Article “faces de design” - Le Quai

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Article “faces de design” - Le Quai

DESIGN

zut ! 124

FACES

DE

DESIGN

Texte Cécile Becker

Portrait de groupe Christophe Urbain


ET SI LE TERME DESIGN ÉTAIT DEVENU TROP ÉTROIT ? LOIN DE L’ADJECTIF

TRENDY ET CONFUS (« OH, ELLE EST SUPERBE TA NOUVELLE CHAISE DESIGN ! »),

LES DESIGNERS, VISIONNAIRES ET ESTHÈTES, DÉVELOPPENT

UNE PRATIQUE TRANSVERSALE ET PLURIDISCIPLINAIRE. ON PARLE DÉSORMAIS

DE DESIGN D’AUTEUR, INDUSTRIEL, D’ESPACES, DURABLE OU MÊME

INSTITUTIONNEL. ZUT ! FAIT LE POINT SUR LE SUJET ET PART À LA RENCONTRE

DE CEUX QUI, À STRASBOURG, LOIN DU BROUHAHA PARISIEN ET DES ATELIERS

SURCHAUFFÉS, RÉINVENTENT AUSSI LEUR PRATIQUE.

Sur cette photo de classe immortalisée dans le jardin de l’école

des Arts Décoratifs de Strasbourg (ESAD), on trouve l’avant-garde

strasbourgeoise du design. Il y a les tout jeunes, les moins jeunes,

ceux que l’on connaît déjà et ceux qui se lancent à la conquête du

business en faisant un pied de nez au cadre admis du genre. Ils sont

tous là, certains fraîchement débarqués de la Paris Design Week,

contrats, promesses ou articles de presse sous le bras. C’est là-bas

que l’on a croisé l’atelier de Jean Nouvel, « l’architecte qui fait du

design », et si Christian Lacroix et Jean-Paul Gaultier se mettent à

faire des canapés et des assiettes, alors que Karl Lagerfeld dessine

des verres pour Orrefors, c’est bien que les frontières du design

s’ouvrent. Car il n’y a pas de définition unique du design et, en

France particulièrement, l’image du designer est confuse. Est-il

décorateur ? Est-il faiseur d’objets ? Son dess(e)in varie selon les

cultures, les époques et les individus. Aujourd’hui, il ne s’agit plus

d’opposer unicité et industrialisation, mais bien de se nourrir de

ces deux pratiques, ni d’éloigner art et design puisque les artistes

« désignent » et que les designers sont aujourd’hui invités par des

galeries ou des musées.

— Art ou design ?

Pour le commun des mortels, le design ressemble à de l’art

contemporain appliqué à la vie quotidienne. Ce n’est ni

complètement vrai, ni complètement faux. Car si certains partent

d’une idée fonctionnelle pour donner forme à un objet esthétique,

d’autres dessinent, imaginent un objet d’art qui deviendra

fonctionnel selon l’usage du consommateur. Claude Saos s’inscrit

plutôt dans cette deuxième démarche : « Je brouille un peu les lignes

entre un travail de plasticien et celui d’un designer : je ne suis pas

dans la réflexion de résolution de problématiques fonctionnelles, ce

n’est pas mon déclic premier quand je travaille sur un objet, c’est

une question que je me pose quand j’avance dans la conception. Je

veux provoquer des sensations, des histoires chez un acheteur, créer

un lien plus intime mais aussi plus fragile avec l’objet », explique t-il.

Le résultat est proche d’un design d’auteur qui travaille sur des

éditions limitées : des pièces que l’on expose ou que l’on vend à la

demande. Pour Fred Rieffel, qui se définit comme « un designer qui

travaille avec l’industrie du meuble » (Rochebobois, Ligne Roset,

Habitat) sans pratiquer pour autant un design industriel : « Il faut

avoir l’âme d’un artiste pour être designer. » car les designers ont

une façon de voir le monde propre aux artistes. Ce débordement

entre art et design, l’association MAD le met en évidence en

organisant régulièrement des expositions et des ateliers autour

d’un design intermédiaire empreint de poésie, d’humour et parfois

de subversion. L’art et le design se frôlent alors mais se différencient

fondamentalement, comme le préconise Philippe Riehling : « Ce

n’est pas la typologie de l’objet qui décrit la nature du design mais

bien son mode de conception et de fabrication. »

— Dis moi ce que tu designes, je te dirai qui tu es

Un même designer décline des pratiques devenues complémentaires.

