Etude des valvulopathies médica- menteuses en échocardiographie
Etude des valvulopathies médica- menteuses en échocardiographie
Etude des valvulopathies médica- menteuses en échocardiographie
Transformez vos PDF en papier électronique et augmentez vos revenus !
Optimisez vos papiers électroniques pour le SEO, utilisez des backlinks puissants et du contenu multimédia pour maximiser votre visibilité et vos ventes.
Attitu<strong>des</strong><br />
I FMC - recommandations - sociétés savantes - pratique clinique I<br />
L’échographie cardiaque est l’exam<strong>en</strong> clé dans le diagnostic<br />
d’une atteinte valvulaire <strong>médica</strong>m<strong>en</strong>teuse.<br />
Les anomalies échographiques observées ont été validées<br />
grâce aux observations anatomopathologiques réalisées<br />
chez l’animal et chez l’homme. Néanmoins le diagnostic formel<br />
de valvulopathie <strong>médica</strong>m<strong>en</strong>teuse in vivo reste souv<strong>en</strong>t<br />
difficile car les signes échographiques peuv<strong>en</strong>t être<br />
minimes, et non spécifiques (1) .<br />
U ne<br />
Yannick Jobic<br />
CHRU de la Cavale blanche,<br />
Brest<br />
valvulopathie <strong>médica</strong>m<strong>en</strong>teuse est définie échographiquem<strong>en</strong>t<br />
(2) par la prés<strong>en</strong>ce d’un certain nombre<br />
d’anomalies morphologiques élém<strong>en</strong>taires :<br />
- un épaississem<strong>en</strong>t valvulaire mitral et/ou aortique ;<br />
- un épaississem<strong>en</strong>t de l’appareil sous-valvulaire mitral ;<br />
- une rigidité valvulaire ;<br />
- un mouvem<strong>en</strong>t restrictif systolo-diastolique <strong>des</strong> valvules<br />
aortiques et mitrales avec comme conséqu<strong>en</strong>ce ess<strong>en</strong>tielle<br />
une fuite valvulaire.<br />
Pour poser le diagnostic de valvulopathie <strong>médica</strong>m<strong>en</strong>teuse,<br />
il est très rare d’avoir la séqu<strong>en</strong>ce : échographie de référ<strong>en</strong>ce<br />
normale, exposition à un <strong>médica</strong>m<strong>en</strong>t agoniste <strong>des</strong> récepteurs<br />
à la sérotonine 5HT2B, et mise <strong>en</strong> évid<strong>en</strong>ce ultérieure<br />
d’une atteinte valvulaire typique. Le plus souv<strong>en</strong>t, il n’y a<br />
pas d’échographie de référ<strong>en</strong>ce, donc il importe de connaître<br />
et d’acquérir l’expéri<strong>en</strong>ce nécessaire pour id<strong>en</strong>tifier les<br />
anomalies échographiques évocatrices qui permettront d’affirmer<br />
le diagnostic. Il sera égalem<strong>en</strong>t nécessaire d’éliminer<br />
un certain nombre de situations pouvant donner le change<br />
avec une valvulopathie <strong>médica</strong>m<strong>en</strong>teuse : un syndrome carcinoïde,<br />
une valvulopathie rhumatismale, une cardiomyopathie<br />
ischémique ou dilatée, une <strong>en</strong>docardite de Libman-<br />
Sacks, et savoir distinguer <strong>des</strong> anomalies mineures d’origine<br />
<strong>médica</strong>m<strong>en</strong>teuse d’une fuite physiologique.<br />
Signes écho-Doppler dans la forme typique<br />
➜ Atteinte mitrale<br />
- Epaississem<strong>en</strong>t <strong>des</strong> valves et de l’appareil sous-valvulaire<br />
donnant l’impression de feuillets trop nets ou trop lisses<br />
(Figure 1).<br />
- Raccourcissem<strong>en</strong>t de l’appareil sous-valvulaire mitral.<br />
- Perte de souplesse valvulaire allant jusqu’à une rigidité<br />
complète.<br />
- Restriction <strong>des</strong> mouvem<strong>en</strong>ts valvulaires avec point de coaptation<br />
mitral trop apical, réalisant un aspect de t<strong>en</strong>ting<br />
(Figure 2).<br />
- Fuite mitrale c<strong>en</strong>trale de degré variable.<br />
CONSENSUS CARDIO pour le pratici<strong>en</strong> - N° 86 Février 2013<br />
