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<strong>Notes</strong> <strong>du</strong> <strong>mont</strong> <strong>Royal</strong><br />
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dans le domaine public, et<br />
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<strong>Royal</strong> » dans le cadre d’un exposé<br />
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LES VIES<br />
DES PLUS ILLUSTRES<br />
PHILOSOPHES<br />
DE L'ANTIQUITE.<br />
TOME PREMIER.
LES VIES<br />
DES PLUS ILLUSTRES<br />
'HILOSOPHES<br />
DE L'ANTIQUITÉ,<br />
[vçc leurs Dogmes, leurs Syftêraes, leur Morale,<br />
& leurs Sentences les plus remarquables;<br />
INDUITES DU GREC DE DIOOENK LAlRCE.<br />
Imquelles on a ajouté la Vie de l'AÛTEUR, celles<br />
f dfiPICTETE, de CONFUCIUS, & leur Morale,<br />
I & un Abrégé hiftorique de la Vie des<br />
Femmes Fhilofophes de l'Antiquité:<br />
AVE C PORTRAITS.<br />
T O M E PREMIER.<br />
M S ï T, R D A<br />
H. SCHNEIDER.<br />
M. D. C C. 1. V I T I.<br />
A<br />
M
je<br />
ZM03VQTJ$V21 QûfSlSiy,<br />
Jwowwcyç*.<br />
Gc. n c />as mon m£>ajcin<br />
•en voiuèédiant ce* tyictôes £Pnè-<br />
ciMopAcd f ôin/tiuire ce ^Puouc<br />
vont un fyntxc oédicatoiac- t)e tout<br />
a &s
ausfl fongtcms nue /a £Pài/o~<br />
J>p/dc.<br />
Get ouvzaae Urbo^trasvm., vous<br />
a/jpaztient à/<strong>du</strong>s o un ttize : c'est<br />
par vos eon/cics aueje c ai en»<br />
tzepzis ,
ccnafîpé : vous vous êtes in/txuit<br />
t)ans leurs éczits, oédisje. oans<br />
' aiÂoirc de ccuzs vies : vous<br />
avez parcouru te va/te Caourin-<br />
tac. oc Cours oécouveztes â& oc<br />
CCUP% ezzeurs. U^odzziez vous ne<br />
JMS recevoir avec />&ijir ce Ua*<br />
cCcau éuteto . oes moeurs Ô& oc*<br />
opinions oc ces cjpzits ccCeores f<br />
ytri ont JctU us pzemiers éonùc*<br />
mens oc c GdiÂcc oes Q/çiencos.<br />
$U6 ne /uiis -Je emfvuintet<br />
ce pinceau ou azano maetze<br />
oui- Sa tracé / Jornerois ce<br />
KPzonti^icc ••• oc Jon Civzc o une<br />
• i • />cinr
peinture t oui fans avoir C éclat<br />
extérieur au co a rçpanou Jcir cet<br />
tienne* , ne /zaroitzoit j»as moins<br />
intéres/ante aux cecteuxs oui Sa<br />
vent fentir ÔÇ> j^njer* sfc j&einm<br />
orois c nonnéte nomme réuni à-<br />
€ nomme aimavec , oui -fait ce<br />
6ien Jans ojtcntation f oui aime<br />
te /tcaifir Jans éziyocité, oui à<br />
un août oéciac /tour ces vtues<br />
connoisjanecs joint cet cfozit /ont»<br />
twopniauc oui en eft C ame ta<br />
vie ; éaacemcnt fait pour ce monoe<br />
ÔG/Wir ca retzaitc ; auc ce mon<br />
oe n a /joint aatc , (5d auc ces<br />
a 3 oc.
occupations Jericufes n ont /xoint<br />
oesjecné. Jfc JaiÂrois A Sien tes<br />
auatités de Jotl efpzit et oc Jon<br />
coeur f et ces auautesjont A rares<br />
hue C on reconnoitzolt /ans /^einc<br />
ta aerjonne oui auroitéou&ni ces<br />
couteuxs' oc mon jzoxttait. rfai<br />
C aonneur o être<br />
tyotzc t%es numotc cfe<br />
tzès ooeijant QJe&viteur<br />
3is.
DISCOURS PRELIMINAIRE.<br />
^«pTOr tableau des miféres humai-<br />
\->^ \ar ceux qui ont écrit fur<br />
^ I 'homme , qu'on doit natuellement<br />
fouhaiter qu'il fè<br />
trouve des philofophes, qui s'appliquent<br />
à le peindre en beau. On ne fauroit trop<br />
/élever fon excellence. l'Eloge qu'on en<br />
fait, eft un encouragement à la vertu j<br />
il eft un des appuis les plus forts qu'on<br />
puuTe prêter à la foibleflè humaine.<br />
Un tableau tiré d'après l'hiftoire, qui<br />
repréfênteroit les plus fublimes traits de<br />
la nature humaine, & où l'art <strong>du</strong> Pein^tre<br />
en auroit difpofe le plan, de manière<br />
que les vertus les plus héroïques , les<br />
actions les plus nobles, & les talens les<br />
plus diftingués, s'avanceroïent jusque fur<br />
le devant de la fcene, tandisque les vertus<br />
, les actions. & les talens médiocres<br />
a 4 fer-
nn t DISCOURS<br />
Croient diftribués fur les côtés, & que<br />
les vices & les défauts iraient fe perdre<br />
dans le lointain : un tel tableau ne pourrait<br />
être vu fans échauffer le cœur, ni<br />
fans donner une grande idée de l'homme.<br />
- Comme il eft, au moins, auffi important<br />
de rendre les hommes meilleurs que<br />
de les rendre moins ignorans, il convient<br />
de recueillir tous les traits frappans des<br />
vertus morales. Pourquoi fe <strong>mont</strong>re t-on<br />
fi attentif à confèrver l'hiftoire despenfees<br />
des hommes, tandis qu'on néglige<br />
I hiftoire de leurs aâions ? celle-ci n'eftelle<br />
pas la plus utile ? n'eft-ce pas celle<br />
qui fait le plus d'honneur au genre humain<br />
? quel plaifïr trouve t-on auffi à<br />
rappeller les mauvaifês aétions ? il ferait<br />
à fouhaiter qu'elles n'eufient jamais été.<br />
L'homme n'a pas befoin de mauvais<br />
exemples , ni la nature humaine d'être<br />
plus décriée. Si l'on fait mention des<br />
aétions deshonnêtes , que ce fbit feulement<br />
de celles qui ont ren<strong>du</strong> le méchant<br />
malheureux & méprifé au milieu des récompenfès<br />
les plus éclatantes de fes forfaits.<br />
Au défaut des ftatues , qui devraient<br />
repréfênter en bronze & en marbre, dans<br />
nos
PRELIMINAIRE, ix<br />
nos places publiques, les grands hommes<br />
qui ont honoré l'humanité, & inviter à<br />
la vertu fur ces pié-d'eftaux , où l'on<br />
expofè à nos yeux & aux regards de no»<br />
enfàns les débauches des dieux <strong>du</strong> paganisme<br />
, nous avons les écrits de Plutarque<br />
& deDiogeneLaerce. On peut dire<br />
qu'ils font comme les fades des triomphes<br />
de l'homme. Qui eft ce qui, en les lilant,<br />
ne voudrait pas y avoir fourni la<br />
matière d'une ligne ? t)ù eft l'homme,<br />
né avec une amehonnête &{ênfible, qui<br />
n'arrofê de fes larmes les pages où ils fè<br />
font plu à célébrer la vertu , & qui ne<br />
donne des éloges à la cendre infenfible &<br />
froide de ceux qui la cultivèrent pendant<br />
leur vie?<br />
Si les philofophes dont DiogeneLaërce<br />
nous a tracé la vie, en même tems qu'il<br />
nous a développé leurs fyftêmes, ont eu<br />
des foibleflès ; il faut les regarder comme<br />
un tribut qu'ils ont payé à l'humanitét<br />
Ils les ont fait oublier, en les couvrant<br />
par une infinité de belles aérions ; ils ont<br />
prouvé par leur exemple que la nature<br />
humaine eft capable de tirer de fon fond,<br />
tout dépravé qu'il eft, des vertus morales<br />
qui décèlent la nobleffe de fon origine,<br />
a y Sous
x DISCOURS<br />
Sous prétexte de faire honneur àla révélation,<br />
il ne faut pas décrier la raifon ; ni humilier<br />
la nature humaine, pour relever le<br />
pouvoir de la grâce. C'eu là un écueil<br />
où font venus fe brifèr la plupart des<br />
Théologiens : ils fè font follement imaginés,<br />
qu'ils honoreroient d'autant plus le<br />
créateur, qu'ils dégraderoientdavantage<br />
la créature.<br />
Nous ne diflimulerons point que, parmi<br />
les philofophes célèbres par notre auteur<br />
, il ne s'en trouve quelques uns, qui<br />
n'ont vu dans la nature , dont ils ont<br />
étudié les fecrets reflbrts, qu'une puifiance<br />
aveugle qui dirige tout à fa fin avec<br />
autant d'ordre que fi elle étoit intelligente.<br />
Kn confidérant d'un côté combien ce<br />
dogme philofbphique eft oppofé à la faine<br />
morale, on conçoit mieux de l'autre combien<br />
elle étoit profondément enracinée<br />
dans leur coeur ; puisque leurs erreurs<br />
fur Dieu & fur la providence n'ont point<br />
détruit leurs idées fur la probité, & que<br />
dans un coeur vainement mutiné contre<br />
le joug que lui impofoit la raifon, leur<br />
efprit a eu afiez de force pour étouffer le<br />
cri des parlions. Nous conclurons de là<br />
qu'un philoibphe n'eft pas fait comme<br />
le
PRELIMINAIRE. xi<br />
le vulgaire des hommes, chez qui laper<br />
Ciafion intime de l'exiftence d'un être Suprême<br />
fait toute la vertu.<br />
Le dogme des peines &des récompenfes<br />
d'une autre vie eft pour les hommes<br />
ordinaires un frein qu'ils blanchifientd'éeurne<br />
: Il les contient dans leur devoir j<br />
aufli voyons nous que tous les légiflateurs<br />
en ont fait la bafe de leurs, loix.<br />
Quant aux philofophes, ils trouvent dans<br />
leur raifon, indépendamment de ce dogme,<br />
des motifs fuffifans pour être fidèles<br />
à leurs devoirs. Il femble que la Divinité<br />
ait voulu qu'ils rendirent témoignage à<br />
l'excellence de leur nature par l'éclat de<br />
leurs vertus morales, comme les chrétiens<br />
le rendent à la beauté de la religion révélée<br />
par le fpeétacle des vertus d'un ordre<br />
bien fupérieur. En voyant ce que la<br />
raifon feule peut pro<strong>du</strong>ire, l'efprit eft<br />
porté à bénir l'auteur de la nature, &<br />
non à lëblafphémer , à l'imitation de<br />
certains raifonneurs téméraires, pour qui<br />
les désordres phyfiques & moraux ont<br />
été une pierre de fcandale. r<br />
A confulter ce que l'hiftoire nous a<br />
transmis des anciens philofophes, il parait<br />
que la raifon a été à leur égard, ce<br />
a 6 que
ni DISCOURS<br />
ue la grâce eft à l'égard des chrétiens.<br />
Î..a grâce détermine ceux-ci à l'accompliflèment<br />
de leurs devoirs : la raifbn y<br />
déterminoit ceux là, d'une manière auffi<br />
invincible. Jaloux à l'excès de tout ce<br />
qui s'appelle honneur & probité, ils fàifoient<br />
confiner leur religion dans leur<br />
extrême fênfibilité pour l'un & pour l'autre.<br />
Pour ceux qui ne reconnoifioient<br />
point de Dieu dans le monde, la Société<br />
civile en étoit un pour eux. Ils l'encenfoient,<br />
ils l'honoroient par leur attention<br />
exaéïe aux devoirs qu'elle prefcrit. Il<br />
fembloity au jugement d'un très grand<br />
génie de ce fiécle , quHs regardaient cet<br />
'/prit facre, qu'ils croyaient être en eux mêmes<br />
, comme une efpece de providence favorable<br />
qui veilloit fur le genre humain : heureux<br />
par leur philofopbie feule , il fembloit<br />
que le feul bonheur des autres fût augmenter<br />
le leur.<br />
Rien ne fait peut-être plus d'honneur<br />
aux anciens philofophes que d'avoir fu<br />
nourrir dans leur cœur des {êntimens de<br />
probité, fans l'aliment des efoerances &<br />
des craintes II falloit qu'ils fuflent bien<br />
élevés, par leur manière de penfer & de<br />
fëntir, pour n'envifager dans tout ce<br />
qu'ils
PRELIMINAIRE, un.<br />
qu'ils faifoient que l'efprit d'ordre on la<br />
raifon. Vertueux par réflexion, ils n'étoient<br />
point honteufêment fournis à ces<br />
alternatives de bien de mal où flotte fans<br />
ceflè l'homme de paffions, à ces viciflïtudes<br />
continuelles qui caractérisent les<br />
vertus de tempérament. Enchaînés une<br />
fois au char de la vertu , on ne la leur<br />
voyoit point immoler au vice. Libres<br />
des chaînes que la fuperftition étend de<br />
plus en plus, ils fuivoient en tout la<br />
douce impulfion de la raifon, agifibient<br />
conftamment & d'une manière uniforme,<br />
faifoient refpectèr dans toutes leurs<br />
actions la dignité de la nature humaine:<br />
au lieu que lés Superftitieux , que domine<br />
une imagination ardente, felivrent<br />
à la vivacité des images qu'elle pro<strong>du</strong>it,<br />
marchent par fauts & par bonds, Retombent<br />
tout à coup, lorsque le feu pâflàger<br />
de leur enthoufiasme vient à s'éteindre.<br />
Avec ces derniers on n'eft fur de rien,<br />
leurs vertus n'ont point de confiftarree,<br />
aufli mobiles que les paiïïons qui leur<br />
donnent naiflance elles varient comme<br />
elles ; mais avec les philofbphes on n'avoit<br />
rien à craindre , la raifon qui régloit<br />
toutes leurs actions, donnoit à leurs vera<br />
1 tus
x:v DISCOURS<br />
tus une efpece d'immobilité : en un mot<br />
les fentimens de probité entroient autant<br />
dans leur conftitution que les lumières<br />
de l'éfprit.<br />
Ceux qui d'entreux nioient une providence<br />
comme Epicure, ne faifoient pas<br />
pour cela de leur libertinage le prix de<br />
leur incré<strong>du</strong>lité. Us étoient retenus dans<br />
leurs devoirs par deux ancres, la Vertu &<br />
1a Société. Moins ils avoient à e(pérer<br />
pour une autre vie, plus ils dévoient travailler<br />
à fè rendre heureux dans celle-ci.<br />
Or , pour y parvenir , il falloit qu'ils<br />
cultivaflènt la fociété & qu'ils fuflent vertueux.<br />
Pouvoient ils fe flater qu'en violant<br />
toutes les conventions de la fociété<br />
oivile, & qu'en brifant fans fcrupule tous<br />
les hens humains , ils pourraient être<br />
heureux? Non fansdoute. Leur propre<br />
intérêt les portoit donc à fe pénétrer a'amour<br />
pour la fociété , d'autant plus<br />
que ne tenant point par leurs idées à<br />
une autre vie, ils dévoient regarder la<br />
fociété comme leur unique Dieu, fê dévouer<br />
entièrement à elle, & lui rendre<br />
leurs hommages. D'un autre côté la vertu<br />
a des avantages qui lui font propres, indépendamment<br />
de l'exiftence des Dieux<br />
&
PRELIMINAIRE. xv<br />
& d'une vie à venir. Ce principe une<br />
fois bien médité par les philpfophes fai-<br />
' foit qu'ils difpofoient tous leurs reûorts<br />
à ne pro<strong>du</strong>ire que des effets conformes à<br />
l'idée de l'honnête homme. Ils connoisfoient<br />
trop ce que peut la fougue des pasfions<br />
, pour ne pas s'exercer de bonne<br />
heure à leur tenir la bride ferme, & à<br />
les façonner infenfiblement au joug delà<br />
raifbn. Soit donc qu'ils repréfentafient<br />
aux yeux des autres hommes , ou qu'ils<br />
n'eaflènt qu'eux mêmes pour témoins de<br />
leurs actions , ils fûivoient fcrupuleufêment<br />
les grands principes de la probité»<br />
Paîtris, pour ainfi dire, avec le levain<br />
de l'ordre & de la régie, le crime auroit<br />
trouvé en eux trop d'oppofitipn pour<br />
qu'ils eufient pu s'y livrer; ils auroient<br />
eu à détruire trop d'idées naturelles &<br />
acquifès, avant de commettre une action<br />
qui leur fut contraire. Leur faculté d'agir<br />
étoit, pour ainfi dire, comme une<br />
corde d'inftrument de mufique <strong>mont</strong>ée<br />
fur un certain ton, & qui n'en fàuroit<br />
pro<strong>du</strong>ire un contraire. Ils auroient craint<br />
de fè détonner, & de fè désaccorder d'avec<br />
eux mêmes. A force de méditations<br />
ils étoient parvenus à être ce qu'étok<br />
a 7 Caton
xvi iDISCOURS<br />
Caton d'Utique, dontVelleius a dit qu'il<br />
ri a jamais fait de bonnes aftions, pour paroître<br />
les avoir faites ; mais parcequ'il riètoit<br />
pas en lui de faire autrement.<br />
Quoique la vraie philofophie confîfte<br />
à régler fès mœurs fur les notions éternelles<br />
<strong>du</strong> jufte & de l'injufte, à rechercher<br />
la fageffe , à fè nourrir de fès préceptes<br />
, à fuivre généreufement ce qu'elle<br />
enfeigne; l'ufage néanmoins a voulu<br />
qu'on décorât de ce nom refpeétable, les<br />
fyftêmes que l'efprit enfante dans une<br />
fombre & lente méditation. C'eft donc<br />
un double titre pour ne pas le refufèraux<br />
anciens dont Dbgene Laërce a écritla vie,<br />
puisqu'à la fcience des mœurs ils ont joint<br />
celle de la nature. Ils ont très bien réufiï<br />
dans la première, parcequ'il ne faut que<br />
descendre profondément au dedans de foi<br />
même, pour trouver la loi que le créateur<br />
y a traqée en caractères lumineux :<br />
feulement on peut leur reprocher en général<br />
, de n'avoir pas donné àûez de conliftance<br />
à la vertu, en la renfermant dans<br />
l'étroite enceinte de cette vie. Quant à<br />
la fcience de la nature, ils y ont fait peu<br />
de progrès, parcequ'elle ne fè laide connaître<br />
, qu'après qu'on l'a interrogée, 8c<br />
mifej
PRELIMINAIRE, svu<br />
mifè, pour ainfî dire, à laqueftion, pen-<br />
• dant une longue fuite de fiécles.<br />
Si l'on compare l'ancienne philofophie<br />
à la moderne, on ne peut qu'être furpris<br />
de la diftance extrême qui les fépare<br />
l'une de l'autre. De combien d'erreurs &<br />
d'extravagance ce vuide n'eft-il pas rempli<br />
! La première réflexion qui fe présente<br />
à l'erprit, eft un retour bien humiliant<br />
fur foi même. Il femble que la nature<br />
, craignant notre orgueil, ait voulu<br />
r<br />
nous humilier , en nous faifânt pafier<br />
,r bien des impertinences, pour arriver<br />
quelque chofe de raifbnnable. Cependant<br />
c'eft fur ces impertinences, qui font<br />
la honte de refont humain , que font<br />
entées, & que s élèvent ces connoifianf<br />
ces merveilleufes, dont il fe glorifie aujourd'hui.<br />
Il a fallu que nos prédecesfêurs<br />
nous enlevaflênt, pour ainfî dire,<br />
toutes les erreurs que nous aurions certainement<br />
fâifîes, pour nous forcer enfin<br />
à prendre la vérité. Avant de connoître<br />
le vrai fyftême <strong>du</strong> monde, il nous a fallu<br />
cflayer des idées de Platon, des nombres<br />
de Pvthagore, des qualités d'Ariftote &c<br />
Cerf avec la croyance de toutes ces miféres<br />
là , que nous avons amufé notre<br />
en-
xvrti DISCOURS<br />
enfance. Parvenus une fois à l'âge de<br />
virilité , nous n'avons eu rien de plus<br />
prefle que de les rejetter.<br />
Méprifèrons nous donc les anciens,<br />
p&rceque, comparés à nous dans l'art de<br />
raifonner & de connoître la vérité , ils<br />
ne peuvent 4tre regardés que comme des<br />
pigmées? loin de nous un mépris fi injufte.<br />
Leur ignorance fut un défaut de<br />
leur fiécle, & non de leur efprit. Transportés<br />
dans le notre, ils auroient été ce<br />
que nous fommes aujourd'hui : ils auroient<br />
, avec des fecours multipliés de<br />
toute efpece, éten<strong>du</strong> comme nous la<br />
fphére des connoiflknces humaines.<br />
Des Savans de nos jours , mécontens<br />
d'un fiécle qui donne la préférence à la<br />
philofbphie fur l'érudition, ont envain<br />
Voulu revendiquer nos hypothéfês & nos<br />
opinions à l'ancienne philofophie : en<br />
prenant ici pour guide la jaloufie, qui<br />
fut toujours un mauvais juge, ils n'ont<br />
Ait tort qu'à leurs lumières, fans effleurer<br />
feulement la réputation de leurs contemporains.<br />
„ Qrfimporte à la gloire de<br />
j, Newton, dit un pnilofophe bel efprit<br />
„ de ce fiécle, qu'Empédocle ait eu quel-<br />
„ ques idées informes <strong>du</strong> fyftême de la<br />
» gra-
PRELIMINAIRE. x«<br />
„ gravitation, quand ces idées ont été<br />
„ dénuées des preuves néceflaires pour<br />
„ les appuyer? Qu'importe à l'honneur<br />
„ de Copernic, que quelques anciens phi-<br />
„ lofophes aient cru le mouvement de<br />
„ la terre, fi les preuves qu'ils en don-<br />
„ noient, n'ont pas été fuffifântes pour<br />
„ empêcher le plus grand nombre de<br />
„ croire le mouvement <strong>du</strong> foleil ? "<br />
Dans notre phyfique moderne on né<br />
trouve, il eft vrai, presque aucuns principes<br />
généraux , dont l'énoncé ou <strong>du</strong><br />
moins le fond ne foit chez les anciens.<br />
La raifbn en eft , que les combinaifbns<br />
générales d'idées étant en trop petit nombre<br />
pour n'être pas bientôt épuifées, elles<br />
doivent, par une efpece de révolution<br />
forcée, être fuccefiïvement remplacées<br />
les unes par les autres. Mais ces notions<br />
vagues, que fêmble donner la première<br />
impreffion de la nature, que font elles<br />
autre chofe que des germes de découvertes?<br />
Pour les ré<strong>du</strong>ire enfyftêmes, il faut<br />
des détails précis , exacts & profonds ,<br />
qu'aflurement on ne trouve pas chez les<br />
anciens. Ils ont pu rencontrer par hafârd<br />
une bonne mine , mais ils n'ont pas fû<br />
l'exploiter j ils ont pu tomber fur des<br />
opi-
xx DISCOURS<br />
opinions heureufes, maïs il étoit réfèrvé<br />
aux Savans modernes de les développer,<br />
d'en tirer le vrai que la nature y a mis ,<br />
& de le fuivre dans toutes les confëquences<br />
qu'il peut avoir. Eft-ce encore à<br />
nous, au milieu des richefles que le tems<br />
a accumulées autour de nous, à nous<br />
couvrir des haillons de l'ancienne philofophie<br />
? Si nous étudions les anciens, que<br />
ce fbit, non pour embrafièr leurs fyftêmes,<br />
mais uniquement pour connoître<br />
le point éloigné , d'où ils font partis ,<br />
pour arriver, à travers les ténèbres d'une<br />
nuit épaifle , au crépufcule de la vérité<br />
qui nous éclaire aujourd'hui.<br />
Si nous re<strong>mont</strong>ons vers la plus haute<br />
antiquité, nous verrons que la philofophie<br />
étendoit fës branches de tous côtés;<br />
elle embrafioit la Théologie, la Religion,<br />
Phiftoire, la Politique, la jurisprudence<br />
& la morale : au lieu qu'aujourd'hui elle<br />
tient feulement aux fciences exa&es & naturelles,<br />
qui ont pour objet, nondeflater<br />
l'imagination par des traits agréables,<br />
mais de nourir l'efprit, de le fortifier par<br />
de 3 connoiûances folides. Ce premier âge<br />
de la philofbphie, qui fè compte depuis<br />
le déluge jusqu'au tems où les Grecs pasfè-
PRELIMINAIRE, xxi<br />
ferent en Egypte & à Babylone, n'eft<br />
proprement recommandable que par la<br />
haute eftime où étoient ceux qui la profeflbient<br />
; cequi ne paraîtra pas fùrpre-<br />
Dant, fi l'on fait attention qu'ils étoient<br />
alors les fèuls prêtres, les feuls théologiens<br />
, les dépositaires de tous les fècrets<br />
de la religion : témoin les Druides parmi<br />
les Gaulois, les Prophètes en Egyptey<br />
les Gymnofbphiftes dans les Indes & dans<br />
l'Ethiopie, les Mages en Perfê, & les<br />
Chaldéens en Aûyrie. L'empire qu'ils<br />
exercoient étoit d'autant plus abfolu ,<br />
qu'il étoit étayé par la fùperftition, le<br />
premier de tous les_empires. Ces philosophes<br />
prêtres tenoient dans la dépendance<br />
les Rois même , afiez imbécilles<br />
pour foûmettre leurs couronnes à la thiare<br />
facerdotale. Heureux fans-doute, dirons<br />
nous, les Royaumes, où le fceptre eft remis<br />
entre les mains de la philofophie, où<br />
la force obéit tranquillement à la raifon,<br />
où la valeur ne rougit point de fè foûmettre<br />
à l'intelligence ! Mais il faudrait<br />
être aveugle, pour retrouver la philofophie<br />
dans ces règnes où les Hiérophantes<br />
tenant le fceptre entre les mains, faiiôient<br />
couler le fang des victimes humaines<br />
A
XXII DISCOURS<br />
nés fur les autels de leurs affreufès divinités<br />
, & aviliûoient l'efprit des peuplas<br />
par cet amas de doctrines fuperftitieufes<br />
4ont ilsleremplHToient. C'eft bien d'eux<br />
qu'on pouvoit dire que la cré<strong>du</strong>lité des<br />
peuples fâifoit toute leur fcience.<br />
Le fécond âge de la philofophie regarde<br />
entièrement les Grecs.. Enrichis de<br />
toutes les idées qui compofoient la philofophie<br />
de l'Orient, ils ne fongerent qu'à<br />
leur donner un tour fleuri & un air fyftématique.<br />
Us firent voir beaucoup d'efprît,<br />
mais beaucoup plus, de cet efprit<br />
agréable qui brille, que de cet efprit profond<br />
qui pénètre. Jusqu'alors les philofbphes<br />
orientaux s'étoient occupés a examiner<br />
comment toutes chofés avoient pris<br />
naiflâncej à déterminer les différentes<br />
formes & les irrégularités fucceffives ,<br />
dont ils croyoient la nature menacée; k<br />
connoître enfin de quelle manière le<br />
monde devoit finir, & reprendre enfùite<br />
fà première beauté. De là toutes ces Cosmogonies<br />
qui compofènt le fond de leur<br />
philofophie. Leurs penfëes ne s'étendoient<br />
pas plus loin que la tradition ,<br />
qu'ils fe faifoient gloire de confêrver dans<br />
toute leur pureté. Quant aux Grecs, Us<br />
firent
PRELIMINAIRE, xxm<br />
firent peu de cas de cette tradition, qui<br />
malheureufement étoit déjà fort affaiblie<br />
& fort dégradée, quand elle vint jufqu'à,<br />
eux. Pleins de cet efprit fyftématique qui<br />
cherche à fe faire jour par une certaine<br />
vigueur d'idées, ils envisagèrent toute la<br />
philofophie, comme un fonds abandonné<br />
à leurs recherches, comme un champ<br />
livré à leurs caprices. De la naquirent<br />
tant d'hypothéfès &tantdefyftêmes, qui<br />
n'a voient aucune réalité , & qui cependant<br />
demandoient beaucoup de finene<br />
d'efbrit dans leur origine. Dé là tant de<br />
Seétes, formées par jaloufie, foutenues<br />
avec hauteur , s animèrent réciproquement<br />
les unes contre les autres, comme<br />
fi quelque aflurance leur avoit été donnée,<br />
qu'elles avoient en effet trouvé la vérité.<br />
Pourquoi les Grecs, qui font des modèles<br />
achevés dans l'éloquence & la poëfie,<br />
ne font ils que des enfàns dans la<br />
philofophie? Il n'en faut point chercher<br />
ailleurs la raifon que dans les deux puisfans<br />
obftacles, qui fe font oppofës à<br />
leurs progrès dans les connoiffances philofbphiques,<br />
le défaut d'obfèrvations<br />
phy tiques &le manque de lumières qu'a<br />
iburni depuis la révélation.<br />
En
xxiv DISCOURS<br />
En effet, les Grecs prefies de jouir,<br />
ne fe donnèrent pas le tems d'amaûer<br />
des faits pour bâtir des fy ftêmes ; & comme<br />
la nature eft jalouie de fes droits,<br />
qu'elle n'accorde rien qu'à ceux qui la<br />
mivent àlapifte, qui l'attaquent de front<br />
& par tous les flancs ; nouveaux Ixions,<br />
ils embraflerent des nues à fà place, &<br />
enfantèrent des chimères au lieu de réalités.<br />
L'interprétation de la nature porte<br />
fur des faits variés & répétés à l'infini.<br />
Ç'eft au tems à la développer, & à manifèfter<br />
les vérités qu'il recelé dans fon<br />
fèin. Si les Grecs, au lieu de fe perdre<br />
dans de hautes fpéculations avoient voulu<br />
f abbaiflèr au détail , leurs vues fe fèroient<br />
bien éten<strong>du</strong>es davantage. Mais l'efprit<br />
a fon ambition comme le cœur ,<br />
elle le porte à fe repaître d'idées générales<br />
& de projets magnifiques de fyftême.<br />
Platon, le divin Platon, manqua la nature<br />
, en voulant prendre un efibr trop<br />
élevé, dans fes abftractions métaphyuques<br />
: il noya le monde dans fes idées ,<br />
comme Ariftote fon difciple êi fon rival<br />
noya les idées dans les termes. L'Immortel<br />
Bacon compare la nature à une<br />
pyramide dont l'expérience eft la bafe , &<br />
la métaphyfique fbrmela pointe ou le fommet.
PRELIMINAIRE, xxv<br />
met. Ainfî c'eft à l'expérience à fournir<br />
k-. faits fur les quels la métaphyfique<br />
doit raifonner.<br />
Le flambeau de la révélation n'ayant<br />
point éclairé les Grecs, fur l'unité de<br />
Dieu, fur la contingence •& l'inertie de<br />
la matière, fur l'origine aflèz récente <strong>du</strong><br />
monde , fur cette tache malheureufè &<br />
primitive qui a per<strong>du</strong> l'homme & l'a avili<br />
fans reflburce dans toute fapoftérité, fur<br />
l'immortalité de l'ame, fur la doctrine fi<br />
confblante & fi terrible en même termde<br />
l'autre vie , &c il n'eft pas étonnant<br />
qu'ils aient bronché fur toutes ces questions.<br />
Heureufèment pour le jjenre humain<br />
, la révélation eft venue au fecours<br />
de la raifon poiir la remettre dans fe5 voies<br />
& l'empêcher de s'égarer déplus en plus.<br />
Sans ce bienfait falutaire,, Ah* h confiance<br />
qu'infpire le vrai Une fois trouvé,<br />
les philofophes qui ont fuccédé aux Grecs,<br />
auroient-ils pu donner de la confifttnce<br />
& de la réalité à la métaphyfique? auroient-ils<br />
pu rendre la Théologie naturelle<br />
aufïï touchante & auffi perfuafive,<br />
qu'elle l'eft devenue dans ces derniers<br />
teins? Cependant, comme fi la révélation<br />
humilioit trop l'efprit humain, en<br />
b > l'e-
xxvi DISCOURS<br />
l'éclairant d'un côté far des vérités aux<br />
quelles il n'a pu s'élever de lui même ,<br />
& de l'autre en captivant fon eflbr par<br />
les entraves fàcrées qu'elle lui met : nous<br />
ne voyons aujourd'hui que trop de demi<br />
philofophes , qui travaillent à éteindre<br />
la lumière, pour fè rejetter dans les mêmes<br />
ténèbres où màrchoient les anciens<br />
philofophes-<br />
Ce n'eft que depuis environ un fiécle<br />
que la philofbphie a éclairé de fès traits<br />
lumineux notre Europe. Avant cette<br />
heureufè époque , elle languiflbit entre<br />
les mains de ceux qui l'avoient recueillie.<br />
Les hommes qui ofoient fè dire philofophes<br />
, fè paroient de l'efprit des ancien?,<br />
comme fi la nature vieillie s'étoit laflee<br />
d'en fournir aux hommes. Aufli obfcurs<br />
dans la manière de les exprimer, & par<br />
là doublement inintelligibles, ils achevoient<br />
d'altérer & de corrompre ce qui<br />
reftoit de bon fèns dans le monde. Enfin*<br />
le terns marqué pour la gloire de la<br />
philofophie arriva. Tout parut alors fè<br />
revêtir d'un nouvel éclat; le monde philosophique<br />
fortit , pour ainfi dire, de<br />
fbn,cahos; & la nature, fi admirable en<br />
tous lieux, mais qu'on n'admire jamais<br />
au-
PRELIMINAIRE, xxvft -<br />
autant qu'elle le mérite, paya avec ufure<br />
les fbins & les travaux de ceux qui, pair<br />
un courage d'efprit auquel cèdent toutes<br />
les difficultés, fondèrent fès profondeurs,<br />
& s'enfoncernet dans les abîmes où elle<br />
prétend enfermer fès fècrets.<br />
Pour revenir à Diogene Laërce, on<br />
trouve dans fâ vie des philofbphes Grecs<br />
leurs divers* fyftêmes, un détail circonftancié<br />
de leurs actions, des analyfès de<br />
leurs ouvrages, un recueil de leurs fentences,<br />
de leurs apophthegmes, & même<br />
de leurs bons mots. Mais ce n'eft<br />
ici que la moitié de l'ouvrage, & encore<br />
la moins inftrudive. Le principal<br />
& l'efTentiel, c'eft de re<strong>mont</strong>er à la<br />
fource des principales penfées des hommes<br />
, d'examiner leur variété infinie,<br />
& en même tems le rapport imperceptible<br />
, les liaifons délicates qu'elles ont<br />
ent'relles ; c'eft de faire voir comment<br />
ces penfëes ont pris naifîànce les unes<br />
après les.autres, & fouvent les unes des<br />
autres : or c'eft à quoi n'a pas feulement<br />
fongé notre auteur. Peut-être<br />
n'avoit-il, pas auffi afiez de force dans<br />
l'eiprit pour s'élever à ces vues philobzfô-
xxvm DISCOURS &c.<br />
fophiques. Quoiqu'il en foit, il réfultê<br />
toujours de fon ouvrage cette vérité<br />
utile & importante , que les philofo-<br />
,phes,dont il trace le tableau, ont penfé<br />
a iè former le cœur y en. s éclairant l'efprit,<br />
& qu'en étudiant ce qu'il y a de<br />
plus relevé dans la nature, ils ne fe font<br />
point dégradés par une con<strong>du</strong>ite abjecle<br />
& honteuiê»<br />
C A-
CATALOGUE<br />
CHRONOLOGIQUE<br />
De toutes les éditions de Diogene Laërce<br />
depuis l'invention de l'imprimerie<br />
jufqu'a l'année 1739.<br />
1475 iVogenes Laërtius de Vitis & Sententiis<br />
1 eorum , qui in Philofophia probati<br />
fuerunt: cura Prœfatione Fratris Ambrofii<br />
Calmal<strong>du</strong>lenCs Ordinis Generalis Abbatis ad<br />
Cosmam Medicem, & Benedidti Brognoli ad<br />
Laurentium Georgiura &JacobumDa<strong>du</strong>arium<br />
Venetiis , per Nicolaum Jenfon Gallicum<br />
anno Domini 147s. in 4. elegantiffimo charaftere.<br />
Extat Parijiis in Bibliotbeca Claromentana<br />
Collegii Patrum Societatis Jeju : Norimbergte<br />
in Bibliotbeca publica; & Sâmjlelcdami in<br />
Ma Adrimi Paw. Latine.<br />
1476 Diogenes Laërtius de Vitis & moribus Phtlofophorum<br />
& Poetarûm, Noiibergae, 147^.<br />
Extat ibidem in Bibliotbeca Reipublica. Latine.<br />
1479 Diogenes Laërtius de Vitis & moribus Phi- '<br />
lofophorum &Pcetarum Noriberpae,ptrFredericum<br />
Creusner 1479. Ajjematur ib.dt.in<br />
in Bibliotbeca ejusdem Reipublicœ. Latine.<br />
1495 Diogenes Laërtius de Vita Ariiioteiis &<br />
Theophrafti. Venetiis per Al<strong>du</strong>m Manncium<br />
Romanum Ï495. in folio, cum OperibusAriftotelK<br />
Parijiis in bibliotbeca Illujlriffimi Viri<br />
Pétri de Maridat, in magne Confilk Sénatoris,<br />
y Oxonia in Bibliotbeca Bedleidna.<br />
1947 Diogenes Laërtius de vita Arifiotelis& Theophrafti<br />
Venetiis per Al<strong>du</strong>m Manucium Romanum<br />
1497. in folio,, cum Theophrafto de Lafa<br />
3 pidt
ixr C A T A L O G U E .<br />
pidibus Emtat Parifiis mBibliotbeeaRegiaimmi<br />
402. & in Maridaca.<br />
1524. Diogenis Laëritii de Vitis, decretis & refponfîs<br />
celebrium Philofophorum Lib. X. Am«<br />
brofio Calmal<strong>du</strong>lenfium Generali Interprète,<br />
Bafile» apud Curionera 1514. in 4. Latine<br />
Extat in Bibliotbeea Pauiviana Amjielodamenfi.<br />
1531 Diogenis Laërtii de Vitis Philofophorum,<br />
Libri X. Bailles, apud Joannem Frobenium.<br />
1531. Grœce, Ev.Georgii Draudii Bibliotbeea.<br />
ClaJJica.<br />
1533. Diogenis Laërtii de Vitis Philofophorum<br />
Libri X. Bailles apud Joannem Frobenium<br />
1533- Graxe. Ex jofia Fimleri, (f Joannis<br />
Jacobi Frijii Epitome Gesneriana.<br />
J535. Diogenè Laërtio délie Vue e fatti di Anticbi<br />
Plilojopbi Greci, tradotto dal Greco nellt lengua<br />
Toscana, in 1535. in 8.<br />
1542. Diogenis Laërtii de Vitis Philofophorum.<br />
Libri X- Colonie 1542. in 8- •<br />
J545. Diogenè Laêrtio tradoto dal Greco idiomaU<br />
nella knguavolgare d'Italie in Venetia 1 545. in 8-<br />
1546. Diogenes Laërtius de Vitis Philofophorum.<br />
Libri X. Lug<strong>du</strong>ni 1546. in 8»<br />
1559. Dioçenes Laërtius , Lug<strong>du</strong>ni apud Seb:<br />
Grypbum 1559. in la.<br />
1566. Diogenis Laërtii de Vitis Philofophôrura.<br />
Libri X. ex antiquis Codicibus emendati, a<br />
Joanne Sambuco Firnavienfî Latine editl<br />
fiint Antverpias, apud Chriftophorum Plantinum.<br />
1566 in 8.<br />
1570. Diogenis Laërtii de Vitis Philofophorum.<br />
Libri X. cum Henrici Stephani Annotation!<br />
bus, & Pythagoreorum Philbfophoruni frag*<br />
mentis Lutetiae, typis ejusdem Stephani 1570.<br />
in 8. Grec.<br />
1585 Diogenes Laërtius de Vitis Philofophorum,<br />
Tarifiis 1585. in 1*. IS8S-
C A T A L O G t7 t. taâ<br />
1585. Diogenes Laërtius de Vitis Philofopho.<br />
rum, Lug<strong>du</strong>ni apud Sebafilanc Gryphura<br />
1585. in 12.<br />
1592. Diogenes Laërtius de Vita& Moribns Philofophorum<br />
Lugdini apndAntonium, Gryphum<br />
1592. in 12.<br />
1594- Diogenis Laërtii de Vitis Philofophorum,<br />
Libri X- cum Henrici Stephani notis , Typig<br />
ejusdem Stephani 1594. in S. Gr Lat.<br />
1594. Diogenis Laërtii de Vitis Philofophorum<br />
Libri X. cum Thomas Aldobrandini Verfîone<br />
& Annotationibus, Rome, apud Aloyfium<br />
• Zannetum 1594. in folio Gr. Lat.<br />
1595. Diogenis Laërti de Vitis Philofophorum<br />
Libri X. cum Notis Ifaaci Cafauboni, Lug<strong>du</strong>ni,<br />
. apud Jacobum Chouet 1595. in 12. Gr. Lat.<br />
1602. Le Diogene,François tiré <strong>du</strong> Grec., ou Diogene<br />
Laërtien touchant les Vies, dokrines, ci?<br />
notables propos des plus Illuftres Pbihfopbes compris<br />
en dix Livres , Tra<strong>du</strong>it g* parapbrafé fur<br />
a le Grec par Mr. François Fougerolles DoSeur<br />
en Médecine avec des Annotations & recueils<br />
fort amples aux lieux plus nécejfaires. à' Lion<br />
pour Jean Antoine Huguetan, 1602. in 8.<br />
1615. Diogenes Laërtius de Vitis Philofophorum<br />
cum notis Ifaaci Cafauboni Genevas, apud<br />
Jacob: Stoer , Petrum & Jacobum Chouet &<br />
Samuel Crispinum, 1615. in 8. Gr. Lat.<br />
165;. Diogenes Laërtius, Leven, beerlyke Spreukm,<br />
loffelyke Daaden, en Snedige antwoorden<br />
der oude Pbilofopben, Rotterdam by Joannes<br />
Naranus 1655, in 12.<br />
1662. iEgidii Menagii Notas in Diogenis Laërtii<br />
de Vitis Philofophorum libri X. Parifiit<br />
apud Edmun<strong>du</strong>m Martinum 1662. in 8.<br />
J663. Diogenes Laërtius de Vitis Philofophorum,<br />
cum interpretatione Thomas Aldobrandini &<br />
Corn-<br />
* 4
xxxn C A T A L O G U E .<br />
Commentants ALgidii Menagii Londini 1663.;<br />
in folio Gr. Latin.<br />
166S. Diogene Laërce de la Vie des Pbilofopbes,<br />
Tra<strong>du</strong>âionnêuvellepar Mr. GHles Boileau, Paris<br />
1668. 2 vol. in 12.<br />
1698. Diogenis Laërcii. de Vitis Dogmatibus &<br />
Apophtegmatibus Clarorum Philofophorum<br />
Libri X. Grâce & Latine cum fubjunftis integris<br />
annotationibus J. Cafauboni, Th. Aldobrandini<br />
& Mer. Cafauboni Latinain Atnbrofii<br />
Verfionem complevit & emendavit Marfeus<br />
Meibomius, Seorfum excufas Aeg: Menagii<br />
in Diogenem obfervatîones auftiores habet<br />
Voltimen II. & Ejusdem Syntagma de Mulieribus<br />
Philofophis, & Joachimi Kuhuii ad<br />
Diogenem Notas, Addits de nique funtpriorum<br />
eâitionum Praefationes, & Indices Iocu»<br />
pletiffimi, cum Tabulis aenaeis, Amftelœdmi<br />
apudjlenricum Wetftenium 1693. 2 volt > n 4-<br />
1739. Diogenis Laërtii, de Vitis, Dogmatibus &<br />
Apophtegmatibns Clarorum Philofophorum<br />
Lib. X. pofteriores, Grcce & Latine rec
T A B L E<br />
xxxm<br />
Des noms des Philofophes contenus .,<br />
dans le Premier Volume.<br />
Pag.<br />
Thaïes - . - 14<br />
Salon. • • . 30<br />
Cbilon. « - - 45<br />
Pifitacus» - . 51<br />
Bias. - . .. 58<br />
Cleobule. • .. • 63<br />
Periandre. - - - • cj<br />
Anacharfis. - - » 73<br />
Mifon. « . 77<br />
Epimenide. - > - * 79<br />
Pberecyde. . .. - 85<br />
.Asaximandre. - • . • $10<br />
Anaximene. • . - ga.<br />
Anaxagore. > • - 9;<br />
Archelaus. . . . : 10*<br />
Socrate. • • - 1 0 4<br />
Xenophon. • . . . 124<br />
Efchines. • - . 13a<br />
Arjftippc - -• - 13$<br />
Phedon. • - . 161<br />
Euclide. • • - 162<br />
Diodere. % 166<br />
Si-
xsxiv T A B L E .<br />
Pag.<br />
Stilpon. - 16S<br />
Criton. - - 173<br />
Simon. - - • «74<br />
Glaucon. - - - I7
AVIS AU RELIEUR.<br />
XXXV<br />
Le Portrait de Socrate marqué dans<br />
la Table page 140 doit regarder la page<br />
104. ceft à quoi il faut prendre garde.<br />
AN DEN BUCHBINDER.<br />
Das Portraits von Socrate in der %afil<br />
m pagina 140 gemerckt, nius an-pagina 104<br />
gefetz werden , worauf mon acbt baben<br />
wird,<br />
AAN DEN BOEKBINDER.<br />
Het Portrait van Socrate in de Tafèl<br />
pagina 140 gemerkt, moetaanpag. 104<br />
geplaaft worden, waar op men paûen<br />
moet.
