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eau, espace de vie

Hanoi et ses rapports à l’eau

Enoncé Théorique de Master, Philippe Le Fort & Duc Nguyen

sous la direction du Prof. J. Lévy, Section d’Architecture, ENAC, EPFL, janvier 2009


Nous souhaitons remercier tous ceux qui nous ont aidés à la réalisation de cet

énoncé théorique de quelque manière que ce soit:

Jacques Lévy et Jacques Lucan, Tarramo Broennimann, Alexandre Dormeier

Freire, Manuel Der Hagopian, Nicolas Moser, Emmanuel Cerise, Clément Musil,

Julianne Becker, Lucille Rufenacht, Loic Fumeaux et Amély Poncety, ainsi que

nos parents, principaux mécènes de notre aventure.


L’espace public à Hanoi est l’enjeu des modifications profondes du système

économique et des relations complexes entre l’Etat et les investisseurs privés.

Il est également le décor qui voit le parti communiste perdre petit à petit son

pouvoir au profit d’une culture globale. Il représente enfin le lieu d’expression

des nouveaux modes de vie d’une population résolument tournée vers le futur

et reliée au monde par des moyens de communications modernes.

Hanoi est une ville avec un tissu dense, aux rues encombrées et bruyantes,

parcourues de vélos, de motos et de voitures. La ville est une fourmilière

géante traversée par un mouvement dont on ne connaît ni la provenance, ni la

destination. Au milieu de se brouhaha, on trouve des vides, des respirations,

du calme presque. Des lacs. Des résistances naturelles dans un milieu urbain

surpeuplé. Ces lacs servent de bassins de rétention aux crues du Fleuve Rouge

qui en même temps qu’il le nourrit, représente une menace permanente pour

le delta du Tonkin. Partout, les hommes se sont protégés du fleuve. A Hanoi,

ils ont construit une digue et se sont reculés de ses bords qui forment la limite

est de la ville. Une limite floue, érodée en permanence. Les lacs entretiennent

un rapport particulier avec la ville. Ils constituent des mondes, des nœuds, des

éléments permanents face à la rapidité du développement urbain. Les maisons

sont venues s’agglutiner et forment un collage composite contre ces étendues

homogènes. La surface continue de l’eau s’oppose au désordre apparent de la

ville et ses bords sont des lieux publics privilégiés par la population. Les plans

d’eau sont des entités souples et propices à des activités aussi bien domestiques

que productives. Ils sont des espaces publics favorables aux mutations

sociales et à l’émergence de nouveaux modes de vie. Aujourd’hui négligés par

les pouvoirs publics, les plans d’eau sont peu à peu asphyxiés, comblés et en

marge du développement de la ville.

L’une des contradictions quant à l’importance de l’eau, réside dans le fait que

la ville tourne le dos à la plus grande source qu’est le Fleuve Rouge. Les rives

ne sont pas aménagées. Bien au contraire, ce sont les habitations les plus

délabrées qui s’établissent sur les rives. De plus, la ville tend à se développer

aussi de l’autre côté du fleuve. L’aménagement et le développement des rives

du Fleuve Rouge ne serait-il pas une façon de regagner, en partie, ce qui a été

perdu lors des nombreux remblaiements ?


HANOI: PORTRAIT

Les villes à croissance rapide 10

UNE CONSTRUCTION DU TERRITOIRE LIEE A L’EAU 12

Le delta du Tonkin 14

De la fabrication du territoire 18

A la fabrication de la ville 20

Unité typologique de base 22

Le tube et la tour 24

UNE MENACE PERMANENTE

Les deux facettes du fleuve 32

Inondations 36

Climat 42

DEUX TYPES D’ESPACES PUBLICS 46

Histoire 48

Evolution 50

Outside-in / outside-out 52

Diminution 54

L’espace public aujourd’hui 56

Plans d’eau 58

Formes et fonctions 60

Valeur symbolique 62

La rue : une pièce spatiale et mécanique 64

RETOUR A LA VILLE ASIATIQUE 68

L’après doi moi 70

Congestion 72

Modes de déplacement 74

Infrastructures 76

La moto comme symbole 80

LE DEVELOPPEMENT DE LA VILLE 84

Planification et développement 86

BORDS DE L’EAU

LIENS 94

Lac Tay 96

Lac Bay Mau 100


BORDS 104

Principes 106

Lac Tay 110

Eldorado 112

Des coutures et des patchs 116

Connexions 118

Intensité : le néon 120

Programmes 122

Le bord déconnecté 124

Lac Hoan Kiem 128

Le bloc vide 130

Réseaux 134

Connexions 136

Intensité : l’ampoule 138

Programmes 140

Interface continu 142

Lac Bay Mau 146

Disneyland 148

Gober 152

Connexions 154

Intensité : la fibre optique 156

Programmes 158

La limite contenue 160

LE FLEUVE 162

Territoire aquatique 164

Crues 166

Bâti 170

Végétation 174

Connexions 178

Programmes 182

Le bord libre 186

Synthèse 188

HYPOTHESES

Entropie 192

Tendances de développement 194

Connexions 196

Vision 198

Activation du bord 200

Le bord séquencé 202

Jardin amphibie 204

Scénarios 208

BIBLIOGRAPHIE

Table des matières


Hanoi est une ville à croissance rapide. S’il n’est pas nouveau, le processus

d’urbanisation a accéléré et la proportion de personnes habitant dans les villes

est toujours plus grande. Aujourd’hui, 50 pourcents de la population mondiale

vit dans les villes et l’exode rural est un phénomène qui touche les grandes

parties du monde (Forbes, 1996). Les statistiques prédisent une population avoisinant

les 5 milliards dans les villes en 2025 dont les deux tiers dans des pays

en développement. Par ailleurs, en 2015, on prévoit que 27 des 33 plus grandes

villes du monde se trouveront dans des pays en développement, dont 19 en

Asie (mutations, p.6)

De 23 millions actuellement, les Nations Unies estiment une augmentation

jusqu’à 47 millions de citadins aux environs de 2030 et si l’on en croit d’autres

prédictions, ce processus ne s’arrêtera pas avant que la population urbaine

n’atteigne 70 à 80 pourcents de la population totale du Vietnam (HAIDEP 2007,

p. 2-53). Hanoi qui a vu sa population augmenter de 45 pourcents durant les

10 dernières années, ne déroge pas à la règle (Office Général de la Statistique

du Vietnam) et devrait atteindre 5.3 millions en 2015 (HAIDEP 2007, p. 4-5). Et

comme beaucoup de ses congénères d’Asie du sud-est, Hanoi a une densité

de population (agglomération exclue) extrêmement élevée, 19’163 hab. / km2 en

2003 (Do, 2004, p.1). L’urbanisation rapide est la toile de fond du changement

de climat politique et des mécanismes de globalisation et de modernisation qui

modifient profondément la société vietnamienne. L’ouverture de l’économie

au marché mondial a multiplié les acteurs privés et publics aussi bien nationaux

qu’internationaux et a projeté le Vietnam sur la scène internationale. Le

paysage urbain est à l’image de ces bouleversements. Dans un territoire où la

valeur marchande du prix du sol liée à l’agriculture est déjà élevée qui implique

une forte densité bâtie, chaque m2 de terrain compte. L’expansion trépidante

de la ville et l’intérêt économique à court terme suppléant les impératifs urbains,

la valeur de l’espace public qu’il s’agisse d’un bord de lac ou d’un parc est remis

en question. Les processus d’urbanisation et d’industrialisation que l’Europe

ou les Etats-Unis ont connus à la fin du 19ème et au début du 20ème siècle,

ont aujourd’hui lieu en Asie et au Vietnam, mais en un temps bien plus court.

(Forbes 1996, Marcotullio 2002, Waibel2006). La transition d’une économie planifiée

et basée majoritairement sur l’agriculture vers une économie de marché

intégrée au système mondial a des répercussions aussi bien sur le paysage

urbain que dans la société.

10


les villes à croissance

rapide

11


une construction

du territoire liée à

l’eau

12


Le paysan du delta tonkinois a construit un réseau de digues

considérable. Il a déterminé le relief de ce pays, il a rendu productif

un territoire qui livré à lui-même n’aurait été que marécage. Dans

son aspect actuel, le delta est l’œuvre de l’homme .

L’histoire du territoire de la province de Hanoi est intimement liée à celle du

fleuve qui la traverse. Le fleuve rouge est à l’origine de la forme du territoire

qu’il a gagné sur la mer. Le delta du Tonkin est un territoire plat, inondé par les

crues du Fleuve Rouge durant les périodes de mousson. Depuis plus de deux

mille ans, des travaux gigantesques ont été entrepris pour l’endiguer et protéger

les terres cultivées.

Le delta est en effet un milieu dynamique qui se modifie grâce aux alluvions

qu’il transporte dans son lit et à travers les aménagements faits par l’Homme.

Entouré par des hautes montagnes et subissant de fortes précipitations lors

de la mousson, la plaine est en fait le résultat du comblement d’un ancien golf

de la mer de Chine par les limons charriés par le fleuve. Ce dernier représente

depuis toujours une source de vie en même temps qu’une menace permanente

pour les habitants. Les digues qu’il a formées sont la mémoire des crues et de la

peine des hommes qui ont depuis toujours travaillé, modifié et géométrisé pour

vivre et développer l’agriculture. La complexité de l’alluvionnement, mémoire

des déambulations du fleuve et de leurs défluents et des aménagements humains,

ainsi que les variations relatives de la topographie sont lisibles à grande

échelle.

14

> le delta du Tonkin et

les principaux réseaux


BARRAGE DE HOA BINH

HANOI

HAIPHONG

voies ferrées

axes routiers principaux

provinces

REPUBLIQUE POPULAIRE DE CHINE

MER DE CHINE MÉRIDIONNALE

le delta du Tonkin


Dans la plaine du fleuve rouge qui est une région plate où 12 mètres seulement

séparent l’apex et l’embouchure, le territoire est soumis aux inondations régulières

des terres et toute élévation représente une protection contre les crues

et favorise l’implantation humaine. Les terres surélevées (bourrelets fluviaux,

collines) ont par conséquent toujours été les lieux privilégiés d’établissement.

Hanoi est construite sur d’épaisses terrasses alluvionnaires au l’endroit de

diffluence entre le Fleuve Rouge et le canal des rapides. Les préoccupations hydrauliques

ont par conséquent joué un rôle de première importance dans l’aménagement

de l’espace urbain. On retrouve ainsi de nombreuses digues, canaux

de drainage ou lacs qui permettent d’amortir les crues. Ces derniers jouent un

rôle prépondérant en tant qu’espaces publics majeurs dans le tissu urbain.

16

parcellaire agricole et

forme du territoire

photo: http://www.

flickr.com/photos/anitapng/879982189/


Avant de se poser, l’avion survole un moment le delta de Fleuve

Rouge. Le damier des rizières inondées, les îles vertes des villages,

les « cités linéaires » portées par d’interminables digues rectilignes

laissent une impression d’artificiel, de territoire fabriqué et

ambigu.

S’agit-il d’une étendue d’eau, parfois remblayée pour construire,

ou bien d’une plaine, artificiellement inondée pour cultiver le riz ?

Les études sur la formation du delta nous renseignent : le fleuve

est à l’origine d’une forme territoriale – il a comblé son delta, ses

crues ont formé des séries de digues naturelles - que l’homme est

venu consolider, systématiser et géométriser.

La vue du ciel fournit déjà les éléments clés d’une lecture de la

fabrication de Hanoi : l’eau, la route, la discontinuité des densités

et la continuité de l’étendue

La forme du paysage est liée à l’activité de l’homme et à la riziculture en particulier.

Au sein du delta, le territoire est composé de champs d’une surface ne

dépassant souvent pas 400 mètres carrés et séparés les uns des autres par

des petites digues qui permettent autant l’étanchéité de chaque parcelle que

leur accès. Le résultat final est fait de cases formant un damier qui peuvent être

asséchées ou irriguées indépendamment les digues étant, la plupart du temps,

doublées de canaux. Ce dispositif donne son caractère anthropologique et

hiérarchisé au paysage tonkinois. L’organisation du territoire et le développement

des villages ont été dictés par la culture du riz et par le peu de terrain sec à

disposition.

Tributaire du mode de culture, le riz étant porté à maturité en terrain sec avant

d’être transplanté en rizière, le village type du delta tonkinois est à la fois lieu

d’habitation et de production. Sa complémentarité avec les rizières impose une

répartition de ces derniers diffuse et homogène dans le delta. En fonction de

leur situation haute ou basse par rapport au niveau des crues, on dénote deux

types d’implantation des villages qui influent sur la morphologie de la ville qui

leur succède. La différence entre ces deux types réside dans la manière dont ils

s’implantent par rapport au système de digues : Dans le premier cas, le « village-

18

Hanoi :– Fragments de

mutation », rapport de

mission du 14 juillet - 14

octobre 1994, Editions

Dynamiques urbaines


«la route digue comme ligne fondatrice d’urbanisation: constitution d’un

îlot urbain à partir de la trame rizicole et de la fonction commerciale des

marchés

source: François Decoster et al., Hanoi, dynamiques urbaines, fragments

de mutations, Dynamiques Urbaines, Paris, 1995, p. 25

de la fabrication du

territoire

19


île » est construit à l’intérieur de l’enceinte formée par les digues sur un monticule

de terre relié par une digue secondaire au système principal. Les habitations

suivent un dispositif d’implantation similaire.

Le logement constitue un dispositif qui se développe en compartiment le long

des rectangles formés par la trame rizicole. On trouve le second type appelé

le « village-route » dans des zones plus sensibles aux inondations. Ils se développent

le long des digues, tertres ou autres bourrelets formés par le fleuve et

suivent les mêmes principes d’organisation que les précédents.

Au delà de l’activité agricole, la plupart des villages ont également développé

des activités artisanales qui constituent une source de revenu complémentaire

pour les habitants. Ainsi, le travail des métaux, de la poterie, l’industrie du cuir

ou du bois ou d’autres types d’activités a été à l’origine du développement

urbain des premiers centres spécialisés. Et, bien que cela demeure une activité

d’appoint, chaque village s’est spécialisé dans la pratique d’un type d’artisanat

si bien qu’au fil du temps, certaines agglomérations allant jusqu’à constituer

de véritables monopoles dans leur domaine ces activités supplantant certaines

fois même l’agriculture.

Si le compartiment constitue l’unité agrégative de base pour la densification

des villages, la digue ou digue-route est elle la ligne fondatrice de l’urbanisation.

La densification s’opère par redécoupage successif des parcelles en fines

bandes rectangulaires le long de ces dernières en premier lieu. L’artisanat a généré

le début d’une économie urbaine, le commerce a quant à lui été un facteur

prépondérant pour la densification des villages.

