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Dossier PéDagogique - Le Parvis

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Expositions à Ibos<br />

<strong>Le</strong> Quartier de L’enfance<br />

Botto & Bruno<br />

9 mars - 16 octobre 2010<br />

Stratum<br />

<strong>Le</strong>s frères Chapuisat<br />

9 mars - 1er juillet 2010<br />

<strong>Le</strong> <strong>Parvis</strong> centre d’art contemporain<br />

Service éducatif<br />

<strong>Dossier</strong> <strong>PéDagogique</strong><br />

Botto & Bruno, <strong>Le</strong> Quartier de l’enfance, photomontage, 2010


DEUX EXPOSITIONS A VISITER AVEC VOS CLASSES ET GROUPES<br />

<strong>Le</strong>s deux expositions présentées actuellement au <strong>Parvis</strong> proposent un regard sur les espaces dans<br />

lesquels nous vivons, nous habitons et nous nous déplaçons en même temps qu’elles nous interrogent<br />

sur la façons dont nous nous les figurons et les imaginons.<br />

Cette programmation intitulée Espèces d’espaces est un clin d’oeil au livre éponyme de Georges Pérec<br />

dans lequel l’écrivain recense et inventorie les espaces qui nous entourent et dans lesquels nous vivons.<br />

Botto & Bruno, duo d’artistes italiens, et les frères Chapuisat, deux artistes suisses, ont mis, chacun à<br />

leur manière, en image pour les uns, en forme pour les autres, ce qu’ils ont perçu et ressenti de la ville de<br />

Tarbes et du centre commercial dans lequel le centre d’art est implanté.<br />

Photographie et architecture se combinent ici et les deux expositions, bien que très différentes,<br />

photographique pour l’une, constructiviste pour l’autre, dialoguent ensemble de manière ludique,<br />

poétique et joyeuse.<br />

<strong>Le</strong>s visites que nous vous proposons avec vos classes et vos groupes, les ateliers, les différents workshops<br />

et rencontres combinent autant que possible les deux expositions pour une approche sensible et<br />

créative des oeuvres spécialement conçues pour le lieu.<br />

* La visite classique en trois temps (pour tous) :<br />

- visite accompagnée de l’exposition <strong>Le</strong> Quartier de l’enfance de Botto & Bruno<br />

- atelier photomontage avec Arnaud Pora de l’Ecole Supérieure d’Art et Céramique de Tarbes<br />

- visite accompagnée de l’exposition Stratum des frères Chapuisat<br />

* <strong>Le</strong> coup de projecteur (pour les classes du primaire des Hautes-Pyrénées) :<br />

- visite accompagnée des expositions <strong>Le</strong> Quartier de l’enfance et Stratum + atelier photomontage<br />

- atelier science avec Olivier Espagnet, animateur science de l’Inspection Académique<br />

* Un projet avec les établissements scolaires de Laubadère :<br />

- workshop photo avec Elsa Mazeau, artiste, enseignante à l’Ecole Supérieure d’Art et Céramique de<br />

Tarbes<br />

* Un projet en collaboration avec l’Atrium FJT/service pôle jeunesse Point Jeunes de Laubadère :<br />

- atelier d’écriture / atelier slam / atelier photo avec les intervenants du projet culturel de quartier<br />

«Dialogue entre populations et territoires»<br />

* Workshop archi avec l’école d’architecture de Toulouse (pour les primaires, collèges et lycées) :<br />

- «Villes et Habitats de demain» : réalisations en carton, modélisation<br />

* Atelier lecture : la cabane dans la littérature (pour tous) :<br />

- séances de lecture autour de la construction des frères Chapuisat dans une mise en scène<br />

spécialement conçue par un comédien<br />

Retrouvez le programme détaillé des activités autour des expositions en dernière partie de ce dossier.<br />

<strong>Le</strong>s visites + ateliers et les différents événements, workshops, rencontres, sont gratuits et s’adaptent à<br />

tous les niveaux scolaires.<br />

Réservation obligatoire au : 05 62 90 60 82 - centredart@parvis.net


SOMMAIRE<br />

1ère partie<br />

Présentation de l’exposition de<br />

Botto & Bruno<br />

<strong>Le</strong> Quartier de l’enfance<br />

Photomontage du projet <strong>Le</strong> Quartier de l’enfance, 2010. Photographie tirée sur papier


QUI SONT BOTTO & BRUNO ?<br />

1 ère<br />

partie<br />

`<br />

Botto & Bruno est le nom d’un duo d’artistes italiens : Gianfranco Botto et Roberta<br />

Bruno . Ils utilisent très largement la photographie, mais ont aussi recours à la vidéo, le dessin et<br />

la musique à travers leur groupe de rock Botto & Bruno and Family.<br />

Ils photographient les périphéries de villes européennes. Mais ce travail photographique sur les<br />

banlieues ne cherche pas l’enregistrement du réel, au contraire, il tente de le recomposer et de<br />

le poétiser.<br />

<strong>Le</strong>ur travail procède principalement du collage d’éléments photographiques qu’ils développent<br />

à l’échelle 1/1 et qu’ils collent ensuite comme du papier peint sur les murs des lieux<br />

d’exposition.<br />

A la base de la production de Botto & Bruno, il y a un immense fond d’images constitué de<br />

points de vues que les artistes accumulent sur les architectures des quartiers périphériques<br />

des villes, les banlieues urbaines en Europe. Il s’agit soit de photos qu’ils collectent, soit de<br />

photos qu’ils font eux-mêmes. Ils «collectionnent» ainsi les ciels, les trottoirs, les chaussées, les<br />

architectures des quartiers situés en périphérie des villes. Ils les découpent et les classent en<br />

quatre catégories principales : l’architecture, la figure humaine, l’espace, le ciel.<br />

Botto & Bruno piochent dans cet immense catalogue d’images pour créer, par collage, une<br />

nouvelle photographie de banlieue qui n’existe pas en soi mais qui procède de plusieurs<br />

lieux à la fois. L’image obtenue est ensuite agrandie et collée dans l’espace pour créer un effet<br />

comparable aux éléments de la réalité comme un trompe-l’oeil. <strong>Le</strong>urs réalisations produisent<br />

ainsi des telescopages visuels avec le lieu dans lequel elles sont présentées.


UN TRAVAIL SUR LES BANLIEUES<br />

Botto & Bruno s’intéressent particulièrement aux banlieues, aux grands ensembles qui<br />

occupent les périphéries des villes, ces cités écartées des centres urbains. On les découvre d’une<br />

manière différente de l’image des banlieues communément véhiculée par les médias. Par des<br />

recompositions, collages de parcelles de zones périphériques différentes, ils construisent une<br />

autre réalité de la banlieue. Ici, pas de violence, pas de promiscuité, pas de voitures incendiées,<br />

ni de bagarres. Au contraire, une impression d’étrange mélancolie, de léthargie, voire de vie en<br />

suspend se dégage des grandes images qui se déploient, en nous enveloppant, comme des<br />

paysages mi urbains-mi ruraux.<br />

Par ce travail, Botto & Bruno réalisent un geste politique. Ils ont eux-même grandi dans les<br />

cités de Turin, grande ville industrielle du nord de l’Italie, et ont choisi de continuer d’y vivre. <strong>Le</strong><br />

regard qu’ils portent sur leur environnement immédiat est ainsi un témoignage.<br />

Mais la banlieue qu’ils nous donnent à voir ne resemble nullement aux clichés pleins de violence<br />

diffusés par la presse ou le cinéma : ici la banlieue se meurt, c’est un monde en panne d’avenir,<br />

mais qui n’est cependant pas mort. Pas de sentiment de détresse, ni d’appitoiement. <strong>Le</strong> travail de<br />

Botto & Bruno, par sa facture et son propos, ouvre les regards sur des espaces et une population<br />

laissés pour compte et active la compréhension de la réalité urbaine aujourd’hui : des lieux<br />

d’une étrange beauté et chargés d’émotion.<br />

Under My Red Sky, 2001


Wall stars, 2004<br />

<strong>Le</strong> photomontage<br />

Pour leur photomontage, Botto & Bruno n’utilisent que très partiellement les techniques numériques et<br />

préfèrent aux procédés informatiques le travail manuel, presque artisanal, de découpage, de collage et<br />

de peinture directement réalisés sur l’image elle-même. Non pas qu’ils refusent les possibilités qu’offrent<br />

les technologies toujours plus innovantes d’aujourd’hui pour le traitement des images, mais parce qu’ils<br />

souhaitent rendre apparent quelque chose de brut, un geste, une volonté particulière. Celà peut aussi<br />

rappeler les superpositions d’images et la matière presque sculpturle qui en résulte parfois sur les grands<br />

paneaux d’affichage dans les villes. Résultat : leurs compositions s’apparente aussi à la peinture.


