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<strong>Le</strong> <strong>Parvis</strong> centre d’art<br />

Vidéo K.01 Pau<br />

> Service éducatif<br />

DOSSIER PEDAGOGIQUE<br />

Exposition<br />

Fantômes domestiques<br />

Avec <strong>le</strong>s oeuvres du FRAC-Col<strong>le</strong>ction Aquitaine, Bordeaux<br />

23 juil<strong>le</strong>t – 29 octobre 2010<br />

Au premier plan, œuvre de Joachim Mogarra. Au second plan, œuvre d’Elisabeth Bal<strong>le</strong>t. Ph <strong>Le</strong> <strong>Parvis</strong>.


1 ère partie<br />

> Présentation de l’exposition<br />

Fantômes Domestiques<br />

LES OEUVRES ET LES ARTISTES DE L’EXPOSITION<br />

L’exposition Fantômes Domestiques présente neuf oeuvres créées par autant d’artistes<br />

différents. Huit oeuvres sont présentées dans la sal<strong>le</strong> d’exposition, et une oeuvre vidéo est<br />

projetée dans <strong>le</strong> Vidéo K.01.<br />

Toutes ces oeuvres nous entraînent dans un univers à la croisée du « domestique » et du<br />

« fantomatique ».<br />

En premier lieu, nous pouvons reconnaître dans <strong>le</strong>s oeuvres présentées certaines similitudes<br />

avec <strong>le</strong>s espaces de vie du quotidien : l’intérieur de la maison ou de l’appartement. En effet,<br />

<strong>le</strong>s oeuvres se rapprochent des formes et des objets qui nous sont familiers : des tab<strong>le</strong>s, des<br />

vases, des balcons, des cheminées.. Néanmoins <strong>ici</strong>, il s’agit d’oeuvres qui par conséquent<br />

ne cadrent pas exactement avec une réalité concrète, tant il est vrai que <strong>le</strong>ur présentation<br />

inhabituel<strong>le</strong> et décalée, <strong>le</strong>s détourne a priori de toute possibilité d’usage.<br />

Ainsi, ces oeuvres ne font pas parties de ce qu’on appel<strong>le</strong> <strong>le</strong> design, il ne s’agit pas non plus<br />

d’éléments purement décoratifs, mais plutôt de sculptures (Fabrique II d’Elisabeth Bal<strong>le</strong>t),<br />

d’installations composées d’objets associés entre eux (réfrigérateur et télévision pour<br />

l’oeuvre de Nathalie Ta<strong>le</strong>c, miroir et cheminée pour cel<strong>le</strong> de Jan Vercruysse), de sculptures<br />

faisant éga<strong>le</strong>ment offices de peintures (Bilder de Katharina Fritsch) et de photographies...<br />

Autant de formes et d’expressions diverses qui, associées entre el<strong>le</strong>s, recréent un espace<br />

domestique fictif.<br />

En second lieu, nous pouvons nous interroger sur l’éventuel habitant des lieux... Qui vit dans<br />

cet espace ?<br />

Si la présence humaine est évoquée par la puissance fonctionnel<strong>le</strong>, mais virtuel<strong>le</strong>, des<br />

oeuvres mobilières, el<strong>le</strong> se trouve éga<strong>le</strong>ment figurée à travers <strong>le</strong>s oeuvres en 2D. Dans ces<br />

oeuvres, des présences transparaissent de façon fantomatique et troublante. C’est <strong>le</strong> cas de<br />

l’installation de Nathalie Ta<strong>le</strong>c, dans laquel<strong>le</strong> un visage de femme apparaît et disparaît à<br />

mesure que la chanson Cry me a river se fait entendre. C’est éga<strong>le</strong>ment vrai pour <strong>le</strong>s<br />

photographies de Cindy Sherman et de Pierre Molinier qui présentent deux autoportraits à la<br />

personnalité troublante, jouant autant du rô<strong>le</strong> social de la femme que de l’identité sexuel<strong>le</strong>.<br />

De même que pour la vidéo d’Enna Chaton dans laquel<strong>le</strong> <strong>le</strong> corps devient <strong>le</strong> lieu où se<br />

concentrent <strong>le</strong>s interrogations existentiel<strong>le</strong>s permettant l’expression d’une mythologie<br />

individuel<strong>le</strong>.<br />

Chaque œuvre, qu’el<strong>le</strong> soit mobilière ou qu’el<strong>le</strong> s’attache à la représentation humaine,<br />

investit métaphoriquement l’espace d’exposition pour offrir des possibilités narratives<br />

suggérant une présence impalpab<strong>le</strong>, une histoire invisib<strong>le</strong>, propice à l’imaginaire et au récit.


Elisabeth Bal<strong>le</strong>t<br />

Fabrique II, 1999<br />

Bois peint 115 x 188 x 151 cm<br />

L’oeuvre d’Elisabeth Bal<strong>le</strong>t est la première que<br />

l’on voit en arrivant dans la sal<strong>le</strong> d’exposition.<br />

El<strong>le</strong> attire l’oeil par son côté coloré et<br />

compartimenté. Il s’agit d’une sculpture en bois<br />

peinte en vio<strong>le</strong>t. La sculpture se compose de<br />

quatre modu<strong>le</strong>s qui se chevauchent et<br />

s’emboîtent <strong>le</strong>s uns dans <strong>le</strong>s autres. La structure<br />

comp<strong>le</strong>xe de l’oeuvre se révè<strong>le</strong> en réalité<br />

ludique, et incite <strong>le</strong> spectateur à pénétrer par <strong>le</strong><br />

regard dans cette étrange construction. Fabrique<br />

II semb<strong>le</strong> contenir un trajet, impénétrab<strong>le</strong> malgré<br />

<strong>le</strong>s ouvertures. Au delà de son aspect<br />

géométrique et angu<strong>le</strong>ux, cette sculpture nous<br />

fait fina<strong>le</strong>ment tourner en rond.<br />

> Qui est Elisabeth Bal<strong>le</strong>t ?<br />

Elisabeth Bal<strong>le</strong>t s'est fait connaître à la fin des années 80 par un ensemb<strong>le</strong> de travaux et<br />

d'installations interrogeant la notion d'espace clos et <strong>le</strong>s éléments fondamentaux de la<br />

sculpture. Son oeuvre se présente comme un jeu sur <strong>le</strong> vide et <strong>le</strong> p<strong>le</strong>in, l’intérieur et<br />

l’extérieur. El<strong>le</strong> utilise en général des matériaux simp<strong>le</strong>s et usuels, comme <strong>ici</strong> <strong>le</strong> bois.<br />

Elisabeth Bal<strong>le</strong>t est née en 1957 à Cherbourg. El<strong>le</strong> vit à Paris.<br />

> Citation de l’artiste<br />

« Je fonde mon travail sur <strong>le</strong> déplacement des mots aux choses, du dessin vers la sculpture,<br />

du mur vers <strong>le</strong> centre, du plan vers <strong>le</strong> volume. »<br />