20


plan du parcellaire d’un îlot du quartier traditionnel. Au cours des années,

les parcelles s’étendent vers le coeur de l’îlot pour se rejoindre (d’après

les docuements du service Cadastral de la ville d’Hanoi).

source: François Decoster et al., Hanoi, dynamiques urbaines, fragments

de mutations, Dynamiques Urbaines, Paris, 1995, p. 28

à la fabrication de la

ville

21


Le compartiment est projection et rabattement, sur le sol de la ville

de l’espace social et coutumier. Tout comme il constitue une forme

de matérialisation privilégiée des rapports sociaux de la ville marchande

et des extensions urbaines contemporaines. »

Les villes d’Asie comptent trois modèles instaurateurs et génériques qui sont la

ville administrative et militaire, la ville hydraulique et la ville marchande (Weber,

1947, Lombard, 1970). A Hanoi, la cité marchande constitue aujourd’hui encore

le cœur de la ville. Il s’agit d’un ensemble complexe et structuré, complément

spatial et social de la cité impériale ou citadelle aujourd’hui occupée par l’administration,

et dont le type générateur est le compartiment. Egalement appelée «

quartier des 36 rues » à cause de la répartition initiale des habitations en villages

corporatifs dont les rues portent le nom, la ville marchande est aujourd’hui

encore le noyau dur de la ville tant d’un point de vue culturel que social.

La valorisation humaine de la topographie produit des cases ou blocs dont le

contour sont les digues qui constituent les rues le long desquelles s’assemblent

en chapelets les compartiments d’abord de manière lâche, puis en se densifiant

jusqu’à la mitoyenneté donnant à la ville le caractère dense qu’on lui connaît

aujourd’hui. L’engendrement du tissu urbain prend appui sur les structures

hydrographiques et topographiques. C’est également la forme des bâtiments,

étroite et allongée donnée par le découpage foncier issu des principes de subdivision

agricole du sol en fines bandes perpendiculaires aux axes principaux qui

constitue l’un des principes fondateurs du tissu urbain.

L’architecture vietnamienne est basée sur la composition axiale de bâtiments

successifs articulés par des vides et se structure perpendiculairement à ces

axes d’engendrement par l’agrégation successive de travées. Ces éléments

structurants sont aussi bien les ruelles, les lacs ou les routes digues structurant

le territoire et donnant forme au compositions urbaines aussi bien que paysagères.

A l’intérieur, ce sont les cours qui assurent la maîtrise du vide qui ont autant

d’importance que le pleins tant dans tant le contrôle spatial que dans les usages.

Ce dispositif spatial donne lieu à un monde continu et « filtré », à des transitions

douces dans l’espace domestique. L’espace du compartiment ou « tube

22

C. Pedelahore : « L’angle

de la ville : Hanoi 1873-

2006 », Thèse de Doctorat

en Architecture, sous

la direction de C. Goldblum,

Ecole Doctorale

Ville & Environnement.

Université de Paris VIII,

décembre 2007, p.40)

>> typologie du compartiment

issue du parcellaire

agricole

photo: Nguyen - Le Fort


unité typologique de

base


de bambou » met en place un continuité linéaire mettant en relation des dispositifs

plus ou moins similaires d’une maison à l’autre : espace de vente, aire de

stockage, cour antérieure publique, espace de production, pièce de réception,

cour de représentation de la nature, espaces de vie familiale, pièce de culte

avec autel des ancêtres, cour de services et soupentes diverses (C. Pedelahore :

« L’angle de la ville : Hanoi 1873-2006 », Thèse de Doctorat en Architecture, sous

la direction de C. Goldblum, Ecole Doctorale Ville & Environnement. Université

de Paris VIII, décembre 2007, p.40). On doit à Louis Bezacier l’analyse de la

composition architecturale vietnamienne qu’il explicite par un double principe

: (Bezacier Louis. Relevés anciens des monuments du nord Vietnam, EFEO,

Maisonneuve EDITEUR, PRIS, 1959). D’une part, un système axial et linéaire

alternant vides et pleins dans la constitution de l’ordonnancement des édifices.

D’autre part, un système dual associant un seuil ouvert à un espace couvert.

On retrouve ce principe de plurifonctionnalité des lieux et des constructions à

l’échelle des édifices publics comme les Pagodes ou les maisons communales

qui, en même temps qu’elles servent de lieux de culte sont également des lieux

d’échange ou de réunion.

La façade sur rue sert d’interface entre l’espace domestique et la ville, entre

l’intérieur et l’extérieur. Elle est aussi le support de l’expression individuelle

face à la communauté. La succession de ces éléments aussi riches que variée

contribue au caractère unique de la rue asiatique et hanoienne en particulier. Ce

dispositif est renforcé notamment par le biais des espaces de vente situés au

rez de chaussée et totalement ouverts sur la rue. Cet ordre horizontal et collectif

se combine avec celui vertical et individuel, de la section domestique du compartiment

(Pedelahore, 1997).

24

>> la typologie du compartiment,

Hanoi.

photo: Nguyen- Le Fort


La typologie du compartiment a subi les contraintes du régime colonial français

avant de connaître celle du régime socialiste. Le premier a permis le développement

conjoint de deux principes urbains à priori antithétiques : d’une part, le développement

organique du tissu par la typologie du « tube de bambou, d’autre

part celui du tracé régulateur de la ville coloniale. L’ère socialiste s’est, quant à

elle, méfiée de l’image individualiste et à caractère commercial que véhicule la

typologie du compartiment. On lui a opposé les nouveaux modèles d’habitat

collectifs et égalitaristes et la plupart furent séparées et recomposées pour abriter

plusieurs familles. A ces mesures vinrent s’ajouter la suppression des titres

de propriété et l’interdiction de travaux d’entretien ou de transformation.

Si Hanoi a vu une typologie hybride entre la villa et le compartiment se développer

parallèlement au compartiment, c’est surtout l’importation des barres

résidentielles et monofonctionnelles, les Khu Kap The (ou KTT) empruntées au

modèle soviétique qui dominera la deuxième partie du 20ème siècle. Les KTT

ont été l’emblème de la formation de l’homme nouveau socialiste, de l’industrialisation

des procédés de construction et enfin, dans leur rôle d’icônes de la

modernité, l’objet de nombreuses recherches architectoniques. L’assouplissement

des règlements de constructions a permis aux habitants de transformer

progressivement ces typologies par des extensions tant au rez de chaussée

que dans les étages supérieurs qui ont parfois plus que doublé la largeur initiale

de la barre, rappelant la typologie du compartiment.

Le doi moi a permis une reprise du développement du type du compartiment et

la part de construction individuelle a atteint jusqu’à 80% du nombre total de logements

mis en chantier durant les années 1990. La fin des années 1990 a vu le

financement par des sociétés paraétatiques de développements urbains mixant

les typologies de compartiment, de la barre et de la villa.

26


le tube et la tour

64

un KTT sur la rue Giang Vo, Hanoi photo: Nguyen- Le Fort

27


L’ouverture du pays a vu l’arrivée de nouveaux acteurs économiques en même

temps que l’apport accru de moyens financiers destinés à répondre à de nouvelles

exigences : construction d’hôtels et de bureaux, retours sur investissements

rapides et de nouveaux programmes en réponse aux nouveaux besoins

d’une société de consommation en pleine explosion. La valeur du terrain le plus

souvent agricole des terrains destinés au développement urbain conditionne

également la densité. L’autorisation de dépassement du skyline, jusqu’alors

limité à la cime des arbres après 1995 fut également un facteur de la verticalisation

du développement. Le type de la tour, marqueur dominant des interventions

immobilières contemporaines constitue un élément incontournable dans

la génération de la forme de la ville actuelle. Néanmoins, après presque une

décennie, cette nouvelle législation a été adoptée et redéveloppée par la population

qui va jusqu’à reconstruire sur certaines parcelles des compartiments de

six étages destinés à être des petits hôtels.

28

>> affiche publicitaire

dans les nouveaux quartiers

de Hanoi

photo: Nguyen- Le Fort


une menace

permanente

30


les deux facettes du

fleuve


Malgré la construction d’un barrage pour réguler le débit à Hoa Binh dans les

années 1980, les contraintes hydrauliques liées à la nature du sol restent permanentes

: des inondations catastrophiques, causées par les pluies de mousson

ou aux typhons, l’insalubrité liée à l’existence des marécages ou l’instabilité

des sols, due à la subsidence et à l’apport des alluvions fluviales se répètent

chaque année. On estime qu’au Viêt-Nam 5 à 10 pourcents du PNB sont perdus

chaque année à cause de ces désastres et que 70 pourcents de la population

est vulnérable [Marshall, 1999].

Les deux facettes du fleuve, son rôle à la foi nourricier et meurtrier, ont conditionné

le rapport que les habitants entretiennent avec lui. Les crues et les mécanismes

de friction entre la terre et l’eau en font une limite indécise où l’urbain

côtoie tour à tour l’agriculture et le monde aquatique. A la hauteur d’Hanoi,

la largeur du fleuve varie entre 1000 et 1500 mètres et représente une réelle

contrainte de franchissement. Ce n’est que tardivement, au début du 20ème

siècle que la ville s’est étendue timidement avec les premiers quartiers industriels

sur la rive est, suivant un schéma proche de celui de Saigon. Cette partie

reste peu développée, bien que les plans d’expansion de la ville en font une

zone privilégiée pour de développement.

34


lac Tay

rivière to Lich

Fleuve Rouge

Hoan Kiem

Bay Mau

digues


15 m

14 m

13 m

12 m

11 m

10 m

9 m

8 m

7 m

6 m

5 m

1900

Le bassin du Fleuve Rouge a une superficie d’environs 80’000 km 2 et compte

plus d’un tiers de la population vietnamienne. L’agriculture y est le principal

créateur d’emploi et fournit près de 35 pourcents des richesses. La gestion de

l’eau est par conséquent primordiale et soumise au climat qui alterne des périodes

de mousson générant des crues des principaux cours d’eau. Ces phases

souvent dévastatrices sont suivies de sécheresses et rendent complexe l’utilisation

de l’eau.

Sa situation géographique dans une plaine entourée de montagnes rend Hanoi

particulièrement sensible aux phénomènes d’inondations en période de mousson

ou pendant le passage de typhons. La ville s’élève sur un territoire plat et

36

1910 1930

1940

1950


1960 1970

1980

1990

niveau de l’eau en métre

moyenne sur 5 ans

tendance

2000

niveaux annuels les plus hauts (en m) du Fleuve Rouge à la hauteur du pont Long Bien

source: HAIDEP

originellement marécageux et son niveau varie entre 4 et 11 mètres au dessus

du niveau de la mer avec une moyenne à environ 7 mètres. Le Fleuve Rouge a

quant à lui une amplitude qui varie suivant les saisons. De 2 mètres en saison

sèche, les variations de hauteur peuvent atteindre 10 mètres durant la mousson.

Les inondations font partie du quotidien des habitants. Toutefois certaines

peuvent être dévastatrices.

En 1971, le fleuve a atteint un niveau record de 14 mètres ou récemment des

pluies diluviennes se sont abattues sur la région, provoquant la mort de plus de

70 personnes et endommageant près de 120 000 habitations. Ces événements

mettent en cause le système de digues déjà vieux autour de la capitale. En plus

innondations

37


alt 630 m.

réseau hydrographique

alt 600 m. alt 30 m.

alt. 5-10 m.

découpage altimétrique de la province d’Hanoi: la topographie en majorité plate est directement exposée aux crues .

source: atlas infographique

de la destruction d’une partie de la ville et de la désorganisation qui leur succède,

de tels événements impliquent souvent un risque d’épidémie, notamment

le choléra et touchent les personnes les plus pauvres de la population. Les plus

touchées sont généralement celles qui vivent au delà des digues où les dégâts

pour les commerces et les petites industries atteignent 50 pourcents des biens

et jusqu’à 25 pourcents du revenu généré par la production annuelle. Les zones

en question se sont développées sans réglementation ni protections particulières

contre les crues. Considérant la faible topographie et l’élévation probable

du niveau des eaux, ces territoires sont menés à être de plus en plus touchés

par les variations du Fleuve Rouge. L’érosion des rives causée par les variations

de hauteur du fleuve représente également une menace pour ces territoires.

Plusieurs rapports d’experts dont celui de l’HAIDEP recommandent le consoli-

38


alt. 2-5 m. alt. 1-2 m.

dation des digues et la protection des berges en plus de plans d’évacuation de

la population aujourd’hui encore inexistants. Bien qu’ils soient moins touchés

par les inondations, les quartiers protégés des crues connaissent d’autres problèmes.

En effet, les crues provoquent le débordement des eaux stagnantes et

le lessivage des eaux usées domestiques et industrielles qui se déversent ensuite

dans les rues ou les lacs, contribuant à leur insalubrité. Le phénomène est

amplifié par les comblements successifs des plans d’eau et leur mauvais état et

ou le faible entretien des canaux de drainage souvent obstrués par des déchets

solides. Les réseaux d’assainissement de la ville datent de la période coloniale.

Ils sont d’une part en mauvais état et d’autre part ne sont pas non plus dimensionnés

pour la taille de la ville d’aujourd’hui.

39


Bien que le travail d’endiguement du fleuve diminue le risque d’inondations et

la divagation du cours, les dépôts successifs d’alluvions contenus au sein de ce

périmètre contribue à l’augmentation du niveau du lit du fleuve. Il implique, par

conséquent, le relevage des digues et leur fragilisation, leurs fondations n’étant

pas prévues pour de telles hauteurs. Les risques de brèches augmentent, rendant

plus vulnérables les populations. Le service des digues du Viêt-Nam a décidé

de ne plus élever les digues au-delà de 14 mètres [Marshall, 1999], le lit du

fleuve courant à certains endroits déjà à plus de 6 mètres au dessus des terres.

Dans le delta du Mekong, partant du constat que la plupart des digues ont été

construites il y a longtemps avec des matériaux locaux et des techniques qui

ne peuvent éviter les affaissements, les fuites et les brèches, que bon nombre

d’écluses de drainage qui passent sous les digues sont obsolètes et sérieusement

abîmées, on ne peut plus compter uniquement sur elles pour remplir leur

rôle de protection. Il est d’hors et déjà évident que d’autres politiques d’accompagnement

doivent être instaurées [DangQuang Tinh, 1999].

L’une des contradictions quant à l’importance de l’eau est que la ville continue

à tourner le dos à la plus grande ressource que représente le Fleuve Rouge. Les

rives ne sont pas aménagées et ce sont, bien au contraire, les habitations les

plus délabrées qui s’établissent sur les rives. Redonner aux habitants de Hanoi

les rives du Fleuve Rouge ne serait-ce pas une façon de regagner un peu de ce

qui a été perdu lors des nombreux remblaiements ?

