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Attitudes - Consensus Online

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CONSENSUS<br />

pour le praticien<br />

CARDIO<br />

<strong>Attitudes</strong><br />

Traitements cardiovasculaires<br />

et réactions cutanées<br />

Différencier une cardiomyopathie<br />

arythmogène du ventricule droit<br />

d’une TV bénigne infundibulaire<br />

Débat<br />

Nicolas Postel-Vinay et Simon Weber :<br />

quelle place pour l’automesure<br />

tensionnelle ?<br />

En cahier<br />

Registre<br />

CONSENSUS<br />

PREVENIR III : l’association antiagrégant<br />

plaquettaire-statine sur le pronostic<br />

à six mois des coronariens<br />

Question juridique<br />

Cardiologie et sport : la responsabilité<br />

liée au certificat<br />

Congrès<br />

Diabéto<br />

central pour le cardiologue<br />

22 e Salon de Cardiologie<br />

Pratique & <strong>Consensus</strong><br />

pour le praticien<br />

N° 19 • Cahier 1 - Mai 2006<br />

MediQ uid


Rédacteur en chef<br />

Nicolas Danchin<br />

Comité scientifique<br />

Éric Abergel<br />

Patrick Attuel<br />

Christophe Bauters<br />

Romain Cador<br />

Jean-Noël Fabiani<br />

Jean-François Leclercq<br />

Jean-Yves Le Heuzey<br />

Jean-Michel Mallion<br />

Hugues Milon<br />

Jean-Jacques Mourad<br />

Hanna Raffoul<br />

Simon Weber<br />

Comité éditorial<br />

Alain Berrebi<br />

Didier Blanchard<br />

Éric Bruckert<br />

Bernard Charbonnel<br />

Stéphane Cosson<br />

Yves Cottin<br />

Laurent Fauchier<br />

Pascal Guéret<br />

Alain Hagège<br />

Yves Juillière<br />

Serge Kownator<br />

François Luizy<br />

Nicolas Meneveau<br />

François Philippe<br />

Pascal Poncelet<br />

Rédacteur en chef<br />

Serge Halimi<br />

Comité scientifique<br />

Fabrice Bonnet (Lyon)<br />

Pierre-Henri Ducluzeau (Angers)<br />

Pascale Massin (Paris)<br />

Directeur de la publication<br />

Yves Nadjari<br />

Directeur médical<br />

Anne Teyssédou-Mairé<br />

Éditeurs adjoints<br />

Alexandre Nadjari<br />

Fabrice Nadjari<br />

Secrétaire de rédaction<br />

Virginie Condamine<br />

Coordination commerciale<br />

Muriel Fixot<br />

Valérie Renouf<br />

Congrès<br />

Christine Albessard<br />

Christine Salinas<br />

MEDIQUID, 122, rue d’Aguesseau,<br />

92641 Boulogne-Billancourt Cedex<br />

Téléphone : 01 55 38 91 85<br />

Rédaction : redaction@mediquid.fr<br />

Publicité : publicite@mediquid.fr<br />

ISSN : 1767-5162<br />

Commission paritaire : 0606 T 84960<br />

Corlet Imprimeur SA<br />

ZI, route de Vire 14110 Condé-sur-Noireau, France<br />

Prix au numéro : 4 €<br />

pour le praticien<br />

CONSENSUS<br />

Diabéto pour le cardiologue<br />

DR<br />

Éditorial ditorial<br />

Echographie endocoronaire,<br />

histologie virtuelle<br />

et palpographie :<br />

gare à la fascination !<br />

Dans un tout récent article paru dans le Journal of the American College of<br />

Cardiology, l'équipe du Thorax Center de Rotterdam évalue l'apport des<br />

nouvelles techniques d'imagerie endocoronaire dans une série couvrant<br />

l'éventail des pathologies coronaires. On connaît bien l'échographie<br />

endocoronaire descriptive en niveaux de gris, qui permet de définir le volume<br />

des plaques athéromateuses et, dans une certaine mesure, leur anatomie. Ce sont<br />

ces techniques qui ont servi à évaluer l'impact des traitements dans les études<br />

REVERSAL, ACTIVATE ou ASTEROID. Mais les cardiologues du Thorax Center<br />

vont plus loin, rapportant les résultats de techniques complémentaires, comme<br />

l'histologie virtuelle ou surtout la palpographie. Cette dernière méthode évalue<br />

les propriétés mécaniques de l'artère en fonction des changements du régime<br />

de pression intraluminale et elle est capable de repérer les zones qui sont le siège<br />

de forces de contrainte élevées, susceptibles d'être à l'origine des ruptures<br />

de plaques. La série comprend 67 patients ayant tantôt une maladie coronaire<br />

stable, tantôt un syndrome coronaire aigu sans sus-décalage, tantôt un infarctus<br />

avec sus-décalage et chez lesquels l'examen a été répété après plusieurs mois<br />

de traitement médicamenteux.<br />

Globalement, aucun changement n'est observé pour ce qui concerne le volume<br />

des plaques athéromateuses de moins de 50 %. En revanche, la palpographie<br />

permet de constater une diminution du nombre et de l'étendue des zones de<br />

contrainte élevées au fil du temps : cette diminution est considérable, de plus<br />

de moitié chez les patients ayant eu un infarctus, elle est moindre chez ceux<br />

sortant d'un syndrome coronaire aigu et inexistante chez les patients stables,<br />

chez lesquels il n'apparaît pas de changement des propriétés mécaniques des<br />

plaques. Ainsi, la palpographie constituerait un moyen de caractériser de<br />

façon fine les plaques d'athérome coronaire, en repérant les zones de fragilité<br />

de l'artère.<br />

Elle deviendrait alors un moyen idéal pour évaluer l'impact de différents<br />

traitements sur l'évolution des plaques athéromateuses.<br />

Il faut pourtant se garder de la fascination que peuvent exercer sur nos esprits<br />

sensibles ces images spectaculaires. La palpographie est encore une technique<br />

jeune, qui nécessite une validation à beaucoup plus large échelle avant de<br />

pouvoir être considérée comme un outil réellement pertinent.<br />

Il faut incontestablement d'autres études pour voir si l'évolution des<br />

caractéristiques de la paroi artérielle par une telle méthode est réellement<br />

corrélée à l'évolution clinique : c'est à cette seule condition que l'on pourra<br />

envisager d'utiliser la palpographie comme critère de jugement de l'efficacité<br />

des nouveaux traitements de la maladie athéromateuse.<br />

Il reste ainsi bien du chemin à parcourir. Mais plus encore, si la palpographie<br />

ou l'histologie virtuelle constituent indéniablement des méthodes de recherche<br />

potentiellement passionnantes, on est toujours bien loin de leur utilisation clinique<br />

en routine : allez dire à un patient que vous venez de palper (virtuellement !)<br />

qu'il risque de faire un infarctus dans les huit jours qui suivent…<br />

Nicolas Danchin<br />

Rédacteur en Chef<br />

3 CONSENSUS CARDIO pour le praticien - N° 19 • Mai 2006


DR<br />

Nous avons la chance<br />

de pouvoir offrir aux<br />

cardiologues un<br />

double espace de<br />

formation et de<br />

dialogue : le journal<br />

<strong>Consensus</strong> Cardio,<br />

que vous avez placé<br />

comme ayant le meilleur ratio<br />

audience/indice d’intérêt de la presse<br />

cardiologique, et le Salon de<br />

Cardiologie Pratique & <strong>Consensus</strong>,<br />

qui a accueilli cette année plus de<br />

1 500 médecins sur 150 heures de<br />

FMC.<br />

Cette exceptionnelle interaction<br />

journal-salon, qui a franchi une étape<br />

cette année, continuera à se développer<br />

dans le futur.<br />

Vous trouverez donc un compte rendu<br />

(non exhaustif bien sûr) des 150 heures<br />

de FMC et d’un certain nombre<br />

de communications.<br />

Les <strong>Attitudes</strong> sont présentes avec un<br />

débat contradictoire sur la place de<br />

l’automesure tensionnelle, le Cahier<br />

de <strong>Consensus</strong> Diabéto, dont le succès<br />

est maintenant établi, est également<br />

dans ce numéro.<br />

Nous poursuivons la rubrique Registre<br />

et tous les thèmes qui font la richesse<br />

de votre journal.<br />

La qualité de l’information étant notre<br />

objectif prioritaire, ce numéro s’est<br />

efforcé d’être le plus complet possible.<br />

Comme toujours nous sommes en<br />

attente de vos réflexions et suggestions.<br />

À bientôt.<br />

En couverture :<br />

Steve Allen<br />

Yves Nadjari<br />

Directeur de la publication<br />

ynadjari@mediquid.fr<br />

Ce numéro comporte un supplément de<br />

12 pages « Les associations médicamenteuses<br />

dans l’hypertension artérielle »<br />

Sommaire<br />

ÉDITORIAL . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 3<br />

Nicolas Danchin<br />

ATTITUDES<br />

Traitements cardiovasculaires et réactions cutanées . . . . . . . . . . . . . . . . .6<br />

Françoise Beer, Jean-Claude Beer, Yves Cottin<br />

Différencier une cardiomyopathie arythmogène du ventricule<br />

droit d'une tachycardie ventriculaire bénigne infundibulaire ? . . . . . . . .14<br />

Laurent Fauchier<br />

DÉBAT<br />

Quelle place pour l’automesure tensionnelle ? . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .18<br />

Les points de vue de Nicolas Postel-Vinay et Simon Weber<br />

REGISTRE<br />

PREVENIR III : l’association antiagrégant<br />

plaquettaire-statine sur le pronostic à 6 mois des patients coronariens . .22<br />

François Philippe<br />

QUESTION JURIDIQUE<br />

Cardiologie et sport : la responsabilité liée au certificat . . . . . . . . . . . .24<br />

Frédérique Claudot, Yves Juillière<br />

CONSENSUS<br />

Diabéto pour le cardiologue<br />

Rédacteur en chef<br />

Serge Halimi (Grenoble)<br />

Comité scientifique<br />

Fabrice Bonnet (Lyon)<br />

Pierre-Henri Ducluzeau (Angers)<br />

Pascale Massin (Paris)<br />

CONGRÈS<br />

Éditorial . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .31<br />

Serge Halimi<br />

Les douleurs des membres inférieurs<br />

chez le diabétique : artérite<br />

ou neuropathie ? . . . . . . . . . . . . . . . .32<br />

Jean-Louis Richard<br />

Le tabagisme : un néphrotoxique<br />

à part entière . . . . . . . . . . . . . . . . . . .37<br />

Philippe Zaoui<br />

Maladies cardiovasculaires :<br />

différences et points communs<br />

diabétiques/non-diabétiques . . . . . . . .39<br />

Maia Gouffrant<br />

22 e Salon de Cardiologie Pratique & <strong>Consensus</strong> . . . . . . . . . . . . . . . . . .45<br />

ACTUALITÉS DU MÉDICAMENT . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 70<br />

5 CONSENSUS CARDIO pour le praticien - N° 19 • Mai 2006


<strong>Attitudes</strong><br />

Traitements cardiovasculaires<br />

et réactions cutanées<br />

Françoise Beer, Jean-Claude Beer, Yves Cottin, hôpital du Bocage, Dijon<br />

Compte tenu du nombre de médicaments utilisés<br />

en cardiologie, les incidents, en particulier cutanés,<br />

apparaissent rares ; mais lorsqu’ils surviennent,<br />

ils peuvent poser de difficiles problèmes diagnostiques.<br />

En effet, après avoir éliminé les autres causes (virales,<br />

alimentaires…), retrouver le médicament responsable<br />

est souvent délicat chez des malades polymédicamentés (1, 2) .<br />

La probabilité pour qu’un médicament soit responsable d’une<br />

réaction cutanée repose sur la recherche de :<br />

– l’imputabilité intrinsèque, qui regroupe des critères chronologiques,<br />

variant en fonction des effets secondaires et<br />

de la nature du médicament, et des critères sémiologiques ;<br />

– l’imputabilité extrinsèque fondée sur les données antérieures<br />

de publications et/ou des dossiers de pharmacovigilance.<br />

Les tests in vitro n’ont aucun intérêt et les tests cutanés ne<br />

seront possibles qu’une fois les médicaments incriminés arrêtés.<br />

Enfin, les tests seront éventuellement complétés par une<br />

réintroduction prudente lorsque l’imputabilité est moyenne,<br />

les tests négatifs et la toxidermie peu sévère. Et c’est bien sûr<br />

un test diagnostique de certitude quand l’effet secondaire se<br />

reproduit lors de la réintroduction du médicament.<br />

Urticaire et angioœdème<br />

(œdème de Quincke)<br />

La sémiologie des urticaires et angioœdèmes est la même<br />

qu’ils soient médicamenteux ou non. Ils sont la conséquence<br />

soit de phénomènes d’anaphylaxie médiée par des IgE spécifiques,<br />

et leur délai de survenue est rapide après la prise<br />

médicamenteuse (quelques minutes), soit de phénomènes<br />

anaphylactoïdes déclenchés par des médiateurs inflammatoires<br />

et le délai de survenue est plus long, supérieur à<br />

8 jours, entre la première prise du médicament et l’accident<br />

cutané. C’est dans cette dernière situation que se retrouvent<br />

les deux classes thérapeutiques les plus couramment responsables<br />

: les inhibiteurs de l’enzyme de conversion (IEC)<br />

et les sartans.<br />

Les IEC<br />

Il s’agit d’œdèmes du visage, des muqueuses, des extrémités<br />

ou viscéraux, rarement associés à des papules urticariennes<br />

prurigineuses. Ils surviennent par poussées qui peuvent<br />

régresser spontanément et leur sévérité est variable chez<br />

le même patient. Si le risque vital est rare par obstruction<br />

laryngée, détresse respiratoire, il a cependant été rapporté.<br />

Enfin, ce type d’accident peut survenir dès les premières<br />

semaines de traitement, mais il est parfois retardé de plusieurs<br />

mois à années. Même en l’absence de certitude sur sa<br />

responsabilité, l’IEC doit être arrêté en raison du risque vital<br />

potentiel. Si le médicament est responsable, l’angioœdème<br />

CONSENSUS CARDIO pour le praticien - N° 19 • Mai 2006<br />

6<br />

disparaît définitivement dans les 24 heures qui suivent son<br />

arrêt et le traitement ne doit pas être réintroduit. Dans cette<br />

situation, les tests cutanés ne sont pas possibles. La fréquence<br />

de ces accidents est de 0,1 à 0,7 %; ils sont un peu plus fréquents<br />

dans certaines populations : les femmes, les Noirs et<br />

les sujets âgés (mais ces médicaments sont beaucoup plus<br />

prescrits chez eux). Le mécanisme est mal connu plutôt pharmacologique<br />

qu’immunologique, et les IEC, en limitant la<br />

dégradation de la bradykinine, favorisent ses propriétés<br />

vasoactives, donc la formation d’œdèmes (3) .<br />

Les sartans<br />

Ils peuvent être responsables du même type de réaction. La<br />

fréquence est certainement très faible, mais mérite d’être<br />

connue car elle impose de la même façon l’arrêt définitif du<br />

médicament et les tests cutanés ne peuvent être réalisés (4, 5) .<br />

De plus, 30 % des patients ayant fait des angioœdèmes aux<br />

IEC peuvent en faire avec les sartans.<br />

Exanthèmes maculo-papuleux,<br />

éruptions eczématiformes,<br />

psoriasiformes, lichéniennes<br />

Ce sont certainement les manifestations cutanées qui posent<br />

le plus de problèmes quant à leur étiologie, l’origine médicamenteuse<br />

n’étant qu’une étiologie parmi d’autres. Elles<br />

font également partie des toxidermies les plus fréquentes.<br />

En faveur de leur origine médicamenteuse : le polymorphisme<br />

clinique avec intrication de différentes lésions élémentaires,<br />

l’association à une éosinophilie, l’existence sur le prélèvement<br />

cutané biopsique de nécroses kératinocytaires, de<br />

vacuolisations de la membrane basale et la présence<br />

d’éosinophiles intradermiques. Mais aucun de ces éléments<br />

n’est constant et l’histologie n’a souvent pas de caractère<br />

spécifique.<br />

L’éruption isolée sans autre manifestation clinique survient<br />

dans les 8 à 10 jours après la première prise médicamenteuse<br />

; elle disparaît progressivement, mais assez rapidement<br />

après l’arrêt. Des tests cutanés sont dans cette situation<br />

particulièrement contributifs.<br />

Parmi les médicaments incriminés :<br />

– Les bêtabloquants qui sont surtout responsables d’éruptions<br />

lichénoïdes (ressemblant au lichen plan), parfois<br />

photodistribuées; d’éruptions psoriasiformes ou d’exacerbations<br />

de psoriasis résistant aux thérapeutiques habituelles<br />

(6, 7) .<br />

Tous les bêtabloquants peuvent être incriminés, mais il faut<br />

noter que le remplacement du bêtabloquant responsable<br />

par un autre n’entraîne pas obligatoirement la reprise des<br />

phénomènes cutanés.<br />

La pathogénie de ces intolérances est mal connue : soit immunologique,<br />

soit pharmacologique.


Erythème maculo-papuleux + fièvre + adénopathies<br />

+ atteinte multiviscérale + hyperéosinophilie : DRESS Syndrome.<br />

– Les IEC et les sartans sont à l’origine d’exanthèmes maculo-<br />

(8, 9, 10).<br />

papuleux, d’éruptions eczématiformes, plus rarement<br />

Le remplacement d’un IEC par un autre ou un sartan peut<br />

être parfaitement toléré ou suivi d’une éruption identique.<br />

Dans cette situation, les tests cutanés sont importants non<br />

seulement pour préciser le médicament responsable, mais<br />

aussi pour rechercher s’il existe des allergies croisées entre<br />

ces différentes molécules qui pourtant n’ont pas toujours une<br />

structure chimique commune (11, 12) .<br />

– Les inhibiteurs calciques : une étude récente a montré que<br />

la prise chronique d’inhibiteurs calciques constituait un facteur<br />

de risque d’éruptions eczématiformes du sujet âgé. Le<br />

délai de survenue entre la première prise du médicament et<br />

l’incident cutané est très variable mais peut être très long,<br />

jusqu’à plusieurs années (13) .<br />

– Les héparines peuvent être responsables de placards eczématiformes<br />

aux points d’injection et parfois d’éléments à distance<br />

: exanthème maculo-papuleux, eczéma généralisé survenant<br />

deux jours à deux semaines après la mise en route<br />

du traitement (14) . Des tests cutanés doivent être réalisés pour<br />

éliminer une rare sensibilisation aux antiseptiques utilisés<br />

avant les injections, au nickel des aiguilles, ou aux conservateurs<br />

possiblement présents dans les héparines. Il faut tester<br />

les héparines utilisées, les héparines non utilisées et les<br />

héparinoïdes en raison du risque d’allergies croisées pour<br />

trouver des alternatives thérapeutiques. Enfin, s’il existe une<br />

allergie de ce type aux héparines et héparinoïdes, suivant<br />

7<br />

<strong>Attitudes</strong><br />

la situation médicale du patient, seront discutés soit héparinoïdes<br />

et corticoïdes locaux, soit l’hirudine.<br />

– Les statines sont également responsables de ce type d’éruption (15) .<br />

Syndrome d’hypersensibilité<br />

médicamenteuse ou DRESS Syndrome<br />

(Drug Reaction with Eosinophilia and<br />

Systemic Symptoms)<br />

Ce syndrome aigu associe une éruption maculopapuleuse<br />

diffuse extensive aboutissant à une atteinte généralisée (érythrodermie),<br />

de la fièvre souvent élevée, des adénopathies<br />

et une atteinte multiviscérale. Une hyperéosinophilie, une<br />

hyperlymphocytose, une cytolyse hépatique et une insuffisance<br />

rénale sont habituelles. En revanche, dans cette situation,<br />

la biopsie cutanée n’est pas spécifique. Ce syndrome<br />

survient huit à trente jours après la prise médicamenteuse et<br />

la régression est lente avec possibles récidives malgré l’arrêt<br />

du médicament responsable. Des formes sévères sont possibles<br />

parfois létales. Les traitements cardiovasculaires sont<br />

exceptionnellement incriminés et de façon très ponctuelle :<br />

on retrouve ici les médicaments suivants : hydrochlorothiazide,<br />

aténolol, diltiazem, captopril, fluindione (16,17,18) . Dans<br />

cette situation, des tests épicutanés sont intéressants, mais à<br />

distance de l’épisode aigu. Enfin, la réintroduction, en raison<br />

de la gravité potentielle du DRESS Syndrome, est formellement<br />

proscrite.<br />

Pustulose exanthématique<br />

aiguë généralisée (PEAG)<br />

Il s’agit d’une manifestation cutanée rare, témoignant habituellement<br />

d’une intolérance médicamenteuse. L’éruption<br />

d’apparition brutale siège le plus souvent au tronc, aux plis<br />

axillaires et inguinaux. Il s’agit d’un érythème rouge vif,<br />

œdémateux rapidement parsemé de pustules non folliculaires<br />

amicrobiennes. La fièvre est constante mais en général sans<br />

autre signe. Il existe une hyperleucocytose avec polynucléose,<br />

parfois une très discrète atteinte biologique hépatique. L’histologie<br />

retrouve des pustules sous-cornées ou intradermiques,<br />

images voisines de celles du psoriasis pustuleux, mais<br />

l’œdème du derme superficiel avec un infiltrat à polynucléaires<br />

neutrophiles parfois éosinophiles et la présence<br />

d’images de vascularite leucocytoclasique orientent vers une<br />

toxidermie. La guérison survient rapidement en une à deux<br />

semaines après une phase desquamative si le médicament<br />

responsable est arrêté. Le diagnostic de PEAG n’est pas toujours<br />

facile et le principal diagnostic différentiel est celui de<br />

psoriasis pustuleux généralisé; d’autant que l’on retrouve<br />

parfois la notion d’antécédents de psoriasis chez ces<br />

patients (19) ; cependant la régression de la PEAG est rapide<br />

après l’arrêt du médicament, alors que le psoriasis pustuleux<br />

est résistant aux différentes thérapeutiques proposées.<br />

Le délai entre la première prise du médicament et l’éruption<br />

va de quelques heures à quarante-huit heures s’il y a eu une<br />

CONSENSUS CARDIO pour le praticien - N° 19 • Mai 2006


<strong>Attitudes</strong><br />

sensibilisation préalable au médicament<br />

ou de quinze à vingt et un jours en l’absence<br />

de prise antérieure ; une réintroduction<br />

orale, certes déconseillée mais souvent<br />

accidentelle, reproduit la PEAG (20) .<br />

Des tests cutanés sont intéressants : patchtests,<br />

prick-tests et intradermiques; la sensibilité<br />

est cependant faible (50 %), mais<br />

leur positivité est de très grande valeur.<br />

De nombreux médicaments sont responsables<br />

de cette toxidermie ; parmi<br />

ceux-ci peu de molécules utilisées en<br />

cardiologie. En premier les inhibiteurs<br />

calciques : diltiazem, nifédipine (20-21) ,<br />

de façon encore plus rare le captopril.<br />

Photosensibilité,<br />

lupus érythémateux,<br />

dermatomyosite<br />

Il faut bien distinguer phototoxicité et<br />

photosensibilisation.<br />

La phototoxicité<br />

Il s’agit de l’exagération de la réponse<br />

cutanée normale au soleil, « coup de<br />

soleil » plus ou moins intense des zones<br />

découvertes favorisé par certaines<br />

substances locales ou médicamenteuses.<br />

Cette réponse au soleil est fréquente<br />

chez des sujets de phototype clair, et<br />

survient dès le premier contact, à des<br />

doses élevées de médicament. Des phototests<br />

sont inutiles et la reprise du médicament<br />

avec protection solaire est possible.<br />

On retrouve ici les salidiurétiques,<br />

l’amiodarone et les fibrates. À part<br />

l’amiodarone, qui peut entraîner une<br />

pigmentation gris bleutée des zones<br />

exposées, elle est le plus souvent associée<br />

à la photosensibilisation, et apparaît<br />

au bout de douze à dix-huit mois<br />

de traitement et correspond à une « thésaurismose<br />

» (dépôts de lipofuschines<br />

dans le derme superficiel). Cet incident<br />

est exceptionnel actuellement aux doses<br />

habituelles, moindres qu’auparavant.<br />

La photosensibilisation<br />

C’est une photoallergie qui met en jeu une réaction immunoallergique;<br />

elle réalise une réaction variable dans son<br />

expression : eczématiforme, urticarienne, lichénoïde au<br />

niveau des zones découvertes; si le médicament n’est pas<br />

arrêté suffisamment tôt, elle peut se généraliser, voire se<br />

pérenniser, même si l’on arrête ensuite la substance responsable.<br />

Le délai de sensibilisation est supérieur à huit jours<br />

CONSENSUS CARDIO pour le praticien - N° 19 • Mai 2006<br />

Manifestations cutanées Médicaments Tests<br />

Urticaire IEC+++ Non<br />

Angioœdème Sartans++<br />

Exanthème maculo-papuleux, Tous, mais surtout IEC,<br />

éruptions psoriasiformes sartans, inhibiteurs calciques, Oui<br />

eczématiformes… statines, héparines<br />

DRESS (syndrome Aténolol, captopril, diltiazem, À discuter : si faits<br />

d’hypersensibilité fluindione, prudents+++<br />

médicamenteuse) hydrochlorothiazide<br />

PEAG<br />

Bulles :<br />

Inhibiteurs calciques,<br />

IEC<br />

Oui<br />

Pemphigus Captopril++, énalapril+,<br />

nifédipine, indapamide<br />

Non<br />

Pemphigoïde bulleuse Furosémide ++, aldactone++,<br />

bêtabloquants, captopril,<br />

valsartan, simvastatine<br />

IGA linéaire Bumetamide, amiodarone,<br />

captopril<br />

Photosensibilité Salidiurétiques++, fibrates++,<br />

quinidine, statines, IEC,<br />

sartans, calcium-bloqueurs<br />

Oui phototests<br />

Lupus érythémateux induit Hydralazine+, procaïnamide+,<br />

quinidiniques+, thiazidiques+,<br />

calcium-bloqueurs,<br />

IEC, bêtabloquants<br />

Non<br />

Dermatomyosite induite Statines Non<br />

Pseudo-lymphome IEC, bêtabloquants, inhibiteurs Non<br />

médicamenteux calciques, procaïnamide,<br />

hydrochlorothiazide, lovastatine<br />

Nécroses cutanées Coumariniques, héparines non Non<br />

hémorragiques fractionnées, héparines de bas<br />

poids moléculaire<br />

Muqueuses Non<br />

Ulcérations Nicorandil +++, captopril<br />

Hypertrophie gingivale Nifédipine<br />

Cheveux Coumariniques++, dérivés de<br />

l’indanedione, bêtabloquants<br />

(Avlocardyl), fibrates<br />

Non<br />

Ongles psoriasiformes Bêtabloquants<br />

Mélanonychie Amlodipine Non<br />

8<br />

quelle que soit la dose du médicament. Il est important de<br />

bien préciser le médicament en cause, ce qui est parfois difficile,<br />

l’éruption ne régressant souvent que lentement après<br />

son arrêt. Dans ces situations, les phototests sont intéressants.<br />

On retrouve ici les diurétiques : l’hydrochlorothiazide, le<br />

furosémide (22) , la quinidine et les fibrates. Il est à noter la<br />

possibilité d’allergies croisées avec le kétoprofène utilisé couramment<br />

comme anti-inflammatoire local et source de photosensibilisation<br />

fréquente, ce qui entraîne une photosensibi-


<strong>Attitudes</strong><br />

Macules érythémato-squameuses évoquant cliniquement un parapsoriasis<br />

en plaques et en histologie un lymphome cutané : pseudolymphome<br />

aux bêtabloquants.<br />

lisation potentielle aux fibrates. Parmi les autres substances<br />

responsables, on retrouve les IEC et les sartans (23) . Les calcium-bloqueurs<br />

