin, la nouvelle officielle de

la mort de votre Cher Mari, je m’associe de tout cœur à votre profonde douleur,

je connais l’union parfaite de votre Foyer et je comprends le déchirement affreux

que vous ressentez en pensant que vous ne reverrez plus sur cette terre celui qui

vous avait donné les plus douces joies de la vie.

Je vous plains de toute mon âme de devoir dire adieu à tout ce cher passé et de

rester seule pour élever vos trois fils.

Les beaux exemples donnés par leur père faciliteront votre tâche. Votre Mari a

toujours fait son devoir et si DIEU l’a appelé déjà c’est pour lui donner la

récompense éternelle qu’il a si bien méritée. De là-haut, il vous suivra, il vous

protègera vous vivrez avec son souvenir et vous puiserez là, la force qui vous

sera nécessaire pour continuer vaillamment votre route. Depuis le début de cette

guerre j’ai admiré votre courage, votre énergie et je prie Dieu qu’il vous

soutienne encore dans ces jours si douloureux.

La lettre du Colonel Dauphin vous montrera la belle conduite de votre mari sur

le champ de bataille et toute l’admiration que ses chefs avaient pour lui. Vous

pouvez être fière de son héroïsme.

Mon mari espère obtenir une citation particulière qui consacrera aux yeux de

tous, sa vaillance et montrera avec quelle générosité il a sacrifié sa vie pour les

siens et pour la Patrie.

Croyez, Chère Madame, à ma bien vive sympathie qui ne fait que partager votre

peine et celle de tous les Vôtres.

A. Desticker.

Page 98 sur 136 Souviens-toi


Berméricourt moderne

Page 99 sur 136 Souviens-toi


7° Corps d’Armée Aux Armés, le 21 juin 1917

41° Division

152° Brigade

Le Lieutenant-Colonel Dauphin

commandant le 363° R.I.

à Mr le Colonel Desticker

Chef d’Etat Major au G.A.N.

Mon Colonel,

En réponse à votre honorée du 18 courant, j’ai l’honneur et le regret de vous

faire savoir que le Caporal Gouin de la 17° Compagnie est mort au champ

d’honneur au cours du combat du 4 mai dernier.

La lutte a été excessivement violente et le Caporal Gouin a trouvé la plus belle

des morts en se battant vaillamment à la tête de la section qu’il commandait.

En conséquence je le propose aujourd’hui même pour une Citation à l’Ordre de

la « Division ».

Je vous prie de vouloir bien transmettre à la famille de ce Brave, l’expression de

mes condoléances émues, et pour vous, Mon Colonel, je vous prie de vouloir

bien agréer, l’assurance de mes sentiments dévoués et profondément

respectueux.

Signé : Dauphin

Le Général Commandant la 41° Division

cite à l’ordre de la Division : N° 43

GOUIN Jules Georges Mle 377

Caporal au 363° R.I.

« Gradé tenace et audacieux, au combat du 4 mai 1917, a donné à sa demi

section un exemple magnifique de courage et d’abnégation.

Progressant dans les lignes Allemandes, fut tué en pleine lutte par une balle de

mitrailleuse. »

Au Quartier Général

Le 18 juillet 1917.

Le Général Cdt la 41° Division d’Infanterie

Signé : (illisible)

Page 100 sur 136 Souviens-toi


Dans les trous d’obus, frissonnent les roseaux …

Du Général Desticker (ancien chef d’Etat major du Maréchal FOCH)

Grand Quartier Général

Des Armées Paris, le 7 mai 1920

Madame Gouin,

Je suis heureux de pouvoir vous adresser la « Fourragère » ainsi que la « Croix

de Guerre » si légitime satisfaction qui vous rappellera la conduite héroïque de

celui que vous pleurez et qui restera en exemple pour vos enfants.

Veuillez agréer, Madame, l’expression de mes sentiments tout dévoués.

Signé : Général Desticker

Février 1921 Le Gouvernement de la République envoie à ma mère, la « médaille

militaire », attribuée à titre posthume au Caporal Georges Gouin de la 17° Cie

du 363° R.I.