42


déc

nov

oct

sept

aout

jul

juin

mai

avr

mars

fev

jan

ppm en mm

350

300

250

200

150

100

50

climat

0

pluviométrie: moyennes annuelles (1886-1997)

source: atlas infographique

43


44

Hanoi

Hanoi

niveau actuel

+1 m


Hanoi

Hanoi

changements climatiques: submersion du delta du Tonkin et d’Hanoi (moyenne + 7m) suivant la montée des eaux

source:http://flood.firetree.net

+3 m

+7 m

45


deux types

d’espaces publics

46


Le concept d’espace public est complexe au Vietnam. Ceci est dû tant au contexte

social et politique actuel qu’à la tradition et à la culture vietnamienne. Dans la tradition

occidentale, l’espace public est, au sens strict, un des espaces possibles de

la pratique sociale des individus, caractérisé par son statut public. Il se différencie

ainsi de l’espace commun, soit l’ensemble des espaces possibles de la pratique

sociale des individus » (Jacques Lévy et Michel Lussault, 2003). Au Vietnam, pays

qui ne possède pas de tradition démocratique, le concept d’espace publique est lié

à celui du contrôle politique que ce soit par une stricte hiérarchie sous les empereurs

précoloniaux, une ségrégation physique lors de la domination française ou le

contrôle étatique sous le régime communiste.

Jusqu’à l’invasion française, la ville de Hanoi était divisée entre la citadelle, réservée

à une élite, et la ville marchande où chaque rue abritait une corporation qui

édictait les lois d’utilisation de l’espace. Il n’y avait pas de concept d’espace public

en tant que tel et les seuls espaces de rassemblement étaient les temples et les

maisons communales dont l’accès était restreint en fonction du rang social et du

genre (Anh 2005). Après l’arrivée des colons en 1887, Hanoi fut transformée en la

capitale française de l’Indochine et devint un lieu des représentations publiques

du pouvoir colonial. Un grand nombre d’édifices religieux et symboliques furent

détruits et remplacés par des institutions représentant le nouveau pouvoir en place.

Les idéaux urbanistiques de l’époque furent également importés et la notion d’espace

publique fit son apparition dans la ville à travers l’aménagement des squares,

de places ou de parcs au bord des lacs (Anh 2005).

Cependant, et comme pendant l’ère communiste qui lui succèdera en 1954, la

notion d’espace public est intimement liée à celle de la représentation du pouvoir

en place. Avec l’aide de l’Union Soviétique, le gouvernement vietnamien construit

de nouveaux espaces, à l’image des liens profonds avec leur grand frère idéologique.

Le parc Thong Nhat, véritable poumon vert au centre de la ville, fut renommé

parc Lénine à l’occasion du 110ème anniversaire du leader soviétique. Les espaces

symboliques coloniaux et précoloniaux furent destinés à de nouveaux usages en

même temps que leur fonction symbolique remise au goût de l’idéal communiste

et de nombreuses institutions coloniales furent réhabilitées en bureaux pour le

parti alors que les maisons communales précoloniales étaient démunies de leurs

fonctions rituelles (Logan, Drummond, Anh).

48


L’espace public quant à lui fut soumis non seulement au contrôle des patrouilles,

mais sous la pression de l’économie planifiée, c’est également toute l’activité de

la rue qui disparut. La distribution des biens de consommation fut soumise au

strict contrôle du parti et les marchés et le commerce de rue furent interdits. L’Idéal

communiste a produit de nombreux lieux publics, bien que leur fonction n’ait pas

été celle donnée dans la définition plus haut. Ces espaces n’ont pas été le lieu de

liberté d’expression, d’échanges commerciaux ou de formation de mouvements

politiques. Aujourd’hui, ces espaces sont reconquis par la population à travers les

transgressions quotidiennes des règles imposées par le parti et redeviennent le

décor de la vie urbaine.

histoire

49


La ville est une superposition de couches historiques qui ont laissé de nombreux

symboles comme des bâtiments, des monuments et des places publiques.

Ils servaient, en général, à l’expression du pouvoir en place et à son

contrôle sur les habitants. La morphologie de l’espace urbain est donc le résultat

des nombreuses successions de régimes.

Les changements de l’espace urbain, avant d’être architecturaux, résident dans

son utilisation. Avant le Doi Moi, l’espace public était sous le contrôle étroit du

parti. Il était le lieu de production et de travail. Les rassemblements y étaient interdits

ou, du moins, soumis à l’approbation du parti. Les manifestations étaient

généralement de nature politique, célebraient l’anniversaire d’une personnalité

ou la fête nationale. Ces événements attiraient une grande quantité de participants.

Depuis l’ouverture économique du pays, ils suscitent de moins en moins

d’intérêts. Déjà faiblement vivant, l’espace public deviendrait-il encore plusvide?

Depuis le Doi Moi, l’espace public est devenu le lieu d’opportunités économiques.

Des commerçants, par manque d’espace privé, se le sont appropriés

afin de développer leurs affaires. On découvre ainsi des échoppes qui étalent

leurs produits directement sur le trottoir et les clients n’y entrent même plus, ils

font leur choix à l’extérieur. De même, l’artisan transforme les quelques mètres

carrés situés à l’ouvroir en atelier, travaillant à même le sol. Le consommateur,

lui aussi, utilise le trottoir : Il sert en effet au stationnement des véhicules directement

devant le commerce. Il faut savoir que de nombreuses rues sont spécialisées

dans la vente d’un seul type de produit, l’acheteur ou consommateur

ne va donc que rarement flâner dans des rues commerçantes et, au contraire,

il se déplace directement de l’une à l’autre. Il y consomme aussi. Les salles de

restauration prennent place sur le trottoir ou la rue, si ce n’est pas carrément

le restaurant entier avec sa cuisine qui y prend place. Le pouvoir a récemment

décrété l’interdiction de faire déborder le commerce sur le trottoir, pretextant des

questions de sécurité. Cela a eu pour effet de créer des mécontentements et des

résistances dues à l’élan pour exploiter les nouvelles possibilités de l’économie

privée. Ainsi certaines rues, principalement celles fréquentées par les touristes,

sont moins envahies par des objets ou tables qu’auparavant.

50

>> place du mausolée

D’Ho Chi Minh au lever du

drapeau

photo: Nguyen- Le Fort


évolution


Les espaces urbains représentent un besoin vital pour la ville. Leur accessibilité

caractérise la façon de vivre et de travailler en milieu urbain. Hanoi en est le parfait

exemple. L’espace public est le lieu de nombreuses activités économiques,

récréatives et d’interactions sociales.

En parlant d’espaces publics, il est important de considérer le contexte vietnamien

où le concept d’espace public-privé y est différente de celui des pays

occidentaux. Lisa Drummond (2000 : 2378) introduit les termes d’inside out et

d’outside in pour qualifier la complexité de la distinction entre espace public et

espace privé. Au Vietnam, l’Etat intervient dans la sphère domestique dans la

mesure où un portrait ou un buste de Ho Chi Minh est obligatoire dans chaque

foyer, d’où la notion d’outside in. A l’inverse, de nombreuses activités privées

se passent dans l’espace public, par exemple, de nombreux habitants font leur

vaisselle sur la rue.

52

>> un trottoir comme

espace de travail

photo: Nguyen- Le Fort


outside-in / inside-out


La pression exercée sur les espaces publics à Hanoi n’est pas due seulement

à l’augmentation de la population, le rythme élevé des nouvelles constructions

ou le manque de planification. La demande pour de nouveaux espaces publics

apparaît avec l’émergence de nouveaux modes de vie et de consommation. Le

relâchement du contrôle étatique et l’augmentation du revenu personnel favorise

de nouvelles utilisations de ce type d’espaces. L’équilibre est fragile entre le

contrôle et le laisser faire de la politique prônée par l’état. Au delà de l’apparition

de nouveaux usages tant économiques que familiaux ou personnels, l’espace

public est également le lieu de nouveaux conflits au sein de la population. En

effet, la privatisation du sol engendre souvent un accès restreint ou payant

pour la population, engendrant de profondes inégalités et un grand mécontentement

des plus pauvres. Ces changements dans l’utilisation de l’espace public

et le glissement progressif vers un paysage urbain privatisé ou commercialisé

suscitent de vives oppositions. En plus, les mécanismes d’urbanisation et de

globalisation de la ville remettent le plus souvent des décisions majeurs entre

les mains des entrepreneurs. De ce fait, les étendues d’eau, les surfaces vertes

et boisées ont tendance à diminuer réduisant l’accès pour certains et faisant de

ce fait le jour sur les inégalités croissantes au sein de la population.

54

>> la ville en construction,

sud ouest d’Hanoi

photo: Nguyen- Le Fort


diminution


Depuis les réformes introduites par le Doi Moi, et avec l’apport de nouveaux

capitaux la rue est redevenue le lieu privilégié d’activités commerçantes et l’on

voit des petites échoppes apparaître à tous les coins de rue. Ceci à conduit à la

renaissance de la rue en tant qu’espace public, mais également à la réduction

de la quantité d’espace disponible (Anh, 2005). Les trottoirs sont occupés par

toutes sortes d’activités qui dépassent de loin la seule fonction commerciale.

Les activités domestiques prennent également leur place dans la rue et il n’est

pas rare de voir des personnes cuisines, faire leur vaisselle, se laver ou encore

regarder la télévision. Ainsi la définition de l’espace entre la sphère publique

et la sphère privée est floue et en constante évolution. Les activités sont en

permanente évolution et il est fréquent de voir un magasin qui loue des motos

durant la journée se transformer en restaurant le soir venu. Si ces activités

sont en partie dues au peu d’espace disponible pour chacun (6m2 de surface

habitable par habitant au centre ville, rapport HAIDEP, 2007), elles sont aussi

l’expression de l’audace de la population dans son utilisation de l’espace public

(Drummond, 2000).

La perte de pouvoir du parti et le désintérêt idéologique de la population pour le

système communiste, renforcés par les moyens de communication actuels et

l’ouverture du pays à une culture mondiale favorisent à leur tour les nouvelles

expressions d’usages sur le domaine public. Au Vietnam où toute opposition

politique est interdite, les rassemblements de personnes bien que sans message

ni revendications apparentes peuvent prendre un caractère politique très

fort. Et, comme le relève Mandy Thomas, des jeunes faisant du skateboard

proche du monument de Lénine ou des joggeurs s’exerçant sur la place du

mausolée d’Ho Chi Minh, peuvent être perçus, dans ce contexte, comme des

actes politiques (Thomas, 2002). Par ailleurs, la population étant majoritairement

jeune au Vietnam la nouvelle génération qui, malgré la censure, a accès

aux médias et à internet, est plus tournée vers une culture urbaine globale que

les croyances et préceptes du parti et les réponses à leurs besoins et demandes

en terme d’espaces urbain, ne sont que très rarement satisfaites par l’Etat ou

les institutions. Les investisseurs privés ou les chaînes de commerces internationales

sont plus aptes et plus rapides pour répondre aux nouvelles attentes.

56

>> lac Tay

photo: Nguyen- Le Fort


l’espace public

aujourd’hui


Les nombreux acteurs et la grande diversité d’activités font de l’espace public à

Hanoi un sujet complexe et varié. Il est l’enjeu des modifications profondes du

système économique et des relations souvent floues entre l’Etat et les investisseurs

privés. Il est également le décor qui voit le parti communiste perdre petit

à petit son pouvoir au profit d’une culture globale et nécessitant des apports

autres que la propagande communiste. Il représente enfin le lieu d’expression

des nouveaux modes de vie d’une population résolument tournée vers le futur

et reliée au monde par des moyens de communications modernes. Dans ce

contexte, le rôle des lacs comme espaces publics et le rapport qu’entretiennent

la ville et ses habitants avec l’eau apparaissent comme une question primordiale

pour le développement de la ville.

A Hanoi, les lacs font partie des matériaux bruts, fondateurs de la

ville. Respiration urbaine, lieux d’échanges, les lacs sont aussi les

derniers lieux de naturalité et de production vivière, les derniers

îlots de ruralité.…Là où, ailleurs, les nœuds urbains sont faits de

signaux verticaux solidifiés ou d’intersections de réseaux toujours

lisibles, pleinement identifiables et souvent mis en scène, ceux-ci

sont faits à l’inverse d’horizontalités imperceptibles, d’intériorités

protégées, de subtilité, presque de dissimulation.

Les plans d’eau à l’intérieur de la ville ont été jusqu’à récemment des entités

souples, mobiles et propices à des activités aussi bien domestiques que

productives. Ils sont des lieux propices aux mutations et à l’émergence de

nouveaux modes de vie, comme les bords du lac Tay qui ont vu les hôtels et

résidences de luxes se superposer aux pagodes, temples et autres lieux de

villégiature. Les lacs sont également des éléments de repères structurants et

durables face à la croissance rapide et souvent désordonnée de la ville. Plus de

90 pourcents ont été remblayés depuis le début du XXe siècle afin de densifier

la ville et l’on ne compte plus qu’une dizaine de lacs aujourd’hui représentant

une surface d’environ 2200 ha. L’enjeu est grand, si l’on considère leur potentiel

culturel, environnemental et social

58

>> comblements successifs

des lacs et du réseau

hydrologique.

source E. Cerise

Hanoi, le cycle des

métamorphoses, Editions

recherches / Ipraus 2001,

p.43


1873

1928

1986

1902

1943

2003

plans d’eau

59


S’il n’existe pas de lac artificiel à Hanoi, certains d’entre eux ont vu leur

contours redessinés ou leur forme générale recomposée. Il en découle une

grande diversité de géométries et de tailles. Pour ne citer qu’eux, le lac du Temple

de la Littérature est circulaire, celui de Dong Nhan proche d’un ovale parfait,

Hoang Khiem se déploie de manière allongée au centre ville, le lac de l’Ouest

ou lac Tay, ancien méandre du fleuve rouge et le plus grand lac de la ville,

conserve dans sa forme de rognon le souvenir des circonvolutions du fleuve,

quant au lac Bay Mau du parc Lénine, ses bords ont été retravaillés et recomposés

pour en faire une forme souple et molle participant à l’ensemble paysager.

Au delà de leur forme, c’est surtout l’aménagement des bords et le rapport au

bâti qui détermine les fonctions et l’usage des lacs comme espace public. Le

bord des lacs, lorsqu’il n’est pas privatisé, est à peu de choses près le seul espace

public accessible à tous dans la ville où l’on peut se promener sans payer

ni souffrir du trafic incessant. Leur présence discrète favorise l’appropriation par

les habitants qui y développent, de manière semblable à la rue, des activités

aussi bien domestiques que productives. Tout au long de la journée, on croise

des acteurs aux activités très variées.