<strong>Le</strong> periferie che stiamo sognando, 2003<br />

La couleur<br />

Botto & Bruno apportent une attention particulière au traitement des couleurs dans leurs compositions.<br />

Ils donnent, par la chromie, une importance particulière au ciel et au sol entre lesquels les personnages,<br />

les infrastructures et les architectures prennnent place, comme pris en étau entre ces entités lourdes,<br />

menaçantes, étouffantes. Ces éléments sont en même temps comparables à un magma, un support, une<br />

matière prometeuse de formes à venir, de nouvelles possibilités.


House where nobody lives, 2001<br />

La peinture<br />

La gamme des couleurs employée par Botto & Bruno dans leurs compositions est particulièrement riche<br />

et travaillée. Totalement articificelle, évoluant du rose à l’orange, du gris au bleu, elle accentue l’aspect<br />

pictural des photographies. L’idée du tableau, du paysage peint sur la toile, est encore appuyée par la<br />

compostion en perspective avec des lignes de fuite crées par les barres d’immeubles en enfilade.<br />

L’ambiance est plutôt crépusculaire, les teintes sombres et contrastées.


My way home, 2005<br />

<strong>Le</strong>s personnages<br />

<strong>Le</strong>s paysages peri-urbains de Botto & Bruno sont quasi désertés. Lorsque l’élément humain apparaît,<br />

c’est toujour pour accentuer l’aspect vide de ces lieux devenus terrains vagues. Un personnage, deux au<br />

maximum. <strong>Le</strong>s habitants de ces cités sont des adolescents vêtus de baggies et de vestes de survêtements<br />

toujours trop larges. On ne voit jamais leurs visages, ils nous tournent le dos, la tête baissée ou camouflée<br />

sous un chapeau ou une capuche. Ils ne commniquent pas non plus entre eux, ils sont comme enfoncés<br />

en eux-mêmes, pour mieux se retirer de ce qui les entoure, ces bâtiments décrépis qui semblent<br />

gangréner tout l’horizon. <strong>Le</strong>urs corps, leurs postures, sont aussi un paysage en lien direct avec ce qui les<br />

cernent. Ils nous donnent l’impression d’une chorégraphie immobile.


Walking in the empty spaces, 2006<br />

<strong>Le</strong> trompe-l’oeil<br />

<strong>Le</strong> travail de Botto & Bruno opère des juxtapositions entre les visuels qu’ils ont créés et les lieux dans<br />

lesquels ils les installent. Deux procédés sont utilisés : soit les murs servent de supports aux gigantesques<br />

wall papers, soit ils servent directement de fond aux différents fragments de l’image qui se compose dans<br />

l’in-situ. Des différentes manières de procéder, l’environnement photographique de banlieues délaissées<br />

et décrépies crée toujours une effet trompe l’oeil dans le lieu dans lequel il est installé, comme dans<br />

l’image ci-dessus qui montre une création de Botto & Bruno pour la gare de Naples.


Sans titre, dessin sur papier, 2008<br />

L’arrivo al villagio, vidéo, 10’, 2003<br />

<strong>Le</strong> dessin et la vidéo<br />

On retrouve ce regard sur la banlieue en ruine dans les dessins et vidéos de Botto & Bruno, également<br />

réalisés par collages.<br />

Sentiment de léthargie, d’instant vide et figé, sans que la vie toutefois ne soit jamais occultée et absente<br />

de ce qui se déroule sous nos yeux...<br />

<strong>Le</strong>s deux artistes emploient très souvent le dessin et la vidéo dans leurs environnements<br />

photographiques ; en les greffant au montage photographique, ils pertubent l’effet trompe l’oeil du wall<br />

paper tout en accentuant l’aura poétique et fictionnelle.


L’EXPOSITION DE BOTTO & BRUNO AU PARVIS<br />

L’exposition de Botto & Bruno au <strong>Parvis</strong> s’installe dans le Hall d’entrée de la scène nationale. <strong>Le</strong>s artistes<br />

ont aménagé l’espace en construisant deux grandes cimaises qui prolongent les murs du café des images<br />

jusqu’à la banque d’accueil du <strong>Parvis</strong>, donnant à ce lieu décousu une unité d’ensemble.<br />

Botto & Bruno recouvrent les murs de ce vaste espace d’accueil et de déambulation d’un wall paper spécialement<br />

conçu pour le lieu. Quand nous passons ici, nous sommes littéralement pris dans l’image monumentale<br />

qui se déroule tel un traveling. nous voilà enveloppés par la photographie imposante traitée à<br />

l’échelle 1/1. Ce nouvel aménagement provoque une collision visuelle entre le lieu où l’on se trouve et ce<br />

que nous montre le photomontage de Botto & Bruno.<br />

<strong>Le</strong> titre de l’exposition : <strong>Le</strong> Quartier de l’enfance<br />

A Tarbes, Botto & Bruno ont prospecté dans les quartiers de la ville, les friches industrielles et les zones<br />

en périphérie. Du repérage photographique qu’ils ont réalisé lors de leur séjour, ils se sont particulièrement<br />

intéressés à deux zones distinctes de la ville et pourtant symptomatiques de l’histoire de Tarbes<br />

: les quartiers de Laubadère et de l’Arsenal. Caractéristiques de l’urbanisation et de l’économie de leur<br />

époque, fortement ancrés dans la mémoire de la population et aujourd’hui en voie de réhabilitation, ces<br />

quartiers de Tarbes sont tous deux en attente de leur devenir.<br />

«<strong>Le</strong> Quartier de l’enfance» nous apparaît comme un poème extrêmement bref et fait penser à un haïku :<br />

les mots expriment bien en effet l’instantané d’un sentiment et dit l’évanescence des choses. Ce ne sont<br />

pas les artistes qui ont inventé ce titre, il s’agit d’un graffiti trouvé à Laubadère, toujours visible, sur une<br />

des barres d’immeuble qui va prochainement être détruite. On le retrouve, parmi d’autres graffitis, dans<br />

la composition photo-murale dans le Hall du <strong>Parvis</strong>.<br />

<strong>Le</strong> photomontage au <strong>Parvis</strong> : une hybridation des facades de Laubadère avec les hangars de l’Arsenal<br />

et les trottoirs de Turin<br />

Ce que nous voyons dans le Hall du <strong>Parvis</strong> nous semble très familier, on reconnaît certains éléments typiques<br />

des quartiers de Laubadère et de l’Arsenal, et pourtant tout est nouveau en même temps : le fait de<br />

mixer les bâtiments entre eux, d’y ajouter des vues de cités italiennes, des trottoirs et des cieux d’autres<br />

lieux encore, d’autres pays, recompose les paysages urbains que nous connaissons bien de manière poétique<br />

et sensible et nous les donne à voir autrement. De plus, ces images sont aussi en interaction avec<br />

l’environnement immédiat du lieu dans lequel nous sommes, l’hypermarché <strong>Le</strong>clerc lui-même situé en<br />

périphérie urbaine.<br />

PhotomPhotomontage du projet <strong>Le</strong> Quartier de l’enfance, 2010. Photographie tirée sur papier


Une composition troublante<br />

En accentuant les effets de couleurs, la théatralité d’un ciel plombé et menacant, la matérialité tragique<br />

de l’alsphate craquelé, Botto & Bruno reconstruisent une image poétique et onirique des deux quartiers<br />

tarbais à partir de la centaine de photographies prises au moment du repérage sur les lieux. Ce sont des<br />

lieux chargés de mémoire, populaire pour Laubadère, ouvrière pour l’Arsenal, à la fois en train de disparaître<br />

(les vieilles barres d’imeubles de Laubadère sont détruites, certains entrepôts de l’Arsenal sont<br />

rasés) et aussi en voie de réhabilitation (on reconstruit des imeubles à neuf à Laubadère, on transforme<br />

certains hangars en cinéma et lieux de spectacle à l’Arsenal).<br />

Pour les artistes, L’Arsenal et Laubadère apparaissent comme les deux sites majeurs de Tarbes, tous deux<br />

représentatifs d’époques majeures de l’histoire de l’architecture : Victor Baltard (1805-1873) en ce qui<br />

concerne l’Arsenal et <strong>Le</strong> Corbusier (1887-1965) pour Laubadère.<br />

Photomontage du projet <strong>Le</strong> Quartier de l’enfance, 2010. Photographie tirée sur papier<br />

L’image reflétée<br />

Botto & Bruno traitent plastiquement et esthétiquement le<br />

thème de la mémoire par les reflets que renvoient les vitres,<br />

cassées ou non et les flaques d’eau partout présentes dans<br />

l’installation murale qui se développe dans l’ensemble du<br />

Hall. Tout ici nous invite à scruter l’image au plus près et à<br />

découvrir ce qu’il y a au-delà du premier regard. L’effet miroir<br />

happe littéralement notre regard et l’effet de perspective nous<br />

propulse dans l’image. C’est comme une attraction physique<br />

très forte, un renversement des repères dans l’espace habituel<br />

du <strong>Parvis</strong>.<br />

Photomontage du projet <strong>Le</strong> Quartier de l’enfance, 2010. Photographie tirée sur papier


