3 Le Joyau Noir

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3 Le Joyau Noir

ils pourraient au moins s’abriter de la pluie. Les sabots aigus des

chèvres s’enfonçaient dans la terre gorgée d’eau. Une sourde

douleur réapparut dans le crâne du jeune duc, et il éprouva

aussitôt une sensation pénible, l’impression qu’un animal lui

rongeait le cerveau. Respirant avec peine, il se cacha le visage au

creux du bras, tandis qu’Oladahn, compatissant, l’observait en

silence.

Enfin, ils atteignirent la lisière de la forêt. Leur avance devint

encore plus difficile, et ils durent contourner les mares d’eau

noirâtre qui s’étaient formées partout. Les branches et les troncs

des arbres semblaient difformes, tournés vers le sol plutôt que

vers le ciel. Leur écorce était noire ou d’un brun très sombre et

ils ne portaient aucun feuillage. Malgré cela, la forêt paraissait

dense, presque impénétrable. À l’orée, un fossé empli d’eau,

telle une douve, protégeait les arbres.

Les chèvres pataugèrent un instant dans l’eau bourbeuse,

tandis que leurs cavaliers se baissaient pour passer sous les

branches basses. Bien que le sol fût tout aussi spongieux

qu’ailleurs, les arbres les protégeaient au moins de la pluie.

Cette nuit-là, ils firent halte en un endroit presque sec.

Hawkmoon essaya d’aider son compagnon à préparer un feu,

mais il dut bien vite s’asseoir, le dos contre un tronc, haletant,

étreignant son front de ses mains tremblantes.

Le lendemain matin, ils reprirent leur marche, coupant à

travers la forêt. Oladahn menait la monture d’Hawkmoon, car le

duc de Köln était incapable à présent de se tenir autrement

qu’affalé sur l’encolure de sa bête. Vers la fin de la matinée, ils

perçurent des voix humaines et se dirigèrent vers l’endroit d’où

elles semblaient provenir.

C’était une sorte de caravane, qui progressait péniblement

dans la boue, se frayant un chemin entre les arbres. Une

quinzaine de chariots, dont les bâches de soie rouges, jaunes,

bleues et vertes ruisselaient de pluie. Des bœufs et des mules les

tiraient, muscles bandés par l’effort, leurs sabots dérapant sur le

sol spongieux, tandis que les conducteurs les excitaient de la

voix, du fouet et de la badine. À l’arrière des chariots, des

hommes arc-boutés poussaient de toutes leurs forces, pendant

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