FEUILLE - Ville de Genève

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FEUILLE - Ville de Genève

la

FEUILLE

VERTE

JOURNAL DES CONSERVATOIRE ET JARDIN BOTANIQUES – VILLE DE gENèVE

DépARTEmENT DE LA CULTURE – N° 41 – DéCEmBRE 2010


ève

Vive nos aRbRES

Depuis le mois d’octobre, un portail web dédié aux arbres du canton de

Genève est accessible à l’adresse :

www.ville-geneve.ch/themes/environnement-urbain-espaces-verts/arbres/

ou tapez «arbres» dans le moteur de recherche du site de la Ville de Genève.

Ce site réalisé par la Ville de Genève, en partenariat avec le Système d’Information

du Territoire Genevois (SITG), le Canton de Genève et la Haute

école du paysage, d’Ingénierie et d’Architecture de Genève (Hepia), a

bénéficié du soutien de la Fondation Hans Wilsdorf. Sa vocation est de

présenter au public les informations disponibles pour les 212 000 arbres

hors forêts de l’inventaire cantonal. En effet, avec 1700 espèces et variétés

ornementales d’arbres et arbustes, Genève dispose d’un patrimoine

arboré d’une incroyable richesse. Depuis ce portail web, le public peut

découvrir ce trésor genevois grâce à de nombreux articles, comme par

exemple des activités didactiques, l’histoire de certains arbres remarquables,

des fiches sur les principales espèces du canton ainsi que des

galeries photographiques de qualité. De plus, une plateforme cartographique

des arbres isolés du canton permet de retrouver facilement le

nom des arbres que le public croise tous les jours. En plus de cette carte,

les internautes peuvent localiser tout au long de l’année les floraisons

spectaculaires, les plus belles parures des arbres à l’automne ou encore

les fruits intéressants à observer. Véritable trait d’union entre les professionnels

et le grand public, ce site entièrement tourné vers la découverte

de nos arbres est déjà une référence incontournable. P. Martin

Rédacteur responsable

D. Roguet

Rédacteurs

D. Aeschimann, R. Avalos, O. Bakke,

B. Bäumler, P. Boillat, A. Breda,

P. Bungener, H. Burgos, S. Caetano,

M. Chapalay, P. Clerc, D. Gautier, L. Gautier,

D. Jeanmonod, C. Lambelet, P.-A. Loizeau,

P. Martin, B. Mocellin, P. Mugny, Y. Naciri,

R. Palese, J. Parra, A. Pin, P. Perret, D. Roguet,

A. Schlüssel, P. Steinmann, M. Stitelmann,

A. Traoré, M. Vera, N. Wyler

Photographies

D. Aeschimann, C. Lambelet, D. Roguet,

B. Renaud, D. Roguet, PSR, Swissaid

Conception graphique

Atelier d’édition CJB

Impression

SRO Kundig - Genève

Le journal des Conservatoire et Jardin botaniques

de la Ville de Genève paraît une fois l’an.

© 2010 Conservatoire et Jardin botaniques,

Genève. Toute reproduction intégrale ou

partielle des textes ou des illustrations de cette

édition est strictement interdite sans l’accord

préalable des CJB.

Vous pouvez télécharger la Feuille Verte au

format PDF sur notre site internet :

www.ville-ge.ch/cjb

impressum

sommaire - sommaire - sommaire

Brèves 2

editoriaux 3-4

Jardin 5

recherche 6-10

travaux 11-12

conservatoire 13

conservation 14-19

education 20-21

rétrospectives 22-23

coopération 24-31

evènement 32-33

programme 34

puBlications 35

partenaires 36-37

Brèves 38-39

pagE 2 – N° 41 – décEmbRE 10 – La FEUILLE VERTE – JOURNaL dES cONSERVaTOIRE ET JaRdIN bOTaNIqUES


Une Belle

promesse d ’ avenir

Les Conservatoire et Jardin botaniques de la Ville de

genève possèdent un herbier de quelque 6 millions

d’échantillons provenant du monde entier et la

bibliothèque réunit la quasi-totalité de tout ce qui a été

publié dans le domaine de la botanique systématique

es collections font

des CJB l’un des tout

premiers instituts mondiaux

dans le domaine de la biodiversité

végétale, dont on sait que

la sauvegarde constitue aujourd’hui

l’un des enjeux cruciaux d’un développement

harmonieux et durable

de la planète.

Mais les herbiers, tout comme les

livres, nécessitent des soins attentifs.

Pour résister aux outrages du temps,

ils doivent être conservés dans de

bonnes conditions. Au cours de

ces presque deux siècles d’histoire,

l’institution n’a pas cessé d’enrichir

ses collections, fidèle à cet esprit

naturaliste qui fit la renommée de

Genève dès le 18 e siècle. Au fil du

temps, entre réaménagements et

agrandissements successifs, les CJB

n’ont pas ménagé leurs efforts pour

trouver des solutions permettant à

la fois de continuer à enrichir leurs

collections tout en les conservant le

mieux possible.

Dès 1973, un pas décisif a été franchi

pour pérenniser ce qui constitue

une base fondamentale pour la

connaissance du monde végétal en

garantissant aux herbiers un statut

de bien culturel d’importance

internationale. Ils ont alors été

placés dans des abris anti-atomiques

aménagés dans les sous-sols

des nouveaux bâtiments inaugurés

à l’époque. Ces espaces ont permis

d’absorber, provisoirement, l’augmentation

constante des collections. Or

comme on peut bien l’imaginer, les

herbiers trop compressés s’abîment,

ils deviennent difficiles à consulter

et toute manipulation risque de

les détériorer. D’où la nécessité de

prévoir de nouvelles extensions

pour garantir leur conservation

sans hypothéquer leur enrichissement

futur.

Ce défi est aujourd’hui en passe d’être

relevé avec l’extension de l’herbier sur

trois niveaux enterrés d’une construction

répondant aux normes d’abri et

de protection de biens culturels. Bien

que cette réalisation ait bénéficié

d’une subvention de la Confédération

d’un montant de 1,4 million, elle a

été rendue possible grâce aux 11,5

millions d’un fonds spécial issu de la

donation Varenne. Elle prélude à une

deuxième étape – la rénovation de La

Console, un édifice emblématique de

l’histoire des CJB.

Pourquoi rappeler ces faits ? La raison

en est simple. Si tout se passe comme

prévu, les CJB devraient pouvoir dispo-

Patrice Mugny

Conseiller administratif

en charge

du département

de la culture

de la Ville de Genève

Editorial

ser, d’ici trois ans, des équipements qui

conviennent à une institution scientifique

de premier plan et dont le rayonnement

se mesure aujourd’hui par le

nombre de sollicitations, à l’échelle

planétaire, dont elle fait l’objet pour

mener des expertises et favoriser le partage

des savoirs et des compétences, en

particulier dans le cadre d’un intense

coopération avec les pays du Sud.

A l’heure de quitter mes fonctions de

Conseiller administratif qui a eu,

durant huit ans, la responsabilité

politique de cette institution, c’est

pour moi une profonde satisfaction

et – pourquoi pas ? – une grande

fierté, d’avoir pu lancer cet indispensable

projet de construction/

rénovation d’une institution qui fait

honneur à Genève.

Et je lui souhaite un bel avenir.

La FEUILLE VERTE – JOURNaL dES cONSERVaTOIRE ET JaRdIN bOTaNIqUES – N° 41 – décEmbRE 10 – pagE 3


cJB 100%

renouvelables

D’ici à fin 2010, les vastes installations des Conservatoire

et Jardins botaniques (CJB) tireront la quasi-totalité de leur

énergie du bois et du soleil, avec l’appui d’un programme

intelligent de chauffage pour ses serres et bâtiments

e concept permettra d’assurer les

besoins en chaleur du site en utilisant

80% d’énergies renouvelables, évitant

ainsi une consommation annuelle d’environ

250 000 litres de mazout.

La Ville de Genève vient de terminer l’installation des

pièces maîtresses de ce système, soient deux chaudières

à bois déchiqueté et une chaudière à gaz en

appoint de la chaufferie centrale. La gestion thermique

des serres sera assurée informatiquement. Elle

intégrera des prévisions météo dans le système, afin

d’optimiser l’utilisation de la chaufferie.

Le bois est de retour

Une partie du bois déchiqueté nécessaire aux chaudières

sera issu de l’entretien des parcs et forêts de

la Ville de Genève, alors que le solde proviendra de

l’entretien des forêts privées de la région. Un accord

a abouti entre les associations de propriétaires

forestiers privés du canton, l’Etat de Genève et la

Ville de Genève. Ce système contribuera ainsi au

développement d’une nouvelle filière bois dans le

canton, sous l’égide de la municipalité.

Cet hiver, c’est l’Etat de Genève qui jouera un rôle

de tampon en fournissant une partie du bois, les

associations forestières ne débutant leurs opérations

que cette année. Le bois sera vendu en forêt et

c’est la Ville de Genève qui assumera son transport,

stockage et déchiquetage.

Nouveaux panneaux thermiques

et photovoltaïques

Le soleil est largement mis à profit. Le toit de la

maison des jardiniers, dans laquelle se situent

l’essentiel des besoins en eau chaude sanitaire

du site, a accueilli cet hiver une centrale solaire

thermique. D’une surface de 180 m 2 , elle alimente

le réseau de chauffage et fournit une part de l’eau

chaude sanitaire pour la cafétéria et les vestiaires des

jardiniers. Cette installation mixte autorisera l’arrêt

de la chaufferie centrale durant la belle saison.

Ces panneaux thermiques devraient produire

environ 130 000 kWh par an, soit une économie

équivalente à 13 000 litres de mazout ou une

diminution des émissions de gaz à effet de serre

de l’ordre de 34,5 tonnes de CO 2 . S’ajoutent désormais

à ce dispositif une centrale solaire photovoltaïque.

D’une surface de 148 m 2 , elle produira

annuellement 20 000 kWh, soit l’équivalent de la

consommation de sept foyers de quatre personnes.

Cette électricité sera revendue aux SIG et disponible

via l’offre SIG-Vitale Vert.

Arrosage des plantes avec l’eau du

lac et nouveaux bâtiments en vue

Les jardins des CJB nécessitent beaucoup d’eau.

Cet été, un raccordement sur le réseau d’eau du

lac « Genève Lac Nations» a donc été réalisé pour

l’arrosage des plantes. 60 000 m 3 d’eau issus du

Pierre-André Loizeau Directeur

réseau potable seront remplacés par de l’eau du

lac, réduisant la facture d’eau de plus de 45%.

S’ajoute à cela le fait que depuis de nombreuses

années déjà, les CJB ont développé une installation

de récupération d’eau de pluie de 1000 m 3 ,

qui permet de couvrir une partie des besoins en

eau d’arrosage du site.

Actuellement en cours de réalisation, le nouvel herbier

souterrain détiendra enfin une très haute performance

énergétique. Quant au futur bâtiment BOT

III, dont l’étude de rénovation est en cours, il autorisera

une diminution de deux tiers de ses consommations.

Ces projets s’inscrivent dans les objectifs fixés

par la stratégie «100% renouvelable en 2050 », dont

le déploiement permet de soutenir l’économie locale

dans un contexte économique difficile.

Des travaux financés par le canton

et la Confédération

La rénovation de la chaufferie centrale et l’installation

de deux chaudières à bois déchiqueté s’élève

à 750 000 francs, subventionnés par le fonds énergie

des collectivités publiques. Il en va de même

pour le raccordement sur le réseau d’eau « Genève

Lac Nations» (340 000 francs). Quant à l’installation

de panneaux solaires thermiques, chiffrée

à 200 000 francs, elle a pu être réalisée grâce à

l’appui des subventions fédérales et cantonales dans

le cadre du programme ChèqueEnergie 2009.

pagE 4 – N° 41 – décEmbRE 10 – La FEUILLE VERTE – JOURNaL dES cONSERVaTOIRE ET JaRdIN bOTaNIqUES


La politique de

gESTION de nos

cOLLEcTIONS

Alexandre Breda Jardinier-Chef

Pascale Steinmann Adjointe au Jardinier-Chef

l’instar de nombreux

Jardins botaniques européens,

nous avons décidé

d’engager une vaste réflexion sur la

politique de gestion de nos collections

vivantes. Cette réflexion porte sur les

collections qui comprennent celles

du Jardin alpin de la Linnaea et celles

du domaine de Penthes.

En effet, les collections sont souvent

le fait d’hommes particulièrement

bien inspirés, qui, à travers leur passion,

ont accumulé un plus ou moins

grand nombre de références sur

une thématique donnée. Ceci peut

conduire à une certaine hétérogénéité

des concepts et des objets, ce d’autant

plus que les CJB ont une histoire qui

crée certaines contraintes.

Cependant les Jardins botaniques

doivent revoir périodiquement la

bonne adéquation de la qualité et de

l’étendue de leurs collections avec les

Une révision périodique

de ce document

permettra de faire

évoluer les collections

questions et les préoccupations du

moment. Par ailleurs, elles doivent

aussi s’adapter à l’évolution de la

législation et de leurs missions. Un

point de situation a été effectué dans

les années nonante par le Professeur

Spichiger, directeur de l’époque.

Issus généralement de Jardins d’acclimatation,

dans lesquels les jardiniers

tentaient d’adapter à nos latitudes la

diversité des plantes exotiques pour

la présenter au public, les Jardins

botaniques voient, de nos jours, évoluer

leurs missions vers des considérations

plus locales et en lien direct

avec une nature menacée. Ainsi

leur rôle s’oriente vers la recherche,

la conscientisation, l’éducation et

la conservation in situ et ex situ. La

collection doit donc être adaptée, car

elle doit être au service de ceux qui

l’utilisent.

D’autre part, la collection doit également

obéir à des règles précises

permettant de la documenter. Cette

documentation rigoureuse assure

une traçabilité des origines, utiles

tant du point de vue du respect

des règles commerciales strictes

liées au problème du biopiratage

que de celui de la connaissance de

l’origine génétique des individus.

Les CJB ont adopté depuis quelques

années les règles de l’IPEN (International

Plant Exchange Network)

dans ce but.

Une étude approfondie de l’état et

du contenu de la collection vivante

des CJB sera menée. Les thématiques

seront redéfinies en fonction

d’objectifs de recherche, d’éduca-

Les Jardins botaniques

doivent revoir

périodiquement

la qualité et l’étendue

de leurs collections

tion et de conservation. Le temps

nécessaire au maintien des collections

sera estimé pour chacune

d’elles, afin de garantir des soins

suffisants et adaptés aux moyens à

Jardin

disposition. Une révision périodique

de ce document permettra de faire

évoluer les collections en fonction

de nouvelles missions et de nouveaux

moyens.

Dans le cadre de ce projet, une étudiante

a travaillé plusieurs mois sur

la politique de gestion de nos collections

pour son master en environnement.

A partir de ses constatations

et conclusion, nous élaborerons les

lignes directrices pour la gestion de

nos collections.

Notre objectif ultime est de s’assurer

que les bonnes plantes soient

placées aux bons endroits pour une

bonne utilisation. Ce credo doit

servir de guide pour tous les collaborateurs

des CJB dans la gestion

et le développement des collections

vivantes.

La FEUILLE VERTE – JOURNaL dES cONSERVaTOIRE ET JaRdIN bOTaNIqUES – N° 41 – décEmbRE 10 – pagE 5


La Flore éLEcTRONIqUE

de SUISSE

Ce nouveau projet a pour objectif principal le développement d’un outil

électronique portable pour identifier les plantes vasculaires de Suisse

ue vous soyez un botaniste

confirmé, un étudiant ou un amateur

de plantes, il vous faut un

outil simple d’utilisation, technologiquement

performant et scientifiquement pertinent

pour vous permettre d’identifier une espèce

végétale.