Une Oeuvre en regard<br />

Rachel Whiteread,<br />

Embankment, 2005-2006<br />

Un gigantesque empi<strong>le</strong>ment de<br />

cubes en polyéthylène blanc,<br />

des moulages de l’intérieur de<br />

cartons qui ouvrent une infinie<br />

série d’associations possib<strong>le</strong>s :<br />

banquise, bloc de marbre,<br />

entrepôt labyrinthique...<br />

>>


Nathalie Ta<strong>le</strong>c<br />

Paro<strong>le</strong>s gelées, 1997<br />

Réfrigérateur, moniteur et bande vidéo, bassine, goutte-à-goutte, eau<br />

130 x 120 x 80 cm<br />

L’oeuvre de Nathalie Ta<strong>le</strong>c, Paro<strong>le</strong>s gelées,<br />

est constituée d’un réfrigérateur usagé dans<br />

<strong>le</strong>quel est placé un moniteur qui diffuse une<br />

vidéo en bouc<strong>le</strong>. Cette vidéo représente el<strong>le</strong>même<br />

un visage féminin filmé derrière un<br />

écran givré. Une voix chante de manière<br />

monotone « Cry me a river » d’Arthur<br />

Hamilton et en suivant <strong>le</strong> rythme de la<br />

mélodie, <strong>le</strong> visage féminin apparaît et<br />

disparaît de l’écran.<br />

Au fond du réfrigérateur, un dispositif de<br />

goutte-à-goutte remplit un récipient placé<br />

sous <strong>le</strong> moniteur. Comme l’explique l’artiste :<br />

« Il y a d’abord comme une intuition, cel<strong>le</strong> de<br />

faire fondre du Verbe dans un réfrigérateur.<br />

Ici, un moniteur vidéo - placé à l’endroit de la<br />

glacière - puis un simp<strong>le</strong> système de goutteà-goutte.<br />

» La vidéo est un autoportrait<br />

représentant Nathalie Ta<strong>le</strong>c luttant contre <strong>le</strong> froid en chantant dégelant par ses paro<strong>le</strong>s et<br />

son chant la paroi de glace. L’oeuvre nous renvoie ainsi une image à la fois étrange,<br />

émouvante et poétique.<br />

> Qui est Nathalie Ta<strong>le</strong>c ?<br />

L'art de Nathalie Ta<strong>le</strong>c brosse souvent un portrait de l'artiste en explorateur. L'exploration<br />

des régions polaires (découverte, arpentage, cartographie et système de survie en<br />

conditions extrêmes) étant vue par l’artiste comme métaphore de l'art ou la quête de l'absolu<br />

et de l'élémentaire.<br />

De ses expéditions dans <strong>le</strong> Grand Nord (fantasmées puis réel<strong>le</strong>s), aux explorations des<br />

systèmes de représentations du monde (de la Science à la Chanson en passant par <strong>le</strong><br />

Sitcom), Nathalie Ta<strong>le</strong>c s'intéresse à des états intermédiaires, des entre-deux, des zones<br />

incertaines. Ce qu'el<strong>le</strong> met véritab<strong>le</strong>ment à l'épreuve par accumulations de sources diverses<br />

(histoires scientifiques, histoire de l'art, histoires personnel<strong>le</strong>s) ce sont <strong>le</strong>s mises en fiction du<br />

réel. Avec pour personnage central la figure de l'artiste, <strong>le</strong>s modes d'apparitions du froid (la<br />

glace, la neige, <strong>le</strong>s flocons...), ses histoires et mythologies, mais aussi la vapeur d'eau, la<br />

condensation, sont pour Nathalie Ta<strong>le</strong>c un outil de situation dans <strong>le</strong> monde, d'analyse et de<br />

localisation... De réf<strong>le</strong>xion métaphysique.<br />

Nathalie Ta<strong>le</strong>c est née en 1960. El<strong>le</strong> vit et travail<strong>le</strong> à Paris.<br />

> Citation de l’artiste<br />

« Nous guide avant tout <strong>le</strong> désir de proposer des rapports, des fictions, des événements<br />

touchant aux basses températures – car plus que <strong>le</strong> pô<strong>le</strong> lui-même, un état nous intéresse :<br />

<strong>le</strong> FROID. »<br />

Quelques oeuvres en regard<br />

Bertrand Lavier : Brandt sur Fichet-Bauche, 1984<br />

Daniel Firman : Déflagration, 2006


Jan Vercruysse<br />

Atopies (XI), 1986<br />

Bois, placage d’acajou, miroirs (4 éléments) 238 x 322 x 35 cm<br />

Cette oeuvre de Jan Vercruysse appartient à la<br />

série des « Atopies », commencée en 1985.<br />

<strong>Le</strong> terme atopie signifie « qui n’a pas de lieu ». Il<br />

s’agit d’une portion de réel que propose l’artiste.<br />

Cette composition austère et monumenta<strong>le</strong> est<br />

constituée d’objets présentés dans une position<br />

fronta<strong>le</strong> : un panneau et une cheminée<br />

recouverts d’acajou sont surmontés de deux<br />

miroirs, accrochés selon un plan précis, à une<br />

hauteur qui ne permet pas au spectateur de s’y<br />

refléter. El<strong>le</strong> fonctionne comme une parodie<br />

d’espace habitab<strong>le</strong> dans <strong>le</strong>quel <strong>le</strong> spectateur ne<br />

peut pénétrer. Chaque élément se présente<br />

dans <strong>le</strong> plan, transformant la composition en une<br />

image plate. Seu<strong>le</strong>, la cheminée est identifiab<strong>le</strong>,<br />

<strong>le</strong> panneau voisin est légèrement incliné contre<br />

<strong>le</strong> mur. Dépourvue de toute temporalité Atopies (XI) renvoie à son propre espace et à son<br />

propre vide.<br />

> Qui est Jan Vercruysse ?<br />

Jan Vercruysse réalise des séries d’oeuvres qui explorent <strong>le</strong>s thèmes de la présence et de<br />

l’absence. En effet, <strong>le</strong>s objets qu’il assemb<strong>le</strong> travail<strong>le</strong>nt notre faculté de mémoire, l’énergie<br />

que l’on déploie pour comb<strong>le</strong>r <strong>le</strong> vide laisser par ce qui n’est plus là.<br />

Dans sa série de « Tombeaux », des objets utilitaires, comme des chaises, sont assemblés<br />

de manière origina<strong>le</strong>, - el<strong>le</strong>s sont accrochées au mur par exemp<strong>le</strong> -, et deviennent des<br />

traces, des restes d’un voyage, des gardiens si<strong>le</strong>ncieux de morceaux de vie. En peignant<br />

certains de ces objets, il renforce la distance prise avec <strong>le</strong>ur fonction initia<strong>le</strong>. Ainsi, tandis<br />

que ces œuvres deviennent sculptures, el<strong>le</strong>s affirment <strong>le</strong>ur présence, <strong>le</strong>ur existence, <strong>le</strong>ur<br />

propre lieu.<br />

Jan Vercruysse est né en 1948 à Waregen, en Belgique. Il vit et travail<strong>le</strong> à Bruxel<strong>le</strong>s.<br />

