3 Le Joyau Noir

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3 Le Joyau Noir

apaisé, il commença le discours traditionnel qui devait marquer

l’ouverture des festivités.

— Antique peuple de Kamarg, que le destin a préservé des

fléaux du Tragique Millénaire, vous qui avez reçu la vie, fêtez-la

aujourd’hui. Vous dont les ancêtres furent sauvés par le

farouche mistral, qui nettoya les cieux des poisons qui

apportèrent aux autres la mort et les difformités, remerciez par

cette fête la venue du Vent de Vie !

À nouveau les vivats s’élevèrent, et les trompettes sonnèrent

une seconde fois. Puis, dans l’arène, douze gigantesques

taureaux firent irruption. Affolés, ils parcouraient la piste en

tous sens, la queue dressée, les naseaux dilatés, les yeux

flamboyants, leurs cornes acérées brillant dans le soleil.

C’étaient là les meilleurs taureaux de combat de Kamarg, qu’on

avait entraînés pendant un an en vue de ce moment. Ils allaient

affronter des hommes aux mains nues qui tenteraient

d’arracher les guirlandes qu’on avait enroulées autour de leur

garrot et de leurs cornes.

Puis, des gardians à cheval pénétrèrent dans l’arène, saluant

la foule, et regroupèrent les bêtes pour les ramener à leurs

stalles.

Lorsque cette opération délicate fut achevée, le maître de

cérémonie fit son entrée. Il était vêtu d’une cape couleur d’arcen-ciel,

d’un chapeau à larges bords d’un bleu soutenu, et

portait à la main un porte-voix doré, à l’aide duquel il allait

annoncer la première course.

Amplifiée à la fois par l’instrument et par l’acoustique

étudiée du théâtre, la voix de l’homme retentit comme le

mugissement d’un taureau en colère. Il nomma d’abord

l’animal, Cornerouge, d’Aigues-Mortes, à Pons Yachar, le

célèbre éleveur, et, immédiatement après, le principal toréador,

Mahtan Just, d’Arles. Puis il fit volter son cheval et quitta la

piste. Immédiatement, Cornerouge jaillit du toril, frappant l’air

de ses cornes. Les rubans rouges qui les ornaient flottaient dans

le vent.

Cornerouge était un taureau gigantesque, de plus de cinq

pieds au garrot. Sa queue fouettait ses flancs comme celle d’un

lion ; ses yeux rouges flamboyaient, fixant la foule qui

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