La Suisse dispose d’une documentation floristique

diversifiée sous forme d’ouvrages

imprimés (Flores, Atlas de distribution,

Listes Rouges, etc.), ainsi que de très nombreuses

données accessibles en ligne sur le

site du Centre du Réseau Suisse de Floristique

(www.crsf.ch). Mais le développement

rapide des nouvelles technologies informatiques

offre aujourd’hui de nouvelles

perspectives : la petite Flore de poche de la

Suisse, bien connue sous le nom de «Nouveau

Binz», devient chrysalide ; un projet de

Flore électronique prend forme aux CJB.

Que sera le papillon ? Un appareil électronique

à emporter sur le terrain (tablette, téléphone

portable ou autre), comprenant des systèmes

d’identification, des descriptions d’espèces,

des photos détaillées, des cartes de distribution,

etc. Le travail du botaniste sera facilité,

grâce à l’accès à une multitude d’informations

mises à jour périodiquement. Pour ce qui est

de l’illustration en particulier, la mise à disposition

de l’utilisateur de nombreuses photographies

numériques des caractères distinctifs

des espèces offrira une aide considérable à la

Le travail du botaniste sera

facilité, grâce à l’accès à

une multitude d’informations

mises à jour périodiquement

détermination, comme le montrent trois exemples

: Viola riviniana, Lolium perenne et Elymus

repens. Cet appareil devrait être le plus

réduit possible, afin d’être utilisé facilement

sur le terrain. Il devra afficher une excellente

visibilité des informations à l’écran, supporter

la pluie et les gelées matinales. La

déclinaison du contenu devrait pouvoir se

faire non seulement au niveau d’un outil

nomade, mais aussi d’un site web, voire

d’une publication papier traditionnelle.

Les CJB fourniront une large partie du

contenu de cette Flore électronique : clés

de détermination, descriptions d’espèces,

expertise en nomenclature, iconographie.

Ils vont coordonner le projet grâce à leur

expérience quant aux besoins des utilisateurs

et collaborent avec quatre partenaires,

la DSIC, le CRSF, l’HEPIA et les

David Aeschimann Conservateur

Beat Bäumler Adjoint scientifique

Pierre-André Loizeau Directeur

éditions HAUPT, qui publient Flora Helvetica.

La Direction des systèmes d’information et de

la communication de la Ville de Genève (DSIC)

apportera ses compétences informatiques,

notamment au niveau de la programmation. Le

Centre du Réseau Suisse de Floristique (CRSF)

gère une base de données des informations floristiques

de Suisse et fournira notamment les

cartes de distribution des espèces. La Haute

école du paysage, d’ingénierie et d’architecture

de Genève (HEPIA) apportera son expertise

sur plusieurs axes : compétences en sciences

naturelles, en programmation informatique et

en technologies. Ce projet bénéficie d’une subvention

fédérale (OFEV).

De gauche à droite

Viola riviniana Eperon épais, sillonné et échancré à

l’extrémité; Lolium perenne Une seule glume à la

base de l’épillet (sur la droite de l’image); Elymus

repens Deux glumes à la base de l’épillet.

pagE 6 – N° 41 – décEmbRE 10 – La FEUILLE VERTE – JOURNaL dES cONSERVaTOIRE ET JaRdIN bOTaNIqUES


ce que nous apprennent les

analyses de la

Biodiversité en cORSE

Daniel Jeanmonod Conservateur

André Schlüssel Adjoint scientifique

En 2007 nous annoncions la parution de Flora Corsica, un ouvrage de synthèse et

de terrain pour l’identification de toutes les espèces de plantes présentes en Corse

epuis, grâce aux données

que nous avions

accumulées dans cette

flore, nous avons pu analyser la biodiversité

(ou phytodiversité puisqu’il

s’agit de plantes uniquement) de l’île

sous divers aspects. Nous évoquons

quelques-uns de ces résultats ici :

1) La flore de cette île s’avère

particulièrement riche : les données

comparatives montrent que la Corse

comporte plus d’espèces de plantes

que les autres grandes îles méditerranéennes,

avec une richesse spécifique

quasi comparable avec celles

des régions méditerranéennes continentales

voisines (fig. 1). Rappelons

ici que les îles se révèlent généralement

plus pauvres que les régions

continentales adjacentes, du fait de

leur isolement géographique.

2) Une grande partie de cette flore

(environ 40% !) se caractérise par

une répartition très limitée dans

l’île, c’est-à-dire qu’on rencontre

ces espèces au maximum dans

dix stations ou dans une zone géographique

très localisée. Ce type

de distribution en fait des espèces

susceptibles de devoir être protégées

ou gérées de façon à ce qu’elles ne

disparaissent pas suite à un aména-

gement routier, une urbanisation ou

tout autre atteinte. Ces plantes rares

sont principalement des espèces des

milieux aquatiques

ou bien

des plantes

qui vivent sur

les falaises

et les rochers

c a l c a i r e s ,

deux types

de milieux

peu fréquents

dans l’île. Par

ailleurs, il

s’agit le plus

souvent de

plantes vivant à basse altitude (ce

que l’on appelle l’étage mésoméditerranéen,

soit entre 10 et 1000 m),

alors que l’on pensait plutôt les trouver

plus haut.

3) La Corse est soumise à un climat

qui lui permet de montrer des plan-

Fig. 1 Comparaison de la

richesse floristique de la

Corse avec celle des grandes

îles méditerranéennes et des

régions continentales voisines,

ainsi qu’avec celle de la

Suisse. Ces territoires ayant

des surfaces très différentes,

seules les valeurs logarithmiques

permettent une

comparaison qui a un sens. La

ligne représentant les valeurs

moyennes attendues (droite

de régression), les territoires

sous la ligne sont plus pauvres,

ceux au-dessus plus riches.

tes en fleur tout au long de l’année.

Certes elles ne sont que 34 espèces à

fleurir en décembre et 35 en janvier,

Recherche

mais la meilleure période pour voir

le maximum d’espèces en fleur ne

sont pas les mois d’avril ou mai,

comme on aurait pu s’y attendre

dans une zone méditerranéenne,

mais en juin, mois pendant lequel

près des ¾ des espèces de plantes

(1598 !) sont susceptibles d’être en

fleur à une altitude ou à une autre

dans l’île (fig. 2).

4) Autre surprise : on pensait trouver

le plus d’espèces endémiques dans la

partie sommitale de l’île (les étages

oroméditerranéen, subalpin et alpin

situés au-dessus de 1600 m), mais

en fait c’est dans l’étage montagnard

situé entre 1000 et 1700 m que l’on

en trouve le plus, alors que cet étage

ne couvre que 11% de la surface de

l’île (fig. 3).

5) Chaque année, de nouvelles espèces

arrivent dans l’île, généralement

introduites pour des raisons essentiellement

ornementales. Malheureusement

ces espèces se révèlent parfois

Fig. 2

Nombre

d’espèces

de plantes

en fleur

à chaque

mois de

l’année.

La FEUILLE VERTE – JOURNaL dES cONSERVaTOIRE ET JaRdIN bOTaNIqUES – N° 41 – décEmbRE 10 – pagE 7


Fig. 3 Nombre d’espèces de plantes endémiques dans chacun des étages de végétation (ces

étages sont placés selon leur position altitudinale respective, en partant du niveau de la mer

jusqu’aux plus hauts sommets de l’île).

envahissantes (telles que l’Ailanthe

Ailanthus altissima, la Griffe de sorcière

Carpobrotus edulis, le Séneçon

du Cap Senecio inaequidens...) et

peuvent alors poser d’énormes problèmes

de gestion en menaçant les

espèces rares ou endémiques de l’île,

ou en posant des problèmes d’ordre

économique. Nous avons calculé la

progression numérique des espèces

introduites dans l’île en fonction des

données recueillies depuis un siècle

(fig. 4). Cette projection tend à montrer

qu’il devrait y avoir davantage

d’espèces introduites que d’espèces

indigènes dans un siècle environ.

Certes toutes ces plantes ne survivent

pas à long terme, mais celles qui

semble pouvoir subsister et se repro-

duire (on les appelle des métaphytes)

devraient alors représenter quand

même plus que 60% de la flore indigène.

Ce modèle (fig. 4) donne une

grande stabilité au nombre de plantes

indigènes, mais il est probable

que plusieurs d’entre elles risquent

de disparaître suite à la concurrence

faite par les espèces envahissantes.

Cet aspect représente un défi à relever

pour le Conservatoire botanique de

Corse qui a la charge de la gestion de

la biodiversité de l’île.

Bien d’autres résultats, en voie de

publication, nous permettent de

mieux cerner les aspects de la biodiversité

corse, ce qui en font des outils

pour une meilleure gestion du patrimoine

original de l’île.

Fig. 4 Evolution attendue du nombre d’espèces introduites, et parmi celles-ci, de celles qui subsistent

et se reproduisent (= métaphytes), par rapport au nombre d’espèces indigènes (qui reste stable).

pagE 8 – N° 41 – décEmbRE 10 – La FEUILLE VERTE – JOURNaL dES cONSERVaTOIRE ET JaRdIN bOTaNIqUES


Le catalogue des lichens de

sUISSE est maintenant sur le web

En 2004 paraissait, l’ouvrage «Les champignons lichénisés

de Suisse». publié dans la revue «Cryptogamica Helvetica»

sous l’égide de «Bryolich» et de la Société mycologique suisse ;

financé par les CJB et l’Académie suisse des sciences naturelles

e catalogue est en quelque

sorte un «bottin téléphonique»

des espèces

de lichens suisses. Il fournit, en 320

pages, l’information essentielle sur la

nomenclature, l’écologie et la distribution

des 1650 espèces de lichens dont

l’existence en Suisse était alors rapportée

dans la littérature. Cependant, les

connaissances sur la fonge lichénique

suisse sont en constante évolution et,

après la parution de deux compléments

au Catalogue (Clerc 2005, 2009), on

dénombrait déjà 1700 espèces pour

la Suisse. Un tel catalogue en version

papier devient donc rapidement obsolète

au fil des années après sa publication. Le projet

de mettre une version électronique de ce catalogue

on line sur les pages web des CJB a été dès lors clairement

défini comme étant un premier pas dans

l’élaboration d’une «Flore numérique des lichens

de Suisse» (Clerc & Truong 2008). Un catalogue

électronique a l’avantage sur la version papier de

pouvoir être mis à jour régulièrement à moindre

frais et de pouvoir être consultable sur le web partout

dans le monde.

Le système d’informations

botaniques de genève (SIBg)

Avec quelque 6 000 000 d’échantillons d’herbiers

à gérer, environ 15 000 spécimens cultivés

à entretenir et plus de 80 projets de recherche à

mener, les CJB on consacré un effort important

à la mise en place d’un système d’informations

permettant à la fois la gestion des collections

vivantes, des herbiers et des projets scientifiques:

le Système d’informations botaniques de Genève

(SIBG). C’est notamment à partir du SIBG que

sont aujourd’hui extraites les informations proposées

aux internautes via les différentes bases

de données mises sur la « toile » à l’adresse sui-

vante: http://www.ville-ge.ch/cjb/bd.php.

Concernant plus particulièrement les lichens

de Suisse, une première base de données, dite

« locale » a été développée en vue de la publication

de l’ouvrage « Les champignons lichénisés de

Suisse » et de ses compléments (Clerc 2004, 2005,

2009). Avec le projet de « Catalogue électronique

des lichens de Suisse » (Clerc & Truong 2010)

et l’idée de développer dans le futur une « Flore

numérique des lichens de Suisse » (Clerc & Truong

2008), l’intégration de ces informations au SIBG

était incontournable. Compte tenu des spécificités

inhérentes à la lichénologie, le SIBG a donc dû être

adapté, notamment par l’introduction d’environ

25 nouvelles tables et l’importation de quelque

65 000 enregistrements (données taxonomiques,

chorologiques, écologiques et bibliographiques).

En parallèle, un outil spécifique de gestion de ces

informations a été développé.

Le catalogue électronique

des lichens de Suisse

La page d’entrée sur le site permet directement la

recherche d’une espèce au moyen d’une bande

déroulante à gauche. Six onglets permettent

Philippe Clerc Conservateur

Raoul Palese Conservateur

Recherche

d’accéder à la recherche, à un bref

historique de la lichénologie suisse,

aux informations nécessaires à la

consultation du catalogue, à l’ensemble

de la littérature consultée, à divers

liens internets et aux remerciements.

Lorsqu’une espèce à été sélectionnée

dans la bande déroulante à gauche, les

informations la concernant apparaissent

alors dans la bande principale à

droite. Pour chacune des espèces, le

catalogue fournit des informations sur

sa synonymie, son écologie (substrat),

sa distribution altitudinale (étages de

végétation), sa répartition en Suisse,

que cela soit au niveau cantonal ou

au niveau des régions naturelles, ainsi que la liste

des publications sur lesquelles se base sa mention

pour la Suisse. Le « Catalogue électronique des

lichens de Suisse » (Clerc & Truong 2010) a été

lancé sur le web en février 2010. Il est consultable

à l’adresse suivante : http://www.ville-ge.ch/

musinfo/bd/cjb/cataloguelichen et contient exactement

1770 espèces validées pour la Suisse.

perspectives

Ce catalogue électronique est un premier pas dans

le développement aux CJB et sur la toile d’une

« Flore numérique des lichens de Suisse ». L’année

2011 devrait voir l’ouverture d’un site web contenant

les premiers genres traités de la « Flore numérique

des lichens de Suisse ».

Bibliographie

Clerc, P. (2004). Les champignons lichénisés de Suisse. Catalogue

bibliographique complété par des données sur la distribution

et l’écologie des espèces. Cryptogamica Helvetica 19: 1-320.

Clerc, P. (2005). Premier complément au Catalogue des lichens

de Suisse. Meylania 31: 8-12.

Clerc, P. (2009). Deuxième complément au Catalogue des lichens

de Suisse. Meylania 42: 7-14.

Clerc, P. & C. Truong (2008). Une flore du 21e siècle: la flore

numérique des lichens de Suisse. Feuille Verte 39:14-15.

Clerc, P. & C. Truong (2010). Catalogue des lichens de Suisse.

http://www.ville-ge.ch/musinfo/bd/cjb/cataloguelichen

[Version 1.0, 01.03.2010].

La FEUILLE VERTE – JOURNaL dES cONSERVaTOIRE ET JaRdIN bOTaNIqUES – N° 41 – décEmbRE 10 – pagE 9


Les cOdE-baRRES

génétiques chez les

plantes vasculaires

Sofia Caetano Post-doctorante

Yamama Naciri Chargée de Recherche

David Aeschimann Conservateur

Un pas en avant dans la documentation de la biodiversité

2010 a été déclarée «Année Internationale

de la Biodiversité» ce qui a également

permis de discuter de l’application

des nouvelles technologies moléculaires

à l’identification des espèces. Une

part importante de la biodiversité nous

est en effet encore inconnue et, aussi

surprenant que cela puisse paraître,

les scientifiques en savent parfois plus

sur les étoiles qui scintillent dans notre

galaxie que sur le nombre d’espèces

vivant sur notre planète. Dans un

contexte de perte rapide de biodiversité,

l’inventaire et la protection de ce qui

existe est une urgence absolue. L’analyse

du matériel héréditaire (l’ADN

contenu dans chaque cellule vivante)

a été proposée pour faciliter et accélérer

ces inventaires, souvent longs et parfois

lacunaires.

Depuis le début du XXI e siècle la communauté

scientifique cherche ainsi à se

doter d’un système de code-barres génétiques

qui permettraient d’identifier

chaque espèce. Un projet financé par le

Fonds National Suisse de la Recherche

Scientifique a débuté en 2008 aux CJB,

avec pour but de tester l’application

d’un tel système à plusieurs groupes

d’espèces végétales proches.