Page 101 sur 136 Souviens-toi


Le général Desticker ancien chef d’Etat-Major du maréchal Foch

Décédé à son Château de Rai le 20/11/1928

Ainsi que le témoignent les vues précédentes, Berméricourt s’est

magnifiquement relevé de ces ruines. Au lendemain de la Tourmente, il ne

restait pas pierre sur pierre de ce village champenois, seul émergeait au milieu

des décombres ce lugubre écriteau.

ICI BERMERICOURT

-

SI TU N’AVAIS PAS VU PASSANT,

T’EN DOUTERAIS-TU

Page 102 sur 136 Souviens-toi


Enfin prochainement, un monument grandiose immortalisera le geste du « Trois

– Six – Trois », à l’endroit même à Berméricourt (Marne) où sont tombés en

1917 dans un élan splendide, ses valeureux troupiers, en montrant au monde

entier le plus grand exemple d’héroïsme :

Vaincre ou Mourir

Page 103 sur 136 Souviens-toi


Une Grande Figure de l’Histoire :

Le Vainqueur de la Bataille de France

FOCH

Maréchal de France, de Pologne et d’Angleterre

Sous le patronage duquel sera placé le Monument de

Berméricourt

« Les peuples ne perdent la vie que

lorsqu’ils ont perdu la mémoire. »

FOCH

Page 104 sur 136 Souviens-toi


A la gloire des Morts héroïques du 363° R.I.

=========

Après la rude offensive du 16 avril 1917 qui fut si meurtrière pour deux

de nos Bataillons au Bois fameux du « Champ du Seigneur » où tant de petites

croix blanches témoignèrent de l’ardeur de la lutte, il fallut à nouveau se jeter

dans la bataille. Le Cher Régiment déjà si éprouvé était prêt pour de nouveaux

sacrifices !

4 mai ! Berméricourt… nom fatidique, tu sonnes encore à nos oreilles

comme un glas funèbre ; petit village champenois tu es pour nous l’ardent

creuset où fondirent tordues par le feu et la mitraille, nos plus chères amitiés.

« Trois – Six – Trois » fier régiment où Marseillais, Bas-Alpins,

Provençaux égayaient nos cantonnements de repos de folles chansons ! Poilus

du 363° vous chantiez encore la veille du jour fatal et à l’aube de ces heures

tragiques, la plaisanterie flottait encore sur vos lèvres bientôt hélas décolorées !

braves mort du 4 mai 1917, salut à vous !

Champagne aux noms tragiques ! glorieux ossuaire, Route 44, Bois du

Coude, Canal de Loivre, Trancées de Trèves et de Pologne, Boyau du Blanc de

craie, Voie Ferrée, Tranchée de Transylvanie, Bois du Seigneur, Berméricourt !

Les souvenirs affluent dans nos cervelles enfiévrées et nos oreilles

bourdonnent au bruit infernal du lourd martelage de cette pluie de fer, l’âcre

poussière champenoise brûle nos yeux endoloris et assoiffe nos gorges éraillées.

O ! Vous morts héroïques aux noms cent fois répétés, gloires de notre

Régiment, salut à vous Chers Vieux Amis de la Chapelotte, de la Somme, de

l’Argonne ; nous vous pensions invulnérables et les combats antérieurs

fortifiaient nos espoirs ; hélas ce jour fatal brisa nos vielles amitiés et vos

pauvres corps meurtris s’amoncelèrent dans cette Champagne si cruellement

bouleversée par les obus.

Chefs vénérés ! Braves vieux Amis, c’est vous Commandant Bétier,

vieux gaulois aux moustaches blanchies sous le harnois luttant jusqu’à la mort

entouré d’une poignée de braves décidés à ne pas vous quitter.

Vous Capitaine Bruder cachant sous votre jeunesse l’âme résolue d’un

chef, vous avez avec calme préparé les étapes de cette ardente mêlée qui devat

vous emporter et d’où ne sortirent que de rares survivants.

Toi Lieutenant Fouques, alerte et impétueux, entraînant la canne en

main ta Chère Compagnie qui fit des prodiges parce qu’elle t’aimait de tout son

cœur et qu’elle avait pleine confiance en son jeune Chef.

