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<strong>Vivre</strong> <strong>dans</strong><br />

<strong>une</strong> <strong>autre</strong><br />

<strong>culture</strong><br />

Janvier, février, mars 2009, no 330


2<br />

ORIENT : renouveler son abonnement,<br />

abonner quelqu’un d’<strong>autre</strong>... !<br />

pour que la revue puisse poursuivre son œuvre d’information et<br />

de formation à la mission au 21e siècle!<br />

J’invite chacun et chac<strong>une</strong> à faire comme cet<br />

ami: «Je voudrais d’abord te féliciter pour la Revue<br />

Orient. Je trouve que les articles qui s’y trouvent<br />

sont super intéressants — <strong>dans</strong> le dernier numéro en<br />

particulier — et bien écrits <strong>dans</strong> un style simple et<br />

direct. J’avoue que je lis la revue avec plaisir d’un<br />

bout à l’<strong>autre</strong>. À telle enseigne que je vais t’envoyer<br />

<strong>une</strong> commande sous peu pour en faire cadeau à des<br />

parents et des amis.». J.-G. M.<br />

Des témoignages sur le vif en provenance de la Famille<br />

de Sainte-Croix enracinée <strong>dans</strong> 18 pays du monde.<br />

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6$, prix coûtant pour un an;<br />

10 $, prix de soutien au développement<br />

chèque ou mandat à:<br />

MISSIONS SAINTE-CROIX<br />

4901, rue Piedmont, Montréal, QC H3V 1E3


Denis Prescott, c.s.c.,<br />

directeur<br />

S’in<strong>culture</strong>r...<br />

Éditorial<br />

Ce numéro 330 de votre revue<br />

ORIENT est traversé de part en part par<br />

un souffle missionnaire qui vous réchauffera<br />

certes le cœur, l’esprit et peut-être<br />

même tout le corps en ce temps d’hiver.<br />

Nous avons choisi de vous présenter<br />

des expériences personnelles qui soient un<br />

heureux mélange inter<strong>culture</strong>l et intergénérationnel<br />

<strong>dans</strong> l’annonce de l’Évangile.<br />

Nous avons concocté <strong>une</strong> entrevue avec<br />

deux je<strong>une</strong>s religieux de Sainte-Croix, l’un<br />

d’Haïti, Claudel Petit-Homme, c.s.c.,<br />

l’<strong>autre</strong> de l’Inde, Jomon Kalladanthiyl,<br />

c.s.c., qui se sont joints récemment à notre équipe missionnaire de<br />

l’Oratoire Saint-Joseph du Mont-Royal au cœur de Montréal. Au<br />

même moment, nous avons sollicité la contribution de Jean-<br />

Charles Descary, c.s.c., un québécois qui a passé pratiquement<br />

toute sa vie adulte en mission en Inde et qui y est toujours profondément<br />

compromis.<br />

Vous ne manquerez pas de noter les traits communs de la foi<br />

de nos trois témoins d’aujourd’hui dont l’enfance s’est déroulée<br />

<strong>dans</strong> des pays aux us et coutumes souvent aussi éloignés que les<br />

distances qui les séparent. Le premier fait qui nous saute aux yeux<br />

c’est l’attraction d’un même évangile, d’un même message de<br />

confiance et d’espérance vécu au sein de leur famille, au-delà des<br />

situations économiques du moment. De quoi constituer un phare<br />

pour nos contemporains!<br />

Nulle part vous ne sentirez <strong>dans</strong> leur témoignage un appel<br />

explicite quant à la nécessité de s’ouvrir à ce que l’<strong>autre</strong> vit, à sa<br />

langue, à sa <strong>culture</strong>. Ils n’affirment pas qu’il faut être ouvert au 3


4<br />

dialogue, qu’il faut risquer la différence...ils racontent tout simplement<br />

ce qu’il ont vu en changeant de pays, ce qui les a étonnés, ce<br />

qu’ils ont cherché à découvrir du vécu des gens, leur propre adaptation.<br />

Et ils continuent de lire sur les visages humains des signes<br />

d’espérance qui motivent leur engagement.<br />

Notre chronique habituelle autour de la planète Sainte-Croix,<br />

avec son mot d’accueil en bengali, Salam, vous propose un partenariat<br />

avec nous <strong>dans</strong> nos joies pour les uns et nos appels à la solidarité<br />

