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Mensuel protestant belge • Église Protestante Unie de BelgiqUe • n° 4 - avril 2013

Mensuel sauf août • Prix au numéro : 2,00 • P 505016 • Éd resp. : S. Fuite, Rue Brogniez 44 – 1070 Bruxelles

Photo: Fotolia © Patryssia

Et Il le

toucha

Belgique - België

P.P. - P.B.

1070 Bruxelles

BC 4785


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2

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Éditorial 2

Coup de projecteur

Inscrire sa foi dans un acte 3

Quand le toucher devient soin 6

Quand la peinture devient

prière : l’icône 8

Circulez, y a rien à voir 11

Bible ouverte

Toucher ou être touché ? 12

La bible en 6 ans 13

Place aux Jeunes

Pourquoi disserter sur le sujet ? 14

De ci, de là

Salaires élevés :

liberté où provocation 15

Synode URCSA 2012 16

Epas 18

Il y a 50 ans : I have a dream 18

Agenda

Annonces 19

Mois de mai :

Etre un parfum de bonne

odeur !

Éditorial

Pas touche !

Quel sens étrange que le toucher ! En effet, nous prenons en main des centaines

d’objets au cours d’une journée, mais nous doutons subitement de

notre capacité de préhension lorsqu’on nous confie quelque chose de fragile.

C’est comme si alors on oubliait jusqu’au fonctionnement même de notre

main, osant à peine toucher le précieux trésor, de peur de mal faire et maudissant

presque notre si faible capacité tactile.

À l’inverse, nos doigts semblent parfois presque irrémédiablement attirés

par des éléments que nous avons bien du mal à ne pas toucher : la peinture

fraîche sur le mur, la vraie plante en plastique dans la salle d’attente, un petit

objet à l’aspect inhabituel, et j’en passe… Dans ces cas-là, nous éprouvons le

« besoin » de vérifier par le contact physique ce que nos autres sens n’ont pu

parfaitement définir. Le toucher joue donc ce rôle très ambigu au sein des

mécanismes de perception humaine, à la fois tellement banals, mais aussi

tellement fondamentaux.

Il n’est, dès lors, pas étonnant que le contact physique engendre souvent

un certain malaise lorsqu’on l’aborde dans les relations humaines. Dans nos

contrées, on n’a pas ou plus tellement l’habitude de se toucher ! Se toucher

mutuellement, cela fait peut-être un peu peur, en tous cas, cela dérange

souvent, comme si, en s’approchant trop près avec ses grosses pattes, l’autre

risquait de nous prendre une part de nous-mêmes. C’est là que la Bible offre

une autre approche, dans l’Ancien comme dans le Nouveau Testament, le

sens ou l’art du toucher y est régulièrement mis en avant. On n’y voit notamment

Jésus toucher les malades, les exclus de toutes sortes, ceux qu’on n’ose

ni ne veut approcher. Il les touche et se laisse toucher. Autre temps, autres

mœurs diront certains, pas sûr quand on voit les réactions d’incompréhension

ou de colère que cela engendrait…

Oui, décidément, quel sens étrange que le toucher ! Ces quelques pages nous

inviteront peut-être à davantage l’exploiter dans notre vie de foi, histoire de

joindrel’acte à la parole.

Patrick Wilmotte

ggMosaïque n° 4


Photo: Fotolia © Laurent Hamels

avril 2013 ggMosaïque

oup de projecteur

Inscrire sa foi dans un acte

Je me souviens bien, encore aujourd’hui,

malgré les années qui sont

passées, de ce monsieur qui est arrivé

dans mon bureau avec sa femme, en

me disant : « Monsieur le pasteur, je

suis venu vous demander que vous

baptisiez mon enfant. Moi, je ne fréquente

aucun temple et, je vous le dis

tout de suite pour éviter les malentendus,

je ne les fréquenterai pas non

plus à l’avenir, mais vous savez, j’ai ma

foi, je porte même cette belle croix

huguenote (et en me la montrant il

avait presque les larmes aux yeux…).

Vous savez, être protestant pour moi

est une chose si importante… »

Soyez rassurez, je ne cite pas cette

histoire vraie (qui est un cocktail formidable

d’idées confuses) ni pour

débattre la question du baptême des

enfants, ni pour faire la publicité de

nos cultes, ni même pour analyser les

émotions que suscite la symbolique

presque-religieuse ou les souvenirs

familiaux.

Je ne veux pas non plus parler de ce

qu’on appelle, de temps en temps, un

« protestantisme sociologique ».

Mon but est beaucoup plus modeste.

Je veux pendant un petit moment très

librement (pour ne pas dire - un peu

vaguement) méditer la question de la

foi et des actes dans lesquels cette foi

s’inscrit et s’exprime…

Mais, avant de partager ces quelques

idées par rapport au sujet esquissé, il

me semble nécessaire de proposer

deux ou trois mots à titre d’introduction,

pour bien établir le registre dans

lequel nous allons situer notre méditation.

Eh bien, il est évident que la première

chose à bien situer, la chose fondamentale

pour être bien comprise, c’est

la notion de la foi.

Afin de faciliter notre tâche et d’organiser

au mieux nos pensées, je propose

la définition assez traditionnelle pour

quelques générations de théologiens,

mais qui d’après mon humble opinion

n’a rien perdu de son actualité. C’est

la définition que lui donne le fameux

théologien réformé Karl Barth.

Barth, quand il touche le sujet de la

foi, il l’explique en écrivant : « La foi

chrétienne est le don de la rencontre

qui rend les hommes libres d’écouter

la Parole de grâce, prononcée par Dieu

en Jésus-Christ, de telle manière qu’ils

s’en tiennent aux promesses et aux

commandements de cette Parole, en

dépit de tout, une fois pour toutes, exclusivement

et totalement » (K. Barth,

Esquisse d’une dogmatique).

Je voudrais – d’après ce texte assez

dense – concentrer votre attention

sur quelques mots clés.

En premier lieu, la foi est un don. Nous

ne la provoquons pas, nous ne le produisons

pas et nous ne la méritons

pas (dans le sens de « l’acquérir par

nos mérites »).

Elle est un don (ou « le » don) qui

résulte de la rencontre, de cette rencontre

décisive dans la vie de tout

être humain, de la rencontre avec le

Seigneur de la vie.

Bien sûr, Barth reste ici en pleine théologie

paulinienne. C’est bien Paul qui,

lorsqu’il parle de la foi, définit par elle

la relation intime et personnelle du

croyant avec son Seigneur.

Le mot rencontre supprime aussi

toute autre philosophie de la foi en

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Photo: Fotolia © Laurent Hamels


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Coup

de projecteur

Inscrire sa foi dans un acte (suite)

général. Nous parlons ici – et cela

vaut la peine d’être souligné – de la

foi « spécifiquement » chrétienne.

Poursuivons : le premier « fruit » de ce

don de la foi est la liberté. Et la liberté

: pas n’importe laquelle : la liberté

d’écouter.

Barth y développe et traduit toujours

la pensée de l’Apôtre Paul, pour qui

la foi implique l’engagement à obéir.

Mais Barth, pour que tout soit bien

clair et ne risque pas de tomber dans

un simplisme ou ne devienne pas

une caricature, souligne qu’au début

de tout engagement obéissant il y a

la liberté, c’est-à-dire la libre prise de

nos choix et des responsabilités qui en

découlent. Et la position d’écoute, la

position d’apprentissage, la position

de réflexion et une certaine distance

à nos propres idées et attentes

sont une méthode à appliquernécessairement


Cette position/méthode d’écoute

a une direction bien précise et une

source à laquelle elle puise constamment.

Celui qui écoute (un sujet responsable

donc, parce que libre) en

premier lieu écoute la Parole de grâce

que Dieu a prononcée en Jésus Christ,

cette grâce qui donne ou rend le sens

à toute vie…

Et la finale de cette citation de Barth

nous renvoie à notre sujet de méditation

: les hommes doivent s’en tenir

aux promesses et aux commandements

de cette Parole. C’est bien et

finalement cette obéissance pleinement

paulinienne.

Autrement dit : aucune foi ne reste

une pure théorie, une pure expérience

« spirituelle », ni aussi une pure orthodoxie

de convictions… La foi, impérativement

et d’une façon exclusive

(comme le dit Barth), embrasse

la réalité autour de nous, autour

de tous ceux qui croient.

L’embrasse et la transforme par

les actes qui en sont des conséquences

cessaires…

La foi dans ces actes puise de

l’écoute de la Parole, mais n’y reste

pas, elle ouvre vers la réalité autour

de nous…

Il est vrai que l’histoire d’Église

– mais aussi nos histoires personnelles

– témoignent une certaine

inquiétude là-dessus. Quelle est

la vraie et juste, bibliquement

compris, relation entre la foi et les

œuvres, pour ne pas tomber dans

l’auto-construction de soi-même

(par ses œuvres) devant Dieu ou

devant les hommes, mais aussi pour

ne pas tomber dans un autre piège

(comme l’histoire de la théologie le

montre également) d’un mépris de la

relation foi-œuvres, parce que nous

sommes « sauvés par la grâce, saisie

par la foi seule »…

Je crois que pour poursuivre notre

méditation il s’impose un texte assez

rarement prêché dans notre milieu

protestant (ou plutôt assez rarement

prêché de nos jours…).

