nasonis - Notes du mont Royal

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nasonis - Notes du mont Royal

Notes du mont Royal

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dans le domaine public, et

hébergée sur « Notes du mont

Royal » dans le cadre d’un exposé

gratuit sur la littérature.

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LES OEUVRES ï

' O V I D E. !

TRADUCTION NOUVELLE l

PAR MONSIEUR

DE MARTIGNAC

AVEC DES -REMARQUES.

TOME NEUVIEME,

CONTENANT

LES QUATRE LIVRES DES ELEGIES QU'IL

a écrites dans la Province de Pont.

& LES IMPRECATI@NS CONTRE IBIS.

PRfiMlfiRB EDITION,

A L Y O N, . ...

Chez HORACE MOLlN,^.visle Grand

Collège,*: rue Neuve à 1 Image^Ignace.

lY.C^ïWf'»* .lOTi


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EXTRAIT DV PRIVILEGE

àlê Rêj.

PAn grâce & Privilège du Roy, éid'ate

du 15. Septembre 1688. figné

If P©E£LAiN, Regiftré fur le

Livre de la Communauté des Marchandslibraires

& Imprimeurs de 'Paris le ij.

Septembre 1688. Signé J. B. GOIGNAUB

Syndic. Il eft permis I ESTIENNI

ALGAY SIBUR PB MARTI»

G M A c 9 de faire Imprimer par tel Libraire

ou Imprimeur qu'il voudra choi»

fir % le Livre par loy compofé 9 intitule :

Lit Omwes d'Ovide , avec mm muvelk

TradmBim ; Se ce pendant le temps & efpace

de huit*années » à commencer du jour

que lefdites Oeuvres feront achevées d'Imprimer

pour la première fois 2 avec defenles

à toutes personnes d en vendre d*autre

Impreffion a à peine de confifçation des

Exemplaires contrefaits ,. de de trais nulle

livres d'amande,

%

Jim. iX. 1

.(

TV,


|Lcdic fieur A ccdc le droit dudit prffïlegc

à HORACE M O U / , Li-

frairc de Lfon? fuivant 1 accord fait

fx>eux. ' ' "" ' " '•*••••• ' ••- eu*

1' ». • .* •

'dîkwk é'knf rimer te fermer Juillet 1^7,

£ef Exçmplairç$ pnt çté fournis.

.^ç^

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—i tm cao FM MM tio cau»«»'eg»«w iw DM

TABLE

DE S ELEGIES

D'OVI DE

ECRITES DANS LA PROVINCE

de Pont ,' contenues dans le

Tome neuvième.

LIVRE PREMIER.

LBGIE I. à Broros. Il le prie de recevoir

agréablement les livres qu'il

lui envoyé. page 3.

' Elégie 11. à Maxime. Il îuj fait

un ample reçu de [es mifires. page 13

Ekgie 111. à Refio. Qu'il m peut fe cmfikr

dans fin exil, p. 31

Elégie IV. à fa femme. Que fd vieille fe & fis

eèdgrms'le rendent infirme. p. 43

Ekgie V. ' à Maxime. p. j 1

» S iij

,4* A


TABLE

. Elégie VI. à Grecinus. Il lui demande la cm*

. tmuatmn de fin amitié. page 6 5

Elégie V11. à Meflâlin. Qu'il fiubaitte pafi

(tonnemem la continuâtim de fin amitié, page

' ' 71

Elégie VIII. àSevere. Qdil aime la vie cbampeftre.

pji

Elégie IX. à Maxime. Il regrette la mm de

Cil/m. - p.cji

Elégie X. à Plaçais. Que fis mifires împ. réduit

• • a une grande langueur» nmj9


DES ELEGIES.

LIVRE SECOND.

L E G i s I. à Gcrraanicus. Il lui exprime la

E j§je qu'il a de lui avoir appm le triomphe

de Tièere. page i©j

Ekgie 11. à MeflTalinus. Il implore fin crédit

auprès iAugufte. ' p. 115

Ekgic III. à Maxime. Q$til ne fçaumt trop

dmner de louanges a fa fille. • p. 1 29

Elégie IV, à Attiras. Il lui demande la continuamn

de fin amitié. p. 141

Elégie V. à Salarias. Il le remercie de la part qu'il

prend à fin malheur. . . p. 147

Bcgie V I. à Grecious, il impUre fin crédit.

page " *57

Elégie V11. à Attiras. Qu'il ejpere beaucoup de

fin amitié. •' ' ' f.ié$

Ekgic VIII. à Cotti. Remerciement iunpn~

/eut. . . p. 175

Ekgie IX. an Roy Cottis. Il impkre leficours

de ce Prince. p. 183

Ekgie X. àMacer. Que le fouvenir de fis diverttfewam

augmente encore fin chagrin. - p. » 9 $

Ekgie XI.àRuffos. Que fin exil nef empêché

fm de fi fimemr toujours de lui. paoi

f * . iiij

^


TABLE

LIVRE TROISIEME.

ELEGIE I. à (a femme. Il la conjure 1 de fiBL

, citer Livie a rendre fin exil plus doux.

page. 207

Ele^e 11. à Corra. Il fe liée de fm amitié qu'il

tâche de tendre immmtelle par fes B&ëfiê

P^ge 227

Elégie III. I Fabius Maximus, Récit iun

l b W* ' p. 2 39

Elégie IV. à Rufin. Il sexcufe de ne pouvoir

pm chanter dignement le triomphe de Tibèr

page 251

Elégie V. à Coda. Il le remercie ime harangue

qu'il luj avoir envoyé de Même. p. 2^5

Elégie VI. A m de fes ému qui ne vouhit pé

eftre nommé dans fes Poëfies à caufe iAugufl

pge 27l

Elégie V II. à fes amis. Qu'il m yem plus leur

parler de fin exil. p. 181

Elégie VIII. à -Maxime. Il lui faitprefent

dun carquois garni de flèches. p. 287

Elégie IX. à Brunis. Ovide fait F Apologie des

Ouvrages qu'il a fait dam fin exiL p. 251


DES ELEGIES.

LIVRE QUATRIEME.

L E G I.E Là Scxrsis Pompeius, Quil fi

E fmfienèfd toujours de'fisitenfdits. page

• * 193

Elégie 11. à Severe. Il fexeufe de n'avoir point

encore mis fou nom dans [es Fo'éfies. p. 30c

Elégie III. à un ami volage. Il ki reproche

Fmconfiams de fin amitié. * p. 313

Ekgit IV. à Scxros Pompeios. Il leftliïm 4%

tre defigné ConfuL . p. 311

Ekgic V. à Sexcus PompeiusConfuI Profit

popée d'Ovide à/es vers, les chargeant d'atter

féliciter Sfxtm Pompeim fur fin Confulat.

page '> 3i7

Ekgic V I. à Brotus. Qu'il fera toujours recontmiffant

a [égard difes amis. p. 3 3 3

Régie V 11. à Veftalis. Il lui demande fit pr§~

teëion* - ' p.341

Hcgic V111. à Saillu& Eloge de la Foëfie.

page . 345*

Ekgic IX. àGreciwts. il luj témoigne fajoye

de ce qdil efi defigni Confiai. p. j6i

Elégie X. à Albinovanus. Qu'Ulife dans [es


TABLE DES ELEGIES.

voyages ne /suffit peint de travaux comparables

dux rigueurs de fin exil p. 3 77

Ekgie XL à Galion. QttUrfofi entreprendrede

le cdnfoler fur U mort de fa femme > p. 3 87

Elcgic X11. à Tûricanus. Après luj avoir dit U

caufe pourquoj il ne met pas fin mm dans [es

vers. Il parle de leur étroite amitié, p. 351

Elégie XIII. à Caros. Qu'il a fait des vers m

Langue Getique a [honneur d'Augufte. p.399

Elcgie XI V. à Tûricanus.. Ceux de Tomes s'/tant

plaints qu'Ovide les avoir outragé dans fis

vers, il s en jujîifie* * p. 407

Elcgic X V. 1 Scxtos Pompeius, Il le conjure

de demander a iikr$ un autre pais pur fin

ixil. P*4*S

Elcgie X V I. à un envieux*' Il lui reproche fin

injufie médifimce. » p. 411

Imprécations contre Ibis. p. 425

Remarques fur les Imprécations iOvide contre

Ibis. .p.48^

'Fin de la Table."


P. O V I. D 11

NASONIS

D E

PONTO.

T§m IX. *

J


i\ O VI D I I

NASONIS.

DE PONTO.

LIBER P'RIMUS.

£ PI S ÎOLi L ^'

B R U T o.

~" ÂSO Tomitdndjdmmnmvus mêla

terra

^JjS Hoc tibi de Get'm littore mittit

uSs opus.

•SivdCdt, bofpitio* peregtms, Brute, libelles

Excipe 5 dumquê aliqm> quolibet dbde kc§.

Publie a nm éludent inter monument* venire,

a Pcregrfocslifolios. Iî appelle ainfî fa Livres, paretqu'il

ks 4.v©ic compofé dan* un pays cua»gci«


LES OEUVRES

D'OVIDE.

LIVRE PREMIER.

DES ELEGIES

Ecrites dans la Province de Pont-

"ELEGIE I-

A BRUT'US.

Il le prie de recevoir aggreablement les Livres

qu'd luj mvêji

VIDE qui a déjà le malheur

d'être . ancien Habitant de Tomes.

, vous envoyé ces Ouvrages

I du pays des Getes. Si vous avez

du loifir, mon cher Brutes , recevez chez

*o« * ces étrangers , & cachez - les où il

*ous plaira. 11$ n'oient fe montrer en p«*

J An'


4 P- OviDII DE PoNTO , LlB, I.

Ne fuus hoc iUis cUuferit auâor ker.

Ah quoties dixi, Cette ml turpe doceth !

Itc : patet îdfiu ferfibus ifk hem.

Non tamen aecedunt : fed$ m dfpkis ipfe9 Idtm

Sié Lare privât § tutim ejfe putant.

Qums y ubi bos poffîs mllo componete Ufb ?

Qudftetiïént Artes, pars Vdtat illd tibi -

Quid ventant, mvitate toges fort ajfe fi ipsL

Actif e, quodcunquetfti dummodo non fit amor.

Inventes, quamvk non efi mifetdbilk index,

Non minus hoc illo trifie, quoi ante dedL

Rébus idem, titulo iiffert : & epiflolàwifit

« Non occultato nomme miffa docet.

Nec vos hoc yultis * fid me prohkre potèfik : .

Mufaque dd invitos officisfa veniu

Qukquid id efi, adjunge mek. nibil impeiit ortês

Exule, firvatû legibut-, Utbeftul

a Won occultMto. Ovide çfïiToit alors ouvertement à

lu 2mi$, ce qu'il o'ofoiE Une auparavant.


Lis ELéGIES D'OVîBE , Lrr. 1. . j

Uk 5 craignant qne le nom de leur Auteur

ne les empêche. Ha combien de fois

leur ay-je dît vous n'enfeignez - rien de

mauvais ! Allez , vos Poëïîes chartes vous

feront ouvrir ce chemin. Ils ne s'y ha- .

lardent pourtant pas , mais comme, vous

voyez-vous même ils (c croyent mieux en

feureté dans la maifon d'un particolier.

¥oos me demandez ou TOUS les mettrez

fans rifque d'offenfer perfônne. L J endroit

eu vous ferriez l'art d'aimer cft vuide prefenternent.

Peut-être voudrez-vous fçavoir

ce qu'ils apportent de nouveau ? Quelque

matière qu'ils traînent 3 vous pouvez-les

recevoir, pourveo_ qu'ils ne parlent point

d'amour. Quoiqu'ils ne _ paroiîlènt pas lu-

Esbres à leur inicription3 vous verrez qu'ils

nt auflï triftes que ceux qui ont déjà paru.

Ils contiennent le m«ne fujet fous un

titre différent ; & les a noms des gens à qui

j'écris ne font plus cachez dans mes

Lettres'.

' Vous n'approuvez point cela, mais vous

ne fçauriez l'empecher , & ma Mufe reconnoiflante

vous va trouver malgré vous.

Quoiqu'il en foit, on peut ajouter ces vers

à plufieurs autres que j'ay faits. Bien qu'ils

foient enfans d'un banni, rien 'n'empêche

qu'ils ne joiiifl'ènt des privilèges de la ville

, obfervant les loix qui leur font imposes.

Il n'y a ricnià craindre pour vous.

j A iij


£ P. OVIBII m POWTO , Lll. V

Quêd metuat nm eft. » Ammiferiptd kgumm'; 't

DeSus & mprmm fttinid Brmm hdber, "

Xcc me nemimbus furiofm confère tdntu.

Ssvd Dê§s tenird nm tdmen drmd tulL

Mnique Cdfiree, quod mn defiderdt ipfi 9

Mm émet i mftrm ullm bemre liber *

Si dubitm de me > laudes ddmitie De• mm :

Mi $armen demu mmne fume meum.

jfdpvaî in belle pdêdtd rdmus elivd ;

froderit Auëorem F MIS hdbere néil ?

Om foret h MMA cervix fkèjefta pdtenti,

Duitur ipfa vire/Ummd dediffe viam.

Fert liber Mneddtm : & mn iter wme pdtebït ? .

Ai pdfrid pdter bic ; ipfius iSe fuit.

Ecquis itd eft dudax, ut Imine cegdt abire

JdBdntem c Pbdrii tinnuld fifttd manu ?

Mue Deum Mattem twnu tibicen adunce

£um idnit rexigU£ quisftipis Ara neget i

Sdmm db imperiefieri ml tdle Didns :

Unde tdmen vivdt vdticindter bdbet.

Ipfd mêvent dnimes Setpererum numind nêftws.i

Turpe nec eft tali credulitdte upi.

t ÉMtmi fcriptd* On nelaiffoic pas de lire les Off

orages de Marc Antome & de Braies quoy qu'Us fa G*

lent ennemis d'Aigu (te.

h Mme cêrvix. Enée emporta fut fft épaules' G»n pe#

re Anchife à tra?ers les iamroes de Ttoye.

c Pharia mam. Llfle de Pharos en Egipte donne

lieu à cette Ef on de parles. w


Lis EX^GTES »*0VIDE i LIT. I. T\

Ne lit-on pas les écrits de a Marc- Antoine,

& ceux du fçavant Brutus ? Je n'ay pas i'ex- "

travagance' de me comparer ï ces grands

hommes," M*is au moins je n'ay jamais

porté les armes contre les Dieux. Ait

relie quoique 'Cefar. ne fôit point -avide

cfe lo*dang€ , , je iv'ay pas iaiffé de lui en

donner dans tous mes livres. ' * '

Que fi vous faites difficulté de recevoir

ces Poëfies , Mfez les éloges que j J y donne

aux Dieux ; & après avoir fûprimé mon

nom , vous' pouvez garder mes vers. Une

branche d'Qlivicr fert de paflê-part en teins

de guerre; ne fendra-fil de rien de porter

les noms cLt " maître de la paix ? Lôrtqu'Enée

portoit fon perc , on dit qu'une flamme

le guida ; un des defeendans L> d^Enéc

t& célébré-dans mon livre j ne~pourrsut'on

pas avec cela alkr librement par tout k

monde ? Gelui-cy eftpcrc de la Patrie* &•

l'autre eft père d'Augufte. Qui eft-ce qui

oferoit chalîer du Temple un Preftre c Egip»

tien jouant du Siftre } Et qui pourroit refiifcr

une petite pièce de monnoye à un

joueur de -flûte qui joiieroit devant l'Autel

de Cibelle ? Nous fçavons pourtant' que

Biane n'ordonne point ce falaire, mais il

fert à faire fubfifter fon Preftre qui prononce

les Oracles.-'Nos efprits font inf-

E'rez des Dieux ,' & il n'eft pas honteux de

- croire. Vous vojfez. qu'au lieu de Sifko

^ A iii]


f P. QriDii m PONTO , LIB". I.

^egêpmfiftm fbïjgûqmfêfâmim bnxi»

• Gémis Mlis mmma fdnëdfm.

• Wétkimr menmqmitemmdatefMfdferenti :

Mm mibiifidmdgmpfiism Uk Df#.

M€ s qMtd tel menti, velfemfi Ftmcipis if dm,

." A mUs iffim mie putdte ۤli.

Widi eg§ * linigerd mmm fkldfefdtmtem

Mfidis, îJUfrs ante fédère fèces.

'*Msm9 eb bukfimikm prifdtm lumim mlpdw^

Clémdidt medii Je meruiffe vit

TdBd céleftes fieri pdcmid gmdmt 9

Mt,fnd quid Vdlemt mmind, teftepnbent.

Sept lewdMpmaê, mptdqmluwmd reddunt

Cum knepeadti panitmffe vident,

fmitet ê (fi quid mifer&rum crédit w ulli, )

Wœnitet, &fdSh iwquemr ipfe mee !

Cumqmfit exilkm» mdgis efi mihi culpd dêlm ;

' Eftqm pati pmms, qudm meruijfè , minus.

Ut mihi Bîfdvemt, quibmefimdmfefi'm ipfe j

a Gémis jtsks. Augullc cftoiî neveu de fuîf s Cefiuc

qui le difoit décendu d'Iule- Afcâgnc Ils n'Eiiée.

• b Unîgirs, fidis. L-1 Pnfixcs cFIfis lYOiciit k telle

couveue d'une toile 4c lin.


T^f

LES ELéGIES D'OVIDE , Liv. 1. 9

& de Flûte , je porte les nomsfacrez de la

_ a famille de Jules Cefar.

Je vous avertis en Prophète que vous devez

me laitier paiîer à caufe des chofes faaces

que je porte : Ce n J eft pas pour moy j

mais pour •un grand Dieu qu'on vous demande

paflage. Au refte ne penfez pas que

pour avoir mérité l'indignation de Cefar,

&. pour en avoir fenti les effets , je foïs_

malheureux jufques à ce point qu'il néveuille

pas qim je l'adore. J J ay connu un

homme qui le repentant d'avoir offenfé la

Décile b lfis ,: lui offroit de l'encens fur fes

Autels. Vn autre privé de la lumière pour

un même crime , crioit dans les rues qu'il

meritoit un tel châtiment. Les Dieux aiment

ces fortes d'aveux » pour donner des

marques de leur puiflance s , & torfqu'ils

voyent un homme touché d*un vif repentir,

il leur arrive fouvent de lut ôter-le peine

qu'ils.ont impofée , & de lui rendre la

TCttë.

Que s'il y a un miferable que l'on doive

croire repentant de fa faute, c'eftmoy

qui-me repensdela mienne &)e fuis fur ce

lu jet mon propre bourreau. Elle me fait

plus de mal que mon exil •>••& ma'ptns

grande douleur, eft d'avoir mérité ce châtiment.

Que les Dieux & même Cefar qui

eft le Dietoe plus vifîbfc me foient favorables

tant qu'ils vopdronf, ils peuvent me

À v '

J


m • P . O v i w i D E P O K T © - > L » . IL

Pœndpoteji demi, culpa perenm erit. -

Mors fdckî cette ,nefims mm tentrit, exul:

[ Ne non peccdrim, mars quoque mnfdckt, ]

Nil ïgitut mkmn, fi mens mihi tdbiddfdft*

. De nive manamis mare liquefeit aqud»

ifiur ut occulta vitidtd teredine mm :

Jsqmmfîopulos ut cafdt mddfdlu i

Ridimr ut fidkdpêfitttm rubigine ferrmn :

ۤnditus Mt timd Cdtpkuf me liber :

Sic med perpétués curmum peâord mm fus ,

Fine qu'eus mlk cmficidntm, bdbmt*

^ecprim bi mememfiimulhqmm ykâjrelmqumt

Qmque dokt citim, qudm dôlw , ipfi iddet.

MM mihi fi Super it quorum fmum mmiâ, credem%

lêffiîdn exigu £ dignus bâhebot ope.

Mque bctm Stjtbkê vmmm vmtéém S jfen» -

tks ift§, éuri 9 fi prêter, oris m*

11*31


LES ELLGIES D'OVIDE» LIV. I. %M

délivrer de la peine que je fbuffrc 3 mais le

Convenir de ma faute' né s'effacera jamais

et mon efprit. Il eft très certain que la

jà#rt me tirera quelque jour du lieu où je

fuis banni , elle ne içauroit pourtant faire

que je n J aye;pciint COITMUîS de faute.

Il ne faut donc pas s'é.toner fi mon efprit

languiflimt fc fond 2jnÇi qpe la neige trem- "'

pee d'eao. Cottime ' k' b«S' d'un navire fe

gâte ïnfenfiblement par une vermine cachée

, flt *'que l*«t'ii pî% Cfeufe les pierres

qui font aâ boid de la,ûofr ;. comme la roûil*

le ufe le fer qu'on ne met point en ufage,

& qu J un livre eft gafte par les vers , aififi

mon coeur eft ^ ronge ;par de continuels remords

\m ne- iuiAloimeBt aucun- rekfche.

Ces iecrets, çeyiroçhip 4c $p confciencc

ne finiront qu'avec moy c 5 '& mon efprit afiigé-iarri-lwcB

pluÉçt, Il #a cte*ma vie que

la fin de (on affliâd©»*. Si les Dieux à qui

tout appartient font perfuadés de ce que je

dis, peut-eftre me croiront-ils un peu digne .

de leur affîftancc , & je, feraf refcgué hors

de la Scythie* Que fi j'en demandoit davantage

* je'pourrais paflêr pour impudent» -

] A *j


Il

*Hiv 'Ww w8' Wï fW «H 1 WW^F'WKTWWB 1 Kit 1 »" llfBw vVV

V«f'*"*"*"*"*'*# , ** , *"**'« H ïr

P. O V I D I I '

NASONIS

DE PONTO.

EPISTOL A. II.

MÀXIM'O.

AXJMM9-fm tmtiwmjkrm m*»

mmistmpks,

Etgtmmmmimï mhilkâtt gênus |

g* î né/ci ut p®fis> qmm vis aêàite mctnth

• NMP êmms Fsèks éàflnlk um iks ;

MrfitsBhâcÀ qm wàtmwf ipifiââ fiiXMi

Qui fie kqusf iemm, on'm $ffi. nlk.

Mit mibi ! qttidfâtimt mm, m mmim teS§

a Bm mpms FMMê$* Tiois cent Fabieos fkrens liez

a la fneae é*iiH»c conuc lfi Yejeatùn»


LES

E L EGI ES

D'OVID E.

—Il- . I. — . . . !, - . . .—• Il •

E L E G I E I If •

A MAXIME.

Il lui fait m âmpk mit ê fis miferm.

AXIME, qui foutenez dignei

ment un fi grand nom , "8c qui-.

par vos belles qualités augmen-

^^ tez l'éclat dé vôtre race 5 ta

Parque a voulu qu*aprés la mort des trois

cens * Fabiens qui furent tuez en un même

Jour , H en reftat un pour vous faire naître.

Peut-être vou^rez-vous fçavoir de qui vous

vient cette lettre y & quelle en eft la te»

»eur> . • -

Hclas que -faay-ie l ' Je crains fort qjfà


14 P- OviWI DE PoNTOj LlB. I.

Dnrus & dversâ -cetera mente kgm.

Vider h hdc fi quis -y tibi me fcripfiffe fdterï

Audebe, & ptùprïts ingemuife malis.

Vider iti dudeh tibi mefiripfife fat ers,

[ Atqne m§dnm mlpê notificdH mes. 2

Qni 9 mm me pœni digmtm pditwe fniffè

Cênfiîedr j p§fum vix grarwrd pdti

ê

Mêftthus in mediis imerqtte periculd verfor :

lânqmm cm pdtriâpaxfit ddemtd mihi.

Qêti, mmis fdfê gemment utm rulmre cdufas,

Omnid ripereo fpicula fille Imunt.

Mis eques infiruSuspertemtd mœn'm lufifdt 9

Mme tupi çlmfim àumimtis 'met.

4tfimel mtentus wffolms arm eqmm

Vmnlêfempm bdbtm imfeints mdrnt. •

Xeëd rigem fixis retuti rdlstd fsgittis 9

Imtdqm rir firmi fubnwyet srma fer S.

Mé Imi faciem mcfi§nde wê€ athre teffti

f

K


la ledure de mon nom, vous ne preniez

un air de feverité, & que vous ne lifîez tout

le refte avec beaucoup d'averfion. Que fi

quelqu'un voit ces chofes , j'auray la hardieflè

d'avouer que je vous ay raconté les

maux qui me font gémir. Oui fi quelqu'un,

le voit, je ne craïndray pas de dire que je

vous ayéerit » & que je vous ay fait fçavoir

de quelle manière je fuis affligé pour

h faute que j'ay commife»

Je confefle néanmoins que je fuis encore

digne d'un plus grand fupplice > quoique

j'euflçbien de la peine d*en pouvoir fuppor* ,

ter un plus grand. Je fuis afliegé de mille

ennemis , avec rifque de ma vie , comme £

on vouloit m J en priver,aufii bien que de mon

pays* Ces ennemis augmentant par de cruelles

bleflures les deteftabks caufes-de latmort

y empoifonnent tous leurs traits- avec

du fiel de vipère. Leur cavalerie armée de

ces flèches porte la- terreur jafques- dans*

nos murs > faifant plufieurs mouyemens aux

environs % comme un loup autour d'une bergerie.

Leur arc tendu d*un nerf de cheval, ,eft

toujours preft à lancer des traits : les toits

des maifons en font tout heriffe^ , ainlt

qu'un champ de bataille > & à.peine Jes

pertes de la ville peuvent elles refifter à

leurs armes. Ajoutez- à cela l'affreux afpeâ:

de ce lieu * où il n'y a nul arbre & nul feûil»

1

}


l£ \P. Oy.MII DE POKTO, Lu. I. •

Et qmd mers bjemi continuatur bjems.

Bk me pugnantem mm frigore, cumque fdgktis9

Cumque meêfdto, quart A fdtigat bjems. -

Mm £drm Idêrjmd ; n'tfi cnmfinpm obftkk illis s

Itfimlk mmi peitora t&rp§r habeL

Mùtem Nkben, qusmm m fanera vidk,

§§£ p§fukfmfumfdxedfd£ld mali !

Vê$ qmqm felkes, quarum eUmamia fratrem

Cmke velavit populus §ra mvo.

Me eg§ fum, lignum qui mn dimktaî in ul'mm :

Me eg@ fum sJfttftra qui lapis effi velim.

Ipfd Medufdêmlkwmidt Iket §bvid wfttis 3

jfmittdt vires ipfa Medufs fum.

WifimuS:, ut fenfm mnqnam eau vmm dmm§;

Et grévm Ibngâ fit med pœna mmi.

Sk immfitmmm * Tkji femperqm remfems

Nên périt * ut pêfit ftpeperke, jecm.

M pum y mm requks medk'maqm, puhlkd cm et

Smms adejl, films mx ytmê mbd malk.

a Têtèi fêemr» Titte vor.lant viol' r Latone * Apollon

k ma à coups de flèches & ic précipita aui enfcxs , otï

km cqjuctiiait coutinucileirait ïonge pat un ?auK»r.


Lis Eu Gif s »*0VïI» , Liv. 1. 17

lige , & où,l'on voit un enchaînement

d'hivers continuels.

Voici la quatrième année que fj corn*

bats f$rîs rclafche contre la rigueur du

froid 3 contre ' les flèches des ennemis s &

contre mon propre deflin. Je né celle dé

verfer des larmes, fi ce n'eft lorfijue le cours

en eft arrefté par une foule de chagrins qui

ifte rendent engourdi comme un mort. Que •

Niobe me paroît heureufe , car quoiqu'elle

ait vu mourir tons fes enfans, elle devint •

infenfible à fes maux , après qu'elle foc

changée en pierre. Et vous feeurs de Phaëten

YOUS me femblez fortunées.d avoir cfté

transformées en peupliers, quand vous eûtes

jette de grands cris à la mort de vôtre frère

pour moy je fuis aflèz mal-heureux pour

ne pouvoir pas être changé en arbre- ni

en rocher,» quand ^même je le voudrois#1

Ce feroit en vain que Medufe fc prefenterok

l mes yeux ; elle ne ' pourroit rien faire

contre moy. Je ne vis que pour eftre en bute

aux plus (ambles douleurs, & le temps ne

fait qu'augmenter mes peines.

Ceft ajfcifi que le cenir de a Titye ne fe

confumant jamais,mais renaiflant toujours*eft

condamné à eftre immortel pour mourir

fouvent. Maïs quand je crois que la nuit

me délivrera de mes maux à l'heure que

tiendra le fommeil qui donne ordinairement

du rckfchc *


ïf P.OviBlI XJEPOOTO y LïB. I.

Sêmnia me terrent vms imitamia ufus ;

Et vigilant fenfus in med damna met.

Jkt eg9 Sarmatkat videor vitâte fdgittM :

jfut défi captif M ad fera vincla mmm.

'yfut ubi didpim melims imagim fimm*

• jfjpicm- pdtru teOa reliâd tnea,-

Et fmdo vQbifcum, qms fum veneratm > amkh

Et m§do cum cari conjuge, malts lêqumr.

Sic, ubi percepta efl brevis & mn ver a vduptasp

Pejor ab tdnunùtu fit ftdtus ifte bom.

Sive dies igitur caput hoc miferabile mm,

Sive pruinofi Noiïis aguntur equi j

Sk mea perpetuis Hquefiunt peâ&ra mm »

'. Ignibus admotis nt nova cera filet.

Sape precw tmrtêm , mmtem qnoqm depmw

idem\ "

Ne mea Sarmaticmn cmtegat offa filum.

Cumfubit, Augufti qu& fit clementia $ credê

Mêllia ndufragïu lit&ra pefe datl

Cum video quam fini mea fat a tenacia,'/rdngorj

spefqm km magm vifta. tiwmrt cadii* ,

Éectamen ulterim qmâqn^n fper&n frècmeg ' j -

K


Lis' Eimws s'Orra! 3 Lnr. I, ijj

chagrins , les fonges me viennent effrayer

par la vivereprefentation de mes mal-heurs:

Et mes fens alors fe reveillent pour m'acca-»

Mer de mifere. Tantôt il me femble que je

me garantis des fleches des Saunâtes 5 "&

tantôt que je me laifle- attacher les mains 1

pour eftre emmené captif. Mais quan^ les .

longes me trompent par des illuhons plus

agréables , tantôt je vois ma Patrie d'où l'on

m'a chaflfé > tantôt je fuis avec* vous > mes

chers amis que j'honnore , & tantôt j'ai de

longs entretiens avec ma femme,

Ainfi après n'avoir joui qu'un moment

île ce faux plaifir, je retombe dans un pire

état par l'idée d'un bon-heur .imaginaire, je

mené donc jour & nuit une vie miferable,

& mon coeur accablé d'ennuis fc fond comme

la Cire prés du feu# Souvent j'appelle la

mort à mon fecours , & après je la conjure

île ne pas venir, afin que mes os ne foient

point enterrez au pays des Sarmates..

Lorfque je fais réflexion à la clémenceil'Augufte

, il me femble qu'on peut efperer

d'être reçu» dans quelque bon port après

avoir échoué. Mais d'ailleurs quand je.

conïîdere l'opiniâtreté de mon mal-heur, je

fuis entièrement abbatu , & la grande crainte

dont je fuis faifi renyerfe ma foïble efperance.

Je n J efpere néanmoins, & je ne demande

pur toute faveur que d'eftre envoyé dans


lO P. OviDIÏ MB POKTO , LlB. I. -

QMdm mdk mutdtk pqfe cdrerelm»

Jùtt b§c, dut nihil eft 3 pr§ me tentme nmàtfte

Gfdtid qmi fdf§ weftrd pudête qstedt.

Sufiipe, Romans fdcnnëa Mdxime lingnê,

Difficiles cduffg, mite pdmdniMm*

Mft mdld, confitew : fti tt bmdfiet dgentte •

Lêftid pr§ mfiti fm m$é§ vaiafugi.

Befiit tnim Cdfdï, qummh Dm wtmid mrk ,

Ultimus bîc qudfit cêndk'mne kcus.

Magna temnt tliud terum wmlimim numen :

Esc eft tdifti f terne cura miner.

Nec vdcdt, in quafint pêfiti regkne Ternît d *

Quarm, finitimê vix. Ucd mtd Geu.

'Jigt Quid 'Sduromdtdfacidnt, qmd îaz,jges acres,

Cultaque Orefted Taurka tend Des.

Qudque.dlu gentes, nhl frigme cmftkk lfter9

Dard meam cderi tergd per dmnis tquo.

Mdximapdrs hmimm nec te, pulcberima cmdnt*

Romd 5 nec Aufinii milkis Mme riment.

' Bdtu dmnws mm Mis plefdque pbdritra j


Lis ELéGIES D'OVIDE » Liv. L if

un autre lieu, fut-il au (fi deteftable que celuy-cy#

Comme ce que je pretens n'eft, prtfque

rien , vous pouvez tenter la chofe avec

menue , fans avoir fujet decrainclre.de

palier pour effronté, Maxime qui eftes le

modelle de l'éloquence Romaine, entre*

prenez doucement la defenfe d'une caufe

qui eft difficile à traitter. J'avoue qu'elle

n'eft pas favorable, mais elle le deviendra

dans vôtre bouche : employez les termes

les plus doux pouf un miierable banni. Car

bien que les Dieux fçacEent toutes chofe^

Cefar ne fçait pourtant pas quel" eft l'eftat'

du pays où je luis relègue à l'extrémité du

monde. .

Ce grand Dieu n'eft occupé que du gouvemement

de l'empire i & tout ce qui me

regarde eft au délions d'un efprit celefte

comme le fien. Il n'a pas le temps de s'informer

en quel climat eft 'fituée la ville de

Tomes3 ni de ce qui fe fait chez les Sauromates,

chtj, les Jaziges , & dans la Cherfonneze

Taurique où la ieeur d'Orefte eft!

adorée j ni quels font les autres peuples qui

aflent fur le Danube à cheval lorfque ce

S

euve eft glacé. La plus part de .ces Nations

nefe mettent pas non-plus en peine de ce

qui fe pafle chez toy, floriffante Rome , te

elles ne craignent point tes armes.

Ces peuples ont le courage enflé par la

bonté de leurs arc$ ,J& de leurs lèches, par


il P. OVIDII DE PONTO , Lis.. I.

Qudmque libet fongis cwfibus dptus equm :

Quodquefitim didkêre dm tderdte fdmemqwe ;

Quodque fiquens mllm hêftk babebit étquM.

ira Dé mitk non me mififfet in ijlam,

Si fatis bdc iUi mta fuifet , humum.

•Net me , me qmnqudm Homumm gdudet sb bêfl

Meque minm » vit dm mi dédit ipfe, premi. -

mluit, ut poterat, mitùm me perdere nutu.

Nil çpus efl uBis m mes fatd Gttis.

Sed neque, eut mirera, quidqudm mibiumperk

dSumi,

Nec minus infejtns / qmmfuk, efe peteft.

larn qmque ml fuit 3 -nifi qmdféum ipfe eoëgi

Ptne etiam mérita pétreior kd mm.

pi faàant igimr, quorum mkijjlmus • ipfe eft,

Aima nibil MM]m Cdfdm- terrd fetdt*

Ut que diu fub eofit publkd fdnind rerum ;

Perque wmnm èujus trddita geniis edt.

jû m tam pldcidê 9 qmm -ms qmque 'fenfimm

Juduepro kcrjmis wdrefelve meis.

mnpetm m km fit, fe^uti mole mt'ms i m^î


LES ELéGIES D*OVIDE, Lrr. I. i|

l'ardeur de leur chevaux qui font d'auffi

longues traittes qu'il Leur plaît & par la facilité

qu'ils ont i fupporter la faim &la foif,

fans aucune crainte faute ,d'eau , d'eftre

pourfuïvis par leurs ennemis. Quelque co- m

1ère que puiflè avoir le Dieu clément que

j'adore , il ne m'auroit jamais relégué dans

le climat où je fuis s'il en euft eu une entière

connoiflance. Il ne prétend pas que

âes Barbares-oppriment aucun Romain, Se

moy encore moins qu'un autre , ^ puis qu'il

m'a donné la vie. Il n'a pas voulu comme

il le pouvoit, me perdre d'un feul clin d'oeil,

ilne.failoit pas pour cela avoir recours à

des Getes.- Il n'a rien trouvé en moy qui me

rendit coupable de mort, & il ne fçauroit

avoir plus de colère qu'il en a déjà témoigne

i car je i'obligeay. par mes aâions à me

traitter comme il fit, il me paroift même

que fon indignation ne fut pas fi grande que

ma faute, f ailent donc les Dieux que Cefar

fii


&4 P. OVIDXI M POUTO , Lu. I.

ExfiUum fan difiet db bêfie meum.

Çuamqm dedert mihi pmfemid mmim witâm 3

Nm ddimaî ftriëê fqudOidm enfi Getes.

Denique, fi moridt 9fisbesnt pdmtim drwêtm »

: ©#4 me a Stjtbki mfifd prsmdntm buwm. '

Nec mai mmpêfims f utfùlkk exuk dignum )

. *M$pnïï cïneres mguld fulfit eqitl

Et m9fififerejl dliqmdpfi'funetd fends,

'Ter.redt VU mdnes sarwmtis umbtd mess.

CAfmkbu mirmm peterMt susdit * m§mt,

Mdximei mmfem fi tdmen dnte twtm.

Vêx precor Âuguflâs pr§ me tud wmiidt âmes %

Anxilê trepidis-qm filet ijfe ftis:

' àfmtkqm tibi doits dukedine lingue

Mqudndi superk peUom fieile viri.

XT*n tibi * Tber§midm9 orudufie têgâbimr Airnu

Quiquefuis bottines pabuldfeck equis :

Sed piger ddpmm Fr'mceps, dd prâmk vekx :

Quiqmdêkt* qmt'm €§gitMt effefmx.

Qui vicit Jemper, vMNs m pduere pê£tH

%B$ftêwîl Les Thraccs fooc appeliez Biftonxens 4

caufe du kc Bidon qoi c(t dans leur pays.

b Tkmmmdt. Ce Tum k noumfloii 4e chair hu«

puinc. fl

*> un


Lis EXIGUS D'OVIBB » Lnr. I. 2 y

HB autre endroit incommode fy fois plus en

feureté : Ôc que m'envoyant dans un pays

éloigne de ces barbares , les Getes ne me

fàflmt point expirer fous leur épée, puisqu'un

Dieu vifîble m'a donné la vie*

Que fi je fuis condamne à mourir , que

mes os foïent mis dans un lieu plus tranquille

que n'eft" le climat des Scythes , 6t

que les chevaux des a Biftonîens ne marchent

pas fur mes cendres qu'on 'n'aura

pas bien recueillies, comme on le doit faire

à un banni. Si les morts ont quelque

fentïraent, je ne voudrois pas que l'ombre

d'un Sarmate effrayât icy la mienne.

Je m'attens--, Maxime , que ces paroles

toucheront le coeur de Cefar, fi le votre en

cil touché auparavant. Que voftrè éloquence

attendrifle ' les oreilles de ce Prince qui

eft fi favorable aux criminels affligez > &

que vos fçavans difeours flêchiflent par leur

douceur accoutumée un Héros qui eft comparable

aux Dieux. '

Ce n'eft point a Theromedon , ni l'impitoyable

Atrée à qpi vous avez "à parler ; ce

a'eft pas non plus le cruel Diomede qui

nourriffoit fes chevaux de chair humaine. •

Vous parlerez-à un Prince qui eft au (fi lent

à punir, que promt à recompenfer, &quï

a rame pénétrée de douleur , loxfqu'il eft •

contraint d'être fevere. Il a toujours remporté

la victoire pour avoir le glorieux plai*

Tmm IX. * B


x6 P.OVIDH BEPONTO » LIB. I.

• Clanjk & dtemâ civkd beOdferi

Multâ met M pœns > pœnâ qmpdUd cm cet %

Et jacit mvitâ fulminé tdïd manu.

Ergo tam pktidm otdtw mffks dd mm t

Ut propior pdtru Jh fugd mfttd, rogd.

' ÎÏÏe ego fitm» qui te colui \ qmm fefia filebM

Inter cormvdsmnfd vidcretuos.

jie ego, qui duxi veflm Eymmmn dd ignés ;

Et cecimfdujlo cdrmrid digna toro.

CMJMS te filitum nummi Undd*e libellés,

Excepta, domino qui nocuert fuo.

€ni tud twnnunquam mirdnù fcriptdUgebm.

lUe ego, de vejird mi dat4 nuptd domo.

MdM probat » & primo dile^dm femper dbdvé*

Eft inter comités • Marcia cenfa fuét.

ïnque fuis babuit mdtertera Cdfdfk dnte :

' Qudrum judicio fiqud probdtd, proBd ejl*

Ipfdfud mdmrfdmd, Iduddntibm ifik 3

Ckuiid dmna non eguifet ope. .

a Mmdê* Cette Marna 'cftoic femme ie Haxime»

ft '


Lis ELEGHSS D'OYIM> LIT. I. " 17'

fit de pardonner aux' vaincus 5 & il a fermé

pour jamais la porte aux guerres civiles. Il

empêche plufîeuts crimes par la crainte de

la punition , & il en reprime bien peu par

un châtiment effeâïE C'eftbien rarement

& malgré lui qu'iUance fes foudres.

Pais, donc que vous devez plaider une

caufe devant un Prince û clément , priez-le.,

de me reléguer , dans un lieu, qui toit plus

roche de mon pays. Je vous a y toujours .

E

onoté , & vous ne donniez point de fefte "

que je n'y fuflè invité,

Ceft moy qui chantay vôtre Epithatame,

&mon Poème parût digne de vôtre hymen.

Je n'ay pas même oublié que vous avez

loué mes écrits, à la referve de ceux qui

ont eaufé la perte de leur Auteur. Vous

m'avez aufli lu quelquefois les vôtres " qui

m'ont paru admirables.

Ma Jtemme à l'honneur d'être vôtre parente

§ & âtz fon enfance elle' a part à l'eftime,

& à la bien-veillauce- de Martia , qui

la met au rang de fes compagnes. La a tante

même de Cefar la conideroit comme

une petfonne qui lui eftoit entièrement dévouée

j & elle -a palTé parmi ces deux Dames

pour une femme de vertu. Que fi elles

euffènt parlé aufli avantageufement de

Claudia , iz réputation en euft efté meilleur

vt 3 & elle n'auroit pas eu befoin devoir

recours à Cybele p©ur Sa juftification de fa

pureté. . B ij s


lS P. OviDII DE PoNTO , LlB. I.

Kis quique prdteritos fine labe pere^imtu dnms,

Proximd pdf s vit* ttanfilier.dd me A.

Sid de me utfledm, cmjux midfaritm vefira ejl3

Non pêtes kdncfdlyd diJfmuUre fidim

Confugtt bdê dd vos : vefirds dmpleâïtuf dm»

[ Jure venu cuit m ddfibi qui/que DeosJ]

Mmfqm mgdt, preàbm lemtê Cdfdte veftrè,

Mafia jui fiant ut pvèpbtdvm.


LES ELïGIIS B'OVIDB, LIT. I. %f

Pour moy j'ay . pafle fans tâche les premières

années "de ma vie :'le$ autres qui

vinrent après fe dévoient pafler fous filence.

Ma ; s laiCant à part mes interefts , vous de-

?C2 prendre foin de raa femme , Se vous

ne fçauriez vous en difpcnfer, fi vous avez

cjuelqu'e'gard à la bonne foy. Elle va fe réfugier

auprès de vous , Se embrafTer vos

Autels, car c J cft a bon droit que chacun recherche

la proteâion des Dieux qu'il adore

, clic vous conjure donc , les larmes

aux yeux 3 de fleehir Ccfar par vos prières

pur en obtenir que fon mari finifle fes jours

plus prés de Rome.

> : -L

B ii)


«13 i» «fe = »•««*»«» MM MM t») MM W3*»»

P. OVIDI I

NASONIS

DE PORTO.

y • i • - . . -. ; m

EPISTOLA I I I.

RU FI NO. .

il N



^tli»îm %m*m'WH+ Ht MM MM M»•g#»f#»

LES

ELEGIES

D' o v i D E.

ELEGIE Ht

.A RUPIN. •

Qttil ne peut fi m fêler dsm fm exil.

OSTRE Ovlcfe, mon cher

ïlufin , vous envoyé cette recommandation

; (i un malheureux

comme • moy. peut

appartenir à quelqu'un. La

lettre-remplie de confblaiion qiie vous m'écrivîtes

dernièrement dans le trouble de

rton cfprit, adoucit mes maux par l'efpe*

rancc que irous m'avez fait concevoir., Et

comme lllluftpe PhUoâete fentit beaucoup

de fbulagcment à fa bltffure par les remèdes


} 1 P. OVXMI DB PoNTO , Lu. I.

Sicigê mentejacem, & dcerbêpudus&*,' .

Aimmim mpi fmkr # ww. •

» J4» defiàens fie ad m* verbd rerixi,

Ut [oitt infufi ren* redire mer§.

mntdmem exhibait témtmfdcundidrms,

Utmedfmt d'Ms peStwd fond tnn*

Ut mulmm tufflr* demm de gurgite ms ;

Mm mmm exhduftê, qwd fupembit, erk.

impm ducetur Ungùfm*§e mattix.

Morreni ddmêtm ruiner* crudd wtdBM»

mn eft in medkêfemper, relevetur m *ger.

Mterdum d@Ha plus r*let me malum.

Omis, ut è tmii fmguis pulm§m remifm

jfd _St]giM cm? limite dmdt dqum.

àfferat ïpfi Iketfdtrm • Epiddurius berbM ;

sandit nuU miner* c§rdk $pe.

Têllere mdêfdm nefeit medicin* poddgrdm ,

Stec fwmiddtis mxilidtur *qm.

Car* qmque mterdum mil* medicabilis *rt$\

• jfm, m fit, Imgd eft extenmnd* mm*.

Cum kne firmarunt animum pmceptd jdcemem»

Sumtdqm funt mbk peë^rk *rm* mi j

• a tpidaurim. Efcdape tftoit adoié dans la ville

4'Ep'idause. I


LES ELéGIES D'OVIDE » Lnr. I. 5 j

de Machaon ; ainfi tout abbata que j'eftois,

& tout pénétré de douleur , je repris coùra- '

ge par vos confeiU»

J J eftois déjà tombé ai défaillance , maîç

•os paroles me firent revenir les efprits*

comme le vin que l*on boit fait revenir le

fang dans les veines. Vôtre éloquence néanmoins

ne me donne pas d'affez grandes forces

, pour guérir entièrement les maux de

l'aine» Quelque grand nombre de chagrins

que vous ©tiez du fond ^jj^ mon cceur , il

ne m'en reftera pas moins pour cela» Peutrftte

qu'à la longueur du temps ma bleflure

fe fermera , mais les playes 'nouvellement

faites craignent ordinairement le. premier

appareil. Il n'eft pas toujours au pouvoir -

des Médecins de fendre entièrement la £m~

té aux malades , car fouvent la maladie eft

plus forte que les remèdes. Vous voyez

comme l'on meurt infailliblement, quand

il fort du fang des poulmons» a Efculape ne

fçauroit guérir la moindre bleflure du cœur

avec les plus fakttaires herbes- du monde»

C'ell en vain que la Médecine épuife tous

fes fecrets pour la cure de la gpute & de lai

rage. L J ame a fouvent des chagrins qui

font de même incurables j. & il y en a d'attirés

qu'on ne peut guérir que par la longueur:

du temps»

Quand: mon efprit abbatu a repris, fes

forces par vos avis » ic que je me fuis muni

4 ' » . • ; "


j4 ?• OVXMI DB POUTO, LlB.I.

Rurfm âmm pdttid râtimt vâkntm mni,

girutf ;M texuemm feript*, m«rif $pm.

Site pitm vis bêc, fm hoc mnlkhremm,

Cmfittêt mfiro moïïe m t£è nùbi.

Nm dub'u efi Itbdâ prndœtM : Jed îsmen §pUi

Wumum de psiriis pgffe lidere fock.

Mifek quâ mtâk filum dukidim upm

jmcit, & imim^m mn finit tffhfià.

Quid meliêts R§ma ? Scjtbto quid limnpejm ?

Mue tétmen ex $Bd bdthmm mk fugit.

€um km fit ilmfd tdttd a -Fdndkne mtê \.

mût ut m films iBâ rtdm fin*.

Affuêtês tâmi fdltm, âffuetdkoms

( Nu fait m iïïm impedit ) éntfd petmn.

TU tdtnen exfilii mwfus i pMôrt noflr*

Fêmmisfpifds ledttt poffe mis.

Mfiœ, vosipfine tmmhifim dtnânih

• Idl'éus mt Imm fit €dmiffi mâlum.

Js, pm§, qnâfmrdmgemm, tetme ££¥mtis.

• M umen bumànê mntigtt effe -lmm

zFmiï&m mâts* Piognc & Fhilonelc ciloicat filles

4c PaadioaRoy d'AAencs.*

i


fâs 'ELIGIIS B'OVIDI » Liv. I. jj

de TOS armes , l'ttnour de la patrie qui eft

plus fort en moy que toutes vos raifons»

•ient détruire tout vôtre Ouvrage. Appeliez

"Ctla comftfe vous voudrez ou affeftïon

oufoiblfcfle-, j'avoue ftialheureux que je

fins que j'ay le cœur tendre à cetégarï.Per-.

faine ne douce qu'Uliflfe n'ait efté fage&

prudent, il fouhaitteroit pourtant de revoir

fon pays.

Tout le monde eft attiré par je ne fçay

quel agrément à l'amour de la Patrie, dont

jamais 'oh ne fe defidt. Qu'tft-ce qu'il y a

île plus, chantunt que Rome ? Qu J eft-ce qu'il

y a de plus dcteftable que le climat de Scythïc

? Cependant les Scythes barbares quittent

" avec joye cette ville pour s'en retour- '

net en leurs pays. Le a Roffîgnol qui eft à

fon aife dans une cage , fait pourtant de^

continuels efforts pour s'envoler dans les

tais. Les taureaux recherchent ks buif*

Tons ©ù ils ont accoutumé de paître , ëc

quelque féroces que Forent les Lions , ils ne

Mflent pas de rechercher les cavernes &

leur repaire.- Croyez-vous qu'avec vos remèdes

je puîfle arracher de mon cœtir les

deplaifirs que me donne mon exil i Faites #

donc que je vous aime moins , afin qu'il ne

me foit pas fi fâcheux de fu jporter voftre

abfepce. ' Mais je penft que'ibon malheur a

voulu quittant relégué je fois confiné parmi

des barbares, >

• ' B n


$« P. OTXDIX DBPOKTO , Lu. 1.

Or bis in extrême jaceo defertm arems : '

Tert ubi perpétuas @kutd terra nives.

Bmt ager bu pomum, nm iukes eiutdt mM :

MênfdUm ripa, f§kra mmte virent.

Mevefretum terrd Unies mugis'\ sqmrdfemper

Ventomm rdbie* fdibmwbd , minent.

Qummqm dfpicias, çampi culrne tatemies 9

Vdflaqm., qm mmêfindket, mm jaceni.

Mêflè ddefi dextra Uvaque a parte timenduê 5

Vkimque metu terret utrimque Um+

jRtetd Biftêmm pars eft Jenfura fattfm ,

Altéra Samatka fpïmld rmffa manu.

I mm, & vetetum mbis exempta firorum,

^ui font mfum mente- tulke, tefer.

Mt grave rmgmmm réwr mirore » MtB i

N$w ufi redites conditmm ddti.

Smjrna virttm ternit, nm. fmtus & fojtkd nËttè*

pme minus nui§ Smjmapetenda loci*

'mn ddmt pMria h Cjnicm procuteffb Simpem-i,

Ugpenmfides,Atthaim**tuâi*. -

Jbma c MêdidesquiPerftc* iêntiêët mm*

a Rmtill RutiKus qui a¥ô£i efté Qurfteuc en Afîe

ayant


Lis ELMIIS B*OTIM , Liv»I. %j

Je fuis \ l'extrémité du moude dans une

plage deferte & fablonneufe , qui eft couverte

en tout temps de neige. Les champs

n J y produifènt point de fruits , ni les collines

de raifins. Il n J y a point de faules le

long des rivages > on n J y voit nul chefne

fur les montagnes. La mer n*y vaut pas

mieux que la terre , .la furtur des vents y

règne toujours , & le Soleil n*y paroît jamais.

Quelque part qu'on tourne les yeux»

on voit de vaftes campagnes qui ne font

pint cultives* & qui ^t'appartiennent à

perfbnne en propre. On eft Earcclc à droit

& à gauche par de redoutables ennemis >

dont le yoifinaçe dangereux eft h craindre

de ces deux endroits. Wum côté les BiftcH

niens font fentïr kurs javelines ,, & de loutre

les Saunâtes lancent vigoureufemeiit

leurs dards*.

Yencx maintenant nous. rapporter les

exemples des anciens qui ont fouffert avec

courage les difgraçes de la fortune ; & ad~

mire^ la grandeur d J ame de * Rutiliuf qui

ne voulut point revenir d J exil,. quoiqu'il

en fat rappelle. " Oiiy mais il eftoit relégué

dans Smyrne» & non pas d'ans la Province

de Pont qui eft un pays ennemi. Et puis il

a*y a point*, de lien ..pins agrçabk«pe Smyr~

ne. Le h ' Cynique de ' Sinope- ne- fut pas

Jafcbé d'eftre banni purceqtfii s'établit

dans f Attîquc S Thcmiftocfc qui défit les»


38 P. OVIDII DE PONT© , Lis, 1.

Ârgêlkd primant fenfit in mbefngdm.

fulfm jfripdes patria L*ceddmnafitgit :

Mer qum dub'mm, qu£ prier effet, ètdt»

-Cède pua/déid Pdttêdm Opuma rehquit »

Tbeffdlkdmque ddiit hefpes AihiRis humuM.

Mxul dé Eâm§md F'mnidd ceffit dd unddm 3

• • Que duce ttâbs Cêlcbdi facrd cucmrit dqum.

Uquit Agemrides Sidmid mmnid Cddtkus »

. Fineret nt mâtm m melku km*

Tenit dd âdrdftum Tjdeês Cdljdone fugdtns ;

Et â Xeucrwn Veneri grdtd recepit humus..

^§MHreferdm weieres Romdns gémis, dpudqnm^

1 Exfulibns tellus ult'md Tjhtr etétî

fafequdt ut mn&osi mlli ddtus §mnibus avis

. 1dm prmml s pétri â efi , bêtriâimrve- kms.

^u§ mdgis ignefcdt fdpuntid wefttà ioUnti, -

_ Qui fétit ex diëis mn it'é muttd tui±> ' . '.

Mttâmmmfkm%fip§ffhtmpé cmf '

• Vulnerdiprécepeis pêffè mïremk.

$ed rereor » ne me frufirs. firvm Idwes %

- tkëprtit-Md^df^Mtm-à^-w^ .

Têmmm. Tcucer fils de Tclaroon '& frère cTAjag

fut chaffé pat fou piopic pcic & fe xctiû eo Cy$it ol

a bâtie Mmmm• • • j ~-

I


LES ELéGIES D'OVIDE, LIV.-Î. jf

Perfes* pafla fon premier bannifTcment dans

Argos* & lorfqu J Ariftide fut banni d'Athènes

, il fe retira à Lacedemone qui lui

donna lieu de clouter . s'il n'y eftoit pas auflî

bien qu'en fon pays.

Patrocle dans fon enfance ayant fait un

meurtre dans Opunte , s'en alla enTheflalie

fe réfugier chez Achille.

Jafûn chef des Argonautes eftant chaiTé,

d'Ëmonie fut reçu du Roy des Corinthifens.

Le fameux Cadmus fils d'Agenor quitta la

cour de Sidon pour tm meilleur établiflè- -

ment. , Tydéechaiïc de Câ%don trouva un

azile chez Adrafte : Et l'Iflc de Cyprè fi

cherc à Venus donna rettaitte à • 'Teucer.

'

Que diray-je des anciens Romains-qui

ne releguoient jamais fcur Cytoyens plus

loin qu'à Tivoli ? Quand même je parcourrois

tout le refte » on n'a point veu jut .

ques à prefent que l'on ait banni quelqu'un

dans tm pays ..plus horrible & plus, éloigne

que celui oà je fuis* C'eft pourquoy votre

(ageflè aura d*autant plus d'indulgence pour

mon afflidion , fi je ne prattiquc pas tous

les confeilsque vous me donnez. J'avoue

pourtant que fi mes playes pouvoient fc

fcmier , ce (croit par vos remèdes.. Cependant

je crains que vous n'entrepreniez inutilement

ma guerifon » & que je n*aye' le

malheur àt ne rçceiroii aucun foulage-


• > P . O T î B I I B E P O N T O , L i n . I.

Nie kqmr bac, quia fit major ptudentia twbk ;

Sed fim


LES ELéGIES B*OVIBE , Liv• I. 4» -

ment de vôtre fecours. Je ne vous dis pas

ces chofes pour me croire plus capable que

TOUS , mais pour vous montrer que je me

ionnois mieiix que ne fait mon Médecin.

Quand mène mon mal feroit incurable,

.je conlïdere voftre intention comme un

grand prefent , & je vous en fçay bon

V e -


4* ' "

#e»-s#» *mtmtmm*&€m f§ mm tm et PI»

P. OVIDII

NASONIS.

DE PONTO.

• m m I

-EPISTOLA IV. .

UXORI,

A M m'éi ietetm tdni$ dfpergi*

mtdtMi

Jdmqmmtmvultm mgd feni

Us atdt :

Jdm vigêt -, & qudffh lângnmi m cmport vins 5

Net, juveni Imfus qui pldmêre yplsctnt.

Mê€ fi me fubuo vidern, dgtwfîere pêjfis ;

Métis fdild efi tdntd rttitid mes,

C9afitmfycen bdC dmmifii & dltetd cdfifâ ijL


«M 4M °*»*M-ftlS«toltM'«ll8B &***«•&»

LES

ELEGIES

D'OVIDE-

ELEGIE IV.

A SA f'EMME.

Qgt fd vmïïeffe & [es chagrins le rendent mfirm

O tr -âge penchant fur fon d-e- ,

•clin me fait déjà blanchir les

! cheveux : Déjà mon vifa'gettft

> tout.ridé de -vïeillefle ; fcrocm

-corps déjà caffé manqoe.de vigueur &de

force. Je n'aimé 'plus les plaifirs que j'aîmois

dans mes jeunes années » te. je fuis

maintenant £ changé, que vous auriez de

la peine à me connoître.