<strong>Etude</strong> <strong>des</strong> <strong>valvulopathies</strong> <strong>médica</strong><strong>m<strong>en</strong>teuses</strong><br />
<strong>en</strong> <strong>échocardiographie</strong><br />
Deux valves mitrales épaissies et rigi<strong>des</strong><br />
Figure 1.<br />
Même pati<strong>en</strong>te que sur la figure 1 :<br />
fuite mitrale c<strong>en</strong>trale due à une restriction<br />
valvulaire <strong>en</strong> systole avec un aspect de t<strong>en</strong>ting<br />
Figure 2.<br />
13
Figure 3.<br />
➜ Atteinte aortique<br />
- Epaississem<strong>en</strong>t <strong>des</strong> cusps.<br />
- Rigidité valvulaire (ou perte de souplesse).<br />
- Restriction du mouvem<strong>en</strong>t valvulaire <strong>en</strong> systole, réalisant<br />
une ouverture <strong>en</strong> dôme, et restriction <strong>en</strong> diastole avec prés<strong>en</strong>ce<br />
d’un hiatus triangulaire c<strong>en</strong>tral, mieux visible <strong>en</strong> ETO<br />
qu’<strong>en</strong> ETT (Figure 3).<br />
- Fuite c<strong>en</strong>trale de degré variable.<br />
➜ Atteinte tricuspide<br />
- Epaississem<strong>en</strong>t valvulaire et de l’appareil sous-valvulaire.<br />
- Mobilité diminuée <strong>des</strong> feuillets.<br />
- Rigidité valvulaire.<br />
- Restriction diastolique et systolique <strong>des</strong> mouvem<strong>en</strong>ts valvulaires.<br />
- Fuite de degré variable.<br />
Une double ou une triple atteinte valvulaire r<strong>en</strong>force la présomption<br />
diagnostique.<br />
Toutes ces anomalies sont généralem<strong>en</strong>t mieux visualisées<br />
<strong>en</strong> ETO, et certaines d’<strong>en</strong>tre elles, dont le hiatus valvulaire<br />
aortique diastolique, ne sont parfois visibles qu’<strong>en</strong> ETO<br />
(Figure 3).<br />
Signes écho-Doppler d’une forme fruste<br />
La forme fruste est la plus fréquemm<strong>en</strong>t r<strong>en</strong>contrée, et la<br />
valvule aortique est le plus souv<strong>en</strong>t atteinte.<br />
➜ Atteinte mitrale<br />
- Epaississem<strong>en</strong>t valvulaire et sous-valvulaire minime, voire<br />
impossible à affirmer.<br />
14<br />
Valvule aortique <strong>en</strong> diastole :<br />
hiatus triangulaire c<strong>en</strong>tral visible<br />
uniquem<strong>en</strong>t <strong>en</strong> ETO<br />
Figure 4.<br />
- Mobilité valvulaire diminuée uniquem<strong>en</strong>t au niveau de la<br />
petite valve mitrale.<br />
- Fuite isolée c<strong>en</strong>trale, sans atteinte anatomique visible.<br />
➜ Atteinte aortique<br />
- Epaississem<strong>en</strong>t valvulaire minime, voire impossible à affirmer.<br />
- Restriction diastolique non visible sur le plan anatomique.<br />
- Fuite c<strong>en</strong>trale isolée (Figure 4).<br />
Une fuite aortique c<strong>en</strong>trale isolée quel que soit son grade,<br />
même triviale, peut donc être due à une toxicité <strong>médica</strong>m<strong>en</strong>teuse,<br />
inversem<strong>en</strong>t une atteinte anatomique valvulaire<br />
d’origine <strong>médica</strong>m<strong>en</strong>teuse peut être observée sans fuite.<br />
Formes rares<br />
➜ Sténose mitrale<br />
Fuite aortique c<strong>en</strong>trale isolée<br />
chez une pati<strong>en</strong>te de 50 ans<br />
exposée au b<strong>en</strong>fluorex<br />
Un rétrécissem<strong>en</strong>t mitral, même sévère, est possible, mais<br />
n’est pas la règle, et le diagnostic différ<strong>en</strong>tiel avec une<br />
atteinte rhumatismale est difficile car plusieurs signes sont<br />
communs aux deux atteintes :<br />
- une soudure commissurale ;<br />
- un épaississem<strong>en</strong>t valvulaire et de l’appareil sous-valvulaire<br />
;<br />
- une rigidité <strong>des</strong> valves ;<br />
- une fuite valvulaire associée.<br />
En faveur d’une origine <strong>médica</strong>m<strong>en</strong>teuse, on notera un aspect<br />