> Citation de l’artiste<br />

« Je souhaite que chaque pièce par<strong>le</strong> des autres et se réfère aux autres, comme une<br />

séquence de sonnet. »<br />

Une oeuvre en regard<br />

Magritte, La durée poignardée, 1938<br />

Et si d’un espace sans profondeur pouvait<br />

surgir un objet animé... C’est ce que propose<br />

cette peinture de Magritte qui montre<br />

l’apparition d’une locomotive sortant d’une<br />

cheminée.<br />

>>


Katharina Fritsch<br />

Bilder, 1990<br />

Détrempe sur bois, feuil<strong>le</strong> de métal et vernis<br />

140 x 500 x 8,5 cm<br />

Bilder (qui se traduit par « images/tab<strong>le</strong>aux »)<br />

est une oeuvre qui semb<strong>le</strong> re<strong>le</strong>ver a priori de la<br />

sculpture. Trois plans monochromes, cernés<br />

chacun d’un cadre épais de cou<strong>le</strong>ur métallisée,<br />

simu<strong>le</strong>nt des tab<strong>le</strong>aux dont on peut aussi bien<br />

penser qu’il s’agit d’embrasures de fenêtre.<br />

L’effet de perspective suggéré par <strong>le</strong>s<br />

montants biaisés des cadres, glissant vers<br />

l’intérieur de la toi<strong>le</strong>, est renforcé par <strong>le</strong>s<br />

jointures aiguës que forment <strong>le</strong>s plans de<br />

coupe des côtés. Si <strong>le</strong>s cadres sont de cou<strong>le</strong>ur<br />

identique, <strong>le</strong>s fonds différent : l’un est noir,<br />

l’autre blanc, et <strong>le</strong> troisième est jaune. Ainsi ce<br />

triptyque, par <strong>le</strong>s notions qu’il suggère («<br />

monochrome », « perspective », « cadre », «<br />

plan »), interroge en réalité l’histoire de la<br />

peinture, de l’art religieux jusqu’à l’art<br />

contemporain.<br />

> Qui est Katharina Fritsch ?<br />

Katharina Fritsch s’inspire de réminiscences qu’el<strong>le</strong> transforme en archétype. Ses<br />

sculptures-objets semb<strong>le</strong>nt être <strong>le</strong>s répliques exactes de choses usuel<strong>le</strong>s mais un détail, une<br />

modification de forme ou de cou<strong>le</strong>ur crée un décalage, et induit un processus de «<br />

déréalisation ». Son travail est une théâtralisation de la vie et de l’imaginaire. El<strong>le</strong> se réfère<br />

souvent aux origines religieuses de l’art. On croise dans ses installations des fantômes, des<br />

vierges jaunes (Madonna Figure, 1987), des humains aux allures d’automates ou des<br />

éléphants. Ses sculptures sont toujours des multip<strong>le</strong>s, des objets qui glissent, qui hésitent<br />

entre l’art et la mort. Dans <strong>le</strong>s années 1990, el<strong>le</strong> instal<strong>le</strong> <strong>le</strong> Roi des rats, un immense rat noir,<br />

dans des dispositifs monumentaux, théâtraux, et duplique ses figures pour <strong>le</strong>s rendre plus<br />

inquiétants (Rattenkönig, 1991-1993).<br />

Katharina Fritsch est née en 1956 à Essen, en Al<strong>le</strong>magne. El<strong>le</strong> vit et travail<strong>le</strong> à Düsseldorf.<br />

> Citation de l’artiste<br />

« Que puis-je provoquer aujourd’hui ? Cela ne m’intéresse pas. Je veux uniquement mettre<br />

en avant un certain nombre d’éléments qui établissent un rapport d’identité, de clarté, de<br />

concentration avec la réalité. »<br />

Quelques oeuvres en regard<br />

Claes Oldenburg : Giant Pool Balls, 1977<br />

Franck Scurti : Mobilis in Mobili, 1996


Juan Muñoz<br />

Balcón/nes, 1986<br />

Fer et néon. Balcon : 60 x 75 x 41 cm Néon : 63 x 17,5 x 5 cm<br />

Balcón/nes se présente sous la forme d’un balcon en<br />

fer soudé, accroché en hauteur à proximité d’une<br />

enseigne de néon reproduisant <strong>le</strong> mot « HOTEL »,<br />

lisib<strong>le</strong> à l’envers.<br />

Comme dans d’autres oeuvres, <strong>le</strong> balcon constitue pour<br />

l’artiste une métaphore de l’espace habité depuis <strong>le</strong>quel<br />

on peut contemp<strong>le</strong>r ou se montrer. <strong>Le</strong> spectateur se<br />

retrouve pourtant face à cet élément architectural, vide<br />

de toute présence humaine, et appuyé de manière<br />

absurde sur un mur qui n’offre fina<strong>le</strong>ment aucune<br />

possibilité d’observation.<br />

La présence du balcon, élément classique du décor<br />

théâtral, nous laisse imaginer un dialogue entre<br />

personnages comme dans une pièce de théâtre<br />

classique.<br />

> Qui est Juan Muñoz ?<br />

La sculpture de Juan Muñoz s’emploie à détourner <strong>le</strong> réel pour repenser l’image de l’homme.<br />

Des fragments d’éléments architecturaux ou de mobilier (balcons en fer, minarets, tours,<br />

mains courantes, tab<strong>le</strong>s, chaises...) se confrontent à des éléments étranges ou inquiétants<br />

(sols en marqueterie illusionniste, mannequins...) chargés de perturber <strong>le</strong> regard et la<br />

compréhension de la scène.<br />

Juan Muñoz est né en 1953 à Madrid, il est mort en 2001 à Ibiza.<br />

> Citation de l’artiste<br />

« J’essaie toujours de faire un art réaliste, peut-être rempli de ref<strong>le</strong>ts fantastiques »<br />

Oeuvres en regard<br />

Francisco de Goya : Majas au balcon, 1808<br />

Edouard Manet : <strong>Le</strong> balcon, 1868<br />

Francisco de Goya,<br />

Majas au balcon, 1808<br />

Par delà <strong>le</strong>s barreaux du balcon, <strong>le</strong>s regards<br />

circu<strong>le</strong>nt dans cette peinture de Goya.<br />

De même avec <strong>le</strong> balcon de Juan Munoz qui<br />

appel<strong>le</strong> <strong>le</strong>s regards des visiteurs.<br />

>>


Joachim Mogarra<br />

Bouquet perpétuel, 1988<br />

F<strong>le</strong>urs coupées, vase, eau et présentoir<br />

Joachim Mogarra instal<strong>le</strong> un « bouquet perpétuel » dans<br />

l’espace d’exposition. Composé de f<strong>le</strong>urs naturel<strong>le</strong>s, ce<br />

bouquet est offert par l’artiste à la contemplation du<br />

visiteur. Exposées ainsi dans un simp<strong>le</strong> vase, <strong>le</strong>s f<strong>le</strong>urs<br />