entraînent des télangiectasies photodistribuées<br />

(24) et les statines, des éruptions lichénoïdes et de<br />

pseudo-porphyries cutanées (25).<br />

Le lupus érythémateux (26)<br />

Le lupus peut être aggravé ou induit par certains médicaments.<br />

Des signes cutanés n’existent que dans un pourcentage<br />

limité de lupus induits. Le plus souvent ce sont des lupus<br />

subaigus ou aigus. Les anticorps antinucléaires sont positifs<br />

avec fréquemment positivité des anticorps anti-histones et<br />

négativité des anti-DNA natifs et des anti-Sm ; ce sont rarement<br />

des lupus chroniques à sérologie négative. Les signes<br />

apparaissent dans les deux à trois mois après le début du<br />

traitement et disparaissent en quelques semaines à l’arrêt de<br />

celui-ci. Il est important de noter qu’un médicament possiblement<br />

inducteur de lupus n’est pas contre-indiqué chez les<br />

patients atteints de lupus érythémateux. Parmi les médicaments<br />

inducteurs de lupus figurent en premier l’hydralazine,<br />

la procaïnamine, les quinidiques, les thiazidiques, de façon<br />

beaucoup plus rare les calcium-bloqueurs, les IEC, les bêtabloquants<br />

(27) et les statines (28) .<br />

La dermatomyosite<br />

Des dermatomyosites typiques, cliniques, biologiques ont<br />

été décrites avec les statines. Le délai entre l’apparition de<br />

la maladie et la prise des statines peut être long, de quelques<br />

mois à plus d’un an. La guérison est survenue progressivement<br />

à l’arrêt des statines avec ou sans corticothérapie générale<br />

(15-29) .<br />

CONSENSUS CARDIO pour le praticien - N° 19 • Mai 2006<br />

10<br />

Nécrose à HBPM.<br />

Maladies bulleuses<br />

Le pemphigus<br />

Le plus souvent, l’aspect des pemphigus (P.) induits est<br />

celui d’un pemphigus superficiel (P. séborrhéique ou érythémateux),<br />

moins souvent d’un P. vulgaire plus sévère. Les<br />

autoanticorps antisubstance intercellulaire circulants sont à<br />

un taux bas. L’histologie qui est celle du pemphigus ne permet<br />

pas d’orienter vers une origine médicamenteuse ; seule<br />

la notion de prise de médicaments possiblement inducteurs<br />

permet de suspecter sa responsabilité.<br />

Les médicaments inducteurs de pemphigus sont divisés en<br />

deux groupes : les médicaments à imputabilité forte qui possèdent<br />

un groupe « thiol », et l’on retrouve ici le captopril,<br />

et les médicaments « non thiols » dont l’énalapril ; il faut<br />

d’ailleurs noter que malgré la différence probable de mécanisme<br />

inducteur entre ces deux groupes, des observations<br />

de pemphigus induits par le captopril ont persisté sous énalapril<br />

(30, 31) . D’autres médicaments « non thiols » ont été décrits<br />

comme responsables de pemphigus, mais de façon très ponctuelle<br />

dont la nifédipine, l’indapamide (32) . L’évolution des<br />

deux groupes « thiols » et « non thiols » paraît différente:<br />

en effet, pour les premiers, le pemphigus apparaît après plusieurs<br />

mois de traitement et régresse à l’arrêt ; dans le second<br />

groupe, l’apparition est plus rapide (une à deux semaines),<br />

mais la régression lente ne survient que dans 15 % des cas.<br />

La pemphigoïde bulleuse (PB)<br />

Maladie bulleuse auto-immune touchant plus souvent le sujet<br />

âgé de plus 65 ans ; son origine médicamenteuse semble<br />

rare ; des études multicentriques ont permis de préciser que<br />

certains médicaments peuvent être considérés comme facteurs<br />

de risque de la pemphigoïde bulleuse, ce d’autant plus<br />

quand elle survient chez des sujets relativement jeunes (33, 34) .<br />

Ressortent de cette étude deux médicaments utilisés en pathologie<br />

cardiaque : le furosémide et l’aldactone ; sont impliqués<br />

de façon plus ponctuelle les bêtabloquants : le premier<br />

bêtabloquant utilisé (practolol supprimé de la pharmacopée)<br />

a été responsable d’un syndrome oculo-cutané proche de la<br />

pemphigoïde bulleuse, c’est exceptionnel actuellement avec


les autres molécules (6) : le captopril, le valsartan, la simvastatine<br />

(35) , le bumétamide.<br />

La dermatose à IgA linéaire de l’adulte<br />

Dermatose bulleuse très rare, on reconnaît deux causes<br />

déclenchantes possibles : des hémopathies lympho-plasmocytaires<br />

et la vancomycine, mais d’autres médicaments, dont<br />

le captopril et l’amiodarone, ont été impliqués, cela de façon<br />

rarissime (36-37) .<br />

Les syndromes de Lyell et de Stevens-Johnson<br />

Les médications utilisées en pathologie cardiovasculaire ne<br />

sont pas ou quasiment pas impliquées dans le déclenchement<br />

de ces syndromes.<br />

Pseudo-lymphomes cutanés<br />

médicamenteux<br />

Ils sont extrêmement rares, surtout induits par des anticonvulsivants<br />

mais d’autres médicaments, dont certaines médications<br />

cardiaques, sont à l’origine de cet incident (38, 39) . L’aspect<br />

clinique et la morphologie histologique simulent une<br />

affection maligne d’évolution bénigne. Ce sont des plaques<br />

érythémateuses et finement squameuses (parapsoriasis en<br />

plaques); des plaques infiltrées, voire une érythrodermie.<br />

L’histologie est celle d’un parapsoriasis en plaques ou d’un<br />

lymphome épidermotrope (mycosis fongoïde); l’étude de l’infiltrat<br />

cellulaire en immunomarquage, en montrant une population<br />

lymphocytaire polyclonale, permet d’évoquer le caractère<br />

bénin de l’éruption; mais cette population est parfois<br />

monoclonale. Avant de penser à la malignité, il est essentiel<br />

de rechercher une origine médicamenteuse. Cette éruption<br />

apparaît deux semaines à quelques mois après l’introduction<br />

du médicament ; l’arrêt de celui-ci assure la régression<br />

des signes en huit jours à deux mois sans récidive; la réintroduction,<br />

souvent accidentelle, entraîne leur réapparition.<br />

Parmi les médications « cardiaques » sont incriminés : des<br />

IEC (captopril, énalapril, lisinopril) (40) ; des bêtabloquants<br />

(aténolol, labétalol) (41) ; des inhibiteurs calciques (vérapamil,<br />

diltiazem); des diurétiques (amiloride, hydrochlorothiazide);<br />

des antiarythmiques (mexiletine, procaïnamine); des hypolipémiants<br />

(lovastatine). Il est vraisemblable que les médicaments<br />

pris dépriment la fonction immune avec alors prolifération<br />

anormale de lymphocytes, augmentation d’activité<br />

des lymphocytes T-suppresseurs et apparition de l’éruption.<br />

Aucun test in vitro ou cutané n’est utile.<br />

Nécroses cutanées hémorragiques<br />

Ce sont d’abord des plaques inflammatoires, puis ecchymotiques<br />

évoluant vers des plaques de nécrose; elles sont plus étendues<br />

au niveau des zones où le pannicule adipeux est le plus<br />

important : abdomen, cuisses… Les coumariniques en sont responsables<br />

en début de traitement, et ces nécroses sont dues à<br />

une chute rapide du taux de protéine C ou S : cet accident impose<br />

l’arrêt des antivitamines K et de l’héparinothérapie. On peut<br />

essayer de prévenir cet accident très rare chez les sujets à<br />

<strong>Attitudes</strong><br />

Photosensibilisation à l’amiodarone : lucite polymorphe,<br />

multiples papules érythémateuses et prurigineuses.<br />

Pemphigus séborrhéique : érythème et squames masquant<br />

le décollement cutané bien visible en histologie classique<br />

et immunofluorescence.<br />

risque par l’introduction très progressive des antivitamines K.<br />

Les nécroses à l’héparine surviennent habituellement aux points<br />

d’injection sous-cutanée, parfois à distance en cas de traitement<br />

intraveineux cinq jours ou plus après le début du traitement<br />

: les héparines non fractionnées (HNF), les héparines de<br />

bas poids moléculaire (HBPM) peuvent en être responsables.<br />

Cette réaction d’intolérance s’accompagne habituellement d’une<br />

thrombopénie. Dans cette situation, des tests ne sont pas<br />

possibles.<br />

Manifestations muqueuses<br />

De nombreux médicaments peuvent induire des ulcérations<br />

buccales : le nicorandil est à l’origine de cet effet secondaire<br />

très invalidant (5 % des prescriptions). Depuis 2002, sont<br />

également décrites des ulcérations anales extrêmement dou-<br />

11 CONSENSUS CARDIO pour le praticien - N° 19 • Mai 2006


<strong>Attitudes</strong><br />

Photosensibilisation à l’amiodarone : érythème diffus du visage.<br />

loureuses, l’association ulcérations anales et buccales ne<br />

semble pas avoir été rapportée (42, 43) . Le délai d’apparition<br />

est variable après la première prise du nicorandil : de un<br />

à dix-huit mois. La guérison est assurée par l’arrêt du médicament.<br />

Ces aphtes pourraient être dus à la formation de<br />

métabolites irritants et à des facteurs génétiques. Des cas<br />

ponctuels d’ulcérations buccales au captopril (44) et aux bêtabloquants<br />

(45) ont également été rapportés. Une hypertrophie<br />

gingivale est possible avec les calcium-bloqueurs (46) , une<br />

diminution de la dose est souvent suffisante pour supprimer<br />

cet effet secondaire. Enfin sont décrites des sensations de<br />

« bouche en feu » avec l’éprosartan (47) .<br />

Ongles-cheveux<br />

Les ongles<br />

Il y a peu de manifestations unguéales décrites, en dehors<br />

des onycholyses possibles par effet phototoxique des diurétiques<br />

thiazidiques ; des mélanonychies (pigmentation mélanique<br />

des ongles) décrites avec l’amlodipine où plusieurs<br />

ongles sont atteints : cette manifestation est intéressante à<br />

connaître pour éliminer d’autres étiologies (nævus pigmentaire<br />

ou mélanome où un seul ongle est atteint) ; des<br />

onychopathies psoriasiques déclenchées ou aggravées<br />

par les bêtabloquants.<br />

Les cheveux (48)<br />

Certains médicaments (cf. cytotoxiques) induisent une alopécie<br />

diffuse quasi constante ; d’autres, et c’est le cas des<br />

médications cardiovasculaires, n’en sont responsables que<br />

de façon occasionnelle, voire exceptionnelle : leur responsabilité<br />

est souvent discutable, même si le patient a tendance<br />

à les incriminer.<br />

CONSENSUS CARDIO pour le praticien - N° 19 • Mai 2006<br />

Photos DR<br />

12<br />

Au premier rang des inducteurs d’alopécie : les anticoagulants,<br />

surtout les coumariniques ; les dérivés de l’indanedione<br />

(phénindione et fluindione ) sont encore plus rarement<br />

alopéciants ; il n’y a pas d’alopécie décrite avec les hépariniques.<br />

Les fibrates peuvent entraîner une alopécie diffuse par trouble<br />

de la kératinisation, mais cela est exceptionnel.<br />

Les bêtabloquants, l’amiodarone, le captopril, l’énalapril ont<br />

été cités comme responsables possibles d’une alopécie réversible.<br />

Il n’y a bien sûr aucun examen qui permette de préciser<br />

leur responsabilité ou non et cet incident ne contre-indique<br />

pas leur utilisation.<br />

Les tests cutanés (49)<br />

Les réactions cutanées aux médicaments sont donc variées,<br />

parfois sévères. Les médicaments introduits depuis moins de<br />

deux mois sont les plus suspects, mais comme on l’a vu certains<br />

peuvent n’entraîner des réactions cutanées que tardivement.<br />

Enfin, chez des patients polymédicamentés, le choix<br />

du médicament responsable s’avère difficile. Cela souligne<br />

l’intérêt de tests cutanés qui lorsqu’ils sont positifs permettent<br />

d’augmenter le score d’imputabilité du médicament suspect,<br />

de supprimer celui-ci et d’autoriser la prise ou la reprise<br />

d’autres molécules. Toutes les toxidermies ne peuvent bénéficier<br />

de cette exploration allergologique : seront explorés<br />

les éruptions maculo-papuleuses, eczématiformes, psoriasiformes,<br />

lichénoïdes, les eczémas localisés aux points d’injection,<br />

les photoallergies (en complétant par des phototests),<br />

les PEAG; quant aux Dress, ils seront explorés de façon extrêmement<br />

prudente; pour la plupart des angioœdèmes rencontrés<br />

en pratique cardiologique, ces tests ne peuvent être<br />

pratiqués. Cette exploration sera faite dans un service de<br />

dermato-allergologie spécialisé, dans un délai de six<br />

semaines à six mois après la guérison clinique, les antihistaminiques<br />

et la corticothérapie, qu’elle soit locale ou générale,<br />

devront être arrêtés. Il faudra pratiquer de façon séquentielle<br />

d’abord des tests épicutanés (patch), puis en cas de<br />

négativité des prick et enfin des intradermoréactions (IDR),<br />

ces dernières de façon prudente car elles peuvent reproduire<br />

la toxidermie : elles seront donc faites sous surveillance hospitalière.<br />

Ils seront arrêtés aussitôt qu’un test pour un médicament<br />

donné sera positif. Ces tests seront effectués avec les<br />

médicaments incriminés et avec les médicaments et molécules<br />

pouvant être responsables d’allergies croisées. La négativité<br />

des tests n’élimine pas formellement la responsabilité<br />

du médicament; leur sensibilité étant inférieure à 70 %.<br />

Au total, si le test est positif au médicament incriminé : celuici<br />

et les médicaments pouvant donner des allergies croisées<br />

(même si les tests sont négatifs pour ceux-ci) seront<br />

contre-indiqués. Si les tests sont négatifs, le médicament<br />

pourra être réintroduit de façon prudente en milieu hospitalier,<br />

cela en tenant compte du type de toxidermie et du médicament<br />

incriminé.<br />

Enfin, la déclaration d’accident médicamenteux grave doit<br />

être faite au centre de pharmacovigilance régional ; elle<br />

doit l’être également si la toxidermie est peu grave, mais<br />

méconnue. ■


Pour en savoir plus :<br />

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Pour toute correspondance avec l’auteur :<br />

yves.cottin@chu-dijon.fr<br />

13 CONSENSUS CARDIO pour le praticien - N° 19 • Mai 2006


<strong>Attitudes</strong><br />

Différencier une cardiomyopathie<br />

arythmogène du ventricule droit<br />

d’une TV bénigne infundibulaire ?<br />

Laurent Fauchier, CHU Trousseau, Tours<br />

Décrite initialement par Frank et Fontaine, la<br />

cardiomyopathie arythmogène du ventricule droit (CAVD)<br />

est une maladie caractérisée par un remplacement partiel<br />

du tissu myocardique par du tissu fibro-adipeux (1) . Les<br />

tachycardies ventriculaires, la plupart du temps par<br />

mécanisme de rentrée dans les zones pathologiques,<br />

peuvent provoquer des tachycardies ventriculaires<br />

hémodynamiquement mal tolérées avec syncope ou même<br />

décès subit chez des patients jeunes. Le diagnostic est<br />

habituellement fait avant l’âge de 40 ans et parfois même<br />

à l’adolescence. Le mécanisme étiologique de la CAVD est<br />

lui-même le sujet d’hypothèses diverses. Parmi les patients<br />

atteints, il y a une prédominance masculine, il existe<br />

également des formes familiales. Une composante<br />

génétique avec de possibles mutations dans les gènes<br />

codant la plakoglobine ou la desmoplakine a également<br />

été identifiée avec un mode de transmission autosomique<br />

dominant ou récessif. Il existe enfin des formes avec<br />

atteinte partielle du ventricule gauche.<br />

Les tachycardies ventriculaires idiopathiques de l’infundibulum du<br />

ventricule droit (décrites par Gallavardin) constituent à l’inverse une<br />

anomalie bénigne. En l’absence d’anomalie cardiaque structurelle,<br />

on considère qu’il s’agit d’une atteinte électrophysiologique primitive<br />

avec des extrasystoles ventriculaires isolées ou en salves, rarement<br />

soutenues, originaires de l’infundibulum droit, parfois également<br />

localisées à d’autres endroits du ventricule droit, au-dessus de<br />

la valve pulmonaire ou du sinus de Valsalva. Le mécanisme électrophysiologique<br />

supposé est plutôt celui d’activité déclenchée après<br />

postdépolarisation tardive. Comme pour la CAVD, l’anomalie touche<br />

plutôt des sujets jeunes, avec éventuellement des symptômes à type<br />

de palpitations. Le diagnostic de tachycardie infundibulaire idiopathique<br />

ne peut être porté qu’après exclusion d’une CAVD. Le diagnostic<br />

différentiel de CAVD est basé sur les critères des groupes de<br />

travail internationaux sur les cardiomyopathies, en particulier de la<br />

Société européenne de cardiologie. Les critères diagnostiques incluent<br />

des éléments cliniques, électrocardiographiques et d’imagerie par<br />

échographie ou IRM (tableau 1). Malgré ces critères, le diagnostic<br />

entre ces deux entités n’est pas toujours facile pour certains patients<br />

et il existe probablement encore des progrès à faire pour faciliter le<br />

diagnostic de certitude dans les années à venir.<br />

Symptomatologie et facteurs<br />

déclenchants des tachycardies<br />

ventriculaires<br />

Il n’y a pas réellement de différence dans les circonstances de<br />

survenue des TV en cas de CAVD ou de TV infundibulaire, car<br />

CONSENSUS CARDIO pour le praticien - N° 19 • Mai 2006<br />

14<br />

Critères diagnostiques de CAVD<br />

élaborés par les groupes de travail<br />

des sociétés internationales (1) .<br />

Diagnostic positif si score supérieur<br />

ou égal à 4 points<br />

Critères majeurs (2 points)<br />

1. CAVD familiale confirmée par une autopsie ou pièce<br />

opératoire<br />

2. Onde epsilon ou élargissement localisé de QRS ><br />

110 ms en V1-V3<br />

3. Dilatation importante du VD avec diminution de la FE,<br />

sans atteinte significative du VG<br />

4. Akinésie ou dyskinésie segmentaire du VD, anévrisme<br />

localisé<br />

5. Dilatation segmentaire importante du VD<br />

6. Remplacement fibroadipeux sur la biopsie<br />

endomyocardique<br />

Critères mineurs (1 point)<br />

1. Histoire familiale de mort subite (< 35 ans) avec<br />

suspicion de CAVD<br />

2. CAVD familiale (diagnostic fait sur ces critères)<br />

3. Ondes T négatives en V2V3 (sans bloc de branche<br />

droit, âge > 12 ans)<br />

4. Présence de potentiels ventriculaires tardifs de surface<br />

5. TV avec aspect de retard gauche (soutenue ou non)<br />

6. ESV fréquentes (> 1 000/24 h)<br />

7. Dilatation modérée du VD et/ou diminution de la FE,<br />

sans atteinte du VG<br />

8. Hypokinésie segmentaire du VD<br />

9. Dilatation segmentaire modérée du VD<br />

Tableau 1.<br />

dans les deux situations, le contexte adrénergique lié au stress<br />

ou à l’effort physique est un facteur favorisant. En revanche,<br />

il existe une différence dans la sévérité des symptômes puisque<br />

les syncopes sont possibles en cas de CAVD alors qu’elles sont,


en règle générale, inexistantes en cas de TV infundibulaire.<br />

Dans cette situation, les symptômes sont en général des palpitations<br />

modérées avec parfois lipothymies liées à un bigéminisme<br />

ventriculaire avec repos compensateur. En cas de<br />

CAVD, l’exercice physique intense est contre-indiqué de<br />

manière absolue.<br />

L’électrocardiogramme<br />

en rythme sinusal<br />

Dans la CAVD, les signes évocateurs les plus caractéristiques<br />

sont une inversion de l’onde T et l’existence d’une onde epsilon<br />

dans les dérivations précordiales droites. L’augmentation<br />

de la durée du QRS au-delà de 110 ms dans ces mêmes<br />

dérivations ou l’existence de potentiels ventriculaires tardifs<br />

de surface à l’enregistrement amplifié et moyenné de l’électrocardiogramme<br />

sont des arguments supplémentaires pour<br />

une possible CAVD. Néanmoins, les anomalies de l’ECG<br />

conventionnel ne sont pas observées chez tous les patients,<br />

en particulier aux stades initiaux de la maladie. Elles ne sont<br />

retrouvées que dans la moitié à deux tiers des cas dans des<br />

études récentes, alors que ces anomalies peuvent également<br />

exister dans 20 % des cas chez des patients avec tachycardie<br />

ventriculaire infundibulaire. L’existence de potentiels<br />

ventriculaires tardifs de surface semble être un élément plus<br />

spécifique en faveur d’une CAVD puisqu’ils sont assez rarement<br />

retrouvés en cas de tachycardie ventriculaire infundibulaire.<br />

L’électrocardiogramme en cours de<br />

tachycardie ventriculaire<br />

En cas de CAVD, la tachycardie ventriculaire a un aspect de<br />

retard gauche, avec axe droit (48 % dans l’étude de Niroomand),<br />

intermédiaire (27 %) ou gauche (20 %) suivant le lieu<br />

d’origine de la TV au sein du ventricule droit (3) . L’aspect de retard<br />

gauche est également retrouvé pour les tachycardies ventriculaires<br />

infundibulaires, mais avec un axe de QRS quasiment systématiquement<br />

orienté à droite en TV. Les tachycardies ventriculaires<br />

infundibulaires sont volontiers répétitives, non soutenues,<br />

monomorphes, avec des extrasystoles ventriculaires isolées de<br />

même morphologie et avec une fréquence souvent située entre<br />

140 et 180/mn.<br />

Dans la CAVD, les QRS sont classiquement plus larges et moins<br />

amples, l’axe de la tachycardie est donc variable, elle n’est<br />

orientée à droite que dans un cas sur deux.<br />

L’imagerie du ventricule droit<br />

L’angiographie de contraste du ventricule droit, examen de<br />

référence, n’est plus utilisée en première intention à visée diagnostique<br />

du fait de son caractère invasif, irradiant et d’une<br />

variabilité interobservateur non négligeable.<br />

Les anomalies structurelles du ventricule droit de la CAVD peuvent<br />

être détectées par échocardiographie, mais les anomalies<br />

mineures ne sont visibles que par imagerie par résonance<br />

<strong>Attitudes</strong><br />

Figure 1. ECG en rythme sinusal d’un patient porteur de CAVD. Inversion<br />

des ondes T en précordiales droites avec onde epsilon bien visible<br />

en V2. Deux ESV avec aspect de retard gauche sur axe gauche.<br />

Figure 2. Tachycardie ventriculaire soutenue enregistrée chez le patient<br />

de la figure 1. Aspect de retard gauche sur axe gauche.<br />

magnétique. Les anomalies visibles sont une dilatation du ventricule<br />

droit, la présence de zones d’anévrisme diastolique ou<br />

de zones de dyskinésie dans les régions inféro-basales. Ces<br />

caractéristiques peuvent également être décelées à l’angiographie<br />

isotopique avec analyse de phase dans les centres<br />

habitués à poser le diagnostic, en permettant de mettre en évidence<br />

des anomalies de retard ou d’hétérogénéité de la contraction<br />

ventriculaire droite. Cependant, il n’est pas rare de constater<br />

des anomalies mineures dans des formes typiques de TV<br />

15 CONSENSUS CARDIO pour le praticien - N° 19 • Mai 2006


<strong>Attitudes</strong><br />

Figure 3. Tachycardie ventriculaire bénigne infundibulaire du ventricule<br />

droit de type Gallavardin. Nombreuses salves non soutenues,<br />

aspect de retard gauche sur axe droit, QRS amples et peu élargis par<br />

rapport aux complexes sinusaux.<br />

bénignes infundibulaires. L’examen par IRM est donc indispensable<br />

s’il existe un doute à l’échocardiographie transthoracique<br />

(ou à l’angiographie isotopique). L’IRM permet en outre<br />

de montrer des zones graisseuses intramyocardiques ou des<br />

zones d’amincissement pariétal avant une éventuelle ablation<br />

par radiofréquence.<br />

L’exploration électrophysiologique<br />

endocavitaire<br />

Elle peut constituer un élément pour différencier les tachycardies<br />

ventriculaires infundibulaires droites des tachycardies ventriculaires<br />

de la CAVD. Outre la morphologie des QRS de la<br />

tachycardie reproduite, un argument en faveur de la CAVD est<br />

le fait que la tachycardie puisse être induite de manière répétée<br />

avec une zone de couplage relativement déterminée. Dans<br />

l’étude de O’Donnell (4) , les tachycardies ventriculaires étaient<br />

induites par la méthode de l’extrastimulus chez 82 % des patients<br />

avec CAVD, confirmant le mécanisme de rentrée, et avec parfois<br />

plusieurs morphologies de tachycardie ventriculaire. A l’inverse,<br />

les tachycardies ventriculaires infundibulaires sont le plus<br />

CONSENSUS CARDIO pour le praticien - N° 19 • Mai 2006<br />

16<br />

souvent monomorphes. La perfusion d’isoprotérénol peut faciliter<br />

les tachycardies ventriculaires dans les deux situations et<br />

ne constitue donc pas un critère diagnostique discriminant.<br />

Au total, le diagnostic de tachycardie ventriculaire infundibulaire<br />

droite idiopathique est fait après exclusion du diagnostic<br />

de CAVD ou d’autres atteintes cardiaques structurelles. S’il n’y<br />

a pas de signe d’atteinte du ventricule droit à type de dilatation,<br />

de trouble de cinétique, d’amincissement pariétal ou d’anévrisme<br />

et s’il n’existe pas de signe électrocardiographique de<br />

CAVD, le diagnostic de tachycardie ventriculaire infundibulaire<br />

idiopathique est probable. Néanmoins, une surveillance assez<br />

attentive paraît justifiée lorsqu’il existe des antécédents familiaux<br />

de décès subit. En cas de CAVD, la stratification du risque<br />

de tachycardie ventriculaire et de mort subite reste parfois difficile,<br />

en particulier pour les patients les plus jeunes et ceux qui<br />

n’ont que des critères mineurs de la maladie (5) . Une révision des<br />

critères actuels de CAVD est possible dans les années à venir<br />

après l’analyse qui sera faite de différents registres actuellement<br />

ouverts, et une discussion au cas par cas évaluant le risque<br />

et le bénéfice d’un traitement médical ou non médical est un<br />

élément de difficulté supplémentaire une fois que le diagnostic<br />

est posé. ■<br />

Pour en savoir plus :<br />

1. McKenna WJ, Thiene G, Nava A, Fontaliran F, Blomstrom-Lundqvist C, Fontaine G,<br />

Camerini F. Diagnosis of arrhythmogenic right ventricular dysplasia/cardiomyopathy. Task<br />

Force of the Working Group Myocardial and Pericardial Disease of the European Society<br />

of Cardiology and of the Scientific Council on Cardiomyopathies of the International Society<br />

and Federation of Cardiology. Br Heart J 1994; 71: 215-8.<br />

2. Farzaneh-Far A, Lerman BB. Idiopathic ventricular outflow tract tachycardia. Heart<br />

2005; 91(2): 136-8.<br />

3. Niroomand F, Carbucicchio C, Tondo C, Riva S, Fassini G, Apostolo A, Trevisi N, Bella PD.<br />

Electrophysiological characteristics and outcome in patients with idiopathic right ventricular<br />

arrhythmia compared with arrhythmogenic right ventricular dysplasia. Heart 2002;<br />

87: 41-7.<br />

4. O’Donnell D, Cox D, Bourke J, Mitchell L, Furniss S. Clinical and electrophysiological<br />

differences between patients with arrhythmogenic right ventricular dysplasia and right<br />

ventricular outflow tract tachycardia. Eur Heart J 2003; 24: 801-10.<br />

5. Kies P, Bootsma M, Bax J, Schalij MJ, van der Wall EE. Arrhythmogenic right ventricular<br />

dysplasia/cardiomyopathy: screening, diagnosis, and treatment. Heart Rhythm<br />

2006; 3: 225-34.<br />

Pour toute correspondance avec l’auteur :<br />

lfau@med.univ.tours.fr


Débat<br />

Quelle place pour l’automesure<br />

tensionnelle ?<br />

<strong>Consensus</strong> Cardio vous propose régulièrement un « débat » sur un thème choisi par son comité éditorial.<br />

Ce mois-ci, Nicolas Postel-Vinay soutient l’intérêt de l’automesure tensionnelle contre Simon Weber, qui la<br />

réserve à quelques situations cliniques, redoutant « les rites nombrilistes tensionnels ».<br />

Le point de vue<br />

de Nicolas Postel-Vinay<br />

hôpital européen Georges-Pompidou, Paris<br />

La mesure clinique de la pression artérielle rythme<br />

depuis un peu plus d’un siècle la consultation médicale.<br />

Les cliniciens et les patients y sont si attachés qu’ils la<br />

considèrent volontiers comme un rituel de la relation<br />

médecin-malade. Mais le moment de rendre<br />

l’automesure tensionnelle systématique est venu.<br />

Aujourd’hui, on reconnaît que la mesure de la pression par<br />

le médecin, et la prise de décision qui en découle, connaît<br />

des points faibles à différents niveaux : celui du matériel et<br />

des méthodes de mesure ; celui de l’interprétation des résultats<br />

de mesure ; enfin ceux de l’identification du problème<br />

et de la prise de décision.<br />

Le matériel et les méthodes<br />

de mesure<br />

Plusieurs audits relatifs à l’équipement des médecins en<br />

matériel de mesure convergent pour souligner l’existence<br />

d’insuffisances professionnelles. Quels que soient les pays<br />

étudiés, le lieu de mesure (cabinet de médecine générale<br />

ou services hospitaliers) ou le type de sphygmomanomètres<br />

utilisés (mercure ou anaéroïdes), des défauts d’équipement<br />

sont retrouvés dans des pourcentages importants.<br />

Leur cumul est source d’erreurs, donc à l’origine de faux<br />

diagnostics d’HTA et de méconnaissance d’authentiques<br />

CONSENSUS CARDIO pour le praticien - N° 19 • Mai 2006<br />

18<br />

Le point de vue<br />

de Simon Weber<br />

hôpital Cochin, Paris<br />

L’automesure tensionnelle ne devrait<br />

pas concerner plusieurs millions<br />

de nos concitoyens !<br />

Ce « cri d’alarme » est malheureusement déjà trop tardif car,<br />

à en croire un article récent de la littérature cardiologique<br />

francophone*, deux millions d’appareils d’automesure<br />

seraient déjà « en circulation » dans l’Hexagone.<br />

L’auteur de cet article* s’indigne du fait que cet engouement pour<br />

l’automesure est le plus souvent le fait des patients eux-mêmes et<br />

non des médecins car il déplore : « seulement 1 hypertendu sur<br />

10 s’est vu inciter, par son médecin, à réaliser cette automesure…».<br />

Le corps médical français est-il irrémédiablement rétrograde<br />

et arriéré privant nos malheureux patients d’une avancée<br />

thérapeutique considérable ouvrant vers un avenir radieux ?<br />

Cette réticence de nos confrères ne traduit-elle pas plutôt un bon<br />

sens, un respect de la vraie qualité de vie de nos patients et,<br />

in fine, un solide esprit critique par rapport aux « prêts-à-penser<br />

» que certains voudraient nous imposer.<br />

Les règles du jeu non écrites de ces controverses organisées par<br />

<strong>Consensus</strong> Cardio font que je ne connais pas les arguments développés<br />

par mon protagoniste d’aujourd’hui… J’imagine cependant<br />

qu’il aura, dans son article, développé la supériorité de l’automesure<br />

par rapport au monitoring ambulatoire (MAPA), et sur<br />

ce point je n’ai aucun désaccord ! D’autant moins de désaccord<br />

que je n’avais que rarement recours à la MAPA !<br />

Je ne contesterai pas non plus le fait que la mesure de la pression<br />

artérielle au cabinet médical, même en appliquant strictement<br />

les recommandations techniques (OMS), ne représente,<br />

chez certains patients, qu’un reflet infidèle de la charge tensionnelle<br />

réelle tout au long du nycthémère et tout au long des<br />

semaines, mois et années…<br />

Si j’admets bien volontiers que la mesure de la pression artérielle<br />

au cabinet comporte des limites, je mettrais cependant en garde<br />

nos amis « hypertensiologues » de ne pas trop scier la branche<br />

sur laquelle ils sont assis depuis plusieurs décennies…<br />

L’énorme littérature internationale est en effet basée sur la mesure<br />

tensionnelle au cabinet médical :<br />

- Dans les années 50 et au début des années 60, la démonstration<br />

de la valeur pronostique péjorative de l’hypertension artérielle,<br />

notamment de l’HTA essentielle modérée.


19<br />

<strong>Attitudes</strong> Débat<br />

••• Le point de vue Nicolas Postel-Vinay ••• Le point de vue de Simon Weber<br />

hypertensions. Ces biais liés à la technique sont parfaitement<br />

identifiés si bien qu’il existe des recommandations<br />

pour les corriger, mais ces dernières ne sont pas appliquées.<br />

Critiquant ces dysfonctionnements, certains auteurs<br />

jugent les médecins « négligents » et indiquent qu’ils ont<br />

« une responsabilité éthique et médico-légale ; c’est de<br />

leur faute et ce n’est pas une question de coûts ». Et de<br />

s’interroger à partir d’un exemple : « Sur les 7 millions de<br />

jeunes femmes de moins 35 ans prenant une contraception<br />

orale, 24 000 ont un traitement antihypertenseur :<br />

combien d’entre elles reçoivent un traitement inutile compte<br />

tenu d’une mauvaise classification due aux erreurs de calibration<br />

des manomètres ? » (1)<br />

L’interprétation des résultats<br />

de mesure<br />

La mesure étant investigateur-dépendant, le matériel n’est<br />

pas la seule cause d’erreurs : avec la méthode auscultatoire,<br />

l’investigateur peut mal positionner le stéthoscope vis-à-vis<br />

de l’artère humérale et le repérage des chiffres dépend des<br />

capacités auditives du professionnel ; la vitesse de dégonflage<br />

du brassard est souvent trop rapide et la lecture des<br />

chiffres de PA sujette à approximation. A ces imprécisions,<br />

s’ajoutent les difficultés liées à la grande variabilité de la<br />

PA. En conséquence, en l’espace d’une seule consultation<br />

la pression artérielle peut être surestimée dans 30 % de cas,<br />

ou à l’inverse sous-estimée (2) .<br />

Les mesures ambulatoires multiplient le nombre de<br />

mesures pour pallier la variabilité tensionnelle et rendent<br />

compte d’une pression artérielle mesurée en dehors de<br />

la présence du médecin. Ces différences expliquent que<br />

les résultats de la mesure casuelle au cabinet médical et<br />

ceux des mesures ambulatoires divergent souvent, de 20<br />

à 40 % des cas. En confrontant les résultats obtenus par<br />

mesures ambulatoires versus mesures casuelles des sujets<br />

hypertendus traités, on peut identifier des patients ayant<br />

une HTA masquée. Dans la cohorte de l’étude SHEAF,<br />

l’automesure à domicile a permis d’identifier un sousgroupe<br />

particulier de 9 % de sujets ayant à domicile un<br />

mauvais contrôle de leur hypertension alors qu’elle apparaissait<br />

contrôlée au cabinet médical (3) . Le profil initial<br />

(en termes de facteurs de risque et d’antécédents cardiovasculaires)<br />

des patients ayant une PA élevée à domicile<br />

et normale au cabinet médical se rapproche de celui<br />

des patients considérés comme hypertendus non contrôlés<br />

par les deux méthodes de mesure. L’étude a apporté<br />

une information nouvelle en démontrant que leur pronostic<br />

cardiovasculaire est comparable à celui des<br />

patients non contrôlés.<br />

De l’identification du problème<br />

et de la prise de décision<br />

Même dans l’hypothèse où le médecin reconnaît une situation<br />

sur la base d’une mesure tensionnelle que l’on espère<br />

- Depuis les années 60, la démonstration de l’effet bénéfique des<br />

traitements antihypertenseurs.<br />

Si cette fameuse mesure ponctuelle, au cabinet médical, de la<br />

pression artérielle est si dramatiquement minable que cela, toute<br />

la littérature sur laquelle nous fondons notre pratique et plus<br />

encore sur laquelle sont élaborées les sacro-saintes recommandations<br />

n’est-elle pas fragile, voire carrément fausse ? À entendre<br />

certains collègues clamer haut et fort, urbi et orbi, qu’ils préconisent<br />

l’abandon de la mesure de la pression artérielle à l’occasion<br />

d’une consultation, on pourrait être tenté de leur demander<br />

de renoncer provisoirement à enseigner la prise en charge de<br />

l’hypertension artérielle, puisque 99% de ce qu’ils professent<br />

reposent sur des études où la pression artérielle avant et pendant<br />

le traitement a été mesurée précisément en consultation!<br />

D’où vient ma forte opposition à l’utilisation de l’automesure tensionnelle<br />

en médecine « de tous les jours » pour la majorité de<br />

nos hypertendus ?<br />

7, 5 millions de Français...<br />

En reprenant le même article récent précédemment cité, on<br />

apprend, pour ceux qui l’ignoraient, que 24 % des individus<br />

de plus de 35 ans sont des hypertendus traités et que le problème<br />

concerne donc 7,5 millions de Français. Sommes-nous<br />

prêts à recommander que pour 7,5 millions de nos concitoyens,<br />

l’appareil d’automesure côtoie la brosse à dents dans la salle<br />

de bains ou le réveille-matin sur la table de nuit ?<br />

Je sais bien que la mesure quotidienne de la pression artérielle<br />

n’est pas recommandée par nos doctes « hypertensiologues ».<br />

Ils préconisent de façon beaucoup plus raisonnable deux à trois<br />

jours consécutifs d’automesure, chacune de ces séquences étant<br />

renouvelée environ une fois par mois.<br />

Dans la pratique, combien d’entre nous n’ont-ils pas vu en consultation<br />

le patient hypertendu montrer fièrement le relevé soigneux<br />

de ses chiffres tensionnels quotidiens des six derniers mois ? Les<br />

lecteurs de cet article ont probablement eu des relevés pluriquotidiens<br />

sur plusieurs mois, voire pour certains de nos patients<br />

(volontiers récemment retraités), l’historique informatisé, souvent<br />

multicolore, de leurs chiffres de pression artérielle… Quelles que<br />

soient les précautions oratoires que l’on puisse prendre, cette<br />

dérive est et restera malheureusement fréquente, liée soit à un certain<br />

nombrilisme, qui a tendance à s’accentuer avec le vieillissement<br />

et le fréquent désœuvrement dû à la cessation d’activité professionnelle,<br />

soit avec le souci, d’essence rurale, de ne pas<br />

« gâcher », donc de rentabiliser en l’utilisant tous les jours le précieux<br />

appareil que l’on a récemment acheté. Dans cette même<br />

logique de rentabiliser, l’appareil d’automesure est volontiers utilisé<br />

par tous les membres de la famille, strictement normotendus ;<br />

on ne m’a pas encore demandé s’il existait des brassards<br />

adaptés aux animaux domestiques, mais cela viendra probablement<br />

un jour…<br />

Chez le boulanger…<br />

Quel cardiologue praticien n’a-t-il pas dû gérer l’appel téléphonique<br />

d’un patient parfaitement stable par ailleurs, mais<br />

terrorisé par un chiffre d’automesure tensionnelle occasionnellement<br />

à 17 de systolique ! Bien entendu, ce constat conduit<br />

CONSENSUS CARDIO pour le praticien - N° 19 • Mai 2006


Débat<br />

••• Le point de vue Nicolas Postel-Vinay ••• Le point de vue de Simon Weber<br />

non erronée, il n’est pas rare qu’il n’en tire pas les conséquences<br />

pratiques. Ce phénomène, noté de façon générale<br />

dans la prise en charge des situations chroniques tels le diabète,<br />

l’HTA ou les dyslipidémies, a été qualifié « d’inertie<br />

clinique » (4) . « Souvent les professionnels de santé n’intensifient<br />

pas les traitements au fur et à mesure des visites. Ils<br />

reconnaissent le problème, mais ne parviennent pas à<br />

agir » (4) . De fait, lorsqu’on cherche à préciser les motifs pour<br />

lesquels les médecins n’augmentent pas les traitements des<br />

hypertendus non contrôlés, l’attentisme (poursuivre les<br />

mesures avant de changer le traitement) et la satisfaction<br />

de l’actuelle réponse tensionnelle sont trop fréquents (5) . Avec<br />

les mesures ambulatoires, cet attentisme justifié par la nécessité<br />

de répéter les mesures n’a plus lieu d’être. Quant à la<br />

satisfaction vis-à-vis de la réponse tensionnelle et à la tolérance<br />

d’un objectif non atteint, on peut émettre l’hypothèse<br />

que la connaissance des chiffres et des objectifs tensionnels<br />

par le patient pourrait jouer favorablement. Cette hypothèse<br />

n’est pas prouvée, mais plusieurs enquêtes ont montré que<br />

les patients hypertendus possédant un autotensiomètre savent<br />

mieux nommer leurs médicaments et connaissent mieux leurs<br />

chiffres tensionnels. Une méta-analyse portant sur 18 essais<br />

contrôlés randomisés, totalisant 1 359 sujets hypertendus<br />

pratiquant l’automesure comparés à 1 355 sujets contrôles<br />

vus pendant 2 à 36 mois, montre que l’automesure permet<br />

d’obtenir un meilleur contrôle. Certes les différences sont<br />

minimes (4 mmHg en moyenne) et les raisons de cet avantage<br />

ne sont pas claires, mais à tout le moins elles sont en<br />

faveur de l’automesure (6) .<br />

En conclusion<br />

Se passer de l’automesure ou de la MAPA revient à ignorer<br />

d’éventuels effets blouse blanche ou une hypertension masquée<br />

; autrement dit à porter un jugement sur des bases erronées<br />

dans près de 40 % des cas si l’on additionne les préva-<br />

CONSENSUS CARDIO pour le praticien - N° 19 • Mai 2006<br />

20<br />

le patient à remesurer fébrilement et anxieusement sa pression<br />

artérielle quelques heures plus tard, qui, du fait même de<br />

l’anxiété, sera à nouveau élevée, etc. Je vous propose enfin,<br />

cet « instantané » chez la boulangère :<br />

« - Alors comment ça va ce matin Mme Martin ?<br />

- Oh pas très fort, pas très fort.<br />

- Ce sont vos rhumatismes qui vous reprennent ?<br />

- Non pas du tout ; avec les nouveaux médicaments et après<br />

ma cure, tout va bien de ce côté-là.<br />

- Allons donc ! Des problèmes avec votre famille ?<br />

- Ah non ; au contraire ; ils sont adorables, ils ne m’oublient<br />

pas ; d’ailleurs ils viennent tous déjeuner dimanche prochain.<br />

- Alors qu’est-ce qui vous tourmente donc comme ça ? Pourquoi<br />

faites-vous cette tête des mauvais jours ?<br />

- Ah ma pauvre, c’est la tension qui ne va pas… Vous savez,<br />

maintenant avec ce nouvel appareil, je peux la prendre tous<br />

les jours… Depuis hier elle est à 15, alors que mon docteur m’a<br />

dit qu’il ne fallait pas qu’elle dépasse 14… Vous savez c’est<br />

très dangereux tout ça. »<br />

Je reconnais que la majorité des patients pratiquant l’automesure<br />

n’en est pas là ; une telle conversation n’est cependant pas exceptionnelle,<br />

loin de là ! Je n’ai bien sûr pas de statistiques à fournir ;<br />

mais je serais tenté de dire que ce comportement est minoritaire,<br />

mais concerne quand même une minorité non négligeable !<br />

À plusieurs reprises, ces dernières années, lorsque je faisais valoir,<br />

à l’occasion d’un EPU ou, de façon bien plus informelle, d’une<br />

quelconque conversation de couloir que je redoutais cette médicalisation<br />

excessive du tout-venant des hypertendus, je me suis vu<br />

répliquer que « après tout les diabétiques pratiquent bien, pluriquotidiennement,<br />

l’automesure de leur glycémie ! ». Cette réponse,<br />

que je trouve terrorisante, résume pour moi parfaitement la réalité<br />

du débat. L’hypertension est un facteur de risque vasculaire<br />

important, méritant, au même titre que l’hypercholestérolémie, un<br />

dépistage performant, un traitement pharmacologique quotidien<br />

et une surveillance régulière. Mais les hypertendus essentiels modérés<br />

et les hypercholestérolémiques ne sont pas des malades. Il<br />

s’agit, tout du moins à mon humble avis, de sujets en bonne santé<br />

et devant se considérer comme tels, mais porteurs de facteurs de<br />

risque méritant une démarche préventive et rigoureuse. Les diabétiques<br />

insulinodépendants sont malheureusement de vrais<br />

malades graves ; ils ne peuvent pas hélas se considérer comme<br />

des sujets bien-portants, soumis à une simple démarche préventive<br />

et il est pour eux de ce fait légitime et même souvent nécessaire<br />

d’imposer cette démarche d’autosurveillance dont il est bien<br />

évident que les conséquences en matière de bien-être et de<br />

qualité de vie sont lourdes. Prendre le risque, par le biais de l’automesure,<br />

de rapprocher le mode de vie et la perception de soimême<br />

des 7,5 millions d’hypertendus modérés de ceux des<br />

quelques dizaines de milliers de diabétiques sous traitement insulinique<br />

me paraît strictement et diamétralement à l’opposé du travail<br />

du médecin, tout du moins tel que je le conçois.<br />

Surveiller sa tension<br />

comme son cholestérol<br />

La miniaturisation, l’automation et la standardisation des tech


Débat<br />

••• Le point de vue Nicolas Postel-Vinay ••• Le point de vue de Simon Weber<br />

lences de ces phénomènes. L’automesure étant fiable, peu<br />

coûteuse, facilement reproductible et appréciée des patients,<br />

bien cadrée par les recommandations (HAS 2005), on voit<br />

mal pourquoi s’en priver. Certes, la majorité des essais d’intervention<br />

est basée sur la méthode casuelle, mais la correspondance<br />

des valeurs entre l’une et l’autre méthode est bien<br />

documentée. Sous réserve de l’utilisation d’un appareil validé<br />

avec brassard huméral de préférence, bien entretenu et utilisé<br />

avec un geste de mesure adéquate (d’où l’importance cruciale<br />

de l’éducation thérapeutique), l’automesure doit désormais<br />

être systématiquement utilisée dans le respect de ses<br />

contre-indications (arythmie, enfant, bras d’une circonférence<br />

> 32 cm, troubles cognitifs, anxiété non maîtrisée). Tant que<br />

les recommandations ne nous y autoriseront pas, on ne saurait<br />

prôner l’abandon de la mesure casuelle. Mais puisque<br />

aujourd’hui de nombreux patients sont déjà des utilisateurs<br />

de l’automesure sur leur propre décision, il serait de mauvaise<br />

pratique de ne pas les accompagner dans cette<br />

démarche. ■<br />

Références :<br />

1. Rouse A, Marshall T. The extent and implications of sphygmomanometer calibration<br />

error in primary care. J Hum Hypertens 2001 ; 15 : 587-91.<br />

2. Bobrie G. Automesure tensionnelle, guide pratique. Imothep Ed. Paris 2000.<br />

3. Bobrie G. Jama 2004 ; 291 : 1342-9.<br />

4. Philips. Ann Intern Med 2001 ; 35 : 825-34.<br />

5. Oliveria SA et al. Arch Intern Med 2002 ; 162 : 413-20.<br />

6. Cappuccio et al. BMJ 2004 ; 329 : 145.<br />

Pour toute correspondance avec l’auteur :<br />

automesure@noos.fr<br />

niques de dosages biologiques permettent d’imaginer que dans<br />

un proche avenir l’automesure du LDL-cholestérol soit techniquement<br />

tout aussi faisable que l’automesure de la glycémie. Considéreriez-vous<br />

comme un progrès de le proposer aux millions d’hypercholestérolémiques<br />

que, à juste titre, nous traitons principalement<br />

par statines ? Si vous estimez la réponse négative, pourquoi en seraitil<br />

autrement dans la prise en charge de l’hypertension artérielle ?<br />

Les spécialistes européens et notamment français de l’hypertension<br />

artérielle ont, légitimement, défendu la notion de « risque<br />

artériel absolu » prenant en compte les autres facteurs athérogènes<br />

: dyslipidémie, diabète, tabagisme, âge, sexe dans la décision<br />

de débuter ou non un traitement antihypertenseur. Cette<br />

approche plus globale, plus intelligente s’oppose à l’attitude dominante<br />

nord-américaine beaucoup plus « comptable » où, tout<br />

comme le gendarme avec son radar au bord de la route, le traitement<br />

antihypertenseur doit être proposé chaque fois que les<br />

chiffres constatés dépassent une valeur seuil préétablie. Remarquons<br />

au demeurant que cette valeur seuil préétablie a une fâcheuse<br />

tendance à varier d’une réunion à l’autre des sociétés très savantes,<br />

la tendance étant à la baisse pour culminer à la notion de « préhypertension<br />

