Recueil annuel de l'ACPP - CBU Publications

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Recueil annuel de l'ACPP - CBU Publications

ENREGISTREMENT D’ENVOI DE POSTE-

PUBLICATION : NO 40065059

RETOURNER TOUTE CORRESPONDANCE NE

POUVANT ÊTRE LIVRÉE AU CANADA À :

L’ASSOCIATION CANADIENNE

DE LA POLICE PROFESSIONNELLE

141, RUE CATHERINE, BUREAU 100

OTTAWA (ONTARIO) K2P 1C3

Tél. : (613) 231-4168 • Téléc. : (613) 231-3254

Courriel : cppa-acpp@cppa-acpp.ca

http://www.cppa-acpp.ca

En couverture

Les récipiendaires des Prix d’excellence de

l’ACPP après la cérémonie de remise des Prix à

Saint-Jean (Nouveau-Brunswick). Présentés pour

la première fois en 1996, les Prix d’excellence

rendent hommage aux membres de notre

profession qui ont de loin dépassé la consigne

quotidienne au service de leur communauté.

Recycler si possible

Le Recueil annuel de l’ACPP est

imprimé sur papier recyclable.

L’Association canadienne de la police

professionnelle et CBU Publications

sont fières de se joindre aux milliers de

Canadiens voués à la protection

de leur environnement.

Association canadienne de la police professionnelle

Recueil annuel de l’ACPP – VOLUME 16

Index

La voix nationale des policiers canadiens

Un message du Premier ministre ................................................................................................1

Un message du ministre de la Justice et procureur général du Canada ....................................2

Un message du président de l’ACPP ...........................................................................................3

Le 27e Service commémoratif annuel des policiers et agents de la paix canadiens ..................4

Tournoi de golf de la Commémoration 2004 ...............................................................................6

Prix d’excellence 2004 décernés par l’ACPP ...............................................................................8

Assemblée générale annuelle 2004 de l’ACPP .........................................................................13

Les pionnières ...........................................................................................................................16

Biographies................................................................................................................................21

L’esprit communautaire – La FPMQ répond à l’appel................................................................23

Assemblée du conseil exécutif de l’ACPP ................................................................................24

Événements marquants .............................................................................................................26

À Montréal, le crime organisé est au volant de voitures volées ..............................................27

Un tueur de policier veut maintenant rentrer au pays ..............................................................28

Le shérif de Dodge City .............................................................................................................29

Le soir où Neal Jessop m’a laissé tomber ................................................................................32

L’entraide chez les policiers britanno-colombiens ....................................................................33

La libération conditionnelle d’un tueur de policier....................................................................34

Citation / Fin de citation............................................................................................................37

La formation des dirigeants d’associations ..............................................................................38

Histoires d’avocats....................................................................................................................39

Derrière l’écran de fumée..........................................................................................................40

La FPPM au service de la communauté.....................................................................................44

À la défense de vos intérêts! ....................................................................................................45

L’agent Pat McCormack d’Edmonton, lauréat du Prix Policier d’élite .......................................46

La consommation de marijuana chez les élèves inquiète les autorités scolaires ....................47

Fouilles de l’escouade antidrogue dans les écoles...................................................................50

Installations de culture de marijuana illicite trop nombreuses pour les démanteler ....................52

Police du CN : tournoi de paintball en plein dans le mille!.......................................................54

Pourfendre les ombres : le fléau de la méthamphétamine cristallisée.....................................55

Coeurs vaillants de l’APPQ ........................................................................................................60

L’agent Shrek à la rescousse.....................................................................................................61

L’arrière-cour de Bagdad ...........................................................................................................62

Programme politique de l’ACPP ................................................................................................66

La filière mondiale de l’ILEC......................................................................................................72


141, RUE CATHERINE, BUREAU 100

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Conseil d’administration de l’ACPP

Président

Tony Cannavino

Vice-président

Brian Adkin

Région Ouest

Daryl Tottenham, Tom Stamatakis, Glen Dennis, Loren Schinkel, Al Koenig et Wayne Walker

Région Ontario

Joanne Engelhardt, Doug Corrigan, Dave Wilson, Ed Kinnear, Al Olsen, Jim Oakes, Roger Goulard, Brad Robinson et Bob Baltin

Région Québec

Michel Roth, Yves Francoeur, Luc Fournier, Robert Boulé, Denis Côté et Jean-Guy Dagenais

Région Atlantique

Allan Kelly, John Gardiner, Joe Peters et Tim Buckle

Région Fédérale

Mike Niebudek et Gaétan Delisle

Agent exécutif Directeur des Services du travail

David Griffin Dale Kinnear

Agente des communications Rédacteur en chef

Sophie Roux Harry De Jong

Association canadienne de la police professionnelle

Recueil annuel de l’ACPP – VOLUME 16

La voix nationale des policiers canadiens

Traductrice Personnel du bureau

Réjane Babin Sari Velichka, Isabelle Longtin, Tracie Flanagan

Mise en page et édition par

Mise en page et production : Ina Silva

Dédié à l'amélioration des services policiers à travers le Canada, pour tous les Canadiens.

CBU Publications produit le RECUEIL ANNUEL DE L’ACPP, au nom de l’Association canadienne de la police professionnelle. Toute reproduction, sous toute forme, est strictement

interdite sans la permission par écrit, de l’éditeur. CBU Publications n’assume aucune responsabilité pour les déclarations ou les opinions formulées par l’un ou l’autre de ses

collaborateurs. L’éditeur ne garantit aucunement l’exactitude des revendications des annonceurs et ne peut accepter de se porter garant pour toute perte subie par quiconque, à la

suite d’un manquement quelconque de la part d’un annonceur.

Remarque : Le générique masculin peut être utilisé dans les textes pour éviter d’en alourdir le style.

Bureau national

420, rue O’Connor,

Ottawa (Ontario)

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Téléc. : (514) 257-1560

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Directeur artistique : Richard Robertson

(E-mail: richrob@allstream.net)

Adjointe au directeur artistique : Heather LaFleur

Bureau de Mont-Royal

4480, Côte-de-liesse, Local 210

Mont-Royal (Québec)

H4N 2P7

Tél. : (514) 344-1775

Téléc. : (514) 344-2995

Sans frais : 1-866-922-0224


Paul Martin, Premier ministre

Un message du Premier ministre

Je suis heureux d’adresser mes plus cordiales salutations aux membres de l’Association canadienne de

la police professionnelle (ACPP), à l’occasion de la publication de son Recueil annuel.

Cette publication m’offre une occasion idéale de rendre hommage aux milliers d’hommes et de

femmes qui, au nom de la sécurité publique, servent vaillamment le Canada au sein de ses forces

policières. Visant à donner une voix unique aux nombreuses organisations de police au pays, l’ACPP

assure ainsi une meilleure représentation de leurs intérêts auprès du public et des divers paliers de

gouvernement. Comme vous le savez, le bien-être de la société canadienne dépend en bonne partie du

maintien de l’ordre et de la sécurité dans nos collectivités. Il est donc clair, vous en conviendrez,

que l’on ne saurait passer sous silence la sortie d’un tel document. Ceux et celles qui ont contribué à

sa publication posent un geste qui témoigne de façon éloquente de leur solidarité envers les valeurs

véhiculées par l’ACPP, et ils peuvent en tirer une grande fierté.

Avec mes meilleurs vœux de succès pour l’avenir, je vous prie d’agréer l’expression de mes

sentiments distingués.

1

RECUEIL ANNUEL DE L’ACPP


Minister of Justice

and Attorney General of Canada

Irwin Cotler, ministre de la Justice

et procureur général du Canada

Un message du ministre de la Justice et

procureur général du Canada

La vision d’une société sûre, ancrée dans le respect des droits de la personne et de la primauté du droit,

fait partie intégrante de notre identité canadienne. Concrétiser cette vision est toutefois, une tâche fort

complexe qui nécessite de plus en plus la coopération d’un large éventail de groupes et d’administrations.

Grâce au maillage du travail des corps policiers à l’échelle du pays, à l’aide aux victimes pour qu’elles se

fassent entendre, et à la sensibilisation de la population aux enjeux liés à la justice, l’Association canadienne

de la police professionnelle (ACPP) se révèle un partenaire vital dans la poursuite de notre vision commune

d’une société sûre, sécuritaire et juste. Plus précisément, votre perspective fondée sur l’expérience de

première ligne des agents d’exécution de la loi contribue très largement à l’élaboration de la réforme de la

politique publique et du droit.

Les agents de police du Canada comptent parmi les plus dévoués du monde, et ils constituent un

élément essentiel du système de justice. En cette période de changements rapides et d’activité criminelle

d’avant-garde, toute la population canadienne est reconnaissante des efforts de notre collectivité d’exécution

de la loi devant les menaces à la société, surtout en ce qui a trait à ses membres les plus vulnérables.

Je saisis l’occasion qui m’est offerte pour vous remercier des efforts que vous avez déployés au cours de

l’année écoulée, et je tiens à vous exprimer l’assurance que le ministère de la Justice et moi-même serons

heureux de continuer à travailler avec vous à l’édification d’une société sûre et juste.

Irwin Cotler

2

RECUEIL ANNUEL DE L’ACPP

Ministre de la Justice

et procureur général du Canada

The Honourable/L’honorable Irwin Cotler, P.C., Q.C., M.P. /c.p., q.c., député

Ottawa, Canada K1A 0H8


Un message à nos commanditaires et annonceurs

Je tiens à saisir l’occasion de vous remercier du soutien que vous avez accordé au Volume 16 du Recueil annuel de

l’ACPP et d’inviter tous nos membres à appuyer les entreprises, les produits et les services qui figurent dans les pages

de notre publication.

Produit en tandem avec CBU Publications, ce Recueil annuel pourvoit l’Association canadienne de la police

professionnelle de la documentation et des ressources dont elle a besoin pour transmettre aux législateurs de notre pays

les points de vue et les opinions que partagent la communauté policière et tous les Canadiens respectueux des lois.

Grâce à l’appui que vous accordez à notre Recueil annuel, nous sommes en mesure de réclamer les lois qui

s’imposent pour protéger toutes nos communautés, de faire du lobbying en faveur des changements législatifs voulus

pour renforcer notre système judiciaire et de nous assurer que la poursuite et l’appréhension de criminels demeurent

une priorité absolue chez nos parlementaires.

Le Canada demeure l’un des pays les plus sécuritaires au monde où il fait bon vivre, travailler et se détendre. Pour

conserver ce statut privilégié, les policiers canadiens doivent se trouver à la fine pointe des techniques policières, que ce

soit au chapitre de la formation, de l’éducation ou du matériel dont ils disposent. L’Association canadienne de la police

professionnelle s’est engagée à assurer la pérennité de ce privilège. L’appui que vous accordez à la présente publication

nous aide à réaliser cet objectif.

En terminant, je tiens à remercier CBU Publications, notre partenaire en affaires depuis des années, de son soutien

indéfectible aux associations de policiers à la grandeur du Canada. Les efforts déployés dans notre intérêt par cette

entreprise, de même que le courageux engagement de nos membres et l’appui que nous accordent les gens d’affaires,

ont contribué à assurer encore plus de sécurité à tous les citoyens canadiens.

Tony Cannavino

Président, ACPP

Tony Cannavino, président

3

RECUEIL ANNUEL DE L’ACPP


Le 27e Service commémoratif

annuel des policiers et agents

de la paix canadiens en 2004

Comme au cours des années précédentes, le Service commémoratif des policiers et

agents de la paix canadiens en 2004 commença par la lecture du Tableau

d’honneur au Pavillon commémoratif. Les noms de plus de sept cents policiers et

agents de la paix qui ont donné leur vie au service de leurs concitoyens

canadiens, sont inscrits à ce Tableau d’honneur. Leurs parents, amis et

collègues se recueillent en petits groupes, attendant la mention du nom

qui les rassemble en ce lieu. Ils se soutiennent et se réconfortent

mutuellement. Certains ont déjà assisté à la cérémonie, d’autres y assistent

pour la première fois mais pour tous, c’est l’heure de rendre

hommage à la mémoire de ceux et celles qui ont fait le sacrifice

suprême. Après la lecture, ils se joignent aux milliers de policiers

et policières sur le parterre devant la Colline du Parlement pour

dire un ultime adieu aux hommes et aux femmes morts dans

l’exercice de leurs fonctions en protégeant la vie des autres.

Cette année, six nouveaux noms ont été mentionnés pour

la première fois pendant la lecture :

Le président de

l’ACPP, Tony Cannavino,

se recueille pendant la

lecture des noms inscrits

au Tableau d’honneur

en compagnie des

familles des policiers

et policières disparus.

L’agent Tyler L. Boutilier –

Le 23 mai 2004

Police provinciale de l’Ontario

L’agent Christopher G. Garrett –

Le 15 mai 2004

Service policier de Cobourg

Le caporal Jim W. G. Galloway -

Le 28 février 2004

Gendarmerie royale du Canada (Alberta)

L’agent Patrick Lévesque –

Le 27 septembre 2003

Sûreté du Québec (Gaspé)

L’Association canadienne de la police

professionnelle offre ses plus profondes condoléances

aux familles, amis et collègues de ces six policiers.

Ce sont nos héros. Nous ne les oublierons jamais.

Le caporal Stephen D. Gibson –

Le 26 septembre 2003

Police militaire des Forces canadiennes (Alberta)

L’agent John P. Flagg –

Le 20 septembre 2003

Police provinciale de l’Ontario (Kingston)

4

RECUEIL ANNUEL DE L’ACPP


5

RECUEIL ANNUEL DE L’ACPP


Relais Château Cartier, Gatineau (Québec)

Commanditaires

• Association canadienne de la police professionnelle

• Association canadienne des chefs de police

• Association canadienne des commissions de police

• Association des policiers d’Edmonton

• Association des policiers d’Ottawa

• Association des policiers de Calgary

• Association des policiers de l’Ontario

• Association des policiers de Toronto

• Association des policiers de Winnipeg

• Association des policiers de Windsor

• Association des policiers de la Région de Durham

• Association des policiers de la Région de Hamilton

• Association des policiers de la Région de Waterloo

• Association des policiers de la Région de York

• Association des policiers de la Royal Newfoundland Constabulary

• Association des policiers du Manitoba

• Association des policiers du Nouveau-Brunswick

• Association des policiers provinciaux de l’Ontario

• Association des policiers provinciaux du Québec

• Association municipale du personnel policier de la Région d’Halifax

• BMO Harris, centre bancaire privé

CBU Publications Ltée

• Fédération albertaine des associations de policiers

• Fédération des policiers de la Colombie-Britannique

• Fédération des policiers de la Saskatchewan

• Fédération des policiers et policières municipaux du Québec

• Fonds CI Covington inc.

• Fraternité des policiers et policières de Montréal inc.

• La fraternité des policiers de Laval

• McCay Duff, comptables agréés

• Nelligan O’Brien Payne, avocats

• Syndicat des policiers de Vancouver

• Syndicat des policiers de Victoria

• XentelDM Inc.

Par le biais de leur commandite du Tournoi de golf de la Commémoration

2004, ces entreprises, organisations et associations ont recueilli plus de 16 000 $

au profit du Service commémoratif des policiers et agents de la paix canadiens.

L’Association canadienne de la police professionnelle remercie les commanditaires

qui l’aident à veiller à ce qu’on n’oublie jamais les policiers et policières qui ont

donné leur vie au service des Canadiens et Canadiennes.

6

RECUEIL ANNUEL DE L’ACPP


TOURNOI DE GOLF DE

LA COMMÉMORATION

Depuis 1995, les membres d’associations de policiers, nos partenaires du monde des

affaires, les politiciens et les Canadiens de toutes les couches sociales, démontrent leur

soutien au Service commémoratif national des policiers et agents de la paix en participant

au tournoi de golf annuel de la Commémoration organisé par l’ACPP. Cette année, la

compétition de la meilleure balle, conçue et raffinée par le directeur des Services du

travail de l’ACPP, Dale Kinnear, a regroupé 60 golfeurs et golfeuses au Relais Château

Cartier de Gatineau (Québec). Grâce au généreux soutien de nos commanditaires, le

tournoi nous a permis de recueillir plus de 16 000 $.

7

RECUEIL ANNUEL DE L’ACPP


Depuis 1996, les Prix d’excellence décernés par l’Association canadienne de la police professionnelle

honorent les policiers et policières qui dépassent la consigne quotidienne d’un bout à l’autre du

Canada. Leurs exploits et leurs actes les hissent au sommet d’une fière profession.

De nouveau en 2004, quatre policiers et une policière ont été choisis en reconnaissance de leur

engagement à faire respecter la loi, de leur dévouement envers les citoyens qu’ils desservent et de

leur courage dans des situations très dangereuses.

L’Association canadienne de la police professionnelle félicite les récipiendaires des Prix d’excellence

2004. Vos actes font la fierté de tous vos collègues et vous êtes le modèle auquel les autres

se mesurent.

8

RECUEIL ANNUEL DE L’ACPP


Récipiendaires du Prix

d’excellence national de l’ACPP

Agente Rebecca Vanderwater - Service policier d’Ottawa

Gendarme-détective Hugh O’Toole - Service policier d’Ottawa

Dès son arrivée au travail le 4 septembre 2003, la policière Rebecca Vanderwater d’Ottawa sentait que cette date serait à

jamais mémorable : c’était sa première journée de patrouille solo et elle l’abordait avec beaucoup d’enthousiasme teinté

de fébrilité.

Par contre, le détective Hugh O’Toole avait depuis longtemps cessé de ressentir l’émoi des novices : policier chevronné et

enquêteur d’expérience, il rentrait chez lui après un match de hockey lorsqu’une auto-patrouille de la Police d’Ottawa attira son

attention. Il décida instinctivement de la suivre.

S’engageant dans la même direction que l’auto-patrouille, le détective O’Toole entendit plusieurs fortes détonations sur sa

gauche. Il aperçut alors un individu armé d’un pistolet qui traversait un stationnement en courant en tirant sur une dizaine

d’hommes regroupés dont certains semblaient riposter. Le stationnement donnait sur un parc d’attractions de type familial et une

importante artère commerciale.

Le détective O’Toole recula immédiatement sa camionnette dans l’intention d’arrêter la circulation et de protéger

les passants insouciants. Pendant cette manoeuvre, le détective constata que l’auto-patrouille bloquait la seule voie d’accès et de

sortie du stationnement et que les suspects étaient en train de monter dans deux véhicules. Même s’il n’était pas armé, le détective

O’Toole décida de se rendre jusqu’à l’auto-patrouille.

L’agente Vanderwater avait entendu les détonations, elle aussi et avait vu l’échange de coups de feu dans le stationnement.

Faisant demi-tour pour revenir sur les lieux, elle alerta son répartiteur sur-le-champ et demanda des renforts.

Barrant la voie d’entrée et de sortie du stationnement avec son véhicule de police pour empêcher les suspects de fuir,

l’agente Vanderwater constata qu’ils se tiraient toujours dessus. Une camionnette rouge s’approcha du véhicule de la policière :

c’était le détective O’Toole qui descendit et s’identifia, lui disant qu’il était en congé et sans arme.

Pistolet au poing, l’agente Vanderwater passa ses menottes au détective. À l’abri de son véhicule, elle somma les conducteurs

des deux véhicules de s’arrêter et ordonna à tous les suspects d’en descendre et de s’étendre à plat ventre sur le sol, les mains bien

en vue. Tous obtempérèrent.

Pendant que l’agente Vanderwater assumait le contrôle de la situation en tenant les suspects en joue dans le stationnement, le

détective O’Toole s’approcha d’un tireur solitaire qui s’était caché derrière un arbre et procéda à son arrestation.

D’autres autos-patrouille arrivèrent sur les lieux et tous les suspects furent mis en état d’arrestation sans autre incident.

L’intervention courageuse et résolue du détective O’Toole et de l’agente Vanderwater a rapidement désamorcé une situation

dangereuse qui s’avérait en outre susceptible de mettre en péril la vie de personnes innocentes.

Les suspects furent accusés de tout un assortiment d’actes criminels, y compris de meurtre.

Le gendarme-détective Hugh O’Toole s’est joint au Service policier d’Ottawa en 1994 et est présentement affecté à la section des crimes majeurs

et homicides. Il a également oeuvré en tant que patrouilleur, enquêteur sur les vols qualifiés et agent-ressource scolaire dans la section Jeunesse. Son

engagement dans son travail policier ressort clairement des remarques qu’il fit en recevant son Prix d’excellence.

«Les policiers et policières doivent composer avec des incidents tels que celui-ci tous les jours. Cinq minutes plus tôt, une situation semblable

prend la forme d’une excellente interception ou vérification routière. Cinq minutes plus tard, une situation semblable se transforme en enquête intense

et soutenue. Ces interventions quotidiennes exigent le même courage et le même engagement que l’on souligne à mon égard aujourd’hui.

Dans une situation très dangereuse, l’agente Rebecca Vanderwater a fait preuve du sang-froid et de l’esprit de décision auxquels on

s’attendrait chez une policière plus aguerrie. Le fait que cette recrue en était à son premier quart de travail en solo rend son intervention d’autant

plus remarquable.

En racontant l’incident, les récipiendaires ont tous deux parlé davantage des actes posés par l’autre que des leurs. De telles éloges désintéressées

en disent long sur leur caractère mais révèlent surtout le professionnalisme que le détective O’Toole et l’agente Vanderwater apportent à la

communauté policière.

En acceptant son Prix d’excellence, Hugh O’Toole souligna l’importance d’être reconnu par ses pairs, tout en remerciant très spécialement

l’ACPP pour «son travail acharné dans les dossiers qui nous tiennent à coeur dans notre vie professionnelle de tous les jours».

Pour sa part, l’agente Vanderwater mit l’accent sur l’esprit de famille qu’elle a ressenti par la suite, grâce à l’encouragement de ses confrères et

consoeurs. «Pendant des mois après l’incident, j’ai reçu des lettres et des courriels de soutien et maintenant, un an plus tard, le détective O’Toole et

moi recevons l’expression du soutien des policiers et policières de tout le Canada. La signification de ce Prix demeurera dans mon coeur à jamais.»

9

RECUEIL ANNUEL DE L’ACPP

Agente Rebecca Vanderwater Gendarme-détective Hugh O’Toole


Récipiendaire d’un Prix

d’excellence de l’ACPP

Agent Hugh Beechy – Police du chemin de fer Canadien National (Régina)

10

RECUEIL ANNUEL DE L’ACPP

Agent Hugh Beechy

Le 10 octobre 2003, peu après avoir terminé son quart de travail à minuit, l’agent Hugh Beechy de la Police du

chemin de fer Canadien National rentrait chez lui à Regina Beach. Aux abords de la ville de Lumsden, il vit un

véhicule en feu dans la voie de gauche et constata que la GRC était déjà sur les lieux.

Sans aucune hésitation, l’agent Beechy s’arrêta pour prêter main-forte. La conductrice de la voiture était

prisonnière de son siège, coincée de la taille aux épaules par son tableau de bord lourdement endommagé. Malgré

les efforts acharnés déployés pour éteindre l’incendie par l’agent Beechy, les gendarmes Warner et Keith de la GRC

et deux chauffeurs de camions commerciaux, les flammes persistaient. Leurs efforts pour extraire la conductrice de

la voiture en ouvrant la portière ne donnaient rien, tandis que le feu se propageait et atteignait le plancher sous le

volant. Les pompiers n’étaient toujours pas arrivés et le temps pressait : il fallait sortir la conductrice du véhicule

avant qu’il ne s’embrase entièrement.

L’agent Beechy essaya d’incliner le siège de la conductrice en s’y prenant depuis la banquette arrière afin de se

donner un meilleur angle pour la dégager. Malgré les flammes et le risque d’explosion, l’agent Beechy se glissa

sur le siège arrière et le fit basculer suffisamment pour déplacer légèrement la victime mais malheureusement, sa

ceinture de sécurité la retenait toujours.

L’agent Beechy courut chercher des ciseaux d’ambulancier dans son véhicule. Lorsqu’il revint, la fumée à

l’intérieur du véhicule commençait à suffoquer les sauveteurs mais cela n’empêcha guère l’agent Beechy d’y pénétrer

de nouveau pour couper la ceinture de la conductrice. Les flammes l’avaient déjà atteinte et s’intensifiaient. S’y

prenant à deux reprises, l’agent Beechy réussit à faire bouger la victime et à la tirer sur le siège arrière.

Avec l’aide du gendarme Warner de la GRC et d’un civil non identifié qui s’était arrêté en chemin pour leur

venir en aide, l’agent Beechy réussit à extraire la victime de la voiture. Les sauveteurs la déposèrent sur le sol bien à

l’écart du véhicule en feu, ignorant si elle avait survécu. Peu de temps après, elle émit un gémissement; ils surent

alors qu’elle était vivante. Moins de deux minutes plus tard, les flammes dévoraient l’intérieur de la voiture.

Il ne fait aucun doute que c’est grâce aux gestes courageux des sauveteurs que la victime a eu la vie sauve ce

soir-là, et particulièrement grâce à l’intervention de l’agent Beechy. En effet, même s’il n’était pas en service,

l’agent Beechy s’est immédiatement mis à l’œuvre devant un danger de mort. Sans égard pour sa propre sécurité, il

n’a pas hésité à pénétrer dans un véhicule en feu pour sauver la vie d’une autre personne.

Jusqu’à ce qu’ils se retrouvent dans une situation dangereuse, les policiers ne savent jamais comment ils réagiront. Le

comportement de l’agent Beechy démontre un courage sans borne et constitue un brillant exemple pour la communauté policière

du Canada.

L’agent Hugh Beechy a entamé sa carrière policière en 1994 au sein de la Police militaire des Forces canadiennes. Il s’est

joint à la Police du chemin de fer Canadien National en 1999, l’un des deux agents de cette Police actuellement en poste en

Saskatchewan. L’agent Beechy a grandi dans le quartier de Régina où la formation des policiers de la division «Dépôt» de la

GRC a souvent lieu. C’est d’ailleurs en cet endroit qu’il a d’abord pensé à devenir policier. L’agent Beechy aime la variété

et les défis qu’offre l’intervention policière, ainsi que les occasions d’aider autrui que lui donne cette carrière. Il attribue le

succès du sauvetage aux autres policiers et aux civils qui sont arrivés quelques secondes après lui, sans toutefois nier l’apport de

sa formation qu’il résume ainsi : «Ne jamais lâcher, ne jamais perdre espoir, s’adapter, improviser et vaincre».

«La reconnaissance de mes pairs me rend humble mais cela compte énormément. La camaraderie et le partage de cet

événement avec ma famille, mes amis et mes collègues, demeureront toujours des souvenirs impérissables et j’aimerais remercier

l’Association des policiers du CN et l’ACPP d’avoir rendu tout cela possible.»


Récipiendaire d’un Prix

d’excellence de l’ACPP

Agent Travis Willie – Service policier de Prince Albert

11

RECUEIL ANNUEL DE L’ACPP

Agent Travis Willie

Le 25 octobre 2003, l’agent Travis Willie répondait à un appel signalant qu’un homme brandissait un couteau

sur les lieux d’une réception privée. Lorsque l’agent Willie est arrivé, le répartiteur informait toutes les voitures

concernées que le suspect s’était maintenant lancé à la poursuite d’un homme.

Premier arrivé sur les lieux, l’agent Willie a tout de suite repéré les deux hommes et les a sommés de s’arrêter.

Ne tenant pas compte de son ordre, ils ont poursuivi leur course. L’agent Willie leur a emboîté le pas jusqu’à une

ruelle où l’homme poursuivi est tombé sur le dos. Brandissant toujours son arme, le suspect armé s’est retourné

pour faire face à l’agent Willie. Quelque cinq mètres les séparaient.

L’agent Willie somma alors le suspect de lâcher son couteau. Sans obtempérer, l’homme fit plusieurs pas vers

l’agent qui répéta son ordre. Cette fois, il jeta son couteau et s’agenouilla.

Les difficultés de l’agent Willie étaient loin d’avoir pris fin. Pendant qu’il procédait à l’arrestation, une femme

se mit à entraver son travail. L’agent Willie devait maintenir le contrôle du suspect, tout en neutralisant la femme

sans perdre de vue l’homme poursuivi qui gisait toujours par terre.

Une fois le suspect menotté, la femme maîtrisée et des renforts policiers arrivés, l’agent Willie se précipita à

l’aide de la victime qui baignait maintenant dans une mare de sang.

Tirant parti de sa formation d’ancien technicien d’urgence médicale, l’agent Willie ouvrit la chemise de la

victime et découvrit une plaie béante dans la partie supérieure gauche de la poitrine. Appliquant immédiatement

de la pression sur la blessure, l’agent Willie continua à prodiguer les premiers soins au blessé jusqu’à l’arrivée

des ambulanciers qui prirent la relève. L’agent Willie accompagna la victime dans l’ambulance jusqu’à l’hôpital et

contribua aux efforts de maintien de la respiration jusqu’à l’intervention des urgentologues. Malheureusement, la

victime succomba peu après.

L’agent Travis Willie venait de terminer le stage d’entraînement sur le terrain de sa formation de recrue et son

intervention laisse peu de doute sur les leçons qu’il a retenues. Même s’il lui fut impossible de sauver la vie de la

victime, les mesures prises par l’agent Willie sont fort susceptibles d’avoir prévenu d’autres blessures graves, voire la

perte d’autres vies.

L’agent Willie a fait preuve de courage et de professionnalisme dans une situation périlleuse. Son comportement, dans une

situation que peu de gens rencontreront dans leur vie professionnelle, a été celui d’un policier chevronné et en dit long sur ce que

l’agent Willie apporte à la profession qu’il a choisie.

L’agent Travis Willie venait tout juste de commencer sa carrière au sein du Service policier de Prince Albert lorsque

l’incident du 25 octobre 2003 est survenu. Il affirme avoir choisi de faire carrière dans la police pour aider les autres et faire

partie d’une profession qui offre davantage que le train-train quotidien.

«Tout cela s’est produit si rapidement… Il y avait tellement de sang et tellement de monde. Ce dont je me souviens le plus

clairement, c’est que la victime n’a jamais émis un son.»

«Je me souviens aussi combien j’étais content de voir les agents Rudderham, Kellet, Tiessen et Dell arriver!»

«C’est un véritable honneur d’être reconnu de la sorte et je tiens à remercier l’ACPP, les membres de la Fédération des

policiers de la Saskatchewan ainsi que les membres de l’Association des policiers du Nouveau-Brunswick pour l’accueil de

première classe réservé à Melanie et moi pendant notre séjour à Saint-Jean.»

«Cependant, je remercie surtout mon épouse, Melanie. Nous nous étions mariés peu avant cet incident; son soutien et son

encouragement par la suite ont été inestimables pour moi.»


Récipiendaire d’un Prix

d’excellence de l’ACPP

Sergent Paul Trivett - Police provinciale de l’Ontario, Georgina Island

12

RECUEIL ANNUEL DE L’ACPP

Sergent Paul Trivett

Au cours de l’après-midi du 26 mars 2003, le sergent Paul Trivett était en congé, traversant le lac Simcoe entre

Virginia Beach et Georgina Island à bord d’un hydroglisseur rempli de passagers et de marchandises.

Quelques minutes après le départ, les occupants de l’embarcation remarquèrent plusieurs motoneiges qui

filaient à vive allure sur les eaux gelées autour des Sand Islands. Peu après, le sergent Trivett et le pilote du bateau

se rendirent compte que l’une des motoneiges s’était arrêtée et s’enfonçait au milieu des eaux libres. Après avoir

déposé les passagers de l’hydroglisseur sur Georgina Island, le sergent et le pilote revinrent à l’endroit où la

motoneige avait disparu.

Un homme s’approcha de l’hydroglisseur pour demander du secours et revint sur la rive où il retira sa tenue de

motoneigiste avant de se jeter à l’eau.

Le pilote amena l’hydroglisseur près de deux motoneigistes tombés à l’eau et constata que l’un d’eux avalait de

l’eau et s’étouffait. Le poids de ses vêtements trempés et les premières manifestations d’hypothermie l’empêchaient

de garder la tête hors de l’eau et le tiraient sous la surface. Le deuxième qui voulait sauver son ami, s’efforçait de

lui tenir la tête hors de l’eau mais commençait lui aussi à souffrir des effets de l’eau glacée.

Le sergent Trivett fut en mesure de saisir le mononeigiste en détresse par son vêtement et de le tirer dans

l’embarcation avec l’aide du pilote. Après l’avoir emmené dans l’habitacle chauffé, ils aidèrent le deuxième à

monterà bord.

Pendant qu’ils se dirigeaient vers la rive, le sergent Trivett demanda une ambulance par téléphone cellulaire,

enleva aux deux hommes gelés leurs vêtements trempés et leur prodigua les premiers soins. Le premier

motoneigiste fut hospitalisé souffrant d’une grave hypothermie tandis que son ami se faisait soigner sur les lieux et

put rentrer chez lui.

Le sergent Trivett s’est volontairement exposé au danger mais grâce à la promptitude de son intervention

dans ce périlleux sauvetage et à sa connaissance du secourisme, il possédait la combinaison parfaite pour sauver la

vie de la victime. Son courage et son professionnalisme font de lui un modèle pour les autres membres de la

profession policière.

Paul Trivett s’est joint à la Police provinciale de l’Ontario en 1982 et fut promu au grade de sergent en 1996. Il est présentement

affecté aux programmes des Premières Nations du quartier général de la PPO à Orillia. Le sergent Trivett a servi au sein de la

patrouille, au bureau du Solliciteur général, aux Services policiers des Premières Nations du quartier général de la PPO, et en tant que

chef intérimaire de la Police de Georgina Island, une communauté Ojibwa de 250 résidents permanents et de quelque 2 000 vacanciers

d’été, située à la pointe sud-ouest du Lac Simcoe.

Paul a passé huit années de sa carrière policière à desservir Georgina Island, un endroit qu’il qualifie de «communauté

tricotée-serré». «Georgina Island est animée d’un puissant sentiment de fierté et d’une volonté inébranlable de bien faire les choses. Ces

qualités se reflètent dans le Comité mixte des volontaires regroupant des policiers, des pompiers, des professionnels de la santé et des

travailleurs sociaux.»

«Je me suis simplement retrouvé au bon endroit au bon moment mais n’oublions surtout pas que le matériel nécessaire était à portée

de la main», ajoute-t-il en racontant le sauvetage, soulignant l’importance du matériel dans les circonstances. Les sauvetages sur glace ne

sont pas rares dans cette région du Lac Simcoe : il y en a eu six au cours des quatre dernières années. «En hiver, vous devez être prêts. Il

y en a toujours un qui s’aventurera même lorsque les conditions sont dangereuses.»

«C’est un grand honneur de recevoir ce Prix et je le partage avec mon épouse Mavis et nos trois enfants, Alicia, Brent et Kelsey. Ils

sont toujours disponibles pour moi et demeurent mon plus grand soutien.»

«Je tiens à remercier l’Association canadienne de la police professionnelle et l’Association des policiers provinciaux de l’Ontario non

seulement pour m’avoir décerné ce Prix mais pour leur engagement soutenu envers les membres de notre profession.»


Assemblée générale annuelle 2004 de l’ACPP

Saint-Jean (Nouveau-Brunswick)

Une seule voix - Faisons le point

Plusieurs d’entre vous vous rappelez peut-être que j’avais écrit un

article au sujet de l’importance d’être en mesure de parler d’une seule

voix au nom de nos 54 000 membres dans le premier numéro de

L’Express publié après la fondation de l’ACPP.

Au cours des douze derniers mois, l’agent exécutif de l’ACPP, David

Griffin et moi avons rencontré de nombreux députés et sénateurs,

dont le Premier ministre Paul Martin et la vice-première ministre et

ministre de la Sécurité publique et de la Protection civile, Anne

McLellan, ainsi que le ministre de la Justice, Irwin Cotler, le chef

suppléant du Parti conservateur Peter MacKay et le porte-parole du

Bloc Québécois en matière de justice, Serge Ménard. Nous avons

également rencontré divers dirigeants de groupes policiers et communautaires d’intéressés dans toutes les régions du

Canada. À chacune de ces occasions, nous avons été en mesure de présenter le point de vue unique des associations de

policiers dans des dossiers qui ont une incidence non seulement sur nos membres mais sur les citoyens que nous avons

fait serment de protéger.

À l’ordre du jour de ces rencontres, nous avons abordé des problèmes que nous partageons tous, dont les suivants : la

préoccupation croissante que suscitent le Service correctionnel du Canada et la Commission nationale des libérations

conditionnelles, la sécurité nationale et la protection de nos frontières, le projet de loi sur la marijuana et les installations

illicites de culture, la conduite avec facultés affaiblies par les drogues, le registre de délinquants sexuels, les services

policiers contractuels, la discipline policière, l’action politique chez les policiers, la dotation en personnel policier et le

financement des services policiers.

Nous faisons des progrès. Lors de son allocution dans le cadre de notre Assemblée générale annuelle, la Ministre

McLellan a promis un examen approfondi des politiques et procédures relatives au Service correctionnel du Canada et

à la Commission nationale des libérations conditionnelles. Nous avons bon espoir que cet examen portera sur les

nombreuses échappatoires et les nombreuses lacunes d’un système qui remet trop souvent et trop tôt des criminels

en circulation dans nos rues, ce qui représente une menace pour les citoyens respectueux des lois, en plus de mettre

inutilement en péril la vie de nos policiers.

C’est grâce à la force, à la volonté et à la solidarité de nos membres que nous réussissons à faire bouger les choses : le

policier municipal qui constate personnellement les répercussions d’un crime sur la famille de la victime; l’association

locale de policiers qui est chargée de transmettre les revendications de ses membres à l’échelon supérieur; et finalement,

les dirigeants provinciaux et régionaux qui oeuvrent dans le but de faire changer les choses à l’échelle nationale.