Analyse d’une image de l’exposition<br />

Cette photographie recouvre la totalité d’un mur du Hall d’accueil du <strong>Parvis</strong> comme du papier à tapisser.<br />

<strong>Le</strong>s éléments sont à échelle humaine ce qui nous donne vraiment l’impression d’être dans une ville. Quelque<br />

chose nous perturbe cependant : on est étonné par les capacités de l’ouverture focale de l’appareil<br />

photographique qui a fait cette image. En fait, ceci est une illusion, aucun appareil photographique ne<br />

peut réaliser une telle image. Il s’agit bien d’un collage de plusieurs éléments ensemble avec une perspective<br />

très appuyée. Ce que nous donne à voir cette photogrtaphie n’est donc pas la réalité.<br />

De plus, plusieurs éléments de divers endroits ont été rapportés ici : à gauche de l’image, on peut reconnaître<br />

des entrepôts du GIAT, à droite se profilent différents immeubles de Laubadère qui, en réalité, ne<br />

sont pas dans le même secteur, et, au fond de l’image, se dressent les facades de cités de Turin. Ce sont<br />

les trottoirs et le ciel qui les rassemblent visuellement.<br />

Ici, la banlieue est traitée comme un paysage en peinture. Ce lieu qui semble figé, désert, sans vie, délabré,<br />

désolé, nous apparaît ici spectaculaire, presque lyrique, tant il exprime de sentiments : la présence<br />

indéniable de ces architectures qui tracent des perspectives magistrales et la puissance des éléments qui<br />

le composent (ciel, sol, empreintes, tags...)<br />

Photomontage du projet <strong>Le</strong> Quartier de l’enfance, 2010. Photographie tirée sur papier<br />

L’adolescence<br />

Sous nos yeux, la banlieue devient un paysage intérieur, un paysage sentimental, celui de l’adolescence.<br />

Botto & Bruno portent une attention toute particulière à ce stade de la vie humaine qui est à la fois un<br />

moment de non grâce, d’attente, de repli sur soi, de perte de l’innocence et de la fraîcheur... C’est le moment<br />

de l’inquiétude, de la rebellion, de l’ennui, du mal être et du mal de vivre... En même temps, c’est le<br />

temps du tout est possible, de la force irrépréssible d’une énergie qui ne demande qu’à jaillir, qu’à s’exprimer,<br />

qu’à inventer un nouvel horizon.<br />

<strong>Le</strong>s graffitis de Laubadère<br />

<strong>Le</strong>s graffitis sont très présents dans l’installation murale de Botto & Bruno au <strong>Parvis</strong>. On peut encore les<br />

voir sur les façades du bâtiment F, une des barres centrales du quartier d’où l’on pouvait voir toute la vie<br />

qui s’y déroulait. <strong>Le</strong>s écritures sur les murs apparaissent comme des témoignages, la plupart sont mélancoliques<br />

et sentimentaux, ils expriment à quel point l’endroit d’où nous venons est toujours celui que<br />

nous préférons au monde. Ces graffitis sont le résultat d’un travail mené par l’association Point Jeunes de<br />

Laubadère et les artistes Séverine <strong>Le</strong> Pan-Voers et Laurent Ferraglio avec les jeunes du quartier autour de<br />

la mémoire. Ils ont été réalisés dans le cadre d’un atelier d’écriture émanant du projet culturel «Dialogue<br />

entre populations et territoires». D’autres actions culturelles ont été menées à l’intérieur du projet : atelier<br />

de mise en voix et en espace, atelier de mise en jeu du corps, ateer de réactions sonores, atelier photo et<br />

vidéo, atelier slam...


2 ème partie<br />

Avec la classe - Préparer et approfondir la<br />

visite de l’exposition de Botto & Bruno<br />

<strong>Le</strong> Quartier de l’enfance<br />

Rencontre des classes de CM1 et CM2 de l’école d’Odos avec l’artiste Dominique Blais


PHOTOGRAPHIES D’ARCHITECTURE<br />

Dès son invention en 1926 par Nicéphore Niepce, la photographie est intimement liée à l’architecture.<br />

<strong>Le</strong> XIX ème siècle invente l’approche documentaire, neutre, en dressant l’inventaire<br />

des monuments historiques, en enregistrant les bâtiments qui vont disparaitre sous la poussée<br />

des transformations des villes en Europe, telle la reconfiguration de Paris par le Baron Haussmann.<br />

Cette approche du bâti perdure jusqu’à aujourd’hui et se renouvèle par l’introduction de<br />

la couleur, la taille monumentale des formats et le choix de sujets nouveaux comme les zones<br />

périurbaines.<br />

A partir des années 20 s’invente par ailleurs une vision volontairement expressionniste de l’architecture<br />

: <strong>Le</strong>s usines, les immeubles collectifs fonctionnalistes, les ponts remplacent les monuments<br />

historiques et les immeubles moyenâgeux, et sont regardés selon des points de vue<br />

surprenants.<br />

Botto& Bruno, <strong>Le</strong> Quartier de l’enfance, photomontage, 2010<br />

Botto & Bruno héritent en apparence de l’approche documentaire des grands ensembles. Mais<br />

leurs images sont en vérité des collages, des montages qui recomposent des paysages urbains<br />

imaginaires malgré « l’effet de vérité » qu’elles produisent. <strong>Le</strong>s artistes laissent volontairement<br />

les traces de ces montages.<br />

On repère tout d’abord l’ajout d’un ciel nuageux et sombre sur l’ensemble des photographies.<br />

On repère ensuite des immeubles en briques rouges, typiques de la banlieue de Turin et non<br />

de Laubadère. Des immeubles et des rues de Laubadère sont artificiellement associés dans une<br />

même image. Enfin, les lieux vidés de tout habitant, les ciels nuageux et noirs, le point de vue<br />

panoramique créent une atmosphère à la fois contemplative et mélancolique.


1. La ville en chantier<br />

Botto & Bruno, <strong>Le</strong> Quartier de l’enfance, photomontage, 2010<br />

Botto & Bruno photographient le quartier de Laubadère actuellement en pleine rénovation. <strong>Le</strong>s bâtiments<br />

qu’ils nous donnent à voir sont fortement dégradés. Ils sont promis à une démolition proche pour<br />

en construire de nouveaux. Ces photographies témoignent des changements à l’œuvre dans toute ville,<br />

qui peuvent être vus comme un chantier permanent. Mais ces destructions et ces reconstructions sont<br />

fortement chargées émotionnellement : espoir d’un monde meilleur, nostalgie d’un monde qui disparait,<br />

ce sont toujours des vies humaines qui sont ébranlées par le temps qui passe et la mort.<br />

Eugène Atget (1857-1927), Élargissement de<br />

la rue du Petit-Pont. Vue prise de la rue Galande,<br />

février 1909<br />

Équipé d’un trépied et d’une chambre grand<br />

format (18 cm × 24 cm), le photographe Eugène<br />

Atget réalise des milliers de clichés de Paris et<br />

de sa banlieue classés selon des thématiques.<br />

Par exemple, la série « Topographie du vieux<br />

Paris », entreprise en 1906 et achevée en 1919,<br />

rassemble des vues de rues et d’anciennes<br />

façades, des cours et des sites voués à la démolition.<br />

La photographie se veut ici gardienne de<br />

la mémoire.<br />

Il choisit généralement, comme ici, de montrer<br />

la destruction des immeubles anciens avec leur<br />

tas de décombres et non les constructions nouvelles<br />

et l’avenir de la ville.


Stéphane Couturier, Rue Auber Paris 9, 1996, 104 x 109 cm<br />

www.stephanecouturier.fr/<br />

Stéphane Couturier développe une approche de la ville qui hérite des pratiques documentaires du XI-<br />

Xème siècle, comme la Mission héliographique *, qui rendaient compte, de façon distanciée, d’un bâtiment<br />

patrimoniale ou nouveau.<br />

Dans la série « Archéologie urbaine », Il photographie les chantiers des centres villes, sans connotation<br />

nostalgique pour un passé qui disparait mais plutôt pour valoriser le mouvement, la croissance, la métamorphose<br />

incessante des citées.<br />

Il utilise une chambre photographique afin de composer de façon rigoureuse ses images comme une<br />

peinture abstraite : la stricte frontalité du point de vue, un cadrage serré sur les bâtiments, sans montrer<br />

ni le ciel ni la rue, donne une photographie sans profondeur qui écrase les différents plans. Ainsi, l’immeuble<br />

en démolition du premier plan est mis en relation avec les immeubles encore construits qui l’entourent.<br />

D’un coté il met en évidence le contraste entre formes géométriques et chaos, de l’autre il unifie<br />

cet ensemble hétérogène grâce à la couleur : un camaïeu gris ponctué et brun.<br />

* La Mission héliographique est une opération commandée en 1851 par les Monuments historiques aux photographes chargés<br />

de saisir sur plaques une série de monuments remarquables pour lesquelsune rénovation est prévue ou en cours.<br />

Jean-Marc Bustamante, T.21A.79, 103 x 130 cm<br />

Ce photographe regarde de la façon la plus<br />

distanciée possible la périphérie des villes du<br />

monde entier. Il s’attache particulièrement aux<br />

espaces sans identité véritable, en perpétuels<br />

chantiers, où résiste une nature malmenée, peuplés<br />

de poteaux et autres panneaux de signalisation<br />

qui accentuent le désordre et l’hétérogène.<br />

Réalisée dans la banlieue de Barcelone, cette<br />

photographie montre une maison au style<br />

convenu, à peine terminée sur son terrain en<br />

friche. La puissance du ciel noir contraste avec la<br />

banalité de cette construction.