Je pense à ce texte de la Lettre de

Jacques, au chapitre 2, les versets 14

à 26 :

Mes frères, que sert-il à quelqu'un de

dire qu'il a la foi, s'il n'a pas les œuvres ?

La foi peut-elle le sauver ? Si un frère ou

une sœur sont nus et manquent de la

nourriture de chaque jour, et que l'un

d'entre vous leur dise : Allez en paix,

chauffez-vous et vous rassasiez ! Et

que vous ne leur donniez pas ce qui est

cessaire au corps, à quoi cela sert-il ?

Il en est ainsi de la foi : si elle n'a pas les

œuvres, elle est morte en elle-même.

Mais quelqu'un dira : toi, tu as la foi ;

et moi, j'ai les œuvres. Montre-moi ta

foi sans les œuvres, et moi, je te montrerai

la foi par mes œuvres. Tu crois

qu'il y a un seul Dieu, tu fais bien ; les

démons le croient aussi, et ils tremblent.

Veux-tu savoir, ô homme vain, que la foi

sans les œuvres est inutile ? Abraham,

notre père, ne fut-il pas justifié par les

œuvres, lorsqu'il offrit son fils Isaac sur

l'autel ? Tu vois que la foi agissait avec

ses œuvres, et que par les œuvres la foi

fut rendue parfaite. Ainsi s'accomplit

ce que dit l'Écriture : Abraham crut à

Dieu, et cela lui fut imputé à justice ; et

ggMosaïque n° 4


il fut appelé ami de Dieu. Vous voyez

que l'homme est justifié par les œuvres,

et non par la foi seulement. Rahab la

prostituée ne fut-elle pas également

justifiée par les œuvres, lorsqu'elle reçut

les messagers et qu'elle les fit partir par

un autre chemin ? Comme le corps sans

âme est mort, de même la foi sans les

œuvres est morte.

Jacques est très pastoral et pratique.

Il embrasse des situations bien

concrètes de son temps où – et surtout

– les Juifs convertis à la Bonne

Nouvelle prenaient la distance

presque épidermique de tout ce qui

pouvait s’associer aux œuvres de la

Loi…

Nous les comprenons bien, nous avons

aussi dans les veines cette conviction

que les œuvres ne peuvent pas sauver.

Dans notre enseignement protestant,

cet élément est régulièrement répété

à chaque occasion qui se propose.

On n’est pas sauvé par les œuvres,

mais en réponse à la foi seule, nous le

savons tous…

Jacques ne discute pas cette position

mais il décide de combattre un autre

phénomène possible : une fausse assurance,

en particulier celle qui était

ou risquait d’être le fait de « croyants »

se réclamant d’une foi purement intellectuelle,

dépourvue de piété et de vie.

Jacques a le courage de poser

une question à laquelle personne

n’échappe : que sert-il à quelqu’un de

dire qu’il a la foi ?

Quand Jacques affirme l’inutilité d’une

foi dépourvue d’œuvres, il ne nie évidemment

pas la nécessité de la foi. Il la

avril 2013 ggMosaïque

suppose acquise. Dirons encore plus :

il s’élève contre une opinion selon laquelle

une foi bonne, bien ordonnée

et « orthodoxe » en elle-même suffirait

à assurer notre salut. Il se trouve

passionnant que l’histoire de l’Église

abonde de ces chrétiens, sûrs d’eux,

par le simple fait de partager leurs

« idées justes » (ce qui ne devrait pas

entraîner, bien sûr, le réflexe de mépriser

les « idées justes des autres »…).

Faisons attention, Jacques ne dit pas

non plus qu’il faille pour être sauvé,

ajouter des œuvres à la foi. Il ne cite

une « foi » possible dépourvue d’effet

que comme exemple des démarches

inutiles, lorsque dépourvues de toute

incarnation. Et il dit tout simplement,

que si cette foi est vraie, elle inclut les

œuvres et que celles-ci en sont la traduction

et la démonstration.

La foi et les œuvres pour Jacques sont

inséparables !

Jacques est un pasteur (et je ne dis

pas pour ajouter de la confusion – un

bon pasteur) lorsqu’il emploie le mot

« foi ». Il pense bien à une croyance

purement verbale et théorique.

Pour ce qui est des œuvres, là où Paul

dénonce la tentative orgueilleuse d’accumuler

des mérites par les œuvres

rituelles de la loi de Moïse ou par

toute action regardée comme moyen

de salut, Jacques, dans son épître, les

rattache à la miséricorde qui est l’expression

de la compassion (cf. 1,27).

Les actes de la foi sont donc l’accomplissement

de la loi de l’amour.

Oui, cette lecture est connue et souvent

elle a été traduite par la nécessité

Coup

de projecteur

d’engagement des chrétiens dans les

œuvres sociales. Pourtant Jacques

voulait montrer l’inutilité d’une parole

dépourvue d’engagement et non définir

le type d’œuvres auquel il pensait.

Sa pensée va au-delà des œuvres sociales.

Les exemples d’Abraham et de

Rahab montrent que, pour Jacques,

les œuvres de la foi sont bien celles

de l’engagement en dépit des risques

encourus, celles qui démontrent l’authenticité

de la foi et non les seules démarches

charitables qui introduisent

le risque d’être regardées comme

méritoires.

Les engagements dans les œuvres

sont seulement, mais impérativement

la mise en œuvre de la foi, dans tous

les registres de la vie concrète (personnelle

et communautaire).

Une action n’est donc pas une œuvre

de la foi en ce qu’elle serait morale

ou sociale, mais – quel que soit son

caractère – premièrement dans la

mesure où elle fait la démonstration

de l’authenticité de la foi.

Je voudrais, pour conclure, citer ces

mots qui me semblent très significatifs

écrits par Eduard Thurneysen dans

son livre ‘’La foi et les œuvres’’. Il écrit :

« Nous en sommes arrivés, au point

d’où nous devons nous demander s’il

est vraiment question des œuvres ou

s’il n’est pas, en définitive, question

de la foi… il est bel et bien question

de la foi, il n’est même question que

de la foi. »

Pasteur Tomasz Piescko,

Épub de Jemappes

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Coup

de projecteur

Quand le toucher devient soin...

Le toucher est probablement parmi

les quatre autres sens – ouïe, odorat,

vue, goûter – celui qui est le plus stimulé

et pourtant celui auquel nous

accordons le moins d’importance.

Que ce soit la poignée de main, la

caresse du vent, le poids de vos vêtements

ou les points de pression sous

vos pieds lorsque vous marchez, le

sens du toucher est constamment

sollicité. Ce sens comporte plusieurs

aspects, il nous permet à la fois de

connaître la texture et la température

d’un objet et d’ajuster notre démarche

si nous marchons sur un caillou.

Il nous permet aussi de donner, de

recevoir, de communiquer, de communier,

de partager, autrement

dit « d’entrer en relation avec

d’autres. »

Notre sens du toucher comme les

autres sens d’ailleurs nous sont personnels.

Il ne fonctionne qu’avec nous, personne

d’autre que moi ne peut ressentir

mon sens du toucher.

C’est ainsi qu’il me procure des sensations

parfois agréables, parfois douloureuses

mais toujours personnelles.

De par mon travail, en effet je suis

animateur-éducateur-boulanger dans

un centre d’insertion sociale pour personnes

atteintes de handicaps légers

mentaux, physiques et/ou psychiques

(tels que la trisomie 21, l’autisme, l’épilepsie…),

j’ai acquis une connaissance

très particulière du sens du toucher.

Sur base de la méthode Vittoz (psychiatre

suisse du 19° siècle) j’expose

les personnes que l’on me confie au

travail de la pâte à pain.

Selon Roger Vittoz, il est important de

prendre conscience de l’utilité de

nos cinq sens ; de nous connaître

par nos sens, de découvrir comment

ils fonctionnent, leur utilité

c'est à dire ce pour quoi ils sont là

et comment les utiliser.

Contrôler notre « être » pour tuer nos

doutes et nos craintes, nous obliger

à la sincérité, cela exige la volonté et

l’énergie, nous place au-dessus des

influences extérieures et nous permet

de nous ouvrir au monde. Ce contrôle

nous oblige à la douceur et à l’acceptation,

nous permet d’éliminer les sentiments

nuisibles, clichés et autres et

se résume dans un état de meilleure

stabilité de notre bien- être.

Dans notre boulangerie, nous apprenons

avec l’outil et les matières

à prendre conscience de l’utilité de

nos sens et de tous les bienfaits qu’ils

peuvent nous apporter quand nous les

utilisons selon la finalité pour laquelle

ils nous ont été donnés.

A « Grain de Vie », il est surprenant

de voir qu’au contact de la pâte ces

personnes, quand je leur fais prendre

conscience de ce qu’elles ressentent

en faisant la boule de pain, évoluent

rapidement et je vois très vite dans

leur attitude un bien-être se développer.

Ainsi lorsqu’elles s’expriment on peut

entendre « c’est doux… c’est tendre…

ce n’est pas chaud … ce n’est pas

Photo: Stéphan Tosberg

ggMosaïque n° 4


froid… » Et c’est très souvent de cette

manière que je peux communiquer

avec eux et qu’une relation se crée.