Les code-barres génétiques sont des

petits morceaux d’ADN, identiques

par leur fonction chez toutes les

plantes, mais dont la séquence diffère

à priori d’une espèce à l’autre.

L’utilisation de telles séquences

sur des spécimens non identifiés

et leur comparaison à une base de

données générale devraient idéale-

ment permettre d’identifier l’espèce

à laquelle appartient une feuille

d’arbre, un fragment mousse ou un

champignon.

Parmi les différents groupes de plantes

testées (saules rampants, érables,

adénostyles, chèvrefeuilles, gentianes,

véroniques et géraniums),

seuls les spécimens de chèvrefeuilles

ont été assignés sans ambiguïté à

leur espèce respective, grâce à l’utilisation

exclusive de code-barres

génétiques. Le système a cependant

montré des faiblesses lorsqu’il s’est

agit d’identifier des espèces apparues

récemment, comme c’est le cas des

saules rampants, de certaines gentianes

ou des adénostyles. Du fait de

leur divergence récente, ces espèces

partagent certaines copies des frag-

Les code-barres

génétiques sont des

petits morceaux d’ADN

ments d’ADN qui servent de codebarres,

ce qui rend l’assignation des

échantillons à leur espèce parfois

problématique. De la même façon,

les code-barres génétiques n’ont pu

aboutir à des résolutions satisfaisantes

en cas de croisements entre espèces

proches, comme cela a pu être

mis en évidence chez les érables, les

véroniques et les géraniums. Ce phénomène,

appelé aussi hybridation,

est très commun chez les plantes. Il

entraîne, même lorsque les évènements

d’hybridation sont anciens,

le partage de certaines séquences

Impossible avec les code-barres génétiques actuels de faire la différence

entre l’adénostyles à feuilles blanches (a) et l’adénostyle à feuilles

d’alliaire (b) pourtant facilement distinguables morphologiquement.

d’ADN, ce qui nuit clairement à

l’identification correcte des espèces

sur la base unique de code-barres

génétiques. Un consensus vient tout

juste d’être trouvé sur le type de

fragments d’ADN à utiliser comme

code-barres génétiques. Celui-ci n’est

cependant pas toujours satisfaisant.

La performance des code-barres

actuels, en tant que système d’identification

des espèces, est en effet fortement

influencée par la façon dont les

groupes végétaux se sont diversifiés

au cours de l’évolution.

Biodiversité signifie diversité de

la vie. Or, cette diversité peut être

décrite à différents niveaux, selon

que l’on s’intéresse à la diversité

des écosystèmes, à celle des espèces,

ou à celle des gènes. L’utilisation

de code-barres génétiques permet

d’ores et déjà de répertorier la diversité

génétique du monde végétal.

Leur utilisation comme marqueurs

d’espèce n’est cependant pas pleinement

satisfaisante chez les plantes

vasculaires, et des recherches

intégrant taxonomie et génétique

évolutive sont nécessaires. La reconnaissance

morphologique, basée sur

les études de taxonomie et de systématique

classiques, est encore une

nécessité incontournable.

pagE 10 – N° 41 – décEmbRE 10 – La FEUILLE VERTE – JOURNaL dES cONSERVaTOIRE ET JaRdIN bOTaNIqUES

a

b


Extension des

HERbIERS

Département des constructions et de l’aménagement de la Ville de Genève

La molasse du chantier servira à

rénover les édifices anciens

Genève, la molasse locale, dite du

lac, est difficile d’accès et les collectivités

publiques doivent régulièrement

importer du grès de Suisse et d’Europe

pour rénover des édifices anciens. Les

façades retouchées intègrent donc plusieurs

qualités de pierres et trahissent parfois des

différences chromatiques. Mais l’ouverture

d’un chantier aux Conservatoire et Jardin

botaniques (CJB) de la Ville de Genève, en

vue de la création d’un nouvel herbier et de

trois pavillons d’accueil, a offert à la municipalité

une opportunité : celle de disposer à

nouveau de ce matériau typique de la région,

qu’on retrouve sur maintes façades prestigieuses

de Genève, comme par exemple à la

rue des Granges.

L’herbier, de trois étages, sera doté d’un « puits »

de lumière pour le confort des usagers. Environ

18 000 mètres linéaires de rayonnages

accueilleront les collections du prestigieux

institut de botanique, qui compte plus de 6

millions d’échantillons de plantes. La situation

en profondeur de l’édifice offrira d’excellentes

Actuellement, il n’existe plus

de carrière de molasse à genève

conditions climatiques de conservation, répondant

ainsi aux exigences fédérales de protection

des biens culturels en cas de conflit ou de

catastrophe. L’Office fédéral idoine chargé de la

protection des biens culturels apporte d’ailleurs

son appui financier à cette opération.

Travaux

La découverte d’une molasse de

bonne qualité

En 2008, ce sont des sondages géologiques

réalisés en vue des travaux aux CJB qui ont

mis en évidence la présence de grés – molasse

du lac – à partir d’environ 6 mètres de profondeur,

là même où se tiendra le 3 e sous-sol

de l’herbier des CJB. Entre 500 et 700 m 3 de

molasse devraient être extraits. Cette pierre,

malléable mais fragile, veinée de rouge et de

vert, permettra des travaux de rénovation sur

des bâtiments anciens en propriété publique

ou privée.

La décision d’exploiter la molasse du lac a

nécessité des travaux d’analyse pour confirmer

la qualité du grès. Celui-ci se situe sur un banc

La FEUILLE VERTE – JOURNaL dES cONSERVaTOIRE ET JaRdIN bOTaNIqUES – N° 41 – décEmbRE 10 – pagE 11


de molasse situé non loin des anciennes carrières

de molasses exploitées jusqu’à la moitié

du 19 e siècle, lorsque, de façon saisonnière, le

niveau du lac était suffisamment bas. La Ville

de Genève a mandaté un géologue qui a fait

Cette opération permet de

récupérer une matière naturelle

et précieuse

pratiquer des essais au laboratoire des matériaux

pierreux de l’EPFL. Le rapport a relevé

de bonnes qualités de la pierre, en dureté,

textures et teintes d’aspect gris verdâtre à liede-vin.

Il a ramené le volume exploitable de

molasse de qualité entre 300 et 700 m 3 , contre

les 1500 m 3 envisagés initialement.

Actuellement, il n’existe plus de carrière de

molasse à Genève. Les pierres de remplacement

proviennent de carrières situées dans les

cantons de Berne et Fribourg, ainsi que d’Allemagne

et de France. Il en résulte, comme

on peut le voir parfois, des façades donnant

parfois un aspect de « patchwork ».

La Ville de genève se réserve une

partie de la molasse

Comment fallait-il aborder l’exploitation de

ce grand gisement ? Après vérification auprès

d’autres cantons, la Ville de Genève a choisi de

confier ce travail à trois entreprises. Les frais

de découpage, d’excavation et de transport

de la pierre sont à leur charge. En retour, les

entrepreneurs achètent le droit d’exploiter la

molasse. Quant à la municipalité, elle pourra

recourir aux services des carriers pour des

ouvrages de rénovation. Un accord prévoit

une extraction de 300 m 3 nets, avec un « droit

d’exploiter » payé à la Ville de Genève selon le

cubage réellement extrait, ainsi qu’une réser-

Conférence de presse du mercredi 7 juillet 2010

vation de 25 m 3 de molasse pour la Ville de

Genève, pendant 10 ans, pour un prix de fourniture

fixe et préférentiel. Une quantité qui

devrait suffire aux besoins en molasse pour

cette même période.

L’investissement financier de la Ville de Genève

pour extraire la totalité de la pierre et en assurer

elle-même le stockage durant au moins 15 ans

– au vu des quantités – aurait coûté plus de 1,2

million de francs. La protection de la molasse est

en effet obligatoire, s’agissant d’un matériau qui

subit facilement l’érosion. Par ailleurs, la Ville de

Genève n’est pas équipée pour assumer des opérations

commerciales de vente de pierre. Enfin,

cette opération permet de récupérer une matière

naturelle utile et précieuse, au lieu de la détruire

et l’évacuer par camion dans des décharges.

Embellir les façades des maisons

prestigieuses du 18 e siècle

Historiquement, la molasse – cette pierre de

sable – était recueillie dans des carrières

lacustres sur la rive droite de Genève, aux

alentours de Pregny. Cette pierre malléable

servait à réaliser les parties les plus fines

des bâtiments et notamment les chaînages

d’angle (renforcement destiné à consolider

un angle) et les cadres de portes et de fenê-

tres. Des galets et du mortier composaient le

reste des édifices. On retrouve de la molasse

du lac, notamment sur la face de la maison

Tavel. Au 18 e siècle, la couleur de cette

pierre tendre est très appréciée. Nombre de

maisons genevoises patriciennes sont parées

de ce matériau qu’on passe au rabot. C’est le

Nombre de maisons patriciennes

genevoises sont parées

de ce matériau

cas du Château de l’Impératrice Joséphine :

une propriété de la Ville de Genève, actuellement

en cours de rénovation. Citons encore

la cathédrale, l’Hôtel de Ville, le Palais

Wilson, la Villa La Concorde et les magnifiques

immeubles de la rue des Granges, côté

place Neuve.

A Genève, l’arrivée du train, au milieu du 19 e

siècle, a marqué le début de la fin de l’utilisation

de la molasse. Les bâtiments sont

élevés avec des pierres plus solides, qu’on

importe notamment du Salève, du Jura et

de Bourgogne. Ce chantier représente donc

une opportunité unique de réparer nos bâtiments

avec une pierre locale très semblable

à celle d’origine.

pagE 12 – N° 41 – décEmbRE 10 – La FEUILLE VERTE – JOURNaL dES cONSERVaTOIRE ET JaRdIN bOTaNIqUES


Le caTaLOgUE collectif

des œuvres de LINNé

Les CJB ont accueilli, les 30 septembre et 1 er octobre 2010,

la 15 e réunion des partenaires du projet Linnaeus Link

Patrick Perret Conservateur

Pierre Boillat Bibliothécaire principal

arl Linnaeus (Carl

von Linné, 1707-1778)

est l’une des grandes

figures scientifiques du 18 e siècle.

Ses travaux ont marqué l’histoire

des sciences et leur influence reste

encore essentielle.

Englobant en particulier la totalité

des êtres vivants connus de son

temps, son œuvre reste un modèle

pour les études de la biodiversité.

De plus, c’est à lui que l’on doit

la nomenclature botanique binominale

utilisée universellement

aujourd’hui (la paquerette : Bellis

perennis L., nom de genre Bellis,

épithête d’espèce perennis, rappel

abrégé du créateur du nom L. pour

Linné).

Le succès de Linné est passé par la

dissémination des ses nombreux écrits

qui se retrouvent jusque dans les plus

obscures bibliothèques. En 1996 un

groupe de spécialistes anglais a posé

les bases du projet Linnaeus Link

avec deux objectifs. Le premier se

propose de recenser tous les ouvrages

Son œuvre reste un

modèle pour les études

de la biodiversité

de Linné et de fournir un traitement

bibliographique standardisé accessible

à travers l’internet. Le second envisage

de digitaliser tout ce corpus en y associant

l’ensemble de ses manuscripts et

sa volumineuse correspondance. Un

Les participants à la 15 e réunion du Linnaeus Link Project devant la Console

catalogue collectif en ligne, le Linnaeus

Link Union Catalogue, a été tout

spécialement créé.

Depuis 1999, le projet se développe en

associant chaque année de nouvelles

institutions. Les Conservatoire et Jardin

botaniques sont la première institution

suisse à rejoindre le projet en

2008. Aujourd’hui, 14 institutions sont

partenaires : Botanischer Garten und

Botanisches Museum Berlin-Dahlem,

British Library (London), Conservatoire

et Jardin Botaniques de la Ville

de Genève, Hunt Institute for Botanical

Documentation (Pittsburgh), Det

Kongelige Bibliotek, Nationalbibliotek

og Københavns universitetsbibliotek,

Kungl. Vetenskapsakademien (Stockholm),

Linnean Society of London,

conservatoire

Natural History Museum (London),

New York Botanical Garden, Real

Jardín Botánico (Madrid), Royal

Botanic Gardens (Kew), Stockholms

universitetsbibliotek, Svenska Linnésällskapet

(Uppsala), Uppsala universitetsbibliotek.

Après avoir saisi dans notre catalogue

informatisé nos 635 références linnéennes,

nous nous apprêtons à les

transférer dans le catalogue collectif

et à les voir apparaître en ligne courant

2011.

Cette magnifique vitrine valorisera

notre fonds linnéen. Les chercheurs

pourront dès lors prendre plus facilement

connaissance de notre richesse

documentaire.

La FEUILLE VERTE – JOURNaL dES cONSERVaTOIRE ET JaRdIN bOTaNIqUES – N° 41 – décEmbRE 10 – pagE 13


La LITTORELLE

à une fleur

Conservation d’une espèce appartenant à

un milieu très menacé en Suisse

a littorelle (Littorella uniflora (L.)

Asch.) est une espèce peu spectaculaire,

autrefois répandue sur les

rives des lacs suisses (fig. 1). Il s’agit d’une

relicte glaciaire distribuée en Europe occidentale

de l’Islande à la Méditerranée (Corse,

Sardaigne). On la trouve sur les rivages couverts

de végétation submergés durant 5 à 21

semaines par an. Elle y forme des gazons denses

sur les grèves exondées, dans les crevasses

de rochers littoraux, parfois dans les roselières

lâches ou le long des eaux courantes.

La littorelle a donné son nom à un groupe

d’associations végétales, appelé couramment

les «gazons littoraux». Ceux-ci sont devenus

extrêmement rares et menacés en Suisse.

Historiquement, leur déclin a débuté avec la

régulation du niveau d’eau des lacs, à l’exception

notable du lac de Constance qui recèle les

derniers peuplements d’importance (fig. 2).

D’autres facteurs contribuent à leur disparition

: d’une part l’eutrophisation, qui permet

à des espèces très concurrentes de s’installer,

d’autre part le développement intense des

constructions et des activités de loisir, qui

détruisent le milieu.

Malgré la régulation du niveau des eaux, la

littorelle était encore assez fréquente le long

des rives du Léman dans les années 50 (fig. 3).

Les gazons littoraux étaient cependant déjà

très appauvris à cette époque, comme l’explique

Mme Claude Weber en 1956. Les mieux

conservés se trouvaient alors aux Dunes de

Sciex, en France voisine.

Réputée disparue depuis ces observations, la

littorelle a réapparu au bord du Léman en 1992

avec la découverte, par M. Farille, botaniste

français, d’une station exondée jusqu’alors

Catherine Lambelet Conservatrice

Yamama Naciri Chargée de Recherche

inconnue près de Messery (fig. 4). En 1992,

la localité de Messery comprenait un gazon

très dense, comptant des dizaines de milliers

d’individus. Or, la population, qui a été observée

chaque année depuis 1999 à la fin de la

période émergée, a diminué très fortement

depuis cette date pour n’être plus constituée

que de 35 rosettes en 2004.

Pour comprendre les causes exactes de ce

déclin rapide et tenter de prévenir la disparition

totale de cette unique localité, les CJB ont

patronné un travail de diplôme mené à l’Université

de Genève. Quelques dizaines de rosettes

ont en outre été prélevées sur place, mises

en culture ex situ aux CJB et multipliées.

Les résultats du travail de diplôme ont permis

de dégager les causes principales de la

régression, soit la concurrence exercée par la

population des roseaux qui s’était peu à peu

installée sur le site et l’ombrage des arbres

de la rive. Il apparaît en outre que le régime

hydrique n’a cessé de se dégrader au cours des

ans. Depuis 1974, l’amplitude du battement

des eaux, les hauteurs maximales atteintes et

la durée de la période d’émersion ont diminué

régulièrement. Ceci a peu à peu réduit

la surface favorable disponible à une bande

altitudinale toujours plus étroite (1,6 m). Il a

aussi été constaté que la reproduction de la

population était limitée à son volet végétatif,

aucune inflorescence n’ayant été notée durant

les cinq années d’observation.