évoquent cel<strong>le</strong>s que l’on trouve dans la maison, sur la<br />

tab<strong>le</strong> du salon, ou dans la cuisine. En entretenant<br />

quotidiennement <strong>le</strong> bouquet de f<strong>le</strong>urs la personne en<br />

charge de l’exposition répond à la consigne de l’artiste qui<br />

souligne par là l’engagement nécessaire à l’existence de<br />

toute oeuvre. <strong>Le</strong> renouvel<strong>le</strong>ment des f<strong>le</strong>urs évoque <strong>le</strong>s<br />

gestes ou actions qui sont effectués au quotidien, comme<br />

par exemp<strong>le</strong> la tournée matina<strong>le</strong> du boulanger. Cette<br />

notion de quotidienneté rappel<strong>le</strong> alors la marque de<br />

certains rituels, voire de certaines pratiques à caractère<br />

sacré.<br />

> Qui est Joachim Mogarra ?<br />

Au début des années 1980, <strong>le</strong>s photographies noir et blanc de Joachim Mogarra instaurent<br />

un rapport d’échos entre des événements de l’histoire de l’humanité et <strong>le</strong>ur représentation<br />

par des moyens de fortune. En 1985, avec la série « <strong>Le</strong>s Chefs-d’oeuvre de l’art » il<br />

reconstruit des chefs d’oeuvre avec des « bouts de ficel<strong>le</strong> », restituant par la photographie<br />

<strong>le</strong>s oeuvres d’artistes marquants du XXe sièc<strong>le</strong>. L’ironie s’amplifie lorsqu’il aborde <strong>le</strong> thème<br />

de la religion dans <strong>le</strong>s séries des « Lieux de la foi » et « Série biblique » en 1986. L’usage<br />

des aphorismes, seuls ou accompagnant des images, montrent l’intérêt soutenu de l’artiste<br />

pour <strong>le</strong>s jeux de mots et <strong>le</strong>s jeux de langage.<br />

Par <strong>le</strong> biais d’un étrange changement d’échel<strong>le</strong>, Joachim Mogarra métamorphose ses mises<br />

en scène des objets du « presque rien » en une vision où se côtoient <strong>le</strong> trivial et l’artistique,<br />

<strong>le</strong> ludique et <strong>le</strong> sérieux.<br />

Joachim Mogarra est né en 1954 à Tarragone en Espagne. Il vit et travail<strong>le</strong> à Montpeyroux.<br />

> Citation de l’artiste<br />

« J'ai <strong>le</strong> sentiment que la création réside plus dans <strong>le</strong> regard que dans la main.<br />

J'aime juste l'idée d'un sens ajouté au monde et à ses objets. »<br />

Oeuvre en regard<br />

Fischli et Weiss, F<strong>le</strong>urs, 1997-1998<br />

<strong>Le</strong> plaisir de la banalité : avec beaucoup<br />

d'humour, <strong>le</strong>s objets et <strong>le</strong>s situations de<br />

la vie courante deviennent chez Fischli et<br />

Weiss des objets d'art.<br />

>>


Cindy Sherman<br />

Untit<strong>le</strong>d n°110, 1982<br />

Photographie cou<strong>le</strong>ur 112,3 x 75,5 cm<br />

Dans cette oeuvre comme à son habitude, Cindy<br />

Sherman se photographie en train d’incarner une<br />

figure féminine. Dans cette image en cou<strong>le</strong>ur et de<br />

grand format, une silhouette apparaît, cadrée de près,<br />

dans un décor indistinct.<br />

La proximité du point de vue donne un aspect<br />

dramatique à la photographie et donne l’impression<br />

que quelque chose va se passer. Plongé dans une<br />

semi obscurité, la totalité du corps du personnage ne<br />

peut pas être perçue et son regard à peine visib<strong>le</strong><br />

rend la femme vulnérab<strong>le</strong>. Prise dans un très fort clair<br />

obscur, c’est <strong>le</strong> contraste de lumière qui rend la scène<br />

énigmatique et inquiétante.<br />

> Qui est Cindy Sherman ?<br />

Des premières photographies des années 1970 aux récentes images « gore » qu’el<strong>le</strong> réalise<br />

à partir de 1994, l’oeuvre de Cindy Sherman s’est entièrement constituée à partir d’une<br />

réf<strong>le</strong>xion sur l’histoire des images et sur <strong>le</strong>s différentes métamorphoses de son propre corps,<br />

pris en otage de thèmes issus de l’analyse de multip<strong>le</strong>s stéréotypes féminins.<br />

La série des Untit<strong>le</strong>d Film Stills, réalisés entre 1975 et 1986, par<strong>le</strong> de l’imaginaire de l’artiste,<br />

de la mythologie du cinéma et de l’identification de chacun d’entre nous à ses héros. Suivent<br />

de nombreuses séries en cou<strong>le</strong>ur où Cindy Sherman recherche la confrontation directe de<br />

l’image photographique et télévisée. Pourtant, dès 1982, se grimant et se travestissant, el<strong>le</strong><br />

délaisse <strong>le</strong> roman-photo sans texte pour une construction d’images au chromatisme et au<br />

décor toujours plus comp<strong>le</strong>xe. Personnages grotesques et monstrueux, affublés de<br />

prothèses, côtoient un décor peuplé d’immondices et d’un magma de science-fiction. Avec<br />

<strong>le</strong>s séries des années 1990, Civil Wars, Sex Pictures, et Horror Pictures, Cindy Sherman<br />

semb<strong>le</strong> disparaître de l’image pour laisser place à des corps et mannequins désarticulés :<br />

une façon de précipiter <strong>le</strong> regard dans une réf<strong>le</strong>xion toujours plus aiguë sur l’identité de<br />

chacun.<br />

Cindy Sherman est née en 1954 à G<strong>le</strong>n Ridge, aux Etats-Unis. El<strong>le</strong> vit et travail<strong>le</strong> à New<br />

York.<br />

> Citation de l’artiste<br />

« Mes photographies ne racontent pas d’histoires particulières mais des personnages. »<br />

