FEUILLE - Ville de Genève
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la<br />
<strong>FEUILLE</strong><br />
VERTE<br />
JOURNAL DES CONSERVATOIRE ET JARDIN BOTANIQUES – VILLE DE gENèVE<br />
DépARTEmENT DE LA CULTURE – N° 41 – DéCEmBRE 2010
ève<br />
Vive nos aRbRES<br />
Depuis le mois d’octobre, un portail web dédié aux arbres du canton <strong>de</strong><br />
<strong>Genève</strong> est accessible à l’adresse :<br />
www.ville-geneve.ch/themes/environnement-urbain-espaces-verts/arbres/<br />
ou tapez «arbres» dans le moteur <strong>de</strong> recherche du site <strong>de</strong> la <strong>Ville</strong> <strong>de</strong> <strong>Genève</strong>.<br />
Ce site réalisé par la <strong>Ville</strong> <strong>de</strong> <strong>Genève</strong>, en partenariat avec le Système d’Information<br />
du Territoire Genevois (SITG), le Canton <strong>de</strong> <strong>Genève</strong> et la Haute<br />
école du paysage, d’Ingénierie et d’Architecture <strong>de</strong> <strong>Genève</strong> (Hepia), a<br />
bénéficié du soutien <strong>de</strong> la Fondation Hans Wilsdorf. Sa vocation est <strong>de</strong><br />
présenter au public les informations disponibles pour les 212 000 arbres<br />
hors forêts <strong>de</strong> l’inventaire cantonal. En effet, avec 1700 espèces et variétés<br />
ornementales d’arbres et arbustes, <strong>Genève</strong> dispose d’un patrimoine<br />
arboré d’une incroyable richesse. Depuis ce portail web, le public peut<br />
découvrir ce trésor genevois grâce à <strong>de</strong> nombreux articles, comme par<br />
exemple <strong>de</strong>s activités didactiques, l’histoire <strong>de</strong> certains arbres remarquables,<br />
<strong>de</strong>s fiches sur les principales espèces du canton ainsi que <strong>de</strong>s<br />
galeries photographiques <strong>de</strong> qualité. De plus, une plateforme cartographique<br />
<strong>de</strong>s arbres isolés du canton permet <strong>de</strong> retrouver facilement le<br />
nom <strong>de</strong>s arbres que le public croise tous les jours. En plus <strong>de</strong> cette carte,<br />
les internautes peuvent localiser tout au long <strong>de</strong> l’année les floraisons<br />
spectaculaires, les plus belles parures <strong>de</strong>s arbres à l’automne ou encore<br />
les fruits intéressants à observer. Véritable trait d’union entre les professionnels<br />
et le grand public, ce site entièrement tourné vers la découverte<br />
<strong>de</strong> nos arbres est déjà une référence incontournable. P. Martin<br />
Rédacteur responsable<br />
D. Roguet<br />
Rédacteurs<br />
D. Aeschimann, R. Avalos, O. Bakke,<br />
B. Bäumler, P. Boillat, A. Breda,<br />
P. Bungener, H. Burgos, S. Caetano,<br />
M. Chapalay, P. Clerc, D. Gautier, L. Gautier,<br />
D. Jeanmonod, C. Lambelet, P.-A. Loizeau,<br />
P. Martin, B. Mocellin, P. Mugny, Y. Naciri,<br />
R. Palese, J. Parra, A. Pin, P. Perret, D. Roguet,<br />
A. Schlüssel, P. Steinmann, M. Stitelmann,<br />
A. Traoré, M. Vera, N. Wyler<br />
Photographies<br />
D. Aeschimann, C. Lambelet, D. Roguet,<br />
B. Renaud, D. Roguet, PSR, Swissaid<br />
Conception graphique<br />
Atelier d’édition CJB<br />
Impression<br />
SRO Kundig - <strong>Genève</strong><br />
Le journal <strong>de</strong>s Conservatoire et Jardin botaniques<br />
<strong>de</strong> la <strong>Ville</strong> <strong>de</strong> <strong>Genève</strong> paraît une fois l’an.<br />
© 2010 Conservatoire et Jardin botaniques,<br />
<strong>Genève</strong>. Toute reproduction intégrale ou<br />
partielle <strong>de</strong>s textes ou <strong>de</strong>s illustrations <strong>de</strong> cette<br />
édition est strictement interdite sans l’accord<br />
préalable <strong>de</strong>s CJB.<br />
Vous pouvez télécharger la Feuille Verte au<br />
format PDF sur notre site internet :<br />
www.ville-ge.ch/cjb<br />
impressum<br />
sommaire - sommaire - sommaire<br />
Brèves 2<br />
editoriaux 3-4<br />
Jardin 5<br />
recherche 6-10<br />
travaux 11-12<br />
conservatoire 13<br />
conservation 14-19<br />
education 20-21<br />
rétrospectives 22-23<br />
coopération 24-31<br />
evènement 32-33<br />
programme 34<br />
puBlications 35<br />
partenaires 36-37<br />
Brèves 38-39<br />
pagE 2 – N° 41 – décEmbRE 10 – La <strong>FEUILLE</strong> VERTE – JOURNaL dES cONSERVaTOIRE ET JaRdIN bOTaNIqUES
Une Belle<br />
promesse d ’ avenir<br />
Les Conservatoire et Jardin botaniques <strong>de</strong> la <strong>Ville</strong> <strong>de</strong><br />
genève possè<strong>de</strong>nt un herbier <strong>de</strong> quelque 6 millions<br />
d’échantillons provenant du mon<strong>de</strong> entier et la<br />
bibliothèque réunit la quasi-totalité <strong>de</strong> tout ce qui a été<br />
publié dans le domaine <strong>de</strong> la botanique systématique<br />
es collections font<br />
<strong>de</strong>s CJB l’un <strong>de</strong>s tout<br />
premiers instituts mondiaux<br />
dans le domaine <strong>de</strong> la biodiversité<br />
végétale, dont on sait que<br />
la sauvegar<strong>de</strong> constitue aujourd’hui<br />
l’un <strong>de</strong>s enjeux cruciaux d’un développement<br />
harmonieux et durable<br />
<strong>de</strong> la planète.<br />
Mais les herbiers, tout comme les<br />
livres, nécessitent <strong>de</strong>s soins attentifs.<br />
Pour résister aux outrages du temps,<br />
ils doivent être conservés dans <strong>de</strong><br />
bonnes conditions. Au cours <strong>de</strong><br />
ces presque <strong>de</strong>ux siècles d’histoire,<br />
l’institution n’a pas cessé d’enrichir<br />
ses collections, fidèle à cet esprit<br />
naturaliste qui fit la renommée <strong>de</strong><br />
<strong>Genève</strong> dès le 18 e siècle. Au fil du<br />
temps, entre réaménagements et<br />
agrandissements successifs, les CJB<br />
n’ont pas ménagé leurs efforts pour<br />
trouver <strong>de</strong>s solutions permettant à<br />
la fois <strong>de</strong> continuer à enrichir leurs<br />
collections tout en les conservant le<br />
mieux possible.<br />
Dès 1973, un pas décisif a été franchi<br />
pour pérenniser ce qui constitue<br />
une base fondamentale pour la<br />
connaissance du mon<strong>de</strong> végétal en<br />
garantissant aux herbiers un statut<br />
<strong>de</strong> bien culturel d’importance<br />
internationale. Ils ont alors été<br />
placés dans <strong>de</strong>s abris anti-atomiques<br />
aménagés dans les sous-sols<br />
<strong>de</strong>s nouveaux bâtiments inaugurés<br />
à l’époque. Ces espaces ont permis<br />
d’absorber, provisoirement, l’augmentation<br />
constante <strong>de</strong>s collections. Or<br />
comme on peut bien l’imaginer, les<br />
herbiers trop compressés s’abîment,<br />
ils <strong>de</strong>viennent difficiles à consulter<br />
et toute manipulation risque <strong>de</strong><br />
les détériorer. D’où la nécessité <strong>de</strong><br />
prévoir <strong>de</strong> nouvelles extensions<br />
pour garantir leur conservation<br />
sans hypothéquer leur enrichissement<br />
futur.<br />
Ce défi est aujourd’hui en passe d’être<br />
relevé avec l’extension <strong>de</strong> l’herbier sur<br />
trois niveaux enterrés d’une construction<br />
répondant aux normes d’abri et<br />
<strong>de</strong> protection <strong>de</strong> biens culturels. Bien<br />
que cette réalisation ait bénéficié<br />
d’une subvention <strong>de</strong> la Confédération<br />
d’un montant <strong>de</strong> 1,4 million, elle a<br />
été rendue possible grâce aux 11,5<br />
millions d’un fonds spécial issu <strong>de</strong> la<br />
donation Varenne. Elle prélu<strong>de</strong> à une<br />
<strong>de</strong>uxième étape – la rénovation <strong>de</strong> La<br />
Console, un édifice emblématique <strong>de</strong><br />
l’histoire <strong>de</strong>s CJB.<br />
Pourquoi rappeler ces faits ? La raison<br />
en est simple. Si tout se passe comme<br />
prévu, les CJB <strong>de</strong>vraient pouvoir dispo-<br />
Patrice Mugny<br />
Conseiller administratif<br />
en charge<br />
du département<br />
<strong>de</strong> la culture<br />
<strong>de</strong> la <strong>Ville</strong> <strong>de</strong> <strong>Genève</strong><br />
Editorial<br />
ser, d’ici trois ans, <strong>de</strong>s équipements qui<br />
conviennent à une institution scientifique<br />
<strong>de</strong> premier plan et dont le rayonnement<br />
se mesure aujourd’hui par le<br />
nombre <strong>de</strong> sollicitations, à l’échelle<br />
planétaire, dont elle fait l’objet pour<br />
mener <strong>de</strong>s expertises et favoriser le partage<br />
<strong>de</strong>s savoirs et <strong>de</strong>s compétences, en<br />
particulier dans le cadre d’un intense<br />
coopération avec les pays du Sud.<br />
A l’heure <strong>de</strong> quitter mes fonctions <strong>de</strong><br />
Conseiller administratif qui a eu,<br />
durant huit ans, la responsabilité<br />
politique <strong>de</strong> cette institution, c’est<br />
pour moi une profon<strong>de</strong> satisfaction<br />
et – pourquoi pas ? – une gran<strong>de</strong><br />
fierté, d’avoir pu lancer cet indispensable<br />
projet <strong>de</strong> construction/<br />
rénovation d’une institution qui fait<br />
honneur à <strong>Genève</strong>.<br />
Et je lui souhaite un bel avenir.<br />
La <strong>FEUILLE</strong> VERTE – JOURNaL dES cONSERVaTOIRE ET JaRdIN bOTaNIqUES – N° 41 – décEmbRE 10 – pagE 3
cJB 100%<br />
renouvelables<br />
D’ici à fin 2010, les vastes installations <strong>de</strong>s Conservatoire<br />
et Jardins botaniques (CJB) tireront la quasi-totalité <strong>de</strong> leur<br />
énergie du bois et du soleil, avec l’appui d’un programme<br />
intelligent <strong>de</strong> chauffage pour ses serres et bâtiments<br />
e concept permettra d’assurer les<br />
besoins en chaleur du site en utilisant<br />
80% d’énergies renouvelables, évitant<br />
ainsi une consommation annuelle d’environ<br />
250 000 litres <strong>de</strong> mazout.<br />
La <strong>Ville</strong> <strong>de</strong> <strong>Genève</strong> vient <strong>de</strong> terminer l’installation <strong>de</strong>s<br />
pièces maîtresses <strong>de</strong> ce système, soient <strong>de</strong>ux chaudières<br />
à bois déchiqueté et une chaudière à gaz en<br />
appoint <strong>de</strong> la chaufferie centrale. La gestion thermique<br />
<strong>de</strong>s serres sera assurée informatiquement. Elle<br />
intégrera <strong>de</strong>s prévisions météo dans le système, afin<br />
d’optimiser l’utilisation <strong>de</strong> la chaufferie.<br />
Le bois est <strong>de</strong> retour<br />
Une partie du bois déchiqueté nécessaire aux chaudières<br />
sera issu <strong>de</strong> l’entretien <strong>de</strong>s parcs et forêts <strong>de</strong><br />
la <strong>Ville</strong> <strong>de</strong> <strong>Genève</strong>, alors que le sol<strong>de</strong> proviendra <strong>de</strong><br />
l’entretien <strong>de</strong>s forêts privées <strong>de</strong> la région. Un accord<br />
a abouti entre les associations <strong>de</strong> propriétaires<br />
forestiers privés du canton, l’Etat <strong>de</strong> <strong>Genève</strong> et la<br />
<strong>Ville</strong> <strong>de</strong> <strong>Genève</strong>. Ce système contribuera ainsi au<br />
développement d’une nouvelle filière bois dans le<br />
canton, sous l’égi<strong>de</strong> <strong>de</strong> la municipalité.<br />
Cet hiver, c’est l’Etat <strong>de</strong> <strong>Genève</strong> qui jouera un rôle<br />
<strong>de</strong> tampon en fournissant une partie du bois, les<br />
associations forestières ne débutant leurs opérations<br />
que cette année. Le bois sera vendu en forêt et<br />
c’est la <strong>Ville</strong> <strong>de</strong> <strong>Genève</strong> qui assumera son transport,<br />
stockage et déchiquetage.<br />
Nouveaux panneaux thermiques<br />
et photovoltaïques<br />
Le soleil est largement mis à profit. Le toit <strong>de</strong> la<br />
maison <strong>de</strong>s jardiniers, dans laquelle se situent<br />
l’essentiel <strong>de</strong>s besoins en eau chau<strong>de</strong> sanitaire<br />
du site, a accueilli cet hiver une centrale solaire<br />
thermique. D’une surface <strong>de</strong> 180 m 2 , elle alimente<br />
le réseau <strong>de</strong> chauffage et fournit une part <strong>de</strong> l’eau<br />
chau<strong>de</strong> sanitaire pour la cafétéria et les vestiaires <strong>de</strong>s<br />
jardiniers. Cette installation mixte autorisera l’arrêt<br />
<strong>de</strong> la chaufferie centrale durant la belle saison.<br />
Ces panneaux thermiques <strong>de</strong>vraient produire<br />
environ 130 000 kWh par an, soit une économie<br />
équivalente à 13 000 litres <strong>de</strong> mazout ou une<br />
diminution <strong>de</strong>s émissions <strong>de</strong> gaz à effet <strong>de</strong> serre<br />
<strong>de</strong> l’ordre <strong>de</strong> 34,5 tonnes <strong>de</strong> CO 2 . S’ajoutent désormais<br />
à ce dispositif une centrale solaire photovoltaïque.<br />
D’une surface <strong>de</strong> 148 m 2 , elle produira<br />
annuellement 20 000 kWh, soit l’équivalent <strong>de</strong> la<br />
consommation <strong>de</strong> sept foyers <strong>de</strong> quatre personnes.<br />
Cette électricité sera revendue aux SIG et disponible<br />
via l’offre SIG-Vitale Vert.<br />
Arrosage <strong>de</strong>s plantes avec l’eau du<br />
lac et nouveaux bâtiments en vue<br />
Les jardins <strong>de</strong>s CJB nécessitent beaucoup d’eau.<br />
Cet été, un raccor<strong>de</strong>ment sur le réseau d’eau du<br />
lac « <strong>Genève</strong> Lac Nations» a donc été réalisé pour<br />
l’arrosage <strong>de</strong>s plantes. 60 000 m 3 d’eau issus du<br />
Pierre-André Loizeau Directeur<br />
réseau potable seront remplacés par <strong>de</strong> l’eau du<br />
lac, réduisant la facture d’eau <strong>de</strong> plus <strong>de</strong> 45%.<br />
S’ajoute à cela le fait que <strong>de</strong>puis <strong>de</strong> nombreuses<br />
années déjà, les CJB ont développé une installation<br />
<strong>de</strong> récupération d’eau <strong>de</strong> pluie <strong>de</strong> 1000 m 3 ,<br />
qui permet <strong>de</strong> couvrir une partie <strong>de</strong>s besoins en<br />
eau d’arrosage du site.<br />
Actuellement en cours <strong>de</strong> réalisation, le nouvel herbier<br />
souterrain détiendra enfin une très haute performance<br />
énergétique. Quant au futur bâtiment BOT<br />
III, dont l’étu<strong>de</strong> <strong>de</strong> rénovation est en cours, il autorisera<br />
une diminution <strong>de</strong> <strong>de</strong>ux tiers <strong>de</strong> ses consommations.<br />
Ces projets s’inscrivent dans les objectifs fixés<br />
par la stratégie «100% renouvelable en 2050 », dont<br />
le déploiement permet <strong>de</strong> soutenir l’économie locale<br />
dans un contexte économique difficile.<br />
Des travaux financés par le canton<br />
et la Confédération<br />
La rénovation <strong>de</strong> la chaufferie centrale et l’installation<br />
<strong>de</strong> <strong>de</strong>ux chaudières à bois déchiqueté s’élève<br />
à 750 000 francs, subventionnés par le fonds énergie<br />
<strong>de</strong>s collectivités publiques. Il en va <strong>de</strong> même<br />
pour le raccor<strong>de</strong>ment sur le réseau d’eau « <strong>Genève</strong><br />
Lac Nations» (340 000 francs). Quant à l’installation<br />
<strong>de</strong> panneaux solaires thermiques, chiffrée<br />
à 200 000 francs, elle a pu être réalisée grâce à<br />
l’appui <strong>de</strong>s subventions fédérales et cantonales dans<br />
le cadre du programme ChèqueEnergie 2009.<br />
pagE 4 – N° 41 – décEmbRE 10 – La <strong>FEUILLE</strong> VERTE – JOURNaL dES cONSERVaTOIRE ET JaRdIN bOTaNIqUES
La politique <strong>de</strong><br />
gESTION <strong>de</strong> nos<br />
cOLLEcTIONS<br />
Alexandre Breda Jardinier-Chef<br />
Pascale Steinmann Adjointe au Jardinier-Chef<br />
l’instar <strong>de</strong> nombreux<br />
Jardins botaniques européens,<br />
nous avons décidé<br />
d’engager une vaste réflexion sur la<br />
politique <strong>de</strong> gestion <strong>de</strong> nos collections<br />
vivantes. Cette réflexion porte sur les<br />
collections qui comprennent celles<br />
du Jardin alpin <strong>de</strong> la Linnaea et celles<br />
du domaine <strong>de</strong> Penthes.<br />
En effet, les collections sont souvent<br />
le fait d’hommes particulièrement<br />
bien inspirés, qui, à travers leur passion,<br />
ont accumulé un plus ou moins<br />
grand nombre <strong>de</strong> références sur<br />
une thématique donnée. Ceci peut<br />
conduire à une certaine hétérogénéité<br />
<strong>de</strong>s concepts et <strong>de</strong>s objets, ce d’autant<br />
plus que les CJB ont une histoire qui<br />
crée certaines contraintes.<br />
Cependant les Jardins botaniques<br />
doivent revoir périodiquement la<br />
bonne adéquation <strong>de</strong> la qualité et <strong>de</strong><br />
l’étendue <strong>de</strong> leurs collections avec les<br />
Une révision périodique<br />
<strong>de</strong> ce document<br />
permettra <strong>de</strong> faire<br />
évoluer les collections<br />
questions et les préoccupations du<br />
moment. Par ailleurs, elles doivent<br />
aussi s’adapter à l’évolution <strong>de</strong> la<br />
législation et <strong>de</strong> leurs missions. Un<br />
point <strong>de</strong> situation a été effectué dans<br />
les années nonante par le Professeur<br />
Spichiger, directeur <strong>de</strong> l’époque.<br />
Issus généralement <strong>de</strong> Jardins d’acclimatation,<br />
dans lesquels les jardiniers<br />
tentaient d’adapter à nos latitu<strong>de</strong>s la<br />
diversité <strong>de</strong>s plantes exotiques pour<br />
la présenter au public, les Jardins<br />
botaniques voient, <strong>de</strong> nos jours, évoluer<br />
leurs missions vers <strong>de</strong>s considérations<br />
plus locales et en lien direct<br />
avec une nature menacée. Ainsi<br />
leur rôle s’oriente vers la recherche,<br />
la conscientisation, l’éducation et<br />
la conservation in situ et ex situ. La<br />
collection doit donc être adaptée, car<br />
elle doit être au service <strong>de</strong> ceux qui<br />
l’utilisent.<br />
D’autre part, la collection doit également<br />
obéir à <strong>de</strong>s règles précises<br />
permettant <strong>de</strong> la documenter. Cette<br />
documentation rigoureuse assure<br />
une traçabilité <strong>de</strong>s origines, utiles<br />
tant du point <strong>de</strong> vue du respect<br />
<strong>de</strong>s règles commerciales strictes<br />
liées au problème du biopiratage<br />
que <strong>de</strong> celui <strong>de</strong> la connaissance <strong>de</strong><br />
l’origine génétique <strong>de</strong>s individus.<br />
Les CJB ont adopté <strong>de</strong>puis quelques<br />
années les règles <strong>de</strong> l’IPEN (International<br />
Plant Exchange Network)<br />
dans ce but.<br />
Une étu<strong>de</strong> approfondie <strong>de</strong> l’état et<br />
du contenu <strong>de</strong> la collection vivante<br />
<strong>de</strong>s CJB sera menée. Les thématiques<br />
seront redéfinies en fonction<br />
d’objectifs <strong>de</strong> recherche, d’éduca-<br />
Les Jardins botaniques<br />
doivent revoir<br />
périodiquement<br />
la qualité et l’étendue<br />
<strong>de</strong> leurs collections<br />
tion et <strong>de</strong> conservation. Le temps<br />
nécessaire au maintien <strong>de</strong>s collections<br />
sera estimé pour chacune<br />
d’elles, afin <strong>de</strong> garantir <strong>de</strong>s soins<br />
suffisants et adaptés aux moyens à<br />
Jardin<br />
disposition. Une révision périodique<br />
<strong>de</strong> ce document permettra <strong>de</strong> faire<br />
évoluer les collections en fonction<br />
<strong>de</strong> nouvelles missions et <strong>de</strong> nouveaux<br />
moyens.<br />
Dans le cadre <strong>de</strong> ce projet, une étudiante<br />
a travaillé plusieurs mois sur<br />
la politique <strong>de</strong> gestion <strong>de</strong> nos collections<br />
pour son master en environnement.<br />
A partir <strong>de</strong> ses constatations<br />
et conclusion, nous élaborerons les<br />
lignes directrices pour la gestion <strong>de</strong><br />
nos collections.<br />
Notre objectif ultime est <strong>de</strong> s’assurer<br />
que les bonnes plantes soient<br />
placées aux bons endroits pour une<br />
bonne utilisation. Ce credo doit<br />
servir <strong>de</strong> gui<strong>de</strong> pour tous les collaborateurs<br />
<strong>de</strong>s CJB dans la gestion<br />
et le développement <strong>de</strong>s collections<br />
vivantes.<br />
La <strong>FEUILLE</strong> VERTE – JOURNaL dES cONSERVaTOIRE ET JaRdIN bOTaNIqUES – N° 41 – décEmbRE 10 – pagE 5
La Flore éLEcTRONIqUE<br />
<strong>de</strong> SUISSE<br />
Ce nouveau projet a pour objectif principal le développement d’un outil<br />
électronique portable pour i<strong>de</strong>ntifier les plantes vasculaires <strong>de</strong> Suisse<br />
ue vous soyez un botaniste<br />
confirmé, un étudiant ou un amateur<br />
<strong>de</strong> plantes, il vous faut un<br />
outil simple d’utilisation, technologiquement<br />
performant et scientifiquement pertinent<br />
pour vous permettre d’i<strong>de</strong>ntifier une espèce<br />
végétale.<br />