À Strasbourg, tous partagent leur emploi du temps entre des projets

destinés aux professionnels, à l’industrie, aux particuliers ou même

aux musées. L’agence Ruault & Daoudi, respectivement Grégoire et

Tamim, a une particularité : elle décline sous l’appellation design

global du graphisme, des produits, de l’industriel et de l’espace :

« Ces différents secteurs d’activité nous permettent de maintenir

un flux de travail continu. Le design global est intéressant par

exemple quand on travaille sur un espace : on peut alors redessiner

le logo, donner une nouvelle identité à un nouvel espace, tout

créer autour d’un concept. Tout reste alors très cohérent. » Ainsi,

ils ont pu revoir l’aménagement de la galerie Hip à Paris, imaginer

un banc en béton pour la société Batilest et sont même présents

sur le site Internet Woodeos qui permet aux internautes de se

choisir des meubles en bois sur mesure. L’agence Ruault & Daoudi

a fait le choix de développer des partenariats avec des fabricants et

évite ainsi le système de l’édition, très contraignant concernant les

royalties. La menuiserie Meeder, par exemple, a souhaité développer

une logique de collection et a fait appel au talent de l’agence : les

deux designers proposent leurs idées à l’artisan qui prend le risque

de produire des prototypes tout en renouvelant son image. Une

forme d’édition un peu plus libre. Autre problème symptomatique

du métier : les éditeurs sont peu nombreux en France, comparé à

d’autres pays européens. Comme l’expliquent les deux designers

de l’agence V8 : « Il faut être très patient pour trouver un éditeur,

c’est un petit milieu et nous sommes très nombreux. » D’autres

designers ont alors choisi de destiner leur production à d’autres

structures : Claude Saos ou Géraldine Husson préfèrent se tourner

vers la conception de séries limitées et choisissent galeries ou

musées pour présenter leurs objets. Car le système de distribution

dépend aussi de l’objet que l’on produit. Commandes, contrats,

distribution, des mots aujourd’hui nécessaires au questionnement

du designer, en constante évolution. La pensée du designer change,

s’adapte à la culture et à la société.

De gauche à droite : Claude Saos, Géraldine Husson, Pierre Bindreiff, Anne-Virginie Diez, Thierry Boltz, Fred Rieffel, Philippe Riehling, Sébastien Geissert

Tamim Daoudi, Grégoire Ruault, Beatrix Li-Chin Loos, Serge Schielin

125 zut !


DESIGN

— Un design durable

Alors que le design a été anti-écolo par essence, les designers

travaillent aujourd’hui dans l’économie et préfèrent les matières

non polluantes au plastique traditionnel. S’il devait y avoir un

point commun entre tous nos designers, ce serait bien celui de

l’éco-conception. Philippe Riehling, le designer éco-logique, a été

sensibilisé lors de ses études aux questions environnementales. Il

choisit un mode de production local et des matières écologiques,

une question qu’il a notamment du se poser lors de la conception

de sa chaise Néo Noé : « Plusieurs éditeurs ont voulu me prendre

cette chaise mais sans respecter le circuit d’approvisionnement

que j’avais mis en place : un forestier, un transformateur de

panneau, un découpeur et un

finisseur tous dans un rayon

maximum de 80 km avec très peu

de transport et des certifications

au niveau des matières. Toute

la chaise a été conçue dans une

planche de bois unique. J’aime

ce design, mais aujourd’hui on

a perdu toute logique au profit

d’une autre logique qui est

cette fois économique. » Une

démarche que les V8 pratiquent

également en n’utilisant que des

matières recyclables et poussée

à son extrême par Beatrix Li-

Chin Loos qui, à travers Chut !

