VERS LES gROS jObS - Route Verte

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VERS LES gROS jObS - Route Verte

Photos : m a r i e -c l a u d e h a m e l

Novembre 2010

ma carrière Recrutement

par René Lewandowski

ILS OUVRENT LES pORTES

VERS LES

gROS jObS

Vous visez un poste de prestige ? Vous devez vous faire

connaître de ces cinq chasseurs de têtes, les meilleurs en ville.

Tenez-vous le pour dit, les services de recrutement sont

comme les autres services professionnels, il y en a des

bons et des mauvais. Les premiers sont performants, les deuxièmes

font leur possible. Il existe une troisième catégorie : les superstars.

Ceux-là obtiennent les mandats les plus importants. Ils travaillent

pour les plus grandes entreprises et recrutent les plus hauts dirigeants

du pays. Les postes les plus prestigieux et les plus payants,

c’est souvent par eux qu’on les obtient.

Mais qui sont-ils au juste ? Voilà la question ! En effet, si les chasseurs

de têtes connaissent beaucoup de monde, bien peu de gens

savent qui ils sont. Normal, c’est leur métier d’être discret !

Nous avons décidé d’abattre ce mur de silence et frappé à la

porte de cinq supervedettes du recrutement de haut niveau. Trois

hommes et deux femmes qui, tous les jours, sont en contact avec les

plus grandes entreprises dans le but de leur procurer les meilleurs

talents. Nous les avons d’ailleurs choisis pour une seule raison : ils

dominent leur profession. Et si vous excellez dans la vôtre, il y a de

bonnes chances pour que vous vous trouviez un jour dans leur mire.

En attendant, découvrez-les dans nos pages…

Marc Normandin

Si vous êtes du genre à courir les cocktails, les restaurants branchés

et les terrains de golf, il y a peu de chances que vous y croisiez

jamais Marc Normandin. Aux soirées mondaines, il préfère la

tranquillité de son bureau de la Place Ville Marie. L’homme

est discret, à l’image d’Egon Zehnder International, la firme

suisse qui l’emploie depuis huit ans. Rarement lirez-vous le

nom de cette société dans les médias ; elle existe pourtant

depuis 45 ans, et parmi les firmes de recrutement de cadres

de haut niveau, c’est l’une des plus importantes du monde.

25

LE dISCRET

A


26

Novembre 2010

ma carrière Recrutement

Si vous

dominez dans

votre profession,

il y a de bonnes

chances que

vous soyez dans

leur mire.

A

Marc

Normandin

43 ans

Associé-directeur du bureau

de Montréal d’Egon Zehnder

B

Geneviève

Falconetto

45 ans

Associé-directeur, Odgers

Berndtson, Montréal

C

Pascal Becotte

40 ans

Directeur général,

Spencer Stuart

B

« Notre métier repose sur la confidentialité,

nous sommes donc toujours un peu gênés d’ouvrir

notre kimono », dit celui qui dirige le bureau

montréalais.

De toute façon, ce n’est pas vraiment important

que vous connaissiez personnellement ce recruteur

de haut niveau. Car si vous excellez dans ce

que vous faites et que vous avez l’ambition et le

potentiel de monter plus haut, il y a de bonnes

chances qu’il le sache. Car il a beau être discret, il

a des oreilles partout, grâce au réseau mondial

d’Egon Zehnder et au sien, qu’il cultive minutieusement.

Oui, Marc Normandin connaît beaucoup

de monde dans la communauté des affaires.

« Un jour ou l’autre, on finit toujours par entendre

parler d’un candidat prometteur », dit-il.

Les grandes entreprises, elles, le connaissent

bien, la plupart d’entre elles sont ses clientes. Tout

comme ses concurrents, qui le respectent. « Je

n’aime pas perdre un mandat, mais s’il faut en perdre

un, je préfère que ce soit aux mains de Marc

Normandin, car je sais que le client sera bien traité

», dit Pascal Becotte, le patron de Spencer Stuart,

à Montréal.

Au tableau de chasse de Marc Normandin, plusieurs

belles prises. En 2007, c’est Egon Zehnder qui

a recruté l’avocat Hubert Lacroix pour diriger Radio

L’éTOILE MONTANTE

Canada. Et l’an dernier, Marc Normandin a personnellement

piloté un mandat pour le CHU de

Montréal, qui cherchait un nouveau directeur général.

Il l’a finalement trouvé à …Rouen, en France !

« Marc, c’est un pro, je l’ai senti dès notre

premier contact », dit le Français Christian Paire,

61 ans, qui dirige le CHU de Montréal depuis

décembre. Il explique qu’il a particulièrement aimé

sa délicatesse quant à sa situation personnelle.