pour en soulager d’<strong>autre</strong>s de leurs souffrances.<br />

Crédit photo page couverture :<br />

André Charron, c.s.c.<br />

Commentaire :<br />

Cet arbre éléphant de Bangalore<br />

peut fort bien symboliser<br />

la profondeur et la richesse<br />

de la <strong>culture</strong> indienne.<br />

Un arbre, <strong>une</strong> grande diversité<br />

de ramifications.<br />

Denis Prescott, c.s.c, directeur<br />

prescottcsc@yahoo.ca


50 ans de mission<br />

en Inde<br />

NDLR : Orient a demandé à notre<br />

confrère Jean-Charles, qui fête 50 ans<br />

de présence en Inde, de vous confier<br />

quelques uns des souvenirs qui forment<br />

en quelque sorte la charpente morale de<br />

son zèle missionnaire. Il a envoyé ce<br />

texte <strong>dans</strong> lequel nous pouvons voir<br />

jusqu’à quel point nous sommes<br />

façonnés par les valeurs qui deviennent<br />

librement nos choix de vie.<br />

Les sous-titres sont d’Orient.<br />

Une histoire de crise<br />

économique<br />

Je suis né le 27 février 1931,<br />

année de la fameuse faillite<br />

financière de Wall Street.<br />

Quelque chose de semblable à<br />

par Jean-Charles Descary, c.s.c.<br />

ce qui se passe de nos jours.<br />

J’étais le premier né d’<strong>une</strong><br />

famille où devaient naître<br />

quatre filles et trois <strong>autre</strong>s garçons.<br />

Au plus fort de la crise,<br />

mon père, pharmacien, a même 5


6<br />

du fermer sa pharmacie pendant<br />

six mois parce que les gens<br />

ne pouvaient plus payer leurs<br />

médicaments. Nous étions déjà<br />

deux enfants à la maison. Ma<br />

mère avait été obligée d’arrêter<br />

ses études, après la huitième<br />

année, pour soutenir sa propre<br />

mère dont la santé était vacillante.<br />

Après son mariage, elle<br />

demeura un soutien précieux<br />

et, <strong>dans</strong> ces nouvelles circonstances<br />

de crise économique, elle<br />

se retrouva bientôt à la tête<br />

d’<strong>une</strong> grande maisonnée.<br />

Une douzaine d’années que<br />

la mémoire engrangerait pour<br />

fonder mon engagement à venir<br />

sur des valeurs plus solides que<br />

l’argent.<br />

Une <strong>autre</strong> histoire<br />

d’argent<br />

En 1944, la seconde guerre<br />

mondiale bat toujours son plein<br />

et pèse lourd sur l’économie. Je<br />

désirais devenir prêtre diocésain<br />

et j’avais passé quelques<br />

tests en vue d’obtenir <strong>une</strong><br />

bourse d’étude pour entreprendre<br />

les études «classiques»<br />

nécessaires à cet effet. Mais je ne<br />

fus pas choisi parmi les je<strong>une</strong>s<br />

boursiers.<br />

Sur les entrefaites, un incident<br />

bizarre allait me faire<br />

découvrir la Congrégation de<br />

Sainte-Croix. Chaque année,<br />

l’école des infirmières d’un<br />

grand hôpital de Montréal,<br />

l’Hôpital Notre-Dame, organisait<br />

un pèlerinage à l’Oratoire<br />

Saint-Joseph du Mont-Royal.<br />

Une des sœurs de maman, religieuse,<br />

dirigeait cette école de<br />

formation des infirmières. Lors<br />

du pèlerinage du printemps<br />

1944, l’<strong>une</strong> des étudiantes<br />

oublia son sac à main <strong>dans</strong> la<br />

chapelle de la crypte. Ma tante<br />

appela les religieux de l’Oratoire<br />

<strong>dans</strong> l’espoir de retrouver<br />

ce sac à main. Ce qui fut fait.<br />

Par la même occasion elle se<br />

hasarda à demander si la Congrégation<br />

avait un petit séminaire<br />

et s’il serait possible d’y<br />

admettre son neveu que j’étais.<br />

Et voilà qu’en septembre<br />

1944 je me retrouvais sur les<br />

bancs du Séminaire Sainte-<br />

Croix <strong>dans</strong> l’espoir de réaliser<br />

mon désir de servir la société<br />

comme prêtre.<br />

Une expérience<br />

heureuse<br />

«J’étais heureux au petit séminaire<br />

et, le temps venu de faire un<br />

choix de vie, je décidai naturellement<br />

d’entrer au noviciat de la<br />

Congrégation de Sainte-Croix à


Pointe-Claire <strong>dans</strong> la banlieue de<br />

Montréal. J’y ai fait voile allégrement:<br />

donnant de l’ampleur à ma<br />

foi, mon espérance et mon amour,<br />

en développant un goût réel pour<br />

ce qu’on peut appeler contemplation<br />

silencieuse. Cette année me<br />

donna l’occasion de ressentir fortement<br />

l’appel pour vivre la mission<br />

évangélique à l’étranger, hors<br />

Canada. Mes premiers vœux en<br />

Sainte-Croix comprenaient donc<br />

cet engagement de disponibilité<br />

pour les territoires hors Canada<br />

dont étaient responsables les<br />

confrères canadiens».<br />

Des études à compléter<br />

Les études de philosophie,<br />

d’abord, telles qu’on les menait<br />

alors au Collège de Saint-<br />

Laurent. Ce collège avait vu le<br />

jour en 1847 avec l’arrivée de<br />

Sainte-Croix au Canada, alors<br />

terre de mission aux yeux du<br />

gouvernement de l’Église catholique.<br />

J’aimais la philosophie au<br />

point de me classer premier en<br />

dissertation philosophique au<br />

terme de ma deuxième année.<br />

Les quatre années suivantes<br />

se passèrent à Sainte-Genevièvede-Pierrefonds,<br />

en bord de rivière,<br />

<strong>dans</strong> la partie ouest de Montréal.<br />

La Congrégation y avait<br />

érigé son scolasticat, lieu<br />

d’études théologiques, <strong>dans</strong> un<br />

bâtiment en forme de monastère.<br />

Mon intérêt pour l’ecclésiologie,<br />

cette partie de la théologie<br />

qui traite de la nature et de la<br />

vie de l’Église, n’a cessé de<br />

croître tout comme mon intérêt<br />

pour la mission en Inde. J’ai<br />

consacré beaucoup de temps à<br />

la lecture des écrits de saint<br />

Augustin au cours de ces quatre<br />

années.<br />

Au cœur de mon expérience<br />

intellectuelle et spirituelle je<br />

réalisai alors deux choses que<br />

je considère comme deux grâces<br />

significatives. Une, j’ai fait l’expérience<br />

de ce sentiment profond<br />

que je dépends totalement<br />

de Dieu, même pour <strong>une</strong> simple<br />

respiration; je dois tout à Dieu,<br />

ma propre personne en premier.<br />

L’<strong>autre</strong>, ce fut <strong>une</strong> appréhension<br />

profonde du mystère du Seigneur<br />

Ressuscité, un en son<br />

Église, en son Corps, en sa Totalité<br />

comme Christ. C’est demeuré<br />

depuis ce temps le leitmotiv<br />

de ma vie.<br />

Je fus ordonné prêtre à la fin<br />

de ces études et je reçus ma première<br />

obédience (ordre de mission)<br />

lors du rassemblement<br />

d’été de la Congrégation : mission<br />

au nord-est de l’Inde <strong>dans</strong><br />

la préfecture apostolique d’Ha- 7


8<br />

flong, mission précédée d’un an<br />

de formation appropriée à<br />

Paris. Mes parents se sont<br />

réjouis avec moi et m’ont supporté<br />

de tout leur cœur.<br />

Paris, terre de mission<br />

L’année à Paris fut bien<br />

remplie bien que j’eusse préféré<br />

la passer à Barisal, ville du<br />

Pakistan Oriental, à l’époque,<br />

pour y apprendre le bengali. Je<br />

profitai de ce temps d’étude<br />

pour m’initier à l’Inde ainsi qu’à<br />

la sociologie, l’anthropologie et<br />

la catéchèse. Je pris même un<br />

cours en art indien au musé<br />

Guimet.<br />

Je m’impliquai pastoralement<br />

avec un groupe d’apostolat<br />

laïc et un <strong>autre</strong> groupe au<br />

nom évocateur, Les Messieurs de<br />

la Messe au Village. Nous parcourions<br />

des villages éloignés<br />

de la ville pour y célébrer l’eucharistie,<br />

enseigner le catéchisme<br />

et rendre visite aux familles.<br />

Très peu de personnes venaient<br />

à l’Église, non par opposition<br />

mais juste par indifférence.<br />

Mumbai 1958<br />

Je mettais pied à terre à<br />

Mumbai le 12 septembre 1958.<br />

En chemin, j’avais fait escale sur<br />

la route missionnaire de saint<br />

Paul, notamment à Corinthe.<br />

Brève visite à Delhi et Kolkota<br />

(Calcutta) puis arrivée à Silchar,<br />

<strong>dans</strong> le nord-est. Je me mis<br />

immédiatement à l’étude de la<br />

langue mizo <strong>dans</strong> l’éventualité<br />

d’<strong>une</strong> affection au Mizoram. Un<br />

mois plus tard, Mgr George<br />

Breen, c.s.c., alors au Canada,<br />

me demandait par lettre de me<br />

rendre à Shilong pour y étudier<br />

le khasi, langue de cette région.<br />

Je quitte donc immédiatement<br />

Silchar pour la capitale de<br />

l’Assam.<br />

Je m’installai pendant trois<br />

mois <strong>dans</strong> <strong>une</strong> école technique,<br />

vivant littéralement en Khasi,<br />

utilisant tout mon temps pour<br />

cet unique apprentissage. Après<br />

ces trois mois intensifs d’inculturation,<br />

je reviens à Silchar<br />

pour me joindre au père John N.<br />

Martin, c.s.c., qui venait de passer<br />

un an au Bangladesh et trois<br />

mois à Shilong. Nous poursuivions<br />

ensemble l’étude du khasi<br />

(imaginez que nous allions jusqu’à<br />

alterner : l’un mangeait,<br />

l’<strong>autre</strong> lui faisait la lecture).<br />

Nous visitions nos amis chrétiens<br />

des villages, découvrant<br />

de mieux en mieux leur <strong>culture</strong><br />

avec le temps. Des gens<br />

venaient aussi à l’église pour<br />

connaître le Christ. Nous utili-


Connaître le Christ en Inde c’est aussi en parler avec tous les moyens de la grande <strong>culture</strong> indienne.<br />

Annoncer le Christ par l’art du mantra.<br />

9


10<br />

sions un dictionnaire khasianglais<br />

écrit par un pasteur<br />

presbytérien. C’était le seul que<br />

nous ayons. Comme pratique<br />

de la langue, j’en ai donc fait<br />

5 copies avec mon propre dactylographe<br />

à l’intention de ceux<br />

qui voudraient marcher sur nos<br />

pas. Il se peut que l’<strong>une</strong> ou<br />

l’<strong>autre</strong> copie existe encore<br />

quelque part.<br />

L’évangélisation<br />

John et moi nous avons<br />

donné priorité aux gens des villages<br />

et à <strong>une</strong> annonce explicite<br />

de l’Évangile. Dans le district<br />

du Cachar, les protestants, très<br />

majoritairement presbytériens,<br />

dépassaient en nombre les<br />

catholiques. Notre mission<br />

comptait de 45 à 50 villages.<br />

Nous partions en randonnée<br />

pour 3 à 5 jours ou <strong>une</strong> semaine,<br />

parfois jusqu’à 20 jours de suite,<br />

le temps de faire le tour d’un<br />

secteur et de revenir à notre<br />

port d’attache. Nous vivions<br />

avec les gens des villages, mangeant<br />

leur nourriture, partageant<br />

leur vie quotidienne. J’ai<br />

eu grand plaisir à faire ces tournées.<br />

Pour vous dire que j’ai<br />

vécu 15 années sur 16 sans électricité<br />

ni téléphone. En 1967, j’ai<br />

appris le décès de mon père par<br />

un télégramme qui m’est parvenu<br />

trois jours après son enterrement.<br />

Besoins du 20 e siècle<br />

Nous avons constaté le<br />

besoin d’<strong>une</strong> école pour nos<br />

gens, ce qui nous a conduit à<br />

ouvrir <strong>une</strong> école khasi à Silchar,<br />

ville bengalie. Nous ne portions<br />

pas beaucoup d’attention,<br />

à l’époque, à la population bengalie.<br />

La plupart des gens de<br />

nos villages étaient analphabètes<br />

ou avaient appris à lire<br />

avec l’aide de quelques catholiques<br />

venant de l’état du<br />

Meghalaya où ils avaient bénéficié<br />

d’un peu d’instruction<br />

<strong>dans</strong> des écoles des Salésiens.<br />

Ils pouvaient signer leur nom,<br />

lire des hymnes religieux<br />

simples et le nouveau testament.<br />

Nous avons donc organisé<br />

un pensionnat sur place. Ce<br />

fut difficile de convaincre les<br />

gens de la nécessité de l’école<br />

mais peu à peu nous avons progressé.<br />

Elle est devenue la Holy<br />

Cross School de Silchar dirigée<br />

maintenant par <strong>une</strong> communauté<br />

de sœurs autochtones<br />

fondée par nous, les Sœurs de<br />

Béthanie.


Un mille à pied,<br />

ça use…<br />

Nous avions l’habitude de<br />

voyager d’un village à l’<strong>autre</strong><br />

par bus, par train et en faisant<br />

toujours un bout à pied, car les<br />

villages sont toujours distancés<br />

des gares ferroviaires ou d’autobus.<br />

Nous amenions le plus<br />

souvent des catéchistes avec<br />

nous et nous nous entretenions<br />

en khasi. John et moi nous en<br />

étions parvenus à le parler couramment.<br />

J’ai aussi appris un<br />

peu de bengali après quelques<br />

années.<br />

Puis l’achat d’<strong>une</strong> moto m’a<br />

rendu un grand service pour la<br />

tournée des villages.<br />

Je vous raconte que la<br />

« parole » voyage aussi. J’avais<br />

été demandé pour l’onction des<br />

malades et je m’étais mis en<br />

route sans pouvoir atteindre le<br />

village avant la nuit noire. Ne le<br />

pouvant et étant seul, je décidai<br />

de camper <strong>dans</strong> la forêt, <strong>une</strong><br />

petite jungle, jusqu’aux premières<br />

lueurs du matin où je me<br />

remis en marche et atteignis le<br />

village à 5 heures. La rumeur<br />

publique en fit un exploit à la<br />

gloire des prêtres catholiques<br />

prêts à tout pour leurs gens.<br />

Il est superflu de vous dire<br />

que les confrères au Mizoram et<br />

au Tripura (2 régions de la préfecture<br />

apostolique d’Haflong<br />

avec le Cachar et le Nord<br />

Cachar) faisaient la même<br />

chose. Il n’y avait qu’<strong>une</strong> route<br />

de Silchar à Aizwal et Agartala.<br />

Il n’était pas rare que nous<br />

ayons à voyager en montant sur<br />

le dessus des camions. Heureusement<br />

nous étions je<strong>une</strong>s et<br />

enthousiastes. J’ai même du<br />

faire un tel voyage en 1980,<br />

pour me rendre de Mariamnagar<br />

à Silchar, alors que j’étais<br />

supérieur des religieux de<br />

Sainte-Croix en Inde. C’était<br />

juste un mois avant que n’éclatent<br />

les troubles entre les tribus<br />

et les bengalis du Tripura. Nous<br />

étions tous parfaitement ignorants<br />

de ce qui se tramait.<br />

John et moi nous étions<br />

avantagés par rapport aux<br />

confrères du Mizoram. Eux<br />

devaient tout traduire en Mizo<br />

alors que nous obtenions de<br />

Shilong les livres en khasi dont<br />

nous avions besoin. Il est bon de<br />

savoir que là où les protestants<br />

nous avaient précédés ils<br />

avaient traduit la Bible <strong>dans</strong> la<br />

langue locale et en caractère<br />

romain. Une aide considérable.<br />

La plupart des protestants ont<br />

<strong>une</strong> grande vénération pour la<br />

Parole de Dieu.<br />

11


12<br />

Nous pouvons dire que notre Église est maintenant<br />

bien plantée au Mizoram.