La structure génétique de la population restante

a été comparée avec celles de trois

populations plus fournies d’un lac non régulé,

celui de Constance, et à celle d’une population

du lac de Zurich. Les résultats sont intéressants

car ils démontrent que la population de

pagE 14 – N° 41 – décEmbRE 10 – La FEUILLE VERTE – JOURNaL dES cONSERVaTOIRE ET JaRdIN bOTaNIqUES

Fig. 1

Fig. 2


Fig. 3

Fig. 4

conservation

La FEUILLE VERTE – JOURNaL dES cONSERVaTOIRE ET JaRdIN bOTaNIqUES – N° 41 – décEmbRE 10 – pagE 15


Messery présente encore de la diversité génétique,

ceci malgré une chute démographique

sévère. Cette diversité se situe dans la fourchette

de celle des autres populations étudiées.

Une conclusion importante est aussi

qu’à ce stade de régression et d’isolation des

populations en Suisse et dans les régions

limitrophes, toutes les populations relictuelles

doivent être conservées et faire l’objet de

mesures de protection.

Avec le soutien de la Commission suisse pour

la conservation des plantes sauvages et dans

le cadre d’un projet Interreg3 transfrontalier,

un plan d’action a pu être mis en place. Ses

objectifs sont de :

• Compléter les données sur la situation de

l’espèce dans la région genevoise

• Poursuivre la surveillance de la population

et de l’habitat

• Préserver le dernier site connu

• Pratiquer une gestion du milieu propice à

la littorelle

• Restaurer la population de la littorelle

dans son état le plus favorable

• Identifier les sites potentiels et recréer des

habitats favorables.

L’année 2010 a vu le quasi-achèvement des cinq

premières étapes. Un renforcement de la population

a eu lieu avec la réintroduction en 2004

et en 2008 des plantes multipliées au jardin

botanique, soit le transfert de 1560 rosettes.

Ces rosettes ont été plantées régulièrement

sur l’emplacement des anciennes populations

et à leur pourtour pour

tester si une autre partie

de la localité était

adaptée aux exigences

de l’espèce. Une gestion

appropriée de la

station a permis d’assurer

le succès de ce

renforcement (fig. 5).

Elle comprend une

fauche annuelle juste

avant la montée des

eaux fin avril ainsi que

l’élagage des arbres

riverains en cas de

nécessité. La matière

fauchée est ramassée

et exportée hors du

site. Chaque année la

masse exportée diminue,

ce qui traduit

l’affaiblissement progressif

des phragmites.

Depuis la mise en place en 2006 de ces mesures

de gestion, les effectifs des populations

ont augmenté de manière très rapide sur la

station originelle (fig. 6). L’effectif du premier

renforcement est passé de 410 rosettes à plus

de 13500 en cinq ans (x 33), l’effectif du

second de 840 à plus de 13300 en deux ans

(x 16). Les effectifs ont démarré lentement

avant la mise en place de la gestion du site,

puis ils ont très rapidement augmenté. Conjuguée

à des années favorables climatiquement,

cette gestion a permis la formation du

«gazon» typique entre les plantations (fig. 7).

Les stolons de la littorelle permettent en effet

la colonisation rapide des espaces libres entre

les pots mis en place lorsque les conditions

le permettent. Une fois le «gazon» reformé, la

progression est par contre plus lente, car les

rosettes se concurrencent. Les essais entrepris

autour de la station d’origine, avec une altitude

légèrement inférieure, donc une remontée des

eaux plus rapide au printemps, ont cependant

toutes fini par échouer. Ceci a aussi été le cas

pour un essai de réintroduction à la Pointe-àla-Bise,

sur le territoire genevois.

Les effectifs actuels atteignent à Messery

des valeurs très élevées mais ne représentent

toutefois qu’environ 10 m 2 de surface

occupée (fig. 8). Peu à peu, les placettes

s’agrandissent et pourront dans les conditions

actuelles recoloniser à terme toute

la surface favorable. La diminution de la

concurrence a permis en outre à la littorelle

de refleurir, ce qui n’avait plus été constaté

depuis neuf ans.

pagE 16 – N° 41 – décEmbRE 10 – La FEUILLE VERTE – JOURNaL dES cONSERVaTOIRE ET JaRdIN bOTaNIqUES

Fig. 5

Fig. 6

R: renforcement de la population

G: introduction de mesures de gestion

Partie blanche: non comptabilisé


Fig. 7 De haut en bas: 25 mars 2004

25 avril 2006

25 avril 2008

Concernant les aspects de conservation ex

situ et in situ de cette espèce, les conclusions

suivantes peuvent être relevées :



La multiplication végétative s’est révélée praticable

en culture ex situ et la tolérance au

substrat de culture est élevée. Le taux de multiplication

est conséquent (33 fois le stock

initial en 3 ans). La multiplication par graines

est plus difficile et doit encore être tentée

La réintroduction de plantes cultivées est

possible au printemps et peut se faire assez

facilement à partir de pots. Si les conditions



Fig. 8

sont bonnes, les populations réintroduites

s’étendent rapidement pour former le gazon

typique d’une littorellaie après 2 ans déjà

(30-50 cm entre les pots)

Une gestion adaptée permet de conserver la

littorelle même au sein d’une phragmitaie

(fauche, exportation). La préservation des

derniers biotopes appropriés le long des

rives lacustres constitue une priorité

Autour du lac Léman subsiste une ceinture

altitudinale restreinte où la préservation

de populations de littorelle et d’espèces des

conservation

gazons littoraux est possible. Ces populations

restent cependant exposées à des

destructions et des extinctions subites

• Les rives doivent être prospectées à la

recherche de populations immergées

et de sites appropriés pour des réintroductions,

notamment à Genève

certains projets à l’étude pourraient

permettre à un milieu favorable d’être

reconstitué.

Les actions entreprises pour la sauvegarde

d’espèces menacées n’aboutissent pas

toujours. Dans ce cas, il est réjouissant de

constater que des mesures appropriées

de gestion et de renforcement de la population

ont permis une renaissance rapide

de la localité. Les résultats montrent que

les populations d’espèces très menacées

nécessitent des suivis et une gestion régulière

pour assurer un succès à long terme.

La préservation des populations en conditions

ex situ est également essentielle, les

phénomènes stochastiques auxquels elles

sont soumises pouvant entraîner une disparition

très rapide.

REmERCIEmENTS

Ce projet a vu le jour grâce à la collaboration de nombreux organismes

et de nombreuses personnes. La Commission suisse pour

la conservation des plantes sauvages (CPS-SKEW) et Interreg III

ont soutenu financièrement ce projet. Nous remercions particulièrement

Jan Krause, qui a mené avec beaucoup de compétence son

travail de diplôme sur le sujet, et Tobias Richter, qui a participé

durant son stage pratique à l’analyse des données génétiques. Parmi

les institutions concernées, de nombreuses personnes ont collaboré

au succès de cette entreprise : chez ASTERS à Annecy Bernard Bal,

Aurélie Boissezon, Pascal Erba, Denis Jordan, Dominique Lopez-

Pinot, Antoire Rouiller, Audrey Wlodarczyk, au DGNP à Genève

Bertrand von Arx, à Ecotec Sébastien Beuchat, à Pro Natura Genève

Patrick Charlier, Sébastien Miazza, Frédéric Reverchon et Michel

Vauthey, aux CJBG Fadil Avdija, Frédéric Biéri, Daniel Levantal,

Vincent Herpailler, Cédric Fawer, Robert Braito, Florian Mombrial,

Jérôme Porchet et plusieurs stagiaires, ainsi que des collaborateurs

bénévoles, Gabrielle Barriera, Alain Demierre, André Schlüssel et

Christian Schneider.

La FEUILLE VERTE – JOURNaL dES cONSERVaTOIRE ET JaRdIN bOTaNIqUES – N° 41 – décEmbRE 10 – pagE 17


caRTOgRapHIE

des milieux naturels

Le Système d’Information du patrimoine Vert s’investit

durablement dans la connaissance et la conservation

des espaces naturels du bassin genevois

’année 2010 a été placée

sous le signe de la

biodiversité avec notamment

la mise en place de nombreuses

manifestations à travers le monde.

Néanmoins, dans notre vision des

choses, la conservation de la biodiversité

ne doit pas se limiter à des actions

ponctuelles de communication, mais

être une démarche soutenue qui

s’inscrit dans la durée. Ainsi le Système

d’Information du Patrimoine

Vert (SIPV - http://www.ville-ge.ch/

cjb/sipv/) s’est engagé depuis plusieurs

années à construire un véritable

atlas géographique de l’ensemble

des connaissances existantes sur la

biodiversité végétale de notre canton

et des régions limitrophes. Dans cette

optique, le SIPV se construit progressivement

autour de quatre grandes

thématiques qui sont : les arbres isolés,

la flore sauvage, les espaces verts

et les milieux naturels.

Dans le cadre des actions entreprises

sur les milieux naturels, le projet SIPV

ne se limite pas au regroupement et

à la diffusion de la connaissance,

mais il participe directement à son

acquisition et sa production. Cette

volonté est née du constat que, pour

entreprendre des politiques de conservation

des milieux naturels qui soient

viables à long terme, il est nécessaire

d’être au plus près des mutations du

territoire. En effet, les changements

dans le paysage du bassin genevois

sont particulièrement rapides et marqués

sous l’effet d’une forte pression

anthropique. Une étude menée par la

Communauté d’Etudes

de l’Aménagement du

Territoire (CEAT) relève

que l’agglomération

franco-valdo-genevoise

(l’aire d’influence de

Genève) est en Europe de

l’Ouest et en Suisse l’agglomération

qui présente

la plus forte croissance

démographique. Avec

actuellement 850000

habitants, dont 470000

pour le seul canton de

Genève, notre agglomération

dépassera le million

d’habitants dans les

vingt années à venir.

Cet afflux démographique entraîne

inévitablement un morcellement

et une réduction importante des

milieux naturels. Pour relever le défi

d’un aménagement du territoire qui

réponde aux attentes des administrés

(logement, mobilité, dynamisme

économique, cadre de vie, etc.), tout

en préservant et favorisant la qualité

de l’environnement (biodiversité des

espèces et des milieux, réduction des

pollutions, changements climatiques,

etc.), il est donc fondamental

de disposer d’un référentiel cartographique

précis et actuel. Pour information,

la dernière cartographie de

la végétation du bassin genevois date

de 1973 et celle du canton de Genève

(basée sur des observations réalisées

entre 1985 et 1995) date de 2000.

Pour organiser efficacement les politiques

de conservation des milieux

Pascal Martin Adjoint scientifique

Nicolas Wyler Conservateur

Raoul Palese Conservateur

Cartographie de la zone Vuache-Sion-Laire; en encart la situation au niveau

de l’agglomération franco-valdo-genevoise

naturels, l’ensemble des acteurs doit

disposer de données beaucoup plus

récentes.

Les Conservatoire et Jardins botaniques

de la Ville de Genève (CJB),

associés au projet d’agglomération

franco-valdo-genevois (www.projetagglo.org),

au PNUE-GRID, à l’Université

de Genève, la Direction Générale

de l’Aménagement du Territoire

(DGAT), à la Direction Générale de

la Nature et du Paysage (DGNP),

ainsi qu’à de nombreuses associations

Françaises et Genevoises (Pro

Natura, FRAPNA Haute-Savoie et Ain,

Apollon74, Asters, etc.), ont réalisé

entre 2009 et 2010 une cartographie

des milieux naturels d’une région

prioritaire de l’agglomération genevoise.

Cette région, appelée Vuache-

Sion-Laire (voir figure 1), est com-

prise dans les départements de l’Ain,

de la Haute-Savoie et du canton de

Genève. Elle s’étend sur une surface

de 113 km 2 , soit à titre de comparaison,

presque la moitié du canton de

Genève. Cette zone est particulièrement

riche en milieux naturels

avec des sites très réputés tels que les

marais de l’Etournel, les pinèdes des

teppes de la Repentance et des Raclerets,

le Vallon de la Laire et bien sûr

le massif du Vuache. Les nombreux

milieux naturels qui composent cette

région du bassin genevois abritent

une faune et une flore particulièrement

riches dont une partie des

espèces sont actuellement menacées

d’extinction.

Pour produire des données précises

et actuelles, les CJB, l’Université de

Genève et le PNUE-GRID ont déve-

pagE 18 – N° 41 – décEmbRE 10 – La FEUILLE VERTE – JOURNaL dES cONSERVaTOIRE ET JaRdIN bOTaNIqUES


Paysage agricole avec cordon forestier, commune d’Avusy conservation

loppé une méthode de cartographie

novatrice à partir d’images satellites

et/ou de photographies aériennes.

Un des objectif de cette méthode

est de pouvoir rapidement mettre

à jour ces données cartographiques

dès que de nouvelles source de

données (images satellite ou photographies

aériennes) sont disponibles,

soit environ tous les quatre

ans, afin d’être au plus proche de la

réalité du territoire. La démarche se

décompose en six grandes étapes :

Prairie de fauche (Arrhenatherion) typique

de la région genevoise

1) Synthèse des données environnementales

et cartographiques

existantes.

2) Découpage automatique de

la zone à cartographier en objets

semblables d’après les informations

des images source. On attribuera

à ces objets les différents

milieux naturels.

3) Complément d’inventaire de terrain

pour les zones avec peu de données

cartographiques préexistantes.

4) Modélisation statistique des mi-

lieux naturels d’après les connaissances

regroupées et prédiction sur l’en-

semble des objets découpés à l’étape 2.

5) Attribution à tous les objets

découpés d’un milieu naturel le

plus vraisemblable par un système

expert (résultats des prédictions,

connaissa nce

des milieux,

proximité à des

milieux connus,

etc.).

6) Validation

de terrain, affinage

du système

expert et corrections

finales.

Grâce à cette

méthode, une

surface de 113

km 2 a été cartographiée

au 10000 e en moins de huit

mois de travail. Un travail de cartographie

de terrain classique aurait

nécessité beaucoup plus de temps

pour arriver au même résultat. Nous

avons ainsi pu identifier 34 classes

d’occupation du sol dont 25 catégories

de milieux naturels différents

répartis en près de 9000 objets sur le

terrain. Pour la zone Vuache-Sion-

Laire, 10% du territoire est occupé

par le bâti, les infrastructures et la

végétation urbaine, 48% par l’agriculture

et 42% par les milieux naturels.

Au sein de ces milieux naturels,

les zones forestières dominent

largement avec 87% des surfaces

naturelles (forêts du Vuache, forêts

de Collogny, les Grands Bois, le bois

des Ouilles, Mont de Sion, Vallon de

la Laire...). Un résultat à souligner

est la très bonne cartographie des

cordons forestiers et des haies hautes

qui découpent les étendues agricoles

(voir en particulier la partie

sud de la carte de la figure 1). Ces

milieux sont en effet primordiaux

pour la survie de nombreuses espèces

d’oiseaux et de rongeurs et participent

au maintien de la biodiversité

locale. Ils assurent en outre une

continuité paysagère et compensent

en partie la fragmentation.

Parmi les 25 milieux naturels cartographiés,

14 sont considérés comme

prioritaires dans les politiques de

conservation à l’échelle suisse et

européenne. Ces milieux (roselières,

pelouses sèches, pinèdes, alluvions,

saulaies, prairies humides, parois calcaires,

etc.) représentent une surface

cumulée de 13 km 2 dans la zone cartographiée

soit plus de 12% du total et

28% de l’ensemble des milieux naturels.