La Suisse dispose d’une documentation floristique<br />
diversifiée sous forme d’ouvrages<br />
imprimés (Flores, Atlas <strong>de</strong> distribution,<br />
Listes Rouges, etc.), ainsi que <strong>de</strong> très nombreuses<br />
données accessibles en ligne sur le<br />
site du Centre du Réseau Suisse <strong>de</strong> Floristique<br />
(www.crsf.ch). Mais le développement<br />
rapi<strong>de</strong> <strong>de</strong>s nouvelles technologies informatiques<br />
offre aujourd’hui <strong>de</strong> nouvelles<br />
perspectives : la petite Flore <strong>de</strong> poche <strong>de</strong> la<br />
Suisse, bien connue sous le nom <strong>de</strong> «Nouveau<br />
Binz», <strong>de</strong>vient chrysali<strong>de</strong> ; un projet <strong>de</strong><br />
Flore électronique prend forme aux CJB.<br />
Que sera le papillon ? Un appareil électronique<br />
à emporter sur le terrain (tablette, téléphone<br />
portable ou autre), comprenant <strong>de</strong>s systèmes<br />
d’i<strong>de</strong>ntification, <strong>de</strong>s <strong>de</strong>scriptions d’espèces,<br />
<strong>de</strong>s photos détaillées, <strong>de</strong>s cartes <strong>de</strong> distribution,<br />
etc. Le travail du botaniste sera facilité,<br />
grâce à l’accès à une multitu<strong>de</strong> d’informations<br />
mises à jour périodiquement. Pour ce qui est<br />
<strong>de</strong> l’illustration en particulier, la mise à disposition<br />
<strong>de</strong> l’utilisateur <strong>de</strong> nombreuses photographies<br />
numériques <strong>de</strong>s caractères distinctifs<br />
<strong>de</strong>s espèces offrira une ai<strong>de</strong> considérable à la<br />
Le travail du botaniste sera<br />
facilité, grâce à l’accès à<br />
une multitu<strong>de</strong> d’informations<br />
mises à jour périodiquement<br />
détermination, comme le montrent trois exemples<br />
: Viola riviniana, Lolium perenne et Elymus<br />
repens. Cet appareil <strong>de</strong>vrait être le plus<br />
réduit possible, afin d’être utilisé facilement<br />
sur le terrain. Il <strong>de</strong>vra afficher une excellente<br />
visibilité <strong>de</strong>s informations à l’écran, supporter<br />
la pluie et les gelées matinales. La<br />
déclinaison du contenu <strong>de</strong>vrait pouvoir se<br />
faire non seulement au niveau d’un outil<br />
noma<strong>de</strong>, mais aussi d’un site web, voire<br />
d’une publication papier traditionnelle.<br />
Les CJB fourniront une large partie du<br />
contenu <strong>de</strong> cette Flore électronique : clés<br />
<strong>de</strong> détermination, <strong>de</strong>scriptions d’espèces,<br />
expertise en nomenclature, iconographie.<br />
Ils vont coordonner le projet grâce à leur<br />
expérience quant aux besoins <strong>de</strong>s utilisateurs<br />
et collaborent avec quatre partenaires,<br />
la DSIC, le CRSF, l’HEPIA et les<br />
David Aeschimann Conservateur<br />
Beat Bäumler Adjoint scientifique<br />
Pierre-André Loizeau Directeur<br />
éditions HAUPT, qui publient Flora Helvetica.<br />
La Direction <strong>de</strong>s systèmes d’information et <strong>de</strong><br />
la communication <strong>de</strong> la <strong>Ville</strong> <strong>de</strong> <strong>Genève</strong> (DSIC)<br />
apportera ses compétences informatiques,<br />
notamment au niveau <strong>de</strong> la programmation. Le<br />
Centre du Réseau Suisse <strong>de</strong> Floristique (CRSF)<br />
gère une base <strong>de</strong> données <strong>de</strong>s informations floristiques<br />
<strong>de</strong> Suisse et fournira notamment les<br />
cartes <strong>de</strong> distribution <strong>de</strong>s espèces. La Haute<br />
école du paysage, d’ingénierie et d’architecture<br />
<strong>de</strong> <strong>Genève</strong> (HEPIA) apportera son expertise<br />
sur plusieurs axes : compétences en sciences<br />
naturelles, en programmation informatique et<br />
en technologies. Ce projet bénéficie d’une subvention<br />
fédérale (OFEV).<br />
De gauche à droite<br />
Viola riviniana Eperon épais, sillonné et échancré à<br />
l’extrémité; Lolium perenne Une seule glume à la<br />
base <strong>de</strong> l’épillet (sur la droite <strong>de</strong> l’image); Elymus<br />
repens Deux glumes à la base <strong>de</strong> l’épillet.<br />
pagE 6 – N° 41 – décEmbRE 10 – La <strong>FEUILLE</strong> VERTE – JOURNaL dES cONSERVaTOIRE ET JaRdIN bOTaNIqUES
ce que nous apprennent les<br />
analyses <strong>de</strong> la<br />
Biodiversité en cORSE<br />
Daniel Jeanmonod Conservateur<br />
André Schlüssel Adjoint scientifique<br />
En 2007 nous annoncions la parution <strong>de</strong> Flora Corsica, un ouvrage <strong>de</strong> synthèse et<br />
<strong>de</strong> terrain pour l’i<strong>de</strong>ntification <strong>de</strong> toutes les espèces <strong>de</strong> plantes présentes en Corse<br />
epuis, grâce aux données<br />
que nous avions<br />
accumulées dans cette<br />
flore, nous avons pu analyser la biodiversité<br />
(ou phytodiversité puisqu’il<br />
s’agit <strong>de</strong> plantes uniquement) <strong>de</strong> l’île<br />
sous divers aspects. Nous évoquons<br />
quelques-uns <strong>de</strong> ces résultats ici :<br />
1) La flore <strong>de</strong> cette île s’avère<br />
particulièrement riche : les données<br />
comparatives montrent que la Corse<br />
comporte plus d’espèces <strong>de</strong> plantes<br />
que les autres gran<strong>de</strong>s îles méditerranéennes,<br />
avec une richesse spécifique<br />
quasi comparable avec celles<br />
<strong>de</strong>s régions méditerranéennes continentales<br />
voisines (fig. 1). Rappelons<br />
ici que les îles se révèlent généralement<br />
plus pauvres que les régions<br />
continentales adjacentes, du fait <strong>de</strong><br />
leur isolement géographique.<br />
2) Une gran<strong>de</strong> partie <strong>de</strong> cette flore<br />
(environ 40% !) se caractérise par<br />
une répartition très limitée dans<br />
l’île, c’est-à-dire qu’on rencontre<br />
ces espèces au maximum dans<br />
dix stations ou dans une zone géographique<br />
très localisée. Ce type<br />
<strong>de</strong> distribution en fait <strong>de</strong>s espèces<br />
susceptibles <strong>de</strong> <strong>de</strong>voir être protégées<br />
ou gérées <strong>de</strong> façon à ce qu’elles ne<br />
disparaissent pas suite à un aména-<br />
gement routier, une urbanisation ou<br />
tout autre atteinte. Ces plantes rares<br />
sont principalement <strong>de</strong>s espèces <strong>de</strong>s<br />
milieux aquatiques<br />
ou bien<br />
<strong>de</strong>s plantes<br />
qui vivent sur<br />
les falaises<br />
et les rochers<br />
c a l c a i r e s ,<br />
<strong>de</strong>ux types<br />
<strong>de</strong> milieux<br />
peu fréquents<br />
dans l’île. Par<br />
ailleurs, il<br />
s’agit le plus<br />
souvent <strong>de</strong><br />
plantes vivant à basse altitu<strong>de</strong> (ce<br />
que l’on appelle l’étage mésoméditerranéen,<br />
soit entre 10 et 1000 m),<br />
alors que l’on pensait plutôt les trouver<br />
plus haut.<br />
3) La Corse est soumise à un climat<br />
qui lui permet <strong>de</strong> montrer <strong>de</strong>s plan-<br />
Fig. 1 Comparaison <strong>de</strong> la<br />
richesse floristique <strong>de</strong> la<br />
Corse avec celle <strong>de</strong>s gran<strong>de</strong>s<br />
îles méditerranéennes et <strong>de</strong>s<br />
régions continentales voisines,<br />
ainsi qu’avec celle <strong>de</strong> la<br />
Suisse. Ces territoires ayant<br />
<strong>de</strong>s surfaces très différentes,<br />
seules les valeurs logarithmiques<br />
permettent une<br />
comparaison qui a un sens. La<br />
ligne représentant les valeurs<br />
moyennes attendues (droite<br />
<strong>de</strong> régression), les territoires<br />
sous la ligne sont plus pauvres,<br />
ceux au-<strong>de</strong>ssus plus riches.<br />
tes en fleur tout au long <strong>de</strong> l’année.<br />
Certes elles ne sont que 34 espèces à<br />
fleurir en décembre et 35 en janvier,<br />
Recherche<br />
mais la meilleure pério<strong>de</strong> pour voir<br />
le maximum d’espèces en fleur ne<br />
sont pas les mois d’avril ou mai,<br />
comme on aurait pu s’y attendre<br />
dans une zone méditerranéenne,<br />
mais en juin, mois pendant lequel<br />
près <strong>de</strong>s ¾ <strong>de</strong>s espèces <strong>de</strong> plantes<br />
(1598 !) sont susceptibles d’être en<br />
fleur à une altitu<strong>de</strong> ou à une autre<br />
dans l’île (fig. 2).<br />
4) Autre surprise : on pensait trouver<br />
le plus d’espèces endémiques dans la<br />
partie sommitale <strong>de</strong> l’île (les étages<br />
oroméditerranéen, subalpin et alpin<br />
situés au-<strong>de</strong>ssus <strong>de</strong> 1600 m), mais<br />
en fait c’est dans l’étage montagnard<br />
situé entre 1000 et 1700 m que l’on<br />
en trouve le plus, alors que cet étage<br />
ne couvre que 11% <strong>de</strong> la surface <strong>de</strong><br />
l’île (fig. 3).<br />
5) Chaque année, <strong>de</strong> nouvelles espèces<br />
arrivent dans l’île, généralement<br />
introduites pour <strong>de</strong>s raisons essentiellement<br />
ornementales. Malheureusement<br />
ces espèces se révèlent parfois<br />
Fig. 2<br />
Nombre<br />
d’espèces<br />
<strong>de</strong> plantes<br />
en fleur<br />
à chaque<br />
mois <strong>de</strong><br />
l’année.<br />
La <strong>FEUILLE</strong> VERTE – JOURNaL dES cONSERVaTOIRE ET JaRdIN bOTaNIqUES – N° 41 – décEmbRE 10 – pagE 7
Fig. 3 Nombre d’espèces <strong>de</strong> plantes endémiques dans chacun <strong>de</strong>s étages <strong>de</strong> végétation (ces<br />
étages sont placés selon leur position altitudinale respective, en partant du niveau <strong>de</strong> la mer<br />
jusqu’aux plus hauts sommets <strong>de</strong> l’île).<br />
envahissantes (telles que l’Ailanthe<br />
Ailanthus altissima, la Griffe <strong>de</strong> sorcière<br />
Carpobrotus edulis, le Séneçon<br />
du Cap Senecio inaequi<strong>de</strong>ns...) et<br />
peuvent alors poser d’énormes problèmes<br />
<strong>de</strong> gestion en menaçant les<br />
espèces rares ou endémiques <strong>de</strong> l’île,<br />
ou en posant <strong>de</strong>s problèmes d’ordre<br />
économique. Nous avons calculé la<br />
progression numérique <strong>de</strong>s espèces<br />
introduites dans l’île en fonction <strong>de</strong>s<br />
données recueillies <strong>de</strong>puis un siècle<br />
(fig. 4). Cette projection tend à montrer<br />
qu’il <strong>de</strong>vrait y avoir davantage<br />
d’espèces introduites que d’espèces<br />
indigènes dans un siècle environ.<br />
Certes toutes ces plantes ne survivent<br />
pas à long terme, mais celles qui<br />
semble pouvoir subsister et se repro-<br />
duire (on les appelle <strong>de</strong>s métaphytes)<br />
<strong>de</strong>vraient alors représenter quand<br />
même plus que 60% <strong>de</strong> la flore indigène.<br />
Ce modèle (fig. 4) donne une<br />
gran<strong>de</strong> stabilité au nombre <strong>de</strong> plantes<br />
indigènes, mais il est probable<br />
que plusieurs d’entre elles risquent<br />
<strong>de</strong> disparaître suite à la concurrence<br />
faite par les espèces envahissantes.<br />
Cet aspect représente un défi à relever<br />
pour le Conservatoire botanique <strong>de</strong><br />
Corse qui a la charge <strong>de</strong> la gestion <strong>de</strong><br />
la biodiversité <strong>de</strong> l’île.<br />
Bien d’autres résultats, en voie <strong>de</strong><br />
publication, nous permettent <strong>de</strong><br />
mieux cerner les aspects <strong>de</strong> la biodiversité<br />
corse, ce qui en font <strong>de</strong>s outils<br />
pour une meilleure gestion du patrimoine<br />
original <strong>de</strong> l’île.<br />
Fig. 4 Evolution attendue du nombre d’espèces introduites, et parmi celles-ci, <strong>de</strong> celles qui subsistent<br />
et se reproduisent (= métaphytes), par rapport au nombre d’espèces indigènes (qui reste stable).<br />
pagE 8 – N° 41 – décEmbRE 10 – La <strong>FEUILLE</strong> VERTE – JOURNaL dES cONSERVaTOIRE ET JaRdIN bOTaNIqUES
Le catalogue <strong>de</strong>s lichens <strong>de</strong><br />
sUISSE est maintenant sur le web<br />
En 2004 paraissait, l’ouvrage «Les champignons lichénisés<br />
<strong>de</strong> Suisse». publié dans la revue «Cryptogamica Helvetica»<br />
sous l’égi<strong>de</strong> <strong>de</strong> «Bryolich» et <strong>de</strong> la Société mycologique suisse ;<br />
financé par les CJB et l’Académie suisse <strong>de</strong>s sciences naturelles<br />
e catalogue est en quelque<br />
sorte un «bottin téléphonique»<br />
<strong>de</strong>s espèces<br />
<strong>de</strong> lichens suisses. Il fournit, en 320<br />
pages, l’information essentielle sur la<br />
nomenclature, l’écologie et la distribution<br />
<strong>de</strong>s 1650 espèces <strong>de</strong> lichens dont<br />
l’existence en Suisse était alors rapportée<br />
dans la littérature. Cependant, les<br />
connaissances sur la fonge lichénique<br />
suisse sont en constante évolution et,<br />
après la parution <strong>de</strong> <strong>de</strong>ux compléments<br />
au Catalogue (Clerc 2005, 2009), on<br />
dénombrait déjà 1700 espèces pour<br />
la Suisse. Un tel catalogue en version<br />
papier <strong>de</strong>vient donc rapi<strong>de</strong>ment obsolète<br />
au fil <strong>de</strong>s années après sa publication. Le projet<br />
<strong>de</strong> mettre une version électronique <strong>de</strong> ce catalogue<br />
on line sur les pages web <strong>de</strong>s CJB a été dès lors clairement<br />
défini comme étant un premier pas dans<br />
l’élaboration d’une «Flore numérique <strong>de</strong>s lichens<br />
<strong>de</strong> Suisse» (Clerc & Truong 2008). Un catalogue<br />
électronique a l’avantage sur la version papier <strong>de</strong><br />
pouvoir être mis à jour régulièrement à moindre<br />
frais et <strong>de</strong> pouvoir être consultable sur le web partout<br />
dans le mon<strong>de</strong>.<br />
Le système d’informations<br />
botaniques <strong>de</strong> genève (SIBg)<br />
Avec quelque 6 000 000 d’échantillons d’herbiers<br />
à gérer, environ 15 000 spécimens cultivés<br />
à entretenir et plus <strong>de</strong> 80 projets <strong>de</strong> recherche à<br />
mener, les CJB on consacré un effort important<br />
à la mise en place d’un système d’informations<br />
permettant à la fois la gestion <strong>de</strong>s collections<br />
vivantes, <strong>de</strong>s herbiers et <strong>de</strong>s projets scientifiques:<br />
le Système d’informations botaniques <strong>de</strong> <strong>Genève</strong><br />
(SIBG). C’est notamment à partir du SIBG que<br />
sont aujourd’hui extraites les informations proposées<br />
aux internautes via les différentes bases<br />
<strong>de</strong> données mises sur la « toile » à l’adresse sui-<br />
vante: http://www.ville-ge.ch/cjb/bd.php.<br />
Concernant plus particulièrement les lichens<br />
<strong>de</strong> Suisse, une première base <strong>de</strong> données, dite<br />
« locale » a été développée en vue <strong>de</strong> la publication<br />
<strong>de</strong> l’ouvrage « Les champignons lichénisés <strong>de</strong><br />
Suisse » et <strong>de</strong> ses compléments (Clerc 2004, 2005,<br />
2009). Avec le projet <strong>de</strong> « Catalogue électronique<br />
<strong>de</strong>s lichens <strong>de</strong> Suisse » (Clerc & Truong 2010)<br />
et l’idée <strong>de</strong> développer dans le futur une « Flore<br />
numérique <strong>de</strong>s lichens <strong>de</strong> Suisse » (Clerc & Truong<br />
2008), l’intégration <strong>de</strong> ces informations au SIBG<br />
était incontournable. Compte tenu <strong>de</strong>s spécificités<br />
inhérentes à la lichénologie, le SIBG a donc dû être<br />
adapté, notamment par l’introduction d’environ<br />
25 nouvelles tables et l’importation <strong>de</strong> quelque<br />
65 000 enregistrements (données taxonomiques,<br />
chorologiques, écologiques et bibliographiques).<br />
En parallèle, un outil spécifique <strong>de</strong> gestion <strong>de</strong> ces<br />
informations a été développé.<br />
Le catalogue électronique<br />
<strong>de</strong>s lichens <strong>de</strong> Suisse<br />
La page d’entrée sur le site permet directement la<br />
recherche d’une espèce au moyen d’une ban<strong>de</strong><br />
déroulante à gauche. Six onglets permettent<br />
Philippe Clerc Conservateur<br />
Raoul Palese Conservateur<br />
Recherche<br />
d’accé<strong>de</strong>r à la recherche, à un bref<br />
historique <strong>de</strong> la lichénologie suisse,<br />
aux informations nécessaires à la<br />
consultation du catalogue, à l’ensemble<br />
<strong>de</strong> la littérature consultée, à divers<br />
liens internets et aux remerciements.<br />
Lorsqu’une espèce à été sélectionnée<br />
dans la ban<strong>de</strong> déroulante à gauche, les<br />
informations la concernant apparaissent<br />
alors dans la ban<strong>de</strong> principale à<br />
droite. Pour chacune <strong>de</strong>s espèces, le<br />
catalogue fournit <strong>de</strong>s informations sur<br />
sa synonymie, son écologie (substrat),<br />
sa distribution altitudinale (étages <strong>de</strong><br />
végétation), sa répartition en Suisse,<br />
que cela soit au niveau cantonal ou<br />
au niveau <strong>de</strong>s régions naturelles, ainsi que la liste<br />
<strong>de</strong>s publications sur lesquelles se base sa mention<br />
pour la Suisse. Le « Catalogue électronique <strong>de</strong>s<br />
lichens <strong>de</strong> Suisse » (Clerc & Truong 2010) a été<br />
lancé sur le web en février 2010. Il est consultable<br />
à l’adresse suivante : http://www.ville-ge.ch/<br />
musinfo/bd/cjb/cataloguelichen et contient exactement<br />
1770 espèces validées pour la Suisse.<br />
perspectives<br />
Ce catalogue électronique est un premier pas dans<br />
le développement aux CJB et sur la toile d’une<br />
« Flore numérique <strong>de</strong>s lichens <strong>de</strong> Suisse ». L’année<br />
2011 <strong>de</strong>vrait voir l’ouverture d’un site web contenant<br />
les premiers genres traités <strong>de</strong> la « Flore numérique<br />
<strong>de</strong>s lichens <strong>de</strong> Suisse ».<br />
Bibliographie<br />
Clerc, P. (2004). Les champignons lichénisés <strong>de</strong> Suisse. Catalogue<br />
bibliographique complété par <strong>de</strong>s données sur la distribution<br />
et l’écologie <strong>de</strong>s espèces. Cryptogamica Helvetica 19: 1-320.<br />
Clerc, P. (2005). Premier complément au Catalogue <strong>de</strong>s lichens<br />
<strong>de</strong> Suisse. Meylania 31: 8-12.<br />
Clerc, P. (2009). Deuxième complément au Catalogue <strong>de</strong>s lichens<br />
<strong>de</strong> Suisse. Meylania 42: 7-14.<br />
Clerc, P. & C. Truong (2008). Une flore du 21e siècle: la flore<br />
numérique <strong>de</strong>s lichens <strong>de</strong> Suisse. Feuille Verte 39:14-15.<br />
Clerc, P. & C. Truong (2010). Catalogue <strong>de</strong>s lichens <strong>de</strong> Suisse.<br />
http://www.ville-ge.ch/musinfo/bd/cjb/cataloguelichen<br />
[Version 1.0, 01.03.2010].<br />
La <strong>FEUILLE</strong> VERTE – JOURNaL dES cONSERVaTOIRE ET JaRdIN bOTaNIqUES – N° 41 – décEmbRE 10 – pagE 9
Les cOdE-baRRES<br />
génétiques chez les<br />
plantes vasculaires<br />
Sofia Caetano Post-doctorante<br />
Yamama Naciri Chargée <strong>de</strong> Recherche<br />
David Aeschimann Conservateur<br />
Un pas en avant dans la documentation <strong>de</strong> la biodiversité<br />
2010 a été déclarée «Année Internationale<br />
<strong>de</strong> la Biodiversité» ce qui a également<br />
permis <strong>de</strong> discuter <strong>de</strong> l’application<br />
<strong>de</strong>s nouvelles technologies moléculaires<br />
à l’i<strong>de</strong>ntification <strong>de</strong>s espèces. Une<br />
part importante <strong>de</strong> la biodiversité nous<br />
est en effet encore inconnue et, aussi<br />
surprenant que cela puisse paraître,<br />
les scientifiques en savent parfois plus<br />
sur les étoiles qui scintillent dans notre<br />
galaxie que sur le nombre d’espèces<br />
vivant sur notre planète. Dans un<br />
contexte <strong>de</strong> perte rapi<strong>de</strong> <strong>de</strong> biodiversité,<br />
l’inventaire et la protection <strong>de</strong> ce qui<br />
existe est une urgence absolue. L’analyse<br />
du matériel héréditaire (l’ADN<br />
contenu dans chaque cellule vivante)<br />
a été proposée pour faciliter et accélérer<br />
ces inventaires, souvent longs et parfois<br />
lacunaires.<br />
Depuis le début du XXI e siècle la communauté<br />
scientifique cherche ainsi à se<br />
doter d’un système <strong>de</strong> co<strong>de</strong>-barres génétiques<br />
qui permettraient d’i<strong>de</strong>ntifier<br />
chaque espèce. Un projet financé par le<br />
Fonds National Suisse <strong>de</strong> la Recherche<br />
Scientifique a débuté en 2008 aux CJB,<br />
avec pour but <strong>de</strong> tester l’application<br />
d’un tel système à plusieurs groupes<br />
d’espèces végétales proches.<br />
Les co<strong>de</strong>-barres génétiques sont <strong>de</strong>s<br />
petits morceaux d’ADN, i<strong>de</strong>ntiques<br />
par leur fonction chez toutes les<br />