Ces 16 années au Cachar et<br />

en Assam évoquent pour moi la<br />

première des béatitudes: «Heureux<br />

les pauvres de cœur, le<br />

Royaume des cieux est à eux. »<br />

Nos gens étaient pauvres et<br />

heureux et nous l’étions avec<br />

eux. Nous vivions comme eux.<br />

Notre communauté de foi s’était<br />

agrandie de 1 000 membres au<br />

cours de ces années.<br />

Les années<br />

douloureuses<br />

Nous avons fait face à <strong>une</strong><br />

pénible expérience de 1966 à<br />

1972. En 1958, le gouvernement<br />

indien avait demandé aux missionnaires<br />

étrangers de quitter<br />

les régions où il y avait des tensions<br />

avec les peuples des tribus.<br />

Le Mizoram fut rejoint par<br />

ces tensions en 1966. Le Front<br />

National Mizo entreprit un<br />

combat pour la création d’un<br />

pays indépendant. Le mouvement<br />

sécessionniste fut rapidement<br />

maté par l’Armée indienne.<br />

Le père Marc Gagnon, c.s.c.,<br />

(actuel directeur de Missions<br />

Sainte-Croix) pasteur à Kolasib<br />

reçu l’ordre de quitter immédiatement<br />

le Nord-Est de l’Inde. Je<br />

me suis rendu rapidement à<br />

Shillong pour en connaître les<br />

raisons. Les autorités ne vou-<br />

lurent rien entendre et le père<br />

Gagnon dut quitter comme cela<br />

avait été le cas, quelque temps<br />

auparavant, pour le père Jean<br />

Vézina, c.s.c. En moins de deux<br />

ans, tous les confrères canadiens<br />

durent quitter le Mizoram et<br />

ceux du Tripura durent faire de<br />

même entre 1970 et 1972.<br />

Nous venions depuis quelques<br />

années d’ouvrir des maisons<br />

de formation <strong>dans</strong> le sud<br />

de l’Inde. Heureusement. La<br />

plupart des confrères canadiens<br />

qui ne connaissaient que le bengali<br />

ou le mizo décidèrent de<br />

rentrer au Canada. Je demeurai<br />

à Silchar pour prendre soin de<br />

nos villageois. Je m’accrochais<br />

au Seigneur, la source de ce qui<br />

me restait de force pour résister.<br />

L’Église du Mizoram et du Tripura<br />

entrait <strong>dans</strong> <strong>une</strong> période<br />

de vie difficile. Des prêtres<br />

venaient du Kérala, tout au sud<br />

de l’Inde, pour prendre la relève<br />

mais ils ne connaissaient ni la<br />

langue ni la <strong>culture</strong> de nos<br />

peuples du nord. Et le temps<br />

manquait pour les initier.<br />

Les frontières ont été à nouveau<br />

ouvertes aux non indiens<br />

en 1997. Personne ne pouvait<br />

prédire à l’époque qu’il y aurait<br />

dix diocèses catholiques en<br />

2009, dont six dirigés par des 13


14 34 ans au sud pour le développement d’<strong>une</strong> Congrégation de Sainte-Croix bien de l’Inde.


évêques natifs des tribus de ce<br />

même nord-est.<br />

34 ans au sud<br />

En juin 1974, je quittais le<br />

Nord-Est, à la demande du Père<br />

Yvon Martin, c.s.c., alors supérieur<br />

pour tout l’Inde. Il me<br />

demandait d’assumer la charge<br />

de maître des novices à compter<br />

de 1975, après <strong>une</strong> année de formation<br />

au Canada. Je demandai<br />

alors au gouvernement, et je<br />

l’obtins, un document officiel<br />

qui me permettrait de revenir<br />

en tout temps <strong>dans</strong> la région.<br />

Mais le noviciat n’entrera<br />

<strong>dans</strong> la liste de mes fonctions<br />

qu’en 1987-1993. À mon retour<br />

en Inde, en octobre 1975, je fus<br />

élu par mes confrères du district<br />

des Pères de Sainte-Croix en<br />

Inde à la charge de supérieur<br />

(1975- 1981).<br />

Les 27 années qui suivent<br />

1981 sont toutes consacrées à la<br />

formation des je<strong>une</strong>s religieux<br />

indiens et des aspirants à la vie<br />

religieuse <strong>dans</strong> nos différentes<br />

maisons en Inde. J’ai fait et<br />

défait mes valises à P<strong>une</strong>, Yercaud,<br />

Bangalore, Katapadi,<br />

Sakalavara et c’est de Yercaud<br />

que je vous écris aujourd’hui.<br />

14 janvier 2009.<br />

15


16<br />

Une nouvelle ère pour<br />

l’animation de la foi<br />

Orient a rencontré pour vous deux religieux<br />

missionnaires de Sainte-Croix, l’un originaire d’Haïti,<br />

Claudel Petit-Homme, c.s.c., l’<strong>autre</strong> originaire de l’Inde,<br />

Jomon Kallandanthiyil, c.s.c. Ils sont présentement en<br />

service à l’Oratoire Saint-Joseph du Mont-Royal.<br />

Ils ont aussi tous deux vécu un certain nombre d’années<br />

en Europe avant d’arriver à Montréal.<br />

Orient les a réunis autour d’<strong>une</strong> table et leur a proposé<br />

de vous partager leur expérience de la foi chrétienne en<br />

regard de ces milieux <strong>culture</strong>ls si différents les uns<br />

des <strong>autre</strong>s. L’entretien vous est présenté, <strong>dans</strong> ces pages,<br />