Oeuvre en regard<br />

Valérie Belin, Sans titre, 2006.<br />

Valérie Belin, Sans titre, 2006<br />

<strong>Le</strong>s photographies réalisées par Valérie<br />

Belin nous font ressentir un troub<strong>le</strong> : ces<br />

visages sont-ils des « êtres vivants » ou<br />

des « êtres inanimés » ?<br />

>>


Pierre Molinier<br />

Pierre Molinier fétiché, vers 1970-1976<br />

Photographie noir et blanc, 10,8 x 5,7 cm<br />

Dans cette photographie en noir et blanc de petit format<br />

Pierre Molinier se présente « fétiché ». Il utilise <strong>le</strong><br />

travestissement dans cette composition où il apparaît<br />

revêtu d’un corset, et portant un masque, et un cache<br />

sexe. On distingue en arrière plan un paravent et un<br />

fauteuil d’allure bourgeoise qui renvoient au mobilier de<br />

son appartement.<br />

<strong>Le</strong> corps est l’élément qui structure son oeuvre, qu’il<br />

s’agisse de peintures ou comme <strong>ici</strong> de photographie. Il<br />

<strong>le</strong> met <strong>ici</strong> en scène grâce à des accessoires, mais il<br />

effectue aussi des retouches, notamment pour <strong>le</strong><br />

visage. <strong>Le</strong> masque semb<strong>le</strong> avoir été ajouté par<br />

photomontage pour que <strong>le</strong> regard soit réel<strong>le</strong>ment celui<br />

d’une femme.<br />

> Qui est Pierre Molinier ?<br />

L’oeuvre de Pierre Molinier se compose de peintures, de photographies et de<br />

photomontages dans <strong>le</strong>squel<strong>le</strong>s l’artiste donne forme à ses propres fantasmes. <strong>Le</strong> plus<br />

souvent il réalise des mises en scène de son propre corps, jouant du troub<strong>le</strong> sur son identité<br />

sexuel<strong>le</strong> par des autoportraits travestis, où s’expriment son culte de l'androgynie et son<br />

fétichisme des jambes.<br />

Membre du groupe surréaliste de 1955 à 1969, Pierre Molinier est resté en marge de ce<br />

mouvement. <strong>Le</strong> mystère de son oeuvre se révè<strong>le</strong> en particulier dans sa peinture, qualifié de<br />

"magique" par Breton, et peuplée de poupées aux visages sensuels, aux parures érotiques<br />

(voi<strong>le</strong>ttes, masques et résil<strong>le</strong>s) qui témoigne d'une oeuvre hantée par la mort.<br />

Pierre Molinier est né en 1900 à Agen, il est mort en 1976 à Bordeaux.<br />

> Citation de l’artiste<br />

« Ne regarder ni à droite ni à gauche, l’oeuvre d’art est la matérialisation de ce que sent<br />

intensément chaque individu, exprimer ce que l’on porte en soi, prendre son inspiration dans<br />

ce qui est <strong>le</strong> plus intime de son esprit. »<br />

Oeuvre en regard<br />

Hans Bellmer, Sans titre (Unica ficelée), 1959<br />

Hans Bellmer, Sans titre (Unica ficelée), 1959<br />

D'un grand raffinement et p<strong>le</strong>ins d'audace, <strong>le</strong>s<br />

dessins de Bellmer retranscrivent <strong>le</strong>s pulsions<br />

secrètes, <strong>le</strong>s transferts des sens, <strong>le</strong>s<br />

ambiva<strong>le</strong>nces du corps érotique. L'artiste montre<br />

ainsi <strong>le</strong>s harmonies et la cruel<strong>le</strong> beauté de la<br />

mécanique du désir.<br />

>>


Enna Chaton<br />

Passages, 2005<br />

Vidéo, 17'21''<br />

Dans la vidéo Passages, des plans panoramiques se<br />

succèdent. La caméra se déplace <strong>le</strong>ntement, de gauche<br />

à droite, à l'intérieur de ce qu'on suppose être <strong>le</strong>s<br />

appartements des êtres qui s'y trouvent... Immobi<strong>le</strong>s et<br />

nus, face à la caméra, assis ou debouts, allongés sur un<br />

lit, lovés dans <strong>le</strong> velours d'un canapé, ils sont<br />

simp<strong>le</strong>ment là, seuls ou en famil<strong>le</strong>. Nus, comme dans<br />

une nature morte.<br />

Ces séquences filmées dans <strong>le</strong>squel<strong>le</strong>s <strong>le</strong>s corps sont<br />

figés rappel<strong>le</strong>nt aussi <strong>le</strong>s photographies des albums de<br />

famil<strong>le</strong> où l'intense présence des personnages semb<strong>le</strong><br />

nous par<strong>le</strong>r de mémoire, de l'origine du monde, de la<br />

Genèse, ou du paradis perdu. El<strong>le</strong> nous par<strong>le</strong> d'un<br />

temps où nous étions peut-être sans comp<strong>le</strong>xes ni<br />

interdits, libres de corps et d'esprit. Avant que l'idée<br />

même du nu devienne impensab<strong>le</strong>, sinon sa<strong>le</strong> donc<br />

coupab<strong>le</strong>.<br />

<strong>Le</strong>s images de Passages sont habillées d'une bande<br />

son faite du vrombissement des camions, autos, motos<br />

circulant hors champ et non retouchés au montage.<br />

Entre chaque plan panoramique, une image monochrome, rouge ou rose, azur ou verte,<br />

vient ponctuer ces passages...comme une plage de si<strong>le</strong>nce.<br />

> Qui est Enna Chaton ?<br />

Enna Chaton utilise l'image, fixe ou en mouvement, pour mettre en scène des corps nus,<br />

d'hommes et de femmes de tous âges, modè<strong>le</strong>s non professionnels, parents, amis,<br />

inconnus, complices, dans différents espaces domestiques ou dans toute sorte de paysages.<br />

Enna Chaton est née en 1969 à Grenob<strong>le</strong>. El<strong>le</strong> vit et travail<strong>le</strong> près de Sète.<br />

> Citation de l’artiste<br />

« J’organise des rencontres, fabrique des fausses famil<strong>le</strong>s, rassemb<strong>le</strong> des corps étrangers.<br />

<strong>Le</strong>s personnes se montrent nues, s’inscrivent dans un lieu choisi par mes soins pour la<br />

circonstance. <strong>Le</strong>s corps prennent position : une pose première : debout.<br />

<strong>Le</strong>ur corps et <strong>le</strong>ur visage disent qu’ils sont là, présents, entiers et fragi<strong>le</strong>s face au regard de<br />

l’autre. »<br />

Oeuvre en regard<br />

Vanessa Beecroft, VB 50, 2002<br />

Vanessa Beecroft, VB 50, 2002<br />

Lors d’une performance à Sao Paulo,<br />

Vanessa Beecroft présente des corps<br />

d’origines diverses montrant différentes<br />

cou<strong>le</strong>urs de peau, de chevelure.<br />

>>


2ème partie<br />

Avec la classe :<br />

Préparer et approfondir la visite de l’exposition<br />

Fantômes Domestiques<br />

Au premier plan, œuvre de Joachim Mogarra. Au second plan, œuvre de Katharina Fritsch / photo <strong>Le</strong> <strong>Parvis</strong>