plantes, mais dont la séquence diffère<br />
à priori d’une espèce à l’autre.<br />
L’utilisation <strong>de</strong> telles séquences<br />
sur <strong>de</strong>s spécimens non i<strong>de</strong>ntifiés<br />
et leur comparaison à une base <strong>de</strong><br />
données générale <strong>de</strong>vraient idéale-<br />
ment permettre d’i<strong>de</strong>ntifier l’espèce<br />
à laquelle appartient une feuille<br />
d’arbre, un fragment mousse ou un<br />
champignon.<br />
Parmi les différents groupes <strong>de</strong> plantes<br />
testées (saules rampants, érables,<br />
adénostyles, chèvrefeuilles, gentianes,<br />
véroniques et géraniums),<br />
seuls les spécimens <strong>de</strong> chèvrefeuilles<br />
ont été assignés sans ambiguïté à<br />
leur espèce respective, grâce à l’utilisation<br />
exclusive <strong>de</strong> co<strong>de</strong>-barres<br />
génétiques. Le système a cependant<br />
montré <strong>de</strong>s faiblesses lorsqu’il s’est<br />
agit d’i<strong>de</strong>ntifier <strong>de</strong>s espèces apparues<br />
récemment, comme c’est le cas <strong>de</strong>s<br />
saules rampants, <strong>de</strong> certaines gentianes<br />
ou <strong>de</strong>s adénostyles. Du fait <strong>de</strong><br />
leur divergence récente, ces espèces<br />
partagent certaines copies <strong>de</strong>s frag-<br />
Les co<strong>de</strong>-barres<br />
génétiques sont <strong>de</strong>s<br />
petits morceaux d’ADN<br />
ments d’ADN qui servent <strong>de</strong> co<strong>de</strong>barres,<br />
ce qui rend l’assignation <strong>de</strong>s<br />
échantillons à leur espèce parfois<br />
problématique. De la même façon,<br />
les co<strong>de</strong>-barres génétiques n’ont pu<br />
aboutir à <strong>de</strong>s résolutions satisfaisantes<br />
en cas <strong>de</strong> croisements entre espèces<br />
proches, comme cela a pu être<br />
mis en évi<strong>de</strong>nce chez les érables, les<br />
véroniques et les géraniums. Ce phénomène,<br />
appelé aussi hybridation,<br />
est très commun chez les plantes. Il<br />
entraîne, même lorsque les évènements<br />
d’hybridation sont anciens,<br />
le partage <strong>de</strong> certaines séquences<br />
Impossible avec les co<strong>de</strong>-barres génétiques actuels <strong>de</strong> faire la différence<br />
entre l’adénostyles à feuilles blanches (a) et l’adénostyle à feuilles<br />
d’alliaire (b) pourtant facilement distinguables morphologiquement.<br />
d’ADN, ce qui nuit clairement à<br />
l’i<strong>de</strong>ntification correcte <strong>de</strong>s espèces<br />
sur la base unique <strong>de</strong> co<strong>de</strong>-barres<br />
génétiques. Un consensus vient tout<br />
juste d’être trouvé sur le type <strong>de</strong><br />
fragments d’ADN à utiliser comme<br />
co<strong>de</strong>-barres génétiques. Celui-ci n’est<br />
cependant pas toujours satisfaisant.<br />
La performance <strong>de</strong>s co<strong>de</strong>-barres<br />
actuels, en tant que système d’i<strong>de</strong>ntification<br />
<strong>de</strong>s espèces, est en effet fortement<br />
influencée par la façon dont les<br />
groupes végétaux se sont diversifiés<br />
au cours <strong>de</strong> l’évolution.<br />
Biodiversité signifie diversité <strong>de</strong><br />
la vie. Or, cette diversité peut être<br />
décrite à différents niveaux, selon<br />
que l’on s’intéresse à la diversité<br />
<strong>de</strong>s écosystèmes, à celle <strong>de</strong>s espèces,<br />
ou à celle <strong>de</strong>s gènes. L’utilisation<br />
<strong>de</strong> co<strong>de</strong>-barres génétiques permet<br />
d’ores et déjà <strong>de</strong> répertorier la diversité<br />
génétique du mon<strong>de</strong> végétal.<br />
Leur utilisation comme marqueurs<br />
d’espèce n’est cependant pas pleinement<br />
satisfaisante chez les plantes<br />
vasculaires, et <strong>de</strong>s recherches<br />
intégrant taxonomie et génétique<br />
évolutive sont nécessaires. La reconnaissance<br />
morphologique, basée sur<br />
les étu<strong>de</strong>s <strong>de</strong> taxonomie et <strong>de</strong> systématique<br />
classiques, est encore une<br />
nécessité incontournable.<br />
pagE 10 – N° 41 – décEmbRE 10 – La <strong>FEUILLE</strong> VERTE – JOURNaL dES cONSERVaTOIRE ET JaRdIN bOTaNIqUES<br />
a<br />
b
Extension <strong>de</strong>s<br />
HERbIERS<br />
Département <strong>de</strong>s constructions et <strong>de</strong> l’aménagement <strong>de</strong> la <strong>Ville</strong> <strong>de</strong> <strong>Genève</strong><br />
La molasse du chantier servira à<br />
rénover les édifices anciens<br />
<strong>Genève</strong>, la molasse locale, dite du<br />
lac, est difficile d’accès et les collectivités<br />
publiques doivent régulièrement<br />
importer du grès <strong>de</strong> Suisse et d’Europe<br />
pour rénover <strong>de</strong>s édifices anciens. Les<br />
faça<strong>de</strong>s retouchées intègrent donc plusieurs<br />
qualités <strong>de</strong> pierres et trahissent parfois <strong>de</strong>s<br />
différences chromatiques. Mais l’ouverture<br />
d’un chantier aux Conservatoire et Jardin<br />
botaniques (CJB) <strong>de</strong> la <strong>Ville</strong> <strong>de</strong> <strong>Genève</strong>, en<br />
vue <strong>de</strong> la création d’un nouvel herbier et <strong>de</strong><br />
trois pavillons d’accueil, a offert à la municipalité<br />
une opportunité : celle <strong>de</strong> disposer à<br />
nouveau <strong>de</strong> ce matériau typique <strong>de</strong> la région,<br />
qu’on retrouve sur maintes faça<strong>de</strong>s prestigieuses<br />
<strong>de</strong> <strong>Genève</strong>, comme par exemple à la<br />
rue <strong>de</strong>s Granges.<br />
L’herbier, <strong>de</strong> trois étages, sera doté d’un « puits »<br />
<strong>de</strong> lumière pour le confort <strong>de</strong>s usagers. Environ<br />
18 000 mètres linéaires <strong>de</strong> rayonnages<br />
accueilleront les collections du prestigieux<br />
institut <strong>de</strong> botanique, qui compte plus <strong>de</strong> 6<br />
millions d’échantillons <strong>de</strong> plantes. La situation<br />
en profon<strong>de</strong>ur <strong>de</strong> l’édifice offrira d’excellentes<br />
Actuellement, il n’existe plus<br />
<strong>de</strong> carrière <strong>de</strong> molasse à genève<br />
conditions climatiques <strong>de</strong> conservation, répondant<br />
ainsi aux exigences fédérales <strong>de</strong> protection<br />
<strong>de</strong>s biens culturels en cas <strong>de</strong> conflit ou <strong>de</strong><br />
catastrophe. L’Office fédéral idoine chargé <strong>de</strong> la<br />
protection <strong>de</strong>s biens culturels apporte d’ailleurs<br />
son appui financier à cette opération.<br />
Travaux<br />
La découverte d’une molasse <strong>de</strong><br />
bonne qualité<br />
En 2008, ce sont <strong>de</strong>s sondages géologiques<br />
réalisés en vue <strong>de</strong>s travaux aux CJB qui ont<br />
mis en évi<strong>de</strong>nce la présence <strong>de</strong> grés – molasse<br />
du lac – à partir d’environ 6 mètres <strong>de</strong> profon<strong>de</strong>ur,<br />
là même où se tiendra le 3 e sous-sol<br />
<strong>de</strong> l’herbier <strong>de</strong>s CJB. Entre 500 et 700 m 3 <strong>de</strong><br />
molasse <strong>de</strong>vraient être extraits. Cette pierre,<br />
malléable mais fragile, veinée <strong>de</strong> rouge et <strong>de</strong><br />
vert, permettra <strong>de</strong>s travaux <strong>de</strong> rénovation sur<br />
<strong>de</strong>s bâtiments anciens en propriété publique<br />
ou privée.<br />
La décision d’exploiter la molasse du lac a<br />
nécessité <strong>de</strong>s travaux d’analyse pour confirmer<br />
la qualité du grès. Celui-ci se situe sur un banc<br />
La <strong>FEUILLE</strong> VERTE – JOURNaL dES cONSERVaTOIRE ET JaRdIN bOTaNIqUES – N° 41 – décEmbRE 10 – pagE 11
<strong>de</strong> molasse situé non loin <strong>de</strong>s anciennes carrières<br />
<strong>de</strong> molasses exploitées jusqu’à la moitié<br />
du 19 e siècle, lorsque, <strong>de</strong> façon saisonnière, le<br />
niveau du lac était suffisamment bas. La <strong>Ville</strong><br />
<strong>de</strong> <strong>Genève</strong> a mandaté un géologue qui a fait<br />
Cette opération permet <strong>de</strong><br />
récupérer une matière naturelle<br />
et précieuse<br />
pratiquer <strong>de</strong>s essais au laboratoire <strong>de</strong>s matériaux<br />
pierreux <strong>de</strong> l’EPFL. Le rapport a relevé<br />
<strong>de</strong> bonnes qualités <strong>de</strong> la pierre, en dureté,<br />
textures et teintes d’aspect gris verdâtre à lie<strong>de</strong>-vin.<br />
Il a ramené le volume exploitable <strong>de</strong><br />
molasse <strong>de</strong> qualité entre 300 et 700 m 3 , contre<br />
les 1500 m 3 envisagés initialement.<br />
Actuellement, il n’existe plus <strong>de</strong> carrière <strong>de</strong><br />
molasse à <strong>Genève</strong>. Les pierres <strong>de</strong> remplacement<br />
proviennent <strong>de</strong> carrières situées dans les<br />
cantons <strong>de</strong> Berne et Fribourg, ainsi que d’Allemagne<br />
et <strong>de</strong> France. Il en résulte, comme<br />
on peut le voir parfois, <strong>de</strong>s faça<strong>de</strong>s donnant<br />
parfois un aspect <strong>de</strong> « patchwork ».<br />
La <strong>Ville</strong> <strong>de</strong> genève se réserve une<br />
partie <strong>de</strong> la molasse<br />
Comment fallait-il abor<strong>de</strong>r l’exploitation <strong>de</strong><br />
ce grand gisement ? Après vérification auprès<br />
d’autres cantons, la <strong>Ville</strong> <strong>de</strong> <strong>Genève</strong> a choisi <strong>de</strong><br />
confier ce travail à trois entreprises. Les frais<br />
<strong>de</strong> découpage, d’excavation et <strong>de</strong> transport<br />
<strong>de</strong> la pierre sont à leur charge. En retour, les<br />
entrepreneurs achètent le droit d’exploiter la<br />
molasse. Quant à la municipalité, elle pourra<br />
recourir aux services <strong>de</strong>s carriers pour <strong>de</strong>s<br />
ouvrages <strong>de</strong> rénovation. Un accord prévoit<br />
une extraction <strong>de</strong> 300 m 3 nets, avec un « droit<br />
d’exploiter » payé à la <strong>Ville</strong> <strong>de</strong> <strong>Genève</strong> selon le<br />
cubage réellement extrait, ainsi qu’une réser-<br />
Conférence <strong>de</strong> presse du mercredi 7 juillet 2010<br />
vation <strong>de</strong> 25 m 3 <strong>de</strong> molasse pour la <strong>Ville</strong> <strong>de</strong><br />
<strong>Genève</strong>, pendant 10 ans, pour un prix <strong>de</strong> fourniture<br />
fixe et préférentiel. Une quantité qui<br />
<strong>de</strong>vrait suffire aux besoins en molasse pour<br />
cette même pério<strong>de</strong>.<br />
L’investissement financier <strong>de</strong> la <strong>Ville</strong> <strong>de</strong> <strong>Genève</strong><br />
pour extraire la totalité <strong>de</strong> la pierre et en assurer<br />
elle-même le stockage durant au moins 15 ans<br />
– au vu <strong>de</strong>s quantités – aurait coûté plus <strong>de</strong> 1,2<br />
million <strong>de</strong> francs. La protection <strong>de</strong> la molasse est<br />
en effet obligatoire, s’agissant d’un matériau qui<br />
subit facilement l’érosion. Par ailleurs, la <strong>Ville</strong> <strong>de</strong><br />
<strong>Genève</strong> n’est pas équipée pour assumer <strong>de</strong>s opérations<br />
commerciales <strong>de</strong> vente <strong>de</strong> pierre. Enfin,<br />
cette opération permet <strong>de</strong> récupérer une matière<br />
naturelle utile et précieuse, au lieu <strong>de</strong> la détruire<br />
et l’évacuer par camion dans <strong>de</strong>s décharges.<br />
Embellir les faça<strong>de</strong>s <strong>de</strong>s maisons<br />
prestigieuses du 18 e siècle<br />
Historiquement, la molasse – cette pierre <strong>de</strong><br />
sable – était recueillie dans <strong>de</strong>s carrières<br />
lacustres sur la rive droite <strong>de</strong> <strong>Genève</strong>, aux<br />
alentours <strong>de</strong> Pregny. Cette pierre malléable<br />
servait à réaliser les parties les plus fines<br />
<strong>de</strong>s bâtiments et notamment les chaînages<br />
d’angle (renforcement <strong>de</strong>stiné à consoli<strong>de</strong>r<br />
un angle) et les cadres <strong>de</strong> portes et <strong>de</strong> fenê-<br />
tres. Des galets et du mortier composaient le<br />
reste <strong>de</strong>s édifices. On retrouve <strong>de</strong> la molasse<br />
du lac, notamment sur la face <strong>de</strong> la maison<br />
Tavel. Au 18 e siècle, la couleur <strong>de</strong> cette<br />
pierre tendre est très appréciée. Nombre <strong>de</strong><br />
maisons genevoises patriciennes sont parées<br />
<strong>de</strong> ce matériau qu’on passe au rabot. C’est le<br />
Nombre <strong>de</strong> maisons patriciennes<br />
genevoises sont parées<br />
<strong>de</strong> ce matériau<br />
cas du Château <strong>de</strong> l’Impératrice Joséphine :<br />
une propriété <strong>de</strong> la <strong>Ville</strong> <strong>de</strong> <strong>Genève</strong>, actuellement<br />
en cours <strong>de</strong> rénovation. Citons encore<br />
la cathédrale, l’Hôtel <strong>de</strong> <strong>Ville</strong>, le Palais<br />
Wilson, la Villa La Concor<strong>de</strong> et les magnifiques<br />
immeubles <strong>de</strong> la rue <strong>de</strong>s Granges, côté<br />
place Neuve.<br />
A <strong>Genève</strong>, l’arrivée du train, au milieu du 19 e<br />
siècle, a marqué le début <strong>de</strong> la fin <strong>de</strong> l’utilisation<br />
<strong>de</strong> la molasse. Les bâtiments sont<br />
élevés avec <strong>de</strong>s pierres plus soli<strong>de</strong>s, qu’on<br />
importe notamment du Salève, du Jura et<br />
<strong>de</strong> Bourgogne. Ce chantier représente donc<br />
une opportunité unique <strong>de</strong> réparer nos bâtiments<br />
avec une pierre locale très semblable<br />
à celle d’origine.<br />
pagE 12 – N° 41 – décEmbRE 10 – La <strong>FEUILLE</strong> VERTE – JOURNaL dES cONSERVaTOIRE ET JaRdIN bOTaNIqUES
Le caTaLOgUE collectif<br />
<strong>de</strong>s œuvres <strong>de</strong> LINNé<br />
Les CJB ont accueilli, les 30 septembre et 1 er octobre 2010,<br />
la 15 e réunion <strong>de</strong>s partenaires du projet Linnaeus Link<br />
Patrick Perret Conservateur<br />
Pierre Boillat Bibliothécaire principal<br />
arl Linnaeus (Carl<br />
von Linné, 1707-1778)<br />
est l’une <strong>de</strong>s gran<strong>de</strong>s<br />
figures scientifiques du 18 e siècle.<br />
Ses travaux ont marqué l’histoire<br />
<strong>de</strong>s sciences et leur influence reste<br />
encore essentielle.<br />
Englobant en particulier la totalité<br />
<strong>de</strong>s êtres vivants connus <strong>de</strong> son<br />
temps, son œuvre reste un modèle<br />
pour les étu<strong>de</strong>s <strong>de</strong> la biodiversité.<br />
De plus, c’est à lui que l’on doit<br />
la nomenclature botanique binominale<br />
utilisée universellement<br />
aujourd’hui (la paquerette : Bellis<br />
perennis L., nom <strong>de</strong> genre Bellis,<br />
épithête d’espèce perennis, rappel<br />
abrégé du créateur du nom L. pour<br />
Linné).<br />
Le succès <strong>de</strong> Linné est passé par la<br />
dissémination <strong>de</strong>s ses nombreux écrits<br />
qui se retrouvent jusque dans les plus<br />
obscures bibliothèques. En 1996 un<br />
groupe <strong>de</strong> spécialistes anglais a posé<br />
les bases du projet Linnaeus Link<br />
avec <strong>de</strong>ux objectifs. Le premier se<br />
propose <strong>de</strong> recenser tous les ouvrages<br />
Son œuvre reste un<br />
modèle pour les étu<strong>de</strong>s<br />
<strong>de</strong> la biodiversité<br />
<strong>de</strong> Linné et <strong>de</strong> fournir un traitement<br />
bibliographique standardisé accessible<br />
à travers l’internet. Le second envisage<br />
<strong>de</strong> digitaliser tout ce corpus en y associant<br />
l’ensemble <strong>de</strong> ses manuscripts et<br />
sa volumineuse correspondance. Un<br />
Les participants à la 15 e réunion du Linnaeus Link Project <strong>de</strong>vant la Console<br />
catalogue collectif en ligne, le Linnaeus<br />
Link Union Catalogue, a été tout<br />
spécialement créé.<br />
Depuis 1999, le projet se développe en<br />
associant chaque année <strong>de</strong> nouvelles<br />
institutions. Les Conservatoire et Jardin<br />
botaniques sont la première institution<br />
suisse à rejoindre le projet en<br />
2008. Aujourd’hui, 14 institutions sont<br />
partenaires : Botanischer Garten und<br />
Botanisches Museum Berlin-Dahlem,<br />
British Library (London), Conservatoire<br />
et Jardin Botaniques <strong>de</strong> la <strong>Ville</strong><br />
<strong>de</strong> <strong>Genève</strong>, Hunt Institute for Botanical<br />
Documentation (Pittsburgh), Det<br />
Kongelige Bibliotek, Nationalbibliotek<br />
og Københavns universitetsbibliotek,<br />
Kungl. Vetenskapsaka<strong>de</strong>mien (Stockholm),<br />
Linnean Society of London,<br />
conservatoire<br />
Natural History Museum (London),<br />
New York Botanical Gar<strong>de</strong>n, Real<br />
Jardín Botánico (Madrid), Royal<br />
Botanic Gar<strong>de</strong>ns (Kew), Stockholms<br />
universitetsbibliotek, Svenska Linnésällskapet<br />
(Uppsala), Uppsala universitetsbibliotek.<br />
Après avoir saisi dans notre catalogue<br />
informatisé nos 635 références linnéennes,<br />
nous nous apprêtons à les<br />
transférer dans le catalogue collectif<br />
et à les voir apparaître en ligne courant<br />
2011.<br />
Cette magnifique vitrine valorisera<br />
notre fonds linnéen. Les chercheurs<br />
pourront dès lors prendre plus facilement<br />
connaissance <strong>de</strong> notre richesse<br />
documentaire.<br />
La <strong>FEUILLE</strong> VERTE – JOURNaL dES cONSERVaTOIRE ET JaRdIN bOTaNIqUES – N° 41 – décEmbRE 10 – pagE 13
La LITTORELLE<br />
à une fleur<br />
Conservation d’une espèce appartenant à<br />
un milieu très menacé en Suisse<br />
a littorelle (Littorella uniflora (L.)<br />
Asch.) est une espèce peu spectaculaire,<br />
autrefois répandue sur les<br />
rives <strong>de</strong>s lacs suisses (fig. 1). Il s’agit d’une<br />
relicte glaciaire distribuée en Europe occi<strong>de</strong>ntale<br />
<strong>de</strong> l’Islan<strong>de</strong> à la Méditerranée (Corse,<br />
Sardaigne). On la trouve sur les rivages couverts<br />
<strong>de</strong> végétation submergés durant 5 à 21<br />
semaines par an. Elle y forme <strong>de</strong>s gazons <strong>de</strong>nses<br />
sur les grèves exondées, dans les crevasses<br />
<strong>de</strong> rochers littoraux, parfois dans les roselières<br />
lâches ou le long <strong>de</strong>s eaux courantes.<br />
La littorelle a donné son nom à un groupe<br />
d’associations végétales, appelé couramment<br />
les «gazons littoraux». Ceux-ci sont <strong>de</strong>venus<br />
extrêmement rares et menacés en Suisse.<br />
Historiquement, leur déclin a débuté avec la<br />
régulation du niveau d’eau <strong>de</strong>s lacs, à l’exception<br />
notable du lac <strong>de</strong> Constance qui recèle les<br />
<strong>de</strong>rniers peuplements d’importance (fig. 2).<br />
D’autres facteurs contribuent à leur disparition<br />
: d’une part l’eutrophisation, qui permet<br />
à <strong>de</strong>s espèces très concurrentes <strong>de</strong> s’installer,<br />
d’autre part le développement intense <strong>de</strong>s<br />
constructions et <strong>de</strong>s activités <strong>de</strong> loisir, qui<br />
détruisent le milieu.<br />
Malgré la régulation du niveau <strong>de</strong>s eaux, la<br />
littorelle était encore assez fréquente le long<br />
<strong>de</strong>s rives du Léman dans les années 50 (fig. 3).<br />
Les gazons littoraux étaient cependant déjà<br />
très appauvris à cette époque, comme l’explique<br />
Mme Clau<strong>de</strong> Weber en 1956. Les mieux<br />
conservés se trouvaient alors aux Dunes <strong>de</strong><br />
Sciex, en France voisine.<br />
Réputée disparue <strong>de</strong>puis ces observations, la<br />
littorelle a réapparu au bord du Léman en 1992<br />
avec la découverte, par M. Farille, botaniste<br />
français, d’une station exondée jusqu’alors<br />
Catherine Lambelet Conservatrice<br />
Yamama Naciri Chargée <strong>de</strong> Recherche<br />
inconnue près <strong>de</strong> Messery (fig. 4). En 1992,<br />
la localité <strong>de</strong> Messery comprenait un gazon<br />
très <strong>de</strong>nse, comptant <strong>de</strong>s dizaines <strong>de</strong> milliers<br />
d’individus. Or, la population, qui a été observée<br />
chaque année <strong>de</strong>puis 1999 à la fin <strong>de</strong> la<br />
pério<strong>de</strong> émergée, a diminué très fortement<br />
<strong>de</strong>puis cette date pour n’être plus constituée<br />
que <strong>de</strong> 35 rosettes en 2004.<br />
Pour comprendre les causes exactes <strong>de</strong> ce<br />
déclin rapi<strong>de</strong> et tenter <strong>de</strong> prévenir la disparition<br />
totale <strong>de</strong> cette unique localité, les CJB ont<br />
patronné un travail <strong>de</strong> diplôme mené à l’Université<br />