sous forme d’interview personnalisée.<br />

La foi de son enfance<br />

Orient : Quelle a été votre<br />

expérience personnelle de la foi<br />

chrétienne?<br />

Jomon : Moi, qui viens de<br />

l’État du Kérala, au sud de<br />

l’Inde, je suis né <strong>dans</strong> <strong>une</strong> famille<br />

chrétienne. Mes parents et<br />

mes grands parents sont catholiques,<br />

Je pense que ma famille<br />

a <strong>une</strong> longue tradition en ce<br />

sens. L’état du Kérala a la plus<br />

Denis Prescott, c.s.c., directeur<br />

forte proportion de chrétiens en<br />

Inde. Nous parlons d’<strong>une</strong> tradition<br />

apostolique qui remonterait<br />

à la venue de l’apôtre saint Thomas<br />

en l’an 52 de l’ère chrétienne.<br />

Baptisé tout je<strong>une</strong>, j’ai<br />

été introduit à la foi chrétienne<br />

dès mon enfance. J’ai eu cette<br />

chance d’aller à l’église tout<br />

je<strong>une</strong> avec mes, mes frères et<br />

mes sœurs aînés. Ils m’ont<br />

beaucoup accompagné <strong>dans</strong> le


cadre de ma foi en famille. Il y<br />

eut aussi, bien sur, le curé de la<br />

paroisse, les sœurs de l’école et<br />

un oncle qui est prêtre <strong>dans</strong> <strong>une</strong><br />

congrégation fondée au Kérala.<br />

Ma sœur aînée est religieuse<br />

<strong>dans</strong> la congrégation de Saint-<br />

Joseph de Cluny. Mon expérience<br />

de la foi chrétienne a<br />

donc été bien soutenue par la<br />

famille, de l’enfance à aujourd’hui.<br />

Père Jomon Kallandanthiyil,<br />

c.s.c., natif du Kerala en Inde,<br />

vient de se joindre à l’équipe de<br />

Montréal.<br />

Claudel : Je suis aussi né<br />

<strong>dans</strong> <strong>une</strong> famille catholique<br />

<strong>dans</strong> le nord d’Haïti. Ma mère<br />

s’engagea à fond <strong>dans</strong> la légion<br />

de Marie; et mon père, <strong>dans</strong> le<br />

Scoutisme. De plus, les deux<br />

étaient membres de la chorale<br />

paroissiale. À ma naissance,<br />

<strong>dans</strong> les années soixante, 85 %<br />

de la population d’Haïti étaient<br />

catholiques. Les chrétiens protestants<br />

étaient en nombre peu<br />

considérable. J’ai vécu très tôt<br />

l’expérience de l’Église et de la<br />

foi des Apôtres au moyen d’expériences<br />

diverses : le témoignage<br />

de vie de mes parents, le<br />

service de l’Autel comme enfant<br />

de chœur, ma participation<br />

<strong>dans</strong> le Mouvement Eucharistique<br />

des Je<strong>une</strong>s (MEJ), mon<br />

passage au Petit Séminaire et<br />

j’en passe. J’ai aussi eu la grâce<br />

de pouvoir grandir à l’ombre<br />

d’un religieux de Sainte-Croix<br />

dont l’engagement m’a beaucoup<br />

marqué. Il s’agit du père<br />

Pollux Byas, c.s.c, de regrettée<br />

mémoire. Sa grande vitalité spirituelle<br />

et son zèle missionnaire<br />

m’ont fait vivre l’expérience de<br />

Dieu, de la foi chrétienne au<br />

cœur de ma <strong>culture</strong>, <strong>dans</strong> un<br />

contexte social très particulier<br />

comme celui de notre chère<br />

Haïti. Mon expérience personnelle<br />

de la foi chrétienne a donc<br />

été vitalisée par la liturgie, par<br />

la manifestation de la foi de<br />

ceux qui m’encadraient et par<br />

mon désir personnel de rencontrer<br />

Dieu.<br />

17


18<br />

Culture et foi<br />

Orient : Culture et Foi.<br />

Pouvez-vous développer, l’un et<br />

l’<strong>autre</strong>, le lien qui unit ces deux<br />

mots?<br />

Claudel : Dieu a <strong>une</strong> présence<br />

remarquable <strong>dans</strong> la <strong>culture</strong><br />

haïtienne. Nous retrouvons<br />

des traces de Dieu sur de nombreux<br />

véhicules, c’est-à-dire, les<br />

expressions langagières, les<br />

relations interpersonnelles quotidiennes,<br />

les attitudes individuelles<br />

et les supports matériels.<br />

Le langage de l’Haïtien est<br />

tissé de proverbes à connotation<br />

divine. On se salue en chemin<br />

en disant toujours : « Bonjour,<br />

comment ça va ? », on répond :<br />

« On est bien grâce à Dieu » ou<br />

«pas si mal, grâce à Dieu». Notre<br />

langue haïtienne (couramment<br />

appelée Créole) est enrichie de<br />

proverbes et de citations qui se<br />

réfèrent au divin. Les noms des<br />

individus à leur naissance transpirent<br />

aussi ce sens du divin.<br />

On trouve des Jésusla, des<br />

Jésuslhomme, des Marie, des<br />

Joseph, des Dieubon, des<br />

Dieusibon, des Dieufort,<br />

des Dieuseul, des Dieujuste,<br />

des Dieuveulhomme, des<br />

Lourdes, des Marie-Lourdes,<br />

etc. D’<strong>autre</strong>s véhicules plus<br />

concrets parlent de Dieu avec la<br />

même énergie. Il s’agit des<br />

enseignes de commerce, des<br />

véhicules de transport en commun,<br />

des voiliers...<br />

Père Claudel Petit-Homme,<br />

c.s.c., est venu d’Haïti prêter<br />

main forte à l’équipe de l’Oratoire<br />

Saint-Joseph.<br />

Les villages se sont construits<br />

autour du clocher. L’institution<br />

ecclésiale maintient <strong>une</strong><br />

présence vivante partout <strong>dans</strong><br />

la société. L’Église supplée l’État<br />

<strong>dans</strong> ses défaillances <strong>dans</strong> différents<br />

domaines grâce à son<br />

expertise en humanité, pour<br />

répéter Sa Sainteté Paul VI. Ce<br />

témoignage remonte depuis<br />

l’arrivée des missionnaires<br />

européens notamment les français.<br />

Les villages se développaient<br />

autour de l’église paroissiale<br />

non loin de laquelle se


trouvaient l’hôpital et les établissements<br />

scolaires administrés<br />

par les religieux. Le curé<br />

veille à tout en bon père de<br />

famille. Mes parents m’ont<br />

raconté qu’aux années antérieures<br />

un catholique devait<br />

recourir à la médiation du curé<br />

avant de se présenter pardevant<br />

le Tribunal. Se présenter<br />

directement par-devant le Juge<br />

sans la médiation du curé était<br />

mal compris. De l’avis des gens,<br />

les désaccords entre voisins<br />

pouvaient se régler par d’<strong>autre</strong>s<br />

voies mieux inspirées. Moi, j’ai<br />

grandi <strong>dans</strong> ce contexte-là.<br />

Dans les grandes villes, la situation<br />

est un peu semblable. Là<br />

encore, les gens font preuve de<br />

compréhension mutuelle.<br />

À mon premier voyage en<br />

Europe, je m’attendais à ce que<br />

l’église indique le lieu où je<br />

devais résider. J’ai vite compris<br />

que non. Les bâtiments des<br />

villes ont <strong>une</strong> architecture quasi<br />

uniforme. Souvent, l’église du<br />

coin a la bâtisse la moins imposante.<br />

Déjà, l’urbanisme et<br />

l’agencement spatial affichent<br />

un panorama peu semblable au<br />

mien. J’ai aussi découvert que<br />

les gens vivent leur foi <strong>dans</strong> un<br />

esprit quasi étranger à ce que<br />

j’ai vécu. Ils ne se présentent<br />

pas pour les célébrations tandis<br />

que chez moi il n’existe pas de<br />

célébrations sans notre présence.<br />

Ils préfèrent «faire dire»<br />

des messes alors que chez moi<br />

l’intention de messe se complète<br />

par la participation des fidèles.<br />

J’ai été un peu désorienté par ce<br />

tableau en tentant de retrouver<br />

mes points de repère d’origine.<br />

La question suivante me venait<br />

à l’esprit : a-t-on vraiment<br />

besoin de l’Église ? Pour les<br />

funérailles, ok! Pour un mariage,<br />

très bien ! Mais <strong>dans</strong><br />

d’<strong>autre</strong>s occasions, qu’en est-il?<br />

Au fil du temps, j’ai découvert<br />

d’<strong>autre</strong>s enjeux comme par<br />

exemple les problématiques<br />

liées au progrès, à la <strong>culture</strong><br />

définitivement colorée par certaines<br />

idéologies sécularisantes,<br />

à l’intransigeance de la laïcité de<br />

l’État, à l’indifférence des gens<br />

par rapport à la foi de leurs<br />

ancêtres ainsi qu’à toutes <strong>autre</strong>s<br />

questions ayant plus ou moins<br />

un lien avec la foi chrétienne<br />

qui caractérisait la vie de ces<br />

sociétés durant des siècles. De<br />

tels enjeux n’étaient pas à<br />

l’ordre du jour en Haïti même<br />

s’il faut admettre que les bouleversements<br />

sociopolitiques successifs<br />

des vingt dernières<br />

années ont tenté d’introduire 19


20<br />

des interprétations qui peinent<br />

encore à supplanter l’empreinte<br />

de la foi catholique <strong>dans</strong> le paysage<br />

<strong>culture</strong>l haïtien. Cela veut<br />

dire que la foi n’est pas encore<br />

« lézardée » comme c’est le cas<br />

<strong>dans</strong> plusieurs <strong>autre</strong>s contextes<br />

mais que les tensions sociopolitiques<br />

existantes ainsi que la<br />

présence de nouvelles tendances<br />

religieuses en activité<br />

<strong>dans</strong> certains recoins du pays<br />

semblent vouloir proposer <strong>une</strong><br />

perception inexacte de l’Église<br />

catholique défendant les plus<br />

pauvres de différentes manières<br />

en leur donnant sa voix. Au<br />

fond d’elle-même, notre Haïti<br />

chérie demeure un pays chrétien<br />

en dépit des pas qui doivent<br />

être affranchis en ce qui a<br />

trait à la nouvelle évangélisation.<br />

Donc, pour résumer le lien<br />

qui unit la <strong>culture</strong> et la foi, je<br />