Li-
A" \\<br />
I ^ \^ ^<br />
1 X^^i^V^X^^w^<br />
•*VWeiS»o«Wi Wft».\-«W. VMMMW.<br />
LIVRE I.<br />
P R E F A C E<br />
DE L'A 0 T E U R.<br />
L y a des Auteurs qui prétendent<br />
que la Philofophie a pris naiffance<br />
chez les . Etrangers : Ariftote dans<br />
fon Traité <strong>du</strong> Magicien & Sotion<br />
Livre XXIII. de la SucceJJion des Pbilofopbes,<br />
rapportent que les inventeurs de cette fcience ont<br />
été les Mages chez les Perfes, les Chaldéens<br />
chez les Babyloniens ou les Aflyriens, les Gymnofophiftes<br />
chez les Indiens, & les Druïdcs ou<br />
ceux qu'on appelloit Semnothées chez les Celtes<br />
& les Gaulois. Ils ajoutent qu'Ochus étoit de<br />
Phénicie, Zamolxis de Thrace, & Atlas de laLybie.<br />
D'un autre côté, les Egyptiens avancent<br />
rjuc Vulcain, qu'ils font fils de Nilus, traita le<br />
Tom. I. A pre-
5 P R E F A C E<br />
premier la Philofophie dont ils appelaient les<br />
Maîtres <strong>du</strong> nom de Prêtres & de Prophètes : ils<br />
veulent que depuis lui jufqu'à Alexandre Roi de<br />
Macédoine, il fe foit écoulé quarante-huit-mille<br />
huit-cent-foixante-trois ans, pendant lesquels il<br />
y eut trois-cent-foixante treize éclypfes <strong>du</strong> Soleil<br />
6 huit-cent-trente-deux de Lune. Pareillement,<br />
pour ce-qui eft des Mages, qu'on fait commencer<br />
à Zoroaftre Perfan, Hermodore Platonicien,<br />
dans fon Livre des Difciplines, compte cinqmille<br />
ans depuis eux jufqu'à la Ruine de Troye.<br />
Au contraire Xanthus Lydien dit que, depuis Zoroaftre<br />
jufqu'à la defcente de Xerxès en Grèce, il<br />
s'eft écoulé fix-cens ans , & qu'après lui il y a<br />
çu plufieurs Mages qui fe font fuccédés, les Ostnnes,<br />
Aftrapfyches, Gobryes & Pazates, jufqu'à<br />
ce qu'Alexandre renverfa la Monarchie des<br />
Pcrfes.<br />
Mais ceux qui font fi favorables aux Etrangers<br />
, ignorent les chofes excellentes qu'ont faites<br />
les Grecs, qui n'ont pas feulement donné naiffance<br />
à la Philofophie, mais defquels le Genre<br />
Humain même tire fon origine. Mufée fut la<br />
gloire d'Athènes, & Linus rendit Thebes célèbre.<br />
L'un de ces deux fut, dit-on, fils d'Eumolpe :<br />
il fit le premier un Poëme fur la Génération des<br />
Dieux & fur la Sphère. On lui attribue d'avoir<br />
cnfeigné que toutes chofes viennent d'un même<br />
principe &_y retournent. On dit qu'il mourut<br />
"^ à
DEL'AUTEUR. 3<br />
1 Phalere, & qu'il y fut inhumé avec cette Epi.<br />
taphe.<br />
Ici à Pbalere repofe fous ce Tombeau le corps dt<br />
Muféefils cbéri d'Eumolpe fon Père.<br />
Au refte, ce fut le Père de Mufée qui donn»<br />
le nom aux Eumolpides d'Athènes (1).<br />
Pour ce qui eft de Linus, qu'on croit iflu de<br />
Mercure & de la Mufe Uranie, il traita en ver»<br />
de la génération <strong>du</strong> Monde, <strong>du</strong> cours <strong>du</strong> Soleil<br />
& de la Lune, de la pro<strong>du</strong>ction des Animaux &<br />
des Fruits: fon PoBme commence par cet mots,<br />
// y eut un tems que toutes cbofes furent pro<strong>du</strong>it<br />
tes à la fois.<br />
Anaxagore a fuivi cette penfée , en difant<br />
que l'Univers fut formé dans un mime tems, (f<br />
que cet affetnblage confus s'arrangea par le moyen<br />
de l'Ejprit qui y furvint. Linus mourut dans l'Ile<br />
d'Eubée d'un coup de flèche qu'il reçut d'Apollon<br />
, on lui fit cette Epitaphe.<br />
Ici la terre a reçu le corps de Linus Tbébain cou*<br />
ronné de fleurs. Il itoitfils de la Mufe Uranie.<br />
Concluons donc que les Grecs ont été le* Auteurs<br />
de la- Philofophie, d'autant plus que ion<br />
nom même eft fort éloigné d'être étranger.<br />
Ceux qui en attribuent l'invention aux Nai<br />
tions<br />
(O C'eft le nom d'une fuite de Fiétres de Ce'iès} un<br />
Eurtolpe ayant inventé les Myfteies d'Eleufis, fesdefcsndius<br />
en turent établis Miniittes. Mén^t & CHifitiu it<br />
Jvjmi Ctffti à i't*,i6lo.<br />
A a
4 P R E F A C E<br />
lions Barbares, nous objectent encore qu'Ofphée<br />
natif de Thrace fut Philofophe de profef-<br />
Jion, & un des plus anciens qu'on connohTe.<br />
Mais je ne fçai fi l'on doit donner la qualité de<br />
Philofophe à un homme qui a débité touchant les<br />
Dieux des chofes pareilles à celles qu'il a dites.<br />
En effet, quel nom faut-il donner à un homme<br />
qui a fi peu épargné les Dieux, qu'il leur a attribué<br />
toutes les paffions humaines, jusqu'à ces<br />
bonteufes proftitutions qui ne fe commettent que<br />
rarement par certains hommes. L'opinion comxnune<br />
eft, que les femmes le déchirèrent; mais<br />
fon Epitaphe, qui fe trouve à Die en Macédoine,<br />
porte qu'il fut frappé de la foudre.<br />
', Ici repofe Orphée de Tbrace , qui fut écrafi<br />
far la ftudre. Les Mu Je s l'tnfevelirent arvec fa<br />
Lyre dorée.<br />
•'. Ceux qui vont chercher l'origine de la Philofophie<br />
chez les Etrangers, rapportent en même<br />
•temps quelle étoit leur doctrine. Ils difent que<br />
les.Oymnofophifr.es & les Druïdes s'énonçoient en<br />
-ternies :énigmatiques & fententieux, recomman-<br />
.dant de révérer les Dieux, de 6'abftenlr <strong>du</strong> mal &<br />
de faire dés actions de courage. Delà vient que<br />
-Gitarque dans fon XII. Livre, attribue aux Gym-<br />
.nofophiftes de méprifer la mort. Les Chaldéens<br />
s'addonnoient, dit-on, à l'étude de l'Aftronomie &<br />
-aux PrédiÊtions. Les Mages vaquoient au culte<br />
Mes Dieux, aux Prières & aux Sacrifices, prétendant
D E L'A UTEUR. ><br />
dant être les feuls qui fuflent exaucés des Dieux 1 .<br />
Ils parloient de la fubftance & de la génération<br />
des Dieux, au nombre defquels ils mettoient lis<br />
Feu, la Terre & l'Eau. Ils des-approuvoient l'ufage<br />
des Images & des Simulachres, & condamnoient<br />
fur-tout l'erreur de ceux qui admettent les<br />
deux fexes parmi les Dieux. Ils raifonnoient auflî<br />
fur la Juftice, regardoient comme une Impiété la<br />
coutume de brûler les morts, & penfoient qu'il<br />
étoit permis à un Père d'époufer fa fille, & aune<br />
Mère de fe marier avec fon fils, ainC que le rap<br />
porte Sotion dans fon XXIII. Livre. Les Mages<br />
étudioient encore l'Art de deviner & de préfager<br />
l'avenir ; ils fe vantoient que les Dieux leur apparoiflbient<br />
; & croyoient même que l'Air eft rempli<br />
d'Ombres qui s'élèvent comme des exhalaifons,<br />
& fe font appercevoir à ceux qui ont la vue affe?<br />
forte pour les diftinguer. Ils condamnoient les<br />
ornemens & l'ufage de porter de l'or, ne fe vêtoient<br />
que de robes blanches, couchoient fur la<br />
<strong>du</strong>re, vivoient d'herbes, de pain & de fromage ;<br />
&. au-lieu de bâton portaient*in rofeau, au bout<br />
<strong>du</strong>quel ils mettoient, dit-on, leur fromage pour<br />
le porter à la bouche. Ariftote dans fon Traité<br />
<strong>du</strong> Magicien dit qu'ils n'entendoient point cette<br />
efpece de Magie qui fait ufage de preftiges dans<br />
la Divination; & Dinon dans le V. Livre de fes<br />
Hijtoires, eft <strong>du</strong> même fentiment Celui-ci croit<br />
aufli que Zoroaftre rendoit un Culte religieux<br />
A 3 - aux
6 P R E F A C E<br />
aux Aftres, fe fondant fur l'étymologie de fon<br />
nom ; & Hermodore dit la même chofe. Ariftote<br />
«dans le I. Livre de fa Pbilojopbie, croit les Mages<br />
plus anciens que les Egyptiens ; il dit qu'ils reconnoiflbient<br />
deux Principes, le bon & le mauvais<br />
Génie ; qu'ils appelloient l'un Jupiter & Orofmade,<br />
l'autre Pluton & Ariman. Hermippe dans fon.<br />
1. Livre des Mages & Eudoxe dans fa Période en<br />
parlent de-même, aufli-bien que Théopompe dans<br />
le VIII. Livre de fes Pbilippiques. Celui-ci dit<br />
aufli que félon la Doftrine des Mages les hommes<br />
leffufciteront, qu'ils deviendront immortels, &<br />
que toutes chofes fe conferveront par leurs prières.<br />
Eudeme de Rhodes rapporte la même chofe<br />
, & Hécathée dit qu'ils croyent que les Dieux<br />
ont été engendrés. Cléarque de Solos dans fon Livre<br />
de l'InJlruSion, eft d'opinion que les Gymnofophiftes<br />
font defcen<strong>du</strong>s des Mages, & quelquesuns<br />
penfent que les Juifs tirent aufli d'eux leur oligine.<br />
Les Auteurs de l'Hifioire des Mages critiquent<br />
Hérodote, fur ce qu'il avance que Xerxès<br />
lança des dards contre le Soleil, & enchaîna<br />
la Mer, deux objets de l'adoration des Mages<br />
; ajoutant que pour ce qui eft des Statues des<br />
Dieux, ce Prince eut raifon de les détruire.<br />
Quant à la Philofophie des Egyptiens tpuchant<br />
les Dieux & la Juftice, on rapporte qu'ils croyent<br />
que la matière fut le principe de toutes chofes,<br />
& que les quatre Elémens en fuient compofes,
DEL' AUTEUR. 7<br />
fés, ainfî que certains animaux ; que le Soleil &<br />
la Lune font deux Divinités, appellant la première<br />
Ofiris & la féconde Ifis, & les repréfentant<br />
myftérieufement fous la forme d'un Efcarbot, d'un<br />
Dragon, d'un Epervier & d'autres animaux, félon<br />
le témoignage de Manéthon dans fon abrégé<br />
des cbofes naturelles, & d'Hécathée dans le I.<br />
Livre de la Pbilofopbie des Egyptiens. On dit auffi<br />
qu'ils faifoient des Statues & bâtiflbient des Tem^<br />
pies, parce qu'ils ne voyoient point d'apparence<br />
de la Divinité ; qu'ils croyoient que le Monde a<br />
eu un commencement, qu'il eft corruptible & de<br />
forme orbiculaire ; que les Etoiles font des globes<br />
de feu, dont la température pro<strong>du</strong>it toutes<br />
chofes fur la Terre; que la Lune s'éclipfe<br />
lorfqu'elle eft ombragée par la Terre ; que l'Ame<br />
continue à fubfifter, & pane dans un autre Corps ;<br />
que la Pluie eft un effet des changemens de l'air<br />
qui fe convertit en eau. Ces opinions & d'autres<br />
femblables fur la Nature, leur font attribuées<br />
par Hécathée & Ariftagore.,<br />
Les Egyptiens établirent aufil fur la Juftice des<br />
Loix, dont ils rapportent l'origine à Mercure; ils<br />
décernèrent les honneurs divins aux Animaux qui<br />
font utiles à l'Homme, & ils s'attribuèrent la<br />
gloire d'être les inventeurs de la Géométrie, de<br />
l'Aftrologie & de l'Arithmétique. Voilà pour ce<br />
qui regarde l'origine de la Philofophie.<br />
Elle rut nommée de ce nom par Pythagore,<br />
A4 qui
t P R E F A C E<br />
qui fe' qualifia PhiloforJhe dans un entretien qu'il<br />
eut à Sicyone avec Léonte Prince des Sicyoniens<br />
ou Phliafîens. Cela eft rapporté par Héraclide<br />
de Pont, dans un Ouvrage où il parle d'une perfonne<br />
qui avoit paru être expirée. Les paroles de<br />
Pythagore étoient que la qualité de Sage ne convient<br />
à aucun homme, mais à Dieu feul. C'eft<br />
qu'autrefois on appelloit la Philofophie Sageffe,<br />
& qu'on donnoit le nom de Sage à celui qui la<br />
profefibit, parce qu'il pafibit pour être parvenu<br />
au plus haut degré de lumière que l'Ame pûifle<br />
recevoir ,• au-lieu que le nom de Philofophe défigne<br />
feulement un homme qui embrafle la Sageffe.<br />
On diftingua auflî les Sages par le titre de<br />
Sophiftes ; titre dont ils ne jouirent pourtant pas<br />
feuls : car on le donna auffi aux Poètes. Cratinus.faifant<br />
l'éloge d'Homèreù. d'Hé(iode,les appelle<br />
Sophiftes (i). Au-refte ceux à qui l'on a donné<br />
le nom de Sages, furent Thaïes, Solon, Périandre,<br />
Cléobule, Chilon, Bias, & Pittacus.<br />
On range aufli avec eux Anacharfis de Scythie,<br />
Myfon de Chénée, Phérécyde de Scyros, & Epiménide<br />
de Crète; quelques-uns y ajoutent encore<br />
Pififtrate le Tyran.<br />
Il y eut deux Ecoles principales de Philofophie,<br />
(i) Le terme de Sophifte qui ne reprend plus que dans<br />
un mauvais fens, fignifioit chez les Grecs un homme èloqucnr<br />
8c fubtil ; ainli nous le tia<strong>du</strong>itons toujours par<br />
Logicien ou Rhemu.
DÉ L' KVT ÈXÏK. *<br />
priie , celle d'Anaximandre qui fut difcfpfe Je Thai<br />
lès, & celle de- Pythagore qui fut difciple de<br />
Riérécyde. La Philofophie ff Anaximandre-fut<br />
appellée Ionienne, eu égard i ce que l'Ionie &<br />
toit la patrie de Thaïes, qui étoit de Milet, &<br />
qui inftruifit Anaximandre (i). Celle de Pythagore<br />
fut nommée Italique, parce que Pythagore<br />
fon Auteur avoit paffé la plus grande, partie de fa<br />
•ie en Italie. L'Ionienne finir à ClitOmaque,<br />
Chryfippe & Théophrafte; l'Italique - à Epicure.<br />
Thaïes & Anaximandre eurent pour Succefféurs,<br />
en premier lieu, jufqu'à Clitotnaque, Anaximene,<br />
Anaxagore, Archélaûs, Socrate qui" in;<br />
tro<strong>du</strong>ifit l'étude de la Morale, fes Sectateurs, &<br />
ftirtout Platon fondateur de l'ancienne Académie,<br />
Speufippe, Xénocrate, Polëmon, Crantor, Cratès,<br />
Arcéfîlas qui fonda la moyenne Académie,<br />
Lacydes qui érigea la nouvelle, & Carnéades.<br />
En fécond lieu, jufqu'à Cbryfippe, Antifthene<br />
fnecefleur de Socrate , Diogene le Cynique ,<br />
Cratès de Thebes, Zenon te Cittique , & Cléanthe.<br />
En troifieme lieu , jufqu'à Théophrafte, Platon<br />
, Ariftote & Théophrafte lui-même, avec lequel<br />
& les-deux autres dont nous avons parlé,<br />
c'eft-à-<br />
(0 Quoique les Interprètes ne difent rien ici fur la Vetfion<br />
Latine, nous fommes obljge's de la corriger: p.ure<br />
qu'elle fait Anaximandre maître Se difciple de Thaïes,<br />
Se Fjthagoie maître de Phe'recyde.<br />
A s
X9 P R E F A C E<br />
c'eft-à-dire Clitomaque & Chryfippe, s'éteignit la<br />
Philofophie Jonienne. »<br />
A Phérécyde & à Pythagore fuccéderent Télauge<br />
fils de Pythagore, Xénophane, Parménide,<br />
Zenon d'Elée, Leucippe, Démocrite, après lequel<br />
Naufiphanes & Naucydes furent fameux entre<br />
plufieurs autres, enfin Epicure avec lequel la<br />
Philofophie Italique finit.<br />
On diftingue les Philofophes en Dogmatifles<br />
& Incertains. Les Dogmatifles jugent des chofes<br />
comme étant à la portée de l'efprit de l'homme.<br />
Les autres au-contraire en parlent avec incertitude,<br />
comme fi elles furpaflbient notre entendement<br />
, & ne portent leur jugement fur rien.<br />
Parmi ces Philofophes, il y en a qui ont laifle des<br />
Ouvrages à la Poftérité, & d'autres qui n'ont rien<br />
mis au jour, tels que Socrate, Stilpon, Philippe,<br />
Menédeme, Pyrrhon, Théodore, Carnéade &<br />
Bryfon, fuivant ce que prétendent quelques-uns;<br />
d'autres ajoutent Pythagore & Arifton de Chio,<br />
dont on n'a que quelques Lettres. On trouve encore<br />
des Philofophes qui n'ont fait que des Traités<br />
particuliers; comme Mélifle, Parménide, &<br />
Anaxagore. Zenon au-contraire a extrêmement<br />
écrit ; Xénophane, Démocrite, Ariftote „& Epicure<br />
beaucoup, mais Chryfippe encore davantage.<br />
Les Philofophes furent défignés par difFérens<br />
noms. Ils les reçurent, les uns des villes où ils derueuroient,<br />
comme les Eliens, les Mégariens, les<br />
Ere-
DE L'AUTEUR, sr<br />
Erétriens, & les Cyrénaïques ; les autres, de*<br />
lieux où ils s'aiïembloient, comme les Académiciens<br />
& les Stoïciens ; ceux-ci de leur manière d'enfeigner,<br />
comme les Péripatéticiens ; ceux-là de leur»<br />
plaifanteries , comme les Cyniques t, quelquesuns<br />
de leur humeur, comme les Fortunés; quelques<br />
autres de leurs fentimens vains, comme le9<br />
Philaletes ou Amateurs de la Vérité, les Ecleftiques<br />
& les Analogiftes. Les Difciples de Socrate<br />
& les Epicuriens empruntèrent les noms de<br />
leurs Maîtres. On appella encore Phyficiens,<br />
ceux qui méditoient fur la Nature ; Moraliftes,<br />
ceux qui febornoient à former les mœurs; & Dialecticiens,<br />
ceux qui enfeignoient les règles <strong>du</strong><br />
Raifonnement.<br />
La Philofophie a trois parties, la Phyfique,<br />
la Morale & la Logique. La Phyfique a pour<br />
objet le Monde & ce qu'il contient, la Morale<br />
roule fur la vie & les mœurs. La Logique apprend<br />
à con<strong>du</strong>ire fa raifon dans l'examen des deux autres<br />
Sciences. La Phyfique feule foutint fon crédit<br />
jufqu'à Archélaûs. Nous avons dit que la Morale<br />
fut intro<strong>du</strong>ite par Socrate, & Zenon d'Elée<br />
forma la Dialectique. La Morale a pro<strong>du</strong>it dix<br />
Seftes, l'Académique, la Cyrénaïque, I'Eliaque,<br />
la Mégarique, la Cynique, l'Erétrique, la Dialectique,'<br />
la Péripatéticienne, la Stoïcienne, &<br />
l'Epicurienne. Platon fut chef de l'ancienne Académie,<br />
Arcéfilas de la moyenne, & Lacydes<br />
A 6 de
12. P R E F A C E<br />
de la nouvelle. Ariftipe de Cyrene forma la Secte<br />
Cyrénaïque; Phédon d'Elée, l'Eliaque; Euclide<br />
de Mégare, la Mégarique; Antifthene, l'Athénien,<br />
la Cynique; Ménédéme d'Erétrée, l'Erétrique;<br />
Clitomaque de Carthage, la Dialectique;AriitoteT<br />
la Péripatéticienne; Zenon, la Cittique, la Stoïcienne<br />
; & Epicure, celle qui eft nommée de fon<br />
nom. Hippobote dans fon Livre des Seâes en<br />
compte une de moins, .& en fait le détail dans<br />
l'ordre fuivant ; la Mégarique , l'Erétrique ,<br />
Cyrénaïque , l'Epicurienne , l'Annicérienne , ht<br />
Théodorienne , la Zénonienne ou Stoïcienne t<br />
l'ancienne Académie, la Péripatéticienne, paffant<br />
fous filence dans ce Catalogue les Seftes Cynique,<br />
Eliaque & Dialectique. Quant à la Pyrrhonienne,la<br />
plupart la mettent au rebut, à caûfe<br />
de l'obfcurité de fes principes. Il y en a pourtant<br />
qui la regardent en partie comme étant une<br />
Sefte, en partie comme n'en étant point une. C'eft<br />
une Sefte, difent-ils, entant que la nature d'une<br />
. Sefte eft de fuivre quelque opinion évidente, ou<br />
qui paroît l'être; & en ce fens on peut l'appeller<br />
convenablement la Sefte Sceptique. Mais fi par<br />
le mot de Sefte on entend des Dogmes fuivisfee<br />
n'eft plus la même chofe ; puisqu'elle ne corir<br />
tient point de Dogmes.<br />
Voilà les remarques que nous avions à faire<br />
fur les commencemens, la <strong>du</strong>rée, les parties, &<br />
les différentes Seftes de la Philofophic.<br />
Il
DE L'AUTEUR. 13<br />
Il n'y a pas longtems que Potamon d'AIéxândrie<br />
intro<strong>du</strong>ifit une nouvelle Secte de Philofophie<br />
Eclectique, compofée de ce qu'il y avoit de<br />
meilleur félon lui dans toutes les autres. Il dit<br />
dans fon fnjlitution, que pour ftifir la vérité deux<br />
chofes font requifes; dont la première, favoir le<br />
Principe qui juge, eft la plus confidérable, & l'autre,<br />
le moyen par lequel fe fait le Jugement, favoir<br />
une exacte repréfentation de l'objet. Il croit que'<br />
la Matière, la Caufe, l'Action & le Lieu font les<br />
principes de toutes chofes : puisque dans la recherche<br />
des chofes on a pour but de favoir, dequoi,<br />
par qui , comment & où elles font. II<br />
établit auffi pour dernière fin des actions une 'vie<br />
ornée de toutes les vertus, fans excepter pour<br />
ce qui regarde le Corps les biens extérieurs &<br />
ceux de la Nature. Paflbns à-préfent à l'Hiftoire<br />
des Philofophes, & commençons par Thaïes.<br />
A 7 TIIA.
WOOK«M\MUWIWW>,NVIIVVWIV>K<br />
T H A L È S/<br />
'"MJ*<br />
HErodote, Duris & Démocrite difent que<br />
Thaïes naquit d'Examius & de Cléobuline,<br />
qui étoit Mue des Thélrdes, famille fort illuftre<br />
parmi les Phéniciens, félon Platon, qui fait defcendre<br />
cette maifon de Cadmus & d'Agenor.<br />
Thaïes eft le premier qui porta le nom de Sage ;<br />
il floriflbit lorfque Damafias étoit Archonte d'Athènes<br />
; & ce fut auffi dans ce tems-Ià que les autres<br />
Sages furent ainfi nommés, comme le rapporte<br />
Démétrius de Phalere dans fon Hijioire des Adont<br />
es.<br />
Ce Philofophe ayant fuivi Nilée-J fon départ<br />
de Phénicie, fon Pays natal, obtint à Milet.Ie<br />
droit de Bourgeoifiej d'autres conjecturent pourtant<br />
qu'il y prit naiflance d'une maifon noble <strong>du</strong><br />
lieu. Après avoir vaqué aux affaires de l'Etat,<br />
il réfolut de confacrer tous fes foins â la contemplation<br />
de la Nature. Quelques-uns croyent qu'il<br />
n'a laiflë aucun Ouvrage à la Poftérité. On le fait<br />
Auteur de l'Aftrologie Marine, mais on eft redevable<br />
de cet Ouvrage à Phocus de Satnos. Calli-<br />
„. maque
' T H A LE S. X5<br />
Iliaque lui attribue dans fes vers d'avoir fait connoître<br />
la Petite-Qurfe. Il dit qu'il remarqua la<br />
Ctmftellation <strong>du</strong> Cbarkt qui fert de guide aux Phéniciens<br />
dans leur navigation. D'autres, qui crc~<br />
yent qu'il a écrit quelque chofe, lui attribuent<br />
feulement deux Traités, l'un fur le Solftice & l'autre<br />
fur l'Equinoxe, perfuadé qu'après ces deux objets<br />
difficiles à développer, il n'en reftoitplus que<br />
de faciles à concevoir (i). Quelques-uns., entr'autres<br />
Eudeme dans fon Hiftoire de l'Afirologie,<br />
le font pafler pour avoir frayé la route des<br />
fecrets de cette fcience, perfonne avant lui n'ayant<br />
encore prédit les Eclypfes <strong>du</strong> Soleil, ni le<br />
tems où il eft dans les Tropiques. Us ajoutent<br />
que ce fût-là le motif de Teftime particulière<br />
qu'Hérodote & Xénophane conçurent pour lui;<br />
ce qui eft confirmé par Heraclite & Démocrite.<br />
Chérillus le Poète & d'autres difent qu'il a enfeigné<br />
le premier l'Immortalité de l'Ame. Ceux<br />
qui veulent qu'il donna les premières notions <strong>du</strong><br />
cours <strong>du</strong> Soleil, ajoutent qu'il obferva que la Lune<br />
comparée à la grandeur de cet aftre, n'en eft<br />
que la fept-cent-vingtieme partie. On dit auflî<br />
qu'il donna le premier le nom de Trigéfîme au<br />
trentième jour <strong>du</strong> mois, & qu'il intro<strong>du</strong>isît l'étude<br />
de la Nature. Ariftote & Hippias difent qu'il<br />
cro-<br />
(i) Suivant une conjefture à'ii. Cn, on peut tra<strong>du</strong>ire,<br />
ptrffddi tfWtxtmi cti di»x cktftt tout ti rtfie htit<br />
'Mmfrihcnjiilt. 11 piefcre pourtant la Leçon oïdiaaite»
it T H A L E S.<br />
croyoit les chofes inanimées douées d'une Ame,'<br />
fe fondant fur les Phénomènes de l'Ambre & de<br />
l'Aimant. Pamphila rapporte qu'il étudia les Elémens<br />
de la Géométrie chez les Egyptiens, &<br />
qu'il fut le premier qui décrivit le Triangle-Rectangle<br />
dans un demi-cercle, en reconnoiflance de<br />
quoi il offrit un bœuf en facrifice. D'autres, <strong>du</strong><br />
nombre desquels eft Apollodore le Calculateur,<br />
attribuent cela à Pythagore. Mais ce fut lui qui<br />
porta plus loin les découvertes d'Euphorbe Phrygien,<br />
dont Callimaque parle dans fes vers, favoir<br />
l'ufage <strong>du</strong> Triangle Scalene, & ce qui regarde<br />
la Science des Lignes. Thaïes fut auflî utile<br />
à fa Patrie par les bons confeils qu'il lui donna.<br />
Créfus recherchant avec empreflement l'alliance<br />
des Miléfiens, le Philofophe empêcha qu'elle ne<br />
lui fût accordée ; ce qui, lorfque Cyrus eut remporté<br />
la victoire, tourna au bien de fa Ville. Héraclide<br />
fuppofe à Thaïes de l'attachement pour la'<br />
folitude & pour la vie retirée.<br />
Les uns lui donnent une femme, & un fils qu'ils<br />
nomment CibhTus; les autres difenrqu'il garda le<br />
célibat & adopta un fils de fa fœur, & que quelqu'un<br />
lui ayant demandé pourquoi il ne penfoit<br />
point à avoir des enfans, il répondit que c'était<br />
parce qu'il ne les aimoit pas (i). On raconte auflî,<br />
que<br />
(i) Il y a dans la Verfion Latine, ptrct ?«'i7 les tint<br />
et ; mats la Leçon que nous prêterons, cû autorifee ».<br />
& le fens eft pour, elle. Cette diverfite' ctt fondée fur unc
T H A. L E S. 17<br />
que preffé par les inftances de fa Mère de fe marier,<br />
il lui ait'qu'il n'en- étoit pas encore tems; &<br />
que comme elle renouvelloit fes inftances, Iorfqu'il<br />
fut plus avancé en âge, il lui répondit que le temsen<br />
itoit pajfi. Jérôme de Rhodes dans le I. Li- ' J<br />
vre de fes Commentaires, rapporte que Thaïes voulant<br />
<strong>mont</strong>rer la facilité qu'il y avoit de s'enrichir,<br />
& prévoyant que la récolte des Olives feroit abondante,<br />
il prit à louage plufieurs preubirs d'olives,<br />
dont il retira degrofles fommes d'argent.<br />
Ce Philofophe admettoit l'Eau pour principe<br />
de toutes chofes. Il foutenoit que l'Univers étoit<br />
animé & rempli d'efprits. On dit qu'il divifa<br />
l'année en trois-cent-foixante-cinq jours, &<br />
qu'il la fubdivifa en quatre faifons. Il n'eut jamais<br />
de Précepteur, excepté qu'il s'attacha aux<br />
Prêtres d'Egypte. Jérôme de Rhodes rapporte<br />
qu'il connut la hauteur des Pyramides, pa'r l'obfervation<br />
de leur ombre, Iprfqu'dle fe trouve en un<br />
même point d'égalité avec elles. Myhiès dit<br />
qu'il étoit contemporain de Thrafibule Tyran de<br />
Milet.<br />
On fçait l'hiftoire <strong>du</strong> Trépied trouvé par des<br />
Pêcheurs, & offert aux-Sages par les Miléfiens.<br />
Voici comme on la raconte. De Jeunes-gens<br />
d'Ionie achetèrent de quelques Pêcheurs ce qu'ils<br />
al-<br />
ne remarque critique qu'on nous a farte touchant les Manuferits<br />
Grecs, Se qu on ne p;ut pas rendre intelligible<br />
en Fiançois.
18 T H A» L E S.<br />
alloient prendre dans leurs filets. Ceux-ci tirèrent<br />
de l'eau un Trépied, qui fit le fujet d'une<br />
difpute ; pour la calmer ceux de Milet envoyèrent<br />
â Delphes confulter l'Oracle. Peuple qui venez<br />
prendre men avis, répondit le Dieu, j'ajuge le<br />
Trépied ou plus Sage. En conféquence on le donna<br />
à Thaïes qui le remit à un autre, & celui-ci 1<br />
un troifieme, jufqu'à ce qu'il parvint à Solon ,<br />
qui renvoya le Trépied à Delphes, en difantqu'il<br />
n'y avoit point de Sagefle plus grande que celle<br />
de Dieu. Callimaque conte cette hiftoire autrement,<br />
& félon qu'il l'avoit enten<strong>du</strong> réciter à Léandre<br />
de Milet. Il dit qu'un nommé Batyclès,<br />
originaire d'Arcadie, laiflaune Phiole, en ordonnant<br />
qu'elle fût donnée au plus fage ; qu'on l'offrit<br />
à Thaïes; & qu'après avoir circulé en d'autres<br />
mains, elle lui revint, ce qui l'engagea à en faire<br />
alors préfent â Apollon Didymien, avec ces mots<br />
que Callimaque lui fait dire dans fes vers.<br />
Je fuis le prix que Tbalès reçut deux fois, £?<br />
qu'il confacra à celui qui préjide fur le peuple de<br />
Nélée.<br />
Ces vers ren<strong>du</strong>s en profe fignifient que Thaïes<br />
fils d'Examius, natif de Milet, après avoir reçu<br />
deux fois ce prix des Grecs, le confacre à Apollon<br />
Delphien (i). Eleufis dans fon Achille & Ale.<br />
(t) Pour l'intelligence de tout ce paflage, il faut remarquer<br />
que les Milefiens étoient défen<strong>du</strong>s de Nélée ;<br />
qu« Didrroe etoit un eadioit de Milet où il y avoit un<br />
Or*-
. T H A L E S. 19<br />
lexon de Mynde dans le IX. Livre de fes Fables,<br />
conviennent que le fils de Batyclès qui avoit porté<br />
la Phiole de l'un à l'autre, s'appelloit Thyrion.<br />
Eudoxe de Cnyde & Evantes de Milet prétendent<br />
qu'un Confident de Créfus reçut de ce Prince<br />
un Vafe d'or pour le donner au plus fage des<br />
Grecs ; que le Commiflionnaire le préfenta à<br />
Thaïes; qu'enfuite il vint à Chilon; & que celui-ci<br />
, confultant Apollon pour fçavoir qui le furpaflbit<br />
en fageflè , l'Oracle répondit que c'étoit<br />
Myfon, qu'Eudoxe prend pour Cléobule &<br />
Platon pour Périandre. Nous parlerons de lui<br />
dans la fuite. Au-refte telle fut la réponfe <strong>du</strong><br />
Dieu. Ceft M-jfon de Chinée <strong>du</strong> Mont Oeta jpti<br />
tefurpajje enfublimiti de génie. Anacharfis étoit<br />
celui qui avoit confulté l'Oracle au nom de Chilon.<br />
Dédacus Platonicien & Cléarque difent que<br />
Créfus adreflà la Phiole à Pittacus, & qu'elle paffa<br />
ainfi d'une main dans l'autre. Mais Andron,<br />
en parlant <strong>du</strong> Trépied, dit que les Grecs le propoferent<br />
au plus fage d'entr'eux comme une récompenfe<br />
<strong>du</strong>e à la Vertu; qu'Ariftodeme de Sparte<br />
fut jugé digne de le recevoir, & qu'il ne l'accep-<br />
Orade d'Apollon; & que le principal Temple de ce<br />
Dieu de la fable étoit à Delphes dans la Phocide. Le<br />
Trépied fut envoyé' au Temple deDidyme te l'infeription<br />
fût a Apollon Delphien. Méiwgt, P<strong>du</strong>funUi Voj^t T. II.<br />
t- 70.
20 T H A L E S.<br />
fa que pour le céder à Chilon. Alcée toucha<br />
quelque chofe d'Ariftodeme. Sparte, ditil,<br />
tient de lui cette belle maxime, Que VHomme<br />
vertueux n'eji jamais pauvre , & que la Vertu<br />
eft un fond inépuifable de ricbeffes. Une autre<br />
relation nous inftruit que Périandre ayant fait<br />
partir un vaifleau chargé pour Thrafibule Tyran<br />
de Milet,, le vaifleau échoua vers l'Ile de<br />
Cos ; &. que quelques Pêcheurs y trouvèrent<br />
le Trépied. Phanodicus prétend qu'il fut<br />
péché fur les côtes de la Mer Attique, qu'on le<br />
tranfporta dans la ville, & qu'on y rendit un Arrêt<br />
par lequel il fut ordonné qu'il feroit envoyé<br />
à Bias. Nous en expliquerons la raifon, lorsque<br />
nous aurons occafion de parler decePhilofophe,<br />
D'autres veulent que le Trépied fut l'ouvrage de<br />
Vulcain qui le donna à Pélops-, lorsque celui-ci<br />
fe maria; qu'enfuite Ménélas eh fut pouefleur;<br />
que Paris l'enleva avec Hélène ; que cette Lacé»<br />
démonienne le jetta dans la Mer de Cos, difant<br />
qu'il en proviendroit des querelles ; qu'enfuite<br />
quelques Lébédiens ayant fait prix pour un coup<br />
de filet, les Pêcheurs attrapperent le Trépied}<br />
qu'une dispute «'étant élevée entre les Vendeurs<br />
& les Acheteurs, ils allèrent à Cos; & que n'ayant<br />
pu venir à bout d'y terminer leur différend,<br />
ils portèrent le Trépied à Milet, qui étoit la Capitale<br />
<strong>du</strong> Pays; que les habitans députèrent â<br />
Cos pour régler l'affaire; mais« que les Députés<br />
re-
T H A L E S. ai<br />
revinrent fans avoir rien conclu ; que le peuple<br />
, indigné d'un mépris fi marqué, prit les armes<br />
contre ceux de Cos; qu'enfla, comme on perdoit<br />
beaucoup de monde de part & d'autre, l'Oracle<br />
décida qu'il ralloit donner le Trépied au plus<br />
fage ; que par déférence pour cette décifion, les<br />
deux parties confentirent qu'il refteroit à Thaïes,<br />
qui, après qu'il eut circulé dans quelques mains le<br />
youa à Apollon Didyméen. La réponfe que l'Otarie<br />
avoit faite aux Infulaires de Cos portoit',<br />
Que les Ioniens ne cefferoient d'avoir guerre avec<br />
les habitons de Mérope ,jufqu'à ce qu'ils envoyaient<br />
le Trépied doré forgé par Vulcain & tiré <strong>du</strong> fein<br />
de la Mer à celui qui feroit capable de connottre<br />
par fa fageffe le préfintxle paffi £? f avenir. Nous<br />
avons tranfcrit ailleurs la fubftance de la réponfe<br />
faite auxMiléfîens; en voilà aflfez fur ce fuiet.<br />
Hermippe, dans fes Vies 4 applique à Thaïes ce<br />
que l'on attribue àSocrate, qu'il remercioit la<br />
Fortune de trois chofes : la première , dt l'avoir<br />
fait naître un Etre raifonnable plutôt qu'une Brutt ;<br />
h féconde, de l'avoir fait homme plutôt que femme<br />
; la troifieme, de l'avoir fait naître en Grèce<br />
plutôt que dans un Pays étranger.<br />
On raconte de lui qu'un foir, fortant de la malfon,<br />
con<strong>du</strong>it par une vieille femme, il tomba dans<br />
un creux pendant qu'il regardoit les étoiles, &<br />
que s'étant plaint de cet accident, la vieille lui<br />
Ht, Comment pouvez-vous, Tbalès, ejpirir devoir<br />
9
2a<br />
T H A L E S.<br />
{£ de comprendre ce qui eji au Ciel, vous qui n'a}percevez<br />
pas ce qui eji à vos pieds ? Timon parle<br />
auflî de fon amour pour l'Aftronomie, & le loue<br />
dans fes Poêfies bouffonnes, où il dit, Tel que fut<br />
Tbalès, /avant Aflrontme & l'un des fept Sages.<br />
Lobon d'Argos compte deux cens vers de fa compofltion<br />
fur l'Aftronomie , & rapporte ceux-ci<br />
qu'on lifoit au-deffous de fa ftatue.<br />
Ceft ici Tbalès, dans la perfonne <strong>du</strong>quel Milet<br />
F Ionienne qui l'a nourri, a pro<strong>du</strong>it le plus grand des<br />
hommes par fon/avoir dans l'Afirologie.<br />
Voici des penfées qu'on lui attribue. „ Le<br />
„ flux de paroles n'eft pas une marque d'efprit.<br />
„ Etes-vous fages, choiflflëz une feule chofe,<br />
„ un objet digne de votre application; par-lâ<br />
„ vous ferez taire beaucoup de gens qui n'ont<br />
„ que la volubilité de la langue en partage".<br />
Les fentences fui vantes font encore de lui.<br />
„ Dieu eft le plus ancien des Etres, n'ayant ja-<br />
„ mais été engendré. Le Monde eft de toutes les<br />
„ chofes la plus magnifique, puisqu'il eft l'ou-<br />
„ vrage de Dieu. L'Efpace, la plus grande, par-<br />
•„ ce qu'il renferme tout; l'Efprit, lapluspromp-<br />
„ te, vu qu'il pareour't l'éten<strong>du</strong>e de l'Univers ; la<br />
„ Néceffité, la plus forte, n'y ayant rien dont<br />
yi elle ne vienne à bout ; le Temps, la plus fage,<br />
„ parce qu'il découvre tout ce qui eft caché. 11<br />
„ difoit que la vie n'a rien qui la rende préférait<br />
ble à la mort. Quelle raifon vous empêche<br />
,, donc
T H A L E S. 23<br />
ï, donc de mourir ? lui dit-on. Cela même, dit-<br />
„ il, que l'un n'a rien de préférable à l'autre.<br />
„ Quelqu'un lui ayant demandé lequel avoit pré-<br />
„ cédé de la nuit ou <strong>du</strong> jour, il répondit que<br />
„ la nuit avoit été un jour avant. Interrogé fi<br />
„ les mauvaifes aétions échappoient à la connoif-<br />
„ fance des Dieux: non, repliqua-t-il, pas mê-<br />
„ me nos penfées les plus fecretes. Un homme<br />
„ convaincu d'a<strong>du</strong>ltère lui demanda s'il ne pour-<br />
„ roit pas couvrir ce crime par un parjure. Que<br />
„ vous femble, lui répondit-il? Le parjure ne fe-<br />
„ roit - il pas encore quelque chofe de plus<br />
„ énorme ? Requis de s'expliquer fur ce qu'il y<br />
„ avoit de plus difficile, de plus aifé & de<br />
„ plus doux dans le Monde, il répondit que le<br />
„ premier étoit de fe connoitre foi-même, le fe-<br />
„ cond de donner confeil, & le troifiemc d'ob-<br />
„ tenir ce qu'on fouhaite. Il définit Dieu un<br />
„ Etre fans commencement & fans fin. On lui<br />
„ attribue auffi d'avoir dit qu'un vieux Tyran eft<br />
„ ce qu'il y a de plus rare à trouver; que le<br />
„ moyen de fupporter les difgraces avec moins<br />
„ de douleur, c'eft de voir fes ennemis encore<br />
„ plus maltraités de la fortune ; que le moyen<br />
„ de bien régler fa con<strong>du</strong>ite, eft d'éviter ce que<br />
„ nous blâmons 4ans les autres; qu'on peut ap-<br />
„ peller heureux celui qui jouit de la fanté <strong>du</strong><br />
„ corps, qui poffede <strong>du</strong> bien, & dont l'efprlj<br />
„ n'eft ni émouffé par la pareffe,ni abruti par l'Igno*
24 ' T H A L E S.<br />
„ gnorance; qu'il faut toujours avoir pour fe$<br />
„ Amis les mêmes égards, foit qu'ils foient pré-<br />
„ fens ou abfens ; que ra vraie beauté ne con»<br />
„ fifte point i s'orner le virage, mais à enrichir<br />
„ l'aftie de fcience. N'amafiez pas de bien par<br />
„ de mauvaifes voies, difoit-il encore. Ne vous<br />
„ laiffez pas exciter par des difcours contre ceux<br />
„ qui ont eu part à votre confiance; &attendez-<br />
„ vous à recevoir de vos enfans.la pareille de ce<br />
„ que vous aurez fait envers vos Père & Mère.<br />
Le Nil mérita auflï fon attention. Il dit que<br />
les débordemens de ce fleuve étoient occafionnés<br />
par des vents contraires qui revenoient tous le»<br />
ans, & faifoient re<strong>mont</strong>er les eaux.<br />
Apollodore dans fes Chroniques, fixe la naiffance<br />
de Thaïes à la première année de la trente»<br />
cinquième Olympiade. Il mourut à la foixante<br />
& dixhuitieme année de fon âge, ou à la quatrevingt-dixième<br />
, comme dit Soficrate, qui place ta<br />
mort dans la cinquante-huitième Olympiade. Il vécut<br />
<strong>du</strong> tems de Créfus, à qui il promit de faire<br />
paflef fans pont la Rivière d'Halys en détournant<br />
fon cours.<br />
Démétrhis dé Magnélîe parle de cinq autres<br />
perfonries qui ont porté lé nom de Thaïes ; d'un<br />
Rhéteur de Celante qui étoit fort affecté; d'un<br />
Peintre de Sicyone fort ingénieux; d'un troifi©.<br />
me très-ancien & contemporain ou peu s'en faut<br />
d'Héfiode, d'Homère,
T H A L E S. 2J<br />
triemecké par Duris, dans fon Livre de la Peinture;<br />
d'un cinquième plus récent, mais peu connu,<br />
& dont parle Denis dans fe&4?ritiques.<br />
Thaïes le fage affiftoit aux Jeux de la Lutte<br />
lorsque la chaleur <strong>du</strong> jour, la foif & les infirmités<br />
de la vieillefle lui cauferent tout d'un coup<br />
la mort; on mit cette infoaption fur fon Tombeau:<br />
Autant que le fépukre de Tbalès eft petit ici-bas,<br />
autant la gloire de ce Prince des Aftronomes eji<br />
grande dans la Région étoilée.<br />
Nous avons aufli fait ces Vers fur fon fujet<br />
dans le premier Livre de nos Epigrammes, écrites<br />
en vers de toutes fortes de mefures.<br />
Pendant que Tbalès eft attentif aux Jeux de<br />
la Lutte, Jupiter l'enlevé de ce lieu. Je loue ce<br />
Dieu d'avoir approché <strong>du</strong> Ciel un vieillard dont les<br />
yeux, obfcurcis par l'âge, nepouvoientplusenvifager<br />
les Aftres de fi loin.<br />
C'eft de lui qu'eft cette maxime, Conneistoi toimême<br />
; maxime qu'Antifthene dans fes SucceJJtons<br />
attribue à Phémonoé, en accufant Chilon de fe<br />
l'être injuftement appropriée.<br />
Il ne fera pas hors de propos de rapporter ici<br />
ce qu'on dit des fept Sages en général. Damon<br />
de Cyrene n'épargne aucun des Philofophes dont<br />
il a compofé l'hiftoire , & ceux-ci encore moins<br />
que les autres. Anaximene les reconnoit tout an<br />
plus pour Poètes. Dicéarque km refufe la<br />
Tome I. B qualité
a« T H A L E S.<br />
qualité de Sage & l'efprit dé Philofophe ; il ne<br />
leur accorde que le bon-fens & la capacité de<br />
Légiflateurs. Archétime de Syracufe a fait un recueil<br />
de leur conférence avec CypfeIus(i)&dont<br />
il dit avoir été témoin. Euphore dit qu'excepté<br />
Thaïes, ils fe font tous trouvés chés Créfus, &<br />
s'il en faiit croire quelques autres, il y a apparence<br />
qu'ils s'aflémblerent à Panionie (2), à Corinthe<br />
& à Delphes.*<br />
A l'égard de leurs maximes, lesfentimensfont<br />
suffi partagés ; on attribue aux uns ce qui pafie<br />
pour avoir été dit par d'aut-rèse On varie, par<br />
exemple, fur l'Auteur de'cette fentence. Le Sage<br />
Cbilon de Lacédémone a dit autrefois; rie% de<br />
tr$p; tout-pWtywqif'ilJejty.'ait à propos.<br />
On n'eft pas plus d'accord fur le nombre des<br />
Sages que fur leurs difeours: Léandre fubftitue<br />
Léophante Gorfiade.Lébédicn.ou Ephéfien & Epiménide<br />
de Crète à Cléobule & à Myfon; Platon<br />
dans fon Pntogare met Myfon à la place de Périan-<br />
fi) Tyran de Corinthe., Fere de Pe'iiandre. Utrlt CAfkuttn<br />
lie cette pe'riode arec la précédente, comme fi<br />
Dioçene avoit voulu dite, non qu'Archétime ditaroiraffilie'<br />
a la conférence des Sages chés Cypfclus,niais que<br />
Dicéarque étoit tombé' fui l'hiftoite qn Archc'time en a<br />
faite; sous ne voyous point que cela fe puifle accorder<br />
avec le texte.<br />
(1) Panionie étoit une Ville,-avec un Bois Sacre', iltuée<br />
r>res d'Ephefes c'e'toit un rendez-vous général de toutes<br />
les Villes d'Ionie.qui yeélébroient un'facrifice commua,<br />
Se qui par cette railon s'appellok Panionie. Minuit.