Collections, travaille sur les chutes

de bois : « Ma motivation est de

ne pas gaspiller, de préserver les

ressources naturelles. Mais il y a

aussi une dimension plus émotive et

personnelle. Transformer un rebut

en matière nouvelle, c’est donner

une seconde vie à la chute mais ça

demande beaucoup de travail. Mes

objets, je les bichonne. »

Les amis de mes amis

Strasbourg n’est pas Paris et les structures mettant le design

d’auteur en valeur sont peu nombreuses. Dès lors, il est primordial

de préserver les échanges entre les designers et d’organiser

workshops et événements afin de valoriser leurs travaux. Si Philippe

Riehling a été le stagiaire de Fred Rieffel, si Claude Saos et Thierry

Boltz travaillent ensemble sur certaines pièces et si certains se

retrouvent au Centre international d’Art Verrier (CIAV) à Meisenthal

pour participer à des ateliers autour du verre, l’association Idee, qui

regroupe les designers du coin, n’est plus aussi active qu’elle a pu

l’être. Grégoire Ruault, ex-président de l’association, avoue : « Il

faudrait que cette association soit un élément fédérateur.

zut ! 126

Si nous avons l’occasion d’organiser plus de workshops, ça pourrait

même favoriser la création d’emplois. Il y a clairement une volonté

de relancer l’association, il faut qu’on refasse des réunions… »

Tous déplorent des échanges de moins en moins fréquents et,

pour ceux qui ne sont pas originaires de Strasbourg mais s’y sont

installés, comme Géraldine Husson ou Beatrix Lin-Chin Loos, c’est

encore plus compliqué : le manque de visibilité au niveau local se

fait clairement ressentir. Certains personnages-clé permettent de

relancer la machine. Yann Grienenberger, directeur du CIAV, invite

régulièrement les designers locaux à réfléchir sur le verre. Christelle

Carrier et Barbara Bay, chargées de la culture au sein des hôpitaux

de Strasbourg, ont choisi les projets de

Fred Rieffel pour restructurer la Maison

des adolescents et des V8 pour mettre

en couleur le Nouvel Hôpital Civil (NHC).

L’ESAD fait par ailleurs office de plaque

tournante où designers interviennent et

se croisent.

Les bébé-designers

« À Strasbourg, ou même en France, il

y a un manque de visibilité des jeunes

designers. Aujourd’hui on est jeune

designer à 40 ans, les plus jeunes sont un

peu comme les bébé rockeurs : les bébé

designers », déplore Géraldine Husson.

Alors comment fait-on à 25 ans ? Une

fois qu’ils ont quitté le système scolaire,

les bébé-designers sont, seuls, livrés à

leur sort. La transversalité de l’option

design de l’ESAD permet toutefois aux

diplômés de pouvoir s’adapter à chaque

spécificité du design, à eux ensuite d’en

faire bon usage. Intervenant à l’ESAD,

Fred Rieffel reste impressionné par le

talent de ses étudiants : « L’école a permis

de faire émerger des personnalités. Pour

les anciens de l’option il y a bien sûr les V8 qui sont un bon exemple

d’interdisciplinarité, les plus jeunes Marie Dessuant lauréate du

concours Cinna 2010 ou encore Manon Leblanc diplômée en

juin dernier et lauréate du concours Cinna Luminaire 2011. » Un

avenir tout tracé, empreint du croisement des pratiques qui invite

les jeunes designers installés et reconnus à la réflexion. Les bébédesigners

d’aujourd’hui sont capables de tout faire et de s’adapter

à toutes les matières. Grâce à leurs démarches, le design n’a de

cesse de se réinventer et, à Strasbourg, ils sont nombreux à tenir

l’avenir du design entre leurs mains.