Sans ces efforts concertés de collaboration, plusieurs projets demeureraient au stade de la planification sans que nos

buts et nos objectifs ne soient jamais atteints. Votre appui au cours des douze derniers mois a contribué à faire bouger

les choses. Votre appui soutenu à l’avenir nous assurera à tous un avenir plus brillant dans un meilleur

environnement de travail.

Fraternellement,

Tony Cannavino

Président, ACPP

13

RECUEIL ANNUEL DE L’ACPP


L’agent d’administration de l’APO, Bruce Miller, pendant sa présentation sur la détermination

des peines et les libérations conditionnelles.

Dawn Lynch, dont la tante et la grand-mère ont été assassinées, parle des efforts qu’elle a

déployés pour que le governement fournisse des fonds qui permettraient aux familles des victimes

d’assister aux audiences de libération conditionnelle.

Le président de l’Association des policiers du Nouveau-Brunswick, Dean Secord, se prononce sur

une question en qualité de délégué.

Denise Leblanc, l’épouse du policier assassiné Chris Garrett de Cobourg, s’adresse aux délégués.

14

RECUEIL ANNUEL DE L’ACPP

Pendant son allocution, Anne McLellan, ministre de la Sécurité publique et de la

Protection civile, a traité de plusieurs sujets qui demeurent des revendications

primordiales au programme de l’ACPP en matière de justice.

Le président du Centre canadien de ressources pour les victimes de crime, Steve Sullivan,

met les délégués à jour relativement aux politiques du Service correctionnel du

Canada et à leurs répercussions sur les familles de victimes.

Les participants à la table ronde sur les armes à feu (de gauche à droite) : Bob Frolic,

directeur d’ENSALA; Chuck Johnson, contrôleur des armes à feu (Ontario);

et Bill Baxter, commissaire du Centre des armes à feu Canada.


15

RECUEIL ANNUEL DE L’ACPP

Kim Phillips, président de la section locale 61 de l’Association protectrice

des policiers de Saint-Jean, souhaite la bienvenue aux délégués.

Ian Roland, conseiller juridique de l’Association des policiers de l’Ontario

(ci-dessus) et Gary Clewley, conseiller juridique de l’Association des policiers

de Toronto (ci-dessous), ont fait bénéficier les délégués de leur expérience et

de leur perspicacité pendant les discussions au sujet des répercussions du

Rapport Ferguson sur les droits des policiers et policières.


Par David Griffin, agent exécutif, Association canadienne de la police professionnelle

Depuis sa plus tendre enfance, Sheila Sullivan voulait

devenir policière.

«J’ai toujours conservé le désir inébranlable de devenir

policière, malgré que la GRC eût rejeté ma demande après le

secondaire sous prétexte que j’étais trop courte. C’était dans

l’ancien temps, avant la Charte. Je me suis donc inscrite

à la faculté de Droit et j’ai pratiqué le métier d’avocate

pendant quelques années mais ce travail m’a ennuyée assez

rapidement. J’ai finalement pris mon courage à deux mains

et j’ai démissionné pour me joindre au Service policier

de Vancouver en 1990. Ce changement de carrière a

considérablement rogné mon salaire mais l’argent n’est pas

tout ce qui compte. La police, c’est donc ma deuxième

carrière mais maintenant que j’exerce ce métier, je sais que je

suis née pour être policière.»

Aujourd’hui, Sheila Sullivan du Service policier de

Vancouver a atteint le grade de sergente et elle est affectée à

l’unité d’intervention chargée des femmes disparues qui

enquête sur l’un des tueurs en série les plus notoires du

Canada. Sheila siège également à titre de directrice du

Syndicat des policiers de Vancouver et possède six années

d’expérience au sein de cette association.

Mary Ann Burns s’est jointe à la Police provinciale de

l’Ontario (PPO) en tant qu’employée civile et six mois

plus tard, elle posait sa candidature pour devenir policière

et fut rapidement acceptée parmi les toutes premières recrues

féminines de la PPO. À l’époque, une carrière policière

était considérée être une voie traditionnellement réservée

aux hommes.

«Lorsque j’étais en poste à Guelph, les médias me

trouvaient originale et j’ai fait l’objet de plusieurs reportages

dans les journaux et à la télévision. J’ai oeuvré dans un

organisme consacré à la sécurité dans les villages et j’ai parlé

devant de nombreux groupes communautaires, en plus de

faire la promotion de carrières inhabituelles pour les femmes

lors d’événements tels que l’exposition agricole du Centre de

l’Ontario à Kitchener.»

Aujourd’hui, Mary Ann est présidente du secteur régional 3

de l’Association des policiers provinciaux de l’Ontario (APPO),

comprenant les comtés de Brant, Haldiman et Norfolk.

Marlene Jesso devint policière lorsque l’admission de

femmes au service policier était un concept tout nouveau

pour le corps policier terre-neuvien, la Royal Newfoundland

16

RECUEIL ANNUEL DE L’ACPP

Constabulary (RNC). «Il me semblait que cette carrière non

traditionnelle s’avérerait exigeante et stimulante mais aussi

très valorisante, puisqu’elle me donnerait l’occasion de

desservir les gens en utilisant des moyens hors de l’ordinaire.»

Marlene est maintenant sergente de patrouille à la

RNC. En avril dernier, elle fut élue à l’exécutif de l’Association

de la RNC à titre de première vice-présidente. Une

première, effectivement, aucune femme n’ayant fait partie de

l’exécutif auparavant.

Même si les femmes furent admises dans les services

policiers depuis le milieu du 19e siècle, la présence

marquée de policières ne se manifeste au Canada que

depuis une trentaine d’années. En effet, les principaux

services policiers canadiens commencèrent à recruter des

femmes dans leurs rangs pendant les années 70. En 2003,

les femmes représentaient 5 % des officiers supérieurs, 8 %

des sous-officiers et 19 % des agents de police, alors qu’elles

ne comptaient que pour 1 % des officiers supérieurs et

sous-officiers, et que pour 5 % de l’ensemble des agents de

police en 1986.

Les femmes ont joué un rôle actif dans plusieurs fonctions

non policières au sein de services policiers depuis beaucoup plus

longtemps. L’ouverture de postes destinés aux civils ne nécessitant

aucune formation policière, s’est accrue dans les domaines

suivants : téléphonistes aux services d’urgence, techniciens en

identification, agents de sécurité dans les palais de justice, escortes

de prisonniers, personnel de supervision et de gestion. Dans

certaines provinces, les membres civils des services policiers sont

représentés par l’association provinciale des policiers et policières,

tandis que dans d’autres provinces, les membres civils sont

représentés par d’autres unités de négociation.

Nombre de femmes choisissent de se joindre à un service

policier en tant qu’employées civiles. Lorsque Cindy Bahm

termina son secondaire, elle décida de poursuivre une

carrière de policière au sein de la PPO.

«À cette époque, les postulantes devaient avoir 21 ans

et j’étais trop jeune. Je me suis inscrite à un cours

d’administration de la loi et de la sécurité au Cambrian

College de Sudbury avec l’intention de poser ma candidature

à la PPO lorsque je serais diplômée mais je me suis mariée

après avoir reçu mon diplôme. J’ai donc décidé de me porter

candidate à un poste d’adjointe administrative vacant au

détachement de la PPO à Temagami où j’habitais. Ce poste

plus stable convenait davantage à mes propres besoins à ce


moment-là, tout en me permettant de m’impliquer dans des

fonctions policières.»

Dix-neuf ans plus tard, Cindy travaille au détachement de

la PPO à North Bay et siège au conseil de l’Association des

policiers provinciaux de l’Ontario à titre de directrice civile.

Joanne Engelhardt est également diplômée du

programme d’administration de la loi et de la sécurité du

Sheridan College. Elle accepta d’abord un poste au bureau

des dossiers judiciaires de la Police de Hamilton mais

au bout de trois ans, elle passa aux Communications et

y est demeurée depuis, même si elle a déjà envisagé la

possibilité de devenir policière.

«Aux Communications, j’ai affaire à des gens dans des

situations dramatiques, conflictuelles et désespérantes, ce qui

est déjà assez éprouvant. J’ai décidé que je n’avais pas la force

voulue pour voir de mes yeux les résultats d’un accident

tragique ou pour trouver un cadavre, trois semaines après sa

mort. Dans mes fonctions actuelles, je ne m’inquiéte pas de la

paperasse que je n’ai pas eu le temps de remplir. Je fais mon

quart de 12 heures et je peux rentrer chez moi.»

Aujourd’hui, Joanne est directrice aux conseils

d’administration de l’Association canadienne de la police

professionnelle (ACPP) et de l’Association des policiers de

l’Ontario (APO), en plus d’être présidente du conseil

d’administration de l’Association des policiers de Hamilton.

Bien entendu, elle cumule ces fonctions tout en s’acquittant

toujours de ses tâches de téléphoniste d’urgence aux

Communications du Service policier de Hamilton.

Toutes ces femmes partagent une chose en commun : elles

ont accepté le défi que pose un rôle de leadership au sein

d’associations de policiers et policières. Dans le présent

article, nous mettrons en vedette certaines des femmes

les plus militantes au sein d’associations de policiers

canadiennes du 21e siècle qui exercent leur leadership

dans leurs associations et dans leurs communautés et

qui influencent l’orientation de leurs services policiers par

l’intermédiaire de leurs associations.

Militantisme associatif

Mais qu’est-ce qui attire les femmes dans le travail

associatif? Depuis une quinzaine d’années, Lynn Dobson est

17

RECUEIL ANNUEL DE L’ACPP

représentante permanente des services aux membres à

l’Association des policiers de la Région de Peel, s’étant

jointe à cet organisme policier en tant que membre civil.

«Certaines personnes se font une idée dépassée du

représentant policier stéréotypé et nécessairement

masculin : c’est un grand gaillard musclé qui fume et boit

beaucoup. Cependant, nous nous écartons maintenant

de cette fausse perception. À mon sens, l’essentiel d’une

association, c’est de constituer un milieu dynamique où il

n’y a absolument pas moyen de prédire quel sera le

problème suivant ou ce dont voudra discuter le prochain

membre qui franchira la porte.»

Plusieurs représentantes d’associations avouent qu’un

incident ou un problème particulier les a poussées à militer

au sein de leur association. «J’avais fait beaucoup de

bénévolat pendant la Semaine de la police, les matches

de hockey de bienfaisance, les Olympiques policiers,

et ainsi de suite», raconte Brenda Lawson, présidente

du conseil d’administration de l’Association des policiers

de l’Ontario et agente exécutive de l’Association des

policiers d’Ottawa. «Au milieu des années 80, un membre

de mon unité de travail essentiellement féminine n’était

pas traité équitablement par son supérieur immédiat.

D’autres membres de l’équipe avaient remarqué ce

comportement inéquitable. J’ai donc mobilisé les membres

de l’unité de travail pour que nous tentions ensemble de

régler ce problème. Ce fut une véritable révélation pour

moi – j’ai constaté que notre voix collective était très

puissante et que je pouvais contribuer à faire la différence.

Lorsque mes collègues m’ont demandé de me porter

candidate à un poste au conseil d’administration, j’ai

allègrement relevé le défi et ne n’ai jamais regretté

ma décision.»

Quant à Kim Williams, actuellement présidente du

secteur régional 18 de l’APPO regroupant plus de 1 200

membres d’un bout à l’autre de l’Ontario, elle eut son

premier contact avec l’aspect associatif des services

policiers en participant à un cours de formation parrainé

par l’APPO, Cadres agréés d’associations de policiers et

policières. La teneur de ce cours suscita son intérêt et

l’incita à en apprendre davantage sur le fonctionnement

d’une association.

Kim préside l’exécutif de son secteur régional,

comprenant huit cadres élus composés de membres civils et

de membres en uniforme qui dirigent l’association de 750

membres en uniforme et de près de 500 membres civils.

«L’un des plus grands défis qui se pose à un exécutif

comme le nôtre, c’est de représenter à la fois les membres

de la base et les membres du personnel surveillant

en desservant le mieux possible chacun d’eux.» Kim

ne croit pas que sa situation soit exceptionnelle et se dit

particulièrement fière que l’APPO ait accueilli les femmes

à tous les niveaux de l’organisation.

En 1992, le Service policier de Régina n’accordait pas de

congé de maladie aux femmes enceintes qui devaient subir

une césarienne. Un grief fut déposé et une plainte à la

Commission des droits de la personne fut envisagée. «La

question ne fut résolue que parce que les membres de

l’exécutif de l’Association étaient convaincus que cela était

injuste et qu’il fallait intervenir», se rappelle la sergente


Christine Tell du Service policier de Régina, présidente

de l’Association des policiers de Régina. «Va sans dire

que j’étais le membre qui faisait l’objet du grief. Cette

intervention fut déterminante pour moi, me permettant

de me rendre compte qu’il faut parfois exercer des

pressions pour redresser une situation et que chaque

membre particulier doit pouvoir être représenté avec

fermeté par l’Association. J’étais très reconnaissante

envers l’Association pour les efforts qu’elle avait déployés

en mon nom et j’étais convaincue que je devais faire ma

part, donnant donnant. J’ai également eu la chance de

pouvoir observer de près le processus de règlement des

griefs, ce qui m’a persuadée qu’il faut un engagement

ferme envers la personne lésée, à défaut de quoi le

«redressement de la situation» s’effondrerait.» Christine a

oeuvré à titre de directrice de l’Association des policiers de

Régina en 1993 et 1994, de vice-présidente en 1995, et après

un hiatus en 1999 et 2000, elle fut la première femme élue

présidente d’une importante association de policiers au

Canada en 2001.

Il arrive souvent qu’un représentant d’association

chevronné encourage un nouveau membre à s’impliquer,

comme ce fut le cas pour Joanne Engelhardt.

«Il y a plusieurs années, j’ai eu le bonheur de travailler aux

Communications avec Frank Venturelli qui a pris sa retraite

depuis. Frank m’a encouragée et m’a convaincue de me

porter candidate au poste de directrice civile au conseil

d’administration de Hamilton. Si je ne m’abuse, c’était après

la réunion de ratification de la convention collective qui

accordait une hausse de salaire inférieure aux employés

civils qu’aux policiers assermentés et les iniquités que j’ai pu

constater m’ont finalement poussée à me porter candidate au

poste de directrice civile.»

Sheila Sullivan fut également encoura-gée à se joindre au

Syndicat des policiers de Vancouver.

«Matt Kelly, le président du Syndicat alors en poste,

m’approcha et m’encouragéa à poser ma candidature.

À l’époque, notre Syndicat était aux prises avec deux

défis : premièrement, il éprouvait des difficultés

financières, amplifiées par le fait qu’il était propriétaire

d’un immeuble à bureaux de sept étages qui nous faisait

perdre de l’argent, faute de locataires; deuxièmement,

les dispositions relatives aux plaintes des citoyens et au

régime disciplinaire de la Loi sur les services policiers de

Colombie-Britannique, faisaient l’objet d’importantes

modifications à la suite des recommandations formulées

par la Commission Oppal, chargée d’enquêter sur les

services policiers.

J’étais persuadée de posséder des connaissances et des

aptitudes particulières qui pouvaient faire la différence

pour notre Syndicat dans ces deux dossiers, spécifiquement.

Tout d’abord, j’avais pratiqué le droit appliqué au secteur

de l’immobilier commercial. En outre, dans le cadre de

mon travail d’avocate, j’avais étudié la Loi provinciale sur

les services policiers pendant plusieurs années, en plus de

posséder des notions des lois régissant le travail et les droits

de la personne, ce qui pouvait s’avérer utile dans le contexte

syndical. En raison de tout cela, j’ai décidé de me porter

candidate et je fus élue lors de ma première campagne.»

18

RECUEIL ANNUEL DE L’ACPP

Défis personnels

Détenir un poste à l’exécutif d’une association n’est

pas de tout repos, particulièrement si vous êtes la

première femme à se joindre à l’équipe. «En tant que

première femme à siéger au conseil d’administration

de l’Association des policiers de l’Ontario (APO) il y a

13 ans, j’ai dû relever certains défis», admet Brenda

Lawson. «Même si la plupart des membres m’ont bien

accueillie, j’ai dû composer avec certaines difficultés

d’adaptation chez d’autres. Je suis heureuse de pouvoir

affirmer qu’en l’espace d’une année, les temps avaient

changé. Aujourd’hui, les femmes oeuvrent aux échelons

supérieurs de la direction d’associations et de services

policiers; elles sont respectées en raison de leur

apport.» Aujourd’hui, Brenda est présidente du conseil

d’administration de l’APO.

Comme le mentionne Sheila Sullivan, la plupart des

postes associatifs revêtent un caractère bénévole, ce qui

oblige les représentant(e)s à s’acquitter de leurs tâches

associatives pendant leurs heures de «loisir».

«Cela signifie que je consacre de nombreux soirs et

jours de congé à mes dossiers associatifs, ce qui empiète

vraiment sur ma vie privée mais c’est difficile pour tous les

membres du conseil de concilier leurs horaires. Je ne

parviens pas à faire mon lavage toutes les semaines et la

maison centenaire que j’ai achetée il y a quatre ans et

demi avec l’intention de la rénover, demeure largement à

l’état vétuste.»

Le temps consacré à l’association risque de soumettre

la vie intime à rude épreuve. «Heureusement, mon mari

est très compréhensif mais alors, il est également membre

de la RNC», ajoute Marlene Jesso.

«En raison de son travail, mon mari devait s’absenter

souvent», se souvient Cindy Bahm. «Il changea d’emploi

et son nouvel employeur lui accorde des heures de

travail plus prévisibles, ce qui me permet d’exercer

mes fonctions de directrice civile de l’APPO, malgré

les heures de travail tardives et les absences répétées.

Je fus celle qui a dû s’adapter à cause du contraste

avec mon horaire régulier dans mon poste administratif

à la PPO. Cette adaptation a également touché mes

responsabilités familiales envers mes enfants et à la

maison mais mon mari les assume entièrement lorsque

je dois m’absenter.»

Le travail en soi peut également s’avérer très

exigeant. «Il serait facile de devenir désenchantée des

services policiers en général et de notre corps policier

en particulier», précise Sheila Sullivan, «mais je suis

certaine qu’on pourrait en dire autant de tous les

métiers. Il faut constamment se forcer à demeurer

optimiste et à reprendre sans cesse les mêmes combats

avec d’autres gestionnaires de services policiers,

d’autres commissions de police et d’autres formations

politiques. En contrepartie, nous ressentons beaucoup

de satisfaction en demeurant fidèles à nos principes

et en représentant nos membres raisonnablement et

professionnellement, ce qui équilibre les choses. Cette

attitude nous assure de l’emporter dans la plupart des

dossiers que nous défendons.»


Faire bouger les pouvoirs établis risque de s’avérer un

exercice pénible. Selon Cindy Bahm, «la seule chose

qui me déçoive vraiment, c’est la lenteur avec laquelle

le gouvernement, notre corps policier, voire notre

Association, bougent lorsqu’il s’agit de passer à l’action.

Ça me frustre infiniment.»

Sheila Sullivan partage cette frustration. «Je crois

que si tout le monde essayait de travailler ensemble

pour résoudre les problèmes en s’appuyant sur des

principes, les choses seraient accomplies beaucoup plus

équitablement et expéditivement.»

Lynn Dobson ajoute : «L’un des plus gros défis de

ce poste, c’est que pendant que vous vous occupez de

modifications à la Loi sur les services policiers, de

problèmes disciplinaires, d’évaluations du rendement et de

négociations collectives, vous recevez un appel de l’un

de vos membres et vous devez savoir que pour lui, cet

appel est primordial. Vous devez évaluer ce qu’il vous dit,

comprendre l’incidence que cela aura sur sa situation et

décider sur-le-champ de la ligne de conduite à adopter.»

On peut se sentir très seule au sommet. «Il arrive qu’on

vous mette au pilori sans que vous puissiez donner de détails

personnels par souci de protéger les droits d’autrui»,

explique Sheri Oliphant. «En raison de ce devoir de réserve,

vous devez parfois prendre des décisions en étant acculée

au pied du mur et le contrecoup peut être injustifié. Vous

ne pouvez vous attendre à ce que vos admirateurs se liguent

pour défendre votre réputation. Vous devez être convaincue

d’agir avec honnêteté et droiture, protégeant les intérêts

supérieurs de l’Association.»

Sheri sait de quoi elle parle. En 1996, cette présidente

de l’Association des policiers de Wallaceburg s’en est prise

à la municipalité et l’emporta lorsque la Commission des

services de police essaya de congédier illégalement trois

membres de l’Association. Aujourd’hui, Sheri cumule les

fonctions de directrice de l’Association des policiers de

Chatham-Kent et de chef de la formation au Centre des

communications d’urgence depuis la fusion des services

policiers de la région.

Les femmes hésitent-elles à s’engager dans une

carrière associative?

«Les hommes hésitent autant que les femmes, à mon

avis», répond Sheila Sullivan, «et c’est en raison du temps

19

RECUEIL ANNUEL DE L’ACPP

que l’engagement associatif exige puisque nous détenons

des emplois de policiers et policières à temps plein,

en plus d’exercer toutes nos fonctions syndicales.

Les femmes éprouvent des problèmes accrus si elles ont

de lourdes responsabilités familiales par surcroît. Je n’ai

pas d’enfant et c’est peut-être plus facile pour moi de

m’engager entièrement.»

«Je crois que les femmes hésitent effectivement,

particulièrement chez nous à la RNC puisque le ratio

hommes-femmes de notre corps policier est le plus bas

au Canada», affirme Marlene Jesso. «Il s’agit de postes

à caractère bénévole qui exigent beaucoup de temps.

C’est déjà assez difficile de travailler à temps plein

par quarts et d’élever ses enfants, d’assister à leurs

matches de soccer, à leurs concerts, et que sais-je encore.

En ajoutant des heures de travail associatif supplémentaires,

notre tâche s’alourdit considérablement et c’est

frustrant. Heureusement, lorsque vous réalisez un de

vos objectifs importants, tout ce dur labeur et tous ces

sacrifices en valent la peine.»

Les associations concurrencent aussi avec les gestionnaires

de services policiers lorsqu’il s’agit de recruter des

femmes à des postes de direction. «Le nombre de policières

oeuvrant au sein d’associations est bas et l’a toujours été»,

constate Lynn Dobson. «Peut-être ces femmes relèvent-elles

suffisamment de défis dans leur travail quotidien sans

avoir à rechercher d’autres débouchés? Qui plus est, en

raison des initiatives d’équité en matière d’emploi et du

fait que les directions de services policiers tiennent à

prouver que leur service offre un milieu de travail équitable,

certaines femmes cadres se sont prévalues des chances de

promotion offertes.»

«Même si les mentalités changent dans le milieu de

travail», ajoute Lynn, «dans certains secteurs, on voyait

d’un mauvais oeil les représentants de «syndicats policiers»

et c’est peut-être toujours le cas. Peu de cadres (policiers

ou autres) vont encourager des gens compétents à

descendre de leur autobus pour en prendre un autre qui

risque d’aller dans le sens opposé.»

Les défis actuels

D’après toutes les femmes qui nous ont parlé, les associations

de policiers et policières ne manqueront pas d’occasions de

relever des défis dans les années à venir, dont les suivants :

• Négociations collectives

• Surveillance civile des services policiers

• Dotation en personnel

• Caisses de retraite

• Indemnisation des accidentés du travail

• Minorité anti-police tonitruante, amplifiée par les médias

• Mise en oeuvre de normes de compétence provinciales

• Menace d’empiétement de la sécurité privée sur les

fonctions policières


Selon la sergente Debbie Bone de la GRC, trésorière de

l’Association de la police montée de l’Ontario, l’un des

plus gros défis que doit relever son Association, «c’est de

convaincre la GRC d’agréer l’Association de la police montée

professionnelle du Canada en tant que représentante de

bonne foi de ses membres et d’engager des négociations

collectives avec l’APMPC.»

«Il sera très important de veiller à ce que de nouvelles

policières plus jeunes s’intéressent à l’Association et s’y

impliquent», ajoute l’agente de patrouille Lee Anne Merkley

de la PPO, secrétaire du secteur 10S de l’Est de l’Ontario

de l’Association des policiers provinciaux de l’Ontario.

«Les associations ont un rôle à jouer dans l’édification

d’un milieu de travail respectueux qui apprécie la diversité

à sa juste valeur», déclare Christine Tell. «Changer un

milieu de travail où l’intimidation et le traitement hostile

semblent être des comportements admissibles, voire

récompensés, doit être perçu comme une priorité des

associations. Le défi, c’est de trouver la stratégie voulue

pour réaliser cet objectif.»

«L’un de nos défis est de nous assurer de représenter

convenablement nos membres et de répondre à leurs

besoins lorsqu’ils ont été impliqués dans une situation

traumatisante comme une fusillade, une mort sous garde

policière ou une plainte déposée contre eux par un

citoyen», déclare Sheila Sullivan. «Nos membres méritent

et ont le droit d’être traités équitablement au cours des

nombreux processus d’enquête susceptibles de suivre ces

incidents. Si l’association ne réagit pas fermement, si elle

ne surveille pas de près ces processus et si elle ne s’y

implique pas, les systèmes et les responsables chargés de

ces enquêtes risquent parfois de ne pas tenir compte des

droits de nos membres ni de leurs besoins psychologiques,

pas plus que de leur obligation d’enquêter de façon

équilibrée et équitable. L’association doit intervenir et

défendre fermement tout membre impliqué dans un

incident grave.»

Encourager les femmes à s’impliquer

Selon Joanne Engelhardt, «les associations peuvent

encourager les femmes à s’impliquer en écrivant des

articles comme celui-ci. Il faut promouvoir le travail

associatif dans les magazines et les sites Web des

associations, en plus d’intégrer les femmes dans les

comités où elles sont libres de discuter de problèmes

familiaux tels que le soin des parents âgés, le partage

des tâches, les horaires flexibles et les besoins des enfants.»

«Il est impératif d’offrir l’égalité des chances si vous

voulez que les femmes s’impliquent. Les possibilités

d’avancement doivent être les mêmes pour les femmes

que pour les hommes qui ont choisi de militer au sein de

leur association», précise Brenda Lawson.

Après une vingtaine d’années à titre de directrice

civile, Brenda avait l’impression d’avoir atteint le plafond

20

RECUEIL ANNUEL DE L’ACPP

de verre – deux fois plutôt qu’une, en tant qu’employée

civile et en tant que femme. Elle se porta candidate

à un poste de policière auprès de la Police d’Ottawa

et de la Police provinciale de l’Ontario; elle en était au

stade final du processus d’embauche des deux corps

policiers lorsqu’elle apprit qu’elle avait été choisie au

poste de directrice exécutive à temps plein de l’Association

des policiers d’Ottawa. Le travail associatif, c’était sa

passion. Brenda retira donc ses candidatures et n’a

jamais regretté d’avoir opté pour le poste de direction.

«C’est très valorisant et j’encourage fortement les autres à

s’impliquer dans le travail associatif, que ce soit à temps

partiel ou à temps plein», conclut-elle.

«J’ajouterais que toutes les associations doivent

absolument s’occuper de la planification de la relève

sur une base permanente», propose Sheila Sullivan, «de

sorte qu’il reste toujours des membres motivés et

compétents pour assumer les postes laissés vacants lors

de la retraite des anciens et anciennes. On peut y

parvenir en recrutant activement des membres dotés

des aptitudes voulues. En faisant participer les membres

aux activités d’une association, en leur permettant

de siéger aux comités au nom du syndicat, on assure leur

formation et on leur permet de pouvoir s’imaginer dans

des rôles de leadership. En encourageant la participation

d’un grand nombre de personnes d’horizons très divers,

l’association peut se préparer de futurs dirigeants.»

«Exercez votre leadership en donnant l’exemple et

assurez-vous que tous vos membres pensent que leurs

représentants et représentantes élus sont des gens

exceptionnellement honnêtes et intègres», précise

Christine Tell. «Conservez votre enthousiasme malgré

les difficultés et ne laissez rien vous échapper. Nous

devons accueillir et chérir la diversité mais cela exige des

discussions réfléchies et de la planification bien pensée.»

«À mesure qu’un nombre croissant de femmes

s’impliquent, d’autres suivront naturellement. On pourrait

impliquer les femmes dans les activités associatives par

le truchement de comités et de représentation locale sur

les lieux du travail», d’ajouter Cindy Bahm. «Je suis persuadée

que les femmes ont beaucoup à offrir aux associations et que

leur implication donnera plus de diversité aux échelons

supérieurs de ces organisations, ce qui représentera mieux la

diversité chez leurs membres.»

La sergente Joanne Whitney de la PPO, présidente

du secteur régional 17 de l’Association des policiers

provinciaux de l’Ontario et superviseure du Centre des

communications du Nord-Ouest à Kenora, conclut : «J’ose

espérer que le présent article communiquera toutes

les bonnes raisons qu’ont les membres de s’impliquer

activement dans leurs propres associations. Il est beaucoup

plus facile d’observer le tout en spectateur passif mais il

faut que plus de gens s’impliquent. En l’espace de deux

ans seulement, je suis passée de spectatrice passive pour

me retrouver dans le feu de l’action et c’est la meilleure

décision que j’aie prise de ma vie.»


MARY ANN BURNS

Sergente de la Police provinciale de

l’Ontario (PPO) et présidente du secteur

régional 3 de l’Association des policiers

provinciaux de l’Ontario (APPO), Mary Ann

s’est jointe à la PPO en tant qu’employée

civile et par la suite, posa sa candidature à un

poste d’agente de police et fut ainsi en

mesure de faire partie de la classe de

premières recrues féminines de la PPO.

Alors qu’elle était en poste à Guelph au début de sa carrière, les

médias la considéraient comme un phénomène et elle fit l’objet

de nombreux reportages dans les journaux et à la télévision. Ces

jours sont révolus depuis longtemps et Mary Ann est fière des

progrès et des réalisations des femmes qui se poursuivent dans

tous les aspects des services policiers.

SHEILA SULLIVAN

Sergente du Service policier de Vancouver et

directrice du Syndicat des policiers de

Vancouver, Sheila est présentement affectée

à l’unité d’intervention chargée des femmes

disparues. Diplômée en droit, elle opta pour

un changement de carrière et se joignit au

Service policier de Vancouver en 1990.

D’abord élue au conseil d’administration du

Syndicat en 1998, Sheila occupa les postes

de vice-présidente et de directrice; depuis 2000, elle est

directrice exécutive de la Fondation caritative du Syndicat des

policiers de Vancouver, une oeuvre de bienfaisance focalisée sur

les enfants maltraités.

MARLENE JESSO

Sergente du service policier terre-neuvien, la

Royal Newfoundland Constabulary (RNC),

Marlene a entamé sa carrière alors que

l’intervention policière était encore réservée

aux hommes. À l’heure actuelle, elle est

vice-présidente de l’Association des policiers

de la RNC, la première femme élue au

conseil d’administration de cet organisme.

Marlene s’est impliquée dans le travail

associatif afin de contribuer à mettre fin à la

21

RECUEIL ANNUEL DE L’ACPP

détérioration des ressources, de la formation et du matériel de la

RNC que constatent la sergente et plusieurs de ses collègues.

CINDY BAHM

Adjointe administrative du détachement

de la Police provinciale de l’Ontario

(PPO) à North Bay, Cindy fut la première

directrice civile de l’Association des

policiers provinciaux de l’Ontario (APPO).

Jusqu’en 2002, les employés civils de la

PPO étaient représentés par le Syndicat des

employés et employées de la fonction

publique de l’Ontario et l’adhésion de ces

2 400 nouveaux membres à l’APPO pose de nombreux défis aux

personnes chargées de les représenter.

JOANNE ENGELHARDT

Téléphoniste d’urgence aux

Communications du Service policier de

Hamilton où elle oeuvre depuis 1980,

Joanne fut d’abord élue au conseil d’administration

de l’Association des policiers

de Hamilton et assuma les fonctions de

première vice-présidente et de deuxième

vice-présidente depuis. Elle cumule

parallèlement les postes de directrice de

l’Association canadienne de la police professionnelle, directrice

de l’Association des policiers de l’Ontario et présidente du conseil

d’administration de l’Association des policiers de Hamilton.

À tous les niveaux de son implication associative, Joanne

s’est indéfectiblement vouée à maintenir l’équilibre entre les

revendications policières et les revendications civiles.

LYNN DOBSON

Membre du Service policier de la Région de

Peel auquel elle s’est jointe en 1979 en tant

qu’employée civile, Lynn fut d’abord élue au

conseil d’administration de l’Association des

policiers de la Région de Peel en 1988.

Pendant les 15 dernières années, elle est

représentante permanente des services aux

membres. Lynn fit connaissance avec le


travail associatif en 1986 lorsqu’elle fut élue membre hors cadre du

comité de négociation en vue de la convention collective de 1987.

BRENDA LAWSON

Membre du Service policier d’Ottawa,

Brenda commença sa carrière en tant

qu’employée civile en 1980 au sein de ce

corps policier. Après avoir été élue au conseil

d’administration de l’Association des

policiers d’Ottawa à titre de directrice

civile, elle fut la première femme à

occuper le poste homologue au niveau

provincial, siégeant au conseil d’administration

de l’Association des policiers de l’Ontario qu’elle préside

actuellement. Brenda fut la première employée civile à exercer

ces fonctions, en plus de celles d’agente exécutive permanente de

l’Association des policiers d’Ottawa.

DEBBIE BONE

Sergente de la Gendarmerie royale du

Canada (GRC) et trésorière de l’Association

de la police montée de l’Ontario,

Debbie revendique fermement les droits

syndicaux des policiers et policières et la

reconnaissance de l’Association de la police

montée professionnelle du Canada à titre

de représentante de bonne foi de tous les

membres de la GRC.

JOANNE WHITNEY

Sergente de la Police provinciale de

l’Ontario (PPO), Joanne s’est jointe à ce

corps policier en 1988 et est présentement

superviseure du Centre des communications

de Kenora, la première femme à occuper ce

poste. Elle fit oeuvre de pionnière ailleurs,

ayant été la première agente d’identification

au détachement de Burlington de la PPO et

la première présidente du secteur régional

17 de l’Association des policiers provinciaux de l’Ontario.

LEE ANNE MERKLEY

Agente de la Police provinciale de l’Ontario,

Lee Anne s’est jointe à ce corps policier en

1993 et est présentement affectée à la

patrouille en uniforme de l’Est de l’Ontario,

tout en occupant le poste de secrétaire du

secteur régional 10S de l’Association des

policiers provinciaux de l’Ontario. Lee Anne

défend ardemment l’idée que le rôle de son

Association est d’assurer le traitement juste et

équitable de tous les employé(e)s à tous les niveaux et qu’une

puissante association de policiers et policières s’impose aux

niveaux local, provincial et national.

22

RECUEIL ANNUEL DE L’ACPP

SHERI OLIPHANT

Chef de la formation au Service policier de

Chatham-Kent, Sheri est présidente de

l’Association des policiers de Wallaceburg

et à ce titre, elle mena la lutte contre la

Commission municipale des services de

police lorsque cette dernière essaya de

congédier illégalement trois membres de

l’Association en 1996. Non seulement

Sheri l’emporta-t-elle : la Commission

civile des services policiers de l’Ontario démantela le conseil

municipal pour avoir faussé le processus. Aujourd’hui, Sheri

cumule les fonctions de chef de la formation au Centre des

communications d’urgence de Chatham-Kent et de directrice

de l’Association des policiers de Chatham-Kent. En août 2004,

l’Association des policiers de l’Ontario lui décernait le Prix

John Walker pour son engagement et sa détermination à

améliorer la qualité de vie des collègues qu’elle dessert.

CHRISTINE TELL

Chris est sergente du Service policier de

Régina et présidente de l’Association

des policiers de Régina depuis 2001. En

apprenant que les femmes enceintes qui

avaient besoin d’une césarienne n’avaient

pas droit aux prestations de congés de

maladie, Chris et l’Association avaient

déposé une plainte en vertu des droits de la

personne en 1992. Le litige fut tranché en

leur faveur. Policière depuis 1983, Chris put constater d’elle-même

ce que peut accomplir la représentation dynamique dispensée par

une association de policiers et policières. Ne voulant pas observer

passivement les oeuvres de son Association, Chris se porta

candidate au poste de directrice et demeure engagée jusqu’à ce

jour à obtenir le traitement juste et équitable de tous les membres

de l’Association des policiers de Régina. Lorsqu’elle fut élue

présidente en 2001, Chris était la première femme au Canada à

occuper ce poste au sein d’une importante association de policiers.

KIM WILLIAMS

Sergente de la Police provinciale de

l’Ontario (PPO), Kim Williams est

présidente du secteur régional 18 de

l’Association des policiers provinciaux de

l’Ontario (APPO) regroupant 750 membres

en uniforme et près de 500 membres civils.

En 1974, après avoir lu un article de journal

décrivant les débouchés qui s’ouvraient

aux femmes, leur permettant d’exécuter de

véritables fonctions policières, Kim s’est engagée et n’a jamais

regretté sa décision depuis. Elle s’est jointe à la PPO en 1976 et fut

affectée à Sioux Lookout, l’une des premières femmes en poste

dans le Nord. Par la suite, elle travailla à Thunder Bay et Wasaga

Beach avant d’occuper son poste actuel au Bureau des services

policiers contractuels du Quartier général de la PPO à Orillia. Il

incombe à Kim et à son exécutif de huit cadres de défendre les

intérêts de plus de 1 200 membres.


L’ESPRIT COMMUNAUTAIRE –

RÉPONDRE À L’APPEL

La Fédération des policiers et policières municipaux du

Québec et ses associations-membres sont fières d’offrir

leur soutien à un grand nombre d’oeuvres de bienfaisance et

d’organismes sans but lucratif, le renouvelant souvent sur une

base annuelle. Même si les bonnes causes changent parfois, la

compassion et la compréhension des policiers et policières

qui sont membres de ces associations demeurent constantes.

Les événements mentionnés ci-dessous constituent une liste

partielle des activités que nous avons soutenues en 2003-2004.