T H A L E S. »7<br />
ràndre; Euphore transforme Myfon en Anacharfis;<br />
& d'autres ajoutent Pythagore aux autres Sa.<br />
ges. Dicéarque parle d'abord de quatre, que tout<br />
le monde a reconnu pour Sages, Thaïes, fiias,<br />
Pittacus, & Solon ; après cela il en nomme ûx •<br />
autres, Ariftomene, Pamphile, Chilon de La.<br />
cédémone, Cléobule, Anacharfis, &Périandre, entre<br />
lefquels il en choifit trois principaux. Quelques-uns<br />
leur ajoutent Acufilas fils de Caba ou<br />
Scabra Argien, mais Hermippe dans fon Livre<br />
des Sages va plus loin : à l'entendre il y eut dixfept<br />
Sages entre lefquels on en choifit différemment<br />
fept principaux, 'dont il fait le catalogue<br />
dans l'ordre fuiyant. Il 'place Solon au premier<br />
rang, enfuite Thaïes, .Pittacus,,BUi, Chilon,<br />
Cléobule, Périandre, Anacharfis, Acufilas, Epiménide,<br />
Léophante, Phérécydes, Ariftodeme,<br />
Pythagore, Lafus fils de Charmantidas, ou de<br />
Sifymbrinus, ou félon Ariftoxene de Chabrinus,<br />
enfin Hermion & Anaxagore. Hippobote au-conttaire<br />
fuit un autre arrangement : il place à la<br />
tête Orphée, enfuite Linus, Solon, Périandre,<br />
Anacharfis, Cléobule, Myfon, Thaïes, Bias,<br />
Pittacus, Epicharme & Pythagore.<br />
On attribue a Thaïes les lettres fuivantes.<br />
Tbalès à Pberécyde.<br />
„ J'apprends que vous êtes le premier des<br />
» Ioniens qui vous préparez à donner aux Grecs<br />
B a „ un
18 T H A L E S.<br />
„ un Traité fur les cbofes divines, & peut-être<br />
„ faites-vous mieux d'en faire un écrit public,<br />
„ que de confier vos penfées à des gens qui n'en<br />
„ feroient aucun ufage. Si cela vous étoit a-<br />
„ gréable, je vous prierois de me communiquer<br />
„ ce que vous écrivez, & en cas que vous me<br />
t, l'ordonniez, j'irai vous trouver inceûamment.<br />
„ Ne croyez pas que nous foyons, Solon & moi, fi<br />
„ peu raifonnables, qu'après avoir fait le voya-<br />
„ ge de Crète par un motif de curiofité, et pé-<br />
„ nétré jufqu'en Egypte pour jouir de ra con-<br />
„ verfation des Prêtres & des Aftronomes <strong>du</strong><br />
„ Pays, nous n'ayons pas la même envie de fai-<br />
„ re un voyage pour nous trouver auprès de vous:<br />
„ car Solon m'accompagnera fi vous y confen-<br />
„ tez. Vous vous plaifez dans l'endroit où vous<br />
,, êtes, vous le quittez rarement pour paflei en<br />
„ Ionie, & vous n'êtes guère empreffé de voir<br />
„ des étrangers. Je crois que vous n'avez<br />
„ d'autre foin que celui de travailler ; mais,<br />
„ nous qui n'écrivons point, nous parcourons<br />
„ la Grèce & l'Afie.<br />
Tbalès à Solon.<br />
„ Si vous fortez d'Athènes, je crois que vous<br />
„ pourrez demeurer à Milet en toute fureté,<br />
„ Cette Ville eft une Colonie de votre Pays, on<br />
„ ne vous y fera aucun mal. Que fi la Tyrannie<br />
M à laquelle nous fommes fournis à Milet vou«<br />
„ dé-
T H A L E S. &p<br />
„ déplaît (car je fuppofe qu'elle vous eft par-<br />
„ tout infupportable ) vous aurez pourtant la<br />
„ fatisfaftion de vivre parmi vos Afflis. Bias<br />
„ vous écrit d'aller à Priene; fi vous préfère»<br />
„ cet endroit à notre Ville, je ne tarderai pas<br />
„ à m'y rendre auprès de vous.<br />
B3 SOLON.
|o SOLON".<br />
S O L O N.<br />
SOlon' de Salamine fils d'Exéceftidas commença<br />
(i)par porter les Athéniens à abolir l'ufa-',<br />
3e d'engager fon corps & fon bien à des gens qui<br />
prévoient à ufure. Plufîeurs Gtoyens, ne pouvant<br />
payer leurs dettes, étaient ré<strong>du</strong>its à fervir lear»<br />
Créanciers pour un certain falaire. On devoit è<br />
Solon lui-même fept talens de l'héritage de fort<br />
Père, il y renonça, & engagea les autres à imiter<br />
fon exemple. La Loi qu'il fit là-deflus fat<br />
appellée d'un*nom qui lignifie Diebarge- Il fit<br />
enfuite d'autres Loix, qu'il feroit long de rapporter,<br />
& les fit écrire fur des tablettes de bois.<br />
Voici une action qui lui donna beaucoup de<br />
réputation. Les Athéniens & les Mégariens fê<br />
'difputoient Salamine fa patrie jufqu'à fe détruire<br />
îes uns, les autres; & après plufîeurs pertes, les<br />
Athéniens, avoient publié un Edit qui défendoit<br />
fous peine de la vie de parler <strong>du</strong> recouvrement<br />
de cette Ifle. Solon là-deflus recourut à cet<br />
artifice. Revêtu d'un mauvais habit, '& prenant<br />
l'air d'un homme égaré, il parut dans les<br />
Cai-<br />
(1) On ne convient point que c'ait été la la premier»<br />
aAion de Solon, Se on remarque à cette occauon que<br />
Diogene-Laëtce ne s'efl point attaché à mcttie de tor<strong>du</strong><br />
dans les faits' qu'il rappoue. If. Ctftnl/tn*
S O L G N. jr<br />
Carrefours, où la curiofité ayant attroupé la foule<br />
, il donna à lire au Crieur public une pièce en<br />
Ters fur l'affaire de Salamine, dans laquelle ri<br />
«hortoit le peuple à agir contre le Décret. Cette<br />
Lecture fit tant d'impreffion fur lès efpritsr<br />
que dans le moment même on déclara la guerre<br />
à ceux de Mégare, qui furent battus & dépouili<br />
lés de la pofleffion de rifle ; entre autres expreÊfions<br />
dont: il s'étoit fer-vi, il émut beaucoup le<br />
peuple par celles-ci.<br />
Que nefuis-fe né à Pbolégandre Qi) ou a Skinel'<br />
Que ne puis-je changer ma patrie contre une autre i<br />
J'entends répandre ce bruit des-bonorant, voilà un<br />
de ces Athéniens qui ont abandonné Salamine. Qite<br />
ri allons-nous réparer cette bonté en conquérant Plfle!<br />
Il perfuada encore aux- Athéniens de former<br />
des prétentions fur la Cherfonnefe dé Tbrace; &<br />
afin que l'on crût que les Athéniens avoient droit<br />
fur la pofleffion de Salamine, il ouvrit quelques<br />
tombeaux, & fit remarquer que les cadavres y<br />
étoient couchés, tournés vers l'Orient, ce qui é*<br />
toir la coutume des Athéniens; & que les cer«<br />
cueils même étoient difpofés de cette manière,,<br />
& portoient des infcriptions des lieux où les<br />
morts étoient nés, ce qui étoit particulier aux-<br />
Athé-<br />
(z) PbtUf/mirt, l'une dos Ifles Spoiades dans la Mer;<br />
-'- — "-'Au prend pour les "**-••••«— «•-•-•-- < n V*; rn9ic£*narc, l nue UOB lue» ouuinuçs uai» m<br />
E^e'e, que Suidas prend pour les Cfclades. Sicint ,.lûé;<br />
--<br />
Minuit Se 10 Thréfn<br />
pes de Ciete. Miiutt 8e loThréfir i'Stiiiuu.<br />
B 4,
34 S O L O N.<br />
Athéniens. C'eft dans la même-vue, dit-on,<br />
qu'à ces mots qui font dans le Catalogue qu'Hoiiière<br />
fait des Princes Grecs, Ajax de Salamine<br />
con<strong>du</strong>ifoit douze Vaiffeaux, il ajouta ceux-ci, qui<br />
fe joignirent au Camp des Athéniens. Depuis ce<br />
tems-là le Peuple fit tant de cas de lui, qu'il n'y<br />
avoit perfonne qui ne fouhaitât qu'il prit le gouvernement<br />
de la Ville ; mais loin d'acquiefcer à<br />
Jeurs vœux, il fit tout fon poffible pour empêcher<br />
que Pififtrate fon parent ne parvînt à la Souveraineté,<br />
à laquelle il favoit qu'il afpiroie. Ayant<br />
convoqué le Peuple, il fe préfenta armé<br />
dans I'aflemblée, & découvrit les intrigues de<br />
Pififtrate, proteftant môme qu'il étoit prêt de<br />
combattre pour la défenfe publique. Athéniens,<br />
dit-il, il fe trouve que je fuis plus fage & plus<br />
courageux que quelques-uns de vous, plus fage que<br />
ceux qui ignorent les menées de. Pijijlrate & plus<br />
courageux que ceux qui les connoijfent & n'ofent<br />
rompre le filençe. Mais le Sénat étant, favorable<br />
à Pififtrate, Solon fut traité d'infenfé; à quoi il<br />
répondit. Bientôt le tems fera connaître aux Athéniens<br />
le genre de ma folie, lorsque la. vérité aura<br />
fercé les nuages qui la couvrent. Il dépeignit aufB<br />
la Tyrannie dont on étoit menacé dans ces Vers<br />
Elégteques.<br />
„ Comme la Neige & la Grêle roulent dans<br />
„ l'Atmofphere au gré des vents, que la Foudre<br />
ce les Eclairs éclatent & caufent un fracas hor-<br />
»<br />
» ri-
S O L O N. 33<br />
ii rfWe, de-même on voit fouvent des Viflei<br />
„ s'écrouler fous la puiflance des Grands, & la<br />
„ liberté d'un Peuple dégénérer en •<strong>du</strong>r eifcla-<br />
» vage.<br />
Enfin Pïfîflrate ayant nfurpé la Souveraineté,<br />
jamais Solon ne put fe réfoudre à plier fous le<br />
joog, il pofa fes Armes devant la cour <strong>du</strong> fenat,<br />
«n s'écriant. Cbere Patrie, je te quitte avec le ti~<br />
noignage de ? avoir fervie pat mes confeils & mm<br />
con<strong>du</strong>ite. Il s'embarqua pour l'Egypte, d'où il pasfa<br />
en Chypre & de-là à la Cour de Créfus. Ce fameux<br />
Prince lui demanda qui étoit celui qu'il estimoit<br />
heureux ; Telles l'Athénien• , dit-il, Cléobii<br />
tfBitonj à quoi il ajouta d'autres chofes qu'on<br />
rapporte communément' On raconte auffi que Créfus<br />
, aflis fur fon trône, & revêtu de fes ornemen*<br />
royaux, avec toute la pompe imaginable, lui demanda<br />
s'il avoit jamais vu un fpe&acle plus beau ;<br />
Oui, répondit-il, c'ejlcelui des Coqs, desPbaifans-<br />
6? des Paons: car ces animaux tiennent leur éclat de<br />
la Nature, & font parés de mille beautés. Ayant<br />
pris congé de Créfus r il fe rendit en Cilicie, oit<br />
il bâtit une Ville qu'il appella Solos de fon Bom,<br />
Il la peupla de quelques Athéniens, qui, avec<br />
le tenu r ayant corrompu leur langue , furent<br />
dits faire des Solécifmes; on les appella les habitons<br />
de Solos, au-lieu que ceux qui portent ce<br />
nom en Chypre furent nommés Sotiens-.<br />
Soles informé que Piûftrate fe ajaiateneii,<br />
B 5 «tan»
34 S O L O N .<br />
dans fon ufurpation, écrivit aux Athéniens en<br />
ces termes.<br />
„ S'il'vous arrive des malheurs dignes des<br />
'„ fautes que vous avez faites, ne foyez pas af-<br />
„ -fez injuftes pour en accufer les Dieux. Ceft<br />
„ vous-mêmes qui, en protégeant ceux qui vous<br />
„ font foufFrir une <strong>du</strong>re fervitude, les avez ag-<br />
„ grandis ; vous voulez faire les gens rufés, &<br />
„ dans le fond vous êtes ftupides & légers i<br />
„ vous prêtez tous l'oreille aux difcours flatteurs-<br />
„ de cet homme, & pas un de vous ne fait at-<br />
„ tention au but qu'il fe propofe.<br />
Pifîftrate de fon côté, lorfque Solon fe retf- *<br />
xa, lui écrivit cette Lettre.<br />
Fijiflrate à Solon.<br />
„ Je ne fuis pas le feul des Grecs qui me fui"<br />
„ emparé de la Souveraineté ; je ne fâche r ..<br />
„ même avoir empiété, en le faifant, fur les droits-<br />
„ de perfonne: je n'ai fait que rentrer dans ceux<br />
:, qui m'étoient acquis par ma naiflânce que je<br />
„ tire de Cécrops, auquel, en même tems qu'à<br />
„ fes defcendans, les Athéniens promirent autre'<br />
„ fois avec ferment une foumiffion qu'ils ont en-<br />
„ fuite retirée. Au-refle je n'offenfe ni les-<br />
„ Dieux ni les hommes, j'ordonne au contraire<br />
a, FoWervation des réglemens que vous avez<br />
„ prefcrits aux Citoyens d'Athènes, & j'ofe di»<br />
„ K qu'on les exécute fous mon gouvernent a-<br />
» vec
„ v«c beaucoup plus d'exactitude que fi l'État. é-:<br />
„ toit Républicain. Je ne permets pas qu'on'<br />
„ faffe tort àperfonne, & quoique Prince je ne<br />
„ jouis d'aucun privilège au-deflus des autres; jet<br />
y, me contente- <strong>du</strong> tribut qu'on payoit ,à mes<br />
„ prédécefleurs,. & je ne touche point à la dl-<br />
„ me des revenus des habitans, qui eft emplo-<br />
„ yée pour les Sacrifices, pour le bien public,,<br />
„ & pour fubvenir aux befoins. d'une goierre,<br />
„ Détrompez - vous fi vous croyez que je. vous-<br />
„ en veuille, pour avoir décelé me* defleinsj<br />
„ je fuis perfuadé qu'en cela vous avez-conful-<br />
'•» „ té le.bien de la République plutôt que fuivi la<br />
„ mouvement de quelque haine perfonnelle. Ou-<br />
„ tre que vous ignoriez de quelle manière je<br />
n gouvernerais. Si vous l'aviez pu favoir, peut»<br />
„ être eufltez-vous concouru à.la réuflite de<br />
mon entreprise j & vous eûfliez-vous épargné<br />
» ie chagrin de vous enalkr. Revenez en toute<br />
» Areté, & fiez-vous à la fimple parole que je<br />
,, vous donne, que Solon n'a rien à craindre de<br />
» Pififtrate, puifque vous favez que je n'ai pas<br />
» même fait, de mal à- aucun de mes ennemis.<br />
» Enfin fi vous voulez être, <strong>du</strong>_nomhre.de.rae6<br />
„ amis, vous ferez un de ceux que je dittingucrai;<br />
>, le. plus, fâchant; votre éloignement: pour, la;<br />
„ fraude & pour la perfidie. Cependant, fi vous •<br />
» ne pouvez, vous réfoudre à-revenir, demeurer-<br />
» a Athènes, vous ferez ce que vous voudrezy*<br />
B-
36 S O L 0 N.<br />
„ pourvu qu'il ne foit pas dit que vous avez<br />
„ quitté votre Patrie par rapport à moi feul.<br />
Solon crut pouvoir fixer le terme de la vie<br />
Humaine à foixante & dix ans. (3) Il fit ces excellentes<br />
Ordonnances, que ceux qui auroient<br />
refufé de pourvoir à la fubfiftance de leurs parens,<br />
& ceux qui auroient diffipé leur patrimoine<br />
en folles dépenfes, feraient regardés comme ignobles;<br />
& que les fainéans & les vagabonds<br />
pourroient être a&ionnés par le premier-venu.<br />
Lyfias dans fa Harangue contre Nicias, aflure<br />
que Dracon fut Auteur de cette Loi, & que Solon<br />
la rétablit. Il ordonna auffi que ceux qui fe- a<br />
roient coupables de proftitution, feroient écartés<br />
des Tribunaux de Juftice. 11 modéra encore les<br />
récompenfes aflignées aux Athlètes, ordonnant<br />
cinq-cent drachmes à ceux qui auroient vaincu<br />
aux Jeux Olympiques, cent à ceux qui auroient<br />
triomphé dans les Jeux Ifthmiques, & ainfi des<br />
autres à proportion. Il alléguoit pour raifon,<br />
qu'il étoit abfurde d'avoir plus de foin de ces<br />
fortes de récompenfes, que de celles que méritoient<br />
ceux qui perdoient la vïe dans les corn*<br />
bats, & dont il voulut que les enfans fuffent eatre-<br />
(s) Voyez un pérît Recueil de fragmerrs des ancieas<br />
foëtes Grecs, imprime a Bile environ l'an 1527. Il y a<br />
avec d'autres choies de Solon , des vers dans lefquels il<br />
dit que la constitution fe fortifie tous les lept ans lufqu'a<br />
certain ige Se pois déchoit, 8e qu'au dixième leptéhaire<br />
il ne faut plus penfex qu'à mouiii.
S O L ON. 37<br />
tretenu* aux dépens <strong>du</strong> Public. Cela enconraget<br />
tellement-le Peuple, que l'on vit dans les guerres<br />
des exploits d'une rare .valeur. Telle fut cette<br />
de Polyzele, de Cynégire & de Callimaque ;<br />
celle -avec laquelle on combattit à la journée de<br />
Marathon ; celle (FHarmodius, d'Ariftogiton, de<br />
Miltiade & d'une infinité d'autres, tous bien différera<br />
de ces Athlètes qui coùtoient tant à former<br />
, dont les victoires étaient fi dommageables à<br />
leur Patrie que leurs couronnes étaient plutôt<br />
remportées fur elle que fur leurs adverfaires ;<br />
enfin qui par l'âge deviennent inutiles, & comme<br />
dit Euripide reflemblent à des Manteaux ufés<br />
dont ii ne refte que la trame. De-là vient que So-<br />
Ion qui confidéroit cela, n'en faifoit qu'un ca«<br />
médiocre. En Légiflateur judicieux, il défendit<br />
auffi qu'un Tuteuf & la Mère de fon pupille le*<br />
geaffent fous un même toit, & que celui qtàaa*<br />
roifc droit d'hériter d'un Mineur en cas de mott<br />
fut chargé de fa tutelle.' Il ftatua de plus qu'il<br />
ne feroit pas permis à un ; Graveur de .çonferver<br />
le Cachet /d'un Armeàu qui-hù kurbtè été ven<strong>du</strong>,<br />
ira'on créveroit les deux -yeux à celui! qui! auroit<br />
Aveuglé un homme borgne, & que celui qui s'empareroit<br />
d'une, chofe trouvée feroit puq» damprt.<br />
Il établit aufB la peine tte ' mort contre? tfri Archonte<br />
qui auroit été furpris dans l'ivrefTe. -<br />
Ce fut Solon qui régla que ceux qui récitoîen£<br />
les vers d'Homère en public, le feraient alternatif<br />
B 7 ve-
.fff S O L O Ni<br />
•ement, enforte que l'endroit où l'un auroit cefiT<br />
ieroit celui par lequel l'autre commencerait. Ain*<br />
û Sodon a plus illuftré Homère que ne l'a fait Pi»<br />
fiftrate, comme le dit auffi Diucbidas dans • le V*.<br />
Livre de fes Mégariquest Au-refte ces-vers font<br />
principalement ceux qui commencent par ces mots».<br />
Ceux qui gouvernoient Athènes, & ce qui fuit.<br />
Solon fut le premier qui défigna le trentième<br />
au mois par un nom relatif au changement de la<br />
Lune; Apollodore dans (on Traité des Légifîateuts,<br />
Livre II. dit qu'il donna auffi aux neuf Ar*<br />
chontes le -droit de faire un même Tribunal. U<br />
s'éleva de fon temps une fédition entre les habit<br />
tans de la Ville, de la Campagne & des Côtes,<br />
mais dans laquelle il n'entremit ni fa perfonne ni<br />
fbn autorité. Il avoit; coutume de dire que les<br />
paroles préfentent une image des actions, & que<br />
la puiflance eft ce qui fait le droit des Rois (4),<br />
Que les Loix reficmbient aux toiles d'Araignées -,<br />
qui réfiftent à de petits efforts & fe déchirent par<br />
de plus grands. Qu'il faut fceller le difcours par<br />
lefilence, & le filênce par le teœs. Que les favoris<br />
des Tyrans font comme les jettons ; comme<br />
. ceux:<br />
(4) C'efrla^ce qui nous ptroît &rt lia penfeVde So*<br />
Ion, la veifioa Latine tra<strong>du</strong>it, Ctlui y«w t/t le plut rtbufu<br />
tjt %ti i mais nous ne voyons pas que cela fe puifle<br />
entendre des forces <strong>du</strong> corps. Nous ne l'avons pas fuirie<br />
non plus fur le paflage précédent, qui regarde Homère,<br />
St deTomuU nous,ne ferons plus de notes fâi ces»<br />
««droits..
'S O L O • S. &<br />
•ecrnc-dpTo<strong>du</strong>ifentdes nombres tantôt plusgrandsv.<br />
-tantôt plus petits, de-même les Tyrans élèvent<br />
ceux qu'ils veulent au faîte des honneurs r & puis<br />
les abaiffent. On lui demanda pourquoi il ne s'-ôtoit<br />
pas fôuvenu' d'établir une Loi contre les Parricides,<br />
parce que je n'ai pat penfé, dit-il, que<br />
perfonne- pût être ajjez dénaturé pour commettre un<br />
pareil crime. Apprenez-nous, lui dit-on, qud<br />
feroit le moyen le plus efficace pour empêcher les<br />
hommes de violer les-Loix. Ce finit, répondhv<br />
ilr que ceux à qui Von ne fait point de tort fuffent<br />
suffi touchés de celui qui eft fait aux outrer, que<br />
s'il les regardoit eux-mêmes. Il difoit encore que<br />
les ricbefles en aflbuviflànt les défirs, pro<strong>du</strong>ifent<br />
-Vorgueih 11 confeilla aux Athéniens de régler<br />
l'année félon le cours de la Lune. Il- fit mterdrv<br />
J& les; Tragédies que repréfentoit Thefpis & fes<br />
leçons de Théâtre, comme notant que de vains<br />
menfonges; & ce fut par une fuite de ce fyftêr<br />
sine que,, quand Fififtrate fe fut bleffé volontairement<br />
r il attribua cet artifice aux mauvaifes iustrouions<br />
des Théâtres..<br />
. Apollodore dans fôa Livré des" Se&es des PUhfiphes,<br />
nous a transmis-lçs principes que Solon<br />
inculquait ordinairement. Croyez, difok-il, que<br />
la probité: eft plus fidèle que les (çrmens. Gap.<br />
dez-vous de mentir. Méditez, des-fujets dignes<br />
d'application. Ne-faites point d'amis légèrement^,<br />
^cpo&cwz xeux.que vious ave2 faits- Ne. bri-<br />
••."': .•'-.' '
4o S O L O N.<br />
guez point le gouvernement, qu'auparavant rot»<br />
n'ayez' appris à obéir. Ne confeillez point ce qui<br />
ell le plus agréable, mais ce qui eft le meilleur.<br />
.Que la raifon foit toujours votre guide. Evitez<br />
la compagnie des méchans. Honorez les Dieux,<br />
& refpectez vos Parens.<br />
On dit que Mimnerme ayant inféré dans quelque<br />
Ouvrage cette prière qu'il adreflbit aux Dieux,<br />
Feuille la Parque trancher le fil de mes jours à l'âgé<br />
de foixante ans fans maladie ni angoiffes, Solon<br />
le reprit en ces, termes ; fl vous me aoyez^ropre<br />
à vous donner une leçon, effacez cela, &ne me<br />
fâchez pas mauvais gré de ce que je cenfuie un<br />
homme tel que vous ; corrigez ce paflàge, & dites<br />
, Que la Parque finijfe ma vie lorfque je ferai<br />
parvenu à V.âge de quatre-aingtrans.<br />
IL nous a auffi laiffé des préceptes en Vers,<br />
entre autres ceux-ci; S» vous ites prudent, vous ofr.<br />
fervtrez les hommes de près, de crainte qu'ils ne<br />
vous cochent ce qu'ils ont dans lame. Souvent la<br />
haine fe déguife fous un vif âge riant, £? la langue<br />
s'exprime fur un ton d'ami, pendant que le cœur eft<br />
plein M fiel. Où fait que Solon écrivit des Loix,<br />
des Harangues, & quelques exhortations .adreffées<br />
,4; lui-même; fes>Elégies, tarit celle qu'ils fit<br />
fuïSalamine que celles qui rouloient fur la Repu*<br />
blique d'Athènes,- contiennent environ cinq mille<br />
vers; il écrivit auffi des vers ïambes r & des Epd»<br />
des; on lui .érigea/une ftatue.au, pied de .laquelle<br />
on mit cette infeription. «Sa.
S O L O 8. 41<br />
Salaminefut repouffer Us Medes tranfportés d'une<br />
vaine fureur ; mais ce rayon de gloire ne fut<br />
rien au prix dé celle qu'elle a eu d'avoir donné le<br />
jour à Solon, que fes Loix rendant digne de vénération.<br />
Le teins ©h il eut le plus de vogue, fut, félon<br />
Soficrate, la quarante-fixîeme Olympiade ; environ<br />
la troifieme année, il parvint au Gouvernement<br />
d'Athènes & donna Tes Loix. Il mourut en Cypre<br />
la quatre-vingtième ahhée de Ton âge, après avoir<br />
recommandé que Tés os fuffent portés à Sa-<br />
* lamine ,"&' qu'après qu'on lesâuro'it brûlés, on en<br />
femat les cendres pat toute la -Province.' De-la<br />
ces Vers que Cratinus lui fait dire dans fon Cbiron.<br />
J'habite cette IJle ainfi qu'on le dit, ayant<br />
voulu que mes cendres fuffent 1 éparfes autour de la<br />
ville d'Ajax.<br />
• J'ai déjà cité'le Livre d'Épigràmmes, ou je parle<br />
envers de différentes mèfureS des Grands-hom*<br />
mes que la mort nous a «levés, j'y ai mis celleci<br />
fur Solon:<br />
Cypre a brûlé lé cadavre de Solon, Salamine cor*<br />
fervéfes os ré<strong>du</strong>its en cendres; mais fon a\ne a été rapidement<br />
enlevée aux Cieux fur un cbar que le fardeau<br />
agréable de fes Loix rendait léger.<br />
On le croit Auteur de cette fentence, Rien de<br />
trop. Diofcoride rapporte que, déplorant amèrement<br />
la perte de' fon fils, fur lequel il ne nous eft<br />
rien parvenu, il répondit à quelqu'un.qui lui difoie<br />
t que
4* S O L O N.<br />
que fes regrets étoient inutiles, c'eft précifément là<br />
le fujet de mes larmes..<br />
Voici des Lettres qu'on lui attribue.<br />
Solon à Périandre.<br />
„ Vous m'écrivez que plufieurs parfonnes conf-<br />
„ pirent contre vous; mais quand même vous<br />
„ vous débaraûeriez de tous vos ennemis connus,<br />
„ encore n'avanceriez-vous pas de beaucoup. H<br />
„ peut arriver que quelqu'un de ceux- que vous<br />
„ foupçonnez le moins vous tende des pièges,<br />
„ foit parce qu'il craindra quelque mal de votre '<br />
„ part, foit parce qu'il vous croira condamna-<br />
„ ble. Il n'y a rien q«e vous n'ayez fujet de<br />
„ craindre, fur-tout fi celui qui vous ôtroir. la<br />
„ vie, rendoit fervice par-là. à une Ville à la-<br />
„ quelle vous feriez fufpeft. Il vaudroit donc<br />
„ mieux renoncer à la Tyrannie pour fe délivrer<br />
„ d'inquiétude; que fi vous, voulez absolument<br />
„ conferver vôtre puiflance, vous devez penfer<br />
„ à avoir des forces étrangères qui foient fupé?<br />
„ rieures à celles <strong>du</strong> Pays ; par ce moyen vous<br />
„ n'aurez tien à craindre, .& vous n'aurez pa»<br />
„ befoin d'attenter aux jours de perfonne-,<br />
Solon à Epimênidi.<br />
„ Mes Lois n'étoient point propres à faire par<br />
„ elles-mêmes lebonheur des Athéniens; & quand'<br />
M vous avez purifié: leur Ville.,, vous ne leur avez:<br />
» P^
S O L O N. 43<br />
î, pas procuré un grand avantage. La Divinité<br />
„ & les Légiflateurs ne peuvent feuls rendre les<br />
„ Cités heureufes, il faut encore que ceux qui<br />
„ difpofent de la multitude y contribuent; s'ils<br />
„ la con<strong>du</strong>ifent bien, Dieu & les Lois procurent<br />
„ notre avantage, iînon c'eft eu vain qu'on s'en<br />
» promet quelque bien. Mes Loigc n'ont point<br />
„ été utiles, parce que les Principaux ont caufé<br />
„ le préjudice de la République en n'empêchant<br />
» point Pififtrate d'envahir la fouveraineté. ]e<br />
>, ne fus point cru lorfque je préfageois l'événe-<br />
„ ment; on ajouta plus de foi à des difcours<br />
>, flatteurs qu'à des avertifiemens finceres. Je<br />
» quittai donc mes armes en fortant <strong>du</strong> Sénat,,<br />
» & je dis que j*étois plus fage que ceux qui ne<br />
n s'appercevaient point des mauvais defleins de-<br />
» Pififtrate, & plus courageux que ceux qui n'q-<br />
„ foient. fe déclarer pour la liberté publique.<br />
» Tout le monde crut que Solon avoit per<strong>du</strong> l'ef-<br />
>» prit. Enfin je me retirai en m'écriant : Cbere<br />
„ Patrie ! Quoique je pa[fe pour infenfé dans l'ef-<br />
>, prit de ceux-ci, je fus toujours prêt à. tefecou-<br />
» rir de parole & d'effet; maintenant je te quitte<br />
» Êf tu perds le feul ennemi de Pifijlrate. Que<br />
„ ceux-ci deviennent même fes Gardes <strong>du</strong> corps fi<br />
» bon leur femble. Vous favez, mon Ami, quel<br />
» homme c'eft, & avec quelle fubtilité il a éta-<br />
» bli fa Tyrannie. Il mit d'aberd en ufage la<br />
» flatterie, qui lui gagna la confiance <strong>du</strong> peu-<br />
». P 1 *
44 S O L O N.<br />
„ pie; enfuite s'étant bleffé lui-même, il parut<br />
„ devant le Tribunal des Juges Héliens ( 5 ),<br />
„ en fe plaignant d'avoir été maltraité par fes en-<br />
„ nemis, & demandant qu'on lui donnât quatre<br />
„ cent jeunes gens pour fa garde. ^Envahi je me<br />
„ récriai contre fa demande, il obtint ce qu'il<br />
„ voulut. Ce fut alors qu'entouré de ces fatel-<br />
„ lit es armés de maflues, il ne garda plus aucun<br />
„ ménagement, & renverfa l'Etat de fond en<br />
„ comble. Ainfi c'a été inutilement que j'ai dé-<br />
„ livré les pauvres de l'efclavage où ils étoient<br />
„ ré<strong>du</strong>its, puis qu'aujourd'hui il n'y a perfonnc<br />
t, qui n'obéiffe à Pififtrate.<br />
SoloniPiJiJlrate.<br />
„ Je crois facilement que je n'ai pas de mal 1<br />
), craindre de votre part. J'étois votre ami a-<br />
„ vant que vous foyez devenu Tyran, & je ne<br />
„ fuis pas plus votre ennemi à-préfent que tout<br />
„ autre Athénien qui hait la Tyrannie. Si Athe-<br />
„ nés fe trouve mieux de n'avoir qu'un Maitre<br />
„ que de dépendre de plufieurs, c'eft une ques-<br />
„ tion que je laifle à chacun la liberté de déci"<br />
,, der ; & je conviens même qu'entre ceux qui<br />
„ fe rendent defpotiques, vous êtes le meilleur;<br />
„ mais<br />
($) Le pins grand Tribunal d'Athènes. Il y avoit<br />
quelquefois quinze cent Juges. Hdrptcrdtit*, M.inty^<br />
•AMifultit Crieqmti Tértil II. Ck. IJ.
S 0 L 0 N. 45<br />
mais je ne vois pas qu'il me foit avantageux<br />
de retourner à Athènes ; je donnerois lieu parlà<br />
de 1>lâmer ma con<strong>du</strong>ite, puisqu'il fembleroit<br />
qu'après avoir mis le timon de la Republique<br />
entre les mains <strong>du</strong> Peuple, & avoirrefufé<br />
l'offre qu'on me fit <strong>du</strong> gouvernement, j'ap»<br />
prouverois votre entreprife par mon retour.<br />
Soîon à Créfus. ' • -<br />
'„ J'eftime beaucoup votre amitié, & je vous<br />
affure que fi depuis long-tems je n'avois pris la<br />
réfolution de fixer ma demeure dans un Etat<br />
libre & Républicain, j'aimçrois mieux pafler<br />
ma vie dans votre Royaume qu'à Athènes oft<br />
Pififtrate fait fentir le poids de fa Tyrannie ;<br />
mais je trouve plus de douceur à vivre dans<br />
un lieu où tout eft égal. Je me difpofe pourtant<br />
à aller paffer quejqite tems à votre Cour.<br />
CHILON.
4$ C H I L O N.<br />
C H I L O N.<br />
CHilon, qui naquit à Lacédémone d'un Père<br />
nommé Damagete, a compofé des Elégies<br />
jufqu'au nombre d'environ deux cent vers. Il difoit<br />
que la prévoyance de l'avenir entant qu'il peut<br />
être l'objet de la Raifon, eft la vertu qui dijiingiu<br />
le plus l'homme. Son Frère lui ayant témoigné<br />
quelque mécontentement de ce qu'il fouffroit de<br />
n'être point fait Ephore comme lui qui l'étoit, |<br />
il lui répondit, Cejl que je fais en<strong>du</strong>rer les injures<br />
, & que vous ne le favez point. Cependant<br />
il fut revêtu de cet emploi vers la cinquante-cinquième<br />
Olympiade. Pamphila , qui recule fa<br />
promotion jufqu'à l'Olympiade fuivante, aflure,<br />
fur le témoignage de Soûcrate, qu'il fut fait pre»<br />
mier Ephore (i) pendant qu.'Euthydeme étoit<br />
Archonte (a). Ce fut lui auffi qui donna les Ephores<br />
pour adjoints (3) aux Rois de Lacédémone.<br />
Satyrus attribue pourtant cela à Ljcurgue.<br />
Hé-<br />
(1) Premier, non en datte, mais en dignité'. Il y en<br />
avoit cinq-, liituge j & Ltërct mime dit que le fieie de 1<br />
Chilon avoit ixi Ephore.<br />
(1) C'eft-a-diie, pendant qu'Euthydeme e'toit Archonte<br />
à Athènes. Jtiiugt.<br />
(3) Mintgt explique cela non de l'inftitution desEpho- !<br />
res, mais de quelque réunion de l'autorité des Eph.or.es<br />
Ce de celle des Rois.
C H I L O N. ' 47<br />
Hérodote au I. Livre de fes Hifioires, raconte<br />
qu'ayant vu l'eau des Chaudières bouillir fans feu<br />
pendant qu-'Hippocrate facrifioit aux Jeux Olympiques<br />
, il lui confeilla de refter dans la célibat; ou<br />
s'il étoit marié, de congédier fa femme & de renoncer<br />
à fes enfans. On rapporte qu'ayant demandé à<br />
Efope ce que faifoit Jupiter, il en reçut cette réponfe,<br />
II abaiffe les cbofes hautes & il élevé les baffes. Un<br />
autre lui ayant demandé quelle différence il y avbit<br />
entre les Savans & les Ignorans, Celle dit-il, que<br />
forment de bonnes ejpérances.' Interrogé fur ce<br />
qu'il y avoit de plus difficile, il répondit que c'était<br />
de taire un fecret, detj
4g C H I L O N.<br />
nialbeurs d'autrui; qu'un homme .courageux doit<br />
être doux, afin qu'on ait.pour M plus de refpeft<br />
que de crainte; qu'il faut favôir gouverner<br />
&. maifon ; qu'il faut prendre garde que la langue<br />
ne prévienne la penfée; qu'il importe beaucoup<br />
de vaincre la colère ; qu'il ne faut pas rejetter<br />
la Divination; qu'on ne doit pas délirer des choies<br />
impoffibles ; qu'il ne faut pas marcher avec<br />
précipitation ; & que c'eft une marque de peu<br />
d'efprit de gefticuler des mains en parlant ; qu'il<br />
faut obéir aux Loix; qu'il faut aimer la folitude.<br />
Mais la plus-belle de toutes les fentences<br />
de Chilon eft celiez-cirque, comme les pierres de<br />
touche fervent à éprouver l'Or & en font connoltre<br />
la bonté, pareillement l'Or répan<strong>du</strong> parmi<br />
les hommes fait connoître le caractère des<br />
Bons & des Méchans.<br />
On dit qu'étant avancé en âge, il fe réjouiffoit<br />
de ce que dans toutes fes a&ions il ne s'était<br />
jamais écarté de la Raifon, ajoutant qu'il avoit<br />
cependaat de l'inquiétude au fujet d'un jugement<br />
qu'il aîoit porté, & qui iritéreflbit la vie<br />
d'un de fes Amis ; c'eft qu'il jugea lui-même félon<br />
la Loi, mais qu'il confeilla à fes Amis d'abfoudre<br />
le coupable, perdant ainfî tout à la fois<br />
fouver fon Ami & obferver la Loi (4). Il fut<br />
par-<br />
(4"! La Veifion Latine tra<strong>du</strong>it qu'il confeilla à fon Ami<br />
C H I L o jsr. 4$<br />
particulièrement eftimé des Grecs pour la prédiction<br />
qu'il fit touchant Cythere , Ifle des Lacédéinoniens.<br />
Ayant appris la fituation de cet endroit<br />
, il s'écria : Plût aux Dieux que cette Ifle<br />
n'eût jamais exijlé , ou qu'elle eût été engloutie par<br />
les vagues ou moment de fa naijfance ! Et il ne prévit<br />
pas mal : car Démarate, s'étant enfui de Lacédémone,<br />
confeilla à Xerxès de tenir fa flotte fur<br />
les bords de cette Ifle ; & il n'eft pas douteux<br />
que la Grèce ne fût tombée au pouvoir de fes<br />
ennemis, s'il avoit pu faire goûter ce deflein<br />
iu Roi. Dans la fuite, Cythere ayant été ruinée<br />
<strong>du</strong>rant la guerre <strong>du</strong> Péloponnefe , Nicias y mit<br />
une garnifon d'Athéniens, & fit beaucoup de mal<br />
aux Lacédémoniens. Chilon s'exprimoit en peu<br />
de paroles, façon de parler qu'Ariftagore nomme<br />
Chilonienne, & qu'il dit avoir été celle<br />
dont fe fervoit auffi Branchus qui bâtit le temple<br />
des Branchiades. Il étoit déjà vieux vers la<br />
cinquante-deuxième Olympiade (s), tems auquel<br />
Efope étoit renommé pour fes Fables. Hermippe<br />
écrit que Chilon mourut à Pife (
y, Ç H' I X O N.<br />
Cefte aux JeHx Olympiques. On attribue fa mort<br />
à l'excès de fa joie & à l'épuifement de l'âge.<br />
Toute l'Affemblée lui rendit les derniers devoirs<br />
avec honneur. Voici une Epigramme que j'ai<br />
faite fur ce fujet.<br />
Je te rends grâces, ô Pollux, qui répands une<br />
Irillante lumière, de la Couronne d'Olivier que le<br />
Fils de Cbilon a remportée dans les Combats <strong>du</strong><br />
Cefte i Que fi un Père, en voyant le front de J"on fi<br />
ceint fi glorieufernent, meurt après l'avoir touché<br />
ce n'eft point vue mort envoyée par une fortune e<br />
nemie. Puiffai-je avoir .une fin pareille !<br />
On mit cette Infcription au bas de fa Statue :<br />
La vi&orieuf&Sfarfe donna le jour à Cbilon, qu<br />
fut le plus grand entre les fept Sages de Grèce.<br />
On lui attribue cette courte maxime: Celui qui<br />
fe fait caution; n'eft pas loin de fe caufer <strong>du</strong> dom<br />
mage. On a auffi de lui cette Lettre.<br />
Cbilon à Périandre..<br />
„ Vous me dites que vous allez vous mettre<br />
„ à la tête d'une armée contre des Etrangers,<br />
., pour avoir un prétexte de fortir <strong>du</strong> Pays ; mais<br />
, je ne crois pas qu'un Monarque puifle s'aflurcr<br />
„ feulement la pofTeffion de ce qui eft à lui ;<br />
„ je penfe même qu'on peut eftimer heureux un<br />
„ Tyx an qui a le bonheur de finir fes jouis dans<br />
„ fa niaifon par une mort naturelle.<br />
PITî
-,,*.•-*, --U.<br />
_,-v-- -ï-,'*
P I T T A C U S . s»<br />
PITTACUS.<br />
Pittacus de Mitylene eut pour Père Hyrrhadius,<br />
originaire de Thrace, félon Duris; s'étant<br />
joint avec les frères d'Alcée, il défit les troupes<br />
de Mélanchre, Tyran de Lesbos; Ayant été<br />
chargé de la con<strong>du</strong>ite de l'armée, dans une guerre<br />
entre ceux de fon Pays & les Athéniens, avec<br />
qui ils difputoient la pofleflîon <strong>du</strong> territoire d'Achille,<br />
il réfolut de terminer le différent par un<br />
combat fingulier avec Phrynon Général des Athéniens<br />
, qui avoit eu le prix <strong>du</strong> Pancrace aux Jeux<br />
Olympiques (i). Pittacus, ayant enveloppé fon<br />
ennemi avec un filet qu'il tenoit caché fous fon<br />
bouclier, le tua & fe rendit maître <strong>du</strong> Champ.<br />
Cependant, comme le rapporte Apollodore dans<br />
fes Chroniques, les Athéniens ne laifierent pas de<br />
le contefter dans la fuite aux Mityléniens, & la<br />
déciiïon ayant été remife à Périandre, il adjugea<br />
le territoire aux Athéniens. Cet événement augmenta<br />
le crédit de Pittacus à Mitylene, & on lui<br />
donna le Gouvernement de la Ville qu'il garda<br />
, dix<br />
i'<br />
~~ (i) L'Abbé Giityn fur le Vejty dt P*»f*nUsT. 2. p.<br />
+. £. 3.7., piétend qu'on appellent ainfi un Combat où<br />
oatxoit la Lutte firnple Se la Lutte comporte. 11 y a eu<br />
*nc dHpute là-defliw, é<br />
C'a
3J P. I T T A C U S.<br />
dix ans, au bout defquels il dépofa volontairement<br />
fon autorité, ayant mis la République en bon<br />
ordre. Il furvécut dix autres années à fa "démission<br />
, & confacra le Champ dont fes Concitoyens<br />
lui avoient fait préfent, & qu'on appelle encore<br />
le Champ de Pittacùs. Soficrate dit qu'il s'étoit<br />
letranché lui- même une partie de ce Champ, en<br />
difant que cette moitié qu'il gardoit, lui valoit<br />
plus que le tout. On dit auffi que, Créfus lui<br />
ayant envoyé de l'argent, il s'exeufa de le prendre,<br />
parce que l'héritage de fon frère qui étoit<br />
mort fans laiffer de poftérité, lui en avoit procuré<br />
deux fois plus qu'il n'auroit voulu. Pamphila,<br />
dans le II. Livre de fes Commentaires,<br />
rapporte que Thyrrhée fon fils, fe trouvant à Cumes<br />
(2) dans la boutique d'un Barbier, y fut tué<br />
par la faute d'un Forgeron, qui y jetta une hache;<br />
que les Cuméens fe faifirent de l'homicide,<br />
& l'envoyèrent garroté à Pittacùs, qui, aya»t appris<br />
le cas, pardonna au criminel, en difant que<br />
la clémence étoit préférable aux remords de la<br />
vengeance.<br />
Heraclite rapporte que ce fut au fujet d'AIcée<br />
qu'il avoit fait prifonnier, & qu'il renvoya libre,<br />
qu'il dit qu'il valoit mieux pardonner que punir.<br />
n<br />
(i) Vitle en Opique. Voyage it TàuftnUt T. i. p. lit.<br />
Selon la note de l'Abbe' Gcdtyn, c'eft le Pays qu'on a<br />
P I T T A C U S. ft<br />
Il condamna les gens ivres, s'ils tomboient en<br />
quelque faute, à être doublement punis, & cela<br />
afin de prévenir l'ivrognerie; ce qui étoit d'autant<br />
plus néceûaire, que l'Ifle abondoit en vin.<br />
Une de fes maximes eft, qu'il eft difficile d'étrt<br />
vertueux. Simonide en a fait mention, en difant<br />
que c'eft un mot de Pittacus qu'il eft difficile dedevenir<br />
véritablement bon (3). Platon dans fou Protagoras<br />
a auffi parlé de cette fentence.<br />
Pittacus difoit encore que les.Dieux-mêmes ne<br />
rëfiftent point à la néceffité, & que le gouvernement<br />
eft la pierre de touche <strong>du</strong> cœur de l'homme-<br />
Interrogé fur ce qu'il y avoit de meilleur, ilrépon~<br />
dit que c'étoit de s'acquitter bien de ce qu'on avoit<br />
actuellement à faire. Créfus, lui demandant<br />
quel Empire il regardent comme le plus grand,<br />
- il répondit en faifant allufion aux Loix, Celui que<br />
formera différentes tablettes de bois. Il ne reconnoiflbit<br />
pour vraies victoires que celles qu'on remporte<br />
en épargnant le fang. Phocaïcus parlant<br />
de chercher un homme qui fût bien diligent,<br />
voue*<br />
(3) If. Cafemhtn croît que Diogene a eu ici une erreur<br />
de me'moire, parce que Simonide critique la penfée de<br />
Bittacus, qu'il eft difficile d'être vertueux & que ce Poète<br />
wniloit que Pittacus eut dit feulement, qu'il êfl. difficile 1<br />
de devenir vertueux. La différence qu'il y a entre ces deux<br />
penfees eft, que Simonide a cru que Pittacus avoit voulu'<br />
dire qu'il eft difficile d'être tntjoan vertueux, ce que çe-<br />
Poëte traite de fuppofition impoffible. Voyez cette difpu»te<br />
diai \cProt*£tras de Platon. Voyez auffi-liiiugt..