J J avoiie que les années peuvent avoir fait

ce changement ^.-mais il.y a encore un au-


44 P. OT»II m POJïTO , LIB.I.

jfnx'mmammi, cominustfque lahr,

Nam ma per linges fi quis mala digerdt dnms,

( Crede mihi, ) Pjlb Meftmre maj§r er§.

Citnu m m duris ( & qmd hvefirm'ms ? ) drvis

Fêrtid taurmum cwpma frangdt §pus.

Qu& nunqudm vacMùfilita eft cefdremvdli,

WuéUbus affûtais la fa fenefiit humus.

mOccidet* ad Ciré fi quis certamna fmper 9

Kon intermiffts cmfibrn ib'tt> tqms.

lima fit illd Iket, filmm in aqurn mm ,

Qaa mmquétm liqmdis ficcd carebit aquis.

Me qmque débilitai [tries immenfd makrum ,

jfnte meum ttmpus €&git & effe finem.

Otid carpas aluni ; animas qmqm pdfiitm illis.

immêdkus-cmtra Cdrpit ntfmnqm Idtmr.

Âfpke, in h M partes qmd fenerit Mfirn natus »

Quam Idudem a fird pêfterkate ferai.

Âtlabûr iBius mjtr§ Immqm mimrque:

Si tmd@ mn verum mmimwmgm prémuni.

Iteefim imum s Pelia mitteme pfêfeêms 9

Qui ris Thefalisfim timendus erat.

€afdris ira mihi nmuit -, quem Mis ab §rm

Sêlisdd ma/us utraqm terra tremit.

[JunStior Eamnia eft f§m§ , quam Rêmd fit

iftm :

a Peïiammmte, Pdîas fils de Ncptuot obligea laton

4 aller caicfci là coi£bn d f or à Cokhos.


Lis ELéGIES D'OVIDE , Liv. ï. 4J

tre caufe qui eft le chagrin dc l'efprit & le

cravall contimteL Que fi quelqu'un fupputoic

mes maux par la longueur des années

» je paroîcrois plus vieux que Neftor.

•Vous voyez comme, les bœufs qui font

les plus forts des animaux fe fatiguent au

labourage, & comme les champs qu'on ne

laifle point repofer, maïs qui font toujours

femez, fc lafïent enfin de porter des grains. -

Oncreveàla fin un cheval , fi on le (ait

courir aux jeux du Cirque , fans-lui donner

de relafche. Quelque, bon que foit on

navire , il ne manquera pas de Faire eau %

siln'eft jamais mis à fec. Je fuis de même "

affoibli par les maux infinis que je fouffre,

&• j'en ay vieilli avant le temps. Le repos

maintient en vigueur le corps & l'efprit, '

au lieu que le travail exceffii ruine l'un &

l'autre.

Confiderez combien Jafon s'eft rendu

rcélèbre à la pofterité pour eftre venu en ce

ys : Cependant fay plus fouffert que lui»

un homme obfcur comme moi mérite

d'entrer en comparaiion avec ce'Héros. Il

. vint icy dans le Pont par les ordres de a Pe-.

lias qui eftoit à peiné redouté fur les frontières

de la Theflalie , & moy je fuis relégué

par la colère de Cefar , qui fait tremoler

tout. le monde depuis l'Orient jufqu'à

l'Occident. La Thefïalie eft plus proche

de la Province de' Pont , que Rome ne


46 ^ P. OYIDII DE PONTO , Lu. I.

Et brevius, quâm ms, Me peregit itcr. ]

llk babuit cmites primas tàluris Acbiwd i

jft nefiram mnài dêftimSre fugdm.

msfrdpli vdjlum Ugnofulcavïmus'tqkor :

Qu* tulit JEfowdtn, fimd tarin* fuit.

Nec*Tipbis nùbi teSor état: nec Agemre natus

Qnds fequerer docuit qum fugenmque via.

Ëlummtdtd efi cum Pal!die regia Juno -.,'

i \Defendire meum mmm mdU captif.

lUêtm furtiv* juvêre Cupidinis artts\

- §UM i me vellem non didicijfet Amor.

llk d$mum tediit:w nos his moriemur m arm,

Perfliterit kfi fi gravis ira Dei.

Burins efi igkur mpum,- fidijfima conjux f *

!//# , qmdfiéit Mfine nams, onus.

te quoque, qudm juvenem difcedens Urbe reliqu'h '

• €redibUe efi mfifis infenuiffi malis.

O egâ Bî fdcïant, tdlem te cernere pojfm»

Cbaraqm mmatis efiùU ferre genis y

ÉmpkBiqm mets corpus wrn pingne lacems\

Et gracile bufedt dkere, mtâmei: '

• a TtpbU* Fameux Pilote-dei Asgoaaates.


Lis EIEOIIS D'OVIII , Liv. I. 47*:

l s eft du Danube , ainfi le voyage de Jafon

n'a pas'-cftéii long que le mien. Ce Prince. •

eut eu pour compagnons les premiers d'entre

les Grecs , & perfonne n'a voulu . mt

fuiVre dans mon exil ' J*ay traverfé une

grande mer fur pn méchant vaiiîeau , & il

eftoit dans un .bon navire. Je n'ay pas eu

comme lui a Tiphis pour Pilote , & Phinée

ne 'm'a point montré la route vque je defois

prendre , ni celle qu'il falloit éviter.

Pillas & Junon l'ont protège, ôc je n'ay

fenti le fecours d'aucune puiflance Divine,

llfe trouva bien d'avoir l Npràttiqué des artifices

fecrets de l'amour ; & moy je von-'

ârois que les amans n'en n'euflènt jamais

de moy. Enfin il s'en retourna dans fo»

pays s & je.finiray mes jours dans" celui-cy

fi le Dieu que j'ay offeiifé'perfifte dans fa

colère. Je mis donc, ma chère femme,

dans un eftat plus déplorable que n'eftoit

Jafon.

Mais vous que je lailîay jeune en partant

de Rome,, vous'.me donnez lieu de croire

que vous cftes bien changée à caufe de mes

malheurs. Veuillent permettre les Dieux que

je puifle vous revoir telle que vous eftes, &

baifer avec tepdrefle vos cheveux qui ont

changé de couleur. Puiflày-je vous embraffer,

quoique vous n'ayez plus dembonpoint,

& vous dire que vous l'avez perdu par le

chagrin que vous a donné* mon abfcence.


4B P. Ovron DE'POKTO,LIB. t#

£r narrare meosflenti flens ipft labores j

Sperdî® mnquam Cêlhqumque fruï :

Jbmdque C&fmbus tim emJMge Cafare dignd9

Bis verts , mtmm débita ferre manu !

. Mmnmis bdm utinsm km s'Principe mater

Quamprimum refeo provcei me diem !

Puiiïay-


Lis ELéGIES D'OVIDE , LIT. 1. 49

PuiHày-je vous raconter mes miferes , les

Utmes aux yeux , & vous voir pleurer de

joyc de 'mon retour. Veuillent encore les

Dieux que je jouifle de voftre entretien , que

jen'ofe pourtant plus efperer3 &que par

reconnoîflance auffi bien que par devoir

j'offre de l J encens aux Cefars , & à l'Augufte

Lîvïe digne Epoafe de - l J Empereur. •

Faflè le Ciel que l'Aurore amené bien-tôt

ce jour heureux , quand la colère du Prince

fêta palîée.'

Tm§ IX.


* « * * * ? « * » * * » • & » < * » * * * * * * * « K * s * w » « s »

P. O.-V I D I I

NASONIS.

DEPONTO.

EPISTOLA V.

- M A X I M p.

ILE tuot quondam non ulfmm

inter amicos 9

Ut fm v'erid kgm ,• Maxime,

Ndfê mgaî.

In qu'eus ingenium dejifle requirert nofirum,

Ne/dus exfiïn m videare met.

Cernis, ut igndvum corrumpdnt otia mtpm r*

Ut cdpidïït v'mum , m m®vedntHT > aqm* _..'

Et met 9fi quis crat, duundi cdrmbis qjfy


* 1 %

MlfM'B» t#»€£» «§ M»


Jl P. OVIDII DE PoNTO, LlB.I.

Déficit; efi qui minorfaëm inerte fm.

^c quêquê, qm legitk, (fi quid mibi, Maxime*

créais i

Scribimus invité vixque coaâa manu.

Non libet m taies animum contendere car m ;

Nec venit ad duros Mufa vuata Gît M.

Ut tamen ipfe vides, Infor dedmere verfum.

Sednm fit fat ù fusilier ille'tneo.

Cum relego» fcripfife pudet : quia plurima cemo9

Me qmque , quifeci , judke digna Uni.

Mec tamen efnendû: lab§r hic quamfcribere major.

Menfqmpati durum fitfiinet £gra nibiL

• SciUcet imipiam lima tmrdac'ms uti,

Et fd judicium fingula verba yocem ?

Torquet enim Wertma pamm.mfi Nilis mEebrnw.

Confluât ? & frondes Alpibm dddét Athos ?

fauendum efl animé miferabile mkm baknti.

Subdmant oneri êêlla' perufta bovês.

At% putOifrudus adeft juftijfimd cauffa lahmm :

Et fatêê mm mukofwmc uddk ager*


lis ELïGîISD'OVIDI > Liv. £ )j

des vers , je ne l'ay plus maintenant, & Je

la fens diminuée par une longue parefle.

Ceux même que vous lifez , mon cher Maxime

, ont efté faits avec peine 5 & malgré,

moy. Mon efprit ne fe porte plus •à cette •

forte d'Etude , & ma Mule n'aime pas à venir

parmi les Getes.

je ^ m'efforce néanmoins comme vous

•oyez y à faire des vers, mais il ne font pas

moins durs que mon deftin. J'en rougis de

honte 3 quand je les relis y parceque j J y vois

plulîeurs chofes que je condamnerais moïme

à eftre entièrement fupprimées.' Je ne

les corrige pourtant pas , car j J y trouverais

bien plus de peine qu'à les faire* tant mon

efprit accable d'ennuis a de répugnance au

travail. Prendrai-je la- lime la plus forte-,

& faut-il que j'examine feverement chaque.

mot} Il eft vrav que la fortune me tourmente

peu maintenant, & qu'il faut pour groC

fir l'Hcbre y faire tomber les eaux du Lycos

5 & joindre les bois du Mont Athos aux

vaftes forets des Alpes?

On doit excufer un homme conme mqy

qui eft pénétré de douleur. Les boeufs accablez

de travail, ne fubiffent pas le joug volontairement

; Mais l'utilité qui nous engage

juftement à travailler ne nous manquera

fans doute pas y & nôtre champ produira

un ample récolte. Parcourez tous

mes Ouvrages, vous ne trouverez pas que

* C iij


14 P* OVIDII M Pcmre * Lu. 1.

jempus ad hm mbu ( répétas lutt emnid ) mïïum

frefuk ( dtque ntmmn nm mmiffit ! ) vpus

Cm i^itur firtham mit mis ? mmr & ipfe :

Et memm qmw fdpe9 qmd Mêferam.

iwpêpulus vere fanos negdt efc put M \

Stmque fides bujMs maxime wis eg§ î

Qui, ftêtili têties mm Jim deceptus ah am *

Ddnmosâ perjh cndere ftmen b*mo.

Scilicet efi cupidm'ftudkrum quïfque fuotum £

Jempus & éffketâ pmen m ârtejuvât;

Xâutius cjuYât pupium glâiiâtw 9 & idem

Immemêf antique mineris dmâ upit.

Vilfibi mm peldgi dicitfare naufragées undis »

. JET dmit tewms, qm mod§ nsfit aquâ.

'Stego tmftantet Jiudimn mn utile carpo j

Mtupet* » mlkm qum cêluiffe, mm.

QMidpmmfdciam ? nm fum qui fegnid dmdm

Ot'rn. mm né'u umpus habitat mrs.

Net jurât in Imem nimk mat ce fier e fins :

Nec tenet imertas alm Mandé rmrms.

Cm Minmsfimm, qum cmpmpêfiukt 9 bmm%


Zns Etants-D'OVIDIJ Lrv%F. jf

jufqu'à prefent j'en aye tiré le moindre profit

, & pîeuft aux Dieux qu'ils ne m'euflèiit

pas efté fi 'nuifibles.

Peut-eftre vous étonnez-vous de ce que •

j'écris encore ? J'en fuis étonné auffi-blen

que vous > & je cherche fouvent en moi-même

quel eft l'avantage que j'en pots tirer.

Le monde a donc bien raifon de dire que

ks Poètes font fous. Pourmoy je rends ce

Proverbe véritable j car après avoir efté fi

fouvent fruftré d'une terre ingratte & fterile»

je ne laififc pas d*y femer toujours, il eft

vray que tous les hommes aiment l'exercice

de leur profeflion , & y employent leur

temps. Un Gladiateur qui fe voit biefle ,

fait ferment de ne plus combattre $ mais enfuite

il r'entue an combat, fans fe fou venir

de fes blcffures. Un homme échappé

d'un naufrage , protefte qu'il ne veut plus

fe remettre en mer , & il reprend le même

aviron fur lequel il s'eft fauve à la nage.

Ainfi je m'attache opiniâtrement à une étude

inutile > & je renoue commerce avec Ici

Mufes que je voudrois n'avoir Jamais cultivées.

A quoy me dois-je pluftot occuper ? Ten'aime

point a mener une vie oifive;fe temps

qui eft mal employé eft une efpece de mort.

Je ne trouve aucun plaifir a pafler les JOUI*$

l boire , & je detèfte les jeux de hazard.

Quand j'ay donne au fommeil les heures

C iii)


56 POV1D »MPOMTO,LIB I

^"f^^Uns tempera lon&ayn]d0,

UWUM9hl " Us ^»contenderedift4m

Sarmatk ° S * rctls ^trabar-meloci*

««r^M^probtentajr^^

Minfyuemagis ^acili corp0re noftra valet '

^ ^ s e j î ^ ^ ^ ^ ^ ^

yr>*v>sac*at:v.sut récitât* Me„tttr

^"'-MriisinrièUtecboris.

* tnmtsinUnti >*nonappr0bettlUGetes,

H'»» nuUum majus babere nuo.

Bo < ( «*' vivendum ) r*tis elî g c .

Imr émanas efeptetaGet4St


w-

Lis ELéGIES D J OYîDI , Liv. ï. jy

dont le corps a befoin , à quoy emploirayje

eftant éveillé un fi long temps qui me

refte? Faut-il qu'oubliant ce que j J ay appris

autrefois dans ma Patrie , j'apprenne à tirer

de l'arc à la- mode des Sarmates > & que je

fuive l*ufage du lieu où je fuis ? C'cft enco»

ic un exercice que mes forces ne me permettent

pas de faire , & mon corps déjà extenue

a 'beaucoup moins de vigueur que

mon efprit*

Quand vous aurez bien examiné à quoy

je dois ^n'occuper , vous trouverez qu'il n'ia

rien de plus utile pour moy que la Poëfîe»

quelqu'inutile! qu'elle me foit : car j'en rire

cet avantage d'alïbupir le fouvenir de mes

roiferes. C'cft bien allez que ma terre me

rende cette moHlbn»

Que ta gloire vous excite à réciter vos.

Poëfïes, pour-en recevoir des louanges y fréquentez

aflîdument les R4ufes„ C'cft bien

allez que fur les tnaticies faciles , je rejette^

celles qui demandent un génie laborieux Se

appliqué» fourquoî me tourmenterois-je à

polir mes vers avec tant de foin ? craindrais-je

'de n'en pas faite d'àiîez beaux an

gouft des Getes ? Peutrêtre patlay-je trop,

lardiment, lorfque je me vante qu'il n'y ai

point de plus, bel dp rit que le mien fixrhsrives

du Danube.. 11 me (uffit de palier pour

lotte garmi ks Getesy puifqpfc jp fuis obE~


58 P. OVIDII m PONTO , Lu. î»

QMù mibi diverfumfdmd cmiendere m §rkm ?

• Queml&nma dédit, Mmtd fa ille kms.

M§€ mes €§n$intd eft nfdix MM/M tbtdm»

Skmerw\lm*gni fit filuere Bel

me reêt bmt iftnc mfiris net effe likllis,

QMQ Emem pennâ deffidente yenit.

Mvidmm csh j qmqm eft puni wrbe Qmim,

jtfpiàt Urfutm amims Urfs Getas.

ter tântum mm, nt âqms vk creiere pojfim

MdkimftnëimnfiMfieml

Mngelegï', qnêiqm eft mirdile, fingefkmei

jeiëêrtm une tes pmt iftd mbèl

Qu§ tiMifi À cdi4âp§fum Imdere Syene^

Mt ubi Téprddnen ïndkd àngk iquâ ?

Mt'ms ire likt î fi te diftdnfu bnge

fk'iddm Isudmtfigm * fài méefmm ?

m a C*Jt'4ft fyf*#.c°dt une fille d*£gypse fin les £:OQ«î

Itcici de l'Ethiopie.

c


Lsf ELéGIES D*OVTM, Lnr. I. f9

? ;é-de vivre avec ces inhumains. Que mç

erviroit ce grand travail pour acquérir de

h gloire eu d'autres climats ?• Le pays que

h fortune m'a donné me doit tenir lieu de

Rome. Ma jpauvre Mufe eft contente-de

paraître maintenant fur ce théâtre : je l'ay

mérité & les grands Dieux l'ont voulu

ainfi.

Je ne m'attens pas que mes vers aillent

Je Scy thie à Rome , où le vent de Septentrion

ne peut aller qu'avec peine , quelque

fortes que foient fes aîles. Nous tommes

fous des étoiiies bien différentes des vôtres,

& l'Ourfe qui eft proche des Getes eft fort

éloignée de la ville ' de Romulus. Ainfi

comme il y a tant de pais & des mers à

traverfer 3 j'ai bien-de la peine à croire que

la connoïflance de mes occupations puifle

parvenir Jufqu'à vous. Suppofé pourtant

que ibes Ouvrages puiflent eftre lus des

Romains , & que par .une merveille ils fe

trouvent à leur gouft , il eft certain que.-

1*Auteur n'en tire aucun avantage. Dequoy

vous ferviroient les louanges qu'on

vous donnerait dans le chaud climat de

a

Syene , ou dans l'ifle de Taprobane qui

eft environnée de la mer des Indes ? Je veux

encore monter plus haut, fi vous eftiez eftimé

dans la région des Pléiades , que vous

en reviendroit-il} Mais mon génie medio-

C v)


ÎO P. OviÛII DE PoNTO y L». 1.

tSed neque pernnm firiptis medmribus iftm ;

Famaque mm d$mim fugit ab-Urk fm.

Vêfque, quibm périt, mm tnm mea fdmd feput~

mm qmqne ie mfitk mnetdme rem.


Lis ELéGIES I/OVIBI , Liv. I. 6t,

cie ne me rend pas digne d'aller ]tifqu J à '

TOUS-, & mai réputation fut bannie de la

fille j, dans le même temps que |*en fus

knni. Et TOUS dans l'efpnt defquels jje

mourus , lorfque ma réputation fut enkvelie

vous ne. direz rien non plus de ma

mort.


tx

P. OVIDII

NASONIS

DE PONTO.

EPISTOLA VI.

GRICINO.

€QUID Mî âuikfti ( mm te dï~

ver/h tenebot

Tkrrd ) meQs cdfm, cor fài mie

fuit ?

Bifimules , memdfque liât, Grdiine, fdteri s

Ai kȣ te mvi, triftefuiffk Uquet.

Mmcddit m mores fait m mmatitis ift§$»f

Mif minus a ftmlm digidet iU mis.


LE S

ELEGIES

D'OVID E.

ELEGIE VI.

A GRECINUS.

Il M dmapée la cmtmuatmn de fin mifé»

.E fotes TOUS pas bien affligé»

, lorfque vous apprîtes ma difgrace

} Car vous n'eftiez point à

(Rome àtns le temps que Jeu

partis* Quand même vous te diflîmuleriez,

. & que vous craindriez , de l*avotier., Je fuis

affiiré mon cher Grecin r que vous en euftes

un grand deptailîr , fi je ne me trompe pas

dans la connoilîance que fay de vôtre amc.

Un homme fait-comme vous ne ta nbe jamais

dans cette dureté que tout le monde


(4 P.-OviDII DE PoNTO* LlB. I.

Aft'ém ingênuk , quâtum ribi maxime cura cft,

Peitwd vmiefcmt 3 afpmtafque fagit.

Mec qnt^Uâm neeliorefide tmmpkêitm iïïm »

Qttd finit çfficium, milWuqm Idbor*

drte egê * câmprimum potui fenrire quiiéffem,

( Mamfuit dttonita mens mhïnulU dm )

M§c qmqm Wmtnmfinfi s fiod màcm dbe£es r

Qui mibi prdfidium gtdnde fatums îïM»

TëŒm tune dbetdt £g?d fddtk mentis 9.

Mdgnfqut pdrs mimd confiluque mek •

'jftmmc, qmdfupirefiyfeï $pem9precor-,.emiiw*

unnm :

Mêqumqm jm^peëws wfltd tmm.

Qttd ( nm mendâii fiqmdqmm eues dmm)'

'SMiPd'mâgis dki9 qMdmfctlermtd ydecer..

Bec levé x nec tuntm-, pecMth qumfit *»£*»

Smtert.. ttdSdri ruiner* noffrd riment*.

QssulkMMqm' medè. wàU put txfdlt*.,. Tûgdre-


Lis EIIGI* D'OVIDE , Liv. 1. û§>

dételle i Se à regarder vos inclinations,

vous en pâroiiîez Fort éloigné.

Les belles lettres que vous cultivez avec

grand foin, attendrirent le cœur des hommes

, & en chaflent la rudefle : petfonne

ne les embrafle plus paffîonnement que

vous, autant que vous le permettent les

emplois pénibles de la guerre. Je vousprotefte

qu'auffîtôt que je connus l'eftat malieereuxoàfeftois

duit, &que je fus revenu

du profond étonnement qui me rendit

interdit quelque temps, jç m'apperçûs

d'une autre infortune , c J eft que voftre abfence

me privoit d'un ami fidelle & d'un

grand fceours. Je me vis alors prive de vous

qui pouviez me confoler dans ma trifteile,

par la confiance que j J ay en vôtre amitié &

en vos confeils.

Maintenant j J ay à vous prier de m*accorder

une grâce dans le lieu éloigné où

vous eftes , c'eft de vouloir foulagerpar

vos lettres les chagrins qui me dévorent. Et

fi vous avez quelque créance en rcoy qui

fuis voftre ami , vous devez eftre perfuadé

que ma difgrace eft pluftôt l'effet d J une imprudence

que d'aucune méchanceté. Il n*eft

Eas aifé ni feur de vous écrire la caufe de

i faute _que fai faîte. Mes playes font'fi

fi fenfibles que j'aprehende d'y toucher. Ne

vous informez pas je vous prie comment j'ay

cfté bkfTé , & ne mettez pas la main à mon


€6 f. OYUIX M P©KT© 3 L». I.

guicquié id eft,ut nonfacinm, fie culpd voêdndum.

Omnk MU' in mdgms mips Deos, feeks eft ?

Spes igitur menti pœnd, Grmne, lejandd

y Non eft ex Mo nuid reliëa mes.

• MAC Bed, cm figèrent fcelerdtds numim tends,

In Du misa fold remanfit humo.

MM f Mit y ut vivdt vinSm-quoque comptée foffhf\

Liberdqm a ferro crura futurd putet.

Mdcfdàt , ut, videat cum terras undique miïah

Ndufrdgus in mediisbrdchid jaUet aqn'u.

£dpe dliquem fellers medkmum cutd rtliquit\

Bec fpes haie yenâ déficiente edétt.

' Carcere ékuntur cUufifperare ftlitttm :

jftque dliqms pêndens in cruce yotdfdciu .

Bétc Ded qudm nïultos laquée fud colla ligantes.

Non eft propofitâ pdfa périr e me ce!

lit quoque tdnentem gldéio fimre dolorem

dreuit % injeëâ cominuitqm WdBM.

'Qméque fdck ? Idcrjmk opm eft 9 non fingHtne9

dtxu :

a HéuDiM. Parmi les Vertus cjui s'en retournèrent an

Ciel, il n'y eut que k feule cfpcrancc qui demeura fur

la serre.


•P*,

Lis ËLR»13 D'OVIBï 3 Lm ï. 6j •

mal, i? vous defirez que j'en gueriffe. Quoiqu'il

en foit de ma faute, je puis dire qu'elle

eft impudente ^on pas criminelle. Maïs

enfin de quelque manière qu'on offenfè les

grands Dieux c'eft toujours un crime.

Cependant mon,cher Grecia , il me relie

encore quelque efperance de voir finir tues

toumens. • Cette DeelTe demeura feule fur

la terre quand tons les Dieux en furent partis,

ne pouvant fouffrir les crimes des hommes.

L'efperance fait que les efclaves qui

travaillent à la terre les fers aux pieds, aiment

encore la vie, & «s'attendent d'eftreun

jour reftablis en liberté. Elle fait encore que

dans un naufrage, Ion même qu'on ne voit

plus la terre , • on nage au milieu des eaux.

On a fouvent veu des malades qui après

cftrc abandonnez des plus fçavans Médecins

ne perdoient pas l'efperance de guérir,

quoiqu'ils fulîent prefoue à l'agonie. Ceux

qui font dans les cachots, elperent d'en

eftte tirez , & Ton a veu des gens au gibet

qui ne defefperoient pas d'eftre-fauvez.

Combien d'hommes, qui s'alloient pendre

de delTem prémédité ont efté fauvez par

cette Deeflè ? Moi-même qui me vouloîs.

paffer l'épée au travers du corps pour terminer

mes tniferes, je fus empêché par l'Efperance

; & d'une main elle détourna le coup

mortel. Quefaites-vous me dit-elle ? Il n'eft

pas befoin de verfer du fang , mais deslar-


éî P. OviDII DE PoNTO 5 tl». I.

Sépe pet h as fie3i Principes ira filet.

^ . Quamvk efi igitur meritis induitd mfirm,

Magna tamen fpes eft in bmitatt Deit

Jgiff ne difficiles mihifit, Grétant, precare :

Ctnfer & in votum tu qmque verbd meuwi»

Mqm Tomitani jdceam tumuldtm mmi ,

Si te twn n&bis iftd Vêvere liqmt.

Nam prias incipiam tunes vit are columb*, ' '

Ânttd fers, pecttdes gramina, mergm aqum.

Qnam malt fe prtflet rtteri Grtcinus am'm.

mn itafunt fatk §mnia % wrfa mis.


Lis ELéGIES D'OVIDE , Liv. I. • €f

mes , c'eft par les larmes que le Prince fe

laiflè (burent fléchir dans fa plus grande

colère. Quoique je n'aye rien en moy qui.

me doive rendre digne de ce bon-heur , j J et

père pourtant beaucoup en la bonté de ce

Dieu. Priez-le donc ardemment, mon cher

Grecin , de m'eftre un peu favorable , & fécondez

en cela mes vœux. Si vous n J y confentez

pas , puiiïai-je finir-mes jours dans le

territoire de Tomes. Mais pluftôt on verra,

les colombes abhorrer les toits 1 des maifons,

pluftôt les bêtes fauvages n'iront point dans

les cavernes* ni les plongeons dans les eaux,que-

Grecin en ufe mal 'avec fon ancien ami.

Je ne me crois pas fi mal-heureux d'avoirainfi

toutes choies contre moy.



«&**»«M: ««•«&•*«»*»S*Ϋ»î*i 6*4 8*9

P. OV-I DU

NASONIS

DE PONTO.

-*- • i . - m

EPISTOLA VIL

MESSALINO.

ITTER A pro vcrbis tibi, Me fi

fdlline, fdlmem,

gftt»; %J , 4 yivîx 4/ttrftr «/C

fit Geris.

Indkdt duëêtem locus ? m, nifimmue kHê,

H


LES

ELEGIES

D'OVIDE.

•—— • • * !• • t

ELEGIE VIL

A ME~SSALIN.

Qu'il fiuhditte pdjfiênncment U mmmuâftm .

de fin amitié.

A lettre que vous lifez , mon

| cher Melïàlin , vous porte du païs

1 des Getes un falut que je vous

ifaifbis accompagné de paroles.

Le lieu d J où je vous l'écris , ne vous faitil

pas connoître qui' en eft l'Auteur ? Ou

ne fçaurez - vous qu J Qvide vous écrit ,

qu'après avoir lu fon nom ! Quel de vos

amis , excepté moy , qui vous prie de me

mettre au rang des perfonncs qui font à


Jl P. OVIDXI DE-POHTO , LlB. I.

I)* precul â omëiis, qui te veneronmr omdntque9

Hujus mtkiam gtntis obefe velint.

Nmfdtis efi inttr glotiem Scjthkdfque fogittos

•Vivete: fi fit s efi mertis hoknddgenml

Vosptemot ont belle tellus, ont frigêre columi .

Jfuxque' Getes ormis, grondine pulfet bjems t

N&s hakat régie me pêmo fœto nec uns j

Et ctijus nnllum cejfet 4b tofle lotos.

CAtêtd fit fi/pes cultorum turbo tmrmn;

M quitus , m fêpub, pots eg§ porvofui.

Me miferum, fi tu verbis offenderis ifiis :

Nêfque negas ulla parte fmjfe tms !

Idqmfit m verum, mentito ignefiere deks.

Ml dmit Idudi gbria mftro tuo,

[ Quiife * eoforièm m tus mn fingiiomkum ?

DM veniomfaffhi tu mihi Céforais."}

Mu tomen irrumpo * qm mn Iket ire : fotijque

efi,

Âtriofi ndis mn potuifie negas.

Utque tibifuerit memmnibil omplm\ nm

Nempe/dtMtoris9 qmmprim, me minus*

zCdfmbm. On (crante volontiers de la&ycurdes

.grands.

« vou»


LES EOOIIS D'OVIDE »• Lrr. I. 71

Vous j cft maintenant confiné au bout du

monde ? veuillent les Dieux que tous ceux

qui vous honnorent & vous aiment, ne

amnoliîènt jamais la Nation où je fuis.

C'eft bien allez que je vive parmi les glaçons

des Scythes & parmi leurs flèches » fi

une efpece de mort doit être appeliée vie.

Que la terre continue de m'accabler parla

guerre , & le Ciel par la rigueur du froid 1

que les Gctes inhumains me combattent pat

les armes , Se. l'hy ver avec la grefle 1 que je

fois banni dans un pays qui ne produit .ni.

fruits ni raifîns , &'qui eft " expofé de touscoftez

aux courfès' des ennemis , je fôuffriray

patiemment ces chofes, pourveu que les-

Dieux maintiennent en proiperité le grand

nombre de vos Ciiens dont j'eftois une petite

partie.

Que je ferois mal-heureux fi vous fen-tant

offenfé de ce que je vkns. de dire,

vous rie vouliez pas pie mettre au rang de

fus ferviteurs. Quand même je ne dirois*

pas vray » vous devez exeufer mon menîonge

, puifque la gloire que je tire d'être

um de vos fenriteurs , ne fait aucun

tort à voire réputation. Tous ceux qui

font connus des a Cefars , ne recherchent

- ils pas leur bienveillance ?"Excuùx

ce que j*ay dit, vous me tiendrez lieu

4c Cefar. Je n'entrois pas brufqueinent chez

fous, où il eftoït iefendu d'aller : c'eftolt

Tfm$ IX. • D


^4 P- OVIDIX DE PONTO , " LïB« I.-

M£ tuus eftgmim nos inficidtus dtnicos %

Bortatw fiuiii Cduffaque fâxqm met.

€ui nos & lacrjmm, fuffmum mfunere mums9

Et dedimus mediofmptd mnendd fêfê.

Adde quodeft frater tant® tibijunilus amore,

• Quantus in Atridis Tjndarifque fuit.

1$ menée comitem nec dedignatus âm'icum efl:

Si tamen bxc Mi non nociturÀ putas.

Si minus s bu quoque me mendatemparte fdtebor%

• Claufd.mibi potius ma fit iftadomus. . • - .\ r

Sed m que clmdenda efi » & nulla fotentid vires

' Fraffandi, ne quidpeccet amkus, babet.

Et tamen ut euperem, culfam quoque p$ft"kegdfii

Sic faùnus, nemot ne fût abejfe^ mïhu. f ., i4; [

QUod nifi 'âelilli pars excàfdïUs effet \ '^

fdrva relegari pœm futurs fuit.. . -:;:

Ipfêfed bec vidit, qui perridet owtmd, Çj/fr; .

Stultitiam dki crbnindpofe îned. '' • ^ '*"


Lis ELïGIES D'OVIDE , Liv. L yf

aflèz pour moy d'eftte admis dans voftre fale.

Et comme vous n'avez eu avec moy d'autrc

commerce que celui de vous faire la cour*

vous trouverez que je fuis le feul client qui

vous manque. , Voftre père néanmoins.ne

m'a pas defavoué pour ami ; c'eft lui qui me

' porta à l'étude , & qui m'y fervit de guide

& de lambeau. Auffi pour lui rendre les "

derniers devoirs je verfay des larmes à fa

mort * & je fis fon oraifon funèbre que je

prononçay en public.

Ajoutez que voftre frère que vous aimez

auffi-tendrement 5 que s'aimoient les Tydarides

& les Atrides , ne m'a pas dédaigné

pur compagnon , fi vous croyez -que ce

• que je dis ne puiffe point nuire à fa fortune.

Mais fi cela lui fait tort, je diray auffi qu'à

cet égard je ne fuis pas véritable, je confens

même pluftot qu'on me ferme entièrement

la porte de vôtre mai fon. On ne doit

pas néanmoins me la fermer ; car quelque

puiflant que foit un homme , il ne fçauroic

empêcher avec toute fa puillance qu'un ami

ne rafle quelque faute. Et comme je fouhaitterois

que ma faute fe pût nier , ainfi tout

le monde fçait qu'elle n'eft pas criminelle.

Que fi ma faute n'eftoït excufable , je ne

ferais pas allez puni par un fîmple banniiïement.

Mais Cefar qui pénètre tout, a bien

?eu que cette faute a'eftoit qu'une-pure ira-

# D ij


j6 P. OYIBII DE PONTO-, LIB. I.

Quâqnê ego permifi, qmqm eft tes fdffk, ptperciiz

Ufm & eft modice fulmina igné fui.

' js$c fît dm, nec opes, me ddemk poffe reverti :

. Si fud fer vefttas viëâ fis m prms.

M grdfker aùdi. qnidmm mkdbile % fi quis

A J$ve feratjfits non levé ruinas baies $

If Je fud$ ut jdttt vires inhibent Acbilles,

Mifd fftdves iëus Pelids hdftd- mlit.

• Jtêdkiim wbïs igisur mm r indicés ddfit$

Non eft curtud me jdnud mjfe mga.

Cultd quidem (foteor ) dira, qmm debmt , itlâz

Sedfuit infatis bâc qmqm, credo, nuis.

Nec tdmen officium fenfit magis dit etd mftrum

Mk illk veftro fub larefemper etdm.-

jusque tud eft pians \ ut tenontxcoldt ipfmn,

Jus dliquod ttcum frdtris ameus baies..

Huid*quodJUt emerkis referenda eft grdtia femp


LESEIIGIIS D'OVIDE % Lnr. 1. 77^

prudence. Auffi m*a tll elle indulgent, amant

que je lui en ai donné fiijet , & que la

chofe l'a permis de là vient qu'il n J a lancé

fur moy que des petites étincelles de foudre.

Car il ne m*a point ofté la vie , ni mon

bien, ni l'efperance d'eftre rappelle, fi vos

prières peuvent vaincre l'indignation qu'il z

contre moy.

Il eft vrai que ma difgrace'eftgrande;

Mais doit-on trouver étrange qu'on nommé

fappé des foudres de Jupiter n'en foit pas

bleue fenfiblement ? Achille ne voulant

point lancer quelquefois fes dards de toute

ta force, ne laiffoit pas de donner de grands

coups. Puis donc que le ' Prince qui

stfa puni ne m*a point jugé dans la dernière

rigueur, je ne vois aucun, fujçt qu'on doive

me dire à vôtre porte que l'on ne me

eonnoît pas,

• J'avoue fincerement que je n'ay pas aflez

cultivé voftre bienyeillance y maïs c'eft encore

un effet de ma mal-heureufe étoille. Je

n J ay pourtant pas fait voir que je me fois attache

à d'autres maifons plus qu'à la vôtre;

je la regardois toujours comme un lieu de

proteékion pour moy. Et puis vous aimez

vos proches d'une manière 11 tendre, qu'un

ami de voftre frère a une efpece de droit fur

voftre amitié, quand même il ne la cultiverait

pas.

Au refte comme il faut toujours remers

D iij


yS P. On»II SB P'OKTO , L». , 1»

Sic eft fortuné promeruife tu* ?

Quod fi pemittis nobisfuddere, quii oftes :

Ui des, quam teddds, flura, frecare Be§s.

Jdquefdds, quantumquê liât meminifê, /M****

[ offitii Cdujfa pluribus # datk ]

guolikt in numéro me, Mefalline, rr/ane :

Sin modo pars veftm non .aliéna domûs.

Mt mala Nafinem ( qmnum meruife widetur )

Si nm ferre doits, at meruife dote.


Lis ELéGIES D'OVIDE , Liv. I. 73

cier ceux qui fe font acquittez de leur devoir

,. auffi eft-ce à vous de les affifter. Que

fi vous me permettez de vous dire ce que

vous devez demander aux Dieux, c J eft d'être

en eftat de faire du bien , pluftot que d'en

recevoir. Vous ne manquez gas d'en ufcr

ainfi, autant que je puis m'en foùvenir*

car vous < aviez accoutumé d'obliger plusieurs

perfonnes : Mettez-moy comme il vous

plaira parmi le nombre des gens qui font

attachez à voftre maifon.. Et fi vous n'eftes

pint affligé des maux que je fouffre, parée

qu J ii paroît.en quelque façon que je les ay

méritez , fqyez au moins affligé que je m'en

fois rendu digne*

D iiij


to

««» «*» «*» «* «» ««» * **H#» «•* «M-e*» «•»

^ ^ « ^ ^ $ *¥*>*•*¥

P. O V I D I I

NASONIS.

DE PONTO.

' E P I S TO L A VIII.

SEVERO.

Tiii ëleëe migkm JSdfim fdlë



J&» jGr *% 4^1 rf 5 » «$»t w 4*» «& 4^ & J>»

LES

ELEOIES.

D' O V I D E.

- ELEGIE VIII.

A . S E V E RE.

QdU dm ld fie tkémpejtre.

E T i m 1 mon Intime ami,

recevez de voftre cher Ovide,'

le falot qu'il vous envoyé

dam cette lettre. Ne vous

informez pas de l*eftat -ou Je

fuis | fi Je vous en écrivoïs tout le détail *

vous en verferiez des larmes ; c'eft allez que

tous fcacMez mes mifeies en abrégé.

Les rudes attaques que nous Foûtenons

contre les flèches des Getes , nous font con*

- linueQesnent tenir fous les armes , fans pnon

P •


82.* P. OviDII M PONTO > Lift. 1.

Deque m expulfis fum miles 'm ex fuie film i

Tuta {nef invideê ) Cdtera turba jdcet.

Quvqm mégis nofiros femâ dignere libellés,

MM in frocinHu carmms faSta leges.

$tat vetm utbs > ripd mina bimminis iftri,

Mœmbns & ptfitu vix êdemdd Im*

* 'Cdfpim Mgjpfis ( de feji ctedimus ipfis }

. Cmdidk i &ptêpt'w nmrnm dixit êpus.

Mdmferm Odrjfiistmp$m Mme peremtis

'Cefit, & in Regem fuftulit arma Getes.

llle memor mdgni gêneris, vwtute qmd auget >

f minus mnmnm milite cinSus adeft.

Mec prias éAfiejfit, mérita quam ûde mcentum

se nimis ulcifiem extitit ipfi nuensm

M tibi > Rex £W, detur , fortiffim noftrt,

Semper hmratâ fçeptrd tenere manu.

Teque , qmd & pmftéî, ( quii enm tibiptenm

0pem ? )

Manié mm tmgm Câfitn Rma-prvbet*

Sid memm mde dHi,q$tem',. S jucutidefiddtts »

Accédant mftris faf4. qMêi mnm nM$..

nCafpius Mgipfm Dons» fon nom à la ville qu'il

fb'nd4,conunc ont fait Aicxaame & Adrien, fie pluficms

'«Macs.

t


Lss EëëGIRS B'OVUI s LIT. I; f}

voir jamais vivre en pâïx : & de tant de Romains

bannis s je fuis le feul obligé de faire

le meftier de foldat. Tous les autres font

m feorcté dans un tranquille repos, dont je

ne leur porte point d'envie. Bailleurs pour

vous'perfuader qu'il faut eftre indulgent à

mes vers , c'eft que je viens de les compofct

dans une expédition militaire. Sur les

rives du Danube qui eft auffî connu fous

un autre nom. Il y a*une ville anciennesquî

pat fes ramparts & par fa, iituation eft d'un

accès difficile. La tradition du pays porte

qu'elle doit fon nom & fa fondation à a Cafpius

Egipfus. Les Gères féroces l'ayant prife

inopinément d'ailaut 5 taillèrent en pièces

tous les' Odrifiens , ' & enfuïte ils firent là

guerreauRoy de cette Nation/ Ce'Prince

dont le courage furpaflè l'éclat de fou origine

* alla d'abord aflîeger cette ville avec

de puilïintcs troupes, & ne quitta le ïiege

qu'après avoir paflé au fil de l'épée.tous les

coupables, fe rendant coupable lui- même

par une trop grande vangeance.

Vaillant Roy » puiffiez-vous toujours

porter honnorablesnent le Sceptre j. & pour

comble de fouhaits , puiffiez-vous entrer

en alliance avetRome &• le Grand Cefar.

Mais je reprensmonfujet* Je me plains aimable

Severe', que par un iurcroît de mal-

•kmt je fuis obligé dé porter les armées. Depuis

que je fitU éloigné de vous fus .les

' ê ' D fj


S4 P* OviDII BE-PoNTO , LXB.'I.

Ut Cdte§ véu StjgiM ûcttufm in et m »

Quatuor amdW^Qs Pleins mtâ fâcit.

Kec tu creâidêtà urbdns c§mm§dd fitâ

QuAfcn Ndfinem. qumt & ilU tâmen*

Ndmm®d®¥®s dniwmdulcts reminifiêt âmid\

Mme mibi mm CM& cmjMge mta fnbit :

Mqm d§m mrfm paiera h£d ïirtw sd Urbk »

• Oênê dqm mens wulis perridet UU /«*.

Num/wd, mnc ddes^unc wmmmt te&* tbedtré*

- mmefubit éqmtâ pmt'um mnu bmm.

Gfdminamm mmpi pulcns fpeëdntis in bm$s9-

$tdgndqMi.& Bmipi j VugkêMfqm. liqmr.

M > put § %fic Urbk mifetê eft ereptd vêluptm »

Quslikt Mt fdltem rmc frai Ikest

Mm meus dmiffhs dnmm defidetdt dgr§s'3 -

, Mrdque Pelgim Cênfpkienda fik :

Sto qMM pmiftrk p§fit§s m €§Mns bmm$

'SpeSat Flaminm Cfadid junëd yuu

gw; eg§ mfdê mi têhï_9 quém ipftfêkbâM

Âdfdtdfmtdnm ( neepudet) dddere âqum.

Smm ibiji y mm, mftti qmqut mn[m qumiaml

< M nm & mftfâpmm kgemk mm.


• Lis ELéGIES D'OV^DB* LIV.I. 8$.

frontières de Scythie , la amodiation des

Pléiades nous a fait voir quatre Automnes.

Maïs ne croyez pas que je recherche-les

commoditez de la vie que je menois dans la

Ville 5 je les Jbuhaitterois néanmoins , car

tantôt l'ïdc de mes chers amis > tantôt celle

de ma femme feprefè'ntent à mon efprit»

& tantôt fbrtant de wa maifon je parcours

les beaux endroits de Rome , & je les regarde

tous des yeux de Famé. Je va tantoft voir

les places publiques, tantôt les maïfons fùperbes,

les théâtres revêtus de marbre , les

portiques pavez uniment, les Peloufcs du "

champ de Mars qui a la veuë fur de beaux

jardins, tantoft les étangs & les canaux, &

lis fontaines jaliffantes. Mais fi je fuis afl

fez malheureux pouf eftre privé des plai-

Jirs delà ville, qu'il me foit au moins permis

de jouir de ceux de la campagne en

quelque lieu que ce (bit.

Je ne fouhaite point de voir les terres

J oe jJ ay laiflees , ni celles que je poflèdois

ans le territoire des Peligniens , ni les

beaux jardins fituez fur ces collines de. pins

vis à vis la voye de Flaminius & celle de

Clodius. Helas je ne fçay pourquoy j J ay pris

tant de-foin de les cultiver > & je n J 'ay pas

honte de dire que fouvent je prenois la peine

d'atrofer moï-mène les plantes* On y

peut encore voir des arbres % s J îk ne font

pas mort$ * que j*ai ^giclca de ma main*


88 P. OVIDII DE PONT©, LIB.L

Fro fiuibus amijfis minam contingcre pojfit

Hkfaltem profugn glebd edenda mibi !

If fi €g$ fendent es ( Uceat msd§ ) rupe Cdpêïïas » ^

Ipfi vetim bacnh pafiere nixus §vesê

Ipfi eg§, m folit'u infifiant peilêra cmk,

> Bmamrm'mlM fub jugd panda bms, '

Mt â difeam Getici qm mrim verba juvemi : , ,

ÂffkttM iBs ddpùamqm mims.

Iffe manu capulmn prenfi nmderatm aratri . ;

. Expiriar Mêîa fpsrgere femen bumê.

Nec dubïtem longis purgare ligmibm arva :.. _ .

Et dan jam, fiîiem qum bïbdi bêrtm » dq§tdk

Unde fid hoc n&bis, minimum qms mter & kêftem

. Difirimm mums daufdqm pmufaàt ? •

M tibi nafienti ( qmd toto. peS$fe Utor )

. Nemm fatales fmia fila Deœ.

Te m®d§ 'Cmpk$ babetjmsâ mtdQforticw ambra;

•- Noue? m éjko-.fbms tempéra téta, ¥mumé

Umbrid num revocàP: nu n@n Âtbam pètentem T

"aE/ difeam Gstici. il faut fans doute parler amt

fecltcslelaBgagc-dclctirpaïi» " -

f

:


Lis ELEçIIS D*OVII>I > Liv. I. 87

mais je n'en^cueillitay pas les fruits.

Je fouhaitterois néanmoins d'avoir ïcy

durant mon exil quelque petit coin de terre

à cultiver. O que je voudrois eftre en eftat

de mener paître moi-même des chèvres fur

le penchant d'un rocher , ou de garder des

" brebis appuie fur une houlette ? Moi- même

cour diffiper les chagrins qui me dévorent,

mettrais les bœufs au joug pour le la-

L

rage des champs j'apprendrois les mots

des â Gctes que ces animaux entendent, &

je les ferois marcher, par les menaces qu'on

leur fait. Je tiendrois moi-même à la main

le manche de la charrue , & en labourant

la terre je tàcherois de répandre la femence

que j'aurais jette. Je ne feindrois pas d'arracher

les méchantes herbes à .coups de befche,

& d'arrofer les jardins quand je les

verrais 'fechez.

Mais d J oà pourrions nous attendre ce

•bon-heur, nous qui ne fonunes feparez des

ennemis que par i^enceinte d'un petit murf

& par une porte fermée ? Pour vous aimable

Severe , je regarde avec plaifir que les

Parques ont filé vos jours neureufement.

Tantôt vous-vous promenez dans le champ

de Mars » & tantôt à l'ombre fous un portique.

Quelquefois , mais rarement , vous

vous occupez au barreau. Tantoft vous retournez

en Umbrie > tantôt vous faites rouler

rapidement le carroflc dans la voye d*Ap*


Sf P. OviDII DB P©KT0 , LlB. I.

Afpié fervents dudt in arvd'roti.

Mrfitm bu optes, ut juftémfupprhuét km

Cdfar ; & bofpk'wmfit tud villa meum.

Ahnimiumeft » quoi* émise, petis! modérâtisis

opté :

Et fêii, quêfo \ smttdbi velê tuk .

Tend velim propkr, miiqm êèmxia beU§

Bemr : erit noftris pm bons douté mdUs.


LISELIGMS » J 0vira, Lrv. I. ' 9%

MIS pour aller k vos terres d'Albe. Peut-être

Jbuhaictez-Tous dans ces lieux , queCefat

quitte la cokre qu'il a. juftçment conçue

contre moy , & que vous me donniez ietraitte

dans une de vos maifons de campagne.

He mon cher ami, c'eft trop demander :

faites un fouhait plus modère , & referrez,

je vous prie > les voiits de vos-defirs. Je ferais

content qu'on me reléguât dans un lieu

plus proche de Rome que je ne fuis, & qui

ne fiift point .expofë à la guerre. Ainfi je me

verrais délivré d'une grande partie de mes

maux.


P. OVIDM

NASONIS

DE PONTO.

— " •• " • •••••» i •—

E-P 1STOLA IX.

MAX1MO.

U M mihi de raptê tus nuit eplf»

pis Celfi,

ft minus eft lacrymis humtdafm^

ta mets.

Quêdque nef M dieu, fini née pojji putavi ».

îmit'uemlk littetd Ufta tm eft.

Nec quidquam ad noftras pervênit aœrbim a

res

Ut.fumas m Pont* ; pirvematqm pttm»

i


-* 9t.

LES

ELEGIES

D* O V I D E.

ELEGIE IX.

A MAXIME.

Il regrette U mort de Ctlfits.

A lettre que vous m'avez écritce

, où vous m'apprenez la mort

, du pauvre Celfus a efté dés ce

i moment arrofée de mes larmes,

& par un étrange avanture que je ne devroîs

pas dire , kc que je n'aurais pas . crû devoir

arriver % j'ay lu cette lettre à contre cœur.

Depuis que je fuis relégué dans le Pont , je

n'ay point reçu de nouvelle plus affligeante,

&je prie les Dieux qu'il ne m'en arrive

jamais de femblable.


§t P. OviittI DE POMTO y Lll. I..

âme mt§s êcuks tanquam profemis image

.Eétret : &exftinSlwn viwere.fingit amm.

Êsfe refert animm lufmgravitate carêmes;

Séria cum liquida' fipe peu'des fiée.

Mulla tamenfubemt mihi tempêta denfim Ms : -'

Qua veiem vite fummafuife mes.

Cum d§mm ingenti fubit§ ma lapfd ruina

. Cmcidit y in dmini prmubuitque caput.

jfdfuit iie mihi, mm pars me magna reliquit,

Maxime \ Fwtuna me fuit ipfe cornes,

lium eg& non aliter ftentem meafunma vidi,

Pmendus quam fi frater in igné foret.

Msfit in amplexu, cmfdatufque jacemem efi :

Cumque meis lacrjmis mi/cuit ufque fttas.

O qmtks fit a eufios invifus amard

Omtmuii prêmtm in mea fats mams !

O qmties dixit, Flacabilis ira Be§mm eft*

~ Vin , nec ignofii tu tibi pêffe negé*

V§x tamen iisfuit cekhrr'ma, Refpice quantum

Bebeat suxilii Maximus tffettbu

i

m


Lis ELéGIES D'OVIDE , Liv. I. 9 $

Limage de cette illuftre mort eft toujours

preiente à mes yeux, & ma tendreffe

me perfuade qu'il eft encore vivant. Mon

efpric me reprefeate' fouveet les divertiffo»

mens de nous jeux , & les entretiens ferieux

oue nous avons tus enfemble avec une foy

uncere & pure. Il n'y a point de moment

hm ma vie dont je me fouvienne fi fouvent

que de ceux là : Et pkuft aux Dieux

que la Parque cuft al«rs fini mes jours?

Quand ma maifcn fut frappée de ce grand

coup de tonnerre qui la mit fubïtement en •

ruine , & qu'elle tomba fur la tefte de fou

maître , Celfus vint s'offrir àmoy dans le

temps que la plufpart de mes amis m'abandonnèrent

lafehement -, & il parut bien qu'il

ne fuivoit pas. ta profperité de mai fortune.

Je lui vis pleurer mon funefte eïïi, comme

fi on eutt mis fon frerc fur le bûcher funèbre.

Il m'erabratîa tendrement, & me confolant

dans l'affli&ion qui m'abbatoit le

courage, il mêla fes pleurs avec les miens.

O combien de fois cet ami qpe je regardois

comme un importun qui vouloit faiiver ma

vie malgré moy , m'empêcha tll de me tuer

moi-même 3 O combien de fois me dit-il, la

colère des Dieux fe peut appaifer. Vivez 8C

ne dites pas que vôtrrfaute eft irremiffihle»

Mais fur tout je remarquay ces paroles qu'il'

me dit 5 regardez quel graiid lecours vous

.devez attendre de Maxime. Il s'attachera à


94 P. OVIDIX DE PoHTO 3 LlB. t.

Mdximus imumbêt \ quaque eft fut dît wgdbit 9

Ne fit ad extremum Cdfdris ira tenax.

Cumqua fuis fratrie vires odbibebit, & ommm 9

Qu§ Uvim doleos, experietur opm.

Mac mibi fer ta mal A mnmrmt udia vite.

QUA tu, néfuerint » Mdxime, vana, cave.

Mac'quaque vtnturwn mibi fe jurm filetai *

Non \ifi U longa jus fihi dame via.

Hfarn tua non àlio coluh penetralia titu,

Terfarum dominos quant colis ipfi -Deosm

trede mibi : multos babeas cum dignus amicos9

- Non fuit è multis quotitei ille minor,

M modo me 'cenfus, nec clamm nomen avorum ,

• -Sed profitas magnos ingeniumque facit.

Jureigitur lacrjmac Celfi-litamus ademtoi

Cumfugêrem, viro quas dédit iïïe mibi. '

Çarminajure danms raros teftantia mores j

^ - Ut tus mnmri nomma, Ctlfi, legant.

Hoc ejl, quoi poffum Geticis tibi mittere ab arvis:

Hoc film eft iJfk?quod liquet efe menm.


LESELEGIIS D'OVIDE ,LIV.Ï. $f

vous fervir , & comme il eft-généreux, il

fera par fes prières queCefar'ne s'opiniatrera

pas à pouffer fon indignation jufques

à l'extrémité. Il joindra le crédit de fort

frère au lien., Se mettra tout en ufagc pour

rendre vos maux plus Supportables. Ces pa«*

rôles adoucirent l'amertume de mes douleurs.

Mais, Maxime , prenez garde qu'eU

les ne foient par dites en vain.

Il m'avoit encore fouvent protefte qu'il

Tiendrait me voir dans mon exil, fi vousr

ne l'empêchiez pas de faire un fi long voyage

, car il avoït autant de vénération pour

vous, que vous en avez pour les maiftres de

la terre. Au refte foyez bien perfuadé que

parmi beaucoup d'amis'que vous avez acquis

dignement , Celfus n'en n'efto.ït pas le

dernier , -s'il eft vray que ce n'eft pointpar

les grands biens , ni par l'éclat de la

naiiTance , mais pour la bonté des mœurs

& de refprit que l'on s'érige en grand

homme.

Ceft donc juftement que je vetfe des larmes

à la mort de Celfus , puifqu'il en a répandu

pour moi, quand je fus banni. C'eft

encore avec juftice que je célèbre fa probité

'dans mes vers , pour faire connoître à la •

pfterité rillnftre nom de Celfus. Voilà

fout ce que je puis vous envoyer du pais

des Getes. C'eft la feule chofe dont je puid

fc difpofer au lieu où je fuis.


fé . P. OrXD'I I DE POKTO , Lil. I.

Wmifâ mcptm mmtân, nec a ttngêre €9tpm s

jftqm tmis tm diviékr wbe régis.

QuipQttàt* qum tupro mnùmvifm btbebâi*

trâflitit -§§€kwi Mjtxiwms §mm tibi.

lit tibi exfeqmm, & mâgni fmm bêmris ;

Wecii ï & m geliiêi mft * tmm finm.

Muit&lMfjms mmtensmgmntâ prtfufu 5

pfétque vicini cmiks ttxitbum.

§M§ qmnmmexft'mëus, qm dibit9pmftdt dmkèM

Et ms exflmUis âmuttuerdre potefi.

a Vngmcwpm. L'onftion des morts fe fkifoit dïrafement

fclon la ticheffes & U qualité des gens,

a Amoms. Cet onguent fe compolbit d'un aibiiflcail

odociferaat de même nom.

4 T*


LES ELéGIES D'OVIDE , Liv. I. 97

Je n'ay pu affifter à vos funérailles ni

a ambaumer vôtre eprps , car un monde

entier me fepara de vôtre bûcher funèbre.

Maxime que vous rêveriez pendant vôtre

vie comme une Divinité, n J a pas manque' de

vous rendre tous les devoirs qu'il a pu. H

voasa fait des obfeques, & vous a rendu des

honneurs funèbres avec beaucoup de magnificence.

Il a répandu de bonnes lenteurs

dms véftre fein glace'; & après avofr detrempé

des h . onguens précieux dans Tes larmes

5 il a enterré vos os dans un lî?


A »$» f& t *$» ri 5 » r&f&i& t$»


****** «a» «M*»*»*-»»-

LES

ELEGIES

D'OVIDE.

E L E G I E X

A FLACCUS.

IJgr /r# wi/Jm itoif rein j* 4 «»f ^rE qui eft en exil envoyé

un falut à fan cher Flaceus

, fi quelqu'un peut nean -

moins envoyer ce qu'il n J a

pas lui même. Car la langueur

eu je fuis depuis long-temps par l'amertume

de mes chagrins * m 5 a rendu fi

Exténué que-je na. fçaurois reprendre mes

forces. Je ne fens aucune douleur ; je n J ay

point de fièvre chaude qui m'empêche la

xefpitation.3 mon poulx- W 'loûjou rs com-

P E Ij


1©0 P. OVIDII DE PôïSTO* LlB.I.

Os hebes eft, pofittquc movent fdftidia menfâ r

Et qneror, invifi mm venit bmé cïbu -

Quod mate, quod tellur appone, qmd èducat déf

Nil ibi y qmd n&bss ifmmtm 9 ait.