Préparer la visite<br />

<strong>Le</strong> Dialogue entre la sculpture et <strong>le</strong> mobilier<br />

Ou comment l’art contemporain croise régulièrement <strong>le</strong> domaine du design et<br />

vice versa….<br />

En 1909, il paraît évident à Walter Gropius, fondateur de l'éco<strong>le</strong> d'arts appliqués du<br />

Bauhaus, de préparer à ses étudiants des cours d'histoire de l'art, car il est convaincu que<br />

<strong>le</strong>s artistes sont <strong>le</strong>s premiers créateurs de formes nouvel<strong>le</strong>s.<br />

De son côté, en 1912, l'artiste Marcel Duchamp, en visite au Salon de l'aéronautique à Paris,<br />

prend à témoin Fernand Léger et Constantin Brancusi qui l'accompagnent et s'exclame :<br />

« C'est fini la peinture ! Qui fera mieux que cette hélice ? » <strong>Le</strong> futur père du ready-made<br />

avait pressenti, ce jour-là, la place qu'occuperaient dorénavant <strong>le</strong>s objets manufacturés dans<br />

l'imaginaire moderne .<br />

Ces deux positions, en apparence contradictoires, montrent combien, très tôt, <strong>le</strong>s rapports<br />

entre l'art et <strong>le</strong> design apparurent comme possib<strong>le</strong>ment fructueux !<br />

Mais c’est en 1960 dans <strong>le</strong> contexte du Pop Art américain que <strong>le</strong> dialogue entre la sculpture<br />

et <strong>le</strong> mobilier ou <strong>le</strong> design s’est véritab<strong>le</strong>ment instauré. La diffusion de nouveaux matériaux,<br />

de nouveaux revêtements (Formica, viny<strong>le</strong>, Celotex) et <strong>le</strong>s motifs psychédéliques des<br />

années 60-70, issus de la culture populaire, favorisent ce rapprochement entre l’art et <strong>le</strong><br />

mobilier.<br />

Richard Artschwager (né en 1923), formé dans l’atelier du<br />

peintre Amédée Ozenfant en 1949 à New York, auteur de<br />

meub<strong>le</strong>s en bois (bureau, étagère et chaise à bascu<strong>le</strong>),<br />

présente ses premières sculptures mobilières – des répliques<br />

de chaises, de miroirs, de tab<strong>le</strong>s – au début des années<br />

1960. Richard Artschwager, lié à Oldenburg en 1961, conçoit<br />

la sculpture comme un « espace senti ». Ses répliques de<br />

meub<strong>le</strong>s, peints avec la précision d’un artisan ou recouverts<br />

de revêtements industriels colorés, jouent sur l’illusion.<br />

Dans un esprit minimaliste, Richard Artschwager nous incite<br />

à reconstituer menta<strong>le</strong>ment la fonction de l’objet qu’il<br />

synthétise en un seul volume. Il crée des chaises sur<br />

<strong>le</strong>squel<strong>le</strong>s on ne peut pas s’asseoir, des portes qui ne<br />

s’ouvrent pas, de faux miroirs, ou des assemblages qui sont<br />

tout à la fois ( PMPCTF : Porte / Miroir / Panier / Couverture /<br />

Tab<strong>le</strong> / Fenêtre). Richard Artschwager, Tab<strong>le</strong> et chaise, 1963


Issu de la peinture abstraite et de la performance,<br />

complice du mouvement Fluxus, John Arm<strong>le</strong>der (né<br />

en 1948), artiste d’origine suisse, aborde éga<strong>le</strong>ment<br />

la question du dialogue entre la peinture et <strong>le</strong><br />

mobilier. Il présente son premier meub<strong>le</strong> peint en<br />

1979. Il va ensuite créer la série des « furniture<br />

sculpture », des arrangements qui associent des<br />

meub<strong>le</strong>s, neufs ou récupérés, et des tab<strong>le</strong>aux<br />

abstraits. Il interroge la frontière entre <strong>le</strong> décoratif, <strong>le</strong><br />

design, et pose la question de l’utilisation de l’objet.<br />

John Arm<strong>le</strong>der, Furniture sculpture, 1987<br />

Née aux Etats-Unis en 1965, Andréa Zittel réalise dans<br />

<strong>le</strong>s années 1990 la série des Living puis des Comfort<br />

Units, structures nomades et modulab<strong>le</strong>s selon <strong>le</strong>s<br />

désirs de chacun. L’utopie des premiers modernistes,<br />

du Bauhaus à toutes <strong>le</strong>s formes d’expression plastique<br />

ayant tenté de rapprocher la production artistique et la<br />

va<strong>le</strong>ur d’usage de l’oeuvre, se resserre <strong>ici</strong> sur <strong>le</strong> confort<br />

individuel, sur <strong>le</strong>s rêves d’intimité et d’iso<strong>le</strong>ment de<br />

notre société. Parmi ses oeuvres au croisement du<br />

design et de ses utopies, se trouvent toutes <strong>le</strong>s<br />

structures habitab<strong>le</strong>s et autres « caravanes » qu’el<strong>le</strong><br />

crée à partir de sa structure de production intitulée A to<br />

Z Administrative Services.<br />

Andrea Zittel, Living Unit, 1994<br />

L’oeuvre de Jorge Pardo se situe à la frontière de<br />

divers champs artistique, testant ainsi <strong>le</strong>s limites<br />

conventionnel<strong>le</strong>s de la sculpture. Entre<br />

fonctionnalité et va<strong>le</strong>ur d’usage, son projet se<br />

constitue tel<strong>le</strong> une réf<strong>le</strong>xion origina<strong>le</strong> sur <strong>le</strong>s sty<strong>le</strong>s<br />

et <strong>le</strong>ur rapport à l’histoire du goût. Intégrant<br />

souvent <strong>le</strong> mobilier emblématique du design<br />

moderne, <strong>le</strong>s installations de Jorge Pardo sont<br />

autant de méditations sur l’idéologie du confort et<br />

des codes régissant notre mode de vie. <strong>Le</strong>s<br />

matériaux et <strong>le</strong>s techniques qui composent ses<br />

oeuvres constituent une investigation, entre<br />

artisanat et design industriel, fondée sur <strong>le</strong>s<br />

principes d’économie et de diffusion du design à<br />

l’heure du culte de la marchandise.<br />

Jorge Pardo, Untit<strong>le</strong>d (Cesar and Mima Reyes House), 2006


<strong>Le</strong>s objets du quotidien dans l’art<br />

Cofondateur du groupe des Nouveaux Réalistes, Arman<br />

montre, dès 1959, des Accumulations et des Poubel<strong>le</strong>s,<br />

entasse dans des boîtes-vitrines des « inutilisés et des objets<br />

hétéroclites ». Il affirme amasser ainsi par « une volonté<br />

poétique ». Puis il fossilise d’autres Accumulations-Inclusions<br />

dans du polyester transparent, transforme en Colères des<br />

instruments de musique brisés, brûlés, détruits (Piano concert<br />

flamboyant, 1966). Dans <strong>le</strong>s années 1970 et 1980, il continue<br />

ses Accumulations mais découpe aussi en tranches des<br />

sculptures de bronze (ensemb<strong>le</strong> des Coupes). Dans <strong>le</strong>s années<br />