Ce dernier chiffre montre l’intérêt

de cette région pour la conservation

des milieux menacés. Après cette

première mise en œuvre à grande

échelle, le projet SIPV a acquis une

expérience solide pour poursuivre

dans cette voie. La méthode développée

allie la connaissance des

milieux naturels, la qualité des

données source et les progrès technologiques

réalisés ces dernières

années. Plusieurs autres instituts

de cartographie de la végétation en

Europe s’inspirent de notre démarche

pour concevoir leurs projets.

Dès l’automne 2010, un projet de

cartographie précise de la végétation

du canton de Genève a été initié

en partenariat avec la DGNP. Cette

carte, réalisée à partir des photographies

aériennes de juin 2009, permettra

d’identifier plus rapidement

les sites les plus sensibles en vue de

leur conservation. Les possibilités de

mises à jour régulières de la cartographie,

tous les trois à quatre ans

par exemple, sont des atouts exceptionnels

pour optimiser les politiques

de gestion de l’environnement et

d’aménagement du territoire à long

terme (suivi, connexion des milieux

naturels, renaturation, etc.).

Les CJB, à travers le projet SIPV, se

positionnent dorénavant en portedrapeau

de la connaissance et de

l’aide à la conservation des milieux

naturels dans le bassin genevois.

Une véritable dynamique de groupe

entre les pouvoirs politiques, les

universitaires et les mouvements

associatifs est désormais en marche

pour maintenir la qualité de notre

environnement.

La FEUILLE VERTE – JOURNaL dES cONSERVaTOIRE ET JaRdIN bOTaNIqUES – N° 41 – décEmbRE 10 – pagE 19


Le Jardin botanique :

un moyen d’enseignement

Le Jardin botanique est un outil reconnu de sensibilisation

au monde végétal. pour les enseignants, c’est aussi

un moyen de pratiquer l’éducation à l’environnement

aux portes de la ville

ls sont nombreux à venir

pour des sorties de classes

et des courses d’école.

Alors, pour bon nombre d’écoliers

c’est la découverte de plantes de toutes

sortes ! Mais, il est souhaitable d’aller

au-dede la sortie d’agrément et de

découverte, pour passer à l’acquisition

de connaissances et à la sensibilisation

culturelle. Alors, comment

faire ? Que proposer aux élèves pour

qu’ils regardent, observent, et apprennent.

Comment attirer leur regard ?

Comment les mener de la découverte

d’une plante à d’autres questionnements

: son importance dans notre

alimentation ou son rôle dans l’écologie,

par exemple ? Autant de questions

que se posent les enseignants.

En effet, l’utilisation des collections

vivantes du Jardin botanique pour

l’enseignement peut sembler simple

au premier abord, mais elle requiert

toutefois une certaine préparation et

quelques éléments de méthode. C’est

pourquoi les enseignants sont également

nombreux à solliciter une visite

guidée, un atelier, une animation ou

une aide pour préparer leur visite.

Ils ne se sentent pas toujours prêts

à mener ces activités eux-mêmes.

Pour les aider à s’y préparer, et leur

faciliter un accès direct et autonome

à l’utilisation du Jardin botanique

comme moyen d’enseignement, nous

proposons chaque année quelques

journées ou demi-journées de formation

continue.

Magali Stitelmann

Médiatrice scientifique

Au programme 2010-2011, notre

collaboration avec le Département

de l’Instruction Publique (DIP)

pour la formation continue des

enseignants comprend les cours suivants

: un cours de sensibilisation à

l’apiculture à l’attention des enseignants

du Cycle d’orientation ; un

module inter-musée (avec le musée

de l’Ariana) à l’attention des maîtres

spécialistes d’arts visuels (http://icp.

ge.ch/dip/fc/); et un cours de sensibilisation

à la botanique autour

du thème de la plante symbole des

Alpes, l’edelweiss.

Ces actions contribuent à la mission

de transmission des savoirs de nos

Conservatoire et Jardin botaniques.

Elles visent également à continuer

de répondre à la demande du DIP.

Nous mettons une attention régulière

à les inscrire dans un processus

d’évaluation et de suivi. Il est capital

que ces cours permettent effectivement

aux enseignants d’atteindre

leurs objectifs. Nous serons ainsi

plus nombreux à pouvoir transmettre

des éléments importants sur

la diversité végétale, l’importance

de sa conservation et l’ampleur de

son utilité pour la société moderne.

Les collections vivantes du Jardin

botanique, de ses herbiers et de sa

bibliothèque représente un patrimoine

inestimable que les écoliers

genevois peuvent ainsi découvrir et

apprendre à apprécier.

pagE 20 – N° 41 – décEmbRE 10 – La FEUILLE VERTE – JOURNaL dES cONSERVaTOIRE ET JaRdIN bOTaNIqUES


des nouvelles du

mIcOcOULIER gOULU

Le jardin musical cultivé par le secteur horticole du

Jardin botanique durant quelques années a été

le terrain d’expérimentation pour ce stage novateur

l s’agissait d’une approche visant à

permettre de construire une relation

vivante face à la nature. Au fil de deux

journées d’ateliers au Jardin botanique, puis dans

la salle de rythmique de Geisendorf, divers moyens

d’expression sont proposés aux classes selon une

formule polyvalente qui favorise la multidisciplinarité

et la création de lien. Regards croisés : les

maîtres spécialistes interviennent dans les domaines

des arts visuels et de la musique/rythmique ;

les médiateurs du musée dans la création de lien

avec les collections du musée vivant qu’est le Jardin

botanique de la Ville de Genève.

Magali Stitelmann

Médiatrice scientifique

A partir des matériaux végétaux et des sensations

éveillées dans les espaces jardinés, les élèves élaborent

et construisent des connaissances par le

biais du mime et de la narration, de l’observation

et du dessin, du découpage, ainsi que du

monde des sons, de la musique, du mouvement

et de la danse.

Forts du succès rencontré, les intervenants ont

fait évoluer la formule de ce stage en s’appuyant

désormais sur les collections vivantes permanentes

du Jardin botanique. En effet, cellesci

offrent un grand potentiel d’inspiration et

PUBLICITé

Education

d’apprentissage, permettant de moduler très

largement, voire de s’adapter à la diversité des

conditions de chaque jour de stage ; pluie ou

soleil, joie ou mélancolie, toujours avec curiosité

et admiration pour la Nature et la place que

nous y occupons.

Dès la rentrée 2010, la nouvelle formule de ce stage

est proposée aux classes genevoises, sur inscription.

Informations : http://wwwedu.ge.ch/ep/art/,

http://www.ville-ge.ch/cjb/accueil_ecoles.php

La FEUILLE VERTE – JOURNaL dES cONSERVaTOIRE ET JaRdIN bOTaNIqUES – N° 41 – décEmbRE 10 – pagE 21


1 2

3 4

Rétrospective

1 Vernissage de

l’exposition

In Situ Ex Situ

co-produite

avec Pro Natura

Genève (6 mai)

2 Toutes les

excursions

In Situ Ex Situ

commençaient au

Jardin botanique et

faisaient appel à la

mobilité douce

3 Excursion en

bateau à la Pointe

à la Bise dans le

cadre de l’exposition

(5 septembre)

4 Atelier dans le

Centre nature de

Pro Natura Genève

(Excursion à la

Pointe à la Bise du

5 septembre)

5 L’exposition

commune In Situ

Ex Situ autour de

la biodiversité

régionale

(co-production

CJB - Pro Natura

Genève)

pagE 22 – N° 41 – décEmbRE 10 – La FEUILLE VERTE – JOURNaL dES cONSERVaTOIRE ET JaRdIN bOTaNIqUES

5


1

annuelle

1 La plus grande feuille du monde (palmier) reproduite par Cyrille

Châtelain pour la Nuit de la Science consacrée aux extrêmes et aux

limites (10 et 11 juin)

2 Forte affluence au stand commun, CJB-Pro Natura, de la Nuit de la

Science (10 et 11 juin)

3 Jo Fontaine (à droite), sculpteur, devant son œuvre terminée,

«Le Miroir du CIel», en partie façonnée par les écoles (juin)

4 Journée Swissaid sur les paysans du Sud aux CJB (mai)

5 Construction du nouveau Pavillon d’accueil des CJB à l’entrée

Place Albert-Thomas (printemps)

6 Visite guidée et atelier « signés» pour les enfants sourds et

malentendants de l’Ecole de Montbrillant (collab. UNI3, juin)

Fidèle à sa tradition, la Feuille Verte

vous présente une rétrospective

photographique des évènements

marquants de l’année écoulée

3 4

5 6

La FEUILLE VERTE – JOURNaL dES cONSERVaTOIRE ET JaRdIN bOTaNIqUES – N° 41 – décEmbRE 10 – pagE 23

2


cOOpéRaTION édUcaTIVE

des cJb avec le SUd

es Conservatoire et

Jardin botaniques de

la Ville de Genève sont

une institution de renommée internationale

et un musée vivant de la

cité genevoise. Comme la plupart des

jardins botaniques établis, ils se trouvent

dans l’hémisphère Nord, hors

de la ceinture de biodiversité tropicale

qui entoure la planète. Il n’y a

malheureusement pas de corrélation

entre la répartition géographique

des jardins botanique mondiaux et

les zones de biodiversité naturelle et

culturelle maximum.

Cette situation découle de l’histoire

des jardins botaniques et surtout de

la situation économique très défavorable

dans les pays qui abritent

les forêts tropicales, ces dernières

accueillant 80% de la biodiversité

mondiale.

Une des missions primordiales des

jardins botaniques en ce début de

XXI e siècle est d’essayer d’enrayer

la perte drastique de la biodiversité

végétale. Les objectifs fixés par la

Global Strategy for Plant Conservation

(GSPC) n’ont pu être atteints

pour cette Année internationale

Pierre-André Loizeau

Directeur des CJB et du programme

de coopération au Sud

Didier Roguet

Responsable scientifique

du programme de coopération au Sud

de la biodiversité (2010) et doivent

être repoussés au minimum d’une

dizaine d’années. Ce constat doit être

établi, malgré les sommes considérables

consacrées à la protection et

à la conservation des milieux et des

espèces. S’il semble que le nombre

global d’espèces vivant sur la Terre

ait été sous-estimé, nous continuons

à perdre de nombreuses espèces journellement,

en particulier en zone

intertropicale.

Une des missions des

jardins botaniques au XXI e

siècle est d’enrayer la

perte de la biodiversité

Alors que nos équipes de scientifiques

et de jardiniers-botanistes, à Genève

et comme dans beaucoup d’autres

institutions botaniques de recherches

dans le monde, travaillent à répertorier,

classer, conserver, multiplier

et cultiver ces espèces végétales, et

alors que nos éducateurs spécialisés,

nos rédacteurs et éditeurs-botanistes,

nos gestionnaire de base de données

informent, éduquent et publient

des pages consacrées à cet effort de

conservation, la perte des phytodiversités

naturelle et culturelle semble

néanmoins inexorable.

politique de coopération

des CJB

Modestement et depuis plus de 10 ans,

les CJB, à travers une politique coopérative

concertée d’ethnobotanique

appliquée et d’éducation environnementale

ciblée, tentent de proposer

pagE 24 – N° 41 – décEmbRE 10 – La FEUILLE VERTE – JOURNaL dES cONSERVaTOIRE ET JaRdIN bOTaNIqUES


des solutions pratiques au constat très

négatif décrit ci-dessus. Il s’agit de

micro-projets éducatifs, montés dans

nos zones tropicales de compéten-

Les CJB mettent en

œuvre des micro-projets

éducatifs basés sur

les critères du

développement durable

ces floristiques (Amérique du Sud et

Afrique principalement). Ces projets,

basés sur un développement durable,

doivent respecter des contingences et

certains pré-requis pour pouvoir être

mis en œuvre par nos soins :

des compétences floristiques de

notre institution dans le domaine

géographique concerné

• une demande in situ, émanant

d’une municipalité, d’un organisme

d’état ou du mouvement associatif

local

• une validation politique et

académique locale

• un financement, si possible

partagé avec une entité locale ou

complété par celle-ci, inférieur à

30 000.– (CHF) par année

• la création d’un centre

d’éducation à l’environnement

dans une structure végétalisée,

visitable par le public (si possible

visitée) et proche d’une ville

importante

• la création de jardins

ethnobotaniques, attenants à la

structure ci-dessus

• le contrôle et la validation

scientifiques par une autorité

académique locale compétente

ou/et par les CJB

• la maîtrise des échéances AAA

(Autodétermination, Autogestion,

Autonomisation) avec un agenda

clairement déterminé.

Ces projets sont appuyés financièrement,

par l’intermédiaire des

CJB, grâce au Fonds de solidarité de

la Ville de Genève et sont encouragés

à faire l’objet de financements

complémentaires locaux (municipalités

et universités locales,

mouvement associatif local, Croix

Rouge Suisse, etc.).

Les CJB ont développé des

projets de coopération

éducatives dans

différents pays

En Bolivie

Les Jardins ethnobotaniques du

«Kusillo» à la Paz, qui présentent,

de manière interactive et

muséographiée, les plantes utiles

et techniques de ce pays andin, en

relation avec l’artisanat concerné et

le commerce équitable. Cette expérience

éducative extraordinaire a

malheureusement été stoppée nette

dans son élan par des changements

politiques locaux.

Au Brésil

Le projet de Jardins communautaires

de plantes utilitaires de la Municipalité

de Sao Paulo en marge de la

Réserve naturelle de Api-Capivari-

Monos a subit un sort identique.

Les Jardins ethnobotaniques et vétérinaires

de l’Université de Patos, dans

l’état du Paraïba (Nord-est du Brésil)

sont eux florissants. Ils font partie

d’un projet que les CJB continuent à

soutenir et qui a pour objectif la mise

en valeur des savoirs traditionnels liés

aux plantes vétérinaires de la Caatinga

(formation végétale typique du

Nord-est brésilien). En plus des jardins,

un herbier et une bibliothèque,

montée par nos soins, soutiennent

l’action ethno-sociale de ce projet de

conservation et de réappropriation du

patrimoine phytovétérinaire local.

En Côte d’Ivoire

Un programme éducatif s’est développé

autour de la protection et de

la conservation de la forêt d’Adiopodoumé,

voisine du Centre suisse de

recherches scientifiques. Un manuel

éducatif de conservation botanique,

autogérée par les villageois habitants

autour de la forêt en question,

a été édité. Il est très populaire en

Côte d’Ivoire et a reçu des prix dans

ce pays francophone de l’Afrique de

l’ouest. Il est applicable à toute cette

zone côtière africaine.

Au Burkina-Faso

Dans la proche banlieue de Ouagadougou,

un appui logistique et

coopération

méthodologique a été fourni au

Centre éducatif du Parc de Bangr’

Weogoo qui reçoit journellement de

nombreuses classes pour une initiation

à l’éducation environnementale

(EE) en zone sahélienne.

A ces exemples s’ajoutent

nos deux projets pilotes,

en voici le développement

et les buts

Le projet AEPY à Asuncion

(Paraguay)

Ce projet, le plus ancien des CJB en

matière de coopération au Sud, est

basé sur l’utilisation traditionnelle

et généralisée des plantes médicinales

dans la culture populaire paraguayenne.

Que ce soit pour adoucir

et aromatiser le maté ou se soigner,

les officinales sont omniprésentes sur

Le paraguay est l’un

des pays au monde qui

a subi la plus forte

déforestation au monde

les marchés de ce pays d’Amérique du

Sud. Ce négoce fait vivre de nombreuses

familles de récolteurs, de paysans,

de vendeurs de rue et de marché.