<strong>de</strong> <strong>Genève</strong>. Quelques dizaines <strong>de</strong> rosettes<br />
ont en outre été prélevées sur place, mises<br />
en culture ex situ aux CJB et multipliées.<br />
Les résultats du travail <strong>de</strong> diplôme ont permis<br />
<strong>de</strong> dégager les causes principales <strong>de</strong> la<br />
régression, soit la concurrence exercée par la<br />
population <strong>de</strong>s roseaux qui s’était peu à peu<br />
installée sur le site et l’ombrage <strong>de</strong>s arbres<br />
<strong>de</strong> la rive. Il apparaît en outre que le régime<br />
hydrique n’a cessé <strong>de</strong> se dégra<strong>de</strong>r au cours <strong>de</strong>s<br />
ans. Depuis 1974, l’amplitu<strong>de</strong> du battement<br />
<strong>de</strong>s eaux, les hauteurs maximales atteintes et<br />
la durée <strong>de</strong> la pério<strong>de</strong> d’émersion ont diminué<br />
régulièrement. Ceci a peu à peu réduit<br />
la surface favorable disponible à une ban<strong>de</strong><br />
altitudinale toujours plus étroite (1,6 m). Il a<br />
aussi été constaté que la reproduction <strong>de</strong> la<br />
population était limitée à son volet végétatif,<br />
aucune inflorescence n’ayant été notée durant<br />
les cinq années d’observation.<br />
La structure génétique <strong>de</strong> la population restante<br />
a été comparée avec celles <strong>de</strong> trois<br />
populations plus fournies d’un lac non régulé,<br />
celui <strong>de</strong> Constance, et à celle d’une population<br />
du lac <strong>de</strong> Zurich. Les résultats sont intéressants<br />
car ils démontrent que la population <strong>de</strong><br />
pagE 14 – N° 41 – décEmbRE 10 – La <strong>FEUILLE</strong> VERTE – JOURNaL dES cONSERVaTOIRE ET JaRdIN bOTaNIqUES<br />
Fig. 1<br />
Fig. 2
Fig. 3<br />
Fig. 4<br />
conservation<br />
La <strong>FEUILLE</strong> VERTE – JOURNaL dES cONSERVaTOIRE ET JaRdIN bOTaNIqUES – N° 41 – décEmbRE 10 – pagE 15
Messery présente encore <strong>de</strong> la diversité génétique,<br />
ceci malgré une chute démographique<br />
sévère. Cette diversité se situe dans la fourchette<br />
<strong>de</strong> celle <strong>de</strong>s autres populations étudiées.<br />
Une conclusion importante est aussi<br />
qu’à ce sta<strong>de</strong> <strong>de</strong> régression et d’isolation <strong>de</strong>s<br />
populations en Suisse et dans les régions<br />
limitrophes, toutes les populations relictuelles<br />
doivent être conservées et faire l’objet <strong>de</strong><br />
mesures <strong>de</strong> protection.<br />
Avec le soutien <strong>de</strong> la Commission suisse pour<br />
la conservation <strong>de</strong>s plantes sauvages et dans<br />
le cadre d’un projet Interreg3 transfrontalier,<br />
un plan d’action a pu être mis en place. Ses<br />
objectifs sont <strong>de</strong> :<br />
• Compléter les données sur la situation <strong>de</strong><br />
l’espèce dans la région genevoise<br />
• Poursuivre la surveillance <strong>de</strong> la population<br />
et <strong>de</strong> l’habitat<br />
• Préserver le <strong>de</strong>rnier site connu<br />
• Pratiquer une gestion du milieu propice à<br />
la littorelle<br />
• Restaurer la population <strong>de</strong> la littorelle<br />
dans son état le plus favorable<br />
• I<strong>de</strong>ntifier les sites potentiels et recréer <strong>de</strong>s<br />
habitats favorables.<br />
L’année 2010 a vu le quasi-achèvement <strong>de</strong>s cinq<br />
premières étapes. Un renforcement <strong>de</strong> la population<br />
a eu lieu avec la réintroduction en 2004<br />
et en 2008 <strong>de</strong>s plantes multipliées au jardin<br />
botanique, soit le transfert <strong>de</strong> 1560 rosettes.<br />
Ces rosettes ont été plantées régulièrement<br />
sur l’emplacement <strong>de</strong>s anciennes populations<br />
et à leur pourtour pour<br />
tester si une autre partie<br />
<strong>de</strong> la localité était<br />
adaptée aux exigences<br />
<strong>de</strong> l’espèce. Une gestion<br />
appropriée <strong>de</strong> la<br />
station a permis d’assurer<br />
le succès <strong>de</strong> ce<br />
renforcement (fig. 5).<br />
Elle comprend une<br />
fauche annuelle juste<br />
avant la montée <strong>de</strong>s<br />
eaux fin avril ainsi que<br />
l’élagage <strong>de</strong>s arbres<br />
riverains en cas <strong>de</strong><br />
nécessité. La matière<br />
fauchée est ramassée<br />
et exportée hors du<br />
site. Chaque année la<br />
masse exportée diminue,<br />
ce qui traduit<br />
l’affaiblissement progressif<br />
<strong>de</strong>s phragmites.<br />
Depuis la mise en place en 2006 <strong>de</strong> ces mesures<br />
<strong>de</strong> gestion, les effectifs <strong>de</strong>s populations<br />
ont augmenté <strong>de</strong> manière très rapi<strong>de</strong> sur la<br />
station originelle (fig. 6). L’effectif du premier<br />
renforcement est passé <strong>de</strong> 410 rosettes à plus<br />
<strong>de</strong> 13500 en cinq ans (x 33), l’effectif du<br />
second <strong>de</strong> 840 à plus <strong>de</strong> 13300 en <strong>de</strong>ux ans<br />
(x 16). Les effectifs ont démarré lentement<br />
avant la mise en place <strong>de</strong> la gestion du site,<br />
puis ils ont très rapi<strong>de</strong>ment augmenté. Conjuguée<br />
à <strong>de</strong>s années favorables climatiquement,<br />
cette gestion a permis la formation du<br />
«gazon» typique entre les plantations (fig. 7).<br />
Les stolons <strong>de</strong> la littorelle permettent en effet<br />
la colonisation rapi<strong>de</strong> <strong>de</strong>s espaces libres entre<br />
les pots mis en place lorsque les conditions<br />
le permettent. Une fois le «gazon» reformé, la<br />
progression est par contre plus lente, car les<br />
rosettes se concurrencent. Les essais entrepris<br />
autour <strong>de</strong> la station d’origine, avec une altitu<strong>de</strong><br />
légèrement inférieure, donc une remontée <strong>de</strong>s<br />
eaux plus rapi<strong>de</strong> au printemps, ont cependant<br />
toutes fini par échouer. Ceci a aussi été le cas<br />
pour un essai <strong>de</strong> réintroduction à la Pointe-àla-Bise,<br />
sur le territoire genevois.<br />
Les effectifs actuels atteignent à Messery<br />
<strong>de</strong>s valeurs très élevées mais ne représentent<br />
toutefois qu’environ 10 m 2 <strong>de</strong> surface<br />
occupée (fig. 8). Peu à peu, les placettes<br />
s’agrandissent et pourront dans les conditions<br />
actuelles recoloniser à terme toute<br />
la surface favorable. La diminution <strong>de</strong> la<br />
concurrence a permis en outre à la littorelle<br />
<strong>de</strong> refleurir, ce qui n’avait plus été constaté<br />
<strong>de</strong>puis neuf ans.<br />
pagE 16 – N° 41 – décEmbRE 10 – La <strong>FEUILLE</strong> VERTE – JOURNaL dES cONSERVaTOIRE ET JaRdIN bOTaNIqUES<br />
Fig. 5<br />
Fig. 6<br />
R: renforcement <strong>de</strong> la population<br />
G: introduction <strong>de</strong> mesures <strong>de</strong> gestion<br />
Partie blanche: non comptabilisé
Fig. 7 De haut en bas: 25 mars 2004<br />
25 avril 2006<br />
25 avril 2008<br />
Concernant les aspects <strong>de</strong> conservation ex<br />
situ et in situ <strong>de</strong> cette espèce, les conclusions<br />
suivantes peuvent être relevées :<br />
•<br />
•<br />
La multiplication végétative s’est révélée praticable<br />
en culture ex situ et la tolérance au<br />
substrat <strong>de</strong> culture est élevée. Le taux <strong>de</strong> multiplication<br />
est conséquent (33 fois le stock<br />
initial en 3 ans). La multiplication par graines<br />
est plus difficile et doit encore être tentée<br />
La réintroduction <strong>de</strong> plantes cultivées est<br />
possible au printemps et peut se faire assez<br />
facilement à partir <strong>de</strong> pots. Si les conditions<br />
•<br />
•<br />
Fig. 8<br />
sont bonnes, les populations réintroduites<br />
s’éten<strong>de</strong>nt rapi<strong>de</strong>ment pour former le gazon<br />
typique d’une littorellaie après 2 ans déjà<br />
(30-50 cm entre les pots)<br />
Une gestion adaptée permet <strong>de</strong> conserver la<br />
littorelle même au sein d’une phragmitaie<br />
(fauche, exportation). La préservation <strong>de</strong>s<br />
<strong>de</strong>rniers biotopes appropriés le long <strong>de</strong>s<br />
rives lacustres constitue une priorité<br />
Autour du lac Léman subsiste une ceinture<br />
altitudinale restreinte où la préservation<br />
<strong>de</strong> populations <strong>de</strong> littorelle et d’espèces <strong>de</strong>s<br />
conservation<br />
gazons littoraux est possible. Ces populations<br />
restent cependant exposées à <strong>de</strong>s<br />
<strong>de</strong>structions et <strong>de</strong>s extinctions subites<br />
• Les rives doivent être prospectées à la<br />
recherche <strong>de</strong> populations immergées<br />
et <strong>de</strong> sites appropriés pour <strong>de</strong>s réintroductions,<br />
notamment à <strong>Genève</strong> où<br />
certains projets à l’étu<strong>de</strong> pourraient<br />
permettre à un milieu favorable d’être<br />
reconstitué.<br />
Les actions entreprises pour la sauvegar<strong>de</strong><br />
d’espèces menacées n’aboutissent pas<br />
toujours. Dans ce cas, il est réjouissant <strong>de</strong><br />
constater que <strong>de</strong>s mesures appropriées<br />
<strong>de</strong> gestion et <strong>de</strong> renforcement <strong>de</strong> la population<br />
ont permis une renaissance rapi<strong>de</strong><br />
<strong>de</strong> la localité. Les résultats montrent que<br />
les populations d’espèces très menacées<br />
nécessitent <strong>de</strong>s suivis et une gestion régulière<br />
pour assurer un succès à long terme.<br />
La préservation <strong>de</strong>s populations en conditions<br />
ex situ est également essentielle, les<br />
phénomènes stochastiques auxquels elles<br />
sont soumises pouvant entraîner une disparition<br />
très rapi<strong>de</strong>.<br />
REmERCIEmENTS<br />
Ce projet a vu le jour grâce à la collaboration <strong>de</strong> nombreux organismes<br />
et <strong>de</strong> nombreuses personnes. La Commission suisse pour<br />
la conservation <strong>de</strong>s plantes sauvages (CPS-SKEW) et Interreg III<br />
ont soutenu financièrement ce projet. Nous remercions particulièrement<br />
Jan Krause, qui a mené avec beaucoup <strong>de</strong> compétence son<br />
travail <strong>de</strong> diplôme sur le sujet, et Tobias Richter, qui a participé<br />
durant son stage pratique à l’analyse <strong>de</strong>s données génétiques. Parmi<br />
les institutions concernées, <strong>de</strong> nombreuses personnes ont collaboré<br />
au succès <strong>de</strong> cette entreprise : chez ASTERS à Annecy Bernard Bal,<br />
Aurélie Boissezon, Pascal Erba, Denis Jordan, Dominique Lopez-<br />
Pinot, Antoire Rouiller, Audrey Wlodarczyk, au DGNP à <strong>Genève</strong><br />
Bertrand von Arx, à Ecotec Sébastien Beuchat, à Pro Natura <strong>Genève</strong><br />
Patrick Charlier, Sébastien Miazza, Frédéric Reverchon et Michel<br />
Vauthey, aux CJBG Fadil Avdija, Frédéric Biéri, Daniel Levantal,<br />
Vincent Herpailler, Cédric Fawer, Robert Braito, Florian Mombrial,<br />
Jérôme Porchet et plusieurs stagiaires, ainsi que <strong>de</strong>s collaborateurs<br />
bénévoles, Gabrielle Barriera, Alain Demierre, André Schlüssel et<br />
Christian Schnei<strong>de</strong>r.<br />
La <strong>FEUILLE</strong> VERTE – JOURNaL dES cONSERVaTOIRE ET JaRdIN bOTaNIqUES – N° 41 – décEmbRE 10 – pagE 17
caRTOgRapHIE<br />
<strong>de</strong>s milieux naturels<br />
Le Système d’Information du patrimoine Vert s’investit<br />
durablement dans la connaissance et la conservation<br />
<strong>de</strong>s espaces naturels du bassin genevois<br />
’année 2010 a été placée<br />
sous le signe <strong>de</strong> la<br />
biodiversité avec notamment<br />
la mise en place <strong>de</strong> nombreuses<br />
manifestations à travers le mon<strong>de</strong>.<br />
Néanmoins, dans notre vision <strong>de</strong>s<br />
choses, la conservation <strong>de</strong> la biodiversité<br />
ne doit pas se limiter à <strong>de</strong>s actions<br />
ponctuelles <strong>de</strong> communication, mais<br />
être une démarche soutenue qui<br />
s’inscrit dans la durée. Ainsi le Système<br />
d’Information du Patrimoine<br />
Vert (SIPV - http://www.ville-ge.ch/<br />
cjb/sipv/) s’est engagé <strong>de</strong>puis plusieurs<br />
années à construire un véritable<br />
atlas géographique <strong>de</strong> l’ensemble<br />
<strong>de</strong>s connaissances existantes sur la<br />
biodiversité végétale <strong>de</strong> notre canton<br />
et <strong>de</strong>s régions limitrophes. Dans cette<br />
optique, le SIPV se construit progressivement<br />
autour <strong>de</strong> quatre gran<strong>de</strong>s<br />
thématiques qui sont : les arbres isolés,<br />
la flore sauvage, les espaces verts<br />
et les milieux naturels.<br />
Dans le cadre <strong>de</strong>s actions entreprises<br />
sur les milieux naturels, le projet SIPV<br />
ne se limite pas au regroupement et<br />
à la diffusion <strong>de</strong> la connaissance,<br />
mais il participe directement à son<br />
acquisition et sa production. Cette<br />
volonté est née du constat que, pour<br />
entreprendre <strong>de</strong>s politiques <strong>de</strong> conservation<br />
<strong>de</strong>s milieux naturels qui soient<br />
viables à long terme, il est nécessaire<br />
d’être au plus près <strong>de</strong>s mutations du<br />
territoire. En effet, les changements<br />
dans le paysage du bassin genevois<br />
sont particulièrement rapi<strong>de</strong>s et marqués<br />
sous l’effet d’une forte pression<br />
anthropique. Une étu<strong>de</strong> menée par la<br />
Communauté d’Etu<strong>de</strong>s<br />
<strong>de</strong> l’Aménagement du<br />
Territoire (CEAT) relève<br />
que l’agglomération<br />
franco-valdo-genevoise<br />
(l’aire d’influence <strong>de</strong><br />
<strong>Genève</strong>) est en Europe <strong>de</strong><br />
l’Ouest et en Suisse l’agglomération<br />
qui présente<br />
la plus forte croissance<br />
démographique. Avec<br />
actuellement 850000<br />
habitants, dont 470000<br />
pour le seul canton <strong>de</strong><br />
<strong>Genève</strong>, notre agglomération<br />
dépassera le million<br />
d’habitants dans les<br />
vingt années à venir.<br />
Cet afflux démographique entraîne<br />
inévitablement un morcellement<br />
et une réduction importante <strong>de</strong>s<br />
milieux naturels. Pour relever le défi<br />
d’un aménagement du territoire qui<br />
répon<strong>de</strong> aux attentes <strong>de</strong>s administrés<br />
(logement, mobilité, dynamisme<br />
économique, cadre <strong>de</strong> vie, etc.), tout<br />
en préservant et favorisant la qualité<br />
<strong>de</strong> l’environnement (biodiversité <strong>de</strong>s<br />
espèces et <strong>de</strong>s milieux, réduction <strong>de</strong>s<br />
pollutions, changements climatiques,<br />
etc.), il est donc fondamental<br />
<strong>de</strong> disposer d’un référentiel cartographique<br />
précis et actuel. Pour information,<br />
la <strong>de</strong>rnière cartographie <strong>de</strong><br />
la végétation du bassin genevois date<br />
<strong>de</strong> 1973 et celle du canton <strong>de</strong> <strong>Genève</strong><br />
(basée sur <strong>de</strong>s observations réalisées<br />
entre 1985 et 1995) date <strong>de</strong> 2000.<br />
Pour organiser efficacement les politiques<br />
<strong>de</strong> conservation <strong>de</strong>s milieux<br />
Pascal Martin Adjoint scientifique<br />
Nicolas Wyler Conservateur<br />
Raoul Palese Conservateur<br />
Cartographie <strong>de</strong> la zone Vuache-Sion-Laire; en encart la situation au niveau<br />
<strong>de</strong> l’agglomération franco-valdo-genevoise<br />
naturels, l’ensemble <strong>de</strong>s acteurs doit<br />
disposer <strong>de</strong> données beaucoup plus<br />
récentes.<br />
Les Conservatoire et Jardins botaniques<br />
<strong>de</strong> la <strong>Ville</strong> <strong>de</strong> <strong>Genève</strong> (CJB),<br />
associés au projet d’agglomération<br />
franco-valdo-genevois (www.projetagglo.org),<br />
au PNUE-GRID, à l’Université<br />
<strong>de</strong> <strong>Genève</strong>, la Direction Générale<br />
<strong>de</strong> l’Aménagement du Territoire<br />
(DGAT), à la Direction Générale <strong>de</strong><br />
la Nature et du Paysage (DGNP),<br />
ainsi qu’à <strong>de</strong> nombreuses associations<br />
Françaises et Genevoises (Pro<br />
Natura, FRAPNA Haute-Savoie et Ain,<br />
Apollon74, Asters, etc.), ont réalisé<br />
entre 2009 et 2010 une cartographie<br />
<strong>de</strong>s milieux naturels d’une région<br />
prioritaire <strong>de</strong> l’agglomération genevoise.<br />
Cette région, appelée Vuache-<br />
Sion-Laire (voir figure 1), est com-<br />
prise dans les départements <strong>de</strong> l’Ain,<br />
<strong>de</strong> la Haute-Savoie et du canton <strong>de</strong><br />
<strong>Genève</strong>. Elle s’étend sur une surface<br />
<strong>de</strong> 113 km 2 , soit à titre <strong>de</strong> comparaison,<br />
presque la moitié du canton <strong>de</strong><br />
<strong>Genève</strong>. Cette zone est particulièrement<br />
riche en milieux naturels<br />
avec <strong>de</strong>s sites très réputés tels que les<br />
marais <strong>de</strong> l’Etournel, les pinè<strong>de</strong>s <strong>de</strong>s<br />
teppes <strong>de</strong> la Repentance et <strong>de</strong>s Raclerets,<br />
le Vallon <strong>de</strong> la Laire et bien sûr<br />
le massif du Vuache. Les nombreux<br />
milieux naturels qui composent cette<br />
région du bassin genevois abritent<br />
une faune et une flore particulièrement<br />
riches dont une partie <strong>de</strong>s<br />
espèces sont actuellement menacées<br />
d’extinction.<br />
Pour produire <strong>de</strong>s données précises<br />
et actuelles, les CJB, l’Université <strong>de</strong><br />
<strong>Genève</strong> et le PNUE-GRID ont déve-<br />
pagE 18 – N° 41 – décEmbRE 10 – La <strong>FEUILLE</strong> VERTE – JOURNaL dES cONSERVaTOIRE ET JaRdIN bOTaNIqUES
Paysage agricole avec cordon forestier, commune d’Avusy conservation<br />
loppé une métho<strong>de</strong> <strong>de</strong> cartographie<br />
novatrice à partir d’images satellites<br />
et/ou <strong>de</strong> photographies aériennes.<br />
Un <strong>de</strong>s objectif <strong>de</strong> cette métho<strong>de</strong><br />
est <strong>de</strong> pouvoir rapi<strong>de</strong>ment mettre<br />
à jour ces données cartographiques<br />
dès que <strong>de</strong> nouvelles source <strong>de</strong><br />
données (images satellite ou photographies<br />
aériennes) sont disponibles,<br />
soit environ tous les quatre<br />
ans, afin d’être au plus proche <strong>de</strong> la<br />
réalité du territoire. La démarche se<br />
décompose en six gran<strong>de</strong>s étapes :<br />
Prairie <strong>de</strong> fauche (Arrhenatherion) typique<br />
<strong>de</strong> la région genevoise<br />
1) Synthèse <strong>de</strong>s données environnementales<br />
et cartographiques<br />
existantes.<br />
2) Découpage automatique <strong>de</strong><br />
la zone à cartographier en objets<br />
semblables d’après les informations<br />
<strong>de</strong>s images source. On attribuera<br />
à ces objets les différents<br />
milieux naturels.<br />
3) Complément d’inventaire <strong>de</strong> terrain<br />
pour les zones avec peu <strong>de</strong> données<br />
cartographiques préexistantes.<br />
4) Modélisation statistique <strong>de</strong>s mi-<br />
lieux naturels d’après les connaissances<br />
regroupées et prédiction sur l’en-<br />
semble <strong>de</strong>s objets découpés à l’étape 2.<br />
5) Attribution à tous les objets<br />
découpés d’un milieu naturel le<br />
plus vraisemblable par un système<br />
expert (résultats <strong>de</strong>s prédictions,<br />
connaissa nce<br />
<strong>de</strong>s milieux,<br />
proximité à <strong>de</strong>s<br />
milieux connus,<br />
etc.).<br />
6) Validation<br />
<strong>de</strong> terrain, affinage<br />
du système<br />
expert et corrections<br />
finales.<br />
Grâce à cette<br />
métho<strong>de</strong>, une<br />
surface <strong>de</strong> 113<br />
km 2 a été cartographiée<br />
au 10000 e en moins <strong>de</strong> huit<br />
mois <strong>de</strong> travail. Un travail <strong>de</strong> cartographie<br />
<strong>de</strong> terrain classique aurait<br />
nécessité beaucoup plus <strong>de</strong> temps<br />
pour arriver au même résultat. Nous<br />
avons ainsi pu i<strong>de</strong>ntifier 34 classes<br />
d’occupation du sol dont 25 catégories<br />
<strong>de</strong> milieux naturels différents<br />
répartis en près <strong>de</strong> 9000 objets sur le<br />
terrain. Pour la zone Vuache-Sion-<br />
Laire, 10% du territoire est occupé<br />
par le bâti, les infrastructures et la<br />
végétation urbaine, 48% par l’agriculture<br />
et 42% par les milieux naturels.<br />
Au sein <strong>de</strong> ces milieux naturels,<br />
les zones forestières dominent<br />
largement avec 87% <strong>de</strong>s surfaces<br />
naturelles (forêts du Vuache, forêts<br />