Et toi Aspirant Récamier, pauvre gosse à la mine de collégien lorsque

tu t’écroulas après avoir donné de si belles preuves de ta bravoure et qu’un

Page 105 sur 136 Souviens-toi


compagnon te soutint, avant de mourir tu prononças ce seul mot « Maman »

hommage suprême rendu par l’enfant-héros à celle qui lui donna le jour et qui,

toujours endeuillée pleure devant l’autel.

Oh ! Quel sculpteur immortalisera le geste du Fusilier-mitrailleur

Marquet, jeune poilu de 20 ans sa mort est un symbole ; brave petit bordelais

lorsque la contre-attaque se déclencha furieuse, d’un bond tu te levas et

posément ajustant le tir, sous l’infernal barrage, tu arrêtas et clouas sur place

toute une vague d’ennemis, tu devais hélas ! tomber en ce geste sublime digne

des plus illustres soldats.

Sous-Lieutenant Prin, vieux camarade quelle énergie et quel courage

jusqu’au moment où un éclat d’obus t’arracha les entrailles ; prisonnier sans une

plainte, la mort vint lentement après une terrible agonie dans cette maudite

tranchée de « Transylvanie » où ton ordonnance put recueillir ton dernier soupir

et témoigner de ta vaillance.

Aspirant Valmont, jeune colosse au perpétuel sourire, tu t’offris à la

mitraille de toutes les forces de ton corps vigoureux et même la mort ne put

arracher ce sourire toujours suspendu à tes lèvres.

Et vous Capitaine Bonnefon, démon déchaîné dans la bataille,

« Berméricourt » vous fit payer le tribut de votre témérité de la Somme.

Vous aussi Lieutenant Grac charmant et gai provençal la mort ce jour

là vous couvrit de son manteau.

Et vous Chers Poilus dont les noms m’échappent, mais dont l’héroïque

conduite reste gravée dans nos mémoires ! Hardis compagnons d’armes, quel

poète chantera votre gloire ?

Nous, survivants du 4 mai, malgré le fer qui a mordu et mutilé nos

membres, nous savons que vous êtes les grands héros ; si nous pleurons

l’irréparable rupture de votre douce amitié, nous savons aussi que vous avez

pour la plus grande part, contribué à tresser cette auréole dont s’ennorgueillit le

régiment.

Pauvres vieux camarades, votre Cher Souvenir est resté et restera

toujours dans nos cœurs. Perdus dans tous les coins de France par ces soirées

d’hiver, en ranimant la flamme du foyer et en rassemblant les tisons épars, notre

pensée va vers vous et nous serrons plus fort sur nos poitrines nos Chers Petits ;

eux les bambins ne savent pas mais ils comprennent, aux yeux angoissés du père

douloureusement ému par cette triste vision, que ce dernier songe à ces chers et

vieux Compagnons d’Armes.

Sur cette terre champenoise où vos corps s’engluèrent dans un linceul

de boue près de ce fameux Canal aux eaux rougies de votre sang, au bord de la

grande cité rémoise dont les reflets de l’incendie éclairaient vos tombes et où

cependant, désormais les vignes dorées et les épis magnifiques témoignent à

nouveau de la richesse de notre Cher Pays. Morts Héroïques du « Trois – Six –

Page 106 sur 136 Souviens-toi


Trois », dormez en paix, les survivants du 4, vos compagnons d’Armes, vous

aiment et ne vous oublient pas !

Arcachon – le 3 juin 1927

M. FARGES

(Ancien Capitaine du 363° Régiment d’Infanterie.)

« Quatre ans de guerre, c’est beaucoup de sang

Onze ans de paix, beaucoup d’oubli

C’est la tâche des survivants de se souvenir

Et jeter sur le monde

Le cri de ralliement qui est resté dans la gorge des morts. »

René Dorgelès

Page 107 sur 136 Souviens-toi


Il est parti avec son régiment normand

Plein de courage, de force et de santé

Combattre héroïquement l’Impérialisme allemand

A travers la Champagne, l’Oise, le Pas de Calais

Hélas ! le « Trois-Six-Trois » ce régiment du midi

Après de durs combats devait lui être fatal

La Somme, l’Argonne, la Marne, la Picardie

Campagnes fameuses dirigées contre les vandales

Où il vécut toutes les horreurs de la guerre

Furent les témoins de son glorieux martyr.