2. L’architecture comme support pour écrire<br />

Botto & Bruno, <strong>Le</strong> Quartier de l’enfance, 2010<br />

L’installation photographique réalisée au <strong>Parvis</strong> par Botto et Bruno porte un titre : <strong>Le</strong> Quartier de l’enfance.<br />

Il s’inspire d’une phrase écrite sur le mur d’un des immeubles du quartier de Laubadère. L’exposition<br />

rappelle ainsi que <strong>Le</strong> mur est un support pour l’écrit situé dans l’espace public. Légal ou hors la loi, l’écriture<br />

placée sur un mur vise à interpeler, à rencontrer, à déranger, à convaincre, à ordonner la société.<br />

Eugène Atget, Place Saint-André-des-Arts, 1924<br />

Parmi ses inventaires du Paris du début du XXe siècle on trouve des devantures de magasins et d’immenses<br />

murs couverts d’affiches publicitaires...


3. <strong>Le</strong>s marges de la ville : la banlieue, la périphérie, la nuit<br />

La ville est constituée d’un centre, mais aussi d’une périphérie qui s’étend à mesure de la croissance de<br />

la population. La banlieue se développe fortement après la première guerre mondiale. On y trouve les<br />

lotissements pavillonnaires, les grands ensembles, les zones commerciales, les zone industrielles… La<br />

ville est pensée par zones et par fonctions. Si les photographes ont célébré les réalisations architecturales<br />

prestigieuses des centres urbains, ils ont tout autant été attirés par les marges de la ville.<br />

Botto & Bruno s’intéressent aux grands ensembles dont ils donnent une vision poétique. <strong>Le</strong>s couleurs<br />

non réalistes, les rues vides et silencieuses confèrent une douceur mélancolique à ces lieux loin de l’image<br />

violente stéréotypée véhiculée par les médias.<br />

Eugène Atget, Porte d’Italie : la zone, 1913,<br />

39x27cm<br />

Eugène Atget a réalisé une série de photographie<br />

sur «la zone», ce lieu compris entre les<br />

fortifications et la banlieue. C’est un bidonville<br />

que nous voyons à la Porte d’Italie. Un chaos de<br />

baraques de fortune, d’ objets disparates posés<br />

en tas, fruits de la récolte des chiffonniers, de la<br />

terre et de la végétation altérées qui caractérisent<br />

un lieu entre ville et campagne.<br />

Il n’y a chez lui ni misérabilisme, ni condamnation,<br />

mais documentation c’est-à-dire une description<br />

la plus neutre possible de ce qu’il voit, tel<br />

un archiviste.<br />

Brassaï (1899- 1984) : « C’est pour saisir la nuit de Paris que je suis<br />

devenu photographe »<br />

La nuit, le centre des villes appartient aux marges. À partir de<br />

1930, Brassaï marche dans Paris pour photographier la ville de<br />

nuit. Il se sert d’un Voigtländer, un appareil photo de format 6 cm<br />

× 9 cm fixé sur un trépied : la réalisation d’une image nocturne<br />

demande plusieurs minutes de temps de pose. Vue de nuit, la ville<br />

familière devient étrange, étrangère : dans sa préface au livre «<br />

Paris de nuit », Paul Morand note que la nuit n’est pas le négatif<br />

du jour : c’est un autre monde qui nous est donné à voir. <strong>Le</strong>s rues<br />

de la capitale sont désormais vides. La lumière artificielle laisse<br />

dans l’ombre tout une partie des immeubles et met en relief des<br />

éléments qui passent inaperçus habituellement : Ici un plan serré<br />

en plongé sur les pavés mouillés reflétant la lumière d’un réverbère.<br />

Chez lui l’obscurité, doublée parfois du brouillard, sont tout<br />

à la fois inquiétants, « petits théâtres du crime », selon l’expression<br />

de Walter Benjamin, et poétiques. La nuit, la ville appartient aux<br />

poètes surréalistes mais aussi aux sans abris, aux prostitués, aux<br />

voyous et aux fêtards : autant de personnes en marge que Brassai<br />

photographie en utilisant un flash.


Jeff Wall, The Storyteller, (<strong>Le</strong> Conteur), 1986, diapositive et boite lumineuse, 229 x 437 cm<br />

<strong>Le</strong>s mises en scène photographiques de Jeff Wall portent un regard critique sur notre société moderne.<br />

Nombre de ses images donnent à voir la périphérie des villes. Diatribe (1985), The Crooked Path (1991),<br />

comme The Storyteller ci-dessous, sont des paysages périurbains où, au milieu d’une nature fortement<br />

endommagée, vivent avec dignité des hommes appartenant aux marges de la société.<br />

Ici, les personnes sont des indiens du Canada. <strong>Le</strong> conteur traditionnel raconte ses histoires sous un pont<br />

d’autoroute, un no man’s land, et non plus dans la nature. La mise en scène, qui fait allusion à Manet,<br />

montre à la fois des hommes seuls et d’autres qui perpétuent les liens autour de la tradition orale.<br />

Enfin, Jeff Wall ne construit pas une image univoque : il veut aussi montrer la beauté et la puissance<br />

plastique de ce paysage urbain, la dimension sculpturale du pont associée à la délicatesse d’un feuillage<br />

jaune.


4. Célébration de la ville moderne<br />

Dans les années 20, s’invente, en URSS puis en France et aux Etats Unis, une photographie qui vise à célébrer<br />

l’héroïsme des temps modernes : Ponts, usines, bâtiments fonctionnalistes, machines sont photographiés<br />

en plongée ou en contre-plongée et selon des angles obliques afin de donner une image dynamique<br />

donc progressiste du nouveau monde qui se met en place. On remarque aussi les forts contrastes<br />

d’ombre et de lumière qui visent à souligner le caractère géométrique des échelles, des escaliers, des<br />

cheminées, poutres métalliques, transformant le réel en des compositions graphiques linéaires et abstraites.<br />

Alexandre Rodtchenko, L’échelle de secours, série maisons<br />

de Myasnitskaya, 1925<br />

En 1921, Alexandre Rodtchenko abandonne la peinture<br />

qu’il considère comme périmée au profit du photomontage<br />

puis de la photographie. Pour lui être photographe<br />

c’est être moderne , ce qui signifie, dans le contexte politique<br />

russe de l’époque, tourner le dos à la civilisation<br />

passée et soutenir la révolution bolchévique qui s’appuie<br />

sur la technologie et l’industrie pour faire accéder le plus<br />

grand nombre au bonheur. Rodtchenko invente donc<br />

une photographie de propagande qui repose sur une<br />

vision inattendue de la ville afin d’éveiller l’attention et<br />

renouveler les consciences.<br />

Germaine Krull, La tour Eiffel, 1928, 22x 16cm<br />

Walker Evans (1903-1975), Brooklyn bridge, New York, 1929, 22.4 x 13.7 cm<br />

La tour Eiffel en France et le pont de Brooklyn en Amérique sont des symboles des temps<br />

modernes.


LEXIQUE<br />

Architecture : glossaire spécifique à cette adresse http://www.fncaue.fr/pedagogie/<br />

Cadrage : En photographie, réaliser un cadrage consiste à choisir ce qui sera vue dans le cadre du viseur<br />

de l’appareil. Tout ce qui se trouve à l’intérieur du cadre est dit « dans le champ ». Tout ce qui n’est pas<br />

dans le cadre est dit hors champ.<br />

Contre plongée : un point de vue où le sujet placé plus haut que le niveau des yeux du photographe. On<br />

regarde vers le haut.<br />

Frontalité : un point de vue où le sujet placé se trouve au même niveau que les yeux du photographe.<br />

Graffiti : Initialement, le graffiti est un dessin ou des mots gravés dans la pierre. Il désigne aujourd’hui un<br />

tracé instinctif et spontané dans l’espace public. <strong>Le</strong> tag est réalisé à l’aide de peinture en bombes en est<br />

actuellement la forme la plus répandue.<br />

Point de vue : l’angle de vision choisit par le photographe pour faire sa prise de vue. L’angle de vision est<br />

donc un moyen pour donner à voir une opinion, une idéologie, une subjectivité.<br />

Plongée : un point de vue où le sujet est plus bas que le niveau des yeux du photographe. On regarde<br />

vers le bas.<br />

Profondeur de champ : la zone de netteté d’une photographie, et donc par conséquence la zone qui<br />

n’est pas floue.