Le lac perd sa fonction publique lorsque les berges sont privatisées. Dans un

enclos, les phénomènes d’échange, d’interaction par le flux et de friction avec

les activités n’ont plus lieu. Ils ne sont plus le lieu où l’on s’arrête et l’on flâne. Ils

deviennent un paysage vide, une nature morte contemplée seulement par ceux

qui peuvent se l’offrir. C’est le cas des nombreux hôtels du lac Tay. Les lacs deviennent

un peu comme le Fleuve, un derrière protégé par une couche de bâti.

A noter que la distance de la rue, lorsqu’elle borde le lac, joue un rôle important

dans l’activation des berges. Trop importante, elle n’est plus partie intégrante

de la ville. Trop petite, elle devient elle même le bord et toute possibilité d’arrêt

ou d’activités disparaît et l’espace est asphyxié par le bruit et les nuisances du

trafic. L’espace public des lacs, est un espace de bord, linéaire. Contrairement

à la rue, il est libre de l’activation par le bâti et c’est pourquoi tant d’activités s’y

développent à tous les moments de la journée. En fait, c’est un dispositif urbain

qui fonctionne à travers l’interaction née de la friction entre les différentes couches.

Quand la friction s’arrête, l’espace meurt.

60


fonctions

Les lacs sont également lieux de production. Ils sont le centre et supports

et

d’activités traditionnelles qu’elles soient nourricières (agriculture, pisciculture)

fonctionnelles (lavage, nettoyage, bain,cuisine) ou écologiques en fonctionnant

comme bassins de lagunage naturel, drainage ou récupération des eaux de

pluies (Pedelehore 2007). formes

61


En tant que poches vides dans le tissu dense, certains lacs prennent également

une fonction autre que celle d’une respiration urbaine. Au delà de leur rôle

physique et morphologique, les lacs font partie de la mythologie et de la culture

hanoienne. Ils participent aux représentations mentales, culturelles et sociales

des habitants. Certains d’entre-eux sont présents dans les mythes fondateurs

de la ville et ont été pendant longtemps un lieu de prédilection pour les réunions

littéraires ou la méditation. Ceux–la, portent généralement la marque distinctive

d’un temple ou d’une pagode qui leur confère un statut religieux ou spirituel.

Leurs bords sont les lieux privilégiés pour la méditation, la promenade ou plus

récemment le flirt.

L’eau est un symbole de permanence, de mémoire. C’est un élément immuable

dans le paysage delà ville. Les bords des lacs sont des repères, des refuges,

des constantes pour les habitants. De ce point de vue, ce n’est un hasard, s’ils

sont les lieux privilégiés de rencontre et de sociabilité. En retrait de la ville et se

son rythme assourdissant, ils sont aussi protégés du contrôle politique et social.

Ce sont par ailleurs des pièces de nature, des paysages naturels qui tranchent

avec le minéral de la ville. Ils en sont le pendant, l’équilibre aussi bien urbain

que social. Bien que le théâtre d’une grande diversité d’activités, ils représentent

des poumons et des respirations dans le chaos de la ville. Ce sont des lieux

fixes et presque immuables dans le temps.

Les rives ouest du fleuve, même lorsqu’elles sont cultivées sont comme le dos

et l’arrière de la ville. La plupart du temps un mur protège les habitations surpeuplées

des crues. Il faut souvent chercher, escalader pour voir ce territoire

longitudinal et impraticable. Ici, la nature et la ville se confrontent directement

et presque violemment. Cet espace, résultat de la friction entre la terre et l’eau,

mais aussi entre l’homme et la nature est indécis et mobile. Au delà de la digue,

on retrouve le tissu dense d’habitations qui s’empilent jusqu’au plus près de

la berge. Là, le plastique, le bois ou la tôle remplacent les constructions en dur.

Même la construction semble prise dans la confusion que cette limite indécise

laisse régner. A quelques endroits, les night-clubs populaires garantissent à

ceux qui payent un accès privilégié au Fleuve Rouge. A Hanoi on ne vit pas et

on ne pratique pas le fleuve comme on pratique les lacs. On le craint et on s’en

protège.

62


valeur symbolique

63


...ce que l’on appelle improprement ici la rue est bien une pièce

- dans les deux sens du terme, spatial et mécanique - qui, par le

biais d’un emboîtement d’échelles va de la famille au groupe et de

celui-ci à la collectivité. Plus qu’un vestibule occidental, la rue est

son pendant asiatique : une cour, une cour collective partagée.

L’exploitation économique de la rue se fait aussi par des installations temporaires

et de nombreux services y sont proposés. On citera les xe ôm, un service de

taxi-moto, qui y attendent, interpellent d’éventuels clients ou des personnes qui

avec leur appareil sur roulettes vous donnera votre taille et poids. Au Vietnam, il

n’existe pas de tarifs fixes. Ainsi chaque échange commercial donne lieu à des

négociations, donnant vie à la rue.

Le trottoir est donc devenu un espace de consommation, un centre commercial

à l’échelle de la ville. Mais là où dans les pays occidentaux l’espace est semipublic

et en mains privées, il est ici complètement public mais sujet aux décisions

d’un gouvernement qui y a de moins en moins d’influence. Aujourd’hui,

en effet, les citoyens n’hésitent pas à se battre pour son utilisation et donc pour

sa définition.

Les abords de la rue ne sont pas exploités uniquement économiquement. Il

servent aussi de prolongement de l’espace domestique. Les habitants y font

la vaisselle, profitant du caniveau comme évier, ou l’utilise comme séjour en y

discutant des affaires familiales.

64

C. Pedelahore : « L’angle

de la ville : Hanoi 1873-

2006 », Thèse de Doctorat

en Architecture, sous

la direction de C. Goldblum,

Ecole Doctorale

Ville & Environnement.

Université de Paris VIII,

décembre 2007, p.45)

>> répartitiion spatioale

entre la sphère publique

et la sphère privée en

fonction des typologies

source.: Hanoi, le cycle

des métamorphoses, Editions

recherches / Ipraus

2001, p. 150


sphère privée /

espace domestique

sphère privée /

espace domestique

sphère privée /

espace domestique

sphère privée /

espace domestique

extension

extension

extension

sphère publique /

espace commercial

sphère publique /

espace commercial

sphère publique /

espace commercial

sphère publique /

espace commercial

la rue:une pièce

spatiale et mécanique

65


La santé est une préoccupation importante pour les vietnamiens. Ainsi la

pratique du sport est largement répandue. Bien que des établissements privés

tel que des fitness font leur apparition, ils ne sont que rares et réservés à une

classe sociale aisée. Les terrains de sports publics ne sont pas plus présents.

Un désintérêt de l’Etat pour la pratique du sport en est vraisemblablement la

raison. De ce fait, c’est à nouveau l’espace public qui est réapproprié. Ainsi, très

tôt dans la matinée, les parcs et les rues sont remplis de personnes pratiquant

divers activités liées au corps tel que le Tai Chi, la gymnastique ou des automassages.

L’utilisation sportive marque même l’espace public. En effet, sur

de nombreux trottoirs, des lignes démarquant un terrain de badminton y sont

dessinées. L’espace public est donc aussi récréatif.

La liste des activités sur la rue et ses abords semble sans fin. Le but n’est pas

ici d’en faire une liste exhaustive. Il devient cependant clair, après ces quelques

exemples, que l’espace public en général en non pas seulement les places, a

été réapproprié par les habitants. Si vite même que l’Etat, qui pendant longtemps

le contrôlait de manière ferme, a de la difficulté à y imposer des règles

trop drastiques. Il en vient, à défaut de les libéraliser, à tolérer de nombreuses

activités informelles ou rassemblements qui auraient été sévèrement réprimés

il n’y pas si longtemps. Cette ferveur à l’occupation de l’espace public donne à

voir une quantité incroyable d’activités que seul l’imagination limite. Y circuler

à pied y est des plus difficiles . Marcher sur la rue du fait du trafic incessant et

dense représente un réel danger. Si l’on admet cette dernière donnée, l’espace

public qu’est la rue est d’une vitalité extrême. Elle n’est pas uniquement dans

certaines rues commerçantes où les badauds se déplacent d’une boutique à

l’autre se mélangent à ceux qui se rendent à leur domicile ou leur lieu de travail,

comme dans de nombreuses villes occidentales. Elle est partout grâce à

toutes ces activités qui y voient le jour. L’espace public vivant fuit la complexité

car il doit être à même de pouvoir accueillir des activités diverses et difficiles à

prévoir.

66


etour à la ville

asiatique

68


En comparaison avec les autres métropoles d’Asie du sud-est, les processus

d’urbanisation et de globalisation ne sont pas aussi avancés à Hanoi. Le climat

politique qui a régné depuis l’indépendance française en 1954 a joué un rôle

prépondérant. En effet, le parti communiste, seule force politique en présence,

a été l’unique instigateur des politiques de développement jusqu’à l’ouverture

économique du pays en 1986. Pour prévenir les risques de soulèvement ou la

formation d’opposition dans les grandes agglomérations, le parti a soutenu une

politique régulant strictement l’accès à la nourriture, à l’emploi ou au logement.

Ce n’est que dans les années 1980, dans un climat de récession économique,

l’Union Soviétique réduisant son aide et les Etats-Unis maintenant l’embargo,

que le parti communiste vietnamien au pied du mur s’est vu obligé de revoir sa

stratégie. Le doi moi, littéralement rénovation, a été instauré lors du congrès

annuel du parti en 1986. Il prévoyait la transition d’une économie planifiée vers

une économie de marché, l’ouverture aux investissements étrangers et la dérégulation

du marché du travail. L’ouverture économique du pays s’est également

traduite par une perte successive du pouvoir de l’Etat au profit d’investisseurs

privés. Les nouvelles technologies d’information, l’échange accru de biens et

de services et l’augmentation de la mobilité, placent aujourd’hui Hanoi au sein

d’un réseau mondial. Les processus de globalisation influencent la croissance

urbaine dans la mesure où les villes prennent une importance croissante dans

la compétition du marché global. L’influx de capitaux étrangers modifie le paysage

urbain et de nouvelles formes de bâti remplacent le compartiment traditionnel

et viennent se greffer comme des corps étrangers dans le tissu urbain.

Aux nouveaux modes de vie répondent des nouvelles infrastructures et des

nouveaux programmes : Des tours de logement ou de bureaux apparaissent ici

et là modifiant le skyline originellement plat de la ville, des nouveaux centres

d’affaire, des restaurants de luxe ou des chaines de cafés à la mode font leur

apparition en ville. Réponse directe aux changements de mode de consommation

et à l’émergence d’une classe aisée de la population des centres commerciaux

voient également le jour. Terminés le marchandage et les discussions entre

clients et commerçants, les restaurants roulants ou les commerces itinérants

ont disparu et le monde aseptisé et climatisé du shopping remplace la vivacité

et la dynamique de la rue pour une minorité privilégiée.

70


La ville se transforme peu à peu à l’image de ceux qui l’habitent. Les groupes

sociaux aux revenus élevés ont le désir de se distinguer du reste de la population

et de se démarquer par leur mode de vie ce qui crée une demande pour

des espaces et des nouveaux programmes comme des quartiers résidentiels

de luxe (ciputra) , des nouveaux centre commerciaux ou des lieux de récréation

(Waibel.. ?) L’apparition d’espaces de récréation est relativement récente au

Vietnam. Avant le Doi Moi, il n’existait pas ou peu d’espaces récréatifs, de loisirs

ou de shopping et ces derniers étaient la possession et sous le contrôle de

l’Etat. D’autres étaient réservés à une élite (cadres du parti, employés de ministères,

hauts fonctionnaires, etc.) ou payants réduisant et sélectionnant d’emblée

les utilisateurs. Depuis l’ouverture du pays, le choix d’espaces de récréation alliant

détente et consommation se diversifie à Hanoi à travers le développement

de programmes comme le shopping mall, les supermarchés, les parcs à thèmes

(souvent payants), les club de golf, de bowling ou de tennis apparaît partout en

ville (Drummond 2000, Douglass 2008, Waibel 2006).

l’après doi moi

71


Il est important de préciser que le centre, les districts compris à l’intérieur du périphérique

n°2, est toujours, selon une étude menée par l’Institut des Métiers de

la Ville, le lieu de travail et d’accès aux services d’une majorité des Hanoïens.

En effet, le trafic est plus important en direction du centre le matin et majoritaire

en direction des quartiers périphériques en fin de journée. Il est facile d’expliquer

cet état de fait. La plupart des administrations, centres d’affaires et hôpitaux

sont situé dans le centre de Hanoi, à l’intérieur du périphérique n°1. Une

majorité des universités sont situées à l’intérieur du périphérique n°2.

Un autre facteur est la densité de population. Le quartier de Hoan Kiem héberge

environ 179’000 habitants sur 5 km 2 (2005) ce qui correspond à 358 hab. /ha.

En comparaison, dans la frange urbaine, le district de Tu Liem abrite environ

262’000 âmes pour 75 km 2 , 35 hab. /ha. Le centre est donc dix fois plus densément

peuplé que des districts qui se trouvent en périphérie.

Un troisième facteur est à prendre en compte. La morphologie des voies de

transit est fortement différente d’un district à l’autre. Le quartier historique des

36 rues a conservé sa morphologie depuis des siècles. Les modes de transports

ainsi que les manières de se déplacer ont changé. Les rues n’était donc pas

dimensionnées pour des véhicules de surcroît en nombre élevé. On trouve donc

paradoxalement des voiries de plus en plus larges au fur et à mesure que l’on

s’éloigne du quartier historique. Après le périphérique n°2, de larges routes ont

été tracées, dimensionnées en fonction des nouveaux besoins.

Le centre-ville est donc fortement congestionné. Les temps de déplacement

s’allongent fortement en fonction des heures de la journée et de la morphologie

du quartier.

72

>> part modale de déplacements

source:www.hanoibus.

com/transp_0FR.htm,

2004

>> densités par district

source: Hanoi statistic

yearbook 2006


congestion

73


L’évolution modale est un facteur qui pourrait aggraver la situation. Les bicyclettes,

qui étaient le moyen de transport privilégié (61% des déplacements

en 1995) ont peu à peu fait place à des motos de petites cylindrés au fur et à

mesure de l’augmentation du niveau de vie des Hanoïens. L’arrivée sur le marché

de motos chinoises moins onéreuses que les modèles japonais a accéléré

le changement. Actuellement, 83% des véhicules circulants dans Hanoi sont

des deux roues motorisées. Avec la croissance rapide du pouvoir d’achat des

vietnamiens, la part des quatre roues motorisées croit de jour en jour (environ

20% par an). La voiture va-t-elle, comme l’a fait la moto pour la bicyclette,

remplacer progressivement les deux roues motorisées ? Les rues sont saturées

par le trafic créant, aux heures de pointes, de véritables embouteillages de

motocycles dans le vieil Hanoi. Qu’en sera-t-il dans quelques années quand

une majorité aspirera et pourra s’offrir une voiture ? Comme nous l’avons vu,

les rues sont déjà saturées par des véhicules ayant une faible emprise au sol.