» chez les patients dont la systolique dépasse les<br />

120 mmHg ! Insister lourdement sur l’automesure tensionnelle,<br />

c’est-à-dire sur l’aspect purement comptable du problème, n’estce<br />

pas abandonner plus ou moins, ou en tout cas réduire l’importance<br />

de l’approche globale, à juste titre privilégiée par les spécialistes<br />

européens de l’hypertension et de la cardiologie préventive ?<br />

Pour conclure, il n’est pas question de nier le fait que l’automesure<br />

tensionnelle représente un acquis conceptuel et technique<br />

intéressant. Elle est probablement utile chez certains patients dont<br />

les chiffres tensionnels de base sont limites ou modérément élevés<br />

et qui par ailleurs ne présentent pas ou peu d’autres facteurs<br />

de risque athéromateux. Chez ces patients, une période de<br />

quelques semaines à quelques mois d’automesure tensionnelle<br />

peut utilement, intelligemment, aider le praticien à décider de<br />

l’opportunité de démarrer un traitement antihypertenseur qui,<br />

une fois instauré, sera, sauf rares exceptions, un traitement à vie.<br />

Dans cette bonne indication, il serait préférable que le patient puisse<br />

se voir prêter provisoirement un appareil d’automesure qu’il restituerait<br />

une fois qu’il aurait accompli son travail d’aide à la décision.<br />

Je sais bien qu’au plan strictement financier le prix actuellement relativement<br />

modique des appareils d’automesure rend cette démarche<br />

de prêt probablement peu rentable, mais elle aurait l’immense avantage<br />

d’éviter que ne s’installent des rites nombrilistes tensionnels ! Il<br />

existe des hypertensions artérielles sévères, difficiles à équilibrer ; on<br />

quitte alors le domaine de la médecine préventive du sujet sain pour<br />

s’approcher de celui du traitement de malades graves ; on se rapproche,<br />

au moins partiellement, des contraintes du traitement d’un<br />

diabète insulinorequérant, et chez ces patients-là, heureusement<br />

extrêmement minoritaires par rapport à la gigantesque cohorte des<br />

7,5 millions d’hypertendus hexagonaux, l’acquisition et l’utilisation<br />

intelligente d’un appareil d’automesure sont réellement justifiées. ■<br />

* Denolle, Cardiologie pratique, 18 janvier 2006.<br />

Pour toute correspondance avec l’auteur :<br />

Email : simon.weber@cch.ap-hop-paris.fr<br />

21 CONSENSUS CARDIO pour le praticien - N° 19 • Mai 2006


Registre<br />

PREVENIR III : l’association<br />

antiagrégant plaquettaire-statine<br />

sur le pronostic à six mois<br />

des coronariens<br />

François Philippe, Institut mutualiste Montsouris, Paris<br />

PREVENIR III, registre observationnel, montre<br />

que l’incidence des événements coronaires et vasculaires<br />

reste élevée. Dans ce registre, seuls 12 % des patients<br />

reçoivent une association statine-antiagrégant plaquettaire.<br />

Le programme des registres PREVENIR initié en 1998 avait<br />

pour objectif d’observer les prescriptions médicamenteuses<br />

en pratique clinique française chez des sujets athérothrombotiques.<br />

PREVENIR I en 1998, puis PREVENIR II en 1999<br />

constituaient un relevé instantané des ordonnances à la sortie<br />

de l’hôpital après syndrome coronaire aigu et permettaient<br />

de discuter l’évolution de la mise en pratique du<br />

concept BASIC (Bêta-bloquant, Antiagrégant plaquettaire,<br />

Statine, IEC, Contrôle des facteurs de risque) en fonction<br />

notamment de la diffusion des recommandations européennes<br />

(1) . PREVENIR III conduit en 2000 est un registre<br />

observationnel et prospectif comportant un suivi de six mois<br />

en pratique libérale auprès des cardiologues et des médecins<br />

généralistes. Cette période permet de juger l’éventuel<br />

impact des différences de prescriptions sur le pronostic des<br />

patients athérothrombotiques et plus particulièrement sur<br />

celui des coronariens (2) (Figure 1).<br />

Un effectif de plus de<br />

6 859 coronariens<br />

Le registre PREVENIR III a été conduit chez 3 746 médecins<br />

dont 785 cardiologues entre le 1 er janvier et le 31 décembre<br />

1985<br />

MONICA<br />

USIC 1995<br />

EUROASPIRE I<br />

PREVENIR I<br />

1998<br />

EURO HEART<br />

SURVEY<br />

EUROASPIRE II<br />

PRISMA<br />

1999<br />

USIC 2000<br />

ECLAT<br />

PREVENIR III<br />

Figure 1. Registres des pratiques médicales en France et en Europe.<br />

CONSENSUS CARDIO pour le praticien - N° 19 • Mai 2006<br />

ENACT<br />

GRAGE<br />

2000-2001<br />

2000<br />

ELIAGE MG<br />

ELIAGE<br />

CARDIO<br />

FACT<br />

22<br />

2000. 9 556 patients athérothrombotiques ont été sélectionnés,<br />

8 288 ont été inclus et la population des coronariens a<br />

constitué un effectif de 6 859 patients.<br />

Chaque mois, et pendant une période de six mois, le médecin<br />

devait remplir un formulaire de suivi spécifiant l’état actuel du<br />

patient (perdu de vue, survie, décès et cause du décès) et les<br />

détails sur toutes les hospitalisations.<br />

Statine-antiagrégant :<br />

53 % des coronariens<br />

La population était majoritairement masculine (77,9 %<br />

d’hommes) et âgée en moyenne de 65 ans (65,4 + 11,6). L’antécédent<br />

coronaire était un infarctus du myocarde dans 59,2 %<br />

des cas, un angor instable dans 35,2 % des cas et enfin<br />

l’association infarctus et angor instable dans 5,6 % des cas.<br />

Une angioplastie avait déjà été réalisée chez 43 % d’entre eux<br />

et une chirurgie de pontage chez 21 %. Parmi les facteurs de<br />

risque cardiovasculaire, une dyslipidémie était présente dans<br />

71,4 % des cas, un diabète dans 22 % des cas et une hypertension<br />

artérielle dans 51 % des cas.<br />

Seulement 12 % des patients recevaient l’ensemble des quatre<br />

classes thérapeutiques recommandées (antiagrégant, statine,<br />

bêtabloquant, inhibiteur de l’enzyme de conversion). Un tiers<br />

prenaient trois médicaments sur quatre et 53 % bénéficiaient<br />

d’une association statine-antiagrégant.<br />

Durant la période de suivi, 84 événements cardiovasculaires<br />

sont survenus dont 77,4 % coronariens (66 infarctus) et 22,6 %<br />

cérébrovasculaires, soit un taux de 1,2 % et une incidence de<br />

3,1 pour 100 patients-année de suivi. A la fin du suivi,<br />

67 patients étaient décédés (1,0 %), soit un taux d’incidence<br />

cumulative de 2,5 pour 100 patients-année.<br />

Analyse des résultats en fonction<br />

des traitements concomitants<br />

Evénements coronariens<br />

En analyse bivariée, les patients traités par statine et antiagrégant<br />

ont présenté un meilleur pronostic coronarien que<br />

ceux n’ayant pas reçu ces médicaments (1,6 versus 7,2 événements<br />

pour 100 patients-année de suivi). Cette réduction de<br />

risque a également été observée après analyse multivariée et<br />

atteint 71 % (RR : 0,29 ; IC à 95 % : 0,15-0,53, p < 0,0001).


Survie %<br />

1,01<br />

1<br />

0,99<br />

0,98<br />

0,97<br />

0,96<br />

0,95<br />

Statines et AAP<br />

Statines sans AAP<br />

AAP sans statines<br />

Pas de statine ni d'AAP<br />

0 14 28 42 56 70 84 98 112 126 140 154 168 176 178 180 182 184<br />

Jours<br />

Evénements vasculaires combinés<br />

(coronaires et cérébraux) (Figure 2)<br />

En analyse multivariée, la réduction de risque combiné coronaire<br />

et cérébral atteint 65 % (RR : 0,35 ; IC à 95 % : 0,2-0,6 ;<br />

p < 0,001) pour les patients ayant l’association antiagrégantstatine<br />

par rapport à ceux ne la recevant pas.<br />

Mortalité toutes causes (Figure 3)<br />

L’association des statines et des antiagrégants a eu un impact<br />

majeur sur la mortalité toutes causes réduite de 68 % (RR : 0,32 ;<br />

IC à 95 % : 0,16-0,65 ; p < 0,002).<br />

Si la pratique française de 2006 est probablement optimisée par<br />

rapport à celle relevée dans ce registre de 2000, PREVENIR III<br />

apporte néanmoins des enseignements très importants :<br />

23<br />

<strong>Attitudes</strong> Registre<br />

– l’incidence des événements coronaires et cérébrovasculaires<br />

chez un coronarien considéré comme<br />

stable reste élevée avec 3,1 événements pour 100<br />

patients-année de suivi ;<br />

– l’incidence de la mortalité totale est de 2,5 pour<br />

100 patients-année, corrélant les données du registre<br />

international REACH ;<br />

– un traitement optimal BASIC (Bêtabloquant, Antiagrégant-plaquettaire,<br />

Statine, IRE) n’est obtenu que<br />

chez une minorité de patients (12 %) ;<br />

– une simple association statine-antiagrégant plaquettaire<br />

assure déjà une réduction considérable des<br />

récidives d’événements cardiovasculaires et de la<br />

mortalité.<br />

Ces résultats sont concordants avec ceux observés<br />

en Grande-Bretagne sur une très vaste cohorte (3) et<br />

lors d’une méta-analyse ayant porté sur plusieurs<br />

essais thérapeutiques des statines comportant des<br />

groupes placebo (4) . ■<br />

Pour en savoir plus :<br />

1. Ferrières J, Danchin N, Grenier O, Cantet C, Thomas D, Cambou JP. Optimizing the<br />

prescription of statins after an acute coronary syndrome: the influence of coronary angioplasty<br />

and total cholesterol levels. Cardiovasc Drugs Ther, 2001 ; 15 : 559-60.<br />

2. Ferrières J, Cambou JP, Cantet C, Guize L. Prognosis at 6 months for coronary and cerebrovascular<br />

patients : impact of antiplatelet agents and statins : results from the PREVENIR<br />

III study.Cardiovasc Drugs Ther, 2006, vol 20, n°1 ; 55-61.<br />

3. Hippisley-Cox J, Coupland C. Effect of combinations of drugs on all cause mortality in<br />

patients with ischaemic heart disease: nested case-control analysis. BMJ, 2005; 330 :<br />

1059-63.<br />

4. Hennekens CH, Sacks FM, Tonkin A et al. Additive benefits of pravastatin and aspirin to<br />

decrease risks of cardiovascular disease : randomized and observational comparisons of<br />

secondary prevention trials and their meta-analysis. Arch Intern Med, 2004 ; 164 : 40-4.<br />

Pour toute correspondance avec l’auteur :<br />

francois.philippe@imm.fr<br />

p < 0,001<br />

p < 0,01<br />

Figure 2. Evénements cardiovasculaires combinés (coronaires et cérébrovasculaires) et mortalité totale à 6 mois dans le registre PREVENIR III<br />

selon les traitements reçus par statines et antiagrégants plaquettaires (AAP).<br />

Pour 100 personnes-année<br />

de suivi<br />

7,5<br />

10 (4,5-10,6)<br />

6,1<br />

8<br />

(3,5-8,9)<br />

6<br />

4<br />

2<br />

0<br />

Pas de statines,<br />

pas d'AAP (n = 791)<br />

référence<br />

**** **<br />

2,5 1,9<br />

(0,9-4,1) (0,5-3,4)<br />

Statines seules<br />

(n = 890)<br />

Récidives vasculaires<br />

Mortalité totale<br />

**<br />

3,8<br />

(2,3-5,4)<br />

NS<br />

4,3<br />

(2,6-5,9)<br />

****<br />

2,0 ****<br />

(1,4-2,7) 1,0<br />

(0,5-1,6)<br />

AAP (n = 1 560) AAP + statines<br />

(n = 3 618)<br />

Figure 3. Mortalité totale. p : la valeur de référence est l’absence de traitement par<br />

AAP et statines ; *p : < 0,05 ; ** p < 0,01 ; *** p < 0,001 ; **** p < 0,001.<br />

NS<br />

Ref<br />

CONSENSUS CARDIO pour le praticien - N° 19 • Mai 2006


<strong>Attitudes</strong> Question juridique<br />

• Rappel<br />

Cardiologie et sport :<br />

la responsabilité liée au certificat<br />

Frédérique Claudot* et Yves Juillière**, centre hospitalier universitaire Nancy<br />

Un adolescent de 15 ans porteur d’un souffle<br />

depuis son enfance consulte un médecin<br />

généraliste pour obtenir un certificat de<br />

non-contre-indication à la pratique sportive<br />

nécessaire à l’obtention d’une licence sportive<br />

de karaté. Le médecin généraliste découvre<br />

le souffle cardiaque et lui refuse le certificat.<br />

Il l’adresse à un cardiologue qui retrouve<br />

une hypertrophie ventriculaire gauche majeure<br />

à l’échographie. Le cardiologue refuse<br />

également le certificat et prend rendez-vous<br />

pour des investigations complémentaires au<br />

CHU. Malheureusement, l’adolescent décède<br />

entre-temps lors d’une séance d’éducation<br />

physique au collège.<br />

La famille assigne le médecin généraliste et le<br />

cardiologue en responsabilité civile devant le<br />

tribunal de grande instance (TGI). Elle est<br />

déboutée de sa demande. Elle interjette appel.<br />

La cour d’appel infirme le jugement du TGI et<br />

condamne les médecins pour manquement à<br />

leur obligation d’information.<br />

En l’espèce, la cour d’appel a considéré que le fait que le<br />

souffle était connu de longue date par l’adolescent et a<br />

fortiori par ses parents ne signifiait pas qu’ils étaient<br />

conscients des dangers encourus. La cour a d’ailleurs estimé<br />

que le seul fait que l’adolescent ait demandé un certificat<br />

d’aptitude pour le karaté confirmait cette inconscience. Elle<br />

estime par ailleurs qu’étant tous deux astreints à une obligation<br />

d’information envers leur patient, le cardiologue et le<br />

médecin généraliste ne pouvaient se contenter de refuser le<br />

certificat médical à l’adolescent et de l’orienter vers un spécialiste.<br />

Selon la cour, le cardiologue comme le médecin<br />

généraliste auraient dû interdire à l’adolescent tout effort<br />

violent dans le cadre scolaire et extrascolaire, en avertissant<br />

ses parents et les établissements où il pratiquait un sport.<br />

Relevant qu’aucun élément n’établit que les médecins eussent<br />

donné ne serait-ce qu’un commencement d’information,<br />

la cour conclut que la faute commise par les deux praticiens<br />

est en lien de causalité direct avec le décès de l’adolescent<br />

puisqu’elle l’a privé d’une chance de survie (CA Grenoble,<br />

04 avril 2000).<br />

* Frédérique Claudot est avocate au barreau de Nancy, assistante universitaire de médecine<br />

légale à la faculté de médecine de Nancy, assistante hospitalière et consultante juridique<br />

du CHU de Nancy.<br />

** Yves Juillière est professeur des universités en cardiologie et maladies vasculaires à la<br />

faculté de médecine de Nancy et expert de cardiologie près la cour d’appel de Nancy.<br />

CONSENSUS CARDIO pour le praticien - N°19 • Mai 2006<br />

24<br />

La lecture de cette jurisprudence ne peut que nous remémorer<br />

qu’Al Capone n’a pas été condamné à onze ans de prison<br />

pour le massacre de la Saint-Valentin, mais pour fraude<br />

fiscale !<br />

Rappelons que pour mettre en cause la responsabilité d’un<br />

professionnel de la santé, un avocat a schématiquement deux<br />

solutions. La première, qui est la plus facile, est d’invoquer<br />

un manquement à son obligation d’information (défaut d’information<br />

pur et simple, information incomplète, information<br />

trop optimiste, défaut d’information relatif aux risques…).<br />

La seconde, plus difficile, car soumise à une expertise, est<br />

d’invoquer une « faute technique » (manquement aux règles<br />

de l’art, erreur fautive de diagnostic, faute technique dans<br />

la réalisation de l’acte, défaut de surveillance…). Lorsque<br />

« l’option faute technique » est choisie, il faut démontrer que<br />

le médecin a commis une faute qui est en lien direct et certain<br />

avec le préjudice du patient. Dans l’affaire sus-décrite,<br />

la famille de l’adolescent a probablement été dans l’impossibilité<br />

de montrer que le cardiologue et le médecin généraliste<br />

avaient commis la moindre faute « technique ». En effet,<br />

le médecin généraliste adresse son patient à un cardiologue,<br />

le cardiologue l’adresse au CHU pour des examens complémentaires,<br />

répondant tous deux à l’article 32 du Code de<br />

déontologie médicale (article R.4127-32 du Code de la santé<br />

publique) qui dispose que : « Dès lors qu’il a accepté de<br />

répondre à une demande, le médecin s’engage à assurer<br />

personnellement au patient des soins consciencieux, dévoués<br />

et fondés sur les données acquises de la science, en faisant<br />

appel, s’il y a lieu, à l’aide de tiers compétents ». Leur comportement<br />

est également conforme à la jurisprudence Mercier<br />

de 1936 (C. cas. 1 re civ, 20 mai 1936) qui précise que<br />

le médecin doit à son patient des « soins consciencieux, attentifs<br />

et conformes aux données acquises de la science ». Par<br />

suite, il était difficile d’établir un lien de causalité direct et<br />

certain entre le préjudice causé à l’adolescent qui est constitué<br />

par son décès et une hypothétique faute commise par les<br />

médecins.<br />

La théorie de la perte de chance, « ce paradis<br />

des juges indécis » (doyen Savatier) : si l’on considère<br />

que l’utilisation de la théorie de la perte de chance permet<br />

l’indemnisation de la victime qui ne parvient pas à apporter<br />

une preuve suffisante du lien de causalité existant entre<br />

un manquement et le dommage qu’elle subit, la décision de<br />

la cour est une illustration évidente de la volonté d’indemniser<br />

la famille du patient. Les médecins ne rapportant pas la<br />

preuve qu’ils ont bien informé le patient, la cour n’a plus<br />

qu’à constater l’évidence de leur faute, même si cet adolescent<br />

et sa famille connaissaient l’existence de ce souffle<br />

cardiaque.<br />

Cette jurisprudence nous enseigne qu’en matière de contrôle<br />

médical de l’aptitude au sport, s’abstenir de rédiger un cer-


© BSIP<br />

tificat peut tout autant engager sa responsabilité qu’en établir<br />

un. En l’occurrence, si le médecin généraliste et le cardiologue<br />

avaient chacun établi un certificat de contre-indication<br />

à la pratique sportive, la cour n’aurait probablement<br />

pas pu les condamner, car ces certificats auraient pu être<br />

considérés comme un commencement de preuve d’information<br />

délivrée au patient et à ses parents.<br />

Que faire pour prévenir une<br />

éventuelle mise en cause ?<br />

Il faut d’abord connaître la loi. Il faut ensuite connaître les<br />

conséquences « juridiques » de ses actes.<br />

1. Connaître la loi<br />

En matière de surveillance médicale des activités physiques<br />

et sportives, deux situations sont réglementées : le contrôle<br />

médical de l’aptitude à la pratique de l’éducation physique<br />

et sportive (le sport à l’école) et le contrôle médical<br />

préalable à la compétition sportive (le sport dans le cadre<br />

d’une fédération sportive).<br />

1.1 Le contrôle médical de l’aptitude à la pratique de l’éducation<br />

physique et sportive<br />

L’enseignement physique et sportif dispensé dans les écoles<br />

maternelles et élémentaires, dans les établissements du second<br />

degré et d’enseignement technique est réglementé par la loi<br />

25<br />

Question juridique<br />

nº 2000-627 du 6 juillet 2000. Les modalités de contrôle<br />

d’aptitude des élèves au sport sont fixées par le décret nº 88-<br />

977 du 11 octobre 1988 complété par un arrêté interministériel<br />

du 13 septembre 1989. Selon ces textes, les élèves qui<br />

invoquent une inaptitude physique doivent en justifier par<br />

un certificat médical indiquant le caractère total ou partiel<br />

de l’inaptitude.<br />

En cas d’inaptitude partielle, le certificat peut comporter,<br />

dans le respect du secret professionnel, des indications utiles<br />

pour adapter la pratique de l’éducation physique et sportive<br />

aux possibilités individuelles des élèves. Le certificat indique<br />

la durée de l’inaptitude qui ne peut excéder l’année scolaire<br />

en cours.<br />

Une circulaire nº 2003-062 du 24 avril 2003 précise par<br />

ailleurs qu’un examen médical conditionne l’admission en<br />

section sportive scolaire (sport-études). Cet examen donne<br />

lieu à l’établissement et à la délivrance d’un certificat médical<br />

attestant la non-contre-indication à la pratique de la<br />

discipline dans le cadre de la section sportive scolaire. Le<br />

choix du médecin appartient à la famille de l’élève, mais<br />

l’examen médical doit être effectué par un médecin titulaire<br />

du CES de médecine du sport ou de la capacité en<br />

médecine et biologie du sport ou du DESC de médecine du<br />

sport.<br />

1.2. Le contrôle médical préalable à la compétition sportive<br />

Le suivi médical des sportifs est réglementé par les articles<br />

L. 3621-1 et suivants du Code de la santé publique (CSP).<br />

La première délivrance d’une licence sportive est subordonnée<br />

à la production d’un certificat médical attestant<br />

l’absence de contre-indication à la pratique de l’activité<br />

physique ou sportive pour laquelle elle est sollicitée. Pour<br />

certaines disciplines dont la liste est fixée par un arrêté<br />

conjoint du ministre chargé des Sports et du ministre chargé<br />

de la Santé, un examen plus approfondi et spécifique est<br />

nécessaire. Cette liste de disciplines est fixée par un arrêté<br />

du 28 avril 2000. Elle concerne surtout les sports violents<br />

ou à risque suivants : sports de combat pour lesquels la mise<br />

« hors de combat » est autorisée, alpinisme de pointe, sports<br />

utilisant des armes à feu, sports mécaniques, sports aériens,<br />

à l’exception de l’aéromodélisme, sports sous-marins.<br />

L’examen préalable donne lieu à la délivrance d’un certificat<br />

médical attestant non pas l’aptitude, mais l’absence de<br />

contre-indication au sport considéré. Les conclusions de<br />

l’examen d’aptitude peuvent aboutir à classer le sportif dans<br />

des catégories : apte sans réserve, apte avec certaines<br />

réserves, à ménager, inapte temporaire (T), ou inapte définitif<br />

(D).<br />

Le certificat doit mentionner les disciplines contre-indiquées.<br />

Des réponses ministérielles précisent que l’absence de contreindication<br />

ne peut concerner qu’une ou plusieurs disciplines<br />

indiquées dans le certificat ; elle ne peut être générale (Rép.<br />

Min. nº 72807 : JOAN Q, 6 mai 2002, p. 2422). Le certificat<br />

de non-contre-indication a une validité d’un an. L’article<br />

L. 3622-1 CSP précise que la délivrance du certificat de<br />

non-contre-indication est mentionnée dans le carnet de santé<br />

délivré à la naissance (art. L. 2132-1 CSP).<br />

CONSENSUS CARDIO pour le praticien - N°19 • Mai 2006


Question juridique<br />

Concernant sa forme, le certificat de non-contre-indication<br />

est soumis aux règles générales de rédaction applicables aux<br />

certificats médicaux. Certaines fédérations fournissent des<br />

modèles ou formulaires à remplir.<br />

Outre l’examen médical initial nécessaire avant la délivrance<br />

de toute licence sportive, l’article L. 3621-2 CSP dispose que<br />

les fédérations sportives doivent assurer l’organisation de la<br />

surveillance médicale particulière à laquelle sont soumis leurs<br />

licenciés inscrits sur la liste des sportifs de haut niveau, ainsi<br />

que des licenciés inscrits dans les filières d’accès au sport de<br />

haut niveau. Un arrêté du 11 février 2004 fixe la nature et<br />

la périodicité de ces examens. Les résultats desdits examens<br />

sont mentionnés dans un livret individuel délivré par la fédération<br />

sportive dont il relève à chaque sportif ou à son représentant<br />

légal.<br />

2. Il faut connaître les conséquences « juridiques »<br />

de ses actes<br />

La responsabilité liée à l’établissement d’un certificat de noncontre-indication<br />

à la pratique des activités physiques et sportives<br />

est régie par les principes généraux de la responsabilité<br />

médicale. Elle peut en conséquence être d’ordre pénal,<br />

disciplinaire et civil. Hors la responsabilité liée au suivi médical<br />

des sportifs (que nous n’envisagerons pas ici), la responsabilité<br />

du médecin peut être engagée en ce qui concerne<br />

l’examen préalable du patient ainsi qu’en ce qui concerne la<br />

rédaction du certificat proprement dit.<br />

2.1. La responsabilité relative à l’examen préalable<br />

2.1.1. La responsabilité pour « faute technique »<br />

2.1.1.1. L’examen du patient<br />

Lorsqu’il établit un diagnostic d’aptitude au sport, le médecin<br />

doit bien entendu examiner le patient personnellement.<br />

Cela implique :<br />

– Qu’il doit examiner la personne à qui il va établir un certificat.<br />

Même s’il s’agit d’une personne qu’il connaît de longue<br />

date, il est formellement interdit de porter un diagnostic sans<br />

examen ou par téléphone.<br />

– Qu’il ne peut établir un certificat pour un examen qu’un<br />

confrère aurait pratiqué.<br />

2.1.1.2. La responsabilité concernant les tests d’aptitude<br />

La responsabilité du praticien peut être engagée tant en ce<br />

qui concerne la réalisation des tests d’aptitude proprement<br />

dite (test d’effort par exemple) qu’en ce qui concerne l’interprétation<br />

des résultats de ces tests. Il ne faut bien entendu pas<br />

négliger la responsabilité du fait du matériel utilisé pour la<br />

réalisation du test d’aptitude.<br />

2.1.1.3. La responsabilité civile (administrative) et disciplinaire<br />

Dans le cadre de l’examen pratiqué sur le patient, le médecin<br />

est tenu à une obligation de moyens. Il doit apporter au<br />

patient des soins consciencieux, attentifs et conformes aux<br />

données de la science. En cas de problème, le sportif (la victime<br />

du dommage) devra apporter la preuve d’une faute com-<br />

CONSENSUS CARDIO pour le praticien - N°19 • Mai 2006<br />

26<br />

mise par le médecin ; en effet, selon l’article L. 1142-1 CSP :<br />

« Hors les cas où leur responsabilité est encourue en raison<br />

d’un défaut d’un produit de santé, les professionnels de santé<br />

(…) ne sont responsables des conséquences dommageables<br />

d’actes de prévention, de diagnostic ou de soins qu’en cas<br />

de faute. » Si tel est le cas, la responsabilité civile et disciplinaire<br />

du médecin libéral ou en exercice privé pourra être<br />

engagée. Si le médecin exerce en secteur public, la réponse<br />

est variable et peut dépendre de la rémunération de l’acte.<br />

S’il est tarifié comme une consultation ordinaire (les activités<br />

de prévention n’étant pas prises en charge par la Sécurité<br />

sociale, c’est parfois le moyen utilisé pour que le patient puisse<br />

être remboursé), on applique un régime administratif et la<br />

responsabilité engagée est celle de l’établissement. S’il est<br />

tarifié comme un certificat (le patient n’est pas remboursé),<br />

certaines juridictions considèrent qu’il ne s’agit plus d’une<br />

activité de service public. En conséquence, la responsabilité<br />

engagée sera une responsabilité civile professionnelle « personnelle<br />

» et non administrative ; le praticien pourra être traduit<br />

devant le Conseil de l’Ordre.<br />

L’erreur de diagnostic commise par le médecin ne sera considérée<br />

comme fautive que lorsque le diagnostic est évident.<br />

Elle ne l’est pas lorsque le diagnostic est délicat.<br />

Concernant les dommages causés par le matériel utilisé lors<br />

de l’examen, « on est responsable, non seulement du dommage<br />

que l’on cause par son propre fait, mais encore de celui<br />

qui est causé par le fait des personnes dont on doit répondre,<br />

ou des choses que l’on a sous sa garde » (article 1384 du<br />

Code civil). En utilisant un produit ou un matériel, le médecin<br />

doit donc s’assurer que celui-ci ne risque pas de créer de<br />

dommage au patient du fait de son mauvais état ou de sa<br />

vétusté.<br />

2.1.1.4. La responsabilité pénale<br />

Sur le plan de la responsabilité pénale, le praticien s’expose<br />

à des poursuites au mieux de blessures involontaires (art.<br />

222-19 CPe), au pire d’homicide involontaire (art. 221-6<br />

CPe). Encore une fois, le ministère public et le cas échéant la<br />

partie civile (le patient ou la famille) devront :<br />

– Démontrer que l’infraction est constituée (démontrer la<br />

faute).<br />

– Montrer le lien de causalité entre la faute et le dommage.<br />

2.1.2. La responsabilité pour « défaut d’information »<br />

L’examen préalable au sport n’est pas aisé, car, à la différence<br />

de l’examen médical classique, le médecin doit déceler<br />

d’éventuelles contre-indications sans être guidé par des<br />

signes cliniques. L’examen doit donc comporter plusieurs<br />

phases : dialogue avec le sportif, recherche des antécédents<br />

médicaux et chirurgicaux, examen clinique, et doit s’accompagner<br />

de tests destinés à éclairer le médecin sur les aptitudes<br />

physiques de la personne. Cet examen doit être retranscrit<br />

quasi in extenso dans le dossier médical du patient. On ne<br />

saurait trop conseiller d’établir un « rapport » (pourquoi pas<br />

sous la forme d’un rapport d’expertise) en double exemplaire,<br />

l’un étant annexé au dossier médical, l’autre remis au patient.<br />

Cela est particulièrement valable pour la pratique du sport<br />

hors le cadre scolaire et hors le cadre des fédérations spor-


Question juridique<br />

tives, car elle n’est pas réglementée. Les personnes qui pratiquent<br />

régulièrement du sport ou celles qui reprennent une<br />

activité sportive après de longues années d’inertie consultent<br />

parfois un médecin « pour savoir si tout va bien », si « elles<br />

peuvent », s’il n’y a aucune contre-indication à la pratique<br />

ou reprise du sport. Aucun certificat de non-contre-indication<br />

à la pratique physique et sportive n’étant exigé, il n’est<br />

pas rare d’annoncer au patient de vive voix que « tout va<br />

bien », ou « qu’il doit faire attention », sans laisser la moindre<br />

trace de cette information. Or, lorsque les problèmes arrivent,<br />

les patients sont souvent sujets à de « lourdes amnésies<br />

» et lorsque le patient n’est plus là, la famille invoque le<br />

fait que ni elle ni le patient n’était informé qu’un problème<br />

pouvait surgir.<br />

Gravez tous sur vos stéthoscopes qu’il incombe au médecin<br />

d’apporter la preuve qu’il a bien informé son patient (Cass.<br />

1 re Civ, 25 février 1997, Hédreul et surtout article L. 1111-2<br />

CSP in fine).<br />

2.2. La responsabilité liée à la rédaction du certificat de noncontre-indication<br />

à la pratique physique et sportive<br />

2.2.1. Le secret professionnel<br />

La violation du secret professionnel suppose une révélation<br />

(quelle que soit sa forme) volontaire d’une information dont<br />

le médecin est dépositaire de par sa profession. Cela couvre<br />

bien entendu ce qui lui est confié, mais également ce qu’il a<br />

vu, lu, entendu ou compris. Le secret professionnel n’est pas<br />

opposable au malade. A l’inverse, le malade ne peut délier<br />

le médecin du secret professionnel qui est d’ordre public. Le<br />

médecin doit veiller à respecter le secret dans la rédaction<br />

du certificat (ainsi que vis-à-vis de la fédération et de l’entraîneur).<br />

Il s’expose à des sanctions pénales (art. 226-13 du<br />

CPe), disciplinaires (art. 4 CDM) et civiles (pour les conséquences<br />

civiles de la révélation du secret car il s’agit bien ici<br />

de responsabilité civile, la faute étant considérée comme une<br />

faute personnelle détachable du service donc ne relevant pas<br />

de la responsabilité administrative).<br />

2.2.2. Les autres règles applicables au certificat<br />

La rédaction de certificats de complaisance (un patient que<br />

l’on n’aurait pas examiné) peut entraîner :<br />

– Des sanctions pénales pour altération frauduleuse de la<br />

vérité de nature à causer un préjudice et accomplie par<br />

CONSENSUS CARDIO pour le praticien - N°19 • Mai 2006<br />

28<br />

quelque moyen que ce soit… (art. 441-1 CPe), établissement<br />

d’attestation ou de certificat faisant état de faits matériellement<br />

inexacts (art. 441-7 CPe).<br />

– Des sanctions disciplinaires pour délivrance d’un rapport<br />

ou d’un certificat de complaisance (art. 28 CDM ou R. 4127-<br />

28 CSP).<br />

En conclusion<br />

• Toujours retranscrire dans le dossier médical directement<br />

ou sous forme d’un rapport annexé au dossier : le sport<br />

concerné, le dialogue avec le patient, la recherche des antécédents<br />

médicaux et chirurgicaux, l’examen clinique et les<br />

résultats des tests destinés à éclairer le médecin sur les aptitudes<br />

physiques de la personne.<br />

• Si un rapport est établi, le faire en double exemplaire, en<br />

attirant par oral l’attention du patient (et en le confirmant par<br />

écrit) que le document que vous lui remettez contient des informations<br />

confidentielles et personnelles et que vous lui<br />

conseillez de ne pas le divulguer.<br />

• Etablir un certificat de non-contre-indication à la pratique<br />

de l’activité physique et sportive même pour les sportifs hors<br />

cadre scolaire et hors cadre de fédérations.<br />

• Ne pas hésiter à établir des certificats de contre-indication<br />

(éventuellement temporaire) à la pratique sportive plutôt que<br />

de refuser un certificat parce que vous avez constaté (ou suspecté)<br />

que le patient ne pouvait pas faire de sport.<br />

• Ne jamais établir de certificat d’aptitude à la pratique<br />

d’activité physique et sportive.<br />

• Respecter le secret professionnel lors de la rédaction du<br />

certificat.<br />

• Ne jamais établir de certificat sans réel examen du « sportif<br />

», surtout s’il s’agit d’un ami ou d’un proche…<br />

Pour toute correspondance avec l’auteur :<br />

f.claudot@chu-nancy.fr<br />

Pour toute correspondance avec l’auteur :<br />

y.juilliere@chu-nancy.fr


CONSENSUS<br />

Diabéto pour le cardiologue<br />

Sommaire<br />

Éditorial . . . . . . . . . . . . . . . . . . .31<br />

Serge Halimi<br />

Les douleurs des membres<br />

inférieurs chez le diabétique :<br />

artérite ou neuropathie ? . . . . 32<br />

Jean-Louis Richard<br />

Le tabagisme :<br />

un néphrotoxique<br />

à part entière . . . . . . . . . . . . . . 37<br />

Philippe Zaoui<br />

Maladies cardiovasculaires :<br />

différences et points communs<br />

diabétiques/non-diabétiques . . . 39<br />

Maia Gouffrant


Éditorial ditorial<br />

DR<br />

Tabac :<br />

le pire ennemi des diabétiques<br />

Bien entendu tout cardiologue sait que le tabac est parmi les plus<br />

importants facteurs de risque cardiovasculaire. Chez le diabétique<br />

plus encore. Cela est clair dans l’esprit de tous les acteurs de santé.<br />

Pour le diabétologue hospitalier que je suis, l’artériopathie symptomatique<br />