Automne 2003 – Rase-o-thon de la Fraternité

des policiers et policières de Longueuil

Le 2 octobre 2003, 137 membres de la Fraternité et du

quartier général se sont fait raser la tête à l’occasion du

Rase-o-thon, permettant ainsi à la Fraternité de remettre un

chèque de 7 000 $ à la Société canadienne du cancer.

Hiver 2003 – Les jeunes policiers de Montréal

oeuvrent au profit du Club des petits déjeuners

du Québec

Le 27 décembre 2003, les jeunes policiers de Montréal

faisaient don d’un chèque de 10 000 $ au Club des petits

déjeuners du Québec à la suite d’une collecte de fonds

organisée par le GAPES dans le cadre d’une activité syndicale

de la Fraternité des policiers et policières de Montréal.

Été 2004 – Tournoi de golf de la Fraternité des

policiers et policières de la Ville de Québec (FPPVQ)

Le 25 juin 2004, la Fraternité remettait un don de 4 000 $

au Club des petits déjeuners de la région de Québec à la suite

de son tournoi de golf.

4e tournoi de soccer des policiers du Québec

Le 4e tournoi de soccer des policiers du Québec organisé par

la Fraternité des policiers et policières de Granby et le Service

policier de Granby, a eu lieu les 3 et 4 juillet 2004. La Fondation

Jean-Yves Phaneuf qui vient en aide aux jeunes sportifs défavorisés,

a reçu un chèque de 4 000 $ à la suite de cet événement.

Tournoi de golf de l’Association des policierspompiers

de Trois-Rivières

Le 13 août 2004, l’Association tenait son tournoi de golf

dont les profits de 4 500 $ ont été versés à l’Association

québécoise des enfants ayant des problèmes auditifs.

23

RECUEIL ANNUEL DE L’ACPP

26e omnium de golf de la Fraternité des

policiers et policières de Montréal

Le 27 août 2004, la Fraternité tenait son 26e omnium au

Club de golf de Lachute. Les profits générés par ce tournoi

furent répartis entre divers organismes sans but lucratif

de Montréal.

5e omnium de golf de la Fédération

des policiers et policières municipaux du

Québec (FPMQ)

Le 5e omnium de golf de la Fédération a eu lieu le 10

septembre 2004 au Club de golf Continental de Sainte-

Victoire-de-Sorel. Cet événement était co-présidé par

Denis Côté, président honoraire de la FPMQ, et l’humoriste

Mario Jean. Tous les profits de 21 500 $ furent remis à la

Fondation Yves Saint-Arneault qui vient en aide aux jeunes

démunis de divers secteurs (santé, sport amateur, par

exemple). Il s’agissait du montant le plus élevé recueilli par la

FPMQ depuis le début de ses omniums de golf. La cinquième

édition avait été organisée avec la coopération de la Fraternité

des policiers et policières du Richelieu-St-Laurent.

Automne 2004 - Journée Fèves au lard

Organisée par la Fraternité des policiers et policières

de Montréal, la 38e Journée Fèves au lard a eu lieu le 24

septembre 2004. Une somme de plus de 90 000 $ a été

répartie entre un grand nombre d’organismes sans but

lucratif de Montréal.


ASSEMBLÉE DU CONSEIL EXÉCUTIF DE L’ACCP

LES 7 ET 8 JUIN 2004 À OTTAWA

Plus de 100 dirigeants syndicaux de services policiers venus de

toutes les régions du Canada se sont rassemblés à Ottawa en juin à

l’occasion de l’Assemblée du Conseil exécutif (ACE) de l’Association

canadienne de la police professionnelle. L’ordre du jour des séances

d’affaires comprenait un vaste éventail de thématiques présentées en tables

rondes ou par des conférenciers invités.

Voici un aperçu des sujets au programme, conçus pour protéger vos

droits et améliorer votre milieu de travail :

La police et la sécurité privée – Récapitulation des enjeux émergents et

des tendances actuelles, dont le Rapport sur la sécurité privée que la

Commission du droit du Canada rendra public sous peu, ainsi que le Livre

Blanc controversé qui est présentement à l’étude au Québec. Que devraient

faire les associations de policiers afin de préserver notre profession et de

juguler la prolifération de fonctions parapolicières?

Action politique chez les policiers – Discussion au sujet des droits

des policiers en matière d’action politique et des efforts récemment

déployés pour restreindre ces droits. La présentation comprenait un

survol de la situation aux États-Unis, du lobbying policier à Washington

D.C. et de la perspective internationale relativement au militantisme

chez les pompiers.

Conduite policière – Débat sur la nécessité d’étendre la surveillance des

policiers dans plusieurs provinces canadiennes et aperçu des processus de

plaintes contre la police et d’enquêtes publiques entreprises par l’UES,

assortis des constatations d’associations de policiers dans ces domaines.

Comment les associations de policiers peuvent-elles le mieux représenter

leurs membres lorsque surgit une situation de crise?

Déclaration des droits des policiers et policières – Quels sont les droits

fondamentaux dont les policiers et policières ont besoin? Comment

pouvons-nous, en tant que dirigeants d’associations, garantir que ces droits

soient respectés? Pourquoi avons-nous besoin d’une Déclaration de droits

pour protéger nos membres? Quelle sera la réaction des chefs de police et

des commissions de services policiers à ces propositions?

Loi sur la protection des renseignements personnels et les documents

électroniques – Des réponses aux questions suivantes : Votre association

a-t-elle révisé ses pratiques afin de se conformer aux nouvelles lois fédérales

et provinciales régissant la protection des renseignements personnels? Cette

Loi s’applique-t-elle à votre association? Votre association est-elle en péril?

En plus de se pencher sur ces thématiques, les membres du Conseil

d’administration de l’ACPP et les dirigeants d’associations de toutes les

régions du Canada ont passé en revue les questions suivantes pour faire état

de la situation d’un Océan à l’autre : négociations de contrats, formation,

recrutement et dotation en personnel.

(De gauche à droite) Richard Stephenson, membre du cabinet d’avocats Paliare Roland, en

compagnie de Jim Lee, président de l’IAFF et de Bill Johnson, président-directeur général de la NAPO,

présentent leur point de vue sur l’efficacité de l’action politique exercée par les employés du secteur

public en mettant l’accent sur les associations de policiers et policières.

24

RECUEIL ANNUEL DE L’ACPP

Le directeur exécutif de la Fédération des policiers de la Saskatchewan, Bernie

Eiswirth (à gauche), et le président de l’Association des policiers de l’Ontario,

Bob Baltin, prennent part à l’une des nombreuses tables rondes.

Les délégués du Québec (de gauche à droite) Paulin Aubé,

Michel Roth et Serge Bellemare, suivent attentivement les

délibérations pendant la première séance d’affaires de l’ACPP.


Joe Boland, président de l’Association des policiers de la

Royal Newfoundland Constabulary (RNCA), met les

délégués à jour relativement au contrat en vigueur de la

RNCA et aux pénuries de personnel au sein de la

Royal Newfoundland Constabulary.

Steve Sullivan, président du Centre canadien de ressources

pour les victimes de crimes, présente un exposé révélateur

sur les dernières statistiques au sujet des libérations

conditionnelles à la grandeur du Canada.

Les membres

du conseil

d’administration

de l’Association

de la police montée

de l’Ontario : Debout

gauche à droite,

John White,

Debbie Bone,

Mike Pageau et

Mike Niebudek.

Assis, de gauche à

droite, Rip Mills,

président de l’APMO

et Mike Nicota.

Steve Welchner de Nelligan O’Brien Payne, explique

l’interprétation juridique de la Loi sur la protection

de renseignements personnels et les documents électroniques.

Tony Cannavino, président de l’ACPP, souhaite la

bienvenue aux délégués participant à l’Assemblée du

Conseil exécutif de l’ACPP et donne un aperçu des projets

et des objectifs actuels de l’ACPP.

25

RECUEIL ANNUEL DE L’ACPP

Tony Cannavino,

président de l’ACPP

(à gauche) et

Joe Ross, directeur

exécutif de

l’Association des

policiers de la

Nouvelle-Écosse,

ont tous deux raison

de sourire au terme

d’une Assemblée du

Conseil exécutif

fructueuse.

Le vice-président de la Fraternité des policiers et policières

de Montréal, Yves Francoeur, fait le point sur la situation

au chapitre de la sécurité privée au Québec.

Peter Ratcliff, président de l’Association des policiers

d’Edmonton, fait part du point de vue de l’Ouest

canadien sur les défis auxquels font face toutes

les associations de policiers et policières.


Changements à la direction de la Fédération des policiers et policières municipaux du Québec

Une figure de proue du syndica-lisme policier au Québec a récemment entamé une retraite bien méritée. Le

président de la Fédération des policiers et policières municipaux du Québec (FPMQ), Yves Prud’Homme, a

décidé deder la place à la relève au mois de juin dernier, après six ans à la tête de la Fédération, mettant ainsi

fin à une carrière de plus de vingt-six années dans le milieu syndical policier.

De 1978 à 1998, Yves Prud’Homme a exercé diverses fonctions à la Fraternité des policiers de la

Communauté urbaine de Montréal, dont dix ans à titre de président. Son expérience des différents secteurs et

dossiers comme la négociation de conventions collectives et des régimes de retraite, la réorganisation policière,

les griefs et la discipline lui a permis de diriger la FMPQ depuis 1998. Le 17 mai 2002, son Excellence la très

Yves Prud’Homme honorable Adrienne Clarkson, gouverneure générale du Canada, lui décernait l’Ordre du mérite des corps

policiers pour souligner son implication dans les communautés policières et syndicales.

Notre confrère Yves Prud’Homme a également travaillé très étroitement avec l’Association canadienne des policiers et policières

et contribué à poser les bases sur lesquelles repose l’Association canadienne de la police professionnelle.

Sa rigueur, son franc-parler et sa personnalité colorée manqueront énormément à ses collègues et à ses nombreux amis à la

grandeur du Canada.

Malgré que les réalisations exceptionnelles et la brillante carrière d’Yves Prud’Homme soient difficiles à surpasser, son successeur

Denis Côté est prêt à relever le défi. Élu président lors du 34e Congrès de la FPMQ tenu en juin dernier, ce vétéran possède une

expérience approfondie au cours des 21 années à oeuvrer au sein de la police et des syndicats policiers.

M. Côté oeuvre depuis plus de dix-huit ans dans le milieu syndical policier. En 1983, il est embauché au

Service de police de la ville de Beloeil qui a été fusionnée en 2001 pour devenir la Régie intermunicipale de

police Vallée-du-Richelieu. En 1991, il est promu au grade de détective. Depuis 1996, il exerce les fonctions de

négociateur pour la Fédération. Il détient un diplôme d’études collégiales en techniques policières, un certificat

de criminologie ainsi qu’un baccalauréat en relations industrielles.

Lors de son élection, Denis Côté s’est exprimé ainsi devant les congressistes : «Le dossier majeur est sans

contredit l’organisation des services policiers à la suite de la réforme de la carte policière et, plus particulièrement,

l’implantation des niveaux de services exigés par la loi. D’autres dossiers retiendront certainement mon

Denis Côté attention au cours de mon mandat, soit la sécurité privée, l’élimination des disparités de traitement entre les

différentes conventions collectives et entre les divers statuts d’employés, la déontologie policière et le règlement

sur les archives ainsi que le respect, pour les policiers, de la présomption d’innocence.»

Le fait que Denis Côté saisisse avec perspicacité ce qu’il faut faire et la façon de le faire, est de bon augure pour l’avenir des

relations de travail en milieu policier au Québec.

Hall d’honneur de l’ACPP

Établi dans le but de servir d’hommage permanent aux personnes ayant exceptionnellement contribué au domaine des

relations de travail en milieu policier, le Hall d’honneur de l’Association canadienne de la police professionnelle y a intronisé deux

autres hommes méritoires, cette année :

Meryle Cameron commença sa carrière au sein de la Police d’Ottawa, le 27 août 1951 et prit sa retraite

en 1989 au bout de 37 années de service. Pendant tout ce temps, Meryle s’avéra un membre militant de

l’Association des policiers d’Ottawa où il siégea au conseil d’administration de l’Association des policiers

d’Ottawa pendant 27 années, dont seize à titre de président. Ce fut pendant cette époque que l’Association

des policiers d’Ottawa vit le jour, ce qui fait de Meryle un père fondateur du mouvement de l’Association

canadienne des policiers. À cette époque, les associations de policiers étaient mal vues par la direction

des services policiers et les membres de ces associations «syndicalistes» y adhéraient en mettant

indéniablement leur carrière en péril.Ce fut pendant le mandat de Meryle à la présidence de l’Association

Meryle Cameron des policiers d’Ottawa que nos membres bénéficièrent d’énormes gains au chapitre de la négociation

collective, de la qualité des uniformes, des pensions et des initiatives de soutien aux membres. Meryle

contribua à bâtir un fonds qui permit un jour à l’Association des policiers d’Ottawa d’acheter l’immeuble qui demeure sa

maison-mère. Il s’agit du même immeuble qui abrite les bureaux de l’Association canadienne de la police professionnelle et qui

accueille chaque année les membres venus à Ottawa de toutes les régions du Canada et de l’étranger pendant le week-end de

la Commémoration. La vision unique de Meryle a offert aux membres d’associations de policiers un endroit où ils peuvent se

rassembler fraternellement en toute sécurité.

Nommé par le conseil d’administration à titre de représentant à l’ancienne Commission de la caisse de retraite de la Ville

d’Ottawa, Meryle s’est indéfectiblement avéré un fervent défenseur des associations de policiers. Jusqu’à présent, Meryle a consacré

52 années de sa vie aux initiatives de diverses associations à l’échelle municipale, provinciale et nationale. Pendant toutes ces

années, Meryle a joué le rôle de modèle, de conseiller et de mentor auprès de ceux qui ont travaillé et continuent à travailler avec lui.

Terry Ryan commença sa carrière policière au sein du Service policier du Canton de Pickering, le 25

novembre 1973 et fut intégré au Service policier de la Région de Durham lors de la régionalisation en 1974.

En 1986, l’agent Ryan s’engagea dans l’Association des policiers de la Région de Durham et y occupa

plusieurs postes, dont la présidence qu’il exerça pendant cinq années jusqu’à son décès prématuré en mai

2002. Terry siégea également au conseil d’administration de l’Association des policiers de l’Ontario à

compter de 1995 et y joua un rôle déterminant au sein de nombreux comités, représentant toujours l’APO

avec un professionnalisme accompli.

Sa croisade n’était pas menée seulement à l’avantage de ses propres membres mais en songeant

à tous les policiers de la province et du pays. Il était fermement convaincu que pour améliorer le

Terry Ryan

sort du personnel policier, il fallait être solidaires dans la revendication de nos droits et l’expression

de nos préoccupations.

Terry se rendait également compte de l’importance de l’unité et de la fraternité acquises par le biais de l’esprit d’équipe

et d’activités sociales. Terry ne manquait jamais les Jeux mondiaux des policiers et des pompiers, encourageant les

membres de sa propre association et d’autres associations à représenter leur corps policier à l’occasion d’un tel symbole

d’unité. Terry Ryan était un confrère authentique, un confident, un leader et un ami sincère. Ses idées innovatrices ont mis

l’Association des policiers de l’Ontario ainsi que l’Association canadienne de la police professionnelle au centre de l’action

où oeuvrent des organisations crédibles et efficaces.

26

RECUEIL ANNUEL DE L’ACPP

Norm Koch –

Membre

fondateur de

l’Association

canadienne de

la police

professionnelle

intronisé au

Hall d’honneur

Au cours de débats et de négociations ou

lorsqu’il défendait les droits d’un de ses

membres, l’ancien président et premier

directeur des affaires syndicales de

l’Association des policiers d’Edmonton,

Norm Koch, ne faisait pas de cadeaux et

n’en attendait pas non plus. C’était un homme

de principes, indéfectiblement engagé à

atteindre le but qu’il s’était fixé.

Norm Koch se joignit à la GRC en 1951 et

pendant quatre ans, il fut affecté dans le nord

de l’Alberta où les gendarmes vivaient en

caserne à l’époque. Il quitta cette vie rude en

1955 en épousant Ella, la même année

qu’il entama sa carrière au sein de la Police

municipale d’Edmonton. Dès le début, Norm

s’intéressa vivement à l’aspect syndical des

services policiers et après s’être lancé dans la

course, il fut élu au conseil d’administration de

l’Association des policiers d’Edmonton. Norm

fut titulaire de plusieurs postes avant d’accéder

à la présidence, tout en étant président de la

Fédération albertaine des associations de

policiers jusqu’à sa retraite en 1983.

Le détective Norm Koch s’avéra être un

négociateur fort compétent qui pilota de

nombreux gains innovateurs à l’époque, au

chapitre des avantages sociaux et des

conventions collectives que nous prenons

pour acquis aujourd’hui. Ses nombreuses

contributions au bien-être des membres

d’associations de policiers à la grandeur du

Canada furent reconnues en 1998 lorsqu’il

fut intronisé au Hall d’honneur de l’ACPP

à titre de membre fondateur, en compagnie de

Guy Marcil et Jim Kingston.

Après 48 ans de vie commune, Norm laisse

dans le deuil son épouse Ella, ainsi que ses fils

Wayne et James, ses filles Cheryl et Brenda, sa

petite-fille Patricia et ses arrière-petits-enfants

Mallory et Bradley. Pendant un vin d’honneur

à la mémoire de Norm, on se souvint avec

admiration de sa grande détermination et de sa

ténacité. Tous ceux qui le connaissaient et

tous ceux qui continuent à bénéficier de ses

efforts, partagent ce sentiment.

L’ACPP offre ses plus profondes condoléances

à la famille, aux amis et aux collègues

de Norm.


ÇA ROULE! À MONTRÉAL, LE CRIME

ORGANISÉ EST AU VOLANT DES VOITURES VOLÉES

Par INGRID PERITZ

MONTRÉAL - La neige avait neigé ce matin-là dans la banlieue de Montréal et en jetant un coup d’oeil par la fenêtre, Chantal

Verdon vit des empreintes de pas et des traces de pneus où elle avait stationné son Subaru flambant neuf de 30 000 $, la veille.

Aidée de son conjoint, elle appela la police mais avant que le rapport ne soit rédigé, son auto était probablement dans un conteneur

à destination de la Pologne, du Vietnam ou de l’Afrique du Sud. En tout cas, les Verdon ne l’ont jamais revu.

«La police nous a dit que les voleurs l’avaient probablement chargé dans un conteneur… alors, adieu…», racontait Madame

Verdon hier.

Cela s’explique par le fait que Montréal détient le pire taux de récupération de véhicules volés au pays. Un rapport

de Statistique Canada démontre que même si les vols automobiles sont à la baisse à Montréal, les chances que les propriétaires

reverront leurs véhicules sont d’environ 50 pour cent.

Dans l’Ouest canadien, c’est le contraire : Winnipeg et Régina affichent des taux parmi les plus élevés de vols automobiles mais

les propriétaires ont la consolation de savoir que leurs véhicules sont pratiquement toujours retrouvés.

Au fond, la différence entre Montréal et Winnipeg, c’est la nature du voleur. À Montréal et ailleurs au Québec et en Ontario,

le voleur est souvent un criminel avec des liens au crime organisé qui peut faire disparaître une voiture en 10 secondes et utiliser le

produit pour financer d’autres activités illicites.

Dans l’Ouest canadien, le voleur est souvent un adolescent qui pique une voiture pour aller faire une virée, l’abandonnant le

lendemain ou le surlendemain.

«Le mobile pour l’ado de Winnipeg, c’est de s’éclater», affirme Rick Linden, un criminologue de l’Université du Manitoba

qui dirige un groupe de travail sur le vol automobile. «Le mobile des gens à la tête de réseaux de voleurs d’autos, c’est de faire

de l’argent – entre 30 000 $ et 40 000 $ si le véhicule est expédié en Russie ou au Bahreïn. Il faudrait cambrioler beaucoup de

banques et de dépanneurs pour ramasser de telles sommes.»

La preuve que le vol automobile n’est plus l’apanage d’adolescents espiègles a été mise au jour lorsqu’un présumé caïd des

Hells Angels s’est rendu à la Sûreté du Québec le mois dernier, soupçonné d’être à la tête d’un réseau de voleurs qui ciblaient

les VSU chez les concessionnaires de la région de Montréal.

Selon le rapport de Statistique Canada, les réseaux criminels du pays constituent des groupes fort complexes dont l’organigramme

comprend des intermédiaires et des courtiers. Ces groupes ont recours à des techniques sophistiquées telles que le vol d’identité et la

contrefaçon de documents pour exporter ou revendre les véhicules volés.

Les certains jeunes voleurs d’autos au Canada peuvent bien être des

ados farceurs, il n’en demeure pas moins que le profil de ceux qui sont

attirés dans les réseaux organisés est plus alarmant. Selon une étude

suédoise, les jeunes gens attirés dans ces réseaux courent le plus de risque de

s’embarquer dans une carrière criminelle.

Dans l’ensemble, le vol automobile a diminué à la grandeur du Canada

en 2002, l’année sur laquelle Statistique Canada s’est penchée. Par contre,

l’implication du crime organisé a monté en flèche.

En 2002, un véhicule volé sur cinq au Canada n’a pas été récupéré, ce

qui signifie probablement qu’il a été volé par un groupe organisé. Pendant

les années 70, seulement quelque 2 pour cent des véhicules volés n’ont

jamais été récupérés.

Les pourcentages de véhicules volés non récupérés varient énormément

d’un bout à l’autre du Canada, ne représentant que 5 pour cent à Winnipeg

et Victoria mais grimpant à 44 pour cent à Montréal.

«Parmi les grandes forces policières, celle de Montréal semble avoir le

plus gros problème de vols d’automobiles organisés au pays», affirme le

rapport de Statistique Canada.

«La plupart des voleurs d’automobiles professionnels habitent

Montréal», tranche l’inspecteur Mike Diack de la GRC de Vancouver, un

spécialiste du vol automobile. «Tout le monde sait que les meilleurs voleurs

de véhicules viennent de Montréal.»

Selon Statistique Canada, les véhicules volés dans la cour des maisons

ont beaucoup moins de chances d’être récupérés que ceux volés dans la rue

ou dans les terrains de stationnement.

Les criminels chargent leurs cargaisons illicites dans des conteneurs en

utilisant de faux documents. Les véhicules en partance de Montréal et

Toronto peuvent aboutir en Europe, en Amérique du Sud ou en Afrique

orientale, selon Statistique Canada. Les véhicules qui sortent par Vancouver se

retrouvent souvent en Asie.

«Europol estime que le trafic international organisé de véhicules est plus

lucratif que la prostitution et toute autre activité sur le marché noir.»

Traduit avec la permission du Globe and Mail.

© 2004 Bell Globemedia Publishing Inc. Tous droits réservés.

Selon le rapport, les voleurs de véhicules

montréalais font souvent partie de réseaux criminels

27

RECUEIL ANNUEL DE L’ACPP

Autos volées

Tendances nationales

Ayant atteint des sommets au milieu des années 90, le taux du vol

automobile a baissé au Canada :

Vol automobile au Canada (1997-2002)

Taux par 1 000 000 habitants

700

607

600

514

500

400

300

200

355

0

‘77 ‘80 ‘85 ‘90 ‘95 ‘00 ‘02

Crime organisé

En présumant que le nombre de véhicules volés non récupérés soit l’oeuvre de

voleurs appartenat à des réseaux du crime organisé, le tableau suivant donne

une idée de la situation du vol automobile.

Pourcentage de véhicules non récupérés, selon les services policiers sélectionnés, 2002

Régina

Winnipeg

Edmonton

Vancouver

GRC*

St-Jean (T.-N.)

Calgary

London

Halifax

Toronto

Sûreté du Québec

Ottawa

Région de York

Montréal

3%

5

8

9

10

10

13

* Régions rurales desservies par la GRC

18

24

25

29

32

39

44%

SOURCES : STATISTIQUE CANADA RICHARD PALMER / THE GLOBE AND MAIL


Par Tony Cannavino, président, Association canadienne de la police professionnelle

Peu de choses me surprennent énormément, particulièrement lorsqu’il s’agit des lois canadiennes sur les libérations

conditionnelles. Toutefois, la révélation récente au sujet d’un tueur de policier qui avait reçu la permission de quitter le

Canada malgré une condamnation à perpétuité et qui veut maintenant revenir au pays pour rendre visite à sa mère,

dépasse les bornes. Je ne sais pas ce qui m’irrite le plus : le fait que la Commission nationale des libérations conditionnelles

envisage de permettre à ce bandit de rentrer au Canada ou le fait qu’elle lui ait permis de quitter le pays pour aller vivre en Italie

sans être soumis à aucune forme de supervision ni de sanction.

Il y a 24 ans, l’agent Michael Sweet de la Police de Toronto alors âgé de 30 ans et père de deux enfants, répondait avec un coéquipier

à un appel signalant un vol à main armée dans un restaurant du centre-ville. Les policiers ignoraient que les deux voleurs armés s’étaient

enfuis lorsqu’ils pénétrèrent au sous-sol du restaurant à la recherche des suspects. Toutefois, ces derniers revinrent et s’élancèrent dans le

sous-sol en déchargeant leurs armes. Une balle tirée par Craig Munro, armé d’un fusil de chasse, atteignit l’agent Sweet à l’estomac.

Craig Munro et son frère Jamie traînèrent le blessé dans l’escalier jusqu’à la cuisine au premier étage. Même si l’agent Sweet perdait

beaucoup de sang, ils le gardèrent en cet endroit tout en négociant avec la Police de Toronto qui permit à Jamie de sortir à deux

reprises pour aller chercher de l’alcool et des drogues pendant que son frère tenait son arme braquée contre la tempe du policier.

L’agent Sweet implora les frères Munro de ne pas le tuer et de lui venir en aide. Ils restèrent sourds à ses suppliques d’agonisant

pendant 90 minutes. Lorsque les autorités purent enfin le secourir, il était trop tard.

Craig Munro, l’aîné des deux frères qui avait tiré le coup mortel, fut reconnu coupable de meurtre au premier degré et demeure

incarcéré à ce jour. Il avait déposé une demande d’audition en vertu de la clause du faible espoir, il y a quelques années mais l’attention

négative que lui accordèrent les médias, le convainquit de retirer sa requête. Il est déjà en mesure de demander sa semi-liberté et sera

admissible à la libération d’office en 2005.

Son frère Jamie fut reconnu coupable de meurtre au deuxième degré et fut mis en liberté sous condition en 1992. Neuf mois

plus tard, il était accusé de trafic de drogues et d’autres infractions.

Alors qu’il purgeait sa peine pour ce crime, Jamie se serait vanté de s’être «bien senti» en abattant un policier auprès d’un

codétenu pendant qu’ils célébraient le meurtre d’un autre policier. Ces accusations furent suspendues.

En 1994, la Commission nationale des libérations conditionnelles permit à Jamie Munro de déménager en Italie après qu’il se

fût plaint de harcèlement policier. Munro qui a changé de nom et se fait appeler Massimo Marra, veut maintenant revenir à Toronto

pour rendre visite à sa mère «souffrante».

Les tribunaux ont imposé une peine d’emprisonnement à perpétuité à Jamie Munro; cela devrait signifier que même s’il sortait de

prison, il devrait être libéré sous condition jusqu’à la fin de ses jours. Il devrait donc se soumettre à certaines conditions et être tenu de se

présenter devant un surveillant de liberté conditionnelle jusqu’à sa mort. Et pourtant… lorsqu’elle lui permit de s’installer en Italie, la

Commission savait qu’il ne ferait l’objet d’aucune forme de surveillance. D’après des documents confidentiels de la Commission, les

autorités ne savent pas ce qu’il fait depuis 10 ans et aucune évaluation du risque qu’il représente n’a été effectuée depuis 1994. Bref,

Munro est demeuré sans surveillance depuis son départ du Canada.

Cela suffirait amplement qu’un tueur de policier puisse sortir de prison après n’avoir été détenu que pendant 12 ans mais de lui

permettre de quitter le pays et d’aller vivre sans aucune forme de surveillance ni de sanction à l’étranger, c’est une outrage à quiconque

a déjà porté un uniforme.

L’automne dernier, le Service correctionnel du Canada de Toronto recommandait de refuser la demande de Munro d’aller voir sa

mère mais il se peut qu’il cherche une autre destination pour rentrer au Canada. D’après des rapports émanant de la Commission

nationale des libérations conditionnelles, sa mère ne serait pas tellement

«souffrante». Ces mêmes sources laissent entendre que Munro sonde peut-être

le terrain en vue de revenir au pays.

Les rapports soulèvent également la possibilité que Munro soit illégalement

revenu au Canada à trois reprises; malgré que des mandats d’arrêt aient été émis

contre lui, ils furent résiliés parce que la police n’a pas réussi à le localiser.

Le Service policier de Toronto s’est vigoureusement opposé au retour de

Munro dans sa ville. Selon les documents du Service correctionnel, cette affaire

pourrait prendre beaucoup d’ampleur dans les médias si l’on permettait à

Munro de rentrer au Canada.

L’ACPP partage les objections du Service policier de Toronto et s’assurera

d’informer la population canadienne si la Commission nationale des libérations

conditionnelles permet le retour au Canada de Jamie Munro.

Jamie Munro n’a montré aucune merci, il y a 24 ans et n’en mérite aucune

aujourd’hui. Il a déjà épuisé toutes ses sources de compassion.

28

RECUEIL ANNUEL DE L’ACPP

Un coéquipier éploré s’appuie sur une chaise roulante en attendant

des nouvelles de l’état de santé de l’agent Michael Sweet.

Photo : Mike Peake/Toronto Sun


Le shérif de Dodge City

Danss les quartierrs louchees eet

mal fammés de Wiinndsor,, Jessop

tennait le haut duu pavé.

Par Doug Schmidt, Windsor Star

Lorsque le sergent d’état-major Neal Jessop remisera

son pistolet après avoir débarrassé les rues de

malfaiteurs pendant 35 années, le Service policier de

Windsor perdra une légende de la lutte au crime et

peut-être aussi le dernier des détectives à l’ancienne qui n’y

allaient pas de main morte et ne mâchaient pas leurs mots.

On cassera le moule.

«Il flaire l’activité criminelle. Il est sans contredit

le meilleur détective d’enquête que la région ait

connu», affirme un avocat de la défense de Windsor,

Patrick Ducharme.

«Il n’est pas très costaud mais il est coriace», ajoute

l’inspecteur de police retraité Larry Langlois de Windsor qui

a naguère servi de mentor au jeune Jessop et qui l’a précédé

sur le front syndical aux deux postes de président de

l’Association des policiers de Windsor et de président de

l’Association des policiers de l’Ontario.

«Je n’étais pas le plus gros flic de la patrouille mais j’étais

probablement l’un des plus tapageurs», admet Jessop.

Il parle du tapage que firent les arrestations de

gangsters et de meurtriers fugitifs lorsqu’il n’était encore

qu’un patrouilleur débutant et du tapage qui a valu

d’innombrables honneurs à l’ancien président de

l’Association canadienne des policiers et policières – entre

autres, il fut voté le policier par excellence du Canada en

1995 et investi de l’Ordre du mérite des corps policiers par

la gouverneure générale Adrienne Clarkson en 2002. Peu

après son entrée en service, il faisait partie du duo

surnommé «Batman et Robin» avec son coéquipier

d’antan, Mike Smith : pendant une période de 14 mois en

1973-1974, ils procédèrent à 320 arrestations criminelles.

«Nous nous sommes retrouvés dans des situations

passablement dangereuses», se souvient Jessop en parlant

de l’époque où des menaces de mort furent proférées

contre lui. (Un bon matin, il rentra chez lui et apprit que

sa famille était sous la protection de la Police provinciale.)

Ce fut également l’époque où il accumula la plupart des

accusations criminelles portées contre lui (au moins six).

Jessop dit qu’il pense avoir été accusé six fois mais Smith

affirme que c’était plutôt neuf.

«La plupart de ces accusations remontent à la fin des

années 60 et au début des années 70 alors à l’époque où

Windsor avait été baptisée Dodge City. Certains de ceux que

29

RECUEIL ANNUEL DE L’ACPP

Neal Jessop donne des renseignements aux médias pendant une enquête sur un meurtre.

Photo : Windsor Star

nous avons envoyés en prison avaient même des tatouages

Dodge City, Canada sur les bras», raconte Jessop.

«C’est un dur de dur», résume Ducharme, anecdote à

l’appui. Un motard de ses clients lui avait demandé s’il

connaissait le dénommé Jessop et avait ajouté : «Eh bien, ce

gars-là est plus fou que nous tous.»

Jessop jouit d’une réputation de flic aguerri et taciturne

qui ne ménage personne mais s’empresse de souligner qu’il

n’a jamais été reconnu coupable des accusations portées

contre lui devant le tribunal (toujours par des civils, jamais

par des policiers). Un juge, tout en rejetant les accusations

de voies de fait déposées contre Jessop et Smith, les avait tout

de même enjoints de «faire preuve de plus de diplomatie en

procédant aux arrestations».

Les films d’Hollywood ont popularisé les duos

«bon flic/mauvais flic» mais ce n’était pas le modèle du


duo Jessop et Smith qui

patrouillaient tard la

nuit dans les quartiers

louches de Windsor à

bord d’une Plymouth

Fury au moteur gonflé.

«Non, nous étions

tous deux de mauvais

flics. Ni l’un ni l’autre

n’aurait pu jouer au

bon flic avec le moindre

succès», de dire

Smith, présentement

superviseur de la sécurité au Casino de Windsor.

Pendant leur partenariat de deux ans, à l’oeuvre presque

24 heures par jour, le duo partageait une détermination

inébranlable qui les poussait à coffrer des criminels.

«Nous ramassions sans cesse des renseignements; de

renseignement en renseignement, tu rencontres plus de

gens et tu établis de plus en plus de relations utiles. Mon

point fort, c’étaient les plaques d’immatriculation…

Quant à Neal, c’étaient les garde-boue cabossés»,

dit Smith, ajoutant qu’ils étaient jeunes et que leurs

spécialités les faisaient rigoler.

La plupart du temps, Smith et Jessop se retrouvaient au

tribunal de 10 heures à 14 heures, assistant aux procès et

interrogeant «l’élément criminel» et d’autres indicateurs

en quête de pistes à suivre. Ils rentraient ensuite à la

maison pour faire un somme et voir leurs familles avant de

reprendre leur deuxième quart de 19 heures à 3 heures du

matin, selon Smith.

À 25 ans, Neal était superviseur de production à l’usine

Heinz lorsqu’il eut le coup de foudre pour le métier policier

en 1969. Il répondait tout juste au critère de taille minimale

de 5 pieds 9 pouces exigé par le corps policier de Windsor

et devint le premier flic de la ville à détenir un diplôme

universitaire. Il enleva peu après sa bague de diplômé par

déférence envers ses collègues plus costauds qui «ont pris

soin de moi» lorsqu’il se retrouva dans le pétrin dans

certaines confrontations avec les truands.

«C’est le policier le plus futé que je connaisse…il possède

un don inné d’enquêteur», explique Ducharme.

«Il adorait enquêter sur des meurtres et mener ses

enquêtes à bon terme», ajoute Langlois, l’un des nombreux

officiers supérieurs qui prirent Jessop sous leur aile au début

de sa carrière.

«Il est très profondément convaincu que justice doit

être rendue si un crime a été commis», précise Langlois,

ajoutant que Jessop «prenait toutes les mesures extrêmes qui

s’imposaient» pour traduire les criminels en justice.

Le chef Glenn Stannard maintient que Jessop a fait

preuve de sa détermination dans «des dizaines, des

vingtaines» d’enquêtes sur des crimes majeurs.

«Chacune de ces sordides affaires vous déchire un peu

plus… et vous avez toujours à l’esprit l’idée de la victime et

du service que vous lui rendez», explique Stannard. «Qui

« Nous ramassions sans cesse des renseignements;

de renseignement en renseignement, tu rencontres

plus de gens et tu établis de plus en plus de

relations utiles. Mon point fort, c’étaient les plaques

d’immatriculation… Quant à Neal, c’étaient les

garde-boue cabossés », dit Smith, ajoutant qu’ils étaient

jeunes et que leurs spécialités les faisaient rigoler.

30

RECUEIL ANNUEL DE L’ACPP

parle au nom de la victime? En discutant avec Neal, vous

vous rendrez compte que c’est un principe auquel il tient

très très fort.»

L’une des affaires non résolues qui hantera toujours

Jessop pendant sa retraite, c’est le meurtre de Diane Dobson,

une mère de trois enfants de 36 ans tuée le jour de la

Saint-Valentin 1995 et qui avait «un mode de vie vulnérable»,

selon la police.

«Diane Dobson constitue l’une de mes affaires les plus

tristes», avoue Jessop, laissant paraître l’empathie dont il fait

preuve envers les familles des victimes d’actes criminels avec

qui il travaille étroitement, en plus de parler souvent en

leur nom.

Son acharnement à traduire les coupables en justice l’a

parfois amené au bras-de-fer avec les cadres supérieurs

du Service lorsqu’il s’agissait de déterminer combien

d’argent et de policiers il fallait affecter aux enquêtes sur des

crimes majeurs.

«On pourrait dire qu’il y eut des discussions animées…

Neal a de profondes convictions», de dire Stannard, ajoutant

que Jessop «avait l’habitude de vouloir lancer la cavalerie

à l’attaque».

Une instance du genre fut le meurtre de Robert Lord, 42

ans, abattu d’une balle dans la nuque en 1995 dans le garage

au sous-sol de sa demeure. Jessop aida à rassembler une force

mixte d’une soixantaine de policiers, dont des détectives

ainsi que des équipes médico-légales et des équipes de

filature dépêchés de Windsor à Toronto. Toutefois, les

membres de la direction ne savaient rien des mesures prises

par Jessop avant le lendemain matin lorsqu’elles apprirent

que deux suspects avaient été appréhendés.