Hébuternes, Tilloloy, Ste Ménéhould, Albert

Que de pays où il eut tant à souffrir

Reims en fut l’apothéose et aux environs

Dans un horrible massacre, il tomba pour toujours

Victime du devoir, à la tête de sa section

Sur la lisière d’un bois maudit à Berméricourt.

M.G. (Marcel Gouin)

Page 108 sur 136 Souviens-toi


Conclusion

Ils sont tombés laissant à toute la nation

Un grand exemple d’intrépidité et de dévouement

A nous, Catholiques et Français,

De recueillir, de maintenir, de développer

L’héritage de victoire qu’ils nous ont légué.

Page 109 sur 136 Souviens-toi


Page 110 sur 136 Souviens-toi


Les tombes de ce cimetière ont été transférées à « Maison Bleue » et remplacées

par 7000 tombes allemandes.

Vue générale du cimetière militaire de « Maison Bleue » à Cormicy

Page 111 sur 136 Souviens-toi


12 Octobre 1929

En souvenir de notre Pèlerinage.

Page 112 sur 136 Souviens-toi


Formidable entonnoir (400 mètres de pourtour) creusé par une mine allemande à

Berry-au-Bac (Aisne)

(Photo prise le 12 octobre 1929)

Page 113 sur 136 Souviens-toi


Le chœur de la nouvelle église de Loivre le 24 août 1930

A l’occasion de l’inauguration à Loivre du monument aux Morts du 363° R.I.

Page 114 sur 136 Souviens-toi


Les Quatre Grands Chefs qui ont commandé successivement le 363° R.I.

au cours de la Grande Guerre.

Devant les hauteurs du Fort de Brimont

à la lisière de Berméricourt

le monument du 363° R.I.

rappellera aux générations futures

Le sacrifice de ses Héros.

Page 115 sur 136 Souviens-toi


Le Colonel Dauphin (X) lors de l’inauguration du monument aux glorieux Morts

de son ancien Régiment

Page 116 sur 136 Souviens-toi


Les Généraux Mignot, Serrigny, Pichot-Duclos et les Préfets de la Marne et de

l’Aisne pendant la minute de silence.

Monsieur Hurteaux, ancien Maire de Berméricourt prononçant son discours.

Page 117 sur 136 Souviens-toi


Treize ans après ...

Le 24 août 1930 se déroulait sur le territoire de la Commune de Loivre (marne)

l’inauguration du monument aux morts du 3-6-3.

Le Gouverneur militaire de Paris : Général GOURAUD s’étant excusé c’est le

Général MIGNOT ancien Commandant de la 41 ème D.I. qui préside la

Cérémonie.

Assistaient à l’inauguration :

Personnalités militaires : Général Jourdan, Général Guespérean Commandant

d’Armes de Reims.

Les quatre Chefs ayant commandé successivement le 363° R.I. pendant la

guerre :

Colonel Pichot-Duclos devenu général (attaché militaire en Syrie), Colonel DO-

HUN-CHAN, Colonel DAUPHIN, Colonel De Franchessin, ainsi que le

Commandant Martin, le Commandant Maurice etc…

Personnalités religieuses : Mr le Chanoine GRAU Curé de N.D. d’Espérance de

NICE, Mr l’Abbé Castillon Curé des Pennes-Mirabeau (Bouches du Rhône)

ancien aumônier du 3.6.3., Mr l’Abbé Jacquemard Curé de Loivre.

Personnalités civiles : Mr Tournier sous Préfet de Reims, messieurs les maires

de Loivre, Berméricourt, Brimont, Courcy, Villers Franqueux, Hermonville.

L’amicale du Trois Six Trois ayant son siège à Marseille était largement

représentée par des anciens combattants venus de Corse et de Provence.

Extraits du discours prononcé par Mr Henri Hurtaut, ancien Maire de

Berméricourt.