Il est donc peu concevable que le centre pourra accueillir des véhicules de plus

grand gabarits en grand nombre. Il semble donc que Hanoi aura un grand défit

à relever sur ce point. Les pouvoirs publics vont-ils continuer à éventrer le tissu

si caractéristique de la ville ? Une autre réponse pourrait être le développement

des transports de masse. Selon les différents projets d’amélioration des transports

publics de Hanoi, il semble que c’est bien une des voies privilégiée par les

pouvoirs publics.

74


déplacements mono-modaux

déplacements multi-modaux

cultures de déplacements

modes de déplacements

75


Depuis le Doi Moi, les services de transport en communs se sont dégradés par

le manque de volonté public de promouvoir ce type de transport pour les habitants

de la ville. En 2000, les transports publics ne représentaient que 4% des

déplacements. Mais depuis 2001, les pouvoirs publics ont décidé d’améliorer

l’offre en unifiant le réseau, en multipliant les subventions par 6, en réduisant

les tarif, renouvellement du parc de bus, création de nouvelles lignes. Toutes

ces mesures ont créé un nouveau regain d’intérêts pour les transports publics

de la part des Hanoïens (14% des passagers). Il reste cependant encore de nombreux

problèmes pour arriver un service de qualité. L’un des plus notables est

que les bus ne circulent pas en voie propre.

Actuellement le réseau est proportionnellement dense au sud du fleuve.

Quels types d’infrastructures de transport aura besoin le Hanoi de demain ?

A une échelle plus large, Hanoi est nourrie par divers ports du golfe du Tonkin,

dont celui important de Hai Phong. Le fleuve rouge ne serait-il pas une route

déjà toute tracée vers ces sites de ressource dont une grande ville comme Hanoi

dépend tant ?

76

>> la voie ferrée au centre

ville

photo: Nguyen - Le Fort


infrastructures


La moto est, comme nous l’avons vu, le mode de transport privilégié des Hanoiens.

Nous tenterons d’exposer pourquoi et quel est son rapport particulier

à l’espace public. L’explosion du nombre de motos, remplaçant le vélo, est un

parfait indicateur de l’ouverture économique, le Doi Moi, du Vietnam. Son utilisation

ne se borne pas aux grandes et riches agglomérations mais s’étend sur

l’ensemble du territoire. Sa fonction n’est pas uniquement pour les déplacements

mais sert aussi, par exemple, de transport de marchandise ou de taxi (xe

ôm). Sa présence envahit littéralement l’espace de la rue jusqu’au trottoir qui

sert le plus souvent de stationnement sauvage.

Le Vietnam a le plus grand ratio de deux roues motorisées au monde avec 169

véhicules pour mille habitant (comparativement : 44 en Chine et 79 en Indonésie).

La part modale et le nombre de trajet moyen y est aussi plus élevé (2,6

trajet par jour contre 2,2 à Manille ou 1,7 à Jakarta) malgré un réseau de bus de

meilleure qualité et plus accessible. Sa large diffusion eut d’abord lieu grâce à

un prix relativement bas notamment avec l’apparition de modèles chinois.

La possession d’un tel bien symbolisait alors l’accession au monde de la

consommation. Aujourd’hui, le prix est devenu un facteur de moindre importance

et les marques chinoises n’ont plus la cote auprès d’une catégorie d’utilisateurs

et d’autres critères entrent en considération. En effet, certains hommes,

en général jeunes, choisissent leur véhicule en fonction de leur caractère sportif

ou agressif. Et, aussi bien, des hommes que des femmes se mettent à personnaliser

leur véhicule. En tant qu’objet de reconnaissance sociale, certains sont

prêt à y mettre le prix (10 fois leur salaire), des fois même avec l’aide de la famille.

Nous verrons que selon la catégorie d’âge à laquelle appartient le propriétaire,

sa relation avec sa moto n’est pas identique. Nous verrons qu’il n’est pas

qu’un moyen de transport mais aussi d’identité sociale et de loisir.

Tout d’abord, la moto est un facteur de développement économique. Elle sert

d’outil de travail tel que le transport de marchandise ou de taxi (xe ôm). Mais ce

moyen de transport est aussi utilisé pour d’autres services tels que la prostitution.

Le prestataire va trouver des clients aux centre ville et l’emmène dans des

hôtels bon marché de l’autre côté du fleuve.

80

> transport de cochons

photo: www.flickr.com


Le deux roues motorisées est un investissement pour certains mais pas seulement.

Les jeunes se l’approprient comme objet identitaire, « trend» et urbain.

Une nouvelle attitude apparaît avec l’ouverture du pays : l’affirmation de

l’individu. Le choix du modèle ne suffit plus. Les propriétaires personnalisent

leur véhicule. Les femmes changent la couleur et ajoutent des décorations,

tandis que les hommes travaillent sur les performances. Il faut noter que ces

nouveaux comportements sont plus ou moins marqués selon l’âge des individus.

Les personnes plus âgées sont plus proches des valeurs d’avant le Doi

Moi, qui privilégient plus le côté égalitaire et uniforme des personnes. Sachant

que 50% de la population a moins de 20 ans, cette nouvelle façon d’être est

significative et donne une tendance de l’évolution des mentalités dans le pays.

Aujourd’hui, la visibilité sociale est de bon ton, ce qui ne se faisait pas avant

l’ouverture du pays.

la moto comme symbole

81


Comme nous l’avons vu, l’Etat est présent dans l’espace privé et, à contrario,

de moins en moins dans l’espace public. Un deuxième facteur pèse sur l’espace

privé. La densité élevée de la ville pousse à une très grande restriction de la

surface habitable. On mesure environ 6 m2 par habitant contre 47 m2 à Genève

ou 30 m2 à Paris. L’intimité dans l’habitat en est donc fortement affectée. Les

habitants de Hanoi utilisent leur moto pour en trouver ailleurs. Leur véhicule

devient alors le moyen où l’on peut réfléchir, déprimer ou même pleurer. Il devient

l’objet de libération de frustrations. Mais il est sert également de « lieu »de

nombreux rapports sociaux. La jeune génération circule pour passer du temps

entre amis tout en ayant un certain degré d’isolement. Les trajets sont aussi

une alternative aux cafés bondés. Une relation privilégiée se crée avec le ou les

passagers. Ces rapports peuvent être de nature amicale en discutant de sujet

divers comme les amours, la famille ou des sujets plus superficiels comme

de shopping. Ils peuvent aussi servir aux couples qui peuvent être en contact

intime allant jusqu’aux embrassades, ce qui serait impensable sur une place publique

ou chez soi. Les Vietnamiens l’utilisent donc simplement pour rouler d’où

un nombre de trajet élevé par habitant. Nous pouvons rajouter à cette dernière

constatation que certains se déplacent pour se rafraichir lorsque les températures

sont élevées.

Un autre aspect dans la vie des Hanoiens est la construction identitaire. En

effet, nombreux jeunes hommes s’adonnent à des courses de nuits qui sont

illégales. Elles s’organisent par téléphone portable ou plus spontanément. En

effet, il est facile de trouver au détour d’un coin de rue, des personnes prêtes à

en découdre, créant ainsi des relations informelles entre personnes qui ne se

connaissent pas. Les acteurs parlent de gang. Il y a aussi ceux qui justifient leur

participation du fait que les autres le font. Ils se créent donc une identité sociale

au sein d’un groupe. La relation avec un proche peut être renforcée notamment

en créant une équipe avec un pilote et un copilote. Par individualisme, ils

recourent à des formes de discrimination en se qualifiant de « véritable coureur »

et en traitant les autres « d’imitateurs ». Ces courses servent aussi de passage à

l’âge adulte. Les hommes parlent au passé de leurs courses et parlent de leurs

nouvelles responsabilités en tant que père de famille.

82

>> une famille à moto

photo: Nguyen - Le Fort


La moto est une forme d’identité car elle est le symbole de nouvelles valeurs.

Elle permet d’exprimer un certain défit à l’autorité et au « citizen model » en prenant

part à des courses illégales ou plus simplement en brulant volontairement

les feux rouges.

Nous l’avons vu, la moto n’est donc plus seulement un moyen de transport,

elle est devenue le symbole du nouveau développement économique en tant

qu’outil, de changements de mode de vie avec l’apparition de loisirs et d’individualité,

d’intimité et, paradoxalement de visibilité sociale.

L’amélioration de l’offre des transports en commun allégera sans aucun doute

la congestion de certains quartiers de Hanoi. Cependant, comme nous l’avons

vu, le véhicule privé fait partie de l’espace privé des habitants, il est le lieu

d’intimité que bon nombre n’ont pas à leur domicile et qu’ils ne retrouveront pas

dans les transports en commun. De ce fait, il semble peu probable qu’une majorité

d’Hanoiens abandonnent leur moyen de transport privé, la moto aujourd’hui

et peut-être la voiture demain.

83


le développement

de la ville

84


Bien qu’ Hanoi ait profité d’un soutien économique à la fois de la Banque

Mondiale et du fond des Nations Unies pour le Développement dans le but de

récupérer le terrain perdu aux mains d’investisseurs privés peu après l’ouverture

du pays (waibel 2006), les autorités et les institutions publiques d’urbanisme

font face à de nouveaux acteurs dans le processus de planification. Des petits

projets locaux aux acteurs internationaux, entre les développements légaux, la

corruption et les constructions illégales, les autorités de la ville sont, en permanence,

soumises à des nouveaux défis. Le manque d’expérience tant dans

le développement de la ville que dans la négociation avec les investisseurs

privée, la disposition limitée de capitaux et le manque de règles de développement

ou les lacunes des plans d’urbanisme rendent l’exploitation de la ville

chaotique. Par ailleurs, comme beaucoup de pays émergents, le Vietnam a une

tendance à privilégier les investissements dans les infrastructures routières et

sanitaires plutôt que de prévoir des stratégies à long terme pour le développement

urbain (Marcotullio 2002, Waibel 2006).

L’aide japonaise étrangère pour le développement (JICA) a contribué au développement

d’une vision d’Hanoi en 2020 à travers la réalisation d’un master

plan. En coopération avec le ministère en charge de l’urbanisme, cette équipe

de travail a développé des directives et des règles pour le futur développement

de la ville. Cependant l’échelle et la précision du travail qui consiste majoritairement

à l’établissement de zones au développement d’infrastructures de transport

et de communication est plus la vision d’un scénario possible pour le futur

de la ville qu’un outil de travail fiable. Un autre projet majeur, l’aménagement

des deux rives du Fleuve Rouge, issu de la coopération entre les villes de Hanoi

et Séoul, prévoit de modifier la morphologie de la capitale vietnamienne. Outre

la croissance de la ville sur la rive est du Fleuve Rouge, le projet prévoit l’installation

d’infrastructures de transport qui continuent les projets existants dans la

ville. Les périphériques sont ainsi prolongés systématiquement par des ponts

et le fleuve devient à l’image de villes comme Bangkok ou Séoul un élément

majeur et central du paysage urbain.

86


planification et

développement


Les autorités de Hanoi ont lancé en 1997 déjà un appel d’offre pour l’aménagement

global de la ville. Trois consultants étrangers dont l’OMA ont été

présélectionnés, présentant des projets de développement distincts. La crise

économique, qui a frappé de plein fouet l’Asie du sud est peu après, a freiné les

intentions des investisseurs et développeurs qui se sont retirés et le projet a été

abandonné.

La réalité à Hanoi ne ressemble pas à ce qui est dessiné ou projeté sur les plans

des projets précités. Le 1er août 2008, la capitale du Vietnam a connu un des

bouleversements les plus importants de son histoire par un élargissement sans

précédent. Ses frontières administratives recouvrent désormais la province de

Hà Tây, le district de Me Linh (province de Vinh Phuc) et les quatre communes

de Dong Xuan, Tien Xuan, Yen Binh et Yen Trung qui relevaient du district de

Luong Son dans la province de Hoa Binh. La célébration du millénaire de Thang

Long-Hanoi s’inscrit dans la perspective de l’extension de la ville dont le plan

d’aménagement définitif est prévu en 2010.

88

étalement urbain>>

source: E. Cerise, 2008


éseau hydrologique

villages

ville


Cet élargissement fait désormais de Hanoi une des 17 plus grandes villes du

monde avec plus de 6.3 millions d’habitants. Au delà de toutes les bonnes

raisons avancées pour justifier cette extension, et elles sont nombreuses, il

convient de la resituer dans la compétition très ancienne que la capitale politique

livre à Ho Chi Minh Ville, la capitale économique. Les autorités d’Hanoi décidées

à faire un grand bond dans la course avec Ho Chi Minh Ville, multiplient

les mesures de «rattrapage» substantielles. Ainsi en dehors de l’élargissement,

on peut relever que des mesures radicales ont été prises pour améliorer l’image

de la ville. En juillet 2008, un arrêté municipal a interdit la vente ambulante dans

les grandes rues d’Hanoi. Le motif invoqué officiellement était un contrôle insuffisant

de la qualité des produits vendus. Il s’agissait surtout de faire de Hanoi

une ville d’aspect «moderne», dont la conséquence première a été la marginalisation

des paysans qui parcouraient quotidiennement le centre ville.

L’extension administrative doit donner une dimension internationale à Hanoi

avec un poids économique et démographique supérieur à son grand rival du

Sud.

90


équipements

industrie

nouveaux développements de logements voiries

91


liens

Les lacs entretiennent des rapports de natures différentes avec la ville. Comme

nous l’avons vu, avant les comblements successifs du 20ème siècle, le nombre

d’étendues d’eau était nettement plus important et les lacs formaient un réseau

hydrologique complexe. Aujourd’hui, ce réseau est majoritairement sous terrain

cédant la place au réseau viaire irrigant la ville de son flux ininterrompu de

vélos, motos et plus récemment de voitures. Les axes principaux, généralement

radiaux, ayant comme centre le cœur historique, viennent presque systématiquement

au contact des lacs majeurs de la ville, ceux qui, pour les Hanoiens,

présentent un rôle symbolique ou utilitaire. Ils sont présents dans le nouveau

tracé de voiries de la ville, ce qui leur confère un rôle urbain de première importance.

De plus, ces connexions mettent les lacs en relation avec des éléments

importants tels que des édifices culturels, de transport ou d’autres équipements,

les liant à un espace commun à l’échelle de la ville.