« Quitter un emploi, un pays et une famille pour un

travail à l’étranger n’est jamais facile. Marc l’a très

bien compris et je l’ai apprécié. »

Pascal Becotte

Pascal Becotte a beau être recruteur professionnel

depuis une quinzaine d’années, c’est sur un terrain

de golf qu’il a véritablement compris son métier.

C’était il y a trois ans, lors d’un cours privé, juste

avant une « ronde » avec des amis. Son entraîneuse,

une femme d’une soixantaine d’années, lui a alors

enseigné l’art du bon élan : non seulement faut-il

se concentrer sur le moment de l’impact avec la

balle, il faut aussi surveiller les moments qui précèdent

le contact et y succèdent.

Pour le patron de Spencer Stuart à Montréal,

cela a été comme une illumination.

« C’est la même chose pour le recrutement de


haut niveau, dit-il. Il faut s’occuper des clients et

des candidats avant et après, pas seulement en

cours de mandat. »

Leçon apprise, leçon retenue. Car depuis, il

oublie quelque peu les mandats présents et se soucie

davantage des clients et des candidats.

« C’est la clé, dit-il, s’intéresser réellement aux

gens en tout temps. »

C’est pour cela que Pascal Becotte passe le plus

clair de son temps en leur compagnie. Il ne dîne

Comment leur dire non…

Peut-on refuser l’offre

d’un super chasseur

sans se brûler à vie ?

Ne riez pas, car cela

pourrait bien vous

arriver. La réponse

est pourtant simple :

oui, mais comme le

chantait Brel, tout est

dans la manière.

En fait, c’est une

question de vitesse.

Comme vous, ils n’ont

pas de temps à perdre.

Ils veulent être fixés le

plus vite possible.

Donc, si très tôt vous

savez que le poste ne

vous intéresse pas, ou

que vous n’êtes pas

prêt à déménager, ou

que vous vous plaisez

Des montres de luxe,

Pour obtenir un gros job,

il faut être ponctuel !

p. 39

C D

L’huManIste

jamais seul, répond rapidement à tous ses appels,

rencontre constamment clients et candidats, qu’ils

aient ou non un mandat à lui confier, ou qu’ils

soient ou non promis à un poste.

Va pour le côté networking. Mais l’homme est

aussi un bourreau de travail. Il peut téléphoner et

parler personnellement à 80 candidats potentiels…

sur un seul mandat !

Pas étonnant que la carrière de ce jeune papa de

cinq petites filles ait décollé comme une balle de

dans votre poste

actuel, dites-le leur

sur-le-champ. Plus vite

vos intentions seront

claires, plus ils vous

respecteront. Et

penseront à vous une

prochaine fois.

« Nous voulons avoir

l’heure juste le plus

tôt possible », dit

La sPéCIaLIste

Pascal Becotte.

Le problème, c’est

quand vous faites

traîner les choses.

Ou pire, lorsque vous

entamez le processus

de sélection et qu’en fin

de compte, vous dites :

« Finalement, j’en ai

parlé à ma femme

hier et elle ne veut

27

D

Brigitte Simard

45 ans

Associée, Korn/Ferry,

Montréal

pas déménager ».

« Ce genre d’attitude

est inacceptable ! »

dit Richard Joly, de

Leaders & Cie. Il

explique que cela lui

est arrivé à quelques

occasions. Chaque fois,

il a pris la décision de

ne jamais rappeler

ce candidat…


E

LE VéTéRaN

E

Richard Joly

49 ans

Président, Leaders & Cie

Tiger Woods ! Il y a 18 mois, c’est lui qui a recruté

le trésorier de Postes Canada, Steven Galezowski.

L’an dernier, il a chassé et trouvé le nouveau PDG

de Via Rail, Marc Laliberté. Et récemment, il a

placé Oliver Fratzscher, le nouvel économiste en

chef de la Caisse de dépôt.

« Il m’a suivi du début à la fin du processus de

recrutement, dit Marc Laliberté, impressionné par

le recruteur. En fait, il m’a même rappelé après ma

nomination… pour m’aider à rencontrer mes collègues

des autres sociétés de la Couronne ! »

Brigitte Simard

Si un jour vous croisez Brigitte Simard, ne lui dites

surtout pas qu’elle est une chasseuse de têtes.

Comme ses collègues qui exercent le même métier,

elle déteste cette expression, qu’elle juge inappropriée.

« Nous sommes des chasseurs de talents »,

rectifie la jeune associée du bureau de Korn/Ferry,

à Montréal.