Ï4 P I T T A C U S.<br />
TOUS chercherez long-tems, lui dit-il, fans le<br />
trouver. Interrogé quelle chofe étoit la plus<br />
agréable, il répondit que c'étoit le Tems ; la<br />
plus obfcure? que c'étoit l'avenir; la plus fûïe?<br />
que c'eft la Terre ; la moins fûre? que c'eft<br />
la Mer. Il difoit que la Prudence doit taire<br />
prévoir les malheurs avant qu'ils arrivent pour<br />
tâcher de les détourner, & que, lorfqu'ils font<br />
arrivés, le courage doit les faire foutenir ; qu'os<br />
me doit jamais dire d'avance ce qu'on fe propofe<br />
de faire, de crainte que fi on ne réuflk<br />
pas on ne s'expofe à la rifée ; qu'il ne faut point<br />
infulter aux malheureux, de peur de s'attirer la<br />
vengeance des Dieux; que fi on a reçu un dépôt,<br />
il faut le rendre; qu'on ne doit point médire<br />
de fes amis, pas même de fes ennemis. Pratiquez<br />
la piété, difoit-il, aimez la tempérance, respectez<br />
la vérité, la fidélité, acquérez de l'expérience<br />
& de la dextérité, ayez de l'amitié & de<br />
l'exa&itude.<br />
Parmi les chofes qu'il a dites en vers, on loue<br />
entt'autres cette penfée.<br />
Il faut avoir un Arc & un Carquois de flèches pour<br />
fe faire jour , dans l'efprit <strong>du</strong> méchant : car fa<br />
bouche nt dit rien qui fait digne de foi, &fes paroles<br />
cachent un double fensjiu fond <strong>du</strong> cœur.<br />
Il fit des Elégies jufqu'au nombre de fix cens<br />
vers, & un Difcoure en profe fur les Loix<br />
idreflë i fes Concitoyens. Il florifloit principalement
P I T T A C U S . 55<br />
ment vers la XLII. Olympiade ; & mourut la<br />
troifleme année de la LU, fous / rifto nene, étant,<br />
âgé de foixante & dix ans; On mit cette Epita"phe<br />
fur fon Tombeau.<br />
Pittacus! Lesbos lafainte qui t'a donné le jour;<br />
fa mis en pleurant dans ce Tombeau. (4)<br />
Outre fes Sentences rapportées ci - deflus, il y a<br />
encore celle-ci, ConnoiJJez le Tems. Phavoriit<br />
dans le I. Livre de fes Commentaires & Démétrius<br />
dans fes Equivoques, parlent d'un Légiflateur de<br />
même nom qu'on appella Pittacus le petit. Callimaque<br />
a décrit, dans fes Epigrammes, la rencontre<br />
que notre Sage fit d'un Jeune-homme qui<br />
•vint lui demander confeil fur fon mariage; voici<br />
fon récit.<br />
„ Un Etranger d'Atarné vint demander confeil<br />
„ à Pittacus de Mitylene fils d'Hyrrhadius. Mon<br />
„ Père, lui dit - il, je puis époufer deux filles, l'une<br />
,r a une fortune aflbrtie à la mienne, l'autre me<br />
„ furpafle en biens & en nâhTance; laquelle pren-<br />
„ drai-je ? dites - le - moi, je vous prie. A ce» mots<br />
„ Pittacus, levant le bâton dont il fe fervoit pour fe<br />
„ fou-<br />
(4) Mitylene etoit dans rifle de Lesbos. PanfanUt.<br />
Au-refte Minait fait ici une correction ou une conjeâuze<br />
dont nous laiflons le jugement aux Savans; nous ne<br />
ht fuirons pas, parce que H. Etitmt regarde lé mot-que<br />
MhuLgt corrige, comme un mot qui lignifie Mère dans de<br />
Aon Auteur», moyennant peut-Sue le changement.d'une:<br />
lettre.<br />
C4
,56 P I T T A C U S .<br />
„ foutenir, lui fit remarquer des enfans qui fai-<br />
„ foicnt tourner leurs toupies. Ils vous appren-<br />
„ dront, dit - il, ce que vous devez faire. Al •<br />
„ lez, faites comme eux. Le Jeune-homme s'é-<br />
„ tant donc approché, entendit ces enfans qui fe<br />
„ difoient l'un à l'autre, prends une toupie qui<br />
„, foit ta pareille; & comprenantlà-deûusl'avis <strong>du</strong><br />
„ Sage, il s'abftint d'un trop grand établiflement»<br />
„ & époufa la perfonnequi étoit la plus aflbrtie à<br />
„ fon état. Vous doncauffi, Dion, prenez vo-<br />
„ tre pareille. " Il eft vraifemblable que Pittacus<br />
en parloit ainfi par fon propre fentiment : car il<br />
avoit époufé la fœur de Dracon fils de Penthile t<br />
femme dont l'extraction étoit au-deflus de la fienne,<br />
& qui le traitoit avec beaucoup de fierté.<br />
Alcée donne à Pittacus plufieurs épithetes,<br />
l'une prife de ce qu'il avoit de grands pieds, l'autre<br />
de ce qu'il s'y étoit formé des ouvertures, une<br />
autre de l'orgueil qu'il lui attribuoit, d'autres de<br />
ce qu'il étoit corpulent, de ce qu'il foupoit fans<br />
lumière, de ce qu'il étoit mal-propre &mal arrangé.<br />
Au-refte , fi l'onen croit le Philofophe Cléar.que,<br />
il. avoit pour exercice de moudre <strong>du</strong> bled.<br />
On a de lui cette Lettre.<br />
Pittacus à Créfus.<br />
„ Vous voulez que je me rende en Lydie pour<br />
„ voir vos Thréfors. Sans les avoir vus, je crois.<br />
„ aifément que le fils d'Alyattçs furpafle en richef-<br />
„ fes
PI T T A C U S; sp<br />
„. (es tous les Rois dé la Terre. D'ailleurs, à<br />
„ quoi me ferviroit de faire le voyage, de Sardes ?<br />
„ L'Argent ne me manque point,. étant content<br />
„ de ce dont j'ai befoin pour moi & mes Amis.<br />
„ Je viendrai cependant, engagé par votre hos- -<br />
„. pitalité pour jouir- de votre commerce. -<br />
*r&<br />
C s BIAS
il<br />
ss s r A s.<br />
B I A S.<br />
B las de Priene fut fils de Teutame. Sàtyrus<br />
fait plus de cas de lui que d'aucun des autres<br />
Sages de la Grèce. Plufieurs croyent qu'il fut<br />
niche. Duris le dit Etranger ; & Phanodicus rapporte<br />
qu'il racheta des.filles.de Meflene captives,<br />
qu'il les éleva avec des foins de Père, qu'enfuite il'<br />
les dota & les renvoya à Meflene, auprès de leursparens.<br />
Peu de tems après, le Trépied d'or ayant<br />
été trouvé à Athènes pat des Pécheurs avec cette<br />
Infcription, Au plus Jâge, ces filles vinrent dire<br />
que ce titre appartenoità leur Libérateur; c'eftle<br />
récit de Satyrus ; mais Phanodicus & d'autres prétendent<br />
que ce fut leur Père qui fe préfenta à-<br />
1?Aflemblée, & qu'après avoir ren<strong>du</strong> compte aa<br />
Peuple de la générofîté <strong>du</strong> Philofophe, il le nomma<br />
fage ;: que I&deflus le Trépied fut envoyé â<br />
Bias, qui, ayant regardé l'Infcription, dit qu'il n'y<br />
avoit qu'Apollon de fage, & refufa de le prendre.<br />
D'autres difent qu'il reçut le Trépied, mais qu'il<br />
lé confacra à Hercule dans la Ville de Thebes, enconfidératlon<br />
de ce qu'il étoit iflu des Thébains,<br />
dont Priene étoit une Colonie, félon Phanodicus.<br />
On rapporte que Priene fa patrie étant, aflîégéet<br />
par Alyattes,, il engraiflà deux Mulets -qu'il chaffà<br />
enfui-
Ê f  £• &<br />
enfuité vers le Camp ennemi ; oc que Té Roi, étotiy<br />
né de voir ces animaux en ff bon état, envoya recônnoltre<br />
la Place dans l'incertitude s'il Ieveroitlc<br />
fiége ,• qu'informé <strong>du</strong> deflein, Bias couvrit dé bled<br />
deux grands monceaux de fable qu'il fît voir à l'Espion<br />
; qu'Alyattes, ayant enten<strong>du</strong> fon rapport, propofa<br />
des conditions aux Affiéges ; & qu'après la con*<br />
cluflon de la paix il manda Bias, qui lui confettis<br />
de matoger dès oignons -, lui donnant à entéir<br />
dre qu'il avoit lieu de pleurer de fa cré<strong>du</strong>lité. If<br />
pafle pour avoir été habile Jurifconfulte & ardent<br />
dans fes Plaidoyés, mais il n'employoit ce feu qu'à"<br />
défendre de bonnes Caufes. Par cette raifon Démodicus<br />
de Léios (i) le donne pour modèle, eir<br />
difant que^ on a des caufes à juger, il faut'imitir<br />
l'exemple de Priene ; & Hipponax ne fait pas moins<br />
fon éloge, Ierfqu'il dit que fi'on ejl appelle à juger,<br />
il fautfurpaffer Bios de Priene. Voici dé quelle<br />
manière il mourut. Il étoit fort avancé en âge, &<br />
plaidoit une Caufe. S'étant tû pour le repofer, if<br />
appuya fa tête fur fon petit fils, pendant que fon adverfaire<br />
expofoit fesraifons. Les Juges ayant pefe :<br />
les unes & les autres, prononcèrent en faveur de<br />
Bias; mais commel'Aflembléefeféparoit, on trou-<br />
(i) Il y a dans-le Giec Jf^iltrit, je fuit fa cout&'oa<br />
«de Menait, confirmée ça: Ertfntt, ChilUdn page ut:.<br />
Au-iefte il y a des Variantes fur le paQage de Démodias<br />
& d'Hippoftaxt<br />
C ôV<br />
var
é&. B I A S.<br />
va qu'il avoit ren<strong>du</strong> l'ame dans l'attitude où il s'étoit<br />
mis.. La Ville lui fit de magnifiques obfe-<br />
«jues, & fit mettre cet éloge fur fon Tombeau.<br />
Cette Pierre couvre Bias l'ornement de Viorne,,<br />
ii étoit né dans les contrées de la célèbre Priene.<br />
Nous ayons, fait auffi cette Epigramme fur fou<br />
«ijet.<br />
Ici repofeBias, que Vàge avoii blanchi quand Mer'<br />
«ure l'emmena doucement chez les morts. Il plat doit<br />
§£• il défendait un Ami, lorfque, s'étant penché dans<br />
tes bras d'un enfant y il fut pris <strong>du</strong> dernier fom~<br />
meil. (2><br />
Il compofa deux mille Vers fur l'Ionie, dont le.<br />
fijjet étoit le moyen par lequel on pouvoit rendre<br />
ce. Pays plus heureux. Parmi fes Sentences PoS"r<br />
tiques, on remarque celles-ci. Tâchez toujours de<br />
plaîre à vos Concitoyens, & n'abandonnez point,<br />
votre Ville affligée:car rien ne concilie plus de bienveillance<br />
, au-lieu que des mœurs fuperbes font fouvent<br />
nuifibles. 11 difoit auffi que la force <strong>du</strong> corps»<br />
eft un don de la nature; mais que defavoirconfeil-ler<br />
ce qui eft utile à fa patrie, eftune qualité de l'ame.<br />
& d'un bon jugement.; que beaucoup de gens,<br />
ne doivent leur opulence qu'au hazard ; qu'on eft<br />
malheureux de ne pas favoir fupporter L'infortune ;<br />
(4-) Voyez- le Thre'ftr d'Etienne fur le fécond mot <strong>du</strong>.<br />
dernier vas de cette Epigramme i je ne fai pas pourquoi*<br />
i] y attribue ces vers à Antipater, on poiuioit peut-eue<br />
«n trouver la raifort dans /'^
B I A S.
é% B I A S.<br />
confeils ; foyez lents à entreprendre & fermes I<br />
exécuter ce que vous avez entrepris; La précipitation<br />
à parler marque de l'égarement. Aimez<br />
la prudence. Parlez fainement des Dieux. Ne<br />
louez point un mal-honnête homme à caufe-do<br />
fes richeffes. Faites-vous prier pour recevoir<br />
quelque chofe,. plutôt que de vous en emparer<br />
avec violence. Rapportez aux Dieux toutce que<br />
vous faites de bien. Prenez la< fageffe pour votre<br />
compagne depuis la jeunefle jufqu'à la vieillefle:<br />
car c!eft de tous les biens, qu'on peut.pos^<br />
féder, celui qui-eft le plus afiuré.<br />
Nous avons vu qu'Hipponax afaitmehtion de<br />
Bias • & Heraclite même, cet homme fi difficile à<br />
contenter, a parlé de lui dhzne manière avantaseufe.<br />
Priene,. dit- il, fut le lieu de la naiffance<br />
de Bias, fils deTeutame, & celui de tous les PhL<br />
lofophes dont on parle le plus; fes Concitoyens lui*<br />
dédièrent.une Chapelle, qu'ils nommèrent Teu-<br />
Ktmium. On lui attribue cette fentence, qu'il<br />
y a. beaucoup d'hommes de méchant caraUere.<br />
CL KO
CLEO B U L E.
44. C L E O B TJ L E.<br />
Ceux qui font dans cette opinion, fe fondèntrfur<br />
le témoignage de Simonide dans le Poème où'<br />
il dit, Qui peut raifonnablement louer le Lindien-<br />
Cléobule, d'avoir oppofé desJlatues à des Rivières »'«•<br />
tarijjables, aux fleurs <strong>du</strong> Printemps, aux rayons dw<br />
Soleil, à la clarté delà Lune-& aux tournons de la<br />
Mer? Tout cela eji au-âeffous des Dieux, £? les<br />
mains des hommes peuvent brifer la pierre. Ce font'<br />
Us idées d'un homme peu fenfé. Au - refte, on'-remarque<br />
que cette Epitaphe ne peut point être<br />
d'Homère, qui vivoit long-tems avant Midas.<br />
Pamphila dans fès Commentaires rapporte cette<br />
Enigme qu'on attribue à Cléobule. „. Un Père<br />
„ a douze enfans qui ont chacun trente filles r<br />
t) mais de beauté différente, les unes font: bru-<br />
„ nés, les autres blondes ; & quoiqu'elles ayenC<br />
., la vertu d'être immortelles, toutes fe fuccedent,<br />
„ aucune n'eft exempte de la mort. C'eftPAn»<br />
i». née.<br />
Parmi fes Sentences Poétiques, voici les plusapprouvées.<br />
L'ignorance & l'abondance de paroles,<br />
régnent parmi'les hommes, mais le tems les instruit,<br />
(i). Penfez à quelque chofé d'élevé. Ne<br />
vous rendez pas défagréable fans fujet. U difoitqu'il<br />
faut marier les filles de manière qu'elles foient.<br />
jeunes pour, l'âge & femmes pour l'eiprit, infirmant<br />
(i) Je fait ici une note de KHknitt qui me jaiolt meil*<br />
Irait que celle de Msiugt,.
C.L.E^O, B U LE. 65<br />
nOant par-là qu'il faut prendre foin de leur é<strong>du</strong>cation.<br />
Il avoit pour maxime qu'on doit obliger<br />
fes amis pour fe les rendre plus intimes, & fes ennemis<br />
pour en faire des amis, &que par ce moyen<br />
on évite les reproches de fes amis & les mauvais<br />
deflèins de fes ennemis. Il difoit encore qu'avant<br />
de fortir de fa maifon, on doit examiner ce<br />
qu'on va faire, & à fon retour examiner ce qu'on<br />
a fait. Il confeilloit l'exercice <strong>du</strong> corps, & recommandoit<br />
d'aimer plus à écouter qu'à parler;<br />
d'aimer mieux l'étude que l'ignorance ; d'employer<br />
fa langue à dire <strong>du</strong> bien ; de fe rendre la vertu<br />
propre, & de s'éloigner <strong>du</strong> mal; de fuir l'injuftice;<br />
de fuggérer à fon Pays-ce qui tend le plus à<br />
fon bien; de réfréner la volupté; de n'employer<br />
h violence en quoique ce foit ; de pourvoir à réé<strong>du</strong>cation<br />
de fes enfans ; de renoncer à l'inim.itié ;<br />
de ne flatter ni gronder fa femme, en préfence<br />
d'étrangers , l'un étant une petitefle & l'autre une-.<br />
îndifcrétion ; de ne pas punir un Domeftique<br />
pendant fon ivrefle, fi on ne veut pafler pour<br />
être ivre foi - même ; de fe marier avec fon égale,<br />
de peur d'avoir fes parens pour maîtres ; de ne<br />
pas fe moquer de ceux qui font injuriés, de peur<br />
de fe les attirer pour ennemis ; de ne pas s'enorgueillir<br />
dans la profpérité & de ne point s'abattre<br />
dans l'affliction; enfin, d'apprendre à fupporter<br />
courageufement les changemens de la Fortunea
66 CLEOB ULE,<br />
Il mourut à l'âge de foixante & dix ans-r fon<br />
Epitaphe contient fes louanges.<br />
Linde que la Mer arrofe de tous côtés, pleure Ai<br />
perte <strong>du</strong> J"âge Géobule, dont elle fut la patrie.<br />
Il eft Auteur de cette courte Maxime, la maniere<br />
eji ce qu'il y a de meilleur en toutes cbojts. Il<br />
écrivit auffi cette Lettre à Solon-<br />
Cléohule à Solon.<br />
„ Certainement vous [avez beaucoup d'Ami»<br />
„ qui ont chacun leur maifon. Je crois cepen-<br />
„ dant que Linde eft le féjour le plus commode<br />
„ que Solon puiffe fe choifir. Outre l'avantage<br />
„ qu'elle a d'être libre, -cette Ville eft fituée<br />
„ dans une Ifle. Si vous voulez y demeurer,<br />
„ vous n'y aurez rien de fâcheux à craindre de<br />
„ Pififtrate, & vos Amis fe feront un plaifir. d'y<br />
,, accourir de tous côtés.<br />
PERI AN-
PERIANDRE. 67<br />
PERIANDRE.<br />
P Eriandre de Corinthe étoit fils de Cypfele, &<br />
iflu de la famille des Héraclides. Il époufa<br />
Lyfîs, à laquelle il donna le nom de Mélifle. Elle<br />
étoit fille de Proclès, Tyran d'Epidaure, & d'Eriftbénée<br />
qui étoit fille d'Ariftocrate, & fœur d'Ariftodeme,<br />
perfonnages qui, au rapport d'Héraclide<br />
de Pont, dans fon Livre <strong>du</strong> Gouvernement,<br />
commandoient alors à prefque toute l'Arcadie.<br />
Périandre eut de Lyfîs deux fils, Cypfélus& Lycophron<br />
; l'ainé paflbit pour idiot, mais le cadet<br />
avoit <strong>du</strong> génie. Dans la fuite, Périandre ayant<br />
pris querelle avec fa femme, fe laifla aller à un<br />
fi violent tranfport de colère, que, malgré fa grosfeue<br />
, il la jetta <strong>du</strong> baut des dégrés & la tua â<br />
coups de pieds,-étant portée cela par les calomnies<br />
de fes concubines, qu'il fit cependant<br />
brûler enfuite. 11 bannit fon fils Lycophron à<br />
Corcyre à caufe de la triftefTe où- l'avoit plongé<br />
la mort de fa Mère. Depuis, fe fentant af»<br />
foiblir par l'âge, il le rappella pour lui remettie<br />
fon autorité; mais les Corcyréens en étant avertis,<br />
ôterent la vie au jeune - homme. Cette<br />
nouvelle l'irrita tellement, qu'il envoya les<br />
enfans de ces ihfulaires à AJyattes,, pour<br />
les
6g PERI ANDRE.<br />
les faire Eunuques ; mais comme le vaiffeau »pprochoit<br />
de Samos, ils adretTerent des vœux i<br />
Junon & furent délivrés par les habitans <strong>du</strong> lieu.<br />
Périandre en fut fi mortifié, qu'il en mourut de<br />
douleur âgé de près de quatre-vingt ans. Soficrate<br />
allure que fa mort arriva quarante ans avant<br />
la captivité de Créfus (i) & un an avant laXLIX.<br />
Olympiade. Hérodote dans le I. Livre de fes<br />
Hijioires dit qu'il fut quelque tems chez Thrafybule,<br />
Tyran de Milet. Ariftippe, dans fon I. Livre<br />
des Déliées de l'Antiquité, raconte que Cratée<br />
fa Mère, s'étant prife de paflion pour lui, venoit fecrétement<br />
auprès de lui de fon confefitement, &<br />
que, ce commerce étant devenu public, ledéplaifir<br />
qu'il reflentit d'avoir été furpris, le rendit cruel.<br />
Ephore raconte aufli dans fon Hiftoire, qu'il fit<br />
vœu de confacrer une ftatue d'or s'il étoit vainqueur<br />
dans la Courfe des Chars aux Jeux Olympiques;<br />
qu'il eut le fuccès qu'il fouhaitoit ; mais<br />
que, n'ayant pas dequoi fournir à fon vœu, il dépouilla<br />
, pour s'en acquiter, toutes les femmes, des<br />
bijoux dont elles s'étoient parées dans une Fête<br />
publique. On dit encore que, voulant qu'après<br />
&. mort on ignorât ce que fon Corps étoit deve- (<br />
nu, il s'avifa de cet expédient; qu'il <strong>mont</strong>rai<br />
deux<br />
(i) Je fois la note de Minage. Voyez auffi la temai*<br />
que de Jifuts Cafftl fur ce pafliige, Hifi. Sac, tr £»«.<br />
An <strong>du</strong> monde 34$ $. 8c 341*.
PERIANDRE.
yo PERIANDRE.<br />
des préceptes jufcm'au nombre de deux mille vers.<br />
Il diloit que, pour régner tranquilement, ilfalloit<br />
Être gardé par la bienveillance publique plutôt<br />
que par les armes. On lui demandent pourquoi<br />
il perfiftoit dans fa Tyrannie: parce, dit-il,<br />
qu'il eft également dangereux d'y renoncer volontairement<br />
& d'être contraint à la quitter. On<br />
lui attribue aufll ces Sentences. Le repos eft<br />
agréable, la témérité périlleufe ; le gain eft<br />
honteux ; le Gouvernement Populaire vaut mieux<br />
que le Tyrannique ; la volupté eft paflàgere & la<br />
gloire immortelle. Soyez modéré dans le bonheur<br />
& prudent dans les événemens contraires.<br />
Montrez-vous toujours le même envers vos amis,<br />
foit qu'ils foient heureux ou malheureux. Acquittez-vous<br />
de vos promefies, quelles qu'elles<br />
foient. Ne divulguez pas les fecrets qui vous<br />
font confiés. PunifTez non feulement ceux qui<br />
font mal, mais même ceux qui témoignent vouloir<br />
mal faire.<br />
Périandre fut le premier qui fournit .l'autorité<br />
de la Magiftrature à la Tyrannie, & fe fit efeorter<br />
par des Gardes, ne permettant pas même de<br />
demeurer dans la Ville à tous ceux qui le vouloient,<br />
comme le rapportent Èphore & Ariftote.<br />
Il fleuriflbit vers la XXXVIII. Olympiade, & fe<br />
maintint pendant quarante ans dans fa Tyrannie.<br />
Sotion, Héraclide & Pamphila dans le V. Livre<br />
de
PERIANDRE. „<br />
de fes Commentaires, diftinguent deux Périandies<br />
l!un Tyran, & l'autre Philofophe qui étoit de la<br />
Ville d'Ainbracie. Néanthe de Cyzique veut<br />
même qu'ils ayent été Coufîns - Germains <strong>du</strong> côté<br />
de Père. D'un autre côté, Ariftote dit que celui<br />
de Corinthe étoit le ûge, «Se Platon le nie. Il<br />
avoit coutume de dire que le travail vient à bout<br />
de tout. Il voulut percer Tlfthme de Corinthe.<br />
On lui attribue ces Lettres.<br />
Périandre aux Sages.<br />
„ Je rends grâces à Apollon Pythien de ce<br />
„ qu'il a permis que je vous écrivifle dans un<br />
» tems où vous êtes tous aûemblés en un même<br />
„ lieu. J'efpere que mes Lettres vous con<strong>du</strong>i-<br />
„ jont à Corinthe ; & je vous recevrai, comme<br />
„ vous le verrez vous-mêmes, d'une manière<br />
„ tout-à-fait populaire. L'année dernière vous<br />
„ fûtes à Sardes en Lydie ; venez, je vous prie,<br />
,, celle-ci, à Corinthe, dont les habifans vous<br />
„ verront avec plaifir rendre vifite à Périandre.<br />
Périandre à Proclès.<br />
„ Le crime que j'ai commis contre monEpou,*<br />
„ fe a été involontaire (3). Mais vous ferez<br />
» une<br />
(s) C'eft-l-dire de l'avoir tuée. Montdtnt EJTaisViv 3<br />
Ch.
7» PERIANDRE.<br />
„ une injuftice, fi vous me témoignez volontaire-<br />
„ ment votre refientiment, en vous fervant pour<br />
„ cela de mon fils. Faites donc cefler fon in-<br />
„ humanité envers moi, ou je m'en vengerai<br />
„ fur vous. J'ai vengé la mort de votig fille en<br />
„ condamnant mes Concubines au feu, & en fai-<br />
„ fant brûler vis-à-vis de fon Tombeau les vête-<br />
„ mens des femmes de Corinthe.<br />
Il reçut de Thrafibule une Lettre conçue en<br />
ces termes.<br />
Torajibule à Périandre.<br />
„ Je n'ai rien répon<strong>du</strong> aux demandes de votre<br />
„ Héraut. Je me fuis contenté de le mener dans<br />
„ un champ femé de bled, où, tandis qu'il me<br />
„ fuivoit, j'abattois avec mon bâton les épis qui<br />
„ s'élevoient au-deflus des autres, en lui recom-<br />
„ mandant de vous faire rapport de ce qu'il<br />
„ voyoit. Faites comme moi. Et fi vous voulez<br />
„ conferver votre domination, faites périr les<br />
„ principaux de la Ville, amis ou ennemis, il n'im-<br />
„ porte. L'Ami même d'un Tyran doit lui être<br />
„ fufpeft.<br />
AN A-
ÀNACHARSIS. 73<br />
ANACHARSIS.<br />
A Nacharfis, le Scythe, fils de Gnurus Se frère<br />
de Ca<strong>du</strong>idas, Roi de Scythie, eut pour<br />
ïlere une Grecque, auflï favoit*-il les deux Langues.<br />
Il compofa un Poëme d'environ huit cens<br />
vers fur les loix de fon pays & fur celles des<br />
Grecs par rapport à la manière de vivre & à la<br />
frugalité , & fur la guerre. Sa hardiefle & fa<br />
fermeté à parler, donnèrent lieu au proverbe parler<br />
comme les Scythes. Soficrate prétend qu'il vint<br />
à Athènes vers la XLVII. Olympiade, pendant<br />
qu'Eucrate étoit Archonte.<br />
Hermippe rapporte qu'Anachariis, étant venu<br />
à la maifon de Solon, & lui ayant fait dire par<br />
on domeftique qu'il fouhaitoit de le voir & s'il<br />
pouvoir entrer avec lui en fociété d'hofpitalité,<br />
Solon lui fit répondre qu'on n'offroit rhofpitalité<br />
que dans fon propre pays ; & que là - deflus Anacharfis<br />
étant entré, lui dit qu'il fe regardoit coin<br />
me étant dans fa patrie, & qu'il pouvoit par cette<br />
raifon former les nœuds de cette amitié; que<br />
Solon, furpris de fa préfence d'efprit, le reçut chez<br />
lui & lia avec lui une grande amitié. Quelque<br />
tems après, il retourna en Scythie, & ayant<br />
para en vouloir changer les loix & intro<strong>du</strong>ire<br />
Tme I. D celles<br />
;
^ A N A C H A R S I S".<br />
celles de Grèce, il fut tué d'un coup de flèche<br />
par fon frère dans une partie de chafTe; & en<br />
mourant, il fe plaignit de ce qu'après être forti<br />
fain & fauf de la Grèce, par le moyen de l'Eloquence<br />
& de laPhilofophie, il étoit venufuccomber<br />
dans fa patrie aux traits de l'Envie. D'autres<br />
difent qu'il fut aûafliné dans un Sacrifice où<br />
il pratiquoit les Cérémonies Grecques. J'ai fait<br />
cette Epitaphe pour lui.<br />
Anacharfis, de retour en Scytbie,propoJeaux Scythes<br />
de régler leur con<strong>du</strong>ite fur les coutumes des<br />
Grecs, d peine ce malheureux vieillard ldcbe-t-il cette<br />
parole, qu'une flèche lui coupe la voix & le ravit<br />
parmi les Immortels- On lui attribue cette fentence,<br />
que la vigne porte trois fortes de fruits, le<br />
plaifir, l'ivrognerie f & le repentir. Il s'étonnoit<br />
de ce qu'en Grèce, les Maîtres en quelque Science,<br />
difputant d'habileté, étoient jugés par des gens<br />
qui n'étoient point Maîtres eux-mêmes. Interro-<br />
*gé quel moyen il croyoit le plus propre â préferver<br />
de l'ivrognerie, il répondit que c'étoit de<br />
fe repréfenter les infamies que commettent les<br />
Ivrognes. H ne pouvoit comprendre que les<br />
Grecs, puniflant ceux qui injurioient quelqu'un,<br />
honoraffent les Athlètes qui -s'entretuoient.<br />
Ayant oui dire qu'un Vaifleau n'avoit que quatre<br />
doigts d'épaifièur, il n'y a donc, dit-il, pas plus<br />
de diftancè entré la vie & la mort de ceux qui<br />
voyagent fur Mer. 'S appelloit l'huile un remède
ÀNAÇHARSIS. 7$<br />
mede qui rendoit phrénétique, parce que le»<br />
Athlètes, après s'en être frottés le corps, étoienÇ<br />
plus furieux qu'auparavant U demandent pourquoi<br />
ceux qui interdifoient le menfonge, mentoient<br />
ouvertement dans les Cabarets. Il trouroit<br />
étrange que les Grecs fe ferviflent de petite<br />
.gobelets, au commencement d'un feftin > & en<br />
prùTent de plus grands à la fin. On lit ces mots<br />
au pied de fes ftatues ,* il faut régler la Parole,<br />
la Goumtmdife & l'Amour. Quelqu'un lui demandant<br />
s'il fe trouvoit des flûtes dans foa<br />
Pays : non, dit-il, il ne s'y trouve pas même<br />
des vignes. Un autre lui demanda quels étojent<br />
les Vaifleaux les plus fors: ceux, dit-il, qu'on<br />
tire à terre. Une chofe fur-tqut lui paroiflbit finguliere<br />
chez les Grecs, c'eft qu'ils laiffoient la<br />
fumet <strong>du</strong> bois fur les <strong>mont</strong>agnes, fe fervant en<br />
ville de bois qui ne rendoit point de fumée (i).<br />
-On lui demanda quel nombre l'emportoit, celui<br />
des vivans ou celui des morts. Parmi lesquels<br />
placez-vous ceux qui font fur mer? répondù-il.<br />
Un Grec lui reprochant qu'il étoit Scythe, je><br />
Jais, ripliqua4-il, que ma patrie ne me fait point<br />
d'honneur, mais vous faites honte à la vûtre.<br />
Interrogé fur ce que les hommes ont de bon &<br />
de mauvais, il répondit que c'étoit la langue.<br />
ft) Cela Kgardoît le bois qu'on falfoît bouBlii, pont<br />
«u il M sertit point de ramée. Uin»sf.<br />
: D a<br />
Il
76 A N A C H Al S I S.<br />
Il difoit qu'il aimoit mieux n'avoir qu'un Ami<br />
qui fut digne de l'eftime de tout le monde, que<br />
d'en avoir plufieurs qui ne méritaflent l'eftime<br />
de perfonne. On lui attribue encore d'avoir dit<br />
que les Marchés font des lieux deftinés à autorifer<br />
la fupercherie. Un Jeune-Homme lui ayant<br />
fait affront en pleine table, mon ami, lui dit-il,<br />
Si vous ne pouvez porter le vin â votre âge,<br />
vous porterez l'eau quand vous ferez vieux. Il<br />
inventa pour l'utilité publique le crochet & la<br />
roue des Potiers ; c'eft <strong>du</strong>-moins le fentlment de<br />
quelques perfonnes. Au-refte il écrivit cette Lettre<br />
au Roi de Lydie.<br />
jinaciarjls à Crifus.<br />
„ Monarque des Lydiens, je fuis venu en<br />
"„ Grèce pour y apprendre les moeurs & les<br />
„ constitutions <strong>du</strong> peuple de cette Contrée. Il<br />
„ ne me faut, ni or, ni argent; je ferai tropfa-<br />
„ tisrait.fi j'ai le honneur de retourner plus ver-<br />
„ tueux & plus éclairé dans ma patrie. Je ne<br />
„ viendrai donc à Sardes, que parce que je re-<br />
„ garde comme un grand avantage de mériter<br />
„ votre eftime.<br />
MYT
M y S O N. 17<br />
M Y S O N.<br />
M Yfon, fils de Strymôn, comme dit Sofîcrate<br />
en expliquant Hermippe, & originaire<br />
de Chénée, Bourg <strong>du</strong> Mont iEta,ou de laLaconie;<br />
étoit <strong>du</strong> nombre des fept Sages; on dit que<br />
fon Père avoit ufurpé la Tyrannie. Quelqu'un a<br />
écrit qu'Anacharfis, ayant confulté Apollon Pythien,<br />
pour favoir qui étoit plus fage que lui, il<br />
reçut de la Pretreffe une réponfe, pareille à celle<br />
qu'elle avoit faite à Chilon, & dont nous avons<br />
parlé dans la vie de Thaïes.<br />
Je te déclare que Myfon l'&téen, natif de Chinée<br />
, ejl plus fage que toi. On ajoute qu'Anacharfis,<br />
«'étant mis là-deflus à le chercher, vint è foa<br />
Village, & que, l'ayant trouvé qui accommodolt,<br />
en Eté, le manche de fa charrue, il lui' dit, Myfon,<br />
ce n'eft pas à-préfent la faifoij de labourer;<br />
à quoi il répartit, c'eft celle de s'y préparer.<br />
D'autres veulent que l'Oracle le nomma Etéen,<br />
& font en peine de favoir qui ce terme défigne.<br />
Parménide foupçonne qu'Etée eft un Village où<br />
Myfon prit naiffance. Soficrate dans fes Succèsfions,<br />
pènfe qu'il étoit de race Ethéennè <strong>du</strong> côté<br />
de fon père, & de famille Chénéenne <strong>du</strong> côté<br />
de fa mère. Eutyphron, fils d'Héraclide de Pont,<br />
D 3 dit
}S M Y S O N.<br />
dit qu'il étoit né dans l'Ifle de Crète, ou il y a<br />
un Bourg nommé, Etea. Anaxilas au-contraire<br />
le fait fortir <strong>du</strong> fond de l'Arcadie. Hipponax<br />
parle de lui en fe fervant de ces termes : Myfon,<br />
ce Fhilofophe dont Apollon éleva la fageffe audeiïus<br />
de celle de tous les hommes. Aristoxene,<br />
dans fes différentes Hiftoires, dit qu'il reûemblott<br />
beafcoup à Timon & à Apémante <strong>du</strong> côté des<br />
mœurs, en ce qu'il étoit mifanthrope, & qu'on<br />
l'entendit rire feul, dans un lieu écarté de Lace*<br />
démène. Celui qui le furprit dans ce moment,<br />
lui ayant demandé pourquoi il rioit, n'ayant perfonne<br />
avec lui, c'eft juftement, dit-il, pour cela<br />
«lue je ris. Ariftoxene dit que, tant par cette raifon,<br />
que parce qu'il étoit peu relevé par le lieu<br />
de fa naifTance,qui n'étoit pas une Ville,mais un<br />
fimple Bourg, il fut peu célèbre; & cela fut eaufe<br />
que plufleurs attribuèrent les chofes qu'il a<br />
élites à Pyfiftrate le Tyran, excepté Platon le<br />
Philofophe qui a parlé de lui dans fon Protagotas,<br />
& qui le met à la place de Périandre. Il difoit<br />
que ce n'efi point par lafcience des panlet<br />
Qu'il faut parvenir à la connoiffance des ebofes,<br />
mais que c'eft par l'étude des ebofes qu'il faut déterminer<br />
les paroles; parce que les mots font pour les<br />
ebofes, £f non pas les ebofei pour les mots. Il finit<br />
fa vie la quatre-vingt-dix-feptieme année de fon<br />
Ige.<br />
EPt
EPI M EN IDE. 7*<br />
EPIMENIDE.<br />
T Héopompe & d'autres avec lui dtfent qu'Er<br />
piménide étoit fils de Pheftius; quelquesuns<br />
lui donnent pour père Dofias, d'autre Agé&rquc^<br />
U. étoit Cretois, d'origine & naquit â<br />
Gnoffe ; mais, comme il laiflbit croître fes cheveux,<br />
il n'avoit pas l'air d'être de ce Pays. Un<br />
jour, fon Père l'ayant envoyé aux champs pour<br />
en rapporter une brebis, il s'égara à l'heure de<br />
midi, & entra dans une caverne où il s'aflhupit<br />
& dormit pendant cinquante-fept ans. A fon réveil<br />
il cherchea fa brebis, comptant n'avoir pris<br />
qu'un peu de repos ; mais comme il ne la trouva<br />
plus, il retourna aux champs. Etonné de voir<br />
que tout avoit changé de face & de poflefleur,<br />
jl prit le chemin de fon Village où, voulant entrer<br />
dans la maifon de fon Père, on lui demanda<br />
qui il écoit ; à peine fut-il reconnu de fon frère<br />
qui avoit vieilli depuis ce tems-là, & par les discours<br />
<strong>du</strong>quel il comprit la vérité.<br />
Au-refte fa réputation fe répandit tellement ea;<br />
Prece qu'on alla jusqu'à le croire particulièrement<br />
favorifé <strong>du</strong> Ciel. Dans cette idée, les Athéniens<br />
étant affligés de la perte, fur la réponfe de l'Oracle<br />
qu'il falloit purifier la Ville, envoyèrent<br />
D 4 Ni-
«0 EPIMENIDE.<br />
Nicias, fils de Nicérate, en Crète, pour chercher<br />
Epiménide & l'amener à Athènes. U s'embarqua<br />
Ta XLVL jDlympiade, purifia la Ville, &<br />
fit cefTer la contagion. Il s'y étoit pris de cette<br />
manière. Il choifit des brebis blanches & noires<br />
qu'il mena jufqu'au lieu de l'Aréopage, d'où il<br />
les laifla aller au hazard, en ordonnant, à ceuxqui4es<br />
fuivoient, de Iesfacrifier aux Divinités des<br />
Heux où elles s'arrêteroient. Ainfi cefia la pefte ;<br />
& il eft certain que, dans tous les Villages d'Athènes<br />
, on rencontre encore aujourd'hui des autels<br />
fans dédicace, élevés en mémoire de cette expia •<br />
tion. Il y en a qui prétendent que la caufe de<br />
cette pefte fut le crime commis dans la perfonne<br />
de Cylon, voulant parler de la manière dont il<br />
avoit per<strong>du</strong> la vie (i); ils ajoutent que la mort<br />
de deux jeunes gens, Cratinus & Ctéfibius , fit<br />
cefler la calamité. Les Athéniens, en reconnoisfance<br />
<strong>du</strong> fervice qu'Epiménide leur avoit ren<strong>du</strong>,<br />
réfolurent de lui donner un Talent & le Vaifleau<br />
qui devoit le recon<strong>du</strong>ire, en Crète ; mais il n'accepta<br />
aucun argent & n'exigea d'eux que de vivre<br />
en alliance avec leshabitans de Gnofle. Peu de<br />
tem6 après fon retour, il mourut, la cent-cinquante-feptiemeannée<br />
defon âge, félonPblégm, dans<br />
fon<br />
(i) C'e'toit an Rebelle, ou un féditieux, qui s'e'tant<br />
xlfugié* auprès de l'Autel des Enménides eu fut arraché".<br />
Ptuttr
EPIMENIDE. H<br />
fon Livre de ceux qui ont vécu long-tems. Ses<br />
compatriotes prolongent fa vie jufqu'à deux censquatre-vingt-dix-neuf<br />
ans, & Xénophane de Co-<br />
Iophon rapporte avoir enten<strong>du</strong> dire qu'il mourut<br />
dans fa cent-cinquante-quatrieme année.<br />
Epiménide publia une généalogie des ,'Curetes<br />
& des Cçrybantes, & une génération des Dieux<br />
en cinq mille vers ; fix mille cinq cens vers fur<br />
la ftru&ure <strong>du</strong> Vaiflêau des Argonautes & fur le<br />
voyage de Jafon dans la Colchide; un';difcours<br />
en profe fur les Sacrifices, & fur la République<br />
de Crète ; & enfin un Ouvrage Poétique de quatre<br />
mille vers touchant Minos & Rhadamante. Lobon<br />
d'Argos, dans fon Livre des Poltes, dit qu'il<br />
bâtit à Athènes un temple à l'honneur des Euménides.<br />
II. eft auffi cenfé être le premier qui purifia<br />
les maifons & les champs, & qui éleva des<br />
Temples. Quelques-uns, au-lieu de croire qu'il<br />
dormit d'un fi long fommeil, penfent que, pendant<br />
ce tems-là, il erra de côté & d'autre pour<br />
connoltre les vertus des Simples. On a encore<br />
une de fes lettres au Législateur Solon fur la forme<br />
<strong>du</strong> gouvernement que Minos prefcrivit aux<br />