FRED RIEFFEL

LE PROFESSEUR

——

ON AIME Ses réalisations chics // SON SITE www.fredrieffel.com

SA PLAYLIST Björk // IL PRÉSENTE La table Urban

Fred Rieffel, c’est un peu Moïse. Autodidacte et designer depuis

1997, il a ouvert la voie aux designers strasbourgeois avec ses

réalisations à la fois chics et simples. Édité par Ligne Roset, Roche

Bobois ou encore Habitat, il est LE designer strasbourgeois, mais

reste humble quant à sa réussite. Ardent défenseur d’un design

utile, il est considéré par ses pairs comme un artiste responsable

réalisant un mobilier qui, au fil des ans, ne prend pas une ride.

Comment vous êtes vous installé dans le paysage du

design ?

Tout a commencé à Milan. C’est assez fréquent pour les designers

que d’être d’abord reconnus à l’étranger puis en France. Il y a des

designers de ma génération qui ont explosé. Comparé à eux, je

suis tout petit, je suis un artisan, je suis tout seul. Heureusement,

il y a les structures comme Ligne Roset ou Cinna qui portent haut

et fort le design.

Quelle est votre écriture ?

Mes formes sont très simples et s’inscrivent dans l’idée du durable,

ce n’est pas quelque chose qu’on a envie de jeter au bout de trois

ans. J’aime bien produire des objets qui durent 10 ou 15 ans.

Dans ce domaine, tout va vite, comme les modes vestimentaires.

J’aimerais qu’au-dedes modes mon design s’inscrive dans le

temps. Envie d’être sur le devant de la scène ? Je ne me pose plus

cette question.

——

La table Urban est composée de caissons creux de

différents coloris et tailles. Elle symbolise la ville, avec ses

volumes et hauteurs variés, et est réalisée en panneaux

de MDF laqués, dont l’un est plaqué en noyer.

Y a-t-il une démarche design qui ne vous plaît pas ?

Le design jetable, le design gadget, je n’aime pas ça. Aujourd’hui,

on est beaucoup moins dans ce genre de démarche, les jeunes

designers privilégient l’économie, le durable, la recherche.

Le discours de Philippe Starck m’exaspère un peu, il sait

communiquer, et il est sûrement intelligent, mais l’approche de

son travail est surtout du marketing.

Avez-vous un conseil pour les newbies qui ne connaissent

rien au design ?

Je leur dirais d’aller faire un tour au musée Vitra à Weil am Rhein.

En automne, c’est mieux. Il y a un petit café très agréable et ont

des pièces magnifiques. Il faut commencer au dernier étage et

descendre au fur et à mesure. Là-bas, on comprend la passion du

design.

A propos de la table URBAN :

Depuis que je réfléchis à des tables basses, je cherche toujours

à faire en sorte que celles-ci remplissent leur rôle : poser,

poser ses pieds, ranger ses revues.

127 zut !


DESIGN

zut ! 128

——

Lampe La Mademoiselle, 2010,

hêtre et feutre

PHILIPPE RIEHLING

L’ÉCO-LOGIQUE

——

ON AIME Ses conceptions en bois clair,

son raisonnement écolo // SON SITE www.riehling.com

SA PLAYLIST Black Bomb A, The Dillinger Escape Plan

IL PRÉSENTE Le mobilier Samiel

« J’aime parler de simplicité, de logique, mais aussi

d’intemporalité. Je pratique l’éco-design, je me pose des

questions sur le transport, les matières et la diffusion.

J’essaye de ne pas m’inscrire dans une tendance, un

usage ou une fonction. Je me rédige moi-même mon

cahier des charges. Même quand je travaille pour moimême,

mes projets sont toujours écrits. »

——

Mobilier Samiel, panneau contreplaqué de

1250 x 2500 mm, travaillé à la défonceuse numérique.

Le transport se fait à plat et le montage sans outil.

Devient table basse, étagère, meuble TV, bureau.