3ème partie<br />

Présentation de l’exposition des<br />

frères Chapuisat<br />

Stratum<br />

<strong>Le</strong>s frères Chapuisat, Stratum, 2010


QUI SONT LES FRERES CHAPUISAT ?<br />

<strong>Le</strong>s frères Chapuisat c’est d’abord deux frères, Gregory (né en 1972) et Cyril (né en 1976), qui<br />

réalisent des oeuvres qui sont à la fois des sculptures et des architectures. <strong>Le</strong>urs formes, comme<br />

leur conception, renvoient tour à tour au mode de vie troglodyte, à l’architecture utopique ou aux<br />

films de science-fiction.<br />

Ces oeuvres, souvent monumentales et presque toujours éphémères, sont construites avec<br />

l’aide d’assistants, souvent de jeunes artistes en devenir, qui sont adoubés à leur tour «frères» ou<br />

«soeurs» et qui les suivent fidèlement sur les chantiers de leurs montages d’exposition partout<br />

dans le monde. <strong>Le</strong>s frères Chapuisat désigne donc une sorte de confrérie, plus ou moins anonyme,<br />

à l’image des corporations des bâtisseurs de cathédrales.<br />

<strong>Le</strong>s frères Chapuisat sont des créateurs d’espaces qu’ils donnent à découvrir aux visiteurs à travers<br />

des expériences physiques fortes et intenses. Dans leur travail il est question de jeux, de peur, de<br />

plaisir, de prise de risque. <strong>Le</strong>s sculptures/architectures qu’ils nous demandent d’explorer jouent<br />

avec nos limites, notre sens de l’aventure, nos capacités physiques, notre âme d’enfant.<br />

Ils envisagent donc l’art comme une aventure à vivre de l’intérieur, au coude à coude avec l’oeuvre<br />

qui nous absorbe et dans laquelle on va se frayer un chemin selon nos ressources, parfois les plus<br />

insoupçonnées, qu’elles soient physiques ou mentales.<br />

<strong>Le</strong>s frères Chapuisat


UN TRAVAIL SUR LES ESPACES, LE JEU ET LA PEUR<br />

<strong>Le</strong>s frères Chapuisat créent des structures pénétrables où le plus souvent le visiteur est comme<br />

un spéléologue ou même parfois réduit à l’état d’animal rampant, l’entrée et l’espace de circulation<br />

n’excédant rarement pas les 50 centimètres. <strong>Le</strong>ur goût jamais disparu pour les cabanes<br />

d’enfants bricolées dans les arbres, leur intérêt particulier pour les cocons d’insectes, les galeries<br />

des fourmis et les les terriers d’animaux, leur curiosité inégalée pour les grottes et tous les espaces<br />

souterrains, voire insondables, se développent dans la construction de structures imposantes,<br />

entre sculpture et architecture.<br />

Ce sont des réalisations à l’in situ c’est à dire que les frères Chapuisat font chaque fois l’expérience<br />

d’un lieu en particulier et que ce qu’ils vont construire se fait en résonnance avec un espace<br />

donné et en fonction de ses capacités. Il y a quelque chose de l’instinct animal dans leur façon<br />

de travailler et de comprendre l’espace, un processus de construction qui fonctionne de manière<br />

empirique. Pour les frères Chapuisat, il s’agit de transformer le lieu d’exposition en une sorte de<br />

cocon organique dans lequel on pourra se lover, encore faut il avoir le courage de pénétrer cette<br />

forme labyrinthique et anxyogène.<br />

Ils utilisent des matériaux très simples, ceux qui se présentent à eux dans les lieux à investir, ceux<br />

qui sont sur place et disponibles, des matériaux du quotidien, parfois de récupération. C’est une<br />

méthode de construction qui va au plus direct. Ils utilisent le bois, le béton, le métal, le carton,<br />

les papiers, la toile, les fourrures, les peaux de bêtes, les branches des arbres et la végétation...<br />

Un rien négatif, installation, 2006


Des formes complexes<br />

<strong>Le</strong>s frères Chapuisat explorent toutes sortes de relations à l’espace. Comme par exemple dans l’image<br />

ci-dessous, la sculpture Métamorphose d’espace qui semble en lévitation. <strong>Le</strong>s frères Chapuisat inversent<br />

l’approche physique de l’oeuvre avec cette forme monumentale, sorte de montagne renversée accrochée<br />

au plafond, que l’on découvre petit à petit dans une salle plongée dans l’obscurité. Seul un faiceau<br />

lumineux s’échappe de la pointe de la forme percée d’une ouverture. <strong>Le</strong> visiteur curieux peut se glisser à<br />

l’intérieur et y découvrir une vaste cavité dorée aux parois scintillantes évoquant une grotte féérique ou<br />

le renfoncement d’un cratère.<br />

Métamorphose d’espace , 2007<br />

Des espaces insoupçonnés<br />

<strong>Le</strong>s frères Chapuisat s’approprient aussi des lieux<br />

qui ne sont habituellement destinés au public et à la<br />

circulation. Comme ici avec Hyperespace en 2005 à la<br />

Neue Kunstalle de Saint-Gall en Suisse où il n’y a pas<br />

de construction visible apparemment. En fait, tout se<br />

passe dans les murs de la galerie, ou plus précisément<br />

entre les plaques de placoplâtre et les cloisons solides<br />

de la façade : les frères Chapuisat y ont construit un<br />

véritable terrier, parcours labyrinthique se déployant<br />

en circonvolutions dans tout cet espace insoupçonné<br />

que les visiteurs sont invités à tester dans le noir le<br />

plus complet. Hyperespace, 2005


Des matériaux du quotidien<br />

<strong>Le</strong>s frères Chapuisat aiment se servir des matériaux les plus simples pour construire leurs espaces cocons<br />

et labyrinthiques, comme ici avec ce gigantesque labyrinthe fait de cartons d’emballage de récupération.<br />

A l’image d’une énorme fourmillière ou d’une galerie de taupe, les couloirs multiples aboutissent à des<br />

chambres. Si l’on est évidement tenté par l’expérience insolite de la découverte d’un espace par l’intérieur,<br />

les impressions d’enfermement et d’étouffement sont quand même très fortes et perturbantes.<br />

<strong>Le</strong> mythe de la cabane<br />

Dans bon nombre de leurs constructions, les frères Chapuisat développent<br />

la pensée de Donald Woods Winnicott, célèbre pédiatre, psychiatre<br />

et psychanaliste britannique du XXème siècle qui considère le jeu<br />

de la cabane comme une aire intermédiaire d’expérience essentielle au<br />

processus de maturation chez l’enfant, parce qu’il se situe entre la réalité<br />

extérieure et la réalité interne, entre le dedans et le dehors.<br />

<strong>Le</strong>s cabanes des frères Chapuisat sont cependant très complexes, ce<br />

sont des labyrinthes, des cellules d’isolement, un espace métaphorique<br />

fait pour s’extraire du monde extérieur et pénétrer un univers imaginaire,<br />

poétique, voire magique.<br />

Structure piquante, 2009<br />

Hyperespace, 2005


L’EXPOSITION DES FRERES CHAPUISAT AU PARVIS<br />

L’exposition des frères Chapuisatau <strong>Parvis</strong> prend place sur le demi niveau, devant l’entrée du centre d’art.<br />

L’architecture labyrinthique de l’ensemble, composée en strates avec des niveaux intermédiaires et des<br />

paliers posés sur pilotis, a fortement intrigué les artistes suisses, de même que l’usage prononcé des<br />

piliers ou encore la logique plutôt incertaine des espaces de circulation qui sont aujourd’hui le résultat<br />

des multiples modifications du bâtiment qui se sont accumulées depuis plus de 30 ans d’existence. C’est<br />

donc tout naturellement qu’ils se sont servis de l’aspect fourmillière que leur a inspiré le magasin en général<br />

et qu’ils ont choisi de réaliser une structure architecturale/sculpturale montée sur pilotis.<br />

<strong>Le</strong> titre de l’exposition : Stratum<br />

<strong>Le</strong> titre évoque les strates géologiques, les accumulations de couches successives qui se sont créées au<br />

cours du temps. C’est bien ainsi que les frères Chapuisat ont compris l’architecture de l’établissement où<br />

l’on se trouve, avec ses multiples remaniements. Ainsi, la structure qu’ils ont créée au <strong>Parvis</strong> rappelle t’elle<br />

un paysage de rochers qui se superposent les uns sur les autres.<br />

<strong>Le</strong>s frères Chapuisat, Stratum, 2010


Une structure en bois<br />

<strong>Le</strong>s frères Chapuisat ont privilégié le bois pour cette création au <strong>Parvis</strong>. Réalisée à partir de tasseaux, de<br />

planches et de voliges, la construction monumentale qui remplit la totalité de l’espace à l’entrée du centre<br />

d’art se déploie tel un paysage minéral ou un animal reptilien.<br />

<strong>Le</strong> projet d’origine voulait que la structure englobe aussi la passerelle. Faute de temps pour la réaliser<br />

complètement, les artistes ont quand même souhaité empêcher toute pénétration dans la salle du centre<br />

d’art en construisant une sorte de guérite, dans le même esprit que la structure principale.<br />