Jessop s’avéra tout aussi passionné à protéger le personnel

policier qu’il était passionné à protéger le public. Élu pour la

première fois au conseil d’administration de l’association des

policiers municipaux en 1975, Jessop poursuivit ses activités

syndicales et son lobbying pendant plus de 20 ans jusqu’à ce

qu’il y mette fin en 1998 alors qu’il terminait son deuxième

mandat à titre de président de l’Association canadienne des

policiers et policières.

«Neal s’est avéré un représentant hors-pair pour

l’association», affirme le juge retraité de la Cour

supérieure, Joseph McMahon qui a été président de la

Commission de police de Windsor de 1979 à 1987.


«Si un policier faisait quelque chose de répréhensible,

Neal en était plus fâché que moi, tout en travaillant aussi fort

que possible pour protéger ce policier», explique McMahon.

Devant le tribunal présidé par le juge McMahon, «Jessop

m’impressionnait toujours. S’il avait contribué à l’enquête,

elle était habituellement bien menée… Il se présentait

devant le tribunal avec une cause bien préparée.»

Jessop commente : «Le point culminant de toute

enquête, c’est le moment où l’on apprend qui a perpétré le

crime… Ensuite, tu as tout intérêt à ramasser suffisamment

d’éléments de preuve pour obtenir une condamnation.»

Selon Ducharme, Jessop est doté des «meilleurs

instincts» d’un traqueur de criminels et «il peut sentir si les

gens lui disent la vérité».

Il a également la réputation de travailler sur le terrain,

interrogeant ses multiples sources (dans le monde interlope,

chez les chroniqueurs judiciaires, auprès de tous les suspects

habituels) pour réussir à résoudre une affaire.

Sa technique sur terrain le met souvent sur la bonne

piste; par exemple, ce fut le cas en 1999 lorsqu’un père

de famille de 60 ans qui travaillait dans un poste d’essence,

Mohammed Charafeddine, fut froidement abattu d’une

balle à la tête malgré qu’il se soit plié aux volontés du

voleur – toute la scène ayant été captée par la caméra

de surveillance.

Selon Jessop, les enquêteurs disposaient «d’un grand

nombre de preuves circonstancielles» mais de peu d’indices

concrets leur permettant de poursuivre le tueur inconnu.

Jessop fut mis sur la bonne piste lorsqu’un associé de longue

date («un voleur qui avait le centre-ville comme territoire…

et qui a grandi avec nous») mit la main sur le coupable.

Jessop ajoute que l’indicateur «avait ses propres normes

et le coupable avait dépassé les bornes. Sans lui, je crois que

le prévenu serait encore aux États-Unis, possiblement sans

que nous n’ayons pu l’identifier… et possiblement, d’autres

personnes seraient mortes à cause de cela».

Le dossier du personnel du détective chevronné

renferme plus de 40 mentions élogieuses en provenance

d’autorités policières et civiles, ainsi que des mentions

spéciales pour avoir effectué son travail à un niveau

dépassant largement les normes déjà élevées qui sont

imposées aux policiers et policières, selon Stannard.

À la blague, Jessop affirme qu’au cours de sa carrière, il a

dû remettre des évaluations de travail à presque tous les

Selon Jessop, les enquêteurs disposaient « d’un

grand nombre de preuves circonstancielles » mais de

peu d’indices concrets leur permettant de poursuivre

le tueur inconnu. Jessop fut mis sur la bonne piste

lorsqu’un associé de longue date (« un voleur qui

avait le centre-ville comme territoire… et qui a grandi

avec nous ») mit la main sur le coupable.

31

RECUEIL ANNUEL DE L’ACPP

membres de la direction actuelle du Service policier

de Windsor. Cependant, l’objectif de carrière du sergent

d’état-major Jessop ne fut jamais de devenir un «col blanc».

«Je ne pense pas que Neal aspirait à un grade supérieur

quelconque. Il s’occupait des plus grosses affaires et c’est ce

qu’il voulait faire», maintient Smith.

Ducharme dit ne pas pouvoir croire que Jessop prenne

réellement sa retraite – lui qui le tirait du lit à 3 heures du

matin si l’enquête l’exigeait. «Que va-t-il faire s’il n’a

personne à pourchasser?»

À 60 ans, Jessop a la réponse : il se bâtit un chalet dans

une propriété près de Parry Sound qu’il a louée pendant

pendant une trentaine d’étés avec son épouse Linda et qu’il

a finalement achetée l’an dernier. Au bout de presque 1 000

arrestations, il dit que l’heure de la détente est arrivée.

«J’ai toujours été tenant de la retraite à 60 ans. Le métier

policier est très épuisant, mentalement et physiquement. Au

mieux, à 60 ans, tu as encore une bonne quinzaine d’années

à passer avec la famille», ajoute-t-il.

Linda qui était infirmière à l’Hôpital régional de

Windsor, a pris sa retraite en décembre dernier et avoue

qu’elle a hâte de pouvoir passer plus de temps en compagnie

de son mari.

Le couple Jessop s’est marié en 1968 et Linda a interrompu

sa carrière pendant 17 ans pour élever leurs enfants. «En mon

absence», s’empresse d’interjecter son mari.

«Nous avons toujours fait bon ménage», déclare Linda

qui admet tout de même avoir eu «des moments difficiles»

lorsque leurs fils étaient adolescents.

Une lourde épreuve les attendait tous deux lorsque leur

fils Mark est décédé d’une tumeur au cerveau à l’âge de 30

ans en 2001. Tous deux ont pris un congé de deuil et Neal

songea à démissionner – il a encore les larmes aux yeux

aujourd’hui en mentionnant son fils défunt.

Ayant mené presque toutes les enquêtes sur les crimes

majeurs de la région de Windsor au cours de la dernière

décennie, ou y ayant participé, Jessop envisagea sérieusement

sa retraite après avoir conclu une investigation très poussée

dans l’affaire d’un homme qui fut accusé ultérieurement

d’avoir intentionnellement propagé le virus éventuellement

mortel du SIDA.

«Je crois que nous avons fait des journées de 14 ou

18 heures pendant trois semaines sans une seule journée

de répit. Ça m’a vidé et c’est

alors que j’ai pris ma

décision définitive», nous

confie Jessop.

Stannard est convaincu

que Jessop manquera au

Service policier. «Il est

doué d’une qualité innée

qu’on ne peut acquérir en

formation – tu l’as ou tu l’as

pas. Neal l’avait.»

Traduit avec la permission du Windsor Star


LE SOIR OÙ NEAL

JESSOP M’A

LAISSÉ TOMBER

Par Harry De Jong, rédacteur en chef du Recueil annuel de l’ACPP

Si ma mémoire m’est fidèle, sa première tâche d’importance à titre

de directeur de l’Association des policiers de Windsor fut d’évaluer

l’état des véhicules de police de l’époque. C’était dans les années 70 et

malgré que les fabricants aient été tenus de respecter les normes

minimales qui venaient tout juste d’être établies pour les véhicules de

police, peu de gestionnaires de parcs automobiles en tenaient compte.

Le prix le plus bas régnait en maître.

Il en résulta de la part du nouveau directeur une féroce attaque

directe contre les fabricants de véhicules et les procédures d’achat de la

police. Les membres du conseil d’administration et de la Commission des

services policiers de Windsor ne voyaient pas tous cette offensive d’un

bon oeil. Certains la qualifièrent même «d’embarrassante». L’auteur du

rapport sur l’état des véhicules se fichait bien de l’opinion de certains et

Neal Jessop

demeura fidèle à son engagement : assurer la sécurité de tous.

Pour Neal Jessop, cet affrontement marqua le début d’une vingtaine

d’années de militantisme où la priorité des priorités, c’était de défendre les intérêts des membres, la contrepartie de sa carrière

policière où les droits des victimes et des innocents l’emportaient incontestablement sur ceux des criminels. Au cours de ces

cheminements parallèles, Neal Jessop assuma la présidence de l’Association des policiers de Windsor, de l’Association des policiers de

l’Ontario et de l’Association canadienne des policiers et policières.

Neal et moi avons rarement travaillé ensemble dans le cadre d’opérations policières proprement dites mais nous avons

partagé une longue expérience de vie associative. Nous sommes également demeurés de bons amis, même s’il a déjà décrit notre

amitié comme un bâton pointu qu’il transporte dans sa poche, ne sachant jamais quand il va se faire piquer.

Pendant nos voyages à travers le Canada, j’ai pu observer de près son altruisme, son engagement indéfectible et son

dévouement inlassable au service du personnel policier de tous les niveaux. À l’échelle provinciale, Neal joua un rôle

déterminant dans le processus qui mena à la promulgation de la Loi sur les services policiers de l’Ontario; sur la scène nationale,

il éleva la reconnaissance et le respect envers les associations policières à des sommets jugés inatteignables auparavant. Il a reçu

des honneurs et des récompenses de tous les paliers de gouvernement, de ses collègues policiers et de ses pairs syndicalistes. Son

dossier du personnel renferme plus de 40 citations pour son travail en tant que policier.

Et voilà qu’au bout au bout de 35 années de bons et loyaux services, Neal prend sa retraite.

Alors, comment se fait-il qu’en ressassant mes souvenirs, une nuit me revient constamment à la mémoire? J’étais un vétéran,

ayant joint la police huit ou neuf ans auparavant. Neal Jessop était un jeune flic qui ne faisait que commencer à se démarquer au

sein du Service policier de Windsor et nous travaillions ensemble dans l’ouest de la ville. Répondant à un appel signalant une

entrée par effraction dans un immeuble de quatre appartements, j’avais stationné l’auto-patrouille en face. Le plaignant et

d’autres personnes nous indiquèrent tous que le suspect venait de s’enfuir par la sortie arrière.

Après avoir jeté un coup d’oeil à la clôture de quatre pieds à mailles de chaîne qui longeait un côté de l’immeuble, Neal se

dirigea de l’autre côté. N’écoutant que mon courage, je m’élançai vers la clôture et je parvins à sauter presque par-dessus : mes

talents limités d’athlète, le poids de mon fourbi et la force de gravité s’unirent pour me renverser vers l’arrière alors que j’avais

les jarrets et le pantalon fermement agrippés sur le dessus de la clôture et la tête ballante à quelques pouces du sol. Je ressemblais

de moins en moins au vétéran qui allait enseigner un truc ou deux au débutant. Je restai suspendu de la sorte jusqu’à ce que Neal

soit revenu devant l’immeuble. Il commença à discuter de ce qu’il fallait faire de moi avec le plaignant et d’autres badauds; après

ce qui me sembla être d’interminables palabres, il décida que la meilleure chose à faire, c’était de me laisser tomber. Ce fut la

seule fois où Neal Jessop m’a laissé tomber en une quarantaine d’années.

32

RECUEIL ANNUEL DE L’ACPP


L’ESPRIT

COMMUNAUTAIRE

ET L’ENTRAIDE

La Fédération des policiers de la Colombie-Britannique est

l’organisation qui chapeaute 11 associations de policiers

municipaux et représente les 2 071 membres qu’elles regroupent.

En raison de leur professionnalisme et de leur dévouement,

nos membres relèvent tous les défis de l’intervention policière

au quotidien et les surpassent. Nous sommes fiers de notre

engagement envers les citoyens que nous desservons.

Une autre forme d’engagement qui n’est peut-être pas

aussi visible mais qui compte tout autant pour la Fédération,

c’est l’engagement de nos membres à titre individuel dans le

tissu social de la population que nous desservons. On retrouve

nos membres parmi les bénévoles, entraîneurs sportifs,

responsables des collectes de fonds, mentors et tuteurs

oeuvrant dans des programmes destinés aux jeunes ou

dans des projets annuels dont les Olympiques spéciaux et

l’organisme Policiers pour l’enfance chargé de recueillir les

contributions qui sont versées à la recherche sur le cancer

dont sont atteints les enfants.

En 2004, nous avons élargi notre sphère d’entraide

communautaire en parrainant un programme à la grandeur

de la Colombie-Britannique en partenariat avec la population

générale dans le but de commanditer et de soutenir des

projets méritoires très diversifiés. Ce programme viendra en

aide aux personnes âgées aussi bien qu’aux adolescents, aux

personnes à besoins spéciaux aussi bien qu’aux personnes

douées de talents exceptionnels. C’est notre façon d’offrir

notre contribution aux gens qui ont le plus besoin d’aide et

qui ne pourraient peut-être pas atteindre leurs buts et réaliser

leur potentiel autrement.

Cet engagement n’est peut-être pas aussi visible que les

gyrophares d’un patrouilleur sur les lieux d’un accident ou

qu’un policier établissant un périmètre de sécurité sur une

scène de crime mais soyez assurés qu’il s’agit néanmoins

d’un engagement très important dont nous bénéficions tous

et toutes.

Don McKenzie

Président

Fédération des policiers de la Colombie-Britannique

33

RECUEIL ANNUEL DE L’ACPP

École de soccer – Daryl Tottenham et Todd Sweet représentaient l’Association des

policiers de New Westminster lorsqu’ils ont offert des fonds pour

aider des enfants à fréquenter une école de soccer.

Union Gospel Mission - Don McKenzie et Daffydd Hermann présentent un chèque à Maurice

McElrea au nom de la Fédération des policiers de la Colombie-Britannique.

Don McKenzie et Daffydd Hermann présentent un chèque de 20 000 $ à l’Hôpital pour enfants

de la Colombie-Britannique au nom de la Fédération des policiers de la Colombie-Britannique.


Par Steve Sullivan, président-directeur général du Centre canadien de ressources pour les victimes de crimes

«Albert Foulston ne connaît que trop bien les tenants et

aboutissants des libérations conditionnelles et s’est servi de ses

connaissances pour manipuler le système et les personnes

responsables de son administration. Toutefois, l’affaire Foulston

ne constitue qu’un exemple des graves lacunes du système

correctionnel. Malgré ces nombreuses déficiences, la haute

direction du Service correctionnel continue à défendre le système

qu’elle a contribué à concevoir. Plutôt que de le défendre, la

direction devrait réclamer un examen indépendant afin de

prévenir d’autres tragédies.»

Tony Cannavino, président,

Association canadienne de la police professionnelle.

Selon un vieil adage du milieu correctionnel, le

meilleur indicateur prévisionnel du comportement

ultérieur est le comportement antérieur. Même si cela

n’est pas infailliblement exact, si nous voulons prédire ce

qu’une personne fera la semaine prochaine, le mois

prochain ou l’année prochaine, nous devons d’abord

étudier ses actes antérieurs dans des situations semblables.

Si la Commission nationale des libérations conditionnelles

avait appliqué ce précepte en 2004, elle n’aurait pas

accordé sa semi-liberté au tueur de policier Albert

Foulston. Elle ne l’aurait pas non plus remis en liberté en

1990, déclenchant une série d’événements qui placèrent

Foulston dans une ruelle d’Edmonton où l’agent Ezio

Faraone de la Police d’Edmonton fut brutalement abattu.

En fait, une enquête sur la libération conditionnelle et

la surveillance d’Albert Foulston concluait : «Les membres

de la Commission des libérations conditionnelles

semblent généralement ignorer que la plupart des

professionnels oeuvrant dans le milieu correctionnel sont

d’avis que le schème du comportement antérieur…

constitue l’indicateur le plus important pour prévoir un

comportement ultérieur violent».

Toutefois, on n’a pas besoin d’être expert dans le domaine

pour en arriver à des conclusions sur ce que le comportement

antérieur de Foulston laisse présager de son avenir. Il sortira

de prison. Il consommera de la drogue. Il reprendra sa vie

criminelle. Et il agressera quiconque essaie de l’empêcher

d’arriver à ses fins.

À la rédaction du présent article, Albert Foulston a

terminé le premier mois de sa semi-liberté de trois mois dans

un centre de désintoxication près de Mission (C.-B.) où il est

étroitement surveillé. S’il réussit à terminer les 90 jours du

programme, il est probable que la Commission nationale des

libérations conditionnelles le transférera dans une maison de

transition où la surveillance sera moins rigoureuse.

34

RECUEIL ANNUEL DE L’ACPP

L’Association des policiers d’Edmonton et l’Association

canadienne de la police professionnelle, ont réagi avec

perplexité et colère en apprenant la décision de la

Commission des libérations conditionnelles.

Tout examen des antécédents de Foulston soulève

de nombreuses questions sur le soutien indéfectible qui

lui est attribué par le Service correctionnel du Canada

et maintenant, par la Commission nationale des

libérations conditionnelles.

Il y a 14 ans, le 25 juin 1990, en arrivant sur les lieux

d’un vol à main armée, l’agent Ezio Faraone de la

Police d’Edmonton bloqua la sortie d’une ruelle avec son

auto-patrouille afin d’empêcher les voleurs de fuir. Foulston

descendit de la voiture des fuyards, les mains sur la tête.

Pendant que l’agent Faraone tenait Foulston en joue,

il ne pouvait voir Jerry Crews, couché sur le siège arrière;

ce dernier ouvrit brusquement la portière et tira sur Faraone,

le tuant sur-le-champ.

Foulston était en liberté conditionnelle au moment du

meurtre de l’agent Faraone. Initialement, la Couronne

accusa Foulston et Crews de meurtre au premier degré mais

le tribunal décida que Foulston ne devait être accusé que

d’homicide involontaire malgré les faits suivants : Foulston

savait que Crews était armé d’un pistolet chargé; il savait

que Crews s’était caché sur le siège arrière; il détourna

l’attention de l’agent Faraone, permettant ainsi à Crews de

tirer; et il ne fit rien pour aider l’agent Faraone après que

ce dernier fût mortellement atteint. Selon la logique

tordue qui serait insensée partout ailleurs qu’au tribunal, le

juge trancha que Foulston savait que Crews allait tirer

sur l’agent Faraone mais Foulston ne savait pas que Crews

allait tuer l’agent.

Foulston fut reconnu coupable d’homicide involontaire et

condamné à 20 années d’emprisonnement. S’ajoutant à la

peine qu’il purgeait déjà, remontant à 1981, la durée totale de

son incarcération devait dépasser 30 années. En raison de la

façon dont l’admissibilité à la libération conditionnelle était

calculée à l’époque (certaines modifications ont été apportées

depuis), la date de libération de Foulston fut calculée

à compter de la date de sa peine initiale, ce qui signifiait qu’il

serait admissible à la libération conditionnelle au moment où

il commençait à purger sa peine pour homicide involontaire.

Jerry Crews fut reconnu coupable de meurtre au

premier degré et condamné à l’emprisonnement à

perpétuité sans possibilité de libération conditionnelle

pendant 25 ans.

Avant le meurtre de l’agent Faraone, le casier judiciaire

d’Albert Foulston (alors âgé de 27 ans) comptait une


cinquantaine de condamnations pour délits

contre les biens, infractions relatives aux

armes et aux drogues, séquestration, et voies de

fait contre un policier. Quatorze ans plus

tard, il avait accumulé une centaine d’autres

violations dont l’usage de drogues et des

actes violents contre les détenus et le personnel

correctionnel. Il a purgé une grande partie

de sa peine en isolement en raison de son

comportement incontrôlable.

Foulston n’a jamais entièrement purgé

une seule peine avant de commettre un autre

crime. Sa sentence initiale remonte à 1981 et il a

récidivé chaque fois qu’il a été relâché au sein

de la communauté.

En 1983, Foulston était condamné à huit

années d’emprisonnement pour huit vols à

main armée.

En octobre 1987, il obtenait sa semi-liberté et

en moins de quatre mois, il était réincarcéré pour

avoir volé 1 000 $.

Il fut remis en liberté conditionnelle en mai;

un mois plus tard, il retournait en prison pour

avoir proféré des menaces de mort à l’endroit

d’une femme qui avait fait remorquer sa voiture. Il fut

également reconnu coupable de méfait et de conduite en

état d’ébriété.

On lui accorda de nouveau une libération conditionnelle

totale en décembre. Quatre mois plus tard, il fut arrêté

pour conduite en état d’ébriété mais ne fut pas réincarcéré.

Sa surveillante de liberté conditionnelle rapporta qu’il allait

bien mais ne signala pas le fait qu’il avait énormément

maigri, un signe qu’il avait recommencé à se droguer. Cette

surveillante était également responsable de Jerry Crews mais

elle en avait peur.

Trois mois plus tard, l’agent Ezio Faraone était assassiné.

Voici donc un exemple flagrant de la confiance

attribuée par la Commission nationale des libérations

conditionnelle à un criminel endurci qui n’avait même

pas encore 30 ans et qui se moquait de la Commission à

chaque occasion. Gardez à l’esprit le vieil adage au sujet du

comportement antérieur et du comportement ultérieur en

réfléchissant à ce qui suit.

En août 1999, le directeur de la prison et l’équipe de

gestion du cas Foulston appuyèrent ce dernier lorsqu’il

demanda un permis d’absence temporaire sans escorte.

Les membres de la Commission des libérations

conditionnelles étaient partagés et ils durent prévoir

une autre audience. Avant qu’elle n’ait lieu, on découvrit

que Foulston s’était procuré de l’héroïne pendant une

absence temporaire avec escorte pour assister aux funérailles

de son frère en septembre.

En juillet 2000, Foulston fut remis en isolement pour

avoir consommé de l’héroïne. Moins d’un an plus tard, le

directeur de la prison lui octroya un permis de placement

à l’extérieur de 180 jours à condition qu’il habite dans

une maison de transition et ce, après qu’on eût refusé de le

libérer sous condition!

Trois mois plus tard, son évaluation psychologique

concluait qu’il représentait un risque modéré à élevé de

récidiver avec violence et que ce risque était sensiblement plus

35

RECUEIL ANNUEL DE L’ACPP

Dans un parc d’Edmonton, une statue de l’agent Ezio Faraone a été érigée en

mémoire de celui qui a donné sa vie au service de ses concitoyens.

Photo : Edmonton Journal

élevé s’il se droguait. Neuf jours après la rédaction de ce

rapport, on découvrit qu’il avait consommé de l’héroïne. Il ne

fut pas réincarcéré.

Deux jours plus tard, on se rendit compte qu’il avait

encore consommé de l’héroïne. Il ne fut pas réincarcéré cette

fois non plus.

Cinq jours plus tard, on découvrit qu’il avait encore

consommé de l’héroïne. Enfin, on le réincarcéra.

Trois mois plus tard, aussi incroyable que ce soit, l’équipe

de gestion de cas appuya la demande de semi-liberté

de Foulston. La Commission nationale des libérations

conditionnelles s’y opposa.

En septembre 2002, Foulston était impliqué dans la

culture toxicomane de l’institution. Deux mois plus tard,

il fut transféré d’une institution à sécurité moyenne dans une

institution à sécurité minimale.

En juillet 2003, il fut retransféré dans l’institution à

sécurité moyenne pour avoir consommé de l’héroïne. En

janvier 2004, l’équipe de gestion de cas appuya la demande de

semi-liberté de Foulston et cette fois, la Commission nationale

des libérations conditionnelles acquiesça.

Récapitulons le comportement antérieur de Foulston : il

consomme de la drogue chaque fois qu’il est relâché au sein

de la communauté; il consomme de la drogue en prison; il

représente un risque modéré à élevé de violence les

meilleurs jours mais encore plus élevé lorsqu’il consomme

de la drogue; il ne s’est jamais conformé aux conditions de

sa libération et n’a jamais respecté la confiance accordée par

le Service correctionnel et la Commission nationale des

libérations conditionnelles.

Qu’est-ce que tout cela laisse présager de son

comportement ultérieur? Il est susceptible de consommer

de la drogue, probablement de l’héroïne – peut-être pas

immédiatement mais il en consommera. Il représentera un

risque encore plus élevé de récidiver avec violence

lorsqu’il sera sous l’influence de la drogue; il était drogué

lorsqu’il prit part au meurtre de l’agent Faraone. Selon

toute probabilité, il volera pour financer sa toxicomanie.


Et il n’aura pas peur d’avoir recours à la violence pour

arriver à ses fins.

Par contre, cette fois, les enjeux sont plus sérieux : si

Foulston est reconnu coupable d’une autre infraction grave, il

est possible que la Couronne tentera de le faire désigner

contrevenant dangereux ou que les tribunaux lui imposent la

peine maximale prévue par la loi. Il a presque 50 ans – il serait

un vieillard au bout d’une longue peine de prison.

Par conséquent, si Foulston récidivait, il ne serait pas

susceptible de laisser vivants des témoins qui pourraient aider

la police à le faire réincarcérer.

Ce que la Commission nationale des libérations

conditionnelles et le Service correctionnel du Canada ont

appris de leur enquête conjointe sur la libération de

Foulston et de Jerry Crews, n’est pas clair (si en fait ces

deux organismes ont appris quelque chose). Selon ce

rapport, les membres de la Commission n’ont pas

appliqué ou n’ont pas compris les conclusion de

l’évaluation du risque indiquant que Foulston représentait

un risque élevé de récidive. Le Comité parlementaire

de la justice qui s’est penché sur cette affaire, a affirmé

qu’il était «troublant et effrayant» que la Commission n’ait

pas attribué plus de poids aux conclusions de l’évaluation

du risque.

Selon le Service correctionnel, 66 % des contrevenants de

l’engeance de Foulston commettront un acte criminel; ce

chiffre est alarmant et effrayant.

Déjà en 1988, lorsque la Commission accordait une

libération conditionnelle totale à Foulston (après deux

échecs en semi-liberté), elle procéda malgré les objections

du Service correctionnel. La Commission exprima même

ses préoccupations à l’égard de la faible estime de soi

ressentie par Foulston, présumément imputable au fait que

sa femme faisait plus d’argent que lui.

Selon ce rapport, Foulston avait manipulé les membres

de la Commission qui lui octroyèrent sa libération

conditionnelle. Étant donné ses antécédents criminels et

son comportement en prison, on se demande franchement

s’il n’a pas berné les membres du Service correctionnel du

Canada aussi bien que ceux de la Commission nationale des

libérations conditionnelles.

Cependant, les membres de la Commission et du

Service correctionnel affirment qu’Albert Foulston,

l’homme qui compte plus de 50 condamnations au

criminel et qui a été impliqué dans une centaine

d’incidents en prison, a changé. Malgré qu’il ait passé

la plus grande partie de sa vie adulte en prison, malgré

qu’il n’ait jamais fait preuve du moindre respect envers les

règles ou les personnes, malgré qu’il soit un criminel

endurci, cet homme aurait changé. Et selon eux, ce

changement radical serait survenu après qu’il eût suivi un

programme pour contrevenants violents en 1997.

Ce serait après ce programme qu’il commença à améliorer

ses relations avec le personnel, à comprendre les mécanismes

de son schème criminel et à ressentir de l’empathie pour ses

victimes. Analysons ce phénomène : il améliora ses relations

avec le personnel mais a trahi leur confiance d’innombrables

fois après avoir suivi le programme; il commença à

comprendre les mécanismes de son schème criminel

déclenchés par l’héroïne mais continua à consommer de

l’héroïne à plusieurs reprises après avoir suivi le programme.

36

RECUEIL ANNUEL DE L’ACPP

Et comment savons-nous qu’il ressent de l’empathie pour ses

victimes? Il l’affirme. Et il ne saurait mentir, n’est-ce pas?

La vérité, c’est que malgré ce programme qui lui a

présumément ouvert les yeux en 1997, Foulston a néanmoins

consommé de la drogue chaque fois qu’il a été relâché au sein

de la communauté et qu’il a continué à s’impliquer dans la

culture toxicomane en prison.

Un parc a été consacré à la mémoire de l’agent

Faraone. Les résidents d’Edmonton n’ont pas oublié sa

mort. Le bureau de circonscription d’Anne McLellan, la

nouvelle vice-première ministre et ministre de la Sécurité

publique et de la Protection civile du Canada, est situé à

quelque enjambées de l’endroit où l’agent Faraone fut

abattu. On dit que la Ministre suit cette affaire de près,

consciente des élections fédérales imminentes dans une

circonscription où elle a remporté la victoire avec une très

faible majorité dans le passé.

La date de libération d’office de Foulston tombe en

décembre 2004. Sa peine prend fin en 2012. L’Association

des policiers d’Edmonton a écrit à la Commissaire du

Service correctionnel du Canada, l’enjoignant de se servir

de ses pouvoirs spéciaux en vertu de la Loi sur le système

correctionnel et la mise en liberté sous condition pour

détenir Foulston au dede sa date de libération d’office.

L’Association a également demandé de rencontrer la

Ministre McLellan. L’Association canadienne de la police

professionnelle a rencontré des cadres supérieurs du

Service correctionnel du Canada et de la Commission

nationale des libérations conditionnelles.

Pour exprimer vos préoccupations, veuillez

communiquer avec les personnes suivantes :

L’honorable Anne McLellan

Vice-première ministre et

ministre de la Sécurité publique

et de la Protection civile

Chambre des communes

Ottawa (Ontario) K1A 0A6

Madame la Commissaire Lucie McClung

Service correctionnel du Canada

340, avenue Laurier Ouest

Ottawa (Ontario) K1A 0P9

Monsieur Ian Glen

Président

Commission nationale des libérations conditionnelles

410, avenue Laurier Ouest

Ottawa (Ontario) K1A 0R1

Nous connaissons ses antécédents; s’ils sont des indicateurs

prévisionnels de son avenir, nous aurions tous intérêts à nous

tenir à l’écart d’Albert Foulston.

Note de la rédaction : Au moment d’aller sous presse, la

libération conditionnelle d’Albert Foulston avait été révoquée.

Le motif demeure inconnu.


CITATION / FIN DE CITATION

« Je profite de

l’occasion pour

féliciter l’ACPP de

la fusion et pour

vous remercier de

donner une voix

nationale forte

aux hommes et

aux femmes qui

composent les

services de police

du pays. »

La vice-première ministre et ministre de la Sécurité publique et de la Protection

civile du Canada, Anne McLennan.

«C’est excellent. Ces

gens-là sont au bout

de leur rouleau et

cette décision les

aidera beaucoup.»

Brian Adkin, président de l’APPO et vice-président de l’ACPP, en réaction à une

augmentation de 70 pour cent accordée par le gouvernement de l’Ontario au

financement du Projet P, une unité spéciale de la Police provinciale de l’Ontario

chargée d’enquêter sur la pornographie juvénile.

37

RECUEIL ANNUEL DE L’ACPP

« De faibles sanctions

pécuniaires et de

courtes peines

d’emprisonnement

représentent maintenant

le prix admissible que

doivent payer les

exploitants de culture

illicite de marijuana.

Leur force de dissuasion

est insignifiante sinon

absente et ces mesures

encouragent les autres à

démarrer leurs propres

installations de culture

illicite de marijuana. »

John Tory, chef du Parti progressiste-conservateur de l’Ontario, lors d’une allocution

pendant la réunion du conseil d’administration de l’Association des policiers de l’Ontario,

tenue en novembre à Toronto. La veille, les délégués de l’APO avaient rencontré une

centaine de députés provinciaux dans le cadre de leur Jour de lobbying.

« Le dossier des libérations

conditionnelles de cet homme est si

minable qu’il se passe de

commentaires : pendant sa longue

carrière criminelle, Foulston a

accumulé 51 condamnations, de

nombreuses années d’incarcération

et de multiples libérations

conditionnelles écourtées, n’ayant

jamais réussi à respecter les

conditions de sa libération une

seule fois », affirme le sergent

Tony Simioni. « C’est une bombe

à retardement ambulante

qui n’attend que le moment

d’exploser dans n’importe quelle

communauté où il aboutit. »

Le sergent Tony Simioni, directeur de l’Association des policiers d’Edmonton,

réagissant à la nouvelle qu’Albert Foulston, reconnu coupable du meurtre de

l’agent Ezio Faraone de la Police d’Edmonton en 1990, avait passé moins de 24 heures

en liberté sous condition avant de se retrouver derrière les barreaux, une fois de plus.


Pourquoi quelqu’un aimerait être dirigé par moi? – par vous?

Sans vouloir vous insulter, je vous demande seulement de

prendre un moment et de réfléchir à cette question. Qui, ou quel

genre de personne nos membres veulent pour les représenter?

Faisons-nous partie du personnel cadre de l’Association parce que

personne d’autre ne veut tenir ce rôle? Sommes-nous les

meilleures personnes disponibles pour accomplir cette tâche?

Sommes-nous assez qualifiés pour représenter nos membres?

Mieux que cela – que faisons-nous en vue de nous améliorer?

« Même les plus sages ont encore quelque chose à apprendre » [traduction

libre] George Santayana

Lorsque l’un de nos services embauche des répartiteurs, nous

offrons à ces nouveaux répartiteurs de la formation afin qu’ils

soient en mesure d’exécuter leurs tâches à l’aide du système de

communications. Lorsque nous procédons à des changements,

comme par exemple, la mise en place d’un nouveau système de

communications, le service offre de la formation afin que nous

puissions fonctionner à l’aide de ce nouveau système. Les

nouvelles recrues doivent suivre des cours au Collège de police,

pour apprendre les lois, l’autodéfense et pour savoir se servir

des armes à feu. Lorsqu’un policier est réaffecté, d’un poste de

première ligne à un poste de l’identité judiciaire par exemple, il

devra recevoir de la formation dans ce nouveau domaine.

Lorsque ce dernier retourne sur le « terrain », il doit encore une

fois recevoir de la formation.

Nos membres suivent des cours de façon continue pour

apprendre les nouvelles lois, les nouvelles procédures et pour

s’assurer que leurs compétences sont à jour afin d’exercer leur

profession. Nous appuyons et encourageons le perfectionnement

de nos membres et il arrive que nous demandions à nos

employeurs de fournir à nos membres la formation adéquate.

Jamais nous n’envisagerions que le service affecte un nouvel

employé aux commandes de la répartition sans supervision ou

formation. Nous n’envisagerions pas non plus que notre service

autorise un nouvel officier à utiliser une arme à feu et autorise sa

mise en service sans formation ni supervision.

Alors, pourquoi certains d’entre nous, dirigeants d’associations,

pensent que nous n’avons pas besoin de formation? Lors

d’une récente conférence, plusieurs d’entre nous ont discuté de

la formation à laquelle nous avons accès en tant que dirigeants

d’association. Certains pensaient que la formation n’était pas

nécessaire, tandis que d’autres croyaient que leurs membres, s’ils

suivaient une formation, « en perdraient la boule » (à cause des

coûts, je suppose).

J’ai demandé aux personnes présentes s’ils s’attendaient à ce

qu’un nouvel officier soit compétent afin d’être en mesure de

rédiger un document nécessaire pour obtenir un mandat de

perquisition dans le cadre d’une enquête sur un meurtre.

Tous s’entendaient sur le fait qu’aujourd’hui, une formation

supplémentaire est nécessaire pour préparer ce genre de

document. Personnellement, je pense que sans formation

adéquate, je procéderais « à tâtons » et qu’après plusieurs

essais, j’obtiendrais probablement un mandat, mais celui-ci ne

répondrait sans doute pas aux critères d’un examen approfondi.

« Si j’avais six heures pour couper un arbre, je passerais les quatre

premières heures à aiguiser la hache » [traduction libre] Abraham Lincoln

38

RECUEIL ANNUEL DE L’ACPP

Par Ron Middel, directeur de l’APO

Alors, comptons-nous sur un nouveau membre du personnel

ou du personnel cadre de notre association pour préparer,

rédiger et présenter un exposé d’arbitrage, participer à la

négociation collective ou représenter nos membres lors

d’audiences disciplinaires sans détenir les connaissances de base

et la connaissance des enjeux qui sont essentielles à la réussite?

Je pense que vous commencez à comprendre mon point

de vue. La réponse est « NON »! Nous sommes d’accord sur

le fait que nos membres s’attendent à être bien représentés

et qu’ils le méritent. Alors, la question est de savoir comment

leur fournir la meilleure représentation qui soit, — comment

pouvons-nous apprendre ces connaissances de base et acquérir

le savoir nécessaire? – comment réaliser tout cela?

« Ne perdez pas de temps à apprendre les ficelles du métier. Apprenez plutôt

le métier » [traduction libre] Anonyme

Au début du présent article j’ai demandé « Pourquoi

quelqu’un aimerait être dirigé par moi? – par vous? ». Espérons

que ce ne soit pas en raison d’indifférence. Je crois plutôt que c’est

parce que vous êtes honnêtes, compétents, visionnaires et

que vous êtes inspirés, crédibles et motivés. Ces qualités sont

toutes importantes. Mais, en plus de ces qualités, vous devez

détenir la compétence et la capacité. Il est possible d’acquérir

ces dernières à l’aide de la formation et de l’éducation.

La compétence, la capacité et le savoir sont, selon moi, les

outils les plus importants que nous devons posséder dans

notre arsenal. Il est vrai qu’avec le temps nous pouvons apprendre

les « ficelles du métier » mais nous avons besoin de formation

et d’éducation pour « apprendre le métier ». L’éducation est la clé

de l’apprentissage et la clé de notre succès futur.

« L’apprentissage ne se fait pas par hasard ; il faut vouloir apprendre avec

ardeur et le faire avec prudence » [traduction libre] Abigail Adams

L’APO (Association des policiers de l’Ontario) offre un grand

nombre de séminaires éducationnels à nos associations de

membres. Ces séminaires traitent de sujets tels que la Loi sur les

services policiers, les griefs, les négociations, les relations avec les

médias et l’association organise également d’autres séminaires

éducationnels. La conférence annuelle sur le travail organisée par

l’APO et les réunions de nos conseils exécutifs (réunions

trimestrielles) permettent d’échanger beaucoup de renseignements

utiles. L’ensemble de ces cours et réunions nous apportent

beaucoup, sont bien organisés et à coût abordable. D’autres cours

sont offerts par l’Association canadienne de la police professionnelle,

le Collège canadien de police, ainsi que d’autres collèges et

universités de la région et partout en Amérique du Nord.

Il faut que nous profitions tous de ces cours à coût abordable

afin de renforcer nos connaissances. C’est une nécessité

fondamentale pour assurer notre réussite future, autant au sein de

nos associations locales que dans l’ensemble de la collectivité. Nos

membres ne méritent rien de moins.