dirai que la <strong>culture</strong> a besoin<br />

d’être évangélisée et purifiée<br />

par la foi. De même aussi, la foi<br />

a besoin de la <strong>culture</strong> comme<br />

support pour s’imprimer <strong>dans</strong><br />

la vie des gens et sanctifier la<br />

mentalité des hommes pour<br />

leur propre bonheur.<br />

Jomon : Dans mon village,<br />

comme <strong>dans</strong> plusieurs villages<br />

du Kerala (population entre 3 et<br />

5 000 personnes), l’Église catho-<br />

lique joue un rôle important. Le<br />

centre du village c’est l’église,<br />

lieu de culte. Autour, il y a<br />

l’école et d’<strong>autre</strong>s institutions.<br />

Les villageois expriment de la<br />

considération envers le curé.<br />

Les familles sont très heureuses<br />

de l’accueillir à la maison. Il<br />

peut s’arrêter au hasard d’<strong>une</strong><br />

marche à travers le village et les<br />

gens sont très heureux de cela.<br />

J’ai vécu exactement le contraire<br />

quand je suis arrivé en France.<br />

On ne peut pas entrer <strong>dans</strong> <strong>une</strong><br />

famille catholique sans avoir<br />

pris rendez-vous à l’avance. Je<br />

me suis vraiment posé la question<br />

du pourquoi, tant cette<br />

situation m’étonnait. Dans mon<br />

village, au Kerala, il m’est tout à<br />

loisir d’arrêter chez des gens et<br />

de les saluer ainsi: eh, comment<br />

ça va aujourd’hui ? L’accueil<br />

spontané me porte à dire que,<br />

<strong>dans</strong> mon village, les chrétiens<br />

sont profondément chrétiens<br />

comme les hindous sont profondément<br />

hindous.<br />

Un <strong>autre</strong> phénomène contrastant<br />

que j’ai connu en arrivant<br />

à Paris, ce fut la participation<br />

des gens à la vie de leur<br />

communauté chrétienne. La<br />

célébration du dimanche, chezmoi,<br />

rassemble toute la famille,<br />

petits et grands, les mamans


Même à la loto il y a des<br />

traces du Père Éternel !<br />

21


22<br />

tenant même les bébés <strong>dans</strong><br />

leurs bras. C’est animé. Toutes<br />

les générations sont là. À Paris,<br />

je me suis retrouvé <strong>dans</strong> des<br />

célébrations bien cadrées, bien<br />

typées, où les je<strong>une</strong>s sont<br />

absents. Une vraie différence<br />

<strong>culture</strong>lle.<br />

Le besoin de Dieu<br />

en occident<br />

Orient: Vous êtes maintenant<br />

à Montréal. Toi, Claudel, depuis un<br />

an, et toi Jomon depuis quelques<br />

mois. Vos premières impressions.<br />

Claudel : Il n’existe pas de<br />

contrastes flagrants avec mon<br />

expérience vécue en Haïti. À<br />

l’Oratoire, je suis en mission.<br />

C’est bien spécial. Le va-et-vient<br />

des pèlerins constitue pour moi<br />

un pôle de référence de la pratique<br />

religieuse au Québec<br />

actuel à travers ses multiples<br />

visages. Il existe <strong>une</strong> baisse évidente<br />

de la pratique des sacrements<br />

au Québec. Selon ma<br />

compréhension, le désir du<br />

divin est là. Ce qu’affichent les<br />

gens à travers les médias ne traduit<br />

pas nécessairement <strong>une</strong><br />

absence totale de la foi. Ma pratique<br />

pastorale révèle que le<br />

désir de la foi est intense. Oui, il<br />

y a <strong>une</strong> tiédeur spirituelle certaine.<br />

Oui, l’influence d’<strong>une</strong><br />

mentalité d’indifférence à<br />

l’égard de l’institution ecclésiale<br />

est tangible. Mais le besoin de<br />

Dieu est là. Habituellement, les<br />

gens qui ont la suffisance matérielle<br />

estiment parfois que leurs<br />

besoins sur le plan spirituel<br />

peuvent être aussi comblés par<br />

leurs biens matériels. C’est le<br />

sentiment qu’ils paraissent extérioriser<br />

<strong>dans</strong> bien des cas. Dans<br />

<strong>une</strong> société où les conditions de<br />

vie sont précaires, les gens<br />

semblent avoir fréquemment<br />

recours à la transcendance, à un<br />

certain ordre supérieur, à Dieu.<br />

Vivant <strong>dans</strong> un pays bien pourvu<br />

matériellement, les gens<br />

semblent faire fi de cet ordre<br />

supérieur pourtant nécessaire<br />

<strong>dans</strong> les deux contextes. Voilà<br />

mon point de vue!<br />

Jomon : Je pense que le<br />

besoin de Dieu est essentiel<br />

à chaque être humain créé à<br />

l’image et à la ressemblance de<br />

Dieu. Hindou, chrétien ou<br />

bouddhiste c’est le même<br />

besoin. On a ce désir de rencontrer<br />

quelqu’un qui est au-delà,<br />

quelqu’un qui est grand, Quelqu’un<br />

qui est suprême. Ce désir<br />

de rencontre est bien là <strong>dans</strong> la<br />

tradition hindoue. On cherche<br />

Quelqu’un qui est le Créateur,<br />

Brahma <strong>dans</strong> la tradition hin-


doue. Il y a certes plusieurs personnalités<br />

divines <strong>dans</strong> cette<br />

tradition dont trois principales:<br />

Brahma, Shiva et Vishnou. La<br />

tradition hindoue mentionne<br />

aussi des milliers de noms et<br />

d’images pour Dieu. Les gens<br />

veulent s’y identifier, devenir<br />

Dieu. Les gens vivent de l’espérance<br />

de devenir un avec Brahma.<br />

Ils parlent alors de la<br />

renaissance en Dieu.<br />

Notre désir chrétien de rencontrer<br />

Dieu est le même bien<br />

que notre théologie de Dieu soit<br />

différente. Il est écrit au livre<br />

juif de la Genèse (3,5) : « Vous<br />

serez comme des dieux. » et<br />

l’apôtre Jean (1 Jean 3,2)<br />

affirme: «Nous serons semblables<br />

à Dieu.». Plusieurs théologiens,<br />

que nous appelons les Pères de<br />

l’Église, ont écrit des textes<br />

admirables sur la divinisation<br />

de l’être humain. Il nous faut<br />

donc poser des gestes concrets<br />

de bonté (c’est le sens précis du<br />

mot karma <strong>dans</strong> l’hindouisme)<br />

pour rencontrer Dieu. Il faut<br />

sacrifier parfois certaines choses<br />

pour y arriver, c’est le sens de<br />

faire des sacrifices. La manière<br />

de faire des sacrifices, au nom<br />

de la foi, relève de la dimension<br />

<strong>culture</strong>lle propre à la société<br />

hindoue, bouddhiste ou chré-<br />

tienne. Le désir de rencontrer<br />

Dieu est donc ce qui meut les<br />

gens. Je le perçois ici comme làbas.<br />

Ce qui distingue ces deux<br />

milieux, par ailleurs, c’est qu’en<br />

Inde la démarche est collective,<br />

en famille, et qu’ici elle est individuelle.<br />

J’ai discuté avec des<br />

gens et il m’apparaît évident<br />

qu’ils sont en cheminement<br />

mais ils ne veulent pas s’associer<br />

à <strong>une</strong> communauté. La foi<br />

n’est pas perdue pour autant. Il<br />

est cependant plus difficile de<br />

dire en Qui ils ont la foi. Est-ce<br />

en la personne de Jésus ? Une<br />

bonne question pour aujourd’hui.<br />

Vatican II et<br />

l’acceptation<br />

du dialogue<br />

Orient : Le courant ecclésial<br />

catholique qui s’inspire de l’esprit<br />

de Vatican II est très ouvert à <strong>une</strong><br />

considération positive de toutes les<br />

religions. Qu’en est-il du Vaudou<br />

en Haïti? Et des <strong>autre</strong>s religions en<br />

Inde?<br />

Claudel : L’année 1944 a<br />

beaucoup marqué la <strong>culture</strong><br />

haïtienne quant à l’attitude<br />

évangélisatrice adoptée par<br />

l’Église catholique en Haïti. Certains<br />

pourraient parler d’<strong>une</strong> 23


24 Les villages se sont construits autour des clochers.


certaine forme d’inquisition<br />

dont a été victime la <strong>culture</strong><br />

haïtienne. Les historiens qualifient<br />

cette attitude de l’Église<br />

d’époque de « campagne des<br />

rejetés ». Les missionnaires<br />

imposaient aux vodouisants<br />

l’abandon ou le rejet pur et<br />

simple de leurs pratiques cultuelles<br />

au moyen de méthodes<br />

qui étaient réellement inappropriées.<br />

Selon les données disponibles,<br />

le vaudou devait perdre<br />

sa grande visibilité par la disparition<br />

des temples vaudous<br />

appelés « péristyles ». Cette<br />

perte de visibilité devait apparemment<br />

entraîner son effacement<br />

<strong>dans</strong> la conscience des<br />

pratiquants. Cependant, tout<br />

porte à croire que l’oligarchie<br />

traditionnelle d’alors a pu instrumentaliser<br />

l’Église à cette fin.<br />

Car, il fallait «civiliser Haïti» ou<br />

tout au mieux donner <strong>une</strong><br />

image <strong>autre</strong> à l’extérieur. Cette<br />

campagne a dû rencontrer différentes<br />

formes de résistance car<br />

le vaudou continuait et continue<br />

de caractériser la vie<br />

du peuple de nombreuses<br />

manières.<br />

Brièvement, le vaudou comporte<br />

plusieurs aspects: l’aspect<br />

folklorique, ordinairement admissible<br />

<strong>dans</strong> la vie courante ;<br />

l’aspect religieux avec toute sa<br />

manière de représenter Dieu,<br />

mais un Dieu tellement Grand<br />

et éloigné des humains qu’Il a<br />

<strong>une</strong> foule de serviteurs (les loas,<br />

un genre de médiateurs entre<br />

Dieu et les humains) pour s’occuper<br />

des gens. Dieu est le<br />

Grand Maître, les loas sont ses<br />

auxiliaires. Le Vaudou est venu<br />

d’Afrique par le biais de la<br />

traite des esclaves. Ce courant<br />

religieux comporte un aspect<br />

libérateur aux yeux de plusieurs<br />