Cretois ; mais Démétrius de Magnéfie, dans fon<br />
Livre des Poètes & des Ecrivains qui ont porté les<br />
mimes noms, tâche de prouver qu'elle eft moderne,<br />
à. que, tants'en faut que fon ftyle foit celui<br />
de Crète, qu'au-contraire on y remarque la Diction<br />
Attique & même la nouvelle. La Lettre<br />
D 5 qui
«a ÎPIMENIDE.<br />
qui fuit eft différente de celle-li, & m'eft Wmliée<br />
entre les mains.<br />
Epiménide à Solon.<br />
„ Prenez courage, mon cher Ami. Si Pf-<br />
„ fiftrate avoit entrepris de foumettre un peuple<br />
„ accoutumé à l'efclavage ou dépourvu de bon-<br />
„ nés loix , il y auroit lieu de craindre que fa<br />
„ Tyrannie fe perpétuât; mais il a fournis des<br />
„; hommes courageux, qui, imbus des préceptes<br />
„ de Solon, rougtflent de leur fervîtude. Ils ne<br />
„ fouffriront pas patiemment cette Tyrannie j &<br />
M quoique Pififtrate foit Maître de la Ville, j'es-<br />
„ père qu'il ne transmettra pasfon autorité à fes<br />
„ enfans. II eft difficile que des hommes li»<br />
„ bres, accoutumés i d'excellentes loix, fe len-<br />
„ dent efclaves. Pour vous , que te foin de<br />
„ votre confervation ne vous oblige pas depaûei<br />
„ de lieu en lieu; venez me joindre en Crète,,<br />
„ où nous fbmmes à couvert des vexations de la<br />
„ Tyrannie r car s'il arrivoit que les partifans de<br />
„ Pifistrate vous rencontraâent , vous pour-<br />
„ riez tomber dans quelque malheur.<br />
Démétrius dit que quelques-uns racontent qu'Epiménide<br />
recevoit fa nourriture des Nymphes ,<br />
& la cachoit dans la corne d'un pied de bœuf ;<br />
qu'il la prenoit peu à peu; que la nature ne fai»<br />
foit point en lui les fon&ions ordinaires; & qu'on,<br />
ne
5 PIMENTER 9f<br />
preîe vit jamais manger. Timon paile auflT de ce^<br />
la dans fes Ctewum.<br />
Il y eu a qui difént que tes habitans de Cre^<br />
4e l'ont déifié, & lui offrent des Sacrifice». Ot><br />
4it auflj qu-'il étpit doué d'une eonpoifiance ex-<br />
^aordioaire; &, qu'ayant yu. Munychie, Ville et<br />
JPort de l'Afrique, il dit que les Atbéniens-ignofVient<br />
combien de mai» ce lieu leu» cauferoit, &<br />
que, s'ils, le favoient rils. le détpriroient avec les<br />
v dents. 11 préfàgeoit cela fbng-tems avant l'événement<br />
On rapporte encore qu'il fut le premier<br />
qui prit le nom d'Eacus (i) ^ qu'il prédit aux<br />
Lacédémoniens qu'ils seroient fournis par les Arcadiens<br />
; & qu'il fe fit palier pluûeucs fois pour<br />
être reflufeité. Théopompe r dans fes Livres des<br />
ébofes admirables, dit, qu'ayant bâti un Temple<br />
pour les Nymphes, une. .voix célefte lui dit, E*<br />
piménide ne le dédie point aux Nymphes, mais à<br />
Jupiter. Il prédit auffi aux Cretois quelle feroir<br />
l'iflue de la guerre entre les Lacédémoniens & les<br />
Arcadiens, c'eft-à-dire,que les premiers fëroienê<br />
vaincus, comme il le furent, prés d'Orchomene.<br />
Théopompe affirme, ce que difent quelques-uns,<br />
qu'E*<br />
(r) If. Ctf<strong>du</strong>hn fonpçonne cet endroit d'être corrompu.<br />
le Tkréftr d'Etienne ne donne point de lumières fur 1*<br />
mot d'E*c*i, appliqué comme il- l'eft ici. Je trouve pourtant<br />
dans Cal. Hhtiigimii, Liv. 22. «A- i>. p. *S7 » le<br />
mot d'«^6««, comme fi c'e'toit le titre d'un Collège ,<br />
dans la- VU dt Uértufthent pat Plmurqut.<br />
- •. T D &
94 ÉPINEMIDE<br />
qu'Epiménide vieillit en autant de jours qu'il<br />
avoit dormi d'années. Myronian, dans fes Similitudes,<br />
rapporte que les Cretois l'appelloient -<br />
Cureté ; & Sofibe de Lacédémone dit que les Lacédémoniens<br />
confervent fon corps, ayant été avertis<br />
de le faire par un Oracle. Outre cet Epiménide,<br />
U y en a eu deux autres, l'un Généalogifte,<br />
l'autre Hiftorien & Autheur de l'Hiftoirt<br />
de Rhodjs, écrite en Dialecte Dorique.<br />
P H E-
' i i * -, • -r - ' * - -^<br />
••.»• • 7 • K' \ »<br />
ri'J<br />
^ -<br />
/;:<br />
-I»!. • • V-"*
^MIWC".J:^.1l i ». : if!r.!!^'.s
PHERECYDB. Sj<br />
PHERECYDE.<br />
Phérécyde, fils de Badys, étoït de Syrus (i),<br />
félon Alexandre dans fes Succédions. Il fut<br />
difciple de Pittacus. Théopompe lui donne la<br />
gloire d'avoir été le premier qui ait traité de la<br />
Nature & des Dieux. On raconte de lui des<br />
chofes furprenantesj entr'autres, que, fe promenant<br />
àSainos, le long <strong>du</strong> rivage, & appércevant<br />
un Vaifleau qui voguoit à pleines voiles, il préfàgea<br />
qu'il feroit bientôt naufrage, & qu'effeftivement<br />
il échoua fous fes yeux ; qu'après avoir<br />
bu de l'eau tirée d'un puits, il prognoftiqua qu'au<br />
bout de trois jours il yauroit un tremblement de<br />
terre, & que ce Phénomène arriva ; qu'étant revenu<br />
d'Olympie à MefTene, il confeilla à Péri-<br />
Iaûs, chez qui il logeoit, de fe retirer de-là,avec<br />
toute fa famille, le plutôt qu'il pourroit; mais que<br />
Périlaûs, ayant négligé dej>rqfiter de cet avis, fut<br />
témoin de la prife deMeflcne. Théopompe, dans<br />
fes Merveilles, dit auffi qu'Hercule lui ordonna en<br />
fon-<br />
(x) Diigtnt,lui-même, l'appelle plus bas l'Ifle de Synus.<br />
Cmlimt HjpiitiiUi Liv. XIV. ch. I]. blâme ceux qui ont<br />
faut ïhe're'cyde originaire de la Province de Syrie, & dis-<br />
«nicoe l'Ifle de Syrus fa patrie, qu'il dit Sire l'une desCyclades,<br />
8c que Sttphttau dit être une iQe dans l'Acarnamê,<br />
d'avec l'Ifle de Scyios 8c d'avec Sciros, endroit daas<br />
l'Axcadic. Voyez témjinru, f>j*gt it i'urw'jn» «A-jo.<br />
D 7
tf F H E R E C Y D E.<br />
fonge de recommander aux Lacédémonîens de ne<br />
faire cas ni d'or ni d'argent, & que cette même<br />
nuit Hercule ordonna aux Rois de Lacédémone<br />
de croire Phérécyde. - Il y en a pourtant qui attribuent<br />
ces faits à Pythagore. Hermippe dit que,<br />
délirant que la victoire fe rangeât <strong>du</strong> côté des<br />
Ephéfiens qui étoient en guerre avec les Magné-<br />
Cens, il demanda à un paflànt quelle êtoit fa patrie<br />
; qu'après avoir fu qu'il êtoit Ephéfîen, il<br />
le pria de le traîner par les pieds jufques fur les<br />
teites des Magnéfiehs , & d'engager fes concitoyens,<br />
lorfqu'ils auraient gagné le Champ de Bataille,<br />
à enterrer fon Corps dans le lieu où il<br />
i'auroit laîffé ; que celui-là en donna connoiûance<br />
aux Ephéfiens la veille <strong>du</strong> jour que les Maghêfiens<br />
furent vaincus ; & que les Vainqueurs, trouvant<br />
que Phérécyde n'étoit,plus, l'enfevetirent<br />
pompeufement dans le même endroit. Çnielquestms<br />
veulent qu'étant allé àDetphes, ilfe précipi»<br />
ta <strong>du</strong> haut de Mont Cbryce. Ariftoxene, dans<br />
la Vie de Pythagore & de fes amis, rapporte qu'il<br />
mourut de maladie, & que Pythagore l'inhuma<br />
dans l'Ifle de Délos. Il y en a même qui difent<br />
qu'il fut confumé de vermine ; & que, Pythagoie<br />
s'étant ren<strong>du</strong> chez lui, pour s'informer de fa Enté,<br />
Phérécyde pafla fon doigt hors de la porte<br />
&lui dît» la Peau te <strong>mont</strong>re (i). Paroles qui font<br />
' Ji) Vojez ùd. Vfrdit. lin t*. eh. «,
THERECYDE. 87<br />
-depuis paflëes en proverbe * qui fe prend toujours<br />
en mauvaife part ,* ceux qui le prennent en<br />
bonne part, fe trompent. Phérécyde difoit que<br />
les Dieux appelloient une Table d'un nom qui<br />
4éfignoit lés dons facrés. qu'il falloit leur offrir.<br />
Ândron d'Ephefe diftkigue deux fhéréoydes»<br />
natifs de Syrus,, l'un Aftrologue, l'autre Théo*<br />
logien, filsdeBadys» qui étott celui qu'eftimoir.<br />
Pythagore. Eratofthenes foutient qu'il n'y en<br />
-eut qu'un de Syrus, & que l'autre qui étoitGênéalogifte<br />
étoit d'Athènes. On conferve encore<br />
un petit Ouvrage <strong>du</strong> premier, qui commence par<br />
ces mots.<br />
Jupiter ÊP le Tenu fera permanent. La terre<br />
tsifioit auffi; mais elle rept fon nom 4e Jupiter,<br />
•fui lui dama l'honneur qu'elle peffede.<br />
On conferve auffi fon Cadran Agronomique<br />
•dans rifle de Syrus. DurU> au II Livre de fes Qrémotties<br />
faerées, rapporte l'Eptaphe qu'on mit<br />
fur fon Tombeau.<br />
En moi finit la fagejjt} s'il y en a davantage, i£<br />
faut la donner à Pytbagate, que je reconnais pour<br />
ie premier des Grecs.<br />
Ion de Chio eft l'Auteur die celle-ci.<br />
Modifie 6f rempli de vertus, icirepofe, tortgide<br />
iorruption x celui dont l'ame poffede une beureufevie.<br />
' PareU en fageffe à Pytbagore,, iljjmda les<br />
mveurs & étudia le génie des hommes.<br />
J'ai fait auifi cette Epitapbe pour lui,. fuivant 1»<br />
-mefure Êhérécratienne.. Une:
88 PHERECYDE.<br />
Une maladie de corruption défigura, dit m, le<br />
célèbre Pbérécyde, natif de Syrus. Il ordonne pourtant<br />
qu'on le con<strong>du</strong>ife fur les terres des Magnifitns,<br />
afin de procurer la vi&oire aux Epbéfiens fes courageux<br />
compatriotes. Un Oracle, dont il avoit feul<br />
la connoiffance, l'avait ainfi dit. Il meurt dans ce<br />
lieu. Il eft donc vrai que le véritable Sage n'eftpas<br />
feulement utile, pendant fa vie ; mais qu'il l'efi encore,<br />
après fa mort.<br />
H vivoit vers la LTX. Olympiade. Il répondit<br />
à une Lettre de Thaïes en ces termes.<br />
Pbérécyde à Tbalès.<br />
„ Je vous fouhaite une heureufe fin quand<br />
„ vous approcherez de votre dernière heure. J'é-<br />
„ tois malade quand je reçus votre Lettre, la<br />
„ vermine infectait mon corps & la fièvre mi-<br />
„ noit mes forces. Dans cette extrémité, j'ai<br />
„ prié quelques-uns de mes Amis, qu'après avoir<br />
„ eu foin de mafépulture, ils vous raflent tenir<br />
„ mes écrits. Si vous trouvez qu'ils méritent<br />
., d'être lus, & files autres Sages font <strong>du</strong> même<br />
„ fentiment, je confens que vous les publiez ;<br />
„ fi non fupprimez-Ies, ils ne me fatisfont pas<br />
„ moi-môme. Il n'y a pas affez de certitude<br />
„ dans les chofes que j'y dis; je ne la promets<br />
„ point, ni ne fais ce qui eft vrai. Quant aux<br />
„ points qui touchent la Théologie, il faut les<br />
„ corn-
PHERECYDE. 80<br />
„ comprendra, parce que je les traite tous obf-<br />
„ curément. Ma maladie empire de jour en<br />
„ jour & je ne reçois la compagnie d'aucun Mé-<br />
„ decin, ni d'aucun de mes Amis. Ceux qui ont<br />
„ foin de moi, fe tiennent en dehors. Lorf-<br />
„ qu'ils m'interrogent fur ma fanté, je pafle un<br />
„ doigt, hors de la porte, pour leur <strong>mont</strong>rer le<br />
„ mal que je fouffre ; & je les avertis de fe pré-<br />
„ parer à faire, le lendemain, les funérailles de<br />
„ Phérécyde. (i)<br />
Ce furent-là ceux qu'on appdla Sages, & parmi<br />
lefquels quelques-uns placent Pififtrate le Tyran.<br />
Venons aux Philofophes, en commençant par ceux<br />
de la Sefte Ionienne, dont nous avons dit que<br />
Thaïes, Maître d'Anaximandre, fut le Chef.<br />
(i) Stumtife doit avoir prouvé fur Stlin, que cette<br />
letue eft fuppoftc. Mint&ti<br />
LI.
LIVRE IL<br />
ANAXIMANDRE.<br />
[Raxiades fut père d'Anaximandre de<br />
Milet. Ce Philofophe reconnoiffoit<br />
l'infini pour élément & principe de<br />
toutes chofes ; fans s'expliquer fi, parla,<br />
il entendoit l'air, l'eau,ou quelque autrechofe.<br />
Il difoit que les parties de cet élément fouP»<br />
froient des altérations, mais que le fond en étoit<br />
immuable; que la terre occupe le milieu defon<br />
éten<strong>du</strong>e & en eft le centre ; qu'elle eft de figure<br />
fphérique ; que la Lune n'a pas fa lumière d'elle-même<br />
, mais qu'elle l'emprunte <strong>du</strong> Soleil, qui,<br />
félon lui, égale la Terre en grandeur, & eft compofé<br />
d'un feu très-pur (i). Il inventa le ftyle des<br />
Cadrans,<br />
(i) Voyez ft-defliis 8c fur d'antres ehofet eurioifestoncbant<br />
ce Philofophe, 1*Article^Aiuxiaumdri<strong>du</strong>Diâionnaiic<br />
de Mr. dt OuutftfU, Se lu Commentaires de Minai*<br />
«reç le Thie'foi i y £timiu.
ANAXIMANDRE. çr<br />
Cadrans Solaires, & le mit fur ceux de Lacédémone,<br />
comme dit Phavorin, dansfontf(/?asre
9i ANAXIMENE.<br />
ANAXIMENE.<br />
ANaximene de Milet,fils d'Euryftrate, fut disciple<br />
d'Anaximandrs ; on affure qu'il<br />
eut aufli Parménide pour Maître. Ce Philofophe<br />
admit l'Air & l'Infini pour principes de toutes<br />
chofes. Il croyoit que les Aftres ne paflent pas<br />
fous la Terre (i), mais tournent autour d'elle. Il<br />
fe fervoit de la Langue Ionienne d'une manière<br />
toute fimple, & fans employer d'inutilités. Apollodore<br />
dit qu'il naquit dans la LXIIL Olympiade,<br />
& qu'il mourut environ le tems de la prife<br />
de Sardes.<br />
Il y a eu deux autres Anaximenes qui étoient<br />
de Lampfaque , l'un Orateur, & l'autre Hiftorien.<br />
Celui-ci étoit neveu de l'Orateur, qui a<br />
écrit la vie d'Alexandre. Anaximene, le Philofo^<br />
phe, écrivit les Lettres fuivantes.<br />
Anaximene à Pytbagore.<br />
„ Thaïes, fils d'Examius, n'a pas eu dans fa<br />
„ Vieillefle une fin heureufe. Etant forti la nuit<br />
„ de chez lui, félon fa coutume, pour contempler<br />
les<br />
(i) Noos fuirons une correftion de itîiugf.
ANAXIMENE. 95<br />
„ les Aftres, & ne prenant pas garde ouilétoit»<br />
„ il tomba, pendant qu'il faifoit fes obfervations»<br />
„ dans un endroit profond; & c'a été-là la fin<br />
„ de l'Aftronome de Milet. Nous qui-fommes<br />
„ fes disciples, fouvenons-nous de ce grand -<br />
„ homme, auffi bien que nos enfans & nos dis-<br />
„ ciples, & prenons fa do&rine pour nous con-<br />
„ <strong>du</strong>ire ; que notre fcience foit toute fondée<br />
„ fur Thaïes.<br />
Anaximene à Pytbagore.<br />
„ Vous avez mieux penfé que moi en vous<br />
„ retirant de Samos à Crotone. Vous vivez-lâ<br />
„ en paix, tandis que d'autres fouffrent les<br />
„ maux que fait le descendant d'Eacus. Milet<br />
„ n'eft pas non plus délivrée de la Tyrannie;<br />
„ outre cela, le Roi des Medes nous menace<br />
„ fi nous ne devenons pas fiS tributaires (1).<br />
„ Les Ioniens veulent bien combattre pour<br />
„ la liberté générale, mais nous n'avons<br />
„ point d'efpérance de falut. Comment donc<br />
„ Anaximene pourroit-il s'occuper de la con-<br />
„ templation des chofes céleftes, ayant à ap-<br />
„ préhender la mort ou l'esclavage? 11 n'en<br />
., eft pas ainfi de vous, qui vous voyez con-<br />
„ fidéré des Crotoniates & des autres habitans<br />
£0 tyioi, Yïinqoeui d« Citâu, vtlddr/uditt
M<br />
ANAXIMENE.<br />
tans de la grande Grèce & qui recevez mê-<br />
„ me des disciples de la Sicile (2),<br />
(ï) Mr. it Cbtufefîi remarque dans l'Article *4MXIpunt<br />
de fon diôionnaire, que le do&e Ftbricius a cm<br />
ces denx lettres fuppofées { mais fans donner ancune rai-<br />
Ion de fon fentiment, qui n'eft pas confirmé par les Interprètes<br />
de Diigmt. Aui-tt&e, Mén*iirelevé le texte fut<br />
le tons ou naquit Anaximene.<br />
ANAX-
A N A X A C O H E. 55<br />
ANAXAGORE,<br />
ANaxagore, Claroménien de naiflânce & iflu<br />
d'Hégéfibule, ou Eubule, étudia fous Anaximene.<br />
Il fut le premier des Philofophes qui<br />
joignit un Efprit à la Matière. Il commence<br />
ainfi fon élégant & bel Ouvrage. Tout n'était<br />
autrefois qu'une Moffe informe , lorsque ïEfprit<br />
Survint & »& '«•{ cbofes en ordre; de-Ià vient qu'il<br />
fut furnommé Efprit. Timon convient de cette<br />
vérité, lorsqu'il demande dans fes Poëfies Satyliques.<br />
Ou dit-on qu'ejl à-préfent Anaxagore, cep<br />
•excellent béros qu'on appella Efprit;parce que,felo»<br />
kit, il y eut un Efprit qui, rajfemblant fubitemenfi<br />
tentes cbofes, en arrangea l'amas auparavant confus?<br />
Non feulement il brilla par la nobleûe de fon<br />
extraction & par fes richeffe», mais encore par<br />
& grandeur d'ame , qui le porta i abandonner<br />
fon patrimoine à fes proches. Ceux-ci le blâmant<br />
<strong>du</strong> peu de foin qu'il avoit de fon bien, quti<br />
donc dit-il, eft-ce que je ne vous en remets pas U<br />
Joint Enfin il quitta fes parens pour ne s'occuper<br />
que de la contemplation de la Nature, ne voulant<br />
pas s'embarafler des affaires publiques; &<br />
quelqu'un lui ayant reproché qu'il ne fe foucloit<br />
point de £1 patrie, il lui répondit en <strong>mont</strong>rant<br />
le
f>6 ANAXAGORE.<br />
le Ciel, Ayez meilleure opinion de moi, je m'intirejje<br />
beaucoup à ma patrie.<br />
On croit qu'il avoit vingt ans lorsque Xetxès<br />
paflk en Grèce, & qu'il en vécut foixante & douze.<br />
Apollodore rapporte, dans fes Chroniques,<br />
qu'il naquit dans la LXX. Olympiade & qu'il<br />
mourut la première année de la LXXVIII (i).<br />
Démettras de Phalere veut, dans fon Hiftoire des<br />
Archontes, qu'il commença dès Page de vingt<br />
ans i exercer laPhilofophic, à Athènes, fous TArchontat<br />
de Callias ; & on dit qu'il fit un féjour de<br />
trente ans dans cette ville.<br />
Il difoît que le Soleil eft une mafle de feu<br />
plus grande que tout le Péloponnefe; d'autres attribuent<br />
cela à Tantale. Anaxagore penfoit auffi<br />
que la Lune eft habitée, & qu'il y a des <strong>mont</strong>agnes<br />
& des vallées ; que les principes des chofes<br />
confiftent en petites parties, toutes femblables<br />
les unes aux autres;que,comme l'or eft compofé<br />
de parties très fubtiles,femblables à des raclures-,<br />
de même l'Univers fut formé des corpuscules de<br />
parties menues & conformes entr'elles; que<br />
l'efprit eft le principe <strong>du</strong> mouvement; que les<br />
corps pefans fe fixèrent en bas,comme la terre,<br />
& que les légers occupèrent le haut, comme le<br />
feu, mais que l'air & l'eau tinrent le milieu; que<br />
fui-<br />
(«) Comme cet* ne fait pat foixante & douze an» 4e<br />
vie, Mintft corrige d'après Mnrfius (c Ptttm i 6c «oit tru'U<br />
moum àvu la LXXXVUL Olympiade.t
ANAXAGORE. 97<br />
fiiivant cette difpofition la Mej: s'étend fur la<br />
furface de la Terre & que le Soleil convertit l'humidité<br />
en vapeur ; qu'au commencement les Astres<br />
fe mouvoient en manière de voûte, de forte<br />
que le Pôle vifible tournoit toujours au-defius <strong>du</strong><br />
même point de la Terre, mais qu'enfuite il acquit<br />
une inclinaifon ; que la Voie Lactée eft une<br />
réflexion des ra7ons <strong>du</strong> Soleil qui n'eft point interceptée<br />
par des Aftres ; que les Comètes font<br />
un aflemblage d'Etoiles errantes qui jettent des<br />
flammes & que l'air élance comme des étincelles;<br />
que les Vents viennent de l'Air raréfié par le<br />
Soleil ; que le Tonnerre eft pro<strong>du</strong>it par le choc<br />
des Nues, l'Eclair par leur frottement, & le<br />
Tremblement de Terre par l'Air qui pénètre dans<br />
la Terre ; que les Animaux furent d'abord pro<strong>du</strong>its<br />
d'un mélange d'Eau & de Terre, échauffées<br />
à un certain degré; que les mâles vinrent <strong>du</strong><br />
côté droit & les femelles <strong>du</strong> côté gauche de la<br />
matrice.<br />
On raconte qu'il prédit la chute de la pierre<br />
qui tomba près d'Egefpotame (1) & qu'il a voit<br />
dit qu'elle tomberoit <strong>du</strong> Soleil ; on ajoute que ce<br />
fut pour cette raifon qu'Euripide, fon disciple,<br />
dans fa pièce de Phaëton ,appella le Soleil, lingot<br />
d'or.<br />
(1) Je tra<strong>du</strong>is cemotcommel'AbWGédoyn, Ptufmaj,<br />
vjmtt de U Fhocidt Cb. IX. Egefpotame «toit une ville<br />
de l'Hellefpont. Voyez la note de Ménage 8c le TnicTot<br />
d'Etienne.<br />
Tome I. E
93 A N A X A G O R E.<br />
d'or. On dit qu'Anaxagore étant parti pour<br />
Olympie dans un beau tems, mit un habit'de peau,<br />
comme s'il avoit prévu qu'il pleuvrait bientôt,<br />
& que fon preffentiment fe trouva jufte. A la<br />
queftion que lui fit quelqu'un, fi la Mer couvriroit<br />
un jour les <strong>mont</strong>agnes de Lampfaque, il répondit<br />
qu'oui, fi le tems ne finiflbit pas. On lui<br />
demanda pour quelle fin il étoit né ? Pour contempler,<br />
dit-il, le Ciel, le Soleil, & la Lune. Et<br />
fur ce qu'on lui demanda s'il étoit banni par les<br />
Athéniens, il repondit, nullement ; ce font eux qui<br />
le font à mon égard. Ayant vu le fépulchre de<br />
Maufole,il dit qu'un beau monument repréfentoit<br />
des richefles transformées en pierres. Voyant<br />
un homme qui s'affligeoit de ce qu'il mourroit<br />
dans un pays étranger, confolez vous, lui dit-il:<br />
le chemin pour aller vers les Morts eft le même<br />
par-tout.<br />
Au-refte, fui van t ce que dit Phavorln dans fon<br />
Hijloire diverfe, il paroit avoir été le premier qui<br />
a cru que le fujet <strong>du</strong> Poëme d'Homère étoit de<br />
recommander la vertu & la juftice; opinion qui<br />
fut fort éten<strong>du</strong>e par Métrodore de Lampfaque,<br />
l'un de fes Amis, qui fe fervoit auifi beaucoup<br />
d'Homère pour l'étude de la Nature. Anaxagore<br />
fut encore le premier qui publia une description<br />
par écrit (i); & Silène, dans le I. Livre de<br />
fes<br />
(1) Voyez le Thxe'foi d'Etienne fui le mot original.
ANAXAGORE. gp<br />
Ces Hifioires, rapporte qu'une pierre étant tombée<br />
<strong>du</strong> Ciel fous PArchontat de Dimylus,cePhilofophe<br />
dit que tout le Firmament étoit pierreux &<br />
que, fans le mouvement de tourbillon qui l'affermiiïbit,<br />
il s'écrouleroit.<br />
• Les fentimens font partagés pour ce qui regarde<br />
fa condemnation. Sotion, dans la Succejfion<br />
dis Pbilofopbes, dit que Cléon l'accufa d'impiété,*<br />
pour avoir défini le Soleil une mafle ardente; mais<br />
que Périclès, fon disciple, ayant pris fa défenfe,<br />
Anaxagore fut condamné à une amende de cinq<br />
Talens & envoyé en exil. Satyre,dans fes Vies,<br />
taxe Thucydide de s'être ren<strong>du</strong> fon aceufateur<br />
par efprit de parti, contre Périclès, que Thucydide<br />
contrecarrait dans les affaires <strong>du</strong> gouvernement<br />
, & dit qu'il ne chargea pas feulement Anaxagore<br />
d'impiété, mais encore de trahifon. Il<br />
ajoute qu'il fut condamné à mort pendant fon<br />
abfence ; & que, comme on lui eut annoncé en<br />
même tems qu'il avoit per<strong>du</strong> fes fils & qu'on<br />
l'avoit condamné à mourir, il dit que quant au<br />
dernier article il y avoit long-tems que la Nature<br />
l'avoit fournis lui & fes aceufateurs à cet arrêt,<br />
& qu'à l'égard de fes enfans il favoit qu'il les avoit<br />
engendrés mortels. Il y en a qui attribuent<br />
cette réponfe à Solon le Légiflateur, d'autres à<br />
Xénophon. Démétrius de Phalere dans fon Livre<br />
de la Vieillejfe, nous apprend qu'il enterra lui<br />
même fes enfans. Et Hermippe prétend, dans<br />
E 2 fes
IOO ANAXAGORE.<br />
fes Vies, qu'il fut mis en prifon &. jugé coupable<br />
de mort; que Périclès là-deflus ayant demandé<br />
fi quelqu'un avoit quelque crime capital à lui<br />
imputer à lui-même, & perfonne ne répondant,<br />
il ajouta, or cet homme eft mon Maître : ainji ne<br />
vous laijjez pas prévenir par la calomnie pour le<br />
perdre, £? fuivez mon avis en le renvoyant abfous;<br />
qu'Anaxagore obtint là-deflus foh élargifleinent,<br />
mais qu'il ne put fupporter cet affront &<br />
s'ôta la vie. Mais Jérôme au II. Livre de<br />
fes Commentaires divers, dit que Périclès le fit<br />
comparoitre dans un tems qu'il étoit fi chancelant<br />
& fi exténué' de maladie qu'il fut abfous<br />
plutôt par pitié que juridiquement ; tant on eft<br />
peu d'accord fur la condemnation de ce Pbilofophe.<br />
D'autres ont cru encore qu'il étoit devenu<br />
ennemi de Démocrite, parce que celui-ci lui<br />
avoit refufé fa converfation.<br />
Enfin Anaxagore alla mourir à Lampfaque.<br />
Les principaux de la ville ayant envoyé chez lui,<br />
pour favoir s'il n'avoit rien à ordonner avant fa<br />
mort, il pria qu'il fût permis aux enfans de fe divertir<br />
, tous les ans, le jour <strong>du</strong> mois qu'il feroit<br />
décédé ; coutume qui eft encore en ufage aujourd'hui.<br />
Les habitans de Lempfaque rendirent<br />
fa à mémoire tous les honneurs poffibles & Yenfevelirent<br />
dans un tombeau fur lequel ils mirent<br />
cette Epitaphe.<br />
Ici repofe Anaxagoras, étant arrivé au Monde<br />
ce-
ANAXAGORE. TOI<br />
célejle ^ ayant atteint avec la fin de la carrière la<br />
la conmiffance entière de la Vérité. En voici une<br />
autre que j'ai faite pour lui. Anaxagore efl<br />
condfitnné à mort,pour avoir foutenu que It Soleil efl<br />
une majje ardente ; Périclès fin ami le fauve, £^<br />
lui-même s'Ste la vie dans une langueur de fageffe.<br />
Il y a eu trois autres perfonnages de même nom,<br />
mais tous peu confidérables. Le premier étoit<br />
Orateur & difciple d'Ifocrate, le fécond Statuaire<br />
<strong>du</strong>quel Antigone a parlé, le troifieme Grammairien<br />
& difciple de Zénodote.<br />
<br />
B S Afc-
aoa AR'CHELAUS.<br />
ARCHE L AU S.<br />
A Rchélaûs d'Athènes ou de Milet, fils d'Apollodore<br />
ou de Mydon, félon quelques-<br />
-uns. fut difciple d'Anaxagore & maître de Socrate;<br />
il fut le premier qui apporta la Phyfique,<br />
de l'Ionie à Athènes.j delà vient qu'on<br />
l'appella Phyficien, outre une autre raifon, c'eft<br />
que cette partie de la Philofophie s'éteignit avec<br />
lui, en même tems que Socrate intro<strong>du</strong>ifit la<br />
Morale; il parolt pourtant avoir touché auffi à<br />
la Morale, puifque les loix, le jufte & l'honnête<br />
avoient fouvent fait la matière de fes difcours;<br />
Socrate fut fon difciple en cela & ayant éten<strong>du</strong><br />
cette fcience, il eut le nom de l'avoir inventée.<br />
Ce Fhilofophe affignoit deux caufes à la génération,<br />
le chaud & le froid; il foutenoit que<br />
les Animaux furent- formés <strong>du</strong> limon ; & il difoit<br />
que ce qu'on appelle jufte & injufte n'eft<br />
pas tel par lui-même, mais en vertu des loix.<br />
Voici quel étoit fon raifonnement: il difoit<br />
que l'eau qui tient fa fluidité de la chaleur pro<strong>du</strong>it<br />
la Terre, lorfqu'elle eft condenfée par le Feu,<br />
& qu'elle demeure jointe à fes principes ; & que<br />
lorfqu'elle s'écoule autour des principes <strong>du</strong> Feu,<br />
elle pro<strong>du</strong>it l'Air; de forte que l'Air fert à la<br />
con-
•A R C H E L A U S. 103<br />
confervation de !a Terre & le Feu par fon mouvement<br />
à celle de l'Air. (1)<br />
11 croyoit que les Animaux proviennent de<br />
ce que la Terre, étant échauffée, diftilla une forte<br />
de boue qui reflembloit au lait, ajoutant que<br />
c'eft de la même manière que les Hommes ont été<br />
formés; il fut le premier qui dit que la voix étoit<br />
un effet de la pereuffion de l'Ait ; il difoit<br />
que la Mer eft contenue dans les cavités de la<br />
Terre par laquelle elle eft comme tamifée; il croyoit<br />
que le Soleil eft le plus grand de tous les<br />
Aftres & que l'Univers eft infini.<br />
On diftingue trois autres Archélaûs, un Géographe<br />
qui a décrit les provinces qu'Alexandre<br />
a parcourues, un Naturalifte qui a pailé en vers<br />
des chofes qui femblent avoir deux natures (2),<br />
& un Orateur qui a donné des préceptes fur l'Eloquence.<br />
(1) Plutarqne rapporte ainfi le fentiment d'Arche'laiic.<br />
SJK It frincife dt rVnivtrs étcit l'^iir infini & U rartftetimtr<br />
ttndinfatin d'icilui dmt l'un tfi II Feu & l'autre t/l<br />
I'EJM. Opinions des Philofophcj. LIT. I. ch. 3. Tiad.d'Amyot.<br />
(z) Je fois une coneftion de Ménage.<br />
M<br />
s o-
104 S O C R A T E.<br />
S O C R A T E.<br />
PLaton dans fon Tbécetete dit que Socrate naquit<br />
d'un Tailleur de pierre,nomméSophrdnifque,<br />
& de Phanarete qui faifoit le métier de<br />
Sage-femme. Athènes fut fà patrie & le village<br />
d'Alopece fon lieu natal. Il y en a qui croient<br />
qu'il aida Euripide à compofer fes pièces, dûmoins<br />
Mnéfiloque dit-il ]à-deffu$.<br />
Les Phrygiens (i) font une nouvelle pièce d'Euripide<br />
fous laquelle Socrate a mis les farmens.<br />
Ailleurs il dit auflî que Socrate mettait les<br />
doux aux pièces d'Euripide.<br />
Pareillement Callias, auteur d'une pièce intitulée<br />
les Captifs, y parle ainfl.<br />
Te voila grave fj* tu fais parottre de grands<br />
fentimens. Je le puis, Socrate en ejt F Auteur.<br />
Ariftophane, dans fes Nuées, accufe auflî Euripide<br />
d'être aidé dans fes Tragédies par celui qui<br />
proférait à tout propos des difcours de fegejje,<br />
So-<br />
(i) Je fuis la verilon Latine. Ménage ne fe fouvient<br />
pas qu'il foit parlé ailleurs de cette pièce d'Euripide. Je<br />
Toulois tra<strong>du</strong>ire,/» 1{ôtistvoyez le Thréfor d'Etienne, 8e<br />
cela s'accorderait avec ce qui fuit ; mais j'ai penfé qu'il<br />
' avoit peut-être un jeu de mots dans ce que dit Mnéûoque.<br />
Î
iSi/^fiAiii? & ra-at/v tumt? vereJaf?t&t$<br />
j?^t?**dî^il*?
•S 0 C R A T E. J©5<br />
" Sdcrate fut difciple d'Anaxagore, félon quelques-uns<br />
, & de Damon auffi, fuivant le témoignage<br />
d'Alexandre dans fes SucceJJions des Pbilofo-<br />
•pbes. Après la condamnation d'Anaxagore, il<br />
fréquenta l'école d'Archélaùs le Phyficien, qui, au<br />
rapport d'Ariftoxene, eut un attachement particulier<br />
pour lui (i). Duris prétend qu'il fe mit en<br />
fervice & qu'il fut Tailleur de pierre; & quelquesuns<br />
ajoutent que c'eft lui qui fit les Grâces qui<br />
fonf repréfentées habillées dans la for^erefle d'Athènes<br />
; c'eft ce qui donna lieu à Timon de le<br />
dépeindre ainfi dans fes vers fatyriques.<br />
' De ces Grâces efl venu ce Tailleur de pierre, ce<br />
Raiformeur fur les loix , cet Enchanteur de là<br />
Grèce, cet Impojteur, ce Railleur, ce demi Athénien<br />
& cette Homme dijfmulél<br />
Socrate, comme le remarque Idoménée, étoit<br />
fort habile dans la Rhétorique ; mais les trente<br />
Tyrans, dit Xénophon, lui défendirent del'enfeigner,<br />
Ariftophane le blâme d'avoir abufé de fon<br />
habileté, en ce que d'unemauvaife caufe il en fai.<br />
foit une bonne. Phavorin, dans fon Hijioire <strong>du</strong><br />
verfe, aflure que ce fut lui avecfl£fchine,fon difciple,<br />
qui les premiers enfeignerent la Rhétorique.'<br />
Idoménée confirme cela dans ce qu'il a écrit des<br />
Dif-<br />
(i> On cite le Scholiafte d'Ajiftophane 8c Bade', poui<br />
prouver que le terme de l'original fc prend ainfi ; voyez,<br />
le Thiéïoi d'Etienne.<br />
/ E 5
XOS S O C R. A T E.<br />
.Difciples de Socrate. Il eft encore le premier<br />
qui a traité la Morale & le premier des Philofcphes<br />
qui eft mort condamné. Ariftoxene, fils de<br />
Spinthare, raconte qu'il faifoit valoir .fon argent<br />
& raffembloit le gain qu'il retiroit de fes prêts,<br />
& cela étant dépenfé, le prêtoit de nouveau à profit.<br />
«Démétrius de Bylance dit que Criton le tira<br />
de fa boutique & qu'il s'appliqua à l'inftruire, estant<br />
charmé des difpofitions de fon efprit (i).<br />
Mais Socrate, voyant que la Phyfîque n'intéreflè<br />
pas beaucoup les hommes, commença à raifonaer<br />
fur la Morale & en parloit dans les boutiques &<br />
fur les marchés, exhortant chacun à penfer à ce<br />
fu'il y avait de bon ou de mauvais chez lui. Souvent<br />
il s'animoiten parlant jufqu'à fe frapper lui-même<br />
& à fe tirer les cheveux, cela faifoit qu'on fe<br />
moquoit de lui ,• mais il fouffroit le mépris & la<br />
raillerie jufques là que, comme le rapporte Démétrius,<br />
quelqu'un lui ayant donné un coup de pied,<br />
U dit à' ceux qui admiroient fa patience, fi un<br />
Ane m'avoit donné une ruade irois-je lui faire un<br />
procès ?<br />
Il n'eut pas befoin pour éclairer fon efprit de<br />
voyager, à l'exemple de beaucoup d'autres,- & exçepté<br />
lorfque la guerre l'a appelle hors de chez<br />
lui,<br />
(i ) Voici un exemple que le mot de l'original ne fc<br />
doit pas toujours prendre au feus que lui donnent plufieors<br />
Interprètes 8e quM fîgnifie faim efcme, adjrwatioi»,
S 0 C R À T E. îof<br />
fui, ilfetenoit dans le même lieu, ayant des converfations<br />
avec fes amis, moins dans le deflein de.<br />
combattre leur opinion que dans la vue de démêler<br />
la vérité. On dit qu'Euripide, lui ayant donné<br />
i lire un ouvrage d'Heraclite, lui demanda ce<br />
qu'il en penfoit : ce que j'en ai compris, lui répondit-il,<br />
eft fort beau, & je ne doute pas que le<br />
refte que je n'ai pu concevoir ne foit de la même<br />
force; mais, pour Ventendre,*/ faudroii être un<br />
Nageur de Délos (i). Socrate étoit d'une bonne<br />
conftitution & avoit beaucoup de foin de s'exercer<br />
le Corps ; il fut à l'expédition d'Amphipolis;<br />
& dans une bataille qui fe donna près de Délium,<br />
fl fauva la vie à Xénophon qui étoit tombé de<br />
fon cheval ; & quoique le mauvais fuccès <strong>du</strong> combat<br />
eût obligé les Athéniens de prendre la fuite,<br />
il fe retira, au petit pas, regardant fouvent derrière<br />
lui, pour faire face à ceux qui auraient pu vouloir<br />
le furprendre. Il fervit auflî fur la flotte<br />
.<br />
E 6
IO8 S O C R A T E .<br />
avoit faites à Alcibiade qu'il aimoit beaucoup-,<br />
comme le rapporte Ariftippe, dans fon IV. Li'<br />
vre des Délices anciennes. Ion de Chio dit<br />
que dans fa jeuneffe il fit un voyage à Sainos avec<br />
Archélaûs. Il alla aufli à Pytho (i), au rapport<br />
d'Ariftote, & fut voir l'Ifthme, à ce que dit<br />
Phavorin, dans le I. Livre de fes Commentaires.<br />
Socrate avoit des fentimeos fermes & républicains<br />
, il en donna des preuves lorfque Critias (2)<br />
& fes Collègues, ayant ordonné qu'on leur amenât<br />
Léonte de Salamine, homme fort riche,pour<br />
le faire mourir, il ne voulut pas le permettre &<br />
fut le feul des dix Capitaines de l'armée qui ofa<br />
l'abfoudre. Lui-même,lorfqu'il étoit en prifort<br />
& qu'il pouvoit s'évader, n'eut point d'égard aux<br />
prières & aux larmes de fes amis, & les reprit en<br />
termes féveres & pleins de grands fentimens. La<br />
frugalité & la pureté des mœurs cara&érifoient encore<br />
ce Philofophe ; Pampbila dans fes Commentaires,<br />
Livre VIL, nous apprend qu'Alcibiade<br />
lui donna une grande place pour y bâtir une maifon<br />
& que Socrate le remercia» en lui difant;fi<br />
j'avois befoin de fouliers & que vous nie donnafjîez<br />
<strong>du</strong> cuir pour que je les fifle moi-même, ne fe?<br />
roit-<br />
(1) C'tft Delphes. Note de Ménage. Faufanias, V*:<br />
yagc de la Fhocide. ttad. de Ge'doya T. z. p. 33a.<br />
(1) L'un des 30 Tyrans.
