Attitudes - Consensus Online
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CONSENSUS<br />
pour le praticien<br />
CARDIO<br />
<strong>Attitudes</strong><br />
Traitements cardiovasculaires<br />
et réactions cutanées<br />
Différencier une cardiomyopathie<br />
arythmogène du ventricule droit<br />
d’une TV bénigne infundibulaire<br />
Débat<br />
Nicolas Postel-Vinay et Simon Weber :<br />
quelle place pour l’automesure<br />
tensionnelle ?<br />
En cahier<br />
Registre<br />
CONSENSUS<br />
PREVENIR III : l’association antiagrégant<br />
plaquettaire-statine sur le pronostic<br />
à six mois des coronariens<br />
Question juridique<br />
Cardiologie et sport : la responsabilité<br />
liée au certificat<br />
Congrès<br />
Diabéto<br />
central pour le cardiologue<br />
22 e Salon de Cardiologie<br />
Pratique & <strong>Consensus</strong><br />
pour le praticien<br />
N° 19 • Cahier 1 - Mai 2006<br />
MediQ uid
Rédacteur en chef<br />
Nicolas Danchin<br />
Comité scientifique<br />
Éric Abergel<br />
Patrick Attuel<br />
Christophe Bauters<br />
Romain Cador<br />
Jean-Noël Fabiani<br />
Jean-François Leclercq<br />
Jean-Yves Le Heuzey<br />
Jean-Michel Mallion<br />
Hugues Milon<br />
Jean-Jacques Mourad<br />
Hanna Raffoul<br />
Simon Weber<br />
Comité éditorial<br />
Alain Berrebi<br />
Didier Blanchard<br />
Éric Bruckert<br />
Bernard Charbonnel<br />
Stéphane Cosson<br />
Yves Cottin<br />
Laurent Fauchier<br />
Pascal Guéret<br />
Alain Hagège<br />
Yves Juillière<br />
Serge Kownator<br />
François Luizy<br />
Nicolas Meneveau<br />
François Philippe<br />
Pascal Poncelet<br />
Rédacteur en chef<br />
Serge Halimi<br />
Comité scientifique<br />
Fabrice Bonnet (Lyon)<br />
Pierre-Henri Ducluzeau (Angers)<br />
Pascale Massin (Paris)<br />
Directeur de la publication<br />
Yves Nadjari<br />
Directeur médical<br />
Anne Teyssédou-Mairé<br />
Éditeurs adjoints<br />
Alexandre Nadjari<br />
Fabrice Nadjari<br />
Secrétaire de rédaction<br />
Virginie Condamine<br />
Coordination commerciale<br />
Muriel Fixot<br />
Valérie Renouf<br />
Congrès<br />
Christine Albessard<br />
Christine Salinas<br />
MEDIQUID, 122, rue d’Aguesseau,<br />
92641 Boulogne-Billancourt Cedex<br />
Téléphone : 01 55 38 91 85<br />
Rédaction : redaction@mediquid.fr<br />
Publicité : publicite@mediquid.fr<br />
ISSN : 1767-5162<br />
Commission paritaire : 0606 T 84960<br />
Corlet Imprimeur SA<br />
ZI, route de Vire 14110 Condé-sur-Noireau, France<br />
Prix au numéro : 4 €<br />
pour le praticien<br />
CONSENSUS<br />
Diabéto pour le cardiologue<br />
DR<br />
Éditorial ditorial<br />
Echographie endocoronaire,<br />
histologie virtuelle<br />
et palpographie :<br />
gare à la fascination !<br />
Dans un tout récent article paru dans le Journal of the American College of<br />
Cardiology, l'équipe du Thorax Center de Rotterdam évalue l'apport des<br />
nouvelles techniques d'imagerie endocoronaire dans une série couvrant<br />
l'éventail des pathologies coronaires. On connaît bien l'échographie<br />
endocoronaire descriptive en niveaux de gris, qui permet de définir le volume<br />
des plaques athéromateuses et, dans une certaine mesure, leur anatomie. Ce sont<br />
ces techniques qui ont servi à évaluer l'impact des traitements dans les études<br />
REVERSAL, ACTIVATE ou ASTEROID. Mais les cardiologues du Thorax Center<br />
vont plus loin, rapportant les résultats de techniques complémentaires, comme<br />
l'histologie virtuelle ou surtout la palpographie. Cette dernière méthode évalue<br />
les propriétés mécaniques de l'artère en fonction des changements du régime<br />
de pression intraluminale et elle est capable de repérer les zones qui sont le siège<br />
de forces de contrainte élevées, susceptibles d'être à l'origine des ruptures<br />
de plaques. La série comprend 67 patients ayant tantôt une maladie coronaire<br />
stable, tantôt un syndrome coronaire aigu sans sus-décalage, tantôt un infarctus<br />
avec sus-décalage et chez lesquels l'examen a été répété après plusieurs mois<br />
de traitement médicamenteux.<br />
Globalement, aucun changement n'est observé pour ce qui concerne le volume<br />
des plaques athéromateuses de moins de 50 %. En revanche, la palpographie<br />
permet de constater une diminution du nombre et de l'étendue des zones de<br />
contrainte élevées au fil du temps : cette diminution est considérable, de plus<br />
de moitié chez les patients ayant eu un infarctus, elle est moindre chez ceux<br />
sortant d'un syndrome coronaire aigu et inexistante chez les patients stables,<br />
chez lesquels il n'apparaît pas de changement des propriétés mécaniques des<br />
plaques. Ainsi, la palpographie constituerait un moyen de caractériser de<br />
façon fine les plaques d'athérome coronaire, en repérant les zones de fragilité<br />
de l'artère.<br />
Elle deviendrait alors un moyen idéal pour évaluer l'impact de différents<br />
traitements sur l'évolution des plaques athéromateuses.<br />
Il faut pourtant se garder de la fascination que peuvent exercer sur nos esprits<br />
sensibles ces images spectaculaires. La palpographie est encore une technique<br />
jeune, qui nécessite une validation à beaucoup plus large échelle avant de<br />
pouvoir être considérée comme un outil réellement pertinent.<br />
Il faut incontestablement d'autres études pour voir si l'évolution des<br />
caractéristiques de la paroi artérielle par une telle méthode est réellement<br />
corrélée à l'évolution clinique : c'est à cette seule condition que l'on pourra<br />
envisager d'utiliser la palpographie comme critère de jugement de l'efficacité<br />
des nouveaux traitements de la maladie athéromateuse.<br />
Il reste ainsi bien du chemin à parcourir. Mais plus encore, si la palpographie<br />
ou l'histologie virtuelle constituent indéniablement des méthodes de recherche<br />
potentiellement passionnantes, on est toujours bien loin de leur utilisation clinique<br />
en routine : allez dire à un patient que vous venez de palper (virtuellement !)<br />
qu'il risque de faire un infarctus dans les huit jours qui suivent…<br />
Nicolas Danchin<br />
Rédacteur en Chef<br />
3 CONSENSUS CARDIO pour le praticien - N° 19 • Mai 2006
DR<br />
Nous avons la chance<br />
de pouvoir offrir aux<br />
cardiologues un<br />
double espace de<br />
formation et de<br />
dialogue : le journal<br />
<strong>Consensus</strong> Cardio,<br />
que vous avez placé<br />
comme ayant le meilleur ratio<br />
audience/indice d’intérêt de la presse<br />
cardiologique, et le Salon de<br />
Cardiologie Pratique & <strong>Consensus</strong>,<br />
qui a accueilli cette année plus de<br />
1 500 médecins sur 150 heures de<br />
FMC.<br />
Cette exceptionnelle interaction<br />
journal-salon, qui a franchi une étape<br />
cette année, continuera à se développer<br />
dans le futur.<br />
Vous trouverez donc un compte rendu<br />
(non exhaustif bien sûr) des 150 heures<br />
de FMC et d’un certain nombre<br />
de communications.<br />
Les <strong>Attitudes</strong> sont présentes avec un<br />
débat contradictoire sur la place de<br />
l’automesure tensionnelle, le Cahier<br />
de <strong>Consensus</strong> Diabéto, dont le succès<br />
est maintenant établi, est également<br />
dans ce numéro.<br />
Nous poursuivons la rubrique Registre<br />
et tous les thèmes qui font la richesse<br />
de votre journal.<br />
La qualité de l’information étant notre<br />
objectif prioritaire, ce numéro s’est<br />
efforcé d’être le plus complet possible.<br />
Comme toujours nous sommes en<br />
attente de vos réflexions et suggestions.<br />
À bientôt.<br />
En couverture :<br />
Steve Allen<br />
Yves Nadjari<br />
Directeur de la publication<br />
ynadjari@mediquid.fr<br />
Ce numéro comporte un supplément de<br />
12 pages « Les associations médicamenteuses<br />
dans l’hypertension artérielle »<br />
Sommaire<br />
ÉDITORIAL . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 3<br />
Nicolas Danchin<br />
ATTITUDES<br />
Traitements cardiovasculaires et réactions cutanées . . . . . . . . . . . . . . . . .6<br />
Françoise Beer, Jean-Claude Beer, Yves Cottin<br />
Différencier une cardiomyopathie arythmogène du ventricule<br />
droit d'une tachycardie ventriculaire bénigne infundibulaire ? . . . . . . . .14<br />
Laurent Fauchier<br />
DÉBAT<br />
Quelle place pour l’automesure tensionnelle ? . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .18<br />
Les points de vue de Nicolas Postel-Vinay et Simon Weber<br />
REGISTRE<br />
PREVENIR III : l’association antiagrégant<br />
plaquettaire-statine sur le pronostic à 6 mois des patients coronariens . .22<br />
François Philippe<br />
QUESTION JURIDIQUE<br />
Cardiologie et sport : la responsabilité liée au certificat . . . . . . . . . . . .24<br />
Frédérique Claudot, Yves Juillière<br />
CONSENSUS<br />
Diabéto pour le cardiologue<br />
Rédacteur en chef<br />
Serge Halimi (Grenoble)<br />
Comité scientifique<br />
Fabrice Bonnet (Lyon)<br />
Pierre-Henri Ducluzeau (Angers)<br />
Pascale Massin (Paris)<br />
CONGRÈS<br />
Éditorial . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .31<br />
Serge Halimi<br />
Les douleurs des membres inférieurs<br />
chez le diabétique : artérite<br />
ou neuropathie ? . . . . . . . . . . . . . . . .32<br />
Jean-Louis Richard<br />
Le tabagisme : un néphrotoxique<br />
à part entière . . . . . . . . . . . . . . . . . . .37<br />
Philippe Zaoui<br />
Maladies cardiovasculaires :<br />
différences et points communs<br />
diabétiques/non-diabétiques . . . . . . . .39<br />
Maia Gouffrant<br />
22 e Salon de Cardiologie Pratique & <strong>Consensus</strong> . . . . . . . . . . . . . . . . . .45<br />
ACTUALITÉS DU MÉDICAMENT . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 70<br />
5 CONSENSUS CARDIO pour le praticien - N° 19 • Mai 2006
<strong>Attitudes</strong><br />
Traitements cardiovasculaires<br />
et réactions cutanées<br />
Françoise Beer, Jean-Claude Beer, Yves Cottin, hôpital du Bocage, Dijon<br />
Compte tenu du nombre de médicaments utilisés<br />
en cardiologie, les incidents, en particulier cutanés,<br />
apparaissent rares ; mais lorsqu’ils surviennent,<br />
ils peuvent poser de difficiles problèmes diagnostiques.<br />
En effet, après avoir éliminé les autres causes (virales,<br />
alimentaires…), retrouver le médicament responsable<br />
est souvent délicat chez des malades polymédicamentés (1, 2) .<br />
La probabilité pour qu’un médicament soit responsable d’une<br />
réaction cutanée repose sur la recherche de :<br />
– l’imputabilité intrinsèque, qui regroupe des critères chronologiques,<br />
variant en fonction des effets secondaires et<br />
de la nature du médicament, et des critères sémiologiques ;<br />
– l’imputabilité extrinsèque fondée sur les données antérieures<br />
de publications et/ou des dossiers de pharmacovigilance.<br />
Les tests in vitro n’ont aucun intérêt et les tests cutanés ne<br />
seront possibles qu’une fois les médicaments incriminés arrêtés.<br />
Enfin, les tests seront éventuellement complétés par une<br />
réintroduction prudente lorsque l’imputabilité est moyenne,<br />
les tests négatifs et la toxidermie peu sévère. Et c’est bien sûr<br />
un test diagnostique de certitude quand l’effet secondaire se<br />
reproduit lors de la réintroduction du médicament.<br />
Urticaire et angioœdème<br />
(œdème de Quincke)<br />
La sémiologie des urticaires et angioœdèmes est la même<br />
qu’ils soient médicamenteux ou non. Ils sont la conséquence<br />
soit de phénomènes d’anaphylaxie médiée par des IgE spécifiques,<br />
et leur délai de survenue est rapide après la prise<br />
médicamenteuse (quelques minutes), soit de phénomènes<br />
anaphylactoïdes déclenchés par des médiateurs inflammatoires<br />
et le délai de survenue est plus long, supérieur à<br />
8 jours, entre la première prise du médicament et l’accident<br />
cutané. C’est dans cette dernière situation que se retrouvent<br />
les deux classes thérapeutiques les plus couramment responsables<br />
: les inhibiteurs de l’enzyme de conversion (IEC)<br />
et les sartans.<br />
Les IEC<br />
Il s’agit d’œdèmes du visage, des muqueuses, des extrémités<br />
ou viscéraux, rarement associés à des papules urticariennes<br />
prurigineuses. Ils surviennent par poussées qui peuvent<br />
régresser spontanément et leur sévérité est variable chez<br />
le même patient. Si le risque vital est rare par obstruction<br />
laryngée, détresse respiratoire, il a cependant été rapporté.<br />
Enfin, ce type d’accident peut survenir dès les premières<br />
semaines de traitement, mais il est parfois retardé de plusieurs<br />
mois à années. Même en l’absence de certitude sur sa<br />
responsabilité, l’IEC doit être arrêté en raison du risque vital<br />
potentiel. Si le médicament est responsable, l’angioœdème<br />
CONSENSUS CARDIO pour le praticien - N° 19 • Mai 2006<br />
6<br />
disparaît définitivement dans les 24 heures qui suivent son<br />
arrêt et le traitement ne doit pas être réintroduit. Dans cette<br />
situation, les tests cutanés ne sont pas possibles. La fréquence<br />
de ces accidents est de 0,1 à 0,7 %; ils sont un peu plus fréquents<br />
dans certaines populations : les femmes, les Noirs et<br />
les sujets âgés (mais ces médicaments sont beaucoup plus<br />
prescrits chez eux). Le mécanisme est mal connu plutôt pharmacologique<br />
qu’immunologique, et les IEC, en limitant la<br />
dégradation de la bradykinine, favorisent ses propriétés<br />
vasoactives, donc la formation d’œdèmes (3) .<br />
Les sartans<br />
Ils peuvent être responsables du même type de réaction. La<br />
fréquence est certainement très faible, mais mérite d’être<br />
connue car elle impose de la même façon l’arrêt définitif du<br />
médicament et les tests cutanés ne peuvent être réalisés (4, 5) .<br />
De plus, 30 % des patients ayant fait des angioœdèmes aux<br />
IEC peuvent en faire avec les sartans.<br />
Exanthèmes maculo-papuleux,<br />
éruptions eczématiformes,<br />
psoriasiformes, lichéniennes<br />
Ce sont certainement les manifestations cutanées qui posent<br />
le plus de problèmes quant à leur étiologie, l’origine médicamenteuse<br />
n’étant qu’une étiologie parmi d’autres. Elles<br />
font également partie des toxidermies les plus fréquentes.<br />
En faveur de leur origine médicamenteuse : le polymorphisme<br />
clinique avec intrication de différentes lésions élémentaires,<br />
l’association à une éosinophilie, l’existence sur le prélèvement<br />
cutané biopsique de nécroses kératinocytaires, de<br />
vacuolisations de la membrane basale et la présence<br />
d’éosinophiles intradermiques. Mais aucun de ces éléments<br />
n’est constant et l’histologie n’a souvent pas de caractère<br />
spécifique.<br />
L’éruption isolée sans autre manifestation clinique survient<br />
dans les 8 à 10 jours après la première prise médicamenteuse<br />
; elle disparaît progressivement, mais assez rapidement<br />
après l’arrêt. Des tests cutanés sont dans cette situation<br />
particulièrement contributifs.<br />
Parmi les médicaments incriminés :<br />
– Les bêtabloquants qui sont surtout responsables d’éruptions<br />
lichénoïdes (ressemblant au lichen plan), parfois<br />
photodistribuées; d’éruptions psoriasiformes ou d’exacerbations<br />
de psoriasis résistant aux thérapeutiques habituelles<br />
(6, 7) .<br />
Tous les bêtabloquants peuvent être incriminés, mais il faut<br />
noter que le remplacement du bêtabloquant responsable<br />
par un autre n’entraîne pas obligatoirement la reprise des<br />
phénomènes cutanés.<br />
La pathogénie de ces intolérances est mal connue : soit immunologique,<br />
soit pharmacologique.
Erythème maculo-papuleux + fièvre + adénopathies<br />
+ atteinte multiviscérale + hyperéosinophilie : DRESS Syndrome.<br />
– Les IEC et les sartans sont à l’origine d’exanthèmes maculo-<br />
(8, 9, 10).<br />
papuleux, d’éruptions eczématiformes, plus rarement<br />
Le remplacement d’un IEC par un autre ou un sartan peut<br />
être parfaitement toléré ou suivi d’une éruption identique.<br />
Dans cette situation, les tests cutanés sont importants non<br />
seulement pour préciser le médicament responsable, mais<br />
aussi pour rechercher s’il existe des allergies croisées entre<br />
ces différentes molécules qui pourtant n’ont pas toujours une<br />
structure chimique commune (11, 12) .<br />
– Les inhibiteurs calciques : une étude récente a montré que<br />
la prise chronique d’inhibiteurs calciques constituait un facteur<br />
de risque d’éruptions eczématiformes du sujet âgé. Le<br />
délai de survenue entre la première prise du médicament et<br />
l’incident cutané est très variable mais peut être très long,<br />
jusqu’à plusieurs années (13) .<br />
– Les héparines peuvent être responsables de placards eczématiformes<br />
aux points d’injection et parfois d’éléments à distance<br />
: exanthème maculo-papuleux, eczéma généralisé survenant<br />
deux jours à deux semaines après la mise en route<br />
du traitement (14) . Des tests cutanés doivent être réalisés pour<br />
éliminer une rare sensibilisation aux antiseptiques utilisés<br />
avant les injections, au nickel des aiguilles, ou aux conservateurs<br />
possiblement présents dans les héparines. Il faut tester<br />
les héparines utilisées, les héparines non utilisées et les<br />
héparinoïdes en raison du risque d’allergies croisées pour<br />
trouver des alternatives thérapeutiques. Enfin, s’il existe une<br />
allergie de ce type aux héparines et héparinoïdes, suivant<br />
7<br />
<strong>Attitudes</strong><br />
la situation médicale du patient, seront discutés soit héparinoïdes<br />
et corticoïdes locaux, soit l’hirudine.<br />
– Les statines sont également responsables de ce type d’éruption (15) .<br />
Syndrome d’hypersensibilité<br />
médicamenteuse ou DRESS Syndrome<br />
(Drug Reaction with Eosinophilia and<br />
Systemic Symptoms)<br />
Ce syndrome aigu associe une éruption maculopapuleuse<br />
diffuse extensive aboutissant à une atteinte généralisée (érythrodermie),<br />
de la fièvre souvent élevée, des adénopathies<br />
et une atteinte multiviscérale. Une hyperéosinophilie, une<br />
hyperlymphocytose, une cytolyse hépatique et une insuffisance<br />
rénale sont habituelles. En revanche, dans cette situation,<br />
la biopsie cutanée n’est pas spécifique. Ce syndrome<br />
survient huit à trente jours après la prise médicamenteuse et<br />
la régression est lente avec possibles récidives malgré l’arrêt<br />
du médicament responsable. Des formes sévères sont possibles<br />
parfois létales. Les traitements cardiovasculaires sont<br />
exceptionnellement incriminés et de façon très ponctuelle :<br />
on retrouve ici les médicaments suivants : hydrochlorothiazide,<br />
aténolol, diltiazem, captopril, fluindione (16,17,18) . Dans<br />
cette situation, des tests épicutanés sont intéressants, mais à<br />
distance de l’épisode aigu. Enfin, la réintroduction, en raison<br />
de la gravité potentielle du DRESS Syndrome, est formellement<br />
proscrite.<br />
Pustulose exanthématique<br />
aiguë généralisée (PEAG)<br />
Il s’agit d’une manifestation cutanée rare, témoignant habituellement<br />
d’une intolérance médicamenteuse. L’éruption<br />
d’apparition brutale siège le plus souvent au tronc, aux plis<br />
axillaires et inguinaux. Il s’agit d’un érythème rouge vif,<br />
œdémateux rapidement parsemé de pustules non folliculaires<br />
amicrobiennes. La fièvre est constante mais en général sans<br />
autre signe. Il existe une hyperleucocytose avec polynucléose,<br />
parfois une très discrète atteinte biologique hépatique. L’histologie<br />
retrouve des pustules sous-cornées ou intradermiques,<br />
images voisines de celles du psoriasis pustuleux, mais<br />
l’œdème du derme superficiel avec un infiltrat à polynucléaires<br />
neutrophiles parfois éosinophiles et la présence<br />
d’images de vascularite leucocytoclasique orientent vers une<br />
toxidermie. La guérison survient rapidement en une à deux<br />
semaines après une phase desquamative si le médicament<br />
responsable est arrêté. Le diagnostic de PEAG n’est pas toujours<br />
facile et le principal diagnostic différentiel est celui de<br />
psoriasis pustuleux généralisé; d’autant que l’on retrouve<br />
parfois la notion d’antécédents de psoriasis chez ces<br />
patients (19) ; cependant la régression de la PEAG est rapide<br />
après l’arrêt du médicament, alors que le psoriasis pustuleux<br />
est résistant aux différentes thérapeutiques proposées.<br />
Le délai entre la première prise du médicament et l’éruption<br />
va de quelques heures à quarante-huit heures s’il y a eu une<br />
CONSENSUS CARDIO pour le praticien - N° 19 • Mai 2006
<strong>Attitudes</strong><br />
sensibilisation préalable au médicament<br />
ou de quinze à vingt et un jours en l’absence<br />
de prise antérieure ; une réintroduction<br />
orale, certes déconseillée mais souvent<br />
accidentelle, reproduit la PEAG (20) .<br />
Des tests cutanés sont intéressants : patchtests,<br />
prick-tests et intradermiques; la sensibilité<br />
est cependant faible (50 %), mais<br />
leur positivité est de très grande valeur.<br />
De nombreux médicaments sont responsables<br />
de cette toxidermie ; parmi<br />
ceux-ci peu de molécules utilisées en<br />
cardiologie. En premier les inhibiteurs<br />
calciques : diltiazem, nifédipine (20-21) ,<br />
de façon encore plus rare le captopril.<br />
Photosensibilité,<br />
lupus érythémateux,<br />
dermatomyosite<br />
Il faut bien distinguer phototoxicité et<br />
photosensibilisation.<br />
La phototoxicité<br />
Il s’agit de l’exagération de la réponse<br />
cutanée normale au soleil, « coup de<br />
soleil » plus ou moins intense des zones<br />
découvertes favorisé par certaines<br />
substances locales ou médicamenteuses.<br />
Cette réponse au soleil est fréquente<br />
chez des sujets de phototype clair, et<br />
survient dès le premier contact, à des<br />
doses élevées de médicament. Des phototests<br />
sont inutiles et la reprise du médicament<br />
avec protection solaire est possible.<br />
On retrouve ici les salidiurétiques,<br />
l’amiodarone et les fibrates. À part<br />
l’amiodarone, qui peut entraîner une<br />
pigmentation gris bleutée des zones<br />
exposées, elle est le plus souvent associée<br />
à la photosensibilisation, et apparaît<br />
au bout de douze à dix-huit mois<br />
de traitement et correspond à une « thésaurismose<br />
» (dépôts de lipofuschines<br />
dans le derme superficiel). Cet incident<br />
est exceptionnel actuellement aux doses<br />
habituelles, moindres qu’auparavant.<br />
La photosensibilisation<br />
C’est une photoallergie qui met en jeu une réaction immunoallergique;<br />
elle réalise une réaction variable dans son<br />
expression : eczématiforme, urticarienne, lichénoïde au<br />
niveau des zones découvertes; si le médicament n’est pas<br />
arrêté suffisamment tôt, elle peut se généraliser, voire se<br />
pérenniser, même si l’on arrête ensuite la substance responsable.<br />
Le délai de sensibilisation est supérieur à huit jours<br />
CONSENSUS CARDIO pour le praticien - N° 19 • Mai 2006<br />
Manifestations cutanées Médicaments Tests<br />
Urticaire IEC+++ Non<br />
Angioœdème Sartans++<br />
Exanthème maculo-papuleux, Tous, mais surtout IEC,<br />
éruptions psoriasiformes sartans, inhibiteurs calciques, Oui<br />
eczématiformes… statines, héparines<br />
DRESS (syndrome Aténolol, captopril, diltiazem, À discuter : si faits<br />
d’hypersensibilité fluindione, prudents+++<br />
médicamenteuse) hydrochlorothiazide<br />
PEAG<br />
Bulles :<br />
Inhibiteurs calciques,<br />
IEC<br />
Oui<br />
Pemphigus Captopril++, énalapril+,<br />
nifédipine, indapamide<br />
Non<br />
Pemphigoïde bulleuse Furosémide ++, aldactone++,<br />
bêtabloquants, captopril,<br />
valsartan, simvastatine<br />
IGA linéaire Bumetamide, amiodarone,<br />
captopril<br />
Photosensibilité Salidiurétiques++, fibrates++,<br />
quinidine, statines, IEC,<br />
sartans, calcium-bloqueurs<br />
Oui phototests<br />
Lupus érythémateux induit Hydralazine+, procaïnamide+,<br />
quinidiniques+, thiazidiques+,<br />
calcium-bloqueurs,<br />
IEC, bêtabloquants<br />
Non<br />
Dermatomyosite induite Statines Non<br />
Pseudo-lymphome IEC, bêtabloquants, inhibiteurs Non<br />
médicamenteux calciques, procaïnamide,<br />
hydrochlorothiazide, lovastatine<br />
Nécroses cutanées Coumariniques, héparines non Non<br />
hémorragiques fractionnées, héparines de bas<br />
poids moléculaire<br />
Muqueuses Non<br />
Ulcérations Nicorandil +++, captopril<br />
Hypertrophie gingivale Nifédipine<br />
Cheveux Coumariniques++, dérivés de<br />
l’indanedione, bêtabloquants<br />
(Avlocardyl), fibrates<br />
Non<br />
Ongles psoriasiformes Bêtabloquants<br />
Mélanonychie Amlodipine Non<br />
8<br />
quelle que soit la dose du médicament. Il est important de<br />
bien préciser le médicament en cause, ce qui est parfois difficile,<br />
l’éruption ne régressant souvent que lentement après<br />
son arrêt. Dans ces situations, les phototests sont intéressants.<br />
On retrouve ici les diurétiques : l’hydrochlorothiazide, le<br />
furosémide (22) , la quinidine et les fibrates. Il est à noter la<br />
possibilité d’allergies croisées avec le kétoprofène utilisé couramment<br />
comme anti-inflammatoire local et source de photosensibilisation<br />
fréquente, ce qui entraîne une photosensibi-
<strong>Attitudes</strong><br />
Macules érythémato-squameuses évoquant cliniquement un parapsoriasis<br />
en plaques et en histologie un lymphome cutané : pseudolymphome<br />
aux bêtabloquants.<br />
lisation potentielle aux fibrates. Parmi les autres substances<br />
responsables, on retrouve les IEC et les sartans (23) . Les calcium-bloqueurs<br />
entraînent des télangiectasies photodistribuées<br />
(24) et les statines, des éruptions lichénoïdes et de<br />
pseudo-porphyries cutanées (25).<br />
Le lupus érythémateux (26)<br />
Le lupus peut être aggravé ou induit par certains médicaments.<br />
Des signes cutanés n’existent que dans un pourcentage<br />
limité de lupus induits. Le plus souvent ce sont des lupus<br />
subaigus ou aigus. Les anticorps antinucléaires sont positifs<br />
avec fréquemment positivité des anticorps anti-histones et<br />
négativité des anti-DNA natifs et des anti-Sm ; ce sont rarement<br />
des lupus chroniques à sérologie négative. Les signes<br />
apparaissent dans les deux à trois mois après le début du<br />
traitement et disparaissent en quelques semaines à l’arrêt de<br />
celui-ci. Il est important de noter qu’un médicament possiblement<br />
inducteur de lupus n’est pas contre-indiqué chez les<br />
patients atteints de lupus érythémateux. Parmi les médicaments<br />
inducteurs de lupus figurent en premier l’hydralazine,<br />
la procaïnamine, les quinidiques, les thiazidiques, de façon<br />
beaucoup plus rare les calcium-bloqueurs, les IEC, les bêtabloquants<br />
(27) et les statines (28) .<br />
La dermatomyosite<br />
Des dermatomyosites typiques, cliniques, biologiques ont<br />
été décrites avec les statines. Le délai entre l’apparition de<br />
la maladie et la prise des statines peut être long, de quelques<br />
mois à plus d’un an. La guérison est survenue progressivement<br />
à l’arrêt des statines avec ou sans corticothérapie générale<br />
(15-29) .<br />
CONSENSUS CARDIO pour le praticien - N° 19 • Mai 2006<br />
10<br />
Nécrose à HBPM.<br />
Maladies bulleuses<br />
Le pemphigus<br />
Le plus souvent, l’aspect des pemphigus (P.) induits est<br />
celui d’un pemphigus superficiel (P. séborrhéique ou érythémateux),<br />
moins souvent d’un P. vulgaire plus sévère. Les<br />
autoanticorps antisubstance intercellulaire circulants sont à<br />
un taux bas. L’histologie qui est celle du pemphigus ne permet<br />
pas d’orienter vers une origine médicamenteuse ; seule<br />
la notion de prise de médicaments possiblement inducteurs<br />
permet de suspecter sa responsabilité.<br />
Les médicaments inducteurs de pemphigus sont divisés en<br />
deux groupes : les médicaments à imputabilité forte qui possèdent<br />
un groupe « thiol », et l’on retrouve ici le captopril,<br />
et les médicaments « non thiols » dont l’énalapril ; il faut<br />
d’ailleurs noter que malgré la différence probable de mécanisme<br />
inducteur entre ces deux groupes, des observations<br />
de pemphigus induits par le captopril ont persisté sous énalapril<br />
(30, 31) . D’autres médicaments « non thiols » ont été décrits<br />
comme responsables de pemphigus, mais de façon très ponctuelle<br />
dont la nifédipine, l’indapamide (32) . L’évolution des<br />
deux groupes « thiols » et « non thiols » paraît différente:<br />
en effet, pour les premiers, le pemphigus apparaît après plusieurs<br />
mois de traitement et régresse à l’arrêt ; dans le second<br />
groupe, l’apparition est plus rapide (une à deux semaines),<br />
mais la régression lente ne survient que dans 15 % des cas.<br />
La pemphigoïde bulleuse (PB)<br />
Maladie bulleuse auto-immune touchant plus souvent le sujet<br />
âgé de plus 65 ans ; son origine médicamenteuse semble<br />
rare ; des études multicentriques ont permis de préciser que<br />
certains médicaments peuvent être considérés comme facteurs<br />
de risque de la pemphigoïde bulleuse, ce d’autant plus<br />
quand elle survient chez des sujets relativement jeunes (33, 34) .<br />
Ressortent de cette étude deux médicaments utilisés en pathologie<br />
cardiaque : le furosémide et l’aldactone ; sont impliqués<br />
de façon plus ponctuelle les bêtabloquants : le premier<br />
bêtabloquant utilisé (practolol supprimé de la pharmacopée)<br />
a été responsable d’un syndrome oculo-cutané proche de la<br />
pemphigoïde bulleuse, c’est exceptionnel actuellement avec
les autres molécules (6) : le captopril, le valsartan, la simvastatine<br />
(35) , le bumétamide.<br />
La dermatose à IgA linéaire de l’adulte<br />
Dermatose bulleuse très rare, on reconnaît deux causes<br />
déclenchantes possibles : des hémopathies lympho-plasmocytaires<br />
et la vancomycine, mais d’autres médicaments, dont<br />
le captopril et l’amiodarone, ont été impliqués, cela de façon<br />
rarissime (36-37) .<br />
Les syndromes de Lyell et de Stevens-Johnson<br />
Les médications utilisées en pathologie cardiovasculaire ne<br />
sont pas ou quasiment pas impliquées dans le déclenchement<br />
de ces syndromes.<br />
Pseudo-lymphomes cutanés<br />
médicamenteux<br />
Ils sont extrêmement rares, surtout induits par des anticonvulsivants<br />
mais d’autres médicaments, dont certaines médications<br />
cardiaques, sont à l’origine de cet incident (38, 39) . L’aspect<br />
clinique et la morphologie histologique simulent une<br />
affection maligne d’évolution bénigne. Ce sont des plaques<br />
érythémateuses et finement squameuses (parapsoriasis en<br />
plaques); des plaques infiltrées, voire une érythrodermie.<br />
L’histologie est celle d’un parapsoriasis en plaques ou d’un<br />
lymphome épidermotrope (mycosis fongoïde); l’étude de l’infiltrat<br />
cellulaire en immunomarquage, en montrant une population<br />
lymphocytaire polyclonale, permet d’évoquer le caractère<br />
bénin de l’éruption; mais cette population est parfois<br />
monoclonale. Avant de penser à la malignité, il est essentiel<br />
de rechercher une origine médicamenteuse. Cette éruption<br />
apparaît deux semaines à quelques mois après l’introduction<br />
du médicament ; l’arrêt de celui-ci assure la régression<br />
des signes en huit jours à deux mois sans récidive; la réintroduction,<br />
souvent accidentelle, entraîne leur réapparition.<br />
Parmi les médications « cardiaques » sont incriminés : des<br />
IEC (captopril, énalapril, lisinopril) (40) ; des bêtabloquants<br />
(aténolol, labétalol) (41) ; des inhibiteurs calciques (vérapamil,<br />
diltiazem); des diurétiques (amiloride, hydrochlorothiazide);<br />
des antiarythmiques (mexiletine, procaïnamine); des hypolipémiants<br />
(lovastatine). Il est vraisemblable que les médicaments<br />
pris dépriment la fonction immune avec alors prolifération<br />
anormale de lymphocytes, augmentation d’activité<br />
des lymphocytes T-suppresseurs et apparition de l’éruption.<br />
Aucun test in vitro ou cutané n’est utile.<br />
Nécroses cutanées hémorragiques<br />
Ce sont d’abord des plaques inflammatoires, puis ecchymotiques<br />
évoluant vers des plaques de nécrose; elles sont plus étendues<br />
au niveau des zones où le pannicule adipeux est le plus<br />
important : abdomen, cuisses… Les coumariniques en sont responsables<br />
en début de traitement, et ces nécroses sont dues à<br />
une chute rapide du taux de protéine C ou S : cet accident impose<br />
l’arrêt des antivitamines K et de l’héparinothérapie. On peut<br />
essayer de prévenir cet accident très rare chez les sujets à<br />
<strong>Attitudes</strong><br />
Photosensibilisation à l’amiodarone : lucite polymorphe,<br />
multiples papules érythémateuses et prurigineuses.<br />
Pemphigus séborrhéique : érythème et squames masquant<br />
le décollement cutané bien visible en histologie classique<br />
et immunofluorescence.<br />
risque par l’introduction très progressive des antivitamines K.<br />
Les nécroses à l’héparine surviennent habituellement aux points<br />
d’injection sous-cutanée, parfois à distance en cas de traitement<br />
intraveineux cinq jours ou plus après le début du traitement<br />
: les héparines non fractionnées (HNF), les héparines de<br />
bas poids moléculaire (HBPM) peuvent en être responsables.<br />
Cette réaction d’intolérance s’accompagne habituellement d’une<br />
thrombopénie. Dans cette situation, des tests ne sont pas<br />
possibles.<br />
Manifestations muqueuses<br />