Neâdr & ambrofiam , latices epulafqm Bmrum,

Det mibiformofa navd a Juventd manu ;

Kon tdmen exdcuet torpens fdpor iSe pdldtum:

Stdbit& in ftomacho pondus inerte dm.

Mac ego non dufim, cum fint veriffimd , cuivit

• Sctibere ; deliûm ne mala noftra vocent.

Saluet ufidtm eft y rerum formé medmm,

Déliais etiam pojfit ut efe locus ?

Delkids iUi precor bas contingere, fi qun »

Ne mihi fit levior Cafam ira, timet.

1s quoqrte,qui gracili cibm eft in coTpore9fimn

•Non dit officio corpus inane/m.

Sed vigilo , vigildntque meifine fine dolorest

Quorum materidm dat locus ipfe mibh

Vix igiturpojfis vifos dgnofcere vultus :

• Quoque 'mit s qmrm, qui fuit dnte, €§l$rm

•a InmcnM mmu. Il parle d'Hebe fille de Junon qui

feivoic les DàÇuxàwBkj les Latins la nommoicut

jimieffe,

«.


Lis ELéGIES D J OVIDI , Lnr. I. 101

me à l'ordinaire. Cependant je fuis dégoûté

des meilleures viandes qu'on puiffe fervir,

& j'ay tant d J averfion à manger que quand

l'heure du repas arrive, je ne puis m'cmpccher

de m'en plaindre. Donnez-moy ce

«e la mer, & que la terre Se l'air fournif-

I

tnt de plus exquis , je n'y trouveray rien à

mongouft. Qu'une a jeune & charmante fille

me prefente avec fa belle main le Neâar.

k l'ambrofie les liqueurs & les mets des

Dieux 3 tout cela ne m'aiguffera point l'appetit,

tant j'ay le goût dépravé ; & ce que

je mangeray me demeurera fur l'eftomach,

faas en pouvoir faire la digeftion.

Quoique ces chofes foient vrayes , je

n'oferois pourtant les écrire à qui quje ce

foie , de peur que l'on n'attribue ces maux

à deiicateiîe. Il cft vray qu'en l'eftat cù je

fuis y Se que dans la fitnation de ma forture,

je puis eftre délicat ? je fouhaite cette for-i

te de deiicateiîe à ceux qui craignent que

Cefar ne me foit trop indulgent.

Le fommeil même qui eft une efpece de,

nourriture aux corps exténuez 3 ne fait

point cet effet fur moy. Maïs je veiUc nuit

&jour ; & mes douleurs ne me-dounait en.

tout temps aucun relaiche 3 pareeque le l'un

où je fais m'en fait toujours naître de nouvelles.

Vous auriez-donc de la peine à reconnoître

mon vifage , & vous auriez fujet

de me demander ce qu'eft devenu k teint

/ E iij


BOl P. OriDttW POKTO y LIB. î."

fgrvus in exiles fuammihi peryenit anus :

' Memkaqui funt ma pdllidmd myâ.

' Nm bu iwmtdim cmttdxi damné Lja :

Scis mibi qMémfih pane hibdntm aqus,

• -Mm îpulh mer m ; quarum fi tdngar amme \

Ejt tamen m Gerick mp'm nulle hcis.

Mes vires ddimk Vnmis damnêfs fêluptêt*

Mm filet in mœjles iid nuire tsms.

Undd hcufque mcem : & emffé ydmtiw 'èfik ,

jthxietm dnimi, qud mbifewfer ddefi.

Mme nifi tu pdriîerjtmsli mmfram lefdres,

¥ix mens trifiim mœfid tutiffet mus.

T(H efiis ftdgili ttllm mn dard pbdfeh :

Qudmque negmt wmti, r§s mibi fertis spew.

Werte, pum 9fewtper, quidfimper egebimus $M

Csfark offmfum dum méi nmten erii.

Qui metitamnék mimtdt > mnfinidt iram,.

SuppGzim rejlros qnifqm r$gm Dus.


Lis ELéGIES D'OVIDE > Liv. I. . 10}

que j'avois auparavant. Mon corps amaigri

, prend peu d'alimens* & je fuis plus jaune

que de la cire. Ce n J eft point l'excès du

•in qui m'a caufé cette îndifpolkion , vous

fçavez que Je ne bois prefque que de l'eau.

Je ne mange pas non plus excewvesnent. Si

j'aimois à faire bonne chère , le pais des

Gctes ne f^auroit me contenter la delfus. Je

jfay point perdu mes forces aux plaïfirs nuisibles

de l'amour, car ils ne recherchent pas

des gens comme moy accablez de chagrin-.

L'eau de ce climat, & le climat même font

contraires à ma fanté, mais fur tout les inquiétudes

qui tourmentent toujours mon ef~

prit. Que fi vous & vôtre frère n'aviez la

bonté de les foulager , j'aiirois de la peine

àra'empêcher de ne pasfuccomber fous leur

pids.

Mon vaiffeau qui a échoué , trouve une

douce retraite dans vôtre port , & vous me

dormez un fecours* que beaucoup d'autres

me refufent. Continuel , je vous en conjure

s de me le donner toujours, car j'en auny

toujours grand befoin, tant que le Divin

Cefar'fera irrité contre moy. Que chacun

de vous prie les Dieux qu'il modère au

moins fa colère 5 s'il ne veut pas la finir eiv

rierement.

/

E iiij


P. OVIDII

NASONIS

DE PONTO.

LIBER SECUNDUS.

EPISTOLA L -

GERMANICO CJESARI.

U C qmque Ctfirei pervênitfamd

ttiumpbi,

Lânguïiâ quofejfi yix venit âUfâ

Noti,.

Kil fore dulce mihi Scjthkâ regione putdvL

j^n mmus bkodio ejt, quam fuit dnte3km.

. dur* Uwgu'da, Ccft que le vent du midi a na

è-^ù tujti: a faire pour arriva au Septeamoa.

y


LES

ELEGIES

D'OVIDE

Ecrites dans la Province de Pont.

LIVRE SECOND.

ELEGIE L .

A GERMANICUS.

Il M exprime U jsje qu'il a iavmt appris le

triomphe de Tibère-,

A nouvelle du triomphe de Ce-

--.far eft venue jufqu J ici , ou le

â vent de midi ne vient qu'ayee

peine , tant il eft coy d'un fî

long voyage. Je ne croyoîs pas que la Scy-'

thic me vit jamais dans la.joye; aufii ce

pays me paioît à prefenc moins defagreable

E v

;


.©4 P. OviDII BE POUTO * LlB. II.

Tandem dliquid puisa entâtum nubefitemm

Vidi i Fortuné yetbd dedique mtét.

mlitut nlla mihi emingere ganiïa Cafar,

VcUeptfcft cuim bu tamen ma dari.

DÎ qmquts ut icunSis hUdtipktate colaniMft

Ttifiitmm psm pif fia fifia jubent.

.Bmique, qu&d cmnsfnrw efi audere faterk*

Mac egs html, fi veut ipfi, finir.

Jupiter utilibm quittes juvdt imhibus dgros ,

Màxtd tenaxfigeti creftere Upp$ filet.

ms qiÊoqnifingjfcrwH'fintimns inmilis hetbé

Mumen 5 & mita fape jufamur §pt.

Gaudia Cafitea mente pu patte virili

Sunt'mea ; pmati ml babet ittd domm.

-Gratta » Varna, tibi ïper quant fieltuta triumpM

Mdufi mediîs eft.mibipêmpaGetis.

Mdke te didki, nnper vifinda coîffb

a ïnmmitm genres dé Ducis wdfuh

Quaque tapit- mftmmmênfim- wmnibm nrhet»i.

Mêfpkus Rmnam vix babuife henm.

a Imumems Gentil, Ces magnifiques tt;emplies aW

ïiimmt à Home une iafinué. 4'£u«tt|Bci s»

i


Lis EHESïES D*0VI DE J LIV. II. i%

qu'autrefois. Enfin le nuage de mes cha-.

grins s'eftant diffipé^-in'a fait voir un rayon

de beau temps r ce qui a bien furpris ma

fortune.

Quand Cefar ne confentiroit pas que je

prifle part à cette réjouiftànce , il ne peut

trouver mauvais qu'on ait de la joye dans

cette occafion. Les Dieux même voulant

que leur culte, foit toujours accompagné

d'une gaye pieté x ordonnent à tout le monde

de n'eftrë point triftes pendant leurs

feftes. - Et par une audace extravagante je.

ne craindray pas 'de dire que fi Cefar vouloir

me défendre de me réjouir prfffentement,

je n'obeïrois pas à fes ordres. Lorfquê

Jupiter arrofe les champs d'une pluye

profitable, il croift ordinairement de méchantes

herbes parmi les bfeds. De même

je feus l'influence du Ciel, auffi bien que

l'herbe inutile , & fouvent je reçois du foulagement

d'un Dieu qui m'eft favorable

malgré luî. Je fuis en droit de participer,

autant que je' puis, à la joye de Cefar , car

la maifon Impériale n'a rien qui ne doive

tftre commun à tout le monde.

Renommée » je te rends grâces de m'avoir

appris dans mon exil au milieu des

Getes un triomphe fi pompeux. J'ay fcen

par ta bouche qu'une infinité de a Nations

iont venues de toits coftez. à deflein de voir

Cefar , & que la-ville de Rome , dont les

• E v]


Iô8 P. OviDII DE PoKTO y LlB. II.

Tu mibi narrafti, cum mult'u luc'êm ante

Fuderit afiduas mbilm Enfler aqurn »

Lumim ulefli Salem fulfiffe firenum »

Cum p§puli vultu cmveniente die.

jftque ira vifterem* mm magno mu bmm,

Bettkê laudatis dma dedife viris,

Claraque fumtmum piëas infigma reftes9

Tburaprms fmëis mpofuigi fuis :

^uftkiamque fm cafte placaffe Paremis*»

lié quA templum peUere femper babet.

Quaque ïerk, felix adjeëum phmftbm §mm ;

Sâxaque matis erubuiffe rsfts.

Protinsts argent® ver fis mkawtia mur§§

Barbara mm viiik êppida Ut a viris.

FlMmimqm % & montes, & in akh pdfcKdfihisi

Armaque cumtelïs in ftrue m'fta fuis.

Ikque triumpbate, qmi Sol mcmdmt a amê -

jfurea Rêmani teftd fmffe féru

Têtque ttêBffh duces captif is adëtacdûs

V'mmla, pme h§ftes qmtfatk ejfefm»


Lis EIEGIES D J OVïDI , Liv. II. icf

murs font d'un immenfc circuit pouvoità

peine loger tant de monde. Tu m'as raconté

que les pluyes caufées par un vent de

midi ayant duré fans relafche plufieurs jours

avant le triomphe 3_ le Ciel donna un tempsfi

riant qu'il s J accordoit en cela aYCC la

joye du peuple. •

. Tu m'as dit aufft que le vainqueur difttl*

hua avec de grandes louanges des recompenfes

militaires aux vaillans hommes, &

qu'après s'eftre revêtu d'une robe triomphale

qui eftoit richement bordée , il offrent

premièrement de l'encens aux Dieux , & '

qu'il charma fes patens par l'équité qui -rende

dans fon cœur comme dans "un Temple,

j'ay encore appris que tous les lieux par ou

paiioit le triomphateur retentiflbient d'applaudiilemens

accompagnez d'heureux pro-

Boftics y & que le pavé des rues eftoit tout

rouge des rofes que l'on avoir répandues.

On a veu dans ce triomphe plufieurs figures

d'argent qui reprekntoient des murs

renverfez ? des villes conquifes fur les Barbares-,

des fleuves , & des montagnes , des

forets &' des torrents avec desTrophées d'armes.

Et Ton dit que dans cette pompe les

toits des maifons du marché Romain paroiflbient

dorez de l'éclat que le foteilfaU

foie rejallir. Il avoit un fi grand nombre

d'Officiers de guerre chargez de chaifnes*

qu'on .en auroit pu. faire une armée. On a


no K OVïDII m P0NT0* LlB. II.

Maximdpars horum vit dm veniamque tulerunti

In quibus & belïi fumffld caputqke Bato.

Cm ego fvff* mgem mmâ wohi Witmms iranù

Cum v'îdtdm mites k&ftibm effo Beos ?

Tertulit hue idem néis , Germante» rumr »

Oppida fub titulo mmm ijfe mi.

'jûque ta te contre, ntc mmi mole» m$ amas ,

Necfatis ingénié tut a fuijfe locu

Dî t'èi dent anws ! a te nam cotera fumes ;

Sim imd&' r^tmi umpma longé tu*.

§M§d precor evemet funt quiddam mamld vétmtk

Nam Dem ûptann profpera figna- dédit.

Tequaque viStorem Tarpeiés fiandere in ânes

Lété coronatis Mma- viddit eqnis.

Matmûfqm Pater mû /peSabit èmwes ,

Gaudia percipiens, qm dédit ïpje fins.

Jam nam bu a< me, pmnum btHoque tvgaque

Maxime, dtfla tibi tétiâmmte mtéu


Lxs ELéGIES D*OT»E > LIT. II. 111

accordé la vie & le pardon à la. plus grande

partie de ces captifs , & même à l'Auteur

de cette guerre.

Pourquoi donc defêfpereroïs-je de voir

diminuer la colère du Dieu que j'ay offenfé,

voyant que les Dieux uferit de clémence en*

vers leurs plus grands , ennemis l

^Aurefte, Germanicus , j'ay encore appas

par la renommée , que voftre nom pa-

. roiUbit écrit à la reprefentatjon- de ces villes

, & qu'elles n'ont pu tenir contre vous,

ni par leurs murs fortifiez f ni par la valeur

de leurs garnifons , ni par la fîtuation de

leurs places. Que les Dieux vous donnent

une longue vie ! Car pour les autres avantages

vous les prendrez en-vous même*

pourvoi- qu J il ymm. refte affem de temps pour

«ïre éclater voftre vertu. Mes fouhaîtsferont

accomplis \ les Poètes ont le don de

prédire ; & par on heureux prcfitgej'ai un

preflentiment qu'Apollon fera rei'flir mes

faux. Les. Romains., comblez de joye vousverront

monter vainqueur au Capitole fur

un char attelé de chevaux qui feront cod**

tonnez de Laurier : & le Prince qui a donné

tant de fujets d'allegrefle ï fes peuples,

prenant part à cette tejouiflance fera luimême

fpedfcateur des -honoeurs que l*on rend

à fon fils.

Vous, qui iurpaflez tous les jeunes gens

dans la feience de la guerre & de la Mz%


-XXI P. OviDXI DE PoNTO , LlB. II.

Hum qmqm carmimbm referdtn fortajfe trium*

phum :

Suffickt mjhis fi mode witd malism

Imbmro Scjtbicas fi non prius ipfe fagittas :

Jhfiulirïtqm ftrox h§£ uput enft Gîtes*

'Qnodfismefdln , ddbkm t'éi kured templisj

Omni A bis 'dices fera fuijfe mtd.


Lis EUEGIIS D'OVI&Z , Liv. II. 11 j

giftràture, gravez dans vôtre mémoire tout

et que je vous prédis. Peut-eftre decriray- je

en vers ce triomphe , fi ma. vie mifcrable

dure encore quelque temps , & fi je ne péris"

point auparavant , ou par les flèches des

Scythes, ou par Fépée des Gctes. Qne fi l J on

vous docile pendant ma vie la couronne

triomphale dans les Temples , vous direz

que j'ay efté deux fois véritable dans mes

pitdidions. *


Ïï4

P. OVIDII

NASONIS.

DE PONTO.

I

m ip - ' trf

EP1STOLA IL

MESSAL1NO. •

LIE domus vejfra primis rem


L E S

ELEGI ES

D* O VIDE.

ELEGIE II.

A MESSALINUS.

Il implore fin creët duprés iàugup.

SS VIDE qui dés fon jeune âge l

toujours porté un grand honneur

à vôtre illuftre raaifon * Ovide

qui eft relégué fur la rive gauche

du pont-Euxin , vous envoyé du pais,

des Getes un falut qu'il avoît accoutumé de

vous rendre autrefois en perfonne.

a Helas Meffalinus 3 que je feroîs malheureux

fi vous changiez de vifage, après

avoir lu mon nom , & jquè vous fuffiez en

doute fi vous devçz achever de lire le refte l


hl4 P. 0VIBI1 SB PoWTO, LlB.H.

Perlege9 mû mecum pâmer mea vtrbd filegé :

Urk Iket vefirâ verfém effe mets*

Monego concept, fi Pelion Qfa tâliffet,

Clara mea tangifideta pofe manu.

Becms , Encjeladi dementia cafira [tenus

M rerum dominos m&vimus arma Deos.

Mec, quoi a Tjdids, temeraria dexterafecit,

Numina funt telis alla petite meis. -

Efi mea culpa gravis ,fed qm me perderefilum

• jûtfafit, & nullum ma jus adorta nef m.

Nil nifi non fapïens poffum timidufque vocari i

MAC duo funt animi nomma ver a meL

Efe qu'idem fateor, meptam p&fl C£Jaris iram9

Difficikm precibus te quoque jure mets.

Quttqut ma efi pietas in totum mmen luh,

Te kdi, cum quïs laditur itide s putmm

Sed licet arma fer as, & vulneraf&vd miœris'i

Non tamenefficies, ut timeare mibL

PMppis** Achamenidcn Grajum Trojanareccfit:

Profuit & Mjfi Pelias hafia duel

€onfugit imerdum templi violator ad aram ,

me petere ojfenfi numinis borret opem.

al>


LES EJLEGHS D*OVIDE, LIT. IL 117

Continuez de lire, & ne bannilïèz pas avec

moy la lettre que je vous écris, Ilefrpermis

a mes • vers d'eftre dans Rome. Je n J ay jamais

eu le deflein de mettre Pelioti fur le

Mont Ofla pour efcalader le Ciel , Se je

n J ay pas eu la folie d'entrer dans le parti

d'Encelade en veuë de faire la guerre aux

Dieux. Je n'ay pas non plus eu la témérité».*

comme â Diomede , de lancer des javelots '

comte Venus.

Ma faute eft fans,doute grande, maïs elle

n'a pu caufer d J autrc perte que la mienne,

& rien audelà. Airifi Ton ne fçauroit m'acculer

que d'imprudecc & de' timidité. Voilà

les deux noms • qui me conviennent véritablement.

J J avoiie de bonnefoy qu'ayant

le malheur de m'eftre attiré la jufte colère

de Cefar, je n J aï pas raifon d'attendre, que

YOUS foyez favorable à mes prières : car

cftant affe&ionné comme vous eftes à toute

la maifon ' d'Iule , vous vous croyez offen- '

fé lorfqu'elle fe trouve offenfée. Mais quand

TOUS tourneriez contre moy vos armes, &•

que vous me menaceriez des plus cruelles

bleflures , je ne ferois point intimidé.

Les Troyens receurent fur leur flotte le

mal-heureux b Achemcnidés qui eftoit Grée

Achille donna la vie au Roy des Mifiens.

Il arrive même quelquefois que les facrileges

trouvent un azile auprès des Autels , &

qu'ils EC craignent, point d'implorer le fe-.

) -


'I iS P. OVIDII DE 'PONTO , Lïl. 11.

Dixerk hoc dliquis tutum mn effe rfatemur.

Sêd tmn pet pldàdas it medpuppis sqms. -

Tuta pétant alii. Fartant miferrima tuta efi :

Nd'm timwr éventas determris abefi,

_[ Qui rapiturfatis ^qmdpdm fdtd requit M ?

' S£pe-€fê4t msUes dfpersjpkd refus.

Qui rapkur fptimante fak, fm bracbla tantî

Fêtrigit, & fpinm duraque faxd tapit. ]

Aaipimm metuens pemis ttepiddntibus dits

jfudet ad humants fefd venirefinns.

Becfe vkm duHtat • committere teB§9

Qtu fugit infeftês territa cerva canes.

Daf precor s acceffum lacrjmis, mkijfmiê, mfiris

• me rigidam timidis vocibus oHeforem.

Verbaque mfirafavens Rêmana dd Mumim pet*

fer,

Nm tiii Tarpem cuit a Tenante mima.

Mandatique mei legatus fufeipe cauffam :

Nulla meê qumvM tmnme uuffd h»d efi.

jfam pr§pe depêfitm, cmejamfngdus dger i

, Servatus per te, fi mêé/etw^ cm


LES ELéGIES D'OVIDE, LIT. II. xijj

cours de la Divinité qu'ils ont outragée. Si

quelqu'un me dit que je m'appuie fur un

rondement mal allure , j'en demeure moime

d'accord : mais auffi mon vailfeau ne va

pas fur des eaux tranquilles. Que les autres

prennent une voye faire. La fortune d'un

miferable eft exemte de tout péril , puis

qu'elle n'a rien de pire à craindre dans l'événement,

Ceux qui font le joiîet du deftîn , que

cherchent-ils au delà ? Ne voit-on pas que

les rofes naiflent parmi les épines } U»

homme qui eft tombé dans la mer, & que

les vagues emportent 3 fe prend à des ronces

8c à des Rochers, Un oifeati pourfuivî d\ii\

Vautour fe jette tout effrayé entre les bras

des hommes, n J ayant 'plus la force de le foutenïr

: & la biche épouventée qui s*enfiait

devant les chiens ne craint pas de fe réfugier

dans la première maifon qu'elle rencontre.

Laiflez-vous donc toucher à mes

larmes , vous qui eftes fi bon & fi humain ,

& ne 'rtjettes- pas la prière que je vous

fais en tremblant. Prefentez d'une main fa*

vorable ma requefte aux Dieux de Romç*

pour qui vous avez autant de vénération

que pour Jupiter •: & chargez-vous de défendre

ma eaufe f quoiqu'elle ne foit point

bonne.

Déjà prefque abandonné comme un ma»

kde mourant , je co»fcryexay% ma vie par


*|10 P. OVIDII M PoNT© , Lltfill.

Mum tua pro lapfis nitatur gratta reins j

Frindpis aterm quam tiUfrafiat am§r.

jXune t'ai & ekquii niterille dêmefiicus ad fit s

Quopotem mpidis utilis effè rets.

Vivit enim in voUsfacunii lingua pantins §

Et us kétedm repperit iUafuum.

Banc ego non, ut me defendere tmtet, adore.

mn efi mfejfi cauffd tnmda ni.

Bum tamen exsufis en mis imaginefaHum ,

'An nibil expédiât taie m$vere, vide.

Vulnerïs id genus eft, quoi mmfdmbile mnfit»

Non mntreilari tutius efe patent. -

Lingud, file : -non efi ultra narraMe quidquam.

Fefe velim àneres ehruere ipfi mms.

Sic igitur, quafime nullus deceperit error,

Verbaface > ut vitâ, quam dédit ipfe, frum.

€umque fennus erit, vultufque remiferit ilks ,

Qui ficum terras imperiumqm movent i

MxigUdm mmepêdam finat effe Cetamm,

Detque folum mifira mite 9 prépare, fuga.

TmpHs adefi apmmpmibm. val» ipfi, fidetqâe

vos

k •


LéS ,EIEGIIS B'OVIDI , Lrv. IL m

vos foins , s J il eft vray que je la conferve.

Employez* .donc vigoureufement . pour un

malheureux difgracïé la faveur que .vous

avez auprès d'un Prince immortel. Faites

éclater cette éloquence qui eft héréditaire

dans vôtre maifon , & qui peut eftte d'un

grand fecours aux criminels les plus étonnés.

Vous ne paroiflèz pas moins éloquent que

voftte père, vous eftes en cela fon héritier

légitime.

•Je ne révère pas ce talent, pour vous obliger

de l'employer à" ma defenfe : Un homme

qui avoue ion crime ne mérite pas d'avoir '

un 'defenfeur. Voyez néanmoins fi vous devez

exeufer ma faute fur mon imprudence,

cm bien s'il n'en faut rien dire. Comme m»

playe eft incurable , je penfe que le plus

leur eft de n'y pas toucher. Silence ma langue

, n'en parle plus. Je voudrais pouvoir

cnfevelir ce fecret avec' mes cendres..

Meflalinus parlez-donc pour moy, comme

fi je n'avois point manqué par une erreur

d'imprudence \ ainfi je jouiray de la vie que

je dois à la clémence de Cefar, - Et quand

il aura Fefprit tranquille, aptes avoir quitté

cet air grave de maître du monde & de

l'Empire , priez-le inftammcnt de ne pas

fouftrir que je fois la proye des Getes , 8ç

faites en forte qu'il me relègue dans un climat

tempéré,

L'occafîon eft favorable ï mon deffdn j •

Tm$ IX. • ' F

- I


fil P. OYIDII DE PONTO y Lu. II.

* Qttdifecit vires, Roma, valere mas.

Incolumis * conjux fua pulvinarid fervat :

; Promêveî Aufonium films imperium.

Prêterit ipfe /nos anèmo Gemtdwkm dnms$

Nec vigor^ft Brufi nobilttate miner.

Adde nurus, neptefqne pias, natofque nepotum $

Cxteraqne Auguft* membra valere domus,

Adde triumpbatts mode Pdtonas, adde quitté

Snbditd montant brachid Dalmatiéê*

Kn dcdtgnata eft abjeftis Illjris drmis

CzfiretMfamulo verticeferre pedem.

Tffefuper mrrum flacido fpêildbûis ore

Tempora Pb&bedvngiM nexdtnlit,

Quempi.% vobifcttm proies comitovit tuntem,

Digna parente/ko, nominibu/que datis.

Itatribus djfimilis , quosproxima tenipla tenentee

Divas db excelfa Julius dde videt.

Bis Mefalinns, qu'eus omnia cedere debent,

Primum Utit'm non negat e(fe locum.

Qukqntd db hïs/ttpercft, venit in cm amen amorin

. Mac bominum- nulli parte ftcundus eus.

•Hunctylis 9 antt diem per qmm daretd mmnti

„a Conjux, Les Anciens rocttoicat des ftaraës des

Dit-ex pénates fir de petit* carreaux ou couffins qu'ils

appel!oient fnlv'mmm , Quelques Interprètes difenc

qu'Ovide defigneicy fochafteté de Lîvi* idvinm

fr& Th%lam§, " ' .


LES EIEGIESD'OVIM »Liv. If. 11§

• FErapereur fe porte bien , & de plus il voit

à quel pointide grandeur il a fait valoir les

forces de Rome, L'Impératrice qui jouit

d'une parfaite fanté , maintient fa maifon

dans la fplendeur ; fon fils étend les limites

de l'Empire. Le courage de Germanicus eft

au defïtts de fon âge^& la valeur de D'rufus

n'eft: pas inférieure ^ fa nobleflc. Ajoutez

•à cela la pieté de fes belles filles , & de fc%

Nièces , fa tendre affc&ion pour fes petits

fils * & tout le refte de la mai fon d'Augufte

qui eft dans un eftat très floriflant. Ajoutezy

la viâoire qu'il vient de remporter fur

les Peoniens , & les troubles de la Dalmatïe

pacifiez. L'Iilirie pofant les armes , n*a pas

dédaigné de fe (bumettre à Cefar. Ce Prince

monté dans .un char de triomphe montrait

un vifage plein de douceur y & il eftoit

couronné de laurier. Ceux de fa famille le

fuivoient3dîgnes enfans de leur père > 8c des

noms qu'on leur a donnez.

Le Divin Jules Cefar femblable ï fes frères

qui font rêverez dans les Temples voifins

regarde du Ciel cette Pompe. Meflàli- l

nus ne difconvient pas que ceux à qui toutes

chofes doivent céder 9 ne prennent le

plus de part à cette joye ; mais il prétend

difputer aux autres une telle marque d'af-

-îdion: & perfonne, n'emportera cet avan-

•ge fur lui. Vous faîfiez la cour à ce Prin-

• » avant ' qu'on lui cuft décerné la Cou-


114 P.OviBII DE POKTÔ f LlB. II.

Venit hmtâtis kurea iignâ €omis.

lëkes.qmbus h§s IkuitfpeBsre triumpbês »

Et Dmis me De§s êquipdreme fiuL

At mihi Sdur&mdtâ pr§ Câfdris §re videndi,

Tm'dqm pâtis m&ps, urâdqm, vinSa gtlu.

Si tdmen bse âttdis, & vsx mtd pervenit iftnc §

Sit tm mutdndê gratU bldndd km.

-Mupdter ille mus, primo mihi mit us db £f§ »

Si quid bdbetfensûs umbrs difertd , petit.

Mu petit &frdter : qudmvisfmafe veretur,

Servdndi mcedf ne tibi mtd met.

Têt a drnus petit h&c. net tu pus ipfi negdfi9

Et n§s m tufbé parte fuiffe tuê.

Ingenii mu, qm ms mâle fenfimus ufis ,

Art'êus exceptis3 ftpe prédur erds.

Kee mtd , fitdntum peadtd mvijfmd demss,

Mffep&teft iomui titd pudenddtud.

Sk igimtvefim figeant pnetrdUdgenris;

Curâquefit Supetis Câfmibufqm tm:


Lis ELéGIES D*OVIDI , Liv. IL 115

tonne de laurier qui eftoit deiie à fon mente.

Quel bonheur à ceux qui ©ut pu eftre

fpeftateurs de ce triomphe, & voir ce Grand

Capitaine quia l J air & la Majefté des Dieux?

"Pourmoy , au-lieu de joiiir de la prefence

de Cefar, je ne verray que des Sauromates3

dont le pais eft toujours en guerre , & couvert

de glace en tout temps. Que fî. vous

écoutez ma prière , & qu'elle parvienne

jufqu'à. vous, employez. voflxe faveur pour

me faire reléguer parmi -d'autres peuples.

Yoftre père que j J ay refpedé dcz mon jeune

âge , vous demande cette grâce pour moy,

fil'anie après cette vie peut eftre capable de

fentiment. Voftre frère vous le demande

aufli a quoiqu'il foit peut-eftre en crainte

que le loin que vous prenez de me fauver

ne vous falïè toçt. En un mot toute vôtre

maïfbn vous fait la même prière, & vous

ne pouvez pas nier que je n J aye efté un de

vos cliens.

Vous avez eu de l'eftime pour les productions

de mon efprit , à la referve de mon

art d'aimer. Helas je ne fens-que trop combien

mon efprit m'a elle nuifibie ? Néanmoins

fi vous exceptez les dernières fautes

de ma vie , tout le refte ne fçauroit faire

honte à voftre mailbn. Je fouhaite donc

que voftre famille fubfiftc toujours dans fa

profperité , & que vous foyez attaché au

E iij


né P.OVIBIï MPOUTO, LIB. II.

Idite, fed iratum merito miki mmen, adora ;

Eximatut Scjthmme feritate loti.

Difficile eftjateor, fed tendit m ardua rirtus :

Et tJit meriti gratta major trit.

Sec tamen JEtnaus yafto Poljpbmus in anm

Acctpiet Vf ces Antipbatefie tuas :

Sed pUcidusfactlifque Y Mens, yeniaqut paratuft

Et quifulmineo fapefine igné tonat.

Qui, tum trip Aliquid ftatuit, fit triftis & ipfi i

Cutque f ère panant fumere pana fua eft.

Vicia tamen v'tt'n eft bujus clementia noftrt \

Vtntt & ad vires ira coaSa fuas.

Qui qutniam patriâ toto fumus orbe remti ;

W licet ante ipfos procubuiffe Deos »

Quesctlis , ad Super os bac fer mandata facerdts:

jfddefed & proprias in ma ver bapreces.

Sic tamen bac tenta, finon mcitura putabis.

ignofcas : timeo naufragus omnefretum.


LES ELéGIES -D'OVID-E9LIV. IL iif

culte des Dieux & de Cefar. Adorez la clémence

"d'un Dieu qui eft avec,raifbn irrité

contre moy » & priez-le de me tirer du paït

barbare des Getes. ; Cela eft très difficile,

je l'avoue, mais la vertu n'entreprend que

deschofes mal-aifées ; aufli la reconnoiffance

d'un tel mérite en fera d'autant plus

grande.

Ce ne fera point un Antiphate , ni -un

cruel Polipheme habitans du mont Etna à

qui vous adrefferez cette prière , ce fera up

père plein de douceur , qui eft traittable &

indulgent5 & qui-tonne bien fouventfans

lancer fes foudres. Il eft lui-même facile

quand il eft contraint de donner des ordres

fâcheux, & la peine qu'il impofe aux autres,

devient prcfque fa propre peine.

Cependant la faute que j^ay commife a.

furmonté fa clémence, Ô£ je l'ai forcé à faire

éclater fa colère contre moy. Et comme

je fuis éloigné de mon pais de toute l'étendue

de la terre 3 & qu'il ne ra'eft pas permis

de me profterner devant nos Dieux , parlezleur,

pour moy , vous qui elles leur Preftre,

&qui leur donnez l'encens. Mais fur tout

ajoutez vos prières à celles que je leur fais.

Tentez néanmoins ces chofes d'une telle

forte , que vous foyez affuré de ne pas me

nuire. Meflalinus, pardonnez-moy : Il n*y a

point de mer que je ne craigne depuis le

naufrage que j'ai fait,,


lit

P. OVIDII

NASONIS

DE PONTO.

\ EPISTOLA III.-

MAX1MO.

AXIMS , qui dam mmm virt$t«*

tibus êquâs,

Nêc f.nis ingenkm mbilime pt~

mi 5

C*/r* mêi ( quid enim ftdtus hk s fmtri diffmt)

suprtmum vit A tempm sinfqm mu i

Mem fdcis, affliélum mn dverfams amimm

Quâ mn eft an rmw ulls tm*


LES

EL E G I E S

D' O V I D E.

ELEGIE IIL

A MAXIME.

Qifit m Jféutrrit trep damer de lêûângi*

s fa fille.

A x r M 19 qui. (butènes la

grandeur de •oftre nom par

i J éclat de- vos vertus , & qui

faites voir que voftre efpric

n*eft pas a» deffoos de voftre

maiflànce -f je vous ay toujours honnoré juG*

qu'au dernier moment de ma vie , car dans

l'état où je fuis,* en quoi fuis» )e différent:

d'un mort i Quand vous n'abandonnez-»

puoc uu an» 'dan» L'affliâiom ? c'eft £uw

f •


13o P.OTXDII DBPOHTO» LIB. IL

jmpe quiiem Mu, fed (fi medê verafâtemm )*

Vulgus amkims utilitate probdt.

CMfd quid expédiât ft'm ift , quam quidfit bel

neftnm :

Et etm mtumfiâtque êâditque fideu

Wî fâàk inventât multis i mUibw unum »

Vmntm ptetiumquiputet effe fui.

ipfe da&r rem, fdOififrémd defmt,

Mmfmm,&grdtidpmketeff€préMm.

Mit mfiqmdpwdeft^MMmift. ijetrohe mente

Spem fruités midd mm§ petertéùs etit.

' ~-j& reditus \m quifquefms dmat9 & 'fin qmifiê

Utile ,foUkkisf*pputdt dtticulk.

Mud âmkkiê quêndam jemdbïU mmem

Frtftdty&m qmfk pr§•mtretmefedtf*

, £w mdgis ddmwm ,nm9ut mnntèm mndm*

Commués vtii te quoqut lobe trahL

tottgimwm, mfi cmWêrtum femnda eft.

- Quéfimul immuit, prmms qmftefygdk ' :


L i s E L I G I E S D J 0 V I D I ? L I T . I I . • 1 j i

une choie la plus rare .qui fe voye dans ce

fiecle. Il eft honteux de le dire, mais fi

l'on veut avouer la-vérité, ce n J cft que fur

l J intereft que les amitiés vulgaires Véta-*

bliflènc.

On s'attache beaucoup plus à l'utile qu'à

l'honnête , • c'eft la feule fortune qui fait

fubfifter la foy , & qui la détruit. A peine

ttouverez-vous une perfonne entre raille qui

Veuille cmbraffer la vertu pour fon unique,

rccompenfe. Quelque belle & jufte que foit

un aftion, ©n n'en n'eft nullement touché,

fi elle n'eft accompagnée de quelques avaiv

tages ; & Ton feroit bien fafché d'être hontme

de bien gratuitement. On n'aime que

l'utilité , & fi vous oftez à4*efptit l'espérance

avide du gain, on ne recherchera l'a-'

mitié de perfonne.

. Chacun borne maintenant fon amour 3tfes

richefles, & l'on s'attache beaucoup à

compter avec fes doigts le profit que Ton

peut faire. Le nom d'amitié qui éftoit au-'

trefois fi vénérable » fe -proftituë 'pour de

L'argent comme une femme .pendue. Ainfb

Vous en eftes d'autant plus admirable, que

vous ne vous laïflez point entraifnër par le

torrent d'an vice- qui


1 J I • P. OVïDïI m PONTO 3 LIB. II.

En tgo 9 mn pàuciê quondam mnnitm smicU »

mmfidvk velu dWd ficunds mm i

Ut ftfs nimbêfê mmuetunt dqumrd rente l •

In mediis Isceri pttppe relimpm squis.

Cnmque dln nelmt etism me mffivideri,

Vix dus projet trefre tulifih epem.

Qumum tu pr'meps* me enim mmes effè , fié

Stt£têt% ..

me petite exemptant, fid dore Mgmts et M*

H?» mhil exdHê, nifims pecesffe 'fstentem* ,

Sjpmte[m pxeUtm effcismqHe jeersst.

Jqdke temenedecaret,per fêqrn petenid efi

' Extetnis virtus incemitsts ton*.

Turpi put M aèigi, qms fit mêfersndm > smkmHi

Qmdqœfitinfdix, definm efetum.

Mitim efi tdjfo digimm fuppentre mente ;

Met gère qnsm MqMidis ersmtsmis -aquit* ;

Ceme^quid & 'Msâdei- ptfl msrtem prsftet smkm

Mfidr & kdne. titam mortis hdete pats*

Fkitlwiim lèe/èm Stjpm. màpmt si-uni*: -

Jt Stjgih qfuntmfirs mes d^dt-djuis !

JQfuii m/smt pvems Fhmsm Qteji* ;

a Maciêis* Atàikcftoit pctii ils «bc*


LES -ELéGIES D'OVIDE , Liv. II. i j y

Moy par exemple f eftpis autrefois pourveu

de beaucoup d'amis > quand j'avôis le

vent en poupe, mais fîtôt qu'il excita des

orages fur la mer 3 je me vis abandonné au

milieu des vagues avec mon vaiffeau tout

brifé. Et dans Je temps que les autres ne

vouloient pas faire voir qu'ils m'euflènt feulement

connu , à peine futes-vous deux ou

trois à me fecourir dans mon afflidion*

Vous en eftiez le premier : car un homme

comme vous meritoit de marcher à la tefte

& non pas en rang , puifque vous donniezexemple

aux autres de vous fuivre. L'aveu

que je fis de ma faute porta vôtre humeur

genereufe à-m'aflifteiv

Vous tenez que la vertu n*a befoin d'au-*

cune recampente>& qu'il faut la rechercher

pour elle même , fans qu*elle paroifle accompagnée

des biens "étrangers. Vous regardez,

comme une infamie crabandonner &

de méconnoître un ami qui eft dans le malleur.

Il eft. plus humain' de fbutenïr ibus: le

menton un homme qui ne peut plus nager,,

que de le laitier aller au fond de l A eau.Confîr

detez-bien ce que fit a Achille pour fon ami»

après qu*Hedor l'feùt tue :ne doutez pas quels

vie que je mené ne foit comparable à la

mort* Thefïe accompagna Pirkhoiis. )ufques

aux Enfers: en quoy. trouveton ma

mort différente de celle qui nous envoyé en

ces Bas-là a Le Prince- de Phocéè n'ibao*


IJ4 P. OviDII DE PONTO,- LlB. IL

Et mtâ non minimum culpa fmétis bdbet.

tu qmque magnwum laudes admitte wiwrum ;

Ut que f Mis , lapfi, quam pus, a fer êpem. .

Si kne te n&vi \fi qmd prias efe filebm,

Num qnêque es , dtque anbni nm ceddere tmiK

Çnûfmma mages finit, f**gis iffi fefifiis :

Ut que decet, ne te vUcrit iid, cdvts. •

Mt km mi pugms, bme pugnms efficit boft*.

Sic eadem prodefl caufa, mcetque mbu

Scilket indtgnum, jmems rarijpme, émis

Tefieri Cêmkemfiantis m mk De*.

lirmus $s\&, qumiam rmnfunt ed qudlia veBes»

Vêla régis quaffk qudlidmnqM ratk.- '

f^usque kd mncuffd ejt, mjam cafum puttm :

Méfiât ddbm humern fuit a ruina mus.

Ma quidem prima fmrat tudjufta, me ipfi

Lenmr, êffmfm qui- mibi jure fuit.

Quique d§kr peëus migiget Cafitris dki * • -


' Lis ELéGIES D*0V»ES LIT. II, ijf

^donnâ point Pinfenfé Orefte. Le fouvenir

de ma faute méfait prefque perdre Pefprit.

Aprouvez-donc les louanges que je donne

à ces grands hommes, dans ma miferc

accablante , fecourez-moy comme vous

laites , autant que vous le pouvez. De k

manière que je vom connois, vous eftes le

même qu'autrefois , & vous n'avez point

changé de fentiment. Plus la fortune exerce

là rage , & plus vous lui refiliez , prenant

bien garde, comme il eft jufte de ne

pas vous laiilêr vaincre.

Cette cruelle ennemie fait par fes rudes

combats que vous combatez rudement, &

c J eft ainfî que la même caufe m'eft avanta*.

geufè & nuifible. Oiii merveilleux jeune

homme, vous croyez qui! eft indigne d J être

compagnon d'une Deeiîe qui eft -toujours

dansl'inftabilité, vous eftes toujours con£»

tant , Se comme les chofes ne font pas dans

Peftat que vous fouhaitteriez % vous ne laiffez

pas de mettre à la voile mon miferablc

vaifïeau , tel qu'il eft dans fou débris : Et

quoiqu'il paroifle fi brifé, qu*il'menace de

naufrage , il vogue encore fur mer par Pap*

fui que vous: lui donnez*

Vous aviez raifon au commencement

d'eftre en colère contre moy i auffi n'eftieztous

pas moins irrité'que le Prince quia

fujet de me haïr. Et vous proteftiez que le

dcplaiiir qui touchoit le cœur de Cefati


*jô P.OviDII DE PONTO , Lx*. IL

lUttm jurabas prmnus efe tmm :

Ut tamen. audit M eft nofira tibi dddis mgp »

Dkeris erratis mgemuijfe mets.

Jum tua me primumjilari literd tmplt j

Mt Ufumfie&i fpem datepêfe Beuwk

Movk ameuté tum te conftantïa Imgd \

Ame tum mtm qm mibi emptafuit.

Mt qmd et M aïïkfadm, mibi mtm amtem :

Qu$dquê tibi m cunis t/cula prima dedim

Qu§d, tum veftta domus tmeris mibi {emporté

dftms

Cuit a fit, effe ntm mtm tibi cogar mm»

Me tum iïïe pater LdtiafacundU Imgm»

$M£ non. infeïht mbilitate fuit »

Frimm ut auietem cmnmktere cornùm ¥mm

MpuMt. ingmi dux fuit iiê met

JStit, qMûfitprimum nobh a tempère mltm»

€ûmeBd§fraitem.pêfe reftrte tMMm»

Je tsmen awtt mm$ itafmn tmnphxm, m mtm •

QaoBbit m €&{u gratis n&Jïrafmi*

Uk°wmw»teêtm ridfej mm/lippu- eaàmm '


lis EUGIIS D f OyiDis Liv*. II. 137

eftoît devenu le voftre propre, Mais quand

vous eûtes appris la caufede mon mal-heur,

on dit que vous fotes affligé de mon Imprudente

conduite. Auffitôt YOUS commençâtes

à me confMerpar une lettre, & à me faire

efperer qu'on pourroit fîêchïr le Dieu que

j*ay offenfé. Vôtre ame fut attendrie par

cette confiante & ancienne amitié que fa-

Yois pur Yoftre maifon, avant même vôtre

naitfànce. Alnfi TOUS efHez né mon ami, au

lieu que vous l'eftes devenu des autres. Et

puis je YOUS ay donné les premiers baifcrs

dans vôtre berceau.

Comme donc j'ay eu depuis mon Jeune

ige beaucoup de vénération pour vôtre ramil- .

le , je me vois contraint comme un vieux

ferriteur de vous^eftte maintenant à charge.

Yoftre père qui eftoit le modelle de l'éloquence

Romaine, & qui égaloit en cela la

grandeur de fon extradion m J a le premier

excité à expofer mes vers en public au caprice

de la renommée 5 & c'eft lui qui a formé

mon efprit. Pource qui regarde voftre

Érere , il peut vous dire lui même que je l J ay

toujours honnoré dés mes plus tendres

années.

Je me fuis pourtant attaché à vous prefcrablement

à tous les autres, pour trouver

en vous feul un âzile dans, toutes les occa»

fions qui me pourroient arriver. Nous nous

trouvâmes cnfcmble fur les frontières dl-


' J 38 P. Griftll DE P©KTO , LlBi H.t

Excepit kcrjmm Mthalis llvagents.'

Cum tibi qmremi s mm rems nunâm effet,

jftmlirdt culpa quem maldfamd mes j

Inter mnfeffkm dubiê dubieque mgdmem

Marebam fdvidm dente timere mtas :

Mxêmploqm nivis, quamfdvk dqudtkus Astjter*

Guttd fer dttmitm ibdt ebmta gtnm.

Md£ igitm referens j & qmd me* mminaprim

Mtreris verni p$fe Ut ère vides ;

Mefpids antiquum ta/fis in rébus amkum j

Fmentifqtte juras ruinera mftra mis.

Froquibm êptandi fi mbis €§pmfidt,

1dm bene prmérité €§mm§dd mille precer,

gedfifêla. mië- dmtrn tm md; preéabêf,

Ut tibi fit falvi Cdfarefdlyd parens.

BM eg$, mm faeeres altariap'mguia tbure, ;

Tkfolitummèm'miprima régate Deos.


Lis ELIGIIS D'OVIOT , Liv. H* 15* •

talic que nous arrofâmes de nos larmes. Et

quand vous me demandiez sllétoit vray que _

je foflè auffi criminel qu'on* TOUS avoit dit,

je n'ofois le conférer ni le nier, tant la

crainte me rendoit timide. Je fondois en

pleurs comme la neige qui fe fond par un

vent de midi.

ITous réfouvenant de ces choies , de

confiderant que mon imprudence eft excu*

fable i quelque criminelle qu J elle fait vous

regardez favorablement un ami quieft tombé

dans un mal-heur, &- vous foulagez mes

playes par les doux remèdes que vous y

mettez. Que s'il' m'eft permis de faire des

fouhaits enrcconnoiflance de ces biens , je

vous fouhaite-mille avantages pour tant de

faveurs que vous me faites. Mais fi l'on ne

veut accomplir mes vœux , que félon les

vôtres f je prieray feulement pour la prolperite

de Celar, & -pour celle de vôtre mère »

car je me fouviens que quand vous offriez

de l'encens fur les Autels, vous demandiez

ces deux grâces aux Dieux preferaUcment à

toutes les autres. . - •

•***


!4o

P. OVIDI I

NASONIS.

DE PONTO.

EPISTOLA iv,

A T T I C O.

CCIPE CQUoquium gelide Ndfi~

nis ab Ijir$,

Attice 9 judkiê nm dubkande

Mcquid adhuc rémanes mmr infelkis amki ?

Deferit an fartes languidd cutd fuds ?

Mm 'm Dî triftes mihifum sm crederefoffim,

Wdfqmfmem jdm te nm meminife meL


I4i

ttê MW EflO MM Ml «»»«•»«•»«&*«»«»•£*»

LES

ELEGIES

D' O V I D E.

—" - Il -I • ,,,,,,,, - ,!• • »••«

ELEGIE IV.

A ATTICUS. '

Ji luj demande la mnfmudtimde fin mitii*

O v cher Atticus a qui ne m'avez

jamais donné fujet de vous

foupçonner d*inconftance, recevez

la lettre que je vous-envoyc.

des rives glacées du Danube, Vous fouvcnez-vou^

encore du plos malheureux de vos

amis ; & votre amitié languiffante ne fait

elle plus fon devoir} Les Dieux ne font pat

fi contraires que je puiffc m'imaginer,. &

même Je ne crois pas poffible que je ne fois

faspicfçmcme&t dans-Toftrc fouvenir. Je


t41 P. OVIDII DE'PeKTO > LlB. II.

Ante meos ocuîos tudftat, tuâfemper image eft :

Et videor f Mitas mente videre tues.

Séria multa mihi tecum coïïdtd recordor :

. Nec ddtd jucundis tempora pauc* jocis.

Sdpe dtd longis vifs ferm&nibus hors :

Sape fuit irevior, quammeaverba, dits*

$£pe tu'dsfd&um venu modo carmen dd dures j

Et nova judicio fubdita Mufd me eft.

Quod tu laudarm, populo pUcmffe putabam :

Hocpretium cur* dulce retentis erat.

Utque meus lima rafus liber effet amici,

. Nonfemel admonitufafta lit ma tuo eft.

Nos fora vider unt pari ter, nos porticus omnis\

• Nos vid, nos juniiis curvd theatra bas.

Bemquettantus amor nobis, cdriftime, femper9

Quantus in Macide Neftoridequefuit.

Non ego, fi biberes fecurd pocula Lethes,

Exddere bdc credam peâore poffe tm.

longd dits citius humait fidere, mxqm

Tardior hiberna folftiûalis erit.

Nie Mdbjlon dfttêm, nec frigors foutus baMk,


LES ELéGIES D'OVIDE > Liv. IL • 14$

me rcprefente à tout moment devant les

yeux l'Idée de voftre perfonne , Se il me

fembk que je vois fans celle voftre vifage.

Je me remets dans l'éfpric beaucoup de

chofes ferieufes qui fe font paflées entre vous

&moy * & même plufieurs divertiflémens

que nous avons pris enfemble. Souvent nos

longs entretiens ont trouvé le temps trop

court, & fouvent le jour ne fuffifoit pas aux

d;ïcours que je vous tenois. Je vous ay plufours

fois recité les vers que je venois de faire

, & je foumettois à voftre jugement ces

nouvelles productions de mon efprit.. J'eftoiç

perfuadé que le public recevroit agréablement

tout ce que vous approuviez , en quoi

mon travail reçût une douce recompenfe.

Et pour bien polir mes ouvrages par voftre

lirhe officieufe, j'y faifois plufieurs ratures

félon les avis que vous me _ donniez. Le

Barreau, tous les Portiques , les rues Se les

théâtres nous ontveus fouvent enfemble.

En un mot, mon très cher A triais, noftre

amitié pouvait s'égaler à celle d'Achille,

Se de Patrocte. Pourquoy je ne fçaurois

croire que vous pujpfcz oublier ces chofes»

quand même vous auriez bu des eaux dm

neuve Lcthé. Pluftoft les jours paraîtront

de longue durée en hy ver , & l'on trouvera •

les nuits courtes dans la faifon des frimats :

Piuftoft Babilone n'aura plus de chaud , ni

le^ont-Eaxin'de gelée i & pluftôt l'odeur


•144 P'OVIDÏ! w PONTO>LXI.II.

Cdltbdque * PdftanM vincet tdore r§fm :

Qudm tibi mfttdmm wmiânt dlivis rerttm.

NM itd putsjéiti candidd mBd mu

Ne tdmm h M iki pêfiîfidMdd mmddx ,

mnkdqm miulitM mjkdfmjfe, cdwe-9

Cênftdmtique fiée weterem mtdtt fiidltm

Qus luêt , & qudnmm mn mmfm m.

a Pàftmm rêfm. La ville de Pelle en Leeanic cfloît

ceiebie pous Ici bonnes foies*

de;


Lis ELéGIES D'OVIDE , Lnr. II. 145

des fonds fera plus exquife que celle des

• rofes , que vous puiffîez oublier ce jpii

c'eft pafle entre nous. Ce de'ftln ne m*a pasencore

poufïe fufqu'à cet excez dinfortune.

Prenez garde neamoins que cette confiance

ne me trompe -, & que je ne fois la dupe,

de cette credulité.Confervez à voftre .ancien

ami une inviolable fidélité, autant que vous

le pourrez , & que je ne vous feray point à

charge.

Tmt IX.

^

o».


t& & r& '•& A- & A f& * A * *~ -m

P.OVIDI I

NASONIS.

DE PONTO.

EPISTOLA V.

S A L A N O.

OND ITA difpatibm numeris eg#

Ndfè Salano

, FtéLpofitâ mifi verba falute meo.

Qus rata fit cupw , téafqm ut cmpréet

omen %

Je precwa fdvê poffit, amke, legk

•vandor >in hoc &VQ tes intermortud ftne,

Exigit utfacidm tdlid v§id , mus.

Kam fmrim quamyis nwd'm tibi coffùtusufk9 «.


LES

ELEGIES

D'OVIDE.

P • • „»„„,, ^ ,

' UEI3IE V.

A SALANUS.

147

Il -le remercie de la pan qu'il frend k fin malheur.

'ENVOYé cette Elégie à mon.

cher Salanus, & après lui avoir

fait mes eomplimens > je fouhaite

qu'il le porte bien , &

que la chofe étant en effet

comme je -ht defîre , il puifle lire ma lettre

dans une parfaite fanté. Voftre probité qui

tft une 'vertu prefque morte en ce fiecle §

exige ces Yoeux de moy qui vous fuis tout

dévoué. Car quoyque nous n'ayons pas eu

«ne- grande focicté enfcmble 5 vous -avez

G ij


' I48 P. OVIDII Dï PoNTO s LlB. IL

Diccris exfiliis ingemuife meism

Mifaque db extrem§ légères mm carmina ?ont§>

llla tuusjuvit qualidcunque favor.

Optaftique brevem falvi mihi Cdfaris iram 5

Qu§d tamen optari, fi 'fiiar, ip/e [mat.

Mmbus ifia mis iam initia vota dedifti : _ ,

Bec minus idc'mo funt ed grata mihi.

Quoque mdgis mweare malis, doftijfime, noflrit,

Crtdibile eft fieri amditione locu

fix hdc imenmtotum (mihi mie)ferorkms

QMS minas Jugufik Pacefruatur 9 humain.

Tu tdmen bîcftruftos mm ferd prdia ver fus

Et-legis 9 & leêlês me favenu prés.

' ingenioque meo, venâ qmdpdupere mandty

flaudis 1 & è nv&fiumind mdgnafdck.

- Qrata quidem funt hu an'm§ [ufragu ntfiro j

Vixfibi mm miferos pofe pUcen putes.

Dum tdmen m rébus tentémus carmmâ-parfit.

Mater m gracili fufficit ingenium.

Nuper ut hue magni perfinit Fama triumphi 5

Âufmfum tante fumm m§Bs §pu$.


Lis EIIGIIS D J 0VIDB , Liv. II. ' 149.

pourtant para affligé du malheur de mon

exil ; & lotfque vous avez lu les vers que

j'ay envoyés du pays de Pont, vous les avez

fait valoir par voftre crédit autant qu'ils le

meritoient. Vous avez même fouhaité que

Ccfar ne fuft pas long-temps, irrité contre

moy. En effet il ne defaprouveroit pas des

fouhaits de cette nature.

Ces vœux remplis de bonté montrent la

cîoeceur de vôtre naturef , ce qui me les

rend encore plus agréables. Mais Salamis,

il y a fujet de croire que le deteftable lieu ck

mon exil fait voftre plus grande affliâion.

Vous devez eftre perfuade qu'on auroit bien

de la peine à trouver un autre pays moins

paifible quecelui-cy : Cependant les vers

que vous lifez ont efté faits parmi des combats.

Et non content de les lire favorablement

, vous leur donnez voftre approbation.

Vous applaudirez à mes écrits.comme

s'ils venoient d'une riche fource ; & de ce

etit ruifleau vous en faites un grand fleuve,

Î

'avoue que je reçois agréablement ces mar­

ques d'eftime , quoique vous ayez peine à

croire qu'on miferable comme .moy puïfte

eftre capable de quelque plaifir.- Néanmoins

quand j'entreprens de faire des vers fur- de

petits fujets, mon génie fournit à^ela. Dernièrement

que j'appris la nouvelle d'un

, grand triomphe, je rormay le hardi deffein

G iij


IJO P. OTIDII »E PONTO * LlB. IL

Ô^risri/ audentem mum grdvitdfqne niterqttc? ,

Xtf jWf«f otpwpondéra ferre met.

gk quâm laudes, mr ^frtySr nlmtdê»

\. Cdters mâttt'û débilita ta jacent.

^u§dfifmte liber vefiras pervemt ad dures i

Vitetam mande-fintiat #fe mm.

Mu tibifaëm§ 9wlfimn ipfe mgarem »

Jadd cumulus gratta mjtra le fis.

" Nm ege laudandm yfedfmt tua pcSora* laite

Et mn cakati caniidiwa mn.

Mkarifqut alies 9 mm fis mirabilis ipfe i

Nec lateant artts, ebquiumquê tmm.

fe juremm frimeps, m ddt Germama nemen-t

Fdrtiëpem JhdiiCdfar habere filet.

Tu tûmes amiqms, m prmis junUus ab annè*

Ingénié mous équiper ame, places.

le dicente prins fit ptetinm impetus illi :

Teque babet, ilkias qm fua verba mm,.


Lis Eneiis D*OTïDE9LIV.'II. j-fw

île traitrer cette grande matière. Tout audacieux

que j'eftois je fuccombay'fbus le

poids des belles chofes que j'avois à dire,&

Je ne pus foûtenir le fardeau dont je m'étois

chargé. En cela ma bonne volonté pourra*

mériter vos louanges , mais le refte eft

contraint de ramper, funnonté par la matière.

S'il arrive néanmoins que vous entendiez

parler de mon Ouvrage , je Vous conjure

inftamment d'en eflxe le protedeur.-

Quand même je ne vous en prierais pas f

peut-ctre le feriez-vous par un petit furcroît

d J amitié qui vous porterait à m'obligea

Je ne fuis pas digne de louanges $ mais :

vous l J êtes, Salamis ,• par la candeur de vôtre'ame

qui eft plus blanche que le lait, &

que la neige quand elle n'eft pas encore foulée.

Er vous qui' admirez les autres , vous

n'cftes pas feulement admirable parvoftre

fçavoir , mais encore par vôtre éloquence

que vous ne fçauriez cacher.