1990, il constitue des Col<strong>le</strong>ctions dans <strong>le</strong>squel<strong>le</strong>s il présente<br />

des installations de tab<strong>le</strong>autins, de cafetières et d’objets divers.<br />

(image : Arman, Infinity of typewriter, 1962)<br />

Dans <strong>le</strong>s années 1970, Tony Cragg col<strong>le</strong>cte des<br />

détritus, des objets de bois et de plastique et <strong>le</strong>s<br />

instal<strong>le</strong> au sol en de grandes compositions<br />

colorées. Il veut mettre sur <strong>le</strong> même plan <strong>le</strong>s<br />

matériaux traditionnels de la sculpture et <strong>le</strong>s<br />

matériaux <strong>le</strong>s plus communs. A partir de 1984, ses<br />

installations-collages, dessins-sculptures, se<br />

présentent aussi comme des fresques mura<strong>le</strong>s. Il<br />

recouvre des objets ou des meub<strong>le</strong>s de particu<strong>le</strong>s<br />

de plastique. Il considère que <strong>le</strong> matériau est<br />

seu<strong>le</strong>ment un médium et que seu<strong>le</strong> l’âme importe.<br />

A la fin des années 1980, il use de toutes sortes<br />

de matériaux pour ses sculptures aux formes<br />

allusives : bronze, plastique, plâtre, métal,<br />

polystyrène, bois, verre, etc.<br />

(image : Tony Cragg, Opening Spiral, 1982)<br />

En 1978, <strong>le</strong> shopping devient pour Haim<br />

Steinbach la base de son activité créatrice<br />

en forme de "cash and carry". Dans un<br />

premier temps, il utilise des étagères<br />

rustiques sur <strong>le</strong>squel<strong>le</strong>s il pose <strong>le</strong>s<br />

marchandises ayant excité sa convoitise<br />

(paquets d'Ajax, animaux empaillés,<br />

Frisbee...). Ainsi, à l'Artists Space de New<br />

York, en 1979, il recouvre <strong>le</strong>s murs de papier<br />

peint et y fixe ses étagères. À partir de 1984,<br />

Steinbach radicalise <strong>le</strong> rapport des objets à<br />

<strong>le</strong>urs supports, conçus désormais comme<br />

une dérivation ménagère de l'art minimal :ce<br />

sont des étagères de contreplaqué


ecouverts de Formica coloré et laissant voir sur un ou deux côtés ouverts <strong>le</strong>s différentes<br />

strates de fabrication. <strong>Le</strong> fait d'aligner des objets allant de l'élégant au vulgaire, de l'élitisme<br />

au kitsch, de l'opaque au brillant, sur une base conçue comme élément générique et<br />

constant permet à Steinbach de canaliser l'attention sur <strong>le</strong>s différences entre <strong>le</strong>s produits en<br />

présence. L'objet devient un signifiant, témoignage d'une époque au même titre qu'un tesson<br />

archéologique, exprimant un mode de vie et de représentation.<br />

(image : Heim Steinbach, sans titre, 1984)<br />

Bertrand Lavier pratique <strong>le</strong> recouvrement de photographies, de tab<strong>le</strong>aux,<br />

de meub<strong>le</strong>s, par une couche de peinture de la même cou<strong>le</strong>ur que la<br />

surface de l'objet, appliquée par touches épaisses, la « touche de Van<br />

Gogh », qui procure à la pièce un statut étrange, dans la « frange<br />

dangereuse » entre l'art et <strong>le</strong> non-art.<br />

Brandt sur Haffner est sa première oeuvre où un objet est posé sur un<br />

autre. Ce faisant, Bertrand Lavier poursuit cette entreprise par un<br />

nouveau procédé de recouvrement, qui transforme <strong>le</strong>s objets non plus<br />

en peinture mais en sculpture. Avec Brandt sur Haffner, c'est la chambre<br />

froide qui prend appui sur la chambre forte, c'est une pièce sur un soc<strong>le</strong>.<br />

Ces objets ont pour caractéristique de ne pas perdre <strong>le</strong>ur va<strong>le</strong>ur d'usage<br />

de manière irrémédiab<strong>le</strong> : ainsi peut-on encore <strong>le</strong>s ouvrir et <strong>le</strong>s fermer,<br />

<strong>le</strong>ur intérieur ne comporte aucun signe distinctif ou « geste » de l'artiste.<br />

Ils sont même désignés par <strong>le</strong>ur marque, comme s'ils sortaient, neufs,<br />

du magasin. Impossib<strong>le</strong> de faire par<strong>le</strong>r ces objets en dehors de <strong>le</strong>ur<br />

rencontre, qui marque l'exacte limite entre l'objet courant et l'œuvre d'art.<br />

Comme <strong>le</strong> dit Bertrand Lavier « Brandt sur Haffner est à mi-chemin entre<br />

<strong>le</strong> musée et <strong>le</strong> grand magasin, et ce lieu est introuvab<strong>le</strong> ».<br />

(Image : Bertrand Lavier, Brandt sur Haffner, 1984)<br />

A travers ses sculptures, interventions et<br />

installations dans l’espace public, s’inspirant<br />

de la vie quotidienne et des objets familiers<br />

(produits de consommation, mobilier, design<br />

urbain, faits d’actualité, etc.), Franck Scurti<br />

développe des oeuvres qu’il préfère désigner<br />

comme des projets. Il s’approprie des signes<br />

de la low culture (logos, jeux, plans de métro,<br />

journaux,...), tout en <strong>le</strong>s réinventant selon des<br />

procédés basés sur une logique de la<br />

comp<strong>le</strong>xité et de la contradiction. Franck Scurti<br />

modélise, amplifie, ou hybride ces signes, en<br />

<strong>le</strong>s vidant de <strong>le</strong>ur fonctionnalité quotidienne.<br />

Une brique de lait devient une caravane<br />

(Mobilis in Mobili), des capsu<strong>le</strong>s de canettes<br />

deviennent des sièges sans usage (Chairs),<br />

tandis que la porte de la boulangerie de son<br />

quartier se voit reproduite avec une poignée<br />

en forme de sandwich bourré de cartes de crédits (Sandwich).<br />

(Image : Franck Scurti, Mobilis in Mobili, 1996)<br />

Sources :<br />

- Elisabeth Couturier, <strong>Le</strong> design mode d'emploi, Editions Filipacchi, 2006<br />