Je n’ai encore jamais vu des personnes

rejeter ce travail.

C’est même très surprenant, les débuts

sont parfois difficiles mais après

quelques instants seulement tout se

passe pour le mieux.

Ma seule explication est que lors de

ces contacts, si nous ne ressentons

pas d’agressivité mais plutôt de la

ressemblance, de la similitude, de la

douceur et une même chaleur alors

il y a une véritable relation où il ne

peut que se passer le meilleur. C’est

ce qui ce passe avec le travail de

la pâte !!!!!!!!!!

Cette communication avec les autres

devient vie dans leur vie lorsqu’ils se

trouvent dans notre magasin de la rue

de la Station à Waterloo à vendre le

pain qu’ils ont manufacturé avec leur

propre sens du toucher et toutes

leurs autres qualités.

C’est grâce au sens du

toucher !

Chacun de nos cinq sens est à la fois

un émetteur et un récepteur. Il donne

et il reçoit !

Et dans cet exercice de boulangerie,

c’est la bonne qualité de la matière (la

pâte à pain) qui procure une agréable

sensation au toucher de la personne,

même porteuse d’un handicap quelconque.

C’est le récepteur du toucher

qui est activé (il reçoit).

Ces mêmes personnes quand elles se

sentent bien avec vous peuvent aussi

vous serrer dans leurs bras comme

vous dire merci et qu’elles vous aiment.

C’est très souvent leur façon de

s’exprimer quand elles sont bien et

qu’elles veulent le faire savoir. A ce

moment c’est l’émetteur du toucher

qui est activé (il donne).

Suite à une action mécanique du

toucher, il y a eu une action physique

ensuite sensorielle et enfin émotionnelle.

J’aurais pu donner un exemple moins

agréable, plus agressif, par exemple

une brûlure et alors les mêmes mécanismes

se seraient activés mais dans

la douleur. De ce fait, ce n’est pas une

ouverture qu’ils auraient produit mais

un repli.

On comprend très vite que le sens

du toucher est très important dans la

qualité de vie. On n’en prend pas suffisamment

conscience !

Mais il y a aussi le côté

spirituel du toucher.

Il en va de même dans une rencontre

avec une personne âgée, malade, hospitalisée

ou vivant dans une maison de

repos et de soins.

Le contact physique simplement par le

fait de se serrer la main, par une caresse

du bout des doigts… peut très vite

transformer la rencontre en relation.

Sans aller plus loin, sans chercher à

trouver des mots, quand notre tou-

Coup

de projecteur

cher est véritable il devient qualité de

communion et ne peut faire que du

bien (voir Actes 10.38)

Dans la parole de Dieu, on compte de

très nombreux passages où le toucher

a été source de qualité de vie tant dans

l’ancien testament que dans le nouveau.

Ainsi, par exemple, dans l’ancien

testament en 2 Rois 13.21, Esaïe 6.7 ou

encore Zacharie 2.8 et dans le nouveau,

Marc 3.10, 5.27, 10.13 ; Luc 6.19,

7.14 ; Matthieu 9.21, 14.36 …

Je ne saurais trop vous inviter à les relire

et en particulier dans les évangiles

qui nous font découvrir que le toucher

est source de guérison, de force et surtout

de salut.

Jésus sait quand on le touche !!!!!

Luc 8.46

Comme quand nous touchons très

fort avec notre main une autre main,

rien ne peut se mettre entre les deux, il

en va de même lorsque notre cœur

TOUCHE le Cœur de Dieu, rien ne

peut s’installer entre Lui et nous.

C’est ça l’authentique qualité de

vie !

Stéphan Tosberg,

Pasteur-aumônier.

Animateur-éducateur-

Maître-boulanger

« GRAIN DE VIE » a.s.b.l.

122 rue de la Station, 1410 Waterloo

0494 66 37 75

www.graindevie.be

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Coup

de projecteur

Quand la prière devient peinture : l’icône

Dans le monde byzantin le terme icône désignait toute

image religieuse. Aujourd’hui ce terme désigne le plus souvent

des images représentant des personnages bibliques ou

des saints, peintes sur panneaux amovibles. L’icône est fondamentalement

étrangère à la culture protestante car elle

se rattache au culte des images. Si Martin Luther classait les

images parmi les choses indifférentes en soi (à condition

qu’elles ne fassent pas l’objet d’un culte), Jean Calvin fut

très virulent à leur égard.

Lorsque le christianisme est devenu religion officielle de

l’empire romain, il a repris à son compte le culte des images

de cet empire. Ce culte a évidemment suscité des oppositions

au nom du 2 ème commandement « tu ne te feras pas

d’image… » Le monde chrétien s’est divisé entre partisans

du culte des images et leurs opposants (qui n’ont pas reculé

devant l’iconoclasme).

Le principal défenseur de la doctrine de l’icône fut Jean

Damascène : « Si nous fabriquions une image du Dieu invisible

sans nul doute commettrions-nous une faute car il est

impossible de représenter en image ce qui est incorporel, sans

forme, invisible et n’est pas circonscrit ; ou bien encore si nous

fabriquions des images d’hommes, et si nous pensions que

ce sont des dieux, serions-nous impies. Mais nous ne faisons

rien de tout cela. C’est du Dieu fait chair, qui a été vu sur la

terre en sa chair et qui a vécu parmi les hommes dans son

indicible bonté, qui a pris la nature, l’épaisseur, la forme et

la couleur de la chair, c’est de lui que nous fabriquons une

image ».(Jean Damascène « trois discours sur les images »

– collection Migne)

Puisque la vérité de la foi chrétienne s’est incarnée en la

personne de Jésus-Christ, elle a été visible aux yeux des

hommes et peut donc être représentée. Le croyant ne rend

pas un culte à l’image même mais à ce qu’elle représente.

Dans l’art auquel nous sommes habitués un tableau est

admiré pour lui-même : sa beauté, ses couleurs, sa technique…

a contrario dans l’icône ce n’est pas ce qui est

offert aux yeux qui est important mais ce qui est représenté,

autrement dit, ce qui est offert aux yeux de l’esprit.

Tentons une comparaison : l’audition du texte biblique fait

entendre intérieurement, par l’esprit, la Parole de Dieu, et

de même la contemplation de l’icône (il ne suffit pas de

« voir ») fait voir intérieurement, également par l’esprit, une

réalité spirituelle.

Le Dieu invisible ne peut être représenté mais son énergie

irradie tout l’univers, jusqu’à chaque parcelle de matière.

Tout comme le pain et le vin de l’eucharistie sont irradiés

de l’énergie divine, qui se communique à chaque croyant

dans la communion, l’icône reçoit aussi sa part d’énergie

divine qui peut se communiquer à qui la contemple : ce

sont les icônes dites miraculeuses, auxquelles croient les

orthodoxes.

Théodore de Studion a vu dans les visages représentés sur

les icônes le véritable visage de l’homme, débarrassé du

péché, rétabli dans sa forme originelle.

Le Mandylion ou Image d’Édesse est, une pièce de tissu

rectangulaire sur laquelle l’image du Christ a été miraculeusement

imprimée de son vivant. Pour l’Église orthodoxe, il

s’agit de la première icône. Le mandylion fut conservé en

dernier à la sainte chapelle de Paris et il disparut pendant la

révolution. Il ne faut pas le confondre avec le suaire de Turin.

Le deuxième concile de Nicée en 787 a confirmé le devoir de

vénérer les images car l’honneur ne leur est pas rendu, mais

bien à ce qu’elles représentent. Selon une légende considérée

comme mythique par la plupart des théologiens,

l’évangéliste Luc aurait peint lui-même la vierge Marie de

son vivant.

L’icône n’est pas une image au sens de la culture européenne

occidentale : elle est prière, méditation peinte.

L’art de l’icône est témoignage d’une présence éternelle,

chaque personne représentée « est sanctifiée comme le

sacrement de la Lumière et de la Beauté divine ». (O Clément)

Le développement du culte des icônes a été un processus

très lent qui s’est déroulé à des époques différentes et de

différentes manières dans l’empire romain.

Severianus de Gabola (Syrie, fin du IV ème siècle) a écrit :

« le portrait de l’empereur le représente en son absence

le peuple lui rend hommage en adorant non pas son image

mais sa personne. » C’est sur cette interprétation de l’image

que s’est basée la théologie chrétienne pour admettre des

représentations du Christ.

Jean Damascène : « Toute image montre quelque chose de

caché… l’homme n’a pas le pouvoir de voir l’avenir ni ce qui

est très éloigné de lui parce qu’il est limité dans le temps et

dans l’espace, l’image a été conçue pour le conduire sur la voie

de la connaissance pour lui découvrir l’impossible. »

L’icône permet de connaître Dieu par la beauté. L’église

orthodoxe avec son architecture, sa décoration et ses multiples

icônes est un symbole du ciel sur la terre : elle est

elle-même une icône.