Certains pourront affirmer qu’il n’est pas nécessaire

d’éduquer les dirigeants de nos associations – ou – que nous

n’avons pas les moyens. Je crois que nous n’avons pas les moyens

de nous en passer.

Je suis d’accord avec « Abe » – j’aiguiserai ma hache.


HISTOIRES D’AVOCATS

Excusez-la si vous l’avez déjà entendue. Une jolie jeune

fille passe devant deux avocats assis au café. «En voilà

une que j’aimerais bien f…», dit le premier. «De combien?»,

répond l’autre.

D’accord, tout le monde a entendu cette histoire au

moins une fois. Nous savons également tous la différence

entre une mouffette écrasée et un avocat écrasé : des

marques de freinage devant la mouffette. Une autre blague

usée à la corde : comment appelez-vous 500 avocats au fond

d’un lac? Un bon début!

Et ainsi de suite. Les farces aux dépens des avocats sont

monnaie courante. Les avocats qui sont de véritables

farces ambulantes sont moins communs et souvent moins

comiques; en l’occurrence, les membres du Barreau

seraient plutôt embarrassés par le dindon de notre farce.

L’avocat Paul Copeland de Toronto participait

dernièrement à une table ronde sur la surveillance civile

de la police dans le cadre de la Conférence syndicale

2004 de l’Association des policiers de l’Ontario (APO). À sa

treizième édition, la Conférence syndicale de l’APO est

réputée d’être la meilleure au Canada en matière de

relations de travail en milieu policier, selon plusieurs

observateurs. On peut directement attribuer une telle

renommée aux coprésidents de la Conférence, Ian Roland

et Rick Baldwin, deux membres du susmentionné Barreau

qui ont toujours présenté un programme équilibré au fil

des ans : conférenciers et animateurs policiers, non

policiers, patronaux et syndicaux.

Donc, personne ne fut surpris que le volet de la table

ronde sur la surveillance animé par Me Copeland soit

intitulé «Surveillance civile de la conduite policière – Point

de vue critique».

Me Copeland entama sa présentation en disant à

l’auditoire, constitué de policiers, surveillants, dirigeants

syndicaux, politiciens municipaux et d’autres professionnels,

que c’était la première fois qu’il prenait la parole

dans une conférence de policiers, s’empressant d’ajouter :

«Et lorsque j’aurai fini, je suis certain que ce sera

la dernière.»

Il se lança alors dans son numéro d’avocat-monologuiste-pas-très-comique

et raconta l’histoire des deux

avocats au café (supra). Je ne sais pas combien de femmes

présentes l’avaient entendue auparavant mais je n’étais

certainement pas le seul homme de l’auditoire à se demander

s’il allait employer les termes vulgaires habituellement

utilisés pour mettre du piquant dans ce cliché rabâché pour

Par Harry De Jong, rédacteur en chef du Recueil annuel de l’ACPP

39

RECUEIL ANNUEL DE L’ACPP

la énième fois. Là encore, aucune surprise : la grossièreté

était au programme.

Sur sa lancée, Me Copeland fonça dans de virulentes

invectives fustigeant flics, services policiers et associations

de policiers à bâtons rompus, sans trop se soucier des

liens logiques de sa diatribe. Il cibla particulièrement

les collectes de fonds, l’action politique et le profilage

racial, accusant l’Association des policiers de Toronto,

l’Association des policiers provinciaux de l’Ontario et

l’Association de la police régionale du Niagara d’avoir

commis des actes répréhensibles, à son avis.

C’est à ce moment que Me Copeland me perdit, et à en

juger d’après l’absence d’applaudissements à la fin de son

discours, il perdit le reste de l’auditoire aussi. Toute trace

de crédibilité qu’il avait pu avoir à son arrivée était dissoute

dans le vitriol de ses propres paroles.

«En voilà une que j’aimerais

bien …», dit le premier avocat. «De

combien?», répond le deuxième.

Lorsqu’il reprit son siège, le silence de plomb dans la

salle fut rompu par un congressiste qui lui demanda de

s’excuser de son langage, entre autres impairs, auprès des

femmes présentes.

Me Copeland expliqua qu’il utilisait ce langage

«familier» chaque jour et qu’à son avis, la plupart des

congressistes l’entendaient régulièrement aussi. Il ajouta

que toute excuse qu’il pourrait formuler ne serait pas plus

sincère que celle offerte à Myriam Bédard par Jean Pelletier,

le président congédié de Via Rail.

Tout en admettant que j’ai utilisé un langage aussi cru

que celui de Me Copeland et que cela m’arrive même

fréquemment, je ne peux tout de même pas me rappeler

l’avoir utilisé dans un cadre professionnel en m’adressant à

quelque 300 personnes dont plusieurs m’étaient étrangères.

Dans ces occasions, j’ai été en mesure d’exprimer mon

point de vue en termes plus châtiés.

Après avoir écouté Me Copeland, j’ai du nouveau pour

son arsenal de farces d’avocat étalant une fausse modestie :

comment sait-on que Paul Copeland va faire le pitre? Ses

lèvres bougent.


Par Tony Cannavino, président, Association canadienne de la police professionnelle

Le gouvernement décidait récemment de déposer à

nouveau à la Chambre des communes son controversé

projet de loi sur la décriminalisation de la marijuana.

Les objectifs de ce projet de loi sont apparemment d’imposer

des pénalités plus raisonnables dans les cas de possession de

soi-disant petites quantités de cannabis, c’est-à-dire 15 grammes

et moins, par l’émission de contravention. Le projet de loi

vise également dans les cas de culture de cannabis à faire la

distinction entre les petits producteurs qui cultiveraient des

plants pour des fins personnelles et les producteurs qui le

feraient pour des fins de trafic.

Après avoir analysé minutieusement le projet de loi, il est

étonnant de constater à quel point le gouvernement fait fausse

route. Évidemment je ne peux passer sous silence ce triste constat

lors de mes nombreuses rencontres avec des parlementaires des

différents partis politiques. Au cours de ces rencontres, je suis

toujours étonné de constater à quel point la majorité des

parlementaires n’ont aucune idée de ce que représente 15

grammes de cannabis et encore moins ce que peut produire un

plant sur une base annuelle.

Comment nos législateurs peuvent-ils alors se permettre

de voter sur un projet de loi qui aura inévitablement des

conséquences néfastes sur la santé et l’avenir de nombreux

Canadiens?

Le moins que nous puissions nous attendre de nos élus

serait qu’avant de tenir un tel vote, ils en connaissent tous les

tenants et aboutissants. Si le projet de loi sur la marijuana

devait être adopté, nos législateurs doivent savoir qu’il sera

dorénavant encore plus facile pour les trafiquants de recruter

de petits vendeurs. Ces vendeurs transporteront sur eux

qu’un maximum de 15 grammes c’est-à-dire entre 30 et 50

joints et dans l’éventualité d’arrestation, ils n’auront qu’à

clamer le droit de posséder cette quantité de cannabis pour

des fins personnelles. Si une amende est émise, cette

dernière sera tout simplement payée par leurs « fournisseurs

» pour qui ces infimes montants représentent seulement

le prix d’être en affaires!

N’oubliez pas chers collègues que pour toute possession de

cannabis de 15 grammes et moins, vous n’aurez plus de pouvoir

discrétionnaire. La seule peine applicable sera l’émission d’une

contravention. Je pourrais comprendre que la possession d’un

joint ou deux puisse représenter une quantité de cannabis pour

consommation pour des fins personnelles; mais 15 grammes, vous

conviendrez avec moi, dépasse tout entendement.

En ce qui concerne les cas de possession de cannabis entre

16 et 30 grammes : Le projet de loi présentement à l’étude

maintient un pouvoir discrétionnaire aux forces policières; vous

aurez donc le choix d’émettre une contravention ou encore de

40

porter des accusations

au criminel. Mais

quelles seront les

directives

émises par votre corps de

police? Collecter l’argent

de contraventions ou

encore en dépenser pour

les frais qu’occasionnent

les procédures judiciaires?

Vous connaissez la

réponse à cette question

autant que moi.

Revoyons maintenant

l’argument qui prétend

que l’augmentation des

sentences maximales à

5-10-14 ans pour les cultures

à petite, moyenne et

grande échelle de plants

de cannabis deviendra un

RECUEIL ANNUEL DE L’ACPP

Le président de l’ACPP, Tony Cannavino et

l’agent exécutif David Griffin (à gauche),

rencontrent le ministre de la Justice Irwin Cotler

(en face au centre) et d’autres fonctionnaires de

son Ministère pour discuter du projet de loi

sur la marijuana proposé par le gouvernement.

élément dissuasif pour la culture de cannabis. Sachant fort bien

combien le passé est souvent garant de l’avenir, je répondrai à cet

argument qu’il est utopique de penser que les juges seront plus

enclins à imposer des sentences plus sévères alors que ce projet de

loi banalise l’usage du cannabis!

Si le gouvernement veut vraiment s’attaquer au fléau

croissant des producteurs de cannabis, il n’a qu’à prévoir

des sentences minimales d’emprisonnement. Présentement,

un individu reconnu coupable d’importation de stupéfiants

reçoit automatiquement une sentence minimale de 7 années

d’emprisonnement. Si une telle sentence s’applique dans le cas

d’importation de stupéfiants, pourquoi ne pas en faire autant

pour la culture de cannabis?

Que le gouvernement l’entende une fois pour toute : Ce

dont nous avons besoin d’abord et avant tout, c’est un

programme national antidrogue. Un programme qui met

l’accent sur l’éducation, la prévention et qui vient en aide à ceux

et celles qui sont aux prises avec une dépendance aux drogues.

Une telle campagne s’inscrirait tellement mieux dans notre projet

de société où la lutte contre le tabagisme et l’alcool au volant est si

représentative des valeurs que nous voulons léguer à nos enfants.

Nous savons tous combien l’alcool au volant et le tabagisme

tuent et coûtent cher à l’état; la décriminalisation de l’usage de

petites quantités de cannabis ne viendra en rien améliorer la

situation. Il va sans dire que nous continuerons à défendre sans

relâche ces principes lors de nos présentations en commission

parlementaire, sénatoriale et dans les médias.

Photo : Harry De Jong


Par le sergent d’état-major Ray Massicotte, Escouade antidrogue, Police régionale de Waterloo

Je me souviens de la première fois où j’ai entendu

parler de la sophistication des nouvelles «installations

illicites de culture de marijuana». C’était pendant

l’été 2000 et j’étais encore affecté à la patrouille.

Deux membres de l’escouade antidrogue discutaient

de la qualité des plants saisis et de la complexité

de l’exploitation que leur unité venait tout juste de

fermer. «Les plants étaient hauts comme ça», expliquait

l’un d’eux, la main posée à deux pieds du sol. «Sans

parler de la grosseur des bourgeons…», d’ajouter

son coéquipier.

Quelques mois plus tard pendant le quart d’après-midi,

mon peloton se rendit à une maison en feu, située juste

en face d’une école primaire. L’incendie avait été

provoqué par le câblage électrique défectueux d’une

installation illicite de culture de marijuana. Les médias

couvrirent largement la cause de cet incendie puisque

la présence d’installations du genre dans les parages

était encore considérée un phénomène rare à l’époque.

En janvier 2001, je fus

réaffecté à l’escouade antidrogue

et je me rendis compte

qu’un grand nombre de choses

avaient changé depuis mon

passage dans ce service en 1987.

Les vétérans de l’escouade me

mirent au parfum : selon leur

estimation, une quinzaine, voire

une vingtaine d’installations

sophistiquées avaient élu domicile

dans notre région.

Pour contrer ce problème, le

Projet Serre passa du stade de

planification au stade de réalisation

sur le terrain. Quelques semaines

plus tard, cinq ou six mandats

de perquisition nous avaient

démontré que le problème dépassait

largement les estimations

initiales. La liste des installations

éventuelles passa à 50, à 100, à

200. Nos enquêtes révélèrent

également que les services policiers

avoisinants constataient la même

tendance. Des réunions furent

convoquées pour permettre aux

divers services policiers et à

d’autres intéressés touchés par

cette épidémie en pleine croissance

de partager leurs renseignements.

Branchements électriques dans une installation

de culture de marijuana de la région de Waterloo

démantelée pendant l’été 2004 après une descente.

41

RECUEIL ANNUEL DE L’ACPP

La coopération s’avéra exceptionnelle et nous avons

reçu de précieux conseils des policiers britannocolombiens

qui nous encouragèrent à agir proactivement

en combinant l’application des lois, l’éducation publique

et le soutien judiciaire.

À mesure que le nombre d’installations augmentait,

nos méthodes de démantèlement gagnèrent en efficacité

mais en tenant davantage compte de la sécurité de

nos policiers. Même si nous avons commis quelques

erreurs, nous en avons tiré des leçons. Par exemple,

après qu’un policier eût l’oeil égratigné par un fil

électrique lâche, le port de lunettes de protection devint

obligatoire; lorsqu’un autre policier atteint d’allergies

souffrit de symptômes asthmatiques de plus en plus graves,

le port d’un masque respiratoire fut imposé.

Nous recevions des rapports de toutes les régions

de l’Ontario faisant état des risques que recelaient

les installations illicites de culture de marijuana.

À Hamilton, des policiers déclenchèrent un dispositif

piégé qui diffusa un gaz

toxique dès leur entrée dans

l’installation. D’autres incidents

impliquèrent des fils sous tension

tronçonnés, des portes électrisées,

des manostats servant à désactiver

des panneaux de dérivation

du courant et des suspects cachés

dans des espaces exigus après

l’évacuation des lieux.

Les enquêteurs de Waterloo

furent exposés aux dangers de

l’électricité à leur tour lorsqu’un

dispositif illégalement branché

explosa, projetant des flammes

à la grandeur de l’installation.

Un électricien qui accompagnait

l’escouade coupa le câble,

prévenant ainsi les blessures et

les dommages matériels. Cet

incident nous poussa à couper

le courant à la grandeur des

installations de culture de

marijuana avant de les démanteler,

une pratique toujours en

vigueur puisque nous utilisons

maintenant notre propre bloc

électrogène et notre propre

Photo : Harry De Jong

système d’éclairage.

Les installations illicites de

culture de marijuana se retrouvent

dans presque tous les

territoires policiers du Canada


à l’heure actuelle. Tout en informant les citoyens de la

menace que représentent ces exploitations, nous y avons

également sensibilisé notre propre personnel et nous

avons pris des précautions plus précises pour protéger

nos policiers.

Le sergent d’état-major Marc Pineault du Service

policier d’Ottawa a rédigé un document approfondi sur

les meilleures pratiques en démantèlement de ces

installations. La première étape dans le démantèlement

sécuritaire est d’en connaître les dangers.

Nous avons rapidement compris que les dangers

étaient multiples, y compris :

• les fertilisants

• les stimulateurs de croissance

• les pesticides

• les raccordements électriques défectueux

• les fils lâches

• les câblages de calibre insuffisant

• les ballasts surchauffés

• les dérivations électriques

• les dispositifs piégés

• les moisissures dangereuses

• les niveaux élevés d’oxygène ou d’oxyde de carbone

• les gaz inflammables

Tout policier qui a affaire aux installations de culture

de marijuana devrait connaître ces risques éventuels et

être en mesure de réagir en conséquence.

Les escouades antidrogue ont l’avantage de pénétrer

dans les lieux en connaissance de cause et le secret de la

sécurité dans ces circonstances, c’est une formation

adéquate et la planification avertie de la descente policière.

Les policiers de première ligne sont par contre susceptibles

de se retrouver au beau milieu d’une installation par hasard

en s’occupant d’autres fonctions et doivent absolument être

informés des risques possibles pour leur santé.

Les superviseurs policiers, les représentants d’associations

et la haute direction des services policiers doivent aussi

être au courant des risques éventuels et veiller à ce que les

policiers reçoivent la formation qui s’impose et soient munis

de la protection voulue pour réduire les risques au minimum.

La protection de nos policiers dépend essentiellement

de leur connaissance du danger et du matériel de

protection minimal qui s’impose pour leur permettre

d’effectuer leur travail en toute sécurité.

Les temps ont changé et nos méthodes opérationnelles

devraient changer aussi. Dernièrement, alors que je

donnais un cours au Collège de police de l’Ontario, j’ai

été stupéfait d’apprendre qu’un certain nombre de

policiers démantèlent toujours des installations de culture

de marijuana sans être munis de matériel de protection.

42

RECUEIL ANNUEL DE L’ACPP

Les services policiers révisent leurs politiques liées aux

enquêtes sur les laboratoires clandestins afin d’assurer que

les rapports sur la sécurité et l’exposition au danger des

policiers soient à jour et exacts.

Les organisations sont légalement tenues d’assurer la

sécurité des travailleurs et en vertu des modifications

récentes mises en oeuvre grâce au projet de loi C-45, les

administrateurs et les superviseurs sont passibles d’être

déclarés criminellement responsables s’ils n’offrent pas la

formation et le matériel de protection qui s’imposent.

Entre autres dangers, les menaces comprennent

les dispositifs suivants :

On a trouvé des dispositifs piégés dans un grand

nombre d’installations illicites de culture de marijuana.

Lors de l’exécution d’un mandat de perquisition à

Hamilton, les policiers déclenchèrent un détecteur de

mouvement relié à un pistolet à peinture électrique rempli

d’un mélange de vapeurs toxiques qui se diffusèrent dans

le système de ventilation, indisposant gravement les

policiers. Lors de la même perquisition, on découvrit

une porte électrifiée. Au Québec, craignant de perdre sa

récolte, un exploitant de marijuana avait installé un

fusil de calibre 12 à la poignée de porte. Revenant d’une

soirée bien arrosée, il fut tué par son propre piège. À

Toronto, on a signalé une installation dont le gardien était

un alligator…

Photo : Harry De Jong

Des lunettes protectrices, un masque et des gants de sécurité :

tout policier qui intervient dans une installation de culture de marijuana

doit être muni de ce matériel indispensable.

Des mesures de contre-surveillance ont été découvertes

dans des installations où des caméras observaient les

transformateurs électriques et l’activité policière autour

des lieux. La Police régionale de York a déniché un

système de déclenchement très sophistiqué installé sous

terre près d’un transformateur : une plaque de pression

enterrée était reliée à un solénoïde et éteignait le panneau

illégal lorsqu’on marchait dessus.

Les branchements électriques de ces installations

de culture de marijuana posent leurs propres problèmes


particuliers. Par exemple, le courant est dérivé et

contourne les compteurs d’électricité de sorte que la

consommation ne puisse être détectée, ce qui réduit

les coûts. Des exploitants creusent des trous dans la

fondation et piquent l’électricité consommée avant

qu’elle ne se rende jusqu’au compteur. Nous avons trouvé

des épissures raccordées au moyen de crampons de

plomberie et de câbles de démarrage d’appoint. Ces

câbles n’étaient pas convenablement isolés et les fils

nus étaient en contact avec les eaux souterraines, ce qui

risquait d’électrifier le sol par temps humide, mettant le

public et la police en péril. Les risques ne se situent

pas qu’à l’extérieur des installations de culture de

marijuana. Les policiers devraient donc porter des

bottes de caoutchouc à embouts d’acier et éviter les

secteurs mouillés à l’intérieur des installations. Notre

pratique veut que nous coupions tout le courant dans

l’installation et que nous utilisions notre propre bloc

électrogène et notre propre système d’éclairage lors

d’un démantèlement. Nous éliminons ainsi les risques

d’électrocution par enveloppes d’éclairage mal câblées,

ballasts surchauffés et condensateurs chargés. Certains

exploitants couvrent les murs des installations d’un

matériau métallisé réfléchissant appelé Mylar qui a les

propriétés d’un conducteur d’électricité.

Les exploitants utilisent des produits chimiques pour

stimuler la croissance ou éliminer les insectes et la vermine.

Ces fertilisants et pesticides sont mal entreposés près de

fournaises, chauffe-eau et ballasts surchauffés, représentant

des risques d’incendie ou d’explosion.

Moisissures – Vous pouvez être certains qu’après avoir

neutralisé les dispositifs piégés, après avoir retiré les

produits chimiques et après avoir débranché le système

électrique, vous retrouverez toujours des moisissures.

Pourquoi les moisissures nous inquiètent-elles?

Dans les bâtisses endommagées par l’eau ou exposées à

l’humidité constante, certains genres de moisissures

«hydrophiles» se reproduisent à des taux beaucoup

plus élevés que la normale et risquent d’avoir des effets

nuisibles pour la santé. Nous nous inquiétons particulièrement

de la stachybotrys chartarum (autrefois désignée

Stachybotrys atra) puisqu’on en retrouve d’énormes

colonies susceptibles d’être néfastes.

La stachybotrys a particulièrement attiré l’attention

dernièrement lorsqu’on découvrit cette moisissure dans

des salles de classe exposées à l’humidité constante. Elle se

manifeste par de petites taches noires et se multiplie à

merveille sur les matériaux en cellulose imbibés d’eau

(papier peint, tuiles de plafond, cloisons et isolants

contenant du papier, par exemple).

Outre la stachybotrys, le personnel de construction

travaillant dans des bâtisses endommagées par l’eau

risquent de s’exposer à d’autres types de moisissures

toxiques dont le Fusarium, l’Aspergillus et le Penicillium.

43

RECUEIL ANNUEL DE L’ACPP

Quels sont les effets possibles des moisissures

sur la santé?

Les mouvements de l’air et la manipulation de

matériaux contaminés peuvent dégager des spores

toxiques dans l’atmosphère. Ces spores entraînent des

effets néfastes sur la santé en produisant des substances

toxiques appelées mycotoxines. Une fois dégagées, les

spores toxiques doivent entrer en contact avec la peau ou

être respirées avant de déclencher des symptômes. Par

contre, les travailleurs de la construction ne développent

pas nécessairement tous des symptômes.

• L’exposition aux moisissures toxiques risque d’irriter la

peau, les yeux, le nez et la gorge, entraînant des symptômes

d’apparence allergique (respiration difficile, écoulement

nasal, yeux larmoyants).

• On a également rapporté d’autres symptômes tels que la

fatigue et les maux de tête.

• Les travailleurs allergiques aux moisissures risquent d’être

atteints d’une crise d’asthme s’ils y sont exposés.

• Les travailleurs exposés à la stachybotrys ont en outre

souffert d’autres symptômes : brûlures nasales, saignement

de nez, toux grave, dérèglement du système immunitaire.

La stachybotrys n’entraîne pas d’infection et n’est

pas contagieuse.

• Les gens dont le système immunitaire est affaibli, sont

particulièrement susceptibles d’être atteints de maladies

engendrées par les moisissures et ne devraient pas travailler

dans des secteurs contaminés.

En Ontario, l’article 25(2)(h) de la Loi sur la santé et

la sécurité au travail oblige les employeurs à prendre

toutes les précautions raisonnables dans les circonstances

pour assurer la protection des travailleurs.

Ce genre de législation n’est pas exclusif à l’Ontario et

est en vigueur dans les autres provinces en vertu de lois

fédérales ou provinciales.

Le bon vieux temps est révolu où des agents antidrogue

moustachus vêtus de jeans et de bottes de cowboy exécutaient

un mandat de perquisition, pistolet au poing. Aujourd’hui,

la sécurité du policier doit revêtir autant d’importance que

l’appréhension du criminel.

Les lois relatives à la santé et à la sécurité au travail ne

sont pas à sens unique : il incombe à l’employeur d’offrir

la formation et la protection qui s’imposent. Il vous

incombe de vous en prévaloir.

L’auteur : Le sergent d’état-major Ray Massicotte est

un vétéran du Service policier régional de Waterloo

comptant 26 années de service. Ayant oeuvré dans tous

les secteurs policiers, il est présentement l’officier

responsable de l’Unité antidrogue de la Région.


Depuis plus de 55 ans, la Fraternité des policiers et

policières de Montréal respecte rigoureusement son

engagement de protéger et sauvegarder notre communauté.

Cependant, bien au dede ce devoir professionnel, nos

membres se sont également fermement engagés à améliorer

le tissu social grâce à une foule d’activités d’une diversité

étonnante : collectes de sang semi-annuelles, programmes

éducatifs et collectes de fonds pour des oeuvres de bienfaisance.

La plus populaire de ces dernières activités est sans

contredit la Journée Fèves au lard, événement pendant lequel

les policiers et policières servent ce mets succulent aux

Montréalais dans tous les quartiers de la ville. Cet événement

annuel offre l’occasion d’aider les autres tout en se régalant

d’un excellent repas.

En 2004, une somme de près de 90 000 $ a été recueillie

et comme par les années passées, elle fut redistribuée dans

la communauté par l’intermédiaire des postes de quartier,

des centres opérationnels et des unités spécialisées de la

police pour faire en sorte que ceux qui en ont le plus besoin

en profitent le plus.

Le président honoraire de la campagne 2004, le célèbre

commentateur sportif Roger Brulotte, ne manqua pas de

souligner les efforts déployés par les policiers et policières

de Montréal et leur générosité : «Leur implication et leur

générosité assurent l’énorme succès de cet événement,

d’année en année», a-t-il dit.

Cette implication qui jouit de l’appui massif de la

population permet à la Fraternité de verser des fonds à une

centaine d’organisations locales du Grand Montréal et de

leur venir en aide même si la conjoncture économique

s’avère peu reluisante.

Grâce à son tournoi de golf annuel, la Fraternité assure

également un soutien annuel de plus de 25 000 $ à cinq

organismes sans but lucratif de Montréal, dont l’Association

québécoise de la fibrose kystique, l’Association de la

sclérose en plaques, le réseau Enfants disparus et la ligne

téléphonique Enfants secours.

LA FRATERNITÉ DES POLICIERS ET

POLICIÈRES DE MONTRÉAL (FPPM)

AU SERVICE DE LA COMMUNAUTÉ

44

RECUEIL ANNUEL DE L’ACPP

Les 4 200 policiers et policières de Montréal sont fiers

de ces efforts collectifs qui leur ont permis de redistribuer

une somme de plus de 115 000 $ dans leur communauté

en 2004.

Policiers de Montréal acheminant une livraison de fèves au lard.

Même si la Journée Fèves au lard se déroule à la grandeur de Montréal, les sommes recueillies

sont distribuées par l’intermédiaire des postes de quartier, des centres opérationnels et des unités

spécialisées de la police qui connaissent le mieux les besoins de leurs propres quartiers de sorte

que ceux qui en ont le plus besoin profitent le plus de cet événement annuel.


Nous voilà déjà rendus à quelques mois du

premier anniversaire de notre nouvelle

association et à la lumière du bilan de notre

première année, je peux vous dire que nous

pouvons anticiper l’avenir avec beaucoup

de confiance!

Au cours des derniers mois, j’ai entamé ma tournée

Par Tony Cannavino,

président, l’ACPP

À LA DÉFENSE DE VOS INTÉRÊTS!

des provinces et assisté à de nombreuses assises pour

prendre le pouls des enjeux policiers dans vos régions.

J’ai également participé à une pléiade de rencontres

formelles et informelles pour faire valoir nos intérêts auprès

de ministres, sénateurs, députés, et de hauts fonctionnaires.

Nous avons aussi travaillé très fort pour cultiver et resserrer

nos liens avec nos partenaires.

Certes le vent de changement et de scandale qui a secoué

la Colline parlementaire à Ottawa au cours des derniers

mois n’a pas été des plus favorable pour les groupes de

lobbying. Malgré cette conjoncture difficile, l’Association

canadienne de la police professionnelle a tout de même réussi

un tour de force. Nous nous sommes taillés une place de

choix auprès des décideurs politiques pour faire valoir

les intérêts de tous nos membres et aussi pour faire avancer

notre agenda législatif.

Notre rencontre avec le Premier Ministre Paul Martin

en mars dernier témoigne, je crois, de la crédibilité et

de l’importance de l’Association canadienne de la police

professionnelle. Dès la première poignée de main, le Premier

Ministre Martin s’est enquéri des dossiers qui nous préoccupent

et de l’évolution de notre nouvelle association, étant

bien au fait de l’important carrefour que nous avons franchi

l’été dernier en réunissant 54 000 membres du personnel

policier sous l’égide d’une seule association. L’accueil cordial

et l’écoute que nous avons obtenus du Premier Ministre nous

ont permis de discuter de certains dossiers dont celui des taux

d’accumulation des prestations de retraite. Avec le Premier

Ministre et le Ministre des Finances maintenant bien au fait de

cet important dossier, il m’apparaît raisonnable de penser que

nous obtiendrons réponse à nos revendications dans un

avenir rapproché.

Le reste de notre agenda législatif n’est pas nécessairement

entre d’aussi bonnes mains et nécessite une étroite surveillance.

Depuis l’automne dernier, d’importants travaux parlementaires

se sont déroulés dans l’ombre des tempêtes politiques et

médiatiques. L’évolution de certains projets de loi a été

suivie de près par l’ACPP parfois nécessitant des interventions

musclées de notre part.

Le projet de loi C-10 portant sur la décriminalisation de la

marijuana est un bon exemple. Bien que qu’il ne semble pas

présentement faire partie des priorités du gouvernement, il

n’en demeure pas moins que ce projet de loi doit être mis sur

la glace tant et aussi longtemps que le gouvernement ne mette

en place une véritable stratégie nationale anti-drogue.

Évidemment, il nous est impossible de prédire l’avenir. Il est

clair cependant que le travail acharné de la coalition que nous

avons rassemblée avec Les Mères Contre l’Alcool (MADD

Canada), Customs Excise Union Douanes Accise (CEUDA),

45

RECUEIL ANNUEL DE L’ACPP

l’Association canadienne des chefs de police, et l’Association

canadienne des commissions de police nous a permis de

ralentir la progression de ce dangereux projet de loi. La

bataille n’est pas encore gagnée mais notre lutte, jusqu’à

maintenant, porte fruit.

Deux autres projets de loi ont suscité une attention

soutenue de notre part. Les deux portent sur la protection

des personnes les plus vulnérables de notre société : les

enfants. Le projet de loi C-12 vise à protéger les enfants contre

l’exploitation sexuelle via l’internet. J’ai défendu ce projet de

loi en votre nom devant le comité de la justice de la Chambre

des communes l’automne dernier. Le même exercice sera

répété devant le Sénat en espérant que cela puisse faciliter

son adoption. Enfin, j’ai récemment défendu avec votre

directeur exécutif David Griffin l’importance de la création

d’un registre national pour les délinquants sexuels devant un

comité sénatorial. Nous sommes fiers que le ministre ait retenu

nos arguments en incluant au registre les noms de tous ceux

qui purgent présentement une sentence c’est-à-dire qu’ils

soient incarcérés ou en libération conditionnelle. Le projet

C-16 reçu la sanction royale du sénat le 1er avril 2004.

Notre travail soutenu et rigoureux aura contribué à protéger

nos enfants contre les prédateurs sexuels et à doter nos

membres d’un nouvel outil de travail devenu malheureusement

indispensable.

Voilà seulement quelques dossiers qui démontrent tout

le travail qui se fait quotidiennement pour vous dans la

capitale nationale. Au cours des prochains mois, nous

suivrons de près la campagne électorale fédérale et nous

veillerons à ce que nos intérêts fassent partie des enjeux

nationaux. Nous sommes également à mobiliser des experts

de grande renommée pour développer une « Charte des

droits des policiers » qui vous protégera, entre autres,

contre les trop nombreuses plaintes frivoles. Lors de notre

prochaine assemblée générale annuelle à Saint-Jean au

Nouveau-Brunswick nous vous présenterons ce nouveau

dossier qui est présentement sur nos planches à dessin.

Comme vous pouvez le constater, votre association

nationale a le vent dans les voiles. Forts de notre unité, de la

solidarité de nos partenaires, de l’appui des élus, de la

qualité de nos employés et des dossiers que nous sommes à

développer, je suis fier de pouvoir vous dire qu’à peine un an

après notre lancement, nous avons les ressources nécessaires

pour relever tous les défis que nous désirons.

Dans le sens horaire,

à partir de la gauche:

le premier ministre

Paul Martin et Albina

Guarnieri, ministre

d’État chargée de la

Protection civile,

discutent avec Tony

Cannavino, président

de l’ACPP, David

Griffin, agent exécutif

de l’Association, et

Sophie Roux, agente

des communications.


L’agent Pat McCormack du Service

policier d’Edmonton, lauréat du

Prix Policier d’élite

Le colosse dont le nom est synonyme de grande taille à Edmonton où l’on

commande volontiers des chemises à la Pat McCormack, a été désigné

récipiendaire du Prix Policier d’élite 2004 attribué par le Club Kiwanis de la capitale

du pétrole au Canada.

Un vétéran comptant 17 années de service au sein du corps policier

municipal d’Edmonton, McCormack a été honoré lors de la 29e cérémonie annuelle

de remise du Prix Policier d’élite qui lui fut décerné au quartier général de la police

par la Kiwanis Oil Capital. Ce Prix prestigieux rend hommage à un membre actif du

Service policier d’Edmonton, reconnaissant non seulement son dévouement et son

engagement envers la profession policière mais aussi son bénévolat exceptionnel au

sein de la communauté.

«Je suis très fier d’avoir l’honneur d’être le Policier d’élite, cette année», déclare McCormack. «J’ai beaucoup de respect pour mes

prédécesseurs, sachant qu’ils ont consacré énormément de temps et d’efforts au travail communautaire et aujourd’hui, je me sens

comblé d’être distingué par ma communauté et de me joindre aux rangs des Policiers d’élite qui m’ont précédé.»

Le parcours de l’agent McCormack au service d’organismes communautaires et bénévoles, est très impressionnant. Au cours des 10

dernières années, il a oeuvré inlassablement au sein de la Fondation du diabète juvénile et d’autres programmes de recherche sur le

diabète destinés aux enfants, en plus de s’impliquer dans la Ligue cadette de hockey, le programme Rêves d’enfants à l’intention

d’enfants défavorisés et de figurer parmi les

fondateurs de la Société Bryce Clark, vouée à la

recherche sur les lésions de la moelle épinière.

Jean, son épouse depuis 15 ans, connaît bien

la fidélité de son mari envers ses amis, sa famille et

sa communauté. «Si vous avez besoin de parler à

quelqu’un dans un moment difficile, Pat est

toujours disposé à vous entendre. C’est une

personne au grand coeur qui se soucie de tous

ceux qu’il côtoie. Vous pouvez faire appel à lui le

jour ou la nuit et il est toujours prêt à faire tout

son possible pour vous aider.»

Père de trois enfants (Kelsey, 12 ans; Daylan,

11 ans; Corbin, 7 ans), Pat est présentement

affecté à la circulation routière.

L’agent Pat McCormack en compagnie de son épouse Jean et de

leurs trois enfants (de gauche à droite) Kelsey, Corbin et Daylan.

46

RECUEIL ANNUEL DE L’ACPP


LA CONSOMMATION

CONSOMMATION

DE MARIJUANA

CHEZ LES ÉLÈVES INQUIÈTE LES

AUTORITÉS SCOLAIRES

Aux prises avec une lutte inégale contre la mari, les écoles affirment que la nouvelle loi transmet le mauvais message.

Par Grace Macaluso - Windsor Star

Danny fume son joint comme un pro. À 17 ans, il a

commencé à consommer de la marijuana peu après

son entrée à l’école secondaire et l’heure du midi est le temps

fort des adeptes.

«Tout le monde fume», affirme Danny qui nous demande

d’utiliser un pseudonyme pour ne pas divulguer son véritable

nom. «Y a rien là.» Avec deux copains, ils se passent le joint

dans un coin du Parc Jackson suffisamment éloigné de l’École

Kennedy pour ne pas être repérés par les autorités scolaires à

l’oeil vigilant. Ils viennent tout juste d’acheter leur joint d’un

confrère de classe qui compte parmi les quatre ou cinq

pourvoyeurs profitant de la demande dans l’établissement

pour une drogue dont la consommation est devenue courante

dans les écoles secondaires de l’Ontario.

En effet, la popularité de la marijuana chez les adolescents

a grimpé au point où elle dépasse l’usage du tabac comme

drogue de choix pour la première fois, se classant au

deuxième rang derrière l’alcool, selon une étude récente

effectuée par le Centre de toxicomanie et de santé mentale.

Cette tendance inquiète les autorités scolaires et les politiciens

qui craignent que le projet de décriminalisation d’Ottawa ne

fera qu’aggraver la situation.

«Ce n’est pas très logique», déplore Randy White, député

conservateur de Langley-Abbotsford et critique du Solliciteur

L’ÉCOLE TRÈS

SECONDAIRE: Un élève

allume un joint de

marijuana près de

l’École collégiale

Kennedy. Les élèves

disent pouvoir

facilement se procurer

de la mari dans

les écoles secondaires

de la région.

Photo : Nick Brancaccio, Windsor Star

47

RECUEIL ANNUEL DE L’ACPP

général. «Le Canada devrait dire aux jeunes de ne pas fumer

de marijuana au lieu de leur dire qu’ils n’écoperont que

d’une amende

Le ministre fédéral de la Justice, Irwin Cotler qui a de

nouveau présenté le projet de loi au début du mois, insiste

que les dispositions constituent une approche à plusieurs

volets comprenant des pénalités plus sévères pour les

installations de culture illicite de marijuana, ainsi que le

financement d’une campagne d’éducation publique visant à

dissuader les gens de consommer de la marijuana et toute

autre drogue illicite.

«La consommation de cannabis est nocive et demeurera

illégale au Canada.» déclare Cotler. «En alliant la réforme

des lois régissant le cannabis et la campagne d’éducation

publique, nous renforçons le message voulant que la

marijuana soit illégale et nuise à la santé.»

Toutefois, les déclarations rassurantes du Ministre

réconfortent peu le directeur Tom Halliwill et ses

homologues aux prises avec une lutte contre leurs élèves

qui fument de la mari et croient que ce n’est pas plus

grave que de boire de l’alcool.