avec ses conséquences trophiques graves, plaies, risque<br />

d’amputation, se restreint de plus en plus aux seuls diabétiques<br />

tabagiques. Cela ne concerne pas que les diabétiques âgés de<br />

type 2 tabagiques actifs ou l’ayant été durant des décennies. C’est<br />

aussi et plus encore le patient de type 1 âgé de 30 à 45 ans,<br />

diabétique depuis l’adolescence, qui risque bien plus l’amputation,<br />

l’infarctus, le trouble érectile que le diabétique non fumeur ! Il faut<br />

y voir l’une des conséquences psychologiques de cette maladie si<br />

pesante sur la vie de ces jeunes, hommes essentiellement, qui fument<br />

plus que la moyenne nationale au même âge quoique conscients<br />

des enjeux dans un contexte pathologique déjà à très haut risque.<br />

Ainsi les données de la cohorte ENTRED (voir site de l’InVS :<br />

www.invs.sante.fr/publications/entred/default.htm) révèlent qu’en<br />

moyenne 16 % des diabétiques sont des fumeurs actifs et ont moins<br />

de 55 ou de 45 ans. Dans ces tranches d’âge, on trouve respectivement<br />

25 et 40 % de fumeurs actifs avec environ trois quarts de<br />

paquet de cigarettes par jour et pour l’ensemble des diabétiques<br />

près de 50 % d’anciens tabagiques. Ce sont donc les plus jeunes<br />

qui fument le plus, surtout les diabétiques de type 1 ou les jeunes<br />

diabétiques de type 2. En somme, et de façon paradoxale, tous<br />

ceux qui encourent le plus le risque de complications.<br />

Donc chacun saurait, patient comme soignant, que le tabac est très<br />

néfaste chez le diabétique. Sait-on assez quels dommages le tabac<br />

peut provoquer chez le diabétique ? Le rein d’abord. Rappelons<br />

que la recherche d’albumine dans les urines reste l’examen le moins<br />

pratiqué chez le diabétique, moins de 25 % des patients en<br />

bénéficient une fois par an, avec un très modeste progrès entre<br />

2001 et 2003. Quant au lien tabac-néphropathie diabétique, il est<br />

généralement ignoré quoique clairement établi et c’est pourquoi<br />

ce numéro y consacre un article. Donc le rein victime du tabac et<br />

insuffisamment surveillé aujourd’hui encore !<br />

Mais les effets délétères du tabac ne s’arrêtent pas là chez les<br />

diabétiques. Des données, moins solides toutefois, sont en faveur<br />

d’un accroissement du risque de rétinopathie chez le diabétique<br />

fumeur. Il faut aussi insister sur les effets du tabac sur « l’équilibre<br />

glycémique sous insuline ». En effet, les conséquences aiguës de<br />

l’inhalation de la fumée de cigarette sur la microcirculation souscutanée<br />

ont des répercussions sur la cinétique des insulines, les<br />

modifications peuvent être importantes rendant les résultats<br />

glycémiques peu reproductibles, diabètes instables pour lesquels<br />

une cause est, aussi, à rechercher à ce niveau… ! Il peut<br />

devenir illusoire de tenter de régler l’insulinothérapie chez un dia-<br />

CONSENSUS<br />

Diabéto pour le cardiologue<br />

bétique de type 1 lorsqu’un tabagisme très important existe.<br />

A cela, enfin, on doit surtout ajouter que l’arrêt du tabac constitue<br />

un bénéfice au moins aussi déterminant au niveau cardiovasculaire<br />

et rénal du diabétique que le contrôle des autres facteurs<br />

de risque ! Le tabac « écrase » en quelque sorte une bonne partie<br />

des bénéfices des traitements bien conduits.<br />

Y aurait-il une profonde ignorance des patients et soignants face<br />

à cela ? Non. Les patients n’ignorent en rien que le tabac est plus<br />

néfaste pour eux que pour tout un chacun. Pour preuve, dans la<br />

cohorte ENTRED, 75 % ont tenté de cesser de fumer. Donc les médecins<br />

seraient ignorants ou négligents face à cette question ?<br />

Encore non, 75 % ont expliqué ce risque (en fait, le risque cardiovasculaire<br />

essentiellement) et le besoin de sevrage à leurs patients.<br />

Le vrai problème semble résider dans la pratique du sevrage.<br />

L’accompagnement psychologique de tout sevrage est essentiel,<br />

mais ici plus encore. Chez de jeunes patients qui supportent déjà<br />

le fardeau de cette maladie très pénible et de ses contraintes<br />

pluriquotidiennes, injections, autosurveillance, auxquelles s’ajoute<br />

ici la crainte d’une prise de poids, le tabac représente une forme<br />

d’anxiolytique pratiquée très tôt et dont il est très difficile de les<br />

défaire. Notre devoir est certes de savoir expliquer à nos patients<br />

les bénéfices attendus de ce sevrage mais, plus encore, c’est avec<br />

les tabacologues que nous devons entreprendre des démarches<br />

ciblées. Faire en sorte que les tabacologues prennent « pleinement<br />

» en considération les énormes contraintes propres à cette<br />

maladie, la fréquente composante dépressive et pas uniquement<br />

le risque plus élevé du tabagisme. Sinon, les patients que nous leur<br />

confions ne retourneront pas plus les voir qu’ils retournent voir les<br />

psychothérapeutes qui ignorent trop souvent, plus ou moins<br />

délibérément, le diabète et son omniprésence, appliquant une<br />

approche psychothérapeutique « traditionnelle » ne s’avérant,<br />

au final, d’aucune aide !<br />

Donc un chantier de plus pour le corps médical, plus difficile<br />

à mener que la prescription des statines, des IEC ou des<br />

sartans. Aujourd’hui, le cardiologue souhaitant être un acteur<br />

dans la prise en charge multidisciplinaire des diabétiques trouve<br />

là une excellente occasion d’y contribuer (sans en ignorer les<br />

embûches). Les données d’ENTRED prouvent qu’il voit plus les<br />

diabétiques (de type 2 surtout) et plus souvent que les diabétologues<br />

auxquels 90 % ne seraient jamais référés. Ces derniers<br />

chiffres illustrant l’un des problèmes dans le « Parcours de soins<br />

du diabétique » mal interprété ou ignoré et sur lequel nous devrions<br />

revenir bientôt !<br />

Serge Halimi<br />

Rédacteur en Chef<br />

31 CONSENSUS CARDIO pour le praticien - N° 19 • Mai 2006


CONSENSUS<br />

Diabéto pour le cardiologue<br />

Les douleurs des membres<br />

inférieurs chez le diabétique :<br />

artérite ou neuropathie ?<br />

Jean-Louis Richard, centre médical Le Grau-du-Roi, CHU, Nîmes<br />

L’artériopathie oblitérante et la neuropathie périphérique<br />

sont les deux complications du diabète sucré responsables<br />

des douleurs des membres inférieurs. En général,<br />

l’interrogatoire et l’examen clinique suffisent pour<br />

différencier douleur artériopathique et neuropathique,<br />

permettant ainsi d’orienter la prise en charge<br />

thérapeutique.<br />

L’artériopathie oblitérante<br />

des membres inférieurs<br />

chez le diabétique (AOMI)<br />

Elle fait partie de la macroangiopathie diabétique, athérosclérose<br />

diffuse touchant non seulement les artères des membres<br />

inférieurs, mais également les coronaires et les troncs supraaortiques.<br />

Cette atteinte n’est pas spécifique du diabète sucré<br />

et sur le plan histologique ne présente pas de différence avec<br />

les lésions rencontrées dans l’artérite «banale» : de ce point de<br />

vue, le diabète peut être considéré comme un facteur de risque<br />

indépendant d’athérosclérose, à côté des autres facteurs, essentiellement<br />

tabagisme, hypertension artérielle et dyslipidémie.<br />

L’AOMI chez le diabétique a cependant quelques particularités<br />

: elle est précoce, reflet d’un vieillissement accéléré, touche<br />

également les deux sexes, est rapidement progressive et de<br />

localisation volontiers distale, multifocale et bilatérale, atteignant<br />

préférentiellement les artères au-dessous du genou (trépied<br />

jambier), mais épargnant relativement les artères du pied.<br />

La circulation collatérale est en général pauvre. A cette macroangiopathie,<br />

s’associe une microangiopathie spécifique du diabète<br />

mais dont le rôle dans l’ischémie du membre inférieur est<br />

mineur, voire nul.<br />

La neuropathie périphérique<br />

diabétique<br />

L’atteinte des nerfs périphériques est vraisemblablement la plus<br />

fréquente des complications du diabète. Son mécanisme<br />

physiopathologique est complexe et multifactoriel, mais soustendu<br />

par l’hyperglycémie chronique, comme le montrent les<br />

résultats de l’étude du DCCT.<br />

La forme la plus habituelle de la neuropathie périphérique dia-<br />

CONSENSUS CARDIO pour le praticien - N° 19 • Mai 2006<br />

32<br />

bétique est la polynévrite dont la caractéristique est d’être symétrique<br />

et distale, atteignant d’abord les fibres nerveuses les plus<br />

longues : cela explique la prédominance des symptômes à la<br />

distalité des membres (topographie « en gants et en chaussettes »)<br />

notamment des membres inférieurs.<br />

La douleur de l’AOMI<br />

La douleur caractéristique de l’AOMI est la claudication intermittente,<br />

ressentie comme une crampe ou une striction essentiellement<br />

des mollets lors de la marche: cette douleur est liée<br />

à l’ischémie des muscles dont le travail est augmenté par l’exercice<br />

; cela explique qu’elle apparaît au bout d’un certain temps<br />

de marche (périmètre de marche) pour disparaître progressivement<br />

en quelques minutes après interruption de l’effort. Bien<br />

que la prévalence de l’AOMI chez le diabétique, comparée à<br />

une population non diabétique, soit trois fois plus fréquente<br />

chez l’homme et six fois plus fréquente chez la femme, la<br />

prévalence de la claudication intermittente n’est augmentée<br />

que d’un facteur 2 : c’est dire qu’un grand nombre d’AOMI<br />

associées au diabète restent asymptomatiques. Cette absence<br />

de douleur malgré une atteinte artérielle souvent évoluée s’explique<br />

essentiellement par la coexistence fréquente d’une neuropathie<br />

périphérique qui émousse les sensations douloureuses<br />

proprioceptives.<br />

Les douleurs de décubitus marquent un stade évolutif plus sévère,<br />

traduisant une ischémie permanente. Elles apparaissent quelques<br />

minutes à quelques heures après le décubitus. Ici aussi, elles<br />

peuvent manquer en présence d’une neuropathie sévère associée,<br />

et de nombreux cas d’AOMI chez le diabétique sont<br />

découverts à l’occasion d’un trouble trophique du pied.<br />

La douleur de la neuropathie<br />

périphérique<br />

Les douleurs liées à une neuropathie périphérique diabétique<br />

sont habituellement très caractéristiques (voir Glossaire) : elles<br />

associent des douleurs vraies et des paresthésies, de survenue<br />

ou de majoration nocturnes. Les douleurs sont souvent décrites<br />

comme des brûlures, notamment au niveau des pieds, des<br />

crampes profondes du mollet, des causalgies survenant brutalement<br />

en éclair (coup de couteau, piqûre d’aiguille), des névralgies<br />

parfois très violentes à type de déchirement; les paresthé-


sies affectent surtout les pieds, avec une impression de fourmillements,<br />

d’engourdissement des extrémités (« comme du<br />

bois »). Bien qu’en général ces symptômes soient d’intensité<br />

modérée, ils peuvent handicaper sévèrement certains patients,<br />

entraînant insomnie, dépression, hyperalgie et allodynie. En<br />

règle générale, les symptômes s’installent progressivement pour<br />

s’aggraver peu à peu ; cependant, chez certains patients peut<br />

survenir une forme aiguë cachectisante, caractérisée par des<br />

douleurs sévères et permanentes, s’exagérant la nuit et s’accompagnant<br />

d’un amaigrissement important et rapide et d’un<br />

état dépressif marqué.<br />

Douleur chez un diabétique :<br />

AOMI ou neuropathie ?<br />

L’interrogatoire et l’examen clinique suffisent dans la très grande<br />

majorité des cas pour faire la part entre l’origine neurologique<br />

ou artérielle des douleurs chez un diabétique.<br />

Les caractéristiques de la douleur (Tableau I)<br />

Les circonstances et l’horaire de survenue des douleurs sont<br />

souvent caractéristiques :<br />

• La claudication intermittente est déclenchée par la marche,<br />

et la douleur s’améliore et disparaît à l’interruption de l’effort<br />

musculaire. Il faut bien distinguer cette claudication ischémique<br />

des autres claudications intermittentes, notamment celles induites<br />

par un canal lombaire étroit.<br />

• Les douleurs de neuropathie apparaissent essentiellement la<br />

nuit et sont souvent soulagées par la marche pieds nus. Cependant,<br />

certains cas de claudication intermittente ont été rapportés<br />

à une neuropathie diabétique («pseudo-claudication»).<br />

• Les douleurs artérielles de décubitus de survenue également<br />

nocturne sont soulagées par la mise du membre inférieur en<br />

position pendante ou la position debout. Elles sont en général<br />

intenses, nécessitant le recours à des antalgiques puissants.<br />

Le type des douleurs est aussi caractéristique :<br />

• Les douleurs artériopathiques sont musculaires, profondes,<br />

à type de crampes violentes et soutenues atteignant le mollet,<br />

mais jamais le pied.<br />

CONSENSUS<br />

Diabéto pour le cardiologue<br />

Caractéristiques différentielles entre douleurs ischémiques et neuropathiques<br />

Douleur d’ischémie Douleur neuropathique<br />

Claudication Douleurs de décubitus<br />

Type Douleur profonde Douleur profonde et intense, Brûlures, crampes, paresthésies<br />

Serrement Brûlures (fourmillements),<br />

causalgies, névralgies<br />

Localisation Mollet Membre inférieur Mollet et pieds<br />

Survenue Marche Repos Exacerbation nocturne<br />

Amélioration Arrêt de la marche Jambes pendantes Marche<br />

Tableau I<br />

• Les douleurs neuropathiques s’accompagnent de paresthésies<br />

et débutent par le pied pour remonter progressivement au<br />

cours de l’évolution le long des membres inférieurs.<br />

L’examen clinique<br />

L’aspect des membres inférieurs et notamment du pied oppose<br />

typiquement l’atteinte neuropathique à l’artériopathie :<br />

– En cas d’artériopathie, le membre est froid, pâle, cyanotique<br />

particulièrement en distalité et présente une érythrose de déclivité.<br />

La peau est classiquement dépilée, fissurée et les ongles<br />

souvent dystrophiques.<br />

– La neuropathie au contraire s’accompagne d’un pied chaud,<br />

sec, souvent un peu œdématié.<br />

La recherche des pouls et des réflexes est le temps fondamental :<br />

– Les pouls périphériques, pédieux et tibiaux postérieurs sont<br />

amortis, voire abolis dans l’artériopathie, s’opposant à une<br />

pulsatilité souvent exagérée («pouls bondissants») dans la neuropathie<br />

: cette hyperpulsatilité est rapportée à l’atteinte du<br />

contingent nerveux autonome entraînant une hyperhémie distale.<br />

Il faut cependant noter que l’abolition isolée du pouls<br />

pédieux n’est pas obligatoirement pathologique, car il peut être<br />

congénitalement absent. L’examen artériel périphérique sera<br />

complété par la recherche d’un souffle fémoral.<br />

33 CONSENSUS CARDIO pour le praticien - N° 19 • Mai 2006


CONSENSUS<br />

Diabéto pour le cardiologue<br />

– La diminution ou la disparition des réflexes ostéotendineux<br />

est la règle en cas de neuropathie périphérique : l’hyporéflexie<br />

ou l’aréflexie est bilatérale et prédomine sur le<br />

réflexe achilléen (le réflexe rotulien a moins de valeur ; sa<br />

disparition, alors que l’achilléen est conservé, va à l’encontre<br />

du diagnostic de polynévrite diabétique). L’anomalie<br />

des réflexes témoigne de l’atteinte des grosses fibres, responsable<br />

également de la proprioception et de la<br />

pallesthésie : il s’ensuit une diminution de la sensibilité vibratoire<br />

mise en évidence par le diapason. À un degré supplémentaire,<br />

la sensibilité douloureuse est abolie notamment<br />

au niveau du pied, avec coexistence paradoxale de<br />

douleurs spontanées des membres inférieurs et d’une anesthésie<br />

douloureuse à l’examen.<br />

Les examens complémentaires<br />

Ils ont peu de place dans ce diagnostic différentiel :<br />

– L’électromyographie avec mesure des vitesses de conduction<br />

nerveuse est inutile en routine ; les résultats peuvent être<br />

normaux malgré une atteinte nerveuse authentique touchant<br />

les fibres de petit diamètre.<br />

– Le test au monofilament de 10 g consiste à appliquer un<br />

filament de nylon sur la face plantaire du pied avec une force<br />

suffisante pour le faire courber (10 g) : sa non-perception par<br />

le patient signe la présence d’une neuropathie qui met en<br />

danger le pied.<br />

– La mesure de l’index de pression systolique (IPS), rapport<br />

de la pression systolique à la cheville sur celle mesurée au<br />

bras, est en revanche intéressante pour affirmer et quantifier<br />

la sévérité de l’AOMI (Tableau II). Elle nécessite de disposer<br />

d’un appareil de poche à effet Doppler avec une sonde continue<br />

à 8 MHz. L’AOMI est confirmée par un IPS inférieur à<br />

0,90 et elle est d’autant plus sévère que cet index est bas.<br />

Ce résultat est malheureusement souvent faussé chez le diabétique<br />

par la présence d’une médiacalcose qui rend incompressibles<br />

les artères de cheville, majorant ainsi artificiellement<br />

l’IPS : dans ces conditions (IPS < 1,30), l’index est ininterprétable.<br />

Classification hémodynamique<br />

en fonction de la valeur de l'IPS<br />

IPS Interprétation<br />

> 1,30 Rigidité artérielle (médiacalcose)<br />

0,90-1,30 Etat hémodynamique normal<br />

0,75-0,89 AOMI bien compensée<br />

0,40-0,74 AOMI décompensée<br />

< 0,40 Ischémie chronique critique<br />

Tableau 2<br />

CONSENSUS CARDIO pour le praticien - N° 19 • Mai 2006<br />

34<br />

Douleur d’AOMI chez un diabétique :<br />

que faire ?<br />

Toute AOMI chez le diabétique doit être explorée (qu’elle soit<br />

douloureuse ou non). L’examen de première intention est<br />

l’échographie-Doppler pulsée couleur qui doit préciser la<br />

nature, la topographie, la morphologie, l’extension des lésions<br />

et la tolérance hémodynamique de l’artériopathie. En fonction<br />

du résultat et de la tolérance, une attitude médicale ou<br />

chirurgicale sera décidée.<br />

Le traitement médical est superposable à celui de l’artéritique<br />

non diabétique. Il consiste essentiellement en la prescription<br />

d’antiagrégants plaquettaires (de préférence le clopidogrel,<br />

au vu des résultats de l’étude CAPRIE), la rééducation à la<br />

marche, la suppression des facteurs de risque : tabac, dyslipidémie<br />

et HTA (la claudication intermittente n’est pas une<br />

contre-indication à l’utilisation des bêtabloquants). L’obtention<br />

d’un équilibre glycémique satisfaisant est hautement souhaitable<br />

(HbA1c < 7%). Les médicaments vasoactifs n’ont pas<br />

démontré de bénéfice particulier sur l’évolution de l’AOMI<br />

du diabétique ; quant à la sympathectomie, elle est inutile.<br />

Les douleurs de décubitus nécessitent souvent le recours à des<br />

antalgiques majeurs de type opiacé.<br />

Le traitement chirurgical est réservé aux claudications invalidantes<br />

(stade IIB, Tableau III) ou lorsque le pronostic du<br />

membre est menacé : il fait appel à la chirurgie de revascularisation<br />

essentiellement par pontage, et de ce point du vue<br />

la réalisation de pontages distaux a été un progrès décisif<br />

permettant de véritables sauvetages de membres ; les angioplasties<br />

endoluminales transcutanées sont une alternative de<br />

plus en plus utilisée.<br />

L’AOMI est un marqueur d’un processus d’athérosclérose généralisé<br />

: sa découverte impose donc de réaliser un bilan artériel<br />

complet, notamment des artères coronaires et supra-aortiques.<br />

L’AOMI est un facteur de risque de troubles trophiques du<br />

pied chez le diabétique dont on connaît le pronostic particulièrement<br />

défavorable. Toute douleur d’AOMI nécessite ainsi<br />

Classification de l’AOMI<br />

selon Leriche et Fontaine<br />

Stade Définition<br />

I AOMI asymptomatique (découverte d’un<br />

souffle fémoral ou d’une abolition d’un pouls)<br />

II Claudication intermittente<br />

IIA : périmètre de marche > 150 m<br />

IIB : périmètre de marche < 150 m<br />

III Douleur de décubitus<br />

IV Troubles trophiques<br />

Tableau 3


CONSENSUS<br />

Diabéto pour le cardiologue<br />

Glossaire de la douleur<br />

Allodynie : douleur provoquée par un stimulus non nociceptif.<br />

Causalgie : douleur profonde décrite le plus souvent comme<br />

une sensation de brûlure.<br />

Dysesthésie : sensation anormalement désagréable, spontanée<br />

ou provoquée.<br />

Hyperalgie : sensation douloureuse anormalement exagérée<br />

à un stimulus nociceptif.<br />

Hyperesthésie : augmentation de la perception des sensations,<br />

quel qu’en soit le mode.<br />

Névralgie : douleur en général paroxystique survenant<br />

dans le territoire d’un ou de plusieurs nerfs périphériques.<br />

Paresthésie : sensation anormale, désagréable ou non,<br />

spontanée ou provoquée.<br />

un bilan podologique complet et des mesures de prévention<br />

adaptées, avec le concours d’un diabétologue.<br />

Ralentir l’évolution<br />

de la neuropathie diabétique<br />

Il n’existe pas actuellement de traitement spécifique de la neuropathie<br />

diabétique. Seul le retour à un équilibre glycémique<br />

optimal permet de ralentir l’évolution de la neuropathie diabétique.<br />

L’insulinothérapie pourrait dans certains cas améliorer<br />

les douleurs de neuropathie, mais la restauration trop<br />

rapide d’une normoglycémie a été accusée d’être responsable<br />

d’une «névrite douloureuse». Le traitement de la douleur<br />

fait appel à de nombreuses molécules dont l’efficacité est<br />

très variable d’un patient à l’autre. Les classes thérapeutiques<br />

les plus utilisées sont les antidépresseurs, surtout les tricycliques<br />

(amitriptyline, désipramine), les antiépileptiques (carbamazépine,<br />

gabapentine, topiramate, lamotrigine et plus<br />

récemment prégabaline), les opioïdes (tramadol) et les opiacés<br />

(codéine, oxycodone). Le traitement local par gel de capsaïcine<br />

a donné des résultats inconstants et s’accompagne<br />

d’une exacerbation des douleurs lors des premières applications.<br />

La neuropathie périphérique est le facteur de risque majeur<br />

des ulcérations du pied chez le diabétique du fait de l’insensibilité<br />

faisant ignorer au malade les microtraumatismes lors<br />

de la marche et courir le danger de la survenue d’un mal perforant<br />

plantaire. L’identification d’une douleur liée à une neuropathie<br />

doit donc conduire à un test au monofilament<br />

(cf. supra) qui confirmera un «pied à risque» et fera prendre<br />

des mesures de prévention.<br />

CONSENSUS CARDIO pour le praticien - N° 19 • Mai 2006<br />

36<br />

Conclusion<br />

L’AOMI et la neuropathie chez le diabétique sont responsables<br />

de douleurs bien différentes tant dans leur caractère que dans<br />

leur mode de survenue. Un interrogatoire précis et un examen<br />

clinique minutieux sont en général suffisants pour faire la part<br />

entre ces deux étiologies et orienter les examens complémentaires<br />

et la prise en charge. AOMI et neuropathie sont les deux<br />

facteurs essentiels de la pathogénie du pied diabétique sanctionné<br />

encore par de trop nombreuses amputations ; ainsi, la<br />

mise en évidence d’une AOMI ou d’une neuropathie périphérique<br />

chez un diabétique doit conduire à l’instauration de<br />

mesures de prévention podologiques. Très souvent, artériopathie<br />

et neuropathie s’associent chez le même patient : le problème<br />

se pose alors de ne pas méconnaître l’artériopathie dont<br />

la symptomatologie douloureuse peut être diminuée par la neuropathie<br />

sensitive ; ainsi, devant un tableau typique de neuropathie,<br />

il faut systématiquement rechercher les pouls périphériques<br />

et ausculter l’artère fémorale afin d’éliminer une AOMI<br />

associée. ■<br />

Pour en savoir plus :<br />

Aboyans V, Lacroix P, Ferrières J, Laskar M. L’index de pression systolique : élément incontournable<br />

dans le dépistage, le diagnostic et la prise en charge de l’artériopathie oblitérante<br />

des membres inférieurs. Arch Mal Cœur 2004; 97: 132-8.<br />

American Diabetes Association. Peripheral arterial disease in people with diabetes. Diabetes<br />

Care 2003; 26: 3333-41.<br />

ANAES. Service d’évaluation des technologies. Echographie-Doppler dans l’artériopathie<br />

oblitérante des membres inférieurs. Juin 2002.<br />

Benhamou AC, Dadon M, Emmerich J, Fontaine P, Got I, Guillausseau PJ, Pernes J, Priollet<br />

P. Artériopathie des membres inférieurs chez le diabétique. Diabetes Metab 1997; 23:<br />

541-8.<br />

Boulton AJ, Drury J, Clarke B, Ward JD. Continuous subcutaneous insulin infusion in the<br />

management of painful diabetic neuropathy. Diabetes Care 1982; 5: 386-90.<br />

Boursier V, Lazareth I, Pernes JM, Dadou M, Priollet P. Artériopathie du diabétique :<br />

les clés de la prise en charge. STV 2001; 13: 599-607.<br />

Fichelle JM, Cormier F, Marzelle J, Tredivic P, Servant JM, Cormier JM. Artériopathie des<br />

membres inférieurs chez le malade diabétique : méthodes et indications thérapeutiques.<br />

Diabétologie Facteurs de risque 1998; 4: 16-24.<br />

International Working Group on the Diabetic Foot. International consensus on the diabetic<br />

foot [CD-ROM]. Brussels: International Diabetes Foundation, May 2003.<br />

Jude E, Gibbons J. Identifying and treating intermittent claudication in people with diabetes.<br />

The Diabetic Foot 2005; 8: 84-92.<br />

Mendell JR, Sahenk Z. Painful sensory neuropathy. N Engl J Med 2003; 348: 1243-55.<br />

Mounier-Vehier C, Duquenoy S, Oras M, Lahousse M, Willoteaux S. Diagnostic et évaluation<br />

non invasive d’un patient ayant une artériopathie oblitérante des membres inférieurs.<br />

Rev Prat 2005; 55: 1173-87.<br />

Papanas N, Edmonds M, Maltezos E. Pseudoclaudication as a manifestation of diabetic<br />

neuropathy. Diabet Med 2005; 22: 1608-10.<br />

Spruce MC, Potter J, Coppini DV. The pathogenesis and management of painful diabetic<br />

neuropathy: a review. Diabet Med 2003; 20: 88-98.<br />

The Diabetes Control and Complications Trial Research Group. The effect of intensive diabetes<br />

therapy on the development and progression of neuropathy. Ann Intern Med 1995;<br />

122: 561-8.<br />

DIABÉTO<br />

Pour toute correspondance avec l’auteur :<br />

jean.louis.richard@chu-nimes.fr


Le tabagisme : un néphrotoxique<br />

à part entière chez le diabétique<br />

Philippe Zaoui, CHU, Grenoble<br />

Le tabagisme, facteur aggravant traditionnel des artériopathies<br />

et des coronaropathies, est un néphrotoxique à part<br />

entière tant par ses effets biologiques sur la microcirculation<br />

rénale que par ses effets sociaux et comportementaux liés à<br />

l’addiction et à la non-compliance thérapeutique.<br />

Ses conséquences peuvent être mesurées sur l’apparition et<br />

la progression des maladies vasculaires rénales liées au<br />

diabète, à l’hypertension artérielle et sur le vieillissement<br />

rénal accéléré de la population âgée.<br />

Le risque rénal associé au tabagisme est un élément de plus<br />

dans le retentissement médical et financier du tabagisme<br />

en termes de santé publique, cela d’autant que la plupart<br />

des méthodes de sevrage sont utilisables chez le diabétique<br />

et l’insuffisant rénal avec des résultats au moins identiques<br />

sinon meilleurs que dans la population générale.<br />

Le sevrage tabagique apparaît comme un indice essentiel<br />

de la réussite de l’éducation thérapeutique des patients<br />

porteurs de maladie chronique.<br />

L’utilisation massive de la plante de tabac depuis la Seconde<br />

Guerre mondiale représente un fléau de santé publique largement<br />

reconnu et médiatisé dans les pays occidentaux, mais<br />

encore très peu encadré sur le plan législatif dans les pays en<br />

développement.<br />

Ses effets carcinogènes et proathéromateux ne sont plus à<br />

démontrer en termes de morbi-mortalité prématurée. Ses conséquences<br />

épidémiologiques sur l’incidence et la progression des<br />

maladies chroniques pulmonaires et cardiovasculaires en ont<br />

fait le paradigme du facteur de risque potentiellement évitable.<br />

Les effets du tabagisme, sur le plan biologique mais aussi comportemental,<br />

participent également au développement et au<br />

pronostic péjoratif des maladies rénales chroniques.<br />

Effets vasculaires du tabac<br />

La nicotine, par ses effets vasoconstricteurs, à la base du plaisir<br />

puis de la dépendance, est un puissant modificateur des<br />

microcirculations cérébrales, c’est l’objectif recherché, mais<br />

aussi des territoires coronaires, honteux, des membres inférieurs<br />

et de la médullaire rénale. La vasoconstriction transitoire<br />

agit sur l’hémodynamique rénale à deux niveaux : elle est<br />

transmise, d’une part, au niveau des glomérules dont la pression<br />

capillaire glomérulaire s’élève favorisant la microalbuminurie<br />

; elle entraîne, d’autre part, une baisse de la perfusion<br />

médullaire et des échanges tubulaires qui favorise la mise en<br />

© BSIP<br />

CONSENSUS<br />

Diabéto pour le cardiologue<br />

jeu du système rénine-angiotensine-aldostérone local et la<br />

réabsorption sodée.<br />

En particulier, l’effet prohypertenseur et vasoconstricteur du<br />

tabac limite l’amplitude de la réponse aux antihypertenseurs,<br />

en particulier de la vasodilatation rénale induite par le blocage<br />

du système rénine-angiotensine. Son effet hypoxémiant favorise<br />

la démargination des leucocytes et maintient le taux<br />

d’hémoglobine des patients en insuffisance rénale chronique,<br />

mais au prix d’une baisse probable de la pression partielle en<br />

oxygène dans la médullaire rénale qui contrecarre la production<br />

et l’effet vasodilatateur du NO.<br />

En plus des effets vasculaires généraux, les composants du<br />

tabac, en particulier le cadmium dans l’étude suédoise de Akesson,<br />

ont une néphrotoxicité tubulaire propre dont l’effet est<br />

linéaire, à partir des plus faibles taux sanguins et urinaires, sur<br />

les paramètres de fonction rénale. Ces effets sont bien évidemment<br />

de faible amplitude, mais déjà observables sur le<br />

plan épidémiologique dans la population générale et cliniquement<br />

significatifs dans les populations à risque (sujets âgés,<br />

diabétiques).<br />

Les maladies rénales chroniques<br />

L’insuffisance rénale chronique est définie dans la population<br />

générale et au cours des maladies rénales chroniques en stades<br />

de 1 à 5, en fonction de la baisse de l’indice d’épuration de la<br />

37 CONSENSUS CARDIO pour le praticien - N° 19 • Mai 2006


CONSENSUS<br />

Diabéto pour le cardiologue<br />

Prévalence et facteurs de risque<br />

d’insuffisance rénale chronique<br />

dans la population mexicaine<br />

urbaine adulte<br />

• Prévalence stade 5 (< 15 ml/mn) : 1 142/million d’habitants<br />

• Prévalence stade 3-5 (< 60 ml/mn) : 80 788/million<br />

d’habitants<br />

• Facteurs associés :<br />

– alcool<br />

– tabac<br />

– sexe féminin<br />

– ethnie : noir ou Amérindien<br />

– âge > 65 ans<br />

– niveau éducatif < école primaire<br />

– revenu < 120 US $/mois<br />

Dans la population mexicaine, le tabagisme est l’un des index de<br />

niveau socioéconomique les mieux corrélés à l’altération de la<br />

fonction rénale.<br />

créatinine sanguine estimé par la formule de Cockcroft-Gault<br />

(normale 120 ml/mn). Les individus dont la filtration glomérulaire<br />

est inférieure à 60 ml/mn (soit 50 % de la normale) représentent<br />

près de 10 % de la population générale adulte, soit environ<br />

3 millions d’individus en France pour une prévalence de<br />

moins de 300 000 individus au stade 5 en suppléance par la<br />

dialyse ou la transplantation rénale. Le surrisque cardiovasculaire<br />

diminue l’incidence et la prévalence de la population des<br />

insuffisants rénaux les plus atteints (stades 4 et 5). Les marqueurs<br />

de l’inflammation et de la nutrition (CRP, albumine)<br />

deviennent des critères plus performants que la présence d’un<br />

tabagisme actif chez les patients dialysés âgés à haut risque<br />

de morbidité. Mais il existe un biais de sélection majeur : dans<br />

ces populations, la pénétrance et la persistance du tabagisme<br />

ne sont plus que le cinquième de ce qui est observé dans la population<br />

générale. En effet, les décès cardiovasculaires ont déjà<br />

«prélevé» leur quota dans cette population à risque en même<br />

temps que l’état général, les comorbidités et l’impact socioéconomique<br />

de la maladie (y compris la perte de revenus et le temps<br />

passé en milieu médical « smoke-free ») ont en partie dissuadé<br />

les patients.<br />

Aux stades plus précoces des maladies rénales, le tabagisme<br />

actif et les antécédents cardiovasculaires et hypertensifs<br />

précoces dans la famille des diabétiques de type 1, mais aussi<br />

chez les sujets porteurs de maladie de Berger (deuxième cause<br />

CONSENSUS CARDIO pour le praticien - N° 19 • Mai 2006<br />

38<br />

en fréquence de prise en charge en dialyse) sont des facteurs<br />

associés à l’apparition et à la progression de la microalbuminurie,<br />

puis avec le déclin de la filtration glomérulaire.<br />

Chez le diabétique de type 2, la persistance du tabagisme actif<br />

chez les patients microalbuminuriques renforce la dysfonction<br />

endothéliale généralisée et le risque de coronaropathie, avant<br />

même que la fonction rénale se dégrade.<br />

Dans les populations en développement (tableau 1), le tabagisme<br />

est l’un des index de niveau socioéconomique les mieux<br />

corrélés à l’altération progressive de la fonction rénale.<br />

Sevrage tabagique :<br />

un pas vers la néphrotoxicité<br />

Le tabagisme apparaît comme un codéterminant majeur de la<br />

progression et du pronostic coronarien et vasculaire des patients<br />

atteints de pathologie rénale à tous les stades de leur maladie,<br />

d’autant plus s’ils ont une pathologie glomérulaire protéinurique<br />

et nécessitent un blocage de l’angiotensine II.<br />

La persistance du tabagisme est un index important de noncompliance,<br />

de mauvaise compréhension des enjeux et de<br />

dépression, donc de résistance à la prise en charge et à l’éducation<br />

thérapeutique, ce qui majore indirectement ses stricts<br />

effets biologiques.<br />

La prise en charge de la dépendance est un enjeu majeur d’éducation<br />

plus que de coercition, pour amplifier la néphroprotection<br />

des groupes à risque. ■<br />

Pour en savoir plus :<br />

Bleyer AJ, Shemanski LR, Burke GL, Hansen KJ, Appel RG.<br />

Tobacco, hypertension, and vascular disease: risk factors for renal functional decline in<br />

an older population. Kidney Int, 2000 : 57(5) : 2072-9.<br />

Cao JJ, Barzilay JI, Peterson D, Manolio TA, Psaty BM, Kuller L, Wexler J, Bleyer AJ, Cushman<br />