Du talent, Brigitte Simard n’en manque pas,

comme en témoigne son ascension rapide dans

l’univers du recrutement de haut niveau. Il y a trois

ans, elle était encore chez IBM, dans les services-

Novembre 2010

ma carrière Recrutement

conseils ; aujourd’hui, elle recrute les PDG et

les cadres supérieurs des sociétés les plus

importantes.

« J’ai plus de 40 mandats qui roulent en même

temps ! » dit la recruteuse. Elle souligne qu’après

une baisse d’activité due à la crise, le marché a bien

repris au cours de la dernière année.

Brigitte Simard a aussi développé son propre créneau

: les femmes, qu’elle recrute pour les conseils

d’administration ou pour des postes de haute direction.

En août dernier, c’est elle qui a convaincu l’exprésidente

de la Chambre de commerce du Montréal

métropolitain, Isabelle Hudon, de prendre la

tête de la financière Sun Life au Québec.

Sa force ? Elle connaît à fond le milieu industriel

de ses clients. C’est pourquoi elle se limite à quelques

secteurs : services financiers, télécommunications,

technologies de l’information.

« On ne peut pas être bon dans tout », dit la

consultante, qui vient elle-même de ces milieux-là,

ce qui explique sans doute pourquoi elle est capable

de bien saisir les besoins d’un client et de lui

trouver le bon candidat.

Mais Brigitte Simard a d’autres qualités.

« Elle n’est pas un chasseur de têtes traditionnel

», dit Isabelle Hudon, qui avoue avoir été séduite

par sa personnalité. Elle explique qu’au tout

début, elle n’était pas intéressée par la présidence

de la Sun Life. Cependant, à force de discuter avec

la recruteuse, elle a peu à peu changé d’avis.

« C’est avec elle que j’ai vraiment allumé et que

j’ai commencé sérieusement à considérer le poste,

dit Isabelle Hudon. Car Brigitte m’a forcé à réfléchir

sur ce que j’aimais le plus et le moins dans

un job. »

Geneviève Falconetto

Trois fois en quinze ans, Geneviève Falconetto a

été approchée pour devenir recruteuse de haut niveau.

Chaque fois, elle a refusé. Et puis, un beau

jour de 2006, elle succombe. Le cas du chasseur de

têtes chassé !

« À 25 ans, on manque de vécu et de connaissances

des affaires pour faire ce métier », explique la

femme de 45 ans, qui dirige le bureau montréalais

d’Odgers Berndtson, une firme qui compte 52 places

d’affaires dans le monde.

Du vécu, elle en a, puisqu’elle a passé plus de

20 ans en TI et en finances chez Dun & Bradstreet

et chez People Soft. Un avantage sur ses concurrents,

dit-elle, car sa connaissance des affaires lui

permet de bien saisir les problèmes des clients et

de les régler en leur trouvant les bons candidats.

« Parce que je connais les affaires, je peux poser

des questions plus précises aux candidats,

explique-t-elle. Je peux ainsi déterminer plus rapidement

s’ils ont le potentiel pour le poste

ou non. »


29

Potentiel ou non, tous ses candidats doivent

passer le test des « six références », c’est-à-dire

deux anciens patrons, deux ex-collègues et deux

ex-employés avec lesquels ils ont déjà travaillé.

Geneviève Falconetto les rencontre tous en face à

face pendant au moins une heure et les bombarde

de questions. Une question très révélatrice est posée

à tous : « Selon vous, qu’est-ce que les autres

pourraient dire de mal du candidat ? »

Elle écoute leurs réponses, mais aussi ce qu’ils

ne disent pas. « Dans certaines situations, il y a des

silences qui parlent », dit-elle. Chose certaine, sa

méthode donne des résultats. Et elle semble appréciée

de la clientèle.« Elle est super hot ! » dit l’avocat

Marcel Aubut, président du Comité olympique

canadien. Il y a quelques mois, il cherchait à embaucher

un chef de la direction et secrétaire général

pour le COC. Dans son réseau, il avait entendu

parler de cette nouvelle recruteuse. Il l’a appelée,

et dès qu’il l’a rencontrée, il a immédiatement été

impressionné par son dynamisme. « Au lieu d’un

seul mandat, je lui en ai donné trois d’un coup ! »

dit Marcel Aubut.

Richard Joly

Trois semaines. C’est le laps de temps qui s’est

écoulé entre le moment où David Dembski a reçu

l’appel d’un chasseur de têtes et celui où il a obtenu

le poste. Pas n’importe quel emploi. On parle

ici du nouveau vice-président de Bombardier

Transport (Amérique du Nord) à Thunder Bay !