<strong>de</strong> Collogny, les Grands Bois, le bois<br />
<strong>de</strong>s Ouilles, Mont <strong>de</strong> Sion, Vallon <strong>de</strong><br />
la Laire...). Un résultat à souligner<br />
est la très bonne cartographie <strong>de</strong>s<br />
cordons forestiers et <strong>de</strong>s haies hautes<br />
qui découpent les étendues agricoles<br />
(voir en particulier la partie<br />
sud <strong>de</strong> la carte <strong>de</strong> la figure 1). Ces<br />
milieux sont en effet primordiaux<br />
pour la survie <strong>de</strong> nombreuses espèces<br />
d’oiseaux et <strong>de</strong> rongeurs et participent<br />
au maintien <strong>de</strong> la biodiversité<br />
locale. Ils assurent en outre une<br />
continuité paysagère et compensent<br />
en partie la fragmentation.<br />
Parmi les 25 milieux naturels cartographiés,<br />
14 sont considérés comme<br />
prioritaires dans les politiques <strong>de</strong><br />
conservation à l’échelle suisse et<br />
européenne. Ces milieux (roselières,<br />
pelouses sèches, pinè<strong>de</strong>s, alluvions,<br />
saulaies, prairies humi<strong>de</strong>s, parois calcaires,<br />
etc.) représentent une surface<br />
cumulée <strong>de</strong> 13 km 2 dans la zone cartographiée<br />
soit plus <strong>de</strong> 12% du total et<br />
28% <strong>de</strong> l’ensemble <strong>de</strong>s milieux naturels.<br />
Ce <strong>de</strong>rnier chiffre montre l’intérêt<br />
<strong>de</strong> cette région pour la conservation<br />
<strong>de</strong>s milieux menacés. Après cette<br />
première mise en œuvre à gran<strong>de</strong><br />
échelle, le projet SIPV a acquis une<br />
expérience soli<strong>de</strong> pour poursuivre<br />
dans cette voie. La métho<strong>de</strong> développée<br />
allie la connaissance <strong>de</strong>s<br />
milieux naturels, la qualité <strong>de</strong>s<br />
données source et les progrès technologiques<br />
réalisés ces <strong>de</strong>rnières<br />
années. Plusieurs autres instituts<br />
<strong>de</strong> cartographie <strong>de</strong> la végétation en<br />
Europe s’inspirent <strong>de</strong> notre démarche<br />
pour concevoir leurs projets.<br />
Dès l’automne 2010, un projet <strong>de</strong><br />
cartographie précise <strong>de</strong> la végétation<br />
du canton <strong>de</strong> <strong>Genève</strong> a été initié<br />
en partenariat avec la DGNP. Cette<br />
carte, réalisée à partir <strong>de</strong>s photographies<br />
aériennes <strong>de</strong> juin 2009, permettra<br />
d’i<strong>de</strong>ntifier plus rapi<strong>de</strong>ment<br />
les sites les plus sensibles en vue <strong>de</strong><br />
leur conservation. Les possibilités <strong>de</strong><br />
mises à jour régulières <strong>de</strong> la cartographie,<br />
tous les trois à quatre ans<br />
par exemple, sont <strong>de</strong>s atouts exceptionnels<br />
pour optimiser les politiques<br />
<strong>de</strong> gestion <strong>de</strong> l’environnement et<br />
d’aménagement du territoire à long<br />
terme (suivi, connexion <strong>de</strong>s milieux<br />
naturels, renaturation, etc.).<br />
Les CJB, à travers le projet SIPV, se<br />
positionnent dorénavant en portedrapeau<br />
<strong>de</strong> la connaissance et <strong>de</strong><br />
l’ai<strong>de</strong> à la conservation <strong>de</strong>s milieux<br />
naturels dans le bassin genevois.<br />
Une véritable dynamique <strong>de</strong> groupe<br />
entre les pouvoirs politiques, les<br />
universitaires et les mouvements<br />
associatifs est désormais en marche<br />
pour maintenir la qualité <strong>de</strong> notre<br />
environnement.<br />
La <strong>FEUILLE</strong> VERTE – JOURNaL dES cONSERVaTOIRE ET JaRdIN bOTaNIqUES – N° 41 – décEmbRE 10 – pagE 19
Le Jardin botanique :<br />
un moyen d’enseignement<br />
Le Jardin botanique est un outil reconnu <strong>de</strong> sensibilisation<br />
au mon<strong>de</strong> végétal. pour les enseignants, c’est aussi<br />
un moyen <strong>de</strong> pratiquer l’éducation à l’environnement<br />
aux portes <strong>de</strong> la ville<br />
ls sont nombreux à venir<br />
pour <strong>de</strong>s sorties <strong>de</strong> classes<br />
et <strong>de</strong>s courses d’école.<br />
Alors, pour bon nombre d’écoliers<br />
c’est la découverte <strong>de</strong> plantes <strong>de</strong> toutes<br />
sortes ! Mais, il est souhaitable d’aller<br />
au-<strong>de</strong>là <strong>de</strong> la sortie d’agrément et <strong>de</strong><br />
découverte, pour passer à l’acquisition<br />
<strong>de</strong> connaissances et à la sensibilisation<br />
culturelle. Alors, comment<br />
faire ? Que proposer aux élèves pour<br />
qu’ils regar<strong>de</strong>nt, observent, et apprennent.<br />
Comment attirer leur regard ?<br />
Comment les mener <strong>de</strong> la découverte<br />
d’une plante à d’autres questionnements<br />
: son importance dans notre<br />
alimentation ou son rôle dans l’écologie,<br />
par exemple ? Autant <strong>de</strong> questions<br />
que se posent les enseignants.<br />
En effet, l’utilisation <strong>de</strong>s collections<br />
vivantes du Jardin botanique pour<br />
l’enseignement peut sembler simple<br />
au premier abord, mais elle requiert<br />
toutefois une certaine préparation et<br />
quelques éléments <strong>de</strong> métho<strong>de</strong>. C’est<br />
pourquoi les enseignants sont également<br />
nombreux à solliciter une visite<br />
guidée, un atelier, une animation ou<br />
une ai<strong>de</strong> pour préparer leur visite.<br />
Ils ne se sentent pas toujours prêts<br />
à mener ces activités eux-mêmes.<br />
Pour les ai<strong>de</strong>r à s’y préparer, et leur<br />
faciliter un accès direct et autonome<br />
à l’utilisation du Jardin botanique<br />
comme moyen d’enseignement, nous<br />
proposons chaque année quelques<br />
journées ou <strong>de</strong>mi-journées <strong>de</strong> formation<br />
continue.<br />
Magali Stitelmann<br />
Médiatrice scientifique<br />
Au programme 2010-2011, notre<br />
collaboration avec le Département<br />
<strong>de</strong> l’Instruction Publique (DIP)<br />
pour la formation continue <strong>de</strong>s<br />
enseignants comprend les cours suivants<br />
: un cours <strong>de</strong> sensibilisation à<br />
l’apiculture à l’attention <strong>de</strong>s enseignants<br />
du Cycle d’orientation ; un<br />
module inter-musée (avec le musée<br />
<strong>de</strong> l’Ariana) à l’attention <strong>de</strong>s maîtres<br />
spécialistes d’arts visuels (http://icp.<br />
ge.ch/dip/fc/); et un cours <strong>de</strong> sensibilisation<br />
à la botanique autour<br />
du thème <strong>de</strong> la plante symbole <strong>de</strong>s<br />
Alpes, l’e<strong>de</strong>lweiss.<br />
Ces actions contribuent à la mission<br />
<strong>de</strong> transmission <strong>de</strong>s savoirs <strong>de</strong> nos<br />
Conservatoire et Jardin botaniques.<br />
Elles visent également à continuer<br />
<strong>de</strong> répondre à la <strong>de</strong>man<strong>de</strong> du DIP.<br />
Nous mettons une attention régulière<br />
à les inscrire dans un processus<br />
d’évaluation et <strong>de</strong> suivi. Il est capital<br />
que ces cours permettent effectivement<br />
aux enseignants d’atteindre<br />
leurs objectifs. Nous serons ainsi<br />
plus nombreux à pouvoir transmettre<br />
<strong>de</strong>s éléments importants sur<br />
la diversité végétale, l’importance<br />
<strong>de</strong> sa conservation et l’ampleur <strong>de</strong><br />
son utilité pour la société mo<strong>de</strong>rne.<br />
Les collections vivantes du Jardin<br />
botanique, <strong>de</strong> ses herbiers et <strong>de</strong> sa<br />
bibliothèque représente un patrimoine<br />
inestimable que les écoliers<br />
genevois peuvent ainsi découvrir et<br />
apprendre à apprécier.<br />
pagE 20 – N° 41 – décEmbRE 10 – La <strong>FEUILLE</strong> VERTE – JOURNaL dES cONSERVaTOIRE ET JaRdIN bOTaNIqUES
<strong>de</strong>s nouvelles du<br />
mIcOcOULIER gOULU<br />
Le jardin musical cultivé par le secteur horticole du<br />
Jardin botanique durant quelques années a été<br />
le terrain d’expérimentation pour ce stage novateur<br />
l s’agissait d’une approche visant à<br />
permettre <strong>de</strong> construire une relation<br />
vivante face à la nature. Au fil <strong>de</strong> <strong>de</strong>ux<br />
journées d’ateliers au Jardin botanique, puis dans<br />
la salle <strong>de</strong> rythmique <strong>de</strong> Geisendorf, divers moyens<br />
d’expression sont proposés aux classes selon une<br />
formule polyvalente qui favorise la multidisciplinarité<br />
et la création <strong>de</strong> lien. Regards croisés : les<br />
maîtres spécialistes interviennent dans les domaines<br />
<strong>de</strong>s arts visuels et <strong>de</strong> la musique/rythmique ;<br />
les médiateurs du musée dans la création <strong>de</strong> lien<br />
avec les collections du musée vivant qu’est le Jardin<br />
botanique <strong>de</strong> la <strong>Ville</strong> <strong>de</strong> <strong>Genève</strong>.<br />
Magali Stitelmann<br />
Médiatrice scientifique<br />
A partir <strong>de</strong>s matériaux végétaux et <strong>de</strong>s sensations<br />
éveillées dans les espaces jardinés, les élèves élaborent<br />
et construisent <strong>de</strong>s connaissances par le<br />
biais du mime et <strong>de</strong> la narration, <strong>de</strong> l’observation<br />
et du <strong>de</strong>ssin, du découpage, ainsi que du<br />
mon<strong>de</strong> <strong>de</strong>s sons, <strong>de</strong> la musique, du mouvement<br />
et <strong>de</strong> la danse.<br />
Forts du succès rencontré, les intervenants ont<br />
fait évoluer la formule <strong>de</strong> ce stage en s’appuyant<br />
désormais sur les collections vivantes permanentes<br />
du Jardin botanique. En effet, cellesci<br />
offrent un grand potentiel d’inspiration et<br />
PUBLICITé<br />
Education<br />
d’apprentissage, permettant <strong>de</strong> moduler très<br />
largement, voire <strong>de</strong> s’adapter à la diversité <strong>de</strong>s<br />
conditions <strong>de</strong> chaque jour <strong>de</strong> stage ; pluie ou<br />
soleil, joie ou mélancolie, toujours avec curiosité<br />
et admiration pour la Nature et la place que<br />
nous y occupons.<br />
Dès la rentrée 2010, la nouvelle formule <strong>de</strong> ce stage<br />
est proposée aux classes genevoises, sur inscription.<br />
Informations : http://wwwedu.ge.ch/ep/art/,<br />
http://www.ville-ge.ch/cjb/accueil_ecoles.php<br />
La <strong>FEUILLE</strong> VERTE – JOURNaL dES cONSERVaTOIRE ET JaRdIN bOTaNIqUES – N° 41 – décEmbRE 10 – pagE 21
1 2<br />
3 4<br />
Rétrospective<br />
1 Vernissage <strong>de</strong><br />
l’exposition<br />
In Situ Ex Situ<br />
co-produite<br />
avec Pro Natura<br />
<strong>Genève</strong> (6 mai)<br />
2 Toutes les<br />
excursions<br />
In Situ Ex Situ<br />
commençaient au<br />
Jardin botanique et<br />
faisaient appel à la<br />
mobilité douce<br />
3 Excursion en<br />
bateau à la Pointe<br />
à la Bise dans le<br />
cadre <strong>de</strong> l’exposition<br />
(5 septembre)<br />
4 Atelier dans le<br />
Centre nature <strong>de</strong><br />
Pro Natura <strong>Genève</strong><br />
(Excursion à la<br />
Pointe à la Bise du<br />
5 septembre)<br />
5 L’exposition<br />
commune In Situ<br />
Ex Situ autour <strong>de</strong><br />
la biodiversité<br />
régionale<br />
(co-production<br />
CJB - Pro Natura<br />
<strong>Genève</strong>)<br />
pagE 22 – N° 41 – décEmbRE 10 – La <strong>FEUILLE</strong> VERTE – JOURNaL dES cONSERVaTOIRE ET JaRdIN bOTaNIqUES<br />
5
1<br />
annuelle<br />
1 La plus gran<strong>de</strong> feuille du mon<strong>de</strong> (palmier) reproduite par Cyrille<br />
Châtelain pour la Nuit <strong>de</strong> la Science consacrée aux extrêmes et aux<br />
limites (10 et 11 juin)<br />
2 Forte affluence au stand commun, CJB-Pro Natura, <strong>de</strong> la Nuit <strong>de</strong> la<br />
Science (10 et 11 juin)<br />
3 Jo Fontaine (à droite), sculpteur, <strong>de</strong>vant son œuvre terminée,<br />
«Le Miroir du CIel», en partie façonnée par les écoles (juin)<br />
4 Journée Swissaid sur les paysans du Sud aux CJB (mai)<br />
5 Construction du nouveau Pavillon d’accueil <strong>de</strong>s CJB à l’entrée<br />
Place Albert-Thomas (printemps)<br />
6 Visite guidée et atelier « signés» pour les enfants sourds et<br />
malentendants <strong>de</strong> l’Ecole <strong>de</strong> Montbrillant (collab. UNI3, juin)<br />
Fidèle à sa tradition, la Feuille Verte<br />
vous présente une rétrospective<br />
photographique <strong>de</strong>s évènements<br />
marquants <strong>de</strong> l’année écoulée<br />
3 4<br />
5 6<br />
La <strong>FEUILLE</strong> VERTE – JOURNaL dES cONSERVaTOIRE ET JaRdIN bOTaNIqUES – N° 41 – décEmbRE 10 – pagE 23<br />
2
cOOpéRaTION édUcaTIVE<br />
<strong>de</strong>s cJb avec le SUd<br />
es Conservatoire et<br />
Jardin botaniques <strong>de</strong><br />
la <strong>Ville</strong> <strong>de</strong> <strong>Genève</strong> sont<br />
une institution <strong>de</strong> renommée internationale<br />
et un musée vivant <strong>de</strong> la<br />
cité genevoise. Comme la plupart <strong>de</strong>s<br />
jardins botaniques établis, ils se trouvent<br />
dans l’hémisphère Nord, hors<br />
<strong>de</strong> la ceinture <strong>de</strong> biodiversité tropicale<br />
qui entoure la planète. Il n’y a<br />
malheureusement pas <strong>de</strong> corrélation<br />
entre la répartition géographique<br />
<strong>de</strong>s jardins botanique mondiaux et<br />
les zones <strong>de</strong> biodiversité naturelle et<br />
culturelle maximum.<br />
Cette situation découle <strong>de</strong> l’histoire<br />
<strong>de</strong>s jardins botaniques et surtout <strong>de</strong><br />
la situation économique très défavorable<br />
dans les pays qui abritent<br />
les forêts tropicales, ces <strong>de</strong>rnières<br />
accueillant 80% <strong>de</strong> la biodiversité<br />
mondiale.<br />
Une <strong>de</strong>s missions primordiales <strong>de</strong>s<br />
jardins botaniques en ce début <strong>de</strong><br />
XXI e siècle est d’essayer d’enrayer<br />
la perte drastique <strong>de</strong> la biodiversité<br />
végétale. Les objectifs fixés par la<br />
Global Strategy for Plant Conservation<br />
(GSPC) n’ont pu être atteints<br />
pour cette Année internationale<br />
Pierre-André Loizeau<br />
Directeur <strong>de</strong>s CJB et du programme<br />
<strong>de</strong> coopération au Sud<br />
Didier Roguet<br />
Responsable scientifique<br />
du programme <strong>de</strong> coopération au Sud<br />
<strong>de</strong> la biodiversité (2010) et doivent<br />
être repoussés au minimum d’une<br />
dizaine d’années. Ce constat doit être<br />
établi, malgré les sommes considérables<br />
consacrées à la protection et<br />
à la conservation <strong>de</strong>s milieux et <strong>de</strong>s<br />
espèces. S’il semble que le nombre<br />
global d’espèces vivant sur la Terre<br />
ait été sous-estimé, nous continuons<br />
à perdre <strong>de</strong> nombreuses espèces journellement,<br />
en particulier en zone<br />
intertropicale.<br />
Une <strong>de</strong>s missions <strong>de</strong>s<br />
jardins botaniques au XXI e<br />
siècle est d’enrayer la<br />
perte <strong>de</strong> la biodiversité<br />
Alors que nos équipes <strong>de</strong> scientifiques<br />
et <strong>de</strong> jardiniers-botanistes, à <strong>Genève</strong><br />
et comme dans beaucoup d’autres<br />
institutions botaniques <strong>de</strong> recherches<br />
dans le mon<strong>de</strong>, travaillent à répertorier,<br />
classer, conserver, multiplier<br />
et cultiver ces espèces végétales, et<br />
alors que nos éducateurs spécialisés,<br />
nos rédacteurs et éditeurs-botanistes,<br />
nos gestionnaire <strong>de</strong> base <strong>de</strong> données<br />
informent, éduquent et publient<br />
<strong>de</strong>s pages consacrées à cet effort <strong>de</strong><br />
conservation, la perte <strong>de</strong>s phytodiversités<br />
naturelle et culturelle semble<br />
néanmoins inexorable.<br />
politique <strong>de</strong> coopération<br />
<strong>de</strong>s CJB<br />
Mo<strong>de</strong>stement et <strong>de</strong>puis plus <strong>de</strong> 10 ans,<br />
les CJB, à travers une politique coopérative<br />
concertée d’ethnobotanique<br />
appliquée et d’éducation environnementale<br />
ciblée, tentent <strong>de</strong> proposer<br />
pagE 24 – N° 41 – décEmbRE 10 – La <strong>FEUILLE</strong> VERTE – JOURNaL dES cONSERVaTOIRE ET JaRdIN bOTaNIqUES
<strong>de</strong>s solutions pratiques au constat très<br />
négatif décrit ci-<strong>de</strong>ssus. Il s’agit <strong>de</strong><br />
micro-projets éducatifs, montés dans<br />
nos zones tropicales <strong>de</strong> compéten-<br />
Les CJB mettent en<br />
œuvre <strong>de</strong>s micro-projets<br />
éducatifs basés sur<br />
les critères du<br />
développement durable<br />
ces floristiques (Amérique du Sud et<br />
Afrique principalement). Ces projets,<br />
basés sur un développement durable,<br />
doivent respecter <strong>de</strong>s contingences et<br />
certains pré-requis pour pouvoir être<br />
mis en œuvre par nos soins :<br />
• <strong>de</strong>s compétences floristiques <strong>de</strong><br />
notre institution dans le domaine<br />
géographique concerné<br />
• une <strong>de</strong>man<strong>de</strong> in situ, émanant<br />
d’une municipalité, d’un organisme<br />
d’état ou du mouvement associatif<br />
local<br />
• une validation politique et<br />
académique locale<br />
• un financement, si possible<br />
partagé avec une entité locale ou<br />
complété par celle-ci, inférieur à<br />
30 000.– (CHF) par année<br />
• la création d’un centre<br />
d’éducation à l’environnement<br />
dans une structure végétalisée,<br />
visitable par le public (si possible<br />
visitée) et proche d’une ville<br />
importante<br />
• la création <strong>de</strong> jardins<br />
ethnobotaniques, attenants à la<br />
structure ci-<strong>de</strong>ssus<br />
• le contrôle et la validation<br />
scientifiques par une autorité<br />
académique locale compétente<br />
ou/et par les CJB<br />
• la maîtrise <strong>de</strong>s échéances AAA<br />
(Autodétermination, Autogestion,<br />
Autonomisation) avec un agenda<br />
clairement déterminé.<br />
Ces projets sont appuyés financièrement,<br />
par l’intermédiaire <strong>de</strong>s<br />
CJB, grâce au Fonds <strong>de</strong> solidarité <strong>de</strong><br />
la <strong>Ville</strong> <strong>de</strong> <strong>Genève</strong> et sont encouragés<br />
à faire l’objet <strong>de</strong> financements<br />
complémentaires locaux (municipalités<br />
et universités locales,<br />
mouvement associatif local, Croix<br />
Rouge Suisse, etc.).<br />
Les CJB ont développé <strong>de</strong>s<br />
projets <strong>de</strong> coopération<br />
éducatives dans<br />
différents pays<br />
En Bolivie<br />
Les Jardins ethnobotaniques du<br />
«Kusillo» à la Paz, qui présentent,<br />
<strong>de</strong> manière interactive et<br />
muséographiée, les plantes utiles<br />
et techniques <strong>de</strong> ce pays andin, en<br />
relation avec l’artisanat concerné et<br />
le commerce équitable. Cette expérience<br />
éducative extraordinaire a<br />
malheureusement été stoppée nette<br />
dans son élan par <strong>de</strong>s changements<br />
politiques locaux.<br />
Au Brésil<br />
Le projet <strong>de</strong> Jardins communautaires<br />
<strong>de</strong> plantes utilitaires <strong>de</strong> la Municipalité<br />
<strong>de</strong> Sao Paulo en marge <strong>de</strong> la<br />
Réserve naturelle <strong>de</strong> Api-Capivari-<br />
Monos a subit un sort i<strong>de</strong>ntique.<br />
Les Jardins ethnobotaniques et vétérinaires<br />
<strong>de</strong> l’Université <strong>de</strong> Patos, dans<br />
l’état du Paraïba (Nord-est du Brésil)<br />
sont eux florissants. Ils font partie<br />
d’un projet que les CJB continuent à<br />
soutenir et qui a pour objectif la mise<br />
en valeur <strong>de</strong>s savoirs traditionnels liés<br />
aux plantes vétérinaires <strong>de</strong> la Caatinga<br />
(formation végétale typique du<br />
Nord-est brésilien). En plus <strong>de</strong>s jardins,<br />
un herbier et une bibliothèque,<br />
montée par nos soins, soutiennent<br />
l’action ethno-sociale <strong>de</strong> ce projet <strong>de</strong><br />
conservation et <strong>de</strong> réappropriation du<br />
patrimoine phytovétérinaire local.<br />
En Côte d’Ivoire<br />
Un programme éducatif s’est développé<br />
autour <strong>de</strong> la protection et <strong>de</strong><br />
la conservation <strong>de</strong> la forêt d’Adiopodoumé,<br />
voisine du Centre suisse <strong>de</strong><br />
recherches scientifiques. Un manuel<br />
éducatif <strong>de</strong> conservation botanique,<br />
autogérée par les villageois habitants<br />
autour <strong>de</strong> la forêt en question,<br />
a été édité. Il est très populaire en<br />
Côte d’Ivoire et a reçu <strong>de</strong>s prix dans<br />
ce pays francophone <strong>de</strong> l’Afrique <strong>de</strong><br />
l’ouest. Il est applicable à toute cette<br />
zone côtière africaine.<br />