M. The association of microalbuminuria with clinical cardiovascular disease and subclinical<br />

atherosclerosis in the elderly: The Cardiovascular Health Study. Atherosclerosis,<br />

2005 [Epub ahead of print].<br />

Unruh ML, Evans IV, Fink NE, Powe NR, Meyer KB; Choices for Healthy Outcomes in Caring<br />

for End-Stage Renal Disease (CHOICE) Study. Skipped treatments, markers of nutritional<br />

nonadherence, and survival among incident hemodialysis patients. Am J Kidney<br />

Dis, 2005; 46(6): 1107-16.<br />

Akesson A, Lundh T, Vahter M, Bjellerup P, Lidfeldt J, Nerbrand C, Samsioe G, Stromberg U,<br />

Skerfving S. Tubular and glomerular kidney effects in Swedish women with low environmental<br />

cadmium exposure. Environ Health Perspect, 2005;113(11) :1627-31.<br />

Muller S, Bouiller M, Hannedouche T. Tobacco, hypertension and kidney. Nephrologie,<br />

1998; 19 (5): 235-7.<br />

DIABÉTO<br />

Pour toute correspondance avec l’auteur :<br />

PZaoui@chu-grenoble.fr


Les cardiologues seront de plus en plus souvent amenés à<br />

traiter des patients diabétiques, mais aussi à dépister le<br />

diabète chez leurs patients. L’approche du diabétique est<br />

plus complexe, avec une association très fréquente de<br />

divers facteurs de risque et cardiopathies, un pronostic<br />

plus sombre et une prise en charge plus complexe de la<br />

maladie cardiaque et du contrôle glycémique.<br />

Évaluation diagnostique<br />

et pronostique du diabétique<br />

Rechercher l’ischémie silencieuse chez le diabétique...<br />

L’ischémie silencieuse (IS) se retrouve plus souvent chez le diabétique,<br />

et si son incidence varie notablement (de 4 à 75%) en<br />

fonction des cohortes et des définitions retenues, on estime<br />

qu’elle est globalement présente chez 14% des diabétiques, et<br />

d’autant plus fréquente que le patient est plus âgé et le diabète<br />

mal équilibré. Aucune des explications avancées, altération du<br />

sympathique, lésions nerveuses ischémiques, rôle des récepteurs<br />

opioïdes, n’a été validée. La bonne valeur prédictive de<br />

l’épreuve d’effort confirme la prééminence de ce test pour le<br />

dépistage de la cardiopathie ischémique silencieuse chez<br />

le diabétique. Les techniques plus récentes, comme l’échographie<br />

de stress ou la cardiologie nucléaire, en améliorent la sensibilité<br />

et la spécificité.<br />

Pour évaluer le pronostic, l’inadaptation à l’effort et l’inactivité<br />

physique sont des marqueurs du risque de survenue d’événements<br />

cardiovasculaires, et en particulier la mauvaise récupération<br />

du rythme cardiaque après un test à l’effort maximal est<br />

prédictive de la mortalité globale et cardiovasculaire chez les<br />

hommes diabétiques. Une étude récente (1) montre que l’extension<br />

de l’ischémie provoquée et la réponse chronotrope inadaptée<br />

à l’échographie de stress sont deux facteurs pronostiques<br />

péjoratifs chez le diabétique de type 2. La surmortalité cardiovasculaire<br />

est corrélée à l’âge, au sexe, aux antécédents<br />

d’infarctus du myocarde (IDM), à la présence d’une ischémie,<br />

à l’adaptation à l’effort et à la fraction d’éjection : ces deux<br />

derniers éléments pouvant être améliorés par la prise en charge,<br />

qui doit donc reposer sur une approche plus globale du patient<br />

et de sa cardiopathie.<br />

...et le diabète méconnu dans l’ischémie<br />

RICO (Registre des infarctus de Côte-d’Or) montre qu’à<br />

l’admission de 4 000 patients en phase aiguë de l’IDM, 21%<br />

CONSENSUS<br />

Diabéto pour le cardiologue<br />

Maladies cardiovasculaires :<br />

différences et points communs<br />

diabétiques/non-diabétiques<br />

sont des diabétiques connus (la moyenne nationale) et 6% sont<br />

dépistés par une glycémie à jeun (GAJ) ; si on la mesure de<br />

nouveau au 4-5 e jour, on dépiste encore 15% de nouveaux diabètes<br />

et 15% d’intolérance au glucose. En résumé, 21% des<br />

patients ont un diabète méconnu, et plus de la moitié présentent<br />

des anomalies du métabolisme glucidique, ce qui pèse<br />

lourd sur le pronostic à long terme : la mortalité hospitalière du<br />

post-IDM est de 4% chez le non-diabétique, de 8% en cas d’intolérance<br />

au glucose et de 14% chez les diabétiques. Des chiffres<br />

qui devraient amener les cardiologues à rechercher les anomalies<br />

de la glycémie, mais on en est encore loin, et une étude<br />

a montré qu’à la sortie d’un hôpital universitaire américain 65%<br />

des diabètes restent non diagnostiqués ! Avant de chercher<br />

l’ischémie, il faut chercher le diabète !<br />

Quel dépistage chez quel diabétique ?<br />

Des recommandations (2) de la SFC/ALFEDIAM cernent la population<br />

devant bénéficier d’un dépistage de l’IS par une épreuve<br />

d’effort :<br />

– le diabète de type 2 connu depuis plus de dix ans ou chez un<br />

patient de plus de 60 ans avec deux facteurs de risque ;<br />

– le diabète de type 1 datant de plus de quinze ans ou chez un<br />

patient de plus de 45 ans avec deux facteurs de risque ;<br />

– chez tous les diabétiques dès qu’il existe une AOMI, un athérome<br />

carotidien, une protéinurie ou une microalbuminurie associée<br />

à deux facteurs de risque ou en cas de reprise d’une activité<br />

physique après 45 ans.<br />

Si l’épreuve d’effort est impossible à réaliser ou douteuse, on<br />

demande une échographie de stress. Si le bilan est négatif, la<br />

situation doit être réévaluée deux ans après. Mais le problème<br />

en pratique est que les patients sont souvent adressés tardivement.<br />

Diabétique hypertendu :<br />

un niveau de risque élevé<br />

L’étude UKPDS a déjà montré qu’il existe une relation forte entre<br />

le niveau de la PAS, les complications microvasculaires et les<br />

AVC et, à un degré moindre, avec les IDM. L’étude HOT a<br />

confirmé qu’en baissant la diastolique de 85 à 81 mmHg on<br />

réduit de moitié les événements cardiovasculaires et de deux<br />

tiers la mortalité cardiovasculaire.<br />

Autre élément essentiel à prendre en compte chez le diabétique<br />

hypertendu, la microalbuminurie, qui est à la fois un facteur de<br />

39 CONSENSUS CARDIO pour le praticien - N° 19 • Mai 2006


CONSENSUS<br />

Diabéto pour le cardiologue<br />

risque et une cible thérapeutique : plus elle est élevée au départ,<br />

et plus la mortalité cardiovasculaire est accrue. Des données<br />

récentes issues de LIFE chez des patients ayant une HVG – dont<br />

un grand contingent de diabétiques de type 2 – montrent la<br />

valeur pronostique des taux d’albumine à l’inclusion, mais aussi<br />

un an après vis-à-vis de la survenue d’événements cardiovasculaires<br />

:<br />

– si l’albuminurie de départ est basse et le reste, le taux d’événements<br />

cardiovasculaires est de l’ordre de 5-7% ;<br />

– si elle est très élevée au départ et le reste, le risque d’événements<br />

cardiovasculaires est trois fois plus élevé ;<br />

– entre ces deux courbes, et en particulier chez les patients dont<br />

l’albuminurie initiale est élevée mais se normalise un an après,<br />

le niveau de risque est intermédiaire.<br />

C’est la première fois qu’on montre qu’un<br />

traitement efficace sur l’albuminurie a<br />

une traduction sur le risque cardiovasculaire,<br />

ce que confirment d’autres études<br />

: IRMA-2, où une dose élevée d’irbésartan<br />

(60 mg/j) chez des diabétiques de<br />

type 2 hypertendus et microalbuminuriques<br />

réduit de 70% le passage à la<br />

macroalbuminurie, et LIFE, où chez des<br />

diabétiques de type 2 hypertendus avec<br />

HVG le losartan réduit de 39% la mortalité<br />

globale et de 24% la morbi-mortalité<br />

cardiovasculaire. En pratique, si un<br />

traitement antihypertenseur n’a pas<br />

amené de réduction suffisante de l’albuminurie,<br />

il doit être revu et le contrôle des<br />

autres facteurs de risque renforcé.<br />

Ces données épidémiologiques et interventionnelles<br />

ont fourni la base des<br />

recommandations HAS 2005 sur la prise<br />

en charge de l’HTA chez les diabétiques :<br />

l’existence d’un diabète confère un<br />

niveau de risque élevé équivalent à celui<br />

d’un non-diabétique ayant au moins<br />

trois facteurs de risque ou une atteinte<br />

des organes cibles, et ce dès que la PA<br />

est supérieure à 140/90 mmHg. L’objectif tensionnel a donc<br />

été fixé à 130/80 mmHg, le même qu’en cas d’insuffisance<br />

rénale, et la protéinurie doit être maintenue en dessous de<br />

0,5 g/j.<br />

Si les règles hygiéno-diététiques s’imposent toujours, le traitement<br />

pharmacologique doit être instauré d’emblée chez ces<br />

patients diabétiques, même si les chiffes de pression artérielle<br />

sont modérés. La molécule de première intention peut être choisie<br />

parmi les cinq classes d’antihypertenseurs, mais l’existence<br />

d’un diabète de type 1 oriente plutôt vers un IEC, un diabète<br />

de type 2 plutôt vers un sartan. Les associations sont le plus souvent<br />

nécessaires, déterminées en fonction des paniers, prescrites<br />

à des doses suffisantes et comprenant un diurétique thiazidique.<br />

Si l’association sartan + IEC est possible, la surveillance<br />

de la kaliémie et de la créatinine doit être très stricte, vu le risque<br />

majeur d’hypokaliémie.<br />

© BSIP<br />

CONSENSUS CARDIO pour le praticien - N° 19 • Mai 2006<br />

40<br />

Quelle stratégie<br />

dans la dyslipidémie du diabétique ?<br />

L’étude TNT a montré l’intérêt de fortes doses d’atorvastatine<br />

(80 mg/j) en prévention secondaire chez les diabétiques pour<br />

réduire de 20% environ l’ensemble des événements cardiovasculaires,<br />

confirmant la nécessité de baisser le plus possible<br />

le LDL-cholestérol. En revanche, en prévention primaire, on peut<br />

discuter la manière de réduire la dyslipidémie chez ces patients<br />

dont le profil lipidique est particulier, avec des triglycérides élevés<br />

et/ou un HDL-C bas, un LDL-C souvent normal ou modérément<br />

augmenté, mais avec des anomalies qualitatives (LDL<br />

petites et denses, LDL oxydées ou glyquées)<br />

qui jouent un rôle athérogène<br />

important. Les fibrates semblaient intéressants<br />

dans ce cas, et on attendait<br />

beaucoup de l’étude FIELD : si on<br />

reprend ses résultats chez les patients<br />

en prévention primaire n’ayant pas<br />

reçu de statines, le fénofibrate montre<br />

une réduction intéressante du risque<br />

cardiovasculaire.<br />

Selon les recommandations de<br />

l’AFSSAPS, en cas de diabète associé<br />

à une atteinte rénale, à deux facteurs<br />

de risque ou à une microalbuminurie,<br />

il faut abaisser le LDL-C au-dessous de<br />

1 g/l. Les statines ne se discutent pas<br />

en prévention secondaire ; en prévention<br />

primaire, le fénofibrate peut être<br />

une alternative en fonction des chiffres<br />

de LDL, de triglycérides ou de HDL,<br />

le fibrate ayant montré dans ce cas son<br />

intérêt pour prévenir la macro- et la<br />

microangiopathie. Chez les patients à<br />

haut risque cardiovasculaire, on peut<br />

soit augmenter les doses de statines,<br />

soit leur associer du fénofibrate, la<br />

bonne tolérance de l’association ayant<br />

été montrée par FIELD. Pour confirmer la tolérance et l’efficacité,<br />

on attend d’autres analyses de FIELD et les résultats de<br />

l’étude ACCORD pour analyser le bénéfice ajouté. Sur le plan<br />

pratique, seul le fénofibrate a jusqu’ici été étudié en association<br />

et a montré qu’il peut être associé à l’atorvastatine, à la<br />

simvastatine et à la pravastatine dans de bonnes conditions de<br />

sécurité.<br />

Insuffisance coronarienne :<br />

le diabète pèse lourd<br />

L’existence d’un diabète confère des spécificités très nettes à<br />

la maladie coronarienne, ne serait-ce déjà que parce que le<br />

diabète n’est pas un facteur de risque comme le tabac ou la<br />

dyslipidémie qu’on peut faire régresser, mais une maladie


chronique qui persiste et s’aggrave avec le temps, même sous<br />

traitement. Le pronostic des IDM ou des angors instables est<br />

nettement plus péjoratif. On dispose de plusieurs explications :<br />

angiographiques avec des sténoses volontiers tritronculaires et<br />

des atteintes athéromateuses distales rendant plus difficile la<br />

revascularisation – ou biologiques – du fait de plaquettes dont<br />

le turn-over est très rapide et qui présentent des anomalies des<br />

récepteurs.<br />

Particularités de la prise en charge du diabétique<br />

coronarien<br />

Quel que soit le type de lésion, les diabétiques doivent bénéficier<br />

de stents actifs dont les études TAXUS et SIRIUS ont montré<br />

l’intérêt par rapport aux stents nus.<br />

Les diabétiques sont pratiquement toujours hypertendus avec<br />

une pression artérielle difficile à équilibrer. L’objectif tensionnel<br />

doit être d’emblée annoncé au patient pour avoir des<br />

chances d’y parvenir.<br />

Les diabétiques ont un profil lipidique particulier, avec une dysfonction<br />

endothéliale plus importante.<br />

Ils ont aussi une résistance assez marquée aux antiagrégants<br />

plaquettaires. Une méta-analyse a montré que les diabétiques<br />

de type 2 ne bénéficient pas de la même manière du traitement<br />

par aspirine dans la prévention des événements secondaires,<br />

et on doit se poser la question de savoir si les posologies usuelles<br />

leur sont bien adaptées. Même chose pour le clopidogrel, et<br />

l’étude CREDO montre que la prescription pendant un an d’aspirine<br />

plus clopidogrel après un accident coronaire aigu est<br />

moins efficace chez le diabétique que chez le non-diabétique.<br />

Enfin, il faut toujours compter avec la compliance particulièrement<br />

problématique chez le diabétique, souvent inversement<br />

proportionnelle à la taille des ordonnances.<br />

Diabétiques et/ou coronariens, la même prévention<br />

L’idéal serait de prévenir l’apparition du diabète et de la maladie<br />

coronaire, et c’est avant d’atteindre une glycémie à 1,26 g/l<br />

que la prise en charge permettrait d’éviter que le patient ne<br />

devienne coronarien, diabétique ou insuffisant cardiaque. Le<br />

syndrome métabolique, qui majore le risque de diabète et d’accident<br />

coronaire, devrait être dépisté plus précocement, dès<br />

que s’associent des anomalies des métabolismes glucidique,<br />

lipidique ou tensionnelles. Il s’associe souvent à un HDL-C bas,<br />

dont on sait qu’il est avec le tabac un facteur essentiel de rupture<br />

de plaque, plus que l’hyperglycémie. On disposera probablement<br />

d’ici à quelques années de traitements spécifiques<br />

du syndrome métabolique, mais l’exercice physique et l’amaigrissement<br />

restent plus que jamais d’actualité, même s’il est toujours<br />

très difficile d’y faire adhérer le diabétique.<br />

Insuffisance cardiaque<br />

des diabétiques : un diagnostic et<br />

une prise en charge plus difficiles<br />

Le diabète multiplie le risque de développer une insuffisance<br />

cardiaque (IC) par 4 chez l’homme jeune et par 8 chez la femme<br />

CONSENSUS<br />

Diabéto pour le cardiologue<br />

et le sujet âgé. D’après l’EUROPEAN HEART SURVEY, 25 à<br />

30% des patients en IC ont un diabète. On considère habituellement<br />

que le risque chez le diabétique est coronarien, mais<br />

les études les plus récentes tendent à montrer que l’IC serait<br />

la complication la plus fréquente. Dans DIABHYCAR, l’événement<br />

le plus fréquent est l’AVC ou l’hospitalisation pour IC,<br />

et dans FRAMINGHAM, le suivi pendant trente ans indique<br />

que les événements cardiovasculaires les plus fréquents<br />

chez le diabétique sont l’IC et l’AOMI.<br />

Le pronostic de l’IC est lourdement aggravé par l’existence d’un<br />

diabète, avec selon SOLVD une surmortalité cardiovasculaire<br />

de 37 % par rapport aux non-diabétiques en cas de cardiopathie<br />

ischémique. Le risque est corrélé à la sévérité du diabète,<br />

toute élévation de 1 % de l’HbA1c s’associant à une augmentation<br />

du risque de 8 % de l’IC. Cette corrélation glycémie/IC<br />

existe très précocement, puisque même chez les non-diabétiques,<br />

il existe une relation entre gravité de l’IC et insulinorésistance.<br />

Le diagnostic d’IC chez le diabétique de type 2 est loin d’être<br />

évident, parce que les symptômes sont atypiques (fatigue,<br />

dyspnée), qu’on se polarise surtout sur la maladie coronaire et<br />

que la fonction systolique est souvent conservée. Le BNP et<br />

l’échocardiographie-Doppler sont particulièrement intéressants<br />

pour le diagnostic.<br />

L’aggravation de l’IC par le diabète est liée aux pathologies<br />

coronaires surajoutées, aux anomalies microvasculaires, à la<br />

neuropathie et à une dysfonction diastolique majeure associée<br />

aux anomalies du métabolisme glucidique. Ainsi en cas<br />

d’œdème pulmonaire avec une FE conservée, le diabète est<br />

avec l’HTA et la CMH une étiologie à rechercher.<br />

Traiter le diabète de l’insuffisant cardiaque<br />

Il est essentiel de contrôler l’équilibre glycémique pour ne pas<br />

aggraver l’IC, mais la prise en charge thérapeutique est relativement<br />

complexe du fait des effets potentiels des antidiabétiques<br />

sur la fonction cardiaque.<br />

• L’insuline seule ou associée semble augmenter le risque de<br />

survenue d’IC chez le diabétique d’environ 1,5 par rapport<br />

aux ADO. Cela pourrait être en rapport avec le fait qu’elle<br />

entraîne une prise de poids, une rétention sodée, une stimulation<br />

sympathique avec augmentation des résistances vasculaires,<br />

de l’hypertrophie cardiaque et de la dysfonction endothéliale,<br />

mais pourrait aussi pointer le fait que le recours à<br />

l’insuline se fait dans les diabètes de type 2 les plus sévères.<br />

• La metformine est en principe contre-indiquée dans l’IC, surtout<br />

en cas d’association à une insuffisance hépatique ou rénale,<br />

en raison du risque d’acidose lactique. Des données plus<br />

récentes semblent lever cette contre-indication dans les IC stables,<br />

et en pratique peu d’accidents ont été observés. Il est recommandé<br />

de l’éviter dans les IC sévères ou modérées ; lorsque la<br />

FE est < 40% chez un patient non symptomatique, elle peut être<br />

utilisée uniquement si le contrôle glycémique ne peut être obtenu<br />

autrement, et en débutant le traitement avec de faibles doses.<br />

• Les glitazones ont été impliquées dans des œdèmes des<br />

membres inférieurs, mais aussi cardiaques et très récemment<br />

maculaires. Elles favorisent le gain pondéral et pourraient<br />

41 CONSENSUS CARDIO pour le praticien - N° 19 • Mai 2006


CONSENSUS<br />

Diabèto pour le cardiologue<br />

participer à la dégradation de la fonction cardiaque. Le mécanisme<br />

n’est pas élucidé, augmentation de la rétention sodée,<br />

de la perméabilité capillaire ? Elles sont contre-indiquées en<br />

cas d’insuffisance cardiaque et sont à risque en cas d’HVG ou<br />

de FE basse. L’étude PROACTIV avait ainsi montré que leur effet<br />

bénéfique était annulé par un surrisque d’IC, bien qu’il n’y ait<br />

pas d’augmentation des décès. Les contre-indications sont vraisemblablement<br />

excessives, mais l’avis cardiologique reste indispensable<br />

avant leur prescription.<br />

Tous les traitements antidiabétiques semblent finalement<br />

associés à un surrisque d’IC, qui, plus qu’aux molécules ellesmêmes,<br />

pourrait être lié à la gravité et à la durée du diabète<br />

lorsque le recours à ces traitements s’impose. Il devient impératif<br />

de faire des études pour rechercher précisément le traitement<br />

antidiabétique optimal chez ces patients en insuffisance<br />

cardiaque.<br />

Traiter l’IC du diabétique<br />

Les diabétiques doivent bénéficier des traitements classiques<br />

de l’IC, même si leur efficacité et leur tolérance sont amoindries.<br />

Les bêtabloquants sont indispensables dans les classes II à IV<br />

de la NYHA, et quatre molécules – métoprolol, carvédilol, bisoprolol<br />

et nébivolol – ont reçu l’AMM dans cette indication. Reste<br />

à savoir quel(s) bêtabloquant(s) utiliser de préférence chez les<br />

diabétiques. L’étude COMET a montré que par rapport au métoprolol<br />

la durée de la survie est nettement améliorée par le carvédilol.<br />

En améliorant la sensibilité à l’insuline et la tolé-<br />

CONSENSUS CARDIO pour le praticien - N° 19 • Mai 2006<br />

42<br />

rance au glucose, le carvédilol pourrait aussi retarder l’apparition<br />

d’un diabète de novo. Il se caractérise, ainsi que le<br />

bisoprolol et le nébivolol, par des propriétés antioxydantes qui<br />

pourraient avoir des effets significatifs chez le diabétique, mais<br />

on manque encore d’études pour savoir si cela se traduit par<br />

un bénéfice clinique.<br />

On privilégie de plus en plus les IEC et ARA2 chez les diabétiques.<br />

Les ARA2 ont montré leur bénéfice dans le traitement<br />

de l’IC du diabétique dans des études comme CHARM (candésartan)<br />

ou LIFE (losartan). Dans les classes III-IV de la NYHA,<br />

les spironolactones peuvent être utilisées chez les diabétiques,<br />

et antiagrégants et statines doivent bien sûr faire partie de<br />

l’arsenal thérapeutique.<br />

L’exercice physique et le régime restent toujours essentiels pour<br />

le contrôle glycémique de l’IC en attendant de disposer de médicaments<br />

comme les bloqueurs de la glycation. ■<br />

Dr Maia Gouffrant<br />

Journée Diabéto-Cardio, Atelier «Diabétique/non-diabétique,<br />

points communs et différences», d’après les communications<br />

des Prs Yves Cottin (Dijon) et Paul Valensi (hôpital Jean-Verdier,<br />

Bondy) et des Drs Alain Cohen-Solal et Patrick Henry<br />

(Paris, hôpital Lariboisière).<br />

1. Chaowalit N et al. J AM Coll Cardiol 2006 ; 47: 1029-36.<br />

2. Recommandations SFC/ALFEDIAM, Arch Mal Cœur 2004; 97: 338-57.


De nombreux essais de protection et de prévention rénales<br />

ont démontré l’intérêt de bloquer le système<br />

rénine-angiotensine-aldostérone. La mortalité et le risque<br />

coronarien sont en effet directement corrélés à la sévérité<br />

des atteintes rénales chez les diabétiques hypertendus.<br />

L’évaluation clinique d’un sujet hypertendu, a fortiori chez le<br />

diabétique hypertendu, se fait à différents niveaux dont l’appréciation<br />

clinique des organes cibles tels que le rein. Le dosage<br />

de l’albuminurie est nécessaire et indispensable. L’excrétion urinaire<br />

d’albumine est physiologique lorsque son taux est inférieur<br />

à 30 mg/24 h ; le stade de microalbuminurie est atteint<br />

lorsque l’excrétion est comprise entre 30 et 300 mg/24 h et de<br />

protéinurie, lorsque l’excrétion dépasse 300 mg/24 h.<br />

Le taux de décès est corrélé à l’évolution de la sévérité de<br />

l’atteinte rénale. Selon les données de l’étude UKPDS, le taux<br />

annuel de décès chez les diabétiques passe de 1,4 % en<br />

l’absence de néphropathie à 3 % en cas de microalbuminurie,<br />

4,6 % en cas de macroalbuminurie et 19,2 % lorsque la créatininémie<br />

est élevée ou en cas de dialyse. Le risque coronarien<br />

est aussi associé à l’évolution des lésions rénales : pour une protéinurie<br />

faible, le risque coronarien est d’environ 18 % et il est<br />

multiplié par 2 en cas de protéinurie avérée.<br />

Les études de protection rénale<br />

De nombreuses études sont disponibles dans le domaine de la<br />

protection et de la prévention rénales. En termes de protection,<br />

l’étude RENAAL a comparé un sartan à dose progressive à un<br />

placebo, les deux groupes recevant par ailleurs un traitement<br />

conventionnel (c’est-à-dire sans IEC, ni ARA II) pour une durée<br />

de suivi de 3,4 années. Au bout de 48 mois, le groupe recevant<br />

le sartan présente une diminution du risque de doublement<br />

de créatininémie de 25 % (p = 0,006), d’insuffisance rénale ter-<br />

CONSENSUS CARDIO pour le praticien - N° 19 • Mai 2006<br />

46<br />

Congrès<br />

22 e Salon de Cardiologie Pratique & <strong>Consensus</strong><br />

29 - 31 mars 2006<br />

Prévenir les lésions rénales<br />

pour diminuer la mortalité du diabète<br />

minale de 28 % (p = 0,002) et d’un critère combiné associant<br />

insuffisance rénale et décès de 20 % (p = 0,010).<br />

Plus intéressants sont les résultats de l’étude BENEDICT, étude<br />

de prévention primaire de la néphropathie menée chez des<br />

diabétiques sans atteinte rénale. Les patients ont été répartis<br />

en quatre groupes : un groupe recevant le trandolapril, un<br />

groupe recevant le vérapamil, un troisième groupe recevant<br />

l’association des deux et un dernier groupe recevant un traitement<br />

conventionnel. L’incidence de la microalbuminurie a<br />

été réduite de 53 % dans le groupe recevant le trandolapril et<br />

de 61 % dans celui recevant l’association trandolapril-vérapamil.<br />

BENEDICT montre que le trandolapril seul ou associé<br />

au vérapamil LP est efficace sur la prévention primaire de la<br />

néphropathie diabétique chez l’hypertendu diabétique de<br />

type 2 normoalbuminurique, au-delà de la correction des<br />

chiffres tensionnels. ■<br />

Dr Anne Teyssédou-Mairé<br />

D’après la communication du Pr Jean-Philippe Ryckelynck (Caen)<br />

lors d’un symposium organisé par les laboratoires Abbott<br />

Les risques<br />

cardiologiques du sport<br />

La pratique de certains sports est contre-indiquée chez les<br />

patients souffrant d’une pathologie cardiaque ou demande<br />

une surveillance cardiovasculaire particulière.<br />

La plongée sous-marine, en augmentant le travail cardiaque de<br />

décompression, favorise la survenue d’emboles gazeux. Elle accroît<br />

aussi le risque ischémique. « Les conséquences hémodynamiques<br />

sont une augmentation du débit cardiaque de l’ordre de 15 %<br />

et une vasoconstriction périphérique, responsables d’une poussée<br />

tensionnelle et d’une décompensation cardiaque. La plongée<br />

peut également avoir des conséquences rythmiques : diminution<br />

de la fréquence cardiaque et troubles du rythme », a<br />

précisé le Dr Vincent Lafay (Marseille). Les patients souffrant de<br />

tachycardie paroxystique, de bloc auriculoventriculaire de type II<br />

non appareillé ne peuvent donc pas pratiquer ce sport. Il en est<br />

de même des malades porteurs d’un shunt droite-gauche, atteints<br />

d’une cardiopathie congénitale, d’une insuffisance cardiaque<br />

symptomatique ou d’une cardiomyopathie obstructive.<br />

Tout candidat à la plongée doit subir un examen médical complet<br />

avec prise de la pression artérielle et électrocardiogramme. Chez<br />

le non-sportif, une épreuve d’effort doit être effectuée au moins<br />

une fois après l’âge de 40 ans, ainsi qu’une échocardiographie.