Cefar furnommé le Germanique qui eft

Prince de la Jeunette vous admet ordinairement

à fes études ,- Se comme vous eftes

dans cette lïaïfon depuis vos jeunes années,

& que la bonté de vos moeurs égale les belles

qualitez de voftre efprit vous, lui eftes

fort agréable. Vous ne commencez pas

pluftôt à parler , que le torrent de fon éloquence

fe déborde, & il vous tient prés de

G ïiij


tfZ. P. OviWI M POKT© > LlB, 11.

Qm tttdesîfti, wmttdlidque §ra quietmm,

ClâufdqMe ' mn longi tonncutrt morâ 5

Surgit inlhjmenk tognomim dignm*

Qudlis âb lois Lm'fer mus âquis.

'mmqmfikns udftât > Jtutus tfi mlmfqm difirsi,

Spemqm decens doit* yods amiâus béet.

Mo%> nbipulfd mord eft9 âtqm os cdefte fibstu

Mu Supetos jutes monte filtre loqui.

jftque* Hic efi * dkmfdctmdiâ Principe digtiâ ;

Mloquio tântum mbilitdtis ineft.

Huk tu mmplâcem 9 & vertkefiderâ tângm*

Scriptd tdmen profugi yosh bdkndd $:itm«

Scilices ingeniis dïtqnd efi cmcordk junclis 9

Et firvdt fiudiifœderd quifqm fui

Rufikus dgricoUm, miles ferd belld gtrtnttm,

Mefitorem dubu mvitâpuppudmdt.

Tu quoque Piëridum ftndio, fiudkfi , ftntris}

Ingmkque fâves , ingenkfi , mto*

Difidt opus mflmm -ffidfontibm mt dé îfdem :


LES ELéGIES D'OVIDE ,. Liv. IL 15.5

lui pour exciter fes difeours par les voftres.

Mais quand vous celiez de difcourîr à la

manière des hommes , & que Ton a gardé le

filence un peu de temps s ce jeune Prince

qui eft digne de porter le nom d'Iule, fe

levé comme l'étoile qui nous annonce le

pur : Et lorfqu'il fe tient debout fans dire

mot 7 fa contenance & fa mine montrent

qu'il eft éloquent. Ainfi cette belle appa-.

rence fait elperer un- difeours rempli de

Dodrine. Enfuite après quelque paufe,

quand il ouvre fa Divine bouche on jureroîc

que les Dieux parlent comme lui ; Et l'on

diroit que fon éloquence eft digne d'un

Prince 5 tant il y a d'élévation & de grandeur.

Cependant quoique vous ïbyez agréable

ta jeune Cefar , & que ce bon-heur vous

élevé au deflùs des hommes , vous ne laiifez

pas de fouhaiter les Ouvrages d'un Poëte

banni. C'eft à dire qu'il y a quelque fimpathie

entre les efprits aflbrtis enfemblef&que

chacun regarde naturellement tout ce qui

convient à fa profeflion. Les vilageois confiderent'les

•laboureurs» Les foldats fréquentent

ceux qui font la guerre , les matelots

aiment les Pilotes.

Et vous, Salamis qui aimez l'étude T vous

eftes charmé de la Pocfîe , & voftre efprit

vous invite a favorifer le mien. Nos genres

d'écrire font difterens , mais ils viennent

G •


i|4 ?• Ovœn DE'PONTO , Lu. II..

Ârtis & mgênué culur mer que fumas.

[» Tkjrfm emm féis, jç/bf* f / ldMfm m ^ s *>

Stdtamen ambém déet ineffe coter.']

Mtqm mis mtmoris. Ma dm fomndi* nerf m ;.

Sic wenis s mUs in tua verta mut. '

Jure igitnt jtudh mt^mê carmin* vçftn,

Et cmniïmi facra tûend* putm*. •

tm quéus mmamat 5 de qm cmfms x omkm

Cmpmêt ad fit* tempéra-fumma fua ;-.

Succédât qm .mis or bis modérât n habmis*

Qu®d mtcumpfuït WM pmantut iém^

â TjtpMnim* Le Tyrfc cft Icj îc fimbolc delà ?e»

tciBcucc qui cil fiecclâiic â ua Orneuc


LES ELéGIES D'OVIDE > Liv. II. >ijj

d'une même fource, & nous cultivons tous

deux les belles lettres , vous portez le

a Tyrfe,. & moy le laurier , & il -faut du

fer-dans nos Ouvrages. Que ïî l'éloquence

donne, à la Poëfîe de la force & de la vigueur

, l J éloque3|ce tire fon'éclat de la.

Poëfie. 7

Il cil donc vrai que les-vers ont beaucoup

de convenance avec vôtre étude , "&

que vous- prétendez maintenir les. iàcrez;

myfteres de nôtre milice dans une -étroitte

liaifon. Je prie les Dieux que le Prince

dont vous eftes favori perfifte dans ce fentlment

jufques au dernier'moment de vôtre

vie , & que félon mes prières & celles du,

geuple y il fuccede quelque Jour au gouvernement

de l'Unit^*..' ".•'..

G- rj;


*5


ÏJ7

LES

ELEGIE S

D' O VI D E.

^ # - _

i—— —•»••» «y « •', i • _ "i

ELEGIE VL

A GRECINUS.

XI impkre fin audit-

OMMI Je fuis confiné fur

les rives du Pont Euxin, je

vous falue maintenant en vers»

, moy qui avois. accoutumé'de

• vous fàluër de vive voix. Ceft

un banni qui vous- parle j cette lettre me

tient lieu de langue y &c s J il ne m J eft point

permis de vous écrire , }e feray muet.. Vous

faites, félon vôtre devoir une cerreâioirà

voftre ami touchant fa folle conduite, 6c

. vous méprenez qu'elle metiterok d J efea-t

plus fevaement punie»


WjS' P. OVIDH DE PoNTO-* LlB. H.

Werafdds ^fed-fera ymm convias culpê.

AfptM- confefib-verba remkte reo.

€um poteram rtSto trenfin * Caauma vélo ».

Ut fera vkaremfaxay rmmndm tram.

Wum mihi naufrdgw §mdprodefl-difcm faih;*'

Quant mea debuak carrât- cjmba viam l

Mracbia de la£h pot'm frendenda natanti :-.

Nec pigeât mente fuppofuife mmutn*.

Idque faeis.3 fada/que preca. fié mater & MX§0-

•Sktibifintfratres, utaque falva-domus.

Quodque foies animo, quodfempa vttt precari^, "

Omtiia.Otfaribm fie tua faëa probes.

Tttrpe ait in miferis veteri tibi rébus amern

jfuxilium nulle\parte mliffe mum.

TMrpe refartptitm, me.pafu flore ttmeir '•

Turpe lahramem àefemifjt ratrn.

f Turpe jequi cafum, & fiatuna eedere amicum*

Et, nifi fit felhc,. ejfé negart fumn, ],

Mmka rixatmt^ Smphio atqus. Agamtnmme:

nati:

Mon bâc Mgidd- Bmthoiqm fides*

a Strêpbh, P yiade comme nous avons dit cftôlc fils-»

4* stiophms î ÔL âureik i'eitok d'A&mcmfion,--


Lis ELKJIIS BOVIDE s LlV; IL rjj»

Vous avez raifon- de me reprendre, mais*

TOUS le. faites trop tard: ne me tramez

pas fi rudement en proies „ puifque j J a-

¥oiie mon crime. Dans le temps que je pourvois'"

paiîer les rochers affreux du mont

* Ceraunien à pleines voiles^ je defvois alorsmettre.

averti;Maintenantrque j'ay fait naufrage,

que me fert- il de m'apprendre la.

route que de voie tenir mon vaifîcau ? Tendez-moy-

pluftôt les- bras,. n'ayant pas laforce

de nager , & foutençz-moy fous le-:

menton. Céft-ce que vous faites auffi, ÔC

Je vous fupplie de continuer arme rendre de

bons offices. Je fouhaire en recomptfnfcque

voftre mère 5 voftre femme ,.& vos freitsîfc

toute voftre maifon foient dans une

floriflante profperité , & que félon vos fou-*haits

ordinaires vous faffiez bien v.ôtre cour:

àCefar..

Il vous feroït bien honteux de ne pas fecourir

un ancien ami" dans le déplorabletftat

de fes affaires. Il y auroit de là lafcheté

de reculer, & de lalçher- lé pied, & d J a-tandonner

un vaiticau qui le trouveroit:

dans le péril.. Ce feroitune infamie de biffer

fans. affiftance un ami : tombé-dans lemalheur

, & de. renoncer à-fon amitié , .lorsque

la fortune, lui. ferai t. contraire. Ce n'eft

pas ainfi" que vivoient. b Byladc &.Oreftc 5; •

& ce n*éft pas de la forte qu'en ufoient The-fisc

ôc Pirithous, km fidélité confiante a été:


léo P. OVIDXI DE PONTO* LlB.1L

Quos prier eji mirât a ,/èquens mirahitm &tu :

In quorum pUnfin ma theatra finant.

TU qmque,per durum ferrât o tempos amico >

Dignm es in tamis mmen babert virké

Mgnm est &, qmniam Uudempktatt nurerkp

Non erifofficii gratta farda ttâm

Crede mibi, ( nopum fi nm mort aiefutmum

Carmen) in m fréquents pêfteritatis tri*.

Mac fnod§ permamm lapfe, Gracine 5fidelw ;

Buret & in longae impetm ifte morm.

Qua tu cum pra/les , renm tamtn uxm in awL

Mil mat édmtffe fubdere cakar eqm+


LESêLKIES D'OVIDE , LiT.IL 161

l'admiration de l'antiquité , &• les fiecles à

venir l'admireront éternellement. De" la

vient que tous les théâtres retentiifent de

leurs noms.

Vous eftes fans doute digne d'avoir place

parmi ces Héros, pour avoir efté fidellç à

vos amis pendant leur advetfité. Vous méritez

cet honneur par vôtre tendre affedion;

auffi yerrez-vous que vos bons offices feront

publiez avez reconnoiflance. Soyez perfiïa*

dé que fi mes Poëfies peuvent devenir immortelles,

la pofterité parlera de vous.Coi*»'

tinuez feulement à donner des marques

d'une conftante amitié à l'infortuné Ovide,

& faites que cette ardeur foit d'une longue

dorée. Quand vous agirez de la forte, je me

feryîray de la rame & du vent : On ne fç

trouve pas mal de donner de l'Eperon*


l4%

P. OVIDII

NASONIS.

DE PONTO.

'EPISTOLA Vil.

A T T I C O.

SSE fâlutdtummit umealittetê

pnmum

• jf mdk a pacdtis- $ Attice s mijk

Gëtis.

rroximafitbfiquituf, quid agds,audire voluptM*

Et fi y qukqutd agds ,fo tibi cura ma,

Ma dubim qmnfu : fedme rimoripfe malomm

Sape fupervacms-cêgn hdbm mmus.

Dd reniant, quxfo * nïmmqm ignofie tinwri.

a Malê patois. Qii^iqué la paix régnât alors par tout

Je monde, IcsGctes ne Uiffoicat pas de fane des- cou^

les turlcms voi&is.


%64 ~P. OviDXX DE P'ONTO , LlB. IL^

• Iranquillm etiam mufragus bmet dqum.

Qui femd 'eft kfk faBaci pifcis d ' ham§ ,

Omnibus une a cibis dra Jubeffi putdt*

Sape camm knge vifumfugit âgma, lupmnqm

Crédit-y & ipfdfuam nefi'm yitdt opem.

Membra refêrmidant moUem quoque/kucU tdHwm

Vanaque follicitk mentit ambra metum.

Su eg& Wortum telis cènfixus iniquh,

PeUûre cmcip'm nil nifi trifie me§,

Jam mibifatdliquet eœpm fervantid curfis

Perflbi cmfmtm femper iturd y$m.

Obfervare De§s, m quid mihi ceddt dmke,

Verbaque Fortitn* rix puto pofe dort. •

Eft itli cur* me perdtre, quâquefolebat

Efe levù, emflans & km certd mm.

Crede. mihi, fifmn veri tibi cognitns m'u,

mefraus in nofiris Cdfibus efe pote fi j

• Cinjpbmfegeîiê citius numerabis ariflas,

Attaque quam multis floredt Hjbla tbymis:

Et qmt dves m$tù nitdHtur in aéra permis \

i Qùttqtte fiaient pifees équme, certus crû :

Quamtibi noflwrumftatuâturjummakbwum, '

a CimpMsfegëth. Le fleuve Cynips dmi h lybic

aaoïou une toucrec fcuilc en bled*.


Lm ELéGIES D'OVIDE , Liy.II. 16f

àpprehenlion : Un homme fauve d'un naufrage

craint même les eaux tranquilles. Les

poiifons qui ont elle une fois attrapez à l'hameçon

trompeur, s'imaginent qu'il y a toujours

des crochets d'airain cachez fous les

appâts qu'on leur donne. Souvent les brebis

prennent poui de» loups les chiens qu'elles

appercoivent de" loin 9 & fuyent leur

propre derenfeur. On craint le moindre attouchement

aux endroits où l'on a eu des

blefllires. ' Les Efprits timides ont peur de

l'ombre. Ainfi je ne penfe rien, que de trifte,

depuis que je fuis en bute aux funeftes traits

de la fortune.

Je fuis maintenant'perfuadé que le deftin

va toujours félon fon train ordinaire. Bien

lus y mon cher Atticus , je m'imagine que

les Dieux s'oppofent- obftinement à mon

bonheur , & qu'on auroit de la peine à empêcher

la fortune de me perfecuter. Elle

prend foin de me perdre, & quoiqu'elle foit

ordinairement variable , elle paroift ferme

à me nuire. Si vous avez quelque foy en

mes paroles , vous devez croire que j'endure

une infinité de maux. Il vous (croit

plus aifé de compter tous les â le

épies de

bleds de la Libie , & les fleurs de Thim

du Mont Bible : vous fçauriez ^luftôt le

nombre des oy féaux qui volent en l'air,

& combien il y a de poiffons dans la mer,

qu'il ne me feroit poÉble de vous dire en


«06 P. OVIDXX w PORTO" , Lu, ïï.

QM$S eg§ fum terri, qms igo pdf us tiqua* ^

. Nuïïd Getis têtu gens tft truculentior mbt i

$ed tamen bi noftris ingemuevt malts.

.


LES ELéGIES D'OVIDE , Liv. IL i6f

détail les miferes qu'il m'a fallu endurer paflr

mer Se par terre.

Les Getes qui font les peuples les plus inhumains

du monde, ont efté même touchez

de mes maux. Si j'entreprenois de vous les

décrire en vers, ce Pocme, qui contiendrait

mes avantutes, feroit auffî long que l'Iliade.

Je n'ay rien à craindre de vous , après

mille témoignages d'aïoitié que vous m'avez

donnez ?: mais c*èft que les miferables

fomme moy font d'ordinaire craintifs, &•

qu'il y a long-temps que la joye ne veut

plus m'ouvrir fa porte.

• Ma douleur s*eft tournée en coutume, & • •

comme les eaux par leurs fréquentes chûtes

creufent à la longue les rochers 3-ainfi je fuis

tout percé des coups que la fortune me donne

continuellement | & iln'y a nul endroit

fur mon corps ou je pufl'e recevoir une nouvelle

blellure. La charrue-n'eft pas plus uféc

à force de labourer •; & la voye d J Appius

n'eft.pas plus foulée 8c battue par les roiies

des chariots , que je fens mon coeur déchiré

par la multitude, infinie^ de mes traverfes,

fans que j'aye pu trouver de foulagement.

Plufieurs hommes ont acquis de la gloire

9 pour s J étre rendus habiles aux arts libéraux-;

& moy mal-heureux que- je fuis je

me fuis perdu moi-même par mes Pecfies.

Souvent on pardonne une faute ' à la prière

des amis , & perfore n J a ofé parler pur


y

"\6t P. OviMI DE PoHTO* LlB.II.

Mjuvdt in duris altos prdfenîia rébus :

Obmit hoc abfins fdfta pr&ceia captif.

Que nm hmnmnt tddtam qmque Cdfdris iram

• ÂdditdfuMpmnis a/perd verbd mets.

Mtfngd tempmbus kv'mr : projeëus in êqmt

ArBummfubn flëiadnmqm minas.

Sape filent hjemem plaàddm fintite cmns :

Nm Itbacd puppi favhr undafuït.

Rêiïd fiées cmitumpotcrdt mala mfttd levâtes

Bit ma eft fpêlïu ptrfidd turbameis.

Mit'ms exfilium fddunt Ima : tnftim iftâ

Terra fub 'ambéus mnjacet ulld polis.

Eft atiquid patriis iicinum finibm tjfe :

Ultima me tellus, ulûmuê wbis habit.

Tt&ftdt & exfuUbus pdcemtua lame a, Câfkr:

Pmtkd fintùmo terra fub boftejéiut.

lempus in dgrûtum cultu mnfiimm duke eft :

Mênpatituf yerti barbarm hêftis bumum.

Jemperie cals cotyufque anmufqm juvantur :

&i£*re perfituç Ssrmmk m A riget,

moy*


JLis Eumis B'OVHIE , Liv. II. • 1%

»©y. La ptefence fcrt beaucoup dans les

af&ires fikheufes, & mon abfence de Rome

m'accable d'une horrible tempefte. Helas !

Qui ne tremblerait de peur i la colère de

Cefar, quand même il ne diroit rien ? Mais

en m'impofant ma peine , il m'a parlé rudement.

il y a des temps qui foulagent la fatigue

des voyageurs j & moy je me mis en mer

durant la faifon des tempeftes. On a fouvent

en hivet des jours favorables à la navigation,

mais noftre vaïffeau fot plus agité

tjue la flotte du Prince d'Itaque. La fidélité

des gens qui m'efeortoïent , pouvoit adoucir

mes maux , & cette troupe perfide de

Î[ens s'eft enrichie de mes dépouilles. Les

ieux peuvent quelquefois diminuer les peines

de l'exil, mais il n'y a point de pais

fous les deux pôles plus trifte que celuï-cy.

C J eft quelque chofe dans l'exil de n'eftre

paî as éloigné de fa Patrie, & moy je fuis con-

' £ aux extremitez de la terre. Les autres

fini

bannis joiiiflènt de la paix que les lauriers

de Cefar ont donné au monde , &c la Province

de Pont eft couverte d'ennemis. On fe

divertît agréablement à l'agriculture, & l'on

ne fçauroit icy cultiver les champs, à caufe*

des irruptions des Barbares. Le corps 6c

l'efprit Ce trouvent bien de refpirer un air

temperé ï mais le froid règne en tout temps

dans le pays des Sonnâtes. Il y a du plaiûr

Tmm IX. H


"7 wfo P. OVIBïI -m PONTO , Ln. IL

Efi in aquâ duki non mvidkfa volupîM :

Mquêreê bibitm-mmfdk mifté fdm.

Omnia deficiunt : animas tamen omnia vinciL

lit itiam vires corpm bdmfâàt.

SupMM m mm, nitmium venue pkm efl *%

jftflêëi nerwsfi pétidff, €ddet.

Spes qmque s poffè mord mitefeêre Principes iro

Vif ère ne mlm defiéamque , mvet.

Nec vos parvd ddîis pâmi folatia nobis,

Quorum fbeëaSd ejl per mdld wftrd fides.

€œptd tene , qmfe 5 nec m dqttore défère navem

. Mequefimul fervé, juik'mmqui tuum*


Lis ELéGIES D*OTîOT , Lnr. 1 ï% ij.t

I boire de bonne eau j Se nous'ne beuvons

que des eaux de marais mêlées avec le fel de

la mer.

Quoique je manque de tout, )c furmonte

toutes chofes par mon courage 5 & c'eft de là

que mon corps tire affèz de^forces pour reiifter.

Si l'on veutfoûtenir ce fardeau , il

faut neceflairement tenir la tefte ferme -, car

pour peu qu'on plie onibecombe. L'efpermee

même dont je me repais de pouvoir

fléchir la colère du Prince., fait que je veux

oonferver. la vie & ne pas mourir. Et YOUI»

mes amis -, qui m'avez para fi fidelles dans

mes mal-heurs , vous ne me donnez pas peu

Je confblation. -Continuez-moy , je vous

prie , ces témoignages d'amitié -, n'abandonnez

point mon vaiffeau qui eft agité

fur la mer 9 Se me protégeant jugez-moy

toujours digne de vos bonnes grâces,

H ij


»7*

P. O V I D I I

NASONIS

DE PONTO.

EPISTOLA VIII.

'MAXIMO CQTTJê.

Cdfâfi nu fer 9 r '.

Qum mihi mififih Mdxme €#f?#9 •

De*s.

Ut que mmft mmm mwmum 9 qmm ékt ,

M ibi Cdfsribm Lh'm jmHd {MM.

Ar£entitmfelix 9 §mniqne kstim duré :

Suodftierir jmmm mm rué? wmm bdm


- I7Î

LES

ELEGIES

D' O V I D E.

ELEGIE VIII.

A C O T T A.

Rmerciment d'un prefent.

E reçus de vôtre part, illuftre

Cotta, deux ftatucs qui reprefentent

le Divin Augufte & le

. Divin Tibère- ; & pour renr

dre ce preftnt complet .com-1

me il le doit eftre, vous m'avez au Ai envoyé

celle de Livie. Ces heureufes figures

d'argent que j'eftime plus que tout l'or du

monde , quoiqu'elles n'ayent pas reçu la

dernière main de l'ouvrier, me tiennent lie»

de Divinité.

H iij


iy4 P. OVIBII THE POKTO ,. L». 11.

Mmmibi dmtimdand® majora -àeitfes,».

' • €diûhm mijfu tufirajki'ara tribus.

J# dliqmd fpcûdU Dem, & ddeffeputm ;

Mt qudfi sum m® nmmne fêfe loqw.

Wfêmid qmmd, Bei ! nu m ma ultima- teëm

Utque prias média fifpes in Urbt nwm.

€êfâttu fideê vultus, vtlut dnte videbdm:

. ¥ix hujm vm Jgesfuit uïïd mil*.

Wîque falutabam, numen mlefle foluto*

QMêdredud îribum, nU(pnto) majm baies*

ÇuUwpu omiis m/i'fil* Falkm de/mu f

Qui hm$*dbkt® Cdfire â viûs'crit.'

Mme egê eumfpeifem, videor mèi cerner e Homm

Mém pdttm fdciem fuftimt lie. fm..

IdM&r ? 4» kdù miHftmt in imagine vultus- ;

Têrwaque mfik quiàforma minamis- habit î:

farce, vir immenfé wajer mmt'éus §rbe. 9i

Jufiaqm vindiSa fupprime kra tu£..

a CJitlbm mtffs. Ovide a porté h flatterie dans ton»

M cette ELgic *u dexniex exceds.


c.lis ELïGIES D*OVIDB , iiv. II. 171

Quand même .vous m'auriez donné toutes

les richefles imaginables, vous ne pouviez ,

pas me faire un plus riche don 5 qu'en m'en*

voyant les flatuës de ces trois a perfonnes

celeftes. Ceft quelque chofe de regarder

des Dieux , de (e. les imaginer prefens, Se

àt pouvoir leur parler comme s*ils y étoïent

feux mêmes.

Je m'imagine déjà qu'on m*a rappelle en

Italie , que Je' ne fuis plus au bout de

l'Univers , & que je fuis comme aupa>ravant

au milieu de Rome , Je vois , cerne

femble , ' les Deux Cefars » ainfi que je

les voyois. avant mon banni fferaent, ce que

je p J eeflè jamais ofé efperer. Je faluë maintenant

ces Dieux comme je les faîuoîs* Et

pour ,moy je penfe que vous ne fçaurie2 me

faire un plus grand prefent à mon retour..

Qu'eft-ce "qui manque à mes yeux que de

voir leur magnifique Palais ? Mais Cefar

en eftant abfent, ils ne me paroîtroient pas

confiderables. Il me femble que je vois Rome

, quand je regarde ce Prince : car c J efk •

lui qui foûtient la Patrie. N'eft-ce point

que je me trompe.? Son vifage paroîr-il irrité

dans fa figure ?. Me regarde fil de travers

avec un air menaçant ? Grand Prince

dont le mérite eft d'une, immenfe étendue,

ne foyez plus indigné contre moy , & na

lafehez - point la bride à. vôtre jufte van*geance-

.

H iiïj.


ijf P. Oymi BE POHTO 9 LJB. II.

tdue.precêf ifddi dems indélébile noftrii

mtàTum dmmm qmm fus m* fait.

fer pétris mtnen, qto, u tihi umr ipfi eft\

ter mmquâm fmiês m tu* vêtd Deos $

terque mnfamm , quétfar tibifold repmd eft*

Et mi majefids mn mewfd ma eft 5

torque tibtfimlem virmtis mugine mmm,

Mmbus dgmfii qui mus effe pêteft »

fer que mos tel £W vet digms pmte uepites »

Qui veniunt m^gm per ma Vêtd gtddu ;

tarte kvd minimânoftras & cmtmbepmtm \

Ddque % pmul Scjtbko qui fit âb bsfte, heuuk

Et ma , (fi fa eft ) k Cdfare proxme Ce/ir,

Muminafmt peàbm mn immtd mm* '

Shfejd qudm primum pdfidê Germania fuite

junte triumphantes firvaferdtur eqms.

Sic pdter in fjlim, * Cumdês mdêer m mmi

Vivant 3 &pojfisfiUus efe ditt.

z Cumâôs onnos. La. Sibilc de Cuœcs ficcicbic im|

yix&ile a vcfcu tort long temps.


Lis ELIOKS D'OV»I, LIT. IL i7f

Et vous jeune Prinjce pardonnez - moy,

Vous qui ferez l'ornement cternel de nôtre

ficelé ; & qui par le foin que vous prenez du

gouvernement de l'Univers- » méritez d'eni

eftre, le maître. Je vous demande cette grâce

par le nom de la Patrie que vous aimez-••

plus que vous-même ; je -vous en conjure

par les Dieux que vous ne priez jamais-en

vain. Je vous en fïipp'lie par vôtre Epoufe

qui feule a mérité cet honneur, & qui vit

toujours bien avec vous. Je vous en conjure

encore par vôtre fils qui eff la vive Image

de vôilre vertu, & qui par cette conformité

fait connoître qu'il vous appartient. •

Enfin je vous en- fûpplie par vos neveux ,

qui font dignes de leur père & de leur ayeuf

& qui félon vos fou bai ts marchent à grands

pas aux grandes chofes. Soulagez & diminuez

un pett les cruelles peines que j'endure»

& fiâtes moi reléguer dajas.quelqu'autrelicm

éloigné des Scythes*

Tibère qui tenez le fécond rang dans

fEmpîre après Auguâc » ne rejetiez point

mes prières , fi cela fe peut» Puifli la fiere

Germanie avec ua vifage effrayé,, marcher

tn efclavc devant vos chevaux leNjour de. 8

ïôtre triomphe.. Puilfe parvenir voftit père

aux années de Neftor % & Livïe. vôtre mère

à l'âge de la Sibille de a Cumes-i- puif&ezriWB-efee

loB.g-tcmps leur fils.. •

. -H ¥


H7* P. Ovroi 1 DE PONT© > LlB. IL

Tu qmqm, cmveniens tngmti nuptdmarito*.

, ,/fcflpf »#» dura fupplms aure preces». '

Éc tibi vif fifpes, fie. fini cumprêt nepêtes ,

Cumqm. bonis mribm qum peperêre noms*.

Sic, qmmdiraMirapuk Germants-* Bmfnss

. Pars fuerii panas fila caducs mi..

Me tibifr'attrm. mature funeris nttm

Purpurinsn'mis filins inftet eqmsi

annuité $ tmdit. miti§ma mmim votis,*

• Prdfentes.Mliquid pr$fit kakre.De§s„. *

€sfam adnnm-têti gladiêtm areni'

• Mxk-> & aumlinm mn lewe wltrn babet..

Mes qmqm nfirajuni qmdsqua lket,§ra tidemust

Mtratdieft Mperis qmd dnmnt ma-tribus*.

Mues iii » qui mnfmulacm, fid ipfis ,

Quiqm Beêm cmam.mpmama, vident^

Qg§d qmmam mb*s imidit inutile fatnm-i.

Qum dédit ats. ntis effigiemqne.uh.

Mk bêtnines mvêre, De§s-qms ardms atber^

OccnBt : & cotituf pr§ Javiferma.. Jwù.

Hmique ^qnamecmn efi, &. erit.fim fim,cafm$\

• Me fit wmifiwftra figura Ut** • :.


Eis- ELéGIES D'ÛVIM-, LIV. 11. 17^

Et vous digne Epoufè d'un Grand Prince,

foyez favorable à mes vœux, Puiffiez-vous

• & voftrc mari voir un jour vos petits fils

mariez , & voir marier les enfans que leur

Belles filles mettront au monde. Pour vous.

Augufte Princelîe, Je fouhaite que Drufus

qui mourut en Germanie , foit l'unique de*

voftre pofterité que vous mettiez-au tombeau

: & puifliez-vous bientôt voirvanger

• la mort de Drufus par les armes triomphantes

de-fon frère. ,

Favorifez donc mes vœux *&'donnez desmarques

de vôtre clémence- , 'Divinitez lt

que. j'invoque : qu'il me foit avantageux,

d'avoir vos images deyant-moy.. Quand Cefar

arrive au Cirque ^le gladiateur fott.de

l'Arène;.& la veuëdece Prince le-délivrede

fes fers. Et moy .qui ai reçu chez-moy.trois

Divinitez , n'en pourroisrje pas tircnquelque

avantage confiderable ?

'Heureux ceux qui voyent ces Dieux-,

mêmes * au lieu de leur, fimulacres* Mais

puifque le. deftin ne .veut pas que j'àye ce

jrand.bon-heur5 il'faut que je les adore çn*

Ï

culpture. C'eft comme ks tiommçs ont con~-

nu les Dieux qpe le Ciel cache à leur veue»,

c'eft ainfi que' l'on révère l'Effigie de Jupiter

, ne pouvant le voir lui-même. Cependant,

grans.Dieux ». prenez-bien garde que:

vôtre, ftatuë que. j*ay. chez moy ,. & que je*

conferveray toute ma vie, nt foit' pas entre:

H: vj


180 P. OVIMÏ »». POKT0, L1B..1L

2$atn caput } mpd anus cenfct midi,

Et pâtiât fi fis lumen dire gmis :

Quam mum ra/tis, ê. publics mmins^éisk

Vos eriâs mpêpmm& Mdfngê.

Wm ego iêmpMât>, Gmis fi àwgex d dtmk-i

Vo/qm mm Aqmlmxfê$ medfignafiqMsr^

Mt ig§ mefdk, nimâqm mpidsne Mm. t

Mt fpts exfilik tmm§dl$m. sdijf*

Mmmmus & minm iftfsœs m mmgint trjtb

Vifdqm [m dUtis snmm. m A mis^

Wtrd pmm fidm timide pdfagid 'mentis t


Lis ELI Gif S B*OVIBI , Liv. 11. il*

lus mains des ennemis* En effet je fouffriraï

pluftôt que l'on me coupe la telle, & qu'on

m'arrache les yeux, que j'endure qu'on vous

ofte de mes mains 5 Puiflantes Divinité^ que

tout le monde révère, vous eftes le port &:

f Autel où j'auray recours dans mon exil* &

je vous embrafferay fi je me vois pourfuivï

des Getes m % je marcherai même- fous vos

étendards comme fous les aigles Romains.

Ou je me trompe, & je m'abufe par l'exsecz

de ma paffion qui me latte d'une €(pe~.

rance que mon exil va élire plus doux : Car

il me (emble maintenant que ces Statues ont

le vifage moins fevere qu'elles n J 'avoient, &

qu'elles m'accordent ma prière. }e fouhaite-.

que ces prefages qui partent d*un efprifc '

craintif, (oient entièrement véritables, Se'

que la ttifte colère du Dieu que j'ai offenfé:

ftdouafle à mon égard i


s8t

P. O V I D I l

NASONIS.

DE PONTa

EPISTOLA IX.

COTTl REGI.. •

IG TA* progemm., m mUiitMw

origo

mmm m « Mamolpi fervnùt

ufque , Cwrj J .

JtefR* % 44* veftréufijam pervenit ad dures-,,

Metibifmtimi parte-jacere fili ^

Suppliés exdudk juvenum mitijfpne *, waff ;

Quamque potes profugo(nam-fûtes ). ^frr 0/dm

Jfe lortum t$U.( deqmneconqmar*koceft)}

a Eumêlpu 11 cftoit fit&de Neptune & de Chione» fiUta

de Boxée tc4 ( Qxitluc*IL viat dcTiacc dassi'Am^io,'.


1**

Mt ém -em m -î#3«,€#9 * $m €•» m-im mè *&.

LES

ELEGIES

D' O V I D E.

EL E G-I E IX.

AU' ROY- C.OTT1S,

M smpkre le /tours* de ce • Frime. •

R A-K-D Roy qui tirez-- vôtre

origine* d > Eumolpé3 fi lare*,

nommée qui parle fans celle ;

r vous a fait fçavoir.- que je fuis.

' relégué fur la frontière de vos*

Etats , écoutez ma très humble prière, o*

Irince le plus humain de l'Univers , ne me-

«fiifèz-pas dans, mon. exil. une. affiftanceique

vous,pouvez me donner.,

La fortune.m J â livré avons, dont je n J ai'

jws fujetde. me plaindre,, cax en celafeu**


%%4 ?• Ovxan DE PONTO , Lu. 11*

Tfâdiëî j ibf n«# IWJI mim'ud mibi.

Mxàpe mufrdgwm non duro iïttêre mftrum,

Ne fuerit terra tut'm mdd tuL

Regid ( crede mibi ) tes eft, fmmrrtre Upfis :

Cêmenit & tdnm, quautm es ipfe, yiro.

Imumm dem b§€ iftm : qm mdxmd mm ftm

Mffeponft mmo vix tsmen équd tuo.

Confpidtur mmqtidm mtïmrepotentu cdufsi*

Qudm quotas y mm nom finit ejfe peteu

Mot mtor ilk tmgemris defiderdt :. km eft

A Saperis êttd wbilkdtk §pm»

Meêtibi & Eutmlpus gemri clarijfmm éiuSor*

Et prier Eumlpo Jkadet * Ericbtbomus.

Mê€ ttmmmnmfm De$ : quoi mer que- rigêtk

SappluëMs y épis ferre fiktis opem^

NMM qmd erit, qmrefolkê digmmur b$mre>

mmm*, fiimm yeBe-jttfdre- Biês f

Jupiter êrmtifmdm fipâieât dmes ;

Wiliiimpfê. templo cur cadm %EU fms ? •

Sipmem mtkm-Pontm mibi pmftetemti »

Mks mpmm sur eg§ thurd/eram ?

JKHM Idhmwtis fi- fdÏÏM ytê rnkni,

Jidpiât gravide mtfms extd Ores î

a WnëBmèm. Ekiâhoa fils d'elt Teste fis- aftiutf

f tu Miricwc &02 des. Athéniens»


' Lis EUGIIS D'OVIM , Lnr» II* 1%

•lement elle ne m J a point paru ennemie. Je

viens de faire naufrage. , recevez-moy favorablement

dans vos ports , afin que Je

trouve autant de fêuretë fur vos terres que

fur la mer. Ceft fans doute une vertu

Royale d'affifter les malheureux : elle eft.

digne d'un grand Prince comme vous > &

mime elle eft convenable à l'élévation de

wftre fortune : elle ne fçauroit égaler la

grandeur de voftre coorage.

La puiffance ne paroift jamais avec tant

d'éclat, que lors qu'elle ne foufFre pas qu'on

lui faiïè des prières vaines. La fplendeurde

iroftre race qui tire fon origine des Dieux ,

demande cela de vous. Eumolpe cet illuftre .

Auteur de voftre maifon , & â Eti&on fon

ayeul maternel vous perfuadent la même

chofe* C'eft en quoi vous reflèmblez aux

Dieux , car vous exaucez les prières de ceux

qoï implorent voftre fecouts.

Pourquoy rendrons-nous des honneurs

ttx Dieux , fi on leur ôte le defîr de faire

du bien aux hommes ? Si Jupiter fait le fourde

oreille à ceux qui le prient, pourquoy

immolerafon des viftïmes fur fes Autels >

Si Neptune ne rend pas la mer calme pen*

dant naa navigation, pourquoy lui offriraije

m vain de reticens ? Et pourquoy le laboureur

immolera - t*ii à Cerés une traye

pleine, $11 fe voit fruftré dans (è&efperanc

cs ! un vigneron qui ne verra pas coulei


3%6- P.OviDlI I» PéflTO> I


•Lis ELEGIIS BSOVIM > Liv. H. 187

Je vîn doux fous fes pieds * n'égorgera point

en facrïfîce un bouc à Bacchus. Je prie les

Dieux que Cefar gouverne aufii-bien l'Etnpire

qu'il préhd foin de fa Patrie.

C'cft donc par l'utilité que les hommes

& les Dieux font appeliez grands i félon»

le bien qu'ils procurent. Et vous y illuftre

Cotïs, digne fils de vôtre père , fecourea.

aùffi un mal-heureux qu'on a relégué près

vos eftats. C'cft un fenfîbie plaifir à un bonnette

homme d'affîfter les gens dans |eur befbin

». il n'y a pas un meilleur moyen pour

parvenir à la gloire. Qui eft-ce qui ne maudit

pas la mémoire dAntiphate Roy des

Leftrigons} Et qui ne loue au contraire l'humeur

libérale d'Alcînoiis l Vous n'avez pas

eu pour père ni a Cafland'er » ni Capharée*

ni le Tiran Phalarîs. Mais vous elles fils

d*un vaillant, homme qui eftoit invincible à

la guerre , & qui n'airaoit point le fang;

pendant la paix.

Au refte le foin que l*on a pris de vous:

élever aux beaux arts ', vous a infpîré des^

moeurs douces 3 & entièrement éloignées de

toute férocité.. Au (fi n'y 4 fil point de Roy

qui ait fait un fi. grand; progrez aux fcïen*

ces » ni qui s'y foit attache plus que vous.,

le faites voir pax vos Poefies >. car- fi l'on yfupprimoit

voftre nom-^e nedirois pas qu'el*

les vintient d*un Auteur de Thrace. Orphéea*cft

donc'pas k fe.ul qui- a illuffiré ce pa'is^.


iS8 P. OTIBII DB-POMTO, LIB. II.

Êiftmiis ingen'm tend fuperbd tm eft.

Ut que têt eft dnimus, cm m mpêftuldt, Mme

Sumere, & bêftili t'ingère ude mdnum ;

Âtque m es excuffb jMMlum tmqnm hotte,

Cettdqtte wekés fteHere dêëus 4qui \

Tempwdfic ddté fmtftuMs MU jufts pdternis 9

Ut que [un humais forte quievk opus -, •

Me ma mmcefcmt pif inertes §tùt fimtm ,

Lucidd Fiërid tendu in dfttd ?ii.

ÈMqmqmres dliqnid ticum mibifœderis adftrt:

Ejafttem fkcri cultsr mer que fumus.

éd vdtem fdtes mdntid kdcHd tende »

Terra fit exfihis ut 'tud ftdd mets.

Mm eg§ edde mêens in Pmtkd Umrd yeni $

Miftdte fimt noftri dira wenena manu :

Net ma ftéjeâacmfiitd eft gemma tabeïïk

Mendétem lims bêpéfmfte mtam.

Nec qmdquam, qnedlege yeter committere ,/èci.

' Et tdmen btsgtdwm nmtd.fdtmds mibi eft.

Mete reges qmdftt \ftultam tmfirirpftmm ârtiewh

MnomM mbis bu wetdt egi mmmm


Lis ELéGIES D'OVIBK , LIT. Il* 189

la Tkace cft auffi. fuperbe de vous avoir

mis au monde. Comme vous avez un grand

courage , vous prenez les armes dans le befoin,

& vous revenez alors tout couvert du

fang de vos ennemis. Mais quand vous avez

quitte le javelot, & que vouj n'eftes plus à

cheval 5 lorfque vous avez ainfi employé le

temps aux travaux de Mars , félon le defîr

de voftre père,, & que vous vous déchargez

de ce fardeau, ne voulant pas languir dans

l'oifiveté, vous tafehez par la voye des Mufes

de vous élever au deifus' des Aftres.

Yoftre inclination aux belles lettres me

donne quelque commerce a^cc vous : car

nom offrons vous & moy nçère encens dans

le même temple. Grand Prince qui faites

de fi beaux vers , je vous fupplie humblement

en qualité de Poëte, d'ordonner à

vos fujets de ne me pas inquiéter dans mon

exil Je ne fuis pas relégué dins la Province

de Pont pour avoir quelque nfeurtre, ni

pour avoir donné du poifon, non plus que

.pour avoir mis mon fang'- & mon nom à

quelque fauflê écriture, ni enfin pour avoir

«itdes choies contre les loix.

Cependant il faut que j'avoiie que je

fuis encore plus criminel , que fi j'avôif

commis tous ces crimes. Ne demandez pas

ce quec'eft 5 j'ay cm l'imprudence défaire

l'art d J aimer, lkns quoy je ferois innocent;

mais ne TOUS informez pas fi' je fuis d'ail-


*fo P.-Oviyn m P©HT@ , L». H.-

Mcquid pmtffea peccArim'* quatre noii:

Ut pateat frU culpa fub Art* med.

Quïdqmd id eft 9 babui mûderdism vmdicis iram

Qui nifi mtdem nil mhi demfit bumum.

Bâc.quênmm€âU9% tua mm vkimdprâftei, •-'

u

imifo pêfim tutus m eji Uc$.


LES ELéGIES D'OVIDE, LIT. IL 19*

kuts coupable , afin que je fafïe voir que

cette Poëfîe fait toute ma faute. Néanmoins

le Prince que j'ay offenfé a para bien modéré

dans fa vangeance , puifqu'il ne m'a

rien ofté que le bonheur de voir ma patrie.

Maintenant que ftn fuis éloigné % faites

que le voïfmage de vos Eftats me fade vivre

en feureté dans le malheureux fejour d&

mon exIL -


«9i

www wwwvit

P.OVIDII

NASONIS.

DE PONTO.

EPISTOLA X

MACRO.

CQUIDdblmpTêfaCêgnêfiisim^ ,

H


*93

LES

E LEGIES

D' OVID E.

•**•****" • * * " " " " -* —— » i • i ——

ELEGIE X.

A MACER.

Qm le fmwmk de fis divenifemem augmente

encore fin chagrin.

E reconnoîtrez-vous pas à mon

; cachet qu'Ovide vous écrit cette

lettre ?Que fi mon anneau ca-»

-_....- c ^cter ne vous le fait point fça-

¥oir ; ne le connoîtrez vous pas à mon écriture

? Àutiez-vous par la longueur du temps

perdu tout à fait l'idée de ces chofes ? Seroit-ilpoffiblc

que vos yeux n'enpuffent plus

difcerner les traits ?

ftfais n'importe que vous ne vous foav*r

Terne II. ' I


I.J4 P. OVIDII DE PoNTO 3 LlB* IL

Exâdmt tânttm ne ttbï cutd met, '

Qumtuvel kngt deks conviU'ém dvi,

Velmed qmd conjux non'dliend tibi j

TelJfledits, quitus es, qudm nos* fapientius ufm^

" utque decet, nuUifattm es Ane nocens.

TM Cdnu dterno qukquid & teftabai Homero ,

Nf carednt fummâ Tmcd belld manu. *

Nafo parumprudens, jfnem dum tfddk amande,

Doéhins pretium trifte magifter habet.

Sunt tameninter fi communia facra poïtis ;

Diverfum qudmvà qui/que fiquamur iter.

Quorum te menwrem ( qmmqudm procul dbfitmm)

#

' Sufpicor i & tdfm yette levdre meos.

ji duce mdgmficM Âfwperfpeximus urbis : •• •

• Trinditis eft oculu te duce notd mets.

fêdimus Mtmo, cdum fpkndefiere ftammi j

- Suppofitus monû qudm vomit oie gigds:

Èennmfque Idcus, & olentiâ ftdgnd Pdlki, '

: Qudqmfm Cjdnen mi/cet Ampm dquk.

ïReMat Hêmers. Homère finit l'Iliade à la more

d'Hcôor, & Maccr avoit entrepris de continuel «c

• ocau Pogmc jufqu'à la prife de Troye. - -


lis ELéGIES B'OVUXE » LIT, 11 ijf

niez plus quelle eft la graveure de mon cachet

, 8c mon écriture , pourveu que vous

m'ayez confervé dans vôtre (buvenir. Vous

me devez cette marque d'amitié par les longues

habitudes que nous avons eu enfem-

Ufc* par l'alliance qu'il y a entre ma femme

& vous , & par nos communes études

que vous feeutes mieux employer que moy,

ne ?ous eftant attiré par vôtre îcience aucu*

ne méchante- affaire.-

.v Yous faites un Poëme qui continue 1*1iïade

de l J immortel a Homère ; aïnfi vous

nous ferez- voir toute la guerre de Troye.

Maïs l'imprudent Ovide reçoit une recompenfe

funefte , pour avoir enfcigné l'arc

d'aifttër. Les Poètes ont néanmoins beaucoup

de myfteres communs entre eux , quoiqu'ils

fuivenc des routes différentes. Vous

vous fouvènez apparemment de toutes ces

chofes j quoique nous foyons fort éloignez

l'un de l'autre \ & je penfe que vous foukaiteriez

de me foulager dans mes malheurs.

Nous avons" veu-par voftre moyen les

plus belles villes de l'Afie ,• & parcouru la

Sicile* Nous avons veu le Ckl éclairé des

flammes du Mont Etna'3 qu'un Gtfnt enfe-

*eli dao$ fes cavernes vomit de^ fa gorge

épouvantable ; nous avons encore veu les

! fes d*Ejina , les • étangs puants de Palîce»

"k'ks ruiflcaux,de.,Cyaiae que l'Anope^mêfle

1' U


%Q6 P. OVIDII DE POMTô , Lu. II.

Kec procul bine Njmpben, qua, dumfugk MlMù

amnem,

Telia fié aquoreâ mm qmqm currit aquL

Sic mibi Idbentm pats ami mdgnd perdSa êfi,

EhiMt quam difpdt efi km iÊe Getis !

Et quota pars bacfimt rerum^quas vidimm ambo,

Te mibi jucundas efficiente fias !

Seurate cmulem piHa fukavimm undmi

Effeda nos agili five mlêre totL .

Sape brevn mbk vicibm via vifd loquendi,

Mutdqne, fi mmeres, werbdfuere.gradu.

Sspe dies/èrmom minorfitii ; inque hquendttm

Tdrddper dfiivos drfuit bord dies.

Efi dliquid, cafm pariter timuiffe marimî ;

JunSaquead aquoreos vota mliffh Beos t '

Et modo res egtffe fimul $ modo rwrpts d Mis ,

Quorum nonpudeat, poffe refirre jocos.

Mac tibififukdnt ( dbfim Iket, ) omnibm hom

jfmetms oculos, ut modo fi/m, m.

îpfe quidem extremi mm [m fub mdm munê9

Suifemperliquidiê altior mat aftûi


LES ELéGIES D'OVIDE» LIT. IL 197

avec fes eaux» La Nimphe Arethufe n'eft

pas loin de là * qui pour s'échaper d'un fleuve

d'Elïdc, fe cache quelque temps fous la

mer , & montre enfuitte (on cours dans la

Sicile. Je pafïay prés d'une année en ce

pays là. Ha qu'il eft bien différent du climat

des Getes } Mais qu'çft-ce que tous ces

Meux en comparaifon deplufieurs autres que

nous avons veus enfembie dans nôtre agréable

voyage ? * •

Soit que nous ayons voyagé par mer dans

des vaiffeaux embellis de peintures, ou par

terre dans de bons carrofles , nous avons

trouvé fouvent le chemin trop court pour

nôtre converfation, & nous avions beaucoup

plus des chofes à nous dire, que de

chemin à faire. Souvent le journefliffifoit

pas à nos entretiens, & les plus grands purs

de i'Eftc finillbient pliitoft que nos difeours.

Les amis comptent pour quelque chofe d'avoir

craint enfembie les périls de la mer,

d'avoir fait dés affaires enfembie , Se enfùite

d'en tirer des fujets de divertiflements qui

ne fallent point rougir. S'il vous fouvienl

toujours de cela , quoique je fois éloigné

de vous s je feray devant vos yeux comme je

l'eftois avant ma difgrace.

Pour moy tçnt relégué que je fuis fous le

pôle au bout du monde, où jamais les aftres

ne fe couchent dans les eaux de l'Océan , je

ne laiflè pas de vous voir des yeux de l'ef-

1 iij. . •


» MM» fumeur, f w /M* pelhre p§fum :

JEf team gelithfdpe fut dxe kqmt.

Mk es, d* gwr* -• . t

>


Lis ELéGIES D J OVIDI , Liv. IL- 1^9.

prit , & fouvent je m'entretiens avec vous,

fous la froide confteilation de l'Ourfe. Vous;

eftes icy fans le fçavoir, & j'y parle avantageufement

de vous .pendant voftre abfence:

vous venez au pays des Getes du milieu

de Rome fans en partir. Ufez-en de même

i mon égard , & comme vous eftes dans un

climat beaucoup plus heureux que celui-cy,

confervez moy toujours dans vôtre- cœur &

dans voftre (buvenir.

I iiij


JOO

p. OVIDII

NASONIS

DE PONTO.

EPISTOLA XI.

RUFO.

OC tibi % ^ufe , kreyipràpcrmnf*.

tempête mttit

Nsft pMumfdnfiA cênditùf Artis

Ut, quanqmm linge têtêfumus §rk remm ,

Sûre tmtnpoffis ms memniffe tuL •

Mominis ante mei veniant oMifia noUs 3

Peffête qudm pietmfit tua pul/k meé.

Mt prius hsm dnimâm^Mum reddemm in âMM>


101

LES

EL E G I E S

D' OVID E.

ELEGIE XL

A RUFUS.

ft* feu exil ne tempethe pas de fe fiuramr

toujours de luj.

IVIDE qui a cale malheur de

eompofcr l'art d'aimer, vous envoyé

cette lettre avec precipita-

I tion , pour vous témoigner qu'il

« fouvient de vous, quoique nous foyons

éloignez l'un de l'autre de toute l'étendue*

du monde. J'oublierai pluftoft mon

"on» > que je ne perdray le fouvenir de

•foftrc amitié. Je mourray même plutôt que


ici ' P- OVIMX BEPOHTO , L». lL

Qum fiât meriti grdtid mm m. :;

Grand* nc§ lâttjmmmeritum.quibus ord rig

€um mêâ tmretêfiad dekre-firent, ^ • _'

Grande vm meritum, mœfid fildfm mentis •>

Cumparim mbis iUd titiqnt dsm.

Spnu quidim.ferfeqmmed tft kiéM'umm

Mmmitumlm fit tmen iid tm.

Vdmque qmi * Eemimtes Cdft§rfdtJïeS§r fih

Mu egê te km cênjttgis efi med*

' SMd,mëffmUhtibifitprékdte?hbmMi

Seque m vitd fangéms effiïptûbdt*

• j ^ qMêifmrdtftimwlïs féStwréfim nlSt,

Ittmus duëmm te qmqrn naêdfddt.

'Jter, & dd fâlmâ per fe mrfwm foneres * .

• sitdmm forum, firtkts ibit equrn*

jdde » qmi dftmis eura mdndmd fidtli. . :

' Jnficis, & mllumferre grdfdris mm.

O f^rmpdtei , flMMMm mu pefinm$ &

' i iftrwtofi. McanioacSUci'Hctac cfloii Ni^ de

Cafta.


je manque de reconnoître les marques que

vous m J avez données d'une fincere tcn-

.dreflTe.

Je me tiens fort obligé i vôtre bonté,

d'avoir répandu des larmes fur mon vifage,

quand l'excès de ma douleur étouffoit les

miennes. Je me fens fort redevable à vôtre

amitié, de m f avoir voulu confoler, quand

vous même aviez befoin deconfolation. J'a-

; voue que j J ay fujet de me louer de ma femme

, puifqu'elle-eil très-fige naturellement

, mais vos remontrances les fortifient

dans ce naturel. Je me réjoiis que vous

foyez fom oncle , comme Caftor l'eftoit

a dUermiene , & Heftor d'Afcagne. Auffi

prend elle grand foin de. vops relïèmblcr

du cofte des mœurs : & dans fa

conduite elle fait bien voir qu'elle tient

de voftre f»ng# Ce qu'elle auroit donc fait

d'elle même , elle le fait mieux encore pat

les bons a^is que vous lui donnez. Un cheval

qui pat fa. vi^ueut pourrait remporter

le prix à lacourfc , courra {ans doute plus

vifte s'il eft incité par la voix ëc par l'éperon.

Aurefte Rufus, je m'appetçois que vous

exécutez tres-fidelement ce que je vous

mande du lieu où je fais , & que vous

• ne vous rebutez ps de la peine que je

vous donne. Que les Dieux vous en te-


204 P- ÔYID11 BE PôKTO* LlB.II."

Dî tibi i qui referait, fi fiafa^d vident.

Suffidatque diu corpus qmqm mmtbm ifiis,

Maxim* Funddni glmia, Rufe ,filk


Lzs'Eutans D*OVIDI 3 Liv. 11. 205,

compensent , puifque je ne le puis pas

moi-même : Ils ne manqueront pas de le

faire y s'ils voyent ces aftions • de bonté.

Je fbuhaice cependant que vous ayez une

longue vie pour pratiquer la-vertu,.-vous

qui eftcs le plus grand ornement de ; la ville

de Fondi.


P. OVIDII

NASONIS.

DE PONTO.

LIBER TERTIUS.

EPISTOLA I.

terra cures,

U X O R i,

•ou O « frf/Jn h -fulfâtum rmigt

pr'mnm 9

Quâque me yfie fer§ * me éf*

Içquoi erit tempes* qm ws eg§ Mafi rdinqMh

lu mmus bofiikm juffm dbbre kcum ?

•M mêiMarèarii yivendimfemfer m ifiiî


fa fafafafafafafafafafa'fa fa

LES

ELEGIES

D'OVIDE

•Ecrites dans la Province de Pont

-..LIVRE TROISIEME.

. E L E G I E !

A SA FEMME.

"ïlf ta. £m]wrt. di fdlkker Uvw a unin fm

ixit fins faux.

Ë n. fiincfte qui fus. autrefois battue

des rame* de Jafon : & toy

Scïthïe , que fe- YOîS toujours

; couverte-de neige $c d'ennemi s*.

quanLrcltceque je vous quitteray pour aller

dans un autre pais qui (bit moins fujet

aux brigandages! leray-Je toute ma vie fax*


£©8 P. OYIDII M FONTO , LlB. 111.

Inque Tomitani cmdât oportet lmm§ ?

tact tus ifipôxulU éfkt'tln » Fmtic* tettus,

Mnkimus rapide qugm terit bêftis equ§. i

Pdte ma dixijfe welim 5 m peffims dm§

Fars es in ixfil'm » tu rmla mftfdffrsvM,

TunequeterfêMis ânëum fiwente €§rmâ:

T# mque meffmum cmrpêra nuda vides.

Mu tibipdmpmeM Mtmmus pêttigit mm :

Qmëd fei mmodicum tempéra frigus kdknt*

Tu gldtiifrété vinëd tenes : & in Aqmnpifi'u

Jndufus te&â/kpe mtdfk aquâ.

Mi€ tihifmt fentes, Idtkis mfip£ne widrim:

Qui pmus duMtmfiftât dlotmfitim*

Msrd, mqm bufelix 9 m apertis emnet dffif

Mhr j & in terra efi dkerdfmm mark.,

Mm avis §bl§qmm:filvhnififiqsêd remt'm

MqimeM rdm§guitme p§tdt aqum»

Tfifiiéper tdcms bwrem abfimbm fdmpas. P

! CêminimJqM fm m$s amdrsktê» [''

"Mie metm, & qmimMrus putfdsm d Bsp »

'Ênadqm wmtiferdÈéittfdgftuméda^


LESEUGIIS D S OVIDI > Lrr. 111. 109

mi des barbares , & feray-je enfeveli dans

le territoire des Tomitains ?

Province de Pont,, exeufe moy fi je dis

que tes frontières ne joiiiflent jamais de là

£ aix5 puifqu'elles font topjours-ravagées par

1 cavalerie des ennemis. Tu. me permettras

aufli de te dire que par ton méchant

terroir tu me fais paroître mon exil plus ri-

;oureux- & plus incommode. Tu n*as jamais

Î

e plaifir de fentir les fleurs do Printemps.

Tu ne vois jamais de moifonneors nuds : &

l'Automne ne te donne point de pampres

embellis de raifîns. Maïs il y a chez toy en

tout temps un hyver infupportable. Tes

mers font glacées, & les poiflbns y nagent

fouvent fous la glace, qui les y tient enfermez.

Tu n J as pour toutes fontaines que des

çaux prefquc falées comme celles de la mer,

& loifqu'on en boit on ne fçait fi elles n'altèrent

pas plus , qu'elles n'appaifent la foif.

Tes campagnes découvertes n'ont que quelques

arbres fans fruit; ellesreprekntentla

mer. On n J y entend point chanter les oyftaux,

à moins qu'il n'en vienne des bois

Joignez pour boire des eaux de la mer avec

leur gofier enroué. Tes champs font tout héritiez

d'abfinte , & cette moiffon amere eft

fort convenable à ce lieu.

Ajoutez à cela nos continuelles frayeurs,

voyant toujours l'ennemi à nos portes, où il

jette mille flèches trempées dans du poifon


an©. P. OYIBII BE P#NTO3 LU; Ht

Quoi proculSacrégie eft 9&ab§mnideviâcuffui

Ne€pedeqM0 quifquam, met die tutus m\^

Mm igimr mirum ,finm qmrmfém éwum

Altéra fi mbis ufque rogatur humus.

Te magis efi mirum nm bu évincer e, cmjux §

Inque smeis laajmm poffe tenere malis.

Qutdfacias, quarts ? quotas bsc. fiilket $pfum\

Inventes , rere fi reperire voies.

VeRe pamm eft : mp'm ,ut re pmaris, oportet \

Etfaciat fimnos bac t'éi tma brèves.