De nombreux médicaments peuvent induire des ulcérations<br />
buccales : le nicorandil est à l’origine de cet effet secondaire<br />
très invalidant (5 % des prescriptions). Depuis 2002, sont<br />
également décrites des ulcérations anales extrêmement dou-<br />
11 CONSENSUS CARDIO pour le praticien - N° 19 • Mai 2006
<strong>Attitudes</strong><br />
Photosensibilisation à l’amiodarone : érythème diffus du visage.<br />
loureuses, l’association ulcérations anales et buccales ne<br />
semble pas avoir été rapportée (42, 43) . Le délai d’apparition<br />
est variable après la première prise du nicorandil : de un<br />
à dix-huit mois. La guérison est assurée par l’arrêt du médicament.<br />
Ces aphtes pourraient être dus à la formation de<br />
métabolites irritants et à des facteurs génétiques. Des cas<br />
ponctuels d’ulcérations buccales au captopril (44) et aux bêtabloquants<br />
(45) ont également été rapportés. Une hypertrophie<br />
gingivale est possible avec les calcium-bloqueurs (46) , une<br />
diminution de la dose est souvent suffisante pour supprimer<br />
cet effet secondaire. Enfin sont décrites des sensations de<br />
« bouche en feu » avec l’éprosartan (47) .<br />
Ongles-cheveux<br />
Les ongles<br />
Il y a peu de manifestations unguéales décrites, en dehors<br />
des onycholyses possibles par effet phototoxique des diurétiques<br />
thiazidiques ; des mélanonychies (pigmentation mélanique<br />
des ongles) décrites avec l’amlodipine où plusieurs<br />
ongles sont atteints : cette manifestation est intéressante à<br />
connaître pour éliminer d’autres étiologies (nævus pigmentaire<br />
ou mélanome où un seul ongle est atteint) ; des<br />
onychopathies psoriasiques déclenchées ou aggravées<br />
par les bêtabloquants.<br />
Les cheveux (48)<br />
Certains médicaments (cf. cytotoxiques) induisent une alopécie<br />
diffuse quasi constante ; d’autres, et c’est le cas des<br />
médications cardiovasculaires, n’en sont responsables que<br />
de façon occasionnelle, voire exceptionnelle : leur responsabilité<br />
est souvent discutable, même si le patient a tendance<br />
à les incriminer.<br />
CONSENSUS CARDIO pour le praticien - N° 19 • Mai 2006<br />
Photos DR<br />
12<br />
Au premier rang des inducteurs d’alopécie : les anticoagulants,<br />
surtout les coumariniques ; les dérivés de l’indanedione<br />
(phénindione et fluindione ) sont encore plus rarement<br />
alopéciants ; il n’y a pas d’alopécie décrite avec les hépariniques.<br />
Les fibrates peuvent entraîner une alopécie diffuse par trouble<br />
de la kératinisation, mais cela est exceptionnel.<br />
Les bêtabloquants, l’amiodarone, le captopril, l’énalapril ont<br />
été cités comme responsables possibles d’une alopécie réversible.<br />
Il n’y a bien sûr aucun examen qui permette de préciser<br />
leur responsabilité ou non et cet incident ne contre-indique<br />
pas leur utilisation.<br />
Les tests cutanés (49)<br />
Les réactions cutanées aux médicaments sont donc variées,<br />
parfois sévères. Les médicaments introduits depuis moins de<br />
deux mois sont les plus suspects, mais comme on l’a vu certains<br />
peuvent n’entraîner des réactions cutanées que tardivement.<br />
Enfin, chez des patients polymédicamentés, le choix<br />
du médicament responsable s’avère difficile. Cela souligne<br />
l’intérêt de tests cutanés qui lorsqu’ils sont positifs permettent<br />
d’augmenter le score d’imputabilité du médicament suspect,<br />
de supprimer celui-ci et d’autoriser la prise ou la reprise<br />
d’autres molécules. Toutes les toxidermies ne peuvent bénéficier<br />
de cette exploration allergologique : seront explorés<br />
les éruptions maculo-papuleuses, eczématiformes, psoriasiformes,<br />
lichénoïdes, les eczémas localisés aux points d’injection,<br />
les photoallergies (en complétant par des phototests),<br />
les PEAG; quant aux Dress, ils seront explorés de façon extrêmement<br />
prudente; pour la plupart des angioœdèmes rencontrés<br />
en pratique cardiologique, ces tests ne peuvent être<br />
pratiqués. Cette exploration sera faite dans un service de<br />
dermato-allergologie spécialisé, dans un délai de six<br />
semaines à six mois après la guérison clinique, les antihistaminiques<br />
et la corticothérapie, qu’elle soit locale ou générale,<br />
devront être arrêtés. Il faudra pratiquer de façon séquentielle<br />
d’abord des tests épicutanés (patch), puis en cas de<br />
négativité des prick et enfin des intradermoréactions (IDR),<br />
ces dernières de façon prudente car elles peuvent reproduire<br />
la toxidermie : elles seront donc faites sous surveillance hospitalière.<br />
Ils seront arrêtés aussitôt qu’un test pour un médicament<br />
donné sera positif. Ces tests seront effectués avec les<br />
médicaments incriminés et avec les médicaments et molécules<br />
pouvant être responsables d’allergies croisées. La négativité<br />
des tests n’élimine pas formellement la responsabilité<br />
du médicament; leur sensibilité étant inférieure à 70 %.<br />
Au total, si le test est positif au médicament incriminé : celuici<br />
et les médicaments pouvant donner des allergies croisées<br />
(même si les tests sont négatifs pour ceux-ci) seront<br />
contre-indiqués. Si les tests sont négatifs, le médicament<br />
pourra être réintroduit de façon prudente en milieu hospitalier,<br />
cela en tenant compte du type de toxidermie et du médicament<br />
incriminé.<br />
Enfin, la déclaration d’accident médicamenteux grave doit<br />
être faite au centre de pharmacovigilance régional ; elle<br />
doit l’être également si la toxidermie est peu grave, mais<br />
méconnue. ■
Pour en savoir plus :<br />
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Pour toute correspondance avec l’auteur :<br />
yves.cottin@chu-dijon.fr<br />
13 CONSENSUS CARDIO pour le praticien - N° 19 • Mai 2006
<strong>Attitudes</strong><br />
Différencier une cardiomyopathie<br />
arythmogène du ventricule droit<br />
d’une TV bénigne infundibulaire ?<br />
Laurent Fauchier, CHU Trousseau, Tours<br />
Décrite initialement par Frank et Fontaine, la<br />
cardiomyopathie arythmogène du ventricule droit (CAVD)<br />
est une maladie caractérisée par un remplacement partiel<br />
du tissu myocardique par du tissu fibro-adipeux (1) . Les<br />
tachycardies ventriculaires, la plupart du temps par<br />
mécanisme de rentrée dans les zones pathologiques,<br />
peuvent provoquer des tachycardies ventriculaires<br />
hémodynamiquement mal tolérées avec syncope ou même<br />
décès subit chez des patients jeunes. Le diagnostic est<br />
habituellement fait avant l’âge de 40 ans et parfois même<br />
à l’adolescence. Le mécanisme étiologique de la CAVD est<br />
lui-même le sujet d’hypothèses diverses. Parmi les patients<br />
atteints, il y a une prédominance masculine, il existe<br />
également des formes familiales. Une composante<br />
génétique avec de possibles mutations dans les gènes<br />
codant la plakoglobine ou la desmoplakine a également<br />
été identifiée avec un mode de transmission autosomique<br />
dominant ou récessif. Il existe enfin des formes avec<br />
atteinte partielle du ventricule gauche.<br />
Les tachycardies ventriculaires idiopathiques de l’infundibulum du<br />
ventricule droit (décrites par Gallavardin) constituent à l’inverse une<br />
anomalie bénigne. En l’absence d’anomalie cardiaque structurelle,<br />
on considère qu’il s’agit d’une atteinte électrophysiologique primitive<br />
avec des extrasystoles ventriculaires isolées ou en salves, rarement<br />
soutenues, originaires de l’infundibulum droit, parfois également<br />
localisées à d’autres endroits du ventricule droit, au-dessus de<br />
la valve pulmonaire ou du sinus de Valsalva. Le mécanisme électrophysiologique<br />
supposé est plutôt celui d’activité déclenchée après<br />
postdépolarisation tardive. Comme pour la CAVD, l’anomalie touche<br />
plutôt des sujets jeunes, avec éventuellement des symptômes à type<br />
de palpitations. Le diagnostic de tachycardie infundibulaire idiopathique<br />
ne peut être porté qu’après exclusion d’une CAVD. Le diagnostic<br />
différentiel de CAVD est basé sur les critères des groupes de<br />
travail internationaux sur les cardiomyopathies, en particulier de la<br />
Société européenne de cardiologie. Les critères diagnostiques incluent<br />
des éléments cliniques, électrocardiographiques et d’imagerie par<br />
échographie ou IRM (tableau 1). Malgré ces critères, le diagnostic<br />
entre ces deux entités n’est pas toujours facile pour certains patients<br />
et il existe probablement encore des progrès à faire pour faciliter le<br />
diagnostic de certitude dans les années à venir.<br />
Symptomatologie et facteurs<br />
déclenchants des tachycardies<br />
ventriculaires<br />
Il n’y a pas réellement de différence dans les circonstances de<br />
survenue des TV en cas de CAVD ou de TV infundibulaire, car<br />
CONSENSUS CARDIO pour le praticien - N° 19 • Mai 2006<br />
14<br />
Critères diagnostiques de CAVD<br />
élaborés par les groupes de travail<br />
des sociétés internationales (1) .<br />
Diagnostic positif si score supérieur<br />
ou égal à 4 points<br />
Critères majeurs (2 points)<br />
1. CAVD familiale confirmée par une autopsie ou pièce<br />
opératoire<br />
2. Onde epsilon ou élargissement localisé de QRS ><br />
110 ms en V1-V3<br />
3. Dilatation importante du VD avec diminution de la FE,<br />
sans atteinte significative du VG<br />
4. Akinésie ou dyskinésie segmentaire du VD, anévrisme<br />
localisé<br />
5. Dilatation segmentaire importante du VD<br />
6. Remplacement fibroadipeux sur la biopsie<br />
endomyocardique<br />
Critères mineurs (1 point)<br />
1. Histoire familiale de mort subite (< 35 ans) avec<br />
suspicion de CAVD<br />
2. CAVD familiale (diagnostic fait sur ces critères)<br />
3. Ondes T négatives en V2V3 (sans bloc de branche<br />
droit, âge > 12 ans)<br />
4. Présence de potentiels ventriculaires tardifs de surface<br />
5. TV avec aspect de retard gauche (soutenue ou non)<br />
6. ESV fréquentes (> 1 000/24 h)<br />
7. Dilatation modérée du VD et/ou diminution de la FE,<br />
sans atteinte du VG<br />
8. Hypokinésie segmentaire du VD<br />
9. Dilatation segmentaire modérée du VD<br />
Tableau 1.<br />
dans les deux situations, le contexte adrénergique lié au stress<br />
ou à l’effort physique est un facteur favorisant. En revanche,<br />
il existe une différence dans la sévérité des symptômes puisque<br />
les syncopes sont possibles en cas de CAVD alors qu’elles sont,
en règle générale, inexistantes en cas de TV infundibulaire.<br />
Dans cette situation, les symptômes sont en général des palpitations<br />
modérées avec parfois lipothymies liées à un bigéminisme<br />
ventriculaire avec repos compensateur. En cas de<br />
CAVD, l’exercice physique intense est contre-indiqué de<br />
manière absolue.<br />
L’électrocardiogramme<br />
en rythme sinusal<br />
Dans la CAVD, les signes évocateurs les plus caractéristiques<br />
sont une inversion de l’onde T et l’existence d’une onde epsilon<br />
dans les dérivations précordiales droites. L’augmentation<br />
de la durée du QRS au-delà de 110 ms dans ces mêmes<br />
dérivations ou l’existence de potentiels ventriculaires tardifs<br />
de surface à l’enregistrement amplifié et moyenné de l’électrocardiogramme<br />
sont des arguments supplémentaires pour<br />
une possible CAVD. Néanmoins, les anomalies de l’ECG<br />
conventionnel ne sont pas observées chez tous les patients,<br />
en particulier aux stades initiaux de la maladie. Elles ne sont<br />
retrouvées que dans la moitié à deux tiers des cas dans des<br />
études récentes, alors que ces anomalies peuvent également<br />
exister dans 20 % des cas chez des patients avec tachycardie<br />
ventriculaire infundibulaire. L’existence de potentiels<br />
ventriculaires tardifs de surface semble être un élément plus<br />
spécifique en faveur d’une CAVD puisqu’ils sont assez rarement<br />
retrouvés en cas de tachycardie ventriculaire infundibulaire.<br />
L’électrocardiogramme en cours de<br />
tachycardie ventriculaire<br />
En cas de CAVD, la tachycardie ventriculaire a un aspect de<br />
retard gauche, avec axe droit (48 % dans l’étude de Niroomand),<br />
intermédiaire (27 %) ou gauche (20 %) suivant le lieu<br />
d’origine de la TV au sein du ventricule droit (3) . L’aspect de retard<br />
gauche est également retrouvé pour les tachycardies ventriculaires<br />
infundibulaires, mais avec un axe de QRS quasiment systématiquement<br />
orienté à droite en TV. Les tachycardies ventriculaires<br />
infundibulaires sont volontiers répétitives, non soutenues,<br />
monomorphes, avec des extrasystoles ventriculaires isolées de<br />
même morphologie et avec une fréquence souvent située entre<br />
140 et 180/mn.<br />
Dans la CAVD, les QRS sont classiquement plus larges et moins<br />
amples, l’axe de la tachycardie est donc variable, elle n’est<br />
orientée à droite que dans un cas sur deux.<br />
L’imagerie du ventricule droit<br />
L’angiographie de contraste du ventricule droit, examen de<br />
référence, n’est plus utilisée en première intention à visée diagnostique<br />
du fait de son caractère invasif, irradiant et d’une<br />
variabilité interobservateur non négligeable.<br />
Les anomalies structurelles du ventricule droit de la CAVD peuvent<br />
être détectées par échocardiographie, mais les anomalies<br />
mineures ne sont visibles que par imagerie par résonance<br />
<strong>Attitudes</strong><br />
Figure 1. ECG en rythme sinusal d’un patient porteur de CAVD. Inversion<br />
des ondes T en précordiales droites avec onde epsilon bien visible<br />
en V2. Deux ESV avec aspect de retard gauche sur axe gauche.<br />
Figure 2. Tachycardie ventriculaire soutenue enregistrée chez le patient<br />
de la figure 1. Aspect de retard gauche sur axe gauche.<br />
magnétique. Les anomalies visibles sont une dilatation du ventricule<br />
droit, la présence de zones d’anévrisme diastolique ou<br />
de zones de dyskinésie dans les régions inféro-basales. Ces<br />
caractéristiques peuvent également être décelées à l’angiographie<br />
isotopique avec analyse de phase dans les centres<br />
habitués à poser le diagnostic, en permettant de mettre en évidence<br />
des anomalies de retard ou d’hétérogénéité de la contraction<br />
ventriculaire droite. Cependant, il n’est pas rare de constater<br />
des anomalies mineures dans des formes typiques de TV<br />
15 CONSENSUS CARDIO pour le praticien - N° 19 • Mai 2006
<strong>Attitudes</strong><br />
Figure 3. Tachycardie ventriculaire bénigne infundibulaire du ventricule<br />
droit de type Gallavardin. Nombreuses salves non soutenues,<br />
aspect de retard gauche sur axe droit, QRS amples et peu élargis par<br />
rapport aux complexes sinusaux.<br />
bénignes infundibulaires. L’examen par IRM est donc indispensable<br />
s’il existe un doute à l’échocardiographie transthoracique<br />
(ou à l’angiographie isotopique). L’IRM permet en outre<br />
de montrer des zones graisseuses intramyocardiques ou des<br />
zones d’amincissement pariétal avant une éventuelle ablation<br />
par radiofréquence.<br />
L’exploration électrophysiologique<br />
endocavitaire<br />
Elle peut constituer un élément pour différencier les tachycardies<br />
ventriculaires infundibulaires droites des tachycardies ventriculaires<br />
de la CAVD. Outre la morphologie des QRS de la<br />
tachycardie reproduite, un argument en faveur de la CAVD est<br />
le fait que la tachycardie puisse être induite de manière répétée<br />
avec une zone de couplage relativement déterminée. Dans<br />
l’étude de O’Donnell (4) , les tachycardies ventriculaires étaient<br />
induites par la méthode de l’extrastimulus chez 82 % des patients<br />
avec CAVD, confirmant le mécanisme de rentrée, et avec parfois<br />
plusieurs morphologies de tachycardie ventriculaire. A l’inverse,<br />
les tachycardies ventriculaires infundibulaires sont le plus<br />
CONSENSUS CARDIO pour le praticien - N° 19 • Mai 2006<br />
16<br />
souvent monomorphes. La perfusion d’isoprotérénol peut faciliter<br />
les tachycardies ventriculaires dans les deux situations et<br />
ne constitue donc pas un critère diagnostique discriminant.<br />
Au total, le diagnostic de tachycardie ventriculaire infundibulaire<br />
droite idiopathique est fait après exclusion du diagnostic<br />
de CAVD ou d’autres atteintes cardiaques structurelles. S’il n’y<br />
a pas de signe d’atteinte du ventricule droit à type de dilatation,<br />
de trouble de cinétique, d’amincissement pariétal ou d’anévrisme<br />
et s’il n’existe pas de signe électrocardiographique de<br />
CAVD, le diagnostic de tachycardie ventriculaire infundibulaire<br />
idiopathique est probable. Néanmoins, une surveillance assez<br />
attentive paraît justifiée lorsqu’il existe des antécédents familiaux<br />
de décès subit. En cas de CAVD, la stratification du risque<br />
de tachycardie ventriculaire et de mort subite reste parfois difficile,<br />
en particulier pour les patients les plus jeunes et ceux qui<br />
n’ont que des critères mineurs de la maladie (5) . Une révision des<br />
critères actuels de CAVD est possible dans les années à venir<br />
après l’analyse qui sera faite de différents registres actuellement<br />
ouverts, et une discussion au cas par cas évaluant le risque<br />
et le bénéfice d’un traitement médical ou non médical est un<br />
élément de difficulté supplémentaire une fois que le diagnostic<br />
est posé. ■<br />
Pour en savoir plus :<br />
1. McKenna WJ, Thiene G, Nava A, Fontaliran F, Blomstrom-Lundqvist C, Fontaine G,<br />
Camerini F. Diagnosis of arrhythmogenic right ventricular dysplasia/cardiomyopathy. Task<br />
Force of the Working Group Myocardial and Pericardial Disease of the European Society<br />
of Cardiology and of the Scientific Council on Cardiomyopathies of the International Society<br />
and Federation of Cardiology. Br Heart J 1994; 71: 215-8.<br />
2. Farzaneh-Far A, Lerman BB. Idiopathic ventricular outflow tract tachycardia. Heart<br />
2005; 91(2): 136-8.<br />
3. Niroomand F, Carbucicchio C, Tondo C, Riva S, Fassini G, Apostolo A, Trevisi N, Bella PD.<br />
Electrophysiological characteristics and outcome in patients with idiopathic right ventricular<br />
arrhythmia compared with arrhythmogenic right ventricular dysplasia. Heart 2002;<br />
87: 41-7.<br />
4. O’Donnell D, Cox D, Bourke J, Mitchell L, Furniss S. Clinical and electrophysiological<br />
differences between patients with arrhythmogenic right ventricular dysplasia and right<br />
ventricular outflow tract tachycardia. Eur Heart J 2003; 24: 801-10.<br />
5. Kies P, Bootsma M, Bax J, Schalij MJ, van der Wall EE. Arrhythmogenic right ventricular<br />
dysplasia/cardiomyopathy: screening, diagnosis, and treatment. Heart Rhythm<br />
2006; 3: 225-34.<br />
Pour toute correspondance avec l’auteur :<br />
lfau@med.univ.tours.fr
Débat<br />
Quelle place pour l’automesure<br />
tensionnelle ?<br />
<strong>Consensus</strong> Cardio vous propose régulièrement un « débat » sur un thème choisi par son comité éditorial.<br />
Ce mois-ci, Nicolas Postel-Vinay soutient l’intérêt de l’automesure tensionnelle contre Simon Weber, qui la<br />
réserve à quelques situations cliniques, redoutant « les rites nombrilistes tensionnels ».<br />
Le point de vue<br />
de Nicolas Postel-Vinay<br />
hôpital européen Georges-Pompidou, Paris<br />
La mesure clinique de la pression artérielle rythme<br />
depuis un peu plus d’un siècle la consultation médicale.<br />
Les cliniciens et les patients y sont si attachés qu’ils la<br />
considèrent volontiers comme un rituel de la relation<br />
médecin-malade. Mais le moment de rendre<br />
l’automesure tensionnelle systématique est venu.<br />
Aujourd’hui, on reconnaît que la mesure de la pression par<br />
le médecin, et la prise de décision qui en découle, connaît<br />
des points faibles à différents niveaux : celui du matériel et<br />
des méthodes de mesure ; celui de l’interprétation des résultats<br />
de mesure ; enfin ceux de l’identification du problème<br />
et de la prise de décision.<br />
Le matériel et les méthodes<br />
de mesure<br />
Plusieurs audits relatifs à l’équipement des médecins en<br />
matériel de mesure convergent pour souligner l’existence<br />
d’insuffisances professionnelles. Quels que soient les pays<br />
étudiés, le lieu de mesure (cabinet de médecine générale<br />
ou services hospitaliers) ou le type de sphygmomanomètres<br />
utilisés (mercure ou anaéroïdes), des défauts d’équipement<br />
sont retrouvés dans des pourcentages importants.<br />
Leur cumul est source d’erreurs, donc à l’origine de faux<br />
diagnostics d’HTA et de méconnaissance d’authentiques<br />
CONSENSUS CARDIO pour le praticien - N° 19 • Mai 2006<br />
18<br />
Le point de vue<br />
de Simon Weber<br />
hôpital Cochin, Paris<br />
L’automesure tensionnelle ne devrait<br />
pas concerner plusieurs millions<br />
de nos concitoyens !<br />
Ce « cri d’alarme » est malheureusement déjà trop tardif car,<br />
à en croire un article récent de la littérature cardiologique<br />
francophone*, deux millions d’appareils d’automesure<br />
seraient déjà « en circulation » dans l’Hexagone.<br />
L’auteur de cet article* s’indigne du fait que cet engouement pour<br />
l’automesure est le plus souvent le fait des patients eux-mêmes et<br />
non des médecins car il déplore : « seulement 1 hypertendu sur<br />
10 s’est vu inciter, par son médecin, à réaliser cette automesure…».<br />
Le corps médical français est-il irrémédiablement rétrograde<br />
et arriéré privant nos malheureux patients d’une avancée<br />
thérapeutique considérable ouvrant vers un avenir radieux ?<br />
Cette réticence de nos confrères ne traduit-elle pas plutôt un bon<br />
sens, un respect de la vraie qualité de vie de nos patients et,<br />
in fine, un solide esprit critique par rapport aux « prêts-à-penser<br />
» que certains voudraient nous imposer.<br />
Les règles du jeu non écrites de ces controverses organisées par<br />
<strong>Consensus</strong> Cardio font que je ne connais pas les arguments développés<br />
par mon protagoniste d’aujourd’hui… J’imagine cependant<br />
qu’il aura, dans son article, développé la supériorité de l’automesure<br />
par rapport au monitoring ambulatoire (MAPA), et sur<br />
ce point je n’ai aucun désaccord ! D’autant moins de désaccord<br />
que je n’avais que rarement recours à la MAPA !<br />
Je ne contesterai pas non plus le fait que la mesure de la pression<br />
artérielle au cabinet médical, même en appliquant strictement<br />
les recommandations techniques (OMS), ne représente,<br />
chez certains patients, qu’un reflet infidèle de la charge tensionnelle<br />
réelle tout au long du nycthémère et tout au long des<br />
semaines, mois et années…<br />
Si j’admets bien volontiers que la mesure de la pression artérielle<br />
au cabinet comporte des limites, je mettrais cependant en garde<br />
nos amis « hypertensiologues » de ne pas trop scier la branche<br />
sur laquelle ils sont assis depuis plusieurs décennies…<br />
L’énorme littérature internationale est en effet basée sur la mesure<br />
tensionnelle au cabinet médical :<br />
- Dans les années 50 et au début des années 60, la démonstration<br />
de la valeur pronostique péjorative de l’hypertension artérielle,<br />
notamment de l’HTA essentielle modérée.
19<br />
<strong>Attitudes</strong> Débat<br />
••• Le point de vue Nicolas Postel-Vinay ••• Le point de vue de Simon Weber<br />
hypertensions. Ces biais liés à la technique sont parfaitement<br />
identifiés si bien qu’il existe des recommandations<br />
pour les corriger, mais ces dernières ne sont pas appliquées.<br />
Critiquant ces dysfonctionnements, certains auteurs<br />
jugent les médecins « négligents » et indiquent qu’ils ont<br />
« une responsabilité éthique et médico-légale ; c’est de<br />
leur faute et ce n’est pas une question de coûts ». Et de<br />
s’interroger à partir d’un exemple : « Sur les 7 millions de<br />
jeunes femmes de moins 35 ans prenant une contraception<br />
orale, 24 000 ont un traitement antihypertenseur :<br />
combien d’entre elles reçoivent un traitement inutile compte<br />
tenu d’une mauvaise classification due aux erreurs de calibration<br />
des manomètres ? » (1)<br />
L’interprétation des résultats<br />
de mesure<br />
La mesure étant investigateur-dépendant, le matériel n’est<br />
pas la seule cause d’erreurs : avec la méthode auscultatoire,<br />
l’investigateur peut mal positionner le stéthoscope vis-à-vis<br />
de l’artère humérale et le repérage des chiffres dépend des<br />
capacités auditives du professionnel ; la vitesse de dégonflage<br />
du brassard est souvent trop rapide et la lecture des<br />
chiffres de PA sujette à approximation. A ces imprécisions,<br />
s’ajoutent les difficultés liées à la grande variabilité de la<br />
PA. En conséquence, en l’espace d’une seule consultation<br />
la pression artérielle peut être surestimée dans 30 % de cas,<br />
ou à l’inverse sous-estimée (2) .<br />
Les mesures ambulatoires multiplient le nombre de<br />
mesures pour pallier la variabilité tensionnelle et rendent<br />
compte d’une pression artérielle mesurée en dehors de<br />
la présence du médecin. Ces différences expliquent que<br />
les résultats de la mesure casuelle au cabinet médical et<br />
ceux des mesures ambulatoires divergent souvent, de 20<br />
à 40 % des cas. En confrontant les résultats obtenus par<br />
mesures ambulatoires versus mesures casuelles des sujets<br />
hypertendus traités, on peut identifier des patients ayant<br />
une HTA masquée. Dans la cohorte de l’étude SHEAF,<br />
l’automesure à domicile a permis d’identifier un sousgroupe<br />
particulier de 9 % de sujets ayant à domicile un<br />
mauvais contrôle de leur hypertension alors qu’elle apparaissait<br />
contrôlée au cabinet médical (3) . Le profil initial<br />
(en termes de facteurs de risque et d’antécédents cardiovasculaires)<br />
des patients ayant une PA élevée à domicile<br />
et normale au cabinet médical se rapproche de celui<br />
des patients considérés comme hypertendus non contrôlés<br />
par les deux méthodes de mesure. L’étude a apporté<br />
une information nouvelle en démontrant que leur pronostic<br />
cardiovasculaire est comparable à celui des<br />
patients non contrôlés.<br />
De l’identification du problème<br />
et de la prise de décision<br />
Même dans l’hypothèse où le médecin reconnaît une situation<br />
sur la base d’une mesure tensionnelle que l’on espère<br />
- Depuis les années 60, la démonstration de l’effet bénéfique des<br />
traitements antihypertenseurs.<br />
Si cette fameuse mesure ponctuelle, au cabinet médical, de la<br />
pression artérielle est si dramatiquement minable que cela, toute<br />
la littérature sur laquelle nous fondons notre pratique et plus<br />
encore sur laquelle sont élaborées les sacro-saintes recommandations<br />
n’est-elle pas fragile, voire carrément fausse ? À entendre<br />
certains collègues clamer haut et fort, urbi et orbi, qu’ils préconisent<br />
l’abandon de la mesure de la pression artérielle à l’occasion<br />
d’une consultation, on pourrait être tenté de leur demander<br />
de renoncer provisoirement à enseigner la prise en charge de<br />
l’hypertension artérielle, puisque 99% de ce qu’ils professent<br />
reposent sur des études où la pression artérielle avant et pendant<br />
le traitement a été mesurée précisément en consultation!<br />
D’où vient ma forte opposition à l’utilisation de l’automesure tensionnelle<br />
en médecine « de tous les jours » pour la majorité de<br />
nos hypertendus ?<br />
7, 5 millions de Français...<br />
En reprenant le même article récent précédemment cité, on<br />
apprend, pour ceux qui l’ignoraient, que 24 % des individus<br />
de plus de 35 ans sont des hypertendus traités et que le problème<br />
concerne donc 7,5 millions de Français. Sommes-nous<br />
prêts à recommander que pour 7,5 millions de nos concitoyens,<br />
l’appareil d’automesure côtoie la brosse à dents dans la salle<br />
de bains ou le réveille-matin sur la table de nuit ?<br />
Je sais bien que la mesure quotidienne de la pression artérielle<br />
n’est pas recommandée par nos doctes « hypertensiologues ».<br />
Ils préconisent de façon beaucoup plus raisonnable deux à trois<br />
jours consécutifs d’automesure, chacune de ces séquences étant<br />
renouvelée environ une fois par mois.<br />
Dans la pratique, combien d’entre nous n’ont-ils pas vu en consultation<br />
le patient hypertendu montrer fièrement le relevé soigneux<br />
de ses chiffres tensionnels quotidiens des six derniers mois ? Les<br />
lecteurs de cet article ont probablement eu des relevés pluriquotidiens<br />
sur plusieurs mois, voire pour certains de nos patients<br />
(volontiers récemment retraités), l’historique informatisé, souvent<br />
multicolore, de leurs chiffres de pression artérielle… Quelles que<br />
soient les précautions oratoires que l’on puisse prendre, cette<br />
dérive est et restera malheureusement fréquente, liée soit à un certain<br />
nombrilisme, qui a tendance à s’accentuer avec le vieillissement<br />
et le fréquent désœuvrement dû à la cessation d’activité professionnelle,<br />
soit avec le souci, d’essence rurale, de ne pas<br />
« gâcher », donc de rentabiliser en l’utilisant tous les jours le précieux<br />
appareil que l’on a récemment acheté. Dans cette même<br />
logique de rentabiliser, l’appareil d’automesure est volontiers utilisé<br />
par tous les membres de la famille, strictement normotendus ;<br />
on ne m’a pas encore demandé s’il existait des brassards<br />
adaptés aux animaux domestiques, mais cela viendra probablement<br />
un jour…<br />
Chez le boulanger…<br />
Quel cardiologue praticien n’a-t-il pas dû gérer l’appel téléphonique<br />
d’un patient parfaitement stable par ailleurs, mais<br />
terrorisé par un chiffre d’automesure tensionnelle occasionnellement<br />
à 17 de systolique ! Bien entendu, ce constat conduit<br />
CONSENSUS CARDIO pour le praticien - N° 19 • Mai 2006
Débat<br />
••• Le point de vue Nicolas Postel-Vinay ••• Le point de vue de Simon Weber<br />
non erronée, il n’est pas rare qu’il n’en tire pas les conséquences<br />
pratiques. Ce phénomène, noté de façon générale<br />
dans la prise en charge des situations chroniques tels le diabète,<br />
l’HTA ou les dyslipidémies, a été qualifié « d’inertie<br />
clinique » (4) . « Souvent les professionnels de santé n’intensifient<br />
pas les traitements au fur et à mesure des visites. Ils<br />
reconnaissent le problème, mais ne parviennent pas à<br />
agir » (4) . De fait, lorsqu’on cherche à préciser les motifs pour<br />
lesquels les médecins n’augmentent pas les traitements des<br />
hypertendus non contrôlés, l’attentisme (poursuivre les<br />
mesures avant de changer le traitement) et la satisfaction<br />
de l’actuelle réponse tensionnelle sont trop fréquents (5) . Avec<br />
les mesures ambulatoires, cet attentisme justifié par la nécessité<br />
de répéter les mesures n’a plus lieu d’être. Quant à la<br />
satisfaction vis-à-vis de la réponse tensionnelle et à la tolérance<br />
d’un objectif non atteint, on peut émettre l’hypothèse<br />
que la connaissance des chiffres et des objectifs tensionnels<br />
par le patient pourrait jouer favorablement. Cette hypothèse<br />
n’est pas prouvée, mais plusieurs enquêtes ont montré que<br />
les patients hypertendus possédant un autotensiomètre savent<br />
mieux nommer leurs médicaments et connaissent mieux leurs<br />
chiffres tensionnels. Une méta-analyse portant sur 18 essais<br />
contrôlés randomisés, totalisant 1 359 sujets hypertendus<br />
pratiquant l’automesure comparés à 1 355 sujets contrôles<br />
vus pendant 2 à 36 mois, montre que l’automesure permet<br />
d’obtenir un meilleur contrôle. Certes les différences sont<br />
minimes (4 mmHg en moyenne) et les raisons de cet avantage<br />
ne sont pas claires, mais à tout le moins elles sont en<br />
faveur de l’automesure (6) .<br />
En conclusion<br />
Se passer de l’automesure ou de la MAPA revient à ignorer<br />
d’éventuels effets blouse blanche ou une hypertension masquée<br />
; autrement dit à porter un jugement sur des bases erronées<br />
dans près de 40 % des cas si l’on additionne les préva-<br />
CONSENSUS CARDIO pour le praticien - N° 19 • Mai 2006<br />
20<br />
le patient à remesurer fébrilement et anxieusement sa pression<br />
artérielle quelques heures plus tard, qui, du fait même de<br />
l’anxiété, sera à nouveau élevée, etc. Je vous propose enfin,<br />
cet « instantané » chez la boulangère :<br />
« - Alors comment ça va ce matin Mme Martin ?<br />
- Oh pas très fort, pas très fort.<br />
- Ce sont vos rhumatismes qui vous reprennent ?<br />
- Non pas du tout ; avec les nouveaux médicaments et après<br />
ma cure, tout va bien de ce côté-là.<br />
- Allons donc ! Des problèmes avec votre famille ?<br />
- Ah non ; au contraire ; ils sont adorables, ils ne m’oublient<br />
pas ; d’ailleurs ils viennent tous déjeuner dimanche prochain.<br />
- Alors qu’est-ce qui vous tourmente donc comme ça ? Pourquoi<br />
faites-vous cette tête des mauvais jours ?<br />
- Ah ma pauvre, c’est la tension qui ne va pas… Vous savez,<br />
maintenant avec ce nouvel appareil, je peux la prendre tous<br />
les jours… Depuis hier elle est à 15, alors que mon docteur m’a<br />
dit qu’il ne fallait pas qu’elle dépasse 14… Vous savez c’est<br />
très dangereux tout ça. »<br />
Je reconnais que la majorité des patients pratiquant l’automesure<br />
n’en est pas là ; une telle conversation n’est cependant pas exceptionnelle,<br />
loin de là ! Je n’ai bien sûr pas de statistiques à fournir ;<br />