Les lacs sont également des lieux dans lesquels la végétation joue un rôle

primordial. Ceinturant généralement l’étendue, le cordon vert se dilate à certains

endroits pour prendre la forme d’un parc. Ces structures végétales délimitent

des espaces publics et abritent les activités qui s’y passent. Au-delà des lacs,

ces espaces verts s’étendent et se ramifient dans les rues créant un véritable

réseau arborisé, mettant en relation l’eau à d’autres éléments de la ville. Par ce

liant végétal, les lacs font partie d’un ensemble à l’échelle urbaine auquel sont

connectés de nombreux programmes publics

94


grands éléments structurants

en relation avec les

plans d’eau

95


96

structure végétale


programmes, structures

ou édifices publics

connectés au réseau

viaire

+3 m

+3 m

lac Tay

97


Le grand lac Tay est relié au site de l’ancienne citadelle par un axe majeur qui

est la trace des fortifications entourant cette dernière. Actuellement de nombreux

édifices de la ville d’Hanoi, comme le mausolée d’Ho Chi Minh ou le

Palais du président, y sont connectés. Outre les représentations du pouvoir, en

prolongeant cette voie jusque sur l’eau, on note également la présence d’une

pagode et d’éléments récréatifs tels que des bar-restaurants flottants ou le

stade de football au sud. Ainsi tous ces programmes importants sont accrochés

à cette voie et entretiennent une relation privilégiée avec le lac. La végétation

vient renforcer ce lien notamment sur l’eau. La bande verte se dilate pour agrémenter

le système d’un parc.

98

photo: Nguyen- Le Fort


la structure végétale

comme liant visuel et

spatial entre l’eau et les

équipements publics

Musée d’Ho Chi Minh

Palais du président

Mausolée d’Ho Chi Minh

Stade

Pagode Tran Quoc

Citadelle

99


structure végétale


programmes, structures

ou édifices publics

connectés au réseau

viaire

Gare

Cirque

Palais de la Culture

Institut Polytechnique

Pagode Thien Quang

lac Bayyyyy mau


Le Lac Bay Mau borde aussi une voie principale menant au site de l’ancienne citadelle.

Sur cette route se trouvent la gare ferroviaire et l’Institut Polytechnique.

Une voirie de seconde importance met en relation le plan d’eau avec le Palais

de la Culture. Ce lien est renforcé par la présence d’arbres qui sont un prolongement

du parc Lénine. La végétation de ce dernier vient comme intégrer ses lacs

voisins dans un tout. De plus elle s’immisce dans les rues liant le parc au tissu

colonial qui est adjacent.

102

photo: http://www.flickr.

com/photos/e8club


programmes, structures

ou édifices publics

connectés au réseau

viaire


ords

Principe de l’analyse

L’interaction de ces différentes couches permet de définir le caractère et les

usages des bords de l’eau à Hanoi. La disposition la plupart de temps concentrique

de ces éléments donne lieu à des phénomènes d’interactions qui participent

à la qualité de l’espace public ou qui, au contraire, desservent le bord et

l’isolent de la ville. En fonction des flux générés par ces différentes couches et

des programmes qui participent à l’activation, nous avons déterminé une épaisseur

des bords analysés qui permet de qualifier la perméabilité et l’ouverture

aux activités.

Trois sites et trois façons de construire et d’occuper le bord de l’eau. Notre choix

s’est porté sur ces lieux qui présentent chacun des caractéristiques qui permettent

de mieux cerner les enjeux que connaissent les lacs aujourd’hui, tant

à travers le rythme de la croissance de la ville que par les nouveaux usages et

activités d’une société en pleine mutation. Les trois cas choisis permettent de

faire ressortir les éléments principaux, le potentiel mais également les risques

encourus par les bords de l’eau. Cette analyse nous fournira, dans un deuxième

temps, les éléments clés pour comprendre quel espace public générer au bord

du fleuve.

104


105


Eau : forme dure ou forme molle

La taille et la forme des lacs induisent des rapports aux bords et des activités

diverses : Bay Mau et Hoan Kiem ont respectivement une taille qui s’apparente

à un étang dont on peut faire le tour à pied. Leur caractère, l’usage et l’appropriation

du bord forment un système homogène tant du point de vue des activités

que de des acteurs qui occupent ces espaces. On peut donc les considérer

comme un tout, un système d’espace public à part entière. Le lac Tay, qui est le

plus grand lac d’Hanoï, connaît des rapports à l’eau, des appropriations et des

activités très divers en majorité relatives aux programmes construits sur les

bords. Une approche par segment nous semble par conséquent préférable.

La forme du bord traduit de manière explicite les usages réels ou potentiels

des rives. Les aménagements et la confrontation entre l’eau et la terre mettent

en avant le travail ou le laisser-faire et la génération de perspectives et d’images

naturelles dans le paysage urbain. La ligne souple ou rigide formée par le

contact de l’eau et de la terre peut être qualifiée de dure ou molle. La dureté ou

la mollesse d’un bord est avant tout fonction de sa perméabilité, de sa capacité

à intégrer ou à rejeter des éléments.

Voiries / déplacements : tracé régulateur versus ramifications

Le tracé des voiries renseigne en premier lieu sur la structure urbaine qui est

confrontée à l’eau. Il permet de mettre en avant l’organisation ou le chaos du

tissu urbain et sa rencontre avec l’eau. Il permet également de comprendre si

le lac est générateur de forme ou de composition urbaine, s’il est intégré dans

le tracé ou si, au contraire, les deux systèmes ne présentent pas d’interactions

particulières. La relation voirie / plan d’eau est d’autant plus importante qu’elle

définit l’accessibilité du bord et donc son utilisation par la population. Les

routes fonctionnent comme des vaisseaux sanguins qui irriguent les bords de

l’eau. Plus grande sera la « surface de contact » entre l’eau et les déplacements,

meilleur sera le potentiel d’appropriation de l’espace.

106


Bâti : agrégation, collages et découpages

La morphologie de la ville vietnamienne est intimement liée à celle du territoire

et plus particulièrement à l’eau (cf. chapitre 1). Originellement, le tissu se développe

par l’agrégation successive de maisons possédant un rez-de-chaussée

à vocation commerciale et dont l’implantation le long des digues est dictée par

la géométrie stricte du parcellaire agricole. Ce processus aboutit à la formation

d’un « îlot » qui est développé par la suite vers l’intérieur. Cette construction géométrique

du périmètre est visible dans le quartier des trente-six rues. Il a donné

lieu à un tissu bâti dense « découpé » par les voiries qui individuent les différents

morceaux de ville. Ce tissu géométrique s’adapte alors aux contours du lac qui

devient un « îlot vide ». Le plus souvent, la périphérie de la ville connaît un développement

plus aléatoire. Il est en conséquence plus difficile de déceler une

structure urbaine et des règles au delà du principe d’agrégation de base. Dans

ce cas, le tissu organique de la ville s’adapte à la surface lisse de l’eau sans générer

d’interaction. Ces processus d’agglomération sont aujourd’hui secondés

par les nouvelles contraintes que subit la ville. En effet, nombreux sont les lieux

où le tissu est découpé, tranché ou détruit. Des nouveaux programmes ou des

nouvelles typologies remplacent ou s’ajoutent à la structure urbaine existante

et forment un collage composite. Il en résulte un mélange d’activités et de population

auxquels l’eau sert de liant tant sociologique qu’urbain.

Végétation : marqueur et liant

La contrainte du climat ne s’exprime pas seulement par le rapport que la ville

entretient avec l’eau. En été, la protection contre le soleil devient essentielle et

la végétation est le moyen le plus utilisé dans la ville pour y parvenir. En effet,

les images aériennes d’Hanoi permettent d’identifier un tissu végétal dense qui

s’inscrit dans les vides laissés par le bâti et autour de certains lacs. La végétation

permet d’identifier les lieux privilégiés par la population. Ombre, calme et

intimité sont les corollaires de la structure végétale qui favorise les liens aussi

bien urbains que sociaux. Associée à l’eau, la végétation crée des lieux propices

au développement d’activités récréatives et des poches de naturalité qui

s’opposent à la ville minérale.

principes

107


Les bords du lac Tay présentent des caractéristiques différentes en fonction

du lieu. Notre choix s’est porté la côte est qui présente les traits les plus significatifs

de la ville en transition. Les bords sont privatisés et l’accès à l’eau est

restreint. Des grands hôtels s’avancent sur l’eau donnant à la côte son aspect

découpé.

La privatisation du bord est néfaste à la prolifération d’activités et on ne peut

pas considérer celui-ci comme un espace public en tant que tel. Néanmoins, de

nouveaux programmes profitent de l’eau et cherchent le potentiel paysager du

lac. Il s’agit principalement de grands hôtels, avec leurs centres de conférences

et leurs restaurants de luxe. On trouve aussi des clubs de sport destinés à une

élite.

110


lac Tay

lac Tay


El Dorado (le doré), aux Amériques, nom donné au XVIe siècle par les conquistadores

espagnols au chef légendaire d’une tribu d’Indiens, qui aurait vécu

dans le nord de l’Amérique amérindienne. Dans la mythologie, le cacique est

un personnage richissime dont le corps est couvert de poudre d’or lors des

fêtes célébrées chaque année. Par la suite, Eldorado désigna le royaume de

ce cacique qui, selon la tradition, regorgeait d’or et de pierres précieuses … Les

conquérants, en quête de trésors, crurent en cette légende et partirent explorer

le pays mais furent victimes, pour la plupart, de privations et de maladies.

En 1595, l’explorateur anglais sir Walter Raleigh partit également à sa recherche

et, de retour en Angleterre, publia un récit romancé de son voyage, dans

lequel il décrivit Manoa comme une île du lac Parima, en Guyane. Pendant plus

de deux siècles, le lac figura sur toutes les cartes, avant qu’on découvre que

son existence était purement imaginaire. Le terme Eldorado est également

employé aujourd’hui pour désigner un lieu fictif aux ressources inépuisables

où chacun peut s’enrichir à sa guise.

112

http://fr.encarta.msn.

com/encyclopedia_El_

Dorado

analogie entre Dubai et

le Lac Tay: Les bords ont

des excroissances bâties

ou des prolongements

artificiels


eldorado


C’est un ancien méandre du Fleuve Rouge qui est à l’origine du lac Tay. Le lac

est aujourd’hui le plus grand plan d’eau fermé de la capitale vietnamienne. Ici

son bord est découpé, retravaillé, étendu pour accueillir les nouveaux programmes

exceptionnels. Habiter sur l’eau, se détendre à sa proximité ou profiter de

la vue forment les principaux attraits. Iles rattachées au bord par de fins chemins

ou péninsules artificielles, les grands hôtels se s’éloignent de la berge et

de la ville comme pour mieux s’affirmer ou marquer la différence avec la ville

vietnamienne. Ce sont deux mondes qui se touchent sans se côtoyer. Les berges

sont donc peu ou pas accessibles au public. Certains pêcheurs s’aventurent,

de l’eau jusqu’à la taille au bord du lac. Mais ce sont les seuls qui profitent

du bord et de l’eau polluée du lac.

114

>> objets posés sur

l’eau vs tapis formé par

l’agglomértion des compartiments


La végétation s’égrène ici en fines bandes le long du lac. Elle permet de stabiliser

les talus ou protèges les rues du soleil. Elle retrouve ici son rôle de marqueur

de l’espace public. Elle n’est que peu en contact direct avec l’eau et sert surtout

aux aménagements paysagers des grands hôtels. C’est une mince suture qui lie

des éléments disparates au bord de l’eau. L’ombre est créée par des parasols et

la fraicheur à travers les systèmes de climatisations des bâtiments. La végétation

est presque d’ordre résiduel et anecdotique. De l’autre côté de la digue, ce

sont des surfaces, des champs qui marquent la limite floue entre le fleuve et la

ville rappelant que l’agriculture et la ville forment un tout qu’il est impossible de

dissocier.

116

>> structure végétale


des coutures et des

patchs


La route-digue est séparée à du lac par un épais tissu bâti. Sur le bas côtés se

développent des commerces directement en interaction avec le flux, alors que

la masse bâtie est elle peu perméable à la prolifération d’usages autres que domestiques

et les rues qui le desservent sont peu nombreuses. La valeur de ces

ruelles est par ailleurs plus proche d’un espace de distribution semi-public que

de la rue asiatique telle que nous la définissons plus haut. La digue est l’un des

axes principaux nord-sud de la ville. Elle connecte l’aéroport, les zones industrielles

du nord et les nouveaux quartiers avec le centre ville. La route-digue est

un vecteur d’échanges commerciaux qui profite aux commerces et aux espaces

qui sont en relation avec elle. Le lac qui se trouve en retrait, et protégé par deux

couches bâties successives ne profite pas de cette émulation.

118

>> le réseau des voiries

attenant au Lac Tay. la digue

constitue la colonne

vertébrale du réseau


connexions


Gaz rare de l’atmosphère qui a la propriété d’émettre une lueur rouge orangé

lorsqu’il est soumis, à basse pression, à une décharge électrique. Lampe

témoin au néon. Tube à néon ou, p.ell., néon. Tube fluorescent destiné à l’éclairage

(Dew. Électr. 1973). Éclairage au néon.

120

http://www.cnrtl.fr/

definition/néon


intensité:

le néon


122

>> pincipaux éléments

programmatiques au bord

du lac Tay


hôtels

équipements sportifs privés

programmes


Rapport à la ville : Les bords du lac sont parcourus par des rues secondaires de

petite dimension servant principalement à desservir les habitations donnant sur

la rive. Les voiries principales sont tenues à distance par une couche bâtie, le

déconnectant de la ville.

Accessibilité : une grande partie des rives sont privatisées, rendant son appropriation

et son accès difficiles et ponctuels. Lorsqu’elles sont accessibles,

l’espace entre la rue et le bord de l’eau est une fine bande permettant à peine le

passage.

Traitement paysager : La végétation n’est que ponctuelle. Elle longe par endroit

les rives mais ne délimite pas des surfaces qui pourraient être appropriées par

la population.

Programme : De nombreux hôtels et habitations privées s’égrènent tout au long

du bord du lac. Mais aucun programme public, suffisamment fort pour activer

l’espace public, ne s’y trouve.

Architecture : Hormis les habitations traditionnelles en tube, les hôtels, par volonté

de se démarquer, rivalisent dans leur rapport à l’eau. Ainsi certains revisitent

la construction sur pilotis afin de proposer des chambres donnant directement

sur le lac tandis que d’autres sont bâtis sur de véritables îles artificielles.