«Il y a des drogues dans toutes les écoles de l’Amérique

du Nord», affirme Halliwill, directeur de l’École secondaire

W.F. Herman. «Je crois qu’elles sont devenues socialement


acceptables et que de nombreux parents en

consomment. Dans les médias, on parle beaucoup

de décriminalisation. Eh bien, les jeunes aussi

lisent les journaux et apparemment, fumer de la

mari est moins mal vu maintenant que pendant les

années 70.»

En fait, dans l’esprit de certains élèves, la mari

est beaucoup moins nocive que le tabac. «Les

cigarettes sont plus nocives : elles créent une

dépendance», tranche Jason, élève du Secondaire

4 à l’École Herman qui ne veut pas que son

véritable nom soit dévoilé non plus. «La mari peut

devenir une habitude mais tu sais ce qu’elle

contient. Ce n’est pas comme la cigarette qui

contient des produits chimiques tels que le

formaldéhyde. Pensez seulement aux effets néfastes

de la fumée secondaire.»

À l’École catholique F.J. Brennan, la directrice

JoAnne Shea affirme avoir suspendu huit élèves

pour avoir fumé de la mari l’an dernier mais souligne

que cela ne reflète pas le véritable nombre d’élèves

qui en consomment. «Je devrais littéralement jouer

à la police dans les ruelles», avoue-t-elle, ajoutant

que l’école reçoit des plaintes de particuliers et de

commerçants du quartier au sujet d’élèves qui

fument dans le voisinage.

La majorité des 1 027 élèves de Brennan ne

consomment pas de marijuana pendant les heures

d’école, selon Shea. «Nous entendons dire que la

mari est la drogue de choix en semaine; le week-end,

c’est l’alcool.»

Les directions d’écoles doivent relever de

gros défis : entre autres, il leur faut détecter la

consommation de mari et attraper les élèves en

flagrant délit. «Nous essayons toujours de trouver des

preuves mais elles sont facilement camouflées»,

explique la directrice Shea.

Sans compter que le prix de la marijuana est

abordable. «On m’en a offert ce matin même pendant le

cours de nutrition de la deuxième période», raconte Jason,

élève de l’École secondaire Herman qui a refusé l’offre

malgré qu’il soit fumeur. «On vend régulièrement de la

mari dans l’école.»

Le prix normal d’un joint est de 5 $ l’unité, trois pour

10 $, selon Jason. «Tu peux faire de bons profits.»

Il est facile de repérer les pourvoyeurs, ajoute un élève

de 16 ans de Kennedy, Derek (encore un pseudonyme).

«La plupart des revendeurs sont toujours gelés» dit-il. Il

avoue avoir fumé de la mari toutes les semaines jusqu’à ce

que cela commence à faire baisser ses notes et à nuire à

ses performances sportives. Maintenant, précise-t-il, il fume

«de temps en temps, un bon vendredi que je me retrouve

avec des amis».

«Mes parents disent que je peux fumer de l’herbe tant

que je ne fais pas de bêtises et que je continue à avoir de

bonnes notes mais ils n’aiment pas l’idée que je fume.»

48

RECUEIL ANNUEL DE L’ACPP

CHANGEMENT CULTUREL

Katie Moore s’oppose aux drogues.

Photo : Windsor Star

Richard Pollock, avocat de Windsor et procureur fédéral

de la Couronne, attribue la consommation croissante

de marijuana à l’offre de plus en plus grande à partir

d’installations de culture hydroponique dans la région.

Par contre, Pollock est d’avis qu’un facteur plus troublant

entre en ligne de compte : le changement culturel qui

a contribué à faire croire de plus en plus que la consommation

de mari est socialement acceptable.

«J’ai pris part à des procès où des enfants de moins de 16

ans avaient consommé du cannabis à découvert dans des

endroits publics sans se cacher, n’ayant pas peur de se faire

prendre. Dans d’autres instances, des ados fumaient et leurs

parents étaient au courant.»

«Ce débat (sur la décriminalisation) a lieu en vase clos

sans tenir compte de ses effets sur les vies et les activités de

nos enfants.»


En vertu de la Loi de l’Ontario sur la sécurité dans les

écoles, tout élève découvert sous l’empire ou en possession

d’une drogue (y compris l’alcool et toute substance

illégale), est passible d’une suspension de 10 jours,

explique Vickie Komar, superviseure du travail social à la

Commission scolaire du comté d’Essex. «En outre, nous

recommandons toujours à l’élève et à sa famille de

solliciter du counselling auprès des divers organismes qui

offrent des programmes d’éducation et de soutien.»

Même si les commissions scolaires des écoles publiques

et des écoles catholiques offrent des ateliers antidrogue

animés par des policiers ou d’autres conférenciers, les

écoles ne peuvent enrayer le problème d’elles-mêmes,

d’après les autorités scolaires.

«Il faut que la communauté réagisse – comme ce fut le

cas lors de la campagne contre l’alcool au volant», ajoute

Komar. «Le message doit clairement indiquer que ce n’est

pas socialement acceptable.»

«Tant et aussi longtemps que le message transmis aux

adolescents veut que ‘tout le monde le fait’, cela devient

un comportement normal, ce qui rend notre intervention

d’autant plus difficile.»

Même les ados qui s’abstiennent de fumer de la mari

sont soumis à d’intenses pressions de la part de leurs pairs,

selon Katie Moore, une élève de Secondaire 5 à l’École

Brennan. «Les gens disent que je suis un flic de la brigade

antidrogue parce que je veux arrêter la consommation de

drogues. Si tu es contre, les autres te méprisent.»

Déterminée à répandre son message antidrogue,

Moore dit avoir fait des recherches sur les effets néfastes

de la mari, soulignant que la puissance de la drogue

vendue dans les rues aujourd’hui est beaucoup plus forte

que celle qui était disponible il y a quelques années. «La

teneur en THC est beaucoup plus élevée. Ton jugement en

sera perturbé, particulièrement si tu conduis sous l’effet

de la mari.»

Les méthodes de culture actuelles ont rendu la mari

plus puissante, convient l’agente Deb Mineau, porteparole

de la Police provinciale de l’Ontario dans le comté

d’Essex. En 1960, le joint de marijuana contenait en

moyenne 0,2 % de THC (l’ingrédient psychodysleptique

de la marijuana); aujourd’hui, la teneur en THC d’un

joint oscille entre 5 % et 14 %.

Les consommateurs comme Derek conviennent que la

mari n’est pas une drogue inoffensive. «Je ne pouvais pas

me concentrer à l’école,» dit-il. Les choses se sont corsées

lorsqu’il commença à jouer au hockey de compétition. «Je

patinais vraiment lentement. C’est alors que j’ai coupé

ma consommation.»

Malgré tout, les idées fausses sont très répandues lorsqu’il

s’agit de la mari, affirme Stephen Gard, coordonnateur au

Centre de santé pour adolescents.

49

RECUEIL ANNUEL DE L’ACPP

«Cela devient normal et on me dit que ce n’est pas

aussi grave que l’on croit. Certains ados pensent que la

décriminalisation, c’est la légalisation.»

Sans compter que d’autres ados, dont Bogdan Babos,

un élève de 18 ans de l’École Herman, doutent que la lutte

contre la mari puisse être gagnée. «De toute évidence, la

mari est là. Vous ne pourrez pas empêcher les jeunes de

l’essayer. Je suis convaincu qu’ils vont l’essayer tôt ou tard–

c’est un incontournable.»

Jason ajoute : «Ils essaient d’empêcher les jeunes

d’avoir des relations sexuelles depuis quand, maintenant?

S’ils veulent en avoir, ils trouvent le moyen. Alors,

pourquoi les en empêcher?»

LES CHIFFRES

Consommation de drogue chez les élèves

du Secondaire 1 au Secondaire 5 (2003)

Alcool : 66,2 %

Cannabis : 29,6 %

Beuveries : 26,5 %*

Cigarettes : 19,2 %

Hallucinogènes : 10 %

La consommation de mari grimpe en

flèche de 6,2 % au Secondaire 1 à 44,8 %

au Secondaire 5.

Au printemps 2003, 6 616 élèves du

Secondaire de 37 commissions scolaires

participèrent à l’étude effectuée par

le Centre de toxicomanie et de santé

mentale sur la consommation de drogues

chez les élèves de l’Ontario.

* Beuverie : Au moins cinq consommations

d’alcool en une seule occasion pendant

les quatre semaines précédant immédiatement

la participation à l’étude du Centre.

© The Windsor Star 2004

© 2004 CanWest Interactive, une division de CanWest

Global Communications Corp. Tous droits réservés.


Fouilles de l’escouade

antidrogue dans les écoles

Les enseignants sont d’accord mais les défenseurs des libertés civiles protestent

Par Grace Macaluso – Windsor Star

Le directeur de l’école

secondaire Ste-Anne, John

Byrne, voulait faire savoir à ses

élèves qu’il menait une lutte

sérieuse aux drogues. Il opta

donc pour une tactique qui a

du «mordant».

Le mois dernier, sans leur

expliquer pourquoi, le directeur

somma les élèves de rester dans

leurs classes pendant que des

agents de l’escouade canine de la

Police provinciale de l’Ontario

procédaient à une fouille de

l’école de Tecumseh. Quatre

chiens renifleurs dressés pour

détecter les stupéfiants firent le

tour des couloirs et de quelques

classes désignées en quête de

drogues que les élèves gardaient

éventuellement sur eux ou dans

leurs casiers.

«C’est une mesure préventive

formidable qui s’est avérée

plus efficace que toute autre»,

affirme Byrne. «Nous voulions

faire comprendre aux élèves

que les drogues sont absolument

inadmissibles et qu’elles ne seront

pas tolérées.»

Les chiens découvrirent un

élève qui avait de la marijuana sur

lui et des accessoires de fumeur de

cannabis dans son casier. Bien que

ce n’ait pas été un gros coup de

filet et qu’aucune accusation n’en

ait découlé, Byrne était content du

résultat. «J’ai été étonné de la

petite quantité retrouvée. La PPO

a déclaré que Ste-Anne était une

école sans drogues.»

Toutefois, les fouilles dans

les écoles ont été critiquées par

les défenseurs des libertés civiles

qui les qualifient d’inconstitution-

CHIEN DÉTECTEUR : Le sergent Rob Fleming observe l’agent Alex Panhuis et le chien Saxon démontrer comment fouiller les sacs d’école.

50

RECUEIL ANNUEL DE L’ACPP

Photo : Brent Foster, Windsor Star


nelles et de dégradantes. «Notre principale objection

a trait au traitement indigne qu’un très grand nombre

d’enfants ont dû subir», explique Alan Borovoy, chef

du contentieux de l’Association canadienne des libertés

civiles basée à Toronto. «Se faire renifler par des

chiens peut être intimidant, voire effrayant pour certains

enfants, et on ne m’impressionnera pas en disant que

ces chiens sont particulièrement bien dressés pour agir

avec retenue.»

Borovoy souligne également que «certaines dispositions

de la Charte indiquent clairement qu’une telle fouille n’est

pas raisonnable parce que l’école entière a été soumise à

une fouille canine. La fouille ne visait pas simplement les

personnes raisonnablement soupçonnées mais toutes les

personnes sans discernement.»

En fait, cet avis est partagé par le juge de Sarnia qui

a présidé le procès d’un élève accusé à la suite d’une

fouille canine à l’école catholique de St-Patrick, le 7

novembre 2002. Les chiens avaient repéré le sac à dos

de l’élève où se trouvaient 10 sacs de marijuana et 10

champignons magiques contenant de la psilocybine, une

substance hallucinogène.

Les accusations déposées contre l’élève furent rejetées

après que le juge de première instance eût tranché : la

fouille n’était pas raisonnable.

Cette affaire présentement portée en appel est suivie de

près par la police et les autorités scolaires de la municipalité.

«Il est évident que vous devez avoir un motif valable

avant d’entrer dans une école avec des chiens policiers»,

convient JoAnne Shea, directrice de l’école secondaire

catholique F.J. Brennan. Même si elle peut voir les mérites

des fouilles canines, Madame Shea exprime des réserves

quant à la méthode utilisée qui semble plus punitive que

corrective. «L’objectif de la discipline devrait être d’aider

les élèves à retrouver le droit chemin. Il faut se mériter la

confiance des élèves.»

Toutefois, les préconisateurs des fouilles dans les écoles

les comparent à des mesures préventives similaires dont le

programme annuel RIDE conçu pour contrer la conduite

avec facultés affaiblies pendant les Fêtes. Ils disent

aussi que les directeurs d’écoles ont le devoir et le droit

d’assurer la sécurité dans les écoles en vertu de la Loi sur

la sécurité dans les écoles de l’Ontario.

«Les fouilles canines générales sont légitimes tant et

aussi longtemps qu’elles sont effectuées de façon

raisonnable», affirme le sergent Rob Fleming de la PPO

d’Essex, ajoutant que l’affaire de Sarnia est importante

puisqu’elle définira probablement les paramètres de

telles fouilles qui sont plus courantes dans les écoles

de Toronto.

Selon la commissaire Vickie Komar, des fouilles à l’aide

de chiens dressés pour détecter des stupéfiants ont eu lieu

dans certaines écoles de la Commission scolaire du comté

d’Essex dans le but d’aider les directeurs «à régler des

problèmes de drogue» et non «de faire mettre un élève

particulier en état d’arrestation». Bien que les fouilles se

51

RECUEIL ANNUEL DE L’ACPP

«Il est évident que vous devez avoir un motif

valable avant d’entrer dans une école avec

des chiens policiers.»

JoAnne Shea, directrice de l’école secondaire Brennan

soient limitées aux écoles secondaires jusqu’à présent,

cela «n’exclut pas nécessairement les écoles élémentaires»,

précise-t-elle.

Le sergent Fleming explique que la PPO a commencé à

recevoir des demandes de fouilles canines de la part d’écoles

du comté, l’an dernier. «Cela dénote une sensibilisation

accrue et des préoccupations à l’égard de la prévalence de la

consommation de marijuana», dit Fleming. «Je ne reçois

pas beaucoup de demandes mais les fouilles sont un moyen de

dissuasion extrêmement efficace.»

En plus de pouvoir détecter la possession de drogue,

les chiens peuvent détecter la consommation de drogue,

souligne-t-il, ajoutant que les fouilles canines peuvent

aider les directeurs d’écoles à déterminer la prévalence

des drogues dans leurs établissements.

Le sergent Fleming fait l’éloge de directeurs comme

Byrne qui ont adopté une «approche proactive» envers

la consommation de drogue. «L’école Ste-Anne travaille

en étroite collaboration avec nous; elle nous accueille à

bras ouverts.»


Les installations de culture de marijuana illicite sont trop

nombreuses pour toutes les démanteler, selon la police

La marijuana hydroponique est une industrie florissante au Canada : cette croissance fulgurante la

rend incontrôlable, affirment les policiers.

PAR TIMOTHY APPLEBY ET JOHN SAUNDERS - The Globe and Mail

Les installations de culture de

marijuana illicite sont tellement

nombreuses dans certains quartiers

de toutes les régions du pays

que les policiers chargés de les

démanteler se concentrent sur les

plus grosses exploitations dirigées

par des gangs, se résignant à laisser

intactes d’innombrables autres

opérations illégales.

Il est «certainement vrai»

qu’elles sont trop nombreuses

pour les démanteler, confirme le

surintendant Derek Ogden, chef

de l’escouade antidrogue de la

GRC qui a ciblé ceux qui possèdent

les moyens de coercition, l’argent

et les voies de distribution du

crime organisé.

«Nous n’en démordrons pas,

sachant qu’il y a un grand nombre

d’exploitations – des milliers à la

grandeur du Canada – mais nous

devons viser l’échelon le plus haut

avec nos ressources limitées», dit-il

en entrevue.

Pendant que les politiciens

discutent d’un projet de loi qui

adoucirait les lois sur la possession de petites quantités de

marijuana (les sanctions criminelles seraient remplacées par

des amendes comparables à des contraventions routières), le

Canada se retrouve au centre de la production illégale à

grande échelle de marijuana de qualité supérieure. Ce

phénomène, dans lequel les gangs asiatiques et les motards

criminalisés jouent un rôle prépondérant, s’explique par les

profits faramineux, la consommation accrue de la marijuana

et les peines carcérales beaucoup plus légères qu’aux

États-Unis pour les exploitants, malgré que la majorité de

leur production soit destinée au marché américain.

Le surintendant Ogden refuse de deviner le nombre

d’exploitations canadiennes.

«Tout ce que je peux dire, c’est que je n’ai aucun doute

que leur nombre augmente encore et qu’il a sans cesse

augmenté au cours des dernières années.» Il se contente de

mentionner les chiffres «relativement exacts» relevés lors

des saisies policières de plants de marijuana : en 1989, ce

nombre était de 50 000; il a grimpé à 1,5 million en 2003.

52

RECUEIL ANNUEL DE L’ACPP

Culture de marijuana illicite dans une ancienne brasserie Molson à Barrie (Ontario).

Photo : PC

Le mois dernier, lors de l’audience de sept hommes

reconnus coupables à la suite d’une descente sans

précédent dans une ancienne brasserie Molson de Barrie

(Ontario), le spécialiste en matière de drogues Rick

Barnum de la Police provinciale de l’Ontario, a estimé qu’il

y avait jusqu’à 25 000 installations de culture illicite en

Ontario, représentant une augmentation fulgurante par

rapport aux estimations antérieures de la police voulant

qu’il y en ait 15 000.

(Un an auparavant, l’Association des chefs de police

de l’Ontario publiait son rapport «Marée verte» qui fut

énormément cité, estimant qu’en 2002, l’Ontario comptait

entre 2 980 et 14 900 installations de culture illicite.

L’Association en était arrivée à ces chiffres en tenant compte

du nombre d’installations repérées et démantelées par la

police – soit 1 490 – et en présumant que le nombre total

représentait entre 2 et 10 fois ce nombre.)

Dans une entrevue récente, le sergent d’État-major

Barnum déclarait en être arrivé à ses chiffres en se fondant sur


ses entretiens avec les forces de police municipales, les

fournisseurs d’électricité, les agents immobiliers, les responsables

des règlements de construction et de l’application des

lois, et d’autres personnes en mesure de constater que des

maisons sont transformées en serres climatisées pour la

culture de la marijuana. Le surintendant Barnum affirme

croire qu’il pourrait y avoir jusqu’à 15 000 installations illicites

dans des maisons de la seule région du Grand-Toronto.

«Comprenez-moi bien : nous n’avons pas fouillé les

lieux avec nos instruments, nos capteurs thermiques et tout

le matériel de détection; nous n’avons pas fait le décompte

des maisons mais certaines indications nous permettent

de présumer qu’il y a des installations en nombre effarant»,

ajoute-t-il.

«Toutefois, voici l’essentiel : qu’il y en ait 15 000 ou

seulement 2 000, il n’en demeure pas moins que la situation

est incontrôlable par des moyens policiers. Il faudrait

faire un travail phénoménal dans un nombre phénoménal

d’installations illicites.»

Même si la police travaillait d’arrache-pied pour

dénicher les installations de culture de marijuana chez

des particuliers, «il serait impossible de s’en débarrasser,

tellement il y en a».

De son bureau d’Ottawa, le surintendant Ogden raconte

que les installations sont d’abord apparues en Colombie-

Britannique dans les années 80 et qu’elles se sont répandues

depuis en grand nombre en Alberta, en Ontario, au Québec

(même si plus de la moitié des descentes ont encore lieu à

l’extérieur) et dans les provinces atlantiques.

Dans le cadre d’un programme antidrogue de 57

millions de dollars échelonné sur cinq ans et lancé l’an

dernier, la GRC a mise sur pied des équipes composées

de six spécialistes chacune pour épauler les escouades

antidrogue locales dans les régions de Vancouver,

Edmonton, Calgary et Montréal. Cette année, des équipes

similaires arriveront en Ontario et dans la région atlantique,

selon le surintendant Ogden.

Un aspect de son travail consiste à persuader les gens

(sans égard à leurs convictions sur la marijuana) que les

installations du culture de marijuana posent problème,

particulièrement si le voisin en monte une à côté de chez

eux, nous confie le surintendant Ogden.

«Chaque année, nous effectuons un certain nombre

d’opérations d’envergure internationale. Elles ont toutes les

caractéristiques d’autres opérations du genre en matière de

drogues… Nous saisissons des armes. Nous sommes témoins

de violence. Tous les éléments y sont.»

Le nombre d’enfants habitant dans des installations de

culture de marijuana est inconnu; ils sont exposés à des

risques d’incendie, d’électrocution et d’empoisonnement au

milieu de câblage mal bricolé, de fertilisants et de pesticides,

déplore le surintendant. «En outre, ils sont exposés au

risque d’être victimes de violence. Particulièrement dans

l’Ouest canadien, nous avons constaté un grand nombre de

vols – les gens entrent dans une maison pour s’accaparer de

la récolte…»

53

RECUEIL ANNUEL DE L’ACPP

Les policiers ont également été témoins d’instances où

«ces criminels sont mal informés. Ils entrent dans la

mauvaise maison, ligotent les occupants et les terrorisent, ce

qui est directement lié aux installations de culture illicite

dans les environs.»

Si cela ne suffit pas, on n’a qu’à songer à la chute de la

valeur des propriétés – les dommages causés aux maisons de

particuliers par les exploitants d’installations coûtent

30 000 $, 40 000 $, 50 000 $ et plus, selon le surintendant.

«Le câblage n’est pas conçu pour supporter une si

grande charge d’électricité», explique Ogden. Des moisissures

surgissent à l’intérieur de la maison. Il y a sans contredit

des risques d’incendie… Lorsque vous achetez une maison,

vous présumez qu’elle n’a pas servi de serre mais si vous

vous trompez, vous aurez beaucoup de problèmes

d’ordre juridique…»

«Il en va de même si vous louez une maison (à autrui).

Même si vous la louez de bonne foi pour découvrir par la

suite qu’une organisation vous a dupé et s’en est servi

comme installation de culture de marijuana illicite, cela en

fait dégringoler la valeur très rapidement.»

L’agent immobilier Victor Kerman de Toronto affirme

que les acheteurs devraient savoir qu’une maison utilisée

pour la culture de marijuana risque de se retrouver sur le

marché au bout de quelques récoltes.

Un acheteur averti en vaut deux

Voici quelques indices permettant de repérer des

maisons utilisées comme installations de culture de

marijuana illicite, de la part de Victor Kerman des Services

immobiliers Royal LePage :

Des signes que des murs ont été érigés et démontés par la

suite. (Par exemple, il se peut qu’un mur ait été érigé à

quelques pieds en retrait de la fenêtre donnant sur la rue

pour y installer une lampe sur une table dans le but de

créer l’illusion d’un salon tout en cachant l’usage réel

de la pièce.)

Réparations au plafond ou plafond repeint, réparations

sur le toit, revêtements de sol rapiécés et de nouveaux tapis

pour dissimuler les endroits où des trous d’aération avaient

été découpés.

Humidité excessive dans la maison, y compris une

isolation saturée au grenier et des taches de condensation

sur les murs et les planchers.

Douches et baignoires modifiées à des fins d’arrosage

des plants.

Rouille sur la fournaise et les conduits ou sur les cheminées.

Odeur de produits chimiques ou de fertilisants.

Modification des conduites d’électricité, de gaz naturel

et/ou d’eau.

Traduit avec la permission du Globe and Mail


OEUVRES DE BIENFAISANCE BIENFAISANCE

DE LA

POLICE DU CN : TOURNOI DE PAINTBALL

PAINTBALL

En plein dans le mille!

Le dimanche 22 août 2004, la Police du CN était l’hôte de

son premier Tournoi de Paintball annuel au profit de la

Fondation Rêves d’enfants. Tenu sur les terrains Ultimate

Paintball de Milton (Ontario), le Tournoi réunissait 90

joueurs répartis en six équipes représentant les Services

judiciaires de la Police de Toronto, les policiers du CN, la

direction du CN, les Services intermodaux de Brampton, les

Services frontaliers d’Immigration Canada et les Services de

protection de la Tour du CN. D’autres joueurs prirent part à

l’événement dont des membres de la GRC, de la Police

régionale du Niagara, de Pêches et Océans Canada et des

Services correctionnels de l’Ontario.

Chaque équipe a joué huit parties en tout à la ronde, y

compris un match de balle rapide. Les jeux avaient pour

objectifs la capture du drapeau, la défense du château, la

capture de la ville et le dernier homme debout. Tous les

participants au Tournoi ont reçu un t-shirt, une plaquesouvenir

et une chance de gagner l’un des 40 prix tirés au sort.

Tout le monde a terminé la journée dans la bonne humeur en

dégustant un délicieux barbecue à la fin du Tournoi.

Le Tournoi a permis de recueillir 5 400 $ dont 5 000 $

fut remis par chèque à la Fondation Rêves d’enfants et 400 $

fut offert sous forme de don aux Olympiques spéciaux de

la Police du CN qui ont eu lieu le 18 septembre à Niagara

Falls (Ontario).

Sans la participation, la générosité et l’appui de tous les

joueurs, notre entreprise n’aurait pas été aussi fructueuse.

Nous tenons aussi à remercier la direction du Canadien

National et les divers services du CN qui nous ont commandités

et soutenus. Le succès de l’événement nous a incités à

projeter un autre Tournoi en 2005, prévoyant un plus grand

nombre d’équipes et de joueurs. Au nom de la Fondation

Rêves d’enfants et des Olympiques spéciaux, nous remercions

tous ceux et celles qui se sont joints à nous et nous avons hâte

de vous revoir au prochain Tournoi!

L’agent Robert Zawerbny, président

L’agent Frank Morgan, co-président

54

RECUEIL ANNUEL DE L’ACPP


POURFENDRE LES OMBRES :

le fléau de la méthamphétamine cristallisée

Créant une plus forte dépendance que le crack, la méthamphétamine cristallisée («le cristal»)

déferle comme une vague toxique dans les rues du Canada, rapporte Graeme Smith.

Par Graeme Smith – The Globe and Mail

Mike Lund devant la maison de sa mère à Régina. En détention à domicile pour trafic de méthamphétamine cristallisée, Lund doit porter un bracelet électronique de surveillance à la cheville qui

l’empêche de s’éloigner davantage. Photo : John Lehmann/The Globe and Mail

RÉGINA - - Le pistolet dans la bouche de Mike Lund était détrempé de pluie,

de salive et de larmes. Seul au milieu d’un champ près du terrain de base-ball

de Régina, le goût métallique d’un canon de Walther sur la langue éclipsait tout

le reste de ses pensées.

En cet instant suicidaire, la puissance de la méthamphétamine cristallisée

n’effleura même pas son esprit.

55

RECUEIL ANNUEL DE L’ACPP


Il pouvait à peine se souvenir de sa vie antérieure de

grossiste qui négociait des marchés à la grandeur de

l’Amérique du Nord. Il ne comprenait pas comment cette

drogue l’avait réduit à l’état de toxicomane, petit truand et

revendeur de rue.

Maintenant, sept mois plus tard, l’homme de 24 ans est

condamné à la détention à domicile et se remémore par

bribes ses deux années d’esclave du cristal : les membres du

gang qui l’ont menacé de mort; le drogué qui essaya de se

couper un orteil; l’ami en robe de chambre sur le toit qui

pourfendait les ombres en brandissant un couperet.

Monsieur Lund a décidé de raconter sa sombre histoire

au Globe and Mail dans un premier temps avant de la

répéter à quiconque veut bien écouter son cri d’alarme. Il

dit s’inquiéter d’autres personnes comme lui – des gens

ordinaires dont la vie a été démolie par l’arrivée du redoutable

cristal dans des endroits qui n’ont pas vu de

drogue aussi puissante depuis des décennies.

«En ce moment précis, deux filles du Secondaire 4

fument du cristal pour la toute première fois dans une

maison du quartier», dit-il en jetant un coup d’oeil dans sa

rue bordée d’arbres arrivés à maturité. «Ces filles sortent de

jolies maisons aux tons pastel… Elles sont entourées de

familles qui les aiment beaucoup, elles ont des frères et des

soeurs, elles conduisent de belles voitures et pourtant…

elles vont probablement se prostituer au coin de la rue pour

pouvoir fumer du cristal dans quatre mois.»

Voilà le coeur de la crainte qu’inspire la méthamphétamine

cristallisée. L’usage de cette drogue est déjà très

répandu chez les jeunes marginaux de la Colombie-

Britannique. Par contre, ce qui effraie les policiers, les

decins, les professeurs et tous les experts qui étudient les

amphétamines, c’est la façon dont la méthamphétamine

cristallisée s’est propagée à la grandeur du Canada au cours

des dernières années.

C’est une vague toxique qui déferle d’ouest en est, disent-ils.

Une dose de ces cristaux blancs coûte souvent moins cher qu’un

paquet de cigarettes mais crée une dépendance plus forte

que le crack, en plus d’être davantage susceptible d’engendrer

une psychose que toute autre drogue vendue dans la rue.

Les ravages du cristal ont déjà déferlé sur les États-Unis où

la vague est partie de la Californie avant de s’abattre sur les

petites villes du Midwest au point où le terme «méthamphétamine

cristallisée» est devenu plus courant que les termes

«marijuana» et «cocaïne» dans les tribunaux américains.

Le cristal n’a pas encore acquis cette ampleur au Canada

mais les signes émergents se ressemblent.

Jennifer Vornbrock, directrice des Services de santé du

littoral de Vancouver, a présidé des réunions d’experts en

méthamphétamines le mois dernier. Elle a appris que le

fléau qui s’est abattu sur les jeunes marginaux vancouvérois,

cause des problèmes dans les quartiers mieux nantis à la

grandeur du Canada.

«Le cristal entre dans les banlieues et les villages qui

n’ont pas l’habitude de composer avec une substance aussi

dévastatrice», affirme-t-elle.

56

RECUEIL ANNUEL DE L’ACPP

Il y a deux ans, presque personne n’avait entendu parler

de la méthamphétamine cristallisée à Régina. Mike Lund

n’avait certainement aucune idée de ce que le produit

avait l’air.

Élevé par sa mère avec son frère dans un foyer à l’aise, il

avait de bonnes notes à l’école, jouait du violon dans

l’orchestre symphonique des jeunes, prenait des leçons de

guitare classique et avait gagné des trophées de hockey, de

basket-ball et de base-ball.

À l’âge de 17 ans, le point fort de l’adolescent aux

cheveux longs se manifesta lorsqu’il accepta un emploi à

temps partiel dans une savonnerie artisanale.

Le jeune homme gravit rapidement les échelons de

vendeur à directeur. Il se coupa les cheveux et le journal

local lui consacra un article en tant qu’entrepreneur

prometteur. Chargé de lancer les savons artisanaux et

autres produits pour le bain sur les marchés de gros et

d’exportation, il négociait des contrats avec des clients de

Californie, du Nevada, de New York et de toutes les

provinces canadiennes.

Son premier contact avec le cristal eut lieu pendant

une chaude soirée de juin 2002. À la fin de sa journée

de travail à la savonnerie, il se sentait fatigué parce

qu’il venait de commencer à travailler dans un garage, un

emploi secondaire.


Un habitué de la savonnerie l’invita

à son appartement situé près de la

savonnerie. Mike n’était jamais allé

chez lui et fut impressionné lorsque

son hôte le fit monter dans une pièce

impeccablement décorée : tapis écrus,

lampes à halogène suspendues, mobilier

branché et table à café en verre.

En guise de bienvenue, son nouveau

copain prit une petite bouteille d’où il

sortit un caillou blanc, disant que cela

enrayerait la fatigue que ressentait Mike.

L’hôte pulvérisa le caillou et en

renifla la poudre à l’aide d’une

pipette de verre. «Cette substance brûle

plus que toute autre drogue. Tu as

l’impression que ton cerveau va

exploser - la douleur est à la limite du

supportable. J’était assis là, les larmes

me coulaient sur les joues et je le

regarde en me demandant pourquoi il

m’a fait prendre ça. Par contre, deux

secondes après…» Il claqua des doigts.

«En un clin d’oeil, ton cerveau

passe en cinquième vitesse et en voiture! Les mots ne

peuvent pas suivre le rythme de tes pensées, tu parles

comme un déchaîné – tu en oublies de respirer.»

Cette euphorie dura toute la nuit et une bonne partie

de la matinée. Mike ne pouvait pas dormir mais demeurait

néanmoins alerte. Il commença alors à prendre cette

drogue presque tous les jours. Dans le jargon de la rue, le

cristal «fait des monstres» et Mike Lund dit que c’est

exactement ce qu’il lui est arrivé.

«J’ai cessé d’être un être humain et je suis devenu

un monstre.»

Ce n’est pas tout le monde qui devient nécessairement

dépendant si rapidement et certains consommateurs

peuvent gérer leur état de manque. Cependant, selon la

police antidrogue, la réaction intense de Monsieur Lund à

son premier échantillon est typique.

«La méthamphétamine cristallisée n’est jamais une

drogue purement récréative», affirme Douglas Culver de la

GRC, coordonnateur national des opérations spécialisées

dans les drogues synthétiques. «Personne ne peut en

prendre qu’à l’occasion. C’est comme une maladie.»

Le dérivé n-méthyl de la méthamphétamine fonctionne

comme d’autres stimulants tels que la cocaïne, sauf que

l’euphorie peut durer entre huit et 12 heures. Certains

experts affirment que son caractère toxicomanogène

est un phénomène strictement chimique tandis que

d’autres pensent que les gens sont attirés par l’état

d’éveil maximal que la drogue permet dans une société

vivant à un rythme accéléré. Les fêtards peuvent s’amuser

toute la nuit et les laborieux peuvent travailler de

plus longues heures : camionneurs, chauffeurs de taxi,

prostitués, étudiants.

Un bracelet électronique permet de surveiller les déplacements de Lund lorsqu’il se rend travailler, assister aux séances de

réadaptation et faire ses provisions quelques heures par semaine.

57

RECUEIL ANNUEL DE L’ACPP

Photo : John Lehmann/The Globe and Mail

«Contrairement aux autres drogues, le cristal s’est

répandu dans toutes les couches de la société», explique

Caitlin Padgettt, coordonnatrice d’un groupe d’action

sociale de Vancouver qui s’occupe des consommateurs de

méthamphétamine cristallisée. «Pouvoir se passer de dormir

est très séduisant.»

Même si les statistiques nationales sont rares, le nombre

de Canadiens qui succombent à cette séduction semble

augmenter. Les données du Service d’analyse des drogues

de Santé Canada, chargé d’analyser les drogues saisies

par la police à la grandeur du pays, indiquent qu’entre

2001 et 2003, le nombre d’échantillons de cristal a

augmenté de 50 pour cent en Colombie-Britannique, de 20

pour cent en Alberta, de 108 pour cent en Ontario, de 141

pour cent au Manitoba, de 457 pour cent au Québec, et de

857 pour cent en Saskatchewan.

«On en saisit régulièrement maintenant», déclare le

caporal Kevin Lamontagne de l’escouade antidrogue de la

GRC au Manitoba.

Cette année, la GRC a réagi à cette menace croissante

en affectant 26 gendarmes à temps plein pour repérer les

laboratoires clandestins de méthamphétamine cristallisée.

Les policiers des provinces des Prairies se disent particulièrement

inquiets parce que le cristal ne coûte pas cher

et que le fertilisant servant à sa fabrication est disponible

partout, sans compter que leurs collègues américains ont

baptisé la drogue de «feu grégeois des Prairies».

Des signaux d’alarme sont déclenchés dans les petites

villes des Prairies, dont Prince Albert (Saskatchewan) où

l’on compte 140 toxicomanes dépendant du cristal en

thérapie dans une population de 40 000 habitants.


Ces chiffres demeurent néanmoins relativement bas.

L’an dernier, la police n’a pas repéré de laboratoire

clandestin de cristal en Saskatchewan. Pendant la même

période, la police de l’État du Missouri a effectué des rafles

dans 2 858 laboratoires.

Des chiffres semblables furent projetés à l’écran

pendant le Sommet sur la méthamphétamine cristallisée de

l’Ouest canadien tenu à Vancouver le mois dernier et ils

laissèrent les experts internationaux perplexes. Le nombre

de consommateurs a grimpé en flèche mais la drogue n’est

toujours pas très courante au Canada. Pourquoi cette

substance s’est-elle acquise la réputation de représenter une

menace si inquiétante?

«Le débat sur la drogue est toujours entaché d’une panique

morale quelconque», observe Cameron Duff, directeur du

Centre d’étude sur les drogues consommées par les jeunes de la

Fondation antidrogue australienne, conférencier d’honneur au

Sommet de l’Ouest. «Il se peut qu’à l’heure actuelle, le cristal

provoque particulièrement de l’anxiété et que cela amplifie le

problème qui existe réellement.»

Monsieur Duff s’interrompt et réfléchit.

«Par contre, le cristal semble engendrer de plus graves

problèmes qui surviennent plus fréquemment qu’avec toute

autre drogue», poursuit-il. «Si vous examinez tous les

problèmes liés à cette drogue, vous vous dites que vous

devriez peut-être accorder la priorité à la drogue qui

cause le plus de tort, sans trop tenir compte du nombre

de consommateurs.»

Le côté néfaste du cristal émergea plusieurs mois après

la première expérience de Monsieur Lund.

Son pourvoyeur de cristal devint son meilleur ami et ils

firent ensemble le voyage à Calgary pour acheter de la

drogue. La première fois qu’il passa des jours et des

jours sans dormir, il hallucina au volant le long de la

transcanadienne : il appliquait brusquement les freins à

130 kilomètres/heure, croyant avoir heurté les dragons,

les vieilles femmes et les enfants qu’il voyait dans son

délire. Par la suite, il perdit conscience et lorsqu’il revint à

lui, il conduisait toujours la voiture qui était engagée sur

une route de campagne sans signalisation, le réservoir

presque vide. Le moteur cessa de tourner alors qu’il

descendait au neutre une côte à l’entrée d’un village où se

trouvait un poste d’essence.