mais je serais tenté de dire que ce comportement est minoritaire,<br />
mais concerne quand même une minorité non négligeable !<br />
À plusieurs reprises, ces dernières années, lorsque je faisais valoir,<br />
à l’occasion d’un EPU ou, de façon bien plus informelle, d’une<br />
quelconque conversation de couloir que je redoutais cette médicalisation<br />
excessive du tout-venant des hypertendus, je me suis vu<br />
répliquer que « après tout les diabétiques pratiquent bien, pluriquotidiennement,<br />
l’automesure de leur glycémie ! ». Cette réponse,<br />
que je trouve terrorisante, résume pour moi parfaitement la réalité<br />
du débat. L’hypertension est un facteur de risque vasculaire<br />
important, méritant, au même titre que l’hypercholestérolémie, un<br />
dépistage performant, un traitement pharmacologique quotidien<br />
et une surveillance régulière. Mais les hypertendus essentiels modérés<br />
et les hypercholestérolémiques ne sont pas des malades. Il<br />
s’agit, tout du moins à mon humble avis, de sujets en bonne santé<br />
et devant se considérer comme tels, mais porteurs de facteurs de<br />
risque méritant une démarche préventive et rigoureuse. Les diabétiques<br />
insulinodépendants sont malheureusement de vrais<br />
malades graves ; ils ne peuvent pas hélas se considérer comme<br />
des sujets bien-portants, soumis à une simple démarche préventive<br />
et il est pour eux de ce fait légitime et même souvent nécessaire<br />
d’imposer cette démarche d’autosurveillance dont il est bien<br />
évident que les conséquences en matière de bien-être et de<br />
qualité de vie sont lourdes. Prendre le risque, par le biais de l’automesure,<br />
de rapprocher le mode de vie et la perception de soimême<br />
des 7,5 millions d’hypertendus modérés de ceux des<br />
quelques dizaines de milliers de diabétiques sous traitement insulinique<br />
me paraît strictement et diamétralement à l’opposé du travail<br />
du médecin, tout du moins tel que je le conçois.<br />
Surveiller sa tension<br />
comme son cholestérol<br />
La miniaturisation, l’automation et la standardisation des tech
Débat<br />
••• Le point de vue Nicolas Postel-Vinay ••• Le point de vue de Simon Weber<br />
lences de ces phénomènes. L’automesure étant fiable, peu<br />
coûteuse, facilement reproductible et appréciée des patients,<br />
bien cadrée par les recommandations (HAS 2005), on voit<br />
mal pourquoi s’en priver. Certes, la majorité des essais d’intervention<br />
est basée sur la méthode casuelle, mais la correspondance<br />
des valeurs entre l’une et l’autre méthode est bien<br />
documentée. Sous réserve de l’utilisation d’un appareil validé<br />
avec brassard huméral de préférence, bien entretenu et utilisé<br />
avec un geste de mesure adéquate (d’où l’importance cruciale<br />
de l’éducation thérapeutique), l’automesure doit désormais<br />
être systématiquement utilisée dans le respect de ses<br />
contre-indications (arythmie, enfant, bras d’une circonférence<br />
> 32 cm, troubles cognitifs, anxiété non maîtrisée). Tant que<br />
les recommandations ne nous y autoriseront pas, on ne saurait<br />
prôner l’abandon de la mesure casuelle. Mais puisque<br />
aujourd’hui de nombreux patients sont déjà des utilisateurs<br />
de l’automesure sur leur propre décision, il serait de mauvaise<br />
pratique de ne pas les accompagner dans cette<br />
démarche. ■<br />
Références :<br />
1. Rouse A, Marshall T. The extent and implications of sphygmomanometer calibration<br />
error in primary care. J Hum Hypertens 2001 ; 15 : 587-91.<br />
2. Bobrie G. Automesure tensionnelle, guide pratique. Imothep Ed. Paris 2000.<br />
3. Bobrie G. Jama 2004 ; 291 : 1342-9.<br />
4. Philips. Ann Intern Med 2001 ; 35 : 825-34.<br />
5. Oliveria SA et al. Arch Intern Med 2002 ; 162 : 413-20.<br />
6. Cappuccio et al. BMJ 2004 ; 329 : 145.<br />
Pour toute correspondance avec l’auteur :<br />
automesure@noos.fr<br />
niques de dosages biologiques permettent d’imaginer que dans<br />
un proche avenir l’automesure du LDL-cholestérol soit techniquement<br />
tout aussi faisable que l’automesure de la glycémie. Considéreriez-vous<br />
comme un progrès de le proposer aux millions d’hypercholestérolémiques<br />
que, à juste titre, nous traitons principalement<br />
par statines ? Si vous estimez la réponse négative, pourquoi en seraitil<br />
autrement dans la prise en charge de l’hypertension artérielle ?<br />
Les spécialistes européens et notamment français de l’hypertension<br />
artérielle ont, légitimement, défendu la notion de « risque<br />
artériel absolu » prenant en compte les autres facteurs athérogènes<br />
: dyslipidémie, diabète, tabagisme, âge, sexe dans la décision<br />
de débuter ou non un traitement antihypertenseur. Cette<br />
approche plus globale, plus intelligente s’oppose à l’attitude dominante<br />
nord-américaine beaucoup plus « comptable » où, tout<br />
comme le gendarme avec son radar au bord de la route, le traitement<br />
antihypertenseur doit être proposé chaque fois que les<br />
chiffres constatés dépassent une valeur seuil préétablie. Remarquons<br />
au demeurant que cette valeur seuil préétablie a une fâcheuse<br />
tendance à varier d’une réunion à l’autre des sociétés très savantes,<br />
la tendance étant à la baisse pour culminer à la notion de « préhypertension<br />
» chez les patients dont la systolique dépasse les<br />
120 mmHg ! Insister lourdement sur l’automesure tensionnelle,<br />
c’est-à-dire sur l’aspect purement comptable du problème, n’estce<br />
pas abandonner plus ou moins, ou en tout cas réduire l’importance<br />
de l’approche globale, à juste titre privilégiée par les spécialistes<br />
européens de l’hypertension et de la cardiologie préventive ?<br />
Pour conclure, il n’est pas question de nier le fait que l’automesure<br />
tensionnelle représente un acquis conceptuel et technique<br />
intéressant. Elle est probablement utile chez certains patients dont<br />
les chiffres tensionnels de base sont limites ou modérément élevés<br />
et qui par ailleurs ne présentent pas ou peu d’autres facteurs<br />
de risque athéromateux. Chez ces patients, une période de<br />
quelques semaines à quelques mois d’automesure tensionnelle<br />
peut utilement, intelligemment, aider le praticien à décider de<br />
l’opportunité de démarrer un traitement antihypertenseur qui,<br />
une fois instauré, sera, sauf rares exceptions, un traitement à vie.<br />
Dans cette bonne indication, il serait préférable que le patient puisse<br />
se voir prêter provisoirement un appareil d’automesure qu’il restituerait<br />
une fois qu’il aurait accompli son travail d’aide à la décision.<br />
Je sais bien qu’au plan strictement financier le prix actuellement relativement<br />
modique des appareils d’automesure rend cette démarche<br />
de prêt probablement peu rentable, mais elle aurait l’immense avantage<br />
d’éviter que ne s’installent des rites nombrilistes tensionnels ! Il<br />
existe des hypertensions artérielles sévères, difficiles à équilibrer ; on<br />
quitte alors le domaine de la médecine préventive du sujet sain pour<br />
s’approcher de celui du traitement de malades graves ; on se rapproche,<br />
au moins partiellement, des contraintes du traitement d’un<br />
diabète insulinorequérant, et chez ces patients-là, heureusement<br />
extrêmement minoritaires par rapport à la gigantesque cohorte des<br />
7,5 millions d’hypertendus hexagonaux, l’acquisition et l’utilisation<br />
intelligente d’un appareil d’automesure sont réellement justifiées. ■<br />
* Denolle, Cardiologie pratique, 18 janvier 2006.<br />
Pour toute correspondance avec l’auteur :<br />
Email : simon.weber@cch.ap-hop-paris.fr<br />
21 CONSENSUS CARDIO pour le praticien - N° 19 • Mai 2006
Registre<br />
PREVENIR III : l’association<br />
antiagrégant plaquettaire-statine<br />
sur le pronostic à six mois<br />
des coronariens<br />
François Philippe, Institut mutualiste Montsouris, Paris<br />
PREVENIR III, registre observationnel, montre<br />
que l’incidence des événements coronaires et vasculaires<br />
reste élevée. Dans ce registre, seuls 12 % des patients<br />
reçoivent une association statine-antiagrégant plaquettaire.<br />
Le programme des registres PREVENIR initié en 1998 avait<br />
pour objectif d’observer les prescriptions médicamenteuses<br />
en pratique clinique française chez des sujets athérothrombotiques.<br />
PREVENIR I en 1998, puis PREVENIR II en 1999<br />
constituaient un relevé instantané des ordonnances à la sortie<br />
de l’hôpital après syndrome coronaire aigu et permettaient<br />
de discuter l’évolution de la mise en pratique du<br />
concept BASIC (Bêta-bloquant, Antiagrégant plaquettaire,<br />
Statine, IEC, Contrôle des facteurs de risque) en fonction<br />
notamment de la diffusion des recommandations européennes<br />
(1) . PREVENIR III conduit en 2000 est un registre<br />
observationnel et prospectif comportant un suivi de six mois<br />
en pratique libérale auprès des cardiologues et des médecins<br />
généralistes. Cette période permet de juger l’éventuel<br />
impact des différences de prescriptions sur le pronostic des<br />
patients athérothrombotiques et plus particulièrement sur<br />
celui des coronariens (2) (Figure 1).<br />
Un effectif de plus de<br />
6 859 coronariens<br />
Le registre PREVENIR III a été conduit chez 3 746 médecins<br />
dont 785 cardiologues entre le 1 er janvier et le 31 décembre<br />
1985<br />
MONICA<br />
USIC 1995<br />
EUROASPIRE I<br />
PREVENIR I<br />
1998<br />
EURO HEART<br />
SURVEY<br />
EUROASPIRE II<br />
PRISMA<br />
1999<br />
USIC 2000<br />
ECLAT<br />
PREVENIR III<br />
Figure 1. Registres des pratiques médicales en France et en Europe.<br />
CONSENSUS CARDIO pour le praticien - N° 19 • Mai 2006<br />
ENACT<br />
GRAGE<br />
2000-2001<br />
2000<br />
ELIAGE MG<br />
ELIAGE<br />
CARDIO<br />
FACT<br />
22<br />
2000. 9 556 patients athérothrombotiques ont été sélectionnés,<br />
8 288 ont été inclus et la population des coronariens a<br />
constitué un effectif de 6 859 patients.<br />
Chaque mois, et pendant une période de six mois, le médecin<br />
devait remplir un formulaire de suivi spécifiant l’état actuel du<br />
patient (perdu de vue, survie, décès et cause du décès) et les<br />
détails sur toutes les hospitalisations.<br />
Statine-antiagrégant :<br />
53 % des coronariens<br />
La population était majoritairement masculine (77,9 %<br />
d’hommes) et âgée en moyenne de 65 ans (65,4 + 11,6). L’antécédent<br />
coronaire était un infarctus du myocarde dans 59,2 %<br />
des cas, un angor instable dans 35,2 % des cas et enfin<br />
l’association infarctus et angor instable dans 5,6 % des cas.<br />
Une angioplastie avait déjà été réalisée chez 43 % d’entre eux<br />
et une chirurgie de pontage chez 21 %. Parmi les facteurs de<br />
risque cardiovasculaire, une dyslipidémie était présente dans<br />
71,4 % des cas, un diabète dans 22 % des cas et une hypertension<br />
artérielle dans 51 % des cas.<br />
Seulement 12 % des patients recevaient l’ensemble des quatre<br />
classes thérapeutiques recommandées (antiagrégant, statine,<br />
bêtabloquant, inhibiteur de l’enzyme de conversion). Un tiers<br />
prenaient trois médicaments sur quatre et 53 % bénéficiaient<br />
d’une association statine-antiagrégant.<br />
Durant la période de suivi, 84 événements cardiovasculaires<br />
sont survenus dont 77,4 % coronariens (66 infarctus) et 22,6 %<br />
cérébrovasculaires, soit un taux de 1,2 % et une incidence de<br />
3,1 pour 100 patients-année de suivi. A la fin du suivi,<br />
67 patients étaient décédés (1,0 %), soit un taux d’incidence<br />
cumulative de 2,5 pour 100 patients-année.<br />
Analyse des résultats en fonction<br />
des traitements concomitants<br />
Evénements coronariens<br />
En analyse bivariée, les patients traités par statine et antiagrégant<br />
ont présenté un meilleur pronostic coronarien que<br />
ceux n’ayant pas reçu ces médicaments (1,6 versus 7,2 événements<br />
pour 100 patients-année de suivi). Cette réduction de<br />
risque a également été observée après analyse multivariée et<br />
atteint 71 % (RR : 0,29 ; IC à 95 % : 0,15-0,53, p < 0,0001).
Survie %<br />
1,01<br />
1<br />
0,99<br />
0,98<br />
0,97<br />
0,96<br />
0,95<br />
Statines et AAP<br />
Statines sans AAP<br />
AAP sans statines<br />
Pas de statine ni d'AAP<br />
0 14 28 42 56 70 84 98 112 126 140 154 168 176 178 180 182 184<br />
Jours<br />
Evénements vasculaires combinés<br />
(coronaires et cérébraux) (Figure 2)<br />
En analyse multivariée, la réduction de risque combiné coronaire<br />
et cérébral atteint 65 % (RR : 0,35 ; IC à 95 % : 0,2-0,6 ;<br />
p < 0,001) pour les patients ayant l’association antiagrégantstatine<br />
par rapport à ceux ne la recevant pas.<br />
Mortalité toutes causes (Figure 3)<br />
L’association des statines et des antiagrégants a eu un impact<br />
majeur sur la mortalité toutes causes réduite de 68 % (RR : 0,32 ;<br />
IC à 95 % : 0,16-0,65 ; p < 0,002).<br />
Si la pratique française de 2006 est probablement optimisée par<br />
rapport à celle relevée dans ce registre de 2000, PREVENIR III<br />
apporte néanmoins des enseignements très importants :<br />
23<br />
<strong>Attitudes</strong> Registre<br />
– l’incidence des événements coronaires et cérébrovasculaires<br />
chez un coronarien considéré comme<br />
stable reste élevée avec 3,1 événements pour 100<br />
patients-année de suivi ;<br />
– l’incidence de la mortalité totale est de 2,5 pour<br />
100 patients-année, corrélant les données du registre<br />
international REACH ;<br />
– un traitement optimal BASIC (Bêtabloquant, Antiagrégant-plaquettaire,<br />
Statine, IRE) n’est obtenu que<br />
chez une minorité de patients (12 %) ;<br />
– une simple association statine-antiagrégant plaquettaire<br />
assure déjà une réduction considérable des<br />
récidives d’événements cardiovasculaires et de la<br />
mortalité.<br />
Ces résultats sont concordants avec ceux observés<br />
en Grande-Bretagne sur une très vaste cohorte (3) et<br />
lors d’une méta-analyse ayant porté sur plusieurs<br />
essais thérapeutiques des statines comportant des<br />
groupes placebo (4) . ■<br />
Pour en savoir plus :<br />
1. Ferrières J, Danchin N, Grenier O, Cantet C, Thomas D, Cambou JP. Optimizing the<br />
prescription of statins after an acute coronary syndrome: the influence of coronary angioplasty<br />
and total cholesterol levels. Cardiovasc Drugs Ther, 2001 ; 15 : 559-60.<br />
2. Ferrières J, Cambou JP, Cantet C, Guize L. Prognosis at 6 months for coronary and cerebrovascular<br />
patients : impact of antiplatelet agents and statins : results from the PREVENIR<br />
III study.Cardiovasc Drugs Ther, 2006, vol 20, n°1 ; 55-61.<br />
3. Hippisley-Cox J, Coupland C. Effect of combinations of drugs on all cause mortality in<br />
patients with ischaemic heart disease: nested case-control analysis. BMJ, 2005; 330 :<br />
1059-63.<br />
4. Hennekens CH, Sacks FM, Tonkin A et al. Additive benefits of pravastatin and aspirin to<br />
decrease risks of cardiovascular disease : randomized and observational comparisons of<br />
secondary prevention trials and their meta-analysis. Arch Intern Med, 2004 ; 164 : 40-4.<br />
Pour toute correspondance avec l’auteur :<br />
francois.philippe@imm.fr<br />
p < 0,001<br />
p < 0,01<br />
Figure 2. Evénements cardiovasculaires combinés (coronaires et cérébrovasculaires) et mortalité totale à 6 mois dans le registre PREVENIR III<br />
selon les traitements reçus par statines et antiagrégants plaquettaires (AAP).<br />
Pour 100 personnes-année<br />
de suivi<br />
7,5<br />
10 (4,5-10,6)<br />
6,1<br />
8<br />
(3,5-8,9)<br />
6<br />
4<br />
2<br />
0<br />
Pas de statines,<br />
pas d'AAP (n = 791)<br />
référence<br />
**** **<br />
2,5 1,9<br />
(0,9-4,1) (0,5-3,4)<br />
Statines seules<br />
(n = 890)<br />
Récidives vasculaires<br />
Mortalité totale<br />
**<br />
3,8<br />
(2,3-5,4)<br />
NS<br />
4,3<br />
(2,6-5,9)<br />
****<br />
2,0 ****<br />
(1,4-2,7) 1,0<br />
(0,5-1,6)<br />
AAP (n = 1 560) AAP + statines<br />
(n = 3 618)<br />
Figure 3. Mortalité totale. p : la valeur de référence est l’absence de traitement par<br />
AAP et statines ; *p : < 0,05 ; ** p < 0,01 ; *** p < 0,001 ; **** p < 0,001.<br />
NS<br />
Ref<br />
CONSENSUS CARDIO pour le praticien - N° 19 • Mai 2006
<strong>Attitudes</strong> Question juridique<br />
• Rappel<br />
Cardiologie et sport :<br />
la responsabilité liée au certificat<br />
Frédérique Claudot* et Yves Juillière**, centre hospitalier universitaire Nancy<br />
Un adolescent de 15 ans porteur d’un souffle<br />
depuis son enfance consulte un médecin<br />
généraliste pour obtenir un certificat de<br />
non-contre-indication à la pratique sportive<br />
nécessaire à l’obtention d’une licence sportive<br />
de karaté. Le médecin généraliste découvre<br />
le souffle cardiaque et lui refuse le certificat.<br />
Il l’adresse à un cardiologue qui retrouve<br />
une hypertrophie ventriculaire gauche majeure<br />
à l’échographie. Le cardiologue refuse<br />
également le certificat et prend rendez-vous<br />
pour des investigations complémentaires au<br />
CHU. Malheureusement, l’adolescent décède<br />
entre-temps lors d’une séance d’éducation<br />
physique au collège.<br />
La famille assigne le médecin généraliste et le<br />
cardiologue en responsabilité civile devant le<br />
tribunal de grande instance (TGI). Elle est<br />
déboutée de sa demande. Elle interjette appel.<br />
La cour d’appel infirme le jugement du TGI et<br />
condamne les médecins pour manquement à<br />
leur obligation d’information.<br />
En l’espèce, la cour d’appel a considéré que le fait que le<br />
souffle était connu de longue date par l’adolescent et a<br />
fortiori par ses parents ne signifiait pas qu’ils étaient<br />
conscients des dangers encourus. La cour a d’ailleurs estimé<br />
que le seul fait que l’adolescent ait demandé un certificat<br />
d’aptitude pour le karaté confirmait cette inconscience. Elle<br />
estime par ailleurs qu’étant tous deux astreints à une obligation<br />
d’information envers leur patient, le cardiologue et le<br />
médecin généraliste ne pouvaient se contenter de refuser le<br />
certificat médical à l’adolescent et de l’orienter vers un spécialiste.<br />
Selon la cour, le cardiologue comme le médecin<br />
généraliste auraient dû interdire à l’adolescent tout effort<br />
violent dans le cadre scolaire et extrascolaire, en avertissant<br />
ses parents et les établissements où il pratiquait un sport.<br />
Relevant qu’aucun élément n’établit que les médecins eussent<br />
donné ne serait-ce qu’un commencement d’information,<br />
la cour conclut que la faute commise par les deux praticiens<br />
est en lien de causalité direct avec le décès de l’adolescent<br />
puisqu’elle l’a privé d’une chance de survie (CA Grenoble,<br />
04 avril 2000).<br />
* Frédérique Claudot est avocate au barreau de Nancy, assistante universitaire de médecine<br />
légale à la faculté de médecine de Nancy, assistante hospitalière et consultante juridique<br />
du CHU de Nancy.<br />
** Yves Juillière est professeur des universités en cardiologie et maladies vasculaires à la<br />
faculté de médecine de Nancy et expert de cardiologie près la cour d’appel de Nancy.<br />
CONSENSUS CARDIO pour le praticien - N°19 • Mai 2006<br />
24<br />
La lecture de cette jurisprudence ne peut que nous remémorer<br />
qu’Al Capone n’a pas été condamné à onze ans de prison<br />
pour le massacre de la Saint-Valentin, mais pour fraude<br />
fiscale !<br />
Rappelons que pour mettre en cause la responsabilité d’un<br />
professionnel de la santé, un avocat a schématiquement deux<br />
solutions. La première, qui est la plus facile, est d’invoquer<br />
un manquement à son obligation d’information (défaut d’information<br />
pur et simple, information incomplète, information<br />
trop optimiste, défaut d’information relatif aux risques…).<br />
La seconde, plus difficile, car soumise à une expertise, est<br />
d’invoquer une « faute technique » (manquement aux règles<br />
de l’art, erreur fautive de diagnostic, faute technique dans<br />
la réalisation de l’acte, défaut de surveillance…). Lorsque<br />
« l’option faute technique » est choisie, il faut démontrer que<br />
le médecin a commis une faute qui est en lien direct et certain<br />
avec le préjudice du patient. Dans l’affaire sus-décrite,<br />
la famille de l’adolescent a probablement été dans l’impossibilité<br />
de montrer que le cardiologue et le médecin généraliste<br />
avaient commis la moindre faute « technique ». En effet,<br />
le médecin généraliste adresse son patient à un cardiologue,<br />
le cardiologue l’adresse au CHU pour des examens complémentaires,<br />
répondant tous deux à l’article 32 du Code de<br />
déontologie médicale (article R.4127-32 du Code de la santé<br />
publique) qui dispose que : « Dès lors qu’il a accepté de<br />
répondre à une demande, le médecin s’engage à assurer<br />
personnellement au patient des soins consciencieux, dévoués<br />
et fondés sur les données acquises de la science, en faisant<br />
appel, s’il y a lieu, à l’aide de tiers compétents ». Leur comportement<br />
est également conforme à la jurisprudence Mercier<br />
de 1936 (C. cas. 1 re civ, 20 mai 1936) qui précise que<br />
le médecin doit à son patient des « soins consciencieux, attentifs<br />
et conformes aux données acquises de la science ». Par<br />
suite, il était difficile d’établir un lien de causalité direct et<br />
certain entre le préjudice causé à l’adolescent qui est constitué<br />
par son décès et une hypothétique faute commise par les<br />
médecins.<br />
La théorie de la perte de chance, « ce paradis<br />
des juges indécis » (doyen Savatier) : si l’on considère<br />
que l’utilisation de la théorie de la perte de chance permet<br />
l’indemnisation de la victime qui ne parvient pas à apporter<br />
une preuve suffisante du lien de causalité existant entre<br />
un manquement et le dommage qu’elle subit, la décision de<br />
la cour est une illustration évidente de la volonté d’indemniser<br />
la famille du patient. Les médecins ne rapportant pas la<br />
preuve qu’ils ont bien informé le patient, la cour n’a plus<br />
qu’à constater l’évidence de leur faute, même si cet adolescent<br />
et sa famille connaissaient l’existence de ce souffle<br />
cardiaque.<br />
Cette jurisprudence nous enseigne qu’en matière de contrôle<br />
médical de l’aptitude au sport, s’abstenir de rédiger un cer-
© BSIP<br />
tificat peut tout autant engager sa responsabilité qu’en établir<br />
un. En l’occurrence, si le médecin généraliste et le cardiologue<br />
avaient chacun établi un certificat de contre-indication<br />
à la pratique sportive, la cour n’aurait probablement<br />
pas pu les condamner, car ces certificats auraient pu être<br />
considérés comme un commencement de preuve d’information<br />
délivrée au patient et à ses parents.<br />
Que faire pour prévenir une<br />
éventuelle mise en cause ?<br />
Il faut d’abord connaître la loi. Il faut ensuite connaître les<br />
conséquences « juridiques » de ses actes.<br />
1. Connaître la loi<br />
En matière de surveillance médicale des activités physiques<br />
et sportives, deux situations sont réglementées : le contrôle<br />
médical de l’aptitude à la pratique de l’éducation physique<br />
et sportive (le sport à l’école) et le contrôle médical<br />
préalable à la compétition sportive (le sport dans le cadre<br />
d’une fédération sportive).<br />
1.1 Le contrôle médical de l’aptitude à la pratique de l’éducation<br />
physique et sportive<br />
L’enseignement physique et sportif dispensé dans les écoles<br />
maternelles et élémentaires, dans les établissements du second<br />
degré et d’enseignement technique est réglementé par la loi<br />
25<br />
Question juridique<br />
nº 2000-627 du 6 juillet 2000. Les modalités de contrôle<br />
d’aptitude des élèves au sport sont fixées par le décret nº 88-<br />
977 du 11 octobre 1988 complété par un arrêté interministériel<br />
du 13 septembre 1989. Selon ces textes, les élèves qui<br />
invoquent une inaptitude physique doivent en justifier par<br />
un certificat médical indiquant le caractère total ou partiel<br />
de l’inaptitude.<br />
En cas d’inaptitude partielle, le certificat peut comporter,<br />
dans le respect du secret professionnel, des indications utiles<br />
pour adapter la pratique de l’éducation physique et sportive<br />
aux possibilités individuelles des élèves. Le certificat indique<br />
la durée de l’inaptitude qui ne peut excéder l’année scolaire<br />
en cours.<br />
Une circulaire nº 2003-062 du 24 avril 2003 précise par<br />
ailleurs qu’un examen médical conditionne l’admission en<br />
section sportive scolaire (sport-études). Cet examen donne<br />
lieu à l’établissement et à la délivrance d’un certificat médical<br />
attestant la non-contre-indication à la pratique de la<br />
discipline dans le cadre de la section sportive scolaire. Le<br />
choix du médecin appartient à la famille de l’élève, mais<br />
l’examen médical doit être effectué par un médecin titulaire<br />
du CES de médecine du sport ou de la capacité en<br />
médecine et biologie du sport ou du DESC de médecine du<br />
sport.<br />
1.2. Le contrôle médical préalable à la compétition sportive<br />
Le suivi médical des sportifs est réglementé par les articles<br />
L. 3621-1 et suivants du Code de la santé publique (CSP).<br />
La première délivrance d’une licence sportive est subordonnée<br />
à la production d’un certificat médical attestant<br />
l’absence de contre-indication à la pratique de l’activité<br />
physique ou sportive pour laquelle elle est sollicitée. Pour<br />
certaines disciplines dont la liste est fixée par un arrêté<br />
conjoint du ministre chargé des Sports et du ministre chargé<br />
de la Santé, un examen plus approfondi et spécifique est<br />
nécessaire. Cette liste de disciplines est fixée par un arrêté<br />
du 28 avril 2000. Elle concerne surtout les sports violents<br />
ou à risque suivants : sports de combat pour lesquels la mise<br />
« hors de combat » est autorisée, alpinisme de pointe, sports<br />
utilisant des armes à feu, sports mécaniques, sports aériens,<br />
à l’exception de l’aéromodélisme, sports sous-marins.<br />
L’examen préalable donne lieu à la délivrance d’un certificat<br />
médical attestant non pas l’aptitude, mais l’absence de<br />
contre-indication au sport considéré. Les conclusions de<br />
l’examen d’aptitude peuvent aboutir à classer le sportif dans<br />
des catégories : apte sans réserve, apte avec certaines<br />
réserves, à ménager, inapte temporaire (T), ou inapte définitif<br />
(D).<br />
Le certificat doit mentionner les disciplines contre-indiquées.<br />
Des réponses ministérielles précisent que l’absence de contreindication<br />
ne peut concerner qu’une ou plusieurs disciplines<br />
indiquées dans le certificat ; elle ne peut être générale (Rép.<br />
Min. nº 72807 : JOAN Q, 6 mai 2002, p. 2422). Le certificat<br />
de non-contre-indication a une validité d’un an. L’article<br />
L. 3622-1 CSP précise que la délivrance du certificat de<br />
non-contre-indication est mentionnée dans le carnet de santé<br />
délivré à la naissance (art. L. 2132-1 CSP).<br />
CONSENSUS CARDIO pour le praticien - N°19 • Mai 2006
Question juridique<br />
Concernant sa forme, le certificat de non-contre-indication<br />
est soumis aux règles générales de rédaction applicables aux<br />
certificats médicaux. Certaines fédérations fournissent des<br />
modèles ou formulaires à remplir.<br />
Outre l’examen médical initial nécessaire avant la délivrance<br />
de toute licence sportive, l’article L. 3621-2 CSP dispose que<br />
les fédérations sportives doivent assurer l’organisation de la<br />
surveillance médicale particulière à laquelle sont soumis leurs<br />
licenciés inscrits sur la liste des sportifs de haut niveau, ainsi<br />
que des licenciés inscrits dans les filières d’accès au sport de<br />
haut niveau. Un arrêté du 11 février 2004 fixe la nature et<br />
la périodicité de ces examens. Les résultats desdits examens<br />
sont mentionnés dans un livret individuel délivré par la fédération<br />
sportive dont il relève à chaque sportif ou à son représentant<br />
légal.<br />
2. Il faut connaître les conséquences « juridiques »<br />
de ses actes<br />
La responsabilité liée à l’établissement d’un certificat de noncontre-indication<br />
à la pratique des activités physiques et sportives<br />
est régie par les principes généraux de la responsabilité<br />
médicale. Elle peut en conséquence être d’ordre pénal,<br />
disciplinaire et civil. Hors la responsabilité liée au suivi médical<br />
des sportifs (que nous n’envisagerons pas ici), la responsabilité<br />
du médecin peut être engagée en ce qui concerne<br />
l’examen préalable du patient ainsi qu’en ce qui concerne la<br />
rédaction du certificat proprement dit.<br />
2.1. La responsabilité relative à l’examen préalable<br />
2.1.1. La responsabilité pour « faute technique »<br />
2.1.1.1. L’examen du patient<br />
Lorsqu’il établit un diagnostic d’aptitude au sport, le médecin<br />
doit bien entendu examiner le patient personnellement.<br />
Cela implique :<br />
– Qu’il doit examiner la personne à qui il va établir un certificat.<br />
Même s’il s’agit d’une personne qu’il connaît de longue<br />
date, il est formellement interdit de porter un diagnostic sans<br />
examen ou par téléphone.<br />
– Qu’il ne peut établir un certificat pour un examen qu’un<br />
confrère aurait pratiqué.<br />
2.1.1.2. La responsabilité concernant les tests d’aptitude<br />
La responsabilité du praticien peut être engagée tant en ce<br />
qui concerne la réalisation des tests d’aptitude proprement<br />
dite (test d’effort par exemple) qu’en ce qui concerne l’interprétation<br />
des résultats de ces tests. Il ne faut bien entendu pas<br />
négliger la responsabilité du fait du matériel utilisé pour la<br />
réalisation du test d’aptitude.<br />
2.1.1.3. La responsabilité civile (administrative) et disciplinaire<br />
Dans le cadre de l’examen pratiqué sur le patient, le médecin<br />
est tenu à une obligation de moyens. Il doit apporter au<br />
patient des soins consciencieux, attentifs et conformes aux<br />
données de la science. En cas de problème, le sportif (la victime<br />
du dommage) devra apporter la preuve d’une faute com-<br />
CONSENSUS CARDIO pour le praticien - N°19 • Mai 2006<br />
26<br />
mise par le médecin ; en effet, selon l’article L. 1142-1 CSP :<br />
« Hors les cas où leur responsabilité est encourue en raison<br />
d’un défaut d’un produit de santé, les professionnels de santé<br />
(…) ne sont responsables des conséquences dommageables<br />
d’actes de prévention, de diagnostic ou de soins qu’en cas<br />
de faute. » Si tel est le cas, la responsabilité civile et disciplinaire<br />
du médecin libéral ou en exercice privé pourra être<br />
engagée. Si le médecin exerce en secteur public, la réponse<br />
est variable et peut dépendre de la rémunération de l’acte.<br />
S’il est tarifié comme une consultation ordinaire (les activités<br />
de prévention n’étant pas prises en charge par la Sécurité<br />
sociale, c’est parfois le moyen utilisé pour que le patient puisse<br />
être remboursé), on applique un régime administratif et la<br />
responsabilité engagée est celle de l’établissement. S’il est<br />
tarifié comme un certificat (le patient n’est pas remboursé),<br />
certaines juridictions considèrent qu’il ne s’agit plus d’une<br />
activité de service public. En conséquence, la responsabilité<br />
engagée sera une responsabilité civile professionnelle « personnelle<br />
» et non administrative ; le praticien pourra être traduit<br />
devant le Conseil de l’Ordre.<br />
L’erreur de diagnostic commise par le médecin ne sera considérée<br />
comme fautive que lorsque le diagnostic est évident.<br />
Elle ne l’est pas lorsque le diagnostic est délicat.<br />
Concernant les dommages causés par le matériel utilisé lors<br />
de l’examen, « on est responsable, non seulement du dommage<br />
que l’on cause par son propre fait, mais encore de celui<br />
qui est causé par le fait des personnes dont on doit répondre,<br />
ou des choses que l’on a sous sa garde » (article 1384 du<br />
Code civil). En utilisant un produit ou un matériel, le médecin<br />
doit donc s’assurer que celui-ci ne risque pas de créer de<br />
dommage au patient du fait de son mauvais état ou de sa<br />
vétusté.<br />
2.1.1.4. La responsabilité pénale<br />
Sur le plan de la responsabilité pénale, le praticien s’expose<br />
à des poursuites au mieux de blessures involontaires (art.<br />
222-19 CPe), au pire d’homicide involontaire (art. 221-6<br />
CPe). Encore une fois, le ministère public et le cas échéant la<br />
partie civile (le patient ou la famille) devront :<br />
– Démontrer que l’infraction est constituée (démontrer la<br />
faute).<br />
– Montrer le lien de causalité entre la faute et le dommage.<br />
2.1.2. La responsabilité pour « défaut d’information »<br />
L’examen préalable au sport n’est pas aisé, car, à la différence<br />
de l’examen médical classique, le médecin doit déceler<br />
d’éventuelles contre-indications sans être guidé par des<br />
signes cliniques. L’examen doit donc comporter plusieurs<br />
phases : dialogue avec le sportif, recherche des antécédents<br />
médicaux et chirurgicaux, examen clinique, et doit s’accompagner<br />
de tests destinés à éclairer le médecin sur les aptitudes<br />
physiques de la personne. Cet examen doit être retranscrit<br />
quasi in extenso dans le dossier médical du patient. On ne<br />