Velle resr multos. quis enim mihi tamfit iniqum,

Qptet m exfiïmm pace car ère -meum ?

feciore te tot$ cunUifque imumbere nervis,

Et niti pr§ me mSe dieque decet.

Utqmjuvent alii, tu debes vmeere amicos, '

Uxw3 & ad partes prima venire UM, .

?'Magna t'éi impofita eft mftrùperfina BhÈuï

Conjugis exemplum diceris effe bina.

Manc cave dégénères, utfim pracmia mftra

Ver a vide ; Wam£ qm tue mis §pus,

a MégnM perfom. Pour dire un grand aora'i ccilt

Mf on 4e palier cil p :u commune.


ÎM EUBGIIS D'OVIM y LIT. III. • tv*

mortel. Et puis ce pais cft éloigné de tout

commerce du monde3& l'on n'y içautoit venir

CB feureté, ni par terre, ni par mer; • Il

ne faut donc pas trouver étrange H pour me.t>

tre fin à mes maux je demande mn autre lien

pour mon banniflêment.

Mais il cft bien plus étrange, ma femme,

que vous regardiez d*un ©eil fec toutes mes

mifetes , & que vous n'en vetfiez'point de

larmes. Si vous me demandez ce que vous

devez faire , c*eft de chercher un remède à

mes maux, & vous le trouverez aifément fi

vous le voulez trouver. C'eft peu que de le

vouloir , il faut que vous-defiriez ardemment

d'en venir à bout , " Se qu'à force d'y

penfêr , vous ne dormiez prefque pas.

Je .fuis perfuadé que plufieurs le veulent,

car qui pourroit concevoir tant de haine

contre moy , que de fouhaiter que ma vie fe

terminât dans l'exil} Il faut donc que vous

travailliez à cette affaire & de toutes vos forcées

, & que vous y paffîez les jours & les

nuits pour l'amour de moy. Oui ma femme

vous devez eftre la première à vous acquitter

de ce devoir.

J'ai parlé de a vous dans mes Ouvrages

d'une manière fi glorieufe , qu'on vous regarde

comme le modelle d'une femme affectionnée

à fon -mari. Prenez garde de ne

f*s perdre cette belle réputation, & ne foutrez

point que mes louanges foient.fauiTefi


XI% P. OviMI Bl POKTO, Lll. IL

Ut nibil ipfi qmrar\ tddto me Wamd queretm,

Qw débet s ftarit in tibi mm mai.

Mxpofuit mea me populo Fortmd widendum;

Et plus notifié, qMumfmt ante , dédit.

Botior eftfkftus Capanem defulmnis iffu:

' Noms bnmo merfis * AmpkidrsUs eqms.

Si minus maffht, nom mmm effet Uljflis ;

Magna PbihSets vulnere\famd fm efi.

Si losus efi aliquu' tant a imer mmim parvis-,

Nos'quoqne confpUuos mjhd mïmfaàt»

Ntc te nefdri pâtit m me a pagina 5 qua nm

Infa'ms h Cea Marnée mmm baies.

Quicquid âges igitur^fiena fpectabere magna:

Et pia non parvis tefiibus uxor eris.

€>ede mihi ; quoties laudaris carminé nefire,

Qui legit bas laudes, an mère are rogat.

UtqMefawere reor plures virtutibus iJBs»

Sic tua non pâma car père faHa volent.

a JÊmphi*rMMî*Amphmi$ deThebes fut abifaré ciaos

là terre avec îe cturior qu'il jnenoit. . -.

b Cm brntii: Nous avons dit que Philetasavwf tau

des Vas i h lolaege de Batcis qu'il aimoit paflioanémeat.


Lis ELEGIES-D'OVXDI , Liv. III. ai $

a cet égard. Quand même je ne-m J en plains

drois pas , la renommée ne laiflèroît pas de

s'en plaindre fourdement: & elle auroirrai»

fon de le faire , fi vous négligez ce qui me

regarde.

La fortune m'a fufrité des malheurs d'an

fi grand éclat, que j'en fuis plus connu dans

le monde que je n'eftois autrefois. Capanée

devint fameux par les coups de foudre qui

le rerraiferent. a Amphiaraiis n'eft connu

qoe pour avoir efté englouti dans la terre

avec fes chevaux. Si Ulifle euft efté moins

errant, il en feroic moins célèbre. Et Philodete

doit à fa blefiiire fa plus grande rc««

puration.

Si les gens médiocres comme moy peuvent

trouver place parmi ces Héros , je puis

dire que ma dïfgrace a donné de l'éclat à

mon nom. Mes vers vous feront .connoître,.

poifqu'ils vous ont mis en .parallèle avec

l'illuftrc Battis de llfle de b Cos. Toutes

vos aûions feront regardées fur le grand

Théâtre du monde , & vous aurez pour tém

oins de voftre vertu une infinit/ de personnes/

Soyez perfuadée qu'à tous les éloges

que je vous donne dans mes vers > le

Lefteur demande fi vous les méritez. Et

comme je croy que plufieurs vous jugeront.

%iedeces louanges; auffice trouvera-il

beaucoup de femmes qui voudront cenfurer

w tâtons. Faites donc enforte que ces


114 P. OVIDÙ M POMTO , Lll. III.

Quare, tu pnfia, ne liror dicerepofpt ; •

VdC eftpfê miferi kntdfalute virL

tumqueegê deficmm, nec pojfim ducere currm

'Fdc mfuftmêM débile fiU pgum.

Ad medicumfpeSo venis fugientibm Ager :

Ultimapdu anima dum mihi refidt, dés.

Quodque eg§ prdfiarem, fi te magu ipfe valmm

Id mihi, mm taléas firtius, ipfd refer.

Exigit hoc focidlis amor 3fœdufque maritnmi

Mmibm hm, conjux » êxigis ipfa tuis.

Vu dmmi debes, de qud cenferis , ut illam

., Non magis offidis, quam.probitate, coiu.

€anftd licet fadas ; nififis laudabilis, uxm *

4 Nonpoterit credi Mania mltaték

Necfumus indigni 5 nec (fi vis ver a fat tri )

... Bebemr mcritis gratia mUd mm.

Riddimr Ma qmdem grandi mmfmime nobis*

: Nu te, fimpiat M$te , Imt habtt.

8ed tamenbocfaSis ddjnnge prwibm nmm\

Pro noftris ut fis ambitmfa malts. •

M$ m^jrftftdjMmm^megU^M-i^ -^


Lis ËIEGIES D'OVIDE, LIV. III. ne

jaloufes ncpuiflent pas dire de vous: elleeft

bien lente à donner du fecours à fon pauvre

mari. Et puis que manquant de force,

je ne puis pas mener mon chariot, prenez en

vous feule la conduite.

Epuifé de fang par ma maladie ; j'ay recours

à vous comme à mon Médecin : je n'ai

qu'un fouffle de vie, affiftez-moy : Et puis

que vous le pouvez , faites maintenant pour

moy ce que je ferais pour vous , fi j'eftois

en meilleur eftat que je ne fuis. L'affedion

que vous me devez par les liens du mariai

demande cela de vous. Bien plus ma femme,

vous y eftes obligée par vôtre propre

vertu. Vous devez cela à la maifon dont

vous fortez, afin que vous ne lui faffiez

pas moins d'honneur par le bon ufage de

votre devoir , que par vôtre probité. Quand

même, vous feriez toutes chofes, fi vous ne

donnez pas Lieu d'être louée, on ne «traira

point que vous ayez fréquenté la vertueufo

.Martia.

Si vous avouez la vérité , vous ne pour-

J*f pas me dire que je fois indigne de vos

loins, J*avoiie de mon cofté que vous m'en

rendez avec ufure , Se que l'envie la plus

wtmee ue fçauroit TOUS nuire là-de(Tus.

^is outre les chofes que vous avez faites,

av ez l'ambition de paraître fort fenfible à

J*» miferes. Tafchez de me faire reléguer

^ns une région, moins, expofée aux courfes


% tê P. OVXDII m PONTO ! LlB. III*

Cîâtidd nec ûffidi pars erit mlla mi

Magna petè y fid mn tamrn inwidmfd mganth

Ut que ta mn tenem, tut a repulfa tus eft.

Bec fâbifmanfi, tôt Us fi carminé mftrê È

Quodféuis , ut fadas, teque imitere, wg§ê

Wêïfém affkêvit tnbiien pwdeffi j fmqm

. BMX bem pngnantes incitât me vif m.

$t§tâ tuseft pfêbitM, teftdtoque tempm #n §mm

[ Sit firm etiàw mn pwbitàte mn§r. J

Nm t'Ai • Âmaz,§md eftpm me fitmendd fecmis, '

Mt excifs Ie?i pelts gerenda manu.

KMMenmddordndmt eft ; mn utmibifiat amium9

Sedfit ut ïfdtum, quam fuit dnte, mimn*

Gfdtidfinulldift, lacfjma tibi gratta fient.

Bac pêtes, mt nulle, parti wmvere Be§s. •

QMA tibi ne defim, bem per mdla mftra cavetm i

Meque fk§ fimdi cêpia dives adeft.

*4maxdmM '/km*. Ici Anazonnes poncricm la

tache dans les combats*

4es


LES ELéGIES D'OVI DE» LIV. IIL 217

des ennemis : Je n'auray plus rien à defirer

de vos bons offices.

Ce que je demande eft confîderable ; maïs

cela nefçauroit laite tort à celle qui le demandera

; Se quand même vous ne fobtîendriez^pas*

il n J y a rien a craindre-dans ce

refus. Au refte ne vous fafchez pas fi je vous •

conjure fi fouvcnt dans mes vers de feire ce

que vous faites , & de vous prendre vous.

même pour modelle. Le fon dès trompettes

n'eft pas inutile à infpirer de l'ardeur aux

plus vaillans hommes , & les Capitaines

n'oublient pas d'exciter par leurs paroles

les plus courageux au combat. On connoit

affez voftre vertu par les preuves que vous

en avez données ai tout temps ; faites que

vôtre courage ne cède en rien à vôtre

•emi.

Je ne demande pas que vous preniez

pour ma defenfe une hache ebrame une

a Amazone, 8c que vous portiez un bouclier

à la main. Je demande feulement que

vôas adoriez un Dieu , non pas pour m'en

attirer les bonnes grâces , maïs pour adoucir

un peu la colère qu'il a contre moy. Si

vous manquez de faveur auprès de lui, vos

larmes vous tiendront lieu de faveur ; &par

cet endroit pluftôt qu'autrement vous pouvez

fléchir les Dieux. Mes maux ne laifferoatpoint

tarir vos larmes, &je pouriay

Vous fournir une ample matière de pleurs»

Tm§ IX. K


11$ P. OVIDU VE POHTO , LlB. III.

Uîque mes, resfmt ; vmni ( puto ) temporc flclii*

Mas Fortuna tibi mftrd mimfttM êpes.

Si mea mors redimenda tua ( qnod dbomimr) effet:

» jfdmeti conjux, quâmfeqmrerk, erat.

Mmuld Pmekpes fieres, fi fraude pudica

Inftdntes vettes fdBere mptd prmos.

Si ۤmes exJBn&i mdnes feqmme mariti,

Effet dux faSï Lâ&datmd mi.

ïpbias dnte ocuhs tibiertt ponendd 9 voient!

Cêrpm in aaenfos mktere forte rogos.

Mil opus eft letbo , nil * Icariotide tela»

C&fark at conjux me precanda tua.

Quâprdfldt yirmtefud , ne prifiavetufim

Laude pudkitm fuuld mftrd premat*

Qu£ Venais formam, mores Junonis hdbêndê,

Sdd eft cdefti digna reperta toro.

' Ouid trépidas* & adiré times ? non impid PnffK;

' c Filiave Mèu voce movenda tua eft :

Me nurus Mgjpti, necfiva Agâmonmon****}

Scjllaque , qu£ Siculas inguine terretaqum :

Telegmive parens vertendu mtdftgumi

a Aimai conjux. Il parle d'Àlccfte.

b Iczriotide tel*. Pcnclope cftoit fille d'Icare*

c Filiavi Ans. C'eft Medéc fille d'Acte.


Les ELéGIES B*OVIDE,LIV.III. 'un

Dans l'eftat où font mes affaires, je penfe

que vous aurez de quoy pleurer toute vôtf e

TIC : ma déplorable fortune TOUS en donne

lefujet.

Que s'il vous falloit racheter ma moftiar

la vôtre , dont je ferois bien fâché, TOUS

n'auriez' qu'à fuîvre l'exemple de la femme

d*Admets fit fi vous vouliez .éluder les

galants qui vous preflèroient de violer la foy

que vous me devez , vous imiteriez Pénélope,

Que s'il vous preneit envie d'eftre la

compagne de vôtre mari en l'autre monde,

vousfuivriez dans vôtre mort l'exemple de

Laodamie* Et 11 vous fouhaitiez de vous

jcQcer toute vive dans le feu du bûcher funèbre

, on vous propoferoit Evadné,

Il n'eft pas-beioin que vous mouriez , ni

que vous brodiez de la toile comme b Pénélope.

Vous n'avez qu'à prier Lïvie, donr

l'etninente vertu peut faire vanter nôtre ficelé

que l'antiquité n*a point d'Héroïne plus

recommandable en pudicité. Et comme cet-'

te Princeflc à la beauté de Venus, & la fa-

'gèffe de Junon , elle feule a efté digne d'être

Epoufe d # un grand Dieu,

Pourquoy craignez-vous de l'aborder?

vous ri'avez-point à fléchir l'impitoyable

Progné, ni la cruelle c Medée, ni les Da-'

naïdes, ni Clitcmneftre , ni Scylla qui efl

l* terreur des Mers de Sicile, ni la magicien?-

X il


120 P. OVIDII- DE PoNTO s LlB. III.

- Nexdque mdêfds dngue Medufd cm*. •

fœminafed Princeps; in qud Fortund videre

• Septûbât, & €M£ mmmdfdlfd mût.

. Qudmbil in terre, ddfinem Sdisab mu

Ckrim, excepté Csfdre, mandas bdkt.

MligUQ tempm cdptdtum fspe têgdndi*

Mdredtddverfd m mi mvm dqua.

[ mnfemper fdctdê reddmt mdmldfmtet :

Ipfaque non omni tempmfaftd patent. ]

€nmflatui Urhu erït, qmlem num dugum # >

' Et nuttmpopuli contrabet ora dûm ;

Cm domm Âugufti, Cdpimti mme ctlendd ;

LMd, ^##âf eft.&fit ,plenaque pdâs eritj

[ Tumtibi DÎ fdc'mnt ddemdi copia fiât*

. Ercfe&ura dliquid tum ma yetbaputa. ]

Éi quid aget majus, differ tu* cœptd § capequ*

Spem fefiindndo proôpitare meam.

[ Neç rurfm jubé*, dumfit vdcuijfimd quarts*}

Corpsris dd sur dm vix yaeat Ma fiù

. [ Caria mmpdtr'éus fuaitfiipata KW# ;


LES EIèSIES D'OVIDE » Liv. III. %z\

ne Circé , ni l'épouvantable Medufe avec •

fes cheveux tralfez de ferpens. Vous addteffcz

vos prières à une grande Prînceffe, en

qui la fortune fait bien voir qu'elle eft clairvoyante

,.;& que c'eft à tort qu'on l'accufe

d'eftre aveugle. Il n'y a rien après Cefar

dp plus grand qu'elle dans tout le

monde.

Tachez de bien prendre voftre temps

pour lui demander cette grâce , de peur

çue vous ne vous embarquiez par un-vent

' contraire. Les Oracles ne rendent pas toû- .

jours leurs reponfes ,> & même ks Temples

ne font pas toujours ouverts. Quand la vil- ;

le fera dans l'eftat, où je m'imagine qu'elle!

eft, qu'il n'y aura rien de fâcheux qui rende

le peuple trifte. Lorfque U'mjîfon d J Augufte

, qu'on doit révérer comme le Capitole,

fera dans la joye & dans la paix, abordez

l'Impératrice fous la conduite des Dieux,

& croyez que vos paroles me feront de quel»

qu'utilité.

Si vous la trouvez trop occupée » remettez

vôtre deflein à une autre occafion, de

peur de -ruiner mes affaires , en voulant les.

avancer précipitamment. Je ne vous recommande

pas d'attendre qu'elle foït entièrement

defocuppée -, car à peine lui refte-t'il

affez de temps pour s'habiller.

Lorfque -vous verrez le Sénat en corps

K Mj


11& P.OYXDII BlPoKTÔs LlB.ÏII.

1er rerum mrbam m qmqne oportet eM."} • i

Cum^tiU comignk vultum Junmm adiré r

lac fis petfim, JIMIJI «wr* 5 menm.

JNe'fdSumdefetutemeum : »wk cdufafilendd efi.

X6tni/i/Mfoiufair twa rerèa preces.

mmlmjwmitwtmàd wmdeft'fiêbmfaqmtérm

M nm mmtâks kotèid tende pcdes.

Htm ftte ml aiiui % fdto mfi db bafie recédant :

Moftm Fmmam fit faits efie mbi.

* lima qMidemfnkunt :fii jam tmbatd timwi

Md€ qmqm mx p@terk me tremmte lêqm.

Sufpicw h§c damm tibi mnfart : fenîidi ills

Te majefidtem pertimuife fuam.

£N« tuafifletufmdenmr yerbd, mcebit.

• imerdum lacrjvm p§ndeta vms habem J

lux etiam cœpiisfac'm hna uïèm défit :

Baraque wnvmïem, uujpiciumquè faverm


LESELSGIIS D'OVIPI, LIV. III. 113

au Palais*. d'Augufte , paffez à travers fa .

foule : & quand vous- ferez devant Jundn,

fouvcnez-vous de bien foûtenir le perfonnage

de fuppliante. Ne vous avMez point

d'excefer ce que j'ai fait *9 il faut pafler fous

fîlence une affaire qui ne vaut rien. Que'

vos paroles fe bornent à exprimer vos prières

avec triftefïè, Verfez fur le champ un

torrent'de 'pleurs » &.vous proftemant àf erre

s étendez vos bras aux pieds de la Divine

Livie, Ne lai demandez pour toute grâce

que de m'éloigner d'un peuple qui eftun

cruel ennemi 3 n'eft-'cc pas allez pour

mon mal-heur .d'avoir la fortune contre

je vous donnerais encore d'autres avis,

mais peut - eftre que la crainte venant à

troubler voftre efps)t à peine pourrez-vous

dire d*une voix tremblante ce que je vous

ay déjà recommandé. Je crois néanmoins

lue vôtre trouble ne vous fera point de terr,

î

Livie voit que fou air majeftueux'vous

infpire cette crainte. D'ailleurs s*il arrive

que vos pleurs entrecoupent vos paroles

, cela ne vous nuira pas* Les larmes

font quelquefois auii éloquentes que les

difeours.

• Choififfez auffi un jour heureux pour cette

entreptife , & qu'elle fe fafle à une heu-

1$ propre , & fous des augures favorable^.

>r • • • .


' %%4 P* OVîBII DE P©HT© , LiB. 1TL

Seiptim imptfite fmëu êltmbm igm ê

Tkwdfet ddmdgw§s vinsquepurd Dèot,

£ quitus mte mmes âugëftum numeu dimd 5

*• Jr§geniemqMe pim s pârthipemfte tm.

S$M utinâm mites filito tibi mûre j tmfqm •

" Mm émis lâêrjmm mltiim dfpkknt.


Lis ELBCIES D'OVIDI , Liv. III. 115

Mais tuparavant allumez du feu fur les

faints Autels j enfuite offrez de l'encens 8c

du vin coût pur aux grands Dieux. Ado»

rez fur tout le Divin Cefar , fa £unillfciv

& fou Epoufe. Je prie les Dieux qu'ils

vous foient propices comme ils ont accoutume

* &• qu'ils regardent vos larmes avec

un vifage riant.


xx6

P. OVIDII

NASONIS

DE PONTO.

; EPISTOLA.II ,

COTTii

U AM legk a no tir,. miffam ûbr9

£mtâ7.fâlmum.y

Miffâ^ fit ut 'vere perwëét^

Mmn^m mes fifpes mutum mmiâfém auftrs %

Ut fie fit e mbk par* Unafâh* > fitti*.

tumqm kkrn 'dit, pSâtâ^e vdâ t?É%

se**»


417

LES

E LEGI E S

D' O V IDE.

ELEGIE. II.

A COTTA..

^# lm iefin amitié , qu'il tacheté it retutor

mmmrtelii par fis-Fmfies^ * • *

E fbuE&itte , moircherCotta»

que fe fâluf que-je vous envoyé

dans cette lettre,aille JuC-

- qu'à vous* 'fitvous foit rendu..

. Car la-, joye que jfay d'apprendre

que- YOUS vous portez tien diminue mes:

ïourmens y & vous- me faites joiiir d'une:

farfaite fauté dans, :upe 'bonne partie de.

"tà-même.. Lcrfcçie les. autres chancetene»

&• «HHa afasdûnaevt h^ voiles > vous elles

Jt VJJ


JLIS P. OVIBII • w PeNto , LIE. 1IL

Tu Iscers remîmes sncbarsfiU rssK

Grata tus ejt igitttr fietm. igmfiimm iUis,

Qui mm Fêmnâ tergs dedhefugs.

Cdmfifidwt mum, nm mum fulmina terrent :

JmësqMe percujfi tmbd fsvere filet.

Cumque dédit féeries veneurs fignd m'm»

Sêllkitê vdcum fit locus ite mette*

Quis mn e timidk sgri contsgis visse ?

Vkhutm mtmrn ne trahst inde malum ?

Me qu§que dmkmrMtnnimiê tmmemetuqm^

Mmêdk, quiddiâ deftituire met.

Mm i^t fktm, mn tfuiej* wlmum

Befuit: sdvetfrs extinmhe Dm»

Wqui magis esuti pffunt tiwâdique videri,

Sk dpfêlkri nm meruert malL

M mem excufse ctrn its eandm mices}

Utque bébemt de tttr akmm nuDd-9fdvet.

.SinthM imtenti venu, fignentque BceMt

fMrgarifdSum me- qwqm tefiefiwm.

M


•LES ELéGIES D'OVIDE , Liv. III. 219

le feul qui me fervez d'anchre à-ietenir

mon vaiftèau tout brifé qu'il eft de la.tempête.

Je fuis charmé de voftre âffe&ion, Se

j'excufc ceux qui m'ont quitté après mon

malheur. Quand le tonnerre frappe un feul

homme 9>plufieurs autres en font effrayez, &

ceux qui fe trouvent prés du foudroyé en

fcntauffî tôt lai fis de crainte. Lorfqu*iia

mur menace de ruine ,* perfonne ne va à

l'entour, de peur d'en efixe accablé. Ceux

qui font efcfaves de leur fanté avec des

apprehenfions continuelles évitent la contagion

& le voifînage des malades , pour ne -

pis galgner leur mal Pour moy je fuis perfisadéque

piulieurs de mes amis m'ont zmm

ioaoi par crainte , pluftôc, que par haine»

Ils ne manquoîent point de tendreile, ni de

bonne volonté à me fervir ; ils ont redouté

les Dieux qui font irritez contre moy.^ On

peut, bien les appeller ptudens & timides^

mais non pas mechans..

Ceft'ainfî que mon humeur indulgente

me porte à exeufet mes amis , & à ne leur

reprocher aucun crime. Que ces gens là fe

contentent d'être exeufez, ils pourront même

fe juftifier par mon témoignage. Mais

tous mes fidèles amis 3 vous m'eftes bien

plus confiderables, quoique vous foyez en

petit nombre, puifquqvousVavez pas craint

et me-fecourir danfipcf plus prenants gial*


1$Q P. OviOII DE PONTO ,' LlW, III.

lars eflis pami pQtm y qui rébus m arëè- ..

Ferre mibi luêllam turpt- putdftis opèm. :

lune hgkwr menti wwrietmr gratia veflri f

Cum âms abfmnto cor pore fait m ero é

IaUar9 & Ha me&fièpefdbit tempêta mu»

Si tamen a memori .pofieritate- legar.

torpora dtbentur rmfiis exfangma bttftis :

Mfugiunt firuciosnomen honorée rogos* -, (

Ouidit & Tkfim, & qui céwmtavm Orefim:

Sed tmnen m laudes mit uterque fiât»

Vos etiam firi Idudabum fdpe nepotes ;

Claraque eritfmptisgloria mfira mu.

•Mkquêque SmrêmMsjdmws mfêre-GetâfMt

Et taies anmms barbota tmba probdt.

Cutnqmego de refit a tmper probitate -referrem

( NamdidkiGttke, Sarmatkeqm %%]• .

'ftrte Cenex quidam y cmtm am.ftattt in it» ,

Reddidit ad noftros tdia verba fonts t

.Nos qmqm amkim twmen btne mv'mm> Mt%

Qms procul a vobkfrigidus ifier. habit.

Ifi locut in- Scjtbia% f Tantôt dixêre pr-htes} -

Qui Getka longe mn ira Sfiat- hmmi

' MAC egofum terra ( patrie nec pœnitet ) ortie».

€onfirtem Pbœbigens colit illa Beann.

'Mm^mmmmk^.t^iiimxm^^^^ •


LES ELéGIES D*Ovri« * Liv. III. 13t

Èeurs : Auffi la teconnoiffance des obligations

que je vous ay., ne s*efïkcera jamais démon

coeur "> que lorfqu'il fera réduit tn*

cendres-

" Non non je me trompe, cette reconnoif~

fance me furvivra x fi les fiecks à venir fe

fouviennent de tire mes écrits. Nos corps

privez de la- vie font brûlez* dans le bûcher

funèbre , fans- que noftre gloire & nôtre

nom puiflènt jamais périt dans ces flapimes.

Thefee & Oreftes font morts *, les loiiangef

4e l'un & de l'autre durent éternellement.,

la pofterité vous loiiera suffi > mes chets< '

amis y& vôtre réputation deviendra célèbre:

par mes Ouvrages.

Y ©us eflBcs déj* connus au pays des San?romates

& des Getes y & ces barbares éditent

voftre generofité. Comme j'en partais

dernièrement, car j- J ay a.ppris h langue des

Getts & des Sauroraates , un vieillard quî.

fc trouva? dans la- compagnie où j'èfiois,.

Bous tint ce difeouts* llktftre étranger 3 le

nom d'amitié ne nous eft ps non plus inconnu

3 quoique nos rivages dit Danube

foient fort éloignez de Rome, Il y a en S'cy-

4ie une. contrée que nos Anciens appelaient

Taurique r & qui n*ëft pas loin des. •

Getes.. Je. fuHi né en ce pais là, dont je » J ay-point

de regret* Les Taur-ofcythes adorent

Diane .$; on y voit encore aujourd'hui u&>

Temgie bâti h foix honneur. £11 de grande


ë.$i P. OviDix DEPONTO, Lit. III.

Perque quitter denos itur in illa gradus.

Fama refert iUïc fignum edcftêfuijfe.

Quoque minus dubitês 9ftat bdfis, orba Bea*

Araque, qm futrat pâtura candida faxi,

Dmbr affufr tinlia cruore mbet.

WœmmafMtâfddt uds non mtajugoli :

Qu£ Jkperdt ScjthicM mbilitate nurus.

Mamficîgems eft$ (fie infiituêreprions )

• Advena mgme§ cafus ut rnfe coddt.

Megna Tboas bdbuit Mmtiie cldrus in ma :

Necfmt Euxinis not'm alter aqm» '

S€iptra tenente ilk 9 liquidas feciffe per auras

• Nefiio quam dumt Iphigenian iter.

flMdmkvibm vmtis fub mkper aqumrs wSam

Gteditur bis Pbœk dtpêfuijfe hds.

Irsfuerat tempk multos earite per anms.

Imita per agens triftia faaa manu.

On» dm vel'ferâ jmems venere farina ;

Preferumque [m Htm a mftra pede. •

Par fuit bis atas, & am§r : qmmm alter Oreps,

Alm erat pjlades. hmninafamatemt.

Prm'mus immitem Tm'u dummstr ad armn ,

Ev'mHi gemmas ad fua terga manus.

• Spargitaquataptûs lu/lmli Graja/acerdês ,

Mémm fidyds infiêla kngaxêmas.

a Sp/drgk aqua* Les Anciens dans îeurs facriecs «P*

rofoient d'eau fes Yîâruiîes pour les fUiïfiec a?âi«

faciles fuient immolée s»


LES Etions D'OVIDE , Liv. II!. 23 y

colomncs , & l'on y monte par quarante degrez.

La tradition porte qu'il y avoït une

latuë' , de Diane ; mais pour vous donner fujcr

de n'en pas douter, c'eft que fon piedeftai

cft maintenant vuide ; & l'Autel qui eftoit

de marbre blanc , n J eft plus de cette couleur

, à caùfe du fang qu J on y. a répandu.

ia Vreftreflê 4e ce Temple doit cftre

Vierge & ehoifie entre ks pins nobles du

faïs -, & par une ancienne coutume il faut

qu'elle égorge un Etranger pour le lacrifier

l la Deefle-. Sous k règne de Thoas Prince

illuftre & très fameux dans les Palus Meotïdes

& fur les rivages du Pont Euxin , une

certaine Iphigenie y-fut, dit-on, tranfpor-tée

à travers la vafte Reçion de l J aîr : O»

dent qu'eftant enlevée fous un nuage par

les vents 9 Diane la mit en ces" lieux.

Cette lphigenie fuivant la' coutume,

*voit déjà fait ces horribles facrifices atec

répugnance , quand deux Jeunes hommes

. embarquez fur -mer vinrent mouiller l'an-,

chre ï nos colles. Ils eftoient de même âge,'

.& s'aimoient également. L'un d'eux s'aploit

Orefte & l'autre Pylade, noms fameux

Ains la pofterîté. Auffitot on les mena devant

1 J Autel inhumain de Diane, les mains

liées derrière le dos» La Preftrefle tenant ces

captifs les * atirofa d'eau pour les purifier, &

kur mit enfuite fur la tefteune mitre qui

cûôitfqrt haute, Tandis qu'elle préparait le


*J4 P. OviWI DE PoNTO- * LlB. III.

Dumque parât facrum, dum veldi tempera ?kfû

Dum tards cdufas invertit ufque mu,

Non ego crudelis, juvenes igmfcite, dixit $

Sacra fmfacw barbérkra lm§.

Mitas is efi gémis, qua vos tamen mk venins!

Quove pammfâufta puppe pittflk iter ? .

Dixit :&, auditopatrm pia nomine firgo.

Confortes urbis csmperit effè fus.

Atténuer votis, mquit 3 cadat boftia facrisi

Ad pâmas fedes nmcms aiter tôt.

Irejuùet Pjlades carum périt m m Orefien.

Mk mgat ; wqstê fkem pugmt uterque mm

Mxjlitit hêc umm , qm non convenerit ïÛis.

Cdtera par comors & fim liée fuit.

Pumpaagmtpukhri juvenes cm amen dtnoris.

Ad ffdttem fcripu$tx4¥4t. $Ua mtas.

Adfratrem mandata dabat, cuique Ma dakntm

( Eumanos M/US afpke )/rater, erat.

Nec mura-, de temph rafmtt fimmlacra DM**-*

Clamqueper mmunfas puppeferuntur aquà

Mirm amorjuvenum, qudmvis^m m mm é


LES EUGIIS D'OVIBI , Liv. III. 251

facrifice , & qu J elle leur mettoit autour de

la teflre les bandelettes facrées ; pendant

qu'elle cherchoit des prétextes pour retarder

cette cérémonie , elle dit à ces jeunes

gens , je ne fuis point d'une humeur cruelle»

ainfi vous me devez pardonner fi je fais un

facrifice plus Barbare que le lieu où je fuis.

Ceft une coutume de cette Nation. Mais

de quelle ville venez-vous ? Et par quelle

route mal-heureufe eftes-vous venus débarquer

ky ?

Elle parla de la forte , & quand elle fçaat.

le nom de leur païs9elle trouva qu'ils étoient

de fa ville. Il faut, leur dit-elle , que'l'un

de vous deux foït immole pour viftime à ce '

facrifice 3 & que l'autre s'en retourne porter

la nouvelle cfaez-foy. Pylade voulant mourir

5 conjure fon cher Orefte de s'en aller ;.

celui-cy'ne le veut pas , & tous deux difputent

\ i'envi â qui s'expofera à- la mort.Voïla

le feul différent qu'ils eurent jamais ensemble

-, tout le reftedeleur-vie fe pafïa

dans une grande union.

Pendant que ce combat d'amitié fe paffoit

entre ces Jeunes, gens \ Iphigenie écrivit

une lettre à fon frère, & par un étrange

ivanture , ce fut a lui-même qu'elle la donna.

Aufluôt ils enlevèrent du Temple la

ftatuc de Diane , & fe fauvant à la dérobée»

ils s'en retournèrent par mer. La merveilkufe

affcaioa de ces jeunes-hommes , paffe.


*3< P- OfI#lI OB POKTO, LlBr-III.

In Scjibia magnum mm qmque mmen babêt

Wdbêtld narrât d eft pêfiqudm mlgdris db ilh :

• Lduiatum emnes faëd piamque fidem.

tàluet h M eîidm ( qud wnBd fermier ) wd

• Nmm dmmm bmbma cordd fmvet.

^uidfdcere Aufmïd grim debetis in Urk,.

dm tang4M dites tdlia faSa Getos ?

'jtdde j quod efi dnimu? femper tibi mitis \ & di

Indidum mores méilitatis habit •,,

QMQS a Voleftu pattii cûgmfcat n&minis auiïèt

- Ques Nurnd mat émus mn mget ejfefum:

Adjeïïiqm ptobmt gemma admmmaCêttâ,

• Si m mn ejfes, intérim*'d4§mus>

Digne vhïMc ferie, Upfi fucmrrere amk§

Cmweniens iflis nimbus efe putd.

a Voie/m. Il cftoit S-ibin & Tint s'étMk i Ro»

mc€ Tatiu*.


Lis ELéGIES D'OVIDE , Lrv. III. 137encore

après pluficurs ïîecles pour un grand

exemple d'amitié parmi les Scythes,

Apres le récit que fir ce viellard. d'une,

hîftoirç fi connue, toute l'aflèmblée loua

l'aâion , & la confiante fidélité de ces deux,

amis. C'eft à dire qu'en ce climat.le plus

barbare du monde, le'feul nom d'amitié eft

capable de toucher les coeurs les plus inhumains.

Que ferez-vous iouc vous autres

qui eftes nez en Italie , piïifque de telles

adions peuvent amollir les Getes ?

Ajoutez à toutes ces chofes la douceur de

voftre efprit , & la bonté de vos moeurs

qui marquent voftre haute naiflance. a Volcfus

l'illuftre Auteur de voftre race du

cofte de voftre père, & Numa dont vous tirez

vôtre origine par voftre mère , vous reconnoitroierit

à vôtre fageffe pour un de

leurs defcendans. Vôtremaifon même qui

périrait , fi vous n'eftiez plus au monde,

prouverait la grandeur de vôtre ameparle

nom fameux de Cotta qu'on lui a donné.

Secourez-donc voftre -ami dans fon malheur

y vous qui eftes fi digne de cette extraction

: & foyez bien perfuadé que cela,

convient à un homme de vôtre mérite.

«9*


P. O V I D II

NASONIS,

DE PONTO.

EPISTOLA III.

FABIO MAXIMO,

1 v4Mr emguttM prêfugB fat

tempus dmkQ*

O fidus Fdm Mdximt gmùh

die s :

Mmn tibi qm fidit rtftrm j feu ctrporis M®*-

] Seu vin/peins , feu fut ille fêpw.

WêX mi; & b'fms intmbdi Lunt/eneft**»


M?

JtW^ w m ^ m ^ ^ •*• r&rfc .#»!&

«*»'«»««* ««-î«* «» «S»O-«»«H. ««.»» ««» •

L E S

ELEGIES

D'OVIDE.

— ' ' -" — — •• lin —«• • „i ,,, —,•„„„„„„„„ iiiiini

, ELEGIE III

A FABIUS MAXIMUS.

Récit iun fonge.

A x i M E qui brillez comme

un Aftre dans la Famille des'

Fabiens , s'il vous refte quel-*

que temps pour écouter un

banni que vous honnorez de

vôtre amitié , • donnez-lui un peu d'audiance.

J J ay à vous raconter une chofe que j'ay

venë ,/bït .que c'ait efté l'ombre d'un corps,

ou la reprefentation d'un fonge.

'îlcftoit nuit-, & déjà la Lune donnoi - ;

dans ma chambre par les feacftres > comme


140 • P. OVIDII DE PoMT© , Lll. lit*

Menfe fere medio quanta nitère filet.

Publica tne requies curarum fimnus bdkbat,

. Fufifqm etdnt m§ languids membra taro i

Cumfubit&penms agitants inbmuit aer \

Et gemuit pdrvê mmfineftra fim.

f&rUus in cubmm relevé mea membra fmipum

Ftilfus & i trépidé peëm fimnus Mbit.

Stdbdt Âtmr vulm » non qm prias effefilebat*

Fukra tenens lava trijlis acerna manu.

Nec torquem c§ïïo , nec habens crinale cafillis

Nec beneâifpsfitds comtus » ut ante, comas*

Borrida pendebant milles fuper ma caplli^

Et vifa eft omlis humidapema meis..

Qudlis in dèrk tergê filet ejfe lolnmbs,

Trdtantum multa quom tetigere manus.

Mumftmul agnovi, ( neqtte enim mihi notior dm

Tdlibus effara eft libéra ïmgua finis :

Bpuer, txfilii docepto cauffa magiftro,

Quemfnit milius 'non docuiffe mihi 5

Mm qmque venifti ,• fax eft nbi tempère mio,

Et coit adftriiUs barbants iftber aquisi

QUê tibi cauffa via ? nifi uti msk noftrd vider es

Q&fim'ifi mfiis 9 mUkfà t'él

lorfqtfelfc


Lis ELBGIES D'OVIBE ,' LIV. III. 241

lorfqu'elle eft dans fon plein. Je goutois les

douceurs du fommeil qui foulage les chagrins

de tout le monde , & j'eftois languifiamment

couché dans mon lit, quand.tout

d'un coup j'entendis frémir l J air agité par

des aifles, & la feneftre ébranflée nt un petit

brait. Je me reveille en furfaut3 & m'appuye

fur le coude gauche > mon cœur palpi-,

tant de crainte.

L*amour m'apparut debout, avec un vifagctout

change j il portoit d'une façon

trifte un fceptre'dé -bois d'érable à fa main

gauche,-Il n'avoït point de collier, ni de

ruban attaché à fe$ cheveux -, & • bien loin

qu'ils fulîent frifez comme autrefois , ils

tomboient tout plats fur fon vifage qui me

oroidbir affreux. Je vis que les. plumes de

f

es aîles étoient heriffées comme celles

d'une colombe quand pluiieurs mains ont

paffé deltus.

Sitoft que je le connus, car nul autre ne

m'% jamais efté plus connu que lui, je lui

parlay librement en ces termes. Enfant qui

as trompé ton maître , qui es caufe de mon

exil, & à qui • je me repehs d'avoir donné

des préceptes , tu viens donc en ce pais où

. il n'y a jamais de paix , & où. le Danube eft

toujours glacé } Quel eft le fujet de ton

V-oyage } viens tu voir les maux que j'endure

? Peut-eftre ne fçais-ta pas qu'ils font bica

murmurer contre toy.

Tm$ IX. L


241 P. OVIDII DE POKTO , LlB. III*

Tu miki diSafti juvemlia mrmina primus i

Âpp® fui finis te duce qu'mque pedes.

Neo- me Mtom anfurgere carminé, me m

Dictre magner um pajfm es dUa ducum.

Firfddu txigum, aliquas tdmen, dum & ignis

Ingenii vires commmuere mei •

Numque egê dum canto tud regnafmque parenûs,

Innuïïum me a mens grande fdcavit @pm.

Necfdtis idfuerat Quitus quoque car mina feck

jfrtibus m poffis non radis efe mm.

Fro quibus exfilium mifiro mibi reddita mer ces x

• Id quoque in extremis, &fine pace, locis.

At non a Cbimides Eumolpm in Orpbea talis ;

In Pbrjga necSatjrum talis Olympus erat.

Prdmia nec Cbiron ab Achilli talia cepit,

h Pnbagomqm ferunt non mcuiffè Numam.

Nomina mu référant hngmn coUeSa per ntvum»

Difdpuh perii filas ab ipfi me§«

Dum damm arma tibi » dum te, lafiive , ébcem\

Mac te difiïpuU dono magifter babeh

a Chhmdês Eumolpus Nous avons die qu'Eamolp&

cftoit fiîs de Neptune 6c de Chioiic*

• b pïthigotA. .Miim* Pompilias fécond Roy de

' Rome eftudu fous le fameux Pitagore,


Lis ELéGIES B'OTIBE , LIT. IIL 245

Ceft toy qui dans ma jeunefle m'as le

premier infpiré des vers amoureux, & qui

m'as porté à la Po'ëfîe, oà l J on met le Pentamettre

après l'hexamètre. Tu n'as point

fouffers que' mon efprit fe (bit élevé comme

•Homère, ni que j'aye 'décrit les a&ions des

grands Capitaines. Peut-être que ton arc

k tes feux ont diminué le peu de génie

que pavois naturellement. Car tandis que

j'ay chanté ce qai fe palfe dans ton Empire,

& dans celui de ta mere>je n*ay entrepris aticim

grand Ouvrage, ;

Mais pour comble de mal-heurs fay eu

l'imprudence de faire .des vers pour tMnftrui-

TC à devenir habile. Auffi m'ont-ils attiré

pour ma recompenfe un cruel exil qui me

fait palîer triftement mes jours à l'extrémité

'du monde parmi des Nations turbulentes.

Ce. n'eft pas ainfi qu'Orphée fit traitté

a d'Eumolpe fonDifciple: Olimpe ne paya

|as d'ingratitude fon maître le Satyre de-

Phrïgie : Et Chiron ne reçut pas un tel fatire

d'Achille, dont il avoit efté gouverncur.On

ne dit pas que Numa ait mal-traitté

b Pithagore , fous lequel il avoit étudié.

Mais pour ne plus raporter de pareils exemples

des anciens , je fuis le feul qui ay péri

par mon difciple. Dans le temps que je te

donne, des armes & des inftruâions, enfant

libertin, ton maître reçoit cette recompenfe

pQm t'ayQir rendu feavant.

1


144 P« ° v * IDn DE PONTO , LIB. III.

St* tamen -, ut liquide juratm dkere poffis 9

Non.nu legitims filikitdffe tmm.

Scripfimus bacifin, m qudfum me vitta pudim

Contingit erines , me fidd Imga pides. .

Die sprem, ecquando didkifii fallere mptm §

. ttfàtm imertm per ma jugkgtnus ?

An fit ab là mnU rigide fubmota libeBis,

Quam kx furtivos arcet habite v'ms ?

• Quid-tamen hoc prodefi, vetiti ftlegefeverâ

Credùt ddulm'û eomp&fuife^ notât ;

Attufic habîM fmentes cunBd fdgittm ;

Sic nunquâm Tdpido lampddes igné VMmt ;

s Sic ngat imperium , terrafqm méneat §mnes

Cafar , ab Mnea qui tibifratre mpos'%

Effice , fit nota non implacabilis ird ; .

Meqffe locê pleUi mnmod'wre relit.

MidC cgs vifus etam puero dixife wlmrL

Eos vifus nebis ille dediffe fines.

.Fer me a tel* faces 9'&per mea tela fdgittm ;

Fer matremjuro, Cdfaremnque caput *

Ml nifi conceffm-* m$ te dïdkiffi mégifir^j


. Lis ELéGIES*D'OVIDE , Live III. 14 f

Tu fçais neânmoins*tu pourrais bien l'affûter

avec ferment que je n'ay jamais attenté.

à la chafteté du lit Nuptial. Nous avons

ccrit pour les Dames qui fe coiffent & s'ha»

billent en coquettes. De grâce dis-moy un

*ea , quand eft-ce que tu appris à tromper

f

es femmes mariées , & à rendre l'origine

des enfans douteufe dans les familles ? N'ayjepas

exclus de ces écrits avec beaucoup de

rigidité toutes les Damef à qui la loy interdit

le commerce des galants! Maisàquoy

fett tout cela ? fi l'on croit que j'ay fait un

ouvrage pour faciliter l'adultère qui eft défendu

fi feverement par nos Ordonnances?

|e fouhaitte qu'il n J y ait rien qui guifle

éviter tes .flèches & que ton flambeau brûle

toujours avec une grande rapidité. Je fouhaite

que Cefar qui defeend d'Enée ton fre-»

ic 3 gouverne l'Empire heureu&ment, &

qu'il voye tout le monde fournis à fes loix.

Fais donc enforte que fa colère ne foit pas

• toujours implacable contre moy > & qu'il

veuille me punir dans un autre lieu plus

commode, ]'a vois dit ces chofes , ce me

femble, à l'enfant qui porte des ailles y &>

voicy comme il me repondit, Jç jure par

mon flambeau & par mes flèches vquf (ont

les armes dont je me fers : je jure aulïi par

Ma mère & par la tefte de Cefar que vous

ne m'avez rien enfeigné qui ne foit permis

, & qu'il n J y a rien de • mauvais dans tous

L iij


%^6 V. OVîBH M POHTO y Lu* Ht;

U/^fftf hoc, fie utmam defendere uterapojfesi

' sàsalind, qmdte kftttt, êftemagts.

Qntapùd id eft {neque mm débet dolor lie referri)

mm potes M tulpk dkere abefe $uâ.

Tu licet erroris fitb imagine crimen obumbres %

Non gravier mer ko vindkk ira fait.

Mt umm dfpkmm, confilarerque jacentem >

lapfaper tmmenfm eft mihi penna ym.

Métc loca tumprmwn wdi, mm mam rogânt*

FhîfiM eft tel* fixa pueia mets.

Qud mm cm iterum poft fitcula longd revifam »

• TU facù, o Cdftris miles amice mets.

Fone mnm igitwr * w'ttefcet Coatis ira :

Et veniet votis mollior bord tuk.

Nen moram timeas,tempm,quod qmrimus.'mfi^

CunSaque Utitu plena trittmphus babet.

Bumdomm.&nath dum mater Liviagaudet :

Dumgaudes Patrm magne DudfqutPater:

3um tibi gratatm populus, manque pet Urbem

Omnu odoratis-ignibus ara calet :

Bum faciles aditus prdet vemrabile templum §

. sperandum noftras pofe valere prêtes.

m%ït\ & aut Me eft tenues dilapfm m auras,

Cmperunt fenfus aut vigilare mu

Si tubiem, quin bufayem ê , Maxime 3 diiliê * •


LES EXEGIES D S OVIDI , Liv.III. 247

vos préceptes. Plût. aux Dieux que vous

puifliez vous juftifier aufli bien du refte que

de cecy.

Mais Ovide , vous avez plus de mal à

craindre d'un autre cofté. Quoiqu'il en foie

néanmoins , vous ne devez pas renouvelles

voftre douleur : cependant vous ne fçaurkz

vous juftifier de la faute que vous avez faites.

Au refte quoique vous coloriez voftre

crime du nom d'erreur ,' le Prince qui vous

punit eft plus indulgent que vous ne méritez.

J J ay pourtant pris mon effort à travers d'immenfes

chemins pour venir vous voir, &

pour vous'donner, quelque confolation dans

l'excès de voftre mi (ère. J'àvois déjà veu ce

pays à la (bllicitation de ma mère, quand

je vins lancer mes traits contre la Princeiïe

de Colchos.

Mais fi vous voulez fçavoir pourquoy |e

reviens icy après tant de fiecles , je vous dïxay

que c'eft pour vous voir, vous que j'aime

comme un homme qui a combatir fous

mes ordres, Banniflez donc toute crainte,

la colère de Cefar s'appaifera , & vous verrez

quelque jour l'accompliflement de vos

fouhaits. Ne craignes pas ce retardement,

le temps que nous defirons eft proche ; le

triomphe qui fe prépare va remplir de joye

tout l'Univers,

Maxime , fi je doutois que vous ne fuffiez

point favorable à ce que je viens de dire , je

L' iiij


148 P. 0V1MI XXE PONTO , Lll. 111.

' Memnmk cjgms ejfe colore putem,

Sedmque mutatur nigrdpke Idéltus bamt:

Mec, quoi état idniens, fit têrtbmhus,. ekr.

Comenims mémo gems ift tibi ; mbik ndmqm

Peâm & Eermled ftmpBdtdîk h des.

Livor inersmt'mm mores mn exit in iftos 5

Ut que Idtens imd -ripera ferpit humo*

Mens tud fnblimis fuprd gmmeminet ipfumx

Gronims mgenio née tibi mmen imft.

. Mrgo dlii mcedttt miferk, optentqm timeri :

TinSaque moridd fpimld feBe getdnt.

jû tud fupplkibm domm ift dfuera jëfénâs :

M quorum mmm meprecw effe velu.

asm


Lis ELEGIIS D'OVIDE» LIV. 111. 249

purrois croire % que. les Cignes font auflï

noirs que Memnon, Mais le lait ne perd

ps fa couleur par le mélange de la poix , ni

le marbre blanc ne fçauroît prendre la noir*

ceur du Terebinthe. Vôtre naiiïance convient

à vôtre courage , vous agiflez noblement

en tout , & l'on voit reluire çn vous-la

fincerité d'Hercule.

I/envie ce vice fi lafche ne ^attaque

pint aux gens qui ont l'ame élevée , mais

elle ram^e par terre comme une vipère.

Yoftre elprit eft plus fublime que vôtre ilkftre

extraction , & vôtre génie paroit plus

grand que le nom que vous portez. Que les

autres nuifent aux'xniferables, qu'ils aiment

à eftre redoutez , qu'ils portent des traits •

trempez dans le fief* vôtre maifon eft accoutumée

à fecourir ceux qui ont recours à

vous3 au nombre defquels 3 Je vous fuppiie

Je vouloir m.e mettre.


*;o

p. O V I D II

NASONIS

DE PON.tO.

./si.

ftPISTOLA IV.

RUFÎNO..

jf € r#W «wi vonom pmtontïâ ?0*

bofdbttem,

Ndfi TùmittiiéL mittit- db mk:

Utque fmfdvm-mdnidt^ Mufim-, Trimnpk%

In yeftm f mit fi tomm.- jMe. monts..

Mfi®pm exiguum3w.âfiifqmfdfdtibu$ impôts

r Quole tom». mmqut efl,.. ut Mme. rpffi. •


i5i

L ES

E L E G I ES

D'O VI DE.

ELEGIE IV.

A RU F IN.

S sexcufe de ne pouvoir p4$ chanter digncmttftle

trkmphe de Tihere.

OSTRE Ovide, mon char

Rufin, vous écrit de Tomes,

pour vous fa lue r de toutfon

G orur , & pour vous prier de

vouloir eftrc le protecteur

de fon livre s'il tombe entre

vos mains. C*eft un très petit ouvrage , Se

«lui n'eft point comparable aux préparatifs

çie vous faites ,. mais tel qu J il eft je vous;

frit: d'en prendre, la groçe&ion..

' . " " ^ y i


2|t P. OVIDII DE POHTO 3 LlB. III.

Jiriw4 vdbm per fi,nuËumque Mdthmm

: medkam iuUm cotfkgit dger §pem^

Non §pm eft magnk plackb leHare p§'ëf$s i

m

Smwâikt imimm difficilemque tmenn

Nm qu'eus iwgewim kfigi mmme kkres »

Mt etèam mdlum fmfitdn dm fait,.

tïïèm infimk f teftr§ tmdme fdkmm»

Qmm mibifpdmm, #mnM Mpr* futetm .

' OmStafm mm medfim ptopenfènbcd fdfêtt*

WrMipMum f.mmjm bmkt iitliber*

Sp£®Mt.


LES ELEGIIS B'OVIDB , LIT. III, ' 25 3

Un homme bien fain fe maintient lui-même

en faute 3 & n J / que faire de Médecin >'

mais ceux qui font dangereufement malades

cherchent des remèdes pour fe guérir. Les

grands Poètes n'ont pas befoin de gaigner

la bienveillance du Ledeur ; quelque malaifé

qull foit à contenter > ils l'engagent

malgré lui à la ledure de leurs ouvrages,. '

Pour ce qui cft de moy , mes longues miferes

ont âffoiblï mon efprït, s'il eft vray que

j*cn aye eu auparavant. Dans le peu de forces

qui me reftent je ne mé foutîens que par

voftre appui * & fî vous m'abandonnez je

me tiens perdu fans reflburce. Et comme je

fonde toutes mes efperances fur voftre proîeâion,

je fois en droit de.prétendre que

vous ferez, indulgent au livre que Je vous,

envoyé.

D'autres Poètes ont décrit la magnificen-ce

du triomphe ,. dont ils ont efte fpedaleurs

: Ceft beaucoup d'avoir veu les cEofis

que han veut tranfmcttre à la pofterité*

Mais pair moy à peine ay-je entendu lewcit

dece" triomphe, quoique Jaye efté fort

' attentif à l'écouter ; & la renommée en cela

a fait la foiiéHon de mes yeux. Eû-ce

fie h>n prentl autant dintereft à entendreprier-d'une-

chofe > qu*à 1» voir-foMnéme*

Je ne. me plains pas de n'avoir point

veu cet argent » cet or & cette pour*

f te qui- jettoient un, £ vif éclat» Maisks


254 P« OyiDII DE FONTO , LIB. IH.

Sed hcd, fid génies formata, mille figuris

Mutrîjfent carmen , praliaque ipja-, meum.

Mt Megum vultus , certijfima-pignord mentis *

Jwpijfent dtqua fm fit an illud opus,

tlduftbus ex ipfispopuli kt-oqmfavm-

Ingenium qmdvis maluiffi poteJL.

Tàmque'ego fumfghm tali clangore vigorm--»

Quant radis audita mil& ad arma- tuba.

FeBorafnt nobis n'mbm glaciequt licebit,

jûque hoc, quem patior 9 frigidiora hco


Lis ELéGIES D*OVIDI> LIT. III. 255^

lieux > les combats , & les-peuples reprefentez

en mille figures auroient enrichi mç&

vers. Les. vifages même des Rois captifs

qui font les indices de l'ame auroient peutcftre

contribué en quelque forte à embellir

mon ouvrage.îAjoutez qu'il n'y a point; d'eCprit

qui ne puiflè s'échauffer aux acclama»

tions de joye x & aux applaudiflements dupeuple

: & Jpar un femblable bruit, je n'euiîe

pas eu moins de vigueur qu'un nouveau foldaren

a pour les armes quand il entend fonder

la trompette.

Que j'aye l'efprit plus froid que la neige.

& que la glace & plus que le lieu où je fuis-.

relégué, le feol viCage du Prince qui e(tafli&

dans- un char d'y voire diffiperoit tout le

froid de mes fais* Privé de ces avantages*

& n'ayant pu rien apprendre que fur des,

bruits incertains , j'ay recours à vôtre a£.

fiftance par le droit que m'attribue voftre.proteûion.

Les noms des officiers ennemis *

& les noms des places conquifes rue font entièrement

inconnus*. Enfin à peine ay-je eu

de la matière. Quelle partie feroit-ce datant

de chofes considérables que la renommée

pourrait m'àpprendre-, ou que quel-v

çi'un me. pourrait écrire? C'efc pourquoi

mon cher Lecteur, vous devez d'autant plus,

m'exeufer s'il y a quelque faute ou quel*

«p'omifiîon dans-mon. ouvrage».

Ajoutez à cda. que. ma Lyre accoutumée:


t$C *V* OVIDII DE PoNTO, LlB.III,

jfd Uîum Câtmen vix med verfd Ijra efl.

Vix bond poft tonte quxrmti vetba fubibant :

Et gdudere aliquid, tes mhi vifk m'va ejï»

Utque rtformdânt infmtum lumind totem ,

" sk ddUtitummens ma fegnis état.

.Mfiqmqm „:[nSarum mvitm curiffima nrum :

Gr attaque officio s qmi mot a tdïddt, dèeft.

Cdteu certatim de magm firipta tr'mmpm

Jam pridem populi fufpkm ou legL

llld bibitfitiens y MOT nuapeeula f tenus i

Ék fêcens pma eft > mftté^ tepefdt aquM»

Bon ego ceffavi » mêfeùt inertie firum :

Ultima me vafti fuft'mt orafreti *

Bum verùt bue rum$r,pf9perataque satmim fiant,

TaBaque eunt êi vos, rnmus aèiffe poteft.

Sec minimum refert, inta&a re-farra priant^

M fêta -CdrpM p€m rtli&a manu.-.

Quld mîrum r leitis exhaufio ftènbm tort* >%

M Dme wm fait a ejt digm emmdfua ï


Lis EIEGIïS D'OVIN > Liv. III. 257

lu chant lugubre de mes .plaintes a eu de

la peine à jouer des airs de réjouiflànce*

Ainfi agrès une fi longue triftelïe, mal-aifement

me vient-il d'agréables chofes dans

fcfprit. Il m'a m^me para nouveau d'avoir

un lu jet de joye. Et comme les yeux qui ont

perdu la coutume de regarder le foleil,

craignent enfuitede le voir> ainfi mon ame

abbatuë eftoit lente à fe réjoiiîr.

Au refte la nouveauté eft charmante en

toutes chofes, & le retardement m'empêche

de plaire de ce cofté. Les autres qui ont

décrit à l J envi ce magnifique triomphe font

apparemment déjà lus du monde : Le Lecteur

eftoit altéré à la lefture de leurs ouvrages»

& fa foif fera paifée quand les miens

viendront entre fes mains. Leur eau eftoit

toute fraifche , & la mienne fera tiède. Ce

retardement' ne vient pas de moy ni de ma

pareflè , mais c'eft qu« je fuis relégué au

bout de la terre fur les bords du Pont-Euxin#

Si la renommée nous apprend quelque

nouvelle 3 ou que fans perdre de temps on

fafTe des vers fur ce fujet pour vous les faire

tenir , une année entière fe paflera. Il y a

une grande différence à cueillir les premiers

rofes, ou à ne prendre que les dernières,

qui feront reliées fur les rofiers : Auffi ne

faut-il pas s'étonner fi de ces reftes de fleurs

on ne peut pas faire une couronne qui /bit

digne d'un grand Capitaine,


2>j8 P. OviBIÎ DE PoUTO 3 LlB.'Ill.