trop lisse <strong>des</strong> valves, sans épaississem<strong>en</strong>t focal et avec peu de<br />
calcifications, alors que dans l’atteinte rhumatismale, les calcifications<br />
et les épaississem<strong>en</strong>ts focaux sont plus importants<br />
du fait du remaniem<strong>en</strong>t sévère de l’architecture valvulaire.<br />
CONSENSUS CARDIO pour le pratici<strong>en</strong> - N° 86 Février 2013
➜ Association atteinte <strong>médica</strong>m<strong>en</strong>teuse<br />
et sclérose valvulaire<br />
La sclérose valvulaire est définie par la prés<strong>en</strong>ce d’une surbrillance<br />
focale au niveau <strong>des</strong> valvules aortiques et/ou<br />
mitrales, sans sténose. Elle peut être associée à une atteinte<br />
toxique <strong>médica</strong>m<strong>en</strong>teuse, et il est alors difficile <strong>en</strong> échographie<br />
de faire la part <strong>en</strong>tre les deux pathologies.<br />
La prés<strong>en</strong>ce d’une hypert<strong>en</strong>sion artérielle pulmonaire<br />
(HTAP) est le plus souv<strong>en</strong>t due à un ret<strong>en</strong>tissem<strong>en</strong>t <strong>des</strong><br />
fuites du cœur gauche, mais une toxicité directe est possible,<br />
et doit être évoquée <strong>en</strong> l’abs<strong>en</strong>ce d’argum<strong>en</strong>t pour<br />
une autre étiologie.<br />
D’autres formes rares d’atteinte valvulaire mixte sont possibles.<br />
On peut citer l’association à une atteinte radique<br />
ou à une autre valvulopathie préexistante, par exemple<br />
ischémique.<br />
Diagnostic différ<strong>en</strong>tiel (2)<br />
Les atteintes carcinoï<strong>des</strong>, les cardiomyopathies ischémiques<br />
et dilatées avec restriction valvulaire mitrale et l’<strong>en</strong>docardite<br />
de Libman-Sacks ne pos<strong>en</strong>t pas réellem<strong>en</strong>t de problème<br />
diagnostique.<br />
L’atteinte valvulaire rhumatismale est plus problématique,<br />
il faut bi<strong>en</strong> <strong>en</strong>t<strong>en</strong>du rechercher un antécéd<strong>en</strong>t de rhumatisme<br />
articulaire aigu avéré, et de souffle. L’atteinte rhumatismale<br />
est le plus souv<strong>en</strong>t mitro-aortique comportant<br />
presque toujours un certain degré de fusion commissurale<br />
et d’importants remaniem<strong>en</strong>ts valvulaires avec calcifications<br />
plus ou moins ét<strong>en</strong>dues, surtout dans les formes de<br />
la soixantaine. La découverte d’une atteinte valvulaire<br />
« d’allure rhumatismale » chez un pati<strong>en</strong>t exposé à un<br />
<strong>médica</strong>m<strong>en</strong>t valvulo-toxique et sans aucun antécéd<strong>en</strong>t<br />
connu doit faire évoquer <strong>en</strong> priorité une atteinte <strong>médica</strong>-<br />
Ce qu’il faut ret<strong>en</strong>ir<br />
➜ Les signes écho-Doppler élém<strong>en</strong>taires d’une valvulopathie<br />
<strong>médica</strong>m<strong>en</strong>teuse sont :<br />
- un épaississem<strong>en</strong>t valvulaire aortique et mitral et de<br />
l’appareil sous-valvulaire ;<br />
- une rigidité valvulaire ;<br />
- une restriction du mouvem<strong>en</strong>t valvulaire <strong>en</strong> systole<br />
et <strong>en</strong> diastole et un raccourcissem<strong>en</strong>t de l’appareil<br />
sous-valvulaire ;<br />
- une fuite valvulaire c<strong>en</strong>trale de degré variable.<br />
➜ L’atteinte valvulaire aortique est la plus fréqu<strong>en</strong>te,<br />
devant l’atteinte mitrale.<br />
➜ Les formes frustes sont les plus fréqu<strong>en</strong>tes, comportant<br />
simplem<strong>en</strong>t une mobilité diminuée de la petite<br />
valve mitrale et/ou une fuite aortique isolée sans<br />
anomalie anatomique visible.<br />
➜ Une double atteinte valvulaire mitro-aortique fuyante<br />
augm<strong>en</strong>te la présomption diagnostique.<br />