22 e Salon de Cardiologie Pratique & <strong>Consensus</strong><br />

29 - 31 mars 2006<br />

Trekking en haute altitude et pathologies<br />

cardiovasculaires<br />

Le bilan cardiovasculaire du candidat au trekking en haute<br />

montagne consiste en un électrocardiogramme, une échographie<br />

cardiaque et la mesure des échanges gazeux. Un test<br />

en hypoxie peut également être recommandé. « Les contre-indications<br />

cardiaques à la montée en haute altitude (2 000 à<br />

5 000 m) sont les cardiopathies instables, les troubles du<br />

rythme graves, l’existence d’une hypertension artérielle pulmonaire<br />

ou d’une cardiopathie cyanogène », a indiqué le<br />

Dr Stéphane Doutreleau (Strasbourg).<br />

Chez les sujets hypertendus, une parfaite maîtrise des chiffres<br />

tensionnels, au repos et à l’effort, sera exigée avant le départ<br />

en montagne. Bêtabloquants et inhibiteurs calciques, empê-<br />

Les bénéfices du traitement<br />

de la fibrillation auriculaire<br />

Maintenir le rythme sinusal par des médicaments ou des<br />

techniques interventionnelles est destiné à améliorer la<br />

qualité de vie des patients. La qualité de l’anticoagulation<br />

y contribue également.<br />

La fibrillation auriculaire (FA) augmente avec l’âge, tant chez<br />

l’homme que chez la femme. Or, même si ce n’est pas une maladie<br />

grave, elle augmente la morbidité et la mortalité. Traiter la<br />

FA a pour objectif, d’une part, de supprimer les symptômes,<br />

donc d’améliorer la qualité de vie des patients ; d’autre part,<br />

de prévenir les accidents thromboemboliques et l’insuffisance<br />

cardiaque (IC). « Il existe de nombreux arguments théoriques<br />

en faveur du maintien du rythme sinusal qui, de toute évidence,<br />

est lié à un meilleur pronostic », a expliqué le Pr Jean-<br />

Yves Le Heuzey (Paris). Il permet un fonctionnement hémodynamique<br />

optimal, évite le remodelage électrophysiologique et<br />

l’évolution vers la chronicité, prévient la tachycardiomyopathie.<br />

Cependant, le problème est de savoir comment maintenir<br />

ce rythme sinusal sans utiliser de moyens qui puissent être délétères<br />

: soit dans l’immédiat par des techniques interventionnelles<br />

non pharmacologiques (ablation des veines pulmonaires)<br />

qui peuvent être de temps en temps hasardeuses, soit à plus<br />

long terme, par des médicaments qui ne sont pas dénués<br />

d’effets secondaires (bêtabloquants, digitaliques, etc.).<br />

Il existe un profil de patients qui bénéficie indiscutablement<br />

du maintien du rythme sinusal : ce sont les sujets jeunes, très<br />

symptomatiques lorsqu’ils sont en FA, sans facteur de risque<br />

majeur et de récidive.<br />

Améliorer l’anticoagulation<br />

« Améliorer la qualité de l’anticoagulation, c’est réévaluer<br />

si le patient a besoin ou non d’un anticoagulant, donc déter-<br />

chant toute réponse chronotrope liée à l’hypoxie, sont contreindiqués,<br />

alors que les IEC ou les sartans sont autorisés. Chez<br />

les patients coronariens, la haute altitude favorise le risque<br />

d’ischémie myocardique et de troubles du rythme. Le trekking<br />

sera autorisé chez le coronarien stable uniquement (6 mois<br />

après la survenue de l’accident coronarien). Quant à l’insuffisance<br />

cardiaque, c’est une pathologie aggravée par l’altitude,<br />

mais les patients bien stabilisés par un traitement médicamenteux,<br />

pratiquant régulièrement une activité physique<br />

avant de partir en haute montagne, sont à faible risque et peuvent<br />

monter jusqu’à 3 000 m. ■<br />

Dr Gabrielle Bitan<br />

D’après l’Atelier «Cardiologie et Sport»<br />

miner au mieux les indications et les non-indications aux<br />

anticoagulants », a précisé le Dr Laurent Fauchier (Tours). En<br />

règle générale, il y a absence d’urgence à traiter, car on traite<br />

un risque potentiel de complications et non des symptômes.<br />

En outre, il faut tenir compte du patient. Ainsi, un AVK peut<br />

être prescrit - sauf contre-indication - à un patient âgé de plus<br />

de 75 ans qui présente un risque hémorragique bas (0 ou<br />

1 facteur de risque). Il convient de faire attention aux interruptions<br />

et aux reprises de traitement. Si l’anticoagulation<br />

n’est pas stable, il faut rechercher des interactions médicamenteuses<br />

qui sont fréquentes (AINS, antibiotiques, amiodarone…)<br />

; des erreurs possibles de prescription, de transcription,<br />

de surveillance et de suivi : c’est-à-dire tout événement<br />

de cette chaîne qui peut être un facteur d’erreur et de traitement<br />

inapproprié. ■<br />

Dr Mathilde Ferry<br />

Atelier «Rythmologie» modéré par le Pr Patrick Attuel<br />

47 CONSENSUS CARDIO pour le praticien - N° 19 • Mai 2006


CONSENSUS CARDIO pour le praticien - N° 19 • Mai 2006<br />

22 Congrès<br />

e Salon de Cardiologie Pratique & <strong>Consensus</strong><br />

Les nouveaux bêtabloquants<br />

Dernier bêtabloquant mis à la disposition du corps médical,<br />

le nébivolol a un profil pharmacologique particulier,<br />

associant activité bêtabloquante et vasodilatatrice, médiée<br />

par le NO (nitrate d’azote). Il est efficace et bien toléré, à la<br />

fois dans la prise en charge de l’hypertension artérielle et<br />

dans celle de l’insuffisance cardiaque.<br />

Les bêtabloquants prescrits à des sujets jeunes et sportifs hypertendus<br />

sont efficaces sur l’hypertension artérielle provoquée par<br />

l’effort. Mais ils sont pris de manière irrégulière, à cause de la<br />

fatigue et de la dysfonction sexuelle qu’ils entraînent. La tolérance<br />

à l’effort est également un point important qui peut poser des problèmes<br />

pour l’observance du traitement.<br />

La capacité d’effort maximal et la durée de résistance à l’effort de<br />

ce bêtabloquant non sélectif donneur de NO ont tout d’abord été<br />

étudiées chez des sujets sains. Aucune différence n’a été mise en<br />

évidence entre ceux ayant reçu un placebo et ceux ayant été traités<br />

par le bêtabloquant cardiosélectif. « Chez les patients hypertendus,<br />

le nébivolol entraîne une augmentation de 20 % du volume<br />

d’éjection systolique, qui est responsable d’une limitation de la<br />

réduction du débit cardiaque, au repos et à l’effort. Il provoque<br />

également une diminution des résistances périphériques, avec<br />

comme conséquence une moindre limitation de la durée de<br />

l’effort, en comparaison à l’aténolol », a expliqué le Pr François<br />

Carré (Rennes). De plus, ce traitement a un effet vasodilatateur,<br />

29 - 31 mars 2006<br />

48<br />

qui est médié par le NO. En outre, le nébivolol n’a pas d’effets<br />

négatifs sur le métabolisme énergétique. La bonne tolérance de<br />

ce traitement peut donc contribuer à en améliorer l’observance<br />

chez les sujets jeunes hypertendus.<br />

L’insuffisance cardiaque du patient âgé<br />

« Pour ce qui est des sujets âgés, efficacité et tolérance du nébivolol<br />

ont été étudiées lors de l’étude SENIORS, qui a recruté<br />

2 128 patients âgés de 76 ans en moyenne, souffrant d’insuffisance<br />

cardiaque », a poursuivi le Dr François Diévart (Dunkerque).<br />

65 % des malades ont pu recevoir une posologie cible<br />

de 10 mg, alors que le pourcentage de patients ayant pris un<br />

placebo était de 75 %, ce qui montre la bonne tolérance de ce<br />

bêtabloquant. Quant à son efficacité, elle a été démontrée par<br />

une diminution de 14 % des événements faisant partie du critère<br />

primaire, associant mortalité et survenue d’événements cardiovasculaires.<br />

Ces bons résultats excluent donc le nébivolol de la<br />

controverse actuelle existant sur le recours aux bêtabloquants<br />

chez les patients âgés de plus de 70 ans. ■<br />

Le BNP, marqueur diagnostique et pronostique<br />

Le dosage du BNP est recommandé en pratique quotidienne<br />

dans le diagnostic, le suivi thérapeutique et la stratification<br />

de risque des patients insuffisants cardiaques. C’est un<br />

marqueur de pression intracardiaque.<br />

Le BNP (Brain Natriuretic Peptide), petit peptide de 32 acides aminés,<br />

dont la demi-vie est courte (22 min), est sécrété quasi exclusivement<br />

par les myocytes ventriculaires. Il est sensible aux conditions de charge<br />

des ventricules et à l’état myocardique sous-jacent. Il provient du clivage<br />

enzymatique du pro-BNP en NT-proBNP et BNP. Son taux varie<br />

selon les circonstances : il est augmenté en cas d’HTA compliquée,<br />

d’hypertrophie myocardique (le BNP étant proportionnel à la masse<br />

myocardique), d’insuffisance rénale, de cœur pulmonaire chronique<br />

ou aigu. Il est diminué en cas d’obésité et de faible délai (< 1 heure)<br />

entre la poussée d’insuffisance cardiaque et le prélèvement.<br />

Le BNP est utile en cas d’indécision clinique. Il constitue une<br />

aide au diagnostic chez le patient dyspnéique, en sachant que la<br />

décision clinique reste la règle. En effet, quand le diagnostic reste<br />

douteux après examen clinique, ECG et radiographie : si le BNP<br />

est inférieur à 80 pg/ml, l’insuffisance cardiaque (IC) est peu probable<br />

(< 2 %) ; si le BNP est supérieur à 400 pg/ml, l’IC est très<br />

probable (90 %). Entre les deux, on ne sait pas ; d’où la nécessité<br />

de demander une échographie. Le BNP n’est pas un élément de<br />

Dr Gabrielle Bitan<br />

D’après un déjeuner-débat réalisé en partenariat<br />

avec les laboratoires Negma Lerads<br />

screening. C’est un marqueur de pression intracardiaque et non<br />

pas de fraction d’éjection du ventricule gauche. Il est corrélé à<br />

la masse ventriculaire gauche et à l’existence d’une dysfonction<br />

systolique. Comme tout marqueur, ses taux sont à interpréter en<br />

fonction des données cliniques. Un taux élevé en cas d’IC diastolique<br />

stable est de mauvais pronostic.<br />

Un taux correlé à la symptomatologie<br />

Le BNP est un bon indicateur pronostique de l’IC. Son dosage<br />

dans les suites de décompensation apporte des informations<br />

pronostiques majeures: plus le patient est symptomatique, plus<br />

le BNP augmente, plus sa survie diminue. Si le BNP est supérieur<br />

à 700 pg/ml à la sortie de l’hôpital, le pourcentage de<br />

décès et de réhospitalisations est de 95 %. Si le BNP est inférieur<br />

à 300 pg/ml, il n’est plus que de 17 %. ■<br />

Dr Mathilde Ferry<br />

Ecole pratique « BNP » animée par le Pr Patrick Jourdain,<br />

unité thérapeutique d’insuffisance cardiaque, CH Pontoise<br />

avec la collaboration de Biosite et des laboratoires Takeda


CONSENSUS CARDIO pour le praticien - N° 19 • Mai 2006<br />

22 Congrès<br />

e Salon de Cardiologie Pratique & <strong>Consensus</strong><br />

Les hypertensions difficiles<br />

L’HTA est difficile à contrôler notamment chez le sujet âgé et<br />

le diabétique ainsi qu’en cas d’HTA résistante, due à un échec<br />

d’observance du traitement médical, voire à un traitement<br />

inapproprié.<br />

« L’HTA reste le facteur<br />

de risque le plus<br />

commun de morbidité<br />

et de mortalité<br />

cardiovasculaires »,<br />

a rappelé le Dr Pierre<br />

Attali (Strasbourg).<br />

Or, moins d’un tiers<br />

des patients avec une<br />

PA > 140/90 mmHg<br />

sont traités de manière adéquate ! Il existe un certain<br />

nombre de situations au cours desquelles l’HTA peut<br />

être difficile à traiter : chez le sujet âgé où la prévalence<br />

de l’HTA est très élevée, chez le diabétique non<br />

observant (seuls 7 % des diabétiques hypertendus ont<br />

une PA contrôlée) et lorsque l’HTA est résistante. Or,<br />

la prévalence de cette dernière va augmenter.<br />

Chez les sujets âgés de plus de 70 ans, 80 % des patients ont<br />

une PA > 140/90 mmHg (étude 3C). Or, il existe une discordance<br />

entre les chiffres mesurés au cabinet et ceux enregistrés<br />

à domicile, d’où la nécessité de faire réaliser systématiquement<br />

des mesures ambulatoires, par automesure ou MAPA, avant<br />

de débuter un traitement antihypertenseur. Enfin, même<br />

au-delà de 80 ans, le traitement est justifié. C’est ce qu’ont montré<br />

les résultats d’HYVET-PILOT (Gueyffier et al) avec une réduction<br />

du nombre d’AVC. « La décision de traiter ne repose pas<br />

uniquement sur l’âge réel du patient, a souligné le Dr Olivier<br />

Hanon (Paris), mais prend en compte l’analyse individuelle<br />

qui se base sur l’espérance de vie, la qualité de vie, l’existence<br />

de comorbidités ainsi que le risque iatrogène.»<br />

En cas d’HTA résistante, il convient de rechercher un effet « blouse<br />

blanche » et de vérifier l’observance du patient. Il faut évaluer la<br />

tolérance des médicaments, car une mauvaise tolérance est une<br />

cause fréquente d’HTA résistante. Il faut également penser à une<br />

HTA iatrogène : contraceptif oral, tacrolimus, cocaïne… Enfin,<br />

il convient de rechercher une HTA secondaire. « Cependant, de<br />

temps en temps, l’HTA résistante peut être due au médecin : on<br />

parle alors d’inertie thérapeutique », a expliqué le Dr Jacques<br />

Blacher (Paris). Le médecin connaît son patient depuis longtemps.<br />

De 180 mmHg il est passé à 160 mmHg. Il est sous trithérapie et<br />

le médecin attend… Il ne va pas jusqu’au bout de sa prévision<br />

en matière d’objectif thérapeutique. ■<br />

Dr Mathilde Ferry<br />

Symposium avec la collaboration des laboratoires Menarini<br />

29 - 31 mars 2006<br />

50<br />

Le stenting non coronarien<br />

Grâce aux progrès techniques, le traitement<br />

endovasculaire se développe et fait l’objet de nombreuses<br />

études randomisées le comparant à la chirurgie.<br />

Le traitement de référence de la sténose carotidienne symptomatique<br />

serrée athéroscléreuse est toujours la chirurgie.<br />

Les résultats des essais thérapeutiques ne permettent en aucun<br />

cas de modifier cette recommandation. En effet, ils ne montrent<br />

pas de différence entre l’angioplastie et la chirurgie<br />

carotidienne. La balance semble pencher en faveur de l’angioplastie<br />

du fait de l’absence de complications comme la<br />

paralysie des nerfs crâniens. « L’angioplastie ne peut être<br />

proposée que dans le cadre d’essais randomisés qui comparent<br />

les deux techniques », a précisé le Pr Jean-Louis Mas<br />

(Paris). Les résultats de l’étude française EVA-3S portant sur<br />

527 patients sont attendus pour mai 2006 ; comme ceux de<br />

l’étude allemande SPACE qui porte sur 1 000 patients. En ce<br />

qui concerne les patients atteints de sténose radique, de resténose<br />

après chirurgie, de sténose haute ou pour lesquels la chirurgie<br />

est contre-indiquée, les indications restent consensuelles.<br />

Un intérêt pour les anévrismes rompus<br />

« Le traitement endovasculaire des anévrismes de l’aorte abdominale<br />

est efficace », a souligné le Dr Bernard Beyssen (Paris). Il<br />

permet de réduire la morbi-mortalité opératoire de 70 %. Néanmoins,<br />

les résultats à long terme sont inconnus. C’est une technique<br />

certainement très intéressante pour les anévrismes rompus qui ont<br />

une mortalité de 40 à 50 %. En France, elle est réservée aux patients<br />

considérés à haut risque chirurgical, avec une anatomie favorable<br />

et une bonne espérance de vie. Toutefois, compte tenu des résultats<br />

encourageants immédiats, certaines équipes la préconisent chez<br />

les patients de plus de 60 ans. Mais il faut rester très prudent. C’est<br />

une technique qui paraît également intéressante en cas d’anévrisme<br />

du trépied, pour lequel la chirurgie est très difficile. « En ce qui<br />

concerne l’artérite des membres inférieurs, le traitement endovasculaire<br />

de première intention donne d’excellents résultats à<br />

l’étage aorto-iliaque », a poursuivi Bernard Beyssen. Au niveau<br />

fémoro-poplité, c’est le traitement médical – contrôle des facteurs<br />

de risque – qui prime. Enfin, dans un contexte d’ischémie critique,<br />

la chirurgie ou le traitement endovasculaire sont possibles.<br />

« Il y a peu de données probantes concernant le traitement<br />

par voie endovasculaire des artères rénales », a expliqué le<br />

Dr Pierre-François Plouin (Paris). Jusqu’à présent, les études ont<br />

porté sur la question de savoir si l’angioplastie permettait de<br />

réduire la pression artérielle. Le bénéfice à court terme dans les<br />

sténoses athéroscléreuses est modeste. Il convient donc de faire<br />

des études à long terme. En revanche, on ne sait toujours pas<br />

si ce type de traitement protège la fonction rénale. ■<br />

Dr Mathilde Ferry<br />

Atelier « Thérapie endovasculaire hors coronaires »<br />

coordonné par le Pr Joseph Emmerich (HEGP, Paris)


22 e Salon de Cardiologie Pratique & <strong>Consensus</strong><br />

29 - 31 mars 2006<br />

La place de l’automesure tensionnelle en 2006<br />

L’utilisation de l’automesure tensionnelle est encouragée du<br />

fait de son intérêt dans l’éducation thérapeutique du patient<br />

et parce qu’elle favorise l’observance.<br />

Du fait de l’extrême variabilité tensionnelle d’un patient au cours<br />

d’une même consultation ou d’une consultation à l’autre, la<br />

Haute Autorité de santé (HAS) recommande depuis 2005<br />

l’automesure tensionnelle à titre diagnostique. En effet, elle permet<br />

de corriger les erreurs de diagnostic par excès (effet « blouse<br />

blanche ») ou par défaut (HTA masquée). Sa valeur pronostique<br />

apparaît supérieure à celle des mesures effectuées au<br />

cabinet médical. L’automesure est recommandée avant de débuter<br />

un traitement antihypertenseur médicamenteux : pour les<br />

HTA < 180/110 mmHg chez le sujet âgé car la fréquence de<br />

l’effet « blouse blanche » est importante chez ce type de<br />

patients ; en cas d’HTA résistante et dans l’évaluation thérapeutique,<br />

à tout moment de la prise en charge.<br />

La règle des «3»<br />

Une étude, menée sur 614 patients en Grande-Bretagne, a<br />

montré que la préférence globale des patients, en matière de<br />

mesure de la pression artérielle était, par ordre décroissant :<br />

l’automesure tensionnelle, la mesure de la PA par une infirmière,<br />

la mesure de la PA par un médecin et la MAPA. L’avan-<br />

Les complications du diabète<br />

Le contrôle de l’hypertension artérielle, de la microalbuminurie<br />

et des anomalies lipidiques reste indispensable.<br />

Contrôler la glycémie, mais aussi tous les facteurs de risque<br />

cardiovasculaire de la pression artérielle est déterminant pour<br />

le pronostic du patient diabétique. Jusqu’où faut-il faire baisser<br />

cette dernière ? L’étude HOT apporte des éléments de<br />

réponse puisqu’elle a montré que le traitement par félodipine<br />

permettait de diminuer la pression artérielle diastolique de<br />

85 à 81 mmHg, réduisant de 50% le nombre d’événements et<br />

la morbidité cardiovasculaires. Chez le diabétique hypertendu,<br />

l’objectif est donc l’obtention d’une pression artérielle systolique<br />

de 130 mmHg et d’une pression artérielle diastolique de<br />

80 mmHg. Les anomalies lipidiques doivent également être corrigées.<br />

« Autre facteur important, la microalbuminurie. L’étude<br />

LIFE a montré que le risque de survenue d’un événement cardiovasculaire<br />

était trois fois plus important si la microalbuminurie<br />

restait élevée. Si l’albuminurie n’est pas réduite par<br />

le traitement hypotenseur en cours, celui-ci doit être corrigé.<br />

IEC et sartans ont notamment fait la preuve de leur efficacité<br />

dans la néphroprotection : une forte dose d’irbésartan<br />

tage de l’automesure est qu’elle permet de mesurer la pression<br />

artérielle dans les conditions de la vie quotidienne. Pour cela,<br />

le patient doit utiliser un appareil d’automesure tensionnelle<br />

validé par l’AFSSAPS. La liste officielle figure sur le site :<br />

www.afssaps.sante.fr<br />

Les mesures doivent être effectuées dans les meilleures conditions :<br />

en position assise, dans un environnement calme, au repos, avec<br />

un appareil correctement positionné. Il faut respecter les horaires<br />

de mesure et appliquer la « règle des 3 »: 3 mesures consécutives<br />

le matin et 3 mesures consécutives le soir pendant 3 jours de suite<br />

minimum. Une série de mesures dure au minimum 3, voire 5 jours.<br />

Pour cela, il est recommandé que le patient soit éduqué à l’utilisation<br />

de cette technique par son médecin ou par un professionnel<br />

de santé entraîné : définition de la PAS et de la PAD, variabilité<br />

de la PA et ses conséquences, définition de la PA normale et<br />

d’une HTA, bonne utilisation de l’appareil. Quant à l’interprétation<br />

des chiffres, elle reste un acte médical. L’objectif étant d’arriver<br />

à une PA < 135/85 mmHg. ■<br />

Dr Mathilde Ferry<br />

Ecole pratique animée par le Dr Nicolas Postel-Vinay (Paris)<br />

avec la collaboration des laboratoires Bristol-Myers Squibb<br />

et sanofi aventis<br />

réduit de 76% le taux de conversion de la micro- vers la<br />

macroalbuminurie et augmente de 1,5 fois le taux de normalisation<br />

de l’excrétion d’albumine », a indiqué le Pr Paul<br />

Valensi (Bondy).<br />

Diabète et insuffisance cardiaque<br />

« Autre complication fréquente chez le diabétique, l’insuffisance<br />

cardiaque. Elle est observée dans un quart des cas.<br />

Quant à la prévalence du diabète chez les malades atteints<br />

d’insuffisance cardiaque, elle est comprise entre 20 et 40 %.<br />

Le diabète entraîne donc une insuffisance cardiaque, qui ellemême<br />

aggrave la pathologie diabétique », a précisé le Pr Alain<br />

Cohen-Solal (Lariboisière). Un suivi effectué sur une cohorte de<br />

25 000 hommes et de 22 000 femmes diabétiques a en effet<br />

montré que chaque augmentation de 1% de l’hémoglobine<br />

glyquée accroît de 8% le risque de survenue d’une insuffisance<br />

cardiaque. ■<br />

Dr Gabrielle Bitan<br />

D’après la Journée Diabéto-Cardio<br />

51 CONSENSUS CARDIO pour le praticien - N° 19 • Mai 2006


CONSENSUS CARDIO pour le praticien - N° 19 • Mai 2006<br />

22 Congrès<br />

e Salon de Cardiologie Pratique & <strong>Consensus</strong><br />

Les anticoagulants<br />

chez les sujets très âgés<br />

Les bénéfices et les risques hémorragiques<br />

de la prescription d’anticoagulants doivent être évalués<br />

chez les patients très âgés.<br />

Une étude effectuée sur 2 912 patients a montré un taux<br />

de prescriptions de 22 % d’héparine de bas poids moléculaire<br />

en médecine interne et un pourcentage de 4,5 %<br />

d’antivitamines K. Ces traitements sont donc utilisés relativement<br />

souvent. Néanmoins, ils sont mal prescrits, 45 %<br />

des malades devant bénéficier des anticoagulants n’en ont<br />

pas, alors que cette thérapeutique a été inutilement instaurée<br />

dans 41 % des cas.<br />

« Le traitement curatif de la maladie thromboembolique<br />

fait appel aux héparines non fractionnées, fractionnées<br />

ou encore aux héparines de bas poids moléculaire »,<br />

a précisé le Pr Jean-Paul Emeriau (Bordeaux). Les héparines<br />

non fractionnées sont difficiles à prescrire chez le<br />

sujet très âgé, nécessitant l’instauration de contrôles répétés.<br />

D’autre part, le mauvais capital veineux des sujets âgés<br />

et la difficulté à appliquer le traitement par l’intermédiaire<br />

d’une seringue électrique sont d’autres problèmes fréquemment<br />

rencontrés. La prescription de calciparine pose<br />

des problèmes de résorption et de relargage intempestif.<br />

Elle nécessite en outre une surveillance biologique accrue,<br />

notamment à cause du risque de thrombopénies induites<br />

par ce traitement. Ce sont donc les héparines de bas poids<br />

moléculaire (HBPM) qui seront privilégiées chez le sujet<br />

très âgé. Néanmoins, à cause du risque d’accumulation<br />

d’anticoagulants secondaire à l’altération de la fonction<br />

rénale, il est nécessaire de mesurer la clairance de la créatinine.<br />

Enfin, les anticoagulants ne sont pas préconisés dans le<br />

traitement de la maladie thromboembolique.<br />

29 - 31 mars 2006<br />

52<br />

Prophylaxie par les HBPM<br />

et les antivitamines K (AVK)<br />

Deux HBPM peuvent être utilisées en prophylaxie, Lovenox<br />

et Fragmine. Elles sont indiquées chez le sujet de plus de<br />

75 ans en cas d’antécédents de maladie thromboembolique,<br />

ou encore en présence d’un cancer ou d’une maladie<br />

infectieuse. Ce sont les patients les plus âgés, ceux de<br />

plus de 80 ans, qui bénéficient le plus de cette prophylaxie.<br />

«Pour la warfarine, une étude effectuée en gériatrie a<br />

récemment permis de déterminer les modalités exactes<br />

d’instauration de sa posologie. Elle est administrée le premier<br />

jour, appelé J0, à 18 heures à la dose de 4 mg.<br />

A J3, le contrôle de l’INR (Index Normalized Ratio) permet<br />

d’ajuster la posologie. Un nouveau contrôle de l’INR<br />

a lieu ensuite à J5 et à J7, une fois par semaine pendant<br />

un mois, puis tous les 15 jours», a précisé le Pr Emeriau. ■<br />

Dr Gabrielle Bitan<br />

Atelier Cardiogériatrie «Gestion des anticoagulants<br />

chez le sujet très âgé», coordonné par le Dr Olivier Hanon<br />

Les options de carrière<br />

en cardiologie<br />

Un atelier, organisé en partenariat avec l’association Club<br />

Cardio, association des internes et chefs de clinique-assistants<br />

de cardiologie, a permis de faire le point sur les possibilités<br />

professionnelles s’offrant aux médecins dans des secteurs<br />

autres que la « pratique de la médecine ».<br />

Cet atelier a traité de sujets aussi variés que la place des<br />

médecins dans la presse médicale, représentée par le<br />

Dr Gérard Kouchner (directeur du Quotidien du Médecin),<br />

les besoins de médecins de l’industrie pharmaceutique, représentée<br />

par Christian Lajoux (président-directeur général de<br />

sanofi-aventis), et l’évolution de la recherche médicale, représentée<br />

par Joseph Emmerich (Inserm U 428). Il a été modéré<br />

par le Dr Walid Amara, vice-président de ClubCardio.<br />

L’association ClubCardio a été fondée il y a deux ans. Elle a<br />

comme objectif d’aider les jeunes cardiologues dans leur formation<br />

et leur épanouissement professionnel. Elle a déjà à<br />

son actif l’organisation de plusieurs enseignements postuniversitaires<br />

et de nombreuses collaborations scientifiques.<br />

Le premier secteur abordé a été celui de la presse médicale<br />

et scientifique dont les fonctions dans ce secteur sont diverses.<br />

Elles vont de la fonction de rédacteur, qui peut être effectuée<br />

Suite page 54


CONSENSUS CARDIO pour le praticien - N° 19 • Mai 2006<br />

22 e Salon de Cardiologie Pratique & <strong>Consensus</strong><br />

à temps partiel, à des fonctions à temps plein de type rédacteur<br />

en chef ou directeur de publication.<br />

Les besoins de l’industrie pharmaceutique ont été détaillés<br />

par Christian Lajoux. Ce secteur est traditionnellement très<br />

demandeur de médecins. Pour Christian Lajoux, être médecin<br />

n’est pas un métier, mais une vocation. La formule répond<br />

bien à la réalité du terrain. En effet, l’industrie fait particulièrement<br />

appel aux capacités de management et aux relations<br />

humaines des médecins. Les médecins dans ce cas vont<br />

acquérir de nouveaux métiers : directeur régional, directeur<br />

médical, marketing, recherche. Christian Lajoux a par ailleurs<br />

rappelé que le milieu de l’entreprise est peu connu des médecins.<br />

Enfin, la mobilité et une expérience à l’international<br />

seront un plus indéniable. Dans le secteur de la recherche,<br />

Si le risque cardiovasculaire est nettement augmenté<br />

chez les diabétiques, tous n’ont pas le même et ne<br />

relèvent pas du même traitement. Pour affiner au mieux<br />

la prise en charge, la coordination entre les interventions<br />

du cardiologue et du diabétologue est indispensable.<br />

Traiter le risque cardiovasculaire<br />

du diabétique<br />

La prise en charge cardiovasculaire des diabétiques est<br />

loin d’être optimale : près des deux tiers des diabétiques<br />

ont un traitement antihypertenseur et environ 40 % au<br />

moins une bithérapie, mais seulement un tiers d’entre eux<br />

parviennent à maintenir une pression artérielle inférieure<br />

à 130/80 mmHg ; les IEC et les ARA2 ne sont prescrits<br />

que chez la moitié des diabétiques avec une microalbuminurie<br />

; 40 % reçoivent un traitement hypolipémiant,<br />

mais la moitié seulement des patients à risque cardiovasculaire<br />

élevé ayant un LDL-C supérieur à 1g/l de LDL sont<br />

traités, et 30 % des diabétiques coronariens ne reçoivent<br />

pas d’antithrombotiques.<br />

Certes des progrès ont été réalisés, ainsi les diabétiques<br />

coronariens recevant la quadrithérapie sont passés de<br />

38 % en 2001 à 45 % en 2003 — avec toujours une réticence<br />

marquée à la prescription des bêtabloquants —<br />

mais le décalage entre les recommandations et la pratique<br />

doit encore être réduit.<br />

C’est l’ambition affichée par les 26 réseaux de soins promus<br />

par ENTRED existant actuellement, qui ont établi des<br />

projets itinéraires de soins et éducation pour les diabétiques<br />

impliquant tous les acteurs de santé. Leur développement<br />

devrait permettre d’atteindre une plus large population<br />

de diabétiques.<br />

29 - 31 mars 2006<br />

54<br />

le problème des débouchés est réel. L’Inserm continue à<br />

recruter des médecins au compte-gouttes. Les places sont<br />

chères et les contraintes pour y arriver multiples. Joseph<br />

Emmerich a par ailleurs rappelé que l’Inserm s’apprête à<br />

lancer une Ecole de recherche, destinée aux étudiants en<br />

médecine. Le principe consiste à interrompre l’externat<br />

entre la 3 e et la 4 e année pour se consacrer durant un an<br />

à une première formation à la recherche (mastère), les<br />

études médicales et le travail de thèse étant ensuite menés<br />

en parallèle. La création de cette école ne peut donc être<br />

qu’un élément d’un dispositif plus global d’accession des<br />

médecins à la recherche. ■<br />

Dr Walid Amara<br />

Prise en charge du diabétique :<br />

la nécessaire collaboration cardiologue-diabétologue<br />

Traiter le diabète du patient cardiaque<br />

Si le souci du diabétologue est d’améliorer la prise en charge<br />

cardiovasculaire de ses patients, la préoccupation du<br />

cardiologue hospitalier peut être de gérer le déséquilibre<br />

glycémique qui concerne la moitié des patients hospitalisés<br />

pour un SCA.<br />

Parmi ces patients en phase aiguë, 40 % ont un authentique<br />

diabète dont la moitié n’est dépistée qu’à cette occasion. Or<br />

les statistiques montrent que la mortalité de ces diabétiques<br />

dépistés à la phase hospitalière est deux fois plus importante<br />

que celle des diabétiques connus et qu’il est donc indispensable<br />

de les prendre en charge précocement. Ce qui signifie<br />

déjà multiplier les mesures de l’HbA1c, la glycémie à jeun,<br />

postprandiale ou après charge en glucose pour affiner le<br />

diagnostic. Après l’insulinothérapie instituée en phase aiguë,<br />

le Dr J.-P. Collet propose un algorithme décisionnel pour<br />

gérer au mieux la sortie de ces patients. Ceux qui ont une<br />

HbA1c supérieure à 9 % ont généralement déjà été vus<br />

par le diabétologue pour mettre en place l’insulinothérapie<br />

et lui seront à nouveau adressés avant leur sortie. Ceux dont<br />

l’HbA1c se situe entre 6,5 et 9 % bénéficient d’un traitement<br />

hypoglycémiant à leur sortie et sont adressés ultérieurement<br />

à la consultation d’endocrinologie. Lorsque l’HbA1c est inférieure<br />

à 7 % mais associée à des anomalies de la glycémie,<br />

les patients reçoivent des conseils hygiéno-diététiques dès<br />

l’hospitalisation au cours d’une consultation avec la diététicienne<br />

et seront secondairement orientés vers un réseau de<br />

diabétologues libéraux. ■<br />

Dr Maia Gouffrant<br />

Journée Diabéto-Cardio : «Comment améliorer la collaboration autour<br />

du malade diabétique ?», modérateurs Prs Serge Halimi et Nicolas Danchin,<br />

d’après les interventions des Drs Michel Varroud-Vial et Jean-Philippe Collet


CONSENSUS CARDIO pour le praticien - N° 19 • Mai 2006<br />

22 e Salon de Cardiologie Pratique & <strong>Consensus</strong><br />

29 - 31 mars 2006<br />

Statines et coronariens :<br />

quelles doses pour quels patients ?<br />

Selon les nouvelles recommandations sur la prise en charge<br />

thérapeutique du patient dyslipidémique, l’objectif thérapeutique<br />

chez les sujets à haut risque cardiovasculaire est<br />

d’obtenir une concentration de LDL-C inférieure à 1 g/l.<br />

La correction des erreurs alimentaires éventuelles reste la<br />

première mesure à prendre. Si l’objectif thérapeutique n’est<br />

pas atteint, se pose la question de la modification du traitement<br />

médicamenteux prescrit.<br />

Pour atteindre la valeur cible du LDL-cholestérol, plusieurs possibilités<br />

peuvent être envisagées : augmenter la posologie de la<br />

statine, changer de statine, ou associer une statine à l’ézétimibe.<br />

Dans tous les cas, il est recommandé de prescrire des traitements<br />

ayant démontré leur efficacité sur des événements cliniques. Les<br />

statines, à l’exception de la plus récente, ont montré un bénéfice<br />

sur la morbi-mortalité cardiovasculaire avec le plus haut niveau<br />

de preuve.<br />

La stratégie thérapeutique basée sur l’association d’une statine,<br />

inhibiteur de la synthèse hépatique du cholestérol, et de l’ézétimibe,<br />

premier inhibiteur sélectif de l’absorption intestinale du<br />

cholestérol d’origine biliaire, permet de réduire plus efficacement<br />

le LDL-C grâce à un double impact sur les deux sources<br />

principales de cholestérol, le foie et l’intestin. Cependant, le rapport<br />

bénéfice/risque de cette association n’est pas connu, quatre<br />

études de morbi-mortalité sont en cours de réalisation.<br />

Augmenter la posologie<br />

de l’atorvastatine à 80 mg<br />

Des études récentes, dont l’étude TNT (Treating to New Targets),<br />

ont montré que l’utilisation d’une forte posologie de statine<br />

56<br />

(atorvastatine 80 mg/j dans l’étude TNT) permet d’abaisser<br />

plus efficacement le LDL-C et de réduire encore davantage<br />

le risque de complications cardiovasculaires.<br />

Les résultats de l’étude IDEAL corroborent ceux de l’étude<br />

TNT qui allaient dans le sens du « lower is better » et montraient<br />

un bénéfice clinique plus important avec l’emploi de<br />

l’atorvastatine 80 mg/j. Le rapport bénéfice/risque, comparé<br />

au risque de rhabdomyolyse qui reste exceptionnel,<br />

est favorable aux statines ; rappelons qu’une diminution<br />

de 30 % du LDL-C s’accompagne d’une réduction de 30 %<br />

du risque coronarien. Les études de pharmacovigilance<br />

montrent que sur 72 millions de prescriptions d’atorvastatine,<br />

toutes doses confondues, 315 cas de rhabdomyolyse<br />

ont été rapportés, soit 1 cas pour 230 000 prescriptions.<br />

Dans une méta-analyse de 49 études cliniques ayant inclus<br />

près de 14 000 patients, la tolérance de l’atorvastatine<br />

80 mg a été comparée à celle d’un placebo. Seuls deux cas<br />

d’élévation importante des CPK sur 5 000 ont été constatés,<br />

le pourcentage de myalgies et/ou de crampes a été faible et<br />

les autres effets indésirables sont généralement discrets et<br />

transitoires.<br />

Pour le Dr François Diévart, « l’atorvastatine a une sécurité<br />

d’emploi tout à fait acceptable au plan musculaire, en<br />

revanche, elle nécessite une surveillance régulière des tests<br />

fonctionnels hépatiques ». ■<br />

Dr M. F.<br />

D’après un déjeuner-débat avec la collaboration du laboratoire Pfizer


CONSENSUS CARDIO pour le praticien - N° 19 • Mai 2006<br />

22 Congrès<br />

e Salon de Cardiologie Pratique & <strong>Consensus</strong><br />

Anémie et insuffisance<br />

cardiaque :<br />

une liaison dangereuse<br />

L’anémie est fréquente dans l’insuffisance cardiaque (15 à<br />

25 % des cas) avec des mécanismes physiopathologiques<br />

complexes et intriqués. L’anémie est associée à un plus<br />

mauvais pronostic, mais la démonstration de l’intérêt d’un<br />

traitement par érythropoïétine (EPO) reste à faire.<br />

L’anémie est d’autant plus marquée chez l’insuffisant cardiaque<br />

que la classe de la NYHA est plus élevée et que le<br />

patient est plus âgé, d’où une certaine hétérogénéité dans sa<br />

prévalence en fonction des populations étudiées.<br />

L’anémie est à la fois cause et conséquence de l’insuffisance<br />

cardiaque (IC). Elle favorise l’IC en provoquant une hypoxie tissulaire,<br />

d’où une vasodilatation périphérique qui active le système<br />

sympathique puis le SRA, entraînant une rétention hydrosodée,<br />

une augmentation du volume plasmatique et le<br />

remodelage du ventricule gauche. Inversement, l’IC peut entraîner<br />

une anémie, car si elle stimule la libération d’EPO par le<br />

biais d’une ischémie tubulaire, ses effets sont contrebalancés<br />

par une action potentiellement inhibitrice via la relation entre<br />

insuffisance cardiaque et insuffisance rénale, d’où une diminution<br />

de la production d’EPO et une résistance à l’EPO au<br />

niveau de la moelle osseuse. Ainsi le taux d’EPO est augmenté<br />

chez l’insuffisant cardiaque, et d’autant plus élevé que l’IC est<br />

sévère, mais moins que ne le voudrait le taux d’hémoglobine.<br />

À côté de cette diminution relative de la production d’EPO, qui<br />

serait à l’origine de 50 à 60 % des anémies dans l’IC, l’anémie<br />

peut être majorée par la dénutrition, le déficit en fer ou en folates<br />

et l’hémodilution au cours de l’IC.<br />

Un surcroît de mortalité<br />

et d’hospitalisations<br />

Chez les anémiques, il existe un surcroît de mortalité et d’hospitalisations.<br />