De nombreux laboratoires ou officines

proposent ces plantes, plus ou

moins conditionnées, à l’exportation,

principalement en Argentine

et au Brésil. Le Paraguay est aussi

un des pays au monde qui a subi la

plus forte déforestation ces cinquante

dernières années, en grande partie

due au défrichement pour le bois, le

La FEUILLE VERTE – JOURNaL dES cONSERVaTOIRE ET JaRdIN bOTaNIqUES – N° 41 – décEmbRE 10 – pagE 25


charbonnage et à terme la plantation

de coton, de soja transgéniques et le

pâturage.

Une étude ethnobotanique menée

par l’un des soussignés en 1996 sur

les marchés d’Asuncion a permis de

démontré la richesse du patrimoine

phytomédicinal local : plus de 700

espèces utilisées dans le pays, dont le

70% cueillies régionalement. Cette

recherche ethnobotanique a permis

en parallèle de développer une approche

et une méthodologie d’ethnobotanique

appliquée à l’éducation environnementale

dans le cadre du Jardin

botanique d’Asuncion. Ce programme

fait l’objet d’une convention intermunicipale

entre les villes de Genève et

d’Asuncion. Il a débouché sur :

• la création d’un Jardin médicinal

abritant plus de 500 espèces et

variétés en collection, ce qui en

fait l’une des plus belles collections

officinales d’Amérique du Sud

• la publication de nombreux opus,

fiches pédagogiques, feuillets

thématiques, brochures et livres

• la proposition d’ateliers

thématiques, de visites, de cours et

de stages pour tous les publics

• l’éditions de vidéos, d’émissions

sur les télévisions et radios locales,

de suppléments thématiques dans

les quotidiens et d’exposition

régionales (4) et internationale

(« Cap au Sud », 2002, Genève)

• la création de collections

secondaires (Université nationale

d’Asuncion, Jardin Patino

d’Aregua, jardins communautaires

jardins paysans (5), etc.)

• la collaboration, parrainée par la

Croix Rouge Suisse (CRS), avec

29 associations paysannes, autour

de la mise en culture,

la domestication et la reforestation

avec des espèces médicinales

paraguayennes, y compris la

production d’un manuel de

production intégrée

• la création de Campotech, à la

demande des associations

paysannes et toujours en

collaboration avec la CRS.

Il s’agit d’une structure éducative

post-scolaire, type «technicum»,

qui favorise et induit des

opportunités professionnelles

pour les adolescents en les liant à

la communauté et en essayant

d’éviter une trop forte migration

vers la ville

• la production en 2009 d’un

ouvrage de référence sur les plantes

médicinales utilisées au Paraguay,

largement distribué gratuitement

dans les milieux des marchés

(vendeurs, revendeurs, récolteurs)

et paysans. Cet ouvrage contient

des informations taxonomiques,

ethnobotaniques, phytopharma-

ceutiques et horticoles originales.

Il est basé sur la collection vivante

du Jardin botanique d’Asuncion et

fournit de multiples indications

sur la toxicité et la conservation

des espèces en question.

Le projet est actuellement en phase

d’autonomisation à travers la création

au Paraguay d’une association

autonome «relais», AEPY (Associacion

ethnobotanica paraguaya),

qui défend et promeut le projet,

tout en recherchant des fonds pour

celui-ci.

Le projet CEEH (Centre

d’éducation environnementale

de Hann), de Dakar au

Sénégal

Ce projet sénégalais est basé sur les

mêmes fondamentaux que le projet

AEPY paraguayen.

Il comprend plusieurs volets et un

projet d’extension :

• le Centre d’éducation proprement

dit qui est abrité dans l’ancien

Aquarium réhabilité du Parc

de Hann, seul espace vert de toute

l’agglomération dakaroise en

plein expansion. Ce centre

reçoit de nombreuses classe pour

des initiations environnementales,

des formations continues pour les

enseignants (éco-prof) et des

camps d’été

• le Jardin ethnobotanique,

qui abrite une très belle

collection de plantes utilitaires

du Sénégal interprétée et

classée par utilisation

• la publication de fiches

pédagogiques, d’un manuel pour

l’éducation environnementale en

zone pré-sahélienne, co-édité

dans la série éducative des CJB

et de divers documents publiés

en collaboration avec les

Ministères concernés (Education

nationale et Environnement),

dont un opuscule pour la « Case

des tout-petits», une structure

d’accueil, décentralisée dans les

villages

• la mise sur pied de programmes

à l’attention des communautés

de la municipalité de Hann

(gestion des déchets, compostage,

«jardins familiaux de table»,

festival environnemental

de musique, etc.)

pagE 26 – N° 41 – décEmbRE 10 – La FEUILLE VERTE – JOURNaL dES cONSERVaTOIRE ET JaRdIN bOTaNIqUES

1 2


3

4 5

• le projet d’extension, proprement

dit, par la création d’un deuxième

CEE, au Nord du Sénégal,

à St-louis, dans le cadre de

l’ancien jardin d’acclimatation

de l’INRA.

Responsabilité et

conservation

Ces deux exemples démontrent à

loisir notre volonté de travailler

dans le Sud en utilisant tant nos

compétences floristique et ethnobotaniques

que celles de nos partenaires,

pour développer ensemble

des micro-projets socio-éducatifs,

qui répondent à un développement

durable de qualité.

Nous pensons que les jardins botaniques

européens, nord-américains et

asiatiques des pays développés ont une

responsabilité évidente, souvent postcoloniale,

à collaborer et à travailler

à la réhabilitation et à l’utilisation des

jardins de la ceinture intertropicale

dans les pays en voie de développement.

Cette collaboration initiale doit

être suivie d’une coopération pour la

mise sur pied d’une politique concertée

d’ethnobotanique appliquée à

l’éducation environnementale.

La méthodologie est la même pour

tous nos projets :

1. Compilation et validation des

données ethnobotaniques issues

des savoirs traditionnels

1 Rue du marché

au Sorcières de la Paz

(Bolivie)

2 Marché aux plantes

vétérinaires

(Patos – Paraïba – Brésil)

3 Déforestation massive

dans les campagnes

paraguayenne

4 Pépinière pour

la reforestation

à Ouagadougou

(burkina Faso)

5 Dernière exposition

AEPY au Paraguay

2. Valorisation de la valeur

patrimoniale de ces connaissances

populaires et renforcement de

l’auto estime des populations

locales, en particulier des classes

défavorisées

3. Prise de conscience et induction

d’un processus de responsabilité

vis-vis de la conservation des

espèces végétales

4. Production de matériaux

pédagogiques adaptés,

construction d’un programme de

médiation ad hoc.

Au vu des expériences accumulées,

des projets qui évoluent positivement,

de l’impact socio-éducatif sur place

coopération

et de l’impact en matière de politique

environnementale au niveau régional,

nous ne pouvons qu’encourager

et recommander à d’autres jardins

botaniques ce type de partenariat

avec nos collègues du Sud.

La compilation de ces projets et leur

mise en valeur par le BGCI en réseau

sur leurs différents supports représenteraient,

outre une forme de reconnaissance,

un engagement clair de

l’autorité fédératrice en faveur de ces

collaborations Nord-Sud. Nous l’appelons

de nos vœux.

La FEUILLE VERTE – JOURNaL dES cONSERVaTOIRE ET JaRdIN bOTaNIqUES – N° 41 – décEmbRE 10 – pagE 27


L’exposition 2010

du projet EpY:

«nos plantes,

notre peuple»

Ana Pin et Cecilia Romero

Magali Stitelmann Traduction

Cette année, l’exposition itinérante s’installe au Centre

de visiteurs de l’usine hydroélectrique binationale

«ITAIpU» à Hernandarias dans l’Alto paraná.

L’usine est une grande entreprise hydroélectrique que

le paraguay partage avec le Brésil, et qui s’alimente

dans les eaux tumultueuses du fleuve paraná.

’exposition «Nos Plantes,

notre peuple», du

14 au 25 septembre

2010, est destinée principalement

au public régional. Plusieurs municipalités

de la zone bénéficieront

ainsi des contenus présentés sur

les espèces utiles de la flore paraguayenne.

Pour la nouvelle présentation,

les panneaux vont faire

l’objet d’un concept graphique

amélioré favorisant l’interactivité.

L’exposition mettra l’accent sur les

espèces de la forêt primaire, car

celle-ci, peuplée de précieuses

espèces forestières, est propre à la

région d’accueil de l’exposition où

les populations indigènes font usage

des ressources naturelles végétales

dans leur vie quotidienne.

L’exposition fait partie des activités

du Projet Etnobotanica Paraguaya

(EPY); elle est organisée et coordonnée

par des représentants de

la Direction de Gestion Environnementale

de la ville d’Asunción

(Raquel Drachenberg), de l’Association

Etnobotánica Paraguaya

(Cecilia Romero) et de la Faculté

des Sciences Exactes et Naturelles.

– FACEN (Maria Elena Ferreira),

avec le soutien des Conservatoire et

Jardin botaniques de Genève – CJB

et la Ville de Genève, Suisse, ainsi

que de l’entreprise ITAIPU Binationale.

des nouvelles

de campOTEcH-

Institut Supérieur

d’agroécologie

José Parra,

Hever Burgos et Ana Pin

Magali Stitelmann Traduction

a mise sur pied de l’Institut Technique Supérieur

– INTECS Ko’e Pyahu – Campotech se poursuit. Elle

est menée par l’organisation paysanne Tesaî Reka

Paraguay (TRP), avec le soutien des Conservatoire et Jardin

botaniques de la Ville de Genève. La formation en agroécologie

des jeunes en milieu rural est sa mission principale, car en améliorant

les conditions de vie des communautés il est possible de

freiner l’exode rural.

La reconnaissance officielle de notre Institut par le Ministère de

l’Education du Paraguay est imminente. Dans un premier temps,

nous avions entrepris des démarches visant à la création d’une

université de développement intégré. Bien que cette idée n’ait

pas été abandonnée, nous avons opté pour la création d’un Institut

Technique Supérieur qui pourra s’effectuer plus rapidement

car elle ne requiert pas la validation du Parlement. Dans cette

perspective, TRP propose d’ores et déjà à ses futurs étudiants des

cours d’agroécologie (cultures et acclimatation des plantes), et

de techniques d’apprentissage et orientation professionnelle. Par

ailleurs, deux pépinières modèle de plantes médicinales sont

cultivées : l’une au Centre Educatif Intégral (CEI) Ko’e Pyahu de

San Miguel Unión avec 80 espèces, et l’autre sur les installations

de l’ACADEI (Association Paysanne de Développement Intégral) à

Yataity du Nord avec 100 espèces. Cette dernière est cultivée sous

la responsabilité de Rosa Britos, ancienne étudiante du CEI. Les

formations et l’entretien des pépinières comptent avec le soutien

technique du Projet Etnobotánica Paraguaya EPY.

Au mois d’août 2010, TRP a contribué à organiser avec d’autres

institutions le Second Séminaire Régional du Bassin versant

Cuenca del Plata sur l’Education et l’Agroécologie, qui a eu lieu à

San Estanislao, San Pedro.

pagE 28 – N° 41 – décEmbRE 10 – La FEUILLE VERTE – JOURNaL dES cONSERVaTOIRE ET JaRdIN bOTaNIqUES


Le proJet du Jardin

Ethnobotanique

de patiño

Une nouvelle réalisation du projet paraguayen

e Jardin Ethnobotanique Patiño

est un nouveau projet de l’Association

Ethnobotanique Paraguay

financé par la Ville de Genève par le biais des

Conservatoire et Jardin botaniques, et par des

fonds privés. Son objectif est la conservation

des espèces utiles de la flore indigène du Paraguay

: plantes médicinales, d’usage artisanal,

plantes cosmétiques et tinctoriales, textiles et

autres. Un accent particulier sera mis sur celles

dont les populations sauvages sont menacées.

Ce Jardin est prévu en tant que module

complémentaire à la pépinière ethnobotanique

de plantes médicinales du Jardin botanique

d’Asunción.

Le projet se réalise sur un terrain de deux

hectares qui a été mis à disposition par un

couple paraguayo-suisse soutenant cette initiative

; il est à 55 km d’Asunción, près de la

Ville d’Aregua.

La conception des infrastructures a été réalisée

par une équipe d’architectes paraguayens, dont

la vision écologique prend en compte tous les

aspects techniques de préservation de l’espace

naturel et du paysage.

Voici les activités qui seront proposées par le

Jardin Ethnobotanique Patiño :

• Présentation et entretien d’une

collection d’espèces végétales utiles

• Visites guidées à l’attention de groupes

• Ateliers d’éducation environnementale,

conférences et séminaires

• Cours de formation continue

• Vente de matériel et publications

d’éducation environnementale

• Multiplication et vente de plantons

• Présentation d’oiseaux pour

l’observation

Maria Vera, Ramona Avalos et Ana Pin

Magali Stitelmann Traduction

Au Paraguay, il existe très peu d’espaces

récréatifs et éducatifs tels que celui-ci, qui

soient ouverts au public et oú l’on puisse

mener des actions d’éducation environnementale,

générer de l’information et des

savoirs, diffuser des pistes d’action pour la

conservation, la gestion et la protection des

coopération

espèces forestières, et valoriser les connaissances

sur les espèces et la biodiversité utilisées

au Paraguay, de même que sur les coutumes

et traditions qui y sont associées.

La FEUILLE VERTE – JOURNaL dES cONSERVaTOIRE ET JaRdIN bOTaNIqUES – N° 41 – décEmbRE 10 – pagE 29


Une seconde étape de

réalisations pour le projet

« flora da caatinga»

Une seconde étape a débuté en janvier 2010, pour ce projet commun

de l’Université Fédérale de paraïba à patos (UFCg/patos), Brésil

et des Conservatoire et Jardin botaniques de la Ville de genève

ous avons récemment engagé

Maria de Fátima Araújo, biologiste

de formation, en tant que conservatrice.

Spécialisée en floristique et taxonomie

des Euphorbiacées, c’est elle qui dirige

maintenant les herbiers de l’UFCG/Patos, avec

une équipe de travail qui comprend treize étudiants,

un assistant et deux biologistes, et dont

l’objectif est de mener des recherches taxonomiques

sur la riche flore de la Caatinga.

Cette équipe a, depuis, été formée à la préparation

d’échantillons de plantes et à leur identification,

au conditionnement d’un herbier, et

à l’utilisation du programme BRAHMS (Botanical

Research and Herbarium Management

System), qui est aujourd’hui le programme

standard d’organisation de collections d’herbiers

selon le Groupe de Phylogénie des

Angiospermes.

Environ 550 nouveaux échantillons de plantes

de la Caatinga ont été collectés au cours de

six expéditions de terrain, et sont maintenant

disponibles pour toute personne intéressée par

la flore de cette région, ainsi que des exsiccata

supplémentaires donnés par d’autres herbiers

brésiliens.

La mise en place du Sentier d’interprétation

de la Caatinga dans un fragment forestier situé

sur le campus universitaire est en cours. L’inventaire

des espèces d’arbres a permis d’identifier

sept espèces exotiques et vingt-quatre

espèces indigènes, parmi lesquelles deux sont

considérées comme vulnérables en raison

d’une forte pression antropique dans le biome

de la Caatinga. Il s’agit de Myracrodruon

urundeuva Allemao et de Amburana cearensis

(Allemao) A. C. Sm. Ce fragment de forêt

sera enrichi d’autres espèces indigènes afin de

donner l’opportunité aux visiteurs d’apprécier

cette flore spécifique.

Les collaborateurs impliqués dans le programme

d’éducation à l’environnement ont

visité plusieurs écoles et de petites communautés

rurales pour enseigner comment

Olaf Bakke Université de Patos (N-E.brésilien)

Coordinateur du projet de coopération

Magali Stitelmann

Traduction et adaptation

préparer des remèdes faits maison avec des

plantes de la Caatinga, et comment les administrer

en toute sécurité aux enfants, aux adultes

et aux animaux.