saurait trop conseiller d’établir un « rapport » (pourquoi pas<br />
sous la forme d’un rapport d’expertise) en double exemplaire,<br />
l’un étant annexé au dossier médical, l’autre remis au patient.<br />
Cela est particulièrement valable pour la pratique du sport<br />
hors le cadre scolaire et hors le cadre des fédérations spor-
Question juridique<br />
tives, car elle n’est pas réglementée. Les personnes qui pratiquent<br />
régulièrement du sport ou celles qui reprennent une<br />
activité sportive après de longues années d’inertie consultent<br />
parfois un médecin « pour savoir si tout va bien », si « elles<br />
peuvent », s’il n’y a aucune contre-indication à la pratique<br />
ou reprise du sport. Aucun certificat de non-contre-indication<br />
à la pratique physique et sportive n’étant exigé, il n’est<br />
pas rare d’annoncer au patient de vive voix que « tout va<br />
bien », ou « qu’il doit faire attention », sans laisser la moindre<br />
trace de cette information. Or, lorsque les problèmes arrivent,<br />
les patients sont souvent sujets à de « lourdes amnésies<br />
» et lorsque le patient n’est plus là, la famille invoque le<br />
fait que ni elle ni le patient n’était informé qu’un problème<br />
pouvait surgir.<br />
Gravez tous sur vos stéthoscopes qu’il incombe au médecin<br />
d’apporter la preuve qu’il a bien informé son patient (Cass.<br />
1 re Civ, 25 février 1997, Hédreul et surtout article L. 1111-2<br />
CSP in fine).<br />
2.2. La responsabilité liée à la rédaction du certificat de noncontre-indication<br />
à la pratique physique et sportive<br />
2.2.1. Le secret professionnel<br />
La violation du secret professionnel suppose une révélation<br />
(quelle que soit sa forme) volontaire d’une information dont<br />
le médecin est dépositaire de par sa profession. Cela couvre<br />
bien entendu ce qui lui est confié, mais également ce qu’il a<br />
vu, lu, entendu ou compris. Le secret professionnel n’est pas<br />
opposable au malade. A l’inverse, le malade ne peut délier<br />
le médecin du secret professionnel qui est d’ordre public. Le<br />
médecin doit veiller à respecter le secret dans la rédaction<br />
du certificat (ainsi que vis-à-vis de la fédération et de l’entraîneur).<br />
Il s’expose à des sanctions pénales (art. 226-13 du<br />
CPe), disciplinaires (art. 4 CDM) et civiles (pour les conséquences<br />
civiles de la révélation du secret car il s’agit bien ici<br />
de responsabilité civile, la faute étant considérée comme une<br />
faute personnelle détachable du service donc ne relevant pas<br />
de la responsabilité administrative).<br />
2.2.2. Les autres règles applicables au certificat<br />
La rédaction de certificats de complaisance (un patient que<br />
l’on n’aurait pas examiné) peut entraîner :<br />
– Des sanctions pénales pour altération frauduleuse de la<br />
vérité de nature à causer un préjudice et accomplie par<br />
CONSENSUS CARDIO pour le praticien - N°19 • Mai 2006<br />
28<br />
quelque moyen que ce soit… (art. 441-1 CPe), établissement<br />
d’attestation ou de certificat faisant état de faits matériellement<br />
inexacts (art. 441-7 CPe).<br />
– Des sanctions disciplinaires pour délivrance d’un rapport<br />
ou d’un certificat de complaisance (art. 28 CDM ou R. 4127-<br />
28 CSP).<br />
En conclusion<br />
• Toujours retranscrire dans le dossier médical directement<br />
ou sous forme d’un rapport annexé au dossier : le sport<br />
concerné, le dialogue avec le patient, la recherche des antécédents<br />
médicaux et chirurgicaux, l’examen clinique et les<br />
résultats des tests destinés à éclairer le médecin sur les aptitudes<br />
physiques de la personne.<br />
• Si un rapport est établi, le faire en double exemplaire, en<br />
attirant par oral l’attention du patient (et en le confirmant par<br />
écrit) que le document que vous lui remettez contient des informations<br />
confidentielles et personnelles et que vous lui<br />
conseillez de ne pas le divulguer.<br />
• Etablir un certificat de non-contre-indication à la pratique<br />
de l’activité physique et sportive même pour les sportifs hors<br />
cadre scolaire et hors cadre de fédérations.<br />
• Ne pas hésiter à établir des certificats de contre-indication<br />
(éventuellement temporaire) à la pratique sportive plutôt que<br />
de refuser un certificat parce que vous avez constaté (ou suspecté)<br />
que le patient ne pouvait pas faire de sport.<br />
• Ne jamais établir de certificat d’aptitude à la pratique<br />
d’activité physique et sportive.<br />
• Respecter le secret professionnel lors de la rédaction du<br />
certificat.<br />
• Ne jamais établir de certificat sans réel examen du « sportif<br />
», surtout s’il s’agit d’un ami ou d’un proche…<br />
Pour toute correspondance avec l’auteur :<br />
f.claudot@chu-nancy.fr<br />
Pour toute correspondance avec l’auteur :<br />
y.juilliere@chu-nancy.fr
CONSENSUS<br />
Diabéto pour le cardiologue<br />
Sommaire<br />
Éditorial . . . . . . . . . . . . . . . . . . .31<br />
Serge Halimi<br />
Les douleurs des membres<br />
inférieurs chez le diabétique :<br />
artérite ou neuropathie ? . . . . 32<br />
Jean-Louis Richard<br />
Le tabagisme :<br />
un néphrotoxique<br />
à part entière . . . . . . . . . . . . . . 37<br />
Philippe Zaoui<br />
Maladies cardiovasculaires :<br />
différences et points communs<br />
diabétiques/non-diabétiques . . . 39<br />
Maia Gouffrant
Éditorial ditorial<br />
DR<br />
Tabac :<br />
le pire ennemi des diabétiques<br />
Bien entendu tout cardiologue sait que le tabac est parmi les plus<br />
importants facteurs de risque cardiovasculaire. Chez le diabétique<br />
plus encore. Cela est clair dans l’esprit de tous les acteurs de santé.<br />
Pour le diabétologue hospitalier que je suis, l’artériopathie symptomatique<br />
avec ses conséquences trophiques graves, plaies, risque<br />
d’amputation, se restreint de plus en plus aux seuls diabétiques<br />
tabagiques. Cela ne concerne pas que les diabétiques âgés de<br />
type 2 tabagiques actifs ou l’ayant été durant des décennies. C’est<br />
aussi et plus encore le patient de type 1 âgé de 30 à 45 ans,<br />
diabétique depuis l’adolescence, qui risque bien plus l’amputation,<br />
l’infarctus, le trouble érectile que le diabétique non fumeur ! Il faut<br />
y voir l’une des conséquences psychologiques de cette maladie si<br />
pesante sur la vie de ces jeunes, hommes essentiellement, qui fument<br />
plus que la moyenne nationale au même âge quoique conscients<br />
des enjeux dans un contexte pathologique déjà à très haut risque.<br />
Ainsi les données de la cohorte ENTRED (voir site de l’InVS :<br />
www.invs.sante.fr/publications/entred/default.htm) révèlent qu’en<br />
moyenne 16 % des diabétiques sont des fumeurs actifs et ont moins<br />
de 55 ou de 45 ans. Dans ces tranches d’âge, on trouve respectivement<br />
25 et 40 % de fumeurs actifs avec environ trois quarts de<br />
paquet de cigarettes par jour et pour l’ensemble des diabétiques<br />
près de 50 % d’anciens tabagiques. Ce sont donc les plus jeunes<br />
qui fument le plus, surtout les diabétiques de type 1 ou les jeunes<br />
diabétiques de type 2. En somme, et de façon paradoxale, tous<br />
ceux qui encourent le plus le risque de complications.<br />
Donc chacun saurait, patient comme soignant, que le tabac est très<br />
néfaste chez le diabétique. Sait-on assez quels dommages le tabac<br />
peut provoquer chez le diabétique ? Le rein d’abord. Rappelons<br />
que la recherche d’albumine dans les urines reste l’examen le moins<br />
pratiqué chez le diabétique, moins de 25 % des patients en<br />
bénéficient une fois par an, avec un très modeste progrès entre<br />
2001 et 2003. Quant au lien tabac-néphropathie diabétique, il est<br />
généralement ignoré quoique clairement établi et c’est pourquoi<br />
ce numéro y consacre un article. Donc le rein victime du tabac et<br />
insuffisamment surveillé aujourd’hui encore !<br />
Mais les effets délétères du tabac ne s’arrêtent pas là chez les<br />
diabétiques. Des données, moins solides toutefois, sont en faveur<br />
d’un accroissement du risque de rétinopathie chez le diabétique<br />
fumeur. Il faut aussi insister sur les effets du tabac sur « l’équilibre<br />
glycémique sous insuline ». En effet, les conséquences aiguës de<br />
l’inhalation de la fumée de cigarette sur la microcirculation souscutanée<br />
ont des répercussions sur la cinétique des insulines, les<br />
modifications peuvent être importantes rendant les résultats<br />
glycémiques peu reproductibles, diabètes instables pour lesquels<br />
une cause est, aussi, à rechercher à ce niveau… ! Il peut<br />
devenir illusoire de tenter de régler l’insulinothérapie chez un dia-<br />
CONSENSUS<br />
Diabéto pour le cardiologue<br />
bétique de type 1 lorsqu’un tabagisme très important existe.<br />
A cela, enfin, on doit surtout ajouter que l’arrêt du tabac constitue<br />
un bénéfice au moins aussi déterminant au niveau cardiovasculaire<br />
et rénal du diabétique que le contrôle des autres facteurs<br />
de risque ! Le tabac « écrase » en quelque sorte une bonne partie<br />
des bénéfices des traitements bien conduits.<br />
Y aurait-il une profonde ignorance des patients et soignants face<br />
à cela ? Non. Les patients n’ignorent en rien que le tabac est plus<br />
néfaste pour eux que pour tout un chacun. Pour preuve, dans la<br />
cohorte ENTRED, 75 % ont tenté de cesser de fumer. Donc les médecins<br />
seraient ignorants ou négligents face à cette question ?<br />
Encore non, 75 % ont expliqué ce risque (en fait, le risque cardiovasculaire<br />
essentiellement) et le besoin de sevrage à leurs patients.<br />
Le vrai problème semble résider dans la pratique du sevrage.<br />
L’accompagnement psychologique de tout sevrage est essentiel,<br />
mais ici plus encore. Chez de jeunes patients qui supportent déjà<br />
le fardeau de cette maladie très pénible et de ses contraintes<br />
pluriquotidiennes, injections, autosurveillance, auxquelles s’ajoute<br />
ici la crainte d’une prise de poids, le tabac représente une forme<br />
d’anxiolytique pratiquée très tôt et dont il est très difficile de les<br />
défaire. Notre devoir est certes de savoir expliquer à nos patients<br />
les bénéfices attendus de ce sevrage mais, plus encore, c’est avec<br />
les tabacologues que nous devons entreprendre des démarches<br />
ciblées. Faire en sorte que les tabacologues prennent « pleinement<br />
» en considération les énormes contraintes propres à cette<br />
maladie, la fréquente composante dépressive et pas uniquement<br />
le risque plus élevé du tabagisme. Sinon, les patients que nous leur<br />
confions ne retourneront pas plus les voir qu’ils retournent voir les<br />
psychothérapeutes qui ignorent trop souvent, plus ou moins<br />
délibérément, le diabète et son omniprésence, appliquant une<br />
approche psychothérapeutique « traditionnelle » ne s’avérant,<br />
au final, d’aucune aide !<br />
Donc un chantier de plus pour le corps médical, plus difficile<br />
à mener que la prescription des statines, des IEC ou des<br />
sartans. Aujourd’hui, le cardiologue souhaitant être un acteur<br />
dans la prise en charge multidisciplinaire des diabétiques trouve<br />
là une excellente occasion d’y contribuer (sans en ignorer les<br />
embûches). Les données d’ENTRED prouvent qu’il voit plus les<br />
diabétiques (de type 2 surtout) et plus souvent que les diabétologues<br />
auxquels 90 % ne seraient jamais référés. Ces derniers<br />
chiffres illustrant l’un des problèmes dans le « Parcours de soins<br />
du diabétique » mal interprété ou ignoré et sur lequel nous devrions<br />
revenir bientôt !<br />
Serge Halimi<br />
Rédacteur en Chef<br />
31 CONSENSUS CARDIO pour le praticien - N° 19 • Mai 2006
CONSENSUS<br />
Diabéto pour le cardiologue<br />
Les douleurs des membres<br />
inférieurs chez le diabétique :<br />
artérite ou neuropathie ?<br />
Jean-Louis Richard, centre médical Le Grau-du-Roi, CHU, Nîmes<br />
L’artériopathie oblitérante et la neuropathie périphérique<br />
sont les deux complications du diabète sucré responsables<br />
des douleurs des membres inférieurs. En général,<br />
l’interrogatoire et l’examen clinique suffisent pour<br />
différencier douleur artériopathique et neuropathique,<br />
permettant ainsi d’orienter la prise en charge<br />
thérapeutique.<br />
L’artériopathie oblitérante<br />
des membres inférieurs<br />
chez le diabétique (AOMI)<br />
Elle fait partie de la macroangiopathie diabétique, athérosclérose<br />
diffuse touchant non seulement les artères des membres<br />
inférieurs, mais également les coronaires et les troncs supraaortiques.<br />
Cette atteinte n’est pas spécifique du diabète sucré<br />
et sur le plan histologique ne présente pas de différence avec<br />
les lésions rencontrées dans l’artérite «banale» : de ce point de<br />
vue, le diabète peut être considéré comme un facteur de risque<br />
indépendant d’athérosclérose, à côté des autres facteurs, essentiellement<br />
tabagisme, hypertension artérielle et dyslipidémie.<br />
L’AOMI chez le diabétique a cependant quelques particularités<br />
: elle est précoce, reflet d’un vieillissement accéléré, touche<br />
également les deux sexes, est rapidement progressive et de<br />
localisation volontiers distale, multifocale et bilatérale, atteignant<br />
préférentiellement les artères au-dessous du genou (trépied<br />
jambier), mais épargnant relativement les artères du pied.<br />
La circulation collatérale est en général pauvre. A cette macroangiopathie,<br />
s’associe une microangiopathie spécifique du diabète<br />
mais dont le rôle dans l’ischémie du membre inférieur est<br />
mineur, voire nul.<br />
La neuropathie périphérique<br />
diabétique<br />
L’atteinte des nerfs périphériques est vraisemblablement la plus<br />
fréquente des complications du diabète. Son mécanisme<br />
physiopathologique est complexe et multifactoriel, mais soustendu<br />
par l’hyperglycémie chronique, comme le montrent les<br />
résultats de l’étude du DCCT.<br />
La forme la plus habituelle de la neuropathie périphérique dia-<br />
CONSENSUS CARDIO pour le praticien - N° 19 • Mai 2006<br />
32<br />
bétique est la polynévrite dont la caractéristique est d’être symétrique<br />
et distale, atteignant d’abord les fibres nerveuses les plus<br />
longues : cela explique la prédominance des symptômes à la<br />
distalité des membres (topographie « en gants et en chaussettes »)<br />
notamment des membres inférieurs.<br />
La douleur de l’AOMI<br />
La douleur caractéristique de l’AOMI est la claudication intermittente,<br />
ressentie comme une crampe ou une striction essentiellement<br />
des mollets lors de la marche: cette douleur est liée<br />
à l’ischémie des muscles dont le travail est augmenté par l’exercice<br />
; cela explique qu’elle apparaît au bout d’un certain temps<br />
de marche (périmètre de marche) pour disparaître progressivement<br />
en quelques minutes après interruption de l’effort. Bien<br />
que la prévalence de l’AOMI chez le diabétique, comparée à<br />
une population non diabétique, soit trois fois plus fréquente<br />
chez l’homme et six fois plus fréquente chez la femme, la<br />
prévalence de la claudication intermittente n’est augmentée<br />
que d’un facteur 2 : c’est dire qu’un grand nombre d’AOMI<br />
associées au diabète restent asymptomatiques. Cette absence<br />
de douleur malgré une atteinte artérielle souvent évoluée s’explique<br />
essentiellement par la coexistence fréquente d’une neuropathie<br />
périphérique qui émousse les sensations douloureuses<br />
proprioceptives.<br />
Les douleurs de décubitus marquent un stade évolutif plus sévère,<br />
traduisant une ischémie permanente. Elles apparaissent quelques<br />
minutes à quelques heures après le décubitus. Ici aussi, elles<br />
peuvent manquer en présence d’une neuropathie sévère associée,<br />
et de nombreux cas d’AOMI chez le diabétique sont<br />
découverts à l’occasion d’un trouble trophique du pied.<br />
La douleur de la neuropathie<br />
périphérique<br />
Les douleurs liées à une neuropathie périphérique diabétique<br />
sont habituellement très caractéristiques (voir Glossaire) : elles<br />
associent des douleurs vraies et des paresthésies, de survenue<br />
ou de majoration nocturnes. Les douleurs sont souvent décrites<br />
comme des brûlures, notamment au niveau des pieds, des<br />
crampes profondes du mollet, des causalgies survenant brutalement<br />
en éclair (coup de couteau, piqûre d’aiguille), des névralgies<br />
parfois très violentes à type de déchirement; les paresthé-
sies affectent surtout les pieds, avec une impression de fourmillements,<br />
d’engourdissement des extrémités (« comme du<br />
bois »). Bien qu’en général ces symptômes soient d’intensité<br />
modérée, ils peuvent handicaper sévèrement certains patients,<br />
entraînant insomnie, dépression, hyperalgie et allodynie. En<br />
règle générale, les symptômes s’installent progressivement pour<br />
s’aggraver peu à peu ; cependant, chez certains patients peut<br />
survenir une forme aiguë cachectisante, caractérisée par des<br />
douleurs sévères et permanentes, s’exagérant la nuit et s’accompagnant<br />
d’un amaigrissement important et rapide et d’un<br />
état dépressif marqué.<br />
Douleur chez un diabétique :<br />
AOMI ou neuropathie ?<br />
L’interrogatoire et l’examen clinique suffisent dans la très grande<br />
majorité des cas pour faire la part entre l’origine neurologique<br />
ou artérielle des douleurs chez un diabétique.<br />
Les caractéristiques de la douleur (Tableau I)<br />
Les circonstances et l’horaire de survenue des douleurs sont<br />
souvent caractéristiques :<br />
• La claudication intermittente est déclenchée par la marche,<br />
et la douleur s’améliore et disparaît à l’interruption de l’effort<br />
musculaire. Il faut bien distinguer cette claudication ischémique<br />
des autres claudications intermittentes, notamment celles induites<br />
par un canal lombaire étroit.<br />
• Les douleurs de neuropathie apparaissent essentiellement la<br />
nuit et sont souvent soulagées par la marche pieds nus. Cependant,<br />
certains cas de claudication intermittente ont été rapportés<br />
à une neuropathie diabétique («pseudo-claudication»).<br />
• Les douleurs artérielles de décubitus de survenue également<br />
nocturne sont soulagées par la mise du membre inférieur en<br />
position pendante ou la position debout. Elles sont en général<br />
intenses, nécessitant le recours à des antalgiques puissants.<br />
Le type des douleurs est aussi caractéristique :<br />
• Les douleurs artériopathiques sont musculaires, profondes,<br />
à type de crampes violentes et soutenues atteignant le mollet,<br />
mais jamais le pied.<br />
CONSENSUS<br />
Diabéto pour le cardiologue<br />
Caractéristiques différentielles entre douleurs ischémiques et neuropathiques<br />
Douleur d’ischémie Douleur neuropathique<br />
Claudication Douleurs de décubitus<br />
Type Douleur profonde Douleur profonde et intense, Brûlures, crampes, paresthésies<br />
Serrement Brûlures (fourmillements),<br />
causalgies, névralgies<br />
Localisation Mollet Membre inférieur Mollet et pieds<br />
Survenue Marche Repos Exacerbation nocturne<br />
Amélioration Arrêt de la marche Jambes pendantes Marche<br />
Tableau I<br />
• Les douleurs neuropathiques s’accompagnent de paresthésies<br />
et débutent par le pied pour remonter progressivement au<br />
cours de l’évolution le long des membres inférieurs.<br />
L’examen clinique<br />
L’aspect des membres inférieurs et notamment du pied oppose<br />
typiquement l’atteinte neuropathique à l’artériopathie :<br />
– En cas d’artériopathie, le membre est froid, pâle, cyanotique<br />
particulièrement en distalité et présente une érythrose de déclivité.<br />
La peau est classiquement dépilée, fissurée et les ongles<br />
souvent dystrophiques.<br />
– La neuropathie au contraire s’accompagne d’un pied chaud,<br />
sec, souvent un peu œdématié.<br />
La recherche des pouls et des réflexes est le temps fondamental :<br />
– Les pouls périphériques, pédieux et tibiaux postérieurs sont<br />
amortis, voire abolis dans l’artériopathie, s’opposant à une<br />
pulsatilité souvent exagérée («pouls bondissants») dans la neuropathie<br />
: cette hyperpulsatilité est rapportée à l’atteinte du<br />
contingent nerveux autonome entraînant une hyperhémie distale.<br />
Il faut cependant noter que l’abolition isolée du pouls<br />
pédieux n’est pas obligatoirement pathologique, car il peut être<br />
congénitalement absent. L’examen artériel périphérique sera<br />
complété par la recherche d’un souffle fémoral.<br />
33 CONSENSUS CARDIO pour le praticien - N° 19 • Mai 2006
CONSENSUS<br />
Diabéto pour le cardiologue<br />
– La diminution ou la disparition des réflexes ostéotendineux<br />
est la règle en cas de neuropathie périphérique : l’hyporéflexie<br />
ou l’aréflexie est bilatérale et prédomine sur le<br />
réflexe achilléen (le réflexe rotulien a moins de valeur ; sa<br />
disparition, alors que l’achilléen est conservé, va à l’encontre<br />
du diagnostic de polynévrite diabétique). L’anomalie<br />
des réflexes témoigne de l’atteinte des grosses fibres, responsable<br />
également de la proprioception et de la<br />
pallesthésie : il s’ensuit une diminution de la sensibilité vibratoire<br />
mise en évidence par le diapason. À un degré supplémentaire,<br />
la sensibilité douloureuse est abolie notamment<br />
au niveau du pied, avec coexistence paradoxale de<br />
douleurs spontanées des membres inférieurs et d’une anesthésie<br />
douloureuse à l’examen.<br />
Les examens complémentaires<br />
Ils ont peu de place dans ce diagnostic différentiel :<br />
– L’électromyographie avec mesure des vitesses de conduction<br />
nerveuse est inutile en routine ; les résultats peuvent être<br />
normaux malgré une atteinte nerveuse authentique touchant<br />
les fibres de petit diamètre.<br />
– Le test au monofilament de 10 g consiste à appliquer un<br />
filament de nylon sur la face plantaire du pied avec une force<br />
suffisante pour le faire courber (10 g) : sa non-perception par<br />
le patient signe la présence d’une neuropathie qui met en<br />
danger le pied.<br />
– La mesure de l’index de pression systolique (IPS), rapport<br />
de la pression systolique à la cheville sur celle mesurée au<br />
bras, est en revanche intéressante pour affirmer et quantifier<br />
la sévérité de l’AOMI (Tableau II). Elle nécessite de disposer<br />
d’un appareil de poche à effet Doppler avec une sonde continue<br />
à 8 MHz. L’AOMI est confirmée par un IPS inférieur à<br />
0,90 et elle est d’autant plus sévère que cet index est bas.<br />
Ce résultat est malheureusement souvent faussé chez le diabétique<br />
par la présence d’une médiacalcose qui rend incompressibles<br />
les artères de cheville, majorant ainsi artificiellement<br />
l’IPS : dans ces conditions (IPS < 1,30), l’index est ininterprétable.<br />
Classification hémodynamique<br />
en fonction de la valeur de l'IPS<br />
IPS Interprétation<br />
> 1,30 Rigidité artérielle (médiacalcose)<br />
0,90-1,30 Etat hémodynamique normal<br />
0,75-0,89 AOMI bien compensée<br />
0,40-0,74 AOMI décompensée<br />
< 0,40 Ischémie chronique critique<br />
Tableau 2<br />
CONSENSUS CARDIO pour le praticien - N° 19 • Mai 2006<br />
34<br />
Douleur d’AOMI chez un diabétique :<br />
que faire ?<br />
Toute AOMI chez le diabétique doit être explorée (qu’elle soit<br />
douloureuse ou non). L’examen de première intention est<br />
l’échographie-Doppler pulsée couleur qui doit préciser la<br />
nature, la topographie, la morphologie, l’extension des lésions<br />
et la tolérance hémodynamique de l’artériopathie. En fonction<br />
du résultat et de la tolérance, une attitude médicale ou<br />
chirurgicale sera décidée.<br />
Le traitement médical est superposable à celui de l’artéritique<br />
non diabétique. Il consiste essentiellement en la prescription<br />
d’antiagrégants plaquettaires (de préférence le clopidogrel,<br />
au vu des résultats de l’étude CAPRIE), la rééducation à la<br />
marche, la suppression des facteurs de risque : tabac, dyslipidémie<br />
et HTA (la claudication intermittente n’est pas une<br />
contre-indication à l’utilisation des bêtabloquants). L’obtention<br />
d’un équilibre glycémique satisfaisant est hautement souhaitable<br />
(HbA1c < 7%). Les médicaments vasoactifs n’ont pas<br />
démontré de bénéfice particulier sur l’évolution de l’AOMI<br />
du diabétique ; quant à la sympathectomie, elle est inutile.<br />
Les douleurs de décubitus nécessitent souvent le recours à des<br />
antalgiques majeurs de type opiacé.<br />
Le traitement chirurgical est réservé aux claudications invalidantes<br />
(stade IIB, Tableau III) ou lorsque le pronostic du<br />
membre est menacé : il fait appel à la chirurgie de revascularisation<br />
essentiellement par pontage, et de ce point du vue<br />
la réalisation de pontages distaux a été un progrès décisif<br />
permettant de véritables sauvetages de membres ; les angioplasties<br />
endoluminales transcutanées sont une alternative de<br />
plus en plus utilisée.<br />
L’AOMI est un marqueur d’un processus d’athérosclérose généralisé<br />
: sa découverte impose donc de réaliser un bilan artériel<br />
complet, notamment des artères coronaires et supra-aortiques.<br />
L’AOMI est un facteur de risque de troubles trophiques du<br />
pied chez le diabétique dont on connaît le pronostic particulièrement<br />
défavorable. Toute douleur d’AOMI nécessite ainsi<br />
Classification de l’AOMI<br />
selon Leriche et Fontaine<br />
Stade Définition<br />
I AOMI asymptomatique (découverte d’un<br />
souffle fémoral ou d’une abolition d’un pouls)<br />
II Claudication intermittente<br />
IIA : périmètre de marche > 150 m<br />
IIB : périmètre de marche < 150 m<br />
III Douleur de décubitus<br />
IV Troubles trophiques<br />
Tableau 3
CONSENSUS<br />
Diabéto pour le cardiologue<br />
Glossaire de la douleur<br />
Allodynie : douleur provoquée par un stimulus non nociceptif.<br />
Causalgie : douleur profonde décrite le plus souvent comme<br />
une sensation de brûlure.<br />
Dysesthésie : sensation anormalement désagréable, spontanée<br />
ou provoquée.<br />
Hyperalgie : sensation douloureuse anormalement exagérée<br />
à un stimulus nociceptif.<br />
Hyperesthésie : augmentation de la perception des sensations,<br />
quel qu’en soit le mode.<br />
Névralgie : douleur en général paroxystique survenant<br />
dans le territoire d’un ou de plusieurs nerfs périphériques.<br />
Paresthésie : sensation anormale, désagréable ou non,<br />
spontanée ou provoquée.<br />
un bilan podologique complet et des mesures de prévention<br />
adaptées, avec le concours d’un diabétologue.<br />
Ralentir l’évolution<br />
de la neuropathie diabétique<br />
Il n’existe pas actuellement de traitement spécifique de la neuropathie<br />
diabétique. Seul le retour à un équilibre glycémique<br />
optimal permet de ralentir l’évolution de la neuropathie diabétique.<br />
L’insulinothérapie pourrait dans certains cas améliorer<br />
les douleurs de neuropathie, mais la restauration trop<br />
rapide d’une normoglycémie a été accusée d’être responsable<br />
d’une «névrite douloureuse». Le traitement de la douleur<br />
fait appel à de nombreuses molécules dont l’efficacité est<br />
très variable d’un patient à l’autre. Les classes thérapeutiques<br />
les plus utilisées sont les antidépresseurs, surtout les tricycliques<br />
(amitriptyline, désipramine), les antiépileptiques (carbamazépine,<br />
gabapentine, topiramate, lamotrigine et plus<br />
récemment prégabaline), les opioïdes (tramadol) et les opiacés<br />
(codéine, oxycodone). Le traitement local par gel de capsaïcine<br />
a donné des résultats inconstants et s’accompagne<br />
d’une exacerbation des douleurs lors des premières applications.<br />
La neuropathie périphérique est le facteur de risque majeur<br />
des ulcérations du pied chez le diabétique du fait de l’insensibilité<br />
faisant ignorer au malade les microtraumatismes lors<br />
de la marche et courir le danger de la survenue d’un mal perforant<br />
plantaire. L’identification d’une douleur liée à une neuropathie<br />
doit donc conduire à un test au monofilament<br />
(cf. supra) qui confirmera un «pied à risque» et fera prendre<br />
des mesures de prévention.<br />
CONSENSUS CARDIO pour le praticien - N° 19 • Mai 2006<br />
36<br />
Conclusion<br />
L’AOMI et la neuropathie chez le diabétique sont responsables<br />
de douleurs bien différentes tant dans leur caractère que dans<br />
leur mode de survenue. Un interrogatoire précis et un examen<br />
clinique minutieux sont en général suffisants pour faire la part<br />
entre ces deux étiologies et orienter les examens complémentaires<br />
et la prise en charge. AOMI et neuropathie sont les deux<br />
facteurs essentiels de la pathogénie du pied diabétique sanctionné<br />
encore par de trop nombreuses amputations ; ainsi, la<br />
mise en évidence d’une AOMI ou d’une neuropathie périphérique<br />
chez un diabétique doit conduire à l’instauration de<br />
mesures de prévention podologiques. Très souvent, artériopathie<br />
et neuropathie s’associent chez le même patient : le problème<br />
se pose alors de ne pas méconnaître l’artériopathie dont<br />
la symptomatologie douloureuse peut être diminuée par la neuropathie<br />
sensitive ; ainsi, devant un tableau typique de neuropathie,<br />
il faut systématiquement rechercher les pouls périphériques<br />
et ausculter l’artère fémorale afin d’éliminer une AOMI<br />
associée. ■<br />
Pour en savoir plus :<br />
Aboyans V, Lacroix P, Ferrières J, Laskar M. L’index de pression systolique : élément incontournable<br />
dans le dépistage, le diagnostic et la prise en charge de l’artériopathie oblitérante<br />
des membres inférieurs. Arch Mal Cœur 2004; 97: 132-8.<br />
American Diabetes Association. Peripheral arterial disease in people with diabetes. Diabetes<br />
Care 2003; 26: 3333-41.<br />
ANAES. Service d’évaluation des technologies. Echographie-Doppler dans l’artériopathie<br />
oblitérante des membres inférieurs. Juin 2002.<br />
Benhamou AC, Dadon M, Emmerich J, Fontaine P, Got I, Guillausseau PJ, Pernes J, Priollet<br />
P. Artériopathie des membres inférieurs chez le diabétique. Diabetes Metab 1997; 23:<br />
541-8.<br />
Boulton AJ, Drury J, Clarke B, Ward JD. Continuous subcutaneous insulin infusion in the<br />
management of painful diabetic neuropathy. Diabetes Care 1982; 5: 386-90.<br />
Boursier V, Lazareth I, Pernes JM, Dadou M, Priollet P. Artériopathie du diabétique :<br />
les clés de la prise en charge. STV 2001; 13: 599-607.<br />
Fichelle JM, Cormier F, Marzelle J, Tredivic P, Servant JM, Cormier JM. Artériopathie des<br />
membres inférieurs chez le malade diabétique : méthodes et indications thérapeutiques.<br />
Diabétologie Facteurs de risque 1998; 4: 16-24.<br />
International Working Group on the Diabetic Foot. International consensus on the diabetic<br />
foot [CD-ROM]. Brussels: International Diabetes Foundation, May 2003.<br />
Jude E, Gibbons J. Identifying and treating intermittent claudication in people with diabetes.<br />
The Diabetic Foot 2005; 8: 84-92.<br />
Mendell JR, Sahenk Z. Painful sensory neuropathy. N Engl J Med 2003; 348: 1243-55.<br />
Mounier-Vehier C, Duquenoy S, Oras M, Lahousse M, Willoteaux S. Diagnostic et évaluation<br />
non invasive d’un patient ayant une artériopathie oblitérante des membres inférieurs.<br />
Rev Prat 2005; 55: 1173-87.<br />
Papanas N, Edmonds M, Maltezos E. Pseudoclaudication as a manifestation of diabetic<br />
neuropathy. Diabet Med 2005; 22: 1608-10.<br />
Spruce MC, Potter J, Coppini DV. The pathogenesis and management of painful diabetic<br />
neuropathy: a review. Diabet Med 2003; 20: 88-98.<br />
The Diabetes Control and Complications Trial Research Group. The effect of intensive diabetes<br />
therapy on the development and progression of neuropathy. Ann Intern Med 1995;<br />
122: 561-8.<br />
DIABÉTO<br />
Pour toute correspondance avec l’auteur :<br />
jean.louis.richard@chu-nimes.fr
Le tabagisme : un néphrotoxique<br />
à part entière chez le diabétique<br />
Philippe Zaoui, CHU, Grenoble<br />
Le tabagisme, facteur aggravant traditionnel des artériopathies<br />
et des coronaropathies, est un néphrotoxique à part<br />
entière tant par ses effets biologiques sur la microcirculation<br />
rénale que par ses effets sociaux et comportementaux liés à<br />
l’addiction et à la non-compliance thérapeutique.<br />
Ses conséquences peuvent être mesurées sur l’apparition et<br />
la progression des maladies vasculaires rénales liées au<br />
diabète, à l’hypertension artérielle et sur le vieillissement<br />
rénal accéléré de la population âgée.<br />
Le risque rénal associé au tabagisme est un élément de plus<br />
dans le retentissement médical et financier du tabagisme<br />
en termes de santé publique, cela d’autant que la plupart<br />
des méthodes de sevrage sont utilisables chez le diabétique<br />
et l’insuffisant rénal avec des résultats au moins identiques<br />
sinon meilleurs que dans la population générale.<br />
Le sevrage tabagique apparaît comme un indice essentiel<br />
de la réussite de l’éducation thérapeutique des patients<br />
porteurs de maladie chronique.<br />
L’utilisation massive de la plante de tabac depuis la Seconde<br />
Guerre mondiale représente un fléau de santé publique largement<br />
reconnu et médiatisé dans les pays occidentaux, mais<br />
encore très peu encadré sur le plan législatif dans les pays en<br />
développement.<br />
Ses effets carcinogènes et proathéromateux ne sont plus à<br />