… Combattants du 363° Régiment d’Infanterie, Chefs, Soldats, Membres du

Comité, Artiste qui avez si bien mêlé dans ce Chef d’œuvre toutes vos fiertés

d’ancien soldat et toute votre piété envers vos Camarades tombés au champ

d’honneur, vous pouvez retourner confiants au pays du soleil et des flots bleus et

emporter la conviction que le symbolique drapeau du 3.6.3. sera le dépôt sacré,

la relique précieuse, le cher souvenir que l’on conserve jalousement et qui passe

de main en main dans les familles …

Extraits de l’allocution prononcée à l’église de LOIVRE par l’Ancien aumônier

du 3.6.3. :

Mr l’Abbé Castillon, Curé des Pennes-Mirabeau (Bouches du Rhône)

… Mais de tous ces offices religieux célébrés sur le front, le plus solennel, le

plus beau fut justement celui que nous célébrâmes non loin d’ici, seize jours

s’étaient à peine écoulés depuis le fameux 4 mai 1917. Les bataillons se

Page 118 sur 136 Souviens-toi


eposaient dans les villages de GUISLES et BASLIEUX… Au matin du 20 mai

1917, de toutes les routes les compagnies se dirigent vers l’église de

BASLIEUX.

Le Général OLLERYS, le Colonel Dauphin sont là entourés de leurs officiers.

Dans une chapelle latérale la musique du 363° a pris place. Devant l’autel un

simple catafalque que recouvre le drapeau et qu’environnent des faisceaux de

fusils. L’office commence, le silence le plus impressionnant est seulement coupé

par les chants liturgiques et les plus émouvantes marches funèbres. Comme alors

nous sont plus vivantes et plus présentes à l’esprit ces journées terribles du 16

avril et du 4 mai 1917. C’est comme si l’église s’entrouvre et laisse voir là-bas

les champs de bataille de Berméricourt, du mont Spin, du Champ du Seigneur,

où nous avons peiné et où gisent ceux qui sont morts en combattant.

Quelle communion des vivants avec les morts ! Comme nous étions heureux

d’offrir cette pensée, cette bonne action, ce saint sacrifice à nos Frères endormis

dans leur dernier sommeil.

Nous n’en serons que plus profondément unis a cette heure pour rendre à nos

morts à TOUS NOS CHERS GRANDS MORTS venus au 363° Régiment

d’Infanterie de tous les points de la France, le juste tribut de notre

reconnaissance, de notre fraternité, de nos prières …

Du Commandant MARTIN

Ancien Chef de Bataillon du 363° R.I. ( et précédemment au 133° R.I. )

… Je rejoignis le 363° R.I. dans ce village de POUILLON que nous apercevons

là-bas ; ce régiment avait été la veille ramené de la bataille pour être reconstitué.

Recomplété hâtivement en cadres et en hommes, il remontait en lignes au bout

de quelques jours pour attaquer le matin du 4 mai 1917.

La journée fut rude on nous l’a rappelé, mais avec quel héroïsme digne de ses

traditions le régiment s’était donné…

Notre 3.6.3. n’était qu’un simple régiment d’infanterie, mais un régiment de

cette infanterie française où l’on retrouvait en petit la France toute entière : son

noyau formé par des Français de Provence du pays de Nice, de Corses qui

avaient reçu le baptême du feu sous les ordres d’un vaillant français ; autour de

ce noyau des Français de toutes nos provinces sur mes carnets je retrouve des

noms du Languedoc, de la Savoie, du Bugey, du Jura, de Lorraine, de

Champagne, des Flandres, de Normandie, de l’Ile de France, de Bretagne et

d’Auvergne.

C’est au 363° R.I. que j’ai compris ce qu’était la France, quelle force lui donnait

cet alliage de races si diverses qui, étroitement fondues par des siècles d’histoire

ont fait de grandes choses ensemble et veulent en faire encore …

Extrait du discours du Colonel DAUPHIN

Ancien commandant du 3.6.3.

Nulle portion du front ne pouvait mieux convenir que cette partie

de la Champagne, que le Trois Six Trois à si largement arrosé de son sang

généreux pour recevoir le dépôt sacré que nous plaçons aujourd’hui sous la

sauvegarde des habitants de la région pour l’édification des générations futures.

Page 119 sur 136 Souviens-toi


Berméricourt, Loivre, Brimont, le Champ du Seigneur ces noms

nous évoquent à notre esprit à treize ans de distance le sacrifice intégral et

grandiose de tout un corps de troupe électrisé par le sentiment de l’honneur et du

devoir militaire.