Notre intention est d’aller plus avant dans nos

recherches et nos interactions avec la population

locale et la communauté scientifique.

Nous comptons obtenir une reconnaissance

légale de notre herbier par le réseau des herbiers

du Brésil, et ainsi aider la communauté

scientifique à augmenter nos connaissances

sur la forêt de la Caatinga.

Nous savons que ce sont là des buts ambitieux

pour cette équipe embryonnaire de passionnés

de la Caatinga. Ces buts ne pourront être

atteints, et nous ne pourrons fournir les services

escomptés à la population et la société

en général, que si le soutien institutionnel que

nous recevons se poursuit. Nous faisons de

notre mieux pour mériter ce soutien et continuer

à développer la force de notre équipe et

son expertise sur la Flore de la Caatinga.

pagE 30 – N° 41 – décEmbRE 10 – La FEUILLE VERTE – JOURNaL dES cONSERVaTOIRE ET JaRdIN bOTaNIqUES


des écoguides pour

accueillir nos visiteurs

Chaque année, le Centre d’Education Environnementale de Hann (CEEH) reçoit

des stagiaires nationaux et étrangers. L’année passée, nous avions reçu m. Benedict

Hudson, de nationalité nord-américaine, pour deux mois. A la fin de son stage,

il enregistra un petit film sur le jardin ethnobotanique qu’il mit dans le site Youtube*

ette année, nous avons

reçu M. Benjamin Rinfray,

animateur nature

et étudiant en BTS au lycée agricole

de Périgueux en France, du 16 juin

au 25 août 2010.

«Je voulais effectuer un

stage de deux mois et demi

au Sénégal dans un lieu où

l’éducation environnementale

est développée. Quand

j’ai tapé « centre d’éducation

environnementale au

Sénégal » sur un moteur

de recherche sur Internet,

je n’ai trouvé que le Centre

d’Education Environnementale

du Parc de Hann.

Ces informations étaient sur

le site Internet des Conservatoire

et Jardin botaniques

de Genève. J’ai donc envoyé

un mail à Genève et c’est

M. Didier Roguet qui m’a

donné vos coordonnées. Estce

le seul centre d’éducation environnementale

au Sénégal ? ».

Bien sûr que non, ce n’est pas le

seul ! Mais le CEEH propose des

activités très concrètes avec les

écoles et dans le Parc de Hann. De

surcroit, nous avons produit des

supports didactiques à plusieurs

centaines d’exemplaires jugés très

intéressants par les bénéficiaires

(un guide pédagogique pour les enseignants,

une bande dessinée pour

les tout petits, des posters sur bâche,

etc.). M. Benjamin a donc été reçu

pendant deux mois et demi et son

programme de stage a permis de

mener à bien :

• l’organisation d’un centre aéré

pour des enfants de 8 à 15 ans

• la formation d’écoguides pour

l’ensemble du Parc

des animations nature pour les

jeunes visiteurs (élèves) principalement.

Le centre aéré regroupant une soixantaine

d’élèves a été organisé. Pendant

deux semaines, ces jeunes ont participé

à des activités manuelles, culturelles et

sportives liées à l’environnement. Une

cérémonie de clôture a eu lieu à la fin

qui a permis aux parents de voir les

activités menées par leurs enfants. Ce

centre aéré a été une grande réussite et

à l’unanimité, les parents ont émis le

vœu de voir de telles activités se pour-

suivre et sur une durée plus importante.

Des œuvres ont été réalisées avec des

feuilles de rônier, du sable de plusieurs

couleurs, du carton, de la colle, etc.

Le représentant des parents disait

lors la cérémonie de clôture : «Nous

préférons que nos enfants soient ici

et apprennent à protéger l’environnement

que d’aller à la mer car celle-ci

est polluée et la baignade entraine

des maladies graves».

Il y a trois ans, le CEEH avait élaboré

un petit document pour la formation

de guides pour le Parc de Hann. En

effet, nous dénombrons plus d’un

million de visites d’enseignants et

élèves chaque année sans accompagnement,

d’où la nécessité de former

des écoguides. Et c’est cette année

seulement que la formation a pu

Altiné Traoré

Coordinatrice du CEEH

coopération

être organisée. Ces écoguides, recrutés

principalement parmi de jeunes

bacheliers du Quartier de Hann,

représentent désormais une force

supplémentaire qui va faire changer

le visage du Parc, comme l’a souligné

l’adjoint au directeur du Parc

de Hann, surtout lorsque les

nouvelles possibilités d’accueil

de groupes scolaires

seront mieux connues de

nos publics.

Pour occuper les élèves après

la visite du jardin ethnobotanique,

du zoo, ou de la mare,

le stagiaire français a développé

des animations pour

les écoguides. Il s’agit de jeux

interactifs sur la flore, la biodiversité,

la chaine alimentaire,

par le biais d’activités

utilisant les sens autres que

la vue, comme le toucher et le

goût par exemple.

Les écoguides sont très motivés.

Cette prestation est cofinancée par

les autorités municipales et nationales,

et une participation sera demandée

aux visiteurs. Ceux-ci sont

dorénavant bien encadrés et guidés.

Ils repartent de leurs visites avec de

bonnes informations.

* Liens

Mon Jour Typique à Dakar Partie 1

www.youtube.com/watch?v=xgBFT3YmVKQ&featu

re=channel_page

Mon Jour Typique à Dakar Partie 2

http://www.youtube.com/watch?v=RyIowZn4spM

La FEUILLE VERTE – JOURNaL dES cONSERVaTOIRE ET JaRdIN bOTaNIqUES – N° 41 – décEmbRE 10 – pagE 31


EdELWEISS

Une fleur

nationale?

Didier Roguet Chef de projet

mythes et paradoxes

L’edelweiss a été désigné symbole national

au XIX e siècle pour, paraît-il, redorer

le blason d’une Suisse quelque peu en

perte de vitesse. Mais rien ne prédisposait

cette petite fleur blanche, argentée et

velue à être élevée au rang des célébrités

«helvético-alpine», même si elle trône

délicieusement sur la plupart de nos

objets de consommation touristiques.

L’edelweiss est originaire d’Himalaya et

de Sibérie où elle compte encore plus

de 30 espèces sauvages mal connues et

peu travaillées. Elle émigra durant les

périodes glacières (ère quaternaire)

vers l’Europe. Actuellement, le Leontopodium

alpinum est présent dans les

Alpes, les Pyrénées ou encore les Carpates.

Sa seule cousine européenne Leontopodium

nivale a une aire de répartition

plus restreinte

Comme cette plante est petite et discrète,

de nombreux promeneurs ne la voient

pas lors de leurs promenades en montagne.

Ce fait a probablement renforcé

le mythe de la plante rare et inaccessible,

bien qu’elle soit probablement plus

fréquente qu’il n’y paraît. La «fleur des

neiges» n’est plus une espèce menacée

sensu stricto, car elle a été domestiquée

en Valais dans le années 90. L’«étoile

des Alpes» est cependant encore protégée

dans quatorze cantons suisses, dont

Vaud, Valais, Tessin, Fribourg, Berne,

Exposition

du 19 mai au 16 octobre 2011

Appenzell et tout le centre de la Suisse.

L’Edelweiss a été magnifié à la fin du

XIX e siècle. Cette fleur n’a par contre

aucun rapport symbolique et utilitaire

direct avec l’histoire antérieure du territoire

alpien et de la Suisse en particulier.

Si elle était parfois utilisée pour ses

vertus thérapeutiques (antidiarrhéique

pour l’homme et le bétail), les paysans

de montagnes suisses la cultivent dorénavant

pour la cosmétique, car elle est

riche en radicaux libres, anti-UV et aux

propriétés antivieillissantes.

Une plante discrète et mal connue, même

des botanistes, une espèce aux pouvoirs

thérapeutiques limités, à la rareté

contestée, aux valeurs nationalistes

parfois douteuses car liée au nazisme,

en voilà un symbole étrange pour notre

petite suisse alpine !

Une espèce au nom universel néanmoins,

qui transcende les barrières de rösti et

qui nous offre un trait d’union magnifique

et mobilisateur pour une exposition

bilingue que nous souhaitons nationale.

Une fleur nationale pour

une exposition nationale?

Les Jardins botaniques de Genève et de

Zurich ont une vocation nationale. Les

collections qu’ils abritent, vivantes ou

mortes (herbiers et bibliothèque) sont

de valeur mondiale. Outre leurs missions

de conservation, de recherche,

pagE 32 – N° 41 – décEmbRE 10 – La FEUILLE VERTE – JOURNaL dES cONSERVaTOIRE ET JaRdIN bOTaNIqUES


d’enseignement et d’exploration, ils organisent

périodiquement et respectivement

des expositions qui attirent chaque année

de nombreux publics dans leurs allées.

L’idée d’une exposition bilingue commune

sur l’edelweiss, la fleur suisse emblématique

par excellence, a permis de cristalliser

leur volonté de collaboration en

matière de vulgarisation.

Projet multipolaire et vulgarisé, l’exposition

se déclinera en quatre pôles interactifs :

• Edelweiss botanique

• Edelweiss, cultiver et protéger

le mythe

• Edelweiss médicinal, cosmétique

et alimentaire

• Edelweiss, le symbole

Les quatre piliers de la croix suisse reformulés

et retravaillés par des spécialistes,

botanistes, ethnologues et agronomes !

Cette exposition abordera aussi la question

de notre rapport paradoxal à la symbolique

véhiculée par cette fleur alpine, omniprésente

dans l’imagerie consumériste et

touristique suisse, en particulier au-dessus

de 1300 mètres. Elle dévoilera aussi

des facettes cachées liées à la taxonomie

de ce genre botanique peu travaillé ou aux

développements agro-économiques nova-

teurs autour de sa domestication. L’histoire

ethnographique de notre plante, son

rapport profond et permanent depuis le

XIX e siècle avec l’histoire de l’objet utilitaire

alpin seront étudié et interprété.

Cette exposition multifacettes proposera

des éclairages différenciés sur une espèce

qui appartient à chacun d’entre nous,

mais qui nous échappe lorsque l’on essaie

de comprendre son omniprésence. Les

collections vivantes (collection d’espèces

du genre Leontopodium et mortes (herbiers

et illustrations) des deux institutions

seront mises en valeur par les conservateurs

et les jardiniers-botanistes dans le

cadre de cette «exposition-promenade».

Une attention particulière sera apportée

aux fleurs symboliques et nationales, à

leur valeur intégrative dans une société

multiculturelle et globalisée.

L’exposition, dont l’entrée sera libre, se tiendra en parallèle et

dans deux langues, du 19 mai au 16 octobre, en plein air dans les

deux jardins botaniques de Genève et Zurich.

Elle bénéficiera de la collaboration de l’ Agroscope ACW Changins-

denswil et de sa Stations des Fougères en Valais. Elle tirera sa substance

scientifique de l’ouvrage magistral «Edelweiss, reine des fleurs» qui sortira

de presse pour l’occasion (Editions du Belvédère pour la version française et

AT Verlag pour la version allemande).

De nombreuses visites guidées, excursions, animations et atelier pour grands

et petits agrémenteront cette année consacrée à ce symbole alpien par excellence.

Six visites nocturnes et théatralisées sont au programme en juin et en

septembre. Un film 3D coproduit par les CJB et nvp Production sera dévoilé

pour l’exposition et visible dans notre boutique du Jardin botanique avec des

produits dérivés plein de créativité.

Renseignements complets dès février sur le site web des CJB, par tél. au

022 418 51 00 et sur le site web de l’exposition www.expo-edelweiss.ch

Evènement

La FEUILLE VERTE – JOURNaL dES cONSERVaTOIRE ET JaRdIN bOTaNIqUES – N° 41 – décEmbRE 10 – pagE 33


agendas -programmes 2011

LES aTELIERS VERTS

dU JaRdIN bOTaNIqUE

2.3

9.3

16.3

23.3

30.3

6.4

13.4

Bourgeons et chatons,

messagers du printemps

Succulentes ou cactus?

Autres palmiers, autres

tissages, autres tressages

Voyage en Amazonie

Sous la terre s’éveillent les

beautés du printemps

Cultivons des plantes qui

sentent bon

A la découverte de surprenantes

plantes miniatures

4.5

11.5

18.5

25.5

8.6

15.6

Une étoile des neiges

pour fêter les mamans!

Mon herbier

des champs 1

A la découverte

de l’étonnant

micromonde

Mon herbier

des champs 2

Jeux de piste dans

les rocailles

Le rucher du Jardin

botanique

visites guidées - variations Botaniques

nvie de mieux connaître le monde

végétal ? Le travail des botanistes et

des horticulteurs vous intéresse ? Les CJB vous

convient à participer à des visites guidées thématiques

les mardi durant la pause de midi.

12.04 Floraison printanière

19.04 Les serres du Jardin botanique

03.05 Les carnivores, des plantes

qui font peur?

10.05 Le rucher du Jardin botanique

24.05 Sauvegarder les plantes rares

de notre région

31.05 Un peu, beaucoup,

passionnément?

De la marguerite à l’edelweiss

07.06 Conservation de la biodiversité

agricole

14.06 Jardin alpin

Ces visites sont organisées par des spécia-

listes, jardiniers et scientifiques qui vous

feront part de leur passion et vous guideront

à travers les différentes collections et trésors

que renferme notre institution.

21.06 Edelweiss

28.06 Découvrir la flore alpine

au travers des ouvrages de la

Bibliothèque des CJB

30.08 Les énergies renouvelables

du Jardin

06.09 Les palmiers

13.09 L’herbier de Genève : une

encyclopédie de la biodiversité

20.09 Les arbres de notre

musée vivant

27.09 Les lichens: le mariage d’une

algue et d’un champignon

Depuis 1996, les Conservatoire et Jardin

botaniques de la Ville de genève proposent

aux enfants de 8 à 11 ans des ateliers

périscolaires de découverte et de sensibilisation

au monde végétal et animal

Cette année à nouveau, et en collaboration avec l’UNI3, 19

ateliers aux thèmes variés seront animés bénévolement par

des aînés souhaitant transmettre leurs savoirs et leur joie de

vivre aux plus jeunes. Ces après-midi éducatifs ont lieu sur

inscription les mercredi après-midi de 14h à 16h30 selon les

dates indiquées.

Inscriptions au 022 379 70 68 (UNI3)

mardi et vendredi de 9h30 à 11h30

programme et bulletin d’inscription:

www.ville-ge.ch/cjb

Les visites ont lieu le mardi de 12h30 à 13h30.

Rendez-vous devant la Villa Le Chêne (ch. de

l’Impératrice 1, entrée nord-est du Jardin botanique)

Visites gratuites, sur inscription préalable par

téléphone : 022 418 51 00 ou par email :

visites.cjb@ville-ge.ch

04.10 Pourquoi et comment

conserver les graines?

11.10 De l’expérimentation

botanique à l’exploration

des Alpes: histoire de la

Botanique genevoise

18.10 Herbiers de Genève : une

encyclopédie de la biodiversité

01.11 La diversité lue dans les gènes

15.11 Le bâtiment de la Console

ouvre ses portes au public

29.11 Du cacao aux épices,

un Noël équitable?

Programme complet disponible sur : www.ville-ge.ch/cjb/visites_guidees.php – Visites du 24 mai au 11 octobre dans le cadre de l’exposition EDELWEISS

pagE 34 – N° 41 – décEmbRE 10 – La FEUILLE VERTE – JOURNaL dES cONSERVaTOIRE ET JaRdIN bOTaNIqUES


edelweiss,

la reine des fleurs

’Edelweiss porte une identité alpine

mythique chargée de symboles.