Au Burkina-Faso<br />
Dans la proche banlieue <strong>de</strong> Ouagadougou,<br />
un appui logistique et<br />
coopération<br />
méthodologique a été fourni au<br />
Centre éducatif du Parc <strong>de</strong> Bangr’<br />
Weogoo qui reçoit journellement <strong>de</strong><br />
nombreuses classes pour une initiation<br />
à l’éducation environnementale<br />
(EE) en zone sahélienne.<br />
A ces exemples s’ajoutent<br />
nos <strong>de</strong>ux projets pilotes,<br />
en voici le développement<br />
et les buts<br />
Le projet AEPY à Asuncion<br />
(Paraguay)<br />
Ce projet, le plus ancien <strong>de</strong>s CJB en<br />
matière <strong>de</strong> coopération au Sud, est<br />
basé sur l’utilisation traditionnelle<br />
et généralisée <strong>de</strong>s plantes médicinales<br />
dans la culture populaire paraguayenne.<br />
Que ce soit pour adoucir<br />
et aromatiser le maté ou se soigner,<br />
les officinales sont omniprésentes sur<br />
Le paraguay est l’un<br />
<strong>de</strong>s pays au mon<strong>de</strong> qui<br />
a subi la plus forte<br />
déforestation au mon<strong>de</strong><br />
les marchés <strong>de</strong> ce pays d’Amérique du<br />
Sud. Ce négoce fait vivre <strong>de</strong> nombreuses<br />
familles <strong>de</strong> récolteurs, <strong>de</strong> paysans,<br />
<strong>de</strong> ven<strong>de</strong>urs <strong>de</strong> rue et <strong>de</strong> marché.<br />
De nombreux laboratoires ou officines<br />
proposent ces plantes, plus ou<br />
moins conditionnées, à l’exportation,<br />
principalement en Argentine<br />
et au Brésil. Le Paraguay est aussi<br />
un <strong>de</strong>s pays au mon<strong>de</strong> qui a subi la<br />
plus forte déforestation ces cinquante<br />
<strong>de</strong>rnières années, en gran<strong>de</strong> partie<br />
due au défrichement pour le bois, le<br />
La <strong>FEUILLE</strong> VERTE – JOURNaL dES cONSERVaTOIRE ET JaRdIN bOTaNIqUES – N° 41 – décEmbRE 10 – pagE 25
charbonnage et à terme la plantation<br />
<strong>de</strong> coton, <strong>de</strong> soja transgéniques et le<br />
pâturage.<br />
Une étu<strong>de</strong> ethnobotanique menée<br />
par l’un <strong>de</strong>s soussignés en 1996 sur<br />
les marchés d’Asuncion a permis <strong>de</strong><br />
démontré la richesse du patrimoine<br />
phytomédicinal local : plus <strong>de</strong> 700<br />
espèces utilisées dans le pays, dont le<br />
70% cueillies régionalement. Cette<br />
recherche ethnobotanique a permis<br />
en parallèle <strong>de</strong> développer une approche<br />
et une méthodologie d’ethnobotanique<br />
appliquée à l’éducation environnementale<br />
dans le cadre du Jardin<br />
botanique d’Asuncion. Ce programme<br />
fait l’objet d’une convention intermunicipale<br />
entre les villes <strong>de</strong> <strong>Genève</strong> et<br />
d’Asuncion. Il a débouché sur :<br />
• la création d’un Jardin médicinal<br />
abritant plus <strong>de</strong> 500 espèces et<br />
variétés en collection, ce qui en<br />
fait l’une <strong>de</strong>s plus belles collections<br />
officinales d’Amérique du Sud<br />
• la publication <strong>de</strong> nombreux opus,<br />
fiches pédagogiques, feuillets<br />
thématiques, brochures et livres<br />
• la proposition d’ateliers<br />
thématiques, <strong>de</strong> visites, <strong>de</strong> cours et<br />
<strong>de</strong> stages pour tous les publics<br />
• l’éditions <strong>de</strong> vidéos, d’émissions<br />
sur les télévisions et radios locales,<br />
<strong>de</strong> suppléments thématiques dans<br />
les quotidiens et d’exposition<br />
régionales (4) et internationale<br />
(« Cap au Sud », 2002, <strong>Genève</strong>)<br />
• la création <strong>de</strong> collections<br />
secondaires (Université nationale<br />
d’Asuncion, Jardin Patino<br />
d’Aregua, jardins communautaires<br />
jardins paysans (5), etc.)<br />
• la collaboration, parrainée par la<br />
Croix Rouge Suisse (CRS), avec<br />
29 associations paysannes, autour<br />
<strong>de</strong> la mise en culture,<br />
la domestication et la reforestation<br />
avec <strong>de</strong>s espèces médicinales<br />
paraguayennes, y compris la<br />
production d’un manuel <strong>de</strong><br />
production intégrée<br />
• la création <strong>de</strong> Campotech, à la<br />
<strong>de</strong>man<strong>de</strong> <strong>de</strong>s associations<br />
paysannes et toujours en<br />
collaboration avec la CRS.<br />
Il s’agit d’une structure éducative<br />
post-scolaire, type «technicum»,<br />
qui favorise et induit <strong>de</strong>s<br />
opportunités professionnelles<br />
pour les adolescents en les liant à<br />
la communauté et en essayant<br />
d’éviter une trop forte migration<br />
vers la ville<br />
• la production en 2009 d’un<br />
ouvrage <strong>de</strong> référence sur les plantes<br />
médicinales utilisées au Paraguay,<br />
largement distribué gratuitement<br />
dans les milieux <strong>de</strong>s marchés<br />
(ven<strong>de</strong>urs, reven<strong>de</strong>urs, récolteurs)<br />
et paysans. Cet ouvrage contient<br />
<strong>de</strong>s informations taxonomiques,<br />
ethnobotaniques, phytopharma-<br />
ceutiques et horticoles originales.<br />
Il est basé sur la collection vivante<br />
du Jardin botanique d’Asuncion et<br />
fournit <strong>de</strong> multiples indications<br />
sur la toxicité et la conservation<br />
<strong>de</strong>s espèces en question.<br />
Le projet est actuellement en phase<br />
d’autonomisation à travers la création<br />
au Paraguay d’une association<br />
autonome «relais», AEPY (Associacion<br />
ethnobotanica paraguaya),<br />
qui défend et promeut le projet,<br />
tout en recherchant <strong>de</strong>s fonds pour<br />
celui-ci.<br />
Le projet CEEH (Centre<br />
d’éducation environnementale<br />
<strong>de</strong> Hann), <strong>de</strong> Dakar au<br />
Sénégal<br />
Ce projet sénégalais est basé sur les<br />
mêmes fondamentaux que le projet<br />
AEPY paraguayen.<br />
Il comprend plusieurs volets et un<br />
projet d’extension :<br />
• le Centre d’éducation proprement<br />
dit qui est abrité dans l’ancien<br />
Aquarium réhabilité du Parc<br />
<strong>de</strong> Hann, seul espace vert <strong>de</strong> toute<br />
l’agglomération dakaroise en<br />
plein expansion. Ce centre<br />
reçoit <strong>de</strong> nombreuses classe pour<br />
<strong>de</strong>s initiations environnementales,<br />
<strong>de</strong>s formations continues pour les<br />
enseignants (éco-prof) et <strong>de</strong>s<br />
camps d’été<br />
• le Jardin ethnobotanique,<br />
qui abrite une très belle<br />
collection <strong>de</strong> plantes utilitaires<br />
du Sénégal interprétée et<br />
classée par utilisation<br />
• la publication <strong>de</strong> fiches<br />
pédagogiques, d’un manuel pour<br />
l’éducation environnementale en<br />
zone pré-sahélienne, co-édité<br />
dans la série éducative <strong>de</strong>s CJB<br />
et <strong>de</strong> divers documents publiés<br />
en collaboration avec les<br />
Ministères concernés (Education<br />
nationale et Environnement),<br />
dont un opuscule pour la « Case<br />
<strong>de</strong>s tout-petits», une structure<br />
d’accueil, décentralisée dans les<br />
villages<br />
• la mise sur pied <strong>de</strong> programmes<br />
à l’attention <strong>de</strong>s communautés<br />
<strong>de</strong> la municipalité <strong>de</strong> Hann<br />
(gestion <strong>de</strong>s déchets, compostage,<br />
«jardins familiaux <strong>de</strong> table»,<br />
festival environnemental<br />
<strong>de</strong> musique, etc.)<br />
pagE 26 – N° 41 – décEmbRE 10 – La <strong>FEUILLE</strong> VERTE – JOURNaL dES cONSERVaTOIRE ET JaRdIN bOTaNIqUES<br />
1 2
3<br />
4 5<br />
• le projet d’extension, proprement<br />
dit, par la création d’un <strong>de</strong>uxième<br />
CEE, au Nord du Sénégal,<br />
à St-louis, dans le cadre <strong>de</strong><br />
l’ancien jardin d’acclimatation<br />
<strong>de</strong> l’INRA.<br />
Responsabilité et<br />
conservation<br />
Ces <strong>de</strong>ux exemples démontrent à<br />
loisir notre volonté <strong>de</strong> travailler<br />
dans le Sud en utilisant tant nos<br />
compétences floristique et ethnobotaniques<br />
que celles <strong>de</strong> nos partenaires,<br />
pour développer ensemble<br />
<strong>de</strong>s micro-projets socio-éducatifs,<br />
qui répon<strong>de</strong>nt à un développement<br />
durable <strong>de</strong> qualité.<br />
Nous pensons que les jardins botaniques<br />
européens, nord-américains et<br />
asiatiques <strong>de</strong>s pays développés ont une<br />
responsabilité évi<strong>de</strong>nte, souvent postcoloniale,<br />
à collaborer et à travailler<br />
à la réhabilitation et à l’utilisation <strong>de</strong>s<br />
jardins <strong>de</strong> la ceinture intertropicale<br />
dans les pays en voie <strong>de</strong> développement.<br />
Cette collaboration initiale doit<br />
être suivie d’une coopération pour la<br />
mise sur pied d’une politique concertée<br />
d’ethnobotanique appliquée à<br />
l’éducation environnementale.<br />
La méthodologie est la même pour<br />
tous nos projets :<br />
1. Compilation et validation <strong>de</strong>s<br />
données ethnobotaniques issues<br />
<strong>de</strong>s savoirs traditionnels<br />
1 Rue du marché<br />
au Sorcières <strong>de</strong> la Paz<br />
(Bolivie)<br />
2 Marché aux plantes<br />
vétérinaires<br />
(Patos – Paraïba – Brésil)<br />
3 Déforestation massive<br />
dans les campagnes<br />
paraguayenne<br />
4 Pépinière pour<br />
la reforestation<br />
à Ouagadougou<br />
(burkina Faso)<br />
5 Dernière exposition<br />
AEPY au Paraguay<br />
2. Valorisation <strong>de</strong> la valeur<br />
patrimoniale <strong>de</strong> ces connaissances<br />
populaires et renforcement <strong>de</strong><br />
l’auto estime <strong>de</strong>s populations<br />
locales, en particulier <strong>de</strong>s classes<br />
défavorisées<br />
3. Prise <strong>de</strong> conscience et induction<br />
d’un processus <strong>de</strong> responsabilité<br />
vis-vis <strong>de</strong> la conservation <strong>de</strong>s<br />
espèces végétales<br />
4. Production <strong>de</strong> matériaux<br />
pédagogiques adaptés,<br />
construction d’un programme <strong>de</strong><br />
médiation ad hoc.<br />
Au vu <strong>de</strong>s expériences accumulées,<br />
<strong>de</strong>s projets qui évoluent positivement,<br />
<strong>de</strong> l’impact socio-éducatif sur place<br />
coopération<br />
et <strong>de</strong> l’impact en matière <strong>de</strong> politique<br />
environnementale au niveau régional,<br />
nous ne pouvons qu’encourager<br />
et recomman<strong>de</strong>r à d’autres jardins<br />
botaniques ce type <strong>de</strong> partenariat<br />
avec nos collègues du Sud.<br />
La compilation <strong>de</strong> ces projets et leur<br />
mise en valeur par le BGCI en réseau<br />
sur leurs différents supports représenteraient,<br />
outre une forme <strong>de</strong> reconnaissance,<br />
un engagement clair <strong>de</strong><br />
l’autorité fédératrice en faveur <strong>de</strong> ces<br />
collaborations Nord-Sud. Nous l’appelons<br />
<strong>de</strong> nos vœux.<br />
La <strong>FEUILLE</strong> VERTE – JOURNaL dES cONSERVaTOIRE ET JaRdIN bOTaNIqUES – N° 41 – décEmbRE 10 – pagE 27
L’exposition 2010<br />
du projet EpY:<br />
«nos plantes,<br />
notre peuple»<br />
Ana Pin et Cecilia Romero<br />
Magali Stitelmann Traduction<br />
Cette année, l’exposition itinérante s’installe au Centre<br />
<strong>de</strong> visiteurs <strong>de</strong> l’usine hydroélectrique binationale<br />
«ITAIpU» à Hernandarias dans l’Alto paraná.<br />
L’usine est une gran<strong>de</strong> entreprise hydroélectrique que<br />
le paraguay partage avec le Brésil, et qui s’alimente<br />
dans les eaux tumultueuses du fleuve paraná.<br />
’exposition «Nos Plantes,<br />
notre peuple», du<br />
14 au 25 septembre<br />
2010, est <strong>de</strong>stinée principalement<br />
au public régional. Plusieurs municipalités<br />
<strong>de</strong> la zone bénéficieront<br />
ainsi <strong>de</strong>s contenus présentés sur<br />
les espèces utiles <strong>de</strong> la flore paraguayenne.<br />
Pour la nouvelle présentation,<br />
les panneaux vont faire<br />
l’objet d’un concept graphique<br />
amélioré favorisant l’interactivité.<br />
L’exposition mettra l’accent sur les<br />
espèces <strong>de</strong> la forêt primaire, car<br />
celle-ci, peuplée <strong>de</strong> précieuses<br />
espèces forestières, est propre à la<br />
région d’accueil <strong>de</strong> l’exposition où<br />
les populations indigènes font usage<br />
<strong>de</strong>s ressources naturelles végétales<br />
dans leur vie quotidienne.<br />
L’exposition fait partie <strong>de</strong>s activités<br />
du Projet Etnobotanica Paraguaya<br />
(EPY); elle est organisée et coordonnée<br />
par <strong>de</strong>s représentants <strong>de</strong><br />
la Direction <strong>de</strong> Gestion Environnementale<br />
<strong>de</strong> la ville d’Asunción<br />
(Raquel Drachenberg), <strong>de</strong> l’Association<br />
Etnobotánica Paraguaya<br />
(Cecilia Romero) et <strong>de</strong> la Faculté<br />
<strong>de</strong>s Sciences Exactes et Naturelles.<br />
– FACEN (Maria Elena Ferreira),<br />
avec le soutien <strong>de</strong>s Conservatoire et<br />
Jardin botaniques <strong>de</strong> <strong>Genève</strong> – CJB<br />
et la <strong>Ville</strong> <strong>de</strong> <strong>Genève</strong>, Suisse, ainsi<br />
que <strong>de</strong> l’entreprise ITAIPU Binationale.<br />
<strong>de</strong>s nouvelles<br />
<strong>de</strong> campOTEcH-<br />
Institut Supérieur<br />
d’agroécologie<br />
José Parra,<br />
Hever Burgos et Ana Pin<br />
Magali Stitelmann Traduction<br />
a mise sur pied <strong>de</strong> l’Institut Technique Supérieur<br />
– INTECS Ko’e Pyahu – Campotech se poursuit. Elle<br />
est menée par l’organisation paysanne Tesaî Reka<br />
Paraguay (TRP), avec le soutien <strong>de</strong>s Conservatoire et Jardin<br />
botaniques <strong>de</strong> la <strong>Ville</strong> <strong>de</strong> <strong>Genève</strong>. La formation en agroécologie<br />
<strong>de</strong>s jeunes en milieu rural est sa mission principale, car en améliorant<br />
les conditions <strong>de</strong> vie <strong>de</strong>s communautés il est possible <strong>de</strong><br />
freiner l’exo<strong>de</strong> rural.<br />
La reconnaissance officielle <strong>de</strong> notre Institut par le Ministère <strong>de</strong><br />
l’Education du Paraguay est imminente. Dans un premier temps,<br />
nous avions entrepris <strong>de</strong>s démarches visant à la création d’une<br />
université <strong>de</strong> développement intégré. Bien que cette idée n’ait<br />
pas été abandonnée, nous avons opté pour la création d’un Institut<br />
Technique Supérieur qui pourra s’effectuer plus rapi<strong>de</strong>ment<br />
car elle ne requiert pas la validation du Parlement. Dans cette<br />
perspective, TRP propose d’ores et déjà à ses futurs étudiants <strong>de</strong>s<br />
cours d’agroécologie (cultures et acclimatation <strong>de</strong>s plantes), et<br />
<strong>de</strong> techniques d’apprentissage et orientation professionnelle. Par<br />
ailleurs, <strong>de</strong>ux pépinières modèle <strong>de</strong> plantes médicinales sont<br />
cultivées : l’une au Centre Educatif Intégral (CEI) Ko’e Pyahu <strong>de</strong><br />
San Miguel Unión avec 80 espèces, et l’autre sur les installations<br />
<strong>de</strong> l’ACADEI (Association Paysanne <strong>de</strong> Développement Intégral) à<br />
Yataity du Nord avec 100 espèces. Cette <strong>de</strong>rnière est cultivée sous<br />
la responsabilité <strong>de</strong> Rosa Britos, ancienne étudiante du CEI. Les<br />
formations et l’entretien <strong>de</strong>s pépinières comptent avec le soutien<br />
technique du Projet Etnobotánica Paraguaya EPY.<br />
Au mois d’août 2010, TRP a contribué à organiser avec d’autres<br />
institutions le Second Séminaire Régional du Bassin versant<br />
Cuenca <strong>de</strong>l Plata sur l’Education et l’Agroécologie, qui a eu lieu à<br />
San Estanislao, San Pedro.<br />
pagE 28 – N° 41 – décEmbRE 10 – La <strong>FEUILLE</strong> VERTE – JOURNaL dES cONSERVaTOIRE ET JaRdIN bOTaNIqUES
Le proJet du Jardin<br />
Ethnobotanique<br />
<strong>de</strong> patiño<br />
Une nouvelle réalisation du projet paraguayen<br />
e Jardin Ethnobotanique Patiño<br />
est un nouveau projet <strong>de</strong> l’Association<br />
Ethnobotanique Paraguay<br />
financé par la <strong>Ville</strong> <strong>de</strong> <strong>Genève</strong> par le biais <strong>de</strong>s<br />
Conservatoire et Jardin botaniques, et par <strong>de</strong>s<br />
fonds privés. Son objectif est la conservation<br />
<strong>de</strong>s espèces utiles <strong>de</strong> la flore indigène du Paraguay<br />
: plantes médicinales, d’usage artisanal,<br />
plantes cosmétiques et tinctoriales, textiles et<br />
autres. Un accent particulier sera mis sur celles<br />
dont les populations sauvages sont menacées.<br />
Ce Jardin est prévu en tant que module<br />
complémentaire à la pépinière ethnobotanique<br />
<strong>de</strong> plantes médicinales du Jardin botanique<br />
d’Asunción.<br />
Le projet se réalise sur un terrain <strong>de</strong> <strong>de</strong>ux<br />
hectares qui a été mis à disposition par un<br />
couple paraguayo-suisse soutenant cette initiative<br />
; il est à 55 km d’Asunción, près <strong>de</strong> la<br />
<strong>Ville</strong> d’Aregua.<br />
La conception <strong>de</strong>s infrastructures a été réalisée<br />
par une équipe d’architectes paraguayens, dont<br />
la vision écologique prend en compte tous les<br />
aspects techniques <strong>de</strong> préservation <strong>de</strong> l’espace<br />
naturel et du paysage.<br />
Voici les activités qui seront proposées par le<br />
Jardin Ethnobotanique Patiño :<br />
• Présentation et entretien d’une<br />
collection d’espèces végétales utiles<br />
• Visites guidées à l’attention <strong>de</strong> groupes<br />
• Ateliers d’éducation environnementale,<br />
conférences et séminaires<br />
• Cours <strong>de</strong> formation continue<br />
• Vente <strong>de</strong> matériel et publications<br />
d’éducation environnementale<br />
• Multiplication et vente <strong>de</strong> plantons<br />
• Présentation d’oiseaux pour<br />
l’observation<br />
Maria Vera, Ramona Avalos et Ana Pin<br />
Magali Stitelmann Traduction<br />
Au Paraguay, il existe très peu d’espaces<br />
récréatifs et éducatifs tels que celui-ci, qui<br />
soient ouverts au public et oú l’on puisse<br />
mener <strong>de</strong>s actions d’éducation environnementale,<br />
générer <strong>de</strong> l’information et <strong>de</strong>s<br />
savoirs, diffuser <strong>de</strong>s pistes d’action pour la<br />
conservation, la gestion et la protection <strong>de</strong>s<br />
coopération<br />
espèces forestières, et valoriser les connaissances<br />
sur les espèces et la biodiversité utilisées<br />
au Paraguay, <strong>de</strong> même que sur les coutumes<br />
et traditions qui y sont associées.<br />
La <strong>FEUILLE</strong> VERTE – JOURNaL dES cONSERVaTOIRE ET JaRdIN bOTaNIqUES – N° 41 – décEmbRE 10 – pagE 29
Une secon<strong>de</strong> étape <strong>de</strong><br />
réalisations pour le projet<br />
« flora da caatinga»<br />
Une secon<strong>de</strong> étape a débuté en janvier 2010, pour ce projet commun<br />
<strong>de</strong> l’Université Fédérale <strong>de</strong> paraïba à patos (UFCg/patos), Brésil<br />
et <strong>de</strong>s Conservatoire et Jardin botaniques <strong>de</strong> la <strong>Ville</strong> <strong>de</strong> genève<br />
ous avons récemment engagé<br />
Maria <strong>de</strong> Fátima Araújo, biologiste<br />
<strong>de</strong> formation, en tant que conservatrice.<br />
Spécialisée en floristique et taxonomie<br />
<strong>de</strong>s Euphorbiacées, c’est elle qui dirige<br />
maintenant les herbiers <strong>de</strong> l’UFCG/Patos, avec<br />
une équipe <strong>de</strong> travail qui comprend treize étudiants,<br />
un assistant et <strong>de</strong>ux biologistes, et dont<br />
l’objectif est <strong>de</strong> mener <strong>de</strong>s recherches taxonomiques<br />
sur la riche flore <strong>de</strong> la Caatinga.<br />
Cette équipe a, <strong>de</strong>puis, été formée à la préparation<br />
d’échantillons <strong>de</strong> plantes et à leur i<strong>de</strong>ntification,<br />
au conditionnement d’un herbier, et<br />
à l’utilisation du programme BRAHMS (Botanical<br />
Research and Herbarium Management<br />
System), qui est aujourd’hui le programme<br />
standard d’organisation <strong>de</strong> collections d’herbiers<br />
selon le Groupe <strong>de</strong> Phylogénie <strong>de</strong>s<br />
Angiospermes.<br />
Environ 550 nouveaux échantillons <strong>de</strong> plantes<br />
<strong>de</strong> la Caatinga ont été collectés au cours <strong>de</strong><br />
six expéditions <strong>de</strong> terrain, et sont maintenant<br />
disponibles pour toute personne intéressée par<br />
la flore <strong>de</strong> cette région, ainsi que <strong>de</strong>s exsiccata<br />
supplémentaires donnés par d’autres herbiers<br />
brésiliens.<br />