Beprecor y h M vâtum contra fut carmind ne qms

BiBdputet..profi Mufa locuta mea efi.

sunt mibi yobifittm communia facra, poëta |

In veftro miferis fi liai effe cboro.

Magnaque-pars anima mecum vixiftis» amici :

Hac ego vos abfens num quoque parte colo*

Smt igimr veftro mea commendanda favori

Carmina, mn poffum pro qu'eus ipfi loqui.

Uriptd placent à morte fête : quia kdere vif os

Livor, & injufto car père dente filet,

m genus efl mortis maie vivere ; terra nmratm :

Et défunt fiais fila fepulcra mets.

Benique opus noftra cnlpetm ut undique cufd,

Officiant nemo qui reprebendat eut.

Ut defint vires, tamen eft laudanda voluntm:

Mac ego contentos auguror effe Deos.

Macfacit&t veniat panptr quoque grains adaraê^

Et placeat c&fi mn minus agna bovc. •

Mis quoque tantafmt, quanta fubfijlert fummo

Mnéidos van grande fuijfit omis.

Eerre etiam molleselegi tam vafta tr'mmpbi


LES ELéGIES D'OVIDE j Liv.III. 259-,

Je prie les Poètes de ne pes croire que ce*,

ci foit dit contre leurs vers : je nejjarle icy

que de ma Mufe. Chers Confrères du Parnaflè

3 nous facrifions vous & moy au même

Dieu , s'il eft permis à des miferabes comme

moy d'eftre de voftre aflemblée dans uqe

étroite liaifon d'amitié , 8c je vous révère

encore quoique je fois éloigné de vous. If

feut donc que je vous recommande - mes

Pocfies s ne pouvant moi-même les faire

valoir.

On n'cftimc les écrits qu'après la more

it leur Auteur, parce que l'envie axoûtiw

me de morde avec injuftice les ouvrages

des vivans. Que fi une vie miferable eft une

tfpece de moart ., la terre eft déjà creufée

pour nmy ; & dans le malheur où je fuis il ne

refte plus qu'à m^nterrer. Mais quand tout

le monde le dechaîneroit contre mon Poë-

.me3 il n*y a perfonne qui puifle defaprouver

mon delîein. Que fi les forces me

• manquent % ma volonté eft toujours louable;.

& par cet endroit j'efpere que les Dieux feront

consens de mon offrande. C'eft la volonté

qui rend le facrifice du pauvre auffi

agréable aux Divinitez par une feule brebis1 •

que s'il leur offrait un boeuf.

Ajoutez que le fujet de ce triomphe eft-

«grand, qu'il euft même paru difficile, au

fameux Auteur de FEneïde. Et puis les vers.

fcndrea de l'Élégie n'en "ont pu foûtenirlfc-


l6o V. OVIDII m POKTO i LlB. 111.

Fonder'd difpanbus non petuêre rôtis.

Qu§pde mmut M, dubid efifententid nobis*

Mter emm de te, Rbem, triumpbus ddeft. ,

Brîf* ye?or Mm nonfunt prsfdgid fatum*

• J>4*fc ^ri Idwus s dum prkr illd met.

Necmea verbd legts, qui fum fubnmtm ddlpmk

Non bem pdCdtis flumind potd Getis :

• $?4 D« w*


LES ELéGIES D'OVIDE > LIV. III. I6Igrandeur

avec leurs cadences inégales. Je

luis maintenant en doute de quelle forte de

vers je me ferviray dans l'autre triomphe

qu'on va faire des Nations qui habitent les

bords du" Rhin. Les prefages & les vœux

des Poètes ne font pas vains. Il faut offrir

un antre laurier à Jupiter, tandis que le prelukr

eft tout verdoyant..

'Ce n'eft pas Ovide qui vous parle, lui qui

eftrcîegiic fur les bords du Danube parmi

les Gères pei-ple inquiet & turbulent. Ces

paroles viennent d'un Dieu qui refide dans

mon cœur :' Oiiy c'eft un Dieu qui m'infpirc

les prefages que vous allez entendre, ;Livie,

pourquoy celiez-vous.,;de préparer le Char

de Triomphe , &c h Pompe qui l'accompagnera

?

La oTicrre prefente ne doit pas vous eaufer

le moindre retardement. La perfide

a Germanie detefte & met bas les armes.

Vous allez dire que mc« prediâions ont

maintenant leur effet, Croyer. ce que je

vous dis 5 vous en ferez perfmdée dans peu

de temps : les honneurs de vôtre fils augmenteront

3- & il montera comme auparavant

fur un autre char de triomphe. Tirez

vôtre robe de pourpre ,• pour vous en parer

-dans vôtre vidoire. La couronna triomphale

peut connoître vôtre tefte , puisqu'elle y

a déjà efte mife. Que voftre bouclier & vô-

• txz cafque brillent d'or & de pierreries, M


%6% P. OviDII DE PoMTO , LlB. III.

Stemque Jkper vïnStos â trama trop AU vim9

Oppida mrrkis mgantur eburnea mûris :

fiftaque res vers nt&re pmetm agk

Squallidus immijfss fraëa fub ar anime mues

Rbentts, & ivfeSai fangnine p§rtet aqurn*

Barbara jam capti pofeitnt infignia Reges,

Têxtaquefonmâ d'mtwrafuL

Et qm fraterea virtus invifta twrum

Sape parât a tibi 9fape paranda faeit.

Dt qmrum nmnitufumûs eventura locuti 9

Verba (precor ) céleri noftra probate fide;

â Tmnea t"0p*a. Lorfqu'on dreflb't un trophée,

on attachait les ciefpouilks des caacmis à des arkes^

i gui" l'on coupole des blanches. .


LES ELECIES D'OVIDE 3 Liv. III. 16 f

que les vaincus portent â les trophées. Que

les villes foient rcprefentces en yvoire avec

leurs murailles ceintes de tours , & que cette

reprefentatîon exprime les chofes fi vivement

, -qu'on puilîe s'imaginer de les

voir. Que le Rhin paroi fie bourbeux & fanglant,

avec fes cheux épars fous fes. rofeaux

brifez.

Les Rois Barbares captifs demandent déjà

leurs ornemens,& leurs veftemens- Ro'iaux

dont les riche Iles font au deilus de leur fortune

prefente. Préparez donc toutes chofes,

Divine Princefle -, comme vous avet fait

plufieurs fois 3 & comme vous ferez encore,

par l'invincible valeur de vos enfans. Dieux

qui m'avez infpïré ce que je viens 4e prédire

, faites-en voir promptement l'effet coi>

forme à ma predi&ion.

ma


P. OVIDII

NASONIS.

DE PONTO,

EPISTOLA V.

MAXIMO COT T JL

UÂM legis, mde têimktm

tpiftêU ,-qums?

Hinctftt umkk jungim l/ltr

âquis;

Ut régis diSd eB \fuccmm dekt & âuëêt,

Létfus âb ingmw Ndfi p§ëtd fm

Qui tiU, qiiâmmâlkt ptâfimâdfmefâlmm*

ISittit d< bir/utis, Mtximt C9mgetïs.

- • - ' LES


165

L ES

E L E G I ES

D'OVI DE.

ELEGIE V.

A C O T T A.

il le remercie d'une harangue qu'il lui avait

envoyée de Rome.

I vous demandez de quel endroit

on vous envoyé la lettré

que vous lifez , elle vient du lîea

ou le Danube joint Tes eaux à

celles de la mer. Comme je vous ay déjà

décrit le pays, vous devez-vous fouvenir de

l'Auteur , & qu'Ovide s'eft perdu par fon

efprit. Mais, Cotta , j'aimerois bien mieux

vous aller faluer moi-même, que de vous

uluër de fi loin parmi les Getes Barbares,

Tm$ IX, M


"\66 P.OVIDXI DEPONTO , Lu. 111.

Legimus, S juvenis , pétrît non degener mis,

Dicta tibi pleno verba difata foro.

Qua j qumqmm a linguâ mM fient-pr opérante fer

bords

Liâdfatis multm, pmcafmffe qtteror.

Jim a fid bu feci relegendo fape 3 nec mquâm

mnmibi, quom primh, grota fieêre-mps.

Cttmqne nibil toties UBa è dulcedine perdant,

Yir'éus Ma fuis, mm nowitate, placent.

Welkes, 'qu'eus *hd£ ipfo cognofiere 'in aSu,

, Et tâmfacunio contigtt on fmil

Nam quamquamfapor eft dilata dulcis in undi9

Gratius'ex ipfo fonte bibmtw aqus.

Et magis addMo^pomum decerptre.rame,

Qtutm de cdatafumere lance juvat.

At ritfi peccajfem 9 nifi me Mea HLufafugdffeU

' Quod legi, tua vox exhîbuijfit opus.

Ut que fui folitus, fedtfemforfitan tenus

De cent MM judex in tua verba'-viris.

Mdjer & hnpleffet prMordia noftra voluptés,

€um traberer diciis annueremque tues.

Quem qmniamfatmn 9 vobispamâque reliSu»

a 'LMgMê frspermte. Il filloit que ce phyàoji m

bien long. 0/i permetcoîeà l'accu ftteur d'empli

Cix heures a ion àiCeours & le défendeur pouro" f5*

kr durant ii«uHiçiacs. *


" Jjrs'EuGiES ©'OVIDE , LIT. III, z6j

Tout jeune que vous eftes , vous ne dégénérez

pas de l'éloquence de vos pères : J'ay

lu le beau plaidoyer que vous avez prononcé

au barreau ; & quoique j'aye employé

plulîeurs heures à le lire avec une

a grande rapidité, je me plains de fon peu

de longueur. Mais je i'ay rendu fort long

en le relifant foavent, & la dernière leâu*

te ne m'a pas moins plu que la première.

Pais donc qu'eftant relu tant de fois , il me

-Paraît toujours agréable , il eft très beau par

lui-même » & non par les grâces de la nouveauté.

- .Jieureux ceux qui ont veu ces beautez

foi!tenu es par l'a&ion, Se qui vous ont entendu

prononcer ce chef d'œuvre d'éloquence

? Car bien que Peau tranfportée puiilc,

eftre fort bonne à boire, elle eft encore meilleure

quand on .la boit à la fource , & l'on

aime mieux manger du fruit fur l'arbre que

dans le plat. Si je n'eufle point offenfé Ccfar

, fi' ma Mufe ne m'euft pas fait reléguer

je vous aurois entendu prononcer cette belle

pièce: Et peut-être aurois-je efté prefent

à vôtre piaidoyé dans la compagnie des cent

Magiftrats dont }'avois accoutumé d'eftre

autrefois, " Ma joye euft efté plus grande de

me voir forcé par vos raifous à vous donner

mon fuffrage. ,

Mais puifque le' deftin aime mieux mô

f ïiver de »es nais fie de ma Patrie > poiy

M ij


268 P.OVIWI DEPOMTO S LIB. III.

Inter bumams maluit effe Getm :

Qgod licet, m videar tecum mdgis effe kgindoi

Sape, precor,fiudiis pignon mine mi :

Exemploque meo, nifi dedigndris id ipfnm ,

Utero : qmd nob'u nains ipfi dores.

Manque ego, qui periijdm pridem, Maxime,fém

Ingénié nitor non feriiffe meom

Medde vicem: nec tara m monumentd lobons

Accipiant noftm grdtdfutmd mdms.

Die tamen, ê juvmisfiudmum pkne meorumi

Ecquid db his %pfis ddmonedre ma ?

Ecquibm ut récitas fallum modo earmen nmm%

Aut, qmdfdfe files, exigis m recitent,

Interdum queruur tm mens, oblita qnid dbfit ?

( Wefiio quid certejentii dbeffefuL )

Utque loqui de me mukum f m/ente fîteb'M-* • '

Nunc quoque Ndfonis nsmen m on tm eft ?

iffi qu'idem Qetico pefedm yioUtus S srm *


LES EIEGIES D'OVIDE 3 Liv. III. 269

me reléguer parmi les' Getes qui font des

peuples inhumains, je vous fupplie de m'en-

Yoyer .ïbuvent des productions de vôtre

efprit 3 puifque vous le pouvez faire afin que

je pui'flè me iatter d'eftre fouvent avec vous

par la le'âure de vos écrits. Et II vous me

jugez digne d'eftre imité , continuez de

m'en faire part, ils valent mieux que les

miens. En effet, Maxijne, comme il y a

long-temps que je fuis mort à vôtre égatd3

je tâche de revivre pat mon efprit. Rendezmoy

donc 4a pareille , & faîtes-moy le plaifir

de m'envoyer très fouvent les nuits

agréables de vôtre travail.

Cependant dites-moy un peu, vous qui

e'ftes fi rempli de mes vers , ne vous font-ils

pas fouvenir d'Ovide ? A quelle forte d'amis

recitez-vous les Poclies que je vous ay

envoyées. Depuis peu ? Ou ne les leur faites

vous pas réciter comme vous avez fouvent

accoutumé ? Ne vous plaignez-vous

pas quelquefois contre vous même d'avoir

oublié je ne fçay quoy qui eft abfent de

vous 5 & d J avoir fenti fon abfence ? J'ay

veu autrefois qu'en ma prefence vous difiez

beaucoup de chofes en ma faveur.

Avez-vous prefentement le nom d'Ovide à

la bouche ?

Puiffay- je expirer fous les traits des Gctes

3 & que ce genre de mort qui eft proche

de moy comme vous voyez toit la peine

M iij


a7o •?• Ovnm B* Pour© , LîB. 111/

Ç Et fit fcrjuri qum profc pma vides)

"R nifi mmtmis rides f&ne mnihiê êbfem.

Gtstid Dîs, menti qmlikt ire Bat.

Mat ubi fer feni, nuBi amendas, in Urkm,

Séfê hqm temm\fdf€ loquetttefnwr.

Un, wAM dijfiùle efi , quimfit km , dkmi

quêmqm

Câftdiid judkis illâfit ht a mets.

Tkmm(fiqudfiées) cdefii fede-tmfmm

Otmfortmatis fufticw ejfeDàs.

Utrfis, m hm ndii, Cêlnm Supewfqm nlinqw*

j(* Stjge m$ Imgè Pontks diftdt humus.

Unie egê fifdto nim frdikme rererti ;

Sfemfim frofeëu s Mdxime , miemiM.

A Stjge* 11 prétend que la Proiincc de Puni cft

pre%ne âttfii defagreaWc que l'enfer.

0m*


• Lis ELEGIIS D'OVIDE » Liv. m. 17%

de mon parjure3 fi je ne vous vois prefque

à tous momens malgré nôtre • fêparationt

car grâces aux Dieux il m J cft permis d'aller

en cfpritoù je veux. Sitoftque j'arrive

dans la ville»' fans crainte d J eftre veu de perfonne

, jp m'entretiens fcuvent avec vous,

& fou vent vous me parlez.

Il me feroit difficile


17*

P. O V I D I I

NASONIS.

DE PONTO.

EPISTOLA VIr

AMICORUM CUIDAM..

ASO [m , ffMBm ^/W* **

pme>Jbdali

' Mûrit ab Euxinis kc \aM

mmm dqms.

jtt, Jî Mutâfdmmfiïipfijfêt dextrd , f«f #>

Wêtfitdn vffim pdttd qumld fmt.

Cm tdmm, h§c dliis mmm mdmtibm, #»»*

4$pdlmt m te cdmind mjkd, ngM ?


X7î

KM am MM-WS «w-»-t€M-w»«w«w tm t*» c»

LES

EL EG I E S

D'OVIDE.

» ..Mil, I - • .M ^imm

ELEGIE TI. ' '

'jf un de fis amis qui ne vwloht pas eflre nommé

dans fis F§'ëfies a Câufi iAugafle.

VIDE qui eft relégué fur les

bords. du Pont-Euxin écrit ce

billet en vers à - fon fon cher

ami., flont il a prefque dit le.

nom. Si j'avois. eu l'imprudence

de vous nommer, peut-eftre me voudrie«~vous

mal de vous avoir écrit > Mais

pourquoy-eftes vous le feul .qui ne von lezpas

que voftre nom paroi (Te dans mes'Pocfies,

puifque tou£ ks autres n'ont pas cette

.crainte?

Si vous ignorez quelle eft la clémence

M Y


174 P« OVïDII BE P©KTO , LIB- 111.

Quanta fit in mediâ ctonentia Cdfaris ira,

Exme,finefiis , catim effe potes.

Bak ego, qmmpdtm, nil poftm demere peau l

Si judex meriti cogérer effe mek

Mon vetdt iiefui qmnqMsm mminife fidalk i

Mec prehibet tibi mefifèae_ s teque mibi.

Xkcfielus êdmmm ,.# cmfileris amkum :

Mûllém& verbe effet M fatd levés.

€m, àummutima9fsm ut*mennmtdB

liât m Mgëps imidwfi Dm t

Mminh dffl dm interdUm vif m- telis

Vidimm, & refid mn piobibente Jevr.

Eec, quia Ntptmm navemUcerardt UlyjJ&>

Uumthu nanti ferre negavk opem.

Crede mibi, miferh calejli* rumina par mm :

Necfemper làfis &fim fine prmmt*

_mmipe nec mpê Dem eft rnsderatm rUIm.

Juftitid vkes tempérai fie fit**

jmper eam %bf* faʧ et wmmmt temple,

Jampridem pêfttit mentis in *defu£.

Jupiter in nutlm temraridfidmim tmqmt*

Q^'pœndm mlpd mn mméu parié

a ^mrmtï* tati*. Ovide mit dire que fon m

peut £me paffa: AuguAc pour un Pnn


LB*'EX.EGIES D'OVIDE* LIT, III. iyj

de Cefar dans fa plus grande colère, vous

pouvez l'apprendre de moy , puïfque je ne

jetrancherois rien de la peine qu J il m* a impofee,

fi j J eftois moimême juge de ma caulê.

Ce Prince ne défend à perfonne de fe

fouvenir des amis. Il fie nous empêche

pas de nous écrire, l'un à l'autre : Ainfi vous

ne ferez pas un crime de confokr voftreami

y & d'employer des- paroles tendres

pour fbulager la rigueur de ion deftin,

. Pourquoy donc * par une vaine crainte *

faites-vous qu'un tel â relpeft attire .la haine

contre" k Divin Augufte } Nous avons

veu quelquefois des gens .frappez de la foui

dre revenir dans leur premier eftat, fans que

Jupiter en ait para fâche. Et quoique Neptune

eût brifi le vaiffcau d'Ulilîe, la Nimphe

Leuchotheé ne lai (fa pas de le fauver du naufrage.

Soyez perfïiadé que ks Dieux (ont

quelquefois indulgens au^ miferabks y fit

qu'ils n'accablent pas toujours ceux qu'ils

ont punis.. Il n'y a point de Dieu plus, modéré

que Ccfar ,f il règle fes forces, par là.

Juftice» Ce Prince la mit dernièrement dans

un magnifique Temple de marbre- » après

l'avoir fort long-temps logée dans le fano

tuâire de Ion cœur.

Il arrive bien fbuvent quejupîterlance înconfiderement

fes foudres fur plufîeuts--perfonnes

innocentes* Parmi tant de gens que

. M v]


Ij6 P- OviDII DE POHTO , L». HT.

Qhmit f&vis mmm Demaquêrk undk.

Ex iB$ mcrjp pats quota ëgndfuk ?

-Cum peream acte-fntijfimd qmqm, vd ipfi

Judke , dUeilm Mâtth iniqum eût.

M » fi fine velis in ms inqukert > neme efl

Qfifi.» q^dpdîtm, cemmnuife neget.

Jdde, quoi exfm®ês vel dqud.vel Mme > fêl


Lis ELEGIIS D'OVIDE* LIT* III. 277

Neptune a fait périr dans la mer, combien

s'en efl-il trouvé qui ayent efté dignes dtt

naufrage ? Quand des vaîllans hommes font

mez au Combat Mars avouera t'il de n'avoir

fait mourir que les méchans ? Que fi vous

voulez rechercher les adions des Romains*

vous n'en trouverez aucun qui n J avoiie qu J il

eft juftement puni. Ajoutez à cela qu J il n J y

a nul retour a la vie pour ceux qui meurent

dans l'eau s ou dans le combat, ou dans le

feu. Gefar au contraire a donné la vie à

plufîeurs criminels ; & il s'en trouve beaucoup

qui lui doivent le foulagement d'une

Sarde de leurs maux ; je voudrais bien, eftre

e ce nombre.

Puis donc que nous avons le bon-hçur de

vivre fous un tel Prince , pourquoy croyezvous

qu'il y a du danger d'entretenir, un

commerce de lettres avec un banni ! Peuteftre

que voftre crainte ne feroit pas mal

fondée fi vous eftiez né fous le règne de

Bufiris ou de Phalaij*. Celiez de deshonnorer

par 'une vaine frayeur la clémence

de Cefar, D'où vient que vous craignez

les écueils dans une eau tranquille } Moimême

qui m'avifay au commencement de

vous écrire fans nom , à peine m*en puis-je

exeufer. Mais auffi la peur m'avoit alors

privé de l'ufage de la raifon , & la nouveauté

de mon malheur m'a voit ôté toute la prudence.

Comme j'apprehepdois plus la ri-


*7$ P*« OyiDII DEPONT05 LlB.III. '

Wwtnnâmqm medm mtuens, non vindkis irom >

"Jèrrebdr titulo nommis if fi mei.

Hdftenus ddtmmtus memm imcede poëu »

P§mt ut in cbârtis mmmd ijtrafm* •

Ifcr/r rm âmbohm, /*»£* mihifmximus ufm

Si mlld libri fane Itgme met.

Ne tome* ifte m tus fimms t'éi rmnfm f§Jpt *

Nm ulttâ, quom fis , tffichfis tm.

ttfti ugm> jMifis : mfi £tm femifim if fi. •

: Cogetur nemo munus bdbert meum»

Ht mode, Qum f$WM vd operte tutus omart*

Se m eft dncepsifia, Luenter MWM.

%


Lis EUEGIES D'OVIDE , Lrv/HI. zj$

gueur de mon deftin que la colère du Princèjj'cftois

effrayé de voir la feule infcription

de mon nom,

' Apres cet avis permettez moy ,., pour témoigner

nufreconnoifTance , de mettre dans

mes Ouvrages les noms de mes-chers amis*

Il fera honteux à vous & à moy qu'après

une étroite Se longue amitié, on ne yoye vôtre

nom en pas un endroit de mes.. Poëfies»

Mais fi vous ne voulez pas que cette crainte.

vous empcfche de dormir , je borneray ma

civilité aux termes que vous me preferirez r

Et je cacheray voftre nom jufqu'à ce que

vous fbuhaittiez d'être conno. Je ne contraindray

perlonne de recevoir mes prefens.

Mais au moins fî la chofe ' eft donteufe

, aimez toujours en fecret, celui que

vous pourriez bien aimer ouvertement um

danger..


z8o

V&j&^t A^Wfc^fr§&j&ifo wt^m

P. OVIDI1

NASONIS

DE PONTO.

—• »—• | ••....— L " " *

EP i S TOX A VIL.

AMICIS.

ERB A mihi défunteademtamfipe

regarni,

Jdmque pudet vdnas fine carm

freces-y •>-.._

TtdU confimilifieri de carminé vobh ,

Quidque pet dm, cunSos edidkifê reûr.

Mofiraque qmdpmet jam mfi'w-epifiola, quamw

Charta fit a vindis non labrfdëd fuis.

Mrgo mutetm mfiri fintentia firipti,

Ne tôt tes contra 9 quam rapit amnis, eam»


lit

f» oa» ea» ES» w»«»-fr «*>«


ifti P. OVIDII m PONTO3 LIB. 111.

Qifêd km de nkisfpersw, igmfike, ^mîâ :

Jâliapiccandijam mibi finis erit.

Net grdfis uxori dicar : qu& fcilicet in me

Qudmprêbdy îdtn timida eft* experienfy> pdruwh

Mac qMoque, Ndfi9feres: etemmpejêfd tulïfiu

5'dm tibi femiri fitnins nulldpêteji.

DuHus db mmenm tdurus detreâdt dtdtmm :

Sabtrabit & duré miia novcltdjugo.

Nos, qui bus dffueyk fdtum crudeliter uti,

Ad mdk jdmpridem nmfumus ulld rudes.

Venimus in Getms fines \ moriamur in iïïu :

fdïtdqm dd extremum, qua mea wpit, est*

• Spem )uvet éempleHiflu* nmjttfdt mkdfemper^

Et fieri cupim fi qnd , futurd putp.

Troxims huk grddus efl$ bene de^erare falmm,

Seque femel vers [cire paîfe fide,

Otrand$ fieri qmdmt mdjêïd videmus

Vulnetd , qu* melim nsn tetigijfe fuit.

Mit'ms ille périt, fubitk qui mergkm mdâ *

Qudmfm qui tumidis kdch'm laffat aquis,

zSpem juvet. On fe repaift toujours d'cfpcranc?

dans les chofes qu'on fouhaite.


ï^j ELEGUS B'OYIM> Liv. Ht,- .2%.

Mes amis , excufez-moy d'avoir efperé

beaucoup de vôtre amitié. 'Je ne retomberay

plus dans cette faute. Je ne feray plus

à charge à ma femme dont j J ay lieu de me

louer du cêté des bonnes mœurs ; mais d'ailleurs

elle eft timide & peu habile. Ovide tu

pourras fupporter ce revers de la fortune ,

puifque ta en as (ouffert d'autres qui étoient

bien plus rigoureux. Il n'y a maintenant

aucun fardeau qui puifïe t'eftre fenfîble. Un

jeune-Taureau indompté ne veut point tirer

la charrue , ni fe laitier attacher an joug

qu'il n'a oas accoutumé. Mais moy je fuis*

apprentit depuis- long-temps par la rigueur

du deftin àfouffrîr toutes fortes de maux.

Ntws (bnunes .bannis au pais des Gères,

mourons parmi ces Barbares , & que la Par*

que continue à me traitter inhumainement

jufqu'au dernier jour de ma vie. Fondonsnous

à l'avenir lur une efperance certaine,

& croyons que nos deJîrs feront accomplis

infailliblement. Le plus feur moyen, eft de

ne plus efperer de grâce , & d'eftre bien"

periuadé qull faut terminer nos jours dans

noftre exil.

Il y a des playes où les remèdes ne font

qu'augmenter le mal, & oà l'on fait mieux

de ne pas toucher. On meurt d'une mort

plus douce d'eftre tout d'un coup abifmc

dans l'eau, que de fe noyer après avoir lutté

long-temps contre les vagues,

7


jJ4 P. OVIDU l»PoNTO>Llll.III.

Cm ego MMifi Scjtbkis me pojfe tartre

fimbus , & terri profperiorefrui ?

€ur dlïqmd demefperavi lemus unquam ?

Anfortuna mbijU mtd nota fuit ?

Imqmm en grdvius j repetkdque forma locorm

ixfilium rénovât trijte, recenfquefacit.

Eft tdmen ufd'ms .ftudium cefafe meorum :

_ Quam, qumf admet int, non valuijfe prêtes.

• Mdgnd quidem res eft, quam non audetis, 4iwia:

Sedji quis peteret, a qui dare vellet, er*f.

Dummodo non vobis hoc Cdfaris ira negarit ;

imiter Euxinis immoritmur aquis*

a giif dan vellet. Il accule icy fcs amis de s'avotr

pas ofc demander fou retour à i*Empereur qui

l'âuroit accordé*


LES ELéGIES D'OVIDE , Liv. UT* 28^

Pourquoy me fuis-je flatté de pouvoir fortir

du pais des Scyrhcs pour aller dans un

climat plus doux ? Pourquoy ay-je eu la

foibleffe de m'imaginer qu'il m J arriveroit

quelque bon-heur} Eft-ce ainfi que j'ai con**

nu ma deftïnéé ? Cependant ma triftelfe augmente

, & Tidée de ma Patrie me revenant

dans l'cfprit , renouvelle les chagrins de

mon exil , & me le fait paroître tout nouveau.

. Il vaut pourtant mieux que mes amis

n'ayent point parlé pour moy > que s'ils

avoient employé-inutilement leurs prières.'

L'affaire 5 mes chers amis , eft.fans doute

difficile 5 mais fi quelqu'un eût voulu la demander

, a quelqu'un euft bien voulu l'accorder.

Pourveu néanmoins que la colère

de Cefar nous laiflè demeurer icy , nous

mourrons fort conftamment fur le rivage du

Pont-Euxin,


iî6

P. O V I D 11

NASONIS

DE PONTO.

Il I |- - [ " .^—^—••• mtff

EPISTOLA VIII

M A XI M O.

UM tîbi qudrêbdMtnitmTmttf

tanna curant

Dma Tomanus mitten pffit't*

Bigms es argenté 9ftttvo fuoque dignkf âun :

Sedteycum doms , 'ijlajuvdre filent.

me tamm hM locafimt ulk premfd mctaU*

M&ftis db dgrkdâ vix finit illdfoâ.

Wurpurdfdpê tmsfulgens ptétixit mmàuf*

Ud mn Utmât'm tmgttm Ma MML


LES

ELEGIES

D' OVIDE.

E L E G'J E VIIL

A MAXIME. •

187

II lui f ait pefmt £un Carquois garni de flêées.

•cherchois ï voiis-envoyet

des prefens du territoire de

Tomes, pour vous-témoigner

ma recotmoiflànce. Vous mériteriez'

pluftot que l'on vous

oftric de l J or & de l'argent, que vous'aimes

a donner aux autres. Mais bien loin que ce

païs foit riche eivrocULUx , à peine l'ennemi

permet-il le labourage des champs. La pourpre

dont vous vous habillez ne (c teint point

parmi les.Sarmates. Les brebis y portent d*


*88 P. OVIDII DE PONT© , Lu. IIL

relier* dm* f étant pecudes, & Pattadis mi

âne Wmkdm non didkêre nurm.

Immnd pro Un* Cerealm muneta frangk ;

Sappofitoque fravem venue portât *qu*m*

mm bk p*mpimi$ *mkkm vitibns Mimas :

Bull* premunt ramos pondère pm*fuo.

Trifiid déformes pariant dbfinthid c*mpi,

Terraque defruSu qmm fit *m*r* doçet*

Nil igitur tôt* Ponti régime finiftri,

Qnod mdfedulitm mittere peffet, er*t.

Cldufd tamen mifi * Sejtbkâ tibi tel* pbdretri :

.flêfte prêter fi*m ill* cment* tus.

Eos bdbet bac calamos, bos b*c habet m* libelles»

BAC viget in nofiris, Maxime, Muf* fais.

QMA qmnquam miftffepudet, qnid pan* widmîMT;

' . Tu tamen bd€, qaafo , con/kle mijf* boni.

a Ssythkô phétritm, Maxime aroxt CE fins doofc

cmlc de voir des flêch:s & ua carquois du pâïs des

Getes , c'eft pourqoof Oyide lui en ea?oyc pour

contenter fa curiofité.

grottes


• Lis EUEGIIS D'OVIDE»'Lnr. III.. tif

grofles laines , que les femmes du pays ne

içavent pas même filer. Et au lieu de cette

occupation, elles écrafent du bled, & portent

des cruches d'eau lur leurs telles.

Les ormes de ce climat ne font point

couverts de pampres de vignes ; le frait n'y

fait nulle part courber les branches des arbres

; &les champs affreux \ voir n'y produifent

que de i'abfînthe : Aïnfi l'amertume

de cette herbe fait connoître que le terroir

a la même qualité. Il ne s'eft donc rien trouvé

après une exafike perquisition fur toute

la rive gauche du Pont-Euxin qu'un a Carquois

de Scythes garni de lèches. Je prie

les Bieux qu'elles foient teintes du fang de

vos ennemis. Voila les plumes > voila les'

livres que ce pais me fournit ; & voila,

mon cher maxime, la Mufe qui règne dans

nos climats. _ Cependant quoique je rougiffe

de vous • envoyer un fi petit prefent , je

vous conjure de le recevoir comme une cho^

fe agréable.

TmmIJ. N


%$0

P.OVIDII

NASONIS.

DE PONTO

E P ISTO LA IX.

A BRUTUS.

ÊÇj^iSSI UOD fit in bis eadm/entesM,

MIô©«\II Brute, libellis,

(S§||£a Otrmina ne feu qutm urftr* W*

têftïS ;

Mil nifi me terra frudr ut prof tore rogdre 5

Et, quint fim denfo cinéhts db bofte, qHtrù

O quam de multis vifmm npehenditm tœtan*

Hoc paat foltmfi mes. Mufd , knt #•


LES

ELEGIES

D' O VIDE.

ELEGIE IX

A BRUTUS-.

0FMe fàt ÏAfêUgm des Ouvrages qu'il d faits

. £ms fin exil.

O U S me : mandez , illuftre

Brutus , qu'un critique déchire

mes vers, de ce qu'ils traittent

toujours le même fujet:

que je fupplie fans ccfle qu'on

m'envoye plus prés de Rome, & que je me

plains d'être en tout temps environné d'ennemis.

Quel deffaut s*avife-t'on de blâmer*

parmi tant d'autres ? -SimaMufe ne manquoit

qu'en cela, clic ferait digne de h>iïan~

N ij


29*- P. OVIDII DE POKTO , LtB. 111»

•Iffi tK ô librwum vide§ deMd murwn\

Cum fud plus juft§mrmind qui/que probe t.

AuBoropttsl&ddt.ficfljitdn Agrius §lim

a Therfitm fade dixerit effe bmâ.

•Judicmm tamen Mcmftmm mu- decipit mw\

* Nec qukqmdgenui, protinus iiud m§.

Car igitur, fi me videdm delinquere , peceem,

Et patiar firipu trimen ineffe 9 rogm ?

Nm eddem rdti§ efi , fintirt & demere mrhs.

Senfiis ineft mn^k ; tdlitm drte mdlum.

Sdpe dliqmd cupiem verbum mutdre, relmqm $

fudtcium vires defiitumtque meum.

Sdpe pïget ( qnid enim dubitem tibi ferdfsteri ?

Cwrigere , & kngi ferre Uboris mus.

Saribentemjuvât ipfifdvor, mmuitque Idbsrenf

• Cumquefuo crefiens peë&re fervet §pm.

Cêrrigere dt res efi tdm§ mdgis drdad, qudntê

Magnus h Arifidfcbo mdjor Hmerm erdt.

&ç dnïmum lente mrdrnmfrigme hik*

a Therfitm. Homère dans fou Iliade fait le Portrait

dt Thcïiïte, & le reprefeore très difforme.

b Arifldrchs» Ccfçairâist critique eftoit d 8 Alexandre

, Il revit & corrigea fort exactement 1(3 oeuries

d'Homcre.


"Lis ELEGIIS.D'OVIDI , Liv. III. 19}

ge. Mais je vois les.fautes de mes livres,

quand chacun applaudit à fes vers avec

des Eloges exccflîfs. Un Auteur loue fes

Ouvrages.

C'eft aïnfi peut-être qu'Accius vanta la

beauté de a Thcrfite. Mon jugement néanmoins

ne fe laifle -point feduire par cette erreur

? &jene fuis pas admirateur de toutes

le productions de mon efprit. Que fi vous

me demandez pourquoy je ne me corrige

pas des iautes que je vois dans mes livres,

& pourquoy je les y laifle ? Il y a bien de

la différence entre fentir quelque' mal & le

guérir. Perfonne n'eft infenfible à la douleur

, mais il n*y a que les remèdes qui puîCfent

i J ôter. Souvent je laifle des mots que

je voudrais bien changer , mais les forces

manquent à mon jugement.

Je vous diray même fincerement que .bien

fouvent il me fafche de corriger mes Ou*vrage-s,

& de porter le fardeau d'un long

travail. Un Auteur fe fent encouragé Se foulage

dans fa peine par les applaudiflcmens ;

& fon Ouvrage fe fortifiant aufli bien que

fon courage en devient plus vif & plus animé.

Cependant la cotre&ion des écrits eft

du moins aufli difficile,qu*il eft vraiqu'Homere

furpafle le fameux critique h Arïftar-.

m. Ainfi les foins de la corredion émouf-

te

entpar leur froide lenteur la vivacité de

N iij '


•%94 • ^ s OVIDM ** POWTO i Lll.tll.

W o^âti mrfir frana retentdt equï.

jtqm itd Dî mites mimant miki Cafiris itom,

' efaqmpMâtd mpd tegmtm hum ;

Ut miki mnmÛMmunqmm bitendere curas,

WêrtUM Jpecies obflât dcerbd mea.

f'txqut miki videor ,faeiam quéd cornàna ,yiwr,

' mqmfms otrem tmigere M* Getis.

Mil tdmm ifiriptis magis exmfab'ûe mftris, .

Quamfenfm ctênclk pme quod anus inefi.

lAtdfere. Ut us cecbù, tm§ triftid trips..

Cmveniem ùperi tempos utrumqm [m efi.

Quid nifi de yimfcribam tegwnis dinar* ?

Ut que {oh mmar commodiore,, precer f

Cum mies eadem dicam » vix audior uii :

- Verbaque profeSu diffimutata carent*

Eitdmen bu eadem mm fini;non ftrikimus if dm

Unaque pet fîmes v$x mea tentât êpem.

An, m bu fenfum. UBfar reperiret étendent*


Lis EtÉGiis D'OVIDE, Liv, III. 295

l'efprit y comme l'impetueufe ardeur d'un

cheval eft arreftée par le caveçon.

Veuillent donc les Dieux pour m'eftre

favorables appaifer lindignation deCefar,

& permettre que mes os repofent dans quelque

pais tranquille , comme j'ay donné

quelquefois mes foins à corriger mes écrits,

mais le trifte eftat de ma fortune eftok un

obftacle à mon deflein.

Pour moy je ne crois .pas eftre fage de

faire à prefent des vers , & de prendre foin

de les corriger parmi la férocité des Getes.

' Il n J y a pourtant rien dans mes ouvrages

qui me doive eftre moins reproché que

mon uniformité d'écrire. | J ay chanté des

chofes gayes , quand la joye regnoit dans

mon coeur, & maintenant que je fuis accablé

de triftefle., je ne puis traitter que des

fujecs trilles. Chaque chofe à fa faifon.

Dequoy pourrois-je remplir mes écrits que

des incommoditez 'du climat que j J habïte3 & .

des prières que je fais qu'on m'envoye terminer

mes jours dans un pays .moins fâ-

• chetix.

Cependant quoique je fafle fi fouvent les

mêmes plaintes , .perfonne ne daigne nVécouter.

Ainfi toutes mes paroles ne produifent

rien>parcequ J on ne fait pas femblant de

les entendre. Il tft vray qu'elles font les mê~

mes^mais elles s'adretfent à diverfes perfonnes&

jimpiore le fecoursde plufieurs par la

N iiij


%$é f. Ormifm POKTO ,-LIB. 111.

Unus amimum, Brute rêganduserat?

Mm fuit bê€ tanti 5 confeffo igmftite s d§iiim

Vilmr eft êpefufmm fdme mea.

Brniqm nutterU, quam quis ftHftnxerit if fi »

Arbitrm variât multapeta fu§.

Ma fa mea eft index nimium qmqm ver a mal*

mm i

jftqm immnfta pndeta teftis babet.

Mec liber ut fier et 9fid mi fia cuiqm daretm

Litîera, frofefitum euraque noftra fuit,

lêftwmdû cotteëm, utcunquefine etime* jmxi :

Hoc ûfus eleëum ne mibi forte fûtes.

Ba venkm firiftk, qumum mn gkris mbk

du£a,fidutihtM efficiumque-, fuit.


LES ELIGïES D'OVIDE , Liv. III. 297

même vôye. Mais , Brutus , ne devois-je

prier qu'un feui ami 3 afin qu'on ne trouvât

point de répétitions dans mes vers ? Je n'ay

pes eu3 je l'avoue , cette considération > 8c

j'en demande pardon aux fçavans. J'ay en

ceci moins fongé à ma réputation qu'aux

moyens d'obtenir ma grâce. Enfin un Pocte

eft en droit de diverfiner à fa fantaifie les

fujets qu'il a feints lui-même. Maishelas

ma Mufe n'eft que trop véritable dans le

récit de mes maux : & eËe en a des témoins

fi confiderables, qu'ils me fçauroient eftrc

corrompus.

Au refte mon deflein n"eftoït que d'écrire

Amplement des lettres , & non pas de faire

un livre. Enfukc j'en ay fait un recueil fans

y garder aucun ordre , pour vous faire voir

que je n'ay pas prétendu d'en faire un Ouvrage

prémédité. Soyez indulgent à mes

écrits , puifque je ne les ay faits que pour

mon utilité & par devoir, non pas pour acquérir

de la gloire.

N v


—0 C#8 C*0 MM KM H»»*»-BE3 W W> «BU—

P, OVIDII

NASONI&

DE PONTQ

LIBER" QUARTUS.

E P I S T O JL A L

S E X T o- p- Q M F E i a

fit*..

CC1PE , Bmpdi deàuâim armm

âkiBê,.

Deèkm tfi vkd qui fàlx SexSï*

fhtifem mm freintes â me tn^mmm^fmà^

âutdet-mmtm hm qnéque fismmtssis*.

An mbk wlrnsy. tquidim. feadffefdtém^.


LES

ELEGIES

D'OVIDE

Ecrites dans la Province'de Pont.

LIVRE QUATRIEME.

E L E G I E l

•M SEXTUS POMPEIUS*

%J/ ft fimkndm toujours de fes bknfaks»

O M p s' E à qui" je fuis rede- '

vable de la vie ,. recevez ces>

vers agréablement.. Si vous,

ne m'empêchez- pas d'y met*

tre voftre illuftre nom , ce fe~

» pour moy un furcroift de grâces,.. Mais

I vous en froncez les fourçiis, je declareray

«pe Jp'&isxruniacl- N«anm®ms lacau&de

E vj


joo P. Ovu>u w PONT© , LlB. IV.

Deliëitdtmn eft Cdujfâ présnid mû.

mnpêtuk ma mens, quin effet gmtd, ft*tri

Sitprem officio mn grofis kd pi§.

O qiiêîks êgvfum taris rmhî fifm m ifiis

imfms, in mlh qu$d legeme kc§ !

O queues, dlii mlïem mmfirikre, mrnm

• ' Remit m mds mfik étMUmimmt

jpfe mMphmkmÊièm Mibrn emr %

^m me bmtd fâSd timu vuom eft.

fideriî ddfummum, dixi Ucet ipfe qumtmi

Jh pudet §ffiêfdm mn rmmffe prias !

Bd mihi > fi quid id efl » bibmdMtm pêitê

Mthen \

Oblisus pêtm nm tamen eji îML

Mque finm m\ ne^fdftidkd npim

Verfd : me êffieio mrnm inefepum*

Mt kvis hdc meritk refermm ff-êtid tant®»

Sm minus » muo te qmqm grdtm §m»

Vttnqudm pigrafidt mftris îMdgrdtid rebm :

Metmibimmijitds mm'mgmit êpes»


LES EIEGIES D § 0VIM5 LIV.JV. jd<

ma faute mérite des applaudiiïèmens» puifque

je ne fçaurois m'abftenir de vous témoigner

ma teconnoMTance. Ne trouve*

jdonc pas mauvais que je m'acquitte de mon

devoir.

O combien de fois me fuis-je accufé dlngtatïtude

de n'avoir jamais parlé de vous

dans mes écrits ! ô combien de fois ma main

a t'elle écrit vôtre nom fans y penfer, lorf- .

que je voulois en écrire un autre ! J'aïmois à

tomber dans cette erreur , ë& fa vois beaucoup

de répugnance à l'effacer. Enfin difois-je

en' moi-même, il abéaufe plaindre»

j'ai bonté de ne m*être pas. pluftôt attiré fon

indignation. Donnez-moy de l*eau du fleuve

Lethé qui ait les quatitez qu'on lui attribue

de faire perdre la mémoire, je ne fçaurois

néanmoins vous oublier.

Laiflez-moy faire, je vous prie , ne rejetiez

point comme une chofe odkufe ce que

je diray de vous ; & ne croyez pas qu'il

y ait de crime à m'acquîtter envers vous

de mon devoir. Permettez-moy $ de vous

témoigner un peu de reconnoïffance > pour

les grands bien»faits que j*ay reçus de vousj

autrement vous me forcerez à çftre reconnoiflailt.

contre vos propres défen&s»

¥ous avez efté toujours ardent à me fecourir

djms mes affaires, & jamais vous, n'avez,

manqué à m'ouvrir vos coffres dans mes befoins.

À prefent même- vôtfe généralité


5©i P. OyiDii BE PONTO3 LIB. IV.

Kunc quoque nil fubitis démenti* territd fath

Auxilium vh&fertqut fmtquê mes.

Mnde, rogesforfm ,fiducia tant A fut un

. -Ht mibk qu®d fait qui/que tuetut opm*

Ut Venus * artificis lahr ejt &gkr'mCm ,

MquQteê mââiim qu& f ternit imke mmm t

Ércis ut jUlsa vtl eburm wel AMM cufl§$

Bettkd Phidkcafidt BmfdUs menu -,

Vendhat -m £ddwm tandem, qmsfeek, eqmrMM

Utfmilis werd vaccs h Mjronk êpm §

$c egù pars rerum mn ultime, Sexte, mdfum j,

Tkteléuptfem munus ûpufqwtu*.

a jtrtsficis Coi, Le fameux Apeîîe eftoit de Cos i

•. Il £t no tableau qui reprefentoic Venus fartant de II

»cr. Augyftc k mit dans le Temple qu'il fie bâtir à

rbon:»eur de luks Ce far..

. b Mypsnis &pas> Myroo célèbre ftatoairc ?If©kt"aiî s

31a. de la. fondation de Rome.

«*#>


Lis EiEGris D'OVIDE , Liv. IV. j® j

n'edant point épouvantée du crue! &furprenant

eflât de mon (brt, ne laîife pas de m'aC*

fifter 5 & m'affiftera toute ma vie. .

Peat-eftre me demanderez-vous fur quel

fondement j'eftablis une fi grande confiance

à l'égard de l'avenir? C'eft qu'il n*y a personne

qui ne veuille conferver fon propre

Ouvrage» Comme le tableau qui reprefente

Venus forçant de la mer avec fes cheveux

mouillez eft le travail & la gloire du pinceau

a d'Appelle.. Comme la gueriere Deefle

qui cft cutelalre de la Citadelle d'Athènesfut

l'ouvrage de Phidias en yvoire auffi bien

qu'en bronze. Comme Calamis fe rendit

célèbre par une ftatue de quatre chevaux

attelez à un chariot. Et comme la vâcheque

fit b Mïron reflembloit parfaitement k

une vache vivante : Ainiî > généreux Sextus

» |e ne fuis pas le moindre de ceux que

vous protégez &• gratifiez-

m/m


304

P. O V I D I I

NASONIS

DE PONTO,

E P I S TO L â IL

SEVERO. -

UO D legis, S Vdtts magnwté

maxime Regam 9

Venit ab imtonfis nfqm, Sevtri»

Getis.

Cujus ddhm nomen nofiros téuuiji libelles ,

Si modopermktis dicere vers > pnd^

Orbe tdmen mmeris ceffavit epiftold mrncpêm

»re per dmnm o$cw{â mes9


«*e «s» M» es» es» «»*«»*» M» «»«»«»

L E S

ELEGIES

D' O V I D E.

J i i • I

' • • t • . • — >

ELEGIE II.

A SEVERE.

Ê itxmfi de nâvêir point encore mis fin mm

dans fis Po'èfits.

EVBRE, que je puis appeller

le plus grand des Poètes

héroïques , l'Ouvrage que

vous lifez vous eft' envoyé

du Pais des Getes. J'avoue

fincerement que j'ay honte d'avoir tant tardé

\ parler de vous dans mes écrits. Je n*ay

pourtant pas manqué de vous écrire de

temps en temps en Profe : & €e nVefté.


.J©6 P. OviDII DE PoNTO 5 LlB. IV.

Carmina fila tibi timmm teftamid curant

Non datafum. quid enim, qmfacis ipftMtmà

'Quis met Ariftto, quis Baccbo vina Falerno 9

Triptolemoftuges 9 poma dit Mcïnoo }

Fertile peëm haks, interque Helkma colentes

Uberius nullï provenu ifia feges.

Mit ter e carmen dd hum .firmes erat ddderefihk

MM mïbi cunftdndi cauffa, Severe y fuit.

Mec tamen ingeniummbis refpondet s nt dme:

Sed ficcum fterili vomere lit tas an.

scilicet ut limus venas excdcat m Mndis,

Ldfdque fuppreffo fonte refifik aqua7

Peftor* fie me* funt limoyitidta -malorum:

Et carmen vena pauperiore fluit.

Si quis in bac ipfum terra pofitiffet Homerum,

Effet, crede mibi 9 faclus & iUe Getes,

Da yeniamfaffb ifiudiis quoque frma remifi :

Ducitur & digitis littera rsra meism

• Impetus illefdcer', qui vdtum peëora mttrit,

Qui prias in nobis êffe {débat, dbeft.

a $uis met Artft&o. Ovide veut dire qu'il auroit

fait une chofe inutile d'envoyer des vers à Sevcrc

qui eftoit on grand Poëcc, comme fi on ofFroicda

miel a Ariftée qui en eftoie l'inventeur.


LIS'ELIGIES D'OVIDE, LIT. IV. .507

qn J en Vers que je ne vous ay point donne

des marques de mon fouvenir. Mais

pourquoy vous envoyer des Poëfîes que

vous faites fibien vous même ?-Qui eft-ce

qui s'avifera d'offrir .du miel à a Ariftée,

du vin de Falerne à Bacchus , du froment

à Trïptoleme , Se du fruit à AU

cinoiis.

Vous avez f efprit fertile j & parmi lès

habitans d'Helicon il ne s'en trouve pas

un qui fafle de plus grandes moilîons que

vous dans le champ des Mufes, Envoyer

des-vers à un tel homme-, ç'eftoit envoyer

des feuilles dans les bois. Et' c*eft-là , Sévère

3 la feule caufe qui m'en a Jufqu'à

prefent empêché. Bailleurs mon efprit ne

repond pas comme autrefois à mes intentions

: je laboure une terre ingrate. Et

comme le limon bouche les fources des

eaux j & qu'il en arrête le cours , ainfï

le limon de mes maux bouchant ma veine

, les vers ont bien de la peine à couler.

Si Homère euft efté relégué dans la con«

trée où je fuis , vous ne devez pas douter

quil ne fût devenu Gete. Aurefte je ne craindray

pas de vous--avouer que je me fuis relafche

dans l'étude , & que j'écris rarement.

Cet Enthoufiafme Divin qui anime

les Poètes , ne m'excite plus comme au*


J08 P. OviDII DE PONTO, LlB. IV.

Vix venit ai panes, v'mfumu Mu fa takïïs

Impmk pigrrn pme emStd manm.

Patlaque 3 m dkam fcr'éenii mlld nlmptM.

Efimihi : me mrnerU miter e rerbd jurât.

Siye qmd bine fmëus ddèb non cepimus mïïês s

Principium mfiri tes fit m ijid mdli ;

Sire qmi in ténèbres numerêfos penere gre£ks,

_ Quoique legm. nulli 3fcrikre carmen, iiem efi

Excitât auditor Jludium j Idudatdque rirtus

Crefcit 5 & immenfmn gkrid cakor babet.

Mk mea cui recitem, nififidvwfiriptd Cêrallis,

Quafque alias gentes barbants Ifier haèetî

Sei quidfilus dgamî qudque infelicid periam

• • Otid mdteriâ, furripiamque iiem ?

-Nam'quid me vimm , me me temt aleafallax,

Per qu£ clam tacitum tempus dbire filet \

Mec me, quoi cupmm.fi per fera betta lieeret,

Obkildt culm terra mvdtd [m :

Quid, nifi Piérides fêlatïajfigida, tefiat,


Lis ELEGIïS D'OVIDE , Liv. 1V. 309

trefois. A peine ma Mufe vient-elle au

fecours d'une partie de mes ouvrages , &

c'eft même lentement & par contrainte

qu'elle me met la plume à la main. J'ay

peu de plaifir à écrire 9 ou pluftôt je n'en

ay point du tout ; & je n'ayme plus à faire

des vers ; foït que je n'en aye tiré aucun

avantage, puifqu'ils font la caufe de

mes malheurs , foit qu'il vaille autant

n'en pas cdmpofer » que d'en faire fans

pouvoir les lire. L'auditeur infpire de

l'ardeur : la capacité augmente par les

louanges ,' & la gloire eft un puifUnt aiguillon.

Mais à qui pourroîs-je réciter mes vers,

fi ce n'eftoit aux Comiles , ou à d'autres

peuples voifins du Danube } Que feray-je

cependant tout feul ? A quoy pourray - je

m'occuper dans le malheureux loifir que

j'ay icy ? Comment patferay - je les jours?

Car le vin ni le [eu trompeur qui font que

le temps s'écoule infenfiblement ne me

donnent point de joye : & la guerre continuelle

que l'on fait icy, ne me permet

pas , félon mes fouhaits, d'avoir le plaifir

de cultiver la terre. Que me refte t'il en

ce pays que la froide confolation de faire

la cour aux Mufes dont j'ay fujet de

me plaindre ? Mais vous Severe , qui beu-

?ez à longs traits dans la fontaine de ces


3io P. OVXOII DE PONT© jL«. IV.

Nm btm de mbk qus memêre Df« ?

r jft tu 9 mi bibitm feïicim Asmusfmi,

Wiliter ftud'mm qmi tibi teét, .âm*.

Saciâque Mufamm merith mie : qmdque legâwm

Eu€ diqmd mm mkte mentis ®pm.


LES ELéGIES D*OVIDE , LIT. IV.' 311-?

)ee(Tes , aimez toujours la Poëfie , puif-

[u*cllc vous reiiffît fi avantageufement. At-,

achez—vous avec foin aux Myfteres de.ces .

Doftes foeurs , &envoyez-nous-îcy les Ouvrages

que vous ferez , afin que nous puiCions

les lire. *


P. OVIDII

NASONIS

DE PONTO.

^EPISTOLA III

AMICO INSTABIL.L

ponm fine nMim aim ?

An mmm, f *;)&, ammks w

velim ?

Bwnine nm utâf, ne mmmeniete qmnlh

QuÊtâtmque tibl tâtmm fsmâ m®*

mm meâ pupfis mât vâUdâfuniâtâ êdfmâ9

Qui memm f elles €Mrrere.,frimm ers.

mm, quiâ mntfâxit wlmm Brmm9 *****


LES

ELEGIES

D" O VIDE.

"' m •• ' ^ •• r im

EL E-G I E III.

A UN AMI VOLAGE

Ë lui repf$cbe fmmfimct de fin amitiés

A u T-ii que ma. plainte éclate?

Ou me dois-je taire } Publierai-

; je vôtre, crime , fans vous nom»

mer ï Ou vous feray-je connoître

à tout le monde ? Je cacheray voftre.

nom, pour ne pas^vous rendre fameux par

n» plainte & par mes vers. Tandis que

favois un bon vaUTeau, vous efties le premier

à vouloir aller en courfe avec moy.

Maintenant que la fortune ne me regarde

fins d'un œil favorable , vous me quittez

Tmm IX. O


JÎ4 P. OriDii DE POKTO , LIB. IV.

Âuxïïm pvflqmm fus • epus effé tn$.

Dijfimulas etiam, nec me vis mffe vèdfri : '

Ouique fit auditê mmine s : Naf§ , rogdt.

lie igêfunty qumquammn vis audire, vetufta

Fdnepmr fkero juhftkê amkrnL

lUe ego , qui primas tua ferla mffifiUbam, •

Qui Mi jwetmdis pr'mm aiejfe jocb. _

Me ego eomiiïèr, denfiqm domejicm nfu :

lie ego judklis uw.ca.MMfA tuk.

Idem eg&fum, qui mm an vivant 3 perfidexm/és

Cura tibi de qm qudrere mïïd fyit.

Sivefui nunquam car us ,fimulaffe fatals:

Seù non jîngebas, invenlere /m*.

Ma âge dkaliquam, qua temutayerit > 'tram :

Wam nifijufts tUA-eft, juft* queteU mea^fk

'Qu£ te cotijimilem resnunc yttàt ejfk priori ?.

- Anermen, tapi quêdmipf égi* mm?

Si wïhi rébus opem nullam fraèi/que ferebas $

Vcniffet verbh tlmru mtata tribus. •


LES ELéGIES D'OVîBE , Liv. IV. j i j

lafchement, lorfque vous fçavez que j'ay

befoin de vôtre afliftance. Vous déguifez

même vos fentimens * lorfque vous faites

feniblant de ut pas me connaître , & vous?

demandez qui eâ Ovide quand vous entendez

dire fon nom,

Quoique vous ne-vouliez pas m'entendre

, je vous diray néanmoins que depuis

environ noftre enfance j'eftois lié d'amitié

avec vous : "que j'avois accoutumé, d'avoir

plus de' part que les autres-à vos affaires ferieufes,

& à vos diverriflemens. Je fuis en-*

core cet Homme qui mangeais ibuvent chezvous

9 • & qui n'en Bourgeois : '& qui # félon

vôtre'jugement eftoit le feul Pocte habile.*

Enfin je fuir et même homme , dont vous

demandez fi -pei* de nouvelles-/» que même

vous-rie fçavez pas perfide que vous eftes, fi

je fuis encore au monde.

Si vous n'avez jamais efté mon ami, vous

avouez donc que vous eftes fourbe ; & fi

vous m'aimiez (ïnecrement , vous eftes d'un

humeur bieivlcgere. ' Dices-moy un peu pair

quelle colère voftrc cœur eft-il changé ? Car

fi elle n'eft pas }ufte;>; n'ay-gc pas un'jufte

fujet de me plaindre de vous ? Quelle cîiofc

vous e£m>êehe d'être maintenant le même

qu'autrefois ? Mon malheur vous donne-t'it

lieu de me tenir pour coupable ? Si vous

n'aviez' point envie de me fervir > vous deviez

au moins m'avoir écrit trois mots, J'ay.

O ij


* l6 P. OviDII M POUTO , LlB. VI.

Fïx ffniifw arçfe, /M dr infultore jaceuth

Te mibi, »rc verbis f ancre, Eu» * rffetT.

Quidfdcis, 4* if«m ? «rr Jf RfMM w^r,

Ndifrdgi§ lêajmm mpu ipfi tm ?

• MAC 3§4 mwfidili qum fitkvis- mbefâUtm*

^tmfummmiMbkfiê pede femper bdbet.