L’ensemble de la construction est peinte en blanc, en écho avec les différents éléments architectoniques<br />

qui l’entourent. Seuls les pieds ont gardé la couleur brute du bois.<br />

Des tunnels et des chambres<br />

La structure est composée de galeries et d’une dizaine de chambres toutes matelassées, construite dans<br />

l’esprit d’une fourmillière géante. Bien sûr, pour accéder aux chambres, il faut emprunter des tunnels<br />

dans lesquels on est obligé de ramper. Pensé comme un immense jeu de combinaisons, sorte de casse<br />

tête géant, Stratum, par sa complexité, est surtout un défi à notre sens de l’aventure, puisqu’à l’intérieur,<br />

les différents passages, loin d’être facilités, nous obligent à appréhender les possibilités et les limites de<br />

notre corps, sa souplesse potentielle ou insoupçonnée et donc à penser à des stratégies qui ne sont pas<br />

sans rappeler les difficultés du parcours du combattant !<br />

Trois parcours distincts ont été tracés par les artistes.<br />

Pour des raisons de sécurité et en accord avec les consignes du magasin, Stratum ne peut être visitée de<br />

l’intérieur.


Construire une maison avec ce qu’on a sous la main<br />

L’enchevêtrement de bois qui constitue Stratum n’est pas sans rappeler les cabanes d’enfants, bien qu’ici<br />

très complexifiées, ou encore les palombières bien connues dans les Pyrénées. Cette construction peut<br />

aussi évoquer les maisons de fortune qu’on trouve dans les bidonvilles de différents pays et plus particulièrement<br />

dans ceux qui ont une tradition d’architecture sur pilotis comme aux Philippines par exemple.<br />

La notion d’une esthétique du bricolage est tout à fait assumée et défendue par les frères Chapuisat<br />

qui mettent un point d’honneur à utiliser des matériaux de proximité, ceux qui se présentent à nous au<br />

quotidien. Cette idée de la facilité à faire est aussi à mettre en résonnance avec le lieu dans lequel on se<br />

trouve, l’hypermarché, dont les processus de vente liés au marchandising, complexifient toujours plus<br />

nos attentes et nos besoins, limitant en celà notre inventivité et notre adaptation à des situations «extrêmes».


4 ème partie<br />

Avec la classe - Préparer et approfondir la<br />

visite de l’exposition des frères Chapuisat<br />

Stratum<br />

Rencontre des classes de CM1 et CM2 de l’école d’Odos avec l’artiste Dominique Blais


LA CABANE<br />

1. Définitions<br />

La sculpture-installation construite par <strong>Le</strong>s frères Chapuisat au centre d’art du <strong>Parvis</strong> conjugue<br />

deux archétypes architecturaux : le labyrinthe et la cabane originelle. D’une part, nous<br />

voyons et nous sommes invités à parcourir une structure constituée d’un enchevêtrement de<br />

couloirs, et de l’autre nous pouvons nous abriter dans de petits espaces capitonnés sommairement<br />

bricolés.<br />

Pour ce dossier nous développerons le thème de la cabane, le labyrinthe ayant déjà fait l’objet<br />

d’une approche pédagogique à partir du travail de Véronique Rizzo (dossier téléchargeable<br />

sur le site du <strong>Parvis</strong> www.parvis.net)<br />

Définition du dictionnaire :<br />

La cabane, du provençal cabana, est une « petite maison précaire », une construction rudimentaire<br />

servant d’habitation, d’abri ou de ressert. La cabane relève donc de l’origine de<br />

l’architecture et de nombreux sculpteurs contemporains, dans une approche élargie de leur<br />

art, se sont emparés de cet objet.<br />

<strong>Le</strong>s matériaux de la cabane :<br />

- Constitués d’éléments composites hétérogènes, trouvés sur place, récupérés, assemblés,<br />

bricolés...<br />

- Construction fragile mais assez résistante pour protéger.<br />

La cabane et son environnement :<br />

- Un abri, un refuge, une protection contre les bêtes sauvages, les hommes, les adultes, le<br />

froid, la pluie, le chaud….<br />

- Cabane close, fermée et en lien symbiotique avec son environnement : la nature, la ville.<br />

- Camouflage.<br />

<strong>Le</strong>s dimensions de la cabane :<br />

Petite maison, la cabane est un espace réduit conçu pour le corps humain, un espace intime.<br />

Symboliques de la cabane :<br />

- La cabane de l’enfance : refuge qui protège du regard des adultes et invite au jeu, à l’aven<br />

ture. Roland Barthes : « S’enclore et s’installer, tel est le rêve existentiel de l’enfance. »<br />

- La cabane primitive : habitat paradisiaque, symbole de « l’état de nature », de l’âge d’or en<br />

tre l’homme, son environnement et les Dieux. (Par exemple, Henri David Thoreau : Walden<br />

ou la vie dans les bois, 1854).<br />

- La cabane du pauvre : la misère extrême, les sans abris, mais aussi l’inventivité, la récupéra<br />

tion.<br />

- La cabane de l’ermite : le retrait volontaire du monde, la recherche de la pauvreté, de l’humi<br />

lité. (Voir les représentations de St Jérôme par Véronèse, Patinir…)<br />

- La cabane d’architecte : une habitation fonctionnelle.<br />

- La cabane utilitaire : de chantier, de bucherons, de chasseurs, de jardin, palombière, carre<br />

let…Utile, elle peut aussi être un lieu pour s’échapper du quotidien.


2. La cabane primitive comme source d’inspiration pour l’architecture<br />

Dans l’histoire de l’architecture, la cabane est le premier abri construit par l’homme. C’est un modèle<br />

mythique pour les architectes fonctionnalistes, depuis les néo-classiques jusqu’aux modernes.<br />

L’architecte romain Vitruve (1er siècle av. J.C.), dans ses Dix Livres d’Architecture, imagine les débuts de<br />

l’architecture prenant modèle sur les abris fabriqués par les animaux : les terriers et les nids. Toutes les<br />

théories concernant la cabane primitive découlent de lui.<br />

« Aussi commencèrent-ils les uns à construire des huttes de feuillage, les autres à creuser des cavernes<br />

au pied des montagnes ; quelques-uns, à l’imitation de l’hirondelle qu’ils voyaient se construire des nids,<br />

façonnèrent avec de l’argile et de petites branches d’arbres des retraites qui parent leur servir d’abri.<br />

Chacun examinait avec soin l’ouvrage de son voisin, et perfectionnait son propre travail par les idées qu’il<br />

y puisait, et les cabanes devenaient de jour en jour plus habitables ». Livre 2<br />

<strong>Le</strong>s architectes Néo-classiques.<br />

Charles Eisen, allégorie de l’Architecture retrouvant<br />

son modèle naturel, Frontispice de l’essai sur l’architecture<br />

de Laugier.<br />

<strong>Le</strong>s architectes néo-classiques veulent rompre avec<br />

la décadence rococo. <strong>Le</strong> désir de la « table rase » les<br />

conduit à prendre comme modèle l’antiquité grecque<br />

mais aussi à la cabane primitive, considérée comme<br />

l’ancêtre du temple grec, et imaginée comme une<br />

construction rationnelle, sans décor trompeur, virile, en<br />

harmonie avec la nature.<br />

La cabane est un habitat fonctionnel, qui induit une vie<br />

simple et rustique, donc des mœurs naturelles et morales<br />

opposées à la vie dissolue qu’abritent les luxueux<br />

palais rococo.<br />

Abbé Marc Antoine Laugier, Essai sur l’architecture,<br />

1755 :<br />

« La cabane a servi de modèle pour toutes les magnificences<br />

de l’architecture qui lui ont succédé. <strong>Le</strong>s pièces<br />

de bois élevés lui ont donné l’idée des colonnes. <strong>Le</strong>s<br />

pièces horizontales qui les surmontent nous ont donnée<br />

l’idée d’entablement. »<br />

« Quelques branches abattues dans la forêt sont les<br />

matériaux propres à son dessein. Il en choisit quatre<br />

des plus fortes qu’il élève perpendiculairement et qu’il<br />

dispose en carré. Au-dessus, il en met quatre autres en<br />

travers et sur celles-ci il en élève qui s’inclinent, et qui<br />

se réunissent en pointe de deux côtés. Cette espèce de<br />

toit est couvert de feuilles assez serrées pour que ni le<br />

soleil, ni la pluie, ne puissent y pénétrer ; et voilà l’homme<br />

logé. Il est vrai que le froid et le chaud lui feront<br />

sentir leur incommodité dans sa maison ouverte de<br />

toute part ; mais alors il remplira l’entre-deux des piliers,<br />

et se trouvera garanti. »