démontrer en termes de morbi-mortalité prématurée. Ses conséquences<br />
épidémiologiques sur l’incidence et la progression des<br />
maladies chroniques pulmonaires et cardiovasculaires en ont<br />
fait le paradigme du facteur de risque potentiellement évitable.<br />
Les effets du tabagisme, sur le plan biologique mais aussi comportemental,<br />
participent également au développement et au<br />
pronostic péjoratif des maladies rénales chroniques.<br />
Effets vasculaires du tabac<br />
La nicotine, par ses effets vasoconstricteurs, à la base du plaisir<br />
puis de la dépendance, est un puissant modificateur des<br />
microcirculations cérébrales, c’est l’objectif recherché, mais<br />
aussi des territoires coronaires, honteux, des membres inférieurs<br />
et de la médullaire rénale. La vasoconstriction transitoire<br />
agit sur l’hémodynamique rénale à deux niveaux : elle est<br />
transmise, d’une part, au niveau des glomérules dont la pression<br />
capillaire glomérulaire s’élève favorisant la microalbuminurie<br />
; elle entraîne, d’autre part, une baisse de la perfusion<br />
médullaire et des échanges tubulaires qui favorise la mise en<br />
© BSIP<br />
CONSENSUS<br />
Diabéto pour le cardiologue<br />
jeu du système rénine-angiotensine-aldostérone local et la<br />
réabsorption sodée.<br />
En particulier, l’effet prohypertenseur et vasoconstricteur du<br />
tabac limite l’amplitude de la réponse aux antihypertenseurs,<br />
en particulier de la vasodilatation rénale induite par le blocage<br />
du système rénine-angiotensine. Son effet hypoxémiant favorise<br />
la démargination des leucocytes et maintient le taux<br />
d’hémoglobine des patients en insuffisance rénale chronique,<br />
mais au prix d’une baisse probable de la pression partielle en<br />
oxygène dans la médullaire rénale qui contrecarre la production<br />
et l’effet vasodilatateur du NO.<br />
En plus des effets vasculaires généraux, les composants du<br />
tabac, en particulier le cadmium dans l’étude suédoise de Akesson,<br />
ont une néphrotoxicité tubulaire propre dont l’effet est<br />
linéaire, à partir des plus faibles taux sanguins et urinaires, sur<br />
les paramètres de fonction rénale. Ces effets sont bien évidemment<br />
de faible amplitude, mais déjà observables sur le<br />
plan épidémiologique dans la population générale et cliniquement<br />
significatifs dans les populations à risque (sujets âgés,<br />
diabétiques).<br />
Les maladies rénales chroniques<br />
L’insuffisance rénale chronique est définie dans la population<br />
générale et au cours des maladies rénales chroniques en stades<br />
de 1 à 5, en fonction de la baisse de l’indice d’épuration de la<br />
37 CONSENSUS CARDIO pour le praticien - N° 19 • Mai 2006
CONSENSUS<br />
Diabéto pour le cardiologue<br />
Prévalence et facteurs de risque<br />
d’insuffisance rénale chronique<br />
dans la population mexicaine<br />
urbaine adulte<br />
• Prévalence stade 5 (< 15 ml/mn) : 1 142/million d’habitants<br />
• Prévalence stade 3-5 (< 60 ml/mn) : 80 788/million<br />
d’habitants<br />
• Facteurs associés :<br />
– alcool<br />
– tabac<br />
– sexe féminin<br />
– ethnie : noir ou Amérindien<br />
– âge > 65 ans<br />
– niveau éducatif < école primaire<br />
– revenu < 120 US $/mois<br />
Dans la population mexicaine, le tabagisme est l’un des index de<br />
niveau socioéconomique les mieux corrélés à l’altération de la<br />
fonction rénale.<br />
créatinine sanguine estimé par la formule de Cockcroft-Gault<br />
(normale 120 ml/mn). Les individus dont la filtration glomérulaire<br />
est inférieure à 60 ml/mn (soit 50 % de la normale) représentent<br />
près de 10 % de la population générale adulte, soit environ<br />
3 millions d’individus en France pour une prévalence de<br />
moins de 300 000 individus au stade 5 en suppléance par la<br />
dialyse ou la transplantation rénale. Le surrisque cardiovasculaire<br />
diminue l’incidence et la prévalence de la population des<br />
insuffisants rénaux les plus atteints (stades 4 et 5). Les marqueurs<br />
de l’inflammation et de la nutrition (CRP, albumine)<br />
deviennent des critères plus performants que la présence d’un<br />
tabagisme actif chez les patients dialysés âgés à haut risque<br />
de morbidité. Mais il existe un biais de sélection majeur : dans<br />
ces populations, la pénétrance et la persistance du tabagisme<br />
ne sont plus que le cinquième de ce qui est observé dans la population<br />
générale. En effet, les décès cardiovasculaires ont déjà<br />
«prélevé» leur quota dans cette population à risque en même<br />
temps que l’état général, les comorbidités et l’impact socioéconomique<br />
de la maladie (y compris la perte de revenus et le temps<br />
passé en milieu médical « smoke-free ») ont en partie dissuadé<br />
les patients.<br />
Aux stades plus précoces des maladies rénales, le tabagisme<br />
actif et les antécédents cardiovasculaires et hypertensifs<br />
précoces dans la famille des diabétiques de type 1, mais aussi<br />
chez les sujets porteurs de maladie de Berger (deuxième cause<br />
CONSENSUS CARDIO pour le praticien - N° 19 • Mai 2006<br />
38<br />
en fréquence de prise en charge en dialyse) sont des facteurs<br />
associés à l’apparition et à la progression de la microalbuminurie,<br />
puis avec le déclin de la filtration glomérulaire.<br />
Chez le diabétique de type 2, la persistance du tabagisme actif<br />
chez les patients microalbuminuriques renforce la dysfonction<br />
endothéliale généralisée et le risque de coronaropathie, avant<br />
même que la fonction rénale se dégrade.<br />
Dans les populations en développement (tableau 1), le tabagisme<br />
est l’un des index de niveau socioéconomique les mieux<br />
corrélés à l’altération progressive de la fonction rénale.<br />
Sevrage tabagique :<br />
un pas vers la néphrotoxicité<br />
Le tabagisme apparaît comme un codéterminant majeur de la<br />
progression et du pronostic coronarien et vasculaire des patients<br />
atteints de pathologie rénale à tous les stades de leur maladie,<br />
d’autant plus s’ils ont une pathologie glomérulaire protéinurique<br />
et nécessitent un blocage de l’angiotensine II.<br />
La persistance du tabagisme est un index important de noncompliance,<br />
de mauvaise compréhension des enjeux et de<br />
dépression, donc de résistance à la prise en charge et à l’éducation<br />
thérapeutique, ce qui majore indirectement ses stricts<br />
effets biologiques.<br />
La prise en charge de la dépendance est un enjeu majeur d’éducation<br />
plus que de coercition, pour amplifier la néphroprotection<br />
des groupes à risque. ■<br />
Pour en savoir plus :<br />
Bleyer AJ, Shemanski LR, Burke GL, Hansen KJ, Appel RG.<br />
Tobacco, hypertension, and vascular disease: risk factors for renal functional decline in<br />
an older population. Kidney Int, 2000 : 57(5) : 2072-9.<br />
Cao JJ, Barzilay JI, Peterson D, Manolio TA, Psaty BM, Kuller L, Wexler J, Bleyer AJ, Cushman<br />
M. The association of microalbuminuria with clinical cardiovascular disease and subclinical<br />
atherosclerosis in the elderly: The Cardiovascular Health Study. Atherosclerosis,<br />
2005 [Epub ahead of print].<br />
Unruh ML, Evans IV, Fink NE, Powe NR, Meyer KB; Choices for Healthy Outcomes in Caring<br />
for End-Stage Renal Disease (CHOICE) Study. Skipped treatments, markers of nutritional<br />
nonadherence, and survival among incident hemodialysis patients. Am J Kidney<br />
Dis, 2005; 46(6): 1107-16.<br />
Akesson A, Lundh T, Vahter M, Bjellerup P, Lidfeldt J, Nerbrand C, Samsioe G, Stromberg U,<br />
Skerfving S. Tubular and glomerular kidney effects in Swedish women with low environmental<br />
cadmium exposure. Environ Health Perspect, 2005;113(11) :1627-31.<br />
Muller S, Bouiller M, Hannedouche T. Tobacco, hypertension and kidney. Nephrologie,<br />
1998; 19 (5): 235-7.<br />
DIABÉTO<br />
Pour toute correspondance avec l’auteur :<br />
PZaoui@chu-grenoble.fr
Les cardiologues seront de plus en plus souvent amenés à<br />
traiter des patients diabétiques, mais aussi à dépister le<br />
diabète chez leurs patients. L’approche du diabétique est<br />
plus complexe, avec une association très fréquente de<br />
divers facteurs de risque et cardiopathies, un pronostic<br />
plus sombre et une prise en charge plus complexe de la<br />
maladie cardiaque et du contrôle glycémique.<br />
Évaluation diagnostique<br />
et pronostique du diabétique<br />
Rechercher l’ischémie silencieuse chez le diabétique...<br />
L’ischémie silencieuse (IS) se retrouve plus souvent chez le diabétique,<br />
et si son incidence varie notablement (de 4 à 75%) en<br />
fonction des cohortes et des définitions retenues, on estime<br />
qu’elle est globalement présente chez 14% des diabétiques, et<br />
d’autant plus fréquente que le patient est plus âgé et le diabète<br />
mal équilibré. Aucune des explications avancées, altération du<br />
sympathique, lésions nerveuses ischémiques, rôle des récepteurs<br />
opioïdes, n’a été validée. La bonne valeur prédictive de<br />
l’épreuve d’effort confirme la prééminence de ce test pour le<br />
dépistage de la cardiopathie ischémique silencieuse chez<br />
le diabétique. Les techniques plus récentes, comme l’échographie<br />
de stress ou la cardiologie nucléaire, en améliorent la sensibilité<br />
et la spécificité.<br />
Pour évaluer le pronostic, l’inadaptation à l’effort et l’inactivité<br />
physique sont des marqueurs du risque de survenue d’événements<br />
cardiovasculaires, et en particulier la mauvaise récupération<br />
du rythme cardiaque après un test à l’effort maximal est<br />
prédictive de la mortalité globale et cardiovasculaire chez les<br />
hommes diabétiques. Une étude récente (1) montre que l’extension<br />
de l’ischémie provoquée et la réponse chronotrope inadaptée<br />
à l’échographie de stress sont deux facteurs pronostiques<br />
péjoratifs chez le diabétique de type 2. La surmortalité cardiovasculaire<br />
est corrélée à l’âge, au sexe, aux antécédents<br />
d’infarctus du myocarde (IDM), à la présence d’une ischémie,<br />
à l’adaptation à l’effort et à la fraction d’éjection : ces deux<br />
derniers éléments pouvant être améliorés par la prise en charge,<br />
qui doit donc reposer sur une approche plus globale du patient<br />
et de sa cardiopathie.<br />
...et le diabète méconnu dans l’ischémie<br />
RICO (Registre des infarctus de Côte-d’Or) montre qu’à<br />
l’admission de 4 000 patients en phase aiguë de l’IDM, 21%<br />
CONSENSUS<br />
Diabéto pour le cardiologue<br />
Maladies cardiovasculaires :<br />
différences et points communs<br />
diabétiques/non-diabétiques<br />
sont des diabétiques connus (la moyenne nationale) et 6% sont<br />
dépistés par une glycémie à jeun (GAJ) ; si on la mesure de<br />
nouveau au 4-5 e jour, on dépiste encore 15% de nouveaux diabètes<br />
et 15% d’intolérance au glucose. En résumé, 21% des<br />
patients ont un diabète méconnu, et plus de la moitié présentent<br />
des anomalies du métabolisme glucidique, ce qui pèse<br />
lourd sur le pronostic à long terme : la mortalité hospitalière du<br />
post-IDM est de 4% chez le non-diabétique, de 8% en cas d’intolérance<br />
au glucose et de 14% chez les diabétiques. Des chiffres<br />
qui devraient amener les cardiologues à rechercher les anomalies<br />
de la glycémie, mais on en est encore loin, et une étude<br />
a montré qu’à la sortie d’un hôpital universitaire américain 65%<br />
des diabètes restent non diagnostiqués ! Avant de chercher<br />
l’ischémie, il faut chercher le diabète !<br />
Quel dépistage chez quel diabétique ?<br />
Des recommandations (2) de la SFC/ALFEDIAM cernent la population<br />
devant bénéficier d’un dépistage de l’IS par une épreuve<br />
d’effort :<br />
– le diabète de type 2 connu depuis plus de dix ans ou chez un<br />
patient de plus de 60 ans avec deux facteurs de risque ;<br />
– le diabète de type 1 datant de plus de quinze ans ou chez un<br />
patient de plus de 45 ans avec deux facteurs de risque ;<br />
– chez tous les diabétiques dès qu’il existe une AOMI, un athérome<br />
carotidien, une protéinurie ou une microalbuminurie associée<br />
à deux facteurs de risque ou en cas de reprise d’une activité<br />
physique après 45 ans.<br />
Si l’épreuve d’effort est impossible à réaliser ou douteuse, on<br />
demande une échographie de stress. Si le bilan est négatif, la<br />
situation doit être réévaluée deux ans après. Mais le problème<br />
en pratique est que les patients sont souvent adressés tardivement.<br />
Diabétique hypertendu :<br />
un niveau de risque élevé<br />
L’étude UKPDS a déjà montré qu’il existe une relation forte entre<br />
le niveau de la PAS, les complications microvasculaires et les<br />
AVC et, à un degré moindre, avec les IDM. L’étude HOT a<br />
confirmé qu’en baissant la diastolique de 85 à 81 mmHg on<br />
réduit de moitié les événements cardiovasculaires et de deux<br />
tiers la mortalité cardiovasculaire.<br />
Autre élément essentiel à prendre en compte chez le diabétique<br />
hypertendu, la microalbuminurie, qui est à la fois un facteur de<br />
39 CONSENSUS CARDIO pour le praticien - N° 19 • Mai 2006
CONSENSUS<br />
Diabéto pour le cardiologue<br />
risque et une cible thérapeutique : plus elle est élevée au départ,<br />
et plus la mortalité cardiovasculaire est accrue. Des données<br />
récentes issues de LIFE chez des patients ayant une HVG – dont<br />
un grand contingent de diabétiques de type 2 – montrent la<br />
valeur pronostique des taux d’albumine à l’inclusion, mais aussi<br />
un an après vis-à-vis de la survenue d’événements cardiovasculaires<br />
:<br />
– si l’albuminurie de départ est basse et le reste, le taux d’événements<br />
cardiovasculaires est de l’ordre de 5-7% ;<br />
– si elle est très élevée au départ et le reste, le risque d’événements<br />
cardiovasculaires est trois fois plus élevé ;<br />
– entre ces deux courbes, et en particulier chez les patients dont<br />
l’albuminurie initiale est élevée mais se normalise un an après,<br />
le niveau de risque est intermédiaire.<br />
C’est la première fois qu’on montre qu’un<br />
traitement efficace sur l’albuminurie a<br />
une traduction sur le risque cardiovasculaire,<br />
ce que confirment d’autres études<br />
: IRMA-2, où une dose élevée d’irbésartan<br />
(60 mg/j) chez des diabétiques de<br />
type 2 hypertendus et microalbuminuriques<br />
réduit de 70% le passage à la<br />
macroalbuminurie, et LIFE, où chez des<br />
diabétiques de type 2 hypertendus avec<br />
HVG le losartan réduit de 39% la mortalité<br />
globale et de 24% la morbi-mortalité<br />
cardiovasculaire. En pratique, si un<br />
traitement antihypertenseur n’a pas<br />
amené de réduction suffisante de l’albuminurie,<br />
il doit être revu et le contrôle des<br />
autres facteurs de risque renforcé.<br />
Ces données épidémiologiques et interventionnelles<br />
ont fourni la base des<br />
recommandations HAS 2005 sur la prise<br />
en charge de l’HTA chez les diabétiques :<br />
l’existence d’un diabète confère un<br />
niveau de risque élevé équivalent à celui<br />
d’un non-diabétique ayant au moins<br />
trois facteurs de risque ou une atteinte<br />
des organes cibles, et ce dès que la PA<br />
est supérieure à 140/90 mmHg. L’objectif tensionnel a donc<br />
été fixé à 130/80 mmHg, le même qu’en cas d’insuffisance<br />
rénale, et la protéinurie doit être maintenue en dessous de<br />
0,5 g/j.<br />
Si les règles hygiéno-diététiques s’imposent toujours, le traitement<br />
pharmacologique doit être instauré d’emblée chez ces<br />
patients diabétiques, même si les chiffes de pression artérielle<br />
sont modérés. La molécule de première intention peut être choisie<br />
parmi les cinq classes d’antihypertenseurs, mais l’existence<br />
d’un diabète de type 1 oriente plutôt vers un IEC, un diabète<br />
de type 2 plutôt vers un sartan. Les associations sont le plus souvent<br />
nécessaires, déterminées en fonction des paniers, prescrites<br />
à des doses suffisantes et comprenant un diurétique thiazidique.<br />
Si l’association sartan + IEC est possible, la surveillance<br />
de la kaliémie et de la créatinine doit être très stricte, vu le risque<br />
majeur d’hypokaliémie.<br />
© BSIP<br />
CONSENSUS CARDIO pour le praticien - N° 19 • Mai 2006<br />
40<br />
Quelle stratégie<br />
dans la dyslipidémie du diabétique ?<br />
L’étude TNT a montré l’intérêt de fortes doses d’atorvastatine<br />
(80 mg/j) en prévention secondaire chez les diabétiques pour<br />
réduire de 20% environ l’ensemble des événements cardiovasculaires,<br />
confirmant la nécessité de baisser le plus possible<br />
le LDL-cholestérol. En revanche, en prévention primaire, on peut<br />
discuter la manière de réduire la dyslipidémie chez ces patients<br />
dont le profil lipidique est particulier, avec des triglycérides élevés<br />
et/ou un HDL-C bas, un LDL-C souvent normal ou modérément<br />
augmenté, mais avec des anomalies qualitatives (LDL<br />
petites et denses, LDL oxydées ou glyquées)<br />
qui jouent un rôle athérogène<br />
important. Les fibrates semblaient intéressants<br />
dans ce cas, et on attendait<br />
beaucoup de l’étude FIELD : si on<br />
reprend ses résultats chez les patients<br />
en prévention primaire n’ayant pas<br />
reçu de statines, le fénofibrate montre<br />
une réduction intéressante du risque<br />
cardiovasculaire.<br />
Selon les recommandations de<br />
l’AFSSAPS, en cas de diabète associé<br />
à une atteinte rénale, à deux facteurs<br />
de risque ou à une microalbuminurie,<br />
il faut abaisser le LDL-C au-dessous de<br />
1 g/l. Les statines ne se discutent pas<br />
en prévention secondaire ; en prévention<br />
primaire, le fénofibrate peut être<br />
une alternative en fonction des chiffres<br />
de LDL, de triglycérides ou de HDL,<br />
le fibrate ayant montré dans ce cas son<br />
intérêt pour prévenir la macro- et la<br />
microangiopathie. Chez les patients à<br />
haut risque cardiovasculaire, on peut<br />
soit augmenter les doses de statines,<br />
soit leur associer du fénofibrate, la<br />
bonne tolérance de l’association ayant<br />
été montrée par FIELD. Pour confirmer la tolérance et l’efficacité,<br />
on attend d’autres analyses de FIELD et les résultats de<br />
l’étude ACCORD pour analyser le bénéfice ajouté. Sur le plan<br />
pratique, seul le fénofibrate a jusqu’ici été étudié en association<br />
et a montré qu’il peut être associé à l’atorvastatine, à la<br />
simvastatine et à la pravastatine dans de bonnes conditions de<br />
sécurité.<br />
Insuffisance coronarienne :<br />
le diabète pèse lourd<br />
L’existence d’un diabète confère des spécificités très nettes à<br />
la maladie coronarienne, ne serait-ce déjà que parce que le<br />
diabète n’est pas un facteur de risque comme le tabac ou la<br />
dyslipidémie qu’on peut faire régresser, mais une maladie
chronique qui persiste et s’aggrave avec le temps, même sous<br />
traitement. Le pronostic des IDM ou des angors instables est<br />
nettement plus péjoratif. On dispose de plusieurs explications :<br />
angiographiques avec des sténoses volontiers tritronculaires et<br />
des atteintes athéromateuses distales rendant plus difficile la<br />
revascularisation – ou biologiques – du fait de plaquettes dont<br />
le turn-over est très rapide et qui présentent des anomalies des<br />
récepteurs.<br />
Particularités de la prise en charge du diabétique<br />
coronarien<br />
Quel que soit le type de lésion, les diabétiques doivent bénéficier<br />
de stents actifs dont les études TAXUS et SIRIUS ont montré<br />
l’intérêt par rapport aux stents nus.<br />
Les diabétiques sont pratiquement toujours hypertendus avec<br />
une pression artérielle difficile à équilibrer. L’objectif tensionnel<br />
doit être d’emblée annoncé au patient pour avoir des<br />
chances d’y parvenir.<br />
Les diabétiques ont un profil lipidique particulier, avec une dysfonction<br />
endothéliale plus importante.<br />
Ils ont aussi une résistance assez marquée aux antiagrégants<br />
plaquettaires. Une méta-analyse a montré que les diabétiques<br />
de type 2 ne bénéficient pas de la même manière du traitement<br />
par aspirine dans la prévention des événements secondaires,<br />
et on doit se poser la question de savoir si les posologies usuelles<br />
leur sont bien adaptées. Même chose pour le clopidogrel, et<br />
l’étude CREDO montre que la prescription pendant un an d’aspirine<br />
plus clopidogrel après un accident coronaire aigu est<br />
moins efficace chez le diabétique que chez le non-diabétique.<br />
Enfin, il faut toujours compter avec la compliance particulièrement<br />
problématique chez le diabétique, souvent inversement<br />
proportionnelle à la taille des ordonnances.<br />
Diabétiques et/ou coronariens, la même prévention<br />
L’idéal serait de prévenir l’apparition du diabète et de la maladie<br />
coronaire, et c’est avant d’atteindre une glycémie à 1,26 g/l<br />
que la prise en charge permettrait d’éviter que le patient ne<br />
devienne coronarien, diabétique ou insuffisant cardiaque. Le<br />
syndrome métabolique, qui majore le risque de diabète et d’accident<br />
coronaire, devrait être dépisté plus précocement, dès<br />
que s’associent des anomalies des métabolismes glucidique,<br />
lipidique ou tensionnelles. Il s’associe souvent à un HDL-C bas,<br />
dont on sait qu’il est avec le tabac un facteur essentiel de rupture<br />
de plaque, plus que l’hyperglycémie. On disposera probablement<br />
d’ici à quelques années de traitements spécifiques<br />
du syndrome métabolique, mais l’exercice physique et l’amaigrissement<br />
restent plus que jamais d’actualité, même s’il est toujours<br />
très difficile d’y faire adhérer le diabétique.<br />
Insuffisance cardiaque<br />
des diabétiques : un diagnostic et<br />
une prise en charge plus difficiles<br />
Le diabète multiplie le risque de développer une insuffisance<br />
cardiaque (IC) par 4 chez l’homme jeune et par 8 chez la femme<br />
CONSENSUS<br />
Diabéto pour le cardiologue<br />
et le sujet âgé. D’après l’EUROPEAN HEART SURVEY, 25 à<br />
30% des patients en IC ont un diabète. On considère habituellement<br />
que le risque chez le diabétique est coronarien, mais<br />
les études les plus récentes tendent à montrer que l’IC serait<br />
la complication la plus fréquente. Dans DIABHYCAR, l’événement<br />
le plus fréquent est l’AVC ou l’hospitalisation pour IC,<br />
et dans FRAMINGHAM, le suivi pendant trente ans indique<br />
que les événements cardiovasculaires les plus fréquents<br />
chez le diabétique sont l’IC et l’AOMI.<br />
Le pronostic de l’IC est lourdement aggravé par l’existence d’un<br />
diabète, avec selon SOLVD une surmortalité cardiovasculaire<br />
de 37 % par rapport aux non-diabétiques en cas de cardiopathie<br />
ischémique. Le risque est corrélé à la sévérité du diabète,<br />
toute élévation de 1 % de l’HbA1c s’associant à une augmentation<br />
du risque de 8 % de l’IC. Cette corrélation glycémie/IC<br />
existe très précocement, puisque même chez les non-diabétiques,<br />
il existe une relation entre gravité de l’IC et insulinorésistance.<br />
Le diagnostic d’IC chez le diabétique de type 2 est loin d’être<br />
évident, parce que les symptômes sont atypiques (fatigue,<br />
dyspnée), qu’on se polarise surtout sur la maladie coronaire et<br />
que la fonction systolique est souvent conservée. Le BNP et<br />
l’échocardiographie-Doppler sont particulièrement intéressants<br />
pour le diagnostic.<br />
L’aggravation de l’IC par le diabète est liée aux pathologies<br />
coronaires surajoutées, aux anomalies microvasculaires, à la<br />
neuropathie et à une dysfonction diastolique majeure associée<br />
aux anomalies du métabolisme glucidique. Ainsi en cas<br />
d’œdème pulmonaire avec une FE conservée, le diabète est<br />
avec l’HTA et la CMH une étiologie à rechercher.<br />
Traiter le diabète de l’insuffisant cardiaque<br />
Il est essentiel de contrôler l’équilibre glycémique pour ne pas<br />
aggraver l’IC, mais la prise en charge thérapeutique est relativement<br />
complexe du fait des effets potentiels des antidiabétiques<br />
sur la fonction cardiaque.<br />
• L’insuline seule ou associée semble augmenter le risque de<br />
survenue d’IC chez le diabétique d’environ 1,5 par rapport<br />
aux ADO. Cela pourrait être en rapport avec le fait qu’elle<br />
entraîne une prise de poids, une rétention sodée, une stimulation<br />
sympathique avec augmentation des résistances vasculaires,<br />
de l’hypertrophie cardiaque et de la dysfonction endothéliale,<br />
mais pourrait aussi pointer le fait que le recours à<br />
l’insuline se fait dans les diabètes de type 2 les plus sévères.<br />
• La metformine est en principe contre-indiquée dans l’IC, surtout<br />
en cas d’association à une insuffisance hépatique ou rénale,<br />
en raison du risque d’acidose lactique. Des données plus<br />
récentes semblent lever cette contre-indication dans les IC stables,<br />
et en pratique peu d’accidents ont été observés. Il est recommandé<br />
de l’éviter dans les IC sévères ou modérées ; lorsque la<br />
FE est < 40% chez un patient non symptomatique, elle peut être<br />
utilisée uniquement si le contrôle glycémique ne peut être obtenu<br />
autrement, et en débutant le traitement avec de faibles doses.<br />
• Les glitazones ont été impliquées dans des œdèmes des<br />
membres inférieurs, mais aussi cardiaques et très récemment<br />
maculaires. Elles favorisent le gain pondéral et pourraient<br />
41 CONSENSUS CARDIO pour le praticien - N° 19 • Mai 2006
CONSENSUS<br />
Diabèto pour le cardiologue<br />
participer à la dégradation de la fonction cardiaque. Le mécanisme<br />
n’est pas élucidé, augmentation de la rétention sodée,<br />
de la perméabilité capillaire ? Elles sont contre-indiquées en<br />
cas d’insuffisance cardiaque et sont à risque en cas d’HVG ou<br />
de FE basse. L’étude PROACTIV avait ainsi montré que leur effet<br />
bénéfique était annulé par un surrisque d’IC, bien qu’il n’y ait<br />
pas d’augmentation des décès. Les contre-indications sont vraisemblablement<br />
excessives, mais l’avis cardiologique reste indispensable<br />
avant leur prescription.<br />
Tous les traitements antidiabétiques semblent finalement<br />
associés à un surrisque d’IC, qui, plus qu’aux molécules ellesmêmes,<br />
pourrait être lié à la gravité et à la durée du diabète<br />
lorsque le recours à ces traitements s’impose. Il devient impératif<br />
de faire des études pour rechercher précisément le traitement<br />
antidiabétique optimal chez ces patients en insuffisance<br />
cardiaque.<br />
Traiter l’IC du diabétique<br />
Les diabétiques doivent bénéficier des traitements classiques<br />
de l’IC, même si leur efficacité et leur tolérance sont amoindries.<br />
Les bêtabloquants sont indispensables dans les classes II à IV<br />
de la NYHA, et quatre molécules – métoprolol, carvédilol, bisoprolol<br />
et nébivolol – ont reçu l’AMM dans cette indication. Reste<br />
à savoir quel(s) bêtabloquant(s) utiliser de préférence chez les<br />
diabétiques. L’étude COMET a montré que par rapport au métoprolol<br />
la durée de la survie est nettement améliorée par le carvédilol.<br />
En améliorant la sensibilité à l’insuline et la tolé-<br />
CONSENSUS CARDIO pour le praticien - N° 19 • Mai 2006<br />
42<br />
rance au glucose, le carvédilol pourrait aussi retarder l’apparition<br />
d’un diabète de novo. Il se caractérise, ainsi que le<br />
bisoprolol et le nébivolol, par des propriétés antioxydantes qui<br />
pourraient avoir des effets significatifs chez le diabétique, mais<br />
on manque encore d’études pour savoir si cela se traduit par<br />
un bénéfice clinique.<br />
On privilégie de plus en plus les IEC et ARA2 chez les diabétiques.<br />
Les ARA2 ont montré leur bénéfice dans le traitement<br />
de l’IC du diabétique dans des études comme CHARM (candésartan)<br />
ou LIFE (losartan). Dans les classes III-IV de la NYHA,<br />
les spironolactones peuvent être utilisées chez les diabétiques,<br />
et antiagrégants et statines doivent bien sûr faire partie de<br />
l’arsenal thérapeutique.<br />
L’exercice physique et le régime restent toujours essentiels pour<br />
le contrôle glycémique de l’IC en attendant de disposer de médicaments<br />
comme les bloqueurs de la glycation. ■<br />
Dr Maia Gouffrant<br />
Journée Diabéto-Cardio, Atelier «Diabétique/non-diabétique,<br />
points communs et différences», d’après les communications<br />
des Prs Yves Cottin (Dijon) et Paul Valensi (hôpital Jean-Verdier,<br />
Bondy) et des Drs Alain Cohen-Solal et Patrick Henry<br />
(Paris, hôpital Lariboisière).<br />
1. Chaowalit N et al. J AM Coll Cardiol 2006 ; 47: 1029-36.<br />
2. Recommandations SFC/ALFEDIAM, Arch Mal Cœur 2004; 97: 338-57.
De nombreux essais de protection et de prévention rénales<br />
ont démontré l’intérêt de bloquer le système<br />
rénine-angiotensine-aldostérone. La mortalité et le risque<br />
coronarien sont en effet directement corrélés à la sévérité<br />
des atteintes rénales chez les diabétiques hypertendus.<br />
L’évaluation clinique d’un sujet hypertendu, a fortiori chez le<br />
diabétique hypertendu, se fait à différents niveaux dont l’appréciation<br />
clinique des organes cibles tels que le rein. Le dosage<br />
de l’albuminurie est nécessaire et indispensable. L’excrétion urinaire<br />
d’albumine est physiologique lorsque son taux est inférieur<br />
à 30 mg/24 h ; le stade de microalbuminurie est atteint<br />
lorsque l’excrétion est comprise entre 30 et 300 mg/24 h et de<br />
protéinurie, lorsque l’excrétion dépasse 300 mg/24 h.<br />
Le taux de décès est corrélé à l’évolution de la sévérité de<br />
l’atteinte rénale. Selon les données de l’étude UKPDS, le taux<br />
annuel de décès chez les diabétiques passe de 1,4 % en<br />
l’absence de néphropathie à 3 % en cas de microalbuminurie,<br />
4,6 % en cas de macroalbuminurie et 19,2 % lorsque la créatininémie<br />
est élevée ou en cas de dialyse. Le risque coronarien<br />
est aussi associé à l’évolution des lésions rénales : pour une protéinurie<br />
faible, le risque coronarien est d’environ 18 % et il est<br />
multiplié par 2 en cas de protéinurie avérée.<br />
Les études de protection rénale<br />
De nombreuses études sont disponibles dans le domaine de la<br />
protection et de la prévention rénales. En termes de protection,<br />
l’étude RENAAL a comparé un sartan à dose progressive à un<br />
placebo, les deux groupes recevant par ailleurs un traitement<br />
conventionnel (c’est-à-dire sans IEC, ni ARA II) pour une durée<br />
de suivi de 3,4 années. Au bout de 48 mois, le groupe recevant<br />
le sartan présente une diminution du risque de doublement<br />
de créatininémie de 25 % (p = 0,006), d’insuffisance rénale ter-<br />
CONSENSUS CARDIO pour le praticien - N° 19 • Mai 2006<br />
46<br />
Congrès<br />
22 e Salon de Cardiologie Pratique & <strong>Consensus</strong><br />
29 - 31 mars 2006<br />
Prévenir les lésions rénales<br />
pour diminuer la mortalité du diabète<br />
minale de 28 % (p = 0,002) et d’un critère combiné associant<br />
insuffisance rénale et décès de 20 % (p = 0,010).<br />
Plus intéressants sont les résultats de l’étude BENEDICT, étude<br />
de prévention primaire de la néphropathie menée chez des<br />
diabétiques sans atteinte rénale. Les patients ont été répartis<br />
en quatre groupes : un groupe recevant le trandolapril, un<br />
groupe recevant le vérapamil, un troisième groupe recevant<br />
l’association des deux et un dernier groupe recevant un traitement<br />
conventionnel. L’incidence de la microalbuminurie a<br />
été réduite de 53 % dans le groupe recevant le trandolapril et<br />
de 61 % dans celui recevant l’association trandolapril-vérapamil.<br />
BENEDICT montre que le trandolapril seul ou associé<br />
au vérapamil LP est efficace sur la prévention primaire de la<br />
néphropathie diabétique chez l’hypertendu diabétique de<br />
type 2 normoalbuminurique, au-delà de la correction des<br />
chiffres tensionnels. ■<br />
Dr Anne Teyssédou-Mairé<br />
D’après la communication du Pr Jean-Philippe Ryckelynck (Caen)<br />
lors d’un symposium organisé par les laboratoires Abbott<br />
Les risques<br />
cardiologiques du sport<br />
La pratique de certains sports est contre-indiquée chez les<br />
patients souffrant d’une pathologie cardiaque ou demande<br />
une surveillance cardiovasculaire particulière.<br />
La plongée sous-marine, en augmentant le travail cardiaque de<br />
décompression, favorise la survenue d’emboles gazeux. Elle accroît<br />
aussi le risque ischémique. « Les conséquences hémodynamiques<br />
sont une augmentation du débit cardiaque de l’ordre de 15 %<br />
et une vasoconstriction périphérique, responsables d’une poussée<br />
tensionnelle et d’une décompensation cardiaque. La plongée<br />
peut également avoir des conséquences rythmiques : diminution<br />
de la fréquence cardiaque et troubles du rythme », a<br />
précisé le Dr Vincent Lafay (Marseille). Les patients souffrant de<br />
tachycardie paroxystique, de bloc auriculoventriculaire de type II<br />
non appareillé ne peuvent donc pas pratiquer ce sport. Il en est<br />
de même des malades porteurs d’un shunt droite-gauche, atteints<br />
d’une cardiopathie congénitale, d’une insuffisance cardiaque<br />
symptomatique ou d’une cardiomyopathie obstructive.<br />
Tout candidat à la plongée doit subir un examen médical complet<br />
avec prise de la pression artérielle et électrocardiogramme. Chez<br />
le non-sportif, une épreuve d’effort doit être effectuée au moins<br />
une fois après l’âge de 40 ans, ainsi qu’une échocardiographie.