historiens. Le vaudou a contribué<br />

à la création d’un espace de<br />

liberté, affirment-ils. Le catholicisme<br />

est arrivé sur l’Île avec la<br />

colonisation. Les esclaves ont<br />

accepté le catholicisme, la religion<br />

de leurs maîtres, en préservant<br />

la leur par des pratiques<br />

qui leur étaient propres. D’où le<br />

phénomène du syncrétisme très<br />

répandu aujourd’hui encore en<br />

Haïti. Il y a donc, à l’origine,<br />

<strong>une</strong> tension entre vaudou et<br />

catholicisme <strong>dans</strong> la manière<br />

de cohabiter <strong>dans</strong> un même<br />

contexte. D’<strong>autre</strong> part, l’âme<br />

haïtienne est forgée par <strong>une</strong> rencontre<br />

de <strong>culture</strong>s africaines<br />

relativement semblables. On ne<br />

peut pas soutenir que tous les<br />

haïtiens viennent exclusivement<br />

du Bénin ou du Sénégal. Il y a 25


26<br />

un croisement de plusieurs <strong>culture</strong>s<br />

ou tribus d’où étaient<br />

issus les esclaves amenés de<br />

force en Amérique. Les traces<br />

de ces diverses <strong>culture</strong>s sont<br />

présentes <strong>dans</strong> le vaudou et<br />

<strong>dans</strong> les coutumes populaires.<br />

Du point de vue politique,<br />

le vaudou a connu <strong>une</strong> nouvelle<br />

visibilité <strong>dans</strong> la société haïtienne<br />

avec l’ascension au pouvoir<br />

de Jean Bertrand Aristide en<br />

1991. L’ex président Aristide a<br />

reconnu le vaudou comme <strong>une</strong><br />

religion légale. Cette reconnaissance<br />

officielle habilite les<br />

Ougans à célébrer des « baptêmes<br />

», des mariages et des<br />

funérailles selon les rites existant<br />

<strong>dans</strong> le vaudou.<br />

Une bonne analyse est donc<br />

nécessaire pour saisir toutes les<br />

dimensions et le poids du vaudou<br />

comme élément d’<strong>une</strong> <strong>culture</strong><br />

plurielle, comme religion,<br />

<strong>dans</strong> l’histoire du peuple et<br />

<strong>dans</strong> sa conscience. Le vaudou a<br />

<strong>une</strong> résonance certaine <strong>dans</strong><br />

l’âme haïtienne à travers son<br />

histoire douloureuse. On ne<br />

doit pas le minimiser.<br />

Suite à la réforme liturgique<br />

de Vatican II, l’Église catholique<br />

a introduit un instrument de<br />

musique hautement symbolique<br />

pour le vaudou : le Tam-<br />

bour. L’entrée du Tambour (ou<br />

tam-tam) sous les voûtes de nos<br />

églises, où ne jouaient que<br />

l’orgue et l’harmonium, allait<br />

changer bien plus qu’on ne<br />

pouvait l’imaginer. Le Tambour<br />

était d’abord perçu comme un<br />

objet de scandale. Sacré <strong>dans</strong> le<br />

vaudou, l’usage du tambour<br />

<strong>dans</strong> la liturgie romaine était<br />

considéré par certains catholiques<br />

comme un acte à la fois<br />

profane et profanatoire. Puis<br />

l’usage de la langue du peuple<br />

(le créole encore privilégié <strong>dans</strong><br />

le vaudou) <strong>dans</strong> la liturgie provoquait<br />

aussi un <strong>autre</strong> type<br />

de scandale pour certains. Le<br />

Créole ayant été «réservé» à la<br />

majorité des gens ne sachant ni<br />

lire ni écrire, donc victimes de<br />

toutes sortes de préjugés <strong>dans</strong> la<br />

société, son insertion <strong>dans</strong> la<br />

liturgie était mal vue, surtout<br />

par les gens lettrés. En dépit de<br />

toutes ces tensions relatives au<br />

contexte historique, l’Église<br />

catholique a montré de la tolérance<br />

à l’égard du vaudou qui<br />

jouit aujourd’hui d’<strong>une</strong> compréhension<br />

plus juste de la part<br />

des missionnaires. Par contre,<br />

l’Église catholique en Haïti reste<br />

très préoccupée par différents<br />

aspects qui caractérisent en<br />

quelque sorte le vaudou tels: la


magie, la zombification, la sorcellerie,<br />

la superstition etc...<br />

Jomon: Je pense qu’il s’agit<br />

toujours d’<strong>une</strong> question d’ouverture<br />

à l’<strong>autre</strong> quand on veut<br />

apprécier à sa juste valeur l’effort<br />

de l’<strong>autre</strong> pour rencontrer<br />

Dieu, sous quelque nom que<br />

ce soit. Jésus lui-même nous<br />

appelle à <strong>une</strong> réelle ouverture<br />

quand il dit : « Allez <strong>dans</strong> le<br />

monde entier et proclamez la<br />

Bonne Nouvelle. » (Mathieu,<br />

chapitre 28). Jésus n’est pas seulement<br />

pour les chrétiens. Il est<br />

venu pour tous, pas seulement<br />

un groupe de peuples. Après le<br />

concile de Vatican II, il y a un<br />

renouveau de l’effort d’évangélisation<br />

qui va <strong>dans</strong> ce sens. On<br />

reconnaît qu’il y a du bon <strong>dans</strong><br />

toutes les religions. On y voit<br />

l’action de l’Esprit Saint, à sa<br />

manière.<br />

Ici, à l’Oratoire Saint-Joseph,<br />

je vois qu’il y a des hindous qui<br />

viennent. J’ai conversé avec eux.<br />

Il y en a qui viennent régulièrement.<br />

Un jour, j’ai reconnu un<br />

fidèle sikh par le port de ses<br />

insignes religieux. Au moment<br />

où les gens venaient pour la<br />

communion, j’ai du lui expliquer<br />

notre foi au sens de l’eucharistie,<br />

ce qu’il ignorait. Mais<br />

il m’a dit : mon père je suis<br />

fidèle à saint Joseph, je viens à<br />

l’Oratoire depuis 30 ans. En<br />

signe de communion en Dieu, je<br />

l’ai gratifié à ce moment d’<strong>une</strong><br />

bénédiction particulière et il<br />

s’en est montré fort réjoui.<br />

Il m’apparaît que cet<br />

homme cherche de toute évidence<br />

à rencontrer Dieu. Le<br />

Dieu de Jésus Christ? La réponse<br />

est un défi qui m’est lancé.<br />

Comme l’a dit le Mahatma<br />

Gandhi: Je suis un fidèle de Jésus<br />

mais je n’apprécie pas l’institution<br />

Église. Il ne pouvait recevoir<br />

Jésus <strong>dans</strong> notre manière chrétienne<br />

habituelle. Par ailleurs, je<br />

dis que Gandhi a reçu Jésus<br />

<strong>dans</strong> sa manière à lui, parce<br />

qu’il était ouvert à l’amour de<br />

Jésus. Vous voyez mieux quel<br />

est notre défi maintenant: comment<br />

recevoir et présenter Jésus<br />

et sa connaissance de Dieu <strong>dans</strong><br />

des manières <strong>culture</strong>lles différentes.<br />

Avec la conviction profonde<br />

que l’amour de Dieu est<br />

pour tous. Il est bon de se rappeler<br />

le passage de l’évangile de<br />

Mathieu à propos du jugement<br />

dernier où tous les gestes du<br />

juste sont tour à tour sanctionnés<br />

par ces mots de Jésus: c’est<br />

à MOI que vous l’avez fait.<br />

Claudel : Dans le même<br />

sens, le catholicisme haïtien a 27


28<br />

importé un élément capital du<br />

vaudou. Il s’agit d’<strong>une</strong> expression<br />

par laquelle on désigne le<br />

caractère absolu de Dieu, sa<br />

toute-puissance et sa prééminence.<br />

Dans le vaudou, il est<br />

d’usage de dire « Granmèt »<br />

(Grand Maître) en référence au<br />

Dieu infiniment Grand et inaccessible.<br />

Il y a alors <strong>une</strong> connaissance<br />

et <strong>une</strong> reconnaissance de<br />

ce Dieu qui n’est pas loin et qui<br />

s’est fait proche des hommes en<br />

Son Fils Jésus. Dans l’élan<br />

renouvelé du Concile de Vatican<br />

II, l’expression «Granmèt» a<br />

donc été empruntée au vaudou.<br />

Quarante ans après, la liturgie<br />

catholique sanctifie le peuple<br />

par ses rites en invoquant Dieu<br />

par les expressions «Jezu Granmèt<br />

» (Jésus Grand Maître),<br />

« BonDye Granmèt » (Bon Dieu<br />

Grand Maître). Nos frères protestants<br />

se gardent d’en faire<br />

usage à travers leur culte. Ils<br />

préfèrent utiliser uniquement le<br />

mot «Seigneur».<br />

Cela met en relief un aspect<br />

important du mouvement religieux<br />

inter<strong>culture</strong>l. Le catholicisme<br />

s’efforce de valoriser la<br />

<strong>culture</strong> du peuple en accueillant<br />

les gens tels qu’ils sont. Je<br />

connais un peu les vicariats<br />

pour les ethnies <strong>culture</strong>lles à<br />

Paris, mais j’avoue ne pas trop<br />

savoir comment cela évolue ici<br />

au Canada. Ce qui se fait à<br />

l’Oratoire m’autorise à dire que<br />

nous sommes en mode d’ouverture<br />

à l’inter<strong>culture</strong>l. Nous cherchons<br />

d’abord à accueillir les<br />

individus avec leurs besoins<br />

spirituels avant de connaître<br />

leur appartenance religieuse.<br />

Les pratiques en ce sens sont<br />

bien perçues. Les canadiens<br />

développent un sens aiguisé<br />

des droits de la personne. Ils<br />

savent comment accueillir<br />

l’<strong>autre</strong> <strong>dans</strong> ce qu’il est. Ils<br />

reconnaissent que chacun a le<br />

droit de professer sa religion<br />

sans nuire à la liberté des <strong>autre</strong>s.<br />

Dans un pareil contexte, la foi<br />

catholique doit pouvoir continuer<br />

à dialoguer avec les<br />

hommes de ce temps suivant la<br />

voie tracée par Vatican II, sous<br />

la mouvance de l’Esprit-Saint.<br />

Conclusion<br />

Orient :<br />

Merci à vous deux, Claudel et<br />

Jomon, pour nous avoir partagé<br />

<strong>une</strong> aussi belle page d’un évangile<br />

pluriel. Vos itinéraires spirituels,<br />

avec leurs ressemblances et différences,<br />