S O C R A T E ; tof<br />
roit-il pas ridicule à moi de le prendre. Quelquefois<br />
il jettoit les yeux fur la-multitude des chofes<br />
qui fe vendoient à l'enchère, en penfant en<br />
lui-même : que de chofes dont je n'ai pas befoin l<br />
Il récitoit fouvent ces vers. L'Argent & la<br />
Pourpre font plutôt dés ornemens pour le Théa«<br />
tre que des chofes néceûaires à la vie. Il méprifa<br />
généreufement Archélaùs de Macédoine » Scopas<br />
de Cranon , & Euryloque de Lariflç, re><br />
Ma leur argent & ne daigna pas même profiter<br />
des invitations qu'ils lui fireni de les aller voir.<br />
D'ailleurs il vivoit avec tant de fobriété que, quoiqu'Athenes<br />
eut fouvent été attaquée de lapefte,<br />
il n'en fut jamais atteint,<br />
Ariftote dit qu'il époufa deux femmes, la première<br />
Xantippe dont il eut Lamproclès, l'autre<br />
Myrton, fille d'Ariftide le Jufte, qui ne lui apporta<br />
rien en dot & de laquelle il eut Sophronifque<br />
& Ménéxene. Quelques-uns veulent qu'il épou- .<br />
fàMyrton en premières noces; d'autres, comme<br />
en particulier Satyrus & Jérôme de Rhodes, croient<br />
qu'il les eut toutes deux a la fois. Ils difcnt<br />
que les Athéniens, ayant deflèin de repeupler leur<br />
Yille épuifée d'habitans par la guerre & la contai<br />
gion, ordonnèrent qu'outre que chacun épouferoit<br />
une citoyenne, il pourrait procréer des en-;<br />
fans <strong>du</strong> commerce qu'il auroit avec une autre perfonne,<br />
& que Socrate pour fe conformer à cetto<br />
ordonnance contracta un double mariage.<br />
E 7 So-.
no S O C R A T E .<br />
Socrate avoit une force d'efprit qui Paidoit I<br />
fe mettre au-deflus de ceux qui le blâmoient; il<br />
faifoit profeffion de favoir fe contenter de peu<br />
de nourriture & n'exigeoit aucune récompenfe<br />
de fcs fervices. Il difoit qu'un homme qui mange<br />
avec appétit fait fe paffer d'apprêt, & que celui<br />
qui boit avec plaifir prend la première boiffon<br />
qu'il trouve ; & qu'on approche d'autant plus de<br />
la condition des Dieux qu'on a befoin de moins<br />
de chofes. Il n'y a pas même jufqu'aux Auteurs<br />
Comiques qui, fans y prendre garde, l'ont loué par<br />
les chofes mêmes qu'ils ont dites pour le blâmer.<br />
Ariftophane, parlant de lui, dit. t toi, qui afpiret<br />
à la plus fublime fageffe, que ton fort fera glorieux<br />
à Athènes fc? parmi les Grecs ! Il ajoute. Pourvu<br />
que tu aies de la mémoire & de la prudence £p ?«*<br />
tu ne faffes confifter les maux que dans l'opinion, tu<br />
ne te fatigueras pas, foit que tu te tiennes de bout<br />
eu que tu marches ; tu ne fens, ni le froid, ni la faim;<br />
tu n'aimes ni le vin, ni les feftins, ni toutes 1er<br />
chofes inutiles.<br />
1 Amipfias l'a repréfenté couvert d'un manteau;<br />
commun & lui adreffe ce difcours. Socrate, toi<br />
qui es la meilleure d'entre peu de perfonnes fi? /*<br />
plus vaine d'entre plufieurs ,quel fujet t'amène enfim<br />
dans notre compagnie 6f depuis quand peux-tu nou<br />
fbuffrir? Mais à propos de quoi portes-tu cette robe 'tTb<br />
Utr fVeft fans doute une méchanceté de ton Corroyeu<br />
Lors même que Sonate fouffroit la faim, il ne<br />
put
S O C R A T E . m<br />
put fe réfoudre à devenir flatteur ; Âriftophane en<br />
rend témoignage lorfque, pour exprimer le mépris<br />
que ce Philofophe avoit pour la flatterie, il dit.<br />
Enflé £ orgueil, tu marches dans -les rues en jettant<br />
les yeux de tous côtés, & quoique tu ailles nudspieds<br />
Êf que tu fouffres plufieurs maux, tu parois toujours<br />
iioec la gravité peinte fur le vif âge.<br />
• Il n'étoit pourtant pas tellement attaché à cette<br />
manière de vivre qu'il ne s'accommodât aux<br />
circonftances ; il s'habillent mieux félon les occafions,<br />
comme lorfqu'il fut trouver Agathon ,ainfi<br />
que lé rapporte Platon dans fon Banquet. Il<br />
poflédoit au même degré le talent de perfuader<br />
& de difluader; jufques là que Platon dit que dans<br />
un difcours qu'il prononça fur la feience il changea<br />
Théaetetes qui y étoit préfent& en fit un homme<br />
extraordinaire Eutyphron pourfuivit fon<br />
Père en juftice pour le meurtre d'utuEtranger ; il<br />
le détourna de fon deflein en traitant de quelques<br />
devoirs relatifs à la juftice & à l'amour filial. Il<br />
inculqua à Lyfis une grande pureté de mœurs.<br />
Enfin il avoit un génie tout à fait propre à faire<br />
naître fes difcours des occafibns. Xénophon rapporte<br />
que par fes confeils il adoucit fon fils Lamproclès<br />
qui fe con<strong>du</strong>ifoit mal envers fa Mère, &<br />
qu'il engagea Glaucon, frère de Platon, à ne point<br />
fe mêler des affaires publiques pour lefquelles il<br />
n'avoit point de talent; 'tandis qu'au-contratre il<br />
y portoit Charmidas qui avoit la capacité reqûife.<br />
11
t n S O C R A T E<br />
Il releva le courage d'Iphicrates par l'exemple<br />
des Animaux, lui faifant remarquer les coqs <strong>du</strong> Barbier<br />
Midas qui ofoient attaquer ceux de Callias;<br />
Glauconides le jugeoit digne d'être regardé comme'le<br />
protecteur de la ville & le comparait à un<br />
oifeau rare.<br />
Socrate remarquoit avec étonnement qu'il eft<br />
facile de dire les biens qu'on poffede, mais diffi.<br />
cile de dire les amis qu'on a: tant on néglige de<br />
les connoitre. Voyant l'afli<strong>du</strong>tté d'Euclide au<br />
Barreau, il lui dit: mon cher Euclide, vous<br />
{aurez vivre avec des Sophiftes, & point avec<br />
des Hommes. En effet, il regardoit ces fortes<br />
d'affaires comme inutiles & peu honorables ; penfée<br />
que lui attribue Platon dans fon Enthydeme.<br />
Charmides lui ayant donné des efclaves, pour<br />
qu'il en fit fon profit, il refufa de les prendre. H<br />
y en a qui veulent qu'il méprifa Alcibiade à caufe<br />
de fa beauté. Il regardoit le repos comme le<br />
plus grand bien qu'on pût pofieder, ditXenophon<br />
dans fon Banquet., Il prétendoit que la fcience<br />
feule eft un bien & l'ignorance un mal, que les<br />
richeffes & les grandeurs ne renferment rien de<br />
recommandable, mais qu'au-contraire elles font<br />
les foufces de tous les malheurs q\ii arrivent.<br />
Quelqu'un lui difant qu'Antifthene étoit fils d'une<br />
femme originaire deThrace, eft-ce que vous penfiez,<br />
dit-il, qu'un fi grand homme de voit être iflii<br />
de Pere& Mère Athéniens? La condition d'efcja-<br />
; ve
S 0 C R A T È. Iî3<br />
ve obligeoit Phédon de gagner de l'argent avec<br />
déshonneur, il détermina Criton à le racheter<br />
& en fit un grand Philofopbe. U employoit fes<br />
heures de loifir à apprendre à jouer de la Lyre,<br />
difant qu'il n'y avoit point de honte à s'inftruire<br />
de ce qu'on ne favoit pas. La Danfe étoit encore<br />
un exercice qu'il prenoit fouvent, comme le<br />
rapporte Xénophon dans fon Banquet, parce qu'il<br />
croyoit qu'il contribue à conferver la fanté. Il<br />
difoit qu'un Génie lui annonçoit l'avenir ; que<br />
l'on devoit compter pour beaucoup, de bien commencer<br />
,- qu'il ne favoit rien, finon cela même<br />
qu'il ne favoit rien ; & que ceux qui achetoient<br />
fort cher des fruits précoces étoient des gens qui<br />
défefperoient de vivre jufqu'à la faifon où ils font<br />
mûrs. On lui demanda un jour quelle étoit la<br />
principale vertu des jeunes gens, il répondit que<br />
c'étoit celle de n'embraffer rien de trop. Il confeilloit<br />
de s'appliquer à la Géométrie jufqu'à ce<br />
qu'on fçût donner & recevoir de la terre par mefore<br />
& en égale quantité. Euripide ayant ofé dire<br />
fur la vertu, dans fa pièce intitulée Auge, qu'il<br />
étoit bon de s'en dépouiller, hardiment, il fe leva<br />
& fortit en difant ces paroles : quel ridicule n'efici<br />
point de faire des recberebes fur un Efclave qui<br />
s'efi enfui f^ de permettre que la vertu périjfe ! Interrogé<br />
s'il valoit mieux fe marier ou non, lequel<br />
des deux que l'on cboififfe, dit-il, le repentir<br />
ejt certain. Il s'étonnoit fort de ce que les Sculpteurs
114 S O C R A T E.<br />
teurs en pierre fe donnoient tant de peine pour<br />
imiter la Nature, en tâchant de rendre leurs copies<br />
femblables aux originaux, & de ce qu'ils prenoient<br />
fi peu de foin pour ne pas reflembler eux-mêmes<br />
à la matière dont ils faifoient leurs ftatues. il<br />
confeilloit aux jeunes gens de fe regarder fouvent<br />
dans le miroir afin de fe rendre dignes de leur<br />
beauté,s'ils en avoient, ou de réparer la difformité<br />
de leur corps en s'omant l'efprit de fcience.<br />
Un jour il invita â fouper des personnes riches ;<br />
& comme Xantippe avoit honte <strong>du</strong> régal que fon<br />
mari fe préparait à leur . donner, il lui dit, ne<br />
vous inquiétez pas: fi mes conviés font fobres<br />
& difcrets, ils fe contenteront de ce qu'il y aura,<br />
fi au-contraire ils font gourmans, mocquons-nous<br />
de leur avidité. Il difoit qu'il mangeoit pour<br />
vivre, au-lieu que d'autres ne vivoient que pour<br />
manger, Il comparait l'aftion de louer la multitude<br />
à celle d'un homme qui rejetterait une piece<br />
de quatre drachmes, comme de nulle valeur, &<br />
qui recevrait enfuite pour bon argent une quantité<br />
de ces mêmes efpeces. iËfchine lui ayant<br />
dit, je fuis pauvre & je n'ai rien en mon pouvoir<br />
que ma perfonne, diipofez-en > Socrate lui répondit,<br />
fongez vous bien à la grandeur <strong>du</strong> préfent que<br />
vous'me faites? Un homme s'affligeok <strong>du</strong> mépris<br />
où il étoit tombé depuis que les Tyrans avoient<br />
ufurpé le gouvernement, il lui répondit ; qu'y a-t-il<br />
en
§ O C R A T E. us<br />
en cela'qui foit proprement le fujet de votre<br />
chagrin? On vint lui dire que les Athéniens avoient<br />
prononcé fa fentence de mort, ils font<br />
dans le même cas dit-il, la Nature a prononcé<br />
la leur; d'autres attribuent cette réponfe.à Anaxagore.<br />
Sa femme fe plalgnoit de ce qu'il de-<br />
Voit mourir innocent, il lui demanda fi elle aimoit<br />
mieux qu'il mourut coupable. Ayant rêvé<br />
qu'une voix lui difoit, dans trois jours tu feras<br />
dans les champs fertiles de Pbtbie ( i ), il avertit<br />
iEfchine qu'il mourroit le troifleme jour fuivant.<br />
Le jour où il devoit boire le jus de la ciguë étant<br />
arrivé, Àpollodore lui offrit un riche manteau en<br />
le priant de s'en enyelopper pour mourir ; fi le<br />
mien,dit-il, m'a fervi pour vivre, ne me fervira»<br />
t-il pas bien auffi pour mourir ? On lui dit que<br />
jqueliui'un le chargeoit de malédictions, il faut<br />
ie fouffrir, dit-il, il n'a point appris à mieux parler.<br />
Antifthene s'étoit fait une déchirure à foa<br />
jnanteau & la <strong>mont</strong>rait à tout le monde, Socrate<br />
iui dit qu'au-travers de fa déchirure il voyoit fa<br />
vaine gloire. On lui demanda, n'eft-il pas vrai<br />
que voilà un homme qui médit cruellement de<br />
; - vous?<br />
: (0 C'eft un versd'Hometej Phthie étok la patrie d'Achille<br />
qui menaçant Ulyfle de fe retirer chez lai fe fert de<br />
ces mots, dans trois jours j'arriverai à la fertile Phthie.<br />
Socrate vouloit dire que la mon le rameneroit dans fa<br />
patrie. Note de Dacier fui les Dialogues de Platon Torru<br />
x. Lt Critm.
îi« S 0 C R A T E.<br />
vous ? non dit-il, car je ne mérite pas les médifances<br />
dont il me charge, Il difoit qu'il lui étoit<br />
avantageux de s'expofer à la cenfure des Poètes<br />
Comiques ; parce que, fi leurs critiques étoient fondées<br />
, c'étoit à lui à fe corriger de fes défauts<br />
comme au-contraire il ne devoit pas s'embarrafier<br />
de ceux qu'ils pouvoient lui fuppofer. Une fois<br />
Xantippe, non contente de l'avoir accablé d'injures<br />
, lui jetta de l'eau fale fur le corps, j'ai bien<br />
cru, lui dit-il, qu'un fi grand orage neft pafleroit<br />
pas fans pluie. Alcibiàde lui parlant de cette<br />
humeur infupportable de fa femme,Socrate lui<br />
dit, je fuis accoutumé à ces vacarmes comme on<br />
fe fait à entendre le bruit d'une poulie ; ' & vous<br />
/«qui parlez de ma femme ne fupportez-vous pas<br />
les cris de vos Oies; oui, dit Alcibiàde, mais<br />
elles me pondent des œufs & en font éclorre des<br />
petits; & Xantippe,reprit Socrate,me donne des<br />
enfans. Un jour fes amis lui confeilloient de la<br />
frapper pour lui avoir coupé fon habit en plein<br />
marché, quel confeil me donnez-vous là, dit Socrate?<br />
C'eft donc pour rendre tout le monde témoin<br />
de nos querelles & pour que vous-mêmes<br />
nous excitiez & nous difiez : courage, Socrate ;<br />
courage, Xantippe. Il difoit qu'il falloit tirer partie<br />
des méchantes femmes, comme les Ecuyers font<br />
des chevaux ombrageux ; que comme après en avoir<br />
dompté de difficiles ils viennent plus aifément<br />
à bout de ceux qui font Couples, de même fi lui<br />
fa-
S O C R A T E. 117<br />
favoit vivre avecXantippe,il auroit moins de peine<br />
à fe faire au commerce des hommes. Toutes<br />
ces maximes qu'il propofoit & qu'il confirmoit par<br />
fon exemple furent caufe que la Pythonifle loua<br />
fa con<strong>du</strong>ite & rendit à Chéréphont cet oracle<br />
connu.<br />
De tous les hommes Socrate eft le plusfage. Cet<br />
oracle excita la jaloufie contre lui, comme fi tous<br />
ceux qui avoient bonne opinion d'eux-mêmes étoient<br />
accufés par-là de manquer de fagefle. Platon,<br />
dans fon Ménon, met Anytus au nombre des<br />
envieux de Socrate ; comme il ne pouvoit fouffrir<br />
que Socrate fe moquât de lui, il indifpofa d'abord<br />
Ariftophane contre lui ; enfuite il fuborna Mélj.<br />
tus qui l'accufa devant les Juges d'être un Impie<br />
• & de corrompre la Jeuneffe. Phavorin, dans fon<br />
Hiftoire diverfe, rapporte que Polieufte plaida lé<br />
procès. Hermippe dit que Polycrate,leSophifte,<br />
dreffa la harangue ; d'autres veulent que ce fut<br />
Anytus,mais que l'OrateurLycon prépara le tout.<br />
Au-refte Antifthene * dans la Succejfion des Pbilth<br />
fopbes, & Platon, dans fon apologie, nomment trois<br />
accufateurs de Socrate, Anytus, Lycon, & Mélire,<br />
le premier agiflant pour les Chefs <strong>du</strong> peuple<br />
& les Magiftrats, le fécond pour les Orateurs,<br />
& le troifieme pour les Poètes, autant de clafles<br />
de perfonnes qui avoient à fe plaindre des çenfu.<br />
xes de Socrate. Phavorin au j. Livre dç fes<br />
Commentaires, dit que la harangue qu'on attrU<br />
bue
ng S O C R A T E . -<br />
bue à Polycrate contre ce Philofophe eft fuppofée;<br />
parce qu'il y eft parlé des murs rebâtis par.Conon,<br />
ce qui n'arriva que fix ans après la mort de<br />
Socrate. Voici quels furent les chefs d'aceufation<br />
qui furent atteftés par ferment, Phavorin<br />
dit qu'on les conferve encore aujourd'hui dans le<br />
Temple de la Mère des Dieux.<br />
„ Mélitus, fils de Mélitus de Lampfaque, char-<br />
„ ge Socrate,natif d'Alopece, fils de Sophronif-<br />
„ que, des crimes fui vans. Il viole la fainteté des<br />
„ loix en niant Pexiftence des Dieux reconnus par<br />
„ la ville & en en mettant de nouveaux à leur<br />
„ place. 11 corrompt aulfi la jeunefle. 11 ne peut<br />
„ expier fes crimes que par la mort.<br />
Lyfias lui ayant récité une Apologie qu'il avoit<br />
faite pour lui, mon Ami, lui dit le Philofophe,<br />
la pièce eft bonne, mais elle ne me convient pas.<br />
En effet le ftyle en étoit plus propre à l'ufage <strong>du</strong><br />
Barreau que fortable à la gravité d'un Philofophe.<br />
Lyfias furpris d'entendre en même tems louer &<br />
rejetter fon Apologie le pria de s'expliquer. Il<br />
neferoit pas impofEble, répondit-il, que des habits<br />
&des fouliers fuflentbien faits, quoiqu'ils ne<br />
puflent me fervir. Jufte Tibérien dit, dans fa Qé~<br />
néologie, que pendant qu'on plaidoit la caufe de<br />
Socrate, Platon <strong>mont</strong>a à la tribune & dit ces paroles<br />
, Athéniens, quoique je fois le plus jeune de tous<br />
ceux qui fe font prifentés pour parler dans eertt oceafion<br />
; mais les Juges fe récrièrent là-deflUs & lui<br />
impoferent filence. So-
S O C R A T E . xi9<br />
Socrate fut donc condamné à la pluralité de<br />
deux cens quatre-vingt-une voix; mais comme<br />
les Juges délibéroient pour favoir s'il falloit le<br />
condamner au fuplice ou à une amende, il fe taxa<br />
lui-même à vint-cinq drachmes, quoiqu'Eubulide<br />
prétende qu'il promit d'en payer cent; cependant<br />
voyant que les Juges balançoient & n'étoient<br />
pas d'accord entr'eux, vu les a&ions que j'ai<br />
faites, dit-il, je crois que la peine à laquelle il faut<br />
me condamner ejl de m'entretenir dans le Prytanée<br />
(i). A peine eut-il dit cela que quatre-vingt nouvelles<br />
voix fc joignirent à celles qui opinoient à<br />
la rigueur. Il fut jug» digne de mort, con<strong>du</strong>it<br />
en prifon, & peu de jours après il but la ciguë.<br />
Avant ce moment il fit un difcours, élégant &<br />
folide, que Platon a rapporté dans fon Pbédon.<br />
Plufieurs croient qu'il compofa même un Hymne<br />
qui commence par ces mots (2).<br />
Je vous falue Apollon de Délos £f toi Diane, enfans<br />
illuftres. Mais Dyonifodore prétend que<br />
cet fcymne n'eft point de lui. Il fit auffi une fable<br />
(O Edifice public a Athènes Se dans d'autres villes de<br />
la Grèce où les Orphelins 8c ceux qui avoient ren<strong>du</strong> des<br />
fervices ï la Patrie e'toieat entretenus. Paufanias, trad. de<br />
Gédoyn, voyage d'Athènes T. i. p. s$. Se m.<br />
(z) C'cft Platon qui attribue poiîtivement à Socrate un<br />
Hymne à Apollon, Phe'don trad. de Dacier p. is«, 15».<br />
Le terme de l'original defigne ces hymnes qu'on chantoit<br />
à. Apollon après une viftoite. Voyez le ThieToi d'Etienne
no S O C R A T E.<br />
ble à l'imitation de celles d'Efope, mais aflez<br />
mal conçue ; elle commence de cette manière.<br />
Efope recommanda au Sénat de Corintbe de ne<br />
peint juger la vertu par les avis <strong>du</strong> peuple.<br />
Telle fut la fin de Socrate, mais les Athéniens<br />
en eurent bientôt tant de regret qu'ils rirent fermer<br />
les lieux où on s'exerçoit à la Lutte & aux<br />
Jeux Gymniques; ils exilèrent les ennemis de<br />
Socrate, & pour Mélitus ils le condamnèrent à<br />
mort, Ils élevèrent à la mémoire de Socrate une<br />
flatue d'airain qui fut faite par Lyfippus, & la<br />
placèrent dans le lieu appelle Pompée. Les habitans<br />
d'Héraclée chafferent Anytus de leur ville<br />
le même jour qu'il y étoit entré.<br />
Au-refte ce n'eft pas feulement envers Socrate<br />
que les Athéniens en ont mal agi; ils ont maltraité<br />
plufieurs autres Grands-Hommes ; ils traitèrent<br />
Homère d'infenfé & le mirent à une amende<br />
de cinquante Drachmes, comme le ditHéraclide<br />
; ils accuferent Tyrtée de folie & condamnèrent<br />
Aftydamas le plus illuftre imitateur d'Efchyle<br />
à une amende de vingt pièces de cuivre; auifi<br />
Euripide leur adrefla-t-il ce reproche dans fonPatomede,<br />
fur la mort de Socrate.<br />
Vous avez ravi la vie au plus grand des Sages,<br />
i cette Mufe agréable qui n'affligeait perfonne.<br />
Voilà ce qui arriva à Socrate, Philochore date<br />
pourtant la mort d'Euripide avant celle de So-<br />
• crate. ApoUodore, dans fes Chroniques, place la<br />
naH*-
S O C R A T E . m<br />
mifiance <strong>du</strong> dernier fous PArchontat d'Apfé-.<br />
phion à la quatrième année de la LXXVII Olympiade.le<br />
fixieme jour <strong>du</strong> moisThargélion (i),<br />
jour dans lequel les Athéniens avoient coutume<br />
de purifier leur ville & auquel ceux de Délos difent.que<br />
Diane naquit. Il mourut la première<br />
année de la VC Olympiade âgé de<br />
foixante & dix ans. Démétrius de Phalere femble<br />
en convenir, mais d'autres le difent mort<br />
dans la foixantieme année de fon âge. Lui &<br />
Euripide furent tous deux difciples d'Anaxagore.<br />
Euripide naquit fous Callias, la première année<br />
de la LXXV Olympiade. Si je ne me<br />
trompe, Socrate a traité des chofes naturelles;<br />
ce qui me donne lieu de le croire, c'eft qu'il<br />
a parlé de la Providence, quoique Xénoprion qui<br />
le rapporte dife qu'il s'eft borné à ce qui regarde<br />
les mœurs. . D'un autre côté, Platon dans fon Apologie,en<br />
faifant mention d'Anaxagore & d'autres<br />
Phyûciens, avance des chofes que Socrate<br />
combat, nonobftant qu'il lui attribue tout ce qu'il<br />
dit <strong>du</strong> lien. Ariftote raconte qu'un certain Mage<br />
étant venu, de Syrie à Athènes, reprit Socratc<br />
fur difFérens fujets & lui prédit qu'il auroit une<br />
fin tragique. J'ajoute ici l'Epitaphe que j'ai faite<br />
fur la mort de notre Philofbphe.<br />
Socrate, tu bois aujourd'hui le nt&ar à la table<br />
des<br />
(J) Avril.<br />
Tom. I. î"
188 S O C R A T E .<br />
des Dieux; Apollon vante ta fageffe; & fi Atbenet<br />
méconnoit tes fervices, elle s'empoifmne elle-même<br />
avec la ciguë qu'elle te donne.<br />
Ariftote, au III Livre de fon Art Poétique,<br />
dit que Socrate eut, avec un nommé Antioloque<br />
de Lemnos & avec Antiphon Interprète des<br />
prodiges, quelque différent, comme eurent Pythagore<br />
avec Cydon & Onatas : Homère & Héfîode<br />
l'un avec Sagaris, l'autre avec Cécrops pendant<br />
leur vie, & tous les deux avec Xénopaane de Colophon<br />
après leur mort : Pindare avec Amphimene<br />
de Cos : Thaïes avec Phérécyde : Bias avec<br />
Salare de Priene: Pittacus avec Antiménide &<br />
Alcée : Anaxagore avec Sofihe : & Simonide avec<br />
Timocréon.<br />
Entre les Seâateuss de Socrate, qui s'appelle*<br />
rent Socraticiens, les principaux furent Platon,<br />
Xénophon & Antifthene. Dans le nombre des<br />
dix, comme on les nomme, il y en eut quatre plus<br />
fameux que les autres,. Efchine, Phédon, Euclide<br />
& Ariftippe. Premièrement nous parlerons<br />
de Xénophon & renverrons Antiflhene à la claflè<br />
des Philofophes Cyniques. Eniuite nous traite»<br />
rons des Socraticiens & de Platon, chef des dix<br />
Sectes, & inflituteur de la première Académie.<br />
C'eft l'ordre que nous nous propofons de fuivre<br />
dans la fuite de cet ouvrage.<br />
Au-refte il y a eu plufieurs autres Socrates;<br />
un Hiftorien qui a donné une defcription <strong>du</strong><br />
Pays
S O C R A T E. 113<br />
hp d'Argos, un Philofophe Péripatéticieo, de<br />
Bithjrmie ,jan Epigrammatiftë, & enfin un Ecrivain<br />
de Cos qui a compote on Livre des fiirnoms<br />
des Dieux.<br />
* *<br />
L«<br />
mf<br />
p a<br />
XE»
f*4 XEN O F l&0;£j<br />
XENOPHON,<br />
XEnophon, fils de Gryllus, naquit à Enchia,<br />
village <strong>du</strong> territoire d'Athènes. Il étoit modefte<br />
& fort bel homme. On dit que Socrate, l'ayant<br />
rencontré dans une petite rue, lui en barra<br />
le paffage avec fon bâton, en lui demandant où<br />
étoit le marché; qu'après que le jeune homme<br />
eut f?tisfait à fa queftion, il lui demanda où e&V<br />
ce que les hommes fe formoient à la vertu ; &<br />
que, comme Xénophon héfitoit à hii répondre, il<br />
lui dit de le fuivre, qu'il le lui apprendroit; &<br />
que,depuis ce tems-là, il devint'un des difciples<br />
de Socrate. Il eft le premier qui ait donné au<br />
public, en forme de Commentaires, les cbofec<br />
dont il tenoit notice, & le premier qui fe foit occupé<br />
à écrire l'Hiftoire des Philofophes. Ariftippe,<br />
dans le IV Livre des Délices des anciens,<br />
rapporte qu'il avoit un amitié particulière pour<br />
Clinias & qu'il le lui dit en ces termes. Je prens<br />
plus de plaifir à voir Clinias que tout ce que les<br />
bommes ont de plus rare. Je voudrais perdre la vue<br />
& n'avoir des yeux que pour voir Clinias. La nuit<br />
jt m'afflige de fon abfence, le matin je remercie le<br />
Soleil <strong>du</strong> bonheur Ihe j'ai de revoir Ginias.<br />
U s'infirma daht l'amitié de Cyrus & voici<br />
•'••- '*-• " coa-
.; •&(•>
ÏENOPHOK. *t$<br />
comment ils'y'prk. Il avoit un Ami, nomme"<br />
Proxene, Béotien d'origine, difcipie de Gorgias<br />
de Léonte, & qui vivoit à la Cour de Cyrus, qui<br />
lui faifoit parti de fon amitié. Proxene écrivit k<br />
Athènes une lettre à Xénophon dans laquelle il le<br />
prioit de venir à Sardes & de s'appliquer à gagner<br />
l'affection <strong>du</strong> Roi. Xénophon <strong>mont</strong>ra la lettre<br />
i Socrate & lui demanda fon avis, qui fut qu'il<br />
iroit confulter l'oracle de Delphes fur te parti<br />
qu'il devoit prendre. Il obéit : mais au-lieu de<br />
demander à Apollon s'il devoit fe rendre auprès<br />
de Cyrus, il lui demanda de quelle manière il feroit<br />
le voyage de Sardes. Socrate, quoique fâché<br />
de la tromperie de fon difcipie, lui confeilla ce»<br />
pendant de partir; & Xénophon, -étant arrivé i<br />
la Cour de Cyrus, fçut tellement lui plaire qu'il<br />
entra auffi avant que Proxene dans fes bonnes<br />
jgraces. Et delà vient qu'étant à portée de tout<br />
voir & de tout connottre, il nous a G bien détail<br />
lé les dreonftances de l'arrivée & de la defeente<br />
de Cyrus en Grèce.<br />
H eut une haine mortelle pour Ménon qui &<br />
toit Capitaine d'une Compagnie de Soldats étrangers,<br />
lorfque les- Perfes vinrent en Grèce. Entre<br />
autres chofes déshonorantes qu'il lui reproche, il<br />
Faccufe d'avoir eu des amours illégitimes. Il blâma<br />
auffi un certain Apollonide de s'être fait percer<br />
les oreilles. Après la déroute de Pbnt & la»<br />
rupture de l'alliance avec Seuthus^Roi desOdry^<br />
E $ fien»
116 XENOPHOK<br />
Sens, Xénophon fe retira en Me, auprès d'Agéfilas,<br />
Roi de Lacédémone. Il lui fit avoir i fa folde<br />
des troupes de Cyrus, fe dévoua entièrement<br />
1 fon fèrvice & noua avec lui une amitié parfaite;<br />
ce qui porta les Athéniens à le condamner<br />
i un exil, dans la penfée qu'il s'étoit engagé avee<br />
les Lacédémoniens, Delà, il paflk à Ephefe où<br />
il mit en dépôt, jufqu'à fon retour, la moitié de<br />
l'argent qu'il avoit avec lui, entre les mains de<br />
Mégabyfe,un des Prêtres de Diane, auquel il permit<br />
de l'employer à faire une ftatuepour laDéeffe,<br />
fuppofé qu'il ne revint plus dans le pays. Il<br />
dépenfa l'autre moitié en préfens qu'il envoya à<br />
Delphes. La guerre contre les Thébains l'ayant<br />
rappelle en Grèce avec Agéfilas, il en reprit le<br />
chemin, muni de provifions de bouche que lui<br />
fournirent les Laeédémoniens» Enfuite il fe fépara<br />
d'Agéfilas & vint jufqu'à Scillunte, dans la<br />
•campagne d'Elée, pas loin, de la. ville.<br />
Il avoit avec lui, dit Démétrius de Magnéfie,<br />
une femme,nommée Philéfia, qui le fuivoit avec<br />
deux enfans, que Dinarque, dans fon Livre de la<br />
Répudiation, de Xénopban, appelle Gryllus &Diodore,<br />
frères jumeaux. Le hazard voulut que Mégabyfe,<br />
fon dépofitaire, vint dans ce pays à l'occafioa<br />
d'une réjouiflànce publique. Xénophon retira<br />
l'argent de fes mains ; en acheta une portion de<br />
terre, à travers de laquelle coule le fleuve Sélinus<br />
éc même nom que celui qui baigne la ville d'Ephc-
XÉNOPHON. 127<br />
priefe & la confacra à la Déefle. Il y pafla le<br />
le tems à la chaffe, à régaler fes amis, & à écrire<br />
l'Hiftoire. Dinarque prétend que les Lacédémoniens<br />
lui rirent préfent de cette terre avec<br />
la maifon. Il y en a même qui veulent que Pélopidas<br />
de Lacédémone y envoya les prifonniers<br />
qu'on avoit amenés de Dardanie pour qu'il eh<br />
difpofât à fa volonté ; mais qu'ertfuite les Eliens,<br />
étant venus attaquer Scillunte, & les Lacédémoniens<br />
ayant tardé à y envoyer <strong>du</strong> fecours, ravagèrent<br />
le pays qu'occupoit Xénophon. Ses enfans<br />
fe fauverent alors à Léprée, avec un petit nombre<br />
d'efclaves ; & lui-même fe rendit d'abord à Eles><br />
puis à l'endroit où étoit fa famille ; & delà il partit<br />
avec elle pour Corinthe où il fixa fon féjour.<br />
Cependant les Athéniens réfolurent de fecourir<br />
tes. Lacédémoniens que leurs ennemis avoient ré<strong>du</strong>its<br />
à une fàcheufe fituation : Xénophon envoya<br />
fes fils i Athènes combattre pour les Lacédémoniens<br />
chezlefqaels ils avoient été élevés, à ce que<br />
dit Diodes dans les Vies des Pbilofopbes. L'un<br />
d'eux,riomiriéDiodore, revint'<strong>du</strong> combat fans avoir<br />
fait aucune action de marque, & eut un fils<br />
qui porta le même nom que fon frère. Pour<br />
Gryllus il combattit avec beaucoup de courage<br />
parmi la Cavalerie, & mourut glorieufemerit dans<br />
la bataille qui fe donna près de Mantinée, fous<br />
la con<strong>du</strong>ite de Céphifodore qui étoit Général de<br />
la Cavalerie, & fous les ordres d'Agéfilas qui cora-<br />
F 4 vasar
«S XENOPHOIf.<br />
«îandoit Parmée en Chef, félon le rapport d'Ephore,<br />
au XXV Livre de fes Hifioires. On<br />
raconte que Xénephon faifoit un facrifice a-<br />
•ec un» couronne fur la tête, Iorfqu'on vint luf<br />
apprendre le ûiccès de cette bataille où Epaminondas<br />
Général des Thébains avoit auffi per<strong>du</strong> la<br />
vie ; qu'à la nouvelle <strong>du</strong> malheur arrivé à fon fils,<br />
il Ôta fa couronne ; mais qu'il la reprit lorsqu'on<br />
fui eut dit le courage avec lequel il avoit combattu.<br />
On allure même que, bien-loin de répandre<br />
des larmes, il dit d'un œil fec, je favois que<br />
je l'avois mis au monde pour mourir. Ariftote<br />
cite plufieurs Ecrivains qui ont fait l'Eloge & l'Epitaphe<br />
de Gryllus, en partie pour faire plaifir à<br />
ifon Père. Hermippe, dans la vie deThéophrafte,<br />
dit que Socrate a auffi compofé le Panégyrique<br />
de Gryllus; ce qui porta Timon à le blâmer, en<br />
difànt, qu'il avoit fait deux tu trois livres ou cm<br />
plus grand nombre, de la mttne efpece que les ouvrages<br />
peu propres à perfuader qu'ont fait Xénopbm<br />
& Efcbine.<br />
Ainfi vécut Xéûophon dont la réputations'accrut<br />
fur-tout la IV année de la XCIV<br />
Olympiade. Il fuivit Cyrus en Grèce, pendant<br />
l'Ârchontat de Xénénete, un an avant<br />
la mort de Socrate. StéiicKde d'Athènes ><br />
dans fa Defcriptim des Archontes & des<br />
Vainqueurs Olympiques, fixe fon décès à<br />
fa I année de la CV Olympiade fous Cal-
X E N - 0 P IT
130. X E M 0 P H 0 N.<br />
ouvrage n'eft point de lui. [On dit qu'ayant<br />
en fa pofleffion les Livres égarés de Thucydide<br />
& pouvant fe les attribuer, il les mit au jour<br />
à l'honneur de cet Hiftorien. On lui donnoic<br />
le nom de Mufe Attique, à caufe de la douceur<br />
de fon éloquence. Aufli y avoit-il quel,<br />
que jaloufie entre lui & Platon ; j'en dirai da«.<br />
vantage ailleurs. Voici les vers que j'ai faits i<br />
& louange.<br />
L'Amour de la, Vertu» qui efi le chemin <strong>du</strong><br />
Gel, appella Xénopbm en Perfe , plutôt que l'amitié<br />
de G/rus. En nous peignant les faits des<br />
Grecs, ce Pbilofopbe nous développe fon génie for?<br />
mé fur l'efprit fublime de Socrate.<br />
J'ai fait auffi> cette Epigiamme fur fe mort.<br />
Xénopbm, parce que Cyrus te reçoit dans fm<br />
amitié > les Athéniens foupfonneux te hanniffent de<br />
leur ville; mais la bienfaifante Corintbe t'ouvre un<br />
ofylé dans fon fein, où tu fais vivre heureux.<br />
J'ai lu quelque part qu'il fleuriflbit avec les<br />
autres difciples de Soctate vers la XIC. Olym...<br />
piade. Iftrus dit qu'il fut exilé par ordre<br />
d'Eubule & rappelle par fon avis. Au-refte,<br />
il y a eu fept Xénophons. Celui dont nous par»<br />
lens. Le fécond Athénien & frère de ce Py„<br />
thoftrate qui fut auteur <strong>du</strong> Poëme de Théféis,<br />
des vies d'Epaminondas & de Pélopidas & de quelques<br />
autres ouvrages. Le troifieme né à Cos, &
v ,X*N-0PHOK. ijr<br />
Médecin 1 de profeffion. Le quatrième HùTorienr<br />
d'Annibal. Le cinquième qui a traité des prodiges<br />
fabuleux. Le fixieme natif de Paroi & faifeur<br />
de ftatues. Le feptieme Poète de l'ancienne Comédie<br />
(i).<br />
(i) On diftinguoït la Com&ie Ancienne, Moyenne'lé<br />
Nouvelle. La première etoit fort fatyrique. Voyez le<br />
Tbriftr d'Etienne 8c le P. Bruno? , Théâtre des Giccs,<br />
Tom. j. pag, \»U<br />
«Or<br />
F
?3* ï"S C I I H t<br />
ESCHINU<br />
E Sehine, fils <strong>du</strong> Charentier Charinus, ou de LjF^fanius,,naquit<br />
à Athènes; Extrêmement laborieux<br />
dès & jeunefle, il s'attacha tellement àt<br />
Socrate qu'il ne le quittpit jamais; ce-qui faifbit<br />
fouvent dire à ce Philofophe que le fils d'un Cfearentier<br />
étoit le feul qui fçut véritablement faire<br />
cas de lui. Idoménée rapporte que ce fut Efchine<br />
& non Criton qui confeilla à Soçrate de s'enfjair<br />
de fâ prifon, mais que Platon attribua ce<br />
confeil à Criton, parce qu'Efchine étoit plus ami,<br />
d'Ariftippe que de Platon.<br />
Efchine fut en butte aux traits de la Calomnie<br />
: Ménédeme d'Erétrée fur-tout l'accufa dés'être<br />
approprié plufieurs Dialogues de Socrate<br />
que Xantippe fa veuve lui avoit donnés. Ceux<br />
qu'on appelle imparfaits font trop, négligés ; ils,<br />
n'ont rien de l'éloquence & de l'énergie des expreflions<br />
de Socrate.. Pififtrate d'Ephefe aflure<br />
qu'Efchine n'en efi: pas non plus l'Auteur, &.<br />
Perfée, qui les croit, fortis, de la plume de Pafiphon<br />
d'Erétrée, ajoute que ce fut.auflî lui qui Ies=<br />
inféra dans les Oeuvres d'Efchine,& qui fuppofâ:<br />
pareillement le petit tyrus, le petit Hercule, &.<br />
YAkibinit tdntijtbene,. & d'autres ouvrages..<br />
1 '' U*
E S JC IH I N E. *SJ<br />
Les vrais Dialogues; d'Efchine & qui approcbenfc<br />
de la manière d'écrire,de Socrate font ht nombre<br />
de fept; (avoir MLltiade, Ion dont 1s ftyfe<br />
eft moins nerveux que celui'<strong>du</strong> premier, Gaifias<br />
,. Axioque „ Afpafie ,. Alcibiade,. Thélaugét<br />
&Rhinon.<br />
On prétend que la pauvreté obligea Efchirië<br />
d'aller en Sicile auprès de Denys ; que Platon;<br />
feméprifa, mais qu'Aiiftippe le recommanda ait<br />
Tyran j que,lui ayant récité quelques-uns de fe«.<br />
Dialogues Je Philofophe eut part à fes libéralités?;<br />
qu'enfuite il revint à Athènes,, mais qu'iln'ofa y<br />
enfeignerlaPhilofophie à caufé delà grande repu?<br />
tation de Platon & d'Ariftippe ; que cependant,<br />
il y ouvrk une Ecole,, fe faifant payer de fes<br />
Difciples,jufqu'à ce qu'à la fin il femit âplaidence<br />
qui rit dire à Timon qu'il n'était pas dipour*<br />
vu <strong>du</strong> dm de perfuoder-. Ceux qui"parlent dé lui<br />
ajoutent que Socrate, le voyant dans la difetté,.<br />
lui dit qu'il falloit qu'il prît à ufùre. fur Iuumêtme<br />
en fe retranchant, une partie de fa nourriture.<br />
IL n'y eut pas jufqu'à Ariftippe qui ne le fôup.<br />
çpnnât de mauvaife foi^ au Tujet de fês Dialogues.<br />
; à la lecture qu'Efchihe. hii en fit à-<br />
Mégare, on raconte. qtfil* lui dit d'un ton raili<br />
•leur. Plagiaire,, où as-tu-pris cela? Polycrite de-<br />
Mendes. Livre I. dés: Allions de Denys , é".<br />
crit qu'il vécut, avec Carinus le Comique 4 : .<br />
E 7; ' la-
134 E S C H I N E.<br />
la Conr <strong>du</strong> Tyran, jufqu'à ce qu'il déchut de fà<br />
puiflànce & jufqu'au retour de Dion à Syracufe.<br />
On a encore une lettre d'Efcfaineà Dénys. Il<br />
étoit aufE grand Orateur : fa harangue, en faveur<br />
<strong>du</strong> père <strong>du</strong> Capitaine Phénix, en eft une preuve;<br />
il imita l'éloquence de Gorgias de Léonte. Ly*<br />
fias répandit auffi contre lui un Libelle qu'il intitula<br />
la Calomnie. Certainement on ne fau»<br />
roit rejeter les témoignages qui prouvent qu'il<br />
étoit bon Orateur. Il avoit un ami dans la pcifonne<br />
d'un certain Ariftote, nommé autrement<br />
Mythus; De tous les Dialogues de Socrate,Pa»<br />
nétius croit ne devoir admettre pour véritables<br />
que ceux de Platon, de Xénophon, d'Antifthe»<br />
ne & d'Efchine; il doute de ceux dePhédon &<br />
cVEuclide ; il rejette tous les autres.<br />
Il y a eu huit différens Efchines-; le prenne»<br />
eft le Philofophe dont nous donnons la vie ; le<br />
fécond a traité de l'éloquence; lçtroifieme imi*<br />
ta l'Orateur Démofthene; le quatrième, natif<br />
d'Arcadie, fut difciple d'Ifocrate; le cinquième,<br />
furnommé le fléau des Orateurs, naquit à Mi*<br />
tykne ; le fixieme, qui* étoit de Naples, embrafla<br />
la Secte Académicienne fous MéJanthe de Rhodes<br />
qui fut fon ami particulier; le feptieme,- né à<br />
Milet, écrivit fur la Politique; le huitième fut<br />
Sculpteur.<br />
ARIS»
"ETC
A % I S X J. J F E. i»<br />
A RI STIPPE.<br />
Riftippe étoit Pyrénéen d'origine, Efchin©<br />
dit qu-'attiré par la réputation de Sacrate,<br />
M vint à Atfaeaes. Selon Phanias d'Erefe,.Phil«-<br />
$>phe Péripatétàcien, il fut le premier des feétatturs<br />
de Socrate qui enfeigna par intérêt & qui<br />
exigea un falaire de fes Ecoliers;, ayant: un jour<br />
envoyé vingt mines à fon maître, elles lui furent<br />
Knvoyées-avec cette réponfe que le Dieu de Sa.<br />
çraté ne lui permettoit pas d'accepter de l'argent,<br />
en effet cela déplaifoit.auPhilofophe. Xénophon<br />
«.'aima pas Ariftippe, & Ge fut.par une fuite de cet<br />
éloignement qu'il publia un livre contre la voIup,té<br />
diont Ariftippe étoit défenfeur , faifant Socrate<br />
jijge de leur différent. Théodore dans fon ou»<br />
vrage des Se&es, déclame auffi contre lui;& Pla?<br />
Bon, dans fon Traité de l'Ame, ne. le maltraite<br />
pas moins que les autres..<br />
Ariftippe étoit d'un naturel qui s'accommodok<br />
aux lieux, aux tems & au génie des perfonnes;<br />
il prenoitavec les. uns & les autres des manières<br />
qui convenoient à leur humeur : auffi- plaifoit il<br />
le plus à Denys,parce qu'il favoit fe gouverner<br />
"comme il faut en toute occafîon,. prenant leplaiûi<br />
quand il fe préfentoit &. fâchant auffi s'en patio:.<br />
C'eft courquoi Diogene l'appellok le Chien<br />
' • ' Eo.-
«« h K Ï S T I T T E .<br />
<strong>Royal</strong>. Timon le pique fort vivement fur fi<br />
friandes; femblabU, dit-ilT àVeffimini Jriftip.<br />
pe, qui peut au feul attouchement diftinguer le vrai<br />
<strong>du</strong> fait». On dit qu'un jour il fè fit acheter me<br />
perdrix, pour cinquante drachmesvenrépondante<br />
quelqu'un qui l'en blâmoit ; je gage que voi»<br />
n'en payeriez pas une obole. Celui-là repritqu'ea<br />
effet il ne les donnerait pas, & moi,, continua Axiftippe,je<br />
ne mets aucune différence danslavakur<br />
de l'argent Un jour Denys lui fit amener<br />
trois Courtifannes-, en lui difànt de choifir celle<br />
qui lui plaifoit le plus ; Ariftippe les garda toutes<br />
trois ».difânt pour s'excufer queParis n'avoitpa*<br />
été plus heuieux pour avoix préféré une feule femme<br />
à toutes les autres. Il mena enfuite ces filles<br />
jufqu'à fa porte où il les congédia: tant il luiétoit.<br />
aifé de prendre de l'amour & de s'en guérir. Oa<br />
prétend que Straton, ou, félon d'autres, Raton, lui<br />
dit qu'entre tous les Philofopbes il n'appartenoit<br />
qu'à lui de porter un bel habit & une vefte dé*<br />
chirée. Denys lui ayant craché au vifage,. il le:<br />
fouffrit fans fe plaindre & répondit à quelqu'un<br />
qui en étoit choqué. Les pécheurs vont fe nisuiU-<br />
1er d'eau de Mer pour prendre un mauvais petit<br />
poijfon, £? moi pour prendre une Baleine ne foufi<br />
frirois-je pas qu'on me mouille le vifage defalive ?"<br />
€bmme il paflbit un jour, pendants que Diogerie<br />
fevoit des herbes, le Cynique lui adreflk ce reproche:,<br />
fi tu ayoîs appris à préparer ta nourri-<br />
ta*
A R I S T I P P E. 137<br />
.lure, tu ne fréquenterais pas la Cour des Tyrans.<br />
: Et toi, lui répliqua Ariftippe, fi tu favois converfer<br />
avec des hommes, tu ne t'amuferois pas à<br />
nettoyer de» légumes. Interrogé fur l'utilité<br />
qu'il retirait de Ja Philofophie , celle, dit-il,<br />
de pouvoir parler i tout le Monde avec aflurance.<br />
S'en tendant blâmer de ce qu'il vivoit avec<br />
trop de fomptuofité & de délicatelTe,fi c'étoitlà,<br />
repliqua-t-il, une chofe honteufe, elle ne feroit<br />
pas en ufage dans les fêtes folenm elles. Qu'eftce<br />
que les Philofophes ont de plus extraordinaire<br />
que les autres hommes, lui dit-on? Ceft, répondit-il,<br />
que, fi toutes les loix venoientà s'anéantir,<br />
leur con<strong>du</strong>ite n'en feroit pas moins uniforme.<br />
Pourquoi, lui dit Denys, voit-on les Philofophes<br />
faire la cour aux riches & ne voit-on pas<br />
les riches la faire aux Philofophes» Ceû que<br />
«eux-cî, répondît-il, fàvent de qui ]îs ontbefôin, &<br />
•que les autres ignorent ceux qui leur font nécet<br />
firires. Platon lui reprochoit qu'il vivoit fplea-<br />
^idement. Que penfèz»vous de Denys, lui demanda<br />
Ariftippe» eft-iî homme de bien? Platon<br />
ayant pris l'affirmative. Gr.pourfuivit-il, Denys<br />
fc traite beaucoup mieux que moi; rien n'emfêche<br />
donc qu'on ne puiffe vivre honnêtement en<br />
"vivant délicatement-<br />
Quelle différence, lui dit-on, y a-t-il entre le»<br />
Savans & les; Ignorans IL» même, repliqua-t-il, qui<br />
eft entre des chevaux domptés & d'autres qui ne<br />
le.