CLAUDE SAOS & THIERRY BOLTZ

LES INTIMISTES

——

ON AIME Leur proximité avec l’art // SITE www.claudesaos.com

LEUR PLAYLIST Paul Kalkbrenner, David Bowie et Thelonious Monk

ILS PRÉSENTENT La lampe Mademoiselle

Claude Saos n’est pas originaire de Strasbourg, Thierry Boltz si,

et est issu de l’ESAD. Ils travaillent sur des projets séparément

mais se retrouvent souvent dans des créations où l’art se mêle au

design.D’un côté, il y a Claude Saos au parcours chaotique, passé

par la photographie et revenu au design par l’envie de retoucher à

la matière. Exclusivement édité par le CIAV sur des séries limitées,

il ne cherche pas vraiment d’éditeur et sort principalement des

prototypes d'inspiration scandinave. Ce boulimique de culture

aime le voyage – il a habité à Nantes, rêve de Berlin, et a étudié

à l’école HKU d’Utrecht. Ce designer-plasticien n’est pas dans

la résolution de problématiques fonctionnelles. De l’autre côté,

il y a Thierry Boltz, vendeur à Vélojob à la Krutenau qui répartit

son temps entre les vélos et le design. Son travail est plus diffus

mais quand il crée, c’est souvent avec Claude Saos. Ensemble,

ils ont mis au point un travail passionnant sur les relations

qu'entretiennent l'art et le design. Les deux designers ont besoin

de cet aspect immédiat de la réalisation de l’œuvre. Claude Saos

a un carnet de croquis très minimaliste et Thierry Boltz travaille

ponctuellement, il a donc besoin de se lancer très vite dans les

réalisations.


V8

Pierre Bindreiff

Sébastien Geissert

LES IMPERTINENTS

——

——

Les verres Saint-Louis,

le Méticuleux et le

Chevronné, cristal

ON AIME Leurs objets décalés et délirants

LEUR SITE www.v8designers.com // LEUR PLAYLIST Chain & The

Gang, Owen Pallett // ILS PRÉSENTENT Les verres Saint-Louis

Les verres Saint-Louis des V8 sont basés sur une proposition

de concept autour d’une chope et d’une flûte. Ainsi, sur une

demande de la cristallerie de Saint-Louis en partenariat avec le

CIAV, les deux designers ont joué sur le cristal et y ont apporté

un contraste entre la bourgeoisie et le monde du travail. Il y a le

chevronné où des détails mécaniques mettent en exergue le côté

dur et froid, et le méticuleux rappelant le mandrin d’une perceuse.

Un hommage à la précision des tailleurs de verre.

Comment avez-vous commencé à travailler ensemble ?

Nous sortons tous les deux des Arts déco. Déjà à l’époque, on se

filait des coups de main sur nos projets personnels. Nous avons

commencé chacun de notre côté et nous sommes retrouvés sur

le projet de réaménagement de la CAF de Ribeauvillé, un travail

assez conséquent. On a les mêmes envies mais pas toujours les

mêmes moyens d’y arriver.

Qu’est-ce que vous aimez dans le design ?

On aime l’objet à la base, quand on designe on aime bien

s’amuser. On est peut-être un peu impertinents, le design est une

autre façon d’affirmer une manière de vivre. Les objets sont les

choses qui sont les plus proches de nous, mis à part les humains,

on a une relation intime avec les objets. On aime beaucoup

apporter un contraste entre un monde populaire et intellectuel.

Quel regard portez-vous sur le design strasbourgeois ?

Strasbourg, c’est petit. C’est bien qu’il n’y ait pas grand chose ici,

ça nous pousse à nous bouger pour trouver des choses. Ce qui est

regrettable, c’est de ne pas profiter du fait qu’on soit une région

frontalière : on pourrait organiser tellement de choses avec la

Suisse et l’Allemagne !