' Quolibet efi folio , qmvis ïmertm durs

Par illi levitéu , imprde 3 fila tud efi.

Omnïd fitnt hominum terni pendmtm fik : ~

Et fubito cafu % qmvdlukt , mmt.

Divins duditd efi mi non opukntid Crœfi ?

Nempe tdmen vit dm uptus âb bêfie tulit.

ïlle Sjfdcofis modo fotmiddtm in mbe%

¥ix bumili imâm reppulit une fdmm.

Qu'^fuerét Mdgno mdjm lumen Me togdfk

Submiffd fugiens me dkmis opem.

[ Cmque vin toiuf terrdtum pdtuk orbis3

* Indigus effeSus omnibus ipfe magis. ]

tikfugunhim clorm Ùmbreque tr'mmphê,

a Hsc Des. Il fais une peinture bien juftc de la

fortune.

b Imilgus effeBm. Le pauvre Pompée après là bataille

de Phaifalc , s'en alla demander du fecours 1

Fcolomée Roy d'Egypte quiluy ayoit autte fois Eût

la Cour.


LES ELEGîIS B'OVïDE* LIV. IV. 317

peine à croire ce que l'on m # a dit que vous

m'iniultcz dans ma miferè', & que vousvous

déchaînez contre moy. Vous agiflez,

fort imprudemment ? Pourquoy vous otezvousdes

larmes que l'on donnerait à vôtre

naufrage, fi la fortune vous devient contraire,?

Cette* Deeffe'témoigne ztttt fou inffatbilité

par la roue où elle fe tient toujours

debout d'un pied chancelant. Il n'y a point

de feuilie?ni dejvent qui foit plus mobile qu'elle

& il n'y . a que vôtre indigne légèreté

qu'on puifle lui comparer avec juftice:Toutes

les chofes humaines font pendues à en fil

délié , & celles qui paroiflent les plus fortes

tombent quelquefois tout à coup. Qui eftce

qui n'a pas entendu parler des prodigïeufes

richeflès de- Crefus 1 Cependant il

fut prïfonnier de guerre, & l'ennemi lui

fit grâce de la vie. Ce Tyran de Syracufe

fi redouté dans fa ville ,. fut contraint enfuite

pour gagner du pain de faire une

jbaflè profefEon. Quel homme a efté plus

grand que le Grand Pompée} il implora,

néanmoins d'une manière humiliée dans fa.

fuite le fecours d J un Roy qui luy avoit fait

la cour. Et ce Her©s qui avoit veu tout

l'Univers fournis àdfeç ordres devint le plus

b indigent des hommes. Ce Romain qui

triomphe fi glorieufement des Cimbres » Se

O iij


5iS F. OYIBII m POïCTO , Lu- IV. '

Qm viûrix toties Confule R'smd fuit-,

B tmmlMM Marins iamaquepatufiri:

Fêtmlk &' tânm mte* pudend* vk§*

iMÏÏtt 'm humants divin* potentU réMs j

. • Mtmum fiêftm m Met è§m jidm

littûs ad Euximm yfiquis mibi dicmt, ibis».

• m mmm M€M m ferme Gtt*\ '

1, iikjixifm, fufgântes ptëwéfums :

QMkqnii^& m mttmfikm • âmicym.

mm tâmn bu paffm : née fi mmtdm ppm

Et Jkmmi p$ter*m tel* c*vere Dei.

Tu qneqm f*c tim*e ; &> q%* tibi Uu ******

• Dum lôqueris, fieri trifii* pffe put*.

z'Jtmyrir*. Cette Ville eftoit célèbre par -la bmm.

•ekborc qui croîffoit daM fim terroir, l'ofage dc€eÉf.

fiante eft boa pour guérir de fa folk*


Lis ELéGIES D J OVIDI3 LIV* IV. 51.9

de Jugurtha , & dont les Confulats font fapeux

par- plufieurs-'vidoircî remportées,

Marias fe tint caché parmi les rofeaux d'un

Marais bour&eux, ifc ce -grand homme y

fouffrit des indignitez honteufes.

Les Dieut'Ie jQiient des chofes humaines:

& à peine peut-on Vaflurer fur le temps prefeut.

Qmmfeiit^iCTilY ;a qaelqtif5$ années,

vous ferec bamii-versle f > fc>nt-lLuxin,& vous

y craindrez les flèches des Getes.., Je luy

aaroîs d*abôr& fepondf/.allez pendre des

potions dit l'Hellébore a d'Antyeyre pbur

guérir vôtre folie, * Je fuis néanmoins tombé

dans ce mal-heur > .Se quand même faurois

pu me garantir des mortels : je n'aurois feeu

éviter Tes :. traîcs A'rnà Dieu tout pillant.

Craignez donc .auffî dç vôtt^ctké ;&çroy&

que la fortune "qui Vous rit pfefehcëment,

fm* vous regarda d J un peil îevere*

O .iîij


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«•> «H m MW MB thJflOWM-W&H*» «»«»


$1*

LES

EL EG I ES

D'OVIDE.

ELEGIE IV. -

A S.EXTUS -POMPEIUS.

Il le félicite d'être defigné Cenful.

L n J y a point de jour fi pluvieux

par les vents humides de midy ,

que la pluye ne ceflè un peu :

& quelque fterile que foït un

champ 3 il s*y trouve de bonnes herbes pa£

mi les buiflons, La fortune ne fçaoroit

traitter fi cruellement un homme 5 qu'elle

B'entremcfle un peu de joye dans fa miferc.

Maintenant que je fuis privé de ma mai*fon

& de ma patrie , & de la prefence df -

O. v


)ll P. OVIDIX M POKTO 5 LlB. IV.

Nduffdgus mGetki Ut mis dilm aquM ;-

Qua umm inveni vultm diffundm caugi*

f9ffm, ¥§rmm mec memmife ms.

Ngm mibi amfulvd triftk fpdtmtr arena ,

Vif* efi d terg*.pemd dei^i finum.

Mefpkfa : me corpus erM , qmd cernere jmfem

' fitbd tamênfunt èûc§we mepu mes :

lu- egê iéMrum f enk tiii mmm mum *

Idmdpet mmmfMMte Idpf*. vidn

Cênfuït F§mpek, qm mnt'èi carier dîhrr

Oindidus &felix..pr$ximMs amifis erit.

mbcitt&»# ku*?*»*«» fMmm-rtpImt»

Mgentes dïtm hinc Beé. vernit ker.

M min, àildfps imrn nov* ganëd cmk*

Emidk dfptritds bups mitptd Imk

Mfgft «&* f dm to&ps,Umfftm refadverk dwimm,

Fuljus. & Ifdcw rnen/k December trk\

fmpmàc wmpmm fummi vtlMt bmmk :.

, \NK titék qmcqmm ièedt ïllefith*

gtrnere jumpideor. rumpi penetrilu.- tmrbdt

Etpdumhdi- déficiente Im. - ^

^mplsque h Tdtpm pfknum ûbi fiMs- ddm%

: & fieri, fââki m tm. VMM. m§s:

zjtmi bktfs* 1mm. .eftok p«nt avec-deux ri&ge*

Cctce année parok longue à Ovide par l'impatience

Wil a de *oir fon ami. Gonfùl. #

bTé*teid feàiu U Capitok eftoir fitu£,W *

4wns Tarçeksu.


mes amis , après avoir échoiié par un naufrage

far les colles du 'Pont-Ethcin , j'ay

trouvé matière de-faireeclatter ma joye fur

mon vifage , Se d'oublier mon mai-heur..

Or comme je mé'.piomeiiois tout trifte le

long, du rivage fablonneux delà mer3 j'ay

entendu derrière moy le bruit d'un battement

là'atfles*. J'ay xegafidé » mais il n'y

avoir rien que je pufle voir j. néanmoins j'ay

entendu dîftinâement ces paroles.- Je fuis

la renommée -qui viens de fort loin au trar

vers de l'air, pour t'apprendre une agréable

nouvelle ^C*e£t que Panné.e prochaine te va.

eftre favorable .& heuxeufe par leConfulat

de ïompée qui eft un des hommes du monde

que tu chéris le plu.§ tendrement..

C J eft ainfi qu'elle me parla': fie âpres

avofr répandu Vallegrefle dans la Province

de Pont».elle-s'en alinéa- d'auçrçs pais. La

joye de cette nouvelle dîffîpa de telle forte

• mon chagrin » que ce lieu ne me parut point:

fauvage. comme -mtrefois* Lors donc que

â Janus qui a deux vifages3aura commencé'

'l'aimée» & que le- mois de Décembre fera

pafle 3 Pompée fera vêtu de pourpxe T pour

marque de la fupreme dignité , ami qu'il ne

mknqiie rien aux honneurs de fa famille

•Il me Semble que je vois vos falles fi pleines»

'de monde , que l'on y eft foulé parla pref-

. fe -î .que., vous marchez le premier au a Cà-

{itok i que les. Pieux-(ont favorables à yos^

" ' © '+)


1-14 P.OVÏDII Dl PONTO , LlB. IV.

Cota bores nivem cette prdere femi9

Qms âlmttampis herbaFalifed fuis.

Cumque^eos §mnes,mm qms impenfm âqum

Efe tibi mpi'Ms mm Jove Oe/ir erk.

Cmid te excipkt, Vdtfifqm e more rouû -

" intendem dures dd tm rerbd fum.

. Mes nbi fdcundo tus vox Wûmmmt me - :

Ut que [du, tuUrit profperd rerbd dks y

'Mgeth & méritas iuperis mm Cafsre gratis : '

Qui uuffdmfdâéê €ur ké.fapo , débit i

Mde domum répètes ioto comkanteSenatu^

Offic'mm ppuli rix eapkme dmo*

Me miferum, turbi qmd non ego cernor in M:

Mec potermit ifik lumm uops frm i

Qumlèbit ébfintem* quapqfum. memeviék:

Afpickt mltm Confettis iBd fui»

j&fdcUni, diqm fukét tibi tempore mfirum

Nomen \&%Ueu% dkm, qmd mifir itlefsckf

M†iudpêrtukrk fi quh mibè rerbâ,fdtebm

tminus exilium tmllim efe meum*- • * '


LES ELE6IBS O J OVIX>E » Liv. IV. jtj

«vœux ; 3c que % les boeufs blancs que l'on à

nourris dans les pafturages des Falifques

tendent le cou à la hache pour eftre immolez.Et

quand YOUS aurez prié tous les Dieux,

fur tout ceux que ¥©us voulez qui YOUS

fbient les plus propices, YOUS tspuverez

que Cefar s'accordera en cela avec Jupiter.

La Cour' du Sénat vous recevra, & les

• Sénateurs àflcmblez en corps * félon la coutume

, écouteront avec attention voftre ha-

'rangue. Quand vous les aurez charmez par

vôtre éloquence 9 Se que fuivant l'ufage

établi, vous aurez cfté félicité quand vous

aurez remercié dignement les Dieux avec

Cefar, qui .vous donnera matière de rendre

fouvent ces avions des grâces, YOUS retournerez

chez-vous accompagné de tout le Se- •

nat , à peine voftre maifon pourra t J elle

contenir le peuple qui vous ira rendre fes

devoirs.

Que je me rient malheureux de n'être p»s

de ce nombre K & de ne pouvoir pas affilier

ï cette réjoiiiflance ? }e verray tout néanmoins

des yeux de l'efprit -y je regardetay

noftrc Conful. Veuillent les Dieux , ô Pompée

, que vous vous fouveniez quelque tems

de moy , & que vous difiez , helas que fait

maintenant le pauvre, Ovide ? Si j'apprens

que YOUS l'ayez dît , je declareray d'aborcl

que mon exil eft plus doux qu'autrefois.


•M» «S ««M «B «H«»«•««• S*» '£#3 •§** €**«*

P.OVIDM

NASONIS.

DE PONTO,

• . , • • • •¥•

EP1STOLA V.

EID.EM JAM CONSUH

vire.

T E j k$£$ ekgi 3 "dêâm M^C^fnt®

SM€î 9 y - • - '

Wefidgm bomrâtM fente kgmds

'Longa via efi j nec VêS pidtbm froceditu£qM» :

• leUdtpm kumdi fié- mn terra 'tant*

CM* geîidém ibtMm ê. & efereum mâOm

M vmu Mm uan§ttkk â^m» m4 ,


«»8g» WM H» m «M B*0»WW MM WM--8SM*»

X ES

E LEGIE S

D'OVIDE.

- ELEGIE V.

A SEXTUS POMPEIUS CONSUL..

Ittfipopée dOvide a, fit ver s,les chargeant tCalle*

feltttter Sextm Sompemfitr fin Cmfulat.

LLEZ promptement ,. mon-.

Elégie , trouver un fçavant

pour lui faire un compliment

Fur fa nouvelle dignité. Vous,

avez urt long voyage à faire*

vous boittéz même en marchant, & la terre

eft à prefènt couverte de neige. Lorfque

vous aurez pafle le climat glacé delà Thra*.

ce y les frimats du Mont tfcinus-, & les rivages

de,la.»aer Ionienne * vous, ani^exea


} 2.8 P. OviDII DE PoNTO , LlB. IV.

lira m'mm deamâ dmnindm vemetu in Urbemf

" Ut feftinatum mnjadatis im.

trotinm inde dêmus v§bis Pêmpeid petdtur.

Nm ift Augufiê junctm uttd F$r§m

Si qm§, ut in ppuk, qui fins, & unde, uquimz

Mminà deceptd qmUbet dureferdt.

'Utfit mm mtum , fient resr efe » fdteri ;

ferbâ minus cette fiHd timmk hdbenu

C§pid me vdk ulU prohibente videndi

Confulk , ut limen cmtigeritis , eriu

Am reget ittefms dicendojurd Quintes j

ConfpkmmfignU mmptemet dltus ebut :

Am ypêpuli redit us psfitdm componet dd bdfidM

Et minui mdgm non finet Urbis opes,

âut» ut erunt Pdtres in Jutid templd vêêdti,

De tdnt§ dignk Cenfule rebm agît.

Âutfeut- Augufiê filitom Mdtoque fdlutem :

Beque pdtum mtê ionfulet êffiew*

Jempm db bis rdcuum Cd/kr Gtrmamcm mmm,

jtuferet. k magnis bum Mit ille Beis.

€um tdmen d turba remm requimtit hdrum ;

Ad ms mdnfmtm pmriget Vk mmm :


LES ELéGIES 'D'OVIDE , Liv. IV. j 2$

en moins de dix jours à la viHe Capîtalle de

lUnlvers y quoique vous ne marchiez pas

à grandes journées.

Demandez d'abord la-maifoti de Pompée .

quieft attenant le marché d'Aogufte. Que

n quelqu'un TOUS demande qui vous eftes^&

d*où vous venez , dites lui tout autre nom

que le mien, à deffein de le tromper. Car

bien que je croye qu J il n'y a nul danger de.

vous faire connoître , il eft très certain que

les noms fuppofez fe difent avec moins de

crainte, Perfonne ne vous empêchera de

voir le Conful , fitôt que vous ferez à fa

porte.

Vous le trouverez affis dans un Tribunal

d'yvoire, rendant la Juftice aux Romains :

Où il fera publier les Fermes des deniers

publics qu'il voudra mettre à l'enchère. Et

quand le Sénat fe fera affemblé dans le

Temple de Jules Cefar, il y traittera des

affaires dignes d'un grand Conful. Ou bien

félon fa coutume , il fera fa cour à l'empereur

, 8c à Tibère , ou il fe fera inftraire

touchant les fondions de fa charge qu'il ne

fçait pas bien encore.

, Tout le temps qu'il aura dé refte , fera

donné à Germanïcus qu'il honnore après les

grands Dieux..

Mais lorfqu'il n'aura plus dans l f efprit

l'embarras de tant d'affaires » il vous tendra

fore hoBneftemcnt les mains 5 & peut-eftre


}jo P. OyiDii DEPONTO , LIB. IV.

Quoique parens ego vefter dgâm.fwuffe requhe

Talix vos illi reidere verbd velim.

fmt âdhm, vkmqnê tibi deèere fdtttm,

. Qkdm prius a mki Otfare munm baèet.

Tefibi, cumfugeretm9 memm filet, §re referre,

Barbaru tut m achihùjfe v'm«

Sanguine Biftmum ijuod mn teptjecerit enfem ,

Effcftum cura pe&oris e£i tuL

Met 4 préterea vit A quoque multd tmndd

, Mmerd, ne prêprim Attenmm êpes.

Fr$ qu'eus m mérités referaturgratid, jutât,

. Se fore mmàpii tempus m smm mk

Km-prius -umbmfd carituns drhre mmtes,

"; Et fret d vetitoléê mn bdkurd rdtes,

flummaqm in fmes ewrfu redkurafupinê j

Gfdtid qmm menti p&Jfa dbirttuk

MM ubi dixerkk ^fervetfitddmd , rogate.

Sk fuerk veftr* caujkptfaffa vis.

4*ê^m


LES ELéGIES D J OVIDE > Liv. IV. j jr.

M>ns demandera fil ce que fait maintenant

loftre père ? Faites kï cette réponfe fi voos

me voulez contenter. Il eft" encore vivant,

fc même il avoue qu'il vous doit la vie qu'il

a reçue autrefois de la clémence de Cefar.

Il n'a pas encore oublie que dans le voyage

de fon exil vous le fîtes palier en feureté

{ >armi des Nations Barbares , & que par le$

oins de voftre bonté il ne fut point égorgé

chez les Biftoniens* Vous eciftes auffi la generofité

de lui faire des prefens éonfiderables

pour -fa fubfîftance , & pour lui éparg


)}1

P. OVIDII

NASONIS

DE PONTO.

HP - ! ir

EPISTOLA VI.

BRUTO.

UAM legis , ex illk tibi finit tfif

- tdâ, Brute 9

Ndfmem miles m quitus #

Uùs.

Sed, tu qmd miles, voluit miferdbilefdiuM*

Hei mihi * plus illud, qudm tuâ wu > w&f •'

In Seytbii mbis qmnquennis oljmpim dilâ tft*

fdm temptts lujhi ttmftt in dlterw.

Ferftat enim F§tmm tendx, wtifqm mdiff**


in

6*» wt


3J4 P.OVIDII DEpOHTOjLlB.lv.

Oppomtnoftris mfidwfa pedem.

Certm eraspro me, ¥abu Ims, Mdxitne, gentil,

Numem ad AuguftumfuppUce voce bqui.

Occidisdnte peces'yùduffdmque eg§9Maxime^mht

( Necfueram tdnti ) ke re$r ejfe tué.

« Jam timeonoftrdm cuiquam mdnddtt fdktmt

Ipfum morte tua conciSt duxiïïum*

Cœpêïdt Augnfius decept£ igmfcete culp&\

Spem nûjlram terras Jeferuitquc-JimuL

Qudle iamen potui de ulite, Brute » menti

Vejird procul pojitm mrmen in ma dedi,

Qiu profit fut M fttmtm.mihi .\fitqm m***

Juin modus, & facr* mitior ira domàs !

Te qmqm idem., lipide pjfum jurât.e , preedrh

O mibi non dukâ cognite Êrute mtâ*

Ndm mm ptdftkms vmm mibi fimpef ******

Hic tdmen adverfo temport crevit émet.

a Jim timt$. Ovide pour «primer (on miïM^

ait qu'il n'a qu'à cfperer une grâce à'm hoflunepo

k£mc mourir.


- 'LES EtEGps B'OVIM, LïV. IV., jJJ

purs à me perfecucer Sck s'oppofer âmes

defirs.

Fabius qui cftiez la gloire de votre illuftre

maifon , vous m'aviez promis de parlef

pour moy au Divin .Augufte. Mais la Parque

vous a enlevé , avant que vous eufEe^

fait cette prière. Et je pcrffe , généreux

Maxime, que mon malheur vous a "fait mourir.

Le deftin . ne devoir pas me traitter fi'

rigoureufement; â Je crains maintenant de

recommander à quelqu'un le foin' de ma

vie,puifque le fecours que j'en attendrais de

lui l'envoyeroit au tombeau. Augufte avoit

commencé à 'me pardonner ma faute , où

feftois tombé par imprudence j mon efpe^

rance eft allée avec lui en l'autre monde.

Cependant j'ay fait des vers comme j'ay pu

à la louange de ce nouveau Dieu , & quoique

je fois éloigné de vous , illuftre Brutus,

je vous lesay déjà envoyez. Je fouhaite

que cette affeftion me produite quelque

avantage , qu'elle mccte fin à mes

maux 5 &c qu'elle me rende favorable la facrée

.maifon des Cefars. Je puis jurer

pofitivement qu'en cela vos voeux font

conformes aax.miens, pttifque vous m'avez

donné tant de preuves, manifeftes de vôtre

bien-verllance.

En effet quoique vous m'ayez toujours

témoigné une véritable tendretlè , elle m'a

pourtant paru plus grande peiidant mon


JJ^ P. GviDII DïPoMTOf Lïl.lV.

Quiqm tuas portier ' lacrjmot mftrofyue viitreti

fojfuros pmmm crederet ejfe 4ms.

Lenem te mferw gémit Ndturo, ntc ulli

Mitim ingtnium* quam. tibï, Bruit, dédit.

Ut qui, qmd volem » igttmt, » Mmttfmmfi »

Pofft tm pet'agi vix put et wertês.

.Seilicttfjufdtmtjl, qudmvis pugmre ridttwr*

Suppllkibm•foeilem, fombm ejfe tructm.

C#iff tibi fufceptd eft legis v'mdiUd fevers §

Verbe vtlut tinëumfinguld mm bobem.

Mêftibm eveniot » quam fis v'mleutm in omis

Sentir e, & fmgm teldfubire tm.

QUA tibi tdm tenki cmâ Itmamur, m mmes

ijtius mgmiurn cêrpêris ejfe negent.

Atfi quem Iddi Ttortuui mnis iniquo,

MêUi§r eft anim§ fœmmo mio tm.

Mm tgopraàputfinfi, cum mdgm me§mm

Nêtitiam pars tft infiddia mti.

Mmenwr ilkmm 9weftrinm iwmtmw unqudm$

' gui msk/ollkiti mftro levoftis ê ër§9

a Marte forenfi. Il a raifon de dire que le parquet

à f umhmtm eft un champ deMSitt.

zèfCtfué


Lis ELEGIIS D'OVIDE » Liv. IV. -537

âdverfîté. Et ceux qui vous auraient va

pleurer avec moy , fe feraient fans doute

imaginez que nous endurions- tous deux, la

même peine. Vous eftes naturellement fï

tendre à l'égard des miferables , q»e perfonnè

ne l J eft plus que vous. Et ceux qui

ne fçavent pas quelle eft la force de voftre

efprk dans les combats du a Barreau, ne

fçauroïent s'imaginer qu'un homme puïiïe

cire déclaré- criminel par vôtre jugement.

Effare doux aux innocens, & Severe envers

les coupables ne font pas deux qualitez incompatibles

, quoiqu'elles le paroiffent.

Lorfque vous entreprenez de punir ceux

qui ont violé une loy , toutes'vos paroles

fait comme empoifonnées. il eft à fouhaitter

que vos ennemis fentent la valeur de vôtre

bras, & les traits de vôtre langue. Vous

. les aïguifez fi finement, qu'on ne peut pas

croire qu'un mortel foit capable d'avoir

tant d'elprit. Mak quand vous voyez quelqu'un

expofé.aux cruautez de la fortune,

vous vous lailîet attendrir comme une

femme.

Je l'éprouvay bien moi - même dans le

temps que la plufpart de mes amis ne 'firent

aucun fcmblant de me connoître. J'en

conferve encore lefbuvenir, anfii-bien que

de ypus autres qui avez pris grand foin

de me foulager dans ma prclfante mifece.

Tmm IX. - P


J38 P. OVIBII DE PONTO , LIE. IV.

Mtffms ( beu nobis nïmium cmtetminm ! )_ ijla

In tâfut Euxino de mare y met iter :

Mtqne Thjêjlêd tedeantfi tempêta menfk9

Mis dd E$M cmm êgetm dqum ;

.QMdM quifqum yefttûm, qui me dduifiis 'ditVÊ

Arguât mpâtum mu memnifefm.


. 'LES ELEGIIS D'OVIBE » Liv. IV, 359

Le Danube dont je fuis voifin malheureulement

pour raoy , s J en «retournera plutôt

du Pont-Euxin à fa fource , & le foleil

évitant comme autrefois de voir le feftin de

Thïefte , fera pluftot rebroufler fon char

vers l'Orient , que nul de ceux qui

m'ont regrette m'aceufent d J ingratitude &

d'oubli'

P n


34o

P. O V I D 11

NASONIS

DE PONTO.

EPISTOLA' VU.

VESTALI.

IS SUS es Euxims quêwiém, ¥e>*

fialis 9 éd undm $

Utpêfitis reddas jars fié sxe km

Afpids en prefis, qmli )Memm m sm :

Me m tefiis eris fslfitfêlm qmi.

'Jkedêt voci per tt mn mité mfirs,

% Alpinis JMfenis regibmme , fides.

Ipfi vides cette glâde emureftm Pmmm.

ipfi fides rigide ftmtm fm gelm


34*

LES

ELEGIES

D'OVIDE

ELEGIE VIL

A VE-STALIS.

M lui demandé fapr®iêélm,

| O M M i vous venez rendre la

iuftice dans la Province de Pont

I aux peuples du Nord , vous

! voyez-vous même de vos yeux

le, pays où je fuis relégué , & vous pourrez

témoigner que je ne me plains pas à faux.

Veftaîis qui defcendez des Rois des Alpes*

vous ferez par vôtre témoignage que ron

ajoutera foy a mes paroles.

Vous voyez le Pont-Euxin glacé , & le

vin durci par la gelée : vous voyez que

P uj


34i P. Ovian DB PONT©, LII.1V.

jffe vides, mît été fmx ut ducat 'laz,jx

Ptr médias Ipi pldupd hubukm aquds.

Afpicïs & mini fui admm mica ferr§,

Il telum auffas fnmis bobere duds.

jûquê utinam pars -hM tantumjpeëdtdfui§t9

mmtim pmpr'm €0gnim Mdtttt'êi !

Tendhis ddprimum per denfs fmadafâmi .

Contigit ex merito qui tibi nuper bonos.

gît l'mt bit timlns plmh tibi fmit'ém ingens,'

Ipfa tamen virtus ord'me major eut. •

jvto Mgat hoc ifter .* cujus Wâ'-dextera qu§ndd

Punkeam Getico fanguïm fecit aqMam.

Non mgat Mgypfis,. qm te fukmtê teeeptê '

$mfit ingénie nil épis êffè loà.

Mam dubium, pofitu mtlius defmfa mamn , •

Urk état infuwmw mbibm tqua jngê»

Sitbmtio Régi férus mteuèptrat iïïam •

• Eoftis» & ereptas viSor babebdt opes.

Donec ftummeâ deveSa Vitelïms mdi

intulit expofito milite figna Gens*


Lit EtEpiEç B J OTIM » Liv. l\% j4j

les féroces Jazîens font paffer à travers le

Danube leurs' charrettes toutes chargées.

Vous voyez tomme les traits qu'on nous

lance font empoifonnez & qu'ils font mortels

par deux caufes. Plcuft aux Dîeux que

vous eu'ffiez feulement veu ce pays* & que

vous ne l'éuiïez point connu pour y avoir

comb^tUxen4|^rfoiîiie ? Maïs vous autres •

braves , vous ^afpircz qu'à eftre à la tefte

d'une' légion' eïpôfez à mille dangers II

n'y a pas lông-temfs que vôtre mérite vous

a élevé à cet honneur. Et quoique cette

grande charge vous doive eftrc très avan*tageufe

, voua avez lieu d'efperet par vôtre

vikur des-'emplois, 'bien plus-confiderables.


Le Danube ne peut pas nier que vous

n'ayez fait rougir les eaux du fang des-Getes.

La .ville cTEgrpfe-que vous avez aidé

| reprendre j pourra témoigner que les meilleures

places, ne fçauroient tenir contre les

Stratagèmes, Car eftant fituée fur un Rocher

qui' s*élevé jufqu'aux nues, elle pa-*

xfWJjpit inexpugnable par fon aflîete, &c par

la valeur de fa garnifon. Les Getes qui

l'avoiâif jprife for le Héy de Thrace , en

forent-"enriéteoeht; fes tnaiftres , jufqu'i

ce que Vitellius emmena des troupes par le

Danpfeê ' qii f ii • débarqua à leur veuë. Et

vo^s'Btaye Vcftaliij^'digne rejetton'du fa-

' 1


}44 P- OviDIl DE POKTO , LlB. IV.

M têt, prêgenks dlti fwtiffmd Ddttni,

. Vmk m ddverfês impems ire v'w§§. '

JNto HNT* j tmfpimm longe fitlgenfém âms,

Jfer/ûf *t pêfmtfdSé Idtere, aw :

mgmtique grdiu mmdfetmmque kmmqm ,

Sdxdqm humdli grdndme ptmê , fiêk.

Mu tt miffàfuperjMHlwtm tmb$ mm Mm,

Nec qm fiperiê teld mnme msdem.

^uttlâ mm piëis bâtent in ^ toffide permis :

. Farfqmferè fiuti wninere muid Wdtdt. •

Wicêmpus mnihs feikket tffugit i3m-;

Sed mimr efi dm hués dm§re dêkr.

Tdlis dpud Tfêjdm Bdndi pr§ mvibus Âjdx

Dk'um* EiUmedi fuftimijfe fsêes.

Ut propius vmmm fft, dinmtdqm dexterd dam

•Refquefero potuit €§mmm mftgm \

Dkere difficile eft, quid Mdrs mm igtrit iiïk,

Quêtque nui dedenssqmfqni, qmbiêfym Wêâi.

Mnfe tmfdëm idkoéss viftor dcerwm i •

MpBfmqm Gem Jkbpeée wmkm mm.

a Hiëêrms fscês. Achîlk irrité contre Agâmeinon,

fut quelque temps fans touloir combattre. Dans

cette ermefaite , He&or fit eue fortie fiftlatece

éci Gtces 9 oà Ajui Ce dMliAga f ai fil ¥4


Lis EUGHS D'OVIN » Liv. IV. 34c

meux Dauaus, vous allâtes fièrement' affronter

les ennemis. Vous vous dlftinguates

d'abord aux premiers rangs , par l'éclat

de vos belles ' armes & par vos grandes actions.

Vous montâtes -à grands pas àl'af»

faut de cette, place , au* travers de mille

traits •» & d'une grefle de pierres. Ni la

quantité de dards * ni les flèches empoifonnées

ne purent arrefter Wmpetuofîte de vôtre

ardeur. Vôtre cafque eftoit par tout heriffé

de traits empennez , & il n'y avoit

nul endroit fur, vôtre bouclier qui n'euft

reçu quelque coup. Vous n'euftes pas le

bon-heur


346 P. OYXDII m POHTO, LU, W,

lugndt ai exemflum frimi mimr wimt Fîfi-t

Multaquêfert miks ruinera, mulidfdàh

$ed tdntmm m tus alks MM prâierk- §mms-f '

jfnu ciîoj quantum Fegdfus iidt êftês.

VÈmiîMf Mgjffis. tiftdtdqui temfns in §mM'

$m$ tm, Vefidis * umim fo^é wm*


Lis ELEGIIS D*OVIDE , Liv, IV. •..jîfy

cftoîent fous vos ordres comhattoimt fort

.toUfcattQrift i J*éxefop!fe de leur Chef j : &

Je foldar tout chargé de- -coups , ne laiflbic

*|tS5Îiê-iaîie".pîafti


H8

iiiif »wi Biiifiiifli tWÊm fUTnn r i n **•*"» -*• r«min Éiif dâmi iMHiit M l mmm

p. o v i DU

NASONIi

DE PONTO,

Etf ÏSTO-LV'vIlL

\- SU1LLIO.

irr£X4 /fa* f«jA», Jb*

•. iXCttkt $M$B »

JET» nw perwmit ,fid mêi fft*

ts tmm.

Qua, 9 pi4 fi p0ffit sapens lame r§gsnd§ /

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Gfdt'm s ht m ma te mibi dkis §pm.

mvpmâlpfêjlis, mmi/m/sëm *m

Bdimi é* mer km, nlk jmsre j F**


Î4f

LES

EL E G I E S

D' OVID E.

ELEGIE V11L

A SUILLIUS.

Ehge éi Is Poëjie.

UOIQUE 'faye été long»tempii

à recevoir vôtre lettre , fçavant

Suillius , elle m'a pourtant elle

I fort agréable j car vous me mandez

que fi la ceadretfe que vous avez pour

moy , cftoit capable de fléchir les Dieux

par vos prières , vous ne me laifleriez pas

fans fecours. Quand même vous n'obtiendriez

rien, Je vous feray redevable de vôtre

bonne volonté : & le defir que vous témoignez

de me rendre de bons -offices me tient

Heu d'un fetvice effeûif. ,


-}jo- P. OYIBII M PONT© , Lit. IV,

bnpetms jfle mm- lowgum wmd§4wm iw-aim %

"Mef emails fietm fit tua lofa meu.

Jm aliqmi famnt affinia wincnla mhs, - *

Quafempet m^edntéllabe^dSid frecor.

Nam tibi qm cmjux, eadem tkihi filia psnt ej? :

Et qm te gifrum ; m vecdt fU fitApi.

> ra

Itfei m'êfsfi leffis yuliiïm tu yefjpbus ifiu

Bu»! cfr ^£»rp rr. ppdet dgemum/v

Ât nibiî bk dignum poterîs reperàrt fuderf,

Iraterfirtunam 9 qua miM cac*fmtr ^ ; ~

Séugenuàekàetïas ; ifnfcati jï êâgïàe prima,

Ufque pet jnrnnferps wemqmMrptvm :

Ji?c wlè , qui fini , metre^hKpMfre mpm j .

,..Mr^orm mpfmd^tï^he^ bée *jr/if.—:uçt

'TÊÊmdê, /fuel dgi' fj^éék p§j^fms^*%

Qu§s colis 9 ex-Qïdfuppïkéwce Demw - ' 'j

••Xrf i&rfimt. €éfdT.jmem.M£mMëm pùfd*'&

: '-Md€.cette'puta 'eft ' s nmor"'drkiibk - « v *

Mm finit itt* fut vatm. mtiftkb MMtpffm

Eft prcces* mftris bine pete rehu §fem • l

•Qmmhbet exiguâ fims ea junnit^aur^?

Obruta de tmdïu cjmké 'î-efmget at/à**. ' j •


. lis ELéGïIS D'OTîTCJ LIV.-Ï 1 ^. 551

Que cette ardeur officieufe vous dure

long-temps » & que vôtre generofité ne fe

laflè. point de-mes miferes. L'alliance qui

cft entre nous établit en quelque forte cette

aflêftïon y je prie les Dieux qu'elle foit éternellement-inviolable.

Vôtre femme e&ma

belle fille > & je fuis mari de. celle . qui vous

appelle fon gendre. Que je feray malheiiteux

fi vous froncez le fourcil à la le&ure

de ces vers ,' & que vous rougiffiez de honte

d*étre mon parente II n x j a pourtant* rieh

tn cela qui doive vous eftre honteux , à la

referve de la fortune qui a efté aveugle à

mon égard* Car fi vous examinez, ma gonealôgie,,

vous y trouverez ces Chevaliers *

dés fa première origine dans une très longue

fuite d'aÂnceftres» Et fi vous voulez

icgardef m* vie , vou$ verrez qu'elle çfc

fans tache, fi Ion excepte une faute où je

fuis tombé par imprudence! • , : •

Cependant fi vous-.croyez pouvoir obtenir

quelque grâce par vos prières, adreflez»

•ous humblement aux Dieux que vous adoieze

Le jeune Cefar eft vôtre Dieu}. invQr

quez xette Divinité. Il n'y a point d*Autel

où vous alliez plus fouvent qifà celui-là.

On n*y offre jamais d^ncens en vain. Demandez

du lecours pour nos affaires.Pour

peu que. le vent n@us y foit favorable *

nôtre. barque reviendra fur l*eau * quoiqu

A elle foit prefque • fubmergée» Alors j^ofr-


5fi P. Ovraii i» PONT© , Lu. IV.

Tarn eg§ thutd fer dm mpidis fêiewmïdfiamk 5

Et, vdlednt quantum mmina » tefik m.

Mec tibi de Parié ftamam, Germdnke tmplm

Mdtmm. mpfit opes Ma mim mtm.

Tmpld dêwm vêUsfacutntmrbt/qiu beatsî

Mdf§fuk êpibm umim grMus erit.

fdrfd quUmfMtw pr§ mMguis mmâteUi

Cum pr§ €§mefd verbd fkhtte àmm.

mi qui , qudmpmmt, idt maxima9gfdtm àm>

Etfiuem put M cmtigit iiafmm.

Me€, qud de pMfâ Dispdtiper ïtbdt amu,

Thutd mmm , 'grandi qmm ddtd kmt9 ?dm>

Jgimqm tam kBern,quamgramme psfîa hdifih

Viëima. Tdtpeks mficit iëa fms.

Mestdwwn 9 êffidê vamm pet cdrm'mdfaRê »

9 Primipibus tes eft gtdtm nlld mis.

Carmin* veflrarum peraguntpraumaUndnm:

Neve fit aEtmrnmfama cddmd mvmt.

Cdtmmefit vivax vkms 1 expçrfqm fepuliri*


Lis ELïGIIS D'OYIBI > Liv. IV, 355

frlray beaucoup d'encens » &je publieray

le pouvoir des Dieux. Mais , Germanicus,

n'aitendcx-pas que |e vous fafle bâtir un

Temple de Marbre de Pare ; mon exil m'a

rendu pauvre. Que les gens riches & les

grandes villes érigent des temples à voftre

honneur j Ovide ne peut vous gratiier

qu'en Poeiïes x qui font toutes les richefle«.

J'avoue que mes petits prefens ne répondent

pas à la grandeur des chofes que je

demandé , lorfque je ne donne que des paroles

peur eftre tiré d'exil. Mais on peut

pafler pour reconnoilîant, quand on offre

librement ce que l'on, a de meilleur, Se cette

affedion genereufe parvient au but qu'elle

peut prétendre. Un grain d'encens offert aux

Autels par une perfonne pauvre , n'eft pas

moins agréable aux Dieux que ces magnifiques

encenfoirs oà l'on hrûtatflfeit .4*e£*

fences odoriférantes. Et un agneau qui

cette fa mère- fait autant d'effet auprès de

Jupiter qu'un Taureau que l'on aura nourri

dans les pafturages des Falifques.

Les Poètes ne fçauroient faire plus agréablement

la cour aux Princes , qu'en leifr

offrant des Poe fies. En effet les vers font

employez à chanter les belles aftions , &

à les tranfmettre aux fiecles futurs , pour

en conferver toujours la mémoire. La vertu

-étgkm nmoiceile * fle s'cxtmte du


5j4 P. OVIDII «rPôNT© , Lu, It,

Nmtiamfira pêjkritatis • babeu •

Tabidd cmfumitferrum Upidemque vttuflds \

Mallaqm tes majus 'tempwe robur babet.

Scriptd fermt dmm : fmptis Agdmmmwâ mp ,

Et quifquis ctmtr* 9 vel finml arm* tàlit. -•

Suis Tbddsfeptmqtte duces fim. témmmfa

Et q§kqmâp4 bm9 quicqmi. & mm-f^l

D# qupqmcdtmmh* (fifrttjtjknê.-jjmti

Tantaque majejlds §re cdmntisjget* t

' Sic Cab§s, ex ÏÏla ndturi mok prions,

• >*kigi^9ffdïtis fûmtês habmefîUî : ' -

. &t dffi&dntes cdleJHd • Signa :>-


XES ELBSIIS D'OVIDB9 Liv. IV. j|j

tombeau par la Poe fie, qui la fait connoître

à la pofterlté. La vieiileflc qui corrompt

toutes chofes , confume les pierres & le fer J <

& il .n'y a rien qui ne pétdc fes forces avec

le temps.

Les écrits feuis font capables de refifter

mx années. C'eft. pour eux -..que l'on coanoit

Agamemnon » & tous ceux qui combatoienc

pour fes intérêts ; ou qui avoient

arme contre lui. Sçauroit-on fans la Poëlie

ce qui fe palîa.au fiege de Thebes en*

tre les (ept Généraux , & ce qui fe fit devant

cette guerre & dans les fiecles fuivans

? Bien plus je ne craindray pas de dire

que les Poètes contribuent à faire les

Dieux , & que les Divines Majeftez ont

befoin de la voix d/uri Chantre : Nous

fçavons par leur moyen comme le «Chaos

s'étant débrouillé de cette malle confafe de

la matière première , fut rangé & diftribué

dans fes parties. Nous fçavons encore

par là comme -les Géants -qui vouloient

monter au Ciel, furent précipitez aux Enfers

à coups de foudre : comme Bsicchils

•fe rendit fameux par la conqiiefte -des

Indes ," & Hercule par la défaite des Ecaliens.

Mais, Seigneur > n*avons nous pas

veu il n J y a pas long teièps que les Poètes

ont contacte à l'immortalité le mérite

de voflxe Ayeul parmi les troupes Ceteftes.

41 . - •'••


356 P. Oviwi m POBTO , Lii. IV.

si quii âdbm igitm mi » Gemumice, mfifê

Meftst in mgenm, firent omrn t'êi.

Bon potes effieitm Vâtis contenmete rates :

Judkio périma tmbabetifid $m.

Quod nifi te mmen tmtwm ai ntdjws roeofet »

Gloria Pieridum fumm futmus eros.

*ed ddte msteridm mbis, quâm idtmm » mmh

Nec tâmen ex toto de/erere il là potes.

Bâm Modo klld geris, nmmris modo rerbâ orn

ées, •

Quoique dliis opm eft, hoc t'êi Indus erit.

Utque nec ad ckhardtn , née dd stcum fegr

jfpolio eft\

sed renie ad/teras nervus mer que nums\

$k t'êi me doti, nec defimprimipb artes :

Mifld fed eft animo mm fove Mu/k me.

QM£ quenim me nos undd fiihmrit sb UU »

Ungtels Gorgonei qmm emd feeit eqm \

Profit, opemqmferdt eommmid [dite meri:

jûqtte ifdem fiudïts impofmffe mdmm. :

Uttors pelUtis minium fubjeëa Corallis

Ut tandem fans' effmgimqM Getss ,


LESELIGIIS D'OVIW > LIV. IV. 557

Que s'il relie encore dans mon efprit un

peu de vigueur » Je me tîendray fort glorieux

de remployer pour voftre ferviee.

Vous .ne (bauriez mcprifer l'offre d'un

Poète * • puifque vous faites des vers vous

même, & que la Poefie eft d'un grand prix

félon votre propre Jugement. SI le grand

nom de Cefar que vous portez ne vous eoft •

appelle "aux plus grandes chofes* vous pouviez-vous

élever par les Mufes au plus haut

degré de la gloire.

Mais vous aimez-mieux nous donner matière

de faire des vers , que d'en compofer

vous - même. Cependant vous ne fçauriez

renoncer entièrement à la Poëfie. Car tantoft

vous faites la guerre , & tantoft vous

faites des vers : & ce qui (eroit aux autres

une grande occupation n J eft qu'un Jeu d*©fprit

pur vous. Ainfi vous faites paraître

également que vous eftes Doue & grand Ca»

pitaine. Vous avez placé dans vôtre efprit

les Mufes avec Jupiter. •

Puis donc que cesDodes foeurs ne m'oni

point chaffé de cette fontaine qui naquit

d'un coup de pied du cheval Pegafe, qu'M

me (bit utile & avantageux d'eftre admis aux

mêmes Myfteres > & de m'accacher à la même

Etude : Que je ne fois plus fi voifin

des Coralles vêtus de fourrures , & des

Gctes inhumains. Et s'il m'eft défendu de


5j8 P."OVIDII DE.PoHt© , LlB.lV.

CldMfdque fi mifero fatrid eft , uîpondr in ull§,

Qui minm Aufinid difiePab Urbe, loto.

Unie tuaspoffim laudes akkdre recenses,

Magnaque qkam minimafdétd referre m§rl

Têngdtm fêtmm Çdleftk 9 €me SMÏlli 9

' Numirn, fro feccn péUK frecâre m*


. LE$ ELéGIES D'OVIDE ,' Liv. IV. 359 -

voir ma Patrie , que l'on me relègue aumoins

dans un pays qui foit moins éloigne

de Rome. Ainfî je pourray plutôt chanter

vos louanges , & je feray peu de temps à

publier iros grandes actions. Priez-donc

les'Dieux* mon cher Suillius t d ? accomplir

les vœux d'un homme qui eft prefque vôtre

Beauperc# ' r *


p. O V I D I I

NASONIS

DE PONTO.

EPISTOLA IX

GRIC INO.

NDE lket9mnMtdijmM.Gféém,

fàlmem

Mkîit âb Emcims bam tibi Nsf§

Vddis.

Mifdqm D&fdùmf Amm^m §amrdt M£ Mm 9

• Mkfemsfdfêes qm téiprims isUî.

tu 3 quêmâmfine m tmges CspMm CêBfttl 9

Etfidm mbépm §g§ nulle tm,

M dêmkifMbedt partes, &msftet mki

Ojkti» juff§ Imers mps ém«

îWtfmêtfsfas. Les Cèafaîs Romaini dlototf deignés

Par douze Lîëktvm qw poroicui des biches entoctilles

de Êûflottx.

LES


)6v

LES

E L E GIES

D'OVIDE,

ELEGIE IX.

A GRECINUS.

U lui témoigne fajoje de ce qu'il eft defigné Conful.

VIDE, mon cher Grecin, vous

faluë dams cette lettre, qu'il vous

a écrite comme il a pu fur les

bords du Pont-Euxin , dont il

detefte le fejour Je fouhaite qu'elle vous foit

rendue le premier jour que vous ferez revêtu

de la * dignité Confulaire. Et puifque je

n'auray pas rhonneur de vous accompagner

au Capitole, quand vous ferez déclare

Conful , je veux que ma lettre y aille en,

ma place, & qu'elle rempUife les devoirs

Tomt lX. (^


$6l P. OviOIl DE PoNTO , Lll, 1 T.

M que ego fi fatis' genitm meiuribm effem^

Et mea fincero entrer et axe rma \

Om nunc mfira manus per feriptum fungimn

" #r '

Lingua [dutandi munere fuufta tut.

Gratatufque darem cum dulcibus ofeula verbis :

4 Née minus il le mem, quant tuas , effet bomr. ,

lllâ' ( confiteor ) fie efem luce fuperbus,

Ut eaperet faftus vix domus uïïa mem.

Bumque Ut us faniii cingit tibi â turba Senatûs$

Confulis dnte pedes ire vider et Eqttes

Etquanquam cuperem femper tïbi proxintus efê,

Gauderem Uteri non ba&uiffi locum.

Née querulus, turba quarnvis eliderer, effem :

Sed foret a popuk tum m'éi dulce premL

Irofpicerem gaudens, quantm foret agminis ordê,

Denfaque quant longum tnrba teneret iter.

[ Qu§que nugis mris quant nù- v-^lgaria tangant*

Spectarem.-, qudis purpura te tegeret. ]

Signa quoqm in fellâ noffem formata curuli ;

Et totum Nttmida fculptile dentts opus.

Ât cum TMpéids effes dedueius in arees,

Dum caderet juffu viftima facra tus ;

Me quoque fecreio gratis fibi magnus agentem

judijfet j média qui fedet dde, Deus.

a T'iha (enatm* On â : t qu* Augufte fixa le nombîl

Aes Sauteurs à trois cens feion l'ancien cftat.


.Lis ELéGIES D'OVIDE > Liv. IV. fi}

d'an parfait ami. Si j'eftois venu au monde

avec une deftinée plus favorable , & que le

cours de ma vie ne fuft pas fi malheureux

qu'il eft : je vous aurois fait mon compliment

de vive voix , au lieu que je le fais pax

écrit. Je vous euflê félicité & embralfé tendrement,

vous afiurant que je prends autant

de part que vous tdéme aux honneurs qu'on

va 'vous rendre.

J'avoue que ce jour là m'euft rendu fi fier

& -fiTuperbe , que j'en ferois devenu infupportable

à tout le monde. Et tandis que le

a Sénat marcheroit en corps à vôtre cofté».

j'irois devant le Conful dans les rangs des

Chevaliers. Cependant malgré mon fouhait

d'être toujours prés de vous » j'aurais

de la joye de n'eftre pas fi proche de voftre

' pcrfbnne. Et bien loin de me plaindre d'être

incommodé de la foule , je ferois bien

aïfe d'en eftrcptelîé. Je regarderais avec

plaifir l J ordre ôc la longue file de cette

marche, «

Aurefte pour vous faire voir combien je

ferois touché des chofes plus- -vulgaires , je

m* attacherais à regarder la pourpre de vôtre

habit, les figures & tout l'ouvrage d'y voire

d« vôtre chaife Curule. Et quand on vous

mènerait au Capitole pour y facrifier des

vi&imes , le Dieu qui refide dans ce Temple

entendrait les adions de grâces que je

rendrai^ dans, mon cour. Je lui offrirais

Q. ij


}é4 P- OVIDII DE PoNTO* LlB.IT.

Jhuraque mente magu3 plena9 quam lame'jtedifem

. Ter quater, imperii htm honore tut.

Mk ego prafentes mer numerarer amkos ;

Mitia jus Urbis fi modo fat à datent*

Qttdque mibi fila capitur num mente voluptés,

Tune oculis etiam pertipjenda foret.

v

Non ita ulnibus vifum eft, &forfitan £quis :

Nam quid me pœns cauffa negata juvet ?

Mente tamen, qtu fola loto non exfulat, uttr

Pfdtextam , fafees afpiciamqut tuos.

BAC modo te populo reddentem jura videbit j

Et fe fecretis finget adejfe lotis.

Num longi reditus haftâ fupponere lujhi

Cemet, & exaëa mnéla locare fide,

Num fa cet e in medio facmdum veria 'Semtu,

PuUica. qudremem quid petat utilités.

Nkm 9pro Cafaritus, Super is décerner e grat es *

Albave opimomm loUafetite bmm.

jûque urifym, cumjamfueris pothra frecatm*

Ut mibi plaçant num'mis ira * toges!


Lis ELéGIES D'OVIDE , Lrv. IV. J£J •

plus d'encens par mes fouhaits , que l'encenfoir

n'en pourroit tenir 3 tant j'aurois de

joye de vous voir dans une charge fi honnorable,

& d'une fi grande autorité. Pour

moy j'y ferois pre-fent parmi vos autres amis,

-fi le deftin pour me contenter me rendoit

habitant de Rome , & fi je pouvoîs alors

jouir du plaifir de voir ces choks, comme je

les conçois en efprit.Mais les Dieux ne l'ont

pas voulu 3 & ce font peut-être les Dieux

les plus équitables. Car que me fervira-t 3 il

de dire que je ne mérite pas cette punition ?

J'autay néanmoins tecputs à mon efprit,

qui eft la feule chofe en moy qu'on n'a pu

bannir de Rome ; & j'auray la fatisfadion

de voir voftre robe Confulairc , & vos faifceaux.

Tantoft il verra que vous rendez la juftîce

au peuple dans voftre Tribunal , & il

s'imaginera d'avoir part à vos fecrets. Tantôt

il fera témoin que vous ordonnez exactement

la publication des Fermes du revenu

de la republique pour cinq années. Tantôt

Il écoutera les harangues éloquentes que

vous faites au Sénat pour le bien public.

Et tantoft il afliftera aux actions de grâces

& aux facrifices que Ton- fait aux Dieux

par vos ordres pour la profperité des Cefars.

Je fouhaite qu'après avoir demandé

aux Dieux les choies les plus importantes,

vous veuillez-biert • les prier d'adoucir en


jéi PtOyiDII HEPOKTO > LïB. IV.

Sêtrgai ad-banc vocm pleni pim ignis é ml \

Betque borntm 'yoto lucidm omen apex.

Mîerêd , quapdvti Iket, ne eunéta quetêmm, •

lïk quoque te fcftum Omfule iempm agam*

jtlsera latitia, me cedens cauffa priori 9

Snccejfbr tanti fréter honoris, erit*

Ndm tibi finitum finrnno, Gratine, Decmki

Imper iim, Jamfufcipit UU dit.

Quaque efi in vote pietas , alterna fmtis

-Gandia , tu fratrie faftibms s ilk tuk*

Sic tu bisfmrk Csnful , bis Conful & ille$

Inque dmno bimm confpitietwr bmor.

Quïquanquam efi ingens,& nuÏÏum MarmfMfm

Altim imperium Confule Roma yidet ;

' MultipUcdt tamen bunc gravitas auiïeris benon*

' Et mdjeftatem res. data dantis bdbet.

f admis igitttr liceat Flaaoque tibique

• Tdlibm jtugufii tempm in ernnefrui.

Ut tamena rerumxuripropierevocaèiti

Totafresor votis addite ftpa meis..


Lis ELéGIES D'OVIDE , Liv. IV. 367

mon endroit la colère du Divin Cefar : 8C

que le feu facré de l'Autel s'élevant en

haut à voftre prière , on puîffe tirer un

bon augure par la flamme claire ,qu J il

rendra.

Cependant pour ne pas eftre privé de tous

ces plaifirs, je celebteray-icy , dommt je

pourray , la fefte de voftre Confulat. je

m'attens encore à un fujet d'un autre ailegreffe

aufli grande , lorfque voftre frère

luccedera à la charge que. vous poffedez.

Car Grecinus , comme elle doit finir à vôtre

égard fur la fin du Mois de Decembre5

il en fera vevêtu au commencement de

Janvier. La tendreffe réciproque qui eft

entre vous deux , vous comblera tour à

tour y de joye y lui par voftre dignité Con*

fulaire, & vous parlafîenne, Aïnfîvons

ferez l'un & l'autre deux fois Confuls § &

vôtre maifpn fe verra deux fois hpnno ée

âè 1% même charge. Quoiqu'il n'y ait rien

de plus' élevé que le Confulat, ni qui donne

plus d'autorité parsni les Romains , la

grandeur & la Majefté de celui qui le

confère en augmente encore l'éclat & l'honneur.

% 'Pui (liez-vous donc en tout temps *

vous & vôtre frère Flaccus eftre dans L'eftime

d'Augufte.

Mais lorfque ce Prince fera debarraffé

du foin le plus important de fes affaires, je

vous conjure de joindre à vos voeux ceux

0. i«j


§18 P. Or pu M PONTO > LIB.1V.

Et > fi quem dâbit smâfinum , IdXâtirudentct\

Exeat Stjgïts ut mm navk aquis.

Erétfuit hk * Grmm, hcit m$d§ Fktcm j é* M

Eipdfmx ifinfitb duce tut a fuit.

Mie tmnit â Mjfmgentes in pdee fideli i

Mit men fifis terrait enfi Gîtât. '

Mieêdptam Tf a/min ctUri virtute recepit,

Mfêekqmfem fmgmm Bdnubium.

§méLU hcifdciem , Scjtbicique mcsmmêda utt\

Et qudm viclno terredrbofie » rogd.

tàutm Ut A • tenues ferpemis ftïïefdgttu :•

liât du humanum yiftimd Aitd cdput.

Mentidî, dn criât durâtus frigêre p§nîm j

Et temdt glddes Jugera multd freti.

MM nbimttdYit, qtt&fit meafama, requin ;

Qu§que modo perdgam tempéra dura, rtgâ.

JSecfumus bîc odio 3 necfeilicet ejfe meremur :

Nec eum lêrtuni mens quoqm verfd mu efi.

lia quies dnimo 3 quam tu Undâtefilebm *

Me vêtus filitoperftdt- in ore pudêr.

a Myfm gentes. L'ancienne Mille où Mâfie, €omprenoit

en Europe la baffe Hongrie & quelques auties

pays yoifin« comme la Bofnic fc-la Scmc


LES ELEGIES,D J OTIDE , Liv. IV. $£9

que je fais pour mes intérêts : Et fi vous

voyez que le vent foit bon, tournez la voile

de ce côté là > afin que mon vaiflTeau le

tire du gouffre profond où il eft abifraé.

Voftre frère a déjà commandé en ces quartiers

aux peuples féroces du Danube. Il a

maintenu en paix les a Myfiens. Il a porté

la terreur parmi les Getes, malgré la confiance

qu'ils ont à eftre invincibles à tirer

de Tare. Il a reconquis Trezene qui avoîç

déjà efté prife, & il a teint le _ Danube du

fang des Barbares. Demandez-lui combien

la Scythie eft affreufe & infiiportable :

Combien je fuis expofé aux irruptions formidables

de nos voifins les plus cruels ennemis

du monde -, s'il n J eft pas vray que

leurs 'flèches font frottées du fang de ferpens

, ' s'ils n'ont pas l'inhumanité d'immoler

des hommes pour vidîmes , & fi

la violence du froid n'y glace pas les eaux

de la mer dans une grande étendue de

païs. . " ' \ '

Quand vous ferez informé de toutes ces

chofes 5 demandez encore s'il vous plaift

, dans quelle repuiation j'y fuis , & comment

j'y parte mon trifte exil. Je n'y fuis odieux •

à perfonne , & je ne mérite pas de J'eftre.

Mon efprit n'a point changé avec ma fortune.

J'ay toujours cette tranqullité d'aine

que vous avez tant louées autrefois ; & mon

vifage conferve encore cette air bonnette


:j7o P* OVIBII m POT^TO 3 Lu. IV.

' [ Sic eg§ fum linge, fu bic, téi bdtbdïm befiU, ]

Ut fera plus valesnt kgibm dm£>fdcit%

Re qntdt m Mtdlâ t§t jsm % Gratine, pet nms

mmmd de ndis vkvepuerve querL

Mu fdût, ut mifmfdvednti ddftntque Imitât

MM qnmàmn, teins teftijkondd mibi eft.

Mi me9 quid velle vident, difiedm malunt :

Mêfpeëu mpimtt hk tomen efe fia.

Me mU mdideris : exjhm décret M9 quièm nm

y Lduddt, & immunes publies cerd fack.