- L’ABCdaire de la sculpture du XXe sièc<strong>le</strong>, Flammarion, 2003 (entrée : "Furniture<br />

Sculpture")


Prolonger en classe<br />

Repères dans <strong>le</strong>s programmes scolaires<br />

Enseignements de l’histoire de l’art au collège et au lycée<br />

Thématiques abordées :<br />

-<strong>Le</strong>s Arts du quotidien : <strong>le</strong> design, <strong>le</strong>s objets d’art<br />

-<strong>Le</strong>s Arts de l’espace : la sculpture, l’architecture<br />

Pour al<strong>le</strong>r plus loin : Ouvrages, Documents et artic<strong>le</strong>s à consulter<br />

- Dossier de presse de l’exposition Fantômes Domestiques, en ligne sur <strong>le</strong> site du <strong>Parvis</strong> :<br />

www.parvis.net<br />

Ouvrages généraux<br />

- <strong>Le</strong> LIVRE du FRAC-Col<strong>le</strong>ction Aquitaine, Panorama de l’art d’aujourd’hui, éditions <strong>Le</strong><br />

Festin / Frac-Col<strong>le</strong>ction Aquitaine, 2002<br />

- Pasca<strong>le</strong> <strong>Le</strong> Thorel : Nouveau Dictionnaire des artistes contemporains, Larousse, Paris,<br />

2010.<br />

- Qu’est-ce que la Sculpture aujourd’hui ?, éditions Beaux Arts, 2008<br />

- L’ABCdaire de la Sculpture du XXème sièc<strong>le</strong>, Flammarion, 2003<br />

Ouvrages spécialisés<br />

- Elisabeth Couturier, <strong>Le</strong> design mode d'emploi, Editions Filipacchi, 2006<br />

Essai / Fiction :<br />

- Georges Perec, Espèces d’espaces, éditions Galilée, 1974<br />

- la Col<strong>le</strong>ction « Fiction à l’oeuvre » :<br />

<strong>Le</strong>s éditions Mix ont créé une col<strong>le</strong>ction avec <strong>le</strong> Frac Aquitaine : el<strong>le</strong> consiste à inviter des<br />

auteurs, en littérature, à écrire une fiction à partir d'une œuvre d'art issue de la col<strong>le</strong>ction du<br />

Frac. Trois livres sont parus : Thomas C<strong>le</strong>rc : Nouit, 2009 ; Daniel Foucart : ONE, 2010 ;<br />

Noël<strong>le</strong> Renaude : De tant en temps, 2010.


3ème Partie<br />

Avec la classe<br />

Visites et ateliers autour de l’exposition<br />

Fantômes Domestiques<br />

Atelier BD réalisé autour de l’exposition LAST DAYS de Dora Garcia / Photo <strong>Le</strong> <strong>Parvis</strong>


1. La visite d’exposition<br />

Conçue par <strong>le</strong> Service Educatif et adaptée à toutes <strong>le</strong>s classes d’âge, la visite d’exposition<br />

permet aux élèves et à <strong>le</strong>ur professeur d’aborder des champs particuliers de l’histoire de l’art<br />

et spécia<strong>le</strong>ment de l’art contemporain.<br />

El<strong>le</strong> peut être élaborée en amont avec <strong>le</strong>s enseignants en fonction des disciplines<br />

dispensées.<br />

Ludique, el<strong>le</strong> favorise avec l’aide du médiateur, une découverte interactive et dynamique du<br />

projet des artistes et permet aux élèves de prendre paro<strong>le</strong> face aux œuvres.<br />

> Thématiques de visite<br />

- Découverte des œuvres, entre Art et Design<br />

- Acquérir et diffuser des oeuvres, <strong>le</strong> FRAC Aquitaine une histoire d’une col<strong>le</strong>ction<br />

- Absent, présent, l’espace habité de l’art<br />

N’oubliez pas de venir avec votre bouquet de f<strong>le</strong>urs pour visiter l’exposition.<br />

F<strong>le</strong>urs des champs, du jardin ou du f<strong>le</strong>uriste, nous instal<strong>le</strong>rons votre<br />

composition dans l’œuvre de Joachim Mogarra <strong>Le</strong> Bouquet Perpétuel !<br />

2. L’atelier autour de l’exposition<br />

A chaque exposition, <strong>le</strong> service des publics imagine des ateliers d’analyse d’image et de<br />

pratiques artistiques qui permettent aux élèves d’aborder de manière interactive et ludique<br />

<strong>le</strong>s différents thématiques présentes dans la création contemporaine.<br />

Centrés sur l’histoire de l’art, ou sur la pratique des artistes, ils s’adaptent à toutes <strong>le</strong>s<br />

classes d’âges et constituent la base même d’un apprentissage créatif et convivial !<br />

> Thématiques d’Ateliers<br />

- Des meub<strong>le</strong>s de la maison à l’oeuvre d’art<br />

- Atelier « <strong>le</strong>cture d’images » :<br />

A partir de reproductions en cou<strong>le</strong>urs, observer et associer <strong>le</strong>s images entre el<strong>le</strong>s.<br />

Associer <strong>le</strong>s images des oeuvres de l’exposition, avec cel<strong>le</strong>s de meub<strong>le</strong>s usuels de la<br />

maison. (Pour <strong>le</strong>s primaires)<br />

Associer <strong>le</strong>s images des oeuvres de l’exposition, avec d’autres oeuvres dans l’histoire de<br />

l’art, afin de permettre l’observation et la confrontation des oeuvres de l’exposition avec<br />

d’autres exemp<strong>le</strong>s pris dans l’histoire de l’art. (Pour <strong>le</strong> collège, lycée)<br />

> Conditions de visites<br />

- <strong>Le</strong> centre d’art est ouvert du mardi au samedi de 11h à 13h et de 14h à 18H30<br />

- L’entrée de l’exposition, la visite commentée et <strong>le</strong>s ateliers sont gratuits.<br />

Ils se dérou<strong>le</strong>nt <strong>le</strong>s mardis, mercredis, jeudis et vendredis de 11h à 13h et de 14h à 16h<br />

(horaires modulab<strong>le</strong>s sur demande)<br />

- Uniquement sur réservation au 05 59 80 80 65 / parvis@wanadoo.fr<br />

> Contacts<br />

<strong>Le</strong> <strong>Parvis</strong>, centre d’art contemporain<br />

Centre Univerdis<br />

Avenue Louis Sal<strong>le</strong>nave<br />

64000 Pau<br />

- Magali Gentet, responsab<strong>le</strong> du centre d’art contemporain et commissaire des<br />

expositions magali.gentet@parvis.net<br />

- Etienne Veillon, accueil des publics à Pau 05 59 80 80 65<br />

parvis@wanadoo.fr<br />

- Catherine Fontaine, accueil des publics à Ibos 05 62 90 60 82<br />

centredart@parvis.net www.parvis.net

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