<strong>Le</strong> Corbusier (1887- 1965) trouve dans la cabane primitive, la cellule monacale et la cabine du transatlantique,<br />

la légitimité des principes fonctionnalistes qu’il met en place dans les années 20.<br />

En 1952, il construit un Cabanon en rondins de pin sur le site de Roquebrune, Cap-Martin, qui se veut<br />

une unité d’habitation minimum. Ses dimensions sont donc modestes mais harmonieuses selon les proportions<br />

du Modulor : 3, 66m x 3,66m, au sol et 2x26m de hauteur. <strong>Le</strong> plan très élaboré permet d’intégrer<br />

sur une seule pièce, un lit, une table pivotante, des placards intégrés….<br />

«Voici la maison primitive : là se qualifie l’homme : un créateur de géométrie ; il ne saurait agir sans géométrie.<br />

Il est exact. Pas une pièce de bois dans sa force et sa forme, pas une ligature sans fonction précise.<br />

L’homme est économe. [...] Un jour cette hutte ne sera-t-elle pas le Panthéon de Rome dédié aux dieux ?»<br />

<strong>Le</strong> Corbusier, Une maison - un palais, 1928, éditions Connivences, Paris, 1989, p. 38


3. LA CABANE PRIMITIVE COMME SOURCE D’INSPIRATION POUR LA<br />

SCULPTURE<br />

Tadashi Kawamata, Tree Huts, 2008. Installations : bois, tôle, fenêtre, porte. Dimensions variables.<br />

http://www.tk-onthetable.com/<br />

La cabane, habitation du pauvre.<br />

Cette installation a été réalisée dans de nombreuses villes comme Paris, New York, Miami, Berlin…<br />

Elle se compose de trois huttes situées en hauteur, donc à distance des hommes envisagés comme un<br />

danger potentiel. Un abri, un refuge mais précaire, fragile, pauvre, comme le manifestent l’irrégularité de<br />

la construction et l’hétérogénéité des matériaux récupérés qui les composent.<br />

Ces huttes ont une dimension politique : ces habitations venues des bidonvilles et placées au cœur des<br />

villes donnent de la visibilité aux gens dont l’extrême pauvreté les exclut dans les marges de la société.


Mario Merz (1925- 2003), Tournons nous autour des maisons ou les maisons tournent telles autour de<br />

nous ? 1985, 2, 7 x 5 x 10m<br />

« Cherche la première maison/ Cherche la maison hémisphérique/Cherche le modèle parfait de l’idée de<br />

maison ». Mario Merz<br />

Mario Merz, artiste italien qui se rattache à l’Arte Povera, a construit une soixante d’igloo-sculpture. Cet<br />

habitat nomade de forme organique traduit la vision romantique de l’artiste dans son désir de retour aux<br />

origines de l’humanité.<br />

La forme régulière en demi-sphère organise l’assemblage de matériaux hétéroclites qui constituent la<br />

couverture de ces maisons : verre brisé, argile, néon, mastique, sert joint, néon, branchages…. Cette<br />

dimension bricolée appartient à l’esthétique de la cabane, mais une cabane moderne qui utilise conjointement<br />

des matériaux industriels et des matériaux naturels.<br />

Ces cabanes ne sont pas des abris stables et paisibles. L’assemblage affiche sa précarité, son ordre temporaire<br />

mais aussi des oppositions de matière: verre transparent/ pierre opaque, serre joint/ mastic, etc.<br />

L’igloo est une maison nomade qui s’inscrit dans un flux, une dynamique.


Nils Udo, <strong>Le</strong> Nid, 1978, Terre, pierres, bouleaux et herbes, Landes de Lunebourg.<br />

La cabane : un retour à la vie primitive.<br />

Artiste du Land Art, Nils Udo travaille dans et avec la nature. Il réalise des constructions éphémères dont<br />

la beauté est indissociable de la fragilité et donc de la menace de destruction que fait peser la société<br />

hyper industrialisée.<br />

Il a fabriqué plusieurs nids pour être humain. Dans l’un d’eux l’artiste se fait photographier lové nu. Ce<br />

nid, placé au milieu d’une clairière, est gigantesque. L’homme apparait seul, fragile, mais protégé par ces<br />

hauts bords de branchages savamment tressés, et qui forment un abri. Habiter dans une cabane c’est<br />

faire retour à une vie en harmonie avec l’environnement naturel, un âge d’or perdu.<br />

David Nash, Ash Dome, Dôme de frênes, plantés en<br />

1977<br />

« Vingt-deux jeunes frênes ont été plantés sur le périmètre<br />

d’un cercle de neuf mètres de diamètre sur un terrain<br />

plat de la vallée de Flestiniog, dans le nord du pays de<br />

Galles, dans le but de créer une coupole végétale ».<br />

Cette architecture végétale vivante s’approprie la technique<br />

agricole du tressage pour faire de l’art. Cette sorte<br />

d’habitation rappelle les spéculations sur l’origine de<br />

l’architecture gothique menée à la fin du XVIIIe siècle : Sir<br />

James Hall, On the Origins and principales gothic architecture,<br />

1797. Pour cet auteur, et suivant en cela Vitruve,<br />

l’imitation de la nature est à l’origine de l’architecture. On<br />

peut y voir sur une planche la reconstitution d’une nef<br />

gothique avec des perches de saules et de frênes.


5 ème partie<br />

Visites et ateliers<br />

Workshop de l’artiste Dominique Blais dans son exposition Aposiopesis avec les classes de CM1 et CM2 de l’école d’Odos


AUTOUR DE LA VISITE D’EXPOSITION - AVEC LE PUBLIC SCOLAIRE<br />

A chaque exposition, le Service éducatif du <strong>Parvis</strong> imagine en concertation avec des artistes intervenants<br />

différents ateliers de pratiques artistique et d’analyse d’image qui permettent aux élèves d’aborder de<br />

manière interactive et ludique les différents champs de la création contemporaine.<br />

Centrés sur la présence et la pratique de l’artiste ou plus simplement appuyés sur l’histoire de l’art, les<br />

formes et les expressions représentées dans les expositions, ils s’adaptent à toutes les classes d’âges et<br />

constituent la base même d’un apprentissage créatif et convivial !<br />

UNE VISITE EN TROIS TEMPS : SCOLAIRES + HORS TEMPS SCOLAIRE<br />

La visite, ponctuée de moments de création, se déroule en trois temps sur les deux expositions présentées<br />

actuellement au <strong>Parvis</strong> : l’exposition de Botto & Bruno dans le Hall du <strong>Parvis</strong> et celle des frères Chapuisat<br />

Stratum devant la salle d’exposition.<br />

Dans son déroulé, la visite permet ainsi une découverte et une réflexion devant les œuvres elles-mêmes des<br />

processus de création utilisés par les artistes. Elle favorie aussi un regard croisé sur les deux expositions.<br />

Premier temps :<br />

Visite accompagnée de l’exposition <strong>Le</strong> Quartier de l’enfance de Botto & Bruno.<br />

Deuxième temps :<br />

Atelier photomontage animé par Arnaud Pora de l’Ecole Supérieure d’Art et de Céramique de Tarbes qui<br />

pratique la photographie et le photomontage. Sur le thème «inventer ma ville», cet atelier consiste à réaliser<br />

une nouvelle photographie à partir de prises de vue dont on aura au préalable découpé et classé les<br />

éléments par catégorie : les ciels, les sols, les architectures, les personnages...<br />

Troisième temps :<br />

Visite accompagnée de l’exposition Stratum des frères Chapuisat.<br />

L’ATELIER PHOTOMONTAGE ANIME PAR ARNAUD PORA<br />

LE PHOTOMONTAGE EST UN ASSEMBLAGE DE PHOTOGRAPHIES PAR COLLAGE OU TECHNIQUES<br />

DIGITALES DONNANT A LA PHOTO FINALE UN ASPECT DIFFERENT ET PERMETTANT RETOUCHES ET<br />

TRUCAGES. DEPUIS LA FIN DU XXE SIèCLE, LE PHOTOMONTAGE CONNAIT UN SOUFFLE NOUVEAU<br />

GRâCE À L’INFORMATIQUE ET AUX LOGICIELS DE RETOUCHES D’IMAGES TELS ADOBE PHOTOSHOP,<br />

COREL PAINT SHOP PRO, CORELDRAW OU GIMP... LA PRATIQUE DU PHOTOMONTAGE APPARAIT EN<br />

MEME TEMPS QUE LA PHOTOGRAPHIE ELLE-MEME, MAIS SON ESSOR VERITABLE DATE DE 1916, EN<br />

RUSSIE AVEC LE MOUVEMENT CONSTRUCTIVISTE.<br />

A LA MANIERE DE BOTTO & BRUNO, ARNAUD PORA PROPOSE D’INITIER LES ELEVES A L’ART DE<br />

RETOUCHER, COLLER ET PHOTOMONTER SANS LES METHODES NUMÉRIQUES ACTUELLES.<br />

A PARTIR D’IMAGES FAITES DE NOTRE ENVIRONNEMENT IMMEDIAT (L’HYPERMARCHE, LES GALERIES,<br />

LE PARKING, LA TERRASSE DE LA CAFETERIA...) LES ELEVES CREERONT UNE NOUVELLE IMAGE<br />

SENSIBLEMENT DIFFERENTE DU MAGASIN, POETIQUE ET ETRANGE, ENTRE FICTION ET REALITE.