Mais si on s’intéresse aux causes de décès, plus<br />

l’hémoglobine baisse plus la mortalité est liée à la dégradation<br />

de la fonction cardiaque, alors que les morts subites ou la mortalité<br />

d’autre cause sont associées aux taux d’hématocrite les<br />

plus élevés. Cette augmentation de la mortalité aux deux<br />

extrêmes des taux d’hémoglobine par rapport aux hémoglobines<br />

intermédiaires soulève des difficultés au moment de définir<br />

les chiffres optimaux d’hémoglobine à recommander, et certains<br />

suggèrent qu’il ne faudrait pas dépasser 30-35 %<br />

d’hématocrite quand on compense l’anémie.<br />

Nous manquons de données sur l’impact clinique d’un traitement<br />

par EPO ; il semble que l’augmentation de l’hémoglobine<br />

soit corrélée à une augmentation de la VO 2 max, de la FEVG,<br />

de la symptomatologie fonctionnelle et à une diminution de la<br />

fréquence cardiaque. Il faut donc rester prudent, car si le traitement<br />

par EPO a des effets bénéfiques potentiels (amélioration<br />

29 - 31 mars 2006<br />

58<br />

de la tolérance à l’effort, de l’apport en oxygène, du remodelage,<br />

de la qualité de vie et peut-être de sa durée, diminution<br />

de l’apoptose, des hospitalisations), il n’est pas dépourvu<br />

d’effets secondaires, risque de thrombose, d’hypertension et de<br />

dysfonction endothéliale. Il reste donc encore des interrogations<br />

sur le type de patients à traiter, à quel stade de gravité, selon<br />

quel protocole, sur les cibles d’hématocrite et d’hémoglobine à<br />

viser et sur l’intérêt d’y associer d’autres traitements comme une<br />

supplémentation martiale. ■<br />

Dr Maia Gouffrant<br />

Journée Insuffisance cardiaque, coordinateur Pr Alain Cohen-Solal.<br />

Atelier «Insuffisance cardiaque dans certaines pathologies»<br />

d’après la communication du Dr Pierre Dos Santos, Bordeaux<br />

Insuffisance cardiaque :<br />

AAII ou antialdostérone ?<br />

Les critères de choix entre un inhibiteur de l’angiotensine II<br />

ou un antialdostérone reposent sur les résultats des études<br />

CHARM-Added et RALES, mais prennent aussi en compte<br />

la tolérance, le terrain et les AMM. La surveillance<br />

de la kaliémie reste une préoccupation constante.<br />

Sur le plan physiopathologique, les inhibiteurs de l’angiotensine<br />

II sont intéressants dans la mesure où il existe un échappement<br />

thérapeutique avec les IEC, en raison de l’existence<br />

de voies de synthèse de l’angiotensine II indépendantes de<br />

l’enzyme de conversion. Par ailleurs, inhiber l’aldostérone est<br />

logique du fait de ses effets nocifs, que ce soit au niveau surrénal,<br />

cardiaque, rénal, ou vasculaire.<br />

Les études RALES sur la spironolactone et CHARM-Added sur le<br />

candésartan ont prouvé l’efficacité de ces molécules. RALES incluait<br />

des patients classe III à IV de la NYHA avec une FEVG < 35 % et<br />

CHARM des stades II à IV (les stades IV étaient peu nombreux)<br />

avec une FEVG < 40 %. Les patients recevaient tous des IEC, la<br />

différence fondamentale entre les deux études réside dans le taux<br />

de patients sous bêtabloquants, 11 % dans RALES, pratiquement<br />

les deux tiers dans CHARM, qui reflète donc plus fidèlement la<br />

pratique actuelle dans l’insuffisance cardiaque (IC). Si la réduction<br />

de la mortalité était comparable dans les deux études, la<br />

réduction du risque relatif était plus importante dans RALES, liée<br />

au fait que les patients de CHARM (étude plus récente), y compris<br />

ceux du groupe placebo, étaient mieux pris en charge sur le<br />

plan des facteurs de risque cardiovasculaire. Les résultats des<br />

deux études étaient identiques en ce qui concerne l’amélioration<br />

de la classe NYHA. Critère intéressant, la réduction de l’incidence<br />

des diabètes dans l’étude CHARM confirme l’effet néphroprotecteur<br />

des AAII. Le nombre d’arrêts du traitement était moins<br />

élevé dans RALES que dans CHARM, en raison du plus grand<br />

nombre de médicaments associés dans cette dernière étude.<br />

Si l’on considère les AMM, le seul AAII ayant une indication


22 e Salon de Cardiologie Pratique & <strong>Consensus</strong><br />

29 - 31 mars 2006<br />

dans l’IC est le candésartan, préconisé dans les classes II à III<br />

avec FEVG inférieure à 40 %, en cas d’intolérance aux IEC<br />

ou en association avec ces derniers chez les patients restant<br />

symptomatiques ; l’aldactone est indiquée dans le traitement<br />

de l’IC de classe III à IV de la NYHA avec une FEVG inférieure<br />

à 35 %, en association avec un traitement comprenant<br />

un diurétique et un IEC.<br />

Le risque d’hyperkaliémie<br />

Le risque d’hyperkaliémie est majoré en cas d’association de<br />

médicaments inhibant le SRA, en particulier chez les patients<br />

âgés de plus de 70 ans, ou présentant une altération de la fonction<br />

rénale ou un diabète. L’association de la spironolactone à<br />

un IEC ou un AAII reste déconseillée pour la triple association.<br />

La kaliémie doit être surveillée avant la prescription d’une de<br />

Les traitements recommandés<br />

chez les patients coronariens<br />

L’acronyme BASIC qui résume les traitements chez le coronarien<br />

reste de règle. Une récente méta-analyse montre que<br />

les inhibiteurs de l’enzyme de conversion sont aussi utiles chez<br />

les patients sans altération de la fonction ventriculaire gauche.<br />

Les traitements chez les patients coronariens ont trois objectifs :<br />

contrôler le processus athérothrombotique, les facteurs de risque<br />

et la symptomatologie de l’angine de poitrine par les bêtabloquants,<br />

les antiagrégants plaquettaires, les statines et les inhibiteurs<br />

de l’enzyme de conversion. Mais chacune de ces classes<br />

est-elle réellement utile chez tous les coronariens ?<br />

Tous les sous-groupes de coronariens tirent un bénéfice des<br />

antiagrégants plaquettaires. Chez les patients stentés que les<br />

stents soient classiques ou actifs, la durée du traitement associant<br />

clopidogrel et aspirine est de un à douze mois. Chez les<br />

patients victimes d’un syndrome coronaire aigu sans sus-décalage,<br />

il est bénéfique d’associer clopidogrel et aspirine pendant<br />

une durée de trois à douze mois, en débutant au stade<br />

aigu. En revanche, chez les patients stables, l’étude CHARISMA<br />

n’a pas montré de bénéfice de cette association au long cours,<br />

la règle reste donc la monothérapie antiagrégante.<br />

La méta-analyse sur les statines réalisée sur 14 essais randomisés<br />

regroupant plus de 90 000 patients montre sans réserve<br />

un bénéfice des statines chez les coronariens, avec une réduction<br />

de 12 % de la mortalité globale et un intérêt égal dans les<br />

différents sous-groupes. Tous les patients bénéficient des statines<br />

quel que soit le taux de cholestérol à l’inclusion.<br />

Les IEC en cas de fonction ventriculaire<br />

gauche altérée<br />

« En ce qui concerne les inhibiteurs de l’enzyme de conversion,<br />

le débat est quasiment clos chez les coronariens avec dysfonc-<br />

ces molécules et une semaine après, ainsi qu’à chaque modification<br />

de la dose, lorsqu’on associe d’autres molécules ou en<br />

cas d’événement intercurrent.<br />

« Schématiquement, conclut le Dr Thierry Laperche, on peut<br />

associer le candésartan à un IEC et un bêtabloquant chez un<br />

patient de classe II restant symptomatique. Chez les patients<br />

en classe III, le choix entre les deux molécules sera fait en<br />

fonction du contexte, mais dans tous les cas avec une vigilance<br />

accrue vis-à-vis de la kaliémie. » ■<br />

Dr Maia Gouffrant<br />

« Polythérapie dans l’insuffisance cardiaque : des recommandations<br />

à la pratique clinique », modérateur Pr Alain Cohen-Solal, d’après<br />

la communication du Dr Thierry Laperche, centre cardiologique<br />

du Nord-Saint-Denis, symposium organisé par les laboratoires Takeda<br />

tion ventriculaire gauche : à deux ans, la mortalité totale diminue<br />

de 25 %, a précisé le Pr Nicolas Danchin (Paris). Chez ceux<br />

sans altération ventriculaire gauche, le ramipril dans HOPE, le<br />

périndopril dans EUROPA ont montré un bénéfice incontestable.»<br />

L’étude PEACE menée avec le trandolapril s’est avérée négative<br />

et n’a montré qu’une réduction faible avec cet IEC à faible<br />

dose. « Dans une dernière méta-analyse (Danchin N., Arch Int<br />

Med, 2006 ; 166 : 787-96) prenant en compte ces trois études<br />

et d’autres plus petites, toutes menées chez des patients coronariens<br />

sans dysfonction ventriculaire gauche, suivis pendant<br />

un minimum de deux années, a poursuivi Nicolas Danchin, on<br />

constate une réduction de 14 % de la mortalité globale, la mortalité<br />

cardiovasculaire est réduite de 19 % et le taux de récidive<br />

des infarctus du myocarde de 18 %. Il faut donc donner des IEC<br />

à forte dose chez tous les coronariens avec fonction ventriculaire<br />

altérée ou préservée.»<br />

Quant aux bêtabloquants, les essais ont été menés en post-IDM<br />

sans altération de la fonction cardiaque, et dans ces conditions,<br />

la réduction de mortalité est de 23 %. En revanche, il n’existe<br />

pas de réponse sur la nécessité de donner des bêtabloquants<br />

en dehors de l’infarctus chez des patients sans altération de la<br />

fonction ventriculaire gauche. Enfin, l’étude ACTION, qui s’est<br />

avérée négative sur l’effet d’un inhibiteur calcique chez les coronariens<br />

stables, a permis néanmoins de préciser des facteurs<br />

prédictifs dans cette population et de démontrer que les bêtabloquants<br />

sont indispensables chez les coronariens stables. ■<br />

Dr Anne Teyssédou-Mairé<br />

D’après la communication du Pr Nicolas Danchin (HEGP, Paris)<br />

lors d’un symposium des laboratoires Servier<br />

59 CONSENSUS CARDIO pour le praticien - N° 19 • Mai 2006


CONSENSUS CARDIO pour le praticien - N° 19 • Mai 2006<br />

22 Congrès<br />

e Salon de Cardiologie Pratique & <strong>Consensus</strong><br />

29 - 31 mars 2006<br />

Insuffisance cardiaque : l’âge n’est pas<br />

une contre-indication à une prise en charge efficace<br />

Bien que le traitement de l’insuffisance cardiaque ait montré<br />

son bénéfice sur la morbi-mortalité des sujets âgés, les<br />

prescriptions restent encore trop timorées, en particulier en<br />

ce qui concerne les bêtabloquants.<br />

Dans l’insuffisance cardiaque, les recommandations de l’ESC parues<br />

il y a un an, et à leur suite les recommandations américaines, préconisent<br />

la prescription d’un IEC dès que la FEVG est altérée, quelle<br />

que soit la classe fonctionnelle, un bêtabloquant dans les classes II<br />

à IV de la NYHA (ou dans la classe I en post-infarctus), associés à<br />

un diurétique chez les patients symptomatiques, antialdostérone<br />

et digitaliques restant réservés aux insuffisances cardiaques (IC)<br />

sévères sous surveillance stricte. Mais Euro Heart Failure Survey a<br />

montré que si 87 % des patients reçoivent un diurétique, 62 % un<br />

IEC, seulement 37 % bénéficient d’un bêtabloquant. Cette sous-utilisation<br />

des traitements est encore plus marquée chez les sujets âgés<br />

qui, de plus, reçoivent rarement la dose optimale. Le défaut de prescription<br />

des bêtabloquants garde vraisemblablement la trace des<br />

débats sur leur place dans l’insuffisance cardiaque, longtemps<br />

débattue, bien que les quatre molécules recommandées – métoprolol<br />

retard, carvédilol, bisoprolol et nébivolol – aient largement<br />

fait la preuve de leur efficacité, que ce soit au niveau de la<br />

mortalité, des hospitalisations, de la symptomatologie ou de la<br />

FEVG. L’âge est aussi un argument souvent invoqué pour freiner<br />

leur prescription, alors qu’un âge avancé n’est en rien une contreindication<br />

aux bêtabloquants et qu’aucune raison ne justifie que<br />

la population âgée ne puisse bénéficier d’un traitement optimal.<br />

Equilibrer et surveiller le diabète<br />

Toutes les études montrent que les diabétiques sont loin<br />

d’atteindre les objectifs fixés pour la prévention des complications<br />

cardiovasculaires. Le cardiologue a un rôle important<br />

à jouer pour améliorer la prise en charge de ses patients<br />

diabétiques.<br />

L’étude STENO-2 a clairement montré qu’un traitement intensif<br />

portant sur tous les facteurs de risque du diabète permettait<br />

une réduction de 53 % des complications de la macroangiopathie<br />

par rapport à un traitement conventionnel. La prise en<br />

charge du diabétique vise donc comme objectifs une HbA1c<br />

inférieure à 6,5 %, une HTA inférieure à 130/80 mmHg, un<br />

LDL-C inférieur à 1,3 g/l, voire à 1 g/l s’il existe d’autres facteurs<br />

de risque cardiovasculaire associés, ainsi qu’un IMC inférieur<br />

à 27 kg/m 2 et l’arrêt du tabac.<br />

On attend toujours les recommandations sur le diabète de type 2,<br />

mais on peut en dessiner les grandes lignes : une glycémie à<br />

jeun supérieure à 1,26 g/l impose un rééquilibrage alimentaire<br />

60<br />

Nébivolol, une AMM dans l’insuffisance<br />

cardiaque du sujet âgé<br />

Avec l’étude SENIOR, parue en janvier 2005, on dispose maintenant<br />

d’une étude spécifique chez les patients âgés et non plus<br />

seulement d’extrapolations à partir d’essais réalisés chez les sujets<br />

plus jeunes. Cette étude a été la première à avoir inclus des personnes<br />

de plus de 70 ans, atteintes d’insuffisance cardiaque,<br />

quelle que soit leur FEVG. Leur profil correspondait bien au portrait<br />

type de l’insuffisant cardiaque âgé : 76 ans en moyenne,<br />

plutôt une femme, avec une FEVG relativement conservée (supérieure<br />

à 35 % dans un tiers des cas), symptomatique, en classe<br />

III de la NYHA essentiellement et une pression artérielle moyennement<br />

élevée (142/65 mmHg). Le traitement par nébivolol, un<br />

bêtabloquant hypersélectif et vasodilatateur, a été évalué sur un<br />

critère composite de morbi-mortalité, qui a été significativement<br />

réduit de 14 % (p = 0,039). L’efficacité était identique quelle que<br />

soit la FEVG, mais plus marquée chez les femmes. Les deux tiers<br />

des patients ont pu recevoir la dose optimale de nébivolol, confirmant<br />

ainsi que l’âge n’est en rien un obstacle à la<br />

prescription de bêtabloquants. ■<br />

associé à une activité physique. Ce traitement non médicamenteux<br />

peut suffire si on obtient une HbA1c en dessous de 6 %. Sinon, on<br />

prescrira en première intention la metformine ou en cas de contreindication<br />

l’acarbose ou une glitazone. Si l’HbA1c reste supérieure<br />

à 6,5 %, on augmente la metformine ou on ajoute l’acarbose ou<br />

une glitazone si l’IMC est supérieur à 27 kg/m 2 , sinon on associe<br />

à la metformine un sulfamide hypoglycémiant ou un glinide. L’évolution<br />

du diabète impose généralement de passer ultérieurement<br />

à une trithérapie puis à l’insulinothérapie, qui devrait être instituée<br />

beaucoup plus précocement qu’elle ne l’est actuellement en France.<br />

Surveiller la microalbuminurie<br />

Dr Maia Gouffrant<br />

«<strong>Consensus</strong> et cas cliniques : de l’infarctus à l’insuffisance cardiaque»,<br />

modérateur Pr Alain Cohen-Solal, parrainé par les laboratoires Menarini,<br />

d’après la communication du Dr Jean-Michel Tartière<br />

On sait depuis longtemps que la microalbuminurie est un élément<br />

prédictif d’une atteinte rénale chez le diabétique. Il est<br />

maintenant établi qu’elle est aussi associée à une augmentation<br />

de la mortalité cardiovasculaire avec une corrélation<br />

plus étroite que l’HTA, le cholestérol ou le tabagisme non seu-


22 e Salon de Cardiologie Pratique & <strong>Consensus</strong><br />

29 - 31 mars 2006<br />

lement chez le diabétique, mais aussi dans la population<br />

générale.<br />

Les recommandations, qu’elles soient européennes, américaines<br />

ou françaises, sont claires : la microalbuminurie<br />

doit être recherchée au moins une fois par an chez tout<br />

diabétique.<br />

La découverte d’une microalbuminurie a des implications thérapeutiques.<br />

Chez le patient dyslipidémique, avec un diabète<br />

de type 2 et au moins un autre facteur de risque, la présence<br />

d’une microalbuminurie le fait considérer comme à haut risque<br />

cardiovasculaire et impose de cibler un taux de LDL-C inférieur<br />

à 1 g/l comme chez un patient coronarien.<br />

Prise en charge du post-infarctus :<br />

le rôle du cardiologue libéral<br />

Si BASIC reste la référence dans le post-infarctus, le cardiologue<br />

doit mobiliser toutes ses compétences pour naviguer<br />

entre les recommandations et les contraintes inhérentes<br />

à la relation médecin-malade, entre les objectifs<br />

thérapeutiques et les effets adverses des médicaments.<br />

Les bêtabloquants sont généralement institués à l’hôpital, le cardiologue<br />

libéral aura à charge d’en gérer les effets secondaires<br />

(bradycardie, hypotension, inadaptation à l’effort, asthénie, troubles<br />

érectiles), d’adapter les doses, voire d’arrêter le traitement si le profil<br />

de risque est relativement faible, puisqu’on ne dispose pas encore<br />

d’étude montrant un bénéfice au-delà de deux ans.<br />

L’aspirine reste le traitement antithrombotique de référence, et le<br />

clopidogrel a montré son efficacité en monothérapie ou en association.<br />

La combinaison aspirine + clopidogrel doit être prescrite<br />

au minimum pendant 6 à 12 mois après la pose d’un stent, 9 à<br />

12 mois après un syndrome coronarien aigu, mais la question de<br />

savoir s’il faut la maintenir après ce délai reste toujours posée. On<br />

tend actuellement à penser que, sauf profil de risque particulier,<br />

une monothérapie apporte le bénéfice espéré. Le cardiologue va<br />

devoir lever le trouble qu’a pu susciter la médiatisation de l’étude<br />

CHARISMA, en rappelant à ses patients que ces résultats ne remettent<br />

pas en cause l’intérêt du clopidogrel en prévention secondaire.<br />

Sur le terrain, le cardiologue est souvent confronté au problème<br />

des interventions chirurgicales, et des consensus se mettent<br />

en place pour définir des stratégies cohérentes.<br />

Toutes les recommandations ont consacré la place des statines en<br />

première intention, les fibrates gardant une indication chez les<br />

patients qui ne les tolèrent pas ou en cas d’hypertriglycéridémie<br />

associée. Les résines restent une alternative intéressante ainsi que<br />

l’ézétimibe associé à une statine ou l’acide nicotinique qui a reçu<br />

l’AMM en cas d’HDL-C bas. Le rôle du cardiologue est de garder<br />

le cap sur un objectif de LDL-C à moins de 1 g/l, d’évaluer la tolérance<br />

sur des critères biologiques, mais surtout cliniques. Il devra<br />

adapter les doses, en sachant que les recommandations préco-<br />

Chez les patients hypertendus, la présence d’une microalbuminurie<br />

amène à préconiser en première intention une molécule<br />

inhibant le système rénine-angiotensine ; plutôt un AAII<br />

dans le diabète de type 2, plutôt un IEC dans les autres situations<br />

ou les néphropathies non diabétiques, et de les associer<br />

en deuxième intention à des diurétiques, parallèlement<br />

à la réduction des apports sodés et à l’arrêt du tabac. ■<br />

Dr Maia Gouffrant<br />

Journée Diabéto-Cardio, la surveillance du diabétique, modérateurs<br />

Pr Pierre-Jean Guillausseau et Dr Patrick Henry, d’après les communications<br />

des Drs Bernard Bauduceau et de Samy Hadjadj<br />

nisent de démarrer avec la dose la plus faible et d’augmenter<br />

ensuite, alors qu’en milieu hospitalier, la tendance est de débuter<br />

avec des doses fortes d’emblée pour une meilleure efficacité, et<br />

qu’on ne dispose d’aucun argument actuellement pour savoir s’il<br />

faut les diminuer, à quel moment, ni quelles en seraient les conséquences.<br />

Les règles hygiéno-diététiques doivent être maintenues,<br />

et les oméga-3 peuvent être prescrits dans le post-infarctus.<br />

Le bénéfice des IEC sur la fonction ventriculaire est bien connu,<br />

mais le valsartan constitue une alternative intéressante dans le traitement<br />

du post-IDM avec dysfonction ventriculaire gauche. L’étude<br />

EPHESUS a mis en évidence l’intérêt de l’éplérénone qui pourrait<br />

supplanter la spironolactone chez les patients les plus graves.<br />

Dernier point essentiel, la surveillance de la kaliémie doit être<br />

stricte chez les patients recevant un inhibiteur du système rénineangiotensine<br />

ou un antialdostérone. ■<br />

Dr Maia Gouffrant<br />

D’après la communication du Dr Alain Ducardonnet :<br />

«Quelle liaison cardiologue libéral /cardiologue hospitalier pour une<br />

bonne prise en charge du post-infarctus ?», modérateur Pr Albert-Alain<br />

Hagège, avec la collaboration des laboratoires Novartis Pharma<br />

61 CONSENSUS CARDIO pour le praticien - N° 19 • Mai 2006


CONSENSUS CARDIO pour le praticien - N° 19 • Mai 2006<br />

22 Congrès<br />

e Salon de Cardiologie Pratique & <strong>Consensus</strong><br />

La mesure ambulatoire<br />

de la pression artérielle<br />

Chez le patient hypertendu, un contrôle tensionnel effectif sur<br />

24 heures permet d’éviter les effets délétères de l’HTA aux<br />

heures où le patient est particulièrement vulnérable.<br />

La variation circadienne de la pression artérielle expose le sujet<br />

hypertendu à un risque accru d’événements cardiovasculaires<br />

et d’atteinte des organes cibles. Entre 7 heures et 11 heures, il<br />

existe une incidence élevée aussi bien de la mort subite que de<br />

l’infarctus du myocarde ou de l’accident vasculaire cérébral.<br />

La mesure ambulatoire de la pression artérielle (MAPA) permet<br />

de définir un niveau de pression artérielle moyen dans des<br />

conditions habituelles d’activité et d’évaluer la variabilité tensionnelle<br />

au cours du nycthémère.<br />

Chez le patient hypertendu, la MAPA est indiquée pour corriger<br />

une erreur de diagnostic par excès ou par défaut (HTA masquée<br />

ou ambulatoire isolée), en cas de suspicion d’effet « blouse<br />

blanche » devant une variabilité de la pression artérielle au cours<br />

d’une consultation, avant de débuter un traitement chez les patients<br />

dont la pression artérielle est comprise entre 140-170/90/<br />

100 mmHg, en l’absence d’atteinte des organes cibles, d’antécédents<br />

cardiovasculaires, d’insuffisance cardiaque, de diabète,<br />

pour évaluer l’effet antihypertenseur du médicament prescrit et<br />

en cas d’hypertension sévère ou résistante au traitement.<br />

Conditions de réalisation<br />

L’examen doit être réalisé sur une journée d’activité habituelle,<br />

non en période de repos ou en fin de semaine, le nombre de<br />

mesures exploitables par 24 heures doit être supérieur à 50,<br />

le sujet doit être informé afin qu’il comprenne l’objectif de l’examen<br />

et qu’il participe à sa réussite, car il peut déclencher volontairement<br />

des mesures supplémentaires, par exemple en cas<br />

de malaise au réveil, et il doit noter sur le « journal d’activités »<br />

qui lui a été remis tous les événements de la journée (émotions,<br />

stress, activités…).<br />

Expression des résultats<br />

La charge tensionnelle constitue l’expression la plus significative,<br />

la plus reproductible et la plus employée, elle est analysée sur<br />

trois périodes : sur 24 heures, la journée et pendant le sommeil.<br />

La moyenne des pressions artérielles retrouvées par la MAPA<br />

est habituellement inférieure à la pression artérielle de consultation.<br />

Des valeurs de référence ont été définies : la MAPA est<br />

jugée anormale si 50 % des mesures de jour sont > 140/<br />

90 mmHg et/ou 50 % des mesures de nuit sont > 120/<br />

80 mmHg.<br />

Selon les valeurs de référence issues d’études récentes, l’HTA est probable<br />

si la moyenne des 24 heures est > 130/80 mmHg ou lorsque<br />

la PA de jour (charge tensionnelle d’activité) est > 135/85 mmHg<br />

ou si la PA de nuit (charge tensionnelle de repos) est > 120/70 mmHg.<br />

29 - 31 mars 2006<br />

62<br />

Pour le Dr P. Morand, la MAPA constitue un bien meilleur indice<br />

que la prise de pression artérielle occasionnelle, elle serait mieux<br />

corrélée à l’atteinte des organes cibles et au risque cardiovasculaire<br />

sous traitement. ■<br />

Dr M. F.<br />

Ecoles pratiques : « Mesure ambulatoire de la pression artérielle (MAPA) »<br />

avec la collaboration de Spacelabs medical<br />

Les antiagrégants<br />

plaquettaires font<br />

de la résistance<br />

Les patients non ou incomplètement répondeurs à l’aspirine<br />

ou au clopidogrel posent un problème qui devra être pris en<br />

compte dans les stratégies thérapeutiques. Mais de nombreux<br />

points restent à élucider : déterminer les tests fiables qui permettront<br />

d’évaluer cette résistance, de préciser les liens entre<br />

la biologie et la clinique et d’identifier les mécanismes divers<br />

qui sous-tendent la variabilité interindividuelle.<br />

Quatre millions de personnes reçoivent en France des antiagrégants<br />

plaquettaires qui permettent de diminuer de 30 %<br />

le risque relatif d’accidents en rapport avec une thrombose<br />

vasculaire. Ce qui signifie que IDM, AVC ou décès cardiovasculaires<br />

peuvent survenir malgré l’aspirine et/ou le clopidogrel,<br />

non en raison de l’inefficacité du traitement mais parce<br />

que certains patients opposent une résistance à un blocage<br />

total de l’agrégation plaquettaire.<br />

5 à 25 % pour l’aspirine<br />

La fréquence des résistances est très variable – de 5 à 25 %<br />

pour l’aspirine, de 5 à 30 % pour le clopidogrel – selon les<br />

critères biologiques utilisés pour la mesurer.<br />

On connaît bien maintenant les mécanismes impliqués dans<br />

la résistance à l’aspirine : polymorphisme dans l’expression<br />

de la cyclo-oxygénase, turn-over plaquettaire trop rapide pour<br />

permettre l’action de l’aspirine aux doses usuelles, apport<br />

extraplaquettaire de thromboxane, compétition au niveau des<br />

récepteurs avec certains médicaments, les AINS en particulier,<br />

tabagisme, stress... et défaut de compliance. La variabilité<br />

individuelle étant très importante, il est souhaitable d’avoir<br />

un temps de saignement avant l’instauration du traitement<br />

pour prévoir la réponse à l’aspirine. Les implications cliniques<br />

ont été étudiées au niveau artériel périphérique ou cérébro-<br />

Suite page 64


CONSENSUS CARDIO pour le praticien - N° 19 • Mai 2006<br />

22 Congrès<br />

e Salon de Cardiologie Pratique & <strong>Consensus</strong><br />

vasculaire et ont montré une corrélation entre la résistance au<br />

traitement et la survenue d’événements cardiovasculaires.<br />

Cette corrélation est très vraisemblable au niveau coronaire,<br />

mais n’a pas été prouvée. Fait intéressant, on a montré<br />

dans le domaine neurologique qu’en augmentant les<br />

doses d’aspirine on peut rendre les patients répondeurs.<br />

Pour déterminer la réponse au traitement, plusieurs tests sont<br />

nécessaires, dont au moins un test d’agrégation optique et un<br />

test type PFA100 ; le patient est considéré comme non répondeur<br />

si un test est négatif, ce qui peut amener soit à remplacer<br />

l’aspirine par le clopidogrel, soit à opter pour une aspirine<br />

à libération prolongée, voire à augmenter les doses dans<br />

les limites de la tolérance. Des études sont en cours pour<br />

évaluer l’impact clinique de l’amélioration de la réponse au<br />

traitement.<br />

Les mécanismes impliqués dans la résistance au clopidogrel<br />

sont multiples: étant donné qu’il s’agit d’une prodrogue, des<br />

barrières peuvent se situer au niveau de l’absorption intestinale<br />

ou du métabolisme hépatique et s’ajoutent au polymorphisme<br />

des récepteurs, l’hyperactivité plaquettaire et enfin le<br />

fait que les tests utilisés peuvent être pris en défaut. On a<br />

montré que si aux doses usuelles il faut 5 jours pour atteindre<br />

le niveau d’agrégation plaquettaire, celui-ci est atteint en<br />

24 heures après une dose de charge de 300 mg, en 1 h après<br />

600 mg, améliorant ainsi la réponse au clopidogrel. La troisième<br />

génération d’antiagrégants, comme le prasugrel, permettrait<br />

d’arriver aussi rapidement au plateau d’agrégation<br />

avec une tolérance équivalente, ce qui demande encore à<br />

être vérifié. ■<br />

Dr Maia Gouffrant<br />

Atelier «Thrombose», coordinateur Dr François Philippe,<br />

d’après la communication du Dr Jean-Philippe Collet<br />

29 - 31 mars 2006<br />

64<br />

Les cas difficiles<br />

d’insuffisance cardiaque<br />

L’insuffisance rénale et la bradycardie compliquent<br />

le pronostic du sujet souffrant d’insuffisance cardiaque.<br />

Les patients souffrant à la fois d’insuffisance cardiaque et<br />

d’insuffisance rénale ont un risque de mortalité hospitalière particulièrement<br />

élevé.<br />

« Les paramètres pouvant permettre de stratifier ce risque sont<br />

l’existence d’un taux d’urée supérieur à 43 mg/dl, d’une pression<br />

artérielle systolique inférieure à 115 mmHg et d’un taux<br />

de créatininémie supérieur à 27 mg/l. Chez les patients<br />

répondant à ces trois critères, le taux de mortalité hospitalière<br />

est de 22 %, alors que ce pourcentage n’est que de 2 % chez<br />

les malades ayant une urémie et une pression artérielle systolique<br />

normales », a précisé le Dr Richard Isnard (Paris).<br />

Les malades atteints d’insuffisance rénale modérée et d’hypotension<br />

artérielle (PA inférieure à 90 mmHg) peuvent être traités<br />

par les inhibiteurs de l’enzyme de conversion (IEC). Concernant<br />

les diurétiques, les thiazidiques sont contre-indiqués en<br />

cas de filtration glomérulaire inférieure à 30 ml/min. La spironolactone<br />

est quant à elle préconisée dans les insuffisances cardiaques<br />

sévères (stades III et IV de la classification NYHA), si<br />

la kaliémie est inférieure à 5 mmol/l et la créatinine inférieure<br />

à 250 µmol/l. Les antagonistes des récepteurs de l’angiotensine<br />

(ARA 2) sont indiqués en alternative ou en association<br />

aux IEC.<br />

On dispose de peu de données sur la conduite à tenir en cas<br />

de bradycardie et d’insuffisance cardiaque. « L’insuffisance<br />

cardiaque sévère s’accompagne en général de tachycardie.<br />

Si une bradycardie est observée, elle est provoquée par l’existence<br />

d’un bloc sino-auriculaire, la mise en route d’un traitement<br />

par digitalique ou amiodarone ou l’âge avancé du<br />

patient », a expliqué le Dr Pierre Gibelin (Nice).<br />

Peu de recommandations existent sur la conduite à tenir en cas de<br />

bradycardie et d’insuffisance cardiaque (les études effectuées sur<br />

l’insuffisance cardiaque ayant exclu les patients bradycardes). Le<br />

traitement du patient associant IEC, diurétiques et digitaliques sera<br />

remplacé par les bêtabloquants sélectifs ou non en cas de bradycardie<br />

asymptomatique, surtout aggravée par l’exercice.<br />

La pose d’un pacemaker dépendra de l’aspect de l’onde QRS. Si<br />

l’onde QRS est fine et que le PR est normal, aucune aggravation<br />

de la bradycardie n’est à craindre. En revanche, si le PR est long,<br />

le risque de désynchronisation existe et la pose d’un pacemaker<br />

est indiquée. D’après les recommandations européennes, un pacemaker<br />

à triple chambre est mis en place si l’onde QRS est supérieure<br />

à 120 ms, en cas d’insuffisance cardiaque de classes III et<br />

IV résistant à un traitement optimal. ■<br />

Dr Gabrielle Bitan<br />

D’après la Journée Insuffisance cardiaque coordonnée<br />

par le Pr Alain Cohen-Solal (Paris)