22 e Salon de Cardiologie Pratique & <strong>Consensus</strong><br />
29 - 31 mars 2006<br />
Trekking en haute altitude et pathologies<br />
cardiovasculaires<br />
Le bilan cardiovasculaire du candidat au trekking en haute<br />
montagne consiste en un électrocardiogramme, une échographie<br />
cardiaque et la mesure des échanges gazeux. Un test<br />
en hypoxie peut également être recommandé. « Les contre-indications<br />
cardiaques à la montée en haute altitude (2 000 à<br />
5 000 m) sont les cardiopathies instables, les troubles du<br />
rythme graves, l’existence d’une hypertension artérielle pulmonaire<br />
ou d’une cardiopathie cyanogène », a indiqué le<br />
Dr Stéphane Doutreleau (Strasbourg).<br />
Chez les sujets hypertendus, une parfaite maîtrise des chiffres<br />
tensionnels, au repos et à l’effort, sera exigée avant le départ<br />
en montagne. Bêtabloquants et inhibiteurs calciques, empê-<br />
Les bénéfices du traitement<br />
de la fibrillation auriculaire<br />
Maintenir le rythme sinusal par des médicaments ou des<br />
techniques interventionnelles est destiné à améliorer la<br />
qualité de vie des patients. La qualité de l’anticoagulation<br />
y contribue également.<br />
La fibrillation auriculaire (FA) augmente avec l’âge, tant chez<br />
l’homme que chez la femme. Or, même si ce n’est pas une maladie<br />
grave, elle augmente la morbidité et la mortalité. Traiter la<br />
FA a pour objectif, d’une part, de supprimer les symptômes,<br />
donc d’améliorer la qualité de vie des patients ; d’autre part,<br />
de prévenir les accidents thromboemboliques et l’insuffisance<br />
cardiaque (IC). « Il existe de nombreux arguments théoriques<br />
en faveur du maintien du rythme sinusal qui, de toute évidence,<br />
est lié à un meilleur pronostic », a expliqué le Pr Jean-<br />
Yves Le Heuzey (Paris). Il permet un fonctionnement hémodynamique<br />
optimal, évite le remodelage électrophysiologique et<br />
l’évolution vers la chronicité, prévient la tachycardiomyopathie.<br />
Cependant, le problème est de savoir comment maintenir<br />
ce rythme sinusal sans utiliser de moyens qui puissent être délétères<br />
: soit dans l’immédiat par des techniques interventionnelles<br />
non pharmacologiques (ablation des veines pulmonaires)<br />
qui peuvent être de temps en temps hasardeuses, soit à plus<br />
long terme, par des médicaments qui ne sont pas dénués<br />
d’effets secondaires (bêtabloquants, digitaliques, etc.).<br />
Il existe un profil de patients qui bénéficie indiscutablement<br />
du maintien du rythme sinusal : ce sont les sujets jeunes, très<br />
symptomatiques lorsqu’ils sont en FA, sans facteur de risque<br />
majeur et de récidive.<br />
Améliorer l’anticoagulation<br />
« Améliorer la qualité de l’anticoagulation, c’est réévaluer<br />
si le patient a besoin ou non d’un anticoagulant, donc déter-<br />
chant toute réponse chronotrope liée à l’hypoxie, sont contreindiqués,<br />
alors que les IEC ou les sartans sont autorisés. Chez<br />
les patients coronariens, la haute altitude favorise le risque<br />
d’ischémie myocardique et de troubles du rythme. Le trekking<br />
sera autorisé chez le coronarien stable uniquement (6 mois<br />
après la survenue de l’accident coronarien). Quant à l’insuffisance<br />
cardiaque, c’est une pathologie aggravée par l’altitude,<br />
mais les patients bien stabilisés par un traitement médicamenteux,<br />
pratiquant régulièrement une activité physique<br />
avant de partir en haute montagne, sont à faible risque et peuvent<br />
monter jusqu’à 3 000 m. ■<br />
Dr Gabrielle Bitan<br />
D’après l’Atelier «Cardiologie et Sport»<br />
miner au mieux les indications et les non-indications aux<br />
anticoagulants », a précisé le Dr Laurent Fauchier (Tours). En<br />
règle générale, il y a absence d’urgence à traiter, car on traite<br />
un risque potentiel de complications et non des symptômes.<br />
En outre, il faut tenir compte du patient. Ainsi, un AVK peut<br />
être prescrit - sauf contre-indication - à un patient âgé de plus<br />
de 75 ans qui présente un risque hémorragique bas (0 ou<br />
1 facteur de risque). Il convient de faire attention aux interruptions<br />
et aux reprises de traitement. Si l’anticoagulation<br />
n’est pas stable, il faut rechercher des interactions médicamenteuses<br />
qui sont fréquentes (AINS, antibiotiques, amiodarone…)<br />
; des erreurs possibles de prescription, de transcription,<br />
de surveillance et de suivi : c’est-à-dire tout événement<br />
de cette chaîne qui peut être un facteur d’erreur et de traitement<br />
inapproprié. ■<br />
Dr Mathilde Ferry<br />
Atelier «Rythmologie» modéré par le Pr Patrick Attuel<br />
47 CONSENSUS CARDIO pour le praticien - N° 19 • Mai 2006
CONSENSUS CARDIO pour le praticien - N° 19 • Mai 2006<br />
22 Congrès<br />
e Salon de Cardiologie Pratique & <strong>Consensus</strong><br />
Les nouveaux bêtabloquants<br />
Dernier bêtabloquant mis à la disposition du corps médical,<br />
le nébivolol a un profil pharmacologique particulier,<br />
associant activité bêtabloquante et vasodilatatrice, médiée<br />
par le NO (nitrate d’azote). Il est efficace et bien toléré, à la<br />
fois dans la prise en charge de l’hypertension artérielle et<br />
dans celle de l’insuffisance cardiaque.<br />
Les bêtabloquants prescrits à des sujets jeunes et sportifs hypertendus<br />
sont efficaces sur l’hypertension artérielle provoquée par<br />
l’effort. Mais ils sont pris de manière irrégulière, à cause de la<br />
fatigue et de la dysfonction sexuelle qu’ils entraînent. La tolérance<br />
à l’effort est également un point important qui peut poser des problèmes<br />
pour l’observance du traitement.<br />
La capacité d’effort maximal et la durée de résistance à l’effort de<br />
ce bêtabloquant non sélectif donneur de NO ont tout d’abord été<br />
étudiées chez des sujets sains. Aucune différence n’a été mise en<br />
évidence entre ceux ayant reçu un placebo et ceux ayant été traités<br />
par le bêtabloquant cardiosélectif. « Chez les patients hypertendus,<br />
le nébivolol entraîne une augmentation de 20 % du volume<br />
d’éjection systolique, qui est responsable d’une limitation de la<br />
réduction du débit cardiaque, au repos et à l’effort. Il provoque<br />
également une diminution des résistances périphériques, avec<br />
comme conséquence une moindre limitation de la durée de<br />
l’effort, en comparaison à l’aténolol », a expliqué le Pr François<br />
Carré (Rennes). De plus, ce traitement a un effet vasodilatateur,<br />
29 - 31 mars 2006<br />
48<br />
qui est médié par le NO. En outre, le nébivolol n’a pas d’effets<br />
négatifs sur le métabolisme énergétique. La bonne tolérance de<br />
ce traitement peut donc contribuer à en améliorer l’observance<br />
chez les sujets jeunes hypertendus.<br />
L’insuffisance cardiaque du patient âgé<br />
« Pour ce qui est des sujets âgés, efficacité et tolérance du nébivolol<br />
ont été étudiées lors de l’étude SENIORS, qui a recruté<br />
2 128 patients âgés de 76 ans en moyenne, souffrant d’insuffisance<br />
cardiaque », a poursuivi le Dr François Diévart (Dunkerque).<br />
65 % des malades ont pu recevoir une posologie cible<br />
de 10 mg, alors que le pourcentage de patients ayant pris un<br />
placebo était de 75 %, ce qui montre la bonne tolérance de ce<br />
bêtabloquant. Quant à son efficacité, elle a été démontrée par<br />
une diminution de 14 % des événements faisant partie du critère<br />
primaire, associant mortalité et survenue d’événements cardiovasculaires.<br />
Ces bons résultats excluent donc le nébivolol de la<br />
controverse actuelle existant sur le recours aux bêtabloquants<br />
chez les patients âgés de plus de 70 ans. ■<br />
Le BNP, marqueur diagnostique et pronostique<br />
Le dosage du BNP est recommandé en pratique quotidienne<br />
dans le diagnostic, le suivi thérapeutique et la stratification<br />
de risque des patients insuffisants cardiaques. C’est un<br />
marqueur de pression intracardiaque.<br />
Le BNP (Brain Natriuretic Peptide), petit peptide de 32 acides aminés,<br />
dont la demi-vie est courte (22 min), est sécrété quasi exclusivement<br />
par les myocytes ventriculaires. Il est sensible aux conditions de charge<br />
des ventricules et à l’état myocardique sous-jacent. Il provient du clivage<br />
enzymatique du pro-BNP en NT-proBNP et BNP. Son taux varie<br />
selon les circonstances : il est augmenté en cas d’HTA compliquée,<br />
d’hypertrophie myocardique (le BNP étant proportionnel à la masse<br />
myocardique), d’insuffisance rénale, de cœur pulmonaire chronique<br />
ou aigu. Il est diminué en cas d’obésité et de faible délai (< 1 heure)<br />
entre la poussée d’insuffisance cardiaque et le prélèvement.<br />
Le BNP est utile en cas d’indécision clinique. Il constitue une<br />
aide au diagnostic chez le patient dyspnéique, en sachant que la<br />
décision clinique reste la règle. En effet, quand le diagnostic reste<br />
douteux après examen clinique, ECG et radiographie : si le BNP<br />
est inférieur à 80 pg/ml, l’insuffisance cardiaque (IC) est peu probable<br />
(< 2 %) ; si le BNP est supérieur à 400 pg/ml, l’IC est très<br />
probable (90 %). Entre les deux, on ne sait pas ; d’où la nécessité<br />
de demander une échographie. Le BNP n’est pas un élément de<br />
Dr Gabrielle Bitan<br />
D’après un déjeuner-débat réalisé en partenariat<br />
avec les laboratoires Negma Lerads<br />
screening. C’est un marqueur de pression intracardiaque et non<br />
pas de fraction d’éjection du ventricule gauche. Il est corrélé à<br />
la masse ventriculaire gauche et à l’existence d’une dysfonction<br />
systolique. Comme tout marqueur, ses taux sont à interpréter en<br />
fonction des données cliniques. Un taux élevé en cas d’IC diastolique<br />
stable est de mauvais pronostic.<br />
Un taux correlé à la symptomatologie<br />
Le BNP est un bon indicateur pronostique de l’IC. Son dosage<br />
dans les suites de décompensation apporte des informations<br />
pronostiques majeures: plus le patient est symptomatique, plus<br />
le BNP augmente, plus sa survie diminue. Si le BNP est supérieur<br />
à 700 pg/ml à la sortie de l’hôpital, le pourcentage de<br />
décès et de réhospitalisations est de 95 %. Si le BNP est inférieur<br />
à 300 pg/ml, il n’est plus que de 17 %. ■<br />
Dr Mathilde Ferry<br />
Ecole pratique « BNP » animée par le Pr Patrick Jourdain,<br />
unité thérapeutique d’insuffisance cardiaque, CH Pontoise<br />
avec la collaboration de Biosite et des laboratoires Takeda
CONSENSUS CARDIO pour le praticien - N° 19 • Mai 2006<br />
22 Congrès<br />
e Salon de Cardiologie Pratique & <strong>Consensus</strong><br />
Les hypertensions difficiles<br />
L’HTA est difficile à contrôler notamment chez le sujet âgé et<br />
le diabétique ainsi qu’en cas d’HTA résistante, due à un échec<br />
d’observance du traitement médical, voire à un traitement<br />
inapproprié.<br />
« L’HTA reste le facteur<br />
de risque le plus<br />
commun de morbidité<br />
et de mortalité<br />
cardiovasculaires »,<br />
a rappelé le Dr Pierre<br />
Attali (Strasbourg).<br />
Or, moins d’un tiers<br />
des patients avec une<br />
PA > 140/90 mmHg<br />
sont traités de manière adéquate ! Il existe un certain<br />
nombre de situations au cours desquelles l’HTA peut<br />
être difficile à traiter : chez le sujet âgé où la prévalence<br />
de l’HTA est très élevée, chez le diabétique non<br />
observant (seuls 7 % des diabétiques hypertendus ont<br />
une PA contrôlée) et lorsque l’HTA est résistante. Or,<br />
la prévalence de cette dernière va augmenter.<br />
Chez les sujets âgés de plus de 70 ans, 80 % des patients ont<br />
une PA > 140/90 mmHg (étude 3C). Or, il existe une discordance<br />
entre les chiffres mesurés au cabinet et ceux enregistrés<br />
à domicile, d’où la nécessité de faire réaliser systématiquement<br />
des mesures ambulatoires, par automesure ou MAPA, avant<br />
de débuter un traitement antihypertenseur. Enfin, même<br />
au-delà de 80 ans, le traitement est justifié. C’est ce qu’ont montré<br />
les résultats d’HYVET-PILOT (Gueyffier et al) avec une réduction<br />
du nombre d’AVC. « La décision de traiter ne repose pas<br />
uniquement sur l’âge réel du patient, a souligné le Dr Olivier<br />
Hanon (Paris), mais prend en compte l’analyse individuelle<br />
qui se base sur l’espérance de vie, la qualité de vie, l’existence<br />
de comorbidités ainsi que le risque iatrogène.»<br />
En cas d’HTA résistante, il convient de rechercher un effet « blouse<br />
blanche » et de vérifier l’observance du patient. Il faut évaluer la<br />
tolérance des médicaments, car une mauvaise tolérance est une<br />
cause fréquente d’HTA résistante. Il faut également penser à une<br />
HTA iatrogène : contraceptif oral, tacrolimus, cocaïne… Enfin,<br />
il convient de rechercher une HTA secondaire. « Cependant, de<br />
temps en temps, l’HTA résistante peut être due au médecin : on<br />
parle alors d’inertie thérapeutique », a expliqué le Dr Jacques<br />
Blacher (Paris). Le médecin connaît son patient depuis longtemps.<br />
De 180 mmHg il est passé à 160 mmHg. Il est sous trithérapie et<br />
le médecin attend… Il ne va pas jusqu’au bout de sa prévision<br />
en matière d’objectif thérapeutique. ■<br />
Dr Mathilde Ferry<br />
Symposium avec la collaboration des laboratoires Menarini<br />
29 - 31 mars 2006<br />
50<br />
Le stenting non coronarien<br />
Grâce aux progrès techniques, le traitement<br />
endovasculaire se développe et fait l’objet de nombreuses<br />
études randomisées le comparant à la chirurgie.<br />
Le traitement de référence de la sténose carotidienne symptomatique<br />
serrée athéroscléreuse est toujours la chirurgie.<br />
Les résultats des essais thérapeutiques ne permettent en aucun<br />
cas de modifier cette recommandation. En effet, ils ne montrent<br />
pas de différence entre l’angioplastie et la chirurgie<br />
carotidienne. La balance semble pencher en faveur de l’angioplastie<br />
du fait de l’absence de complications comme la<br />
paralysie des nerfs crâniens. « L’angioplastie ne peut être<br />
proposée que dans le cadre d’essais randomisés qui comparent<br />
les deux techniques », a précisé le Pr Jean-Louis Mas<br />
(Paris). Les résultats de l’étude française EVA-3S portant sur<br />
527 patients sont attendus pour mai 2006 ; comme ceux de<br />
l’étude allemande SPACE qui porte sur 1 000 patients. En ce<br />
qui concerne les patients atteints de sténose radique, de resténose<br />
après chirurgie, de sténose haute ou pour lesquels la chirurgie<br />
est contre-indiquée, les indications restent consensuelles.<br />
Un intérêt pour les anévrismes rompus<br />
« Le traitement endovasculaire des anévrismes de l’aorte abdominale<br />
est efficace », a souligné le Dr Bernard Beyssen (Paris). Il<br />
permet de réduire la morbi-mortalité opératoire de 70 %. Néanmoins,<br />
les résultats à long terme sont inconnus. C’est une technique<br />
certainement très intéressante pour les anévrismes rompus qui ont<br />
une mortalité de 40 à 50 %. En France, elle est réservée aux patients<br />
considérés à haut risque chirurgical, avec une anatomie favorable<br />
et une bonne espérance de vie. Toutefois, compte tenu des résultats<br />
encourageants immédiats, certaines équipes la préconisent chez<br />
les patients de plus de 60 ans. Mais il faut rester très prudent. C’est<br />
une technique qui paraît également intéressante en cas d’anévrisme<br />
du trépied, pour lequel la chirurgie est très difficile. « En ce qui<br />
concerne l’artérite des membres inférieurs, le traitement endovasculaire<br />
de première intention donne d’excellents résultats à<br />
l’étage aorto-iliaque », a poursuivi Bernard Beyssen. Au niveau<br />
fémoro-poplité, c’est le traitement médical – contrôle des facteurs<br />
de risque – qui prime. Enfin, dans un contexte d’ischémie critique,<br />
la chirurgie ou le traitement endovasculaire sont possibles.<br />
« Il y a peu de données probantes concernant le traitement<br />
par voie endovasculaire des artères rénales », a expliqué le<br />
Dr Pierre-François Plouin (Paris). Jusqu’à présent, les études ont<br />
porté sur la question de savoir si l’angioplastie permettait de<br />
réduire la pression artérielle. Le bénéfice à court terme dans les<br />
sténoses athéroscléreuses est modeste. Il convient donc de faire<br />
des études à long terme. En revanche, on ne sait toujours pas<br />
si ce type de traitement protège la fonction rénale. ■<br />
Dr Mathilde Ferry<br />
Atelier « Thérapie endovasculaire hors coronaires »<br />
coordonné par le Pr Joseph Emmerich (HEGP, Paris)
22 e Salon de Cardiologie Pratique & <strong>Consensus</strong><br />
29 - 31 mars 2006<br />
La place de l’automesure tensionnelle en 2006<br />
L’utilisation de l’automesure tensionnelle est encouragée du<br />
fait de son intérêt dans l’éducation thérapeutique du patient<br />
et parce qu’elle favorise l’observance.<br />
Du fait de l’extrême variabilité tensionnelle d’un patient au cours<br />
d’une même consultation ou d’une consultation à l’autre, la<br />
Haute Autorité de santé (HAS) recommande depuis 2005<br />
l’automesure tensionnelle à titre diagnostique. En effet, elle permet<br />
de corriger les erreurs de diagnostic par excès (effet « blouse<br />
blanche ») ou par défaut (HTA masquée). Sa valeur pronostique<br />
apparaît supérieure à celle des mesures effectuées au<br />
cabinet médical. L’automesure est recommandée avant de débuter<br />
un traitement antihypertenseur médicamenteux : pour les<br />
HTA < 180/110 mmHg chez le sujet âgé car la fréquence de<br />
l’effet « blouse blanche » est importante chez ce type de<br />
patients ; en cas d’HTA résistante et dans l’évaluation thérapeutique,<br />
à tout moment de la prise en charge.<br />
La règle des «3»<br />
Une étude, menée sur 614 patients en Grande-Bretagne, a<br />
montré que la préférence globale des patients, en matière de<br />
mesure de la pression artérielle était, par ordre décroissant :<br />
l’automesure tensionnelle, la mesure de la PA par une infirmière,<br />
la mesure de la PA par un médecin et la MAPA. L’avan-<br />
Les complications du diabète<br />
Le contrôle de l’hypertension artérielle, de la microalbuminurie<br />
et des anomalies lipidiques reste indispensable.<br />
Contrôler la glycémie, mais aussi tous les facteurs de risque<br />
cardiovasculaire de la pression artérielle est déterminant pour<br />
le pronostic du patient diabétique. Jusqu’où faut-il faire baisser<br />
cette dernière ? L’étude HOT apporte des éléments de<br />
réponse puisqu’elle a montré que le traitement par félodipine<br />
permettait de diminuer la pression artérielle diastolique de<br />
85 à 81 mmHg, réduisant de 50% le nombre d’événements et<br />
la morbidité cardiovasculaires. Chez le diabétique hypertendu,<br />
l’objectif est donc l’obtention d’une pression artérielle systolique<br />
de 130 mmHg et d’une pression artérielle diastolique de<br />
80 mmHg. Les anomalies lipidiques doivent également être corrigées.<br />
« Autre facteur important, la microalbuminurie. L’étude<br />
LIFE a montré que le risque de survenue d’un événement cardiovasculaire<br />
était trois fois plus important si la microalbuminurie<br />
restait élevée. Si l’albuminurie n’est pas réduite par<br />
le traitement hypotenseur en cours, celui-ci doit être corrigé.<br />
IEC et sartans ont notamment fait la preuve de leur efficacité<br />
dans la néphroprotection : une forte dose d’irbésartan<br />
tage de l’automesure est qu’elle permet de mesurer la pression<br />
artérielle dans les conditions de la vie quotidienne. Pour cela,<br />
le patient doit utiliser un appareil d’automesure tensionnelle<br />
validé par l’AFSSAPS. La liste officielle figure sur le site :<br />
www.afssaps.sante.fr<br />
Les mesures doivent être effectuées dans les meilleures conditions :<br />
en position assise, dans un environnement calme, au repos, avec<br />
un appareil correctement positionné. Il faut respecter les horaires<br />
de mesure et appliquer la « règle des 3 »: 3 mesures consécutives<br />
le matin et 3 mesures consécutives le soir pendant 3 jours de suite<br />
minimum. Une série de mesures dure au minimum 3, voire 5 jours.<br />
Pour cela, il est recommandé que le patient soit éduqué à l’utilisation<br />
de cette technique par son médecin ou par un professionnel<br />
de santé entraîné : définition de la PAS et de la PAD, variabilité<br />
de la PA et ses conséquences, définition de la PA normale et<br />
d’une HTA, bonne utilisation de l’appareil. Quant à l’interprétation<br />
des chiffres, elle reste un acte médical. L’objectif étant d’arriver<br />
à une PA < 135/85 mmHg. ■<br />
Dr Mathilde Ferry<br />
Ecole pratique animée par le Dr Nicolas Postel-Vinay (Paris)<br />
avec la collaboration des laboratoires Bristol-Myers Squibb<br />
et sanofi aventis<br />
réduit de 76% le taux de conversion de la micro- vers la<br />
macroalbuminurie et augmente de 1,5 fois le taux de normalisation<br />
de l’excrétion d’albumine », a indiqué le Pr Paul<br />
Valensi (Bondy).<br />
Diabète et insuffisance cardiaque<br />
« Autre complication fréquente chez le diabétique, l’insuffisance<br />
cardiaque. Elle est observée dans un quart des cas.<br />
Quant à la prévalence du diabète chez les malades atteints<br />
d’insuffisance cardiaque, elle est comprise entre 20 et 40 %.<br />
Le diabète entraîne donc une insuffisance cardiaque, qui ellemême<br />
aggrave la pathologie diabétique », a précisé le Pr Alain<br />
Cohen-Solal (Lariboisière). Un suivi effectué sur une cohorte de<br />
25 000 hommes et de 22 000 femmes diabétiques a en effet<br />
montré que chaque augmentation de 1% de l’hémoglobine<br />
glyquée accroît de 8% le risque de survenue d’une insuffisance<br />
cardiaque. ■<br />
Dr Gabrielle Bitan<br />
D’après la Journée Diabéto-Cardio<br />
51 CONSENSUS CARDIO pour le praticien - N° 19 • Mai 2006
CONSENSUS CARDIO pour le praticien - N° 19 • Mai 2006<br />
22 Congrès<br />
e Salon de Cardiologie Pratique & <strong>Consensus</strong><br />
Les anticoagulants<br />
chez les sujets très âgés<br />
Les bénéfices et les risques hémorragiques<br />
de la prescription d’anticoagulants doivent être évalués<br />
chez les patients très âgés.<br />
Une étude effectuée sur 2 912 patients a montré un taux<br />
de prescriptions de 22 % d’héparine de bas poids moléculaire<br />
en médecine interne et un pourcentage de 4,5 %<br />
d’antivitamines K. Ces traitements sont donc utilisés relativement<br />
souvent. Néanmoins, ils sont mal prescrits, 45 %<br />
des malades devant bénéficier des anticoagulants n’en ont<br />
pas, alors que cette thérapeutique a été inutilement instaurée<br />
dans 41 % des cas.<br />
« Le traitement curatif de la maladie thromboembolique<br />
fait appel aux héparines non fractionnées, fractionnées<br />
ou encore aux héparines de bas poids moléculaire »,<br />
a précisé le Pr Jean-Paul Emeriau (Bordeaux). Les héparines<br />
non fractionnées sont difficiles à prescrire chez le<br />
sujet très âgé, nécessitant l’instauration de contrôles répétés.<br />
D’autre part, le mauvais capital veineux des sujets âgés<br />
et la difficulté à appliquer le traitement par l’intermédiaire<br />
d’une seringue électrique sont d’autres problèmes fréquemment<br />
rencontrés. La prescription de calciparine pose<br />
des problèmes de résorption et de relargage intempestif.<br />
Elle nécessite en outre une surveillance biologique accrue,<br />
notamment à cause du risque de thrombopénies induites<br />
par ce traitement. Ce sont donc les héparines de bas poids<br />
moléculaire (HBPM) qui seront privilégiées chez le sujet<br />
très âgé. Néanmoins, à cause du risque d’accumulation<br />
d’anticoagulants secondaire à l’altération de la fonction<br />
rénale, il est nécessaire de mesurer la clairance de la créatinine.<br />
Enfin, les anticoagulants ne sont pas préconisés dans le<br />
traitement de la maladie thromboembolique.<br />
29 - 31 mars 2006<br />
52<br />
Prophylaxie par les HBPM<br />
et les antivitamines K (AVK)<br />
Deux HBPM peuvent être utilisées en prophylaxie, Lovenox<br />
et Fragmine. Elles sont indiquées chez le sujet de plus de<br />
75 ans en cas d’antécédents de maladie thromboembolique,<br />
ou encore en présence d’un cancer ou d’une maladie<br />
infectieuse. Ce sont les patients les plus âgés, ceux de<br />
plus de 80 ans, qui bénéficient le plus de cette prophylaxie.<br />
«Pour la warfarine, une étude effectuée en gériatrie a<br />
récemment permis de déterminer les modalités exactes<br />
d’instauration de sa posologie. Elle est administrée le premier<br />
jour, appelé J0, à 18 heures à la dose de 4 mg.<br />
A J3, le contrôle de l’INR (Index Normalized Ratio) permet<br />
d’ajuster la posologie. Un nouveau contrôle de l’INR<br />
a lieu ensuite à J5 et à J7, une fois par semaine pendant<br />
un mois, puis tous les 15 jours», a précisé le Pr Emeriau. ■<br />
Dr Gabrielle Bitan<br />
Atelier Cardiogériatrie «Gestion des anticoagulants<br />
chez le sujet très âgé», coordonné par le Dr Olivier Hanon<br />
Les options de carrière<br />
en cardiologie<br />
Un atelier, organisé en partenariat avec l’association Club<br />
Cardio, association des internes et chefs de clinique-assistants<br />
de cardiologie, a permis de faire le point sur les possibilités<br />
professionnelles s’offrant aux médecins dans des secteurs<br />
autres que la « pratique de la médecine ».<br />
Cet atelier a traité de sujets aussi variés que la place des<br />
médecins dans la presse médicale, représentée par le<br />
Dr Gérard Kouchner (directeur du Quotidien du Médecin),<br />
les besoins de médecins de l’industrie pharmaceutique, représentée<br />
par Christian Lajoux (président-directeur général de<br />
sanofi-aventis), et l’évolution de la recherche médicale, représentée<br />
par Joseph Emmerich (Inserm U 428). Il a été modéré<br />
par le Dr Walid Amara, vice-président de ClubCardio.<br />
L’association ClubCardio a été fondée il y a deux ans. Elle a<br />
comme objectif d’aider les jeunes cardiologues dans leur formation<br />
et leur épanouissement professionnel. Elle a déjà à<br />
son actif l’organisation de plusieurs enseignements postuniversitaires<br />
et de nombreuses collaborations scientifiques.<br />
Le premier secteur abordé a été celui de la presse médicale<br />
et scientifique dont les fonctions dans ce secteur sont diverses.<br />
Elles vont de la fonction de rédacteur, qui peut être effectuée<br />
Suite page 54
CONSENSUS CARDIO pour le praticien - N° 19 • Mai 2006<br />
22 e Salon de Cardiologie Pratique & <strong>Consensus</strong><br />
à temps partiel, à des fonctions à temps plein de type rédacteur<br />
en chef ou directeur de publication.<br />
Les besoins de l’industrie pharmaceutique ont été détaillés<br />
par Christian Lajoux. Ce secteur est traditionnellement très<br />
demandeur de médecins. Pour Christian Lajoux, être médecin<br />
n’est pas un métier, mais une vocation. La formule répond<br />
bien à la réalité du terrain. En effet, l’industrie fait particulièrement<br />
appel aux capacités de management et aux relations<br />
humaines des médecins. Les médecins dans ce cas vont<br />
acquérir de nouveaux métiers : directeur régional, directeur<br />
médical, marketing, recherche. Christian Lajoux a par ailleurs<br />
rappelé que le milieu de l’entreprise est peu connu des médecins.<br />
Enfin, la mobilité et une expérience à l’international<br />
seront un plus indéniable. Dans le secteur de la recherche,<br />
Si le risque cardiovasculaire est nettement augmenté<br />
chez les diabétiques, tous n’ont pas le même et ne<br />
relèvent pas du même traitement. Pour affiner au mieux<br />
la prise en charge, la coordination entre les interventions<br />
du cardiologue et du diabétologue est indispensable.<br />
Traiter le risque cardiovasculaire<br />
du diabétique<br />
La prise en charge cardiovasculaire des diabétiques est<br />
loin d’être optimale : près des deux tiers des diabétiques<br />
ont un traitement antihypertenseur et environ 40 % au<br />
moins une bithérapie, mais seulement un tiers d’entre eux<br />
parviennent à maintenir une pression artérielle inférieure<br />
à 130/80 mmHg ; les IEC et les ARA2 ne sont prescrits<br />
que chez la moitié des diabétiques avec une microalbuminurie<br />
; 40 % reçoivent un traitement hypolipémiant,<br />
mais la moitié seulement des patients à risque cardiovasculaire<br />
élevé ayant un LDL-C supérieur à 1g/l de LDL sont<br />
traités, et 30 % des diabétiques coronariens ne reçoivent<br />
pas d’antithrombotiques.<br />
Certes des progrès ont été réalisés, ainsi les diabétiques<br />
coronariens recevant la quadrithérapie sont passés de<br />
38 % en 2001 à 45 % en 2003 — avec toujours une réticence<br />
marquée à la prescription des bêtabloquants —<br />
mais le décalage entre les recommandations et la pratique<br />
doit encore être réduit.<br />
C’est l’ambition affichée par les 26 réseaux de soins promus<br />
par ENTRED existant actuellement, qui ont établi des<br />
projets itinéraires de soins et éducation pour les diabétiques<br />
impliquant tous les acteurs de santé. Leur développement<br />
devrait permettre d’atteindre une plus large population<br />
de diabétiques.<br />
29 - 31 mars 2006<br />
54<br />
le problème des débouchés est réel. L’Inserm continue à<br />
recruter des médecins au compte-gouttes. Les places sont<br />
chères et les contraintes pour y arriver multiples. Joseph<br />
Emmerich a par ailleurs rappelé que l’Inserm s’apprête à<br />
lancer une Ecole de recherche, destinée aux étudiants en<br />
médecine. Le principe consiste à interrompre l’externat<br />
entre la 3 e et la 4 e année pour se consacrer durant un an<br />
à une première formation à la recherche (mastère), les<br />
études médicales et le travail de thèse étant ensuite menés<br />
en parallèle. La création de cette école ne peut donc être<br />
qu’un élément d’un dispositif plus global d’accession des<br />
médecins à la recherche. ■<br />
Dr Walid Amara<br />
Prise en charge du diabétique :<br />
la nécessaire collaboration cardiologue-diabétologue<br />
Traiter le diabète du patient cardiaque<br />
Si le souci du diabétologue est d’améliorer la prise en charge<br />
cardiovasculaire de ses patients, la préoccupation du<br />
cardiologue hospitalier peut être de gérer le déséquilibre<br />
glycémique qui concerne la moitié des patients hospitalisés<br />
pour un SCA.<br />
Parmi ces patients en phase aiguë, 40 % ont un authentique<br />
diabète dont la moitié n’est dépistée qu’à cette occasion. Or<br />
les statistiques montrent que la mortalité de ces diabétiques<br />
dépistés à la phase hospitalière est deux fois plus importante<br />
que celle des diabétiques connus et qu’il est donc indispensable<br />
de les prendre en charge précocement. Ce qui signifie<br />
déjà multiplier les mesures de l’HbA1c, la glycémie à jeun,<br />
postprandiale ou après charge en glucose pour affiner le<br />
diagnostic. Après l’insulinothérapie instituée en phase aiguë,<br />
le Dr J.-P. Collet propose un algorithme décisionnel pour<br />
gérer au mieux la sortie de ces patients. Ceux qui ont une<br />
HbA1c supérieure à 9 % ont généralement déjà été vus<br />
par le diabétologue pour mettre en place l’insulinothérapie<br />
et lui seront à nouveau adressés avant leur sortie. Ceux dont<br />
l’HbA1c se situe entre 6,5 et 9 % bénéficient d’un traitement<br />
hypoglycémiant à leur sortie et sont adressés ultérieurement<br />
à la consultation d’endocrinologie. Lorsque l’HbA1c est inférieure<br />
à 7 % mais associée à des anomalies de la glycémie,<br />
les patients reçoivent des conseils hygiéno-diététiques dès<br />
l’hospitalisation au cours d’une consultation avec la diététicienne<br />
et seront secondairement orientés vers un réseau de<br />
diabétologues libéraux. ■<br />
Dr Maia Gouffrant<br />
Journée Diabéto-Cardio : «Comment améliorer la collaboration autour<br />
du malade diabétique ?», modérateurs Prs Serge Halimi et Nicolas Danchin,<br />
d’après les interventions des Drs Michel Varroud-Vial et Jean-Philippe Collet
CONSENSUS CARDIO pour le praticien - N° 19 • Mai 2006<br />
22 e Salon de Cardiologie Pratique & <strong>Consensus</strong><br />
29 - 31 mars 2006<br />
Statines et coronariens :<br />
quelles doses pour quels patients ?<br />
Selon les nouvelles recommandations sur la prise en charge<br />
thérapeutique du patient dyslipidémique, l’objectif thérapeutique<br />
chez les sujets à haut risque cardiovasculaire est<br />
d’obtenir une concentration de LDL-C inférieure à 1 g/l.<br />
La correction des erreurs alimentaires éventuelles reste la<br />
première mesure à prendre. Si l’objectif thérapeutique n’est<br />
pas atteint, se pose la question de la modification du traitement<br />
médicamenteux prescrit.<br />
Pour atteindre la valeur cible du LDL-cholestérol, plusieurs possibilités<br />
peuvent être envisagées : augmenter la posologie de la<br />
statine, changer de statine, ou associer une statine à l’ézétimibe.<br />
Dans tous les cas, il est recommandé de prescrire des traitements<br />
ayant démontré leur efficacité sur des événements cliniques. Les<br />
statines, à l’exception de la plus récente, ont montré un bénéfice<br />
sur la morbi-mortalité cardiovasculaire avec le plus haut niveau<br />
de preuve.<br />
La stratégie thérapeutique basée sur l’association d’une statine,<br />
inhibiteur de la synthèse hépatique du cholestérol, et de l’ézétimibe,<br />
premier inhibiteur sélectif de l’absorption intestinale du<br />
cholestérol d’origine biliaire, permet de réduire plus efficacement<br />
le LDL-C grâce à un double impact sur les deux sources<br />
principales de cholestérol, le foie et l’intestin. Cependant, le rapport<br />
bénéfice/risque de cette association n’est pas connu, quatre<br />
études de morbi-mortalité sont en cours de réalisation.<br />
Augmenter la posologie<br />
de l’atorvastatine à 80 mg<br />
Des études récentes, dont l’étude TNT (Treating to New Targets),<br />
ont montré que l’utilisation d’une forte posologie de statine<br />
56<br />
(atorvastatine 80 mg/j dans l’étude TNT) permet d’abaisser<br />
plus efficacement le LDL-C et de réduire encore davantage<br />
le risque de complications cardiovasculaires.<br />
Les résultats de l’étude IDEAL corroborent ceux de l’étude<br />
TNT qui allaient dans le sens du « lower is better » et montraient<br />
un bénéfice clinique plus important avec l’emploi de<br />
l’atorvastatine 80 mg/j. Le rapport bénéfice/risque, comparé<br />
au risque de rhabdomyolyse qui reste exceptionnel,<br />
est favorable aux statines ; rappelons qu’une diminution<br />
de 30 % du LDL-C s’accompagne d’une réduction de 30 %<br />
du risque coronarien. Les études de pharmacovigilance<br />
montrent que sur 72 millions de prescriptions d’atorvastatine,<br />
toutes doses confondues, 315 cas de rhabdomyolyse<br />
ont été rapportés, soit 1 cas pour 230 000 prescriptions.<br />
Dans une méta-analyse de 49 études cliniques ayant inclus<br />
près de 14 000 patients, la tolérance de l’atorvastatine<br />
80 mg a été comparée à celle d’un placebo. Seuls deux cas<br />
d’élévation importante des CPK sur 5 000 ont été constatés,<br />
le pourcentage de myalgies et/ou de crampes a été faible et<br />
les autres effets indésirables sont généralement discrets et<br />
transitoires.<br />
Pour le Dr François Diévart, « l’atorvastatine a une sécurité<br />
d’emploi tout à fait acceptable au plan musculaire, en<br />
revanche, elle nécessite une surveillance régulière des tests<br />
fonctionnels hépatiques ». ■<br />
Dr M. F.<br />
D’après un déjeuner-débat avec la collaboration du laboratoire Pfizer
CONSENSUS CARDIO pour le praticien - N° 19 • Mai 2006<br />
22 Congrès<br />