La mise en place du Sentier d’interprétation<br />
<strong>de</strong> la Caatinga dans un fragment forestier situé<br />
sur le campus universitaire est en cours. L’inventaire<br />
<strong>de</strong>s espèces d’arbres a permis d’i<strong>de</strong>ntifier<br />
sept espèces exotiques et vingt-quatre<br />
espèces indigènes, parmi lesquelles <strong>de</strong>ux sont<br />
considérées comme vulnérables en raison<br />
d’une forte pression antropique dans le biome<br />
<strong>de</strong> la Caatinga. Il s’agit <strong>de</strong> Myracrodruon<br />
urun<strong>de</strong>uva Allemao et <strong>de</strong> Amburana cearensis<br />
(Allemao) A. C. Sm. Ce fragment <strong>de</strong> forêt<br />
sera enrichi d’autres espèces indigènes afin <strong>de</strong><br />
donner l’opportunité aux visiteurs d’apprécier<br />
cette flore spécifique.<br />
Les collaborateurs impliqués dans le programme<br />
d’éducation à l’environnement ont<br />
visité plusieurs écoles et <strong>de</strong> petites communautés<br />
rurales pour enseigner comment<br />
Olaf Bakke Université <strong>de</strong> Patos (N-E.brésilien)<br />
Coordinateur du projet <strong>de</strong> coopération<br />
Magali Stitelmann<br />
Traduction et adaptation<br />
préparer <strong>de</strong>s remè<strong>de</strong>s faits maison avec <strong>de</strong>s<br />
plantes <strong>de</strong> la Caatinga, et comment les administrer<br />
en toute sécurité aux enfants, aux adultes<br />
et aux animaux.<br />
Notre intention est d’aller plus avant dans nos<br />
recherches et nos interactions avec la population<br />
locale et la communauté scientifique.<br />
Nous comptons obtenir une reconnaissance<br />
légale <strong>de</strong> notre herbier par le réseau <strong>de</strong>s herbiers<br />
du Brésil, et ainsi ai<strong>de</strong>r la communauté<br />
scientifique à augmenter nos connaissances<br />
sur la forêt <strong>de</strong> la Caatinga.<br />
Nous savons que ce sont là <strong>de</strong>s buts ambitieux<br />
pour cette équipe embryonnaire <strong>de</strong> passionnés<br />
<strong>de</strong> la Caatinga. Ces buts ne pourront être<br />
atteints, et nous ne pourrons fournir les services<br />
escomptés à la population et la société<br />
en général, que si le soutien institutionnel que<br />
nous recevons se poursuit. Nous faisons <strong>de</strong><br />
notre mieux pour mériter ce soutien et continuer<br />
à développer la force <strong>de</strong> notre équipe et<br />
son expertise sur la Flore <strong>de</strong> la Caatinga.<br />
pagE 30 – N° 41 – décEmbRE 10 – La <strong>FEUILLE</strong> VERTE – JOURNaL dES cONSERVaTOIRE ET JaRdIN bOTaNIqUES
<strong>de</strong>s écogui<strong>de</strong>s pour<br />
accueillir nos visiteurs<br />
Chaque année, le Centre d’Education Environnementale <strong>de</strong> Hann (CEEH) reçoit<br />
<strong>de</strong>s stagiaires nationaux et étrangers. L’année passée, nous avions reçu m. Benedict<br />
Hudson, <strong>de</strong> nationalité nord-américaine, pour <strong>de</strong>ux mois. A la fin <strong>de</strong> son stage,<br />
il enregistra un petit film sur le jardin ethnobotanique qu’il mit dans le site Youtube*<br />
ette année, nous avons<br />
reçu M. Benjamin Rinfray,<br />
animateur nature<br />
et étudiant en BTS au lycée agricole<br />
<strong>de</strong> Périgueux en France, du 16 juin<br />
au 25 août 2010.<br />
«Je voulais effectuer un<br />
stage <strong>de</strong> <strong>de</strong>ux mois et <strong>de</strong>mi<br />
au Sénégal dans un lieu où<br />
l’éducation environnementale<br />
est développée. Quand<br />
j’ai tapé « centre d’éducation<br />
environnementale au<br />
Sénégal » sur un moteur<br />
<strong>de</strong> recherche sur Internet,<br />
je n’ai trouvé que le Centre<br />
d’Education Environnementale<br />
du Parc <strong>de</strong> Hann.<br />
Ces informations étaient sur<br />
le site Internet <strong>de</strong>s Conservatoire<br />
et Jardin botaniques<br />
<strong>de</strong> <strong>Genève</strong>. J’ai donc envoyé<br />
un mail à <strong>Genève</strong> et c’est<br />
M. Didier Roguet qui m’a<br />
donné vos coordonnées. Estce<br />
le seul centre d’éducation environnementale<br />
au Sénégal ? ».<br />
Bien sûr que non, ce n’est pas le<br />
seul ! Mais le CEEH propose <strong>de</strong>s<br />
activités très concrètes avec les<br />
écoles et dans le Parc <strong>de</strong> Hann. De<br />
surcroit, nous avons produit <strong>de</strong>s<br />
supports didactiques à plusieurs<br />
centaines d’exemplaires jugés très<br />
intéressants par les bénéficiaires<br />
(un gui<strong>de</strong> pédagogique pour les enseignants,<br />
une ban<strong>de</strong> <strong>de</strong>ssinée pour<br />
les tout petits, <strong>de</strong>s posters sur bâche,<br />
etc.). M. Benjamin a donc été reçu<br />
pendant <strong>de</strong>ux mois et <strong>de</strong>mi et son<br />
programme <strong>de</strong> stage a permis <strong>de</strong><br />
mener à bien :<br />
• l’organisation d’un centre aéré<br />
pour <strong>de</strong>s enfants <strong>de</strong> 8 à 15 ans<br />
• la formation d’écogui<strong>de</strong>s pour<br />
l’ensemble du Parc<br />
• <strong>de</strong>s animations nature pour les<br />
jeunes visiteurs (élèves) principalement.<br />
Le centre aéré regroupant une soixantaine<br />
d’élèves a été organisé. Pendant<br />
<strong>de</strong>ux semaines, ces jeunes ont participé<br />
à <strong>de</strong>s activités manuelles, culturelles et<br />
sportives liées à l’environnement. Une<br />
cérémonie <strong>de</strong> clôture a eu lieu à la fin<br />
qui a permis aux parents <strong>de</strong> voir les<br />
activités menées par leurs enfants. Ce<br />
centre aéré a été une gran<strong>de</strong> réussite et<br />
à l’unanimité, les parents ont émis le<br />
vœu <strong>de</strong> voir <strong>de</strong> telles activités se pour-<br />
suivre et sur une durée plus importante.<br />
Des œuvres ont été réalisées avec <strong>de</strong>s<br />
feuilles <strong>de</strong> rônier, du sable <strong>de</strong> plusieurs<br />
couleurs, du carton, <strong>de</strong> la colle, etc.<br />
Le représentant <strong>de</strong>s parents disait<br />
lors la cérémonie <strong>de</strong> clôture : «Nous<br />
préférons que nos enfants soient ici<br />
et apprennent à protéger l’environnement<br />
que d’aller à la mer car celle-ci<br />
est polluée et la baigna<strong>de</strong> entraine<br />
<strong>de</strong>s maladies graves».<br />
Il y a trois ans, le CEEH avait élaboré<br />
un petit document pour la formation<br />
<strong>de</strong> gui<strong>de</strong>s pour le Parc <strong>de</strong> Hann. En<br />
effet, nous dénombrons plus d’un<br />
million <strong>de</strong> visites d’enseignants et<br />
élèves chaque année sans accompagnement,<br />
d’où la nécessité <strong>de</strong> former<br />
<strong>de</strong>s écogui<strong>de</strong>s. Et c’est cette année<br />
seulement que la formation a pu<br />
Altiné Traoré<br />
Coordinatrice du CEEH<br />
coopération<br />
être organisée. Ces écogui<strong>de</strong>s, recrutés<br />
principalement parmi <strong>de</strong> jeunes<br />
bacheliers du Quartier <strong>de</strong> Hann,<br />
représentent désormais une force<br />
supplémentaire qui va faire changer<br />
le visage du Parc, comme l’a souligné<br />
l’adjoint au directeur du Parc<br />
<strong>de</strong> Hann, surtout lorsque les<br />
nouvelles possibilités d’accueil<br />
<strong>de</strong> groupes scolaires<br />
seront mieux connues <strong>de</strong><br />
nos publics.<br />
Pour occuper les élèves après<br />
la visite du jardin ethnobotanique,<br />
du zoo, ou <strong>de</strong> la mare,<br />
le stagiaire français a développé<br />
<strong>de</strong>s animations pour<br />
les écogui<strong>de</strong>s. Il s’agit <strong>de</strong> jeux<br />
interactifs sur la flore, la biodiversité,<br />
la chaine alimentaire,<br />
par le biais d’activités<br />
utilisant les sens autres que<br />
la vue, comme le toucher et le<br />
goût par exemple.<br />
Les écogui<strong>de</strong>s sont très motivés.<br />
Cette prestation est cofinancée par<br />
les autorités municipales et nationales,<br />
et une participation sera <strong>de</strong>mandée<br />
aux visiteurs. Ceux-ci sont<br />
dorénavant bien encadrés et guidés.<br />
Ils repartent <strong>de</strong> leurs visites avec <strong>de</strong><br />
bonnes informations.<br />
* Liens<br />
Mon Jour Typique à Dakar Partie 1<br />
www.youtube.com/watch?v=xgBFT3YmVKQ&featu<br />
re=channel_page<br />
Mon Jour Typique à Dakar Partie 2<br />
http://www.youtube.com/watch?v=RyIowZn4spM<br />
La <strong>FEUILLE</strong> VERTE – JOURNaL dES cONSERVaTOIRE ET JaRdIN bOTaNIqUES – N° 41 – décEmbRE 10 – pagE 31
EdELWEISS<br />
Une fleur<br />
nationale?<br />
Didier Roguet Chef <strong>de</strong> projet<br />
mythes et paradoxes<br />
L’e<strong>de</strong>lweiss a été désigné symbole national<br />
au XIX e siècle pour, paraît-il, redorer<br />
le blason d’une Suisse quelque peu en<br />
perte <strong>de</strong> vitesse. Mais rien ne prédisposait<br />
cette petite fleur blanche, argentée et<br />
velue à être élevée au rang <strong>de</strong>s célébrités<br />
«helvético-alpine», même si elle trône<br />
délicieusement sur la plupart <strong>de</strong> nos<br />
objets <strong>de</strong> consommation touristiques.<br />
L’e<strong>de</strong>lweiss est originaire d’Himalaya et<br />
<strong>de</strong> Sibérie où elle compte encore plus<br />
<strong>de</strong> 30 espèces sauvages mal connues et<br />
peu travaillées. Elle émigra durant les<br />
pério<strong>de</strong>s glacières (ère quaternaire)<br />
vers l’Europe. Actuellement, le Leontopodium<br />
alpinum est présent dans les<br />
Alpes, les Pyrénées ou encore les Carpates.<br />
Sa seule cousine européenne Leontopodium<br />
nivale a une aire <strong>de</strong> répartition<br />
plus restreinte<br />
Comme cette plante est petite et discrète,<br />
<strong>de</strong> nombreux promeneurs ne la voient<br />
pas lors <strong>de</strong> leurs promena<strong>de</strong>s en montagne.<br />
Ce fait a probablement renforcé<br />
le mythe <strong>de</strong> la plante rare et inaccessible,<br />
bien qu’elle soit probablement plus<br />
fréquente qu’il n’y paraît. La «fleur <strong>de</strong>s<br />
neiges» n’est plus une espèce menacée<br />
sensu stricto, car elle a été domestiquée<br />
en Valais dans le années 90. L’«étoile<br />
<strong>de</strong>s Alpes» est cependant encore protégée<br />
dans quatorze cantons suisses, dont<br />
Vaud, Valais, Tessin, Fribourg, Berne,<br />
Exposition<br />
du 19 mai au 16 octobre 2011<br />
Appenzell et tout le centre <strong>de</strong> la Suisse.<br />
L’E<strong>de</strong>lweiss a été magnifié à la fin du<br />
XIX e siècle. Cette fleur n’a par contre<br />
aucun rapport symbolique et utilitaire<br />
direct avec l’histoire antérieure du territoire<br />
alpien et <strong>de</strong> la Suisse en particulier.<br />
Si elle était parfois utilisée pour ses<br />
vertus thérapeutiques (antidiarrhéique<br />
pour l’homme et le bétail), les paysans<br />
<strong>de</strong> montagnes suisses la cultivent dorénavant<br />
pour la cosmétique, car elle est<br />
riche en radicaux libres, anti-UV et aux<br />
propriétés antivieillissantes.<br />
Une plante discrète et mal connue, même<br />
<strong>de</strong>s botanistes, une espèce aux pouvoirs<br />
thérapeutiques limités, à la rareté<br />
contestée, aux valeurs nationalistes<br />
parfois douteuses car liée au nazisme,<br />
en voilà un symbole étrange pour notre<br />
petite suisse alpine !<br />
Une espèce au nom universel néanmoins,<br />
qui transcen<strong>de</strong> les barrières <strong>de</strong> rösti et<br />
qui nous offre un trait d’union magnifique<br />
et mobilisateur pour une exposition<br />
bilingue que nous souhaitons nationale.<br />
Une fleur nationale pour<br />
une exposition nationale?<br />
Les Jardins botaniques <strong>de</strong> <strong>Genève</strong> et <strong>de</strong><br />
Zurich ont une vocation nationale. Les<br />
collections qu’ils abritent, vivantes ou<br />
mortes (herbiers et bibliothèque) sont<br />
<strong>de</strong> valeur mondiale. Outre leurs missions<br />
<strong>de</strong> conservation, <strong>de</strong> recherche,<br />
pagE 32 – N° 41 – décEmbRE 10 – La <strong>FEUILLE</strong> VERTE – JOURNaL dES cONSERVaTOIRE ET JaRdIN bOTaNIqUES
d’enseignement et d’exploration, ils organisent<br />
périodiquement et respectivement<br />
<strong>de</strong>s expositions qui attirent chaque année<br />
<strong>de</strong> nombreux publics dans leurs allées.<br />
L’idée d’une exposition bilingue commune<br />
sur l’e<strong>de</strong>lweiss, la fleur suisse emblématique<br />
par excellence, a permis <strong>de</strong> cristalliser<br />
leur volonté <strong>de</strong> collaboration en<br />
matière <strong>de</strong> vulgarisation.<br />
Projet multipolaire et vulgarisé, l’exposition<br />
se déclinera en quatre pôles interactifs :<br />
• E<strong>de</strong>lweiss botanique<br />
• E<strong>de</strong>lweiss, cultiver et protéger<br />
le mythe<br />
• E<strong>de</strong>lweiss médicinal, cosmétique<br />
et alimentaire<br />
• E<strong>de</strong>lweiss, le symbole<br />
Les quatre piliers <strong>de</strong> la croix suisse reformulés<br />
et retravaillés par <strong>de</strong>s spécialistes,<br />
botanistes, ethnologues et agronomes !<br />
Cette exposition abor<strong>de</strong>ra aussi la question<br />
<strong>de</strong> notre rapport paradoxal à la symbolique<br />
véhiculée par cette fleur alpine, omniprésente<br />
dans l’imagerie consumériste et<br />
touristique suisse, en particulier au-<strong>de</strong>ssus<br />
<strong>de</strong> 1300 mètres. Elle dévoilera aussi<br />
<strong>de</strong>s facettes cachées liées à la taxonomie<br />
<strong>de</strong> ce genre botanique peu travaillé ou aux<br />
développements agro-économiques nova-<br />
teurs autour <strong>de</strong> sa domestication. L’histoire<br />
ethnographique <strong>de</strong> notre plante, son<br />
rapport profond et permanent <strong>de</strong>puis le<br />
XIX e siècle avec l’histoire <strong>de</strong> l’objet utilitaire<br />
alpin seront étudié et interprété.<br />
Cette exposition multifacettes proposera<br />
<strong>de</strong>s éclairages différenciés sur une espèce<br />
qui appartient à chacun d’entre nous,<br />
mais qui nous échappe lorsque l’on essaie<br />
<strong>de</strong> comprendre son omniprésence. Les<br />
collections vivantes (collection d’espèces<br />
du genre Leontopodium et mortes (herbiers<br />
et illustrations) <strong>de</strong>s <strong>de</strong>ux institutions<br />
seront mises en valeur par les conservateurs<br />
et les jardiniers-botanistes dans le<br />
cadre <strong>de</strong> cette «exposition-promena<strong>de</strong>».<br />
Une attention particulière sera apportée<br />
aux fleurs symboliques et nationales, à<br />
leur valeur intégrative dans une société<br />
multiculturelle et globalisée.<br />
L’exposition, dont l’entrée sera libre, se tiendra en parallèle et<br />
dans <strong>de</strong>ux langues, du 19 mai au 16 octobre, en plein air dans les<br />
<strong>de</strong>ux jardins botaniques <strong>de</strong> <strong>Genève</strong> et Zurich.<br />
Elle bénéficiera <strong>de</strong> la collaboration <strong>de</strong> l’ Agroscope ACW Changins-<br />
Wä<strong>de</strong>nswil et <strong>de</strong> sa Stations <strong>de</strong>s Fougères en Valais. Elle tirera sa substance<br />
scientifique <strong>de</strong> l’ouvrage magistral «E<strong>de</strong>lweiss, reine <strong>de</strong>s fleurs» qui sortira<br />
<strong>de</strong> presse pour l’occasion (Editions du Belvédère pour la version française et<br />
AT Verlag pour la version alleman<strong>de</strong>).<br />
De nombreuses visites guidées, excursions, animations et atelier pour grands<br />
et petits agrémenteront cette année consacrée à ce symbole alpien par excellence.<br />
Six visites nocturnes et théatralisées sont au programme en juin et en<br />
septembre. Un film 3D coproduit par les CJB et nvp Production sera dévoilé<br />
pour l’exposition et visible dans notre boutique du Jardin botanique avec <strong>de</strong>s<br />
produits dérivés plein <strong>de</strong> créativité.<br />
Renseignements complets dès février sur le site web <strong>de</strong>s CJB, par tél. au<br />
022 418 51 00 et sur le site web <strong>de</strong> l’exposition www.expo-e<strong>de</strong>lweiss.ch<br />
Evènement<br />
La <strong>FEUILLE</strong> VERTE – JOURNaL dES cONSERVaTOIRE ET JaRdIN bOTaNIqUES – N° 41 – décEmbRE 10 – pagE 33
agendas -programmes 2011<br />
LES aTELIERS VERTS<br />
dU JaRdIN bOTaNIqUE<br />
2.3<br />
9.3<br />
16.3<br />
23.3<br />
30.3<br />
6.4<br />
13.4<br />
Bourgeons et chatons,<br />
messagers du printemps<br />
Succulentes ou cactus?<br />
Autres palmiers, autres<br />
tissages, autres tressages<br />
Voyage en Amazonie<br />
Sous la terre s’éveillent les<br />
beautés du printemps<br />
Cultivons <strong>de</strong>s plantes qui<br />
sentent bon<br />
A la découverte <strong>de</strong> surprenantes<br />
plantes miniatures<br />
4.5<br />
11.5<br />
18.5<br />
25.5<br />
8.6<br />
15.6<br />
Une étoile <strong>de</strong>s neiges<br />
pour fêter les mamans!<br />
Mon herbier<br />
<strong>de</strong>s champs 1<br />
A la découverte<br />
<strong>de</strong> l’étonnant<br />
micromon<strong>de</strong><br />
Mon herbier<br />
<strong>de</strong>s champs 2<br />
Jeux <strong>de</strong> piste dans<br />
les rocailles<br />
Le rucher du Jardin<br />
botanique<br />
visites guidées - variations Botaniques<br />
nvie <strong>de</strong> mieux connaître le mon<strong>de</strong><br />
végétal ? Le travail <strong>de</strong>s botanistes et<br />
<strong>de</strong>s horticulteurs vous intéresse ? Les CJB vous<br />
convient à participer à <strong>de</strong>s visites guidées thématiques<br />
les mardi durant la pause <strong>de</strong> midi.<br />
12.04 Floraison printanière<br />
19.04 Les serres du Jardin botanique<br />
03.05 Les carnivores, <strong>de</strong>s plantes<br />
qui font peur?<br />
10.05 Le rucher du Jardin botanique<br />
24.05 Sauvegar<strong>de</strong>r les plantes rares<br />
<strong>de</strong> notre région<br />
31.05 Un peu, beaucoup,<br />
passionnément?<br />
De la marguerite à l’e<strong>de</strong>lweiss<br />
07.06 Conservation <strong>de</strong> la biodiversité<br />
agricole<br />
14.06 Jardin alpin<br />
Ces visites sont organisées par <strong>de</strong>s spécia-<br />
listes, jardiniers et scientifiques qui vous<br />
feront part <strong>de</strong> leur passion et vous gui<strong>de</strong>ront<br />
à travers les différentes collections et trésors<br />
que renferme notre institution.<br />
21.06 E<strong>de</strong>lweiss<br />
28.06 Découvrir la flore alpine<br />
au travers <strong>de</strong>s ouvrages <strong>de</strong> la<br />
Bibliothèque <strong>de</strong>s CJB<br />
30.08 Les énergies renouvelables<br />
du Jardin<br />
06.09 Les palmiers<br />
13.09 L’herbier <strong>de</strong> <strong>Genève</strong> : une<br />
encyclopédie <strong>de</strong> la biodiversité<br />
20.09 Les arbres <strong>de</strong> notre<br />
musée vivant<br />
27.09 Les lichens: le mariage d’une<br />
algue et d’un champignon<br />
Depuis 1996, les Conservatoire et Jardin<br />
botaniques <strong>de</strong> la <strong>Ville</strong> <strong>de</strong> genève proposent<br />
aux enfants <strong>de</strong> 8 à 11 ans <strong>de</strong>s ateliers<br />
périscolaires <strong>de</strong> découverte et <strong>de</strong> sensibilisation<br />
au mon<strong>de</strong> végétal et animal<br />
Cette année à nouveau, et en collaboration avec l’UNI3, 19<br />
ateliers aux thèmes variés seront animés bénévolement par<br />
<strong>de</strong>s aînés souhaitant transmettre leurs savoirs et leur joie <strong>de</strong><br />
vivre aux plus jeunes. Ces après-midi éducatifs ont lieu sur<br />
inscription les mercredi après-midi <strong>de</strong> 14h à 16h30 selon les<br />
dates indiquées.<br />
Inscriptions au 022 379 70 68 (UNI3)<br />
mardi et vendredi <strong>de</strong> 9h30 à 11h30<br />
programme et bulletin d’inscription:<br />
www.ville-ge.ch/cjb<br />
Les visites ont lieu le mardi <strong>de</strong> 12h30 à 13h30.<br />
Ren<strong>de</strong>z-vous <strong>de</strong>vant la Villa Le Chêne (ch. <strong>de</strong><br />
l’Impératrice 1, entrée nord-est du Jardin botanique)<br />
Visites gratuites, sur inscription préalable par<br />
téléphone : 022 418 51 00 ou par email :<br />
visites.cjb@ville-ge.ch<br />
04.10 Pourquoi et comment<br />
conserver les graines?<br />
11.10 De l’expérimentation<br />
botanique à l’exploration<br />
<strong>de</strong>s Alpes: histoire <strong>de</strong> la<br />
Botanique genevoise<br />
18.10 Herbiers <strong>de</strong> <strong>Genève</strong> : une<br />
encyclopédie <strong>de</strong> la biodiversité<br />
01.11 La diversité lue dans les gènes<br />
15.11 Le bâtiment <strong>de</strong> la Console<br />
ouvre ses portes au public<br />
29.11 Du cacao aux épices,<br />
un Noël équitable?<br />
Programme complet disponible sur : www.ville-ge.ch/cjb/visites_gui<strong>de</strong>es.php – Visites du 24 mai au 11 octobre dans le cadre <strong>de</strong> l’exposition EDELWEISS<br />