22 e Salon de Cardiologie Pratique & <strong>Consensus</strong><br />

29 - 31 mars 2006<br />

Les femmes coronariennes moins bien traitées<br />

Les femmes coronariennes sont moins bien explorées et<br />

moins bien traitées que les hommes. Plus grave encore,<br />

lorsque le diagnostic de coronaropathie a été porté, les<br />

femmes ont deux fois plus de risque de mourir d’infarctus<br />

du myocarde que les hommes.<br />

En France, une femme sur trois meurt d’une maladie cardiovasculaire,<br />

une sur vingt-cinq d’un cancer du sein. Les maladies<br />

cardiovasculaires n’épargnent pas les femmes, elles les<br />

touchent en moyenne dix ans plus tard que les hommes, comme<br />

le montrent les chiffres de la NHANES de 2005 : avant 50-<br />

54 ans, la prévalence de la maladie cardiovasculaire est plus<br />

importante chez les hommes que chez les femmes, vraisemblablement<br />

à cause de l’effet protecteur des estrogènes avant<br />

la ménopause, dix ans plus tard, la tendance s’inverse et après<br />

65 ans les femmes sont plus souvent atteintes que les hommes.<br />

Cette évolution s’explique en partie par l’émergence de nouveaux<br />

facteurs de risque en particulier le tabac, mais aussi par<br />

une prise en charge nettement moins bonne.<br />

L’étude de Daly C. et al (1) publiée en 2006 met en évidence,<br />

à partir du Registre européen de l’angor stable (3 779 malades<br />

vus en consultation pour un angor stable), les différences de<br />

prise en charge entre les hommes et les femmes. Sur le plan thérapeutique,<br />

les antiagrégants, l’aspirine, les hypolipémiants,<br />

en particulier les statines, les bêtabloquants sont moins prescrits<br />

chez les femmes.<br />

Pour les investigations, la tendance est la même, les femmes<br />

bénéficient moins souvent d’une épreuve d’effort et d’une coronarographie,<br />

et si l’épreuve d’effort est positive, elles ont moins<br />

de coronarographie et les procédures de revascularisation sont<br />

moins fréquentes que chez les hommes.<br />

La deuxième étude qui vient d’être publiée dans le JAMA (2) a<br />

été menée à partir d’un registre finlandais regroupant tous les<br />

malades vus en consultation pour une première manifestation<br />

d’angor. Là encore, les hommes avaient plus souvent bénéficié<br />

d’un test d’effort pour confirmer le diagnostic d’angor que les<br />

femmes et le pronostic de cet angor, évalué sur la survenue<br />

d’événements cardiovasculaires, était plus sévère chez les<br />

femmes dans la tranche d’âge 44-64 ans.<br />

Enfin, selon les données récentes du registre USIC (registre des<br />

malades hospitalisés pour un infarctus dans les unités de soins<br />

intensifs), outre une sous-prescription d’antiagrégants, de bêtabloquants<br />

et de statines, les angioplasties et les thrombolyses<br />

sont moins fréquentes chez les femmes que chez les hommes.<br />

Conséquences : le taux de mortalité est plus élevé chez la femme<br />

quelle que soit la tranche d’âge, et chez la femme jeune, le<br />

risque de mourir au cours de l’hospitalisation pour infarctus du<br />

myocarde est deux fois plus élevé que chez l’homme.<br />

En revanche, dans l’année qui suit il n’y a pas de différence<br />

entre les hommes et les femmes en termes de survie. ■<br />

Dr M. F.<br />

Ateliers Coronaires, coordonné par le Pr Nicolas Danchin (HEGP, Paris)<br />

1. Daly C. et al. Gender differences in the management and clinical outcome of stable<br />

angina. Circulation, 2006; 113 (4) : 490-8.<br />

2. Hemingway H et al. Incidence and prognostic implications of stable angina pectoris<br />

among women and men. JAMA, 2006; 295 : 1404-11.<br />

La priorité dans le traitement<br />

de l’hypertension artérielle :<br />

faire baisser la pression artérielle systolique<br />

L’hypertension artérielle est un facteur de risque cardiovasculaire<br />

majeur : il existe une relation linéaire entre la pression<br />

artérielle systolique et le risque d’accident vasculaire<br />

cérébral un peu plus marquée que celle qui relie la pression<br />

artérielle systolique aux maladies coronaires.<br />

« Il existe une relation directe et progressive entre l’augmentation<br />

de la pression artérielle et le risque cardiovasculaire<br />

et, ce qui est important, sans seuil identifiable ; chaque<br />

augmentation de la pression artérielle majore le risque d’AVC<br />

et d’événements coronaires », a souligné le Pr Michel Beaufils<br />

(hôpital Tenon, Paris).<br />

La relation entre l’élévation de la pression artérielle et le risque<br />

cardiovasculaire est marquée par le fait que la pression artérielle<br />

systolique (PAS) augmente avec l’âge alors que la pression<br />

artérielle diastolique (PAD) atteint un maximum vers l’âge<br />

de 60 ans chez l’homme et de 70 ans chez la femme pour<br />

ensuite s’abaisser progressivement.<br />

L’étude du risque par tranches d’âge et en fonction de la PAS<br />

met en évidence une augmentation importante du risque de<br />

maladies coronaires dans les tranches d’âge les plus élevées.<br />

C’est particulièrement la PAS qui est en jeu : le risque d’accident<br />

vasculaire cérébral comme celui d’événements coronaires<br />

cardiovasculaires augmentent avec la PAS, en revanche, l’augmentation<br />

est beaucoup moins prononcée et non statistique-<br />

65 CONSENSUS CARDIO pour le praticien - N° 19 • Mai 2006


CONSENSUS CARDIO pour le praticien - N° 19 • Mai 2006<br />

22 Congrès<br />

e Salon de Cardiologie Pratique & <strong>Consensus</strong><br />

ment significative pour la PAD comme le montre une étude de<br />

Benetos publiée en 2002 (1) . D’autre part, différents travaux ont<br />

montré qu’une valeur élevée de pression pulsée, paramètre<br />

dépendant de l’éjection ventriculaire, de la chronologie de<br />

l’onde du pouls et de la rigidité artérielle, est un meilleur facteur<br />

prédictif d’événements cardiovasculaires que la PAS ou la<br />

PAD prise isolément. Ainsi, une valeur de pression pulsée supérieure<br />

à 65 mmHg chez un sujet de plus de 55 ans dont la PAS<br />

est supérieure à 140 mmHg est un critère qui permet d’identifier<br />

un risque cardiovasculaire particulièrement élevé.<br />

Les bénéfices que l’on peut attendre<br />

de la baisse de la PAS<br />

Les grandes études SHEP (Systolic Hypertension in Elderly Program),<br />

SYST-Eur (Systolic Hypertension–Europe), SYST-China<br />

Il est parfois utile de privilégier l’angioplastie<br />

chez les plus de 80 ans après un infarctus du myocarde<br />

« Aucune étude prospective et contrôlée n’est disponible sur<br />

l’infarctus des patients dits âgés, c’est-à-dire ceux de plus de<br />

75 ans, voire 80 ans », a précisé le Pr Nicolas Danchin (Paris).<br />

Seuls les registres et observatoires permettent d’avoir des informations<br />

sur cette pathologie. USIC 2000, qui a comparé les<br />

infarctus des sujets âgés à ceux observés chez les plus jeunes,<br />

a montré que les infarctus des sujets les plus âgés touchaient<br />

plus de femmes (42 % versus 15 %), que les infarctus sans susdécalage<br />

du segment ST étaient plus fréquents (10 % versus<br />

3 %), ainsi que les blocs de branche gauche (10 % versus 3 %).<br />

Les données concernant la mise en place du traitement de reperfusion<br />

sont alarmantes, 63 % des plus de 80 ans n’en ont pas,<br />

alors que ce pourcentage n’est que de 14 % chez les moins de<br />

80 ans. Si la thrombolyse est associée à un risque de mortalité<br />

précoce de 11 % à 30 jours, l’angioplastie entraîne une diminution<br />

de ce risque de 15 % ; elle doit donc être privilégiée chez<br />

les plus âgés. Toutefois, le taux de mortalité à un an montre que<br />

thrombolyse et angioplastie ont un bénéfice comparable.<br />

Quant à la prévention secondaire, elle est largement insuffisante<br />

: les antiagrégants sont prescrits dans 78 % des cas, les<br />

bêtabloquants dans 43 %, les statines dans 26 %. Seul le pourcentage<br />

de prescriptions d’IEC, qui est de 41%, est similaire à<br />

celui retrouvé chez les patients les plus jeunes. Quant à la trithérapie,<br />

16 % des plus de 80 ans en bénéficient, alors que ce<br />

pourcentage chute à 10 % pour la quadrithérapie.<br />

Nouvelles recommandations<br />

sur l’HTA du sujet très âgé<br />

Une étude effectuée en 2003 sur 1 200 sujets hypertendus âgés<br />

de 84 ans a montré que le traitement par diurétique ou par IEC<br />

29 - 31 mars 2006<br />

Syndrome coronaire aigu et HTA du sujet très âgé<br />

66<br />

(Systolic Hypertension in China) mettent en évidence chez les<br />

patients traités par bêtabloquant, IEC ou inhibiteur calcique<br />

une réduction significative de la PAS avec peu de modification<br />

de la PAD et une diminution très nette du risque relatif d’AVC<br />

et d’événements cardiovasculaires.<br />

Ces résultats sont corroborés par ceux de la méta-analyse de<br />

Staessen (2) qui montrent que la PAS est un meilleur facteur prédictif<br />

d’événements cardiovasculaires (mortels ou non). ■<br />

Dr Micheline Fourcade<br />

D’après l’Atelier HTA, « Les priorités dans le traitement de l’HTA »,<br />

présidé par le Pr Xavier Girerd (Paris)<br />

1. Benetos A. et al. Arch Int Med, 2002 ; 11 : 162-5.<br />

2. Staessen JA et al. Lancet, 2000 ; 355 : 856-72.<br />

diminuait de 50 % le nombre d’accidents vasculaires cérébraux.<br />

« De nouvelles recommandations diffusées par l’HAS en 2005<br />

insistent donc sur la nécessité d’instaurer un traitement chez<br />

les patients de plus de 80 ans hypertendus », a poursuivi le<br />

Dr Olivier Hanon (hôpital Broca, Paris). Les recommandations<br />

de l’HAS préconisent le recours à la MAPA ou à l’automesure<br />

(moyenne de 9 mesures effectuées sur 3 jours consécutifs), avant<br />

de débuter tout traitement, avec pour objectif l’obtention d’une<br />

pression artérielle inférieure à 150 mmHg chez les plus de<br />

80 ans. Une monothérapie sera administrée pendant<br />

4 semaines. Elle privilégiera d’abord les thiazidiques et les inhibiteurs<br />

calciques, médicaments « du panier 2 » avant le passage<br />

à la bithérapie si la réponse tensionnelle obtenue est insuffisante.<br />

C’est alors un médicament du « panier 1 »,<br />

bêtabloquant, ARA 2 ou IEC, qui sera ajouté. Si au bout de<br />

4 semaines supplémentaires, le contrôle tensionnel n’est toujours<br />

pas obtenu, le passage à la trithérapie sera décidé. La<br />

meilleure trithérapie comprend un médicament du « panier 1 »,<br />

deux du « panier 2 » et au moins un thiazidique. ■<br />

Dr Gabrielle Bitan<br />

D’après l’Atelier Cardiogériatrie<br />

« Syndrome coronaire aigu chez le sujet très âgé »


22 Congrès<br />

e Salon de Cardiologie Pratique & <strong>Consensus</strong><br />

Le certificat<br />

de non-contre-indication<br />

à la pratique du sport<br />

Cet acte médial à part entière engage la responsabilité<br />

du médecin signataire. Une révision de la loi de 1999<br />

devrait modifier les contraintes vis-à-vis des fédérations.<br />

La loi du 23 mars 1999 relative à la santé du sportif, dont le<br />

décret d’application est paru en 2002, stipule que la première<br />

délivrance d’une licence sportive pour la pratique d’un sport<br />

en compétition est subordonnée à la remise d’un certificat<br />

médical attestant l’absence de contre-indication à la pratique<br />

d’une activité sportive quelle que soit la discipline.<br />

Ce certificat peut être établi par n’importe quel médecin sauf<br />

pour certains sports dits à risque (les sports de combat, la<br />

boxe, l’alpinisme, les sports utilisant les armes à feu, les sports<br />

mécaniques, la plongée sous-marine, le parachutisme…) qui<br />

demandent des examens approfondis. Dans ces cas particuliers,<br />

les certificats sont délivrés par des médecins du sport,<br />

voire par des médecins du sport agréés spécifiquement par<br />

la fédération concernée comme le confirme la législation en<br />

vigueur.<br />

Pour les sportifs inscrits dans les filières d’accès au sport de haut<br />

niveau, un décret d’application paru en février 2004 fixe la nature<br />

et la périodicité des examens médicaux : examen clinique, bandelette<br />

urinaire, électrocardiogramme (ECG) de repos, échocardiographie<br />

transthoracique de repos, test d’effort maximal<br />

avec évaluation de la VO 2 max, examen dentaire.<br />

Pour le suivi, l’examen clinique, avec bilan diététique, psychologique,<br />

mesures biométriques, examen dentaire, bandelette<br />

urinaire, sera répété deux fois par an, l’ECG et l’échocardiographie<br />

de repos devront être renouvelés une fois entre<br />

18 et 20 ans si ces examens ont été effectués avant l’âge de<br />

15 ans, l’épreuve d’effort sera refaite tous les quatre ans.<br />

Les contre-indications absolues et permanentes sont relativement<br />

rares sauf pour les sports à haut risque :<br />

- Sports utilisant les armes à feu : l’alcoolisme, l’épilepsie,<br />

des antécédents psychiatriques.<br />

- Sport automobile : une vision < 9/10 avant ou après correction,<br />

l’épilepsie, l’hypertension artérielle.<br />

- Sports de combat (boxe) : l’amblyopie, des antécédents<br />

neurologiques.<br />

- Parachutisme : BAV, Wolff-Parkinson-White, CMH…<br />

- Plongée sous-marine : troubles du rythme paroxystique<br />

même bénins, CMH, toute pathologie avec risque de syncope,<br />

pneumothorax<br />

Une révision de la loi en préparation<br />

« Trois modifications de la loi de mars 1999 sont attendues,<br />

a précisé le Dr Richard Amoretti (CHU Pitié-Salpêtrière Paris),<br />

elles portent sur l’obligation d’un certificat médical de<br />

CONSENSUS CARDIO pour le praticien - N° 19 • Mai 2006<br />

29 - 31 mars 2006<br />

68<br />

non-contre-indication à la pratique sportive hors compétition,<br />

la fréquence du renouvellement des licences par les fédérations<br />

et l’établissement d’un certificat médical de contreindication<br />

qui devra être envoyé à la fédération concernée. »<br />

La rédaction d’un certificat médical de non-contre-indication à<br />

la pratique sportive n’est en aucun cas un acte anodin, c’est un<br />

acte médical à part entière qui engage la responsabilité du<br />

médecin.<br />

Le document, établi sur papier à en-tête du médecin ou parfois<br />

du club sportif, daté et signé doit être remis en main<br />

propre.<br />

La consultation pour la délivrance d’un certificat médical<br />

de non-contre-indication à la pratique sportive n’est en principe<br />

pas prise en charge par la Sécurité sociale. ■<br />

Dr M. F.<br />

D’après l’Atelier «Cardiologie et Sport»<br />

Perfusion myocardique et<br />

hypertension artérielle<br />

L’amélioration du pronostic coronaire de l’hypertendu passe<br />

par un meilleur contrôle de la pression artérielle systolique,<br />

tout en tenant compte de la perfusion tissulaire myocardique.<br />

« La stratégie thérapeutique gagnante chez un patient observant<br />

est une plurithérapie bien tolérée abaissant au mieux les<br />

pressions artérielles centrales, essentiellement systolique et<br />

pulsée », a expliqué le Dr Jean-Jacques Mourad, hôpital Avicenne<br />

(Bobigny). En effet, ce sont ces pressions qui sont les<br />

plus prédictives des événements cardiovasculaires. Aujourd’hui,<br />

il est toujours difficile d’atteindre l’objectif d’une PAS à<br />

140 mmHg. C’est la raison pour laquelle la Société européenne<br />

de cardiologie a recommandé en 2003 de choisir en<br />

première intention d’emblée entre une monothérapie et une<br />

bithérapie à faible dose. Une étude (STRATHE, 2004) a comparé<br />

des stratégies antihypertensives pendant 6 à 9 mois avec<br />

des molécules leaders de leurs classes thérapeutiques: association<br />

fixe d’emblée, stratégie séquentielle ; stratégie pas à<br />

pas. Les résultats ont montré un taux de normalisation (PA =<br />

140/90 mmHg) plus élevé (62 %) avec la stratégie par plurithérapie<br />

fixe d’emblée versus les stratégies conventionnelles<br />

(< 50 %). En outre, la réduction de la PAS obtenue avec la<br />

stratégie par plurithérapie fixe d’emblée a été supérieure à<br />

celle obtenue avec les stratégies conventionnelles. L’étude<br />

ASCOT CAFE (2005) a confirmé que la PA systolique et la<br />

pression pulsée demeurent les plus gros contributeurs du risque<br />

cardiovasculaire, mais que la valeur de la PAS centrale a son<br />

importance.


22 e Salon de Cardiologie Pratique & <strong>Consensus</strong><br />

29 - 31 mars 2006<br />

La phase établie de l’HTA essentielle se caractérise par une élévation<br />

des résistances périphériques. Or, 99 % des résistances<br />

sont localisées dans la microcirculation, site unique de perfusion<br />

tissulaire. La raréfaction artériolo-capillaire et les altérations<br />

microvasculaires, qui touchent la plupart des organes<br />

cibles, contribuent à augmenter les résistances périphériques<br />

et à altérer la perfusion tissulaire du myocarde. Le PETscan et<br />

L’activité physique et sportive du senior<br />

Elle est possible chez toute personne en bonne condition<br />

physique, après avoir effectué un bilan cardiovasculaire et<br />

articulaire. Il est recommandé de s’échauffer régulièrement<br />

et de ne pas faire d’efforts intenses.<br />

Les seniors en 2006 représentent 20 % de la population française,<br />

soit 12 millions de personnes. En 2020, ils seront 27 %<br />

et en 2030, 35 %. « Or 90 % d’entre eux peuvent avoir une<br />

activité physique et, par conséquent, un vieillissement de<br />

meilleure qualité », a expliqué le Dr Alain Ducardonnet. Différents<br />

types de sportifs sont amenés à consulter un cardiologue:<br />

celui qui n’a jamais arrêté le sport ; celui qui veut se<br />

remettre au sport après une interruption plus ou moins longue,<br />

qui est potentiellement le plus en danger, car on a du mal à le<br />

limiter, et enfin, celui qui n’en a jamais fait et qui suit les conseils<br />

qu’on lui donne. Le sujet âgé, selon la définition de l’OMS, a<br />

plus de 75 ans. Néanmoins, ce qui compte, c’est l’âge physiologique<br />

du patient. Trois paramètres permettent de situer<br />

la personne : les capacités qu’il avait à l’âge de 20 ans, les<br />

comorbidités qui ont pu survenir au cours de sa vie et son<br />

degré de sédentarisation. Un bilan préalable permet d’évaluer<br />

son état cardiovasculaire, son état articulaire, sa condition<br />

physique générale et les interférences avec les médicaments.<br />

Outre l’examen clinique, l’ECG, l’échocardiographie,<br />

l’épreuve d’effort est un élément important. Elle permet d’obtenir<br />

des éléments cardiologiques et de performance. 80 %<br />

des patients de plus de 80 ans remplissent les objectifs demandés<br />

: l’âge ne doit donc pas être un frein à la réalisation de<br />

cet examen !<br />

l’échocardiographie sont suffisamment sensibles pour évaluer<br />

la fonction microcirculatoire myocardique et mesurer la réserve<br />

coronaire (RC). C’est le rapport du débit coronaire maximum<br />

sur le débit coronaire de base. Un sujet normotendu a une<br />

RC > 4 et un sujet jeune hypertendu asymptomatique a une RC<br />

diminuée de 50 %. Une étude (Akinboboye O et al, 2002) a<br />

montré que le contrôle tensionnel était identique après un an<br />

chez des hypertendus traités par IEC ou ARA 2. En revanche,<br />

la réserve coronaire était augmentée par l’IEC et non pas par<br />

l’ARA 2. L’augmentation de la PAS, paramètre tensionnel le<br />

plus prédictif d’un événement coronaire, est corrélée à l’altération<br />

de la perfusion myocardique. Donc, il faut rompre le<br />

cercle vicieux : HTA-raréfaction artériolocapillaire-altérations<br />

de la perfusion tissulaire, en normalisant la PA et en prêtant<br />

attention à la perfusion tissulaire. ■<br />

Les contre-indications temporaires sont les pathologies instables<br />

et les épisodes infectieux. Il faut rappeler que faire un exercice<br />

physique est dangereux en soi ; mais il le sera d’autant moins<br />

que l’entraînement est régulier.<br />

Quatre niveaux d’exercices<br />

Dr Mathilde Ferry<br />

Déjeuner-débat sur le thème « Controverse : perfusion myocardique et<br />

HTA : la face cachée de l’iceberg » modéré par le Dr Serge Kownator<br />

(Thionville), avec le soutien des laboratoires Ardix/Therval Médical<br />

Il convient d’apprendre à composer avec quatre niveaux, afin<br />

d’installer un nouveau rythme de vie: l’endurance (3 à 7 séances<br />

de 30 à 45 min par semaine) en sachant qu’il faut « flirter avec<br />

l’essoufflement » ; la souplesse en pratiquant la gymnastique<br />

et des étirements doux (stretching); la force musculaire en n’oubliant<br />

pas de respirer et l’équilibre, en faisant un travail de<br />

schéma corporel progressif. Dans cette classe d’âge où la performance<br />

n’est pas prioritaire, il faut rappeler que travailler à<br />

50 % de ses possibilités, c’est aussi bien que de travailler à<br />

80 % !<br />

Les effets bénéfiques ont été démontrés sur les maladies cardiovasculaires,<br />

le diabète de type 2, la prévention du cancer<br />

(sein et côlon), l’ostéoporose et les fractures, l’arthrose, la dépression…<br />

et tout récemment, la démence (retard à l’installation)<br />

et les défenses immunitaires.<br />

Les objectifs sont : l’augmentation de l’espérance de vie (de 65<br />

à 75 ans), le maintien de la capacité fonctionnelle (de 75 à<br />

85 ans) ; enfin, la préservation de l’autonomie et l’amélioration<br />

de la qualité de vie (au-delà de 85 ans). ■<br />

Dr Mathilde Ferry<br />

Atelier «Cardiologie et Sport», coordonné par le Dr Alain Ducardonnet (Paris)<br />

69 CONSENSUS CARDIO pour le praticien - N° 19 • Mai 2006


Actualités du médicament<br />

Pravadual : première association fixe de pravastatine<br />

et d’aspirine en prévention secondaire<br />

L’association aspirine-pravastatine de Pravadual est<br />

le premier traitement préventif combiné du patient<br />

coronarien. Son bénéfice additif a été testé au cours<br />

d’une méta-analyse regroupant les grands essais réalisés<br />

avec la pravastatine. Celle-ci a validé le fait que<br />

l’association aspirine-pravastatine entraîne une baisse<br />

supérieure du risque relatif de survenue d’événements<br />

cardiovasculaires, comparativement à l’administration<br />

de pravastatine seule ou d’aspirine seule.<br />

Le développement de la première association fixe Pravadual<br />

par Bristol-Myers Squibb, combinant pravastatine et acide acétylsalicylique,<br />

les deux pivots du traitement des patients coronariens,<br />

a été le fruit d’une longue réflexion.<br />

« Nous avons aujourd’hui la démonstration physiopathologique<br />

que l’ordonnance du coronarien centrée autour de<br />

l’acronyme BASIC sauve des vies », a expliqué en préambule<br />

le Pr Jacques Puel (Toulouse).<br />

Rappel. L’aspirine a été le premier pivot de l’athérostabilisation<br />

pharmacologique en diminuant la morbi-mortalité de<br />

23 à 24 %. Les IEC ont fait la démonstration à travers plusieurs<br />

études, dont EUROPA et HOPE, qu’ils étaient efficaces chez les<br />

coronariens à haut risque. Les bêtabloquants ont fait la preuve<br />

de leur efficacité en réduisant la mortalité de 20 % chez les<br />

coronariens, bien que ces données soient issues d’études relativement<br />

anciennes réalisées à l’époque chez des patients ne<br />

recevant pas de statine ou non revascularisés. « C’est maintenant<br />

le triomphe des statines, a insisté Jacques Puel, passées<br />

depuis 10 ans du domaine préventif au domaine curatif pour<br />

assurer la stabilisation de la plaque. La première à avoir<br />

apporté cette démonstration a été la pravastatine. »<br />

40 mg de pravastatine et 81 mg<br />

d’aspirine<br />

Pravadual est la première association fixe de pravastatine et<br />

d’aspirine qui se présente sous la forme d’un seul dosage, associant<br />

40 mg de statine et 81 mg d’aspirine, soit une dose comprise<br />

entre 75 et 100 mg correspondant aux recommandations.<br />

Chacun des deux composants a donné les preuves de son efficacité<br />

en prévention secondaire : la pravastatine réduit la morbidité<br />

cardiovasculaire (études LIPIDS et CARE) après IDM et<br />

CONSENSUS CARDIO pour le praticien - N° 19 • Mai 2006<br />

70<br />

dans l’angor instable avec un taux de cholestérol normal ou<br />

élevé, et l’aspirine (ISIS 2 et méta-analyse) diminue la morbimortalité<br />

chez les patients ayant des antécédents d’IDM,<br />

d’angor instable, d’angioplastie, d’accidents ischémiques transitoires<br />

et d’accidents vasculaires cérébraux. La combinaison<br />

des deux principes actifs n’entraîne pas d’interaction pharmacocinétique.<br />

Le bénéfice additif de ces deux traitements a été validé au cours<br />

d’une méta-analyse (une étude randomisée et prospective n’étant<br />

pas éthique) associant cinq grands essais cliniques de prévention<br />

secondaire – LIPID, CARE, REGRESS, PLAC I et PLAC II –<br />

regroupant plus de 15 000 patients. Celle-ci observe une réduction<br />

du risque d’événements graves (infarctus mortels et non<br />

mortels) de 31 % en faveur de l’association pravastatine-aspirine<br />

par rapport à l’aspirine administrée seule et de 26 %, par<br />

rapport à la pravastatine administrée seule. Des résultats semblables<br />

sont retrouvés sur l’incidence des accidents vasculaires<br />

ischémiques (réductions respectives de risque de 29 et de 31 %)<br />

et sur les critères combinés (mortalité coronaire, décès, accidents<br />

ischémiques, le recours aux gestes de revascularisation…).<br />

L’association aspirine-pravastatine est plus efficace que la prise<br />

individuelle de chacun des deux médicaments (réduction du<br />

risque relatif de 24 %-34 % par rapport à l’aspirine seule, 13 %-<br />

31 % par rapport à la pravastatine seule).<br />

Ce traitement préventif combiné qui s’adresse aux patients<br />

ayant un antécédent d’IDM ou d’angor instable devrait être<br />

disponible prochainement. ■<br />

Dr Anne Teyssédou-Mairé<br />

D’après une conférence de presse des laboratoires Bristol-Myers Squibb


Une chaire internationale sur le syndrome et le risque<br />

métaboliques, dirigée par le Pr Jean-Pierre Després,<br />

se met en place à Laval (Québec). Elle devrait permettre<br />

d’améliorer la recherche sur le syndrome métabolique<br />

comme facteur de risque cardiovasculaire. Un lien qui<br />

vient d’être souligné une fois de plus par les résultats<br />

de l’étude IDEA.<br />

Lors de la 55 e Session de l’American College of Cardiology qui<br />

s’est tenue en mars dernier à Atlanta (États-Unis), l’université de<br />

Laval a annoncé la création de la première Chaire internationale<br />

sur le risque métabolique. Son objectif est de stimuler et de<br />

promouvoir la recherche afin de prévenir et de prendre en charge<br />

de façon optimale le syndrome métabolique. Cette chaire internationale<br />

est placée sous la direction du Pr Jean-Pierre Després<br />

(université de Laval) et d’un collège d’experts représentés par<br />

d’éminents spécialistes, les Prs Bryan Bewer (Lipoprotein and<br />

Atherosclérosis Research, Washington), Peter Libby (Cardiovascular<br />

Medicine, Harvard Medical School), Philip Barter (The<br />

Heart Research Institute, Sydney) et Jean-Claude Coubard (Laval).<br />

« Notre mission, a déclaré Jean-Pierre Després, est d’éclairer<br />

le syndrome métabolique, d’intégrer toutes les recherches disparates<br />

sur ce sujet et de mieux définir les facteurs de risque. »<br />

Le tour de taille plus prédictif que l’IMC<br />

Le risque cardiométabolique est fonction de la présence de<br />

facteurs de risque comme l’hypercholestérolémie, l’hypertension<br />

artérielle, le diabète de type 2 fréquemment observés<br />

chez les patients qui présentent une obésité abdominale et plus<br />

Actualités du médicament<br />

Première chaire internationale sur le risque métabolique<br />

Une nouvelle indication pour Hyzaar<br />

La gamme Cozaar innove par l’intermédiaire d’une nouvelle indication<br />

octroyée à Hyzaar, association fixe de losartan 50 mg et<br />

d’hydrochlorothiazide 12,5 mg. Hyzaar est maintenant indiqué en<br />

« traitement initial de l’hypertension sévère ». Cette indication repose<br />

sur une étude qui a permis d’obtenir une diminution rapide et importante<br />

de la PA, notamment de la PA systolique de -17 mmHg dès la<br />

2 e semaine et de -25,1 mmHg à la 6 e semaine. Hyzaar est également<br />

indiqué dans le traitement de l’hypertension artérielle essentielle, lorsqu’une<br />

monothérapie avec un antagoniste des récepteurs de<br />

l’angiotensine Il (AMI) est insuffisante.<br />

Ainsi, Hyzaar est la première et la seule association fixe d’antagoniste<br />

de l’angiotensine 2 et de diurétique à être indiquée en traitement<br />

de première intention dans I’HTA sévère. Les recommandations fran-<br />

73<br />

particulièrement une adiposité intra-abdominale excessive,<br />

comme l’a démontré la récente étude IDEA. L’étude a non seulement<br />

mesuré la prévalence de l’obésité abdominale, mais a<br />

aussi précisé le rapport qui existe entre la présence d’une maladie<br />

cardiovasculaire, le tour de taille et l’IMC. Une analyse des<br />

résultats révèle que chez les hommes comme chez les femmes,<br />

le tour de taille et l’IMC sont tous deux indépendamment associés<br />

à la présence d’une maladie cardiovasculaire. D’autre<br />

part, les résultats de l’étude IDEA apportent la preuve que le<br />

tour de taille est lui-même associé aux maladies cardiovasculaires,<br />

indépendamment de l’effet de l’IMC et du vieillissement.<br />

« C’est la première fois qu’une étude de cette envergure est<br />

menée à l’échelle internationale auprès de patients venus<br />

consulter leur généraliste », souligne Jean-Pierre Després,<br />

membre du comité exécutif de l’étude IDEA. « Ces chiffres montrent<br />

que les patients ne perçoivent pas la mesure du tour de<br />

taille comme un geste intrusif. L’importance et l’intérêt clinique<br />

de ces résultats donneront lieu au lancement d’autres études<br />

qui nous aideront à identifier les patients les plus à risque et<br />

nous permettront d’évaluer l’impact des nouveaux traitements<br />

sur le risque cardiométabolique global qui pèse sur eux »,<br />

indique Jean-Pierre Després. L’étude IDEA, supportée par sanofi<br />

aventis, est le premier volet d’un vaste programme épidémiologique.<br />

Elle sera suivie de deux autres études : une étude internationale<br />

sur la prédiction de l’adiposité intra-abdominale et son<br />

rapport avec le risque cardiométabolique et l’adiposité intraabdominale<br />

(INSPIRE ME) et l’étude INSPIRE ME Adiposité<br />

intra-abdominale (INSPIRE ME/IAA). ■<br />

Dr Anne Teyssédou-Mairé<br />

D’après une conférence de presse de sanofi aventis<br />

çaises de l’HAS soulignent que le bénéfice d’un traitement antihypertenseur<br />

est corrélé à la baisse de la PA. Il est recommandé de<br />

débuter par une monothérapie. Une association fixe d’antihypertenseurs<br />

à doses faibles, ayant l’AMM en première intention pour l’indication<br />

HTA, peut également être proposée. Une bithérapie sera instaurée<br />

dans un délai court dans les cas suivants :<br />

- chez les patients ayant une PA > 180-110 mmHg quel que soit le<br />

nombre de facteurs de risque cardiovasculaire associés ;<br />

- chez les patients ayant une PA de 140-179/90-109 mmHg et à<br />

risque cardiovasculaire élevé. ■<br />

D’après un communiqué des laboratoires MSD<br />

CONSENSUS CARDIO pour le praticien - N°19 • Mai 2006


Actualités du médicament<br />

Les complications hémorragiques en angioplastie<br />

La thrombose coronaire aiguë est l’un des risques majeurs<br />

de l’angioplastie coronaire transluminale percutanée<br />

(ACTP). La prescription d’un anticoagulant, héparine non<br />

fractionnée (HNF) ou héparine de bas poids moléculaire<br />

(HBPM), et d’un antiagrégant plaquettaire permet de lutter<br />

contre ce risque. Cependant, l’hémorragie reste la<br />

complication la plus fréquente des ACTP : entre 2,2<br />

et 14 %.<br />

Une analyse rétrospective de Kinnaird et al (1) sur 10 974 patients suivis<br />

entre 1990 et 2000 aux États-Unis a mis en évidence 5 %<br />

d’hémorragies majeures. Une surmortalité significative y était associée,<br />

aussi bien intra- qu’extrahospitalière. Moscucci et al (2) ont analysé<br />

les résultats du registre GRACE portant sur 24 000 patients. 3,9 %<br />

d’entre eux ont développé une hémorragie majeure, nécessitant une<br />

transfusion et 18,6 % de décès sont survenus chez ces patients. Enfin,<br />

Rao et al (3) ont analysé les résultats d’une méta-analyse portant sur<br />

24 000 patients et ont montré l’impact des transfusions sur la mortalité<br />

hospitalière et extrahospitalière. Près de 10 % des patients ont été<br />

transfusés, et parmi eux, la mortalité au 30 e jour a été multipliée par 3<br />

(8 % versus 3 %). Ainsi, le risque hémorragique à 30 jours constitue<br />

un facteur de morbi-mortalité intra- et extrahospitalière.<br />

La voie radiale, les systèmes de fermeture percutanée, ou des doses<br />

réduites d’HNF (30-50 UI au lieu de 100 UI) peuvent limiter ces complications<br />

hémorragiques. Cependant, ces solutions n’étant pas toujours<br />

efficaces, l’alternative est le recours aux inhibiteurs directs de la<br />

thrombine. Ces molécules ont une action antiagrégante plaquettaire<br />

et une action anticoagulante à la fois sur la thrombine dans le<br />

caillot et sur la thrombine libre. L’association anticoagulant-antiagré-<br />

Une équipe française, coordonnée par le Pr Denis Duboc, le<br />

Dr Christophe Meune (hôpital Cochin, Paris, université René-<br />

Descartes-Paris-V) et le Dr Henri-Marc Bécane (Institut de myologie,<br />

Association française contre les myopathies [AFM], Paris),<br />

vient de montrer qu’un traitement par périndopril pourrait<br />

réduire la mortalité d’enfants atteints de myopathie de<br />

Duchenne. Ces travaux, présentés pour la première fois à<br />

Atlanta au Congrès de l’ACC, montrent, après dix années de<br />

suivi, que la prévention de l’atteinte cardiaque liée à la myopathie<br />

de Duchenne pourrait réduire la mortalité de ces enfants<br />

(7 % versus 35 % dans le groupe placebo).<br />

La myopathie de Duchenne est une atteinte génétique liée au<br />

chromosome X responsable de multiples atteintes musculaires<br />

périphériques, respiratoire et cardiaque, entraînant le<br />

décès dans 40 % des cas.<br />

L’étude a impliqué 57 enfants âgés de 9 ans et demi à 13 ans<br />

et a duré dix ans au total, dont trois ans en double aveugle<br />

contre placebo. Un premier groupe de 28 enfants a reçu le trai-<br />

CONSENSUS CARDIO pour le praticien - N°19 • Mai 2006<br />

74<br />

gant plaquettaire (HNF + anti-GPIIb/IIIa) a été comparée au traitement<br />

unique par bivalirudine dans l’étude REPLACE-2 (4) . Portant sur<br />

6 010 patients bénéficiant d’une angioplastie urgente ou planifiée,<br />

les résultats ont montré une diminution des saignements majeurs de<br />

plus de 40 % chez les patients traités par la bivalirudine (2,4 % versus<br />

4,1%, p < 0,001) alors que l’efficacité s’est révélée comparable<br />

(non inférieure) vis-à-vis des événements ischémiques dans les deux<br />

groupes. Ainsi, la bivalirudine réduit les complications hémorragiques<br />

et ischémiques. On pourrait donc envisager préférentiellement son utilisation<br />

chez des patients à haut risque hémorragique : patients âgés<br />

de plus de 75 ans, femmes, diabétiques, insuffisants rénaux. ■<br />

D’après la communication du Pr Franck Paganelli, service de cardiologie,<br />

CHU Nord, Marseille lors d’un symposium Nycomed<br />

Pour en savoir plus :<br />

1. Kinnaird TD. et al. Incidence, predictors and prognostic implications of bleeding and<br />

blood transfusion following percutaneous coronary intervention. Am J Cardiol 2003; 92:<br />

930-5.<br />

2. Moscucci M. et al.Predictors of major bleeding in acute coronary syndromes : GRACE<br />

registery. Eur Heart J 2003; 24: 1815-23.<br />

3. Rao SV. et al. Relationship of blood transfusion and clinical outcomes in patients with<br />

acute coronary syndromes. JAMA 2004; 292: 1555-62.<br />

4. Lincoff AM, Kleiman NS, Kereiakes DJ et al. Long-term efficacy of bivalirudin and provisional<br />

glycoprotein IIb/IIIa blockade vs heparin and planned glycoprotein IIb/IIIa blockade<br />

during percutaneous coronary revascularization: REPLACE-2 randomized trial. JAMA<br />

2004; 292: 696-703.<br />

5. Silber S, Albertsson P, Aviles FF, et al. Guidelines for percutaneous coronary interventions.<br />

The Task Force for Percutaneous Coronary Interventions of the European Society<br />

of Cardiology. Eur Heart J.2005; 26(8) : 804-47.<br />

Le périndopril pourrait diminuer la mortalité<br />

de la myopathie de Duchenne<br />

tement périndopril 2-4 mg/j et un second groupe de 29 enfants<br />

a reçu un placebo. Une première analyse de l’étude avait déjà<br />

permis de mettre en évidence que le périndopril ralentissait la<br />

survenue d’une dysfonction ventriculaire chez ces enfants. L’extension<br />

à dix ans de l’étude vient maintenant de démontrer que<br />

la mortalité pourrait être divisée par 5 dans le groupe traité<br />

par périndopril (10 décès dans le groupe contrôle, 2 dans le<br />

groupe périndopril; p = 0,009). L’analyse des résultats montre<br />

également que parmi les différents paramètres testés (âge à<br />

l’inclusion, traitement bêtabloquant et randomisation sous périndopril<br />

ou placebo), seule la randomisation initiale sous périndopril<br />

ou placebo est corrélée avec la mortalité (p = 0,031).<br />

Cette étude permet d’envisager à terme un gain substantiel en<br />

matière d’espérance de vie par la simple prescription d’inhibiteurs<br />

de l’enzyme de conversion dès l’âge de 10 ans. Ces<br />

résultats gagneront à être confirmés par des études complémentaires<br />

à plus grande échelle. ■<br />

Dr Anne Teyssédou-Mairé

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