Dieu lui-même reste inaccessible (le grand concile de

Moscou de 1666-1667 a interdit la représentation de Dieu)

mais Dieu a été rendu visible en Jésus-Christ, Dieu fait

homme (Jean 14,9). L’icône est rappel de l’incarnation.

ggMosaïque n° 4

Photo: Fotolia ©


La valeur de l’icône n’est pas seulement pédagogique : elle

fait participer au mystère divin, elle montre chaque personnage

sanctifié. La chair et les vêtements sont souvent illuminés

par de fines hachures dorées (« l’assiste »). Remarquons

qu’il n’y a pas d’ombre dans l’icône car la lumière est partout.

L’usage de la perspective inversée ouvre l’espace sur

la plénitude de la Jérusalem céleste.

Au fil du temps de nombreux thèmes sont devenus sujets

d’icônes : personnages bibliques, saints, évènements historiques…

Toute icône découle d’une image primitive (le Mandylion

par exemple) et dès lors le travail du peintre est souvent un

travail de copie qui vise à perpétuer l’empreinte divine (au

contraire de la peinture occidentale « classique » où seules

les œuvres originales sont sensées avoir de la valeur).

Plus encore : l’icône étant irradiée de sainteté, elle ne peut

être fabriquée que dans le respect de règles strictes et traditionnelles.

Petit historique.

La tradition byzantine.

Les plus anciennes icônes retrouvées sont celles du

Monastère Sainte-Catherine, certaines datent du VI ème

siècle : les personnages sont hors du temps, hors de la vie

terrestre. Le regard montre l’aspiration de l’artiste à se rapprocher

de Dieu.

Les peintres des icônes byzantines de la fin du XI ème siècle

allongent les proportions des personnages, suppriment

toute rondeur et créent un éclairage par l’arrière, traduisant

par là leur idéal abstrait. Dès le XIII ème siècle une nouvelle

conception de l’artiste mit fin à son anonymat : le métropolite

Jean, ainsi que son fils Macarios, signent leurs œuvres.

Les icônes dites miraculeuses mentionnent leur origine

topographique : Pelogonitissa de Macédoine (Pélagonie est

une vallée entre la République de Macédoine et la Grèce.

Il y avait en Pélagonie une icône de la Vierge très ancienne

et très vénérée qui avait reçu ce qualificatif en fonction de

son lieu d'origine.)

Au XIV ème siècle deux courants dominent la peinture de

l’icône byzantine :

• Les ateliers impériaux produisent des icônes aux couleurs

vives, avec des visages doux et des formes raffinées.

• Le mouvement hésychaste dont les icônes ont des coloris

sombres, les visages sont sévères.

En 1453 la chute de Constantinople entraîne la fin des activités

des ateliers impériaux. C’est la fin de l’âge d’or de l’icône

byzantine.

Coup

de projecteur

La tradition russe.

La tradition de l’icône s’impose en Russie à la fin du X ème

siècle avec le baptême du prince Vladimir (988), premier

prince chrétien russe qui, selon la légende, aurait rapporté

l’icône de la Vierge de Kherson de Crimée jusqu’à Kiev.

La peinture d’icône commence en Russie au XI ème siècle,

sous le prince Ianoslov le sage (1019-1054) avec le peintre

Alympius, saint personnage dont les icônes sont considérées

comme miraculeuses.

Il reste fort peu de ces anciennes icônes, victimes de l’iconoclasme

mongol à partir de 1238.

La tradition russe comme la tradition byzantine connaissent

des icônes « miraculeuses » : elles apparaissent toutes

seules, sont capables de guérir un malade (Alympius guérit

un malade en lui appliquant de la peinture prélevée sur

une icône), elles résistent aux incendies etc.

Au XIV ème siècle, le métropolite Pierre établit son siège à

Moscou. On va dès lors assister à une renaissance de la vie

civile et religieuse moscovite. L’iconostase, véritable mur

d’icônes que les fidèles ont sous les yeux durant l’eucharistie

trouve son origine en Russie à cette époque : il devient

le symbole du mur qui sépare le monde visible du monde

invisible.

Au XVII ème siècle l’occidentalisation de la peinture des

icônes, sorte de compromis entre l’art byzantin et l’art européen

occidental, a entraîné la décadence de la peinture

d’icônes : représentation du paysage, usage de la perspective

en contradiction avec la notion même d’icône. En 1654

le patriarche Nikon ordonna que les icônes peintes « sur le

modèle des œuvres franques ou polonaises » soient ôtées

des églises et des maisons et détruites après avoir été promenées

mutilées (les yeux des personnages crevés) dans

la ville.

A la faveur de ce conflit des réflexions et des travaux en

Russie permirent de définir l’icône.

L’icône russe contient peu de détails réalistes : elle est

davantage symbole que représentation. Très peu d’icônes

représentent des crucifixions ou autres martyrs contrairement

à ce que nous trouvons dans la peinture occidentale.

Technique de l’icône.

L’exécution d'une icône exige une longue préparation. Il

s'agit en effet de contemplation, de dialogue avec Dieu,

acte qui nécessite purification physique et spirituelle. Le

jeûne, la prière, la méditation sont plus importantes que

le maniement du pinceau.

Les premières icônes ont été peintes à l’encaustique, les

Page

avril 2013 ggMosaïque 9


Page

10

Coup

de projecteur

Quand la prière devient peinture : l’icône (suite)

couleurs étant délayées dans la cire chaude, sur bois de

tilleul (parfois un autre bois pouvait être utilisé) sur lequel

était préalablement appliqué un mélange de plâtre et de

colle. Une fois peinte l’icône était recouverte d’un vernis

à l’huile, lequel noircissait malheureusement vite. Cette

technique fut utilisée à Byzance jusqu’au VII ème siècle ou

peu à peu se substitua la peinture à la détrempe à l’œuf,

les pigments étant mélangés à un jaune d’œuf débarrassé

de sa peau.

La technique de l’icône de résume ainsi :

• Préparer une planche de tilleul ou sapin

• Creuser légèrement le bois de façon à faire apparaître

une bordure. Le creux s’appelle Kovtcheg (tabernacle)

• Enduire le bois d’un mélange de plâtre et de colle.

• La peinture se fait à la détrempe avec des pigments

broyés. On commence par poser le fond, ensuite dans

cet ordre : le paysage, les vêtements (dont la couleur

est fixe pour chaque saint), les visages par couches successives

du plus foncé vers le plus clair, les cheveux et

barbes et on termine par les inscriptions.

• Les couleurs sont symboliques :

L'or : l'éclat de Dieu et l'extraordinaire beauté du

Royaume céleste qui ne connaît pas de nuit.

Le pourpre : couleur royale, couleur de Dieu dans le Ciel,

de l'empereur sur la terre.

Le rouge : est la couleur de la vie, de l'énergie vivifiante.

Le rouge est donc en conséquence la couleur de la

Résurrection. Elle est aussi la couleur du sang et du

martyre.

Le blanc : symbolise la lumière divine. C'est aussi la couleur

de la pureté, de la sainteté et de la simplicité

Le bleu : représente l'infini du ciel. Le bleu est aussi la

couleur de Marie.

Le vert : est la couleur de l'espérance.

Le marron : est couleur de la terre, de la nature humaine,

soumise à la mort.

Le noir : symbolise la mort et le mal.

• L’icône est recouverte d’un vernis. Le vernis noircissait

rapidement ce qui exigeait un entretien fréquent… et

de nombreuses restaurations.

En 1551 le concile appelé « des Cents Chapitres » a pris

des décisions fondamentales concernant la peinture des

icônes, réservant aux évêques la surveillance des peintures

d’icônes. La première règle pour un peintre d’icône

est de mener une vie pieuse. Vient ensuite l’obligation de

former des élèves. Les élèves qui font preuve de talent

sont menés devant l’évêque qui décide de leur vocation.

Regarder une icône.

Prenons pour exemple l’icône de Roublev « La trinité »

La représentation traditionnelle montre Sara et Abraham

recevant leurs 3 hôtes. Roublev n’a représenté que les 3

anges, symboles de la trinité. Les trois anges sont à la fois

pareils (ils portent le même nimbe de sorte qu’on ne saurait

directement relier un personnage à une personne de

la trinité) et différents.

L’ange de gauche est vêtu de doré et de bleu (éclat de Dieu

et infini du ciel), l’ange du centre de marron et de bleu (la

terre et le ciel), l’ange de droite de vert et de bleu (le vert

est couleur de l'espérance, de l'éternel renouvellement)

N’en déduisons pas rapidement que le personnage central

est le Christ car le vert est souvent utilisé également dans

les nativités).

Les 3 personnages s’inscrivent dans un cercle dont le

centre est la main du personnage du milieu posée sur la

table. Le cercle indique qu’ils ne font qu’un. L’icône ne représente

pas une scène de la vie d’Abraham mais plutôt ce

qu’Abraham a vu… et nous qui regardons, nous sommes

dans la même situation qu’Abraham. L’icône nous fait

revivre l’expérience d’Abraham.

Jean-Luc Wrincq

ggMosaïque n° 4


« Comment ça, circulez, y a rien à

voir ?!? Mais j’avais demandé un article

sur le toucher en catéchèse, pas sur la

vue ! », rage le rédacteur en chef. Eh

bien, justement, monsieur le rédacteur

en chef, à propos du toucher

en catéchèse, circulez, il n’y a rien à

voir… ! Autrement dit, nous n’exploitons

qu’assez peu notre sens du toucher

dans les parcours catéchétiques.