124


le bord déconnecté


128


lac Hoan Kiem

129


Situé au cœur de la ville historique, le lac Hoan Kiem, s’inscrit dans un tissu

dense, à cheval entre le quartier marchand des trente-six rue et le quartier colonial

au tracé régulier hérité de la colonisation française. Dans un tissu fait de

blocs denses et d’une rare organisation pour la capitale vietnamienne, le lac est

comme un méga îlot ou bloc qui occuperait plusieurs morceaux de ville. Il représente

l’inverse, le pendant vide de la ville minérale qui l’entoure. Hoan Kiem est

présent dans la mythologie de la fondation de la ville. Il porte une valeur traditionnelle

et symbolique forte à laquelle les habitants sont attachés.

Les bords de Hoan Kiem se transforment en terrain de sport tôt le matin. Aérobic,

course à pied, tai chi et badminton envahissent la promenade autour du lac

et remplissent les rues encore libres du trafic. C’est une véritable marée humaine

qui envahit l’espace d’une heure le centre de la ville historique. A cause de la

dureté du climat, il semble évident que le matin est l’un des uniques moments

où la température est supportable. Différents groupes se retrouvent en fonction

de leur âge de leur sexe ou de l’activité physique pratiquée. Suivant un ordre

précis chacun trouve sa place sur les rives du lac. Scène de l’exercice physique

quotidien, le moment est également social et d’une rare convivialité. Plus tard,

lorsque le mouvement ininterrompu des motos succède à celui des joggeurs, la

promenade fait place aux touristes, aux vendeurs en tout genre et à quelques

pêcheurs.

Le lieu est propice à une variété infinie d’activités, d’appropriations et de «

déviation» de la fonction première de l’espace public. Ici le dispositif de couches

successives est homogène. La surface lisse de l’eau est continuée par des

bords larges et la rue.

130


le bloc vide

131


132


«Central Park is not only the

major recreational facility

of Manhattan but also the

records of its progress : a

taxidermic preservation of nature

that exhibits forever the

drama of culture outdistancing

nature. Like the Grid, it is

a colossal leap of faith ; the

contrast it describes –between

the built and the unbuilt- hardly

exists at the time of its

creation »

Delirious New York A retroactive

manifesto for Manhattan, R.

Koolhaas, The Monacelli Press,

New edition, New York 1994

133


134

> la végétation suit le

tracé régulateur de la ville

coloniale


éseaux

135


La structure végétale se superpose au tracé des voiries de la ville coloniale.

Les voiries s’adaptent et prennent en compte les contours du lac. La structure

végétale s’étend en réseaux et révèle la régularité du tracé colonial au sud qui

s’oppose à la masse compacte et agglomérée de la ville marchande au nord. Le

quartier des 36 rues ne compte que peu de végétation, la dimension des voiries

étant plus fine le bâti fait lui-même office de protection contre le soleil et la

chaleur.

Hoan Kiem est un bloc vide, irrigué de toutes part par le flux urbain. Il est un

repère, une respiration, un pivot au centre ville. Lieu touristique et commercial,

il accueille également les hordes de jeunes à motos qui circulent autour du lac

pour voir ce qu’il s’y passe et pour être vus. Le lac est un aimant, un condensateur

et les déplacements participent directement à la vie de l’espace public.

La rue est en contact direct avec le bord de l’eau et la multitude de commerces

fixes ou ambulants participe à l’activation du bord. Le lac rayonne littéralement

au delà de ses propres limites physiques.

136

>> le réseau des voiries


connexions

137


138

http://www.flickr.com/

photos/tann/863155979/

>> pincipaux éléments

programmatiques autour

du lac Hoan Kiem


Récipient de verre ou de métal

entièrement fermé, vide d’air

ou rempli de certains gaz,

muni d’un filament ou d’électrodes

et servant à obtenir,

par le passage du courant

électrique, certaines radiations

ou, le plus couramment,

de la lumière.

http://www.cnrtl.fr/definition/ampoule

intensité:

l’ampoule

139


140

>> pincipaux éléments

programmatiques autour

du lac Hoan Kiem


centres commerciaux

équipements publics (poste, banque, etc.)

rez à vocation commerciale

bâtiments culturels

hôtels

programmes

141


Rapport à la ville : Les rues ceinturant le lac sont directement issues du tissu

urbain environnant. Le lac est donc parfaitement intégré dans la ville.

Accessibilité : De part la continuité spatiale introduite grâce aux voiries, les

bords du lacs sont pleinement accessibles à tous.

Traitement paysager : Fortement arborisé, le pourtour possède une grande

cohésion et est suffisamment large pour laisser la population et les touristes se

l’approprier.

Programme : Les rues qui longent le lac présentent un front bâtit ayant la même

typologie que le reste de la ville. On retrouve donc une grande quantité de commerces

au rez-de-chaussée, vecteur de vie et d’activités pour l’espace public

qui borde le lac. De plus, des cafés-restaurants se situent directement dans

l’épaisseur du bord du lac incitant les promeneur ou touristes à s’arrêter.

Architecture : Le lac est entouré de bâtit divers. Sur les côtés nord et ouest, on

retrouve la typologie des maisons tubes. Au sud et à l’est se trouve le tracé

régulateur du quartier français. Malgré la diversité, chacun reconnaît et marque

le bord du lac.

142


l’interface continu

143


Plan d’eau calme, aux bords travaillés, arrondis, aménagés, le lac Bay Mau est

le lieu privilégié des pêcheurs, des couples, des sportifs ou des familles. Une

promenade longe le bord et des aménagements paysagers parcourent tout le

parc. Le lac du Parc Lénine est une attraction populaire pour les habitants. La

location de pédalos, une île, des bancs à l’abri des regards, un train pour les

enfants, des places destinées à la pratique du sport, quelques restaurants viennent

compléter l’attrait porté au lac. L’intérêt de ce lieu réside justement dans

les programmes et les infrastructures situées dans le parc autour du lac. C’est

en effet l’un des seuls espaces destinés aux loisirs de la capitale


lac Bau Mau


Parc à thème : Espace clos, d’accès payant, destiné au tourisme et

au loisir et proposant des activités récréatives.

« ..il s’agit de lieux clos d’accès payant - de ce fait on connaît précisément

leur fréquentation, à la différence d’espaces ouverts – qui

proposent un certain nombre d’activités visant à la récréation des

individus, que celle-ci s’inscrive dans le cadre du tourisme ou des

loisirs, autrement dit qu’on s’y rende pour la journée ou bien dans

le cadre d’un voyage. Tous comportent des attractions, de la restauration,

des boutiques. »

Dictionnaire de la Géographie

et de l’espace des

sociétés, sous la direction

de J. Lévy et M. Lussault,

éditions Belin 2003, p.

686

>> le lac Bay Mau est

entouré de deux autres

lacs aux caractéristiques

différentes qui ne seront

pas traitées ici


disneyland


L’accès au parc est payant, réduisant par la même le nombre et la diversité

d’utilisateurs. Bien que populaires, les bords de l’eau ne présentent pas la

flexibilité qu’on connaît à Hoan Kiem par exemple. Les nombreuses infrastructures

de loisirs en font un lieu de loisirs contrôlé et restreint à certaines activités

types. L’utilisation est figée, déterminée par des programmes et des horaires

fixes. Son caractère se rapproche de celui d’un parc à thèmes que celui d’un espace

public tel que nous en donnons la définition plus haut. Cependant, le parc

et son lac forment un espace à part dans la ville. Le lac est entouré d’un parc qui

l’isole du reste de la ville. La végétation a un effet de tampon. C’est un poumon

vert au milieu de la ville. Il est fermé pendant la nuit et son accès est contrôlé

par des entrées situées sur le pourtour. Cette limite fait du parc Lénine et de son

lac un espace clos qui n’interagit que peu avec le milieu urbain qui l’entoure.

150

>> le plein et le vide:

différences entre les

morphologies de ville qui

entourent le lac et son

parc


La structure végétale qui entoure le lac Bay Mau s’étend au delà des limites

physiques du parc. Tissu organique dense, la végétation permet de tisser une

continuité spatiale et visuelle entre des éléments au premier abord disparates.

Elle est un facteur d’homogénéité entre les bords du parc et le bâti voisin et

constitue un poumon vert à l’échelle de la capitale. L’épaisseur de la masse

végétale est un vecteur de tranquillité et d’intimité très recherché par une population

dont l’espace domestique par habitant ne dépasse pas 6 m2. Le parc

est un échappatoire au contrôle social familial, un lieu d’anonymat, un filtre

idéal pour les nouvelles pratiques sociales. C’est donc sans différences et sans

considérations que la végétation absorbe les mutations et les nouvelles activités

de la société vietnamienne. Elle les gobe.

> structure végétale

autour du lac Bay Mau


gober


Le parc se situe à la jonction entre la maille régulière du tracé régulateur colonial

et la masse urbaine organique formée par la typologie du compartiment.

D’un côté, les cases s’adaptent au tracé des limites physiques du parc, de

l’autre l’agglomération dense des habitations fait disparaître les voiries. A cheval

entre deux tissus aux habitants et aux activités différents, le parc Lénine

est comme une immense zone tampon urbaine. Son périmètre est fermé par

une barrière imperméable. C’est uniquement à certains points, moyennant une

taxe d’entrée, que l’on peut pénétrer dans le parc. Le parc Lénine est une pièce

urbaine hermétique.

Ces trois morceaux de ville constituent un collage à l’échelle urbaine. Trois

pièces différentes juxtaposées, assemblées auxquelles la végétation sert de

liant. Le flux est rejeté à l’extérieur. Il est contenu et concentré sur les grands

axes qui entourent ces pièces et, contamine ces dernières lorsqu’il le peut. Les

barrières qui entourent le parc le rendent imperméable au flux et concentre son

intensité sur les voiries attenantes sans que sans dernier n’en tire réellement

profit. La pièce « parc » du collage est en conséquent isolée de ses congénères

urbains. Et c’est principalement cet aspect qui fait à la fois sa force et

sa faiblesse: force, car l’espace est un havre de paix propice aux activités et

mutations sociales et faiblesse, parce que son contact à la ville est limité non

seulement physiquement, mais également socialement dans la mesure où la

taxe d’entrée aussi infime soit-elle représente une sélection sociale peu compatible

à l’utilisation et à la flexibilité d’un lieu public.

En terme d’espace public, le lac Bay Mau présente une dichotomie entre le lien

qu’il entretient avec la ville et l’opportunité de loisirs qu’il représente pour la

population.

154

>> les voiries qui entourent

le lac Bay Mau


connexions


Fil en verre ou en plastique très fin qui a la propriété de conduire la lumière. Entourée

d’une gaine protectrice, la fibre optique peut être utilisée pour conduire

de la lumière entre deux lieux distants. Lorsqu’un rayon lumineux entre dans

une fibre optique à l’une de ses extrémités avec un angle adéquat, il subit de

multiples réflexions totales internes. Ce rayon se propage alors jusqu’à l’autre

extrémité de la fibre optique sans perte... La propagation de la lumière dans la

fibre peut se faire avec très peu de pertes même lorsque la fibre est courbée.

http://fr.wikipedia.org/

wiki/Fibre_optique


intensité:

la fibre optique


158

>> pincipaux éléments

programmatiques autour

du lac Bay Mau


hôtels

équipements publics (gare, écoles etc.)

rez à vocation commerciale

attractions / loisirs

hôtels

programmes


Rapport à la ville : Les abords du lacs sont protégés par un parc entouré d’une

barrière longée à l’ouest et au sud par des voiries importantes de la ville. Le

dispositif de fermeture du parc l’isole physiquement mais non visuellement de

la ville.

Accessibilité : Seuls un petit nombre de points contrôlés permettent le passage

dans le parc et l’accès au lac. L’entrée est payante induisant une ségrégation

sociale qui fait du lac et de ses abords un espace semi-public.

Traitement paysager : La végétation est abondante et les moyens développés

pour l’entretien certainement parmi les plus importants d’Hanoi. Au nord, la

surface délimitée par l’arborisation est généreuse et crée un espace de qualité.

Programme : Le parc Lénine se rapproche d’un parc à thème et répond aux

nouvelles demandes de lieux récréatifs de la société vietnamienne.

Architecture : Aussi bien les grands axes que l’épaisseur du parc empêche

toute sorte de rapport entre le lac et le bâtit environnant.

160


la limite contenue


le fl euve

162


163


Au delà de la digue qui protège la ville, le terrain est soumis directement aux

variations du fleuve. La digue atteint 15 mètres, altitude maximum atteinte par

les crues de 1971. L’entier du territoire est donc potentiellement submersible. La

topographie suit le mouvement de l’eau et conserve dans ses lignes la mémoire

des crues. Si pendant longtemps, la digue a constitué une limite physique

pour la ville, elle est aujourd’hui une infrastructure routière au delà de laquelle

la ville a continué à se développer. Un mur sépare cependant la route digue des

quartiers en deçà. On retrouve dans ces quartiers le tissu dense dû au compartiment,

les ruelles commerçantes et l’activité propre à la ville vietnamienne.

Ce n’est que lorsqu’on franchit la limite bâtie que l’on découvre le fleuve. Il

n’y a pas de transition. On passe brusquement du plein, de la masse minérale

de la ville au vide naturel et sauvage du fleuve, vaste étendue, masse liquide

brunâtre et calme. Au plus large, presque un kilomètre sépare les deux rives.

Le fleuve est une limite capricieuse. La construction d’ouvrages hydrauliques

a permis de réguler en partie le flux. Zone inondable laissée au plus pauvres,

limite floue et érodée de la ville, les quartiers qui se situent au delà de la digue

sont l’expression du laisser aller et du manque de planification et de vision de la

part des autorités.

Les précipitations annuelles moyennes atteignent au nord du Vietnam

2000mm dont environ 75 pourcents s’écoulent en seulement trois mois et

dont plus de 30 pourcents en un mois seulement. Le débit moyen annuel des

fleuves se monte à 880 milliards de m 3 dont plus et 70 pourcents est produit

à l’étranger. Pour ainsi dire, la totalité du Nord Vietnam appartient au bassin

du système du Fleuve Rouge qui compte 87’000 km 2 et à l’intérieur duquel

le delta couvre une superficie de 16’654 km 2 . Le terrain montagneux offre un

potentiel substantiel pour le stockage de l’eau. Les réservoirs au Vietnam sont

quant à eux de deux natures différentes. Une première catégorie destinée à

la production d’énergie et une seconde qui réunit les autres réservoirs pour la

réduction des inondations, l’approvisionnement en eau, l’irrigation et la production

d’électricité. Plus de 2500 lacs (volume de stockage de 5 millions de m 3 ) et

500 grands réservoirs ont été construits. Le pays compte 180 grands barrages

(25 barrages de 60 m de haut ou plus, 5 barrages de plus de 100m). La capacité

hydraulique atteignait une puissance de 4801MW en 2007. Actuellement 5422

MW sont en construction et l’on prévoit d’atteindre 15383 MW dans un futur

proche.