——

Vase Bonsaï équilibre, médium laqué

© Beatrix Li-Chin Loos

CHUT ! COLLECTIONS

Beatrix Li-Chin Loos

L’IDÉALISTE

——

ON AIME Sa relation à la chute de bois, son joli traitement

des rebuts // SON SITE www.chutcollections.fr

SA PLAYLIST Nick Cave // ELLE PRÉSENTE Le vase Bonsaï équilibre

Membre de la fine équipe de la galerie Gosserez à Paris, galerie

jeune et dynamique bien implantée dans le paysage design,

Beatrix Li-Chin Loos nous vient de Paris, en passant par le Sud

et s’est installée à Strasbourg. Son déménagement, elle le voit

plutôt comme une renaissance. Petit bout de femme transporté

par une rage créative, elle se nourrit d’écologie, de politique et

de mode. Après des études d’architecture, de sciences sociales

et de politique d’environnement, elle change de cap et entre à

l’école Boulle en ébénisterie. Un parcours lourd de sens qui se

ressent dans ses objets, très esthétiques et très écologiques.

Ses vases-sculptures Bonsaï équilibre, gracieux et poétiques, sont

entièrement réalisés avec des chutes de médium retravaillées

et ensuite laquées, ou des emballages carton. Quatre pièces

circulaires tournent librement autour d’un tube en verre dans

lequel fleur, bonsaï ou même branche peuvent

venir se poser.

129 zut !


DESIGN

zut ! 130

——

Ovoïd Dress,

objet hybride, robe pouf

en jersey polaire anthracite

RUAULT & DAOUDI

Grégoire Ruault & Tamim Daoudi

LES DESIGNERS MULTICARTES

——

ON AIME Leurs lignes contemporaines et décalées

LEUR SITE www.ruaultdaoudi.com

LEUR PLAYLIST The Cinematic Orchestra, Just Jack

ILS PRÉSENTENT La table Manhattan

Cette table très expérimentale pourrait être celle de

Dark Vador. D’ordinaire centrés sur des objets assez sobres

aux lignes simples et efficaces, les Ruault & Daoudi se sont ici

complètement affranchis des codes du design pour réaliser

une table de l’ordre de la pièce unique. Des tasseaux de

bois de différentes hauteurs s’emboîtent pour supporter un

plateau composé de sciure de bois agglomérée résultante de

la fabrication. Grâce à l’implication de la menuiserie Meeder et

de la société AB Composite, cette table a été réalisée selon le

thème du Parcours du Design : l’éco-conception. Entièrement

conçue de bois de récupération, elle sublime les chutes

assemblées comme un puzzle. Un exercice de style

pour un fort impact visuel.

——

Table Manhattan,

tasseaux de bois

GÉRALDINE HUSSON

L’HYBRIDE

——

ON AIME Son design textile sobre et sensible SON SITE

www.geraldinehusson.com // SA PLAYLIST The Kills,

Angus & Julia Stone // ELLE PRÉSENTE Ses Hybrid Objects

« J’ai fait l’école du Quai à Mulhouse et à la fin de ma

troisième année, la directrice du CRAC Alsace m’a donné

la chance de pouvoir exposer des pièces là-bas, j’ai

même pu partir à Xiamen en Chine faire le point sur ma

créativité. En 2006, diplôme en poche, j’ai fait un stage

chez la designer Meresine (Sandrine Ziegler). Elle m’a fait

découvrir le milieu des salons. Depuis, j’ai fait le salon

Maison & Objet en septembre 2010 et en janvier 2011 et

me suis installée au Bastion. J’ai croisé la route du musée

MUDAM au Luxembourg qui me prend régulièrement

des bijoux et les propose à la vente. J’ai fait le choix de

ne pas me spécialiser, chaque pratique nourrit l’autre et

l’inspiration circule entre mes bijoux, mes sacs, mes objets,

mes coussins, mes poufs… La forme cellulaire revient

assez souvent, je me pose des questions philosophiques,

anthropologiques et esthétiques. Je travaille à partir des

sensations que provoque le tissu. J’aime décliner l’échelle

de mes réalisations, je peux passer du minuscule au très

grand. J’espère continuer cette pratique transdisciplinaire. »