LES EVENEMENTS AUTOUR DES EXPOSITIONS<br />

LE COUP DE PROJECTEUR - POUR LES CLASSES DU PRIMAIRE<br />

<strong>Le</strong> coup de projecteur est une opération qui a lieu une fois dans l’année en partenariat avec<br />

l’Inspection Académique des Hautes-Pyrénées et concerne les classes du premier degré.<br />

En concertation avec les conseillers pédagogiques en arts visuels et l’animateur science,<br />

nous vous proposons des entrées différentes des expositions.<br />

Visite des expositions <strong>Le</strong> Quartier de l’enfance et Stratum + atelier photomontage +<br />

atelier science<br />

En plus des deux visites d’expositions et de l’atelier photomontage autour de l’exposition<br />

Botto & Bruno, Olivier Espagnet, animateur science à l’I.A, propose un atelier science pour<br />

l’exposition Stratum des frères Chapuisat.<br />

L’ATELIER SCIENCE AUTOUR DE L’EXPOSITION STrATuM DES FRERES CHAPUISAT :<br />

DES HABITATS EXTRAORDINAIRES !<br />

A partir de coupes d’habitats d’insectes, d’animaux et aussi de maisons humaines , Olivier<br />

Espagnet amène les enfants à la découverte insolite d’espaces de vie extraordinaires.<br />

La formation des enseignants<br />

Formation à l’art contemporain et la constructions d’outils pédagogiques pour la classe à<br />

partir des deux expositions présentées au <strong>Parvis</strong> - Mardi 5 mai de 9h à 12h, avec Maryse<br />

Vivé, conseillère pédagogique, Olivier Espagnet, animateur science et l’équipe du service<br />

éducatif du <strong>Parvis</strong>.<br />

UN PROJET AVEC LES ETABLISSEMENTS SCOLAIRES DE LAUBADERE<br />

AUTOUR DE L’EXPOSITION LE QuArTiEr DE L’ENfANCE DE BOTTO &<br />

BRUNO - PRIMAIRE ET COLLEGE<br />

L’exposition de Botto & Bruno au <strong>Parvis</strong> donne l’occasion au service éducatif de mener plusieurs<br />

actions en direction des établissements scolaires du quartier de Laubadère.<br />

Workshop photo :<br />

<strong>Le</strong> workshop est un atelier de création mené par un artiste qui consiste en la création d’une oeuvre<br />

réalisée avec la participation des élèves et centré sur la pratique de l’artiste intervenant. Il se déroule<br />

en classe.<br />

Elsa Mazeau, enseignante à l’Ecole Supérieure d’Art et Céramique de Tarbes, développe un travail<br />

photo et vidéo qui s’inscrit dans le tissu social et explore l’habitat, le loisir, le travail. Autour des<br />

thématiques «Vivre ensemble», «Habiter la ville» , elle accompagne les élèves dans la réalisation<br />

d’un carnet de voyage sur le mode du jeu des regards et des rencontres avec les habitants du<br />

quartier.


ATELIER D’ECRITURE ET BATTLE DE SLAM AUTOUR DE L’EXPOSITION<br />

LE QuArTiEr DE L’ENfANCE DE BOTTO & BRUNO POUR LES COLLèGES<br />

ET LyCéES + HORS TEMPS SCOLAIRE<br />

En partenariat avec Atrium FJT / service pôle jeunesse Point Jeunes de Laubadère et les artistes<br />

intervenants du projet «Dialogue entre populations et territoires»<br />

L’atelier d’écriture se construit à partir des graffitis photographiés à Laubadère par Botto & Bruno et<br />

que l’on peut voir sur leur installation murale au <strong>Parvis</strong>. Aujourd’hui ces témoignages d’attachement<br />

et de souvenirs liés au quartier sont détruits. L’atelier propose de s’intéresser aux langages urbains et<br />

à leurs pratiques.<br />

- Atelier d’écriture : création de textes poétiques par les adolescents à partir de l’exposition Botto &<br />

Bruno au <strong>Parvis</strong><br />

- Battle de slam : mise en voie des textes produits par les élèves autour de l’exposition Botto & bruno<br />

dirigée par des professionnels du slam. Un concours entre les différentes productions des élèves de<br />

collèges et lycées sera organisé en juin.<br />

WORKSHOP ARCHI AVEC L’ECOLE D’ARCHITECTURE DE TOULOUSE<br />

POUR LES PRIMAIRES, LES COLLEGES ET LES LyCEES AUTOUR DE<br />

L’EXPOSITION STrATuM DES FRERES CHAPUISAT<br />

<strong>Le</strong>s étudiants de l’école d’architecture de Toulouse ont spécialement conçus leurs ateliers de<br />

création autour des architectures modulaires, précaires et utopiques. Ils accompagneront petits<br />

et grands dans la réalisation d’objets en lien avec la ville et l’habitat de demain et s’intéresseront à<br />

la réalisation de plans et tout particulièrement à la modélisation de l’intérieur de la structure des<br />

frères Chapuisat.<br />

ATELIER LECTURE AUTOUR DE L’EXPOSITION STrATuM DES FRERES<br />

CHAPUISAT POUR LES PRIMAIRES, LES COLLEGES ET LES LyCEES +<br />

HORS TEMPS SCOLAIRE : LA CABANE DANS LA LITTERATURE<br />

La cabane, petit refuge précaire contruit généralement en hauteur, dans les arbres ou sur pilotis,<br />

est le lieu rêvé de tous les enfants et reste à jamais inscrite dans l’ imaginaire des adultes. La<br />

littérature jeunesse, mais pas seulement, regorge de récits de cabanes que nous vous invitons<br />

à découvrir ici dans une mise en scène pensée tout spécialement par un comédien autour de la<br />

construction des frères Chapuisat !


OUVRAGES, DOCUMENTS ET ARTICLES DE PRESSE A CONSULTER :<br />

- Olivier Kaeser, <strong>Le</strong>s frères Chapuisat, Collection Cahiers d’Artistes, Pro Helvetia Edizioni<br />

Periferia, 2009<br />

- <strong>Dossier</strong> de presse Stratum , exposition des frères Chapuisat, <strong>Le</strong> <strong>Parvis</strong>, 2010 (téléchargeable sur<br />

le site du <strong>Parvis</strong> www.parvis.net)<br />

- Botto e Bruno, catalogue d’exposition, MAMAC, Nice, 2004<br />

- Botto & Bruno, Kids Riot (in the House of Lost Sound), catalogue d’exposition, Centro per l’arte<br />

contemporanea Luigi Pecci, Prato, 2007<br />

- <strong>Dossier</strong> de presse <strong>Le</strong> Quartier de l’enfance, exposition de Botto & Bruno, <strong>Le</strong> <strong>Parvis</strong>, 2010<br />

(téléchargeable sur le site du <strong>Parvis</strong> www.parvis.net)<br />

- «Habiter» <strong>Dossier</strong> pédagogique enseignants du Service éducatif du Musée des Abattoirs, Toulouse,<br />

2009-2010


Condition de visites<br />

L’entrée de l’exposition, la visite commentée et les ateliers sont gratuits.<br />

<strong>Le</strong>s mardis, mercredis, jeudis et vendredis de 10h à 12h et de 14h à 16h<br />

(horaires modulables sur demande)<br />

Uniquement sur rendez-vous : 05 62 90 60 82<br />

Visites et ateliers adaptés à tous les niveaux scolaires<br />

<strong>Le</strong> <strong>Parvis</strong> scène nationale<br />

Marie-Claire Riou, directrice<br />

Contacts<br />

<strong>Le</strong> <strong>Parvis</strong>, centre d’art contemporain :<br />

Magali Gentet, responsable du centre d’art contemporain et<br />

commissaire des expositions<br />

Catherine Fontaine, accueil des publics à Ibos 05 62 90 60 82<br />

centredart@parvis.net<br />

Etienne Veillon, accueil des publics à Pau 05 59 80 80 65<br />

parvis@wanadoo.fr<br />

Relais éducatifs :<br />

Philippe Caudron, professeur d’arts plastiques au lycée Marie Curie, chargé<br />

de mission d’action culturelle philippe caudron@ac-toulouse.fr<br />

Maryse Vivé, conseillère en arts visuels Inspection Académique 65<br />

ia65-mvive@ac-toulouse.fr<br />

Christian Sabathié, conseiller en arts visuels Inspection Académique 65<br />

Ia65-csabathie@ac-toulouse.f<br />

Olivier Espagnet, animateur science Inspection Académique 65<br />

olivier.espagnet@ac-toulouse.fr

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