1 Csmêmms miferis bac qmnqudm gkrid mm efi*

Itêxims dam mbu êppida mmm idem*

Me put m igmts mtd eft : vida bofpitd têtus

• M mfttd facrmn Cdfaris efe dmmm

Stdntpdriter nâtufqMê pins » mnjmcqm fiteerde

NMmimjdmfdilvMm Uvwtâ M

Mot défit pm utd dmnûs :ftdt mer que mpetmi

Ek épid Uteri ptêximus 3 ite pdtris. ^ -

- Mke^êdêtmes cum tbme pmdnt'mverbâ,


Lis ELéGIES D'OVIDE * Liv. IV. • 571

& modefte que vous m'avez veu. Voila de

quelle manière je vis Icy loin de Rome,

c'eft ainfi que" je. vis en Scythie 5 où les peuples

inhumains font céder l'équité des lois

à la puiffance des armes. Cependant mon

•her Grecinus , quoique j'aye demeuré ici

Plufieurs années , il n'y a perfonne qui

puïflè fe plaindre de moy. Delà vient que

ceux de Tomes font touchez de ma miferej

& ils pourroient témoigner ce que je viens

de vous dire. Comme ils voyent que je délire

d'être rappelle à Rome , ils le fouhaiteroient

pafuonnement. Néanmoins à leijr

égard ils voudroient m'avçir toujours dans

leur Ville. Mais, Grecinus , pourriez-vous

bien croire que par un décret public je fuis

authenciquemenc loué , & mène déclaré

exempt de toutes contributions. Quoiqu'il

ne foit pas bien feant à un miferable comme

moy de fe glorifier 3 je ne laifïeray de vous

dire que les villes voifines m'accordent aufli

de femblables privilèges.

Aurefte* on connoîc icy ma pieté, car ct%

pais voit dans ma roaifon un Autel dreflé

à l'honneur de Cefar. Tibère & Livie y font

rêverez comme les Divïnitéz les plus confiderabies

depuis qu'Augufte eft fait Dieu. .

. Mai.s afin qu'il ne manque aucun de la

famille Impériale 3 j'ay aufli dans ma rnaîfon

les'ftatuës des petits fils. L'un eft à cofté

de fa grand'mesc , & l'autre prés de fou


J71 V. Ovxwi DE POHTO , Lu. IV.

Eêo qmties furgit âb wbe dies.

Tota, Iket qmrm , AM me mnfingere dket ,

Officii tefik Pmtka terra met.

Pmtka me teUm, quantis ba$ pêfumm §râ,

Ndtalem ludù fût telebrau Del

Mec minus befpuibus fie tas eft cêgnita tdlis,

Mifit in bmfiqms Imga Prêpmtis aqum,

• ls qmqne , qm Umsfueratfub Ptéfide P#»W>

Audieritfrater firfitan ifia tuas,

fêttumeftimpar dnirm, talique liknter

Exigtuu carpe munere pauper opes.

Mec veftriê damas b&c ®mlh, precul Urbe rem

Çêntmti tacitâ fed pietate fumas»

Et tamen hdC tangent aUquandê Cdfaris mm»

Nil iïïum, M* qmdfit m mbe , latit.

Tu cmefiu fac, Superis adfeite, ride/que, •

Cdfar j ut eft uulis fubdita terra mit.


LES EUEGIIS D'OVIDE , Liv. IV. 575

grand père. Je leur offre tous les jours au

lever du Soleil mes prières & de l'encens.

Toute la Province pourroit rendre té*

moignage , fi vous vous en informiez , que

je ne ments pas en cela , & que je m'acquitte

exactement de mon devoir. Elle pourroit

dire encore que je célèbre le jour de la

naiflance du Divin Cefar par des jeux anffi.

pompeux qu'il m J eft pofEble de faire. Et

même les étrangers qui abordent icy fur nos.

coftes par la Propontide , connoilfent la

fainte affedion que j'ay pour noftre Eny.

pereur. Je diray' auffî que voftre frère qui a

commandé fur la rive gauche du Pont-Eu-

.xin peut en avoir entendu parler.

Le prefent eftat de ma fortune n J égalé

pas ma tendtefle. Cependant malgré ma

pauvreté , je fais de bon coeur ma, petite

offrande. Comme je fuis éloigné de Rome

"y cela ne paroift point à vos" y eu x,, de-

- forte qu'il faut me contenter de témoigner

enTecret mon affedïon. J'efpere pourtant

que Cefar fçaura quelque jour ces chofcs>

lui qui fçait tout ce qui fe pafle r dans toute

l'étendue du monde. Vous ne pouvez

pas non plus les ignorer , Divin- Augufte >

vous qui maintenant eftes élevé au rang

des "Divinitez celelies : & même vous les

voyez , puifque vous avez la terre fous

vos yeux. Comme vous brillez au Ciel


^74 P. OVIDII DEPONTO,LIB. IV,

Tu wfttM audis inter csnvtxa kcatus

Sidéra sfolUdîo qno$ damas me 3 puces,

TtrvemdM iftuc & idrmimfmfitdn ilk -s

QM£ de te mificd'm faSd nsv®.

Âugmw bis igiturfteéU tua numina ; me m

Mmerm mmenmite Farentis baks.


Xts ELéGIES B'OVIDE* LIV.IV. 375"

parmi les aftres , vous entendez les prières

que je fais avec ardeur. Et peut-eftre fçau- '

rez-vous que ?ay eavoyé des vers à Rome

pour célébrer la folemnité de vôtre nouvelle

Apocheofe. J'augure donc que ces cEofes

leciiiront voflxe Divinité , car ce "n'eft pas

fans fujet que la Patrie fe loue de vôtre douceur

paternelle.


376

P. O V I D II

NASONIS.

DE PONTO,

EP1STOLA X

ALBINO VANO.

IC fwiAi Cimmêfiê bis tertU mtur

dftds

Litton ftllitos inter âgmii®toi.

l£ juos tufilices, eequoi, idrijfime, ferrum

DHYÏt'ui confers, AlbinovdM , w* ?

Gnff4 wv** /4/wfe» ;. confumimt dtmlm *fi)

Et teritur prefsâ vemer aiuncus bwmo»

Temfus eddx igitm, fret a nos, omnidptrdtt.


m

«•»*»«•»«» fa twf»»f»f»f»e«f» ~

LES

ELEGIES

D' O V I D E.

ELEGIE X.

A ALBINOVANUS.

Qu'Wifc dans fis wsjagês m fiuffrit peint 4$

trafmx imparables aux rigueurs de fin exil.

O icY le fixiéme Eté que

je pafle fur les bords du

Pont-Euxin parmi les Getes

vêtus de peaux. Quels rochers

, & même quel fer

pourriez-vous , mon cher

Albinovanus , comparer aux duretez de ma

vie ? Une goûte d J eau creufe la pierre ; une

bague s J ufe au doigt, auffî-bien que la charrue

au labourage des champs. Le temps

1


37.8 ' P. OVISII DE PONTO y LïB. IV.

CeJJat duritid mors qugque vida mea.

Exemplum eji animi minium patientis Uljffts,

Jdftdtus dubkper du® luftrd mari,-

Tempéra folliciti fed wm tamew omnid fdti

Pertulit\ & pldùdd ftpe fuhe mor*.

jf® grave Jex annis pulcrdmfoyiffe â Cdlypfi9

Mqmre&qm fuit concubuiffe Dea?

Mxcipit b Hippotddes j qui ddt pro mmm yentu,

Cmvet ut tmpulfis utihs dur-afinus.

Nec bene cantantes la far efi audiffe puelUs j

Nec degufidnti lotos dm dt a fuit.

Mes ego, qui patrkfdciam oblivid sfuccos

Parte mt£ vit* ,fi msdo dentur, entant,

'Nec tu contuleris nrbem Ltftrygonis unquam

'Gentibm » obliqua qum obii ïfter aquï.

Nec vimet fizvum Cjclops feritatt Pbjêcen \

Qui quota terrons pars filet effe mi !

ScjlUferis trunco qmd latrat ab inguim mmpk

Eenmbs nd-utis plus nocuere fdtes.

'Nec potes infeflis conferre Cbarjbdin Achat \

a Cslypfi. Cette Neieïde cftoit fille àc Thctis*

de rOcéan. ' . ci

b Hippotddes. Eole le Dieu ,


Ëis ELEGHS D'OVIDE, LIV. IV. 'jyf

qui confume toutes chofes, n'épargnera donc

que moy ftul ? La mort même ne m'attaque

point vaincue par ma mifere. t

\J\itte que l'on peut propofer pour un modèle

de louffrance 3 Fut agité pendant dix

années fur une mer perilleufe. Mais fou

rigoureux deftîn ne le perfecuta pas toujours

, car il eut des intervalles de repos*

Euft-il beaucoup à fouffrir de faire hmour

durant fix années a la belle a Calipfe Nymphe

de la Mer , & de palîer les nuits

avec elle ? b Eole ne fe contentant pas de le

recevoir dans fon Palais 5 lui donna encore

des vents pour pouffer heureufement fon

vaifleau. Eft-il tort fâcheux d'entendre l'agreable

chant des Sirenes3 & de manger du'

Lotos qui eft très délicieux au gouft ? Que

l'on me donne de ce fruit qui fait'oublier fa

Patrie^ & j'en acheteray au prix d'une partie

de mes années.

Ne comparez pas les Leftrigons aux

Nations voifînes du Danube. Le Cyclope _

Polipheme ne furpaffera point en férocité

l'inhumain Philace Roy des Scythes qui

me donne tous les jours mille frayeurs. La

monftraeufe Scylla qui a fous le ventre des

chiens aboyans fans ceffe y eft moins funefte

aux gens de mer que les yaifleaux des Heniochiens.

Il n'y a nulle comparaifon de la

funefte Caribde aux brigandages de Achées,

quoique ce gouffre profond abforbe trois


}8o P.- OVIDSI DE PONTÔ , LlB. IV.

Ter licet epotum ter vomat illd frétant.

Qui quanqudtn dextrd reghne ikmfms errant j

Secmum lotus hoc mn tdmen ejfefinum.

Sic dgri infrondes » hîefpkuld tinâa venenis:

Hîr fréta vel perditi pervid reddit bjems.

Ut y qnd remus iterpulfis msdofeeerat undis,

Skcus c&ntemtd nave viator eat.

Qui veniunt ijïinc, vix vos ea credere dicunî.

Quam mifir eft, quïfert -afperiorafide !

-Crede tdmen : me te cauffks ne/cire finemus,

Horridd Sdrmaticum eut mare dm et hyems.

ftoxirna funt nobïs plauftn prabentia formant *

Et qua pracipuum filera frïgus babent.

Mineoritur Moréas 3 orsque domeftkus buk eft\

Mtfumit vires a propiore loco.

Ât No tus, adverfi tepidum quifpirai ab axe »

Eft procul j & rarus languidiorque venit.

Mde quoi hic claufi mifientur ftumina Fonts f

Vimque fretum multo perdit ab mmt Jkam.


Lis 'ELéGIES D'OVIDE , Liv. IV. 3S1

fois les eaux de la mer, & qu'elle les revosniiïc

"autant de fois. Il eft vray que cette

Nation fait plus librement des courfes fur

la rive droite du Pont-Euxin, mais elle ne

laifle pas d'en faire fur l'autre bord.

Je fuis relégué dans un païs où la Campagne

eft fans feuilles ;•'les dards qu'on y

lance font empoifonnez , & l'on marche fur

la mer dans la faifon des gelées. Ainfi le

chemin qu'on ne pouvoir faire dans un autre

temps qu'à grands coups de rames contre

les ondes 5 fe fait à pied fec par les voyageurs

fans fe foncier N devaifleau. Ceux qui

vont d J icy à Rome , difent que vous avez

de la peine à croire ces chofes. Helas qu'on

eft mal-heureux de fouffrir des maux incroyables

! Vous y devez néanmoins ajouter

foy | & je veux bien vous apprendre

ce qui fait que cette Mer eft glacée pendant

l'hiver.

Nous fommes fous la conftellation du

Chariot qui caufe le plus grand froid. Le

vent de Nord qui fe levé icy , & qui règne

continuellement en ces quartiers , prend

toutes fes forces des lieux voifins. Au contraire

le vent de midi qui vient d'un pôle

oppofé avec fon haleine tiède, arrive de loin

& fort rarement, & ne pouvant prefque pas

fouffler. Ajoutez que cette mer qui eft de

tous cotez fermée de terres , eft affoiblie par

les Rivières qui déchargent leurs "eaux^dans


^8jL F. OviDIl DE P0KTO»LlB.IVf

Hue Ljcm , huc.Sdgaris, Feniufque Ejpâmfqmr

' CïMifque

lnfiuït, & crebro imtkt tmm Haljs :

Fartbeniu/que rapax , & volvensfaxa Cjufît

Labïtm j d* nulle tardior amm Tjm, •

If fir> fœminea Thermodon cognke tmm,

Et quondam Grajis Pbafi petite' mis*

Cumqm Bprjjlbenio Uqmdijfmus amm Djuffth

Et tacite peragens km Melantbus ker.

Quique durn terras, Afiam Cadmïque firerem

• Réparât, & curfits inter utramque faàt.

Jnnumerique alii, quos inter maximm émues-'

Cedere Dambiusfe t\by , Nik, negau

Copia tût latkum>quas auget, adultérât une**

Nec patkur vires £qmt habere fum.

Quin etiamftagne fimilis pigraque paluii

Caruleus vix ejî , dilukurque color.

Innatat unda frets dukis , levierque marna $\

Oud pr&prium mift§ de [de pêndm habit.

Si roget bu aliquis, eut fmt narrât a fdmh

Quidve bqui certis juverit ifta m&dis f

Betimij dkam, tempm, cura/que fe/ellk

liuncfruftwn prafens âttulk bord mai.

MfiiimusfilkQ, durnfcrièimusifta, d$l$ri:


LES ÉLéGIES D'OVIDE , Liv. ÏV. }8j

"on (ein. Le Lyque , le Sagaris, le Bénie,

[ J Hipanis , & le (erpentant Halis , le rapide

Patthenîe, le Synape qui roule des Rochers,

& le Tynas qui n'eft pas le plus lent fleuve

du monde, ont leurs embouchures dans cet*- -

ce mer. Joignez-y le Thermodon fi connu

des Amazones § le Phafe ou les Argaunotes

abordèrent autrefois ; le Borifthene , le

Dyrapfe, le Melanthe qui coule doucement ;

LeTanaïs qui fepare l'Europe d'avec l'A fie,

& qui pallè entre ces deux régions. Mille

autres fleuves y tombent au (fi, dont le Danube

eft le plus grand , car il ne cedetoit

pas au Nil.

^Toutes ces Rivières corrompent les eaux

de la Mer qu'elles augmentent , & ne lui

permettent pas de garder fes propres forces.

Elle eft même comme un étang , & comme

les.eaux çroupiflantes d'un Marais ; deforte

qu'eftant fi mêlée , à peine confervê

t'elle la couleur de vert de Mer. L'eau douce

qui eft plus légère que la fienne fumage

par defllis °y & celle-cy eft pefante à caufe

du fel qui eft mêlé avec elle.

Que fi quelqu'un veut fçavoir pourquoy

je fais ce récit à Pedo Albinovanus , & à

quel deflein je l'écris en vers, je lui en dirai

la raifon, c'eft pour m'amufer quelque tems,

& pour dilfiper mes chagrins. L'avantage

que j'en tire prefentemenr, eft qu'en écrivant


384 P- OVIDII DE POHTO > LïB. IV.

Inmeàisme nos fenfimus effe Getù.

Jt tu, non dubm, cum carminé Thefea laudes,

Mater'm tituks quin tuean tu& 5

Quemque refers, imittr* Wfflw. W*f illeprofeSê

. Tranquilli comitem temporis effe fidem.

Qui quanquumeftfaélis ingens, & conditur ht

Vir tanto , quanto dêbuit ore cani 5

Efttdmen ex Mo nobis imiîdbile quiddam,

Mqmfide The feus quûïbet effe pottft.

Non tïbi fmt hsftes ferro ddyàque domanii,

• Fer qms vix ulli pervius ïfihmos 'état :

tidprRendus amor, res non operofa jolentl

' Quis labor efifuram non temeroffe fidem ?

Eê£ tibi, qui perjfm indeclinams mho>

Non tftquod ïmguê diUd qumnte putes.

Ht»

bannis


Lis ELEGXSS D S OVTDE , Liv. IV. J8J

cecy je bannis mes triftes penfées ; & Je ne

m'apperçois pas que je fois parmi les Getes.

Mais vous Albinovanus , qui faites un

Poème à' l'honneur de Thefée , vous faites

fans doute briller en vous même ce qui

doit orner voftre matière , & Vous imitez les

vertus du Héros que vous noui reprefentez.

Il veut que l'on n'abandonne point un ami

' durant les perfecutions de la fortune. Quoique

Thefée fuft un grand homme par fes

allions , vous en donnez dans vos vers

une idée çncore plus grande. Il eft pourtant

digne d'eftre propofé comme un très fideile

aiçû.

Je ne vous demande pas, mon cher Albinovanus

, que vous tetraffiez à coups d'épee

& de mafluë ces fiers ennemis qui rendolent

l'Ifthtne de Corinthe inmeceflibie. Je

veux feulement des marques de vôtre amitié,

que vous pouvez aifement m'accorder fi

vous en avez le défît. Quelle peine a t'on

de ne pas violer la foy que l'on a promtfe ?

Ne croyez-pas que je parle ainfî à deflein

de me plaindre de vous , puifque vous me

donnez piufîeurs marques d'une confiante

amitié.

Tm$ IX*


;86

P. O V ID I I

NASONIS.

DE PONTO.

EPISTOLA XI.

«GAiLIONL

AL HO» crimn trit rix txmfi-

Hk wdk9

'Câtmme m mmm nm hdn^e

JWf.

m qmqut -tfàn ( memmi ) mkfti €MfpMifâëé

Fêvifti Idcrjmh minera mfttd mis.

Atque minsm , tdpti jaSuri UJks dvmi,

Smfifes ultré, qmd quatre, nibil !

mn itd Dis pldtuit, qui ttfptluert pttdki


î*7

LE S

E LE G I ES

D' O V I D E.

— ••• • i m ii i» • - • '• • i • mm

ELEGIE .XL

A GALLIOK

%ifil riêfe entreprendre de le cmfoler fm.U

mm de fa femme.

E ne fuis pas excufabie, mon

cher Gallion , de n'avoir jamais

parlé de vous dans mes

Pocfîes , car il me fouvient

qu'après ma difgrace , vous

vîntes m'arxofer de vos larmes dans l'accablement

de ma douleur. Plcuft aux Dieux

que vous n'enfliez a plaindre que la perte

d'un ami ! Mais ils ne l'ont pas voulu, eux

^ui ont eu la cruauté de vous, ofter voftre

il ij


}88 P. OVIOII DE PONTO , Lu. IV*.

Numia mm luSûs mihi nuper ipifiêU renie :

LtBaque mm lacrjmk fune tua damna mis*

Sed mqm prudentem foUri fiultmr mfim,

VetbaquidêUmum mtd referre tiH:

- Wmimmque tuum » fi nm mime , d$krem

Ipsâjdm pridm fufpmr ejfe mri.

Dum îUd pur mit, dum littêfd mfifd recurrms

Têtmdrid de terras permidt, annusibit.

Temporb êfficmm filatid. dhere mû ifi :

Dum doîor in ctrrfu ifi, dum paii âge* §pem

Ât mm Imgd dksfeddfk ruinera mentis j

Intempefthè qui foret iBa, mrdL

Mdeqmd- ( dtque utinam rerum t'M remit

emen! )

Çenjuffo filix jam pom efe n$r§m


Lis ELéGIES D'OVIDE * LIT. IV. 389

femme , qui eftoit un exemple de pudicité.

J'en appris dernièrement la trifte nouvelle

par une lettre que je ne pus lire fans Yerfer

des larmes.

Pour moy qui connoîs voftre fageffe, je

n'aurày pas la folie d J ofer feulement, "vous

en confoler, ni de vous citer fur ce fujet ce

que j'ay lu autrefois dans les Auteurs. Si

voftre douleur n'eft pbint finie par les voyes

de la raifoii, le temps l J a fans doute farmontée.

Une année entieréfe palïe , avant "

que les lettres que vous m'écrivez ayent

pafle tant de mers & tant de pays qui nous

feparent. Il y a un temps limité pour ks

devoirs officieux à confoler les amis 1 c'eft

pendant le cours de la douleur , lorfqu'un

cfprit affligé demande à eftre fecouru. Mais

après qu'un temps çonfiderable a d?ffipé

les'douleurs de Pâme c'eft mal à propos

qu'on les renouvelle , fi l'on en rappelle le

louvenir. Ajoutez que vous pouvez vous

eftre remarié heureufement 5 ce que je voudrais

avec paffiqu.

ftAP

R iij


}9°

p. GVIDII

NASONIS

DE PONTO.

EPISTOLA XII.

TU TIC A NO.

UO f»i««J in noftris ftiimk*

• smke, iêdlm »

mmink efficism condkiom'tm*

Aft ego non dlittm frius hoc iignâ

ter honore:

» Efldliquk mflrum fi modo carmen konoï.

Lex pedis officio mturâqm mminis obftant :

• Quaque mm ddeas, eji via nuUa , tmdos.

Mampudeî m géminés kd mmmfindete ver/m,

a tixpidis sffitiê.On trouve étrange qu'Ovide écrivant

à Tuticanus, lui mande que fon aom cft cauie

qu'il n f â fait aucune mention de loy dans Ces Pcëfirs,

comme (î on étoic obligé d'obfeivef exaAcxnenc les

longues & les bicvcs dans ua nom psopse.'


59»

wwmiwww» m w» «*tww c#o t»

LES

ELEGIES

D'OVI D E.

ELEGIE XII.

A T U-T ICANUS,

âpres lujdfok-dit la caufe pourqùoj il ne met pm

fin mm dms /es vers , tl parle de

leur étroite amitié.

^OSTRE nom cft fait d'une ma-

! ni ère , mon cher ami, que je ne

: fçaurois le mettre dans mes vers.

w-r-T.*-. Cependant il n'y a point d'homme

que j'aimade mieux honnorer que vous»

s'il eft vray. que mes Poëfies puiffent faite

quelque honneur. Mais la a loy-quieftimpofée

à la mefure des vers f & la conftruction

de vôtre nom m'empêchent de m J acquitter

de mon devoir* & de vous nomme*

R • iiij '


l %\f V. ÔY1BII Dt'PoUTOj LlB.IV.

• : Bejinat fit frm ht, imipidtque mîmr :

Mi fiidedt 9fit$3 qmfjïïdd pdf te mêfâtur ,

. . jtfëim dfpeDem , Tutkanmque vocem.

' Met fêtes in verjum Tttfmm more vmire j

, SUr ut è hngdfjttdbd frima kevis.

, mtpêiutdtm, que mue mreptim exit *

Et fit pmeëâ hwgd ficmdd mord. .

" Bis ego fi vitiis dufim cormmfere mwm,

Mjdidr, & merito fectm hdkte neger*

Md€ mibi cduffdfuit éildtt mumrk hMJm 9

Quoi meus ddySo fmmre reddet agerm

•Jtqut tdmmqudmwpii notdit'êi Cdtmind miîtdm,

F me mibi pueto cognite pme ptterm

Ferque têt annomm feriem, quot hdbemms nmqw

Non mibijqudm fitdtriffdteï^ mnate mkm.

Tu bmmhwtdtw* mduxqm tomefque fiufti,

- Cum regerem tmetd ftmd noveBd manu*

' Sdpe ego correxifub te cmfire iièeim;

Sept tihi ddmmim fdëd litma me§ efi •

Dlgndm Mdomk BbddcMd mndete^ tbdttm

€um te FïërMer petdomin tm. '


, lfE$ ELéGIES B J OVIDI, LIT. IV. 5,93

dans mes Foëfîes, J J ai honte en effet d'eftropier

voftre nom , .& d'être obligé de mettre

Tu$i à la fin d'un vers Exametre,& Cmm zu

commencement d'un Pentamètre', il me ftroit

même .honteux de faire longue la Syllable

qui eft brève 9 & de dire Tkthàms»

vôtre nom. 7 mie anus ne peut être en vers

comme je le marque » reprefentant brève

la première fyilable qui doit eftre longue ?

©u faifant longue • bc féconde qui eft

brève*

Si fe gâtois voftre nom par cette incongruité

3 onfe mocqieroit de moy, & je pat

ferois pour mal habile homme. Voila le far

jet véritable qui m'a*fait différer jufipi'icy

a parler de-vous dans, mes vers , mais je

payeray-ce retardement avec ofure. Ainfî je

ier?y mention de vous dans mes Poëfies > de

quelque manière que ce (bit » puifque nous

nous counoiffons depuis nôtre enfance T &

que Je vous ai toujours autant aimé que fi

•ous eftiez mon frère. Vousm*avez donné

de bons confeils °% vous avez efté mon Conducteur

Se mon compagnons pendant que je

me fuis gouverne dams ma- jcumeflc. Sou*

vent j J ay fournis à vôtre critique la correction

de mes vers , &C fouvent voua avez fait

des ratures félon les- avis que je vous donnois»

Yôtre Pheacide eft un Poème qui ne

ferait pas indigne -dHomercv x .


j94 P- OVIDII M PONTO , LlB. IV.

flic ténor, btcvmdi concordia cœpta jurtnta

Venit ad attentes illabefafta cornai.

QUA nifi te moveant, duro t'tbi peûoraferr*

Effè, vel induclo claufa clamante fut m.

Sedprius huit defmt & beUum &frigora terra,

Invifm nobisqtuduo Petit» babet;

Et tepidm Bore*, &fuprafrigidiu Aufter, "

Et pojftt fatum moïïius efe meum ;

Çuan tua fiait lapfi punit* durafodaB.

Hic cumulus nofiris abfit,abefique , malu.'

Tu m»do fer Super os, quorum certijfmuts itte ejl,

Quo tuùsajfutue Principe crevit bomry

Effice, confiant* profugum pietate tuendo ,

Xe/peratameam déférât aura ratem.

Qmd mandm, quarit îpmam, nifi dttere rix eft.

Simodo, quiperàt, itteperirepteft.

Ifcf quid agam intenta, nec quid mlimve velimyr.

MfoùitilitateftmMMtamèk


Lit EUêOIis B'QVIJ» , Liv.. IV, " %91

Cette union a toujours demeuré inviolablement

depuis nôtre enfance jufqùifc

l J âge des cheveux gris. Si TOUS n'étiez

touché de ces chofes , je croirois que vôtre

ceeor feroit- auffi dur-que le 1er de le

Diamant. Mais pluftôt nous verrons icy

cefferJe froid 8c 4a guerre qui 'régnent

également dans la deteftable Province de

Pont : pluftôt l'Aquilon fera chaud, & le

vent de -midi firoit ; & pluftôt ma deilinée

ne me traïttera plus fi cruellement* que je

puiflè vous foupçonner de dureté envers votre

ancien ami qui eft tombé dans la difgrace.

Que ce furcroît de mattieurs ne puiffe

jamais. m'arri ver •

Cependant comme vous ave* beaucoup

de crédit.. auprès des Dieux , dent celui.

en qui vous vous coniez le plus vous comble

tous les Jours d'honneur , faites je

vous prie que dans mon exil je reçoive'des

témoignages de vos bontez ordinaires y de

peur que le bon vent que j'attens ^abandonne

mon vaïffeau. ' Me demandez vous

ce-que je fbuhaïtte , je puiffe périr fi je

n'ay de la peine à vous le dire , . s'il eft

vray qu'un homme qui eft déjà péri, puiC- '

fe encore périr une autrefois : je ne fçay

ce que je dois faire , ni ce que je veux Se

ne veux pas. ' }e ne fçay non plus ce qui

d'eu utile. Il eft' très certain que la pie-


Cr«fc mi Aï § fw/Jrw prudêntiâ prima ttlinqmti

Et fmfm mm re tmfilimnque fugit.

iffepmir qmtm> fnnj&n tàtpMU jmmdm*

,:


LES ELéGIES D*OVîBI » LIT.-IV. J97

mîere démarche des malheureux eft d'agir

contre la prudence , & qu'un homme cm

perdant fon bien commence à manquer

de fens & de ' conduite. Voyez-vous même

• y Je yous en conjure , en quoy J J ay

befoin de voftre fecours , & par quelle

voye feure vous pouvez concourir à mes

Yoeux.


M*

«M-tt» M» «£»{*» HW-O-€8» «•» t*9 **» »HM

P.OVIDII

NASONIS.

DE PONTO.

EPISTOLA XIII

CARO.

Afi&; m?» dtfw mm.wemM'

défiât les 9

Qui, quoi es 9 idreri,cn

VêMris ; 'me.

Unie fâlutetls , c§kf bit t'ai pfêtimmdêX,

M pM&mtâ met mmims effe pteft.

Mm qui* mirijiid efi, fid qmi m félkd an*'>


LES

ELEGIES

D'OVIDE

E L E G I E XIV.

~ . A CÀRUS.

Qu'il d fdt des fers -m Langue Getiqm ,

d tbmtmtr iÂugufte.

ILLQSTRE Caras , je vous

faluë , vous qui-méritez de tenir

rang parmi les amisfidelles,

& qui portez, dignement

-voftre nom. La couleur de

l'envelope de ma lettre , & la conftruâiofide

mes vers vous feront d J abord connoître

dequel pays vous' vient ce falut. Mais bien

loin que naa Poëfie attire l'admiration »

«Ee eft même indigne de voir le jour*


ftqo P. OVXDXI DE POKTO , LlB. IV.

Qudlis enim cunque efl , non latet effe miàm*

Ipfequoqm ut chant t'mdtm de fironre reniât)

Quedfit opus, videor dkere pqfe, mum.

Quamlibet in multis pofitus nofcêre libelïts'i

Perque obfervm innmêre notai.

Trouent duHorem vires, ~quds Henuledignm

mvinws, dtqueiUi , quem cmis , efépates,

Mt Mea^ nmfa potefipwpvio dep^enfd mkte

Infignis vitiis. firfitdn effe fuis.

Ton mdld Thëtfitenprohibeêdt formd Idtetr,

Qulm paiera « Nirew con/piciendut euL

Wec te mirdïi, fi fini vitïofa, decebït

Cdrmiwd, §M£ fdc'umpmepeëtd Gens,

Mpudet ! & Getko firipfi/irmone libellants.

StmUâqm fmtmfltis barbâtd verba moés.

Mtpïdmi (gratare rnibf, ) cœpiqut pmtd

Inm inbumanos mmen hdbtn Gif m»

Mdteridm quarts t laudes -4M €âfdre-ém»

jfdptd -tft mvitds- mmme- noftra Dek

Mam paris âugufii demi mettde fuiffe •

Corpm m Atbmm mmen. dbîffe. iomûs:

Mffepmm vntuupdtri, quifism maSm

Sape reeuftn êepem imperik

. a Myr»Mi. Homère dit Nkéc eftoic leflus b»« **

-dc€& qui f-kicni an fiege de Tro^-e»


Quoiqu'il en foit néanmoins jem'en déclare

l'Auteur.

* Pour vous, fi vous fupprimiez vôtre nom

h. vos écrits, je jugerais, ce me femble * que

vous auriez fait ces ouvrages. Compofez

des livres tant qu'il vous plaira , j'ay obfervc

fi bien -yoftre ftyle , que je le difcerneray

toujours. La force de vôtre ouvrage découvre

aifément l'Auteur, je le trouve digne

d'Heroile, & comparable à ce Héros que

vous chantez. Ma Mufe fe" peut manifeftcr

par fa manière d'écrire qui n'eft remarquable

que'par les- défauts. Ceftainfi que la lai-

' deur de Tèrfide eftoit auffi mal-aifée à cacher

que la beauté de a Nirée,

Mais Carus,il ne faut pas vous étonner que

mes vers foient defeâueux, puifque je luis

ptefque devenu Scythe,& qu'il entre dans ma

Pocue plufieurs façons de parler Barbares.

Auffi devez vous me féliciter de ce que je

pafle pour bon Poète parmi des peuples féroces.

Voulez-vous fçavoir le fujet de mes

vers. Je fais l'éloge de Ccfar ; & dans cette

nouveauté d'ouvrage, je me fuis fcnti fècouru

par la puiffance de ce Dieu. J'ay dit

dans mon Poème qu'Augufte après s'être

dépouillé de fon corps mortel , eft monté

dans la maifon celefte ; que fon fils imite

fes vertus, qu'il a fallu le contraindre par

de fréquentes follicitations à prendre les

refnes. de l'Empire ' » ne voulant pas l*ac-


4 o i • P . O V I D I I m . P O H T O , L I B . I V .

Mfe pndkdtum te Veftm % Livid, matrum,

Âwàiguum ndto dignkr » aune vire..

: Effè dms juvenesfirntd dd'jnmentd Parentis,

• Qui dedermt amm pigmrd certd fm.

MdC ubi nm pdttii perlegi firiptd Câwtmm,

. Venit & dd digitês ultims thartd nues i

Et Cdfut & plmrn emnes movêre phdttttm »

Mtlmgum Getico murmur in enfuit.

Mqtte dtiquis^ Scribm hdc mm de Cifare 5 dixit,

Cdfdtis hnperio reMmendm mm.

.Ée quidim dixii, fed me jmn, Cme, mvdli

Sexea reUgâtum bruma fub dxe videt.

Cdrmim ml pro/knt.nocueruut carmin* qurniam

Primoque tam mifèr* Cduffk fuitefugd.

M tuperftudii cemmunia fœdetd facri,

Fer mn vile t'êi mmen dmkit'm j •

Sk cafte Ldtiis Germankus bêfie utenis,


LïS Suéifes D J OVXBE , Lnr. IY. 4^

eepter. Pour TOUS AugufteLivie, Je vous

ay donne le nom de Vefta parmi les fem- .

mes mariées, & je croy qu'il eft douter

fi vous eftes plus illuftre pour eftre mère de

Tibère, ou pour eftre femme de Cefar. J'ay

encore dit qu J il y a deux Princes qui feront

d'un giând feceurs à leur père , & qu'ils

ont déjà donné des marques- certaines de

leur courage. •

Apres que j'eus recité ces vers en Langue

étrangères & que la leâure en fut achevée

, tous les Getes qui m'écoutoient branlèrent

la tefte & leurs Carquois pleins de

flèches. Alors il s'éleva parmi eux un long

murmure, & quelqu'un dit là-deflîis : ce

que vous avez écrit de Cefar, devroit bien

porter ce Prince à vous rétablir en voftre

pais. Ce Scythe parla bien de la forte : Cependant

, Illuftre Carus / voky le fixiéme

hiver qui me voit banni fous le pôle Ardlue.

Les vers ne me fervent donc de rien*

3

s m'ont autrefois efté nuifibles , & je les

regarde comme l'origine de mon déplorable

exil.

Je ^ vous conjure néanmoins par noftre

commune inclination à la Poëue , par la

nom de noftre amitié qui eft une chofe coniîderabie

pour vous ; & par le glorieux travail

que vous allez entreprendre pour celé- '

brer les vïftoires de Germanicus ; en un


4©4 P* OVIDIï M PONTQ , 'Lii.Ti.

MâtêtUm vef ris dfferM ingeniis j

fi£ vdkdwt puêti , yotum têmmune Bmum\

QUQS Idusfsrmdnd&s eft tibi Mdgna i*ns\

Çuamd psfes prsh w&ftrs wwmmtdfdlun:

ffjp nifimmai§ mils futur s luo efi*


Lis ÉLéGIES D'OVIDE , Liv, IV, 405

mot par la louange que vous acquerrez

dans l'éducation des jeunes Princes à qui

vous & moy fouhaîtons une étemelle profperité3

je vous conjure donc par ces chofes

d'employer vôtre crédit à mon retablifîe-

' ment. Je ne i'obtiendray jamais > fi Ton rae

refufe de m'ôter d'icy, pour me bannir dans

un autre lieu.


Il CflW im tM MH-M»«M-»HM M» »)«•»«»

P. O V I D I I

NASONIS

DE PONTO.

EPIST.OLA XIV.

TUTICAN O.

JEÇ Tibimkmnmrqtimfumm'

de cmmme qu&ftm.

Nên dptum nametis mmtn bette

meis.

M quitus, excepté qmd sibm Mtctmqtte râlt**f

Nil, teprsteredqmdjunt, infinies.

Ipfâ quoqm eft imifdfdks :/unique étmâ W*>

Qgêlikt ex iftis fdlket ire kds.

Mitïld mihi ms eft , tmâ qum muttt ut P


4°7

A « * fti^gti gaula ,r>»iim *Mmiyn» **J*-J* f% fJM rriftn **~sg-*- *Jt» - AJU» fjm

LES

ELEGIES

D'OVID E.

ELEGIE XIV.

A TUTICANUS.

Or»* de Tomes s'étant plaint qu'Ovide les avoit

outragez, dans fes vers, il s'en jufttfie.

E vous ay déjà mandé que voftre

nomn'èftoit pas propre à entrer

dans mes Poëfies -, & vous n'y

trouverez autre chofe, finon qtte

je me porte allez bien , & que rien ne me

contente icy.La vie même m'eft defagreable,

Se le plus ardent de mes vœux eft de quitter

la Scythie pour tout autre lieu que l'on voudra.

Je ne me foucie pas où l'on m'envoye,

par ce qu'il n'y a point de païs que je


4©1 P. OVIDII BE PoNTO > Lll. IY.

Ha: quia, f ftu» rôfo > ^rw mnis erit.

In mêdiM Sjrtes > mediam mtd wek Cbâfjbi'm •

hllnïte, profenti dum catidmm bum.

£tp quoquejiquii eajtfijbem mmmutditm ïfint

Si quid & infmm,qudm Stjgd, mandas hàtt,

m Gtdimm cuit us dger.frigus minus odit Vwnbs

Proxima Mortkolis quant loca Na/o Get'ts. •

Tdlia fmcmfent prepttr mibi verbd Tmiti>

Itaque Cdtminïbm public* wmtd mis.

Mrgo egêcefdhnunquamper carmim Uft%

Pleâdr & incauto femper ab ingénié?

&go e g @ > necfiribdm, digitos midmcnnS0\,

Telaque adbm démens à que mcuere, feqw ?

Adveteres fiopuUs iterum deverm% & Mm.

* In quièus offendit naufraga puppis% aquds.

Std nihil admifi : nulla eftmea culpa , Tomiu ;

: " Qu$s tgo , mm kcafim vefirs profit, dm*

^uilibet excutidt nofiri monumentd Idmk ;

Utterddevobiseft mea quefta nML

Wrigus, & imurfas omni de parte timendos,

n'aime


Lis ElBGIES D*OVI DE , Liv. IV. 4o§

n*aime mieux que celui-cy. Mettez-moy

fur met pour faire voile au milieu des Syrtes

ou Caribde , pourveu que je forte des

lieux où je fuis. Je quitteray volontiers les

rivages du Danube pour aller fur les bords

du Scyx , s'il eft vray que ce fleuve exîfte.

Et même j'yray plus bas , fi le monde à

d'autres lieux plus'profonds. Un champ

cultivé eft moins ennemi des méchantes

herbes,& l'Herondelle craint moins le froid,

que je ne detefte les pays qui font expofez

aux courfes des Gctes.

Je me fuis par ces difeours attire la haine

de ceux de Tomes , & mes vers m'ont

chargé de la haine du public : ils m'engaront

donc toujours dans de méchantes affaires

, '& mon imprudence me fera fouit rir

continuellement des peines ? Il faut donc

pour ne pas écrire que je n'hefîte pas davantage

à me couper les doigts. Dois-je

encore avoir la folie de m'expofer à des

traits qui m'ont bleffé ï Je retourne donc

aux mêmes écueils, & aux mêmes eaux où

moiT navire a fait naufrage ?

Mars je ne vous ay point offenfez , habitai»

de Tomes, & je ne me fens point coupable

à vôtre égard. J'avoue que vôtre païs

me déplaît,, maïs cela n'empêche pas que

je ne vous aime.- Que l'on examine mes ouvrages

, on n J y verra nulle plainte contre

vous. Je ne me plains que du froid de vôtre

Tm€ IX. S


4i© P. OVI»H ra PONTO , LIB. IVi

Et qmdpulfetur mur us ab hofte, quêter. '

In loca, non hommes, verijftma crimim éxL .

CulpéUis refiram vos qmqm fdpe fihm*

Effet perpétue fud quant vit Mis a J/£r41

4*/* gff agricole Mufa docere fems.

Mfuetdt terri genitus, fcripfit, in ML

Intnmuit vati nec tamen âfitê fue*

Quis patriam fillette magis dilexit Uljffe ?

Hoc tamen afperitas indice mtd loci eft*

Son loea, fid.mores firiptis vexavit amaris

• h Seepfias Aufiniss, attaque Roma rea eft.

Falfa tamen pdffa eft tqua convicia mente,

• Obfmt duë&ri me fera lingudfm.

jft malus intetpres, populi mifiiçoncitét km,

Inqtie novum crimen carmina noJt*a vocat. '

Tamfeiix ut'mam, quantpiHore candidus effm!

Exffat aibuc nerno- faucius ote mee.

âdde, qùod lllyrica (i jam pice nigrior effm i

Non mo'rdènda mihi turba fidelis erat.

Mollieer a vobis tntdfirs excepta, limité $

a Afers. Heflode naquît dans Aferc en Beotie*

cette ville devint fameufe chez, ics anciens, pai la

Aail£ancc de ce Poète.

' b Sieppus. On oe fçaic pas précifement fi Scepfim

«ois Philofophc ou P©ëtee


Lst E-uttiE* D f Ovi»i » Liv. IV. 4 ri

climat , ÔC des courfes formidables qui fc

font de fous cottes par des ennemis qui

viennent infulter les murs de vôtre ville-

Il eft vray que dans mes vers j'ay parlé contre

ces lieux, mais ïion contre les habitans.

Vous même ne dites-vous pas fouvent du

mal de vôtre pais ?

Hefîode n'a ps craint de dire que le terroir

â d'Afcre eftoit mauvais. Cependant il

y eftoit né *, & il ne s'eft pas attiré pour cela

la haine des Citoyens d*Afcre. L'induftrieux

Ulyffe aïmoit fon pais autant que l'on puifle

aimer: C'eft lui néanmoins qui dit dans l'Odilfée

: qu'il eft rude & ttaboteux, * Scepfius

dans fes écrits' ne s'eft point dechaifné contre

l'Italie, mais contre les mœurs de fes

habitans : il a traitté Rome de criminelle,

fans qu'elle ait daigné fe fafcher de fes injuftes.outrages

; & l'Auteur n'a point efte

puni pour l'effrénée licence de fa langue.

Cependant un efprit malicieus interprétant

mal mes vers ? me fufeite la colère du

peuple 3 & me veut rendre coupable d'un

crime que je n'ay jamais commis. Pleuft aux

Dieux que j'euffe autant de bon-heur que

d'innocence ; je e'ay encore outragé perforine

dans mes Pocfies. Quand j'aurois l'ame

noire, je n'aurois eu garde d'offenfer un

peuple qui m'a témoigné tant d'affedion.

En effet ô Tomitains vous m'avez reçu aptes

mon naufrage d'une manière fi bonnette,,

S ij


412 P. OviDII DE PoNTO , LlB. IV.

Tam mites Grajos menai effe viros.

Gens med Peligini, ngioque domeftiu Sulfm ,

Non pomit noftris lenior efe malis.

Quem vix mcolumi miquâm fdlvoqm damis,

Is daîus d vobis eft mihi nupet bomr.

Mus âdhm ego /km veflris iémunis m-éris ;

Exceptis 9fi qui munera legis bahut.

Temperd jMfdtd medfunt velatd monk ,

Italiens invité quam favor impofiùt.

Quam gfdta eft igitur Ldtom Délié tellus ,

. Erranti tmum qu£ dédit um kmm \

Tdm mihi Cdtd Tamis : pdtrid que fedefàgdtn

Tempm dd hoc n§bis bofpitafidd mdmt.

Di modo feciffent, plddddfpem po/fet habit §

Focis 3 & d gelido longius dxe font.


LES ELEGIIS D'OVIDE, Liv. IV. 419.

qu'il n'y a pas lieu de douter que vous ne •

tiriez voftre origine des Grecs. Ma Nation

des Peliguiéns, & ceux de ma ville de SuLmone

n'auroient pu me faire un plus doux

acueil dans ma miffcre. Je fuis jufqu'icy le

fèul exempt de contributions dans vôtre

païs, fi vous en exceptez les perfonnes que

les loix exemptent. Au refte vous m'avez

favorifé publiquement maigre moy d'une

couronne facrée.

Comme donc Latone aima Delos qui

feule lui offrit une retraitte aflurée après les

longues erreurs, ainfi j'aime tendrement la

ville de Tomes , ou depuis mon miferable

exil jufques à prefent, je demeure en toute

feureté. je fouhaitterois feulement que l'on

y pût vivre en paix, & que Ton y fuit plus

éloigné de la froide conftellation de l'Ourfe.

S ifj


4»4

V** ravies -**"**"**

P. OVIDII

NASONIS.

DE PONTO.

EP1STOLA XV. ^

SEXTO POMPEIO,

r 0iw A/£IK ujqttam mftri nm i«-

mtmw txtdt,

Quidve nkgatm Ndf§ , rrç«*,

agam i

Cofarihtts fit dm, »x## irkr# faktm

Me fcidL a Superis bk mibi ftimm ak>

Tempera nam mi/ers cmpledar Mtmrnia nm

A mtritis ejus pars mêi mlk yacat.


4U

LES

ELEGIES

D'OVID E.

ELEGIE XV.

A SEXTUS POMPEIUS..

Il k mjnre de demander a Tibjre un autre pays

pur fin exil.

'IL y a encore quelqu'un

qui fe fouvienne de moy,

& qui ait la curiofîté de demander

ce que fait Ovide

dans fou exil ; qu'il fçache

que je dois la vie aux Cefars* & ma confervatïonàSextus.Auflitiendra-t

J il la première

place dans mon coeur après les PuïfTances

Souveraines j 8c pendant toute ma vîe il ne

fe paflera point de jour fans me fquvtnir

• S iiij


4i6 V. OVïDII m fomo, Lu. IV.

QMAnumw tôt font, qn§t inbmm fertitis mm

Funkdfob lento 'icrtia grand rubent.

âfrkd qmt ftgetes, qmt Tmolïd terrdrdcemos,

Qu§t â sjcjon kads, qmt pdrit Hjbldfayês.

€§nfite§r teftere licet. figmte Quintes.

Mil ®pm efi kgum viribm : ipfe hqum.

mm §pes & me ém pdrfdm pm pdterms.

-Jdrs egsfom cenfos quântMldcunqm tm.

r-Qudm tm Trimcrid efi.ugnâtdque tard fbMipp*

• Qulm dmms Âugnftê cmumutâ Fm §

Quarn iud rm uulis d§mim Cdmpanid grdtmn »

_ §Mdque reltHd tibi, sexte, tel emtd terni : *

Tarn mm en eg§ fom. cujus te mumre trifti

'• Nm ptes m Pmt§ dkere bdkre nibiL

'jttfie mimm pêjfis, & detm dmuim mvum \

Memque tuampmds in me/iore laco !

Quod qumidm in Dis eft, tentd kmreprumdê

.Numkd, perpetud qud pietdte culis*

â Sinon. Les Olives de Sicyonc dam le Pelopoftoefe

c il oient excellences.


3LES ELEGIIS D'OVIDE , Liv. IV. ^417

des grâces qu'il m'a faites. Elles ne font'pis

jnoins innombrables que les pépins des

Grenades d'un )ardin fertile, que les bleds

de la Libie , que les rai fins du vignoble

de â Tniole , que les Olives de Sicyone

, & que les rayons de miel du Mont

Hïblé.

}e le déclare hautement ; vous pouvez le

témoigner & y foufcnre,Citoyens Romains;

Il n'eft pas befoin pour cela de recourir

auxloîx , je le publie moi-même, qu'encore

que je fois pauvre , je puis difpofer,

Sextuê , de vos immenfes richeifes comme

de mon peu de bien. Les terres que vous

avez en Sicile , & en Macédoine , voftr^

magnifique Hôtel de Rome, vos delicieufes

tnaifons de Campagne ;. en un mot tous les

grands biens que vous tenez de vos pères,.

ou que vous avez achetez ne font pas plus

à vous que je le fuis. Mais quand je me

donne à vous , vous ne pouvez-pas véritablement

dire que vous n'ayez, rien dans la.

Province de Pont.

Je fouhaiterois néanmoins que ce fuffc

dans un climat plus--doux , & qu'eftant à

vous comme je luis , vous me pufEez mettre

dans un meilleur pais* Maispuifque 1k

chofe dépend des Dieux , tafcàez de--' les

adoucir par vos prières y vous qui adorez*,

ces Divinitez avec un culte affidu,. Autrement:

il figxok mal-aifcde connoîrre fi von»

S n


4iS P. Oviaii M POKTO , Lu, I T.

Mrr§ris mm m, vix eft decemere, mftri

sis dtgummmm m^ns in dnxïïmm.

Bec dubkms me zfiuwènt fipe fuundê

âugetw remis curfis enntis dqttâ.

Et pudet, & mtu$>Jmperqœ îâdemqmpeem,

Nefitkam Mmwêîâdid jnftd tm»

Yerum qtêidfdàdm ? tes wmiedemd cupide eft.

&4 vemm vit h , mitis étmke, me&ê

Smkre fdpe âBid mpkns deldhf eêéem :

- Ipfd Iwmmper fe titum mftra mgdt.

Se* téitften efttclm bdbkutd tft gtmté \ feu wm-

Bmajubet gtlMe Fdrcdfub dxe mmi $

sempet tmbtkdfêpetammâ fmnefétmentiz

Et mes me tellus mdiet effè tmm

jÊudkt & Cédopofita eft qûMunqmfubitk r

Tfdnfit mfttd fmsfi mode Mttft Getos*

Teque mes Cduffdm fttydtwemqui Jdktk t

Me fie tmm ïêm nmit &. été wàMm


Lis ELIGIES D*Ovn>f $ LIT* IV, 419*

me voulez fecourîr dam. la faute que j'ay

faite par erreur , ou fi vous voulez- faire voir

que je l'ay comittifc de deffein formé. Je

n'implore pourtant pas vôtre afliftance dans.

l'Incertitude d*eftre refufé : Mais vous fçavez

que le cours d'un, ieuve eu bien fou*

vent plus rapide à coups de rames. Et puisla

honte que j'ay de vous faire toujours la

même prière % me lait craindre avec fujet

de pauer dans voftre efprit pour un impbrtun.'

Mais que ftray-je à cela ? Le defîr eftune

paffion immodérée. Vous avez, de la bonté

pour moy * excufez sil vous plaift mes défauts.

Il m*arrive fort fouvent que voulant

écrire quelqu'autre choie, Je reviens à celle

là fans y penfer : & ma lettre d'elle même

vous demande un autre lieu pour mon exil»

Cependant foit que j'obtiennç cette grâce»

ou que la Parque cruelle ait ordonné que jt

• finifle- mes jours prmi les glaces du Nord,,

je conferveray toujours le fouvenîr de tant

.de bienfaits dont vous m'avez comblé* Et

non feulement mon' pays , maïs toutes les

autres Régions du monde fçauront que je

TOUS- dois la confervation de ma vie y. & que

je fois plus attaché à vous 7 que fi vous m'i.viex

acheté à prix d'argent.

S TJ


4*o

P. OVIDII

NASONIS

DE PONTO.

EP1STOLA XVI

AD INV1DUM.

N ?/!>-&> qmd lamas-NdfwMSêé^

mina rapip ?

Nm yWrf mgetâis fmnmd mœm

dm*

Mdmdqtêi peft tkteres mapt rtmt i& mièi mmm

*mm %M®qMe-> mm tivis amumertrer, et m.

€amfmi & » Mat/m* mugniqm * Mdbirim §rih

Méwfqm Mjmt, (idmufque Ftdê i

aMMWJHSIhmitim» Maries fîrdcs Iplgramet & lia

foëmeces amazones.

' b RaUrim Quintilicn fats mcaiLoo de lu; parmi k&

F#ëic« épiques*


4M-

LES

ELEGIES

D' O V I D E.

• ELEGIE XV L .

A UN ENVIEUX..

É luj tepnckt [m mjufti médtfdmn :

NVIEUX, pourquoy déchires^

tu les Vers d'OYide qui n*efe

plus au monde ? On n J a pas accoutumé

de parler^ contre les.

Auteurs, après leur mort : au contraire leur

.réputation s'accroît, Iorfque l'on a recueilli

leurs, cendres-, pavois auffi quelque nom»

quand j*eftois du nombre des vivans»

Quen*attaques--ttr a Marfus-» oulefublime

b Rabirius » ou Macef qui a» continué

l'Iliade * ou Pedo qui a écrit des Aftrcs AQH


4i% P.Oviwi W-POUTO > Lu. IV.

Et, qui Jumnem Ufiffit^ in Emule, Car us y

< Jumnisfi mn jdm genêt ûefmet*

Qutque dédit Latio iarmen régate Severm ;

Et cumfukili Prifcm utetqm NwmL

Quiqm wel imparibus numérisa Mmtdnê,vel £qm

Sufficis} & gemirn carminé nomen babes.

Et qui Femkpd referibtre jujfit Uljffèn >

Enamtem fâw fer dm lupté mari :

Quique fmm Trmxma , imperfeiiumqm dierm

Déferait céleri mmte Sabinus §pm»

Mgennqmfm diëuê cêgnmmim Largus t

- GalliCd qui Fhrjgium duxit in mva finem.

Quique cmit dmnitam Cémermm db Hercule

Tr§jam >

Quique fui nomtn FhyBde Tu feus baba.

Velinlique mdrk idtes 9- eut credere pojfu

Carmma Cêtulm cmpofwfle De§s.

Quique actes LibjCds Romanaque prdid dixk-,

Et Mdrius y Jiripti dexter m &mm genm.

Jrimcrmfqm fus FerfëOês m.£tw , & auëm r

Tdntdltdd reducis Tjnâaridêfqne Lupm.

Et qui b Mlmniam Fhddûda vertu , & uni

• Pindarks, fidken tu qu§qm3 € Mufe , lyre* ,

Mufdqm Tkrrdtiî Tragicis imixa wtbumh :

Et tud cumfmm Mttfa, % Meliffe, km.

a Montana- lulius Montante Pocte celcbrc cftoh

"fort aimé de Tiherc.

b MàmUm Pbeécids. On croit qti'Ovick pafk

de Tucicanus dont il a déjà fait mention.

c Rufi. Rufus sraduiâc CQ La&to les Poe lie s le

/^iodarc.

d Miliffi, Câius'Mclifliis affranchi de Mcccoc eit

ht gmét de la Bjbliotbccgac d'AnguAe^


LES' ELEGIBS B'OVIDE, Liv. IV* 41J

Caras qui euft offenfé Junon dans fon Poème

des travaux d'Hercule % fi ce Héros ne

fuft devenirgendre de cette Deeffe 1 Déchire

le Pocmc Royal de Severe \ les Poëfies des

deux Prifques fur les aâions de Nuraa \ kâ

œuvres diverfes de a Montan fi célèbre en

toutes fortes de verfification > & l'Auteur de

la réponfè de Terrant Ulyflè à Pénélope,

Tu peux encore attaquer laTrezene de

Sabin , & fon Ouvrage des Faftes que fa

mort précipitée lui a empcfché d*achever*

Largus même qu*on appelle ainfi pour, fon

efprit abondant » & qui dans fes Vers a célébré

l*établiflement d'Antenor dans la Gaule

Cifalpine ;. Camerin qui chant^ dans un;

Poëme la prïfe de Troye par Hercule -, Tufcus*.fi

fameux par fa Phiiis 1 Varron dans

fes argonautes dont l'excellente Poe fie pajoit

l'ouvrage des Dieux de la mer > pourroïent

exercer ta médifance,

L'Auteur du Poëme des Guerres des Cartaginois

& des Romains 5. Marius cet homme

habille en toutes fortes d'écrits 5 Lupus,

de Sicile qui a donné & joué la Perfeide»

laTantalide & laTyndaride ; & celui qui

a traduit d'Homère les avantures dUlyilè

dans Plfle des a Phcaciens » b Ru fus quî

chante des airs fur la lyre de Pindarc Le

tragique Turranus ;• & le Comique € Melifle

devroient fcivir de matière à ta cià-

- tiqpe»


414 ^ OVIDII DE POKTO > LlB. IV.

• Cm» Vsrus Grsccbufqi datent ferd diSld tyrsÉnr

Cdllimacbi Fmculus mette ternret iter :

( Jitjrm mtiqum & état qui fdfceret babas %

• jfptaque yensnti Gratins arma défit. • -

MdidM a Sdtjris caneret Fentsnus amdtas,

' Clmdent knpsribm verba Cupella m$dis.

Clinique firent slii> quorum mihi cgnëa referre

Mmim longs mord eft, carmins vutgus bakrr

Ifent & juveues, quorum quod médité mrs efe

jfppett'andorum nit mibi jttris ddeft ;

R tamen m turba mn aufim , Cetts>fiterèy

lïêridum lumen, prsjidiumque firL

Maternes Cettdi eut Mêjfdlkfqm paternes

Maxima. mbilitas ingeminsts dédit.

Jbkere fifdsefi, dore mes mmim Mufi»

Jtque inser tamrn, qm légères ur, erst%

Mrgo fitbmetwn pstris pnfcmdtre, Imt y

Define , neu cineres/parge >. cruente x mtês^

0mmd perdMimm. tamummod§> vifs retiEts efc

Méàeat m fenfum mstaîstnque WMUU


LES ELEGIBS D'OVIDE > Liv. IV. 41 f

a Varus & Gracchus qui ont rcprefenté.

des Tyrans fur le thcatre ; Proculus qui

a imité les vers tendres de Callimaque,

Virgile dans fes Bucoliques , & dans fa

charmante Eneïde : Fontanus qui a de-

•crit les amours des Nymphes le des Satyres

j Capella dans fes Elégies ; '& plaideurs

autres Auteurs connus , qu'il feroit

trop long


4i< P. OYIDII SE POIITO , Lu. IV,

Quid juvat exfiinShsfmum immnn m dttm ?

Mm hâkt in mHsjâm n§fâ fkgâ kcmi*

Finis Èlegiaram Ovidli.


Lis ELéGIES Z^OVIBE , Liv. 1 V. 4*^

plaifir prens-tu -d'enfoncer ton couteau dans

mon coeur après ma mort ? Il n'y a nul

endroit fur moy ou tù pulffes faire de noutelles

bleffures.

Tin des Elégies £ Ovide êtrïtes dms le

Province de Pont*