pagE 34 – N° 41 – décEmbRE 10 – La <strong>FEUILLE</strong> VERTE – JOURNaL dES cONSERVaTOIRE ET JaRdIN bOTaNIqUES
e<strong>de</strong>lweiss,<br />
la reine <strong>de</strong>s fleurs<br />
’E<strong>de</strong>lweiss porte une i<strong>de</strong>ntité alpine<br />
mythique chargée <strong>de</strong> symboles.<br />
D’origine eurasiatique, cette plante vivace <strong>de</strong><br />
la famille <strong>de</strong>s Astéracées forme <strong>de</strong>s inflorescences<br />
composées <strong>de</strong> plusieurs capitules <strong>de</strong><br />
fleurs minuscules entourés <strong>de</strong> bractées étalées<br />
blanches et duveteuses. Ses vertus médicinales<br />
ont été découvertes très tôt par les paysans <strong>de</strong><br />
montagne qui soignent encore efficacement leur<br />
bétail (ou leur famille) avec une infusion <strong>de</strong><br />
fleurs d’E<strong>de</strong>lweiss. Les composés actifs à l’origine<br />
<strong>de</strong> ces bons résultats thérapeutiques ont<br />
été mis en évi<strong>de</strong>nce récemment. Cette plante<br />
emblématique <strong>de</strong>meure rare dans nos montagnes.<br />
Elle est ainsi protégée dans tout l’Arc alpin.<br />
Des essais <strong>de</strong> domestication ont été nécessaires<br />
afin d’enrayer le pillage <strong>de</strong>s sites naturels et <strong>de</strong><br />
répondre à la <strong>de</strong>man<strong>de</strong> <strong>de</strong> l’industrie cosmétique.<br />
Véritable star <strong>de</strong>s Alpes, l’E<strong>de</strong>lweiss trouve<br />
une place <strong>de</strong> choix sur les différents motifs vestimentaires<br />
et <strong>de</strong> très nombreux objets. Il <strong>de</strong>vient<br />
alors un très bon argument <strong>de</strong> marketing ! Ce<br />
livre, le 1 er consacré à l’E<strong>de</strong>lweiss en langue<br />
française, sortira <strong>de</strong> presse en avril 2011.<br />
Les auteurs Charly Rey a été chercheur en botanique à la Station Fédérale Agroscope <strong>de</strong> Changins. Il est considéré comme un <strong>de</strong>s meilleurs spécialistes mondiaux <strong>de</strong><br />
l’E<strong>de</strong>lweiss. Catherine Baroffio, José Vouillamoz, Clau<strong>de</strong>-Alain Carron enseignent et effectuent <strong>de</strong>s travaux <strong>de</strong> recherches à la Station Fédérale Agroscope <strong>de</strong> Changins.<br />
Didier Roguet est conservateur aux Conservatoire et Jardin botaniques <strong>de</strong> la <strong>Ville</strong> <strong>Genève</strong> et Sabine Rey est enseignante.<br />
Utilités bOTaNIqUES<br />
et ouvrage richement<br />
illustré <strong>de</strong> gravures<br />
et <strong>de</strong> photographies vous fera<br />
découvrir les secrets et les petites<br />
histoires <strong>de</strong>s plantes utilitaires<br />
<strong>de</strong> jardin botanique. A la<br />
fois familières et mystérieuses,<br />
ces plantes utiles ont souvent<br />
une fascinante histoire<br />
commune avec l’homme. Des<br />
potions magiques <strong>de</strong>s sorcières<br />
aux recettes <strong>de</strong>s grands-mères,<br />
beaucoup <strong>de</strong> végétaux ont<br />
<strong>de</strong>s pouvoirs insoupçonnés.<br />
L’auteur présente ces espèces<br />
avec vivacité et saveur en révélant<br />
leurs utilisations et leurs<br />
symboles.<br />
Une introduction vulgarisée à<br />
l’ethnobotanique et <strong>de</strong>s références<br />
aux massifs <strong>de</strong> plantes utilitaires<br />
régionales ou tropicales<br />
(Terrasses <strong>de</strong>s officinales et utilitaires,<br />
Utiles tropiques) du Jar-<br />
NaTURES genevoises<br />
a-t-il donc plusieurs natures dans le bassin genevois ? Probablement, et ce splendi<strong>de</strong><br />
livre <strong>de</strong> photographies résume à merveille les «natures» <strong>de</strong>s diversités biologiques <strong>de</strong><br />
ce territoire fort colonisé par l’homme, mais qui laisse encore une petite place aux organismes<br />
(faune, flore) parfois étonnants qui le peuplent.<br />
Plus <strong>de</strong> 70 photographes naturalistes <strong>de</strong> très haut niveau, membres <strong>de</strong> Pro Natura <strong>Genève</strong><br />
et collaborateurs <strong>de</strong>s Conservatoire et Jardin botaniques <strong>de</strong> la <strong>Ville</strong> <strong>de</strong> <strong>Genève</strong>, ont mis leur<br />
regard au service <strong>de</strong> la connaissance et <strong>de</strong> la conservation <strong>de</strong> cette nature genevoise. Faunes<br />
et flores parfois méconnues, car nous ne savons plus prendre le temps <strong>de</strong> l’observation et <strong>de</strong><br />
la contemplation. Une leçon <strong>de</strong> choses, une leçon <strong>de</strong> vie, une découverte <strong>de</strong> nos natures par<br />
l’image sous le regard du naturaliste.<br />
Ce livre est sorti <strong>de</strong> presse, il est disponible à notre boutique et dans toute bonne librairie.<br />
din botanique <strong>de</strong> <strong>Genève</strong> sont<br />
évi<strong>de</strong>mment au ren<strong>de</strong>z-vous.<br />
La sortie <strong>de</strong> cet ouvrage, qui<br />
<strong>de</strong>vrait inciter à la visite du<br />
Jardin botanique, est prévue<br />
en mars 2011 pour le Salon du<br />
livre genevois.<br />
Utilités botaniques<br />
<strong>de</strong> Didier Roguet (conservateur,<br />
ethnobotaniste et responsable <strong>de</strong>s<br />
collections <strong>de</strong> plantes utilitaires aux<br />
Conservatoire et Jardin botaniques<br />
<strong>de</strong> la <strong>Ville</strong> <strong>de</strong> <strong>Genève</strong>)<br />
La <strong>FEUILLE</strong> VERTE – JOURNaL dES cONSERVaTOIRE ET JaRdIN bOTaNIqUES – N° 41 – décEmbRE 10 – pagE 35
a la découverte<br />
<strong>de</strong> la flore <strong>de</strong> la cORSE<br />
Bala<strong>de</strong> botanique dans l’Île <strong>de</strong> Beauté<br />
’AAJB a invité ses membres<br />
à découvrir le<br />
règne Eucaryota <strong>de</strong> la<br />
Corse, du 5 au 12 juin 2010. Huit<br />
Amis ont répondu avec enthousiasme<br />
à cette proposition. L’organisation<br />
était parfaite et le temps idéal.<br />
La Corse, d’une superficie égale à environ<br />
celle <strong>de</strong> la Romandie, est habitée<br />
par une flore d’une variété nettement<br />
Michel Chapalay & Bernard Mocellin Membres AAJB<br />
supérieure à celle <strong>de</strong> la Suisse. La formation<br />
<strong>de</strong> cette île, encore rattachée à<br />
l’Ibérie à l’Eocène (40 millions d’années)<br />
pour ensuite dériver vers l’Italie<br />
dans sa position actuelle, son orientation<br />
et son élévation maximale (le<br />
Mont Cintu est à 2710 m), font d’elle<br />
un refuge pour <strong>de</strong>s espèces multiples<br />
et abondantes.<br />
En une semaine, les taxons découverts<br />
ont été innombrables, princi-<br />
Dans le fond désert <strong>de</strong>s Agriates. Au centre embouchure <strong>de</strong> l’Ostriconi<br />
avec forêt ripisylve, milieu d’origine <strong>de</strong> la vigne (Vitis vinifera) qui est une liane.<br />
On ne peut qu’être silencieux <strong>de</strong>vant un tel spectacle.<br />
palement par le fait que les étages <strong>de</strong><br />
végétation visités furent très variés.<br />
Le programme proposé concernait<br />
uniquement le Nord <strong>de</strong> l’île. Nous<br />
avons découvert la flore dans <strong>de</strong>s<br />
sites très intéressants tels que : la<br />
presqu’île <strong>de</strong> la Revellata, l’embouchure<br />
<strong>de</strong> l’Ostriconi, la réserve <strong>de</strong><br />
Scandola, la crique <strong>de</strong> Girolata (magnifique<br />
site accessible qu’en bateau<br />
ou à pied), les calanches <strong>de</strong> Piana,<br />
les gorges <strong>de</strong> Spilonca, la forêt d’Aïtone,<br />
la vallée d’Asco, la vallée <strong>de</strong> la<br />
Restonica, le lac <strong>de</strong> Melo, l’étang <strong>de</strong><br />
Bigulia, etc.<br />
C’est dans une pinte corse <strong>de</strong>vant<br />
une Pietra bien fraîche et avec beaucoup<br />
<strong>de</strong> regrets que le groupe a du<br />
se séparer... avec l’espoir que la visite<br />
du Sud <strong>de</strong> l’île lui sera proposé<br />
à court terme.<br />
pagE 36 – N° 41 – décEmbRE 10 – La <strong>FEUILLE</strong> VERTE – JOURNaL dES cONSERVaTOIRE ET JaRdIN bOTaNIqUES
Photo©Swissaid Photo©ProSpecieRara<br />
la Biodiversité<br />
un atout incontesté!<br />
pourtant, il a fallu que l’ONU décrète 2010 année internationale<br />
<strong>de</strong> la biodiversité pour que le slogan «la biodiversité, c’est la vie»<br />
<strong>de</strong>vienne la responsabilité <strong>de</strong> tous<br />
onserver 750 variétés <strong>de</strong> pommes<br />
et 120 variétés <strong>de</strong> tomates – un<br />
caprice ? Quelques-unes, rentables,<br />
ne suffiraient-elles pas à couvrir largement la<br />
<strong>de</strong>man<strong>de</strong> ? Pourquoi ne pas laisser s’étioler<br />
les <strong>de</strong>rnières races traditionnelles <strong>de</strong> chèvres,<br />
évincées par leurs avatars mo<strong>de</strong>rnes et performants<br />
? Autant <strong>de</strong> questions auxquelles nous<br />
sommes confrontés chaque jour. Année <strong>de</strong> la<br />
biodiversité oblige, pools et ressources génétiques<br />
tiennent la ve<strong>de</strong>tte pour mettre en lumière<br />
l’importance <strong>de</strong> la biodiversité – feu <strong>de</strong> paille<br />
médiatique ou réelle prise <strong>de</strong> conscience ?<br />
Agriculteurs, paysagistes, éleveurs et amateurs<br />
<strong>de</strong> spécialités ProSpecieRara savent que<br />
la diversité agricole est indispensable pour<br />
garantir un libre accès pour tous aux ressources<br />
génétiques, préserver notre souveraineté<br />
alimentaire tout en favorisant le maintien du<br />
paysage et l’intégrité <strong>de</strong> l’environnement.<br />
Pour que le plus grand nombre prenne<br />
conscience que «la diversité c’est la vie», nous<br />
avons multiplié tout au long <strong>de</strong> l’année <strong>de</strong> nombreuses<br />
manifestations ProSpecieRara labellisées<br />
2010, Année internationale <strong>de</strong> la biodiversité,<br />
organisées autour <strong>de</strong>s trois axes suivants :<br />
• Découvrir Fête <strong>de</strong> la chèvre bottée (en mai, à<br />
Brend, VD), marché <strong>de</strong> plantons (en mai, à Vevey,<br />
VD), visite <strong>de</strong> pâturages boisés (en juin, à Orvin<br />
et Tramelan, BE), «Caravane <strong>de</strong>s semence» (en<br />
mai, en collaboration avec Swissaid, aux Conservatoire<br />
et Jardin botaniques <strong>de</strong> <strong>Genève</strong>), marché<br />
bio <strong>de</strong> Saignelégier (en septembre, à Saignelégier,<br />
JU), Nature en Ra<strong>de</strong> (<strong>de</strong> juin à septembre,<br />
en collaboration avec Pro Natura, à <strong>Genève</strong>).<br />
Denise Gautier<br />
Coordinatrice ProSpecieRara-Suisse<br />
partenaires<br />
• Savourer Visite gourman<strong>de</strong> (en juin, en<br />
collaboration avec ProNatura, à Champ-Pittet,<br />
VD), dégustation surprise (en septembre, à<br />
Sauvabelin, VD).<br />
• Pratiquer Cours <strong>de</strong> multiplication <strong>de</strong><br />
semences (en août, à Chambrelien, NE), cours<br />
<strong>de</strong> filage et feutrage <strong>de</strong> laine (en septembre, en<br />
collaboration avec Laines d’ici, à Cernier, NE),<br />
cours <strong>de</strong> taille <strong>de</strong>s fruitiers (en novembre, à<br />
Glovelier, JU et <strong>Genève</strong>), colloque biodiversité<br />
(en novembre, à Sion, VS).<br />
Souhaitons que ces activités vous aient permis <strong>de</strong><br />
mieux comprendre les enjeux <strong>de</strong> la biodiversité,<br />
d’apprendre à la connaître et, nous l’espérons,<br />
<strong>de</strong> vous encourager à nous ai<strong>de</strong>r à la protéger et<br />
à la sauvegar<strong>de</strong>r !<br />
De haut en bas et <strong>de</strong> gauche à droite Le massif ProSpecieRara aux CJB, un outil didactique pour<br />
sensibiliser le grand public à la conservation <strong>de</strong> la biodiversité. Dans le massif <strong>de</strong> multiplication<br />
ProSpecieRara, les jardiniers <strong>de</strong>s CJB font un précieux travail <strong>de</strong> sauvegar<strong>de</strong> d’anciennes variétés.<br />
La naissance d’une chèvre bottée, une fête en soi pour cette race menacée.<br />
La <strong>FEUILLE</strong> VERTE – JOURNaL dES cONSERVaTOIRE ET JaRdIN bOTaNIqUES – N° 41 – décEmbRE 10 – pagE 37<br />
Photo©ProSpecieRara
extension <strong>de</strong>s<br />
herbiers (suite)<br />
e chantier <strong>de</strong> construction <strong>de</strong> l’herbier BOTV (voir FV<br />
39 et 40) a été ouvert en janvier 2010. L’espace nécessaire<br />
aux trois niveaux en sous-sol a été creusé et la molasse<br />
rencontrée extraite.<br />
En parallèle, les réflexions sur la rénovation <strong>de</strong>s bâtiments<br />
Console et Bot 2/3 se poursuit en collaboration avec les services<br />
compétents et les architectes mandatés.<br />
Laurent Gautier Conservateur<br />
’année 2010 est celle<br />
<strong>de</strong> la biodiversité et <strong>de</strong><br />
l’échéance du compte à rebours<br />
2010, l’année où, selon l’engagement<br />
<strong>de</strong> nombreux Etats<br />
signataires <strong>de</strong> la Convention<br />
<strong>de</strong> Rio en 1992, la diminution<br />
continue <strong>de</strong> la biodiversité<br />
<strong>de</strong>vait être stoppée.<br />
Ce but a-t-il été atteint ? Le<br />
Forum Biodiversité Suisse <strong>de</strong><br />
l’Académie <strong>de</strong>s Sciences Naturelles<br />
(SCNAT) a tenté d’y répondre<br />
en publiant, avec le soutien <strong>de</strong> la<br />
Fondation Bristol ainsi que <strong>de</strong>s<br />
offices fédéraux <strong>de</strong> l’environne-<br />
ment (OFEV) et <strong>de</strong> l’agriculture<br />
(OFAG), un livre qui décrit l’évolution<br />
<strong>de</strong> la biodiversité <strong>de</strong>puis<br />
1900, présentée selon différents<br />
facteurs comme l’économie<br />
forestière, l’agriculture, l’urbanisation,<br />
le tourisme, les transports,<br />
les changements climatiques<br />
etc. Cet ouvrage est l’œuvre<br />
<strong>de</strong> plus <strong>de</strong> 80 scientifiques et<br />
experts qui ont établi ce bilan<br />
sur la base <strong>de</strong>s meilleures données<br />
actuellement à disposition.<br />
A <strong>de</strong> rares exceptions près, il y<br />
est démontré que la biodiversité<br />
a fortement reculé en Suisse jusque<br />
dans les années 1990. Puis<br />
digitalisation<br />
<strong>de</strong>s collections<br />
a digitalisation <strong>de</strong> nos collections, et plus particulièrement<br />
<strong>de</strong> nos échantillons-types et <strong>de</strong> nos collections historiques se<br />
poursuit avec l’appui financier <strong>de</strong> la Andrew W. Mellon Foundation.<br />
Les échantillons sont saisis en base <strong>de</strong> données et une image numérique<br />
à haute résolution est prise. Ces informations sont accessibles<br />
sur la toile par le site <strong>de</strong>s CJB. A ce jour et <strong>de</strong>puis le début du projet<br />
en 2004, les 1,7 Million <strong>de</strong> $ investis par la fondation ont permis <strong>de</strong><br />
traiter plus <strong>de</strong> 50’000 échantillons.<br />
Un bILaN <strong>de</strong> l’évolution <strong>de</strong> la Biodiversité en suisse<br />
publication d’un livre du Forum Biodiversité<br />
à l’occasion du «compte à rebours 2010»<br />
L. Gautier<br />
les pertes ont pu être ralenties,<br />
ce qui met en valeur l’effet <strong>de</strong>s<br />
mesures diverses adoptées pour<br />
protéger l’environnement dès les<br />
années 1980, par exemple dans<br />
le domaine agricole ou forestier.<br />
La tendance générale laisse à<br />
penser que le fond est quasiment<br />
atteint et qu’une légère remontée<br />
se <strong>de</strong>ssine peu à peu, ce qui est en<br />
soi réjouissant malgré les énormes<br />
pertes subies <strong>de</strong>puis plus<br />
d’un siècle. De nouveaux nuages<br />
s’amoncellent cependant à l’horizon<br />
sous la forme <strong>de</strong>s menaces<br />
générées par les changements<br />
climatiques et les espèces exotiques<br />
envahissantes.<br />
Le livre a été publié tout d’abord<br />
en allemand en avril 2010 et la<br />
version française sera disponible<br />
au printemps 2011. Des informations<br />
complémentaires sont<br />
disponibles sur :<br />
www.biodiversity.ch/f/.<br />
C. Lambelet<br />
pagE 38 – N° 41 – décEmbRE 10 – La <strong>FEUILLE</strong> VERTE – JOURNaL dES cONSERVaTOIRE ET JaRdIN bOTaNIqUES
publication d’une LISTE<br />
<strong>de</strong>s espèces et sites prioritaires<br />
<strong>de</strong>s pLaNTES VaScULaIRES<br />
du canton <strong>de</strong> genève<br />
A l’occasion <strong>de</strong> l’année <strong>de</strong> la biodiversité les<br />
Conservatoire et Jardin Botaniques et la Direction<br />
générale Nature et paysage achèvent dix années<br />
d’un projet <strong>de</strong> collaboration concernant l’inventaire<br />
<strong>de</strong>s espèce menacées du canton <strong>de</strong> genève<br />
ébuté par le recensement <strong>de</strong>s espèces<br />
rares et <strong>de</strong> leurs populations qui<br />
a mobilisé plusieurs personnes pour <strong>de</strong>s<br />
campagnes <strong>de</strong> terrain entre 2001 et 2005, il<br />
a débouché en 2006 sur la publication d’une<br />
liste <strong>de</strong>s plantes vasculaires avec Liste Rouge.<br />
Pour mieux pouvoir gérer les près <strong>de</strong> 400<br />
espèces qui ont un statut <strong>de</strong> menace cantonal,<br />
l’étape suivante a consisté à hiérarchiser les espèces<br />
selon une priorité d’action. La métho<strong>de</strong><br />
développée a permis d’évaluer plus <strong>de</strong> 250 es-<br />
es événements vulcanologiques exceptionnels que nous avons<br />
vécu cette année et qui ont paralysé l’Europe entière, n’ont<br />
pas toujours eu que <strong>de</strong>s conséquences néfastes pour l’Humanité...<br />
En 1815, l’explosion du volcan Tambora en Indonésie (quelques<br />
10 000 fois supérieures à celle du volcan islandais) en rejetant un<br />
énorme nuage <strong>de</strong> cendre, a contribué à faire diminuer <strong>de</strong> 1 <strong>de</strong>gré<br />
la température <strong>de</strong> l’Hémisphère nord. Elle a créé les conditions<br />
d’une disette sans précé<strong>de</strong>nt lors <strong>de</strong> l’année suivante (1816) appelée<br />
«l’année sans été». Cette <strong>de</strong>rnière eut pour conséquence directe la<br />
fondation même <strong>de</strong> notre Institution, le Jardin botanique <strong>de</strong> <strong>Genève</strong><br />
pèces. Suivant leur localisation géographique,<br />
elles ont ensuite été regroupées en plus <strong>de</strong> 430<br />
sites, qui ont eux aussi été hiérarchisés.<br />
Le résultat sera prochainement publié dans<br />
un Hors Série, qui comprendra notamment les<br />
résultats détaillés par commune. Il permettra<br />
aux gestionnaires <strong>de</strong> la nature <strong>de</strong> tenir compte<br />
au mieux <strong>de</strong>s intérêts <strong>de</strong>s plantes <strong>de</strong> notre<br />
canton et <strong>de</strong> planifier les actions <strong>de</strong> sauvegar<strong>de</strong><br />
en conséquence.<br />
C. Lambelet<br />
aU-dESSOUS du volcan<br />
brèves<br />
LAMBELET-HAUETER, C., C. SCHNEIDER & R.<br />
MAYOR (2006). Inventaire <strong>de</strong>s plantes vasculaires du<br />
canton <strong>de</strong> <strong>Genève</strong> avec Liste Rouge. Hors-série<br />
N° 10. Conservatoire et Jardin botaniques <strong>de</strong> la <strong>Ville</strong><br />
<strong>de</strong> <strong>Genève</strong>, <strong>Genève</strong>.<br />
LAMBELET-HAUETER, C., C. SCHNEIDER & B. VON<br />
ARX (2010). Conservation <strong>de</strong>s plantes vasculaires du<br />
canton <strong>de</strong> <strong>Genève</strong> : espèces et sites prioritaires. Horssérie<br />
N° 12. Conservatoire et Jardin botaniques <strong>de</strong> la<br />
<strong>Ville</strong> <strong>de</strong> <strong>Genève</strong>, <strong>Genève</strong> (à paraître).<br />
en 1817 sur l’emplacement <strong>de</strong> l’actuel Parc <strong>de</strong>s Bastions !<br />
Candolle rapporta ainsi ces événements exceptionnels :<br />
« Cet hiver <strong>de</strong> 1816 à 1817 fut remarquable par une cherté <strong>de</strong> vivres qui<br />
pouvait presque s’appeler disette. On montra un zèle et une générosité<br />
remarquables pour faciliter la nourriture <strong>de</strong>s classes pauvres, soit en leur<br />
donnant <strong>de</strong>s vivres à bon marché, soit en leur fournissant du<br />
travail. Cette circonstance qui aurait pu la retar<strong>de</strong>r, accéléra la<br />
fondation du Jardin botanique .»<br />
Patrick Bungener Collaborateur scientifique<br />
La <strong>FEUILLE</strong> VERTE – JOURNaL dES cONSERVaTOIRE ET JaRdIN bOTaNIqUES – N° 41 – décEmbRE 10 – pagE 39
CONSERVATOIRE<br />
ET JARDIN BOTANIQUES<br />
VILLE DE GENèVE<br />
Conservatoire & Jardin botaniques<br />
Case postale 60<br />
Chemin <strong>de</strong> l’impératrice 1<br />
CH-1292 Chambésy/genève<br />
Tél. 022 418 51 00<br />
Fax 022 418 51 01<br />
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