e Salon de Cardiologie Pratique & <strong>Consensus</strong><br />
Anémie et insuffisance<br />
cardiaque :<br />
une liaison dangereuse<br />
L’anémie est fréquente dans l’insuffisance cardiaque (15 à<br />
25 % des cas) avec des mécanismes physiopathologiques<br />
complexes et intriqués. L’anémie est associée à un plus<br />
mauvais pronostic, mais la démonstration de l’intérêt d’un<br />
traitement par érythropoïétine (EPO) reste à faire.<br />
L’anémie est d’autant plus marquée chez l’insuffisant cardiaque<br />
que la classe de la NYHA est plus élevée et que le<br />
patient est plus âgé, d’où une certaine hétérogénéité dans sa<br />
prévalence en fonction des populations étudiées.<br />
L’anémie est à la fois cause et conséquence de l’insuffisance<br />
cardiaque (IC). Elle favorise l’IC en provoquant une hypoxie tissulaire,<br />
d’où une vasodilatation périphérique qui active le système<br />
sympathique puis le SRA, entraînant une rétention hydrosodée,<br />
une augmentation du volume plasmatique et le<br />
remodelage du ventricule gauche. Inversement, l’IC peut entraîner<br />
une anémie, car si elle stimule la libération d’EPO par le<br />
biais d’une ischémie tubulaire, ses effets sont contrebalancés<br />
par une action potentiellement inhibitrice via la relation entre<br />
insuffisance cardiaque et insuffisance rénale, d’où une diminution<br />
de la production d’EPO et une résistance à l’EPO au<br />
niveau de la moelle osseuse. Ainsi le taux d’EPO est augmenté<br />
chez l’insuffisant cardiaque, et d’autant plus élevé que l’IC est<br />
sévère, mais moins que ne le voudrait le taux d’hémoglobine.<br />
À côté de cette diminution relative de la production d’EPO, qui<br />
serait à l’origine de 50 à 60 % des anémies dans l’IC, l’anémie<br />
peut être majorée par la dénutrition, le déficit en fer ou en folates<br />
et l’hémodilution au cours de l’IC.<br />
Un surcroît de mortalité<br />
et d’hospitalisations<br />
Chez les anémiques, il existe un surcroît de mortalité et d’hospitalisations.<br />
Mais si on s’intéresse aux causes de décès, plus<br />
l’hémoglobine baisse plus la mortalité est liée à la dégradation<br />
de la fonction cardiaque, alors que les morts subites ou la mortalité<br />
d’autre cause sont associées aux taux d’hématocrite les<br />
plus élevés. Cette augmentation de la mortalité aux deux<br />
extrêmes des taux d’hémoglobine par rapport aux hémoglobines<br />
intermédiaires soulève des difficultés au moment de définir<br />
les chiffres optimaux d’hémoglobine à recommander, et certains<br />
suggèrent qu’il ne faudrait pas dépasser 30-35 %<br />
d’hématocrite quand on compense l’anémie.<br />
Nous manquons de données sur l’impact clinique d’un traitement<br />
par EPO ; il semble que l’augmentation de l’hémoglobine<br />
soit corrélée à une augmentation de la VO 2 max, de la FEVG,<br />
de la symptomatologie fonctionnelle et à une diminution de la<br />
fréquence cardiaque. Il faut donc rester prudent, car si le traitement<br />
par EPO a des effets bénéfiques potentiels (amélioration<br />
29 - 31 mars 2006<br />
58<br />
de la tolérance à l’effort, de l’apport en oxygène, du remodelage,<br />
de la qualité de vie et peut-être de sa durée, diminution<br />
de l’apoptose, des hospitalisations), il n’est pas dépourvu<br />
d’effets secondaires, risque de thrombose, d’hypertension et de<br />
dysfonction endothéliale. Il reste donc encore des interrogations<br />
sur le type de patients à traiter, à quel stade de gravité, selon<br />
quel protocole, sur les cibles d’hématocrite et d’hémoglobine à<br />
viser et sur l’intérêt d’y associer d’autres traitements comme une<br />
supplémentation martiale. ■<br />
Dr Maia Gouffrant<br />
Journée Insuffisance cardiaque, coordinateur Pr Alain Cohen-Solal.<br />
Atelier «Insuffisance cardiaque dans certaines pathologies»<br />
d’après la communication du Dr Pierre Dos Santos, Bordeaux<br />
Insuffisance cardiaque :<br />
AAII ou antialdostérone ?<br />
Les critères de choix entre un inhibiteur de l’angiotensine II<br />
ou un antialdostérone reposent sur les résultats des études<br />
CHARM-Added et RALES, mais prennent aussi en compte<br />
la tolérance, le terrain et les AMM. La surveillance<br />
de la kaliémie reste une préoccupation constante.<br />
Sur le plan physiopathologique, les inhibiteurs de l’angiotensine<br />
II sont intéressants dans la mesure où il existe un échappement<br />
thérapeutique avec les IEC, en raison de l’existence<br />
de voies de synthèse de l’angiotensine II indépendantes de<br />
l’enzyme de conversion. Par ailleurs, inhiber l’aldostérone est<br />
logique du fait de ses effets nocifs, que ce soit au niveau surrénal,<br />
cardiaque, rénal, ou vasculaire.<br />
Les études RALES sur la spironolactone et CHARM-Added sur le<br />
candésartan ont prouvé l’efficacité de ces molécules. RALES incluait<br />
des patients classe III à IV de la NYHA avec une FEVG < 35 % et<br />
CHARM des stades II à IV (les stades IV étaient peu nombreux)<br />
avec une FEVG < 40 %. Les patients recevaient tous des IEC, la<br />
différence fondamentale entre les deux études réside dans le taux<br />
de patients sous bêtabloquants, 11 % dans RALES, pratiquement<br />
les deux tiers dans CHARM, qui reflète donc plus fidèlement la<br />
pratique actuelle dans l’insuffisance cardiaque (IC). Si la réduction<br />
de la mortalité était comparable dans les deux études, la<br />
réduction du risque relatif était plus importante dans RALES, liée<br />
au fait que les patients de CHARM (étude plus récente), y compris<br />
ceux du groupe placebo, étaient mieux pris en charge sur le<br />
plan des facteurs de risque cardiovasculaire. Les résultats des<br />
deux études étaient identiques en ce qui concerne l’amélioration<br />
de la classe NYHA. Critère intéressant, la réduction de l’incidence<br />
des diabètes dans l’étude CHARM confirme l’effet néphroprotecteur<br />
des AAII. Le nombre d’arrêts du traitement était moins<br />
élevé dans RALES que dans CHARM, en raison du plus grand<br />
nombre de médicaments associés dans cette dernière étude.<br />
Si l’on considère les AMM, le seul AAII ayant une indication
22 e Salon de Cardiologie Pratique & <strong>Consensus</strong><br />
29 - 31 mars 2006<br />
dans l’IC est le candésartan, préconisé dans les classes II à III<br />
avec FEVG inférieure à 40 %, en cas d’intolérance aux IEC<br />
ou en association avec ces derniers chez les patients restant<br />
symptomatiques ; l’aldactone est indiquée dans le traitement<br />
de l’IC de classe III à IV de la NYHA avec une FEVG inférieure<br />
à 35 %, en association avec un traitement comprenant<br />
un diurétique et un IEC.<br />
Le risque d’hyperkaliémie<br />
Le risque d’hyperkaliémie est majoré en cas d’association de<br />
médicaments inhibant le SRA, en particulier chez les patients<br />
âgés de plus de 70 ans, ou présentant une altération de la fonction<br />
rénale ou un diabète. L’association de la spironolactone à<br />
un IEC ou un AAII reste déconseillée pour la triple association.<br />
La kaliémie doit être surveillée avant la prescription d’une de<br />
Les traitements recommandés<br />
chez les patients coronariens<br />
L’acronyme BASIC qui résume les traitements chez le coronarien<br />
reste de règle. Une récente méta-analyse montre que<br />
les inhibiteurs de l’enzyme de conversion sont aussi utiles chez<br />
les patients sans altération de la fonction ventriculaire gauche.<br />
Les traitements chez les patients coronariens ont trois objectifs :<br />
contrôler le processus athérothrombotique, les facteurs de risque<br />
et la symptomatologie de l’angine de poitrine par les bêtabloquants,<br />
les antiagrégants plaquettaires, les statines et les inhibiteurs<br />
de l’enzyme de conversion. Mais chacune de ces classes<br />
est-elle réellement utile chez tous les coronariens ?<br />
Tous les sous-groupes de coronariens tirent un bénéfice des<br />
antiagrégants plaquettaires. Chez les patients stentés que les<br />
stents soient classiques ou actifs, la durée du traitement associant<br />
clopidogrel et aspirine est de un à douze mois. Chez les<br />
patients victimes d’un syndrome coronaire aigu sans sus-décalage,<br />
il est bénéfique d’associer clopidogrel et aspirine pendant<br />
une durée de trois à douze mois, en débutant au stade<br />
aigu. En revanche, chez les patients stables, l’étude CHARISMA<br />
n’a pas montré de bénéfice de cette association au long cours,<br />
la règle reste donc la monothérapie antiagrégante.<br />
La méta-analyse sur les statines réalisée sur 14 essais randomisés<br />
regroupant plus de 90 000 patients montre sans réserve<br />
un bénéfice des statines chez les coronariens, avec une réduction<br />
de 12 % de la mortalité globale et un intérêt égal dans les<br />
différents sous-groupes. Tous les patients bénéficient des statines<br />
quel que soit le taux de cholestérol à l’inclusion.<br />
Les IEC en cas de fonction ventriculaire<br />
gauche altérée<br />
« En ce qui concerne les inhibiteurs de l’enzyme de conversion,<br />
le débat est quasiment clos chez les coronariens avec dysfonc-<br />
ces molécules et une semaine après, ainsi qu’à chaque modification<br />
de la dose, lorsqu’on associe d’autres molécules ou en<br />
cas d’événement intercurrent.<br />
« Schématiquement, conclut le Dr Thierry Laperche, on peut<br />
associer le candésartan à un IEC et un bêtabloquant chez un<br />
patient de classe II restant symptomatique. Chez les patients<br />
en classe III, le choix entre les deux molécules sera fait en<br />
fonction du contexte, mais dans tous les cas avec une vigilance<br />
accrue vis-à-vis de la kaliémie. » ■<br />
Dr Maia Gouffrant<br />
« Polythérapie dans l’insuffisance cardiaque : des recommandations<br />
à la pratique clinique », modérateur Pr Alain Cohen-Solal, d’après<br />
la communication du Dr Thierry Laperche, centre cardiologique<br />
du Nord-Saint-Denis, symposium organisé par les laboratoires Takeda<br />
tion ventriculaire gauche : à deux ans, la mortalité totale diminue<br />
de 25 %, a précisé le Pr Nicolas Danchin (Paris). Chez ceux<br />
sans altération ventriculaire gauche, le ramipril dans HOPE, le<br />
périndopril dans EUROPA ont montré un bénéfice incontestable.»<br />
L’étude PEACE menée avec le trandolapril s’est avérée négative<br />
et n’a montré qu’une réduction faible avec cet IEC à faible<br />
dose. « Dans une dernière méta-analyse (Danchin N., Arch Int<br />
Med, 2006 ; 166 : 787-96) prenant en compte ces trois études<br />
et d’autres plus petites, toutes menées chez des patients coronariens<br />
sans dysfonction ventriculaire gauche, suivis pendant<br />
un minimum de deux années, a poursuivi Nicolas Danchin, on<br />
constate une réduction de 14 % de la mortalité globale, la mortalité<br />
cardiovasculaire est réduite de 19 % et le taux de récidive<br />
des infarctus du myocarde de 18 %. Il faut donc donner des IEC<br />
à forte dose chez tous les coronariens avec fonction ventriculaire<br />
altérée ou préservée.»<br />
Quant aux bêtabloquants, les essais ont été menés en post-IDM<br />
sans altération de la fonction cardiaque, et dans ces conditions,<br />
la réduction de mortalité est de 23 %. En revanche, il n’existe<br />
pas de réponse sur la nécessité de donner des bêtabloquants<br />
en dehors de l’infarctus chez des patients sans altération de la<br />
fonction ventriculaire gauche. Enfin, l’étude ACTION, qui s’est<br />
avérée négative sur l’effet d’un inhibiteur calcique chez les coronariens<br />
stables, a permis néanmoins de préciser des facteurs<br />
prédictifs dans cette population et de démontrer que les bêtabloquants<br />
sont indispensables chez les coronariens stables. ■<br />
Dr Anne Teyssédou-Mairé<br />
D’après la communication du Pr Nicolas Danchin (HEGP, Paris)<br />
lors d’un symposium des laboratoires Servier<br />
59 CONSENSUS CARDIO pour le praticien - N° 19 • Mai 2006
CONSENSUS CARDIO pour le praticien - N° 19 • Mai 2006<br />
22 Congrès<br />
e Salon de Cardiologie Pratique & <strong>Consensus</strong><br />
29 - 31 mars 2006<br />
Insuffisance cardiaque : l’âge n’est pas<br />
une contre-indication à une prise en charge efficace<br />
Bien que le traitement de l’insuffisance cardiaque ait montré<br />
son bénéfice sur la morbi-mortalité des sujets âgés, les<br />
prescriptions restent encore trop timorées, en particulier en<br />
ce qui concerne les bêtabloquants.<br />
Dans l’insuffisance cardiaque, les recommandations de l’ESC parues<br />
il y a un an, et à leur suite les recommandations américaines, préconisent<br />
la prescription d’un IEC dès que la FEVG est altérée, quelle<br />
que soit la classe fonctionnelle, un bêtabloquant dans les classes II<br />
à IV de la NYHA (ou dans la classe I en post-infarctus), associés à<br />
un diurétique chez les patients symptomatiques, antialdostérone<br />
et digitaliques restant réservés aux insuffisances cardiaques (IC)<br />
sévères sous surveillance stricte. Mais Euro Heart Failure Survey a<br />
montré que si 87 % des patients reçoivent un diurétique, 62 % un<br />
IEC, seulement 37 % bénéficient d’un bêtabloquant. Cette sous-utilisation<br />
des traitements est encore plus marquée chez les sujets âgés<br />
qui, de plus, reçoivent rarement la dose optimale. Le défaut de prescription<br />
des bêtabloquants garde vraisemblablement la trace des<br />
débats sur leur place dans l’insuffisance cardiaque, longtemps<br />
débattue, bien que les quatre molécules recommandées – métoprolol<br />
retard, carvédilol, bisoprolol et nébivolol – aient largement<br />
fait la preuve de leur efficacité, que ce soit au niveau de la<br />
mortalité, des hospitalisations, de la symptomatologie ou de la<br />
FEVG. L’âge est aussi un argument souvent invoqué pour freiner<br />
leur prescription, alors qu’un âge avancé n’est en rien une contreindication<br />
aux bêtabloquants et qu’aucune raison ne justifie que<br />
la population âgée ne puisse bénéficier d’un traitement optimal.<br />
Equilibrer et surveiller le diabète<br />
Toutes les études montrent que les diabétiques sont loin<br />
d’atteindre les objectifs fixés pour la prévention des complications<br />
cardiovasculaires. Le cardiologue a un rôle important<br />
à jouer pour améliorer la prise en charge de ses patients<br />
diabétiques.<br />
L’étude STENO-2 a clairement montré qu’un traitement intensif<br />
portant sur tous les facteurs de risque du diabète permettait<br />
une réduction de 53 % des complications de la macroangiopathie<br />
par rapport à un traitement conventionnel. La prise en<br />
charge du diabétique vise donc comme objectifs une HbA1c<br />
inférieure à 6,5 %, une HTA inférieure à 130/80 mmHg, un<br />
LDL-C inférieur à 1,3 g/l, voire à 1 g/l s’il existe d’autres facteurs<br />
de risque cardiovasculaire associés, ainsi qu’un IMC inférieur<br />
à 27 kg/m 2 et l’arrêt du tabac.<br />
On attend toujours les recommandations sur le diabète de type 2,<br />
mais on peut en dessiner les grandes lignes : une glycémie à<br />
jeun supérieure à 1,26 g/l impose un rééquilibrage alimentaire<br />
60<br />
Nébivolol, une AMM dans l’insuffisance<br />
cardiaque du sujet âgé<br />
Avec l’étude SENIOR, parue en janvier 2005, on dispose maintenant<br />
d’une étude spécifique chez les patients âgés et non plus<br />
seulement d’extrapolations à partir d’essais réalisés chez les sujets<br />
plus jeunes. Cette étude a été la première à avoir inclus des personnes<br />
de plus de 70 ans, atteintes d’insuffisance cardiaque,<br />
quelle que soit leur FEVG. Leur profil correspondait bien au portrait<br />
type de l’insuffisant cardiaque âgé : 76 ans en moyenne,<br />
plutôt une femme, avec une FEVG relativement conservée (supérieure<br />
à 35 % dans un tiers des cas), symptomatique, en classe<br />
III de la NYHA essentiellement et une pression artérielle moyennement<br />
élevée (142/65 mmHg). Le traitement par nébivolol, un<br />
bêtabloquant hypersélectif et vasodilatateur, a été évalué sur un<br />
critère composite de morbi-mortalité, qui a été significativement<br />
réduit de 14 % (p = 0,039). L’efficacité était identique quelle que<br />
soit la FEVG, mais plus marquée chez les femmes. Les deux tiers<br />
des patients ont pu recevoir la dose optimale de nébivolol, confirmant<br />
ainsi que l’âge n’est en rien un obstacle à la<br />
prescription de bêtabloquants. ■<br />
associé à une activité physique. Ce traitement non médicamenteux<br />
peut suffire si on obtient une HbA1c en dessous de 6 %. Sinon, on<br />
prescrira en première intention la metformine ou en cas de contreindication<br />
l’acarbose ou une glitazone. Si l’HbA1c reste supérieure<br />
à 6,5 %, on augmente la metformine ou on ajoute l’acarbose ou<br />
une glitazone si l’IMC est supérieur à 27 kg/m 2 , sinon on associe<br />
à la metformine un sulfamide hypoglycémiant ou un glinide. L’évolution<br />
du diabète impose généralement de passer ultérieurement<br />
à une trithérapie puis à l’insulinothérapie, qui devrait être instituée<br />
beaucoup plus précocement qu’elle ne l’est actuellement en France.<br />
Surveiller la microalbuminurie<br />
Dr Maia Gouffrant<br />
«<strong>Consensus</strong> et cas cliniques : de l’infarctus à l’insuffisance cardiaque»,<br />
modérateur Pr Alain Cohen-Solal, parrainé par les laboratoires Menarini,<br />
d’après la communication du Dr Jean-Michel Tartière<br />
On sait depuis longtemps que la microalbuminurie est un élément<br />
prédictif d’une atteinte rénale chez le diabétique. Il est<br />
maintenant établi qu’elle est aussi associée à une augmentation<br />
de la mortalité cardiovasculaire avec une corrélation<br />
plus étroite que l’HTA, le cholestérol ou le tabagisme non seu-
22 e Salon de Cardiologie Pratique & <strong>Consensus</strong><br />
29 - 31 mars 2006<br />
lement chez le diabétique, mais aussi dans la population<br />
générale.<br />
Les recommandations, qu’elles soient européennes, américaines<br />
ou françaises, sont claires : la microalbuminurie<br />
doit être recherchée au moins une fois par an chez tout<br />
diabétique.<br />
La découverte d’une microalbuminurie a des implications thérapeutiques.<br />
Chez le patient dyslipidémique, avec un diabète<br />
de type 2 et au moins un autre facteur de risque, la présence<br />
d’une microalbuminurie le fait considérer comme à haut risque<br />
cardiovasculaire et impose de cibler un taux de LDL-C inférieur<br />
à 1 g/l comme chez un patient coronarien.<br />
Prise en charge du post-infarctus :<br />
le rôle du cardiologue libéral<br />
Si BASIC reste la référence dans le post-infarctus, le cardiologue<br />
doit mobiliser toutes ses compétences pour naviguer<br />
entre les recommandations et les contraintes inhérentes<br />
à la relation médecin-malade, entre les objectifs<br />
thérapeutiques et les effets adverses des médicaments.<br />
Les bêtabloquants sont généralement institués à l’hôpital, le cardiologue<br />
libéral aura à charge d’en gérer les effets secondaires<br />
(bradycardie, hypotension, inadaptation à l’effort, asthénie, troubles<br />
érectiles), d’adapter les doses, voire d’arrêter le traitement si le profil<br />
de risque est relativement faible, puisqu’on ne dispose pas encore<br />
d’étude montrant un bénéfice au-delà de deux ans.<br />
L’aspirine reste le traitement antithrombotique de référence, et le<br />
clopidogrel a montré son efficacité en monothérapie ou en association.<br />
La combinaison aspirine + clopidogrel doit être prescrite<br />
au minimum pendant 6 à 12 mois après la pose d’un stent, 9 à<br />
12 mois après un syndrome coronarien aigu, mais la question de<br />
savoir s’il faut la maintenir après ce délai reste toujours posée. On<br />
tend actuellement à penser que, sauf profil de risque particulier,<br />
une monothérapie apporte le bénéfice espéré. Le cardiologue va<br />
devoir lever le trouble qu’a pu susciter la médiatisation de l’étude<br />
CHARISMA, en rappelant à ses patients que ces résultats ne remettent<br />
pas en cause l’intérêt du clopidogrel en prévention secondaire.<br />
Sur le terrain, le cardiologue est souvent confronté au problème<br />
des interventions chirurgicales, et des consensus se mettent<br />
en place pour définir des stratégies cohérentes.<br />
Toutes les recommandations ont consacré la place des statines en<br />
première intention, les fibrates gardant une indication chez les<br />
patients qui ne les tolèrent pas ou en cas d’hypertriglycéridémie<br />
associée. Les résines restent une alternative intéressante ainsi que<br />
l’ézétimibe associé à une statine ou l’acide nicotinique qui a reçu<br />
l’AMM en cas d’HDL-C bas. Le rôle du cardiologue est de garder<br />
le cap sur un objectif de LDL-C à moins de 1 g/l, d’évaluer la tolérance<br />
sur des critères biologiques, mais surtout cliniques. Il devra<br />
adapter les doses, en sachant que les recommandations préco-<br />
Chez les patients hypertendus, la présence d’une microalbuminurie<br />
amène à préconiser en première intention une molécule<br />
inhibant le système rénine-angiotensine ; plutôt un AAII<br />
dans le diabète de type 2, plutôt un IEC dans les autres situations<br />
ou les néphropathies non diabétiques, et de les associer<br />
en deuxième intention à des diurétiques, parallèlement<br />
à la réduction des apports sodés et à l’arrêt du tabac. ■<br />
Dr Maia Gouffrant<br />
Journée Diabéto-Cardio, la surveillance du diabétique, modérateurs<br />
Pr Pierre-Jean Guillausseau et Dr Patrick Henry, d’après les communications<br />
des Drs Bernard Bauduceau et de Samy Hadjadj<br />
nisent de démarrer avec la dose la plus faible et d’augmenter<br />
ensuite, alors qu’en milieu hospitalier, la tendance est de débuter<br />
avec des doses fortes d’emblée pour une meilleure efficacité, et<br />
qu’on ne dispose d’aucun argument actuellement pour savoir s’il<br />
faut les diminuer, à quel moment, ni quelles en seraient les conséquences.<br />
Les règles hygiéno-diététiques doivent être maintenues,<br />
et les oméga-3 peuvent être prescrits dans le post-infarctus.<br />
Le bénéfice des IEC sur la fonction ventriculaire est bien connu,<br />
mais le valsartan constitue une alternative intéressante dans le traitement<br />
du post-IDM avec dysfonction ventriculaire gauche. L’étude<br />
EPHESUS a mis en évidence l’intérêt de l’éplérénone qui pourrait<br />
supplanter la spironolactone chez les patients les plus graves.<br />
Dernier point essentiel, la surveillance de la kaliémie doit être<br />
stricte chez les patients recevant un inhibiteur du système rénineangiotensine<br />
ou un antialdostérone. ■<br />
Dr Maia Gouffrant<br />
D’après la communication du Dr Alain Ducardonnet :<br />
«Quelle liaison cardiologue libéral /cardiologue hospitalier pour une<br />
bonne prise en charge du post-infarctus ?», modérateur Pr Albert-Alain<br />
Hagège, avec la collaboration des laboratoires Novartis Pharma<br />
61 CONSENSUS CARDIO pour le praticien - N° 19 • Mai 2006
CONSENSUS CARDIO pour le praticien - N° 19 • Mai 2006<br />
22 Congrès<br />
e Salon de Cardiologie Pratique & <strong>Consensus</strong><br />
La mesure ambulatoire<br />
de la pression artérielle<br />
Chez le patient hypertendu, un contrôle tensionnel effectif sur<br />
24 heures permet d’éviter les effets délétères de l’HTA aux<br />
heures où le patient est particulièrement vulnérable.<br />
La variation circadienne de la pression artérielle expose le sujet<br />
hypertendu à un risque accru d’événements cardiovasculaires<br />
et d’atteinte des organes cibles. Entre 7 heures et 11 heures, il<br />
existe une incidence élevée aussi bien de la mort subite que de<br />
l’infarctus du myocarde ou de l’accident vasculaire cérébral.<br />
La mesure ambulatoire de la pression artérielle (MAPA) permet<br />
de définir un niveau de pression artérielle moyen dans des<br />
conditions habituelles d’activité et d’évaluer la variabilité tensionnelle<br />
au cours du nycthémère.<br />
Chez le patient hypertendu, la MAPA est indiquée pour corriger<br />
une erreur de diagnostic par excès ou par défaut (HTA masquée<br />
ou ambulatoire isolée), en cas de suspicion d’effet « blouse<br />
blanche » devant une variabilité de la pression artérielle au cours<br />
d’une consultation, avant de débuter un traitement chez les patients<br />
dont la pression artérielle est comprise entre 140-170/90/<br />
100 mmHg, en l’absence d’atteinte des organes cibles, d’antécédents<br />
cardiovasculaires, d’insuffisance cardiaque, de diabète,<br />
pour évaluer l’effet antihypertenseur du médicament prescrit et<br />
en cas d’hypertension sévère ou résistante au traitement.<br />
Conditions de réalisation<br />
L’examen doit être réalisé sur une journée d’activité habituelle,<br />
non en période de repos ou en fin de semaine, le nombre de<br />
mesures exploitables par 24 heures doit être supérieur à 50,<br />
le sujet doit être informé afin qu’il comprenne l’objectif de l’examen<br />
et qu’il participe à sa réussite, car il peut déclencher volontairement<br />
des mesures supplémentaires, par exemple en cas<br />
de malaise au réveil, et il doit noter sur le « journal d’activités »<br />
qui lui a été remis tous les événements de la journée (émotions,<br />
stress, activités…).<br />
Expression des résultats<br />
La charge tensionnelle constitue l’expression la plus significative,<br />
la plus reproductible et la plus employée, elle est analysée sur<br />
trois périodes : sur 24 heures, la journée et pendant le sommeil.<br />
La moyenne des pressions artérielles retrouvées par la MAPA<br />
est habituellement inférieure à la pression artérielle de consultation.<br />
Des valeurs de référence ont été définies : la MAPA est<br />
jugée anormale si 50 % des mesures de jour sont > 140/<br />
90 mmHg et/ou 50 % des mesures de nuit sont > 120/<br />
80 mmHg.<br />
Selon les valeurs de référence issues d’études récentes, l’HTA est probable<br />
si la moyenne des 24 heures est > 130/80 mmHg ou lorsque<br />
la PA de jour (charge tensionnelle d’activité) est > 135/85 mmHg<br />
ou si la PA de nuit (charge tensionnelle de repos) est > 120/70 mmHg.<br />
29 - 31 mars 2006<br />
62<br />
Pour le Dr P. Morand, la MAPA constitue un bien meilleur indice<br />
que la prise de pression artérielle occasionnelle, elle serait mieux<br />
corrélée à l’atteinte des organes cibles et au risque cardiovasculaire<br />
sous traitement. ■<br />
Dr M. F.<br />
Ecoles pratiques : « Mesure ambulatoire de la pression artérielle (MAPA) »<br />
avec la collaboration de Spacelabs medical<br />
Les antiagrégants<br />
plaquettaires font<br />
de la résistance<br />
Les patients non ou incomplètement répondeurs à l’aspirine<br />
ou au clopidogrel posent un problème qui devra être pris en<br />
compte dans les stratégies thérapeutiques. Mais de nombreux<br />
points restent à élucider : déterminer les tests fiables qui permettront<br />
d’évaluer cette résistance, de préciser les liens entre<br />
la biologie et la clinique et d’identifier les mécanismes divers<br />
qui sous-tendent la variabilité interindividuelle.<br />
Quatre millions de personnes reçoivent en France des antiagrégants<br />
plaquettaires qui permettent de diminuer de 30 %<br />
le risque relatif d’accidents en rapport avec une thrombose<br />
vasculaire. Ce qui signifie que IDM, AVC ou décès cardiovasculaires<br />
peuvent survenir malgré l’aspirine et/ou le clopidogrel,<br />
non en raison de l’inefficacité du traitement mais parce<br />
que certains patients opposent une résistance à un blocage<br />
total de l’agrégation plaquettaire.<br />
5 à 25 % pour l’aspirine<br />
La fréquence des résistances est très variable – de 5 à 25 %<br />
pour l’aspirine, de 5 à 30 % pour le clopidogrel – selon les<br />
critères biologiques utilisés pour la mesurer.<br />
On connaît bien maintenant les mécanismes impliqués dans<br />
la résistance à l’aspirine : polymorphisme dans l’expression<br />
de la cyclo-oxygénase, turn-over plaquettaire trop rapide pour<br />
permettre l’action de l’aspirine aux doses usuelles, apport<br />
extraplaquettaire de thromboxane, compétition au niveau des<br />
récepteurs avec certains médicaments, les AINS en particulier,<br />
tabagisme, stress... et défaut de compliance. La variabilité<br />
individuelle étant très importante, il est souhaitable d’avoir<br />
un temps de saignement avant l’instauration du traitement<br />
pour prévoir la réponse à l’aspirine. Les implications cliniques<br />
ont été étudiées au niveau artériel périphérique ou cérébro-<br />
Suite page 64
CONSENSUS CARDIO pour le praticien - N° 19 • Mai 2006<br />
22 Congrès<br />
e Salon de Cardiologie Pratique & <strong>Consensus</strong><br />
vasculaire et ont montré une corrélation entre la résistance au<br />
traitement et la survenue d’événements cardiovasculaires.<br />
Cette corrélation est très vraisemblable au niveau coronaire,<br />
mais n’a pas été prouvée. Fait intéressant, on a montré<br />
dans le domaine neurologique qu’en augmentant les<br />
doses d’aspirine on peut rendre les patients répondeurs.<br />
Pour déterminer la réponse au traitement, plusieurs tests sont<br />
nécessaires, dont au moins un test d’agrégation optique et un<br />
test type PFA100 ; le patient est considéré comme non répondeur<br />
si un test est négatif, ce qui peut amener soit à remplacer<br />
l’aspirine par le clopidogrel, soit à opter pour une aspirine<br />
à libération prolongée, voire à augmenter les doses dans<br />
les limites de la tolérance. Des études sont en cours pour<br />
évaluer l’impact clinique de l’amélioration de la réponse au<br />
traitement.<br />
Les mécanismes impliqués dans la résistance au clopidogrel<br />
sont multiples: étant donné qu’il s’agit d’une prodrogue, des<br />
barrières peuvent se situer au niveau de l’absorption intestinale<br />
ou du métabolisme hépatique et s’ajoutent au polymorphisme<br />
des récepteurs, l’hyperactivité plaquettaire et enfin le<br />
fait que les tests utilisés peuvent être pris en défaut. On a<br />
montré que si aux doses usuelles il faut 5 jours pour atteindre<br />
le niveau d’agrégation plaquettaire, celui-ci est atteint en<br />
24 heures après une dose de charge de 300 mg, en 1 h après<br />
600 mg, améliorant ainsi la réponse au clopidogrel. La troisième<br />
génération d’antiagrégants, comme le prasugrel, permettrait<br />
d’arriver aussi rapidement au plateau d’agrégation<br />
avec une tolérance équivalente, ce qui demande encore à<br />
être vérifié. ■<br />
Dr Maia Gouffrant<br />
Atelier «Thrombose», coordinateur Dr François Philippe,<br />
d’après la communication du Dr Jean-Philippe Collet<br />
29 - 31 mars 2006<br />
64<br />
Les cas difficiles<br />
d’insuffisance cardiaque<br />
L’insuffisance rénale et la bradycardie compliquent<br />
le pronostic du sujet souffrant d’insuffisance cardiaque.<br />
Les patients souffrant à la fois d’insuffisance cardiaque et<br />
d’insuffisance rénale ont un risque de mortalité hospitalière particulièrement<br />
élevé.<br />
« Les paramètres pouvant permettre de stratifier ce risque sont<br />
l’existence d’un taux d’urée supérieur à 43 mg/dl, d’une pression<br />
artérielle systolique inférieure à 115 mmHg et d’un taux<br />
de créatininémie supérieur à 27 mg/l. Chez les patients<br />
répondant à ces trois critères, le taux de mortalité hospitalière<br />
est de 22 %, alors que ce pourcentage n’est que de 2 % chez<br />
les malades ayant une urémie et une pression artérielle systolique<br />
normales », a précisé le Dr Richard Isnard (Paris).<br />
Les malades atteints d’insuffisance rénale modérée et d’hypotension<br />
artérielle (PA inférieure à 90 mmHg) peuvent être traités<br />
par les inhibiteurs de l’enzyme de conversion (IEC). Concernant<br />
les diurétiques, les thiazidiques sont contre-indiqués en<br />
cas de filtration glomérulaire inférieure à 30 ml/min. La spironolactone<br />
est quant à elle préconisée dans les insuffisances cardiaques<br />
sévères (stades III et IV de la classification NYHA), si<br />
la kaliémie est inférieure à 5 mmol/l et la créatinine inférieure<br />
à 250 µmol/l. Les antagonistes des récepteurs de l’angiotensine<br />
(ARA 2) sont indiqués en alternative ou en association<br />
aux IEC.<br />
On dispose de peu de données sur la conduite à tenir en cas<br />
de bradycardie et d’insuffisance cardiaque. « L’insuffisance<br />
cardiaque sévère s’accompagne en général de tachycardie.<br />
Si une bradycardie est observée, elle est provoquée par l’existence<br />
d’un bloc sino-auriculaire, la mise en route d’un traitement<br />
par digitalique ou amiodarone ou l’âge avancé du<br />
patient », a expliqué le Dr Pierre Gibelin (Nice).<br />
Peu de recommandations existent sur la conduite à tenir en cas de<br />
bradycardie et d’insuffisance cardiaque (les études effectuées sur<br />
l’insuffisance cardiaque ayant exclu les patients bradycardes). Le<br />
traitement du patient associant IEC, diurétiques et digitaliques sera<br />
remplacé par les bêtabloquants sélectifs ou non en cas de bradycardie<br />
asymptomatique, surtout aggravée par l’exercice.<br />
La pose d’un pacemaker dépendra de l’aspect de l’onde QRS. Si<br />
l’onde QRS est fine et que le PR est normal, aucune aggravation<br />
de la bradycardie n’est à craindre. En revanche, si le PR est long,<br />
le risque de désynchronisation existe et la pose d’un pacemaker<br />
est indiquée. D’après les recommandations européennes, un pacemaker<br />
à triple chambre est mis en place si l’onde QRS est supérieure<br />
à 120 ms, en cas d’insuffisance cardiaque de classes III et<br />
IV résistant à un traitement optimal. ■<br />
Dr Gabrielle Bitan<br />
D’après la Journée Insuffisance cardiaque coordonnée<br />
par le Pr Alain Cohen-Solal (Paris)
22 e Salon de Cardiologie Pratique & <strong>Consensus</strong><br />
29 - 31 mars 2006<br />
Les femmes coronariennes moins bien traitées<br />
Les femmes coronariennes sont moins bien explorées et<br />
moins bien traitées que les hommes. Plus grave encore,<br />
lorsque le diagnostic de coronaropathie a été porté, les<br />
femmes ont deux fois plus de risque de mourir d’infarctus<br />
du myocarde que les hommes.<br />
En France, une femme sur trois meurt d’une maladie cardiovasculaire,<br />
une sur vingt-cinq d’un cancer du sein. Les maladies<br />
cardiovasculaires n’épargnent pas les femmes, elles les<br />
touchent en moyenne dix ans plus tard que les hommes, comme<br />
le montrent les chiffres de la NHANES de 2005 : avant 50-<br />
54 ans, la prévalence de la maladie cardiovasculaire est plus<br />
importante chez les hommes que chez les femmes, vraisemblablement<br />
à cause de l’effet protecteur des estrogènes avant<br />
la ménopause, dix ans plus tard, la tendance s’inverse et après<br />
65 ans les femmes sont plus souvent atteintes que les hommes.<br />
Cette évolution s’explique en partie par l’émergence de nouveaux<br />
facteurs de risque en particulier le tabac, mais aussi par<br />
une prise en charge nettement moins bonne.<br />
L’étude de Daly C. et al (1) publiée en 2006 met en évidence,<br />
à partir du Registre européen de l’angor stable (3 779 malades<br />
vus en consultation pour un angor stable), les différences de<br />
prise en charge entre les hommes et les femmes. Sur le plan thérapeutique,<br />
les antiagrégants, l’aspirine, les hypolipémiants,<br />
en particulier les statines, les bêtabloquants sont moins prescrits<br />
chez les femmes.<br />
Pour les investigations, la tendance est la même, les femmes<br />
bénéficient moins souvent d’une épreuve d’effort et d’une coronarographie,<br />
et si l’épreuve d’effort est positive, elles ont moins<br />
de coronarographie et les procédures de revascularisation sont<br />
moins fréquentes que chez les hommes.<br />
La deuxième étude qui vient d’être publiée dans le JAMA (2) a<br />