C’est ici en effet que le 363° vécut des heures tragiques et c’est sur

ce terrain qu’il s’élança par 3 fois en avril et en mai 1917, à l’assaut de positions

allemandes très fortement organisées devant Berméricourt après avoir été

reconstitué après chaque action dans les tranchées de 1 ère ligne où dans les

villages à l’arrière immédiat du front, canonnés sans répit par l’artillerie ennemie

de gros calibre.

La longue liste de nos vaillants compagnons d’Armes tombés sur

ce champ de bataille, enseigne mieux que tous les discours, ce que furent ces

combats très violents et très meurtriers.

Vous comprendrez maintenant pourquoi je me sens si

profondément ému en foulant de nouveau ce sol que j’ai vu il y a13 ans sous un

tout autre aspect.

Alors les circonstances étaient graves : les allemands occupaient

une partie de notre territoire, Berméricourt, Loivre, le Fort de Brimont étaient

aux mains de l’ennemi dont les tranchées s’avançaient jusqu’aux faubourgs de

Reims qui chaque jour était canonnée par les obus allemands.

C’est dans ces conditions que fut décidée et engagée la grande

offensive qui devait refouler l’adversaire et dégager la cité martyre.

_ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _

Après avoir esquissé à grands traits l’œuvre accomplie par le 363°

R.I. je pense à tous ceux qui en furent les artisans et les victimes.

Je ne vous oublie pas mes fidèles et magnifiques soldats, votre

martyrologe serait trop long à énumérer. Qu’il me suffise de dire que vous avez

bien mérité de la Patrie et acquis des droits à notre reconnaissance éternelle et

vous aussi je ne vous oublie pas mes précieux et dévoués collaborateurs :

Chefs de bataillons : Desallais, Bétier, Bois, Cret.

Capitaines : Rochegude, Lieutier, Bruder, Bonnafons, Matteï, Toulza, Brunet,

Privat, Raffaelly.

Lieutenants, Sous Lieutenants et Aspirants : Lambert, Marchal, Marchi,

Escoffier, Granun, Dozol, Morato, Martel, Compienne, Fouque, Poggionovo,

Oliviéri, Michelfelder, Digni, Pépin, Mariani, Prin, Barrière, Grimaldi d’Esdra,

Dupeyrat, Lacroix, Louche, Deley, Langrac, Bournel, Valmont, Recamier.

Page 120 sur 136 Souviens-toi


Pour clôturer « SOUVIENS TOI » voici les principaux passages de l’émonvant

discours prononcé par :

Le Général Mignot commandant la 41° D.I.

Mes Chers Camarades du 3-6-3,

C’est un magnifique et poignant souvenir que j’ai conservé de

l’héroïsme du 363° R.I. en avril et en mai 1917, parmi tant de souvenirs glorieux

et émouvants laissés sur ce terrain à Loivre, à Berméricourt, à Brimont en

particulier par la 41° Division d’Infanterie surnommée à juste titre : « la

Division de granit ».

Aussi lorsque le Colonel Dauphin commandant le 3.6.3. (le chef

qu’il fallait à cette troupe sublime) est venu me demander de présider à

l’inauguration de ce monument j’ai répondu immédiatement et de grand cœur :

présent ! heureux de pouvoir témoigner ainsi mon admiration et ma

reconnaissance à ce valeureux régiment de Provençaux.

Quelle émotion est la mienne et la vôtre mes Camarades de nous

retrouver réunis devant ces horizons toujours immobiles depuis les heures

tragiques de l’année 1917.

Nous voici devant ce fort de Brimont qui nous dominait de sa

masse imposante et d’où partaient sans cesse chaque jour les menaces de mort et

cependant le 17 avril 1917 les patrouilles du 23° R.I. circulaient à travers les

ruines du fort.

Ici Loivre enlevé le 16 avril par une manœuvre extrêmement hardie

avec toute la foi des exécutants et la surprise du haut Commandement.

Au Nord : Le mont Spin, le Champ du Seigneur qui forment la clef

de la bataille du 16 avril et aussi de celle du 4 mai.

Désormais, il y aura sur ce point du front bien déterminé une pierre

qui dira à nos enfants la fidélité du 3.6.3. au souvenir et rappellera aux

générations futures le sacrifice de nos GRANDS MORTS tombés sous les plis

du drapeau du 363° R.I.