——

Lampe Bunker suisse,

béton, bois, acier brossé,

aluminium, fibre optique,

peinture aimantée

MAD

Anne-Virginie Diez & Serge Schielin

LES FOUS

——

ON AIME Leurs objets déments

LEUR PLAYLIST Nina Hagen, Gaëtan Roussel

ILS PRÉSENTENT La lampe Bunker suisse

Association représentée par Serge Schielin, designer indépendant

(4.4 design) s’inspirant de l’art du détournement, et Anne-

Virginie Diez, historienne de l’art spécialisée en sculpture du XX e

siècle, Mad about design and art met en évidence l’émergence

d’un design très créatif qui va plus loin que l’aspect fonctionnel

et s’inspire d’ironie et d’humour. « Le but de l’association est

d’observer, d’étudier et de présenter au public les relations entre

l’art et le design intermédiaire, ce design à la frontière de l’art. »

Mus par ce leitmotiv, ils sont à l’origine du OFF du Parcours du

design. Pression Design, présents sur cinq lieux, a voulu offrir au

plus grand nombre de designers du Rhin Supérieur la possibilité

d’exposer un design d’auteur un peu déglingos, en opposition

avec ce design industriel et commercial proposé par le Parcours du

Design. L’association met en lumière ceux qui s’inspirent de tout

ce qu’ils touchent, une folie...

Lampe Torch de Claude Saos, verre soufflé à la bouche,

ampoule LED à refroidissement liquide.

MERCI LE CIAV !

Maison des adolescents réaménagée par Fred Rieffel

DU DESIGN À L’HÔPITAL

Christelle Carrier et Barbara Bay sont fantastiques. Grâce à elles

et à l’appel à candidature national qui invite la culture à l’hôpital,

elles ont pu faire travailler collectifs et designers sur divers projets

de réaménagement de structures de santé à Strasbourg. Si Fred

Rieffel réaménage la Maison des adolescents et les V8, le NHC, la

collaboration ne s’arrête pas là et les deux femmes avancent déjà

l’envie de faire travailler Philippe Riehling sur un nouveau projet…

Ensemble, designers et institutions tentent donc de renouveler un

espace froid et effrayant pour certains : « Nous tentons de réfléchir

à l’ensemble des implications de l’intervention artistique et du

design dans notre espace hospitalier très contraint. La proposition

de l’artiste vient donc après une longue maturation et donne corps,

et souvent dépasse, un projet collectif. Il y a donc une grande

attente et un réel impact sur la qualité des espaces et du temps

vécu à l’hôpital. » Ça nous donnerait presque envie d’aller y faire

un tour...

Les designers strasbourgeois ne tarissent pas d’éloges sur le Centre international d’Art

Verrier de Meisenthal : Philippe Riehling en parle comme d’un projet hallucinant, les V8

comme d’une occasion unique de rencontrer une nouvelle matière et des personnes

motivées... Structure à la fois transportée par un savoir-faire unique et une envie

d’apporter un nouveau souffle à une technique ancienne, elle invite designers locaux et

de renommée internationale à se partager un espace d’exposition et de recherche. Un

projet d’envergure qui a vu Philippe Riehling, les V8 ou encore Claude Saos travailler

cette matière difficile : le verre. Lampe Torch de Claude Saos, Baladeuse des V8 ou

encore ces boules de Noël revisitées, le CIAV continue son exploration du verre, de l’art

et du design. Yann Grienenberger, qui porte cette structure, explique : « Au-delà d’un

savoir-faire, les créateurs que nous invitons sont porteurs de questionnements et de

nouveautés. Dans la région du Grand Est, il y a un gisement de créateurs, d’écoles et de

beaux talents que nous aurions tort d’ignorer. Peu importe que les designers viennent de

Paris, de Strasbourg ou de Brumath, l’essentiel est que nous leur apportions des projets

et qu’ils nous apportent leur vision. C’est une relation d’échange très importante. Tout

seuls, chacun de notre côté, nous ne sommes rien. » Une collaboration primordiale

dont la ville de Strasbourg et ses structures devraient s’inspirer...