été menée à partir d’un registre finlandais regroupant tous les<br />
malades vus en consultation pour une première manifestation<br />
d’angor. Là encore, les hommes avaient plus souvent bénéficié<br />
d’un test d’effort pour confirmer le diagnostic d’angor que les<br />
femmes et le pronostic de cet angor, évalué sur la survenue<br />
d’événements cardiovasculaires, était plus sévère chez les<br />
femmes dans la tranche d’âge 44-64 ans.<br />
Enfin, selon les données récentes du registre USIC (registre des<br />
malades hospitalisés pour un infarctus dans les unités de soins<br />
intensifs), outre une sous-prescription d’antiagrégants, de bêtabloquants<br />
et de statines, les angioplasties et les thrombolyses<br />
sont moins fréquentes chez les femmes que chez les hommes.<br />
Conséquences : le taux de mortalité est plus élevé chez la femme<br />
quelle que soit la tranche d’âge, et chez la femme jeune, le<br />
risque de mourir au cours de l’hospitalisation pour infarctus du<br />
myocarde est deux fois plus élevé que chez l’homme.<br />
En revanche, dans l’année qui suit il n’y a pas de différence<br />
entre les hommes et les femmes en termes de survie. ■<br />
Dr M. F.<br />
Ateliers Coronaires, coordonné par le Pr Nicolas Danchin (HEGP, Paris)<br />
1. Daly C. et al. Gender differences in the management and clinical outcome of stable<br />
angina. Circulation, 2006; 113 (4) : 490-8.<br />
2. Hemingway H et al. Incidence and prognostic implications of stable angina pectoris<br />
among women and men. JAMA, 2006; 295 : 1404-11.<br />
La priorité dans le traitement<br />
de l’hypertension artérielle :<br />
faire baisser la pression artérielle systolique<br />
L’hypertension artérielle est un facteur de risque cardiovasculaire<br />
majeur : il existe une relation linéaire entre la pression<br />
artérielle systolique et le risque d’accident vasculaire<br />
cérébral un peu plus marquée que celle qui relie la pression<br />
artérielle systolique aux maladies coronaires.<br />
« Il existe une relation directe et progressive entre l’augmentation<br />
de la pression artérielle et le risque cardiovasculaire<br />
et, ce qui est important, sans seuil identifiable ; chaque<br />
augmentation de la pression artérielle majore le risque d’AVC<br />
et d’événements coronaires », a souligné le Pr Michel Beaufils<br />
(hôpital Tenon, Paris).<br />
La relation entre l’élévation de la pression artérielle et le risque<br />
cardiovasculaire est marquée par le fait que la pression artérielle<br />
systolique (PAS) augmente avec l’âge alors que la pression<br />
artérielle diastolique (PAD) atteint un maximum vers l’âge<br />
de 60 ans chez l’homme et de 70 ans chez la femme pour<br />
ensuite s’abaisser progressivement.<br />
L’étude du risque par tranches d’âge et en fonction de la PAS<br />
met en évidence une augmentation importante du risque de<br />
maladies coronaires dans les tranches d’âge les plus élevées.<br />
C’est particulièrement la PAS qui est en jeu : le risque d’accident<br />
vasculaire cérébral comme celui d’événements coronaires<br />
cardiovasculaires augmentent avec la PAS, en revanche, l’augmentation<br />
est beaucoup moins prononcée et non statistique-<br />
65 CONSENSUS CARDIO pour le praticien - N° 19 • Mai 2006
CONSENSUS CARDIO pour le praticien - N° 19 • Mai 2006<br />
22 Congrès<br />
e Salon de Cardiologie Pratique & <strong>Consensus</strong><br />
ment significative pour la PAD comme le montre une étude de<br />
Benetos publiée en 2002 (1) . D’autre part, différents travaux ont<br />
montré qu’une valeur élevée de pression pulsée, paramètre<br />
dépendant de l’éjection ventriculaire, de la chronologie de<br />
l’onde du pouls et de la rigidité artérielle, est un meilleur facteur<br />
prédictif d’événements cardiovasculaires que la PAS ou la<br />
PAD prise isolément. Ainsi, une valeur de pression pulsée supérieure<br />
à 65 mmHg chez un sujet de plus de 55 ans dont la PAS<br />
est supérieure à 140 mmHg est un critère qui permet d’identifier<br />
un risque cardiovasculaire particulièrement élevé.<br />
Les bénéfices que l’on peut attendre<br />
de la baisse de la PAS<br />
Les grandes études SHEP (Systolic Hypertension in Elderly Program),<br />
SYST-Eur (Systolic Hypertension–Europe), SYST-China<br />
Il est parfois utile de privilégier l’angioplastie<br />
chez les plus de 80 ans après un infarctus du myocarde<br />
« Aucune étude prospective et contrôlée n’est disponible sur<br />
l’infarctus des patients dits âgés, c’est-à-dire ceux de plus de<br />
75 ans, voire 80 ans », a précisé le Pr Nicolas Danchin (Paris).<br />
Seuls les registres et observatoires permettent d’avoir des informations<br />
sur cette pathologie. USIC 2000, qui a comparé les<br />
infarctus des sujets âgés à ceux observés chez les plus jeunes,<br />
a montré que les infarctus des sujets les plus âgés touchaient<br />
plus de femmes (42 % versus 15 %), que les infarctus sans susdécalage<br />
du segment ST étaient plus fréquents (10 % versus<br />
3 %), ainsi que les blocs de branche gauche (10 % versus 3 %).<br />
Les données concernant la mise en place du traitement de reperfusion<br />
sont alarmantes, 63 % des plus de 80 ans n’en ont pas,<br />
alors que ce pourcentage n’est que de 14 % chez les moins de<br />
80 ans. Si la thrombolyse est associée à un risque de mortalité<br />
précoce de 11 % à 30 jours, l’angioplastie entraîne une diminution<br />
de ce risque de 15 % ; elle doit donc être privilégiée chez<br />
les plus âgés. Toutefois, le taux de mortalité à un an montre que<br />
thrombolyse et angioplastie ont un bénéfice comparable.<br />
Quant à la prévention secondaire, elle est largement insuffisante<br />
: les antiagrégants sont prescrits dans 78 % des cas, les<br />
bêtabloquants dans 43 %, les statines dans 26 %. Seul le pourcentage<br />
de prescriptions d’IEC, qui est de 41%, est similaire à<br />
celui retrouvé chez les patients les plus jeunes. Quant à la trithérapie,<br />
16 % des plus de 80 ans en bénéficient, alors que ce<br />
pourcentage chute à 10 % pour la quadrithérapie.<br />
Nouvelles recommandations<br />
sur l’HTA du sujet très âgé<br />
Une étude effectuée en 2003 sur 1 200 sujets hypertendus âgés<br />
de 84 ans a montré que le traitement par diurétique ou par IEC<br />
29 - 31 mars 2006<br />
Syndrome coronaire aigu et HTA du sujet très âgé<br />
66<br />
(Systolic Hypertension in China) mettent en évidence chez les<br />
patients traités par bêtabloquant, IEC ou inhibiteur calcique<br />
une réduction significative de la PAS avec peu de modification<br />
de la PAD et une diminution très nette du risque relatif d’AVC<br />
et d’événements cardiovasculaires.<br />
Ces résultats sont corroborés par ceux de la méta-analyse de<br />
Staessen (2) qui montrent que la PAS est un meilleur facteur prédictif<br />
d’événements cardiovasculaires (mortels ou non). ■<br />
Dr Micheline Fourcade<br />
D’après l’Atelier HTA, « Les priorités dans le traitement de l’HTA »,<br />
présidé par le Pr Xavier Girerd (Paris)<br />
1. Benetos A. et al. Arch Int Med, 2002 ; 11 : 162-5.<br />
2. Staessen JA et al. Lancet, 2000 ; 355 : 856-72.<br />
diminuait de 50 % le nombre d’accidents vasculaires cérébraux.<br />
« De nouvelles recommandations diffusées par l’HAS en 2005<br />
insistent donc sur la nécessité d’instaurer un traitement chez<br />
les patients de plus de 80 ans hypertendus », a poursuivi le<br />
Dr Olivier Hanon (hôpital Broca, Paris). Les recommandations<br />
de l’HAS préconisent le recours à la MAPA ou à l’automesure<br />
(moyenne de 9 mesures effectuées sur 3 jours consécutifs), avant<br />
de débuter tout traitement, avec pour objectif l’obtention d’une<br />
pression artérielle inférieure à 150 mmHg chez les plus de<br />
80 ans. Une monothérapie sera administrée pendant<br />
4 semaines. Elle privilégiera d’abord les thiazidiques et les inhibiteurs<br />
calciques, médicaments « du panier 2 » avant le passage<br />
à la bithérapie si la réponse tensionnelle obtenue est insuffisante.<br />
C’est alors un médicament du « panier 1 »,<br />
bêtabloquant, ARA 2 ou IEC, qui sera ajouté. Si au bout de<br />
4 semaines supplémentaires, le contrôle tensionnel n’est toujours<br />
pas obtenu, le passage à la trithérapie sera décidé. La<br />
meilleure trithérapie comprend un médicament du « panier 1 »,<br />
deux du « panier 2 » et au moins un thiazidique. ■<br />
Dr Gabrielle Bitan<br />
D’après l’Atelier Cardiogériatrie<br />
« Syndrome coronaire aigu chez le sujet très âgé »
22 Congrès<br />
e Salon de Cardiologie Pratique & <strong>Consensus</strong><br />
Le certificat<br />
de non-contre-indication<br />
à la pratique du sport<br />
Cet acte médial à part entière engage la responsabilité<br />
du médecin signataire. Une révision de la loi de 1999<br />
devrait modifier les contraintes vis-à-vis des fédérations.<br />
La loi du 23 mars 1999 relative à la santé du sportif, dont le<br />
décret d’application est paru en 2002, stipule que la première<br />
délivrance d’une licence sportive pour la pratique d’un sport<br />
en compétition est subordonnée à la remise d’un certificat<br />
médical attestant l’absence de contre-indication à la pratique<br />
d’une activité sportive quelle que soit la discipline.<br />
Ce certificat peut être établi par n’importe quel médecin sauf<br />
pour certains sports dits à risque (les sports de combat, la<br />
boxe, l’alpinisme, les sports utilisant les armes à feu, les sports<br />
mécaniques, la plongée sous-marine, le parachutisme…) qui<br />
demandent des examens approfondis. Dans ces cas particuliers,<br />
les certificats sont délivrés par des médecins du sport,<br />
voire par des médecins du sport agréés spécifiquement par<br />
la fédération concernée comme le confirme la législation en<br />
vigueur.<br />
Pour les sportifs inscrits dans les filières d’accès au sport de haut<br />
niveau, un décret d’application paru en février 2004 fixe la nature<br />
et la périodicité des examens médicaux : examen clinique, bandelette<br />
urinaire, électrocardiogramme (ECG) de repos, échocardiographie<br />
transthoracique de repos, test d’effort maximal<br />
avec évaluation de la VO 2 max, examen dentaire.<br />
Pour le suivi, l’examen clinique, avec bilan diététique, psychologique,<br />
mesures biométriques, examen dentaire, bandelette<br />
urinaire, sera répété deux fois par an, l’ECG et l’échocardiographie<br />
de repos devront être renouvelés une fois entre<br />
18 et 20 ans si ces examens ont été effectués avant l’âge de<br />
15 ans, l’épreuve d’effort sera refaite tous les quatre ans.<br />
Les contre-indications absolues et permanentes sont relativement<br />
rares sauf pour les sports à haut risque :<br />
- Sports utilisant les armes à feu : l’alcoolisme, l’épilepsie,<br />
des antécédents psychiatriques.<br />
- Sport automobile : une vision < 9/10 avant ou après correction,<br />
l’épilepsie, l’hypertension artérielle.<br />
- Sports de combat (boxe) : l’amblyopie, des antécédents<br />
neurologiques.<br />
- Parachutisme : BAV, Wolff-Parkinson-White, CMH…<br />
- Plongée sous-marine : troubles du rythme paroxystique<br />
même bénins, CMH, toute pathologie avec risque de syncope,<br />
pneumothorax<br />
Une révision de la loi en préparation<br />
« Trois modifications de la loi de mars 1999 sont attendues,<br />
a précisé le Dr Richard Amoretti (CHU Pitié-Salpêtrière Paris),<br />
elles portent sur l’obligation d’un certificat médical de<br />
CONSENSUS CARDIO pour le praticien - N° 19 • Mai 2006<br />
29 - 31 mars 2006<br />
68<br />
non-contre-indication à la pratique sportive hors compétition,<br />
la fréquence du renouvellement des licences par les fédérations<br />
et l’établissement d’un certificat médical de contreindication<br />
qui devra être envoyé à la fédération concernée. »<br />
La rédaction d’un certificat médical de non-contre-indication à<br />
la pratique sportive n’est en aucun cas un acte anodin, c’est un<br />
acte médical à part entière qui engage la responsabilité du<br />
médecin.<br />
Le document, établi sur papier à en-tête du médecin ou parfois<br />
du club sportif, daté et signé doit être remis en main<br />
propre.<br />
La consultation pour la délivrance d’un certificat médical<br />
de non-contre-indication à la pratique sportive n’est en principe<br />
pas prise en charge par la Sécurité sociale. ■<br />
Dr M. F.<br />
D’après l’Atelier «Cardiologie et Sport»<br />
Perfusion myocardique et<br />
hypertension artérielle<br />
L’amélioration du pronostic coronaire de l’hypertendu passe<br />
par un meilleur contrôle de la pression artérielle systolique,<br />
tout en tenant compte de la perfusion tissulaire myocardique.<br />
« La stratégie thérapeutique gagnante chez un patient observant<br />
est une plurithérapie bien tolérée abaissant au mieux les<br />
pressions artérielles centrales, essentiellement systolique et<br />
pulsée », a expliqué le Dr Jean-Jacques Mourad, hôpital Avicenne<br />
(Bobigny). En effet, ce sont ces pressions qui sont les<br />
plus prédictives des événements cardiovasculaires. Aujourd’hui,<br />
il est toujours difficile d’atteindre l’objectif d’une PAS à<br />
140 mmHg. C’est la raison pour laquelle la Société européenne<br />
de cardiologie a recommandé en 2003 de choisir en<br />
première intention d’emblée entre une monothérapie et une<br />
bithérapie à faible dose. Une étude (STRATHE, 2004) a comparé<br />
des stratégies antihypertensives pendant 6 à 9 mois avec<br />
des molécules leaders de leurs classes thérapeutiques: association<br />
fixe d’emblée, stratégie séquentielle ; stratégie pas à<br />
pas. Les résultats ont montré un taux de normalisation (PA =<br />
140/90 mmHg) plus élevé (62 %) avec la stratégie par plurithérapie<br />
fixe d’emblée versus les stratégies conventionnelles<br />
(< 50 %). En outre, la réduction de la PAS obtenue avec la<br />
stratégie par plurithérapie fixe d’emblée a été supérieure à<br />
celle obtenue avec les stratégies conventionnelles. L’étude<br />
ASCOT CAFE (2005) a confirmé que la PA systolique et la<br />
pression pulsée demeurent les plus gros contributeurs du risque<br />
cardiovasculaire, mais que la valeur de la PAS centrale a son<br />
importance.
22 e Salon de Cardiologie Pratique & <strong>Consensus</strong><br />
29 - 31 mars 2006<br />
La phase établie de l’HTA essentielle se caractérise par une élévation<br />
des résistances périphériques. Or, 99 % des résistances<br />
sont localisées dans la microcirculation, site unique de perfusion<br />
tissulaire. La raréfaction artériolo-capillaire et les altérations<br />
microvasculaires, qui touchent la plupart des organes<br />
cibles, contribuent à augmenter les résistances périphériques<br />
et à altérer la perfusion tissulaire du myocarde. Le PETscan et<br />
L’activité physique et sportive du senior<br />
Elle est possible chez toute personne en bonne condition<br />
physique, après avoir effectué un bilan cardiovasculaire et<br />
articulaire. Il est recommandé de s’échauffer régulièrement<br />
et de ne pas faire d’efforts intenses.<br />
Les seniors en 2006 représentent 20 % de la population française,<br />
soit 12 millions de personnes. En 2020, ils seront 27 %<br />
et en 2030, 35 %. « Or 90 % d’entre eux peuvent avoir une<br />
activité physique et, par conséquent, un vieillissement de<br />
meilleure qualité », a expliqué le Dr Alain Ducardonnet. Différents<br />
types de sportifs sont amenés à consulter un cardiologue:<br />
celui qui n’a jamais arrêté le sport ; celui qui veut se<br />
remettre au sport après une interruption plus ou moins longue,<br />
qui est potentiellement le plus en danger, car on a du mal à le<br />
limiter, et enfin, celui qui n’en a jamais fait et qui suit les conseils<br />
qu’on lui donne. Le sujet âgé, selon la définition de l’OMS, a<br />
plus de 75 ans. Néanmoins, ce qui compte, c’est l’âge physiologique<br />
du patient. Trois paramètres permettent de situer<br />
la personne : les capacités qu’il avait à l’âge de 20 ans, les<br />
comorbidités qui ont pu survenir au cours de sa vie et son<br />
degré de sédentarisation. Un bilan préalable permet d’évaluer<br />
son état cardiovasculaire, son état articulaire, sa condition<br />
physique générale et les interférences avec les médicaments.<br />
Outre l’examen clinique, l’ECG, l’échocardiographie,<br />
l’épreuve d’effort est un élément important. Elle permet d’obtenir<br />
des éléments cardiologiques et de performance. 80 %<br />
des patients de plus de 80 ans remplissent les objectifs demandés<br />
: l’âge ne doit donc pas être un frein à la réalisation de<br />
cet examen !<br />
l’échocardiographie sont suffisamment sensibles pour évaluer<br />
la fonction microcirculatoire myocardique et mesurer la réserve<br />
coronaire (RC). C’est le rapport du débit coronaire maximum<br />
sur le débit coronaire de base. Un sujet normotendu a une<br />
RC > 4 et un sujet jeune hypertendu asymptomatique a une RC<br />
diminuée de 50 %. Une étude (Akinboboye O et al, 2002) a<br />
montré que le contrôle tensionnel était identique après un an<br />
chez des hypertendus traités par IEC ou ARA 2. En revanche,<br />
la réserve coronaire était augmentée par l’IEC et non pas par<br />
l’ARA 2. L’augmentation de la PAS, paramètre tensionnel le<br />
plus prédictif d’un événement coronaire, est corrélée à l’altération<br />
de la perfusion myocardique. Donc, il faut rompre le<br />
cercle vicieux : HTA-raréfaction artériolocapillaire-altérations<br />
de la perfusion tissulaire, en normalisant la PA et en prêtant<br />
attention à la perfusion tissulaire. ■<br />
Les contre-indications temporaires sont les pathologies instables<br />
et les épisodes infectieux. Il faut rappeler que faire un exercice<br />
physique est dangereux en soi ; mais il le sera d’autant moins<br />
que l’entraînement est régulier.<br />
Quatre niveaux d’exercices<br />
Dr Mathilde Ferry<br />
Déjeuner-débat sur le thème « Controverse : perfusion myocardique et<br />
HTA : la face cachée de l’iceberg » modéré par le Dr Serge Kownator<br />
(Thionville), avec le soutien des laboratoires Ardix/Therval Médical<br />
Il convient d’apprendre à composer avec quatre niveaux, afin<br />
d’installer un nouveau rythme de vie: l’endurance (3 à 7 séances<br />
de 30 à 45 min par semaine) en sachant qu’il faut « flirter avec<br />
l’essoufflement » ; la souplesse en pratiquant la gymnastique<br />
et des étirements doux (stretching); la force musculaire en n’oubliant<br />
pas de respirer et l’équilibre, en faisant un travail de<br />
schéma corporel progressif. Dans cette classe d’âge où la performance<br />
n’est pas prioritaire, il faut rappeler que travailler à<br />
50 % de ses possibilités, c’est aussi bien que de travailler à<br />
80 % !<br />
Les effets bénéfiques ont été démontrés sur les maladies cardiovasculaires,<br />
le diabète de type 2, la prévention du cancer<br />
(sein et côlon), l’ostéoporose et les fractures, l’arthrose, la dépression…<br />
et tout récemment, la démence (retard à l’installation)<br />
et les défenses immunitaires.<br />
Les objectifs sont : l’augmentation de l’espérance de vie (de 65<br />
à 75 ans), le maintien de la capacité fonctionnelle (de 75 à<br />
85 ans) ; enfin, la préservation de l’autonomie et l’amélioration<br />
de la qualité de vie (au-delà de 85 ans). ■<br />
Dr Mathilde Ferry<br />
Atelier «Cardiologie et Sport», coordonné par le Dr Alain Ducardonnet (Paris)<br />
69 CONSENSUS CARDIO pour le praticien - N° 19 • Mai 2006
Actualités du médicament<br />
Pravadual : première association fixe de pravastatine<br />
et d’aspirine en prévention secondaire<br />
L’association aspirine-pravastatine de Pravadual est<br />
le premier traitement préventif combiné du patient<br />
coronarien. Son bénéfice additif a été testé au cours<br />
d’une méta-analyse regroupant les grands essais réalisés<br />
avec la pravastatine. Celle-ci a validé le fait que<br />
l’association aspirine-pravastatine entraîne une baisse<br />
supérieure du risque relatif de survenue d’événements<br />
cardiovasculaires, comparativement à l’administration<br />
de pravastatine seule ou d’aspirine seule.<br />
Le développement de la première association fixe Pravadual<br />
par Bristol-Myers Squibb, combinant pravastatine et acide acétylsalicylique,<br />
les deux pivots du traitement des patients coronariens,<br />
a été le fruit d’une longue réflexion.<br />
« Nous avons aujourd’hui la démonstration physiopathologique<br />
que l’ordonnance du coronarien centrée autour de<br />
l’acronyme BASIC sauve des vies », a expliqué en préambule<br />
le Pr Jacques Puel (Toulouse).<br />
Rappel. L’aspirine a été le premier pivot de l’athérostabilisation<br />
pharmacologique en diminuant la morbi-mortalité de<br />
23 à 24 %. Les IEC ont fait la démonstration à travers plusieurs<br />
études, dont EUROPA et HOPE, qu’ils étaient efficaces chez les<br />
coronariens à haut risque. Les bêtabloquants ont fait la preuve<br />
de leur efficacité en réduisant la mortalité de 20 % chez les<br />
coronariens, bien que ces données soient issues d’études relativement<br />
anciennes réalisées à l’époque chez des patients ne<br />
recevant pas de statine ou non revascularisés. « C’est maintenant<br />
le triomphe des statines, a insisté Jacques Puel, passées<br />
depuis 10 ans du domaine préventif au domaine curatif pour<br />
assurer la stabilisation de la plaque. La première à avoir<br />
apporté cette démonstration a été la pravastatine. »<br />
40 mg de pravastatine et 81 mg<br />
d’aspirine<br />
Pravadual est la première association fixe de pravastatine et<br />
d’aspirine qui se présente sous la forme d’un seul dosage, associant<br />
40 mg de statine et 81 mg d’aspirine, soit une dose comprise<br />
entre 75 et 100 mg correspondant aux recommandations.<br />
Chacun des deux composants a donné les preuves de son efficacité<br />
en prévention secondaire : la pravastatine réduit la morbidité<br />
cardiovasculaire (études LIPIDS et CARE) après IDM et<br />
CONSENSUS CARDIO pour le praticien - N° 19 • Mai 2006<br />
70<br />
dans l’angor instable avec un taux de cholestérol normal ou<br />
élevé, et l’aspirine (ISIS 2 et méta-analyse) diminue la morbimortalité<br />
chez les patients ayant des antécédents d’IDM,<br />
d’angor instable, d’angioplastie, d’accidents ischémiques transitoires<br />
et d’accidents vasculaires cérébraux. La combinaison<br />
des deux principes actifs n’entraîne pas d’interaction pharmacocinétique.<br />
Le bénéfice additif de ces deux traitements a été validé au cours<br />
d’une méta-analyse (une étude randomisée et prospective n’étant<br />
pas éthique) associant cinq grands essais cliniques de prévention<br />
secondaire – LIPID, CARE, REGRESS, PLAC I et PLAC II –<br />
regroupant plus de 15 000 patients. Celle-ci observe une réduction<br />
du risque d’événements graves (infarctus mortels et non<br />
mortels) de 31 % en faveur de l’association pravastatine-aspirine<br />
par rapport à l’aspirine administrée seule et de 26 %, par<br />
rapport à la pravastatine administrée seule. Des résultats semblables<br />
sont retrouvés sur l’incidence des accidents vasculaires<br />
ischémiques (réductions respectives de risque de 29 et de 31 %)<br />
et sur les critères combinés (mortalité coronaire, décès, accidents<br />
ischémiques, le recours aux gestes de revascularisation…).<br />
L’association aspirine-pravastatine est plus efficace que la prise<br />
individuelle de chacun des deux médicaments (réduction du<br />
risque relatif de 24 %-34 % par rapport à l’aspirine seule, 13 %-<br />
31 % par rapport à la pravastatine seule).<br />
Ce traitement préventif combiné qui s’adresse aux patients<br />
ayant un antécédent d’IDM ou d’angor instable devrait être<br />
disponible prochainement. ■<br />
Dr Anne Teyssédou-Mairé<br />
D’après une conférence de presse des laboratoires Bristol-Myers Squibb
Une chaire internationale sur le syndrome et le risque<br />
métaboliques, dirigée par le Pr Jean-Pierre Després,<br />
se met en place à Laval (Québec). Elle devrait permettre<br />
d’améliorer la recherche sur le syndrome métabolique<br />
comme facteur de risque cardiovasculaire. Un lien qui<br />
vient d’être souligné une fois de plus par les résultats<br />
de l’étude IDEA.<br />
Lors de la 55 e Session de l’American College of Cardiology qui<br />
s’est tenue en mars dernier à Atlanta (États-Unis), l’université de<br />
Laval a annoncé la création de la première Chaire internationale<br />
sur le risque métabolique. Son objectif est de stimuler et de<br />
promouvoir la recherche afin de prévenir et de prendre en charge<br />
de façon optimale le syndrome métabolique. Cette chaire internationale<br />
est placée sous la direction du Pr Jean-Pierre Després<br />
(université de Laval) et d’un collège d’experts représentés par<br />
d’éminents spécialistes, les Prs Bryan Bewer (Lipoprotein and<br />
Atherosclérosis Research, Washington), Peter Libby (Cardiovascular<br />
Medicine, Harvard Medical School), Philip Barter (The<br />
Heart Research Institute, Sydney) et Jean-Claude Coubard (Laval).<br />
« Notre mission, a déclaré Jean-Pierre Després, est d’éclairer<br />
le syndrome métabolique, d’intégrer toutes les recherches disparates<br />
sur ce sujet et de mieux définir les facteurs de risque. »<br />
Le tour de taille plus prédictif que l’IMC<br />
Le risque cardiométabolique est fonction de la présence de<br />
facteurs de risque comme l’hypercholestérolémie, l’hypertension<br />
artérielle, le diabète de type 2 fréquemment observés<br />
chez les patients qui présentent une obésité abdominale et plus<br />
Actualités du médicament<br />
Première chaire internationale sur le risque métabolique<br />
Une nouvelle indication pour Hyzaar<br />
La gamme Cozaar innove par l’intermédiaire d’une nouvelle indication<br />
octroyée à Hyzaar, association fixe de losartan 50 mg et<br />
d’hydrochlorothiazide 12,5 mg. Hyzaar est maintenant indiqué en<br />
« traitement initial de l’hypertension sévère ». Cette indication repose<br />
sur une étude qui a permis d’obtenir une diminution rapide et importante<br />
de la PA, notamment de la PA systolique de -17 mmHg dès la<br />
2 e semaine et de -25,1 mmHg à la 6 e semaine. Hyzaar est également<br />
indiqué dans le traitement de l’hypertension artérielle essentielle, lorsqu’une<br />
monothérapie avec un antagoniste des récepteurs de<br />
l’angiotensine Il (AMI) est insuffisante.<br />
Ainsi, Hyzaar est la première et la seule association fixe d’antagoniste<br />
de l’angiotensine 2 et de diurétique à être indiquée en traitement<br />
de première intention dans I’HTA sévère. Les recommandations fran-<br />
73<br />
particulièrement une adiposité intra-abdominale excessive,<br />
comme l’a démontré la récente étude IDEA. L’étude a non seulement<br />
mesuré la prévalence de l’obésité abdominale, mais a<br />
aussi précisé le rapport qui existe entre la présence d’une maladie<br />
cardiovasculaire, le tour de taille et l’IMC. Une analyse des<br />
résultats révèle que chez les hommes comme chez les femmes,<br />
le tour de taille et l’IMC sont tous deux indépendamment associés<br />
à la présence d’une maladie cardiovasculaire. D’autre<br />
part, les résultats de l’étude IDEA apportent la preuve que le<br />
tour de taille est lui-même associé aux maladies cardiovasculaires,<br />
indépendamment de l’effet de l’IMC et du vieillissement.<br />
« C’est la première fois qu’une étude de cette envergure est<br />
menée à l’échelle internationale auprès de patients venus<br />
consulter leur généraliste », souligne Jean-Pierre Després,<br />
membre du comité exécutif de l’étude IDEA. « Ces chiffres montrent<br />
que les patients ne perçoivent pas la mesure du tour de<br />
taille comme un geste intrusif. L’importance et l’intérêt clinique<br />
de ces résultats donneront lieu au lancement d’autres études<br />
qui nous aideront à identifier les patients les plus à risque et<br />
nous permettront d’évaluer l’impact des nouveaux traitements<br />
sur le risque cardiométabolique global qui pèse sur eux »,<br />
indique Jean-Pierre Després. L’étude IDEA, supportée par sanofi<br />
aventis, est le premier volet d’un vaste programme épidémiologique.<br />
Elle sera suivie de deux autres études : une étude internationale<br />
sur la prédiction de l’adiposité intra-abdominale et son<br />
rapport avec le risque cardiométabolique et l’adiposité intraabdominale<br />
(INSPIRE ME) et l’étude INSPIRE ME Adiposité<br />
intra-abdominale (INSPIRE ME/IAA). ■<br />
Dr Anne Teyssédou-Mairé<br />
D’après une conférence de presse de sanofi aventis<br />
çaises de l’HAS soulignent que le bénéfice d’un traitement antihypertenseur<br />
est corrélé à la baisse de la PA. Il est recommandé de<br />
débuter par une monothérapie. Une association fixe d’antihypertenseurs<br />
à doses faibles, ayant l’AMM en première intention pour l’indication<br />
HTA, peut également être proposée. Une bithérapie sera instaurée<br />
dans un délai court dans les cas suivants :<br />
- chez les patients ayant une PA > 180-110 mmHg quel que soit le<br />
nombre de facteurs de risque cardiovasculaire associés ;<br />
- chez les patients ayant une PA de 140-179/90-109 mmHg et à<br />
risque cardiovasculaire élevé. ■<br />
D’après un communiqué des laboratoires MSD<br />
CONSENSUS CARDIO pour le praticien - N°19 • Mai 2006
Actualités du médicament<br />
Les complications hémorragiques en angioplastie<br />
La thrombose coronaire aiguë est l’un des risques majeurs<br />
de l’angioplastie coronaire transluminale percutanée<br />
(ACTP). La prescription d’un anticoagulant, héparine non<br />
fractionnée (HNF) ou héparine de bas poids moléculaire<br />
(HBPM), et d’un antiagrégant plaquettaire permet de lutter<br />
contre ce risque. Cependant, l’hémorragie reste la<br />
complication la plus fréquente des ACTP : entre 2,2<br />
et 14 %.<br />
Une analyse rétrospective de Kinnaird et al (1) sur 10 974 patients suivis<br />
entre 1990 et 2000 aux États-Unis a mis en évidence 5 %<br />
d’hémorragies majeures. Une surmortalité significative y était associée,<br />
aussi bien intra- qu’extrahospitalière. Moscucci et al (2) ont analysé<br />
les résultats du registre GRACE portant sur 24 000 patients. 3,9 %<br />
d’entre eux ont développé une hémorragie majeure, nécessitant une<br />
transfusion et 18,6 % de décès sont survenus chez ces patients. Enfin,<br />
Rao et al (3) ont analysé les résultats d’une méta-analyse portant sur<br />
24 000 patients et ont montré l’impact des transfusions sur la mortalité<br />
hospitalière et extrahospitalière. Près de 10 % des patients ont été<br />
transfusés, et parmi eux, la mortalité au 30 e jour a été multipliée par 3<br />
(8 % versus 3 %). Ainsi, le risque hémorragique à 30 jours constitue<br />
un facteur de morbi-mortalité intra- et extrahospitalière.<br />
La voie radiale, les systèmes de fermeture percutanée, ou des doses<br />
réduites d’HNF (30-50 UI au lieu de 100 UI) peuvent limiter ces complications<br />
hémorragiques. Cependant, ces solutions n’étant pas toujours<br />
efficaces, l’alternative est le recours aux inhibiteurs directs de la<br />
thrombine. Ces molécules ont une action antiagrégante plaquettaire<br />
et une action anticoagulante à la fois sur la thrombine dans le<br />
caillot et sur la thrombine libre. L’association anticoagulant-antiagré-<br />
Une équipe française, coordonnée par le Pr Denis Duboc, le<br />
Dr Christophe Meune (hôpital Cochin, Paris, université René-<br />
Descartes-Paris-V) et le Dr Henri-Marc Bécane (Institut de myologie,<br />
Association française contre les myopathies [AFM], Paris),<br />
vient de montrer qu’un traitement par périndopril pourrait<br />
réduire la mortalité d’enfants atteints de myopathie de<br />
Duchenne. Ces travaux, présentés pour la première fois à<br />
Atlanta au Congrès de l’ACC, montrent, après dix années de<br />
suivi, que la prévention de l’atteinte cardiaque liée à la myopathie<br />
de Duchenne pourrait réduire la mortalité de ces enfants<br />
(7 % versus 35 % dans le groupe placebo).<br />
La myopathie de Duchenne est une atteinte génétique liée au<br />
chromosome X responsable de multiples atteintes musculaires<br />
périphériques, respiratoire et cardiaque, entraînant le<br />
décès dans 40 % des cas.<br />
L’étude a impliqué 57 enfants âgés de 9 ans et demi à 13 ans<br />
et a duré dix ans au total, dont trois ans en double aveugle<br />
contre placebo. Un premier groupe de 28 enfants a reçu le trai-<br />
CONSENSUS CARDIO pour le praticien - N°19 • Mai 2006<br />
74<br />
gant plaquettaire (HNF + anti-GPIIb/IIIa) a été comparée au traitement<br />
unique par bivalirudine dans l’étude REPLACE-2 (4) . Portant sur<br />
6 010 patients bénéficiant d’une angioplastie urgente ou planifiée,<br />
les résultats ont montré une diminution des saignements majeurs de<br />
plus de 40 % chez les patients traités par la bivalirudine (2,4 % versus<br />
4,1%, p < 0,001) alors que l’efficacité s’est révélée comparable<br />
(non inférieure) vis-à-vis des événements ischémiques dans les deux<br />
groupes. Ainsi, la bivalirudine réduit les complications hémorragiques<br />
et ischémiques. On pourrait donc envisager préférentiellement son utilisation<br />
chez des patients à haut risque hémorragique : patients âgés<br />
de plus de 75 ans, femmes, diabétiques, insuffisants rénaux. ■<br />
D’après la communication du Pr Franck Paganelli, service de cardiologie,<br />
CHU Nord, Marseille lors d’un symposium Nycomed<br />
Pour en savoir plus :<br />
1. Kinnaird TD. et al. Incidence, predictors and prognostic implications of bleeding and<br />
blood transfusion following percutaneous coronary intervention. Am J Cardiol 2003; 92:<br />
930-5.<br />
2. Moscucci M. et al.Predictors of major bleeding in acute coronary syndromes : GRACE<br />
registery. Eur Heart J 2003; 24: 1815-23.<br />
3. Rao SV. et al. Relationship of blood transfusion and clinical outcomes in patients with<br />
acute coronary syndromes. JAMA 2004; 292: 1555-62.<br />
4. Lincoff AM, Kleiman NS, Kereiakes DJ et al. Long-term efficacy of bivalirudin and provisional<br />
glycoprotein IIb/IIIa blockade vs heparin and planned glycoprotein IIb/IIIa blockade<br />
during percutaneous coronary revascularization: REPLACE-2 randomized trial. JAMA<br />
2004; 292: 696-703.<br />
5. Silber S, Albertsson P, Aviles FF, et al. Guidelines for percutaneous coronary interventions.<br />
The Task Force for Percutaneous Coronary Interventions of the European Society<br />
of Cardiology. Eur Heart J.2005; 26(8) : 804-47.<br />
Le périndopril pourrait diminuer la mortalité<br />
de la myopathie de Duchenne<br />
tement périndopril 2-4 mg/j et un second groupe de 29 enfants<br />
a reçu un placebo. Une première analyse de l’étude avait déjà<br />
permis de mettre en évidence que le périndopril ralentissait la<br />
survenue d’une dysfonction ventriculaire chez ces enfants. L’extension<br />
à dix ans de l’étude vient maintenant de démontrer que<br />
la mortalité pourrait être divisée par 5 dans le groupe traité<br />
par périndopril (10 décès dans le groupe contrôle, 2 dans le<br />
groupe périndopril; p = 0,009). L’analyse des résultats montre<br />
également que parmi les différents paramètres testés (âge à<br />
l’inclusion, traitement bêtabloquant et randomisation sous périndopril<br />
ou placebo), seule la randomisation initiale sous périndopril<br />
ou placebo est corrélée avec la mortalité (p = 0,031).<br />
Cette étude permet d’envisager à terme un gain substantiel en<br />
matière d’espérance de vie par la simple prescription d’inhibiteurs<br />
de l’enzyme de conversion dès l’âge de 10 ans. Ces<br />
résultats gagneront à être confirmés par des études complémentaires<br />
à plus grande échelle. ■<br />
Dr Anne Teyssédou-Mairé