Déjà au départ, le toucher n’a pas très

bonne presse, tant dans la société civile

que dans nos églises. Y a qu’à en

observer les synonymes. Si je vous dis

tripoter, vous pensez harcèlement, si

je vous dis harcèlement, vous pensez

police, plainte et tribunal ; si je vous

dis palper, vous pensez médecin, si je

vous dis médecin, vous pensez maladie,

invalidité, hôpital… Si je vous

dis masser, vous pensez bien-être,

si je vous dis bien-être, vous pensez

New-Age, donc ésotérisme et secte !

Décidément, notre pauvre "toucher"

a la vie dure.

Nous pourrions bien sûr nous étaler

longuement sur le fait qu’il faut toucher

les cœurs, titiller l’imagination,

caresser l’idée et effleurer l’âme, mais

nous n’aurions encore rien dit du sens

du toucher. Lorsque nous faisons le

bilan de ce que l’on touche lors de

nos séances d’école du dimanche et

de catéchisme, nous en restons au papier,

aux crayons et autres marqueurs,

agrémentés parfois d’un peu de colle

ou de peinture – et c’est à l’état du

local en fin de séance avec ces matériaux

que l’on peut faire le bilan de ce

avril 2013 ggMosaïque

Photo: Tonnon

« Circulez, y a rien à voir ! »

que les enfants touchent réellement !

— quelques séances extraordinaires

passent par le malaxage de pâtes :

pâte à sel, pâte à modeler, pâte Fimo,

pâte à pain, pâtes dont la consistance

douce et apaisante se durcit au séchage

ou à la cuisson, laissant entre

nos mains des objets raides et craquelés,

sans rapport avec la matière

de départ. Toute ressemblance avec

l’une ou l’autre pratique religieuse en

usage dans nos églises est purement

fortuite et involontaire. Quant à se

toucher les uns les autres, dans des

contacts physiques, n’y pensons pas

trop. Spontanément, ce n’est pas une

pratique en usage entre les enfants, et

si les ados se touchent parfois, c’est

dans le cadre de relations codées

entre eux, dont les adultes sont exclus.

La catéchèse serait-elle la victime d’un

déficit tactile généralisé ? Pourtant…

Il est un objet, utile et utilisé en catéchèse,

qui exploite un toucher particulier,

que l’on ne trouve nulle part ailleurs,

c’est la Bible. Les couvertures de

bibles ne sont comparables à aucune

autre couverture de livres: entre rigidité

et souplesse, souvent craquelées,

parfois garnies de petits reliefs ou de

dorures, elles ont une consistance

unique… Et le papier des bibles, ce

papier si fin, mais qui pourtant résiste

aux générations de feuilleteurs infatigables

! Ce papier a une grande part

dans la particularité du toucher de

cet objet à nul autre pareil. C’est notre

sens du toucher qui, autant que nos

yeux, décide pour nous du meilleur

choix d’une Bible dans le rayon bien

Coup

de projecteur

fourni de la librairie : l’épaisseur même

du livre, son volume, la façon dont on

peut en faire glisser les pages entre les

doigts, la texture de sa couverture…

À ce propos, la Bible on line (version

informatisée) est bien pratique,

certes, mais… intouchable ! Le conseil

de la catéchète : à l’église et surtout à

la maison, ayons toujours à portée de

main une Bible à caresser !

Signalons tout de même deux domaines,

au sein de la démarche

catéchétique, exploitant le sens du

toucher. Il s’agit de la catéchèse des

tout-petits et de la catéchèse spécialisée.

La catéchèse des tout-petits

- l’éveil à la foi - tout comme la

catéchèse spécialisée doivent trouver

d’autres vecteurs de transmission que

celui du discours cognitif et de l’écriture.

Elles s’adressent essentiellement

au ressenti, passé, présent et à venir, à

travers des expériences dont nos cinq

sens sont les premiers transmetteurs.

Cette approche ouvre un défi intéressant

à l’ensemble de notre catéchèse

: comment dire Dieu autrement

qu’avec des mots ?

Paraphrasant pour conclure le philosophe

Aristote (384-322 av. J.-C.)

qui nous dit: « Il n’est rien, dans notre

intelligence, qui ne soit passé par nos

sens », osons encourager le toucher

dans nos initiatives catéchétiques, car

il n’est rien, dans notre foi profonde,

qui ne soit aussi passé par le filtre de

nos cinq sens !

Marie-Pierre Tonnon

Service catéchétique

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11


Page

12

Toucher ou

être touché

ible ouverte

Le toucher. Ce cinquième sens complète avec la vue, l'odorat,

le goût et l'ouïe la panoplie de nos cinq sens. Ceux que

nous énumérions sur les doigts de la main lors de nos premières

''leçons de choses'' enfantines, quelle merveille que

de sentir, d'appréhender le monde par autant de possibilités,

par tant de portes différentes qui nous permettent les

découvertes de notre environnement...

Toucher... on voit les mains palpant, caressant, frottant,

rudoyant, démolissant ce qui est proche, tout près ou pas

trop loin, car on peut aussi se rapprocher...

Toucher, être touché, deux sens bien différents. Dans le

premier cas, je suis acteur, je choisis ce que je veux toucher.

Dans le second, je subis. C'est l'objet qui me touche. C'est

cette action, ce désir voulu par l'autre qui m'approche et

me touche. Cela peut être agréable, mais aussi repoussant,

décourageant, sinistre et affligeant.

Deux sens bien différents. Dans l'un, c'est moi qui décide

d'être acteur, dans l'autre je subis. Tout cela au sens moral,

mais aussi, au sens le plus physique possible. Si une balle

me touche, je meurs ; si un parent ou un enfant décède je

suis comme morte. Ce sont des extrêmes, mais il y a toutes

les gradations. Je peux simplement me cogner, heurter un

objet et me retrouver avec un ''bleu''.

Mais, il n'y a pas que le physique, une remarque peut aussi

me toucher, me blesser.

Et à mon tour, mon ton peut être perçu comme malveillant,

négatif. C'est toute la gradation des rapports humains. Je

suis aussi touchée par des paroles et celles-ci selon qui les

dit sont perçues d'une tout autre manière que celles dites

par une autre personne.

Bref une infinité de situations diverses en fonction de l'environnement,

du lieu, de la personne et plus, de l'intonation,

de la mimique, des gestes qui accompagnent ces paroles

bienveillantes ou malveillantes, plus ''le toucher'' sera fort,

agréable ou douloureux.

Nous sommes en plein dans la diversité humaine des situations.

Mais qu'en dit la Bible?

Là aussi les sens du verbe hébreu sont nombreux et tous les

substantifs sont la conséquence d'une action: le substantif

n'existe pas sans le verbe. L'hébreu est une langue d'actions

et ce sont les verbes qui sont les plus fréquents, alors que

le français, langue bien plus tardive utilise et aime les substantifs

et les nombreux adjectifs qui qualifient encore ces

substantifs.

En hébreu, le verbe veut donc ''simplement'' dire toucher,

approcher, atteindre, parvenir, venir ... selon les propositions

ajoutées et ce sont elles qui détermineront le sens

exact...

Dans les psaumes (chants pour célébrer la gloire de Dieu) :

''l'Éternel touche les montagnes et elles s'embraseront

(elles seront fumantes) (Psaume 144,5). Cela pour manifester

sa toute-puissance et sa force.

Une autre expression ''le sang touche le sang'' souvent traduit

par ''on commet meurtre sur meurtre'' (Osée 4,2): ''Il

n'y a que parjures et mensonges, assassinats, vols et adultères,

on use de violence, on commet meurtre sur meurtre''

En hébreu aussi les sens diffèrent et avec un préfixe le verbe

prend une autre connotation. Il s'agit du roi Saul sauvé par

Samuel et qui rentre dans sa maison et là on nous parle ''des

honnêtes gens dont Dieu avait touché le cœur'' (Samuel

10,26)

Un autre sens, donné par un autre mode grammatical sera

celui de toucher, maltraiter, frapper.

En Genèse 26,11 ''c'est Abimelec qui fait cette ordonnance

pour tout le peuple: ''quiconque touchera, fera du mal à cet

homme ou à sa femme sera mis à mort...'', et en Ruth 2,9 :

''qu'on ne te touche, qu'on ne te fasse aucune peine''. Et en

Job 19,21 : ''Ayez pitié de moi, mes amis, la main de Dieu m'a

touché, la main de Dieu m'a frappé''.

Comme on imagine, toucher une personne c'est soit lui

transmettre sa force, son soutien soit – en négatif – l'attaquer,

lui faire du mal, le frapper.

Les deux alternatives existent et sont utilisées tour à tour.

Parfois c'est Dieu qui frappe et touche, parfois ce sont des

humains qui s'entretuent. Dieu punit parfois ou du moins

c'est ainsi que le ressentent ceux qui nous content ces histoires.

La conséquence suit l'acte : toucher peut être dangereux et

c'est ainsi que sont venues certaines défenses qui ne feront

que se développer au cours de l'histoire d'Israël pour aboutir

aux préceptes et lois alimentaires et de comportement.