ï38 A R I S T ï P P È.<br />
Te font pas. Etant entré un jour dans la chaffl.<br />
bre d'une Proftituée, & voyant rougir un de ceux<br />
qui l'accompagnoient, il n'y a point de hontf,<br />
dît-il, d'entrer dans un lieu de débauche ; mats<br />
il eft honteux de ne pouvoir en fortir. Quelqu'un<br />
•lui propofa une énigme & le prêtât de la deviner.<br />
Infenfé, lui dir-fl, pourquoi veux-tu que je débrouille<br />
une chofé qui eft obffcure par la manière<br />
même dont elle eft embrouillée? H croyoit que<br />
la pauvreté valoit mieux que l'ignorance, puifque<br />
celle-là n'eft qu'une privation de richeffes au-lieu<br />
que celle-d eft un défaut d'entendement. Etant<br />
pourluivi par quelqu'un qui Poùtrageoit de paroles<br />
, il doubloir le pas. Pourquoi fuis-tu, lui cria<br />
cet homme? Parce que tu as le droit dédire des<br />
injures, répondit-il; & que moi j'ai celurdenete<br />
point entendre. Un autre fe déchalnoit contre<br />
les Philofophes qui afDégeoient les portes des<br />
Grands. Les Médecins, lui dit Ariftippe, font affi<strong>du</strong>s<br />
auprès de leurs malades ; cependant il n'y a<br />
pcrfonne qui aime mieux perdre la fan té que guérir<br />
d'une maladie. Faifànt voile pour Cortnthe,<br />
par un gros temss il s'émut ; ce-qui donna lieu à<br />
quelqu'un de lui dire.Nous»autres,pauvres-ignorans.nous<br />
n'appréhendons pas le naufrage;mais<br />
vous, Philofophes, vous tremblez à la vue <strong>du</strong> péril;<br />
c*eft répondit-il, que vous & nous n'avons; pas<br />
là même vie à conferver. Un autre fe vantoit<br />
d'avoir appris beaucoup de chofe. De même,<br />
dit-
dk-il, que ceux qui mangent avec avidité & qui<br />
fe donnent beaucoup d'exercice ne fe portent<br />
pas mieux que d'autres qui fe contentent amplement<br />
<strong>du</strong> néceflâire ; ainfi ne doit-on pas regarder<br />
comme Savans ceux qui ont parcouru quantité<br />
de volumes, mais ceux qui fe font appliqués<br />
à la le&ure de livres utiles. Un Orateur,<br />
l'ayant fervi dans une 'Caufe qu'il avoit plaidée &<br />
gagnée ,lui demanda à quoi lui profitoient les leçons<br />
de Socrate ; il lui répondit, à vous avoir<br />
fait dite la vérité dans-la harangue que vous avez<br />
prononcée pour moi.<br />
Il infpiroit de grands fentimens à fa fille Ar«te<br />
& lui enfeignoit à méprifer tout excès. Un<br />
père le confulta fur l'avantage que fon fils retiresoit<br />
de l'étude des. Sciences ; fi elle ne. lui apporte<br />
d'ailleurs aucune utilité, reprit Ariftippe, au-inoins<br />
il aura affez- de jugement pour ne pas s'affeoir<br />
au Théâtre comme une pierre fur l'autre.<br />
Un autre lui recommanda fon fils pour l'inftruction<br />
<strong>du</strong>quel le Philofophe exigea cinq cens drachmes.<br />
Un efclave ne me coûteroit pas davantage,<br />
lui,répondit le Père. Achetez,achetez,interromr<br />
pit Ariftippe, vous en aurez deux au-lieu d'un. Il<br />
difoit qu'il prenoit de l'argent de les amis nos<br />
pour s'en fervir, mais afin qu'ils appriflént à l'employer<br />
utQement. Quelques perfonnes lui reprochant<br />
qu'il avoit eu recours à un Rhéteur pour,<br />
défendre fa caufe; pourquoi non,.leur dit-il, jet<br />
prena
HO A R I S T I t P t.<br />
prens bien un Cuifinier pour m'apprêter à inenger.<br />
Un jour Denys vouloit le faire parler fur<br />
la PhiloTophie. Il eft ridicule, lui - dit-il, que<br />
TOUS me demandiez le rationnement même& que<br />
vous aie prefcriviez le temps où il faut que je<br />
raifonne. Denys, choqué de cette réponfe, lui<br />
ordonna d'aller fe placer au bas bout de la table';<br />
apparemment, continua Ariftippe, que vous<br />
avez voulu faire honneur â cette place. Il mortifia<br />
la vanité d'un homme qui fe piquoit de favoir<br />
bien nager,en lui demandant s'il n'avoitpas<br />
honte d'être en concurrence pour l'agilité avec<br />
les poiflbns. Un autre lui demandoit en quoi le<br />
fage diffère de l'infenfé ,* envoyez les, dit-il,<br />
tous deux, nuds, chez ceux qui ne les connoifferit<br />
pas, & ils vous l'apprendront. Un buveur s'ap.<br />
plaadùToit de ce qu'il favoit beaucoup boire fana<br />
s'enyvrer; le Mulet en tait autant, lui répondit<br />
il. Quelqu'un le cenfkrant de ce qu'if avoit commerce<br />
avec une Débauchée. N'eft-ce pas la. môme<br />
chofe, dit-il, que vous habitiez une maifoà<br />
après pluiîeurs autres, ou que vous en habitiez<br />
une que perfonne n'a occupée avant vous ? Non<br />
répondit l'autre. Quoil reprît Ariftippe, il n'eff<br />
pas indifférent que je m'embarque dans un vaiffeau<br />
qu'on aura fouvent équippé, ou- dans un nasvire<br />
neuf & qui n'aura fait aucune courfe ? D'accord<br />
repartit le Cenfeur. Tout de même, répondit<br />
le, Philofophe , il ne m'importe pas d'avoir<br />
caaxr
A R I S T I P P B. 141<br />
»erce*vec une femme gui a fervi àplufieurs,ou<br />
avec une femme encore novice fur la volupté,<br />
Comme il apprit qu'on lui donnoit un mauvais<br />
renom de ce qu'étant difciple de Socrate, il avoit<br />
l'une mercenaire, j'ai raifon , dit-il, de vouloir<br />
être payé de mes Difciples : il eft vrai que<br />
Socrate retenoit peu de chofe pour fon ufage<br />
<strong>du</strong> bled & <strong>du</strong> vin dont quelques-uns de fes amis<br />
lui taifoient préfent & qu'il renvoyoit le fuperflu<br />
; mais les principaux d'Athènes fubvenoient<br />
à fes befoins par les provisions qu'ils lu»<br />
envoyoient, & moi, je n'ai qu'un Efclave qui<br />
eft Eutychide, encore ne m'appartient-il qu'à<br />
titre d'achat. Sotion dans le II. Livre de<br />
fes SucceJJions, rapporte qu'il ëntretenoit la Courtuanne<br />
Laïs. Comme on fe moquoit de lui a<br />
ce fujet, oui, répondit-il, je pofTede Laïs,<br />
mais je ne fuis pas poffédé de fes agrémens, 6c<br />
il eft beau de réfifter à la fenfualité, fans cependant,<br />
fe ferrer des plaifirs. Il ferma la bouche<br />
1 un homme qui lui reprochoit qu'il aimoit les<br />
bons repas, en lui difanî j pour vous, je fuis fur<br />
que vous n'en donneriez pas trois oboles. Non,<br />
dit-Il. Cela étant, reprit Ariftippe, convenez que<br />
je fuis moins gourmand que vous n'êtes avare.<br />
Simus, Tbréforier de Deny3, homme de mauvais<br />
caractère, & qui étoit Phrygien de naiûance, \u\<br />
itiùnt voir la richeffe des ameublemçns & <strong>du</strong><br />
pavé de fa maifon, Ariftippe lui cracha au viikge..<br />
Le
i42 A R I S T 1 P P E.<br />
Le Thréforier s'en irrita. Pardonnez moi, hil<br />
dit le Philofophe, je ne voyots pas où je puffe<br />
cracher plus décemment. Charondas ou Phédon;<br />
félon d'autres, lui demandant qui étoient ceux<br />
qui fe fervoient d'onguens. Moi, répondit-il,<br />
& le Roi de Perfe, qui eft plus miférable encore<br />
que je ne fuis. Au-refte, prenez garde qu'il<br />
en eft des hommes comme de tous les animaux<br />
qui ne perdent rien par les onguens ; mais malheur<br />
aux gens impurs qui nous reprochent que<br />
nous nous oignons de parfums. Quelqu'un, voulant<br />
favoir comment Socrate étoit mort, le pria<br />
de lui en faire le récit. Plût à Dieu, dit-il, que<br />
j'euffe une même fin !<br />
Le Sophifte Polixene entra un jour chez lui,<br />
oh, trouvant une compagnie de femmes ajuftéei<br />
& un fomptueux repas,il fe mit à déclamer contre<br />
le Luxe. Ariftippe l'écouta quelque tems,<br />
jufqu'à ce qu'il l'interrompit, en lui demandant<br />
s'il vouloit être de la partie. Polixene 7 ayant<br />
confenti, quelle raifon avez-vous donc de vous<br />
plaindre, lui dit-il ? Il femble que vous approuvez<br />
les bonnes tables & que vous ne blâmez que<br />
la dépenfe. On lit, dans les Extrcices de Bion,<br />
qu'étant en voyage il dit à fon valet de jetter<br />
une partie de l'argent dont il étoit chargé &de ne<br />
garder que ce qu'il pourrait porter commodément.<br />
Dans un autre tems qu'il voyageoit fur Mer, fi-tôc<br />
qu'il fçut que le vaiffeau appartenoità un Corfai-i<br />
re
A R 1 S T I P P E . 143<br />
re„ il compta fon argent qu'il laiffa gliffer de fes<br />
mains dans l'eau,comme par accident,en déplorant<br />
fon infortune. D'autres lui font dire, il<br />
vaut mieux que l'argent périflc pour Ariftippe,<br />
144 A R I S T I P P E.<br />
«<br />
on lui reprocha cette bafléfle, mais il répondit,'<br />
ce n'eft pas ma faute, c'eft celle de Denys qui<br />
a les oreilles aux pieds. Ariftippe demeuroit en ;<br />
Afie, lorfqu'il fut pris par Artapherne , Gouverneur<br />
de la Province. Quelqu'un lui ayant demandé,<br />
fi après cette 'difgrace il fe croyoit en<br />
fureté? Vous n'y penfez pas, dit-il, je n'eus<br />
jamais'plus de confiance qu'â-préfent que je dois<br />
parler à Artapherne. Il comparoit ceux qui négligeoient<br />
de joindre la Philofophie à la connoiffance<br />
des Arts Libéraux, aux Adorateurs de Pénélope<br />
qui efpéroient plus de conquérir le cœur<br />
de Mélantho, de Polydore,& des autres fervantes,<br />
que d'époufer leur Maitrefle. On dit qu'il<br />
tint un difcours pareil à Arifte en lui difant<br />
qu'Ulyfle,étant defcen<strong>du</strong> aux Enfers, y avoit eu<br />
des entretiens avec presque tous les Morts, mais<br />
que pour leur Reine, il n'avoit jamais pu la<br />
voir. On lui demanda ce qu'il croyoit qu'il<br />
étoit le plus néceflaire d'enfeigner aux jeunes<br />
sens. Des chofes, dît-il, qui puiflent leur être<br />
utiles, quand ils auront atteint l'âge viril. Un au*<br />
trelui faifoit des reproches de ce que,de l'Ecole<br />
de Socrate il étoit allé à la Cour <strong>du</strong> Tyran de<br />
Syracufe. Je fréquente , dit-il , la compagnie<br />
de Socrate, quand j'ai befoin de préceptes, &<br />
«elle de Denys, lorsque j'ai befoin de relâcher<br />
Etant revenu à Athènes, avec une affez bonne<br />
fomme d'argent, oùavez-vous pris tout cela lut<br />
' V) dit
A R I S ï I P P E. ï45<br />
dit Socrate ? Et vous répartit Ariftippe, où avezvous'pris<br />
fi peu de chofe. Une femme de mauvaife<br />
vie l'accufoit d'être enceinte de lui, vous<br />
n'en êtes pas plus fûre, dit-il, que fi, après avoir<br />
marché à travers d'un buiflbn, vous m'afiuriez que<br />
telle épine vous a piquée. Quelqu'un le blâmant<br />
de ce qu'il abandonnoit fon fils comme s'il n'en<br />
étoit pas le père, il répondit : la pituite & la<br />
vermine ne s'engendrent-elles pas de nos corps ?<br />
cependant nous les jettons comme des or<strong>du</strong>res.<br />
Un autre trouvoit mauvais qu'il eût obtenu une<br />
fomme d'argent de Denys, au-lieu que Platon n'en<br />
avoit reçu qu'un livre,' il lui dit, l'argent'm'eft<br />
néceffaire & Platon a befoin de livres. Comme<br />
on lui demandoit le fujet pour lequel Denys é •<br />
toit mécontent de lui, il répondit que c'étoit par<br />
cela-même que tout le monde étoit mécontent de<br />
de lui. Un jour qu'il prioit ce Tyran de lui<br />
ouvrir fa bourfe, Denys lui fit avouer que le Sage<br />
n'avoit pas befoin d'argent & voulut fe prévaloir<br />
de cet aveu; donnez m'en toujours, infiûa<br />
Ariftippe, & puis nous vuiderons la queftion. Sur<br />
quoi Denys lui ayant mis quelques pièces dans<br />
la main ; à-préfent, lui dit le Philofophe, je n'ai<br />
plus befoin d'argent. Denys lui dit une fois<br />
que celui qui alloit chez un Tyran, d'homme libre<br />
devenoit efclave. Non, lui répondit Ariftippe,<br />
s'il y eft venu libre il ne change point de<br />
condition. G'eft Dioclès qui dans la Vie des<br />
Tom. I. G m-
A6 A R I S T I P P E.<br />
Pbilofopbes, lui attribue cette réponfe, mais<br />
d'autres prétendent qu'elle eft de Platon. Ayant<br />
eu une difpute avec Efchine, il lui dit peu de<br />
teins après. Ne nous raccommoderons-nous<br />
point & ne cefferons-nous point de manquer de<br />
xaifon? Attendez-vous que quelque bouffon fe<br />
moque de nous dans les cabarets & nous remette<br />
en bonne intelligence? Soyons amis, dit Efchine<br />
, j'y confens. Et moi aufli, reprit Ariftippe.<br />
Mais fouvenez-yous que, quoique je fois<br />
le plus âgé, je n'en ai pas moins fait les premières<br />
avances. En vérité, lui dit Efchine, vous<br />
avez raifon & votre cœur eft meilleur que le<br />
mien ; j'ai été la principale caufe de notre querelle<br />
, & vous êtes 1 Auteur de notre réconciliation.<br />
Voilà ce qu'on dit de ce Philofophe. Il y a<br />
eu trois autres Ariftippes. Un Ecrivain qui a<br />
donné VHiJloire d'Arcadie. Un autre qui étoit<br />
petit fils <strong>du</strong> Philofophe, & qui, pour avoir été in»<br />
(huit par fa Mère, fut nommé Métrodida&us. Le<br />
troifieme fortit de la nouvelle Académie. On<br />
attribue à Ariftippe trois Livres de l'Hiftoire de<br />
Lybie dédiés à Denys, écrits «partie en langue<br />
Attique & partie en langue Dorique, & l'un defquels<br />
contient vingt-cinq Dialogues. On lui attribue<br />
aufli les Ecrits fuivans, Jrtabaze, Le Naufrage<br />
, les Fugitifs, le Mendiant, Laïs, Porta,<br />
Lois fcp fon miroir, ffermias, le Songe , l'Ecban-
A R I S T I P P E. i47<br />
chnfon, Pbikmele, les Domejliques, les Critiques,<br />
touchant ceux qui le blâmoient de boire<br />
<strong>du</strong> vin vieux & d'entretenir des femmes ; les<br />
Cthfeurs, touchant ceux qui trouvoient à redire<br />
à fa friandife ; une Lettre à fa fille Arête ; une<br />
autre à quelqu'un qui s'appliquoit aux exercices.,<br />
pour les Jeux Olympiques ; deux Interrogations ;<br />
différens Ecrits fententieux, un à Denys, un touchant<br />
la repréfentation, le troifieme à la fille <strong>du</strong><br />
Tyran, le quatrième à un homme qui fe croyoit<br />
méprifé <strong>du</strong> Public, & le dernier à un autre qui<br />
faifoit le donneur de confeils. Plufieurs difent<br />
qu'il a compofé fix Livres fur divers fujets ; mais<br />
d'autres, & Soficrates de Rhodes en particulier,<br />
foutiennent qu'il n'a rien écrit. Sotion & Panœtius<br />
difent que fes œuvres confirment en un Traité<br />
fur la Difcipline, un difcours fur la vertu, des<br />
Exhortations, des Dialogues fur Artabaze, fur<br />
le Naufrage &fur les Fugitifs, fix Livres furies<br />
Ecoles, trois Livres de Sentences, des Entretiens<br />
fur Lais, Parus, & Socrates, & des Réflexions<br />
fur la fortune.<br />
Ariftippe définiffoit la Volupté, qu'il établiffôit<br />
pour dernière fin, un mouvement agréable que<br />
l'Ame communique aux fens. Après avoir décrit<br />
fa vie, parlons avec ordre des Philofophes<br />
Cyrénéens, fes fettateurs. Les uns fe font appelles<br />
Hégéfiaques, les autres Annicériens, d'autres<br />
Théodoriens. Nous comprendrons dans cette<br />
G a clafle
H8 A R I S T I P P E.<br />
claffe ceux qui font fortis de l'Ecole de Phédon<br />
&qui, fous le nom d'Erétréens, ont paflê pour les<br />
plus célèbres. Arête, fille d'Ariftippe, étudia fous<br />
fon Père avec Ethiops de Ptolémaïs & Antipater<br />
de Cyrene. Ariftippe, furnommé Metrodidaftus,<br />
fut difciple d'Arête & Maître de Théodore, furnommé<br />
Athéos, & dont on changea le nom en<br />
en celui de Théos. Epitideme de Cyrene apprit<br />
fa fcience d'Antipater & Penfeigna à Parébates<br />
qui inftruifit Hégéfias, nommé Pifithanate,<br />
& celui-ci fut Docteur d'Annicéris qui racheta<br />
Platon.<br />
Ceux qui ont fuivi les dogmes d'Ariftippe fe<br />
font nommés Cyrénéens, à caufe de Cyrene qui<br />
étoit la patrie de ce Philofophe ; ils croient que<br />
l'homme eft fujet à deux paillons, au plaifir &<br />
à la douleur ; ils appellent le plaifir un mouvement<br />
agréable qui fatisfait l'Ame, & la douleur<br />
un mouvement violent qui l'accable ; ils prétendent<br />
que tous les plaifirs font égaux, & que l'un<br />
n'a rien de plus fenfible que l'autre; que tous<br />
les animaux le recherchent & fuient la douleur.<br />
Panœtius, dans fon Livre des Selles, dit qu'ils veulent<br />
parler en cela <strong>du</strong> plaifir corporel dont ils<br />
font la fin de l'homme, & non de celui qui confîfte<br />
dans la tranquillité qui eft l'effet de la fanté<br />
& de l'exemption de la douleur : plaifir qui eft<br />
celui dont Epicure a pris la défenfe & qu'il établit<br />
pour fin. Cependant il femble que «es Philo-
À R 1 S T I P P E. té<br />
lofophes diftinguent cette fin <strong>du</strong> fouverain bien,<br />
puisqu'ils appellent la fin un plaifir particulier<br />
& font confifter la vie heureufe ou le bonheur<br />
dans l'affemblage de tous les plaifirs particuliers,<br />
tant de ceux qui font panes, que de ceux qu'on<br />
peut recevoir encore ; ils difent que le plaifir<br />
particulier eft défirable pour lui-même , & qu'aucontraire<br />
la félicité n'eft point à fouhaiter pour<br />
elle-même, mais à caufe des plaifirs particuliers<br />
qui en réfultent. Ils ajoutent que le fentiment<br />
nous prouve que le plaifir doit être notre fin :<br />
puifque la Nature nous y porte dès l'enfance : que<br />
nous nous y laiflons entraîner fans jugement : &<br />
que, lorfque nous le poffédons, nous neiouhaitons<br />
rien outre Te jouiflànce que nous en avons, aulieu<br />
que nous avons pour la douleur une répugnance<br />
naturelle qui nous porte à l'éviter. Ils<br />
difent encore, comme le rapporte Hippobote,<br />
dans fon Livre des Selles,.que le^plaifir eft un<br />
bien, lors-même qu'il naît d'une chofe déshonnête,<br />
cf que le caractère honteux de la caufe qui le<br />
pro<strong>du</strong>it n'empêche pas qu'on ne doive le regarder<br />
comme un bien, Au-refte ils ne croient<br />
pas, comme Epicure, que la privation de la douleur<br />
foit un bien, ni la privation <strong>du</strong> plaifir un<br />
mal : parce que le plaifir & ra douleur confiftent<br />
dans un mouvement de l'Ame (i) & qu'être fans<br />
dou-<br />
(i) Autrement, dan» les Senfation*.<br />
G 3
150 A R I S T I P P E.<br />
douleur, c'eft être comme dans l'état d'un nomme<br />
qui dort. Ils difent qu'il fe peut qu'il y ait<br />
des perfonnes qui, dans une aliénation d'efprit,<br />
n'ont aucun goût pour le plaifir. Ils ne font<br />
pourtant pas confifter tout plaifir & toute douleur<br />
. dans des fenfations corporelles, convenant qu'un<br />
homme peut concevoir de la joie, ou d'un bonheur<br />
qui arrivera à fa patrie, ou à caufe de<br />
quelque avantage qui le regardera perfonnelle-<br />
• ment; mais ils ne conviennent pas que le fouvenir<br />
ou l'attente d'un bien puifTe créer <strong>du</strong> plaifir<br />
, ce qui eft l'opinion d'Epicure, & ils fe fondent<br />
fur ce que le tems diflipe le mouvement de<br />
l'Ame. Outre cela, ils difent que le plaifir & la<br />
douleur ne peuvent venir des feuls objets qui<br />
frappent les organes de l'ouie & de la vue : puifque<br />
nous écoutons volontiers les plaintes de<br />
«eux qui contrefont les malheureux, & que nous<br />
entendons avec répugnance ceux qui fe plaignent<br />
de leurs propres maux. Ils donnoient le nom<br />
de fituation mitoyenne à cette privation de contentement<br />
& de douleur. Ils mettoient les plaiiîrs<br />
<strong>du</strong> corps fort au-deflus de ceux de l'Ame, &.<br />
legardoient les maux corporels comme pis que<br />
ceux de l'efprit, difant que c'eft par cette raifon<br />
-que les Criminels font punis par les maux <strong>du</strong><br />
Corps. Ils appelloient la douleur un état rude<br />
& la joie une chore plus" naturelle, & de-là<br />
Tient qu'ils apportoient plus de foin à gouverner<br />
la,
À R I S T I P P E. ist<br />
la joie que la douleur, parce que, quoique le<br />
ptaifir foit à rechercher par lui-même, il fe trouve<br />
fouvent que les caufes qui le pro<strong>du</strong>tfent font désfagréables<br />
; & c'eft ce qui leur faifoit dire que<br />
raflemblage de tous les plaifirs particuliers, qui<br />
conftituent le bonheur, eft difficile à faire.<br />
Une de leurs opinions eft que le fage n'eft<br />
pas toujours heureux, ni l'infenfé toujours dans<br />
la douleur; mais que cela a lieu la plupart <strong>du</strong><br />
temps, & qu'il fuffit aufli, pour être heureux,<br />
qu'on éprouve <strong>du</strong> plaifir à quelque égard. Ils<br />
difent que la fagefle eft un bien qu'il ne faut<br />
pas défirer relativement à elle-même, mais en<br />
considération des avantages qui en reviennent;<br />
qu'on ne doit chérir un ami que par néceÛlté, àpeu-près<br />
comme on aime fes membres,. auiG<br />
long-tems qu'ils font unis au corps ; qu'il y a des<br />
vertus qui font communes aux fages & aux extravagans;<br />
que l'exercice <strong>du</strong> corps eft utile à la<br />
vertu; que l'envie n'a aucune prife fur le Sage,,<br />
qu'il eft à l'épreuve de l'impétuofité des parlions,,<br />
& que la fuperftition ne peut avoir d'empire fur<br />
fon efprit, parce que tous ces maux dérivent d'ira<br />
vain préjugé ; qu'il peut cependant reûentir de<br />
la crainte & de la douleur comme étant dès<br />
fentimens delaNature; que, quoique lesrichef<br />
fe* engendrent la volupté, on ne doit pas lés<br />
fouhaiter par rapport à ce'qu'elles font en elles»<br />
mêmes. Us convenoient que l'efprit. humain.<br />
G 4 pente
152 A R I S T I P P E.<br />
peut comprendre les qualités des pallions, mais ils<br />
lui refufoient la capacité d'en connoitre l'origine.<br />
Ils ne s'attachoient point à la recherche des chofes<br />
naturelles, parce qu'ils étoient dans l'opinion<br />
que c'eft inutilement qu'on s'efforce d'y parvenir.<br />
Pour la Logique, ils la cultivoient à caufe<br />
de fon utilité. Méléagre dit pourtant, dans le<br />
II. Livre de fes Opinions , auffi bien que<br />
• Clitomaque, dans le I, Livre des SeQes, qu'ils,<br />
jnéprifoient également la Phyfique & la Dialeftique,dans<br />
la perfuafion qu'un homme, qui a appris<br />
à connoitre le bien & le mal, peut, fans le fecours<br />
de ces feiences, bien raifonner, fe dépouiller de<br />
fuperftition &. s'armer contre les craintes de la<br />
mort. Ils difoient que rien n'eft de fa nature<br />
jufte, honnête, ou honteux, mais que !a coutume<br />
& les loix avoient intro<strong>du</strong>it ces fortes de diftinctions<br />
; que cependant ian homme de probité ne<br />
laide pas de fe garder de faire mal, ne fut-ce que<br />
pour éviter le dommage & le fcandale qui en<br />
peuvent arriver, & que c'eft-là ce qui fait le<br />
Sage. Ils ne lui ôtent pas non plus les progrès<br />
dans les Sciences & les beaux-Arts-i Enfin ils difent<br />
que les hommes font plus fenfîbles à la<br />
douleur, les uns que les autres, & que nos fens<br />
ne font pas toujours de fûrs garants de la vérité<br />
de ce que nous penfoos. ,<br />
Les Seftateurs d'Atiftippe, qui s'appelloient<br />
Hégéjiaques, ont été dans les mômes fentimens<br />
que
A R I S T I. P P S. is$<br />
que les Cyrénéens fur le plaifir & la douleur. Ils<br />
difoient que l'amitié, la bonté & la bénéficence<br />
ne font rien par elles-mêmes, parce que nous les<br />
recherchons à caufe <strong>du</strong> fruit qui nous en revient<br />
& non à caufe d'elles-mêmes, & que, dès qu'elles<br />
ne nous font plus utiles, nous n'en faifons<br />
plus de cas. Ils croyoient qu'une vie tout à<br />
fait heureufe n'eft pas poflîble, parce que plufieurs<br />
maux viennent <strong>du</strong> Corps, & que l'Ame<br />
partage tout ce qu'il éprouve; que d'ailleurs la<br />
fortune nous ravit fouvent les biens que nousefpérons<br />
& que tout cela eft caufe qu'un vrai<br />
bonheur eft impoflîble à trouver, de forte que la<br />
mort eft préférable à la vie (i). Ils difoient encore<br />
que rien n'eft agréable ou fâcheux par fa<br />
nature, mais que la rareté'ou la nouveauté,<br />
ou la fatiété des chofes réjouiffent les uns &<br />
attriftent les autres ; que la pauvreté & l'opulence<br />
ne contribuent point à former le plaifir, &<br />
que les riches n'en goûtent pas plus que les<br />
pauvres; que l'efclavageoula liberté,la naiflance<br />
relevée ou obfcure, 1a gloire ou le déshonneur, ne<br />
font rien pour le degré <strong>du</strong> plaifir ; que la vie eft<br />
un<br />
(t) Nous faivons, en tra<strong>du</strong>ifant ainfi, la corre&ion de<br />
Cafaubon qu'e'daircit un trait d'Hiftoire cite'par quelque»<br />
Modernes } c'eft que le fondateur de cette feue qut eft Hegc'fîas,<br />
dont Diogene a parle" ci-deûus, faifoit des peintures<br />
fi fortes des miferes de la vie humaine que fes Auditeurs<br />
fe donnoient la mort au fortir de fes leçons. Voyez<br />
entre les Anciens, Cice'ion Liv. r. desTuic. Value<br />
Max. L. S. eh. y. ex. 7.<br />
G S
J5+ A R I S T I P P E.<br />
un bien pour Pinfenfé, mais non pour le fage , &<br />
qu'il fait tout pour l'amour de lui-même, n'eftimant<br />
perfonne plus excellent que lui, & regardant<br />
les plus grands avantages comme inférieurs<br />
aux biens qu'il poflede. Ces Philofophes anéantiflolent<br />
l'ufage des fens par rapport au jugement,<br />
comme ne donnant point une exacte notion des<br />
objets ; & ils établiflbient pour règle de ta vérité<br />
ce qui parolt le plus raifonnable. Ils prétendoient<br />
que les fautes font pardonnables, parce<br />
que perfonne n'en commet volontairement, mais<br />
qu'on y eft con<strong>du</strong>it par les fuggeftions de quelque<br />
paSionj qu'au-lieu de haïr quelqu'un, on<br />
doit lui enfeigner fes devoirs} que le fage penfemoins<br />
à fe procurer des biens qu'à fe préferver<br />
des maux, fe propofant pour fin d'éviter également<br />
la peine & la douleur, ce qui demande<br />
qu'on foit indifférent par rapport aux. chofes qui<br />
jro<strong>du</strong>ifent la volupté.<br />
Les Annicériens recevoient Ta plupart de ce*<br />
opinions & ne s'en écartoient qu'en ce qu'ils n&détruifoient<br />
point l'amitié, la faveur, le refpeél<br />
qu'on doit à fes parens, & l'obligation de fervir<br />
fa patrie, difant même que ces fentimens font:<br />
caufe que le Sage, quoiqu'affligé & peu avantagé<br />
des, plaifirs de la vie, peut être heureux. Ils.<br />
difent que le bonheur qui naît de la pofleffion'<br />
d'un Ami n'eft point à rechercher, en lui-même „<br />
garce que lesi autres n'en peuvent pas juger, &<br />
qufir
& RI s T i P F E:- ISS:<br />
156 A R I ^ T I P P E.<br />
habitudes contraires des maux, & le plaifîr & la<br />
douleur des fentimens qui tiennent le milieu<br />
entre le bien & le mal. Il n'eftimoit point l'amitié<br />
: parce qu'elle n'eft ni réelle dans ceux qui<br />
manquent de fagefle & chez qui elle s'éteint,<br />
fi on leur ôte l'intérêt qu'ils en retirent, ni d'au-,<br />
cun fervice aux fages qui fe paffent d'autant<br />
plus aifément d'amis qu'ils fe fuffifent à euxmêmes.<br />
Il trouvoit raifonnable qu'on refufât de<br />
fe facrifier pour le falut de fes concitoyens, appelant<br />
cela renoncer à la fagefle pour l'avantage<br />
des ignorans. Il difoit que le Monde<br />
eft notre patrie ; que dans l'occafion le Sage<br />
peut commettre un vol, un a<strong>du</strong>ltère, un facrilege r<br />
parce qu'en tout cela il n'y a rien d'odieux,<br />
excepté, dans l'opinion <strong>du</strong> vulgaire à qui on<br />
exagère l'énormité de ces aftions pour le contenir<br />
dans le devoir. Il penfoit auffi que le Sage<br />
peut fans honte avoir ouvertanent commerce<br />
avec des proftituées, «ce qu'il écabliflbit par ce<br />
raifonnement ; puifqu'on peut fe fervir d'une<br />
femme en tant qu'elle eft favante & d'une jeune<br />
perfonne en tant qu'elle eft habile,- on petit<br />
auffi fe fervir d'une femme, ou d'une jeune<br />
perfonne. en tant qu'elle eft belle , &, par<br />
conféquent, on s'en peut fervir pojur la fin<br />
pour laquelle elle a été fait belle , c'eft à<br />
dire, pour l'amour ; d'où il concluoit que ceux<br />
qui
A R I S T I P P E. T57<br />
qui, dans l'amour ont l'utilité en vue ne pé*<br />
chent point (i); c'eft par de femblables raifons<br />
qu'il furprenoit ceux qui l'écoutoient. Il y a<br />
apparence qu'on l'appella Théos depuis la réponfe<br />
qu'il fit à Stilpon. Celui-ci lui ayant demandé<br />
s'il étoit réellement ce que fon nom fignifioit, il<br />
repondit qu'oui; vous êtes donc Dieu répliqua<br />
Stilpon. Théodore, recevant cela en plaifantant,<br />
répartit vous prouveriez par un raifonnement<br />
pareil que "vous n'êtes qu'une corneille ou<br />
quelqu'autre animal femblable. Un jour qu'il<br />
étoit affis auprès d'Euryclide d'Hiéraphante, il lui<br />
demanda qui il falloit regarder comme impies<br />
fur les myfteres de la religion ; ce font ceux, répondit<br />
Euryclide, qui les découvrent à d'autres<br />
qui n'y font pas encore initiés. En ce cas-là,<br />
répliqua Théodore, vous êtes vous-même coupable<br />
de ce crime, puifque vous expliquez ce<br />
qu'il y a de plus fecret dans la religion à des<br />
perfonnes qui ne la profeffent pas encore. Il<br />
courut rifque d'être cité à l'Aréopage, & peu s'en<br />
fallut qu'il Réprouvât la févérité de ce Tribunal ;<br />
mais Démétrius de Phalere le tira d'embarras.<br />
» Am<<br />
(i) Ceux qui goûtèrent ce raifonnement auroient pu<br />
également goûter celui-ci: s'il eft permis de fe fervir<br />
d un bâton pour marcher, il eft permis de s'en fervir auflï<br />
pour les autres ufages auxquels il cft propre, 8c, par<br />
fonfe'quent, pour faire <strong>du</strong> mal en rue de quelque<br />
profit.<br />
G 7
j$r A R r S T I P P E,<br />
Amphlcrate, dans fes Vies des Hommes Ulttfltes ,".<br />
rapporte pourtant qu'il fut condamné à boire de<br />
la ciguë. Pendant qu'il étoit à la- €our de<br />
Ptolomée, fils deLagus, ce Prince l'énvop en<br />
ambaflade auprès de Lyfimaque qui lui demanda<br />
fort librement s'il n'avoit pas été chaffé d'Athènes?<br />
On vous a parfaitement "bien informé, lui<br />
répondit Théodore. Les Athéniens m'ont banni<br />
de leur ville, parce qu'ils étoient comme Sémele<br />
qui fut trop foible pour porter Bacchus. Lyfimaque<br />
pourfuivit : prenez garde de ne pas revenir<br />
ici une autre fois. Je n'y reviendrai point,<br />
répliqua Théodore, â moins que Ptolomée ne<br />
trouve bon de m'y renvoyer. Myrthus, Thréforier<br />
de Lyfimaque, qui étoit préfent à cette audience<br />
lui dit là-deflus : il me femble que, non<br />
feulement vous ne favez pas l'honneur qui appartient<br />
aux Dieux, mais que vous ignorez même<br />
te refpeâ qui eft dû aux Rois. Je fçai fi bien, re*<br />
prit le Philofophe, ce qui eft dû aux. Dieux r<br />
que je vous regarde comme leur ennemie<br />
On dit qu'étant un jour venu àCorinthe, fùivi<br />
de beaucoup de difciples, Métrocle le Cynique<br />
qui nettoyoit des légumes lui dit*: tu n'auroispas<br />
une fi grande fuite, fi tu nettoyois des légumes.<br />
Et toi, répondit Théodore, tu ne feroi»<br />
pas fi mauvaife chère „ fi tu favois converfer avec<br />
fc monde; nous avons rapporté quelque chofé<br />
de pareil au fujet de Dîogçne & d'Ariltippe;,<br />
Voilai
A R t g t i P ï È. t&<br />
Voila ce qu'on fçait de la vie & des mœurs de<br />
ce Philofophe qui enfin partit pour Cyrene où a<br />
demeura' long-tems eftïmé déMarius(i)i On dit<br />
que, lorfqu'bn l'obligea d'enfortir, il dit, vous<br />
avez grand tort de m'exiler de Lybie en Grèce.<br />
Il y a eu vingt Théodores. Le premier, qui<br />
étoit deSàmos & fils de Rhœcus, confeilla que,<br />
pour affermir les fondemens <strong>du</strong> temple d'Ephçfe,,<br />
on y femât <strong>du</strong> charbon : parce que l'endroit étoit<br />
humide & qu'il prétendoit que le bois brûlé à ce<br />
degré acquiert une folidité qui empêche que<br />
Feau ne puiffe le pourrir. Le fécond, natif de<br />
Cyrene,. fut Géomètre & maître de Platon. Le<br />
troifieme eft le Philofophe dont nous avons parlé.<br />
Le quatrième a donné un ouvrage fur la<br />
manière d'exercer la voix. Le cinquième a écrit<br />
fur la Pbéfie Lyrique en commençant par Ter»<br />
pander. Le fixieme étoit Stoïcien. Le feptieme<br />
a fait une Hiftoire Romaine. Le huitième, Syraeufain<br />
de naiflance, a publié un Traité de l'Art<br />
Militaire. Le neuvième, né àByfance ,a paffépouBgrand<br />
Jurifcon fuite. Le dixième, aufli habile dans.<br />
Je même genre, eft cité parAriftote dans fon<br />
abrégé des plus fameux Orateurs. L'onzième,.<br />
Citoyen de Thebes, exercea la Sculpture. Le<br />
douzième, qui futPeintre, eft celui dontPolémon<br />
fait<br />
(T) On a quelque foupçon que ce dernier mot eft<br />
£uici£-
x60<br />
A R I S T I P P E.<br />
feit mention dans fes œuvres. Le treizième fat<br />
un autre Peintre d'Athènes, il eftoit connu de<br />
Ménodote. Le quatorzième , auffi Peintre d'Ephefe,<br />
eft allégué par Théophane, dans fon Livre<br />
de la Peinture. Le quinzième fut Poëte Epigrammatifte;<br />
Le feizieme fut auteur d'un ou-<br />
^ vrage fur la Poéfie. Le dix-feptieme, Médecin &<br />
$r difciple d'Athénée. Le dix-huitieme étoit natif<br />
de Ôhio & Philofophe Stoïcien. Le dix-neuvieme,<br />
Stoïcien auffi, étoit de Milet. Le vingtième s'eft<br />
fait connoître par fes Pièces Tragiques.<br />
V H E D O N. i6t<br />
P H E D O N .<br />
PHédon, iflîi d'une.noble maifon d'EIée,'<br />
fut pris lorfque fa patrie fe fournit aux<br />
ennemis & contraint de faire un honteux<br />
trafic dans une chambre ouverte. Etant<br />
parvenu à avoir le commerce de Socrate,<br />
Alcibiade, ou Criton, le racheta à la requifition<br />
<strong>du</strong> Philofophe. L'ufage qu'il fit de<br />
fa liberté fut de donner tout fon temps<br />
i l'étude de la Philofophie. Jérôme, dans<br />
fon Livre" <strong>du</strong> fouvenir des Epoques, le dit efclave.<br />
Phédon a compofé deux Dialogues, intitulés Zopyie<br />
& Simon, que perfonne ne lui contefte;<br />
mais on doute qu'il foit l'auteur de celui<br />
qui porte le titre de Nicias Quelques-uns<br />
penfent que celui qui s'appelle Mé<strong>du</strong>s eft<br />
d'Efchine ; d'autres croient qu'il vient de<br />
Polyene. On héfite encore à prononcer fur<br />
l'Ouvrage intitulé les Vieillards; & il y en a<br />
même qui veulent que les Difcours intitulés<br />
des Tanneurs foient l'ouvrage d'Efchine.<br />
Phédon eut pour fucceffeur Pliftan d'EIée,'<br />
& celui-ci Ménédeme Erétrien & Afclépiade<br />
Phliafien. Ces Philofophes, tous élevés de<br />
Stilpon, furent appelles Eléens & prirent le<br />
nom d'Erétréens depuis Ménédeme. Comme celui-ci<br />
à été chef de fefte, nous en parlerons plus<br />
amplement dans la fuite.<br />
E U.
S6t E U C L I D E.<br />
EUCLIDE,<br />
EUclide naquit à Mégare, ville voifine de<br />
l'Ifthme, ou à Géloûs, comme dit, entre<br />
autres. Ecrivains, Alexandre, dans tes faceejjkns<br />
Il prit beaucoup de goût pour les Oeuvres de<br />
Parménide. C'eft de lui que les Philofophés Mégariens<br />
prirent leur nom. On.les appella enfuite<br />
Difputeurs, jufqu'à ce qu'on leur donna le ndm<br />
de Dialecticiens ; Denys de Carthage leur donna<br />
le premier cette qualité, parce qu'ils composaient<br />
leurs difeours & leurs autres ouvrages par deman.<br />
des & par réponfes. Hermodore raconte qu'après<br />
la mort de Socrate, Platon & les autres Philofophés<br />
, craignant la cruauté des Tyrans, fe retireront<br />
à Mégare auprès d'Euclide. Il n'admettoit<br />
qu'un feul bien qui reçoit différens noms, tantôt<br />
celui de fagefle, tantôt celui de Dieu, celui<br />
d'efprit, ou d'autres pareils. Il n'admettoit point,<br />
comme réelles, les chofes contraires à ce bien &<br />
nioit qu'elles exiftaffent. Ses démonftrations<br />
confiftoient principalement à tirer des concluions.<br />
Il ôta l'ufage des comparaisons dans les<br />
difputes, difant que, fi elles convenoient au fujet,<br />
il valoit mieux s'occuper <strong>du</strong> fujet-inême que de<br />
fa reffemblance & que, fi elles n'y convenoient<br />
point*
E U C L I D E , 163<br />
point, elles n'étoient d'aucun ufage. Cela donna<br />
occafiôn à Timon de l'attaquer lui & les autres<br />
Sectateurs de Socrate, en difànt qu'il ne fe foucioit<br />
point de ces difputeurs ni d'aucun d'eux<br />
en particulier, qu'il s'embarajjoit peu de Pbédon,<br />
fuelqu'il pût être, aujft bien que <strong>du</strong> pointilleux<br />
Euclide qui avait infpiré aux Mégariens la fureur<br />
de difputer.<br />
Il a fait fix Dialogues intitulés, le Lampria<br />
ï'Efcbine , le Pbénife, le Criton, YAlcibiadt<br />
& l'Amoureux. A Euclide fuccéda Eubulide de<br />
Milet qui inventa dans la Dialectique plufieuri<br />
fortes de queftions Syllogiftiques, appellées, à caude<br />
la manière dont elles étoient conçues, (i) Menteufes,<br />
Trompeufes, Electre, Enveloppées, So*<br />
rites, Cornues, Chauves, par oit il fournit<br />
matière à. la plume des Poètes Comiques. £ubulide<br />
qui interroge injurieufement} £f éblouit 1er<br />
Rhéteurs par des exprejjions .ampoulées, les trompant<br />
par des menfonges méthodiques, part avec<br />
une fluidité de paroles qui égale celle de Démofthenes.<br />
Selon toute apparence, Démofthenes fut<br />
fon difciple ; & comme il prononçoic difficilement<br />
la lettre R, il vint à bout de cotiigei ce défaut.<br />
Eu»<br />
(0 Comme tout cela nefont'que des propofition» cap»<br />
tieufe», nous n'ayons point ctu devoir charger cet endroit<br />
d'une longue explication de cet Boms qui fe troure dan*.<br />
le» note» de Ménage.