confirment que nous pouvons<br />

avancer <strong>dans</strong> l’annonce de la


foi en Jésus grâce à un esprit communautaire<br />

ouvert à tous.<br />

Nous avons mené cette<br />

interview au pied du Mont-<br />

Royal. La montagne est un puissant<br />

symbole très présent <strong>dans</strong><br />

toutes les grandes religions du<br />

monde. Regarder vers l’Autre et<br />

les <strong>autre</strong>s c’est comme regarder<br />

vers la montagne où Dieu est<br />

présent, là au-dessus de tous,<br />

veillant au bien-être de tous.<br />

Marcher à la rencontre de Dieu<br />

est un grand pèlerinage où<br />

La Cour suprême de l’Inde,<br />

<strong>dans</strong> <strong>une</strong> directive du<br />

5 janvier, a menacé le gouvernement<br />

de l’Orissa de le<br />

destituer s’il n’arrivait pas à<br />

protéger les minorités religieuses.<br />

L’Église catholique<br />

salue cette mesure.<br />

Le 7 janvier, lors d’<strong>une</strong><br />

conférence de presse, le cardinal<br />

Varkey Vithayathil,<br />

archevêque syro-malabar<br />

d’Ernakulam-Angamaly<br />

(Kerala) et président de la<br />

Conférence des évêques<br />

catholiques de l’Inde (CBCI),<br />

affirmait <strong>dans</strong> <strong>une</strong> déclaration<br />

reprise par l’agence<br />

Dernière heure<br />

chrétiens, hindous, bouddhistes,<br />

musulmans et cultes<br />

autochtones ont les yeux fixés<br />

sur le sommet lumineux de la<br />

montagne. La présence d’<strong>une</strong><br />

communauté religieuse formée<br />

de personnes venant de plusieurs<br />

<strong>culture</strong>s devient <strong>une</strong><br />

richesse lorsqu’elle elle offre un<br />

accueil diversifié où se multiplient<br />

les occasions de célébrer<br />

la vie qui gravite de par ses<br />

racines <strong>culture</strong>lles et religieuses.<br />

Églises d’Asie : « La communauté<br />

chrétienne a toujours<br />

cru en la justice de ce pays<br />

qui sait, quand il le faut,<br />

défendre les droits des minorités.»<br />

« Nous sommes un pays<br />

laïc. Nous ne pouvons accepter<br />

que des minorités soient<br />

persécutées », ont en effet<br />

martelé les trois juges, à la<br />

tête desquels se trouvait le<br />

président de la Cour suprême<br />

K. G. Balakrishnan. « Si le<br />

gouvernement de l’Orissa est<br />

incapable de les protéger, il<br />

doit démissionner», a déclaré<br />

la Cour.<br />

29


30<br />

Nouvelles brèves<br />

de Sainte-Croix<br />

<strong>dans</strong> le monde<br />

Bangladesh<br />

L’enquête diocésaine pour<br />

la béatification du frère Flavien<br />

Laplante, c.s.c., originaire du<br />

Québec, s’ouvre à Diang, diocèse<br />

de Chittagong, Bangladesh,<br />

le 13 février, 2009. Mgr. Patrick<br />

D’Rozario, c.s.c., évêque de<br />

Chittagong présidera la session<br />

d’ouverture. Le père Hugh<br />

Cleary, c.s.c., supérieur général,<br />

y assistera. Plusieurs centaines<br />

de fidèles sont attendus. L’enquête<br />

aura pour but d’étudier la<br />

vie et les vertus héroïques du<br />

serviteur de Dieu Flavien<br />

Laplante. Les documents récoltés<br />

au cours de l’enquête, ainsi<br />

que la transcription des entrevues<br />

des témoins, seront ensuite<br />

envoyés à Rome pour fin d’analyse.<br />

Une réponse positive à la<br />

fin de cette étape conduira normalement<br />

le Pape à déclarer<br />

Vénérable le Frère Flavien<br />

Laplante, c.s.c.<br />

L’Université de Dhaka,<br />

département des Religions du<br />

Monde, a récemment souligné<br />

la grande contribution du frère<br />

Jarlath D’Souza, c.s.c., au dialogue<br />

interreligieux. Jarlath<br />

coordonne depuis 1983 le Bangladesh<br />

Inter-Religious Council<br />

for Peace and Justice. Cet organisme<br />

se réunit mensuellement<br />

et comprend <strong>une</strong> majorité de<br />

musulmans, mais aussi des hindous,<br />

des bouddhistes, des religions<br />

des autochtones des tribus<br />

(adivasi), des protestants et<br />

des catholiques.<br />

Brésil<br />

2008-12-13 apic/adital/be<br />

Les terres des fazendeiros<br />

qui exploitent au Brésil des travailleurs<br />

seront confisquées si


l’amendement constitutionnel<br />

sur le travail esclave (PEC 438)<br />

était adopté. Au début du mois<br />

de décembre, plus de 140 000<br />

signatures ont déjà été rassemblées<br />

<strong>dans</strong> <strong>une</strong> pétition demandant<br />

l’abolition du « travail<br />

esclave ». Cette pétition a pour<br />

but de faire pression sur le<br />

Congrès National à Brasilia.<br />

Mais le chemin risque peut-être<br />

encore d’être long avant que le<br />

Parlement brésilien ne vote <strong>une</strong><br />

proposition en attente depuis<br />

des années. Ce texte, appuyé<br />

par la Conférence nationale des<br />

évêques du Brésil (CNBB) vise<br />

à insérer <strong>dans</strong> la Constitution<br />

la possibilité de confisquer<br />

les terres où l’on trouve des<br />

esclaves. La « PEC 438 » est la<br />

Proposition d’amendement<br />

constitutionnel 438/2001, un<br />

texte que le président brésilien<br />

Inacio Lula da Silva avait promis<br />

de faire passer lors de son<br />

arrivée au pouvoir le 1er janvier<br />

2003. Les données fournies par<br />

le Ministère brésilien du Travail<br />

et de l’Emploi (MTE) montrent<br />

l’urgence d’apporter des solutions<br />

au « travail esclave » qui<br />

perdure au Brésil. Ces 12 dernières<br />

années, 27 645 personnes<br />

ont été libérées lors de 1 184<br />

enquêtes réalisées au cours de<br />

621 opérations de police.<br />

En 2007, 5 877 travailleurs<br />

ont été libérés alors qu’ils se<br />

trouvaient <strong>dans</strong> <strong>une</strong> situation<br />

analogue à celle de l’esclavage<br />

pour le Groupe mobile d’inspection<br />

du travail du gouvernement<br />

fédéral brésilien. C’était le<br />

plus grand groupe de travailleurs<br />

esclaves libérés depuis le<br />

début des opérations en 1995.<br />

En mars dernier, les organisations<br />

et mouvements sociaux<br />

ont organisé à Brasilia, <strong>une</strong><br />

grande manifestation pour l’approbation<br />

de la PEC, avec des<br />

participants venant de plusieurs<br />

États du Brésil. Ils exigeaient<br />

plus d’engagement de la part<br />

du gouvernement fédéral afin<br />

que ce projet d’amendement<br />

constitutionnel soit enfin approuvé.<br />

En juin dernier, l’Organisation<br />

Internationale du Travail<br />

(OIT) a estimé que le<br />

nombre des travailleurs subissant<br />

des conditions d’esclavage<br />

et de travail forcé au Brésil<br />

oscillait entre 25 et 40 000 personnes.<br />

L’OIT estime que ce<br />

genre de situation concerne près<br />

de 10 millions de travailleurs<br />

vivant <strong>dans</strong> ces conditions sur<br />

le continent asiatique, contre<br />

1,3 million en Amérique latine, 31


32<br />

relève l’agence de presse brésilienne<br />

ADITAL.<br />

Les frères de Sainte-Croix<br />

du Brésil ont un nouveau supérieur<br />

de district en la personne<br />

de Nilto Neres Oliveira. Les<br />

assises du district des Pères a<br />

lieu au cours de ce mois-ci en<br />

présence de Jean-Pierre Aumont<br />

csc et Gérard Dionne csc, respectivement<br />

provincial et assistant.<br />

Les religieux csc américains<br />

ont été l’initiateur d’un<br />

projet scolaire à l’embouchure<br />

de l’Amazonie et les canadiens<br />

ont fait de même <strong>dans</strong> la mégapole<br />

de Sao Paolo. Maintenant<br />

que la majorité des religieux<br />

CSC sont brésiliens, tous travaillent<br />

à un projet d’unification<br />

de la mission CSC en terre brésilienne.<br />

Ghana :<br />

Fin décembre 2008, les religieux<br />

de Sainte-Croix tenaient<br />

leur chapitre de district au cours<br />

duquel ils ont élu leur nouveau<br />

conseil de direction (2009-2012):<br />

le frère Daniel Dardoe csc, supérieur<br />

du district, f. John Badu<br />

Affum csc, assistant-supérieur,<br />

f. Paul Bukari, c.s.c., conseiller<br />

et le père Robert Gilmour, c.s.c.,<br />

secrétaire.<br />

Le frère Daniel Dardoe, c.s.c.,<br />

nouveau supérieur au Ghana.<br />

Les confrères de Sainte-<br />

Croix ont signalé, <strong>dans</strong> leur dernier<br />

bulletin d’information,<br />

qu’ils viennent de vivre <strong>une</strong><br />

expérience démocratique formidable<br />

pour l’élection de leur<br />

président. La nouvelle vaut<br />

d’être répandue. Le tout a commencé<br />

avec le premier tour de<br />

scrutin prévu pour le 7 décembre<br />

dernier, car un candidat<br />

devait obtenir 50% des voix<br />

plus <strong>une</strong> pour être élu et ils<br />

étaient huit en lice.<br />

Les évêques ghanéens ont<br />

demandé, plusieurs semaines à<br />

l’avance, que les messes domini-


cales soient toutes devancées au<br />

samedi 6 décembre afin d’encourager<br />

les gens à remplir leur devoir<br />

civique. Quelque 8,2 millions de<br />

personnes, soit 72% des gens<br />

aptes à voter, ont fait la file<br />

devant les bureaux de scrutin<br />

pour exprimer leur choix. La<br />

majorité requise n’a pas été<br />

atteinte et un 2 e tour a été fixé<br />

au 28 décembre. Le nouveau<br />

président a été élu le 3 janvier<br />

2009 après qu’on fut obligé de<br />

décaler le vote <strong>dans</strong> <strong>une</strong> des circonscriptions.<br />