Aussi, pour mieux communier encore dans ce sentiment, vous me

permettrez d’évoquer en touches larges les circonstances tragiques, où pendant

20 jours consécutifs, le 3.6.3. s’est battu avec acharnement, se lançant 3 fois à

l’attaque le 16-4-1917 et le 19-4 pour arriver au glorieux fait d’Armes que fut le

QUATRE MAI 1917.

La bataille du 16 avril avait pour premier but la rupture du front

allemand. Partout les Alliés (d’ailleurs très défavorisés par les circonstances

atmosphériques) se heurtent à un adversaire qui a renforcé l’occupation de la 1 ère

position et rapproché ses réserves ; les Anglais remportent cependant quelques

avantages sur divers points du front, mais la percée ne se produit ni en Artois, ni

au nord de l’Aisne, ni en Champagne.

Parmi ces avantages, vous me pardonnerez de vous rappeler avec

quelque orgueil le succès de la 41° D.I. qui a enlevé d’emblée toute la 1ère

position avec sa position de soutien BRIMONT a été évacué par l’ennemi et nos

patrouilles s’y sont promenées.

Faut-il aussi rappeler que le 17 avril nous avons fait prisonnier un

cycliste allemand envoyé aux nouvelles ne sachant pas du tout si Brimont était

en leur pouvoir !

Page 121 sur 136 Souviens-toi


Pourquoi hélas ! n’a-t-on pas profité de cette superbe situation ?

Cependant, le 23 avril, le Général NIVELLE Commandant en Chef

des Armées françaises a décidé de monter une offensive à l’effet de dégager la

ville de Reims, par une action combinée des 4° et 5° Armées, à l’est de Reims et

de Brimont, au nord de Reims.

Mais l’attaque de la 5° armée sera décomposée en deux temps par

suite de la situation particulièrement forte de l’ennemi dans le secteur de

Brimont, le premier temps devant comporter la conquête de la crête Mont Spin,

Mont Sapigneul.

C’est en vue de cette attaque que la brigade OLLERYS a repris la

1 ère ligne le 30 avril pour attaquer le 2 mai. Diverses vicissitudes font arrêter puis

reprendre l’attaque.

Finalement le 1 er mai le Haut Commandement prescrit la reprise de

l’opération pour le 4 mai.

Le 2 mai à 8 h du matin, à la réunion préparatoire au P.C.

OLLERYS sous la route 44 les chefs de corps ont exposé l’état de fatigue de

leurs troupes épuisées. A mon tour je leur expose ma manœuvre très simple en

leur demandant LE SUPRÊME EFFORT. Il s’agit de rajuster sur les conquêtes

de la crête Mont Spin et Champ du Seigneur.

C’est un bond de 1500 mètres demandé à un bataillon du 363° R.I.

pour sauter dans les ruines de Berméricourt, s’y incruster comme dans un camp

retranché dont la garnison n’a pas le droit de se retirer. L’autre bataillon du

3.6.3. n’a qu’à lier son effort à celui du bataillon de Berméricourt.

Vous me permettrez, mes Chers Camarades de rendre ici au

Colonel DAUPHIN, un hommage solennel d’estime, d’affection et de gratitude.

Pénétré de la simplicité et de la possibilité de la manœuvre, il en

pénétra à son tour son régiment galvanisé.

Le 4 mai 1917, il fait un temps magnifique, c’est une des premières

journées de ce printemps si tardif de 1917.

A l’heure H soit 6h50, le 3.6.3 sort de ses tranchées et s’élance

avec ses deux bataillons d’assaut sur ses objectifs désignés.

Il atteint vite la voie ferrée de Reims à Laon sauf à la côte 91 où

subitement se révèlent de nombreuses mitrailleuses allemandes qui lui font

beaucoup de mal, néanmoins le bataillon BETIER chargé de l’attaque de

Berméricourt aborde la lisière ouest des ruines tandis qu’une reconnaissance se

glissant par la rue du village abandonné atteint la lisière est et la dépasse.

