Polynésie française, mythiques Iles sous le Vent - Yachting Sud

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Polynésie française, mythiques Iles sous le Vent - Yachting Sud

Photos © Erwann Lefilleul Polynésie

croisière

Polynésie française,

mythiques Iles sous le Vent

Bora Bora, Raiatea, Taha’a, Huahine... douce sérénade aux saveurs exotiques. Naviguer aux

antipodes en Polynésie, au beau milieu du Pacifique, est certainement un des plus grands

fantasmes partagés par les marins du monde entier. Aborder des atolls d’un affolant bleu

acidulé, pénétrer dans le lagon de Bora-Bora par une passe assiégée par une puissante

houle du large, mouiller au pied de montagnes noyées dans la jungle, danser le tamuré avec

de suaves vahinés. Lorsque s’est profilée l’opportunité d’une virée dans les Îles sous le Vent,

impossible pour notre équipage de résister à un tel chant de sirènes !

En dépit d’un interminable voyage par la voie

des airs (compter vingt-quatre heures au départ

de Paris pour atteindre l’île mère Raiatea), un

long purgatoire avant l’Éden, le mythe polynésien joue

d’emblée de ses charmes pour s’immiscer durablement

dans les esprits. Petites touches de rêve savamment distillées,

fleur de tiare Tahiti offerte à chaque voyageur

dès Paris, généreux colliers fleuris à Papeete, accueil

quasi triomphal avec orchestre et chants traditionnels...

Impossible de ne pas se laisser griser !

À un degré, oh combien, moindre que les Bougainville,

Cook et Wallis à l’origine de la légende

tahitienne du Paradis originel, c’est par la mer que

nous aborderons les Îles sous le Vent de l’archipel de

la Société. Deux catégories de plaisanciers fréquentent

désormais ces mers chaudes, diamétralement opposées

en terme de temps disponible, les tours-du-mondistes

qui s’accordent généralement plusieurs mois d’escale

et la clientèle inévitablement plus pressée des sociétés

de location. Rangés dans la deuxième catégorie, nous

disposons d’un spacieux Moorings 4600 et surtout

de onze précieux jours pour étancher notre soif de

découverte, onze petits jours qui nous obligent malheureusement

à exclure de notre programme les îles

Maupiti et Tupai, situées trop dans l’ouest de notre

port d’attache, la marina d’Apoiiti à Raiatea. Qu’importe,

l’important dans le voyage ne réside pas dans

l’exhaustivité des lieux visités, mais dans l’imprégnation

d’un pays et de sa culture.

Nos pérégrinations se concentrent sur trois atolls,

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que nous ne pourrons même pas entièrement explorer,

celui regroupant Raiatea et Tahaa, celui de Huahine

et le plus célèbre celui de Bora-Bora. Chacune de

ces îles dévoile une personnalité propre. Raiatea, l’île

sacrée, mère de la culture maori, débordante de spiritualité,

aux mouillages sauvages dans son sud. Taha’a,

l’île verte essentiellement tournée vers l’agriculture,

la vanille, le coprah, le taro, la rima rima (la petite

banane)... ainsi que la culture perlière. Huahine, l’île

femme, plus authentique, encore peu ouverte au

tourisme, où règne un doux esprit de village. Bora-

Bora enfin, l’île aux deux visages internationalement

connue comme la Perle du Pacifique, avec côté face ses

motus, ces îlots composés de déchets coralliens, pour

beaucoup envahis par les hôtels de luxe et leurs serpentins

de lodges sur pilotis, mais avec côté pile une île

centrale et une barrière de corail à la beauté toujours

intacte, à vous rendre mystique.

La navigation inter îles ne comporte pas de difficultés

notables. Il faut compter en moyenne vingt-cinq

milles de passe à passe, belle petite virée en mer effectuée

invariablement en maillot de bain qu’il vente,

qu’il pleuve ou que le soleil cogne. Quant à l’état de

la mer, la longue houle du large n’empêchera pas

les moins amarinés de notre bord de s’adonner à la

lecture ou de descendre faire un somme. Un véritable

temps de demoiselles !

Les appareillages et les atterrages peuvent, en

revanche, s’avérer délicats. Outre les inévitables barrières

de corail cernant les îles, d’omniprésents hauts-


fonds pullulent à l’intérieur même des atolls. Une

veille attentive et une vitesse prudente, conjuguées

de préférence à un soleil bien haut ou à défaut dans

le dos, suffisent pour parer tout danger.

Chaque escale est pour nous l’occasion de se frotter

à la culture polynésienne. Le contact est facilité par

une gentillesse et une douceur de vivre généralisées.

S’il y a bien deux mots de tahitien à maîtriser, c’est ia

orana (bonjour) et mauruuru (merci).

Ce qui est frappant en ce petit coin de Pacifique,

c’est l’osmose entre la population, son territoire, mais

aussi ses traditions. L’histoire maorie et sa spiritualité

sont omniprésentes au quotidien, dans la langue bien

sûr, mais aussi dans l’art ou bien encore dans le rapport

à la nature. Le chant et la danse en sont un des points

d’orgue, que ce soit en intimité, en démonstration

dans les hôtels et les restaurants ou, fin du fin, en

concours lors du grand heiva qui chaque année se tient

à Papeete sur plus d’un mois. À vous donner envie

d’apprendre à jouer du ukulélé !

Le rapport à l’eau des Polynésiens est tout autant

exceptionnel, l’élément liquide semble rythmer leur

vie dès leur plus jeune âge. Toutes les occasions sont

bonnes pour aller tutoyer la mer. De jour comme de

nuit, la pêche est omniprésente, artisanale, directe, les

poissons de la barrière sont particulièrement prisés,

en dépit des ravages de la redoutable ciguatera, une

intoxication alimentaire grave attaquant particulièrement

le système nerveux. Dès qu’une houle significative

est annoncée, une flopée de surfeurs, mômes

Compagnon des mers du nord

compris, se ruent sur les passes, histoire d’aller se caler

dans un tube profond au risque de chuter lourdement

sur un corail à fleur d’eau. Et que dire de l’engouement

généralisé pour le va’a, la pratique sportive de la

pirogue à balancier, assidûment pratiqué sur l’ensemble

des îles ? À plusieurs reprises, de jeunes athlètes

viendront se caler dans notre vague de sillage au prix

d’une satanée débauche d’énergie.

Laurent, un ami du cru, véritable waterman, embarqué

à notre bord dès le premier jour, nous fera découvrir

les fonds coralliens en nous emmenant à chaque

fois sans coup férir sur les meilleurs spots de plongée.

Le gavage est total, dauphins, requins-pointes noires

et requins-citron, raies mantas, vols groupés d’aigles

de mer, multitude de poissons coralliens, explosions

de formes, de couleurs, chirurgiens, clowns, perroquets,

coffres, papillons, anges, balistes, carangues...

Pris d’une frénésie des profondeurs, nous enchaînons

plusieurs apnées par jour. Imparable réflexe lorsque

l’on sait le temps compté !

Nous étions venus nous frotter à un simple mythe.

Beauté rare des îles, hospitalité exceptionnelle des

habitants, culture envoûtante auront mis à bas nos

barrières et notre sens critique. Une partie de l’équipage

du célèbre Bounty s’était mutinée à l’idée de

devoir quitter ce paradis polynésien. Dans nos têtes,

j’avoue que nous n’en étions guère loin !

• Erwann Lefilleul

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