CONSENSUS CARDIO pour le pratici<strong>en</strong> - N° 86 Février 2013<br />
m<strong>en</strong>teuse, compte t<strong>en</strong>u de la rareté du rhumatisme articulaire<br />
aigu <strong>en</strong> France depuis les années 50.<br />
Le problème le plus difficile concerne les fuites physiologiques<br />
qui sont habituellem<strong>en</strong>t triviales ou de grade I. Une<br />
fuite triviale peut être définie par une surface du jet<br />
< 1 cm² pour l’insuffisance aortique et < 1,5 cm² pour les<br />
fuites mitrales, les fuites grade I sont bi<strong>en</strong> décrites dans les<br />
recommandations europé<strong>en</strong>nes sur les fuites valvulaires<br />
de 2010.<br />
Plusieurs publications (3-4) montr<strong>en</strong>t que les insuffisances<br />
mitrales et tricuspidi<strong>en</strong>nes physiologiques sont fréqu<strong>en</strong>tes<br />
quel que soit l’âge, alors que les insuffisances aortiques<br />
physiologiques sont rares avant l’âge de 60 ans. En effet,<br />
avant 60 ans la fréqu<strong>en</strong>ce <strong>des</strong> insuffisances aortiques est<br />
de l’ordre de 4% et passe à 10% après.<br />
Une étude réc<strong>en</strong>te (5) confirme ces données chez les pati<strong>en</strong>ts<br />
diabétiques d’âge moy<strong>en</strong> 65 ans : la fréqu<strong>en</strong>ce <strong>des</strong> insuffisances<br />
aortiques légères est de 4,3% dans le groupe diabétique<br />
témoin contre 14,4% dans une population comparable,<br />
mais exposée au b<strong>en</strong>fluorex. Donc devant une<br />
insuffisance aortique isolée, même triviale, chez un pati<strong>en</strong>t<br />
ou une pati<strong>en</strong>te de moins de 60 ans, la probabilité que<br />
cette fuite soit due à une toxicité <strong>médica</strong>m<strong>en</strong>teuse est très<br />
élevée, comme cela a été démontré pour le b<strong>en</strong>fluorex (6) .<br />
En conclusion<br />
Le diagnostic d’une atteinte valvulaire <strong>médica</strong>m<strong>en</strong>teuse doit<br />
reposer sur une bonne connaissance <strong>des</strong> signes échocardiographiques<br />
de la maladie.<br />
A côté <strong>des</strong> formes typiques, il ne faut pas méconnaître les<br />
atteintes frustes qui sont fréqu<strong>en</strong>tes.<br />
Il faut rester vigilant et bi<strong>en</strong> connaître cette sémiologie car<br />
<strong>des</strong> <strong>médica</strong>m<strong>en</strong>ts valvulo-toxiques sont toujours commercialisés<br />
et d’autres pourrai<strong>en</strong>t être mis sur le marché dans<br />
l’av<strong>en</strong>ir. ■<br />
Pour <strong>en</strong> savoir plus<br />
1. Tribouilloy C, et al. How can b<strong>en</strong>fluorex–related heart valve disease<br />
be id<strong>en</strong>tified by echocardiography Arch Cardiovasc Dis 2011; 104:<br />
489-92.<br />
2. Cosyns B, et al. Drug-induced valvular heart disease. Heart 2012;<br />
doi:1136/heartjnl-2012-302239<br />
3. Jobic Y, et al. Doppler echocardiographic evaluation of valve regurgitation<br />
in healthy volunteers. Heart 1993; 69 : 109-13.<br />
4. Singh JP, et al. Preval<strong>en</strong>ce and clinical determinants of mitral, tricuspid<br />
and aortic regurgitation (the Framingham Heart study). Am J Cardiol<br />
1999; 83 : 897-902.<br />
5. Tribouilloy C, et al. Increased risk of left heart valve regurgitation<br />
associated with B<strong>en</strong>fluorex use in pati<strong>en</strong>ts with diabetes mellitus.<br />
A multic<strong>en</strong>ter study. Circulation 2012; 126 : 2852-8.<br />
6. Derumeaux G, et al. Echocardiographic evid<strong>en</strong>ce for valvular toxicity<br />
of b<strong>en</strong>fluorex : a double-blind randomised trial in pati<strong>en</strong>ts with type 2<br />
diabetes mellitus. PloS One 2012 ; 7 : e38273.<br />
Pour toute correspondance avec l’auteur<br />
yannick.jobic@chu-brest.fr<br />
15