Mais les abris très nombreux de la voie ferrée, abris profonds de 10

à 12 mètres, plus nombreux qu’on ne l’avait estimé, révélaient dans leurs flans

une quantité invraisemblable d’Allemands qui de l’extrémité des abris ont mis

en batterie leurs mitrailleuses légères ont vite raison des nettoyeurs (grenadiers),

puis tirent dans le dos du bataillon BETIER maître de Berméricourt et

l’anéantissent complètement, dans le temps qu’ils infligent des pertes

effroyables au bataillon de réserve du régiment arrivant à la rescousse.

Le Commandant BETIER a été tué en héros à Berméricourt

pendant que son bataillon était privé de presque tous ses officiers.

C’était un solide officier supérieur d’un noble caractère, calme au

feu comme au terrain d’exercice et dont la valeur reconnue de tous entrainait

toutes ses compagnies. Nous serons unanimes à saluer ce soldat de grand cœur,

digne des héros de l’antiquité.

Pendant ce temps, le bataillon de gauche qui avait atteint d’abord la

voie ferrée et commençait à s’y organiser n’avait pu s’y maintenir, mais il tenait

Page 122 sur 136 Souviens-toi


les vestiges de la fameuse tranchée de Transylvanie et s’y accrochait

désespérément jusqu'à 10h10 malgré ses lourdes pertes.

A ce moment l’échec de la division voisine au Bois du Champ du

Seigneur rendait la situation extrêmement précaire et le bataillon ou du moins les

vestiges rentraient peu à peu dans les lignes de départ.

Ce sont les propres termes du rapport officiel.

Ce fut hélas ! Une dure journée aux pertes sévères mais où un

régiment de braves menés par des chefs magnifiques, s’est haussé jusqu’à

l’héroïsme, ainsi qu’en témoigne la citation extraordinaire à l’ordre de la 5 ème

Armée.

Je m’incline bien bas devant ces fils de la Provence tombés dans

une apothéose de gloire sous un soleil radieux que leurs yeux défaillants ont pu

percevoir, en exhalant leur âme de patriote comme un dernier rayonnement de

leur petite patrie.

Je leur adresse enfin l’hommage de toute l’admiration et la

reconnaissance que leur doit l’Ancien Commandant de la 41° Division, alors que

la mémoire de leur sacrifice lui monte au cœur.

= = = = = = =

Le Général ROUSSEAU fut té non loin de ce cimetière devant CORMICY.

Ce cimetière (4 hectares) contient : 7598 tombes de soldats français identifiés et

deux ossuaires contenant les reste de 6904 français inconnus en provenance des

secteurs de FISMES – REINS – Bourgogne. (X) Tombe du Général de Division

BARATIER (Héros de Fachoda) tué en 1917 aux Cavaliers de Courcy (à l’age

de 63 ans)

Page 123 sur 136 Souviens-toi


TOMBE 513

GOUIN Jules

Caporal au 363° R.I.

Mort pour la France

Le 4 mai 1917

Souvenir de notre pèlerinage de 1951.

Page 124 sur 136 Souviens-toi


Le 16 avril 1967 à LOIVRE (Marne)

Commémorant le 50° anniversaire de la bataille du 16 avril 1917, le Général

d’Armée Henry MARTIN prononce son discours.

Page 125 sur 136 Souviens-toi


Page 126 sur 136 Souviens-toi


Page 127 sur 136 Souviens-toi


ANNEXE

Page 128 sur 136 Souviens-toi


Page 129 sur 136 Souviens-toi


Pages suivantes extraites du journal « L’ILLUSTRATION » N° 3870 et 3872.

Page 130 sur 136 Souviens-toi


Page 131 sur 136 Souviens-toi


Page 132 sur 136 Souviens-toi


Page 133 sur 136 Souviens-toi


Page 134 sur 136 Souviens-toi


FIN

Page 135 sur 136 Souviens-toi


Page

Sommaire :

2 1914 1ere partie La Souffrance

7 1915

20 La Bataille de Champagne

25 1916

32 La Bataille de la Somme

42 Verdun

54 L’Argone

60 1917 2 ème partie Le Destin

88 Souvenirs et Impressions

91 Bilan général du 4 mai 1917

92 Photo de Georges GOUIN

109 Conclusion

118 Treize ans après

124 50° anniversaire

128 Annexe

Page 136 sur 136 Souviens-toi

Similar magazines