D’origine eurasiatique, cette plante vivace de

la famille des Astéracées forme des inflorescences

composées de plusieurs capitules de

fleurs minuscules entourés de bractées étalées

blanches et duveteuses. Ses vertus médicinales

ont été découvertes très tôt par les paysans de

montagne qui soignent encore efficacement leur

bétail (ou leur famille) avec une infusion de

fleurs d’Edelweiss. Les composés actifs à l’origine

de ces bons résultats thérapeutiques ont

été mis en évidence récemment. Cette plante

emblématique demeure rare dans nos montagnes.

Elle est ainsi protégée dans tout l’Arc alpin.

Des essais de domestication ont été nécessaires

afin d’enrayer le pillage des sites naturels et de

répondre à la demande de l’industrie cosmétique.

Véritable star des Alpes, l’Edelweiss trouve

une place de choix sur les différents motifs vestimentaires

et de très nombreux objets. Il devient

alors un très bon argument de marketing ! Ce

livre, le 1 er consacré à l’Edelweiss en langue

française, sortira de presse en avril 2011.

Les auteurs Charly Rey a été chercheur en botanique à la Station Fédérale Agroscope de Changins. Il est considéré comme un des meilleurs spécialistes mondiaux de

l’Edelweiss. Catherine Baroffio, José Vouillamoz, Claude-Alain Carron enseignent et effectuent des travaux de recherches à la Station Fédérale Agroscope de Changins.

Didier Roguet est conservateur aux Conservatoire et Jardin botaniques de la Ville Genève et Sabine Rey est enseignante.

Utilités bOTaNIqUES

et ouvrage richement

illustré de gravures

et de photographies vous fera

découvrir les secrets et les petites

histoires des plantes utilitaires

de jardin botanique. A la

fois familières et mystérieuses,

ces plantes utiles ont souvent

une fascinante histoire

commune avec l’homme. Des

potions magiques des sorcières

aux recettes des grands-mères,

beaucoup de végétaux ont

des pouvoirs insoupçonnés.

L’auteur présente ces espèces

avec vivacité et saveur en révélant

leurs utilisations et leurs

symboles.

Une introduction vulgarisée à

l’ethnobotanique et des références

aux massifs de plantes utilitaires

régionales ou tropicales

(Terrasses des officinales et utilitaires,

Utiles tropiques) du Jar-

NaTURES genevoises

a-t-il donc plusieurs natures dans le bassin genevois ? Probablement, et ce splendide

livre de photographies résume à merveille les «natures» des diversités biologiques de

ce territoire fort colonisé par l’homme, mais qui laisse encore une petite place aux organismes

(faune, flore) parfois étonnants qui le peuplent.

Plus de 70 photographes naturalistes de très haut niveau, membres de Pro Natura Genève

et collaborateurs des Conservatoire et Jardin botaniques de la Ville de Genève, ont mis leur

regard au service de la connaissance et de la conservation de cette nature genevoise. Faunes

et flores parfois méconnues, car nous ne savons plus prendre le temps de l’observation et de

la contemplation. Une leçon de choses, une leçon de vie, une découverte de nos natures par

l’image sous le regard du naturaliste.

Ce livre est sorti de presse, il est disponible à notre boutique et dans toute bonne librairie.

din botanique de Genève sont

évidemment au rendez-vous.

La sortie de cet ouvrage, qui

devrait inciter à la visite du

Jardin botanique, est prévue

en mars 2011 pour le Salon du

livre genevois.

Utilités botaniques

de Didier Roguet (conservateur,

ethnobotaniste et responsable des

collections de plantes utilitaires aux

Conservatoire et Jardin botaniques

de la Ville de Genève)

La FEUILLE VERTE – JOURNaL dES cONSERVaTOIRE ET JaRdIN bOTaNIqUES – N° 41 – décEmbRE 10 – pagE 35


a la découverte

de la flore de la cORSE

Balade botanique dans l’Île de Beauté

’AAJB a invité ses membres

à découvrir le

règne Eucaryota de la

Corse, du 5 au 12 juin 2010. Huit

Amis ont répondu avec enthousiasme

à cette proposition. L’organisation

était parfaite et le temps idéal.

La Corse, d’une superficie égale à environ

celle de la Romandie, est habitée

par une flore d’une variété nettement

Michel Chapalay & Bernard Mocellin Membres AAJB

supérieure à celle de la Suisse. La formation

de cette île, encore rattachée à

l’Ibérie à l’Eocène (40 millions d’années)

pour ensuite dériver vers l’Italie

dans sa position actuelle, son orientation

et son élévation maximale (le

Mont Cintu est à 2710 m), font d’elle

un refuge pour des espèces multiples

et abondantes.

En une semaine, les taxons découverts

ont été innombrables, princi-

Dans le fond désert des Agriates. Au centre embouchure de l’Ostriconi

avec forêt ripisylve, milieu d’origine de la vigne (Vitis vinifera) qui est une liane.

On ne peut qu’être silencieux devant un tel spectacle.

palement par le fait que les étages de

végétation visités furent très variés.

Le programme proposé concernait

uniquement le Nord de l’île. Nous

avons découvert la flore dans des

sites très intéressants tels que : la

presqu’île de la Revellata, l’embouchure

de l’Ostriconi, la réserve de

Scandola, la crique de Girolata (magnifique

site accessible qu’en bateau

ou à pied), les calanches de Piana,

les gorges de Spilonca, la forêt d’Aïtone,

la vallée d’Asco, la vallée de la

Restonica, le lac de Melo, l’étang de

Bigulia, etc.

C’est dans une pinte corse devant

une Pietra bien fraîche et avec beaucoup

de regrets que le groupe a du

se séparer... avec l’espoir que la visite

du Sud de l’île lui sera proposé

à court terme.

pagE 36 – N° 41 – décEmbRE 10 – La FEUILLE VERTE – JOURNaL dES cONSERVaTOIRE ET JaRdIN bOTaNIqUES


Photo©Swissaid Photo©ProSpecieRara

la Biodiversité

un atout incontesté!

pourtant, il a fallu que l’ONU décrète 2010 année internationale

de la biodiversité pour que le slogan «la biodiversité, c’est la vie»

devienne la responsabilité de tous

onserver 750 variétés de pommes

et 120 variétés de tomates – un

caprice ? Quelques-unes, rentables,

ne suffiraient-elles pas à couvrir largement la

demande ? Pourquoi ne pas laisser s’étioler

les dernières races traditionnelles de chèvres,

évincées par leurs avatars modernes et performants

? Autant de questions auxquelles nous

sommes confrontés chaque jour. Année de la

biodiversité oblige, pools et ressources génétiques

tiennent la vedette pour mettre en lumière

l’importance de la biodiversité – feu de paille

médiatique ou réelle prise de conscience ?

Agriculteurs, paysagistes, éleveurs et amateurs

de spécialités ProSpecieRara savent que

la diversité agricole est indispensable pour

garantir un libre accès pour tous aux ressources

génétiques, préserver notre souveraineté

alimentaire tout en favorisant le maintien du

paysage et l’intégrité de l’environnement.

Pour que le plus grand nombre prenne

conscience que «la diversité c’est la vie», nous

avons multiplié tout au long de l’année de nombreuses

manifestations ProSpecieRara labellisées

2010, Année internationale de la biodiversité,

organisées autour des trois axes suivants :

• Découvrir Fête de la chèvre bottée (en mai, à

Brend, VD), marché de plantons (en mai, à Vevey,

VD), visite de pâturages boisés (en juin, à Orvin

et Tramelan, BE), «Caravane des semence» (en

mai, en collaboration avec Swissaid, aux Conservatoire

et Jardin botaniques de Genève), marché

bio de Saignelégier (en septembre, à Saignelégier,

JU), Nature en Rade (de juin à septembre,

en collaboration avec Pro Natura, à Genève).

Denise Gautier

Coordinatrice ProSpecieRara-Suisse

partenaires

• Savourer Visite gourmande (en juin, en

collaboration avec ProNatura, à Champ-Pittet,

VD), dégustation surprise (en septembre, à

Sauvabelin, VD).

• Pratiquer Cours de multiplication de

semences (en août, à Chambrelien, NE), cours

de filage et feutrage de laine (en septembre, en

collaboration avec Laines d’ici, à Cernier, NE),

cours de taille des fruitiers (en novembre, à

Glovelier, JU et Genève), colloque biodiversité

(en novembre, à Sion, VS).

Souhaitons que ces activités vous aient permis de

mieux comprendre les enjeux de la biodiversité,

d’apprendre à la connaître et, nous l’espérons,

de vous encourager à nous aider à la protéger et

à la sauvegarder !

De haut en bas et de gauche à droite Le massif ProSpecieRara aux CJB, un outil didactique pour

sensibiliser le grand public à la conservation de la biodiversité. Dans le massif de multiplication

ProSpecieRara, les jardiniers des CJB font un précieux travail de sauvegarde d’anciennes variétés.

La naissance d’une chèvre bottée, une fête en soi pour cette race menacée.

La FEUILLE VERTE – JOURNaL dES cONSERVaTOIRE ET JaRdIN bOTaNIqUES – N° 41 – décEmbRE 10 – pagE 37

Photo©ProSpecieRara


extension des

herbiers (suite)

e chantier de construction de l’herbier BOTV (voir FV

39 et 40) a été ouvert en janvier 2010. L’espace nécessaire

aux trois niveaux en sous-sol a été creusé et la molasse

rencontrée extraite.

En parallèle, les réflexions sur la rénovation des bâtiments

Console et Bot 2/3 se poursuit en collaboration avec les services

compétents et les architectes mandatés.

Laurent Gautier Conservateur

’année 2010 est celle

de la biodiversité et de

l’échéance du compte à rebours

2010, l’année où, selon l’engagement

de nombreux Etats

signataires de la Convention

de Rio en 1992, la diminution

continue de la biodiversité

devait être stoppée.

Ce but a-t-il été atteint ? Le

Forum Biodiversité Suisse de

l’Académie des Sciences Naturelles

(SCNAT) a tenté d’y répondre

en publiant, avec le soutien de la

Fondation Bristol ainsi que des

offices fédéraux de l’environne-

ment (OFEV) et de l’agriculture

(OFAG), un livre qui décrit l’évolution

de la biodiversité depuis

1900, présentée selon différents

facteurs comme l’économie

forestière, l’agriculture, l’urbanisation,

le tourisme, les transports,

les changements climatiques

etc. Cet ouvrage est l’œuvre

de plus de 80 scientifiques et

experts qui ont établi ce bilan

sur la base des meilleures données

actuellement à disposition.

A de rares exceptions près, il y

est démontré que la biodiversité

a fortement reculé en Suisse jusque

dans les années 1990. Puis

digitalisation

des collections

a digitalisation de nos collections, et plus particulièrement

de nos échantillons-types et de nos collections historiques se

poursuit avec l’appui financier de la Andrew W. Mellon Foundation.

Les échantillons sont saisis en base de données et une image numérique

à haute résolution est prise. Ces informations sont accessibles

sur la toile par le site des CJB. A ce jour et depuis le début du projet

en 2004, les 1,7 Million de $ investis par la fondation ont permis de

traiter plus de 50’000 échantillons.

Un bILaN de l’évolution de la Biodiversité en suisse

publication d’un livre du Forum Biodiversité

à l’occasion du «compte à rebours 2010»

L. Gautier

les pertes ont pu être ralenties,

ce qui met en valeur l’effet des

mesures diverses adoptées pour

protéger l’environnement dès les

années 1980, par exemple dans

le domaine agricole ou forestier.

La tendance générale laisse à

penser que le fond est quasiment

atteint et qu’une légère remontée

se dessine peu à peu, ce qui est en

soi réjouissant malgré les énormes

pertes subies depuis plus

d’un siècle. De nouveaux nuages

s’amoncellent cependant à l’horizon

sous la forme des menaces

générées par les changements

climatiques et les espèces exotiques

envahissantes.

Le livre a été publié tout d’abord

en allemand en avril 2010 et la

version française sera disponible

au printemps 2011. Des informations

complémentaires sont

disponibles sur :

www.biodiversity.ch/f/.

C. Lambelet

pagE 38 – N° 41 – décEmbRE 10 – La FEUILLE VERTE – JOURNaL dES cONSERVaTOIRE ET JaRdIN bOTaNIqUES


publication d’une LISTE

des espèces et sites prioritaires

des pLaNTES VaScULaIRES

du canton de genève

A l’occasion de l’année de la biodiversité les

Conservatoire et Jardin Botaniques et la Direction

générale Nature et paysage achèvent dix années

d’un projet de collaboration concernant l’inventaire

des espèce menacées du canton de genève

ébuté par le recensement des espèces

rares et de leurs populations qui

a mobilisé plusieurs personnes pour des

campagnes de terrain entre 2001 et 2005, il

a débouché en 2006 sur la publication d’une

liste des plantes vasculaires avec Liste Rouge.

Pour mieux pouvoir gérer les près de 400

espèces qui ont un statut de menace cantonal,

l’étape suivante a consisté à hiérarchiser les espèces

selon une priorité d’action. La méthode

développée a permis d’évaluer plus de 250 es-

es événements vulcanologiques exceptionnels que nous avons

vécu cette année et qui ont paralysé l’Europe entière, n’ont

pas toujours eu que des conséquences néfastes pour l’Humanité...

En 1815, l’explosion du volcan Tambora en Indonésie (quelques

10 000 fois supérieures à celle du volcan islandais) en rejetant un

énorme nuage de cendre, a contribué à faire diminuer de 1 degré

la température de l’Hémisphère nord. Elle a créé les conditions

d’une disette sans précédent lors de l’année suivante (1816) appelée

«l’année sans été». Cette dernière eut pour conséquence directe la

fondation même de notre Institution, le Jardin botanique de Genève

pèces. Suivant leur localisation géographique,

elles ont ensuite été regroupées en plus de 430

sites, qui ont eux aussi été hiérarchisés.

Le résultat sera prochainement publié dans

un Hors Série, qui comprendra notamment les

résultats détaillés par commune. Il permettra

aux gestionnaires de la nature de tenir compte

au mieux des intérêts des plantes de notre

canton et de planifier les actions de sauvegarde

en conséquence.

C. Lambelet

aU-dESSOUS du volcan

brèves

LAMBELET-HAUETER, C., C. SCHNEIDER & R.

MAYOR (2006). Inventaire des plantes vasculaires du

canton de Genève avec Liste Rouge. Hors-série

N° 10. Conservatoire et Jardin botaniques de la Ville

de Genève, Genève.

LAMBELET-HAUETER, C., C. SCHNEIDER & B. VON

ARX (2010). Conservation des plantes vasculaires du

canton de Genève : espèces et sites prioritaires. Horssérie

N° 12. Conservatoire et Jardin botaniques de la

Ville de Genève, Genève (à paraître).

en 1817 sur l’emplacement de l’actuel Parc des Bastions !

Candolle rapporta ainsi ces événements exceptionnels :

« Cet hiver de 1816 à 1817 fut remarquable par une cherté de vivres qui

pouvait presque s’appeler disette. On montra un zèle et une générosité

remarquables pour faciliter la nourriture des classes pauvres, soit en leur

donnant des vivres à bon marché, soit en leur fournissant du

travail. Cette circonstance qui aurait pu la retarder, accéléra la

fondation du Jardin botanique .»

Patrick Bungener Collaborateur scientifique

La FEUILLE VERTE – JOURNaL dES cONSERVaTOIRE ET JaRdIN bOTaNIqUES – N° 41 – décEmbRE 10 – pagE 39


CONSERVATOIRE

ET JARDIN BOTANIQUES

VILLE DE GENèVE

Conservatoire & Jardin botaniques

Case postale 60

Chemin de l’impératrice 1

CH-1292 Chambésy/genève

Tél. 022 418 51 00

Fax 022 418 51 01

www.ville-ge.ch/cjb/

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