C'est aussi contre cela que se battra Jésus. Là aussi il y a

deux ''touchers''. Le positif et le négatif. Celui-ci est repris

chaque fois que Jésus se bat contre les pharisiens et ceux

qui observent la loi scrupuleusement avec ses obligations

©

et ses défenses.

Jésus au contraire touche les gens et surtout se laisse tou-

Fotolia

cher par eux. De nombreux exemples dans les Évangiles. Photo:

ggMosaïque n° 4


Peut-être faut-il réfléchir un peu aux conditions de l'époque.

On ne connaissait pas les microbes. Simplement, on se méfiait

de certaines plantes et poisons dont la proximité et

l'attouchement pouvaient provoquer un mal quelconque,

mais on ne connaissait pas la contagion. Les distances entre

les gens étaient toutes autres. Pas ou peu d'eau et si les

esclaves lavaient les pieds des voyageurs, on ne parlait pas

de bains. Dans ces conditions le toucher est ressenti tout

autrement.

Pensons à la foule qui voulait toucher Jésus à de nombreuses

reprises : en Marc 3,10 ''Ils se jetaient sur lui pour

le toucher'' et en Luc 6,19 ''la foule cherchait à le toucher''.

Mais, plus fort ou plus précis, il y a aussi les attouchements

qui provoquent des guérisons.

On pense à l'aveugle de Marc 8, 22 : ''on le pria de toucher

l'aveugle'', mais aussi à tous les autres. On pense aussi à la

femme impure qui touche le bord de son vêtement et Jésus

demande dans la foule qui l'escorte ''qui m'a touché?''(Marc

5,30, Luc 8 45).

Apparemment si ce verbe est fréquent dans les évangiles,

il l'est beaucoup moins dans les épîtres.

C'est une des manières d'être de Jésus, d'être proche, d'agir

par un contact direct, accessible aux gens simples plus touchés

par des gestes que par des paroles.

Le toucher est aussi caractéristique des populations et des

gens. Il y a des familles où les mains vagabondent, où les

effusions et accolades sont chaleureuses et d'autres infiniment

plus réservées.

Question de pays, d'environnement, d'éducation. Si parmi

mes enfants tous aimaient les câlins lorsqu'ils étaient petits,

l'âge venant des distances se sont mises en place. On peut

se parler, mais les corps demeurent éloignés. Les simples

embrassades suffisent. Là aussi il faut être attentif et c'est

tout un code conscient ou non. Il faut parfois prendre distance.

On marquera la proximité autrement par la parole

ou par les gestes.

Là aussi interviennent des notions culturelles. C'est tout

un code peut-être moins étroit que dans mon enfance,

mais qui demeure encore. On ne prend pas dans ses bras

n'importe qui. Je me souviens de ma surprise en voyant en

Chine (pays très peuplé), la distance que les gens gardaient

entre eux pour simplement se parler. C'était d'autant plus

remarquable que les personnes avaient l'air de tenir des

propos anodins et superficiels...

Le toucher? Dieu est le premier à toucher les cœurs des

hommes et des femmes. Mais nous, ferons-nous en sorte

que nous touchions avec amour et fraternité les cœurs de

ceux avec lesquels nous vivons et partageons la terre ?

Pasteur Jeanne Somer-Gotteland

Avril

Lecture suivie

Bible ouverte

Prier

avec les

Psaumes

L 1 Luc 24.36-53 2

Ma 2 Proverbes 2.1-22 4

Me 3 Proverbes 3.1-20 8

J 4 Proverbes 3.21–4.9 9

V 5 Proverbes 4.10-27 10

S 6 Psaume 3 11

D 7 Psaume 5 118.21-29

L 8 Psaume 6 12

Ma 9 Psaume 7 13

Me 10 Deutéronome 1.1-18 14

J 11 Deutéronome 1.19-33 15

V 12 Deutéronome 1.34–2.1 16

S 13 Deutéronome 2.2-23 17

D 14 Deutéronome 2.24-37 30

L 15 Deutéronome 3.1-11 18

Ma 16 Deutéronome 3.12-29 19

Me 17 Deutéronome 4.1-14 20

J 18 Deutéronome 4.15-31 21

V 19 Deutéronome 4.32-43 22

S 20 Deutéronome 4.44–5.22 23

D 21 Deutéronome 5.23-33 100

L 22 Deutéronome 6.1-25 24

Ma 23 Deutéronome 7.1-11 25

Me 24 Deutéronome 7.12-26 26

J 25 Deutéronome 8.1-20 27

V 26 Deutéronome 9.1-17 28

S 27 Deutéronome 9.18-29 29

D 28 Deutéronome 10.1-22 145

L 29 Deutéronome 11.1-9 30

Ma 30 Deutéronome 11.10-32 31

Fédération

protestante

de France

www.protestants.org

© Fédération protestante de France

Page

avril 2013 ggMosaïque 13

BLe en 6 ans

Dimanch

et fêtes

Actes 5.12-16

Apocalypse 1.9

Jean 20.19-31

Actes 5.27-41

Apocalypse 5.1

Jean 21.1-19

Actes 13.14-52

Apocalypse 7.9

Jean 10.27-30

Actes 14.21-27

Apocalypse 21.

Jean 13.31-35


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14

Le toucher.

lace aux jeunes

Pourquoi disserter sur le sujet ?

Lorsque j’ai vu la thématique de ce Mosaïque, « le toucher »,

j’ai en moi-même remercié ironiquement la rédaction du

mensuel, me disant qu’il n’y aurait pas vraiment de quoi

disserter là-dessus. Car après tout, que dire du « toucher »,

ce sens qui m’a paru si peu délicat, comparé aux merveilles

de l’ouïe, aux trésors de la vue et aux effets de la parole. Et

bien j’ai eu tort. J’ai eu tort, car parler du toucher me permet

ici de vous témoigner et de vous inviter à une simple

réflexion sur toutes les facettes de ce sens moins simple

qu’il n’y parait.

Il m’a fallu moins de deux minutes pour réaliser que le toucher,

dans les relations humaines :

1. Peut témoigner l’ensemble de la gamme des sensations

qui va du délicat au brut.

2. Est un instrument très particulier des relations interpersonnelles.

3. Est une action qui porte tellement de sens différents

selon les personnes, qu’il faut en trouver une valeur commune

pour la diriger : le respect de l’autre.

Mon premier point est simplissime. Je peux très bien caresser

une main pour témoigner discrètement de l’affection.

Et je puis, à l’autre extrême, recevoir un poing dans la figure

(ça ne m'est jamais arrivé, fort heureusement). C’est cru,

mais je veux montrer l’étendue du pouvoir du « toucher ».

Loin de vouloir vous dicter ce qui convient et ce qui est

à bannir de l’usage, je réalise simplement qu’il serait trop

bête d’oublier que l’on peut communiquer des messages si

variés avec un simple contact physique, quel qu’il soit. Être

conscient de cette vérité peut peut-être nous aider à être

plus attentif, dans notre vie, à qui nous touchons, à ce que

nous touchons, à la manière dont nous touchons et à ce

qui est la motivation de notre geste. Utilisons mieux cette

sensibilité qui nous a été donnée.

Ensuite, le toucher implique toujours une réciprocité. Alors

qu’on peut voir sans être vu, entendre sans être entendu,

sentir sans être senti, on ne peut toucher sans être tou-

ché (le contact est réciproque). Il n’est donc jamais anodin

de toucher, puisqu’on peut être sûr que cela signifiera

toujours quelque chose pour celui qu’on a touché. Il serait

faux de croire que le contact physique est un acte innocent

ou sans effet. Essayons de nous rendre compte qu’il a une

portée directe et certaine, que cet effet soit bon ou mauvais.

Dirigeons ces actes avec la motivation de transmettre

le bien, le bon et le juste, en se retenant d’être guidé par

l’excuse de la réaction, de l’envie ou de l’insignifiance.

Enfin, mettre comme valeurs premières le respect et

l’amour dans la motivation de nos gestes, nous permettra

d’être au-dessus des quiproquos, des malentendus et des

vexations liées parfois aux attentes, aux cultures, aux exigences.

Si des attentes relatives à la culture peuvent exister

concernant le toucher (par exemple, toutes les façons de

se dire bonjour dans les différents pays), ces exigences se

retrouvent dans la vie quotidienne, avec différents sens et

différents enjeux. La patience et le témoignage du respect

et de l’amour dans nos gestes peuvent inviter notre visà-vis

à ressentir cet élan et à oublier les exigences parfois

égoïstes de l’un et l’autre. Jésus s’est laissé toucher par une

prostituée dans une foule et a lui-même lavé les pieds de

ses disciples. N’est-ce pas le plus bel exemple de celui qui

met le toucher au service du respect et non pas au service

de ses attentes et de ses envies ?

Photo: Florent Alessandroni

Simon-Pàl Schümmer

ggMosaïque n° 4


e ci, de là

Salaires élevés :

liberté où provocation

Dans sa série « 10 questions – 10 réponses », la

Fédération des Églises protestantes de Suisse s’exprime

sur l’incitative populaire fédérale « contre

les rémunérations abusives » et sur le contre-projet

indirect.