Le pourvoyeur de cristal emménagea dans la maison

de Monsieur Lund pendant l’automne et commença

à perdre l’esprit. Mike Lund le vit se lacérer la figure

avec un poinçon devant un miroir pour faire disparaître

des boutons imaginaires. Par la suite, il trouva des

bandes vidéo dans lesquelles le pourvoyeur se servait de

drogues pour violer des femmes dans le lit de Mike Lund.

Il détruisit les bandes, chassa le coloc et devint pourvoyeur

lui-même.

«J’avais rencontré tous ses contacts et je lui ai dit qu’il

avait fait son temps.»

La popularité du cristal repose sur son prix abordable.

Monsieur Lund le vendait à environ 140 $ le gramme, soit

14 $ la dose. Le désespoir faisait parfois monter les

58

RECUEIL ANNUEL DE L’ACPP

enchères : il vendit 2 grammes en échange d’un Nissan

1982 rouillé et un autre toxicomane lui remit une Chevrolet

1980 contre 1,5 gramme mais normalement, cette drogue

est bon marché. Des études démontrent qu’ailleurs

au Canada, la valeur marchande peut descendre jusqu’à 4 $

ou 5 $ la dose.

Plus l’offre dépasse la demande, plus les prix baissent.

Les amateurs fabriquent la drogue à partir de recettes sur

l’Internet, armés d’ingrédients achetés à la pharmacie et à

la quincaillerie du quartier —- et d’une bonne dose de

courage pour mélanger ces produits chimiques volatils.

Les chiffres de la GRC indiquent que le nombre de

laboratoires clandestins fabriquant de la méthamphétamine

et repérés par la police au Canada, est passé

de moins de 10 en 1998 à 39 l’an dernier. Les rafles

américaines pendant la même période étaient beaucoup

plus impressionnantes : passant de 1 627 laboratoires à

9 763 l’an dernier. Le nombre même de ces opérations aux

États-Unis a forcé plusieurs juridictions à adopter des lois

exigeant la décontamination des maisons avant qu’elles ne

soient de nouveau habitables.

Dan Hannan est l’un de ces techniciens de la décontamination

assurée du Minnesota qui revêtent une

combinaison de protection et un masque respiratoire

avant d’aller nettoyer les mares de solvants. Selon Hannan,

la fabrique de cristal typique est un taudis infesté

de coquerelles où déborde la litière souillée mais il

affirme que ses équipes ont aussi été appelées dans des

motels, des roulottes, des bécosses, des abris dans les

arbres, voire dans une cabane de pêche sur glace!

Il est compréhensible que Monsieur Lund ne parle pas

de l’organisation criminelle qui lui fournissait ses drogues.

Toutefois, il éclate de rire lorsqu’on lui pose des questions

sur son T-shirt arborant un logo Big Red Machine, marque

de commerce des Hells Angels. Il dit vouloir faire imprimer

quelque chose dans le dos, dit-il, du genre «J’ai gâché ma

vie pour une organisation criminelle et tout ce que j’en ai

retiré, c’est un maudit T-shirt.»

En fait, «gâchis» est tout un euphémisme pour décrire la

carrière de pourvoyeur de drogue de Monsieur Lund. Il fut

témoin d’une scène ahurissante : un homme offrit de se

couper le petit orteil avec un couteau à pain pour régler

une dette; il n’y arriva qu’à moitié à cause des tendons

résistants et quelqu’un d’autre dut terminer l’ablation.

Monsieur Lund maintient qu’il n’a jamais été si cruel. Il

demeure fier de ne jamais avoir fait consommer quiconque

pour la première fois, même s’il rigole en se qualifiant

lui-même de «Mère Teresa de l’univers du cristal».

Il raconte être entré chez un toxicomane en proie à une

crise psychotique en train de démolir des téléphones. Le

forcené se rua à l’extérieur et se mit à couper les câbles de

l’auto de Monsieur Lund, lui expliquant qu’il y avait des

dispositifs d’écoute partout. Monsieur Lund se rendit à la

pharmacie, acheta des somnifères et les glissa dans le verre

du drogué avant d’aider sa conjointe à le mettre au lit.

Peu après cet incident, il rendit visite à un autre ami

qu’il retrouva en robe de chambre sur le toit; il brandissait


un couperet en criant qu’il avait coincé «le peuple des

ombres». Monsieur Lund le persuada de descendre.

Ses relations avec ses fournisseurs n’étaient pas si faciles,

particulièrement lorsque le cristal les avait rendus

paranoïaques. L’un d’eux avait secrètement caché 14 000 $

dans une conduite d’aération du sous-sol de la maison louée

de Monsieur Lund; il oublia ce qu’il avait fait et vola la

voiture de Monsieur Lund sous prétexte que ce dernier

avait volé l’argent.

Un autre fournisseur lui braqua un pistolet sur la tempe

pendant une dispute lors d’une transaction de drogue; c’est à

cette époque que Monsieur Lund commença à porter une

arme sur lui. Il vendait toujours des produits parfumés pour le

bain mais sa dépendance colorait tous les aspects de sa vie.

Un jour de mars, deux hommes de main stationnèrent

leur fourgonnette devant la savonnerie et firent hurler les

haut-parleurs si fort que les vitrines en tremblèrent. L’un

d’eux somma Monsieur Lund de rembourser une dette de

drogue, le bouscula, proféra des menaces de mort et vola

des produits de beauté.

Monsieur Lund prit la menace au sérieux. «À un

moment donné dans mon parcours, j’avais dû écoeurer

quelqu’un. J’ai donc quitté mon magasin et je ne suis jamais

revenu.»

Sans dire au revoir à personne, il commença à camper

dans le sous-sol d’une maison dont la mère de sa copine

était propriétaire. Sa famille le porta disparu et il vit sa

propre photo aux nouvelles du soir mais il avait trop peur

pour rentrer chez lui.

Les choses empirèrent. Sa copine le trompa, il

commença à blanchir de l’argent et au bout du compte, la

police l’intercepta alors qu’il avait des drogues, de la fausse

monnaie et un fusil à canon tronçonné dans sa voiture.

Peu après avoir été relâché de détention provisoire, il se

retrouva debout dans un parc par une journée pluvieuse

après avoir passé quatre jours d’insomnie sous l’effet du

cristal; il caressait un pistolet à canon très court qu’il s’était

procuré contre de la drogue d’une valeur de 10 $. Il était

méconnaissable, l’entrepreneur soigné était transformé en

marginal endurci avec calotte de cuir, poignets cloutés,

bracelet de balles et tout le tremblement. Et il se demandait

s’il sentirait la balle qui lui pénétrerait le palais.

«J’ai tout bonnement capoté», dit-il.

La liste des effets de l’usage prolongé du cristal est longue

et elle n’est pas jolie, comme c’est le cas pour la plupart des

stupéfiants. La particularité du cristal, selon les chercheurs,

c’est qu’il entraîne si souvent l’aliénation mentale. Les

consommateurs deviennent violents et paranoïaques. Ils ont

tendance à ne pas dormir pendant des jours et se gavent de

cristal, ce qui risque de provoquer une psychose.

Selon Richard Rawson, psychologue de l’Université de la

Californie qui a étudié la toxicomanie pendant 30 ans, les

chercheurs ne comprennent pas encore toutes les raisons

de ce phénomène.

«Les gens qui prennent du cristal deviennent fous à une

fréquence qu’on ne constate pas chez les consommateurs

de toutes les autres drogues», tranche-t-il.

59

RECUEIL ANNUEL DE L’ACPP

Au bord du gouffre, Monsieur Lund recula. Il lança le

pistolet dans un ruisseau et resta couché pendant deux

jours. C’était le moment le plus dangereux de sa lutte

contre le cristal, même si cela allait lui prendre des mois

à se défaire de son emprise. Il fut arrêté de nouveau en

juin, relâché sur cautionnement, puis arrêté une troisième

fois en septembre. Cette fois, il ne fut pas remis en liberté et

passa un mois au centre de détention provisoire.

Il pleurera pendant des jours et des jours, vivant sans

drogue pour la première fois depuis deux ans.

Les symptômes de sevrage n’étaient pas aussi pénibles

que la prise de conscience de ce qui lui était arrivé, affirme

Monsieur Lund.

«Quand je suis allé en prison, j’ai touché le fond de

l’abîme mais après une période de sobriété, j’ai compris que

j’avais besoin d’aide

Monsieur Lund plaida coupable pendant le premier

procès pour trafic de méthamphétamine cristallisée de

Régina, assorti d’accusations liées à la possession illégale

d’armes et à l’usage de fausse monnaie. Le juge lui

imposa une peine de détention à domicile de 18 mois, ses

mouvements contrôlés par un bracelet électronique.

Lorsqu’il rentra à la maison, sa mère Wendy Winter,

51 ans, lui montra un cahier d’aquarelles qu’elle avait

dessinées pour exprimer la frustration qu’elle ressentait à

cause de sa toxicomanie : il s’agissait de lettres de l’alphabet

stylisées avec inscriptions telles que «S» comme dans

«soupir» et «souci».

Madame Winter se fait toujours du souci pour son fils.

«Je ne peux pas dire que je suis absolument certaine qu’il

soit sorti du bois», nous confie-t-elle.

Lorsqu’on lui demande s’il a encore envie de renifler

du cristal, Monsieur Lund aspire profondément la fumée de

sa cigarette et l’éteint avant d’exhaler. Ses yeux bleus

nous fixent derrière une épaisse bouffée et il répond

sourdement : «Tous les jours. Tous les jours.»

Cependant, il veut refaire sa vie. Il passe la plupart de ses

journées à la savonnerie où il a repris son travail; plusieurs

soirs par semaine, il se rend aux réunions des Narcotiques

Anonymes. Il a recommencé à jouer de la guitare et il est

sobre depuis plus de deux mois.

Combien d’autres Canadiens ont été transformés de la

sorte? Certains experts prétendent que le cristal n’est pas

plus nocif que l’héroïne et la cocaïne qui ont envahi le pays

au cours des dernières décennies. D’autres sont d’avis que

le cristal va faire rage à la grandeur du Canada comme

aucune autre drogue auparavant.

Monsieur Lund soutient que nous n’avons pas le temps

de débattre de la question.

«Il faut que ça cesse», conclut-il. «On crée des monstres

à une telle vitesse qu’il est impossible de contenir ce feu. Si

vous tentez de le contenir, il vous explosera en plein visage.

Il faut l’éteindre dès maintenant.»

© 2004 Bell Globemedia Publishing Inc. Tous droits réservés.


Les réalisations de ces

coeurs vaillants

qui ont le courage de

leurs convictions

Plus de dix années se sont écoulées depuis qu’André K. Malouf a établi le Fonds humanitaire de

l’Association des policières et policiers provinciaux du Québec dans le but de recueillir des sommes

d’argent pour venir en aide aux oeuvres de bienfaisance d’associations humanitaires parrainées par

les membres de la Sûreté du Québec.

Au fil des ans, près de trois quarts de million de dollars ont été distribués dans toutes les régions du

Québec par le truchement d’événements aussi variés que des tournois de golf, des marathons, des

duathlons et des fêtes d’enfants à Noël.

En plus de s’impliquer dans l’organisation des événements, nos membres contribuent d’abord au

Fonds grâce aux déductions automatiques de leur chèque de paye qu’ils ont préalablement

autorisées. Le Fonds a également recours à d’autres importantes sources de financement, dont nos

revenus publicitaires et les contributions de nombreux commanditaires.

Plus de 5 125 policiers et policières sont à l’oeuvre dans tous les coins du Québec et leur implication

donne de la visibilité à l’APPQ en raison de leur participation dans la vie communautaire de la

population québécoise.

Il me fait donc grand plaisir de signaler certaines réalisations soutenues par notre Fonds humanitaire.

Les policiers et policières de la Sûreté du Québec travaillent avec créativité et dévouement en étroit

contact avec le public et leurs actes contribuent à rendre plus équitable la société dont ils et elles font

partie.

Un grand merci à nos partenaires! Un grand merci à nos membres!

Jean-Guy Dagenais

Président

ASSOCIATION DES POLICIÈRES ET

POLICIERS PROVINCIAUX DU QUÉBEC

60

RECUEIL ANNUEL DE L’ACPP

Jean-Guy Dagenais


L’AGENT SHREK

À LA RESCOUSSE

By DAWN WALTON – The Globe and Mail

CALGARY - C’était assez pour donner la trouille à

n’importe quel voyou en fuite.

Il était pourchassé par un homme à taille de géant, la

figure et la tête chauve teintes en vert qui lui criait à tue-tête :

«Police! Arrêtez!»

C’était l’agent Mark Smallbones de la Police régionale de

Lethbridge (Alberta) qui reprenait du service en se rendant à

une fête de l’Halloween, déguisé en sosie de Shrek, le gentil

monstre des dessins animés.

L’agent Smallbones, 30 ans, était en congé et lorsqu’il

s’arrêta en compagnie de trois collègues devant un magasin

d’alcool de sa ville du sud de l’Alberta, il eut l’impression que

quelque chose ne tournait pas rond. Il vit deux jeunes

hommes rôder autour du magasin avant d’entrer, puis les vit

sortir à la course avec chacun deux bouteilles en main.

L’agent Smallbones bondit hors de sa voiture et lança ses 6

pieds 4, 260 livres dans le feu de l’action.

Les deux suspects s’enfuirent chacun de leur bord. Un

ami de l’agent Smallbones se mit à la poursuite de l’un d’eux

tandis que Smallbones, vêtu d’un pantalon et d’un gilet d’au

moins deux tailles trop petits, s’occupait de l’autre. Ce dernier

échappa ses bouteilles en apercevant le drôle de colosse qui le

poursuivait. À quelques rues du magasin, l’agent Smallbones

allongea le bras pour mettre la main au collet du suspect mais

son gilet étriqué gêna son mouvement.

«Je ne pouvais pas me bouger les bras comme je le voulais

mais je suis quand même parvenu à attraper son blouson… et

le capuchon me resta dans les mains», raconte-t-il.

Le suspect changea d’avis et revint sur les lieux de

son larcin.

C’est là, près du magasin, que l’agent Smallbones le

somma de nouveau : «Police! Arrêtez!» mais cette fois sans

essayer d’imiter l’accent écossais de Shrek.

Ses deux autres collègues en congé (dont l’une était la

femme policière de l’agent Smallbones) mirent son suspect

en état d’arrestation. L’autre réussit à leur échapper.

«Après coup, j’essayais d’imiter des répliques de Shrek à la

blague mais je ne maîtrise pas l’accent», rigole Smallbones.

Malgré tout, ses collègues sont d’avis que l’agent

Smallbones incarne parfaitement la sensibilité du gentil

monstre et qu’il a la stature idéale – c’est pourquoi ils lui

avaient donné le sobriquet de Shrek après la sortie du premier

film en 2001. (À propos, la vidéo de Shrek 2 est disponible à

compter d’aujourd’hui.)

«Un des gars dit qu’au fond, je suis un ogre très gentil

jusqu’à ce que je me fâche», dit l’agent Smallbones.

61

RECUEIL ANNUEL DE L’ACPP

Mark Smallbones

Il avait tout oublié de son héroïque exploit et se rendit

fêter l’Halloween où il en avait une bonne à raconter.

«Pour ma part, je ne faisais que mon travail et tout autre

policier aurait fait la même chose», ajoute-t-il.

«Ça fait tout simplement partie de ta vie quand tu fais ça

jour après jour. Quand tu vois qu’il se passe quelque chose

d’anormal, c’est difficile de rester passif en attendant la suite

sans intervenir.»

Un jeune homme de 20 ans de Lethbridge a été inculpé

sous un chef d’accusation de vol de moins de 5 000 $. Au

moment de son arrestation, le policier en service lui a

demandé ce qu’il avait pensé.

«Je jette un coup d’oeil derrière moi et j’aperçois cet

énorme Shrek à ma poursuite», avait-il dit au policier. «J’ai eu

peur et je me suis sauvé.»

La morale de cette histoire? Oubliez tout ce que vous savez

des demoiselles en détresse et de leurs princes charmants qui

vécurent heureux et eurent de nombreux enfants.

Au lieu de cela, une image de jeu-vidéo intitulée

L’arrestation montrant Shrek qui écrase un truand, circule

par courriel dans le milieu policier des environs de

Lethbridge.

C’est un hommage à un agent de police de la région qui

est devenu agent clandestin contre son gré mais qui a prouvé

que la vie imite vraiment l’art.


L’ARRIÈRE-COUR DE BAGDAD

Presque un an après le départ d’Aristide, Haïti demeure un cauchemar pour les gardiens de la paix de l’ONU,

un Irak en miniature voisin de l’Amérique du Nord. Sans le sou, les gens sont affamés et les barons de gangs

coupe-gorge règnent en maîtres dès la tombée de la nuit mais 100 volontaires issus de corps policiers de

partout au Canada sont néanmoins déterminés à faire la différence. Ont-ils la moindre chance de réussir? Pour

le savoir, MARINA JIMÉNEZ les accompagne dans les bidonvilles de Port-au-Prince.

Par Marina Jiménez, The Globe and Mail

Un soleil de plomb écrase les protestataires le long de

la jetée et dégage les odeurs nauséabondes des égouts

à ciel ouvert et des étals de fruits pourris. Ils se sont

rassemblés sur le quai du bidonville le plus infâme d’Haïti

pour exprimer leur colère, entourés de mendiants

et de chèvres, surveillés par les membres de gangs tapis

dans l’ombre.

«Notre hôpital est fermé, nos écoles sont fermées…

mais les bandits et les chefs de gangs ont la voie libre»,

s’écrie un protestataire.

Verona, une vendeuse ambulante de 50 ans qui en fait

70, est assise sous un parapluie noir délavé, essayant de

vendre les féveroles qu’elle transporte dans un panier de

paille. Elle se plaint que toute la violence dans le quartier

éloigne ses clients.

Presque un an après la déposition et l’exil forcé de

l’ancien président Jean-Bertrand Aristide, peu de choses se

sont améliorées dans le quartier le plus pauvre du pays le

plus pauvre des Amériques.

Le gouvernement intérimaire appuyé par les États-Unis

qui a assumé le pouvoir en mars dernier, n’a pas réussi

à donner du travail aux résidants ni à assurer leur

sécurité dans ce bidonville, pas plus

qu’au reste des 8,4 millions d’Haïtiens

qui vivent dans le dénuement. Les

«chimères», ces gangs qui font la

loi dans la Cité Soleil et d’autres

bidonvilles, demeurent férocement

fidèles à Monsieur Aristide, le prêtre

charismatique qui a étudié la théologie

à l’Université de Montréal avant

de devenir le premier président

démocratiquement élu d’Haïti en 1990.

Le premier mandat du soi-disant

sauveur des pauvres fut interrompu

par un coup d’État militaire; Aristide

maintient toujours que son deuxième

mandat a pris brusquement fin le

29 février dernier, non à cause de la

rébellion des hommes de main et des

anciens soldats, mais parce que les

62

RECUEIL ANNUEL DE L’ACPP

États-Unis l’ont forcé à s’exiler. De leur côté, ses ennemis

maintiennent que son gouvernement méritait de tomber

parce qu’il était corrompu et qu’il avait engagé ses propres

hommes de main.

Quoi qu’il en soit, une chose est certaine : l’année qui

vient de s’écouler a été marquée par un autre cycle

de sanglantes représailles dans un pays qui n’a connu

qu’oppression et violence presque sans répit tout au long

de son histoire. En effet, depuis qu’Haïti a accédé au statut

de première république noire du monde, il y a 201 ans,

le pays a connu plus de 20 constitutions, 30 coups d’État

militaires et une série de dictateurs dont le plus notoire fut

François («Papa Doc») Duvalier.

De nos jours, la police locale a trop peur d’entrer

dans les bidonvilles de Port-au-Prince. Alors, la foule

déverse son venin contre les agents du maintien de la

paix dont les premiers sont arrivés en juin dernier,

membres de la deuxième mission du genre envoyée par les

Nations-Unies en dix ans.

Pressé de toutes parts par les protestataires en colère,

Pierre Brien, un policier montréalais affable de 46 ans,

essaie de les contenir. «Aidez-nous! Nous avons besoin de

Un policier de Québec s’entretient avec un résident.

Photo : Emilio Moscia


manger et de travailler!», lui lance un jeune homme

pendant qu’une femme enceinte lui montre son ventre en

criant et que les enfants commencent à pleurer.

«Doucement, doucement», répond Brien, s’essuyant le

front et grimaçant sous l’effet de la chaleur. Il sait qu’à

tout moment, les choses pourraient mal tourner et que les

membres de gangs essaient de provoquer la foule. Au

cours des trois derniers mois, plus de 200 personnes ont

été tuées, dont 15 policiers haïtiens; les gangs en ont

décapité quelques-uns pendant la sinistre campagne

baptisée «Opération Bagdad», une allusion à la situation

en Irak qui n’est pas entièrement déplacée.

«Vous autres, les Canadiens, les Français et les

Américains… vous avez envoyé Monsieur Aristide en exil»,

accuse un adolescent du nom de Jean Junior. «Qu’est-ce

que vous faites pour nous?»

«Nous sommes ici uniquement pour aider les

Haïtiens», insiste le policier Brien mais sa réponse se noie

dans le bruit de la foule.

Les 100 policiers canadiens participant à la Mission de

stabilisation des 41 nations des Nations-Unies (MINUS-

TAH) comprenant 7 400 membres, ne se sont jamais

attendus à ce que leur affectation en Haïti soit facile.

Des vétérans ayant participé à des missions de formation

de policiers, ils ont travaillé partout au monde, de

l’ancienne Yougoslavie au Timor oriental. À l’heure

actuelle, des recrues de police irakiennes suivent une

formation dispensée par des Canadiens dans la sécurité

relative du Jordan, pays voisin de l’Irak.

Par contre, en Haïti, ils sont en poste sur la ligne de

front d’une guerre des ombres livrée par les partisans

d’Aristide; certains prétendent que ce dernier finance

cette guerre et qu’il la dirige depuis son exil en Afrique du

Sud.

Nombre des policiers canadiens actuellement en poste

avaient fait partie de la force onusienne déployée après la

fin prématurée du premier mandat de Monsieur Aristide.

«C’est réellement un sentiment de déjà vu. Je me souviens

de ce que nous avons vu et de ce que nous avons fait lors

de notre première mission comme si c’était hier», affirme

Daniel Moskolok, un membre de la GRC de la Colombie-

Britannique. «Vous vous rendez compte qu’un coup du

destin vous a fait naître au Canada et les a fait naître ici.»

De nombreux policiers se portent volontaires à

plusieurs reprises pour ces missions de six mois, attirés par

la situation dramatique, l’importance des enjeux et

l’ultime récompense d’aider une nation à se reconstruire.

Cependant, même les vétérans sont surpris du degré de

violence criminelle qui a cours aujourd’hui.

Le mois dernier, dans le but d’établir un poste de

commandement dans la Cité Soleil, des unités tactiques

jordaniennes lancèrent une attaque-surprise en véhicules

militaires blindés contre le chef de gang pro-Aristide,

63

RECUEIL ANNUEL DE L’ACPP

Dread Wilme. Aujourd’hui, ce poste, une bâtisse délabrée

du port donnant sur les eaux turquoise de la baie de

Port-au-Prince, est sous garde militaire 24 heures par jour

derrière une barricade de sacs de sable et de fil barbelé.

Malgré tout ce dispositif, il y a des jours où Monsieur

Brien ne peut s’y rendre. C’est pourquoi il reste là

aux abords du bidonville, attendant des renforts. Un

cercle de pneus en feu bloque l’accès et la rumeur veut

qu’une autre manifestation bruyante se mette en branle.

«C’est trop dangereux pour y aller tout seul», explique

Brien. «On a signalé des tireurs sur les toits. Il nous faut

des renforts militaires.»

Au bout d’un certain temps, 10 transporteurs blindés

de troupes arrivent avec des soldats brésiliens et des unités

tactiques chinoises et jordaniennes à bord, prêts à tirer.

Leur mission est d’aller au secours d’un groupe de

religieuses de Saint-Vincent-de-Paul qui dirigent une école

de la Cité Soleil. La veille, un gang a assailli l’école et s’est

emparé de ses ordinateurs, terrorisant les religieuses,

avant de prendre des femmes et des enfants en otage

et de s’en servir comme boucliers en ouvrant le feu

à la mitraillette contre les sentinelles jordaniennes de

l’avant-poste de police.

Et pourtant, en ce moment kafkaïen où les soldats font

passer les religieuses en lieu sûr, des résidants s’insurgent,

accusant les casques bleus de kidnapper les bonnes soeurs.

«Ce sont encore ces étrangers qui nous enlèvent nos

religieuses… comme ils ont kidnappé Aristide! Si elles

partent, qui enseignera à nos enfants?»

Exaspéré, Monsieur Brien secoue la tête et lève les

yeux au ciel en essayant vainement d’expliquer ce qui se

passe vraiment.

«C’est évident que les gens sont manipulés par les

gangs… et par Aristide lui-même», affirme-t-il par la suite.

«Il y a tellement d’ambiguïté ici que c’est parfois difficile

de séparer le bon grain de l’ivraie.»

Officiellement, les policiers canadiens ne sont pas

censés intervenir dans les émeutes. Leur véritable fonction

est de refaire la formation de la Police nationale haïtienne

(initialement formée par les Canadiens dans les années

90) qui a fort mauvaise réputation.

Il reste peu de traces de cette formation initiale de

8 000 policiers. Moins de 3 000 d’entre eux demeurent en

uniforme. Au cours de l’an dernier, plus de 500 ont été

congédiés pour trafic de drogues et d’armes illégales;

quant aux effectifs actuellement en place, ils ont été

accusés de se livrer à la vengeance en arrêtant les partisans

d’Aristide sans mandats d’arrestation. Par conséquent,

tout ce qui reste du poste de police de la Cité Soleil, ce

sont des murs de béton calciné et deux bâtisses perforées

de trous de balles.

«Dans un certain sens, nous repartons à zéro», constate

le gendarme Moskolok.


Les gardiens de la paix marchent

donc sur la corde raide, ne voulant

pas être engloutis dans ce climat

de peur et de trahison. Ils savent

qu’ils ne peuvent espérer gagner la

loyauté des pauvres et encore

moins des gangs qui les terrorisent,

jusqu’à ce que l’aide économique

internationale de 1,3 milliards

de dollars américains qui a été

promise l’été dernier commence à

être acheminée en Haïti.

On craint aussi que le reste du

monde, préoccupé par les secours à

apporter aux victimes du tsunami,

ne se désintéresse du sort d’Haïti :

«Plus de 200 000 morts… il est

impossible que Haïti se mesure à ce

désastre», admet un cadre supérieur

des Nations-Unies. «Le développement

international fonctionne ainsi

dans la réalité. Si les Haïtiens avaient eu plus d’astuce

politique, ils auraient pu profiter du moment où leur

gouvernement est tombé, il y a six mois.»

Malgré tout, les chefs de mission espèrent également

tirer des leçons de leurs erreurs passées. Selon plusieurs

analystes, la première force opérationnelle a été retirée

prématurément. La démocratie naissante n’était pas assez

stable et les policiers n’avaient pas reçu la formation

qui s’imposait.

«L’ONU a déjà essuyé un échec ici», affirme le

colonel Barry MacLeod, commandant de la force opérationnelle

militaire canadienne et chef d’état-major

de la mission. «Les gens redoutent que nous partions de

nouveau et que les gangs reprennent le dessus une fois

de plus», poursuit-il.

«Par conséquent, ils accorderont leur fidélité à

n’importe qui, pourvu qu’il leur assure une sécurité

durable. Si nous ne réussissons pas à effectuer des

changements, notre présence sera une entrave et non

un avantage.»

Il y a d’autres problèmes. Le renouvellement du

mandat de l’opération en cours, est prévu en juin mais

puisque 41 pays y participent, dont plusieurs sont des pays

en voie de développement, la mission a été qualifiée de

«Plan B des casques bleus du Club Med».

En outre, le démarrage a traîné en longueur et la

majorité des officiers ne se sont pas déployés avant la

fin de l’année. Même aujourd’hui, alors que tous les

effectifs sont à pied d’oeuvre, le général brésilien qui les

commande a été critiqué pour ne pas être intervenu de

façon plus musclée pour faire cesser les batailles entre

gangs rivaux.

64

RECUEIL ANNUEL DE L’ACPP

Un policier jordanien muni de son arme automatique.

Photo : Emilio Moscia

Les chefs de mission doivent également combler les

écarts entre diverses cultures militaires. En 1994, les

Américains dominaient mais cette année, il n’y a que

quatre officiers américains parmi les participants dont

certains sont issus de cultures aussi disparates que le

Nigéria et le Togo. La force policière en soi est composée

de membres de 34 pays, dont le Pakistan, le Guatemala, El

Salvador et la Sierra Leone qui ne sont pas exactement des

endroits renommés pour leurs principes démocratiques en

matière d’intervention policière.

Selon un policier haïtien, les Brésiliens sont peut-être

trop laxistes mais les Jordaniens sont tellement prêts à

tirer sur tout ce qui bouge que même les barons des gangs

en ont peur.

«Ce serait mieux s’il y avait plus de Canadiens», déclare

Léon Charles, le chef de police haïtien. «La mission

compte trop de cultures différentes, ce qui nous

complique la tâche. Idéalement, nous voulons que la

police locale patrouille avec la police de l’ONU mais cela

n’est pas encore arrivé.»

«C’est difficile pour la police haïtienne d’acquérir la

confiance de la population et nous essayons toujours de

nous débarrasser de nos policiers corrompus», conclut-il.

Les Canadiens sont prisés parce qu’ils peuvent parler

français et créole et qu’ils offrent des services policiers de

proximité en effectuant des patrouilles pédestres et en

créant des projets de bonnes oeuvres.

Ces méthodes ne se sont jamais avérées plus

fructueuses qu’à Bel Air, un bidonville situé près du

Palais national.

Les activités de la mission se poursuivent depuis plus

de deux mois à Bel Air et le contraste avec la Cité Soleil est


frappant. Les soldats brésiliens et les transporteurs

de troupes blindés étant postés 24 heures par jour autour

de l’église de Notre-Dame-du-Perpétuel-Secours, située

en un endroit stratégique de la Place du marché, les

Canadiens peuvent patrouiller le quartier à pied – et

personne n’est plus doué pour cette tâche que Jean-

François Vézina.

Lorsque le policier de Québec âgé de 32 ans passe dans

leur rue, les gens l’interpellent en criant «Vin Diesel, Vin

Diesel» du nom de la vedette musclée de films d’action

d’Hollywood qui est également chauve. «Bonne année!

Comment ça va?», répond-il.

Un homme ivre le suit pendant quelques minutes et se

faisant donner une bouteille d’eau, il part à toute vitesse avant

que l’agent Vézina n’arrive chez Philippe, un vieillard de 82

ans qui sort de sa cabane d’une pièce pour l’accueillir avec un

grand sourire. «Où étiez-vous passé?», lui demande-t-il,

ajoutant plus tard qu’il apprécie la présence des policiers

parce qu’il croit que Bel Air est un endroit plus tranquille

depuis qu’ils sont arrivés dans le quartier.

Un jeune danseur de salsa vêtu d’un jean et d’un maillot

serré entraîne l’agent Vézina dans un coin, impatient de lui

faire part des nouveaux renseignements qu’il a appris au sujet

des gangs qui contrôlent son quartier.

«Je sais où les gangs

se rencontrent. Il y a cinq

endroits», commence-t-il. «En

ce moment, les chimères sont

partout autour de nous.»

Il risque sa vie en parlant

ouvertement à l’agent Vézina

mais dit qu’il s’en fout maintenant.

«Je suis si écoeuré des

gangs qui nous terrorisent. Je

suis obligé de me battre non

seulement pour mon quartier

mais pour mon pays.»

L’agent Vézina griffonne

son numéro de cellulaire

et le donne au danseur, l’encourageant

à lui téléphoner

n’importe quand. C’est grâce

à ces petites rencontres que Vézina espère gagner la confiance

des Haïtiens.

Il est persuadé que sa présence a déjà empêché des

femmes de se faire tuer, agresser, violenter. «Je sais que je

peux créer quelque chose de positif dans la rue.»

Malgré toute cette bonne volonté, il est parfois difficile

de voir un seul signe de véritable progrès.

Il y a quelques semaines, Pierre Brien se trouvait à

Petionville, une enclave bien nantie située sur le versant de

la colline qui surplombe Port-au-Prince, lorsqu’il ramassa

un garçon du nom de Kenderson évanoui d’inanition au

milieu de la rue. Brien et son collègue lui achetèrent une

boisson à l’orange et une tablette de chocolat avant de le

conduire à l’orphelinat.

«Au bout de trois jours, l’orphelinat avait retracé la

famille du gamin », raconte Pierre Brien. «C’était une

famille de dix enfants et Kenderson ne voulait vraiment

pas rentrer chez lui.»

«Cependant, l’orphelinat ne pouvait l’accepter parce

qu’il y a déjà trop d’enfants. Même si nous avions 10

millions, nous ne pourrions pas aider tous les enfants que

nous voyons mendier dans les rues.»

Dans la meilleure tradition des services policiers de

proximité, les Canadiens font contre mauvaise fortune bon

coeur et déploient de sérieux efforts. Plusieurs d’entre eux

montent parallèlement des projets d’entraide, apportant

des vêtements et des jouets de dons ramassés au Canada.

Un policier a même convaincu Pfizer Canada de faire le

don de médicaments d’une valeur de 18 000 $ qu’il a remis

à un hôpital pour enfants.

En outre, les policiers canadiens ont conjugué

leurs efforts pour aider un orphelinat dans les collines,

organisant des corvées d’une vingtaine de policiers pour

réparer des toilettes, tondre l’herbe et achever de poser un

toit sur un nouveau dortoir.

Un homme ivre le suit pendant quelques minutes

et se faisant donner une bouteille d’eau, il part à

toute vitesse avant que l’agent Vézina n’arrive chez

Philippe, un vieillard de 82 ans qui sort de sa cabane

d’une pièce pour l’accueillir avec un grand sourire.

«Où étiez-vous passé?», lui demande-t-il, ajoutant

plus tard qu’il apprécie la présence des policiers parce

qu’il croit que Bel Air est un endroit plus tranquille

depuis qu’ils sont arrivés dans le quartier.

65

RECUEIL ANNUEL DE L’ACPP

Monsieur Vézina espère que toutes ces bonnes oeuvres

compteront et qu’un jour, les sentiments des pauvres de la

Cité Soleil seront plus favorables aux Blancs en uniforme et

qu’ils changeront de camp, délaissant les chimères ombrageux

et impitoyables parce que cette fois, les Blancs sont disposés à

mettre le temps qu’il faudra pour gagner leur confiance.

La journaliste Marina Jiménez du Globe and Mail est de retour en

Haïti, 10 mois après avoir couvert les répercussions de la chute de

Monsieur Aristide.

Traduit avec la permission du Globe and Mail.


INTRODUCTION

En tant que porte-parole national du personnel policier

canadien sur le terrain, l’Association canadienne de la police

professionnelle milite pour obtenir des changements aux lois

du Canada qui ont une incidence non seulement sur nos

membres mais sur les citoyens que vous avez fait serment de

servir. Nous militons en votre nom en employant plusieurs

moyens dont les suivants :

• Des rencontres en tête à tête avec les députés et les sénateurs. Au

cours de la dernière année, nous avons rencontré le Premier

ministre Paul Martin; la vice-première ministre et ministre de la

Sécurité publique et de la Protection civile, Anne McLellan; le

ministre de la Justice, Irwin Cotler; le chef suppléant du Parti

conservateur, Peter MacKay; et le porte-parole du Bloc Québécois

en matière de justice, Serge Ménard.

• Des témoignages devant les comités parlementaires permanents

de la Chambre des communes et du Sénat.

• Des rencontres avec de hauts fonctionnaires et des conseillers en

matière de politiques.

• Le Jour de lobbying annuel de l’ACPP.

• La participation à des comités d’intéressés et à des consultations

gouvernementales.

• La collaboration et les partenariats avec d’autres organisations

vouées à la sécurité publique, dont l’Association canadienne des

commissions de police, l’Association canadienne des chefs de

police, les Mères contre l’alcool au volant, le syndicat Customs

Excise Union Douanes Accise (CEUDA) et le Syndicat des

agents correctionnels du Canada.

Notre programme politique est déterminé par les délégués

qui vous représentent à l’Assemblée générale annuelle de

l’ACPP, à partir de recommandations formulées par le Conseil

d’administration de l’ACPP. Les cinq priorités d’intervention

suivantes ont ainsi été désignées lors de l’AGA 2004, tenue en

août à Saint-Jean (Nouveau-Brunswick) :

• Stratégie antidrogue du Canada

• Déclaration des droits des policiers et policières

• Systèmes des services correctionnels et des libérations

conditionnelles du Canada

• Accumulation des pensions

• Services policiers contractuels de la GRC

Le Jour de lobbying 2005 de l’ACPP a été fixé au mardi

5 avril et aura lieu à Ottawa. Le Jour de lobbying de l’ACPP

66

RECUEIL ANNUEL DE L’ACPP

donne aux parlementaires l’occasion d’entendre de

vive voix le point de vue du personnel policier sur le

terrain, relativement aux questions retenues dans notre

programme politique. Plus de 140 rencontres auront

lieu ce jour-là sur la Colline du Parlement entre les

délégués de l’ACPP et les députés et sénateurs de leurs

circonscriptions respectives.

Dans les pages qui suivent, nous vous faisons part des

notes de breffage dont nos délégués se serviront lors de

leurs rencontres avec les parlementaires.

Advenant que des élections soient déclenchées et que

notre Jour de lobbying soit reporté à une date ultérieure,

l’ACPP fera valoir ses revendications auprès des candidats

pendant leur campagne électorale.

Nous avons besoin de VOTRE appui!

Vous pouvez nous aider à atteindre les objectifs énoncés

dans notre programme politique par les moyens suivants :

1. En prenant connaissance des questions décrites dans les

pages suivantes.