« C’est vrai, cela s’est fait vite, dit David Dembski.

Le recruteur a été d’une efficacité incroyable. » Ce

recruteur, c’est Richard Joly, 49 ans. Pour ce mandat,

il a communiqué avec le candidat, organisé des

rencontres secrètes avec des décideurs de Bombardier,

loué des salles de réunion, fait la navette entre

Montréal, Toronto et Thunder Bay, fait le suivi tant

du candidat que de son client, Bombardier… Tout

cela, avec la plus grande discrétion.

Étonnant ? Pas vraiment. Richard Joly est connu

dans l’univers montréalais du recrutement de haut

niveau. Et tous reconnaissent son talent. « Un des

recruteurs les plus respectés de Montréal », dit Nathalie

Francisci, de Mandrake, et chroniqueuse

à a+.

Il a d’abord fait sa marque chez Korn/Ferry,

puis, insatisfait du modèle d’affaires des grands

cabinets de recrutement, il a décidé de lancer sa

propre firme en 2007, Leaders & Cie.

« J’avais envie de miser davantage sur la qualité

», dit-il.

Sa petite entreprise compte aujourd’hui une

demi-douzaine de personnes. Cela ne l’empêche

pas d’obtenir des mandats importants. Bombardier,

Dorel, Rogers Media, Rona… toutes ces grandes

entreprises lui confient des dossiers, soit pour des

postes de haute direction, ou encore pour placer

Comment se faire remarquer ?

D’habitude, ce sont eux qui vous trouvent .

Mais peut-on quand même se faire connaître

des meilleurs chasseurs de têtes ? Voici cinq

conseils pour maximiser vos chances…

1 Le temps : c’est bête à dire,

mais rien n’a plus de valeur à leurs

yeux que l’expérience. Si vous débutez

sur le marché du travail ou

ne comptez que cinq ans d’expérience,

ne comptez pas sur eux

pour vous trouver l’emploi de vos

rêves. « Il faut 15 ans d’expérience

pour être considéré pour un poste

de très haut niveau », dit Geneviève

Falconetto, associée chez

Odgers Berndtson.

2 Vous : impossible d’aller plus

vite, mais le temps peut devenir

votre allié si vous investissez

constamment dans vos compétences.

Soyez bon. Non, soyez le

meilleur dans ce que vous faites.

Ultimement, ce sera votre meilleure

carte professionnelle.

3 Bougez ! La grande faiblesse

des jeunes cadres, c’est que leur

expérience se limite à une ou deux

fonctions spécifiques (finances,

marketing, etc.) dans l’entreprise,

souligne Pascal Becotte, de Spencer

Stuart. Alors, bougez ! À la fois

à l’in­terne, en demandant d’être

muté dans d’autres fonctions, mais

aussi à l’externe, en allant travailler

des membres sur leur conseil d’administration. Récemment,

Richard Joly a recruté le PDG de Petronav,

une société de transport maritime.

Pour trouver le bon candidat, Richard Joly mise

sur ce qu’il appelle le bon fit des valeurs. Un candidat

peut être très compétent dans une entreprise,

explique-t-il, mais très mauvais dans une autre, simplement

parce que ses valeurs concordent avec celles

de la première, et pas avec celles de la seconde.

« Au-delà des compétences et des habilités, c’est

le système de valeurs personnelles que je cherche

à comprendre. Quand le l’ai trouvé, j’ai fait une

grande partie du travail. »

à l’étranger. « Pour devenir PDG, il

faut une diversité d’expériences »,

dit Pascal Becotte.

4 Réseautez efficacement :

être membre d’une chambre de

commerce, courir les cocktails et

les 5 à 7, assister à des conférences…

tout cela, c’est très bien,

mais inutile si vous le faites mal.

Pour maximiser vos efforts, ciblez

vos actions, suggère Geneviève

Falconetto. Par exemple, un soir

donné, assurez­vous de rencontrer

celui ou celle par qui vous voulez

être vu.

5 Réseautez dans les bons

cercles… et déléguez : vous pouvez

toujours envoyer votre carte

professionnelle aux chasseurs de

têtes, mais franchement cela ne

sert presque à rien. Investissez

plutôt dans votre réputation et réseautez

avec des gens qui les

connaissent... et qui pourront parler

de vous en bien. « Si un jeune

cadre me dit qu’il est bon, je veux

bien le croire, dit Marc Normandin,

d’Egon Zehnder. Mais si un PDG

me parle de lui en bien et me le

recommande, alors là je vais vouloir

le rencontrer. »

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