Les chrétiennes et les chrétiens réformés sont opposés aux

rémunérations abusives, à la création démesurée et injustifiée

d’avantages financiers. L’économie doit aussi garantir

aux membres les plus faibles de la société des conditions

de vie convenables. C’est ce qu’affirme la Fédération des

Églises protestantes de Suisse dans la brochure qu’elle publie

aujourd’hui « Salaires très élevés : liberté ou provocation

? ». En dix questions-réponses, la Fédération des Églises

s’exprime dans le débat sur l’initiative fédérale « contre les

rémunérations abusives ».

La discussion a été déclenchée par les très hautes rémunérations

du management de pointe dans de nombreuses entreprises.

La cohésion sociale se trouve menacée « lorsque

des salaires excessifs sont considérés par une grande partie

de la population comme une provocation insupportable »

constate la Fédération des Églises dans sa brochure.

Dans l’économie, les salaires dépendent de la liberté de

contracter. Mais « Il n’y a pas de liberté sans responsabilité.

La liberté sans égard se détruit elle-même. » Les très hauts

salaires d’aujourd’hui ne sauraient être justifiés par l’équité

de la prestation, précise la Fédération des Églises : « Le principe

de l’équité des besoins en souffre aussi. »

La Fédération des Églises réitère sa demande, posée depuis

plusieurs années déjà, de limitation des rémunérations très

élevées dans le management proportionnellement au salaire

le plus bas dans la même entreprise. La juste mesure

pour des indemnités est réalisée lorsque les écarts salariaux

sont dérivés de valeurs comme celles qui étaient traditionnellement

en cours dans beaucoup de pays industrialisés

jusque dans les années 80. En considérant les salaires des

managers et des membres de conseils d’administration

exposés, il apparaît que l’écart salarial dans un rapport de

1:40 peut se défendre comme valeur indicative. Si l’on compare

les salaires moyens des membres de la direction d’un

consortium et des membres du conseil d’administration

avec le salaire le plus bas dans une entreprise, c’est un rapport

inférieur qu’il faut viser.

L’initiative elle-même contient certes des préoccupations

éthiques essentielles mais –du fait de ses « nombreuses

dispositions détaillées » – ne crée pas davantage de liberté

ni de justice sociale. Considérer que le problème réside uniquement

dans la cupidité de l’individu est en outre trop

simpliste pour la Fédération des Églises: « Il faut un juste

partage des revenus, des ressources et de la richesse en

général. » Mais l’équité du partage ne semble être un but

ni pour l’initiative ni pour le contre-projet indirect.

C’est sur ce point que réside, pour la Fédération des Églises,

« la faiblesse de la discussion actuelle autour des rémunérations

abusives ». Il faudrait au contraire aborder les conditions

cadres de l’économie. Le système financier devrait être

protégé et développé comme bien global public. L’équité

internationale des impôts et des critères durables pour les

dépenses publiques représentent d’autres exigences : « Que

la lutte contre les rémunérations abusives détourne de ces

grands défis décisifs est une menace à prendre au sérieux »

conclut la brochure de la Fédération des Églises.

Source d'image:

istockphoto.com

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avril 2013 ggMosaïque 15


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16

De ci, de là

Synode URCSA 2012

Sixième Synode général de

L’Église Réformée en voie d’union

en Afrique australe

1-7 octobre 2012 à Okahandja -

Namibie

Sur invitation de l’URCSA (Uniting

Reformed Church in Southern Africa),

je me suis rendu à ce synode en qualité

de délégué de l’ÉPUB et de la commission

Église & Monde. Ce fut un synode

chaleureux pour diverses raisons, ne

fût-ce que par les températures de 35°

et plus dans une salle sans air conditionné.

Mais surtout par l’accueil chaleureux

et l’atmosphère chaleureuse

dans laquelle ce synode s’est déroulé.

Ce qui est dû en particulier aux moments

fixes de méditation, de prière,

de chants et de danse joyeuse au début

et au terme de chaque journée, mais

aussi à de semblables manifestations

qui surgissent spontanément lors de

moments et de décisions difficiles ou

joyeux. Je ne vois pas encore notre

synode faire pareil !

Premier fait important : l’élection d’un

nouveau conseil synodal et d’un nouveau

président. Mme

Dre Mary-Anne Plaatjies van Huffel

est ainsi la première femme présidente

de cette Église, ce qui est une

percée en contexte africain.

Le thème majeur du synode proclamait

: ‘une Église consacrée, au service

de l’unité, de la réconciliation et de la

justice par le Christ’. L’unité interne autant

que l’unité de la famille réformée

sont et restent un thème épineux.

L’Église est répandue sur un territoire

immense avec de grands besoins et de

grandes différences en moyens et en

opportunités. La région du nord est

devant de grands défis pour ce qui

est de combattre la pauvreté et la

pandémie HIV/SIDA et elle dispose

de moins de moyens.

La communication interne est souvent

boiteuse dans une Église pauvre

et tellement étendue.

Pour ce qui concerne l’unité de la

famille réformée, ici entre l’Église

Réformée en voie d’union (URCSA)

et l’Église Réformée Néerlandaise

(NGK), un développement surprenant

a eu lieu récemment. Le synode de

cette dernière Église (NGK) a décidé à

une large majorité de démarrer le processus

d’acceptation de la Confession

de Belhaar. Cette Confession est donc

maintenant soumise aux synodes régionaux

et aux communautés locales

par la voie ecclésiastique. Ce qui

signifie qu’elle devra être approuvée

aux deux tiers des voix si l’on veut aller

de l’avant. Ce n’est donc pas chose

faite, contrairement à ce que laissait

entendre le rapport synodal 2012 de

l’EPUB.

A la lumière de cette décision, le

synode de l’URCSA a décidé de suspendre

le moratoire sur les pourparlers

d’unité afin de laisser toutes ses

chances à ce processus. Il a même

décidé de se mettre entièrement à

disposition pour soutenir le processus.

En même temps, il a décidé de

reprendre le ‘mémorandum d’accord’

qui avait été atteint avant le moratoire

et de former des groupes de travail

communs qui collaboreront concrètement

à l’unité, à la réconciliation et

à une justice réparatrice.

Autre point d’importance : la décision

d’engager dans un futur proche

un secrétaire général et d’acquérir un

bureau central avec, en annexe, un

centre de formation et de conférence,

le tout pour renforcer le fonctionnement

et la structure de l’Église. Un

business plan a été présenté, discuté

et sera encore affiné.

Pour ce qui est du journal URCSA

News, il a été décidé de l’intégrer

toujours davantage dans le site web

et les éditions imprimées seront dès

lors limitées. On espère bien pouvoir

engager dans un avenir pas trop

lointain un responsable plein temps

qui s’occuperait du service général :

‘Communication, publications et

archives’. Ce responsable devra veiller

à ce que la communication soit

sérieusement améliorée et que des

personnes de contact pour les médias

soient désignées dans les synodes

régionaux.

Le synode a nettement plaidé pour

une politique énergique face à la situation

économique et au fossé entre

riches et pauvres, autant en Namibie

qu’en Afrique du Sud. En Namibie, on

compterait jusqu’à 52% de chômage

parmi la population apte au travail

et les chiffres sont à peine meilleurs

en Afrique du Sud. De plus, le pays a

connu une vague de grèves.

Le synode donna une conférence de

presse où il accusa l’injustice éco-

ggMosaïque n° 4


nomique en Afrique du Sud en des

termes sans malentendu possible. Il

exprima son indignation à propos de

la situation dans les mines (Lonmin,

Marikana), non seulement à cause de

la violence brutale contre les grévistes,

mais aussi pour les raisons sous-jacentes

que sont les salaires injustes

et si maigres et les conditions de travail

et de vie misérables des mineurs.

Le synode plaida avec force pour une

politique d’honnêteté et contre toute

forme de corruption qui prospère encore

abondamment.

À part cela, on relève aussi une grande

attention pour les programmes diaconaux

et les grands efforts pour le

programme de soins à domicile en

faveur des malades du HIV/SIDA. Ils

peuvent compter sur l’aide non seulement

de l’ÉPUB mais aussi de l’Église

Presbytérienne aux États-Unis qui,

comme nous, a adopté la Confession

de Belhaar. Pendant ce synode, j’ai eu

de bons contacts avec leur représentant,

M. Tom Smith.

Malheureusement, je n’ai pas pu participer

à la soirée culturelle du samedi

et au service de clôture du dimanche

matin parce que j’étais invité aux fêtes

du centenaire de notre communauté

partenaire de Sharpeville le samedi

et que je prêchais pour l’ouverture

d’une nouvelle église à Vereeniging

(anciennement poste de Sharpeville)

le dimanche.

Il apparaît, de mes nombreux contacts

là-bas, que plusieurs communautés

souhaiteraient un partenariat avec

une communauté d’ici. J’espère que

notre synode y sera attentif.

Enfin, j’ai accompagné pendant un

jour et demi des ‘caretakers’ qui

apportent les soins aux malades du

HIV/SIDA. De nouveau, j’ai été

confronté de manière directe avec

des situations d’urgence criante dans

les ‘quartiers informels’ (NDT : la

nouvelle expression pour ne plus dire

bidonville/township !) où les gens

connaissent des conditions d’habitation

et de vie misérables.