2. En écrivant au député et aux sénateurs de votre circonscription

pour solliciter leur appui.

3. En prenant rendez-vous avec le député de votre circonscription à

son bureau de comté dans le but de lui présenter notre programme

et de solliciter son appui.

4. Dans l’éventualité où des élections fédérales étaient

déclenchées, en écrivant ou en rencontrant les candidats de

votre circonscription pour solliciter leur appui.

Si vous souhaitez recevoir d’autres exemplaires du

programme politique de l’ACPP, veuillez accéder au

site Web de l’ACPP au www.acpp.ca et cliquer sur la

rubrique Réforme judiciaire, ou bien faites-nous parvenir

un courriel au cppa-acpp@cppa-acpp.ca

Pour repérer le député et les sénateurs de votre

circonscription, veuillez accéder au site Web du Parlement

du Canada au www.parl.ca et consulter la rubrique

Parlementaires actuels. Vous pouvez localiser votre député

en tapant votre code postal. Vous pouvez localiser les

sénateurs en cliquant sur le lien Sénateurs et en effectuant

ensuite un tri par province.

Votre appui soutenu contribuera à nous assurer à

tous un avenir plus prometteur et un meilleur milieu

de travail.


L

es débats publics suscités dernièrement par les

modifications apportées aux lois canadiennes sur les

drogues, ont amplifié la nécessité d’adopter une approche

nationale à la consommation de drogues au Canada et

d’assurer que les jeunes disposent d’informations exactes

sur les méfaits découlant de la consommation de drogues,

y compris la marijuana.

Le Canada a besoin d’une stratégie

nationale antidrogue

En tant que professionnel(le)s de première ligne qui voyons

de nos propres yeux l’impact des drogues sur notre société, les

policiers et policières partagent l’objectif d’encourager tous les

Canadiens et Canadiennes, particulièrement les enfants et les

jeunes gens, à «vivre sans drogues».

L’ACPP n’appuie pas et n’endosse pas la légalisation de la

marijuana ou de toute autre substance actuellement illicite.

Les drogues sont illégales parce que les drogues sont nocives.

Les drogues illégales, y compris le cannabis, ont un effet

néfaste sur la santé.

L’ACPP préconise une approche équilibrée visant à

réduire les effets néfastes qu’entraîne la consommation de

drogues, en restreignant à la fois l’offre et la demande de

drogues illicites et en permettant une approche intégrée de la

prévention, de l’information, de l’application des lois, de la

réadaptation et de la recherche.

Il faut fournir les ressources nécessaires aux intéressés

chargés d’instaurer la réduction de la demande et de l’offre

et mettre l’accent sur l’information et la sensibilisation de

la population.

Réduction de la demande

Bien que les lois actuellement en vigueur au Canada aient

réussi à restreindre les méfaits causés par la consommation

de drogues illicites, il nous faut déployer des efforts

soutenus pour informer les Canadiens et Canadiennes,

particulièrement les jeunes gens vulnérables, des effets

nocifs engendrés par la consommation de drogues illicites.

Les jeunes reçoivent des messages contradictoires qui

sèment souvent la confusion, quant aux méfaits imputables à

la consommation de marijuana.

Des mesures s’imposent en matière de justice alternative,

de sorte que les infractions punissables par voie de procédure

sommaire puissent être traitées avec efficience et efficacité.

L’ACPP préconise l’adoption de mesures en matière de

justice alternative qui imposeraient des conséquences

significatives, appropriées et graduées, axées sur la prévention

et la dissuasion de la consommation de drogues chez tous

les Canadiens et Canadiennes. La police devrait conserver

son pouvoir discrétionnaire de déposer des accusations

criminelles pour possession de marijuana lorsque les

circonstances le justifient, sans égard à la quantité impliquée.

Réduction de l’offre

Le trafic de drogues illicites est inextricablement lié à

l’activité criminelle, comprenant le terrorisme, et ce trafic

67

RECUEIL ANNUEL DE L’ACPP

accroît le niveau de violence et de criminalité dans nos

communautés. Les lois canadiennes sur les drogues

doivent munir la police des outils nécessaires pour combattre

efficacement le trafic de drogues illégales, le crime organisé

et le terrorisme.

Nos communautés subissent une augmentation sans

précédent d’activités illégales de culture et de distribution

clandestines de drogues, dont la culture et la distribution

de marijuana (communément désignés «laboratoires clandestins»

ou «installations de culture illicite»).

Le public est largement conscient que de telles activités

criminelles menacent la sécurité et le bien-être des gens

de notre communauté. Nos quartiers résidentiels sont

exposés aux risques qu’entraînent les détournements de

câbles électriques, les dangers d’incendies, d’émanations

chimiques ou biologiques, et les dispositifs piégés, en plus

du péril que représentent des activités criminelles dans le

voisinage. D’autres effets résiduels contribuent à des

menaces additionnelles de criminalité susceptibles d’avoir

des répercussions sur des membres innocents de notre

communauté. Les compagnies d’électricité, d’assurance et

d’immobilier travaillent avec la police pour lutter contre

ces problèmes.

Il est admis que l’augmentation sans précédent de la

fabrication illégale de drogues, ainsi que de la culture et

la distribution de la marijuana, est imputable aux

activités criminelles organisées. La plupart des drogues

fabriquées ou cultivées au Canada sont destinées au

marché américain, ce qui suscite d’autres préoccupations

liées à la sécurité et au commerce transfrontaliers.

Certaines municipalités ont récemment adopté des

résolutions visant à obtenir des changements dans nos

lois provinciales et fédérales, et recommandant des

peines accrues et l’uniformisation des processus liés à la

législation sur les produits de la criminalité. Les peines

imposées présentement aux individus impliqués dans

cette forme d’activité criminelle sont inefficaces

puisqu’elles ne sont pas dotées des moyens dissuasifs

nécessaires pour prévenir la répétition de ces infractions,

et une imposition des peines appropriée doit être mise en

oeuvre pour promouvoir la sécurité au sein de toutes

les communautés.

L’Association canadienne de la police professionnelle,

ayant établi des partenariats avec les Mères contre l’alcool

au volant, l’Association canadienne des commissions

de police, l’Association canadienne des chefs de police, et

le syndicat Customs Excise Union Douanes Accise

(CEUDA), invite le Parlement à mettre fin à la course vers

l’adoption accélérée du projet de loi sur la marijuana

présentement devant la Chambre des communes, tant

et aussi longtemps qu’on n’aura pas répondu convenablement

à nos préoccupations à l’égard du pouvoir

discrétionnaire de la police, de la conduite avec

facultés affaiblies par les drogues, des installations de

culture illicite de marijuana, des retards à la frontière

canadienne, et de la présentation d’une stratégie

nationale antidrogue efficace.


RECOMMANDATIONS

STRATÉGIE NATIONALE ANTIDROGUE

1. L’Association canadienne de la police et professionnelle réclame une stratégie

nationale antidrogue qui comprend une approche équilibrée visant à réduire les

effets néfastes qu’entraîne la consommation de drogues, en restreignant à la fois

l’offre et la demande de drogues illicites et en permettant une approche intégrée de

la prévention, de l’information, de l’application des lois, de la thérapie, de la

réadaptation et de la recherche.

2. Il faut fournir les ressources nécessaires aux intéressés chargés de contrer la réduction

de la demande et de l’offre et mettre l’accent sur l’information et la sensibilisation

de la population.

3. Bien que nous ne soyons pas contre le recours aux mesures de rechange, dont

l’émission de contraventions, en guise de pénalité pour la possession de petites

quantités de marijuana, nous sommes persuadés que de telles mesures doivent

entraîner des conséquences significatives, appropriées et graduées. Ces mesures

Les policiers canadiens ont perdu confiance dans les systèmes

de services correctionnels et de libérations conditionnelles

du Canada. Plusieurs incidents hautement médiatisés impliquant

l’évasion et le mauvais classement de meurtriers condamnés,

mettent en relief la menace qu’ils représentent pour la sécurité

des policiers et de la population :

• Le 7 octobre 1993, l’agent Joseph MacDonald du Service policier

régional de Sudbury demanda à un conducteur de s’arrêter lors

d’une patrouille de routine et fut mortellement atteint derrière la

tête. Peter Pennet et Clinton Suzack furent tous deux accusés et

reconnus coupables de meurtre au premier degré; ils écopèrent d’une

peine d’emprisonnement à perpétuité sans possibilité de libération

conditionnelle avant 25 ans. Suzack était libéré sous conditions au

moment du meurtre. Le juge recommanda que Suzack purge sa

peine entière dans un établissement à sécurité maximale. Après

n’avoir purgé que six années d’une peine «à perpétuité», Suzack

fut transféré à l’établissement William Head où les détenus ont la

permission de s’adonner au golf, à la pêche, à la cuisine, au

base-ball et à l’observation des baleines.

• En novembre 2000, James Hutchinson a littéralement fait faux

bond à son escorte civile alors qu’il jouissait d’une permission

de sortir sous surveillance laxiste, étant détenu dans une

institution à sécurité minimale. Hutchinson avait été condamné à

l’emprisonnement à perpétuité pour avoir forcé le caporal Aurèle J.

Bourgeois et l’agent Michael O’Leary, deux policiers de Moncton, à

creuser leur propre tombe avant de les abattre froidement.

• En mai 2000, les deux femmes reconnues coupables de meurtre au

deuxième degré pour avoir poignardé l’agent Bill Hancox de la

Police de Toronto, partageaient un petit «nid d’amour» derrière les

murs de leur prison malgré des recommandations préconisant de

les séparer.

68

RECUEIL ANNUEL DE L’ACPP

doivent être axées sur la prévention et la dissuasion. Nous soutenons que la police

devrait conserver le pouvoir discrétionnaire de déposer une accusation criminelle ou

d’émettre une contravention pour toute infraction de possession d’une quantité

inférieure à 30 grammes.

4. Les laboratoires clandestins et les installations de culture illicite menacent

gravement nos communautés et l’ACPP recommande d’apporter des modifications

législatives pour assurer que des mesures dissuasives efficaces soient en place, non

seulement sous forme d’incarcération mais également sous forme de pénalités

financières substantielles.

5. Avant de réduire les conséquences perçues de la possession de marijuana, il nous

faut des lois et des outils pour sévir contre les conducteurs dont les facultés sont

affaiblies par les drogues sur nos routes. En plus de la nécessité d’adopter de nouvelles

lois pour renforcer les pouvoirs de la police dans des situations où l’on soupçonne

que les facultés du conducteur sont affaiblies par les drogues, il nous faut un

inancement plus accru que celui qui a été proposé, de sorte que nos policiers et

policières puissent bénéficier d’une formation adéquate en techniques de détection

de drogues.

• Gary Fitzgerald avait tué l’agent Richard Verdecchia de la

Police provinciale de l’Ontario à Huntsville en 1981, lui tirant

huit balles dans le corps. En octobre 1999, on découvrit l’évasion

de Fitzgerald lorsqu’il manqua à l’appel du soir dans le

chic Institut de Ferndale (C.-B.) à sécurité moyenne.

• Allan McDonald entra dans un bar et tira froidement à bout

portant sur l’agent Thomas Coffin de la Police provinciale de

l’Ontario, l’atteignant à la tête. Il fut reconnu coupable de

meurtre au premier degré en mai 2000 et condamné à l’emprisonnement

à perpétuité. Malgré la gravité de son crime et la

sévérité de sa peine, huit mois plus tard, McDonald purgeait sa

peine dans un établissement à sécurité moyenne.

• Le 25 juin 1990, Albert Foulston qui avait enfreint les conditions

de sa libération à plusieurs reprises, participa au meurtre de l’agent

Ezio Faraone de la Police d’Edmonton. Récidiviste violent qui

comptait déjà 41 condamnations à l’âge de 21 ans, ayant été

reconnu coupable de vol à main armée et d’agression au couteau

contre trois gardiens de prison, Foulston fut condamné à 20 ans

d’emprisonnement pour homicide involontaire et condamné à 20

ans d’emprisonnement. Malgré ses antécédents marqués par la

violence et son usage de drogues en prison, les responsables des

Services correctionnels persistent à s’efforcer d’obtenir une libération

conditionnelle au sein de la communauté pour ce délinquant.

Foulston est maintenant admissible à la libération d’office.

• Le 3 novembre 1981, l’agent Michel Vincent, 26 ans, fut tué en

intervenant lors d’une tentative de vol de banque à Longueuil.

Son coéquipier, l’agent Serge Gagnon, fut blessé par balle et

demeure handicapé. Randall Tabah fut reconnu coupable de ce

meurtre en 1983 et condamné à l’emprisonnement à perpétuité

sans possibilité de libération conditionnelle avant 25 ans. Et

pourtant, il a été libéré, n’ayant purgé que 17 années de sa


peine à perpétuité après qu’une audience en vertu de l’article

745 eût avancé la date de son admissibilité à la libération

conditionnelle. Le 4 février 2002, il était arrêté par la police de

Victoria (C.-B.), soupçonné de vol d’arme à feu avec effraction.

• Le 21 décembre 2001, ayant demandé à un conducteur de s’arrêter

sur la route à Russell (Manitoba), le gendarme Dennis Strongquill

de la GRC voulait empêcher deux libérés conditionnels dangereux

de prendre la clé des champs et fut tué d’un coup de feu.

• Après avoir été remis en semi-liberté dans une maison de transition,

le meurtrier condamné et libéré conditionnel d’une prison fédérale

Eric Fish fut accusé en 2004 du meurtre brutal de Bill Ambrameko

de Vernon (Colombie-Britannique). Fish fut remis en semi-liberté

en avril malgré le fait qu’il avait déjà violé les conditions de sa

semi-liberté et qu’il s’était évadé de prison. S’il est reconnu coupable,

Eric Fish sera le troisième meurtrier condamné qui aura tué de

nouveau à Vernon au cours des huit dernières années.

• En 1982, l’agent Michael Sweet de la Police de Toronto fut abattu

alors qu’il répondait à un appel signalant un vol à main armée

dans un restaurant du centre-ville et tomba dans une embuscade

dressée par les voleurs. Craig Munro, armé d’un fusil de chasse,

atteignit l’agent Sweet à l’estomac. Son frère Jamie et lui traînèrent

l’agent Sweet dans l’escalier jusqu’à la cuisine au premier étage et le

gardèrent en cet endroit tout en négociant avec la Police de Toronto,

malgré les implorations de la victime. Jamie Munro eut la

permission de sortir à deux reprises pour aller chercher de l’alcool et

des drogues pendant que son frère tenait son arme braquée contre la

tempe de la victime. Ils restèrent sourds à ses suppliques d’agonisant

pendant 90 minutes. Lorsque les autorités purent enfin secourir

l’agent Sweet, il était déjà trop tard pour lui sauver la vie. Craig

Munro fut reconnu coupable de meurtre au premier degré et

demeure incarcéré à ce jour. Il sera admissible à la libération totale

en 2005. Son frère Jamie fut reconnu coupable de meurtre au

deuxième degré et fut mis en liberté sous condition en 1992. En

1994, la Commission nationale des libérations conditionnelles

permit à Jamie Munro de déménager en Italie. Malgré qu’il ait

écopé d’une «peine d’emprisonnement à perpétuité», Munro vit en

Italie depuis 10 ans sans aucune forme de surveillance. Il n’est pas

tenu de se présenter devant un agent de liberté conditionnelle ni

de se soumettre aux tests de dépistage de drogues. Munro veut

maintenant rentrer au Canada.

• En 1982, Jeffrey Breese assassinait l’agent Rick Hopkins de la

Police provinciale de l’Ontario pendant que ce dernier enquêtait sur

un vol. Moins d’une heure auparavant, Breese aurait tenu en

otage une femme et ses deux enfants dans leur domicile. La famille

de l’agent Hopkins a été consternée d’apprendre dernièrement

qu’une semi-liberté a été accordée à Breese en Alberta et qu’il est

présentement de retour en Ontario pour rendre visite à son père

mourant. Lorsqu’il était encore incarcéré, Breese a épousé une autre

auteure de meurtre au premier degré qui jouit elle aussi d’une

libération conditionnelle. Il a la permission de passer 72 heures par

mois avec elle chez son beau-frère. Malgré le fait que Breese eût été

impliqué dans le trafic de drogues en prison et qu’il eût accumulé de

nombreuses condamnations depuis son incarcération, Breese se vit

avancer sa date d’admissibilité à la libération conditionnelle à la

suite d’une audience en vertu de l’article 745.

• Le 7 juillet 2004, le contrevenant à risque élevé Martin Ferrier,

reconnu coupable de viols en série avec violence, fut qualifié de

«psychopathe incurable» par un médecin de la prison, fut

néanmoins remis en liberté à Brampton (Ontario), malgré les

avertissements qu’il allait probablement récidiver, ayant dit aux

intervenants qu’il aspirait à devenir un tueur en série. Il était de

69

RECUEIL ANNUEL DE L’ACPP

retour en prison à peine une journée après sa libération pour avoir

menacé un journaliste.

• William Tolway, libéré sous condition d’une prison fédérale, est

abattu par la police à Halifax après avoir menacé les policiers en

mars 2004. Libéré d’office à l’époque, il avait préalablement dit

aux intervenants qu’il voulait «se faire suicider par un flic».

• Michael William Gardiner, un délinquant sexuel violent, était

libéré de prison à Hamilton, le 13 mai 2004. Gardiner fut

d’abord libéré d’office dans une maison de transition en février

2004 mais fut réincarcéré trois semaines plus tard à peine

pour comportement désordonné. Malgré le risque évident qu’il

représentait, la Commission nationale des libérations conditionnelles

le libéra de nouveau d’office, jugeant qu’on pouvait gérer

le risque dans un environnement structuré. Son pointage à

l’échelle de mesure de récidive de moins 11 (-11) indiquait qu’il

représentait un risque élevé. La police de Hamilton s’était opposée

à sa libération dans cette ville. Deux semaines plus tard, il

accostait une inconnue dans un centre commercial et la

poignarda à plusieurs reprises, la tuant presque.

• En avril 2002, Conrad Brossard, un meurtrier condamné à deux

peines «à perpétuité» pour meurtres multiples dont celui de Cécile

Clément, possédait un casier judiciaire incroyable. En 1966, il écopa

de sept années de prison pour vol qualifié et tentative de viol. Libéré

sous condition quatre ans plus tard, il assassinait André Lahaise et

reconnu coupable, il fut condamné à l’emprisonnement à perpétuité.

En 1980 alors qu’il jouissait d’une permission de jour, il s’évada et

attaqua Marc Lapierre, le kidnappant à la pointe du fusil. Il dit à

Lapierre qu’il allait lui tirer une balle dans la tête mais son fusil se

bloqua lorsqu’il appuya sur la détente. Brossard poignarda Lapierre

à 13 reprises et l’abandonna, le pensant mort. Il fut condamné à 23

autres années d’emprisonnement pour tentative de meurtre. Sept ans

plus tard, Brossard déménageait dans une maison de transition. Il

écopa d’une autre peine à perpétuité pour une autre tentative de

meurtre. Malgré ses deux peines d’emprisonnement à perpétuité et

son comportement invariablement violent, la Commission nationale

des libérations conditionnelles le remit en liberté sous condition dans

une maison de transition de Trois-Rivières en février 2002. Deux

mois plus tard, Brossard était préposé dans un foyer de soins et se lia

d’amitié avec Cécile Clément qui rendait visite à sa mère âgée. Cécile

fut trouvée assassinée dans son domicile.

Les politiques

du Service

correctionnel Canada

semblent être

des portes tournantes

conçues pour

remettre les

coupables en

circulation

dans les

meilleurs délais.

Illustration :

Timothy Hellum


La ministre de la Sécurité

publique et de la Protection

civile, Anne McLellan,

écoute le président de

l’ACPP, Tony Cannavino,

lui donner un aperçu des

sujets qui seront abordés

pendant le Jour de

lobbying 2005 de l’ACPP.

• En février 2002, le libéré conditionnelle d’une prison fédérale

Daniel Courchêne tira un coup de feu dans le visage du gendarme

Mike Templeton de la GRC lorsque ce dernier lui demanda d’arrêter

son véhicule. Courchêne était libéré d’office et malgré qu’il avait

violé les conditions de sa libération à plusieurs reprises, il n’avait

pas été réincarcéré.

• En juillet 2002, Travis Arbuckle, reconnu coupable d’avoir

tué un enfant, est abattu par la police de Surrey (Colombie-

Britannique) après avoir tenu sa compagne en otage au bout

d’un couteau. Cette dernière et sa famille ne savaient pas que

Arbuckle avait eu un autre nom : Donald James Watson. Avant

sa libération sous condition l’année précédente, Watson purgeait

une peine d’emprisonnement à perpétuité pour avoir tué ses deux

filles à Edmonton au début des années 90.

• Le contrevenant violent Daniel Lamer libéré d’une prison fédérale

fut tué par des membres de la Police provinciale de l’Ontario qui

avait intercepté son véhicule en mars 2002. Lamer, un voleur de

banque, tira sur l’agent Dan Brisson en tentant d’échapper à la

police et fut tué lorsque la PPO riposta. Criminel endurci, Lamer

avait un casier judiciaire comprenant de nombreuses confrontations

violentes avec la police; en 1991, il avait tenu un policier de

Montréal en otage pendant 15 heures.

Il ne s’agit là que de quelques exemples de nombre

d’incidents qui attirent l’attention sur un système qui ne

répond pas aux attentes légitimes des Canadiens et qui

met nos membres en péril. Le problème n’est pas uniquement

que nos systèmes de services correctionnels et de libérations

conditionnelles traitent les tueurs de policiers avec trop

d’indulgence; ce qui précède indique que notre système

À

travers l’histoire, les policiers ont toujours joui des

mêmes considérations prévues en matière de régimes

de retraite agréés aux Règlements de l’impôt sur le revenu

pour les autres secteurs d’une «occupation assurant la

sécurité publique» (telle que définie à l’alinéa 8500 des

Règlements: pompiers, policiers, agents correctionnels,

contrôleurs aériens et pilotes d’avions commerciaux). Les

modifications proposées dans le budget 2003 à l’alinéa

8503 (3) (g) des Règlements de l’impôt sur le revenu,

assureront un taux d’accumulation maximal de 2,33 %

pour les pompiers uniquement.

Dans le Plan du budget 2003, le ministre des Finances

annonçait :

70

RECUEIL ANNUEL DE L’ACPP

carcéral est hors de contrôle. Nous réclamons que de

véritables changements substantiels soient apportés aux

systèmes des services correctionnels et des libérations

conditionnelles du Canada afin de réduire les risques

auxquels sont exposés les policiers et d’innocents Canadiens.

Lors de l’Assemblée générale annuelle de l’Association

canadienne de la police professionnelle en août 2004,

la vice-première ministre et ministre de la Sécurité

publique et de la Protection civile, Anne McLellan,

s’engagea à entreprendre l’examen de notre système

actuel. L’Association canadienne de la police professionnelle

accueille favorablement cet examen et il nous tarde

de travailler avec la Ministre et le Parlement pour répondre

à ces préoccupations.

RECOMMANDATIONS

SERVICES CORRECTIONNELS ET LIBÉRATIONS CONDITIONNELLES (p.70)

1. Les auteurs de meurtres au premier degré devraient purger leur peine sans

possibilité de libération conditionnelle pendant une durée minimale de 25

années en prison et non un Club Fed.

2. L’article 745 devrait être abrogé pour supprimer la disposition désignée «clause

du faible espoir» qui a permis à 80 % des tueurs qui l’ont invoquée d’obtenir

une libération anticipée.

3. Lors de la détermination du niveau de sécurité à imposer au détenu, ses

antécédents criminels et le crime pour lequel il est condamné devraient constituer

le facteur prépondérant.

4. Le Parlement devrait instituer une enquête publique indépendante sur les

systèmes de détermination des peines, des services correctionnels et des

libérations conditionnelles, dans le but de déterminer quelles mesures pourraient

entraîner des conséquences significatives pour les contrevenants, renforcer la

sécurité publique et gagner la confiance du public.

5. Accorder aux victimes un apport accru dans les décisions ayant une incidence

sur la détermination des peines, le classement des prisons, la libération

conditionnelle et la remise en liberté.

6. Resserrer nos lois et nos politiques carcérales pour protéger les Canadiens contre

les criminels violents.

«Le 2 mai 2002, la Chambre des communes adoptait une motion

recommandant que le gouvernement augmente le taux d’accumulation

des prestations de retraite des pompiers. Le taux maximal

d’accumulation actuellement prévu à l’alinéa 8503 (3) (g) des

Règlements de l’impôt sur le revenu, est de 2 pour cent des gains. Le

budget propose d’augmenter ce taux à 2,33 pour cent pour les

pompiers qui sont membres de régimes de retraite agréés, intégrés au

Régime des pensions du Canada ou au Régime des rentes du

Québec. Cette mesure permettra de bonifier les prestations de retraite

des pompiers dans le cadre d’un régime intégré.»

«Cette mesure s’appliquera pour l’année 2003 et toutes les années

d’imposition suivantes.»


Les membres de l’ACPP ont été surpris et stupéfaits en

lisant dans l’état budgétaire que ces prestations bonifiées

ne seront pas versées à toutes les occupations assurant

la sécurité publique. Nous sommes déçus que le gouvernement

envisage une telle modification d’exclusion sans

consulter les autres secteurs d’une occupation assurant la

sécurité publique et sans en évaluer les répercussions sur

tous les secteurs désignés.

Le Journal des débats du 2 mai 2002 nous apprend

que la discussion sur la motion mentionnait les cotisations

des occupations assurant la sécurité publique pour

justifier la disposition spéciale des Règlements. En effet,

selon le Journal des débats, Monsieur Calder (député

libéral de Dufferin-Peel-Wellington-Grey) déclara ce qui

suit en défendant sa motion : «… les pompiers demandent

qu’elle soit explicitée pour les occupations assurant

la sécurité publique.» La majorité des députés qui sont

intervenus, y compris les députés du gouvernement, ont

mentionné les occupations assurant la sécurité publique et

nombre d’entre eux ont mentionné expressément les

policiers. Un député a contesté le caractère d’exclusion

de la motion en demandant : «Qu’en est-il des autres

occupations assurant la sécurité publique?»

L’ACPP a fait du lobbying auprès du gouvernement

pour obtenir les mêmes prestations à l’instar de nos

confrères et consoeurs de l’Association internationale

des pompiers, et nous avons toujours utilisé les occupations

assurant la sécurité publique comme modèle. Les

membres de l’ACPP sont offensés de constater que le

gouvernement fédéral a privilégié un secteur des

occupations assurant la sécurité publique pour lui

offrir cet avantage, sans analyse préalable des risques

particuliers sur les lieux du travail et des conséquences qui

en découlent dans tous les secteurs d’occupations assurant

la sécurité publique.

En soi et pour soi, la modification n’offre aucun

avantage immédiat aux pompiers. Dans la plupart des

juridictions, ils doivent négocier toute modification

apportée à leurs lois provinciales sur les pensions et/ou

négocier avec leurs employeurs pour obtenir des

cotisations accrues afin de pouvoir toucher ce nouveau

taux d’accumulation.

Comme l’explique la documentation accompagnant

le Budget, les modifications proposées n’augmenteront

nullement les chances de réaliser des économies fiscales

globales accordées en vertu d’un régime enregistré

d’épargne-retraite; la limite maximale annuelle de la

pension demeure la même pour tous les régimes enregistrés

d’épargne-retraite donnant droit à des prestations.

Toutefois, les modifications proposées permettront

aux pompiers et à leurs employeurs de négocier des

augmentations aux pensions des pompiers en utilisant

une formule intégrée plus élevée.

S’ils bénéficiaient du même avantage, les policiers

devraient négocier ces mêmes modifications dans nos

régimes de retraite.

Plusieurs raisons expliquent pourquoi la catégorie

des «occupations assurant la sécurité publique» a

été restreinte à un groupe prescrit d’occupations

spécifiques. En traitant une occupation au sein de ce

71

RECUEIL ANNUEL DE L’ACPP

groupe différemment des autres, comme dans le cas de

l’accumulation des pensions réservée uniquement aux

pompiers, on crée un précédent qui nous préoccupe.

En plus des exigences professionnelles normales propres

au travail policier nécessitant de prévoir une retraite

anticipée, il est généralement admis que les policiers sont

exposés à un mélange unique de risques et de facteurs de

stress qui ne sont pas normalement associés à la plupart

des autres occupations :

• Exposition régulière et cumulative à des incidents

traumatiques immédiats où la sécurité de leur personne

est menacée;

• Risque chronique de subir des traumatismes secondaires ou

au deuxième degré, qu’on appelle également «surmenage de

compassion», occasionné par les scènes d’accidents, la vue

de blessés et de témoins traumatisés, la fréquentation

continue de la misère humaine, les agressions contre des

confrères et consoeurs, la mort de collègues;

• Nombre élevé et croissant d’agression contre des policiers;

• Exposition aux incidents critiques et aux maladies

transmissibles par l’air ou par le sang, dont la tuberculose,

l’hépatite B, l’hépatite C et le VIH;

• Accidents de travail sous forme de blessures subies pendant

la poursuite et l’appréhension de suspects, d’accidents

de la route, d’exposition aux substances toxiques et

dangereuses; et

• Obligation de prendre des décisions de vie et de mort en

quelques secondes en se fondant sur des informations

incomplètes.

Pour les policiers, le stress systémique sur les lieux du

travail prend les formes suivantes, entre autres :

• Heures et quarts de travail qui limitent l’interaction sociale

à l’extérieur de leur profession;

• Ambiguïté et incompatibilité des rôles; et

• Frustration ressentie à l’endroit des tribunaux, des systèmes

de services correctionnels et de libérations conditionnelles,

voire de l’appareil judiciaire dans son ensemble.

En n’accordant pas aux policiers les mêmes prestations

de retraite offertes à d’autres occupations assurant la

sécurité publique (les pompiers en l’occurrence), le

gouvernement du Canada commet une grave erreur en

laissant poindre la dévalorisation du rôle et de la valeur

sociale qu’il accorde aux policiers et policières.

Il importe que nos membres et leurs familles puissent

s’attendre à une retraite paisible et réalisable correspondant

à leur rôle au sein de la société ainsi qu’aux risques et

au stress qu’ils acceptent volontiers de subir pendant toute

leur carrière.

RECOMMANDATION

ACCUMULATION DES PENSIONS DU PERSONNEL POLICIER

Que le gouvernement fédéral inclue les policiers dans la modification à l’alinéa 8503 (3)

(g) des Règlements de l’impôt sur le revenu dans le but de leur faire bénéficier du taux

d’accumulation accru annoncé dans le Budget 2003 à l’Annexe 9 (page 329).


Conseil international

de la police (ILEC)

Par Dale Kinnear, directeur des Services du travail de l’ACPP

L

’ILEC (International Law Enforcement Council - Conseil international

de la police) fut établi en 1996 lorsque l’Association canadienne des

policiers et policières (ACP) lança des invitations aux dirigeants d’associations

de policiers du monde entier de se rencontrer dans un cadre officiel à l’occasion

de l’Assemblée générale annuelle de l’ACP à Windsor (Ontario). Parmi les délégués

qui assistèrent à cette première réunion, figuraient les dirigeants suivants : Fred

Broughton, président, Fédération des policiers d’Angleterre et du Pays de Galles; David

McClurg, secrétaire, Fédération des policiers de l’Irlande du Nord; Jeff Moseley, secrétaire

général, Fédération des policiers d’Angleterre et du Pays de Galles; Tom Rowat, adjoint au secrétaire général, Fédération des policiers

écossais; Fred Emerson, Fédération des policiers de l’Irlande du Nord; Bill Johnson, chef du contentieux, National Association of

Police Organizations (NAPO) États-Unis; Jim Fraser, président, Fédération des policiers écossais.

À mesure que les délégués parlaient des enjeux et des défis qu’ils devaient relever au niveau local, il devint rapidement évident

que les liens étroits et les problèmes communs qui unissaient les associations de policiers, étaient très serrés malgré la distance qui

les séparait.

Depuis cette première réunion, les Conférences biennales de l’ILEC se sont tenues sous l’égide d’un pays participant. Le

Canada a accueilli la Conférence de nouveau en 1998, assurant ainsi que l’ILEC repose sur des bases solides. En 2000, la Fédération

des policiers d’Angleterre et du Pays de Galles conviait les membres à Londres et en 2002, le Syndicat des policiers du Queensland

réunissait les dirigeants d’associations de policiers en Australie à Surfers

Paradise (Queensland).

En novembre 2004, la Fédération des policiers écossais organisait la

Conférence 2004 de l’ILEC à Édimbourg. Comme lors de toutes les réunions

antérieures, l’ordre du jour chargé portait sur des dossiers qui intéressent les

policiers et policières du monde entier : santé et sécurité au travail, salaires et

avantages sociaux, tendances et pratiques actuelles dont celles qui ont trait à

la sécurité privée.

L’ILEC fut mis sur pied afin de rassembler les syndicats policiers dans le

but de discuter d’enjeux syndicaux, de partager des renseignements et de

favoriser des relations durables entre diverses associations nationales.

Depuis la première réunion en 1996, d’autres organisations nationales et

internationales ont été invitées à participer. Le partage de l’information et

le réseautage continuent entre les réunions et selon tous les participants, le

dialogue, l’expertise et le partage de leur vécu leur sont avantageux.

En 2006, CLEAT (Combined Law Enforcement Associations of Texas)

accueillera les délégués de l’ILEC dans un endroit qui sera fixé ultérieurement

et nous nous attendons à ce qu’un plus grand nombre

d’organismes nationaux y participent. Il est également prévu que des

dirigeants syndicaux du milieu policier de certains pays d’Europe centrale

ayant adhéré dernièrement à la Confédération européenne de la police,

s’intéresseront plus activement à l’ILEC.

En raison des programmes amplifiés et des charges de travail accrues de

l’ILEC, les délégués ont convenu que l’organisme a besoin d’une adresse

postale et d’un secrétariat. Avec l’appui des délégués présents à la dernière

réunion, j’ai consenti à agir à ce titre jusqu’à la Conférence de 2006. L’ACPP

prévoit pouvoir monter le site Web de l’ILEC au début de l’année 2005.

Entre-temps, vous trouverez la documentation relative à ILEC 2004 au site

Web de l’ACPP : www.cppa-acpp.ca.

72

RECUEIL ANNUEL DE L’ACPP

Dans les bureaux du Syndicat des policiers danois EUROPCOP à

Copenhague, le représentant Claus Redden Madsen garde une copie

de l'ordre du jour de la Conférence de l'ACPP à portée de la main en

comparant les mandats d'associations de policiers autour du monde.


La Conférence 2004 de l’ILEC rassemblait des délégués

des organismes suivants :

La Fédération des policiers écossais

La Fédération des policiers d’Angleterre et du Pays de Galles

La Fédération des policiers de l’Irlande du Nord

L’Association représentative de Garda

L’Association des sergents et inspecteurs de Garda

La Fédération des policiers d’Australie

La Fédération des policiers danois

L’Association nationale des organisations policières (NAPO)

L’Association des policiers de Nouvelle-Zélande

La Confédération européenne des policiers

La Fédération britannique des policiers des transports

L’Association canadienne de la police professionnelle

L’Association de la police fédérale australienne

Après avoir étudié des exposés écrits et des présentations,

les délégués ont discuté des six articles suivants

à l’ordre du jour et les participants se sont engagés à les

faire respecter :

ACCORDS DE PRINCIPE -

CONFÉRENCE DE L’ILEC 2004

Agressions contre des policiers, Risque de contracter des

maladies infectieuses et Protection législative :

L’ILEC considère toute agression contre un policier agissant dans l’exécution légitime de ses fonctions comme une agression

contre la société même. Nous invitons les gouvernements à se pencher sérieusement sur toute question relative à la prévention,

poursuite judiciaire, pénalité et au soutien après-incident à attribuer aux policiers victimes de telles agressions.

Normes relatives au matériel policier :

L’ILEC invite toutes les directions de services policiers à fournir du matériel qui satisfait aux normes minimales de sécurité ou qui

les dépasse, assurant ainsi un milieu de travail sécuritaire aux policiers.

Autonomie et intégrité des enquêtes sur la police :

L’ILEC maintient que la population mérite une force policière à l’abri de poursuites judiciaires abusives ou de sanctions

injustifiées issues d’influence politique indue et de pressions exercées par des groupes d’intérêts spéciaux.

Obligation des gouvernements d’assurer la sécurité publique :

L’ILEC maintient que la sécurité publique, l’obligation primordiale de tout gouvernement, est compromise lorsque les

gouvernements choisissent d’utiliser les services de personnes ne possédant ni la formation ni les qualifications suffisantes en

tant que suppléants inaptes à remplacer des professionnels ayant reçu la formation voulue pour assumer les responsabilités des

services policiers publics.

Mobilité et professionnalisme des policiers :

L’ILEC réclame un système d’accréditation internationalement reconnu pour les policiers professionnels leur permettant une

mobilité accrue, par le biais d’initiatives telles que la reconnaissance mutuelle de l’équivalence des qualifications acquises dans

d’autres juridictions à l’instar des médecins, infirmières et autres professionnels similaires.

Liberté syndicale :

Les délégués de l'ILEC qui ont participé à la Conférence 2004 de l'ILEC tenue à Édimbourg en Écosse.

L’ILEC, par l’intermédiaire d’entités structurées telles que l’Organisation internationale du travail, invite tous les gouvernements

à reconnaître le droit des policiers à la liberté syndicale et le droit de négocier collectivement.

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RECUEIL ANNUEL DE L’ACPP


L’Association canadienne de la police professionnelle PM40065059

141, rue Catherine – Bureau 100

Ottawa (Ontario)

K2P 1C3

Les fanfares quittent la Colline du Parlement en masse à la fin du

Service commémoratif national des policiers et agents de la paix.

Photo : Harry De Jong

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