CIAV

Place Robert Schuman à Meisenthal

www.ciav-meisenthal.fr

Le CIAV sera présent à St-art, du 25 au 28 novembre - www.st-art.com

131 zut !


DESIGN

+ D’UNE CORDE

À LEUR ARC…

Wa.De.Be est un collectif parisien de designers composé par

Claire Desbois, Rodrigo Bertotto et Gérard Wantz. Rien à voir

avec Strasbourg… Si ce n’est que l’assise tricotée de leur chaise

Granny Chair est composée d’une matière première qui provient

de la corderie Meyer-Sansboeuf, à Guebwiller, là où nous avons

réalisé le shooting de la série mode de ce numéro.

Le concept ? Une structure en bois naturel associée à une

assise en maille, tricotée en partenariat avec les grand-mères

parisiennes, et une production 100% made in France.

Benoît Basier, directeur de la corderie, nous avait confié que ses

premières collaborations dans le domaine du design s’avéraient

très enthousiasmantes. Mais pourquoi l’ont-ils choisi ? Gérard

Wantz nous répond : « Le dynamisme et l’approche de la

corderie Meyer Sansboeuf correspondent tout à fait à nos

attentes car l’ensemble de nos créations se fait dans une

démarche environnementale. En tant que designers, nous nous

devons de l’inclure dans notre réflexion et lors de l’édition de

nos produits. » Ah, au fait ! En Alsace, le designer Philippe

Riehling a lui aussi une collaboration en cours avec la corderie

Meyer-Sansboeuf. À suivre donc. (M.C.D)

www.wadebe.com

www.meyer-sansboeuf.com

zut ! 132

——

Chaise Granny chair,

structure en bois imputrescible

et habillage maille waterproof

résistant à l'eau,

studio Wa.De.Be. Designers

——

Étagère de coin en bois laqué, 2008

Collection objets vagues, révélateur de talents 2010

Édition 2011 Cinna / Ligne Roset

PERCHÉ

Voici une Étagère de coin qui a le mérite de voir le rangement

sous un autre angle. Œuvre de la designer Marie Dessuant

(diplômée de l’ESAD et lauréate du Révélateur de Talents 2010 de

la maison d’édition Cinna), c’est un vrai petit brin de folie qui va

animer les encoignures. Cette très charmante et jeune créatrice

a répondu à ZUT ! sur l’origine de ce corner arty et haut perché.

Votre étagère été conçue à lors de vos études à Strasbourg,

qu’est-ce qui vous a inspiré ?

Les terrains vagues de mon enfance dans le vingtième

arrondissement de Paris. J’ai tenté de traduire dans cet objet les

zones d’hésitations, les espaces intermédiaires. Située dans un

coin, avec son échelle à un barreau, elle oblige à un vide, à une

respiration dans l’espace domestique, à l’image du terrain vague

dans la ville.

Il y a beaucoup de poésie et de fraîcheur dans ce projet

insolite. La notion de nomadisme présente dans votre

étagère, et dans d’autres de vos projets, est-elle une

constante dans votre travail ?

La notion de nomadisme, sûrement… Je m’intéresse à une

certaine instabilité dans l’habitat, une forme de provisoire.

J’aime quand les choses ne sont pas définies, quand

l’interprétation et l’appropriation sont possibles. C’est sans doute

lié aussi à un mode de vie, ces cinq dernières années,

j’ai habité à Strasbourg, Shanghai, Paris, Trévise en Italie.

L’éditeur de mobilier contemporain Cinna organise chaque

année un concours ouvert aux jeunes créateurs, les œuvres

éditées sont disponibles à la vente chez Cinna en France et

Ligne Roset à l’international

www.cinna.fr

www.mariedessuant.com

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