164

>> la forme du territoire

au delà de la digue est

liée à l’activité du fleuve

Source : Vietnam

National Committee On

Large Dams and Water

Resources Development

(VNCOLD&WRD).


territoire aquatique


Contrairement aux lacs, l’eau du fleuve est dynamique. C’est une dimension

nouvelle qui vient s’ajouter au rapport que la ville entretient avec l’eau. Premièrement,

l’eau s’écoule parallèlement aux rives et cela sans répit. Tout ce qui

vient en contact avec l’eau doit s’ancrer solidement au risque de se faire emporter

par la force du courant.

Le mouvement du fleuve ne suit cependant pas une seule direction. Il évolue

aussi verticalement. Ce mouvement est généré par le débit qui fluctue en

fonction des saisons. Ce mouvement vertical se répercute sur le rivage incliné,

modifiant continuellement le lit. Lorsque le niveau du fleuve est bas, une bande

végétale délaissée par l’homme car trop dangereuse apparaît. La nature s’y

développe avec les détritus jetés par les habitants du quartier. Quand le niveau

de l’eau monte, il n’est pas rare qu’une partie des habitants se retrouvent les

pieds dans l’eau. Et lorsque les crues sont exceptionnelles, c’est toute la partie

habitée entre le fleuve et la digue qui est en danger.

Un aménagement des rives du fleuve devra par conséquent prendre en compte

ses mouvements pour ne pas mettre en péril les efforts qui auront été réalisés.

Le temps devient plus que jamais une donnée avec laquelle il faudra travailler.

166


niveau moyen du fleuve: 10m

crues moyennes (mousson): 12.5m

variations moyennes (pluies) : 11.5m

crues

crues exceptionnelles (1971): 15m


une rue pendant la crue. photo: www.flickr.com


Originellement, la partie entre la digue et le fleuve n’était pas prévue pour

accueillir des habitations. Cependant, avec l’exode massif de paysans généralement

pauvres, nombreux sont ceux qui se sont risqués à s’établir dans cette

zone hostile qui est directement en contact avec la ville et ses opportunités de

travail. Peu à peu les constructions en matériaux récupérés ont laissé place à

des habitations en dur, reprenant l’architecture en tube du reste de la ville et

prolongeant le « tapis » au delà de la digue. Bien que les parties les plus proches

du fleuve restent de qualité inférieure, une grande partie colonisée se rapproche

fortement des standards du centre. La partie directement exposée aux crues du

fleuve demeure quant à elle fragile. On distingue en conséquence deux types

de tissus, l’un régénéré avec un front commercial bénéficiant de l’activité de la

route digue, l’autre en mauvais état et soumis directement aux intempéries.

170


tissu urbain régénéré

tissu exposé aux crues

bâti


Le rivage est caractérisé par une certaine épaisseur végétale. Elle est due aux

crues régulières qui la rendent inappropriée pour la construction et en aucun

cas à un souci paysager d’aménagement. Des roseaux, de l’herbe et des arbres

ont pris possession de la bande. Selon la hauteur du fleuve, des étendues

vertes apparaissent au milieu des eaux et des cultures ont été plantées. C’est

l’un des rares éléments de nature sauvage et laissé à l’abandon présent dans le

paysage du delta.

174


végétation


178


oute - digue

pont Long Bien

pont Chuong Duong

connexions


182


équipements sportifs publics

marché

infrsatructures commerciales ou de production

programmes


Rapport à la ville: La ville tourne le dos au fleuve. L’artère la plus proche qu’est

la route de la digue ne fait que se déployer longitudinalement à l’axe du fleuve,

séparée par un mur haut et une épaisse couche bâtie.

Accessibilité : le mur formé par la digue n’est percé qu’à de rares endroits

n’invitant pas à s’aventurer au-delà. Un deuxième mur plus rudimentaire a été

construit le long des nouvelles habitations rendant le fleuve pour ainsi dire

inaccessible.

Traitement paysager : Les espaces non bâtis de la rive semblent être dans l’attente

de la prochaine crue. Une verdure résistante s’y est développée sur une

surface boueuse. La marque de l’homme se résume ici au détritus jetés négligemment

dans cet espace dont personne ne reconnait l’intérêt.

Programme : Sur la vingtaine de kilomètres de rive où la ville côtoie le fleuve,

les activités qui y sont proposées sont pour la plupart anecdotiques. Une discothèque

procure à ceux qui peuvent se l’offrir un rapport récréatif à l’eau et

quelques pontons instables servent d’accès à des embarcations d’un transport

fluvial naissant.

Architecture : Les habitations ont repris la morphologie en tapis qui caractérise

le centre ville adjacent.

186


le bord libre


188


plans d’eau /

critères

accès

interaction

avec la ville

capacité

d’acceuil

souplesse du

bord

type de limite

lac Hoan Kiem

aucune

restriction

participation

active

bord épais

bord designé

interface

continu

lac Tay

aucune

restriction

aucune

participation

bord fin

avancée sur

l’eau

bord

déconnecté

lac Bay Mau

accès limité

participation

passive

bord épais

bord designé

limite contenue

Fleuve Rouge

accès libre

par différents

points (rues)

aucune

participation

très fin, pas

exploité

bord errodé

bord libre

synthèse

189


hypothèses

190


191


Entropy:

Energy is neither created nor destroyed, it only transforms. The first principle of

thermodynamics is well known. The second, less so. Entropy always grows. This

means that systems pass from a state of great order to one less so. They move

from the unstable to states of higher static possibility, up to a certain limit: a

planar, stationary state. An arrow of inexorable time. Disorder for physicists is

lack of complexity. Entropy measures laxity… Architecture robs its surroundings

of entropy because it is an open nonlinear system. When it distances itself from

the point of equilibrium, it abandons its linearity. There are no logical prolongations.

Discontinuities appear. Order is established by fluctuations. It jumps and

drags itself along new and unpredicted states.

192

F. Soriano, The metapolis

dictionary of advanced architecture,

editions Actar,

2003, p. 196


Le chaos et le désordre apparent des métropoles asiatiques et d’Hanoi en

particulier révèlent la ville comme un système sensible à une multitude d’actions

individuelles ou d’événements singuliers qui transforment et modifient sa

globalité. Face à ce monde complexe, les stratégies urbaines ou architecturales

ressemblent le plus souvent à une tabula rasa ou à l’importation de modèles

exogènes.

La population d’Hanoi, et les habitants du delta du Tonkin par extension, ont

depuis tout temps développé une gestion de leur environnement efficace et

écologique. Les processus mis en œuvre ont donné naissance à la ville vietnamienne

et aux qualités intrinsèques qu’on lui reconnaît aujourd’hui. A l’image

de l’évolution de l’habitat vietnamien qui se fait à travers les modifications successives

des habitants, répondant à de nouveaux besoins ou à la modification

des règlements de construction, la ville est un système à l’équilibre dynamique

en perpétuel changement.

Le développement de la ville et de ses espaces publics s’inscrit dans un contexte

incertain possédant de multiples facettes tant au niveau urbain que sociologique.

S’il est aujourd’hui difficile d’anticiper les besoins futurs d’une société

en pleine mutation, on peut néanmoins constater la rapidité et l’ampleur des

changements réalisés au cours des vingt dernières années. Alors que les lacs

et les plans d’eau de la ville représentent un concept de permanence, l’espace

public, quant à lui, est un lieu d’expression et d’activités sensible aux transformations

de la population.

entropie

193


La ville croit avec une vigueur extrême. Bien que le développement apparaisse

majoritairement à l’ouest, on constate qu’il se manifeste également sur la rive

est du Fleuve Rouge. De ce fait, ce dernier ne fait plus que longer la ville, il la

traverse et devient un axe central qu’il est impératif de maîtriser et d’apprivoiser

pour l’intégrer dans le Hanoi de demain. C’est également à travers l’implantation

de programmes inédits qui répondent aux nouvelles demandes de la

société que la ville connaît un essor sans précédent. Au delà d’une demande

croissante de logement, c’est à la diversité programmatique naissante et au

besoin de nouveaux équipements qu’il faut aujourd’hui répondre.

Les lacs forment un réseau complexe avec les voiries et plus particulièrement

celles qui irriguent radialement le centre depuis la périphérie. Cette situation leur

confère un rôle urbain de première importance et ces derniers sont quotidiennement

au contact de ceux qui parcourent la ville. Au delà de leur visibilité, ils

possèdent un degré d’accessibilité différent en fonction de la construction du

bord.

194

>> développement actuel

d’Hanoi


tendendances

de développeement

195


196

> connexions prososées

entre la ville et le fleuve


connexions

197


état actuel

2015

2025

2050

198


vision

199


Depuis toujours, la ville se protège du fleuve. Pourtant, Hanoi est caractérisée

par la présence de l’eau. Il paraît important que la ville puisse trouver l’élément

nourricier et paysager qu’il représente. De ce fait, une première intervention

propose de connecter le fleuve à la ville. Pour ce faire, il semble important de

pouvoir créer un lien entre la route de la digue et le rivage afin qu’il bénéficie

de l’irrigation et de l’activation du flux qui le longe quotidiennement. Espaces

négligés, les bords du Fleuve Rouge sont un réservoir de naturalité et représentent

un potentiel inédit pour la ville. Ils sont aptes à répondre tant à l’élaboration

d’espaces publics qu’à la demande croissante de nouveaux équipements.

Le bord du fleuve n’est pas une limite rigide entre terre et eau. Il constitue une

zone tampon mobile, soumise à une friction permanente et en conséquence inconstructible.

Excepté quelques interventions exceptionnelles, le lit majeur est

par définition inondable et donc inhospitalier. Reprendre certaines caractéristiques

des berges des lacs, pour les implémenter sous forme de parc adapté à

ce vide représente un moyen de permettre l’accès au fleuve pour les habitants.

Aussi, se pose la question de son traitement. Emprunter aux lacs la solution végétale,

permet d’offrir un traitement paysager et la protection solaire nécessaire

aux utilisateurs en plus de constituer un élément favorable à la consolidation

des berges.

Originellement espaces de contemplation, les bords de l’eau se sont vus progressivement

augmentés de services répondant aux nouvelles attentes d’une

société en pleine mutation. Les équipements publics participent, comme nous

l’avons vu, à l’activation de l’espace public. Le réaménagement des rives du

fleuve devrait en conséquence être pensé aussi à travers des programmes

générant une attractivité et les activités propres à la population vietnamienne. Il

s’agit de convertir la rive, véritable arrière cours commune d’un quartier d’habitation,

en un espace public appartenant à la ville.

200


digue

structure végétale

morphologie du bord front bâti résistant aux crues

structure végétale

tissu régénéré

tissu insalubre

connexions activation programmatique

alt. crues moyennes

nouvelle limite bâtie

bande végétale

eau

digue

tissu régénéré

parc amphibie

eau

point d’activation

point d’activation

activation du bord

201


état actuel connexions et points d’activation développement du bord par séquences

202


le bord sequencé


Les préoccupations du paysagiste Michel Desvigne donnent quelques pistes

quant à l’adaptation d’un milieu végétal au lit du fleuve. En définissant l’art

paysager comme une pratique de la culturale, du processus et du changement

dans le temps (en opposition au design que l’on retrouve généralement dans

les espaces des bords des lacs), il permet d’aborder la question d’une gestion

basée sur les connaissances agricoles locales et sur la prise en compte de la

dimension temporelle. Cette dernière, comme nous l’avons vu, est l’une des

caractéristiques fondamentales du bord du fleuve. Les paysans du delta du

Tonkin ont acquis une expérience millénaire pour rendre un territoire amphibie

fertile et viable. La riziculture en est l’expression par excellence, car elle mélange

les besoins paradoxaux du sec et de l’eau. Les Tonkinois ont donc appris à

vivre dans l’eau tout en aménageant des lieux et des réseaux abrités du fleuve

à la fois nourricier et dévastateur.

L’existence d’une alternative au bucolique statique et au vaguement pittoresque,

dans lesquelles le paysage agit comme un instrument et non comme

peinture passive (Desvigne, 2008) permet un accès aux bienfaits sensoriels

du fleuve tout en favorisant la dimension utilitaire de l’amélioration de la qualité

de l’air et de l’eau en tant que jardin filtrant.

L’espace interstitiel inondable comme parc amphibie est une voie puisant à

la fois les connaissances locales et les qualités urbaines des lacs à laquelle

s’ajoute la dynamique du fleuve.

204


jardin amphibie


De nombreux marchés existent dans la ville. De tailles et de durées variables, ils

sont destinés à l’approvisionnement de la ville en nourriture, services et autres

biens de consommation. La croissance des besoins de la ville est d’autant plus

rapide qu’elle dépend de l’élévation du niveau de vie et de l’exode rural. L’installation

d’un marché au bord du fleuve serait une reconnaissance du rôle nourricier

du fleuve, notamment à travers les nombreux pêcheurs et paysans dont la

production dépend directement.

208


scénarios


De part leur symbolique, leur qualité paysagère et leur calme, les bords de l’eau

sont des lieux privilégiés à l’établissement de temples, pagodes et autres lieux

de culture. Avec le changement du niveau de vie, l’intérêt pour des activités

culturelles ou récréatives va de manière croissante.

Le sport fait partie intégrante de la vie de la population. A Hanoi, sa pratique

ne nécessite souvent pas d’infrastructures particulières. La surface libre des

trottoirs ou des rues fait souvent office de terrain de badminton, de tai chi ou

d’aérobic. Dans la mesure où la pratique du sport fait partie intégrante de l’espace

public, il paraît nécessaire que de nouveaux aménagements permettent ce

fait culturel.

210


scénarios


Le fleuve est une infrastructure déjà existante reliant Hanoi aussi bien à des sites

touristiques comme la baie d’Halong ou des villes industrielles et portuaires

telles qu’Haiphong. Le fleuve présente une formidable alternative de transport

et une solution aux routes congestionnées. Déjà utilisé de la sorte, ce potentiel

est aujourd’hui sous-exploité.

Bâties rapidement et sans moyens par les nouveaux arrivants, les habitations

du bord du fleuve restent en grande partie insalubres et seront tôt ou tard

détruits et renouvelés. La ville faisant face à une forte augmentation de population,

elle ne peut se permettre d’abandonner des surfaces aussi grandes. Il sera

donc nécessaire de réhabiliter le site pour qu’il puisse accueillir des logements

de manière durable.

212


scénarios


ibliographie

ouvrages de référence:

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Manuel Gausa et al., The metapolis dictionary of advanced architecture, Actar,

Barcelona, 2003.

Christine Guinard, coord. , Rénovation urbaine et offre de mobilité: mieux intégrer

les transports en commun en site propre aux projets de rénovation urbaine,

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des sociétés, Belin, Paris, 2003.

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GARDS», France, 2002.

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