Le nouveau président,<br />

John Atta-Mills, chef<br />

d’un parti adverse au président<br />

sortant, a été félicité par ce dernier.<br />

Nous nous réjouissons de<br />

cette réussite démocratique soulignée<br />

par nos confrères ghanéens.<br />

À Montréal, le journal Le<br />

Devoir reprenait un article du<br />

journal Libération sous le titre:<br />

Le Ghana, modèle de vertu démocratique.<br />

(5 janvier 2009, p.B2)<br />

Nous soulignons ici que les<br />

Sœurs de Sainte-Croix des<br />

États-Unis d’Amérique ont célébré<br />

leur 25 e année de présence<br />

au Ghana à la fin de septembre<br />

dernier. Accueillies par l’évêque<br />

de Sekondi-Takoradi elles<br />

œuvrent <strong>dans</strong> les domaines de<br />

la catéchèse, de la santé et de<br />

services en santé mentale et tra-<br />

vail social. Elles ont mis sur<br />

pied des programmes d’accueil<br />

pour je<strong>une</strong>s filles et elles ont<br />

présentement 3 ghanéennes<br />

professes perpétuelles, 5 à vœux<br />

temporaires et 2 candidates à la<br />

vie religieuse.<br />

Haïti<br />

Le père Vernet Luxanat,<br />

c.s.c., directeur général du Collège<br />

Notre-Dame au Cap-<br />

Haïtien, prend la relève du père<br />

Rodolphe Arty csc, à la tête de<br />

la province religieuse d’Haïti.<br />

Le père Arty doit limiter ses<br />

activités pour des raisons de<br />

santé.<br />

Inde, sud et<br />

nord-est :<br />

Une enquête diocésaine<br />

portant sur <strong>une</strong> seconde guérison<br />

attribuable à l’intercession<br />

du Bienheureux Basile Moreau<br />

s’ouvrira à Agartala, en Inde, le<br />

24 février 2009. Cette enquête<br />

est rendue possible grâce à un<br />

indult en date du 7 octobre 2008<br />

que nous a fait parvenir Son<br />

Excellence Mgr Angelus Amato,<br />

nouveau préfet-archevêque de<br />

la Congrégation pour la cause<br />

des saints à Rome. Mgr Lumen 33


34<br />

Monteiro, c.s.c., évêque d’Agartala,<br />

présidera la session d’ouverture.<br />

Le père Hugh Cleary,<br />

c.s.c., représentera la congrégation<br />

de Sainte-Croix. À la fin de<br />

l’enquête, tous les documents<br />

récoltés, de même que la transcription<br />

des entrevues des<br />

témoins, seront envoyés à Rome<br />

pour fin d’analyse. Une réponse<br />

favorable à l’enquête amènera la<br />

cause à travers trois commissions<br />

d’étude : <strong>une</strong> médicale,<br />

<strong>une</strong> théologique et <strong>une</strong> troisième<br />

formée de 15 évêques et<br />

cardinaux. Chac<strong>une</strong>, à tour de<br />

rôle, fera l’analyse du dossier et<br />

portera un jugement sur la<br />

cause. A la suite de quoi, le dossier<br />

ira au bureau du pape<br />

Benoît XVI qui prendra la décision<br />

finale à savoir si le Bienheureux<br />

Basile Moreau sera proclamé<br />

saint.<br />

Le sud et le nord-est de<br />

l’Inde ont vu six des leurs recevoir<br />

l’ordination presbytérale<br />

au cours des derniers mois de<br />

l’année 2008. Plusieurs je<strong>une</strong>s<br />

ont aussi prononcé leurs vœux<br />

perpétuels au sein de la<br />

Congrégation. Dans le même<br />

temps, les Sœurs de Sainte-<br />

Croix se réjouissaient à l’occasion<br />

de la profession perpétuel-<br />

le d’<strong>une</strong> première sœur d’origine<br />

indienne.<br />

Pérou :<br />

En la fête du Frère André<br />

c.s.c, le 6 janvier 2009, deux<br />

novices péruviens et un novice<br />

mexicain ont prononcé leurs<br />

premiers vœux en Sainte-Croix<br />

à la chapelle de Canto Grande.<br />

Bienvenue à ces trois nouveaux<br />

confrères <strong>dans</strong> la mission qui<br />

nous est confiée par l’Esprit de<br />

Dieu.<br />

En 1979, le père Philip<br />

Devlin c.s.c ouvrait <strong>une</strong> première<br />

école Fe y Alegria à Canto<br />

Grande, un bidonville de Lima.<br />

Il y avait alors 4 classes et <strong>une</strong><br />

poignée d’élèves. (Elle comptait<br />

déjà plusieurs classes supplémentaires<br />

lorsque j’ai passé trois<br />

mois à Canto Grande en 1982,<br />

Denis Prescott, c.s.c.). Aujourd’hui<br />

l’école compte plus de<br />

2 000 élèves et comprend 5 bâtiments<br />

de deux étages. Le père<br />

Devlin csc, 78 ans, vient de passer<br />

la direction de cet ensemble<br />

scolaire à un confrère, le frère<br />

Tom Giumenta csc. Mais cette<br />

école n’est pas la seule œuvre<br />

du père Devlin csc. En 1992, il<br />

réalisa qu’il fallait faire plus<br />

pour que les je<strong>une</strong>s scolarisés


puissent se trouver un emploi.<br />

Il ouvrit <strong>une</strong> école commerciale<br />

à Lima même fréquentée<br />

aujourd’hui par plus de 1 000<br />

élèves. Et en 1996, c’était un jardin<br />

d’enfance. Orient félicite<br />

notre confrère Philip pour cette<br />

contribution énorme à l’éducation<br />

des je<strong>une</strong>s qui sont nés et<br />

ont grandi <strong>dans</strong> ce bidonville.<br />

Un <strong>autre</strong> apport important<br />

à cette population démunie<br />

de Canto Grande a été la mise<br />

en place de la Clinique Frère<br />

André (Clinica Hermano<br />

Andres) pour lutter contre l’apparition<br />

croissante de la tuberculose<br />

et d’<strong>autre</strong>s maladies<br />

parasitaires qui touchent près<br />

de 90% des enfants de la région.<br />

La congrégation des Maryknol<br />

a remercié ainsi le peuple<br />

péruvien au moment de recevoir<br />

le prix des droits humains<br />

« Nous vous félicitons parce que<br />

<strong>dans</strong> votre vision du monde et<br />

votre sagesse millénaire vous donnez<br />

priorité à l’harmonie en toute<br />

chose, au respect et à la reconnaissance<br />

envers la Pachamama, terremère<br />

de tous, vous maintenez la<br />

vitalité de vos valeurs communautaires<br />

et la recherche d’<strong>une</strong> vie toujours<br />

plus digne et meilleure.<br />

Nous vous félicitons pour<br />

votre témoignage familial, social et<br />

communautaire qui exprime bien<br />

les <strong>culture</strong>s andines, ses langues, sa<br />

philosophie, sa théologie, sa science,<br />

ses traditions et ses valeurs comme<br />

la réconciliation, la réciprocité et la<br />

solidarité. Nous vous encourageons<br />

à poursuivre votre engagement et<br />

votre lutte pour appuyer la vie et la<br />

dignité humine au moyen de la promotion<br />

des droits humains, de la<br />

participation citoyenne, du développement<br />

intégral et durable de la<br />

région, de la défense de l’environnement<br />

et de la promotion de la<br />

femme jusqu’à l’atteinte de l’équité<br />

de genre. Nous vous encourageons<br />

à développer vos organisations<br />

sociales en dialogue avec un monde<br />

globalisé afin de l’humaniser et le<br />

rendre plus solidaire.» (Nouvelle<br />

envoyée par Tom Shea, c.s.c.,<br />

qui a travaillé avec eux à Puno<br />

et qui anime maintenant <strong>une</strong><br />

mission à Tacna, plus au sud.)<br />

Québec :<br />

En l’église d’Odanak,<br />

récemment, Mgr Raymond St-<br />

Gelais a remis la médaille Benemerenti<br />

à Nicole O’Bomsawin.<br />

Membre de la communauté<br />

autochtone abénakise, elle a<br />

reçu cette décoration pontificale<br />

en raison de son engagement de<br />

dix ans au sein du Conseil pour 35


36<br />

la réconciliation, la solidarité et<br />

la communion.<br />

Instituée par le pape Grégoire<br />

XVI en 1832, la médaille<br />

Benemerenti est remise aux personnes<br />

qui ont rendu de longs<br />

et éminents services à l’Église<br />

catholique, à leur famille et à la<br />

collectivité. Cette Commission<br />

avait été mise sur pied au lendemain<br />

de la difficile période<br />

des pensionnats autochtones.<br />

Madame O’Bomsawin est<br />

anthropologue et elle a dirigé le<br />

musée abénakis d’Odanak<br />

durant plus de quinze années.<br />

Elle est actuellement membre<br />

du Comité pour les affaires<br />

autochtones de l’Assemblée des<br />

évêques catholiques du Québec.<br />

Ouganda, Kenya et<br />

Tanzanie<br />

Réunis en chapitre à Fort<br />

Portal, Ouganda, les religieux<br />

de Sainte-Croix de l’est africain,<br />

Kenya, Ouganda et Tanzanie<br />

ont commencé l’année 2009 par<br />

leur chapitre triennal (rencontre<br />

d’évaluation et de prospective).<br />

Ils ont porté <strong>une</strong> attention particulière<br />

à l’étude d’un retour de<br />

Sainte-Croix en terre rwandaise<br />

sous l’égide de confrères africains.<br />

Le père James Burasa, c.s.c.,<br />

a été réélu supérieur.<br />

On souligné le jubilé d’or de<br />

la présence de Sainte-Croix<br />

<strong>dans</strong> la région des Grands Lacs,<br />

le 4 janvier 2009, par <strong>une</strong> célébration<br />

liturgique très animée à<br />

la cathédrale de Virika à Jinja,<br />

Ouganda. Le nonce apostolique<br />

et 6 évêques présidaient l’eucharistie.<br />

La cathédrale était<br />

pleine et des écrans géants disposés<br />

à l’extérieur permettaient<br />

à d’<strong>autre</strong>s gens de suivre participer<br />

à la célébration. En cette<br />

fête de l’Épiphanie, la symbolique<br />

de l’ouverture à la diversité<br />

des nations et des <strong>culture</strong>s<br />

était manifeste : procession<br />

d’entrée en langue rutooro,<br />

gloria en swahili, <strong>dans</strong>es d’acclamation<br />

pour l’évangile et<br />

la présentation de diverses<br />

offrandes... etc<br />

Au cours des 3 jours du<br />

jubilé, plusieurs activités <strong>culture</strong>lles<br />

et sportives ont eu lieu<br />

dont l’inévitable compétition de<br />

soccer. (reportage de Robert Gilmour,<br />

c.s.c.)<br />

En début décembre 2008,<br />

Mgr Joseph Willigers a béni les<br />

nouveaux locaux de Sainte-<br />

Croix à Jinja sur les bords du lac


Victoria. Il a profité de l’occasion<br />

pour rappeler l’imprévisible<br />

et la confiance en la Providence.<br />

Ce campus de Jinja, où<br />

s’élève le nouveau Centre de<br />

Philosophie, avait été exproprié<br />

par Idi Amin Dada puis recouvré<br />

et développé par plusieurs<br />

communautés pour en faire un<br />

site éducatif d’importance.<br />

Vatican<br />

Du 15 au 17 décembre 2008<br />

au Vatican. un colloque catholico-musulman<br />

a porté sur la<br />

«responsabilité des leaders religieux<br />

spécialement en temps de<br />

crise ». Les participants ont<br />

insisté sur l’attention à porter<br />

envers la je<strong>une</strong>sse pour ne pas<br />

qu’elle tombe <strong>dans</strong> « le radicalisme<br />

et le fanatisme». «Les leaders<br />

religieux ont <strong>une</strong> responsabilité<br />

particulière envers les je<strong>une</strong>s, qui<br />

ont besoin d’<strong>une</strong> attention spéciale<br />

pour ne pas devenir des victimes<br />

du fanatisme religieux et du radicalisme<br />

», précise d’ailleurs un<br />

communiqué publié le 17 décembre<br />

au terme de la rencontre.<br />

Les je<strong>une</strong>s ont besoin au<br />

contraire d’<strong>une</strong> éducation qui<br />

les aide « à devenir des bâtisseurs<br />

de ponts et de paix». De<br />

manière générale, peut-on lire<br />

<strong>dans</strong> ce communiqué, les<br />

leaders religieux doivent<br />

«apprendre à prévenir, gérer et<br />

résoudre » les crises de type<br />

interreligieux au niveau national<br />

et mondial, « en évitant<br />

qu’elles ne dégénèrent en <strong>une</strong><br />

violence confessionnelle». Cela<br />

demande «un respect mutuel et<br />

<strong>une</strong> connaissance réciproque ».<br />

Les délégations catholique et<br />

musulmane ont également évoqué<br />

le « rôle <strong>culture</strong>l et social »<br />

que peuvent jouer les leaders<br />

religieux « afin de promouvoir<br />

les valeurs éthiques fondamentales<br />

telles que la justice, la<br />

solidarité, la paix, l’harmonie<br />

sociale et le bien commun de la<br />

société tout entière, spécialement<br />

les pauvres, les plus<br />

faibles, les migrants et les<br />

opprimés».<br />

Onze membres de l’Association<br />

mondiale de l’appel islamique,<br />

et <strong>une</strong> douzaine de responsables<br />

catholiques sous la<br />

houlette du Conseil pontifical<br />

pour le dialogue interreligieux,<br />

ont participé à ce 11e colloque<br />

organisé par les deux institutions.<br />

Au cœur de cette<br />

rencontre, trois points ont été<br />

abordés en particulier : « responsabilité<br />

religieuse » ; « responsabilité<br />

<strong>culture</strong>lle et 37


38<br />

sociale » ; « temps de crises<br />

<strong>dans</strong> le chemin du dialogue<br />

interreligieux».<br />

Ibrahim Rabou, chef du<br />

département des conférences,<br />

des organisations internationales<br />

et de secours de cette<br />

association, présidait la délégation<br />

musulmane à laquelle participaient<br />

des experts de nombreux<br />

pays. La partie catholique<br />

était conduite par le président<br />

du Conseil pontifical pour le<br />

dialogue interreligieux, le cardinal<br />

Jean-Louis Tauran.<br />

Une nouvelle rencontre<br />

aura lieu à Tripoli <strong>dans</strong> les deux<br />

années à venir, ont annoncé les<br />

participants. L’Association<br />

mondiale de l’appel islamique,<br />

dont le siège est à Tripoli<br />

(Libye), compte 250 associations<br />

ou représentations à travers le<br />

monde et déploie ses activités<br />

<strong>dans</strong> les domaines humanitaire,<br />

religieux, <strong>culture</strong>l et social.<br />

(source APIC, 18-12-08)<br />

Bonne année<br />

2009


Internet<br />

Vous trouverez sur le site www.ste-croix.qc.ca nouvelles et<br />

activités de la semaine, des thèmes à méditer, des informations<br />

sur l’histoire de la Congrégation et des liens avec Sainte-Croix au<br />

pays et <strong>dans</strong> le monde.<br />

Les Sœurs de Sainte-Croix (canadiennes)<br />

www.soeursdesaintecroix.org<br />

D'<strong>autre</strong>s sites sont aussi à visiter comme :<br />

www.holycrossjustice.org (français et anglais)<br />

www.holycrosscongregation.org<br />

(français, anglais, espagnol, portuguais)<br />

www.sistersofholycross.org (anglais)<br />

www.santacruz.g12.br (Brésil, portugais)<br />

www.noticiacscbrasil.org<br />

www.holycross.cl/noticias (Chili, espagnol)<br />

www.hermanasdesantacruz.org<br />

N° de convention 400 11773<br />

N° d’enregistrement du PAP 09618 NE: 13113 5808 RR0001<br />

Retourner toute correspondance ne pouvant être livrée<br />

au Canada au service des publications Orient,<br />

4901, rue Piedmont, Montréal, QC H3V 1E3<br />

Téléphone: (514) 731-6231 • Télécopieur: (514) 731-7820<br />

Courriel: missionscsc@religieuxcsc.qc.ca<br />

39


40<br />

magazine publié<br />

cinq fois par année<br />

Missions Sainte-Croix<br />

Convention de la Poste-Publications no 400 11773<br />

No d’enregistrement du PAP : 09618<br />

DIRECTION et RÉDACTION<br />

Denis Prescott, c.s.c.<br />

COMITÉ de RÉDACTION<br />

Lucien Coutu, c.s.c. ; Michel Eugène, c.s.c. ; Claude Grou, c.s.c. ;<br />

Jean-Paul Pearson, c.s.c. ; Michel Rondeau.<br />

ADMINISTRATION<br />

Marc Gagnon, c.s.c. ; Manon Touten<br />

ABONNEMENTS<br />

ORIENT, 4901, rue Piedmont, Montréal, QC H3V 1E3<br />

Téléphone : (514) 731-6231 / Télécopieur : (514) 731-7820<br />

Courriel : missionscsc@religieuxcsc.qc.ca<br />

Site internet : www.ste-croix.qc.ca<br />

Mise en page : Rive-Sud Typo Service inc.<br />

Impression : Imprimerie Debesco<br />

«Nous reconnaissons l’aide financière du gouvernement du<br />

Canada, par l’entremise du Programme d’aide aux publications<br />

(PAP), pour nos dépenses d’envoi postal. »<br />

Si vous déménagez,<br />

envoyez-nous vos<br />

adresses ancienne<br />

et nouvelle.<br />

Grâce à la tendresse, à l’amour de notre Dieu,<br />

quand nous visite l’astre d’Orient, pour conduire<br />

nos pas au chemin de la paix. Extrait du Benedictus<br />

Janvier, février, mars 2009, no 330<br />

Abonnement régulier : 6,00 $ par année;<br />

Abonnement de soutien : 10,00 $ par année<br />

Le numéro : 2,00 $<br />

ORIENT est membre de l’A.C.P.C.<br />

Inscription internationale<br />

ISSN 0472-0490 Dépôt légal Bibliothèque Nationale du Québec

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