Mais, en même temps, on est frappé

par l’engagement fort de ces ‘caretakers’

(soignants de l’église ou non qui

se rendent à domicile). Ils rayonnent,

en donnant leurs soins, d'une chaleur

qui dépasse notre entendement d’Occidental

privilégié.

En eux, je découvre l’amour et la chaleur

de Dieu d’une manière concrète

et inouïe.

Et ainsi se termine mon rapport par

là où je l’avais commencé : un événement

chaleureux et qui réchauffe le

cœur !

Marc Loos, pasteur à Gent Rabot

Traduction : Daniel Vanescote

UNITING REFORMED CHURCH IN SOUTHERN AFRICA

GENERAL SYNOD

CHURCH OFFICE: PO BOX 21206 HEIDEDAL, 9306. FAX: 0865182003

Moderator :

Dr Mary-Anne Plaatjies van Huffel

Private Bag XI

Matieland

7602 South Africa

Vision : A Committed and United Church in service of unity,

reconciliation and justice to all people through Christ

Scribe :

Dr DA Kuyler

4 Vergottini Str

Fichardt Park

9317 South Africa

Tel: 051 - 406 5427 - Cel: 083 274 7616

Page

avril 2013 ggMosaïque 17

Photos : Emmanuel Coulon


Page

18

De ci, de là

Connaissez-vous

l’Entraide Protestante

Anne et Simon ?

Un héritage à partager

L’Entraide Protestante Anne et

Siméon est héritière des œuvres

sociales protestantes entreprises

au siècle passé, par la «Methodist

Mission». Cette dénomination installée

en Belgique après la première

guerre mondiale a fondé plusieurs

institutions sociales et notamment,

en 1958, un home pour personnes

âgées (home Wesley à Uccle).

Les obligations drastiques de

modernisation et les contraintes

légales ont rendu inévitable la

vente du home. Les fonds récupérés,

associés à des legs, constituent

le capital de départ de l’ASBL.

Les objectifs de l’œuvre

L’Entraide Protestante Anne et

Siméon veut permettre aux personnes

âgées de confession protestante

de terminer paisiblement

leurs jours dans des conditions de

vie dignes. Elle intervient lorsque

toute autre possibilité d’aide sociale

ou familiale se révèle insuffisante.

Exemples d’aide

Joseph est dans un home mais il

doit partager sa chambre n’ayant

pas les moyens d’avoir une chambre

« single » et le CPAS n’intervient pas

pour ce confort supplémentaire. Il

est sans famille pour l’aider financièrement.

Il peut introduire une

demande d’aide auprès de l’EPAS

qui examinera sa situation financière

en vue de l’aider de la meilleure

façon.

Marie a 84 ans et vit seule dans son

appartement social au loyer mo-

déré. Elle doit changer de lunettes

mais n’a pas l’argent. Elle peut

demander à l’EPAS un don ou un

prêt sans intérêt qu’elle s’engagera

à rembourser mensuellement en

proportion de ses moyens.

Adam et Eve sont âgés et souvent

malades. Quand il n’est pas à l’hôpital,

c’est elle et les factures s’accumulent.

L’EPAS peut examiner leur

cas et prendre en charge une partie

de leurs frais médicaux.

Comment bénéficier d’une

aide ?

Un numéro d’appel vous permet

d’entrer confidentiellement en

contact avec un administrateur

de l’EPAS : le N° 0471 42 39 21,

afin de lui exposer une demande

d’aide. Une situation financière sera

demandée et dans certains cas le

Centre Social Protestant sera impliqué

pour donner un avis au Conseil

d’Administration de l’EPAS qui statuera

sur la meilleure façon d’aider

cette personne dans le besoin.

Il est possible aussi de se renseigner

auprès du pasteur Luc Flémal,

membre du CA, au 067/34.29.17 ou

luc.flemal@scarlet.be. Des flyers

sont à disposition et un site est

accessible : www.epas-belgique.be.

Si vous connaissez des personnes

âgées susceptibles d’être aidées

financièrement, n’hésitez pas à leur

parler de l’EPAS ou à nous contacter

pour connaître la procédure !

Pour le CA, L.Flémal

« I have a dream »

de Martin Luther King

Il y a 50 ans – le 4 avril 1968 – était assassiné

à Memphis le pasteur afro- américain

Martin Luther King.

Il était né le 15 janvier 1929, à Atlanta.

Dans les années 60, il devient le leader

du Mouvement des droits civiques, un

mouvement militant contre la ségrégation

raciale. Le 28 août 1963, il prononce

son plus célèbre discours, « I have

a dream », devant 250 000 personnes à

Washington D.C.

Dans ce discours, prononcé lors d’une

marche pour l’emploi et la liberté,

Martin Luther King exprime son rêve

d’une Amérique fraternelle où les Noirs

et les Blancs pourraient vivre ensemble

en harmonie et avec les mêmes droits.

Pour rendre ce rêve réel, il faut « garder

la foi en Dieu». Ce discours a eu un

impact important sur la situation des

Noirs américains. L’année suivante,

les premières lois civiques interdisant

toute discrimination au niveau des élections,

de l’emploi et des lieux publics

ont été adoptées.

Martin Luther King est devenu, à l’âge

de 35 ans, le plus jeune Prix Nobel de la

Paix pour son combat contre le racisme

de façon non-violente aux Etats-Unis.

Photo: Fotolia © Orham Çam

ggMosaïque n° 4


Les Concerts de la Chorale Royale

Protestante de Bruxelles

« Balade dans l’Europe musicale du XIXe siècle »

Beethoven, Berlioz, Mendelssohn, Verdi,

Rheinberger, Fauré, Elgar, Puccini,…

• Envoyez vos informations à la rédaction –

Rue Brogniez 44

1070 Bruxelles

Ou par courriel mosaique.epub@hotmail.fr

Tél : 071 52 91 03 - 0473 66 21 39

• Site Internet :

http ://www.epub.be/mosaique

• Merci de respecter les délais suivants :

• le 24 mars pour le numéro de mai.

• le 24 avril pour le numéro de juin.

• le 24 mai pour le numéro de juillet.

avril 2013 ggMosaïque

Chorale Royale Protestante de Bruxelles

Tzvetana Guigova, piano

Direction: Daniel BURDET

Samedi 27 avril 2013 à 20h

Salle Gothique de l’Hôtel de Ville de Bruxelles

Places UNIQUEMENT en prévente

(pas de caisse au concert) :

15 EUR (drink inclus)

À verser au compte BE30 3101 1110 6011

(Frais d’envoi : 0,67 EUR)

Info :

Chorale Royale Protestante de Bruxelles

02-332 06 66 www.crpb.be

Site : www.aprt.be

Vous pouvez demander et recevoir le trimestriel « Son et Lumière » en écrivant à l’APRT , rue Brogniez, 44 – 1070 Bruxelles

Les opinions exprimées dans Mosaïque

n’engagent que leurs auteurs.

• ABONNEMENTS ANNUELS

Individuel : 20 €

Groupe : 15 €

Soutien : 30 €

envoyez vos nom et adresse ainsi que

votre règlement suivant formule choisie

à MOSAÏQUE

Rue Brogniez 44,

1070 Bruxelles

Compte : Iban : BE 29068071580064

Bic GKCCBEBB

Ressourcement et Spiritualités

Protestante

La retraite RSP se tiendra à l’abbaye de Chimay du

vendredi 3 au dimanche 5 mai.

Elle sera animée par le pasteur Jean-Pierre Nizet de

l’Eglise Protestante Unie de France sur le thème :

« Esther, Jésus, les allers-retours dans l’infini

du texte biblique ».

Renseignements et inscriptions auprès de Mr Jean

Cornez Tél 02 / 384.99.20. ou Jean.cornez@kynet.be

Attention : nombre de places limités.

Votre inscription ne sera définitive qu'à la réception

du montant total du séjour !

CROIX HUGUENOTE.

Vente de croix huguenotes murales au profit

du fond d'études "J'aide un enfant".

Les croix, en céramique synthétique et en teinte brun clair

ou foncé, sont vendues au prix de 10,-€/p. + frais d'envoi.

Désirez-vous placer une commande, versez 12,50 €

(port incl.)/p. au compte BE68 4045 0708 5134 de Jean

LENDERS à Kapellen.

Après réception de votre ordre vous recevrez l'objet de

votre commande endéans 2 à 3 semaines via Bpost.

Jean Lenders - Dorpstraat, 59/4 - 2950 Kapellen

Courriel: jean.lenders@skynet.be

Téléphone: 03/666.24.99

• Éditeur responsable :

S. Fuite,

Rue Brogniez 44 – 1070 Bruxelles

• Équipe de rédaction :

Brigitte Alessandroni Fomine,

Patrick Wilmotte,

Pr. Jeanne Somer- Gotteland

Joëlle Maystadt

• Collaborateurs : R. H. Boudin, S-P. Schümmer,

J. Van Damme-Fercot , V. Dubois, B. Lopez

• Collaborateurs régionaux :

Hainaut Occidental : A. Benini.

HONL : B. Alessandroni, R. Browet.

Liège : L. Sotiaux.

Brabant : J. Maystadt, P. Wilmotte

• Imprimerie : sa N. de Jonge, Grimbergen

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Photo: B.A.F.

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