Î6+ E U C L--I D E.<br />
Eubulide haïflbit Ariftote, & il parla mal de foi<br />
i plufieurs égards. Entre ceux qui ont étudié<br />
fous ce Philofopbe, on compte Alexinus d'EIéé,<br />
violent difputeur; ce qui lui fit donner le nom de<br />
Critique. 11 étoit ennemi de Zenon. Hermippe<br />
rapporte qu'il vint d'EIée à Olympie & qu'il s'y<br />
érigea en Philofophe ; que, fes Difciples lui ayant<br />
demandé pourquoi il s'arrêtoit dans ce lieu, il<br />
répondit qu'il fe propofoit d'y former une Seâe<br />
qu'il nommeroit Olympique. Mais fes-Difciples<br />
déferterent fon Ecole à caufe de la difette qui<br />
regnoit dans cet endroit & <strong>du</strong> mauvais air qui<br />
altéroit leur fanté. Il continua cependant d'y<br />
demeurer avec un Domeflique ; enfin s'étant<br />
allé baigner dans le rivière d'Alphée, il fut bleffé<br />
par un rofeau & mourut de cet accident. l J'ai<br />
pris de cette circonftance de fa mort, le fujet de<br />
I'Epigramme que j'ai faite pour lui.<br />
Ce n'ejl pas un faux bruit que quelqu'un s'efl<br />
percé le pied en nageant. Alexinus, pendant<br />
qu'il paffe à la nage, d'une rive à l'autre, rencontre<br />
un rofeau £3* s'enfévclit dans les eaux di<br />
l'Alpbée.<br />
On a quelques Ouvrages d'Alexinus, outre des<br />
lettres à Zenon le Philofophe & à Ephore l'Hiftorien.<br />
Un autre Seftateur d'Eubulide eft Euphante<br />
d'Olynthe qui a fait l'Hiftoire de fon<br />
temps & plufieurs Tragédies fort approuvées. U<br />
fut
E U C LJ D E. X6S<br />
fut chargé de l'é<strong>du</strong>cation <strong>du</strong> Roi Antigone à qui<br />
il dédia un Traité fur la Royauté, aufli curieux<br />
qu'utile. Euphante mourut de vieilleflè. II<br />
eut un grand nombre de Condifciples, entr'autres<br />
Apollonius Cronos.<br />
w<br />
DIO-
166 D 1 O J) O R. E.<br />
DIODORE.<br />
DIodore d'Iafus, fils d'Amené, fut furnommé<br />
Cronos, ce qui donna occafion i Callimaque<br />
de le tourner en ridicule. Momus luimême<br />
, dit-il, dans fes Epigrammes, n'a pas manqué<br />
d'afficher aux carrefours que Cronos eft doué<br />
de fagefie. Quelques-uns croient que ce Dialecticien<br />
inventa la manière d'argumenter qu'on appella<br />
cornue & embaraffante. Dans le tems qu'il<br />
vivoit à la Cour de Ptolomée Soter, Stilpon lui<br />
propofa quelques difficultés dans la Dialectique<br />
dont il ne put donner la folution fur le champ.<br />
Le Roi, à qui il avoit déplu fur quelqu'autfe chofe,<br />
lui en témoigna <strong>du</strong> mécontentement & Pappella<br />
Cronos (i) par moquerie. Diodore quitta là-deffus<br />
la compagnie, fe mit à écrire fur la propofition<br />
de Stilpon, & prit la chofe fi à cœur qu'il en<br />
mourut de chagrin. Voici l'Epigramme que j'ai<br />
faite pour lui.<br />
Diodore Cronos, quel efprit malin te porte à<br />
abréger tes jours ? Tu béjites fur les énigmes de<br />
Stilptn. On te blâme d'être vaincu fur ladoQrine&<br />
tu<br />
' (*) Cronos en giec lignifie le tenu f c'e'toit'poui lut<br />
«prochei qu'il lui en falloir beaucoup pour répondre.
D I .0 D O' R E. 167<br />
tu te biffes vaincre à la douleur. Cronos tu es à jujîe -<br />
titre ce que fignifie ton nom, fi onen[ôte les Lettres<br />
C, 6? R. (1).<br />
De l'Ecole d'Eubulide fortlrent encore Ichthyas',<br />
fils de Métallus & homme de mérite, à qui<br />
Diogene le Cynique adrefla un Dialogue ; Clino*<br />
maque de Thurium qui écrivit le premier des<br />
propofitions., des prédicames & des autres parties<br />
de la Logique ; Stilponde de Mégare, célèbre<br />
Philofophe, dont nous allons donner la vie.<br />
(1) En ôtant <strong>du</strong> mot Cronos le C 8c l'B., il tefte Onot<br />
qui fignifie Ane 8c qui e'toit une Epithete qu'on donnoit<br />
à ceux qui, a un ceitain jeu de boule, ne fautoient pa« ai*<br />
fez le'geicment. Voyez le Thicfor d'£ tienne.<br />
STII^
168 S T I L P O N.<br />
S T I L P O N.<br />
STilpon, natif de Mégare ville de Grèce, fut<br />
difciple de quelques Philofophes Seftateurs<br />
d'Euclide. On dit même qu'il eut Euclide pour<br />
Maître & après lui.Thrafymaque de Corinthe,<br />
l'ami d'Ichthias, félon Héraclide. Il étoit fi inventif<br />
& fi éloquent qu'il furpaflà tous fes compagnons<br />
d'étude & peu s'en fallut que toute la Grèce<br />
ne fût furnommée Mégarienne. Philippe, le Mégarien<br />
, parle de lui à peu près en- ces termes,<br />
II enleva à Tbéopbrajie, Mitrodore, ce grand contemplateur<br />
c^ Timagoras de Géloùs; à Ariflote de<br />
Cyrene, Clitarque & Simmias; aux DialeQiciens,<br />
Paonius qu'il détacha d'Ariftide$ &Dipbile de Bosphore<br />
, avec Myrmex d'Exénete, qu'il 6ta à Eupbante<br />
Ils vinrent difputer dans fon école & s'attachèrent à<br />
lui. Il attira auflî Phrafideme Péripatéticien &<br />
habile Phyficien, ainfi qu'AIcime le plus fameux<br />
des Orateurs Grecs de fon tems, Crates, Zenon<br />
de Phénicie & plufieurs autres.<br />
Stilpon étoit naturellement honnête & obligeant;<br />
Onétor dit auflî que, quoiqu'il fut marié,<br />
il entretenoit une concubine, nommée Nicarete.<br />
Il eut une fille de peu de vertu qu'il maria avec<br />
Siinmias de Syracufc, fon ami. Quelqu'un l'ayant<br />
aver-
S T I L P O N. it9.<br />
awrti qu'elle le déshonoroit par fa con<strong>du</strong>ite, a :<br />
répondit qu'il lui procuroit plus d'honneur qu'elle<br />
ne pouvoit lui caufer de honte. On rapporte<br />
que Ptolomée-Soter le reçut avec de grands témoignages<br />
de refpeâ & d'eftime & qu'après avoir<br />
ré<strong>du</strong>it fous fa puiûance la ville de Mégare qui<br />
étoit la patrie <strong>du</strong> Philofophe, il lui donna de<br />
l'argent & le pria de s'embarquer avec lui pour<br />
l'Egypte; mais que Stîlpon n'accepta qu'une petite<br />
partie de ce préfent, en priant le Roi de le<br />
difpenfer de ce voyage & qu'il fe retira à Egine<br />
oiiil refta-jufqu'au départ de ce Prince. Dans une<br />
autre occafion, Démétrius, fils d'Antigone, ayant<br />
aulfi pris Mégare, ordonna non feulement qu'on<br />
épargnât fa maifon, mais auifi qu'on lui reftituât<br />
ce qu'on lui avoit. enlevé ; •& afin que tout lui fût<br />
ren<strong>du</strong>, il voulut fe faire donner une lifte de ce<br />
qu'il avoit per<strong>du</strong>. On ne m'a rien pris, répondit<br />
Stilpon, on n'a point touché à ce qui m'appartient<br />
; je poflède encore mon éloquence & ma<br />
(cience ; & à cette occafion, il exhorta le Roi à<br />
fe <strong>mont</strong>rer généreux envers les hommes, ce<br />
qu'il fit avec tant de force que Démétrius fe con<strong>du</strong>ifit<br />
en tout par fes confeils.<br />
On dit qu'en parlant de la Minerve de Phidias,<br />
il demanda à quelqu'un fi Minerve, fille de<br />
Jepiter, n'étoit pas un Dieu ? Et -celui-là ayant<br />
répon<strong>du</strong> qu'oui, il répliqua: or cette Minerve<br />
D'eftpas la. Minerve de Jupiter, mais de Phidias;<br />
:. font I- H de
atfo S T I L P O N.<br />
de quoi l'autre étant encore convenu, il en tin<br />
cette conféquence, donc elle n'eit point un Dieu.<br />
Cela fut caufe qu'on le mena à l'Aréopage où,<br />
bien loin de fe rétraéter, il foutint qu'il avoiç<br />
raifonné jufte : puifque Minçrve n'eft pas<br />
un Dieu, mais une Déeflé. Ce jeu de mots ne<br />
diminua pourtant point la févérité des juges qui<br />
le condamnèrent à fortir de la ville. Théodore,<br />
celui qu'on furnommoit Théos, demanda par détilîon<br />
comment Stiipon favoit que Minerve étoit<br />
une Déeffe & s'il l'avoit vue pour en pouvoir<br />
juger. Ces deux Philofophej étaient d'un carattejre<br />
bien différent, Théodore afle&oit une grande<br />
hardiefie, Stiipon au-contraire avoit beaucoup<br />
de modeftie & étoit d'une humeur enjouée.<br />
Cratès lui avant demandé fi les prières étoient<br />
agréables aux Dieux; imprudent, lui dit-il, ne me<br />
fais point de pareilles queftions en public, attens<br />
que nous foyons feuts. On dit auffi que Bion<br />
fit cette réponfe à un homme qui lui demandoit<br />
s'il y avoit des Dieux : malheureux Vieillard,<br />
écarte la foule, fi tu veux que je t'en inftruife.<br />
Stiipon étoit d'un caractère Ample & exempt de<br />
dilfimulation, pouvant s'accommoder à l'efprit le<br />
plus commun. Un jour qu'il parloit à Cratès le<br />
Cynique, celui-ci, auliçu de lui répondre,lâcha<br />
un vent; je me doutois bien, lui" dit-il » que tu<br />
ferois toute autre réponfe que celle qu'il ! faUoitt<br />
faire. Un autre jour Cratès lui ayant pféfénté<br />
une
S T I L P O N. i7x<br />
«ne figue en lui adreûant la parole, il, la mange»<br />
d'abord. J'ai per<strong>du</strong> mi figue, lui dit là-deflu*<br />
Cratès; à quoiScilpon répartit, & votre deman*<br />
de auflï dont cette figue étoit le gage. Ils fe<br />
rencontrèrent une fois pendant, l'hyver, &comm*<br />
Stilpon vit l'autre à moitié mort de froid, Cratès,<br />
lui dit-il, il me femble que vous auriez befoin<br />
d'un manteau neuf, lui donnnantà entendre qu'il<br />
avoit autant befoin d'efprit que d'habiliemens ;<br />
(i) cette raillerie rendit le Cynique confus &<br />
lui fit faire cette réponfe. Autrefois, étant à Megan<br />
où bahitofâjTypbée, j'ai vu Stilpon., en proie à<br />
mille maux^difputer-au milieu d'une foule de jeunes<br />
gens & ne leur[e»faigner d'autre, feience qu'une fa*<br />
gejfe fuperfkielle: f .••,-.<br />
,. On dit qu'étant à Amenés, il gagna tellement<br />
IfcffecTion : de. tqut, le •mon.de que chacun fortoit<br />
de. fe maifon pour le voir; quelqu'un lui dit là.<br />
4efius, on vous a4wre, comme un animal de raie<br />
efpece; point <strong>du</strong>.tqut, reprit-il, on me regarde<br />
feulement parce que jejfoiitiens bien la qualité<br />
d'homme. - ' •..<br />
Il étoit fubtil dans la difpute & il en<br />
bannit l'ufage desEfpeces, fe fondant fui cette<br />
raifon que celui qui parle de l'homme en<br />
général as parle de perfonne, puifqu'il ne dé-<br />
'•i .'•,.." •: , figne<br />
f*i) Celâeft Tonde fur un jeu de mou qu'on ae fauroif<br />
icadic en fiaofoit,<br />
*: •*• J H *
tT% S T I L P O N.<br />
ligne point d'indivi<strong>du</strong>. Il alléguoit encore cet<br />
autre exemple ; l'Herbe fut il y a mille ans, donc<br />
cette Herbe qu'on <strong>mont</strong>ra n'eft pas l'Herbe en<br />
général. On dit qu'étant en convention avec<br />
Cratès, il fe hâtoit de la finir pour aller acheter<br />
<strong>du</strong> poiflbn, & que l'autre ayant voulu le retenir,<br />
fous prétexte qu'il rompoit le fil <strong>du</strong> difcours,<br />
Stilpon répondit : non, non, je l'emporte avec<br />
moi, c'eft vous que je quitte ; le fujet de<br />
nos Difcours refte, mais les provifions fe vendent<br />
& s'emportent.<br />
II a laiffé neuf Dialogues, mais écrits avec afiez<br />
peu de grâce; ils font intitulés, Le Mofchus,<br />
L'Ariftippe ou le Callias, Le Ptolomée, Le,<br />
Chœrécrate, Le Métrocle, L'Anaximene, L'Epigene,<br />
L'Ariftote, enfin celui qui eft adreflë i<br />
fa fille. Héraclide nous apprend qu'il fut Maître<br />
de Zenon, chef de la Sefte Stoïcienne. Hermippe<br />
dit qu'il mourut fort vieux & qu'il<br />
prit <strong>du</strong> vin pour accélérer fa mort. Voici l'EpJtaphe<br />
que je lui ai faite.<br />
Vous connoijfezfans doute Stilpon de Mi gare quir<br />
étant affligé de vieillejje & de maladie, a trouvé<br />
dans le vin un Con<strong>du</strong>cteur babile qui l'a délivré dé<br />
cet attelage incommode.<br />
Sophile Poète Comique a repris Stilpon, dans,<br />
une de fes pièces intitulée, les Noces, pu il<br />
l'-accufe d'avoir puifé fa docîrine dans les<br />
difcours de Charinus. . ;<br />
CRI-
C R I T O N. .173<br />
C R I T O N.<br />
CRiton d'Athènes fut de tous les difciples de<br />
Socrate celui qui eut le plus d'amitié potlr<br />
fon maître ; il avoit tant de foin de lui qu'^1<br />
prévenoit fes befoins & que jamais il ne permit<br />
qu'il manquât <strong>du</strong> néceflaire. U lui confia auflî<br />
l'é<strong>du</strong>cation de Critobule, d'Hermogene, d'Epjgene<br />
& de Ctefippe fes enfans; on a de ce Philofopbe<br />
dix fept Dialogues en un Volume.- En'<br />
voici les titres,, de la Probité où il fait voir<br />
qu'elle ne dépend pas des préceptes, de l'Abondance,<br />
de la Capacité ou le Politique, de<br />
l'Honnêteté, <strong>du</strong> Crime, de l'Arrangement, de la<br />
Loi, de la Divinité, des Arts, de l'Amour, de<br />
la Sagefle, le Protagore ou le Politiqne, dès<br />
Lettres, de la Science ou de. la Doftrine, ou il<br />
recherche ce que c'eft qu'en avoir.<br />
H 3 «-
ÏU S I M O N .<br />
SI M O N.<br />
Simon étoit d'Athëries '& Tanneur de'prtofeflîon<br />
; il recevoir quelquefois les vifitcs<br />
de Socrate & il mettoit en écrit tout ce qu'il fe<br />
fouvenoit de lui avoir oui dire ; de-là vint qu'on<br />
ippella fes ouvrages des Dialogues dé Tanneurs,<br />
farce qu'ils rouloient entre les mains de gens de<br />
fa profeflion. Il y en a trente trots i tous contenus<br />
en un volume; ils font fnthuiés des Dieux,<br />
'<strong>du</strong> bien, de Phonnête; delà Nature, de l'honnête-<br />
*té; deux Dialogues <strong>du</strong> jufte, de la vertu, où il<br />
fait, voir qu'elle ne fe peut enfeigner; trofs fur<br />
le courage, de la Loi, <strong>du</strong> caraftere populaire,<br />
de l'honneur, de la Poëfie, de ra vie voluptueufe,<br />
de l'Amour, de la Philofophie, de'ra<br />
Science, de la Muiîque, de la Pogfie, de ce<br />
que c'eft que l'honnête, de la doftrîne, <strong>du</strong> raifonnement,<br />
<strong>du</strong> jugement, de ce qui eft, <strong>du</strong><br />
nombre, de la diligence, <strong>du</strong> travail, de l'amour<br />
<strong>du</strong> gain, de la vanterie, de l'honnête.<br />
Quelques uns ajoutent ceux-ci, de la manière de<br />
donner des confeils, de la raifon ou de la capacité<br />
, de la méchanceté.<br />
On dit que Simon fut le premier qui répandit<br />
lei difcours de Socrate. Péricles lui ayant pro-<br />
• mis
S I M O N . 17s<br />
mis de l'entretenir s'il vouloit venir auprès de<br />
lui, il répondit qu'il ne vouloit pas vendre fa<br />
franchife.<br />
Il y a eu auffi un Simon quia traité de Ja<br />
Rhétorique, un autre qui a été Médecin & contemporain<br />
de Séleucus & de Nicanor, enfin UJï<br />
quatrième qui a été Sculpteur.<br />
* f r<br />
H 4 CLAU-
IW G L A U C. SIM: C E B E S.<br />
G L A U C O N.<br />
GLaucon d'Athènes a compofé neuf Diafogues<br />
qui font ré<strong>du</strong>its en un volume ; ils<br />
font intitulés le Phidyle, l'Euripide, l'Amynthi-<br />
«us, l'Euthias, le Lyfitbede, l'Ariftôphane, le<br />
Céphale, l'Anaiipheme, & le Mënéxene. On lui<br />
en attribue encore trente-deux autres, mais ils<br />
font fuppofés.<br />
SIM M f A S.<br />
SImmias naquit à Thebes. Ses Oeuvres renferment<br />
en un volume vingt-trois Dialogue*<br />
qui font intitulés, de la fagefTe, <strong>du</strong> raifonnement,<br />
de la Mufîque, des vers, <strong>du</strong> courage, de<br />
la Fhilofophie, de la vérité, des Lettres, de I*<br />
doctrine, de l'Art, <strong>du</strong> Gouvernement, de la décence,<br />
de ce qu'il faut rechercher & éviter, des-<br />
Amis, de la fcience, de l'Ame, de la vie heureufe<br />
, de ce qui eft poflible , de l'argent,.<br />
de la vie, de l'honnête, de la diligence, de<br />
l'Amour*<br />
C É B E S.<br />
C Ebès, autre Philofophe de Thebes a écrit<br />
trois Dialogues intitulés, la Table, la<br />
Semaine & le Fhrynicus.<br />
M E*
MENE D'BM'BL'. 1T7.'<br />
MENE D E M E,-<br />
M Enédémé, Phïlofô'phe de la Seftè dé Phédon,<br />
éfoit fils de Clifthene qui defcendoît :<br />
de la famille des Ttiéôpropides & étoit illuftre •<br />
par fa naiflance, mais Aixhiteéle & pauvre; d'autres<br />
dMent que le perè de Ménédeme s'occupoit:<br />
encore à coudre dès tentes & qu'il apprit luf-<br />
Jfiême cette profeflion, aufli bien que celle d"Àrchiteae;<br />
& cela fût caufe qu'ayant propofé un,<br />
décret au peuple, un nommé" Alexlnius le bljfma,<br />
en difant qu'il ne convenoit au fage ni dé •<br />
ftire des tentes, ni de propofer des décrets - ..<br />
Ayant été envoyé par les Erétriens à Mégare, il"<br />
alla à l'Académie dé Platon qui n'eut" pas dé •<br />
peine à' lui perfuader de quitter les armes pourl'étude.<br />
II fe laifla enfulte attirer par A fclépia-de<br />
le Phliafièn qui l'arrêta à Mégare & ils s'atla-cherent<br />
tous lés deux àStilpon. De-là, paflaht à:<br />
Elis.ils firent fociété avec Anchipyllé & Mofchus,.<br />
deux difciples de Phédon, dont lés Sectateurs;<br />
s'appelloient'encore Eléens, comme nous l'avons ;<br />
remarqué ailleurs ', dans la" fuite ils furent nom- -<br />
nés Erétréens, d'Erethréé, la patrie dà PHilo^fèphe<br />
dont nous parlons.<br />
Ménédeme -avoit beaucoup" de gravité ', ce" qutl<br />
H 5 don-»-
«7t MENEDEME,<br />
«donna occafion à Cratès de plaifanter fur fon fujet,<br />
en fe fermant de ces termes. Jfclépiade de<br />
Pbliafie &? le Taureau d'Erétrée. Timon le cenfure<br />
auffi de l'air férieux qu'il affectait & de la<br />
ïudefle de fes railleries. Il infpiroit tant de retenue<br />
par fa gravité .qu'Euriloque de Caûandçie<br />
n'ofa obéir à Antigone qui I'avoit mandé avec<br />
Cleippide, jeune homme de Cyzique, de crainte qûè<br />
Ménédeme n'en fût inftruit : parce qu'il reprenoit<br />
avec beaucoup de hauteur & de franchife. Un jour<br />
qu'il entendoit un jeune homme parler avec infolence<br />
il ne dit rien ; mais ay*ant ramafle une pe -<br />
tite branche, il traça fur le pavé une figure honteufe<br />
qui fixa les regards des affiftans, & le jeune<br />
homme comprenant que cet affront le regardoit<br />
fe retira. Hiérocle, revenant avec lui <strong>du</strong><br />
Fyrée au temple d'Amphiaraûs, lui parloit beaucoup<br />
de la deftrucrion d'Erétrée; il répondit<br />
feulement, en lui demandant pourquoi il fouffroit<br />
gu'Antigone le déshonorât? Entendant un a<strong>du</strong>ltère<br />
qui fc réjouiflbit de fon crime, il lui dit;<br />
ne fais-tu pas que le Raifort eft aufli bon que le<br />
Chou? Un jeune garçon criant avec beaucoup<br />
de force, il lui dit; prens garde qu'il n'y ait derrière<br />
toi quelque chofe à quoi tu ne penfes pas.<br />
Antigone lui ayant fait demander s'il lui conr<br />
feilloit d'affifter à un feûin difïblu, il lui fit dire<br />
feulement qu'il fe fouvint qu'il étoit fils de Roi.<br />
Un homme de peu d'efprit l'tour<strong>du</strong>Toit par des<br />
dif-
WE NE D E M B. vft<br />
.diTcours hors de faifon ; avez-vous une métairie,,,<br />
interrompit-il ? Oui répondit l'autre & de grand»,<br />
biens. Continuez, reprit Ménédeme, & ayez en<br />
foin, de peut qu'en les négligeant, il ne vous arrive<br />
de les perdre avec-une honnête (implicite»<br />
Un autre lui demanda s'il convenoit au fage de<br />
ie marier. Que vous femble, demanda-t-il à fort<br />
tour, fuis-je fige ? & ayant reçu pour léponfe<br />
qu'oui, il ajouta, & je fuis marié. On difoit<br />
en fa préfence qu'il y a plusieurs fortes de biens.<br />
Quel eneft le nombre dit-il ? Croyez-vous qu'il y<br />
en ait plus de cent ? Il a'aimoit. point la fomptuo*<br />
fité dans les repu & il auroit voulu corriger de.<br />
.ce défaut cens qui l'invitoiant à leur table ; s'etant<br />
trouvé un jour à un repas de ce genre, il ne<br />
dit rien, mais il en blâma tacitement la profu-.<br />
lion, en ne mangeant que des olives.<br />
Safranchife faillit aie perdre,enCypre, chea<br />
Nicocréon, lui & fon ami Afclépiade. Ce Prince<br />
les ayant invités avec d'autres Philofophes> à la<br />
fête qui fe célébroit tous les mois, Ménédeme<br />
dit que, fi ces conviés formoient une compagnie<br />
honorable, il falloit renouveller la fête tous les<br />
jours, finon que c'étoit même trop d'une fois.<br />
Le Tyran répondit qu'il avait coutume de donner<br />
ce jour à la convention avec les Philofo.<br />
phes. Ménédeme perfifta dans fon opinion &<br />
fit voir que la cotjyerfation des fagçs étoit utile<br />
en tout tems comme les fecrifices, & ppuflh la<br />
H 6 chote
So WENEDE ME.<br />
ohofé fî loin que, fi un Trompette ne les eèt.<br />
avertis de leur départ, il* auroient peut-être laiffé<br />
Ik vie en Cypre ; on ajoute que, quand ils furent<br />
lur mer, Afclépiade dit que les airs doux dû<br />
Trompette les avoit fauves & que la hardieffe<br />
de Ménédeme les avoit per<strong>du</strong>s;<br />
©n dit qu'il enfeignoit fimplement" & qu'on<br />
ne rcmarquoit autour de lui aucun des arrange*<br />
mens ordinaires dans les écoles. Il' n'y avoit ni<br />
tianes, ni lièges difpofés en rond; mais chacun<br />
ëcoutoit fes leçons, félon qu'il trouvoit place af.<br />
fis ou de bout; On rapporte cependant que Mé<<br />
nédeme étoit timide & glorieux, jufques-lâ que,<br />
tlàns les commencemens dé fa liaifon avec Afclépiade,<br />
comme ils aidoient conjointement âb&<br />
tir une maifon & que fon ami portoit tout nud<br />
dû mortier au toit, il fe cachoit; lorsqu'il appepoevoit<br />
un paflant, de peur de partager le déshonneur.<br />
Quand il fut parvenu au maniement dès<br />
affaires de la République, il étoit fi craintif & fi<br />
dlftrait-, qu'une fois, au-lieu de pofér l'encens dans<br />
Pencenfoir, il le mit à côté. Cratès l'ayant blâmé<br />
de s'être chargé <strong>du</strong> gouvernement) JMénédeme or*<br />
.donna qu'on le con<strong>du</strong>flt en prifon ; fur.<br />
quoi le Cynique, en le regardant fixement, lui reprocha<br />
qu'il s'érigeoif en nouvel Agamemnon &<br />
«m gouverneur de la ville:<br />
Ménédeme avoit <strong>du</strong> penchant' à- la ftiperftîtion:-<br />
un jour qu'il étoit dans une Auberge avec<br />
foai
' M-ENEDèME: r«r<br />
ïbn Ami, on leur fèrvit de la viande d'une bêtft<br />
morte d'elle-même; l'ayant remarqué, le cœur<br />
lui en fouleva & il pâlit. Afclépiade l'en reprit<br />
& lui dit; ce n'eft pas- la viande qui vous fait<br />
<strong>du</strong> mal, e'eft l'idée que vous en avez; A cela<br />
près, Ménédeme avoit l'ame grande & généreufé?<br />
quant i fa. complexion, quoique déjà vieux, il<br />
«toit aufli vigoureux que dans fa jeunefle & auffi<br />
ferme qu'un Athlète. II> avoit le teint bafanné'<br />
de l'embonpoint & la taille médiocre, témoin ft<br />
ftatue qu'on voit encore dans l'ancien ftade d'Erétrée<br />
, & où il eft repréfenté fi découvert<br />
qu'il femble que le Sculpteur ait voulu qu'on pût<br />
remarquer prefque toutes- les parties de foii<br />
corps.<br />
Il rempliflbit tous les devoirs de l'amitié<br />
envers ceux qu'il avoit choifis pour amis; &<br />
eomme Eréthrée étoit une ville mal faine, il<br />
donnoit quelquefois des. repas dans lesquels il<br />
s-'egayoit avec des Poètes & des Muficiens. Il<br />
aimoit beaucoucoup Aratus, Lycophon , Poète<br />
tragique & Antagore de Rhodes, mais Homère<br />
plus que tous^ les autres. Après ceux-ci, il faifoit<br />
cas des Poètes Lyriques & eftimoit Sophocle. Entre<br />
les Satiriques, il aimoit Achée, après Efchyle à<br />
qui il donnoit. le premier rang. De-là vient<br />
qu'il citoit ces vers contre ceux qui penfoient autrement<br />
que lui fur. le gouvernement de la république..<br />
Autrefois, l'animal Je plus léger- fut fur-<br />
H. 7. priss
TI8I MENEDEMfc^<br />
pris par le plus péfant £f la Tortue devança l'Jigk<br />
Cela eft tiré d'Omphale, ouvrage fatyrique d'Acbée,<br />
Ainfi on fe trompe de croire que Ménédeme<br />
n'a lu que la Médée d'Euripide qui eft<br />
inférée dans les Poéfies de Néophcon de Sycione.<br />
Il n'eftimoit point Platon, Xénocrate, ni Parébâte<br />
de Cyrene, mais il admiroit beaucoup Stilpon<br />
; & étant interrogé fur le mérite de ce Philofophe,<br />
il n'en dit pas autre chofe que ces mots:<br />
c'eft un homme d'un boa naturel. Il employât<br />
des expreffions fi obfcures qu'on avoit de la peine<br />
à les entendre & il étudloit ce qu'il difpit<br />
avec tant de foin qu'il étoit difficile de difputer<br />
avec lui; il traitoit toutes fortes dé fujets &<br />
avoit la parole aifëe. Antifthene, dans fes /occejfums,<br />
dit qu'il étoit plein de force & d'ardeur<br />
dans les aflèmblées publique* & dans fes harangues.<br />
Il faifoit ordinairement des argumens<br />
courts, comme par exemple celui-ci. Deux cbtfet<br />
différentes ne font pas les mêmes. Or l'utile eft<br />
autre cbofe que le bien. Donc lé bien rieft point<br />
utile. Il rejettoit les propofitions négatives &<br />
n'admettoit que les affirmatives, approuvant furtout<br />
les Amples, & condamnant les autres qu'il<br />
appelloit conjointes & complexes. - Héraclide dit<br />
qu'il fuivoit les opinions de Platon, excepté qu'il<br />
n'eftimoit point la Dialectique; ce qui fat caufe<br />
qu'Alexinus lui demanda s'il continuait de battre<br />
. . - fon
-MENEDEM^E. rl83<br />
fon Père; à quoi il répond t, je n'ai ni commencé<br />
ni ceffé de le faire. Expliquez cette ambiguïté,<br />
reprit Aiexinus, & dites oui ou notj; jt<br />
ferait abfurde, répliqua Ménédeme, qu'on obéit à<br />
vos loix,-tandis qu'il eft permis de violer celles<br />
de Pyles. (i) 11 dit à Bion qui rechercholt les<br />
devins, qu'il égorgeoit les morts. Entendant<br />
dire-à un autre que le Souverain bien confiftoit<br />
â parvenir à la poffeflion de tout ce qu'on défiroit,<br />
il dit qu'il favoit un bonheur plus grand<br />
encore ; c'eft dé ne défirer que ce qu'on doit. Selon<br />
Antigone deCaryfte, il n'a rien écrit ni coinpofé<br />
& n'a été l'auteur d'aucun dogme ; il ajoute<br />
qu'il étoit fi ardent dans la difpute qu'on le remarquoit<br />
dans fes yeux. Cependant, quoiqu'il<br />
fût tel dans fes difcours, il étoit fort modéré dans<br />
fes aébions ; & quoiqu'jl fe moquât d'Aiexinus, il<br />
lui rendit fer vice, en con<strong>du</strong>ifant de Delphes à<br />
Chalcis, la femme de ce Philofophe qui craignoit<br />
les dangers de la route.<br />
11 avoit beaucoup de goût pour l'amitié,<br />
comme le prouve celle qu'il eut pour Afclépiade<br />
qui égala celle de Pylade & d'Orefte. II<br />
étoit<br />
(i) C'eft-à-dire celles des Amphiflyons qui s'aiïïrn-<br />
"bloient aux Theimophyles, que par abbreviation on appel!<br />
oit auffi Pyles. Voyez le Threfor d'Etienne. En tra<strong>du</strong>ifant<br />
ainfi, je fuppofe qu'il faut une légère concâior»<br />
dans le Grec, Se je l'ai hazaide'e. Il n'y a ni note dan*<br />
-tes imcipietes » ni feni claii daus les reliions.
«4 M-ENEDEM'E.<br />
étoit moins âgé que fon Ami, dé forte qu'-on'ap.<br />
pellbir Afclépiade le Poëte, &Mënédeme l'Acteur.<br />
Archépolis leur ayant fait compter troto<br />
mille pièces, chacun d'eux s'obfttnaà ne pas être<br />
Te premier à les accepter, de forte qa*ils les reftfferent<br />
tous deux. On dir qu'ils fe marièrent<br />
tous deux dans la même famille, Ménédème, à 11<br />
mère & Afclépiade à la fille. On ajoute que celui-ci,<br />
ayan^per<strong>du</strong> fa femme, prit* celle de Ménédème,<br />
qA en époufa une autre plus riche après •<br />
qu'il fut entré dans les charges de l'Etat. Cependant,<br />
comme ilsvivoient en commun, Ménédème<br />
remit le foin <strong>du</strong> ménage à'fa première femme.<br />
Afclépiade mourut le premier à' Erétrirée, dans •<br />
un âge avancé : effet de la frugalité, dans laquelle<br />
il vécut'avec Ménédème, quoique dansl'abon»dance.<br />
Oh dit' que quelque tems après, un Ami<br />
d'Afclépiade étant venu à un repas chés Mené'<br />
dème, les Dômeftiques lui fermèrent" la porte;<br />
mais Ménédème le fit entrer, en difantqu'Afclépiàde<br />
devoit avoir chés lui la même authorité<br />
qu'il'y avait pendant fa vie. Ces deux Amis eurent<br />
deux protecteurs, Hipponicus de Macédoine<br />
& Agétor de Lamia ; celui-ci leur fit préfent à -<br />
chacun de trente mines, & Hipponicus donna-'<br />
deux mille Drachmes à Ménédème pour dater fes<br />
filles ; il en avoit trois d'Orope fa femme., à ce qye<br />
dit Héraclide.<br />
Vkïici comment il'.régloit les repas qu'il.downoiti
MENEDEME. i85<br />
noit a fes amis. II dinoit d'abord avec deux on<br />
trois perfonnes jufqu'à la fin <strong>du</strong> jour. Enfuite il fatfoie<br />
appeller ceux qui étoient venus & qui avoient<br />
eux-mêmes aufli mangé; de forte que fi quelqu'un<br />
arrivoit avant le tems, il s'informoit, en fe<br />
promenant, de ceux qui fortolent,de ce qu'on avok<br />
fervi fur la table & comment elle étoit en ce<br />
tems-là. Lors donc qu'il n'y avoit qu'un plat de<br />
petites herbes ou de poiflon falé, on fe retirent ;<br />
'mais s'il y avolt de la viande on entrait. Pendant<br />
l'Eté, les lits étoient couverts de nattes, &<br />
pendant l'hyver, de peaux. Chacun devoit fè fournir<br />
d'un couffin pour s'appuyer. Le gobelet<br />
dans lequel on buvOit à la ronde n'étoit pas<br />
grand; les deflêrts coniuloient en fèves & en<br />
•pois, quelquefois en poires, en grenades, &fou>vent<br />
en figues, félon les faifons. Nous apprenons<br />
tout cela de Lycophron dans fes fatyres intitu*<br />
Iées, Ménédeme, où, faifant l'éloge de ce Phildfophe,<br />
il dit, entr'autres chofes, que le vin s'y boit<br />
à petite mefure & que c'efi l'érudition qui eft Is<br />
deffert des fages.<br />
Ménédeme eflùya d'abord beaucoup de mé*<br />
pris; les Eréthréens le traitoient de chien & d$<br />
vifionnaire, mais dans la fuite ils Çeftimerent tant<br />
qu'ils lui confièrent l'adminiftration de leur ville-.<br />
H reçut beaucoup d'honneurr de Ptolomée & de<br />
Lyfimaque dans les AmbalTades dont il fut chargé<br />
auprès d'eux. Etant enyoyé auptèt de Déme><br />
triu».
X86 ME NE DE ME.<br />
trius, la ville lui payoit deux cens talens d'appointemens<br />
; mais il en fit retrancher cinquante. Ayant<br />
été- accule 1 auprès de Démétrius d'avoir fait un<br />
complot pour livrer la ville à Ptolomée, il fe<br />
purgea de cette .calomnie par une lettre dont<br />
Toici le commencement.<br />
Ménidemt au Roi Démétrius, Jalut.<br />
J'opprent qu'en vus a fait des rapports fur nom<br />
fitjet, & ce" qui fuit. Par cette lettre il l'avertit<br />
d'être fur fes gardes contre un de ies ennemis<br />
nommé Efchyk.<br />
Au-refte il eft certain qu'il fe chargea, malgré*<br />
lui de cette négociation qui regardoit la ville<br />
4'Orope, comme le rapporte Euphante dans<br />
(ts Hijtwes. Antigons avoit beaucoup d)amitié<br />
pour ce Pfailofophe & fe glorifioit d'être fou<br />
«tifciple; ce prince ayant mis en déroute des nations<br />
barbares près de Lyûmachie, Ménédeme<br />
fit à fa louange un décret fimple & fans flatterie<br />
dont le commencement étoit : en conséquence des<br />
témoignages ren<strong>du</strong>s par les généraux S armée £? l<br />
principaux membres <strong>du</strong> confeil que le Roi Antigon<br />
tfi rentré viiïorieux dans fis états, après avoir damp'<br />
té des peuples barbotes c^ !«'*' gouverne f»n Royaume<br />
raisonnablement, le Sénat & le peuple ont<br />
trouvé bon d'ordonner, & ce qui fuit. Ces égard<br />
qu'il avoit pour Antigène le rendirent fufpeâ.<br />
« ; Aris-
"^RîNE.PE ME. .,187<br />
ArHtade&e l'acrafa de trabifon, ce qui lui.fit<br />
prendre le parti de fc retirer à Orope, où il demeura<br />
dans le temple d'Ampbiaraùs, jufqu'à ce<br />
que les Vafes d!or,<strong>du</strong> temple s'éjtant trouvés per<strong>du</strong>s,<br />
comme, le r^ppqrte Hennippe', les Béotiens<br />
lui enjoignirent de fe retirer. 1,1 obéit avec douleur,<br />
& .ét»nt. re«wrné,fcGréteipent, dans fa patrie,<br />
il en emmena fa fejnme & tes filles & fc réfugia<br />
auprès d'Antigone où il mourut de triftefle. Hé-<br />
- raclide en,;parle tout différemment ;, il dit que<br />
Ménédeme*; étant' le premier <strong>du</strong> Sénat d'Eréwée,<br />
la ptéferva pbifteursjfoig >dtj 1*. Tyrannie, en éludant<br />
les efforts -de ceux qui voulojent la livre»!<br />
Démétrius; qu'il fut fauflement chargé d'avoir<br />
voulu la trahir pour les intérêts d'Antigone ; qu'il<br />
alla même trouver çe"ïfcoî, pour l'engager à affranchir<br />
fa patrie de fertâtude; & que, n'ayant'pu<br />
l'y engager, il fe priva de nourriture pendant<br />
fept jours, au bout desquels il mourut. Ce récit<br />
d'Héraclide eft conforme à celui d'Antigone de<br />
Car/fte.<br />
Perfée fut le feul contre qui Ménédeme eut<br />
toujours de la haine, parce qu'Antigone ayant<br />
voulu par confidération pour Ménédeme rétablir<br />
l'état républicain dans Erétrée, Perfée l'en empêcha;<br />
c'eft pour cela que Ménédeme s'emportant dans un<br />
feftin contre Perfée, fe fervit, entr'autres, de ces<br />
termes. Il peut bien être Pbilofopbe, mais il eft le plus<br />
méchant des bommes qui furent & feront jamais<br />
• - fur
igfr MENEDEM'E. ,<br />
fur la terre Héraclide dit qu'il mourut dans la<br />
ibixante-quatorzieme armée de fort âge. J'ai fait<br />
cette Epitaphe 'pour lui.<br />
Minideme, ton amour pourErétbrée t'engage i<br />
faire une entreprise qui coufe ta mort; trop foiblt<br />
pour y riuffir ç5* pour fupporter le malheur de<br />
la manquer, tu refufes tout aliment à ton corps<br />
£P Jtu meurs le feftieme jour.<br />
Nous avons parcouru les vies des Philofophti<br />
qui ont fuivi les dogmes- de Socrate ; nous allons<br />
décrire à-préfent celle de Platon qui fonda<br />
F Académie & parler de ceux de fes difciples qui<br />
te font fait on nom dans ie monde.<br />
n
£f| Uffia, fils d'Arifton & de Périaîone,<br />
ou -.le Potone, naquit à Athènes;<br />
fa ssere defccndoit de Solon par<br />
Dropides, frère <strong>du</strong> Légiflateur &<br />
p«e de Critias qui eut pour fils Calefchrus..<br />
De
ipo P L A T O N . .'"=•• ,<br />
lide , dans ton II. Livre des Phttofophes,. AU<br />
fént que le bruit couroit à Athènes". qu'Atiftoa<br />
fut obligé de différer fon union avec Périéhionfej<br />
& qu'ayant eu une vifion d'Apollon en fonge, il<br />
n'approcha point d'elle jufqu'à ce qu'elle fût accouchée.<br />
Apollodôrt dit, dan» fes Chroniques,<br />
qu'elle mit Platon au" monde la VII. Olympiade<br />
, le même jouj que les habitans de Délos<br />
croient qu'Apollon naquit. Hermippe rapporte<br />
qu'il mourut la première année de la XIXC.<br />
Olympiade , dans fa CVII1. année , étant i<br />
des noces; fi cela eft, il avoit fîx ans de moins<br />
qu'Ifocrate, puifque celui-ci naquit fous celui<br />
d'Aminias, pendant le gouvernement <strong>du</strong>quel Pérlclès<br />
mourut.<br />
Antîléon dit, dans fon II. Livre, que Platon<br />
étoit <strong>du</strong> bourg dé'Collyte 1 ; d'autresie fbiit<br />
naître à Egînc, dans la miaifon d'un certain Phidi*.<br />
dasjfilsdefrhalès, felohPhavorin, dans fon Hifia*<br />
ri diverfe, le père de Platon 1 ayant été envoyé<br />
avec d'autres pour former une Colonie dans cet<br />
endroit, d°où Hrévint à Athènes, forfque"Iés habitans<br />
d'Egine, fecourus par les LacédéTrionier»,<br />
chalTercnt cette Colonie, il (i)-dorma suffi au»<br />
Athéniens des jeux dont Dion nt les' fraix com.<br />
,; •• '.•.'.•••• m
P L A T O N . l9l<br />
ne le npportè Athénodore dans le VIII. LU<br />
rte de fes Provunadts.<br />
Platon eut deux frères nommés Adimante &<br />
Glaucon & une fœur nommée Fotooe qui fut<br />
mère de Speufippe; il eitt pour naître de fes<br />
études, Beays dont il jnxle dans fes Rivaux; & il<br />
fit fes. excusées chés Ariftofi ô"ArgOs, maître de<br />
Lutte, qui loi donna, le nom de Platon, à caufe de<br />
la bonne difpofitioa de fon corps, au-Iteu qu'au-,<br />
paravant on l'appeloit Ariftoclès, <strong>du</strong> nom de fon<br />
ayenl, comme le rapporte Alexandre, dans fes Suceejjions;<br />
d'autre* croient qu'on lui donna ce fur*<br />
nom pour fon éloquence, ou parce que,félon h<br />
remarque de Néanthe, il avoit le front fort large.<br />
Il y ena auffi qui difent .avec Diciarque,<br />
dans le I. Livre de fes Fies, qu'il combattit<br />
dans les Jeux Ifthmiques pour le prix de<br />
la Lutte. Il s'appliqua auffi à la peinture & â<br />
la poéfie , ayant compofé d'abord. des hymnes<br />
bacchiques. & ehfuite des: Chants*&' des Tragédies.<br />
Timothée d'Athènes dit, dans fes Fies,<br />
qu'il avoit la voix foible & on rapporte que Sacrale,<br />
ayant fongé qu'il tenoit fur fes genoux un<br />
jeune cygne, à qui il vint tout d'un coup des ailes,<br />
& qui s'envola avec un doux ramage, Arifton<br />
vint le lendemain lui recommander Platon ; fur<br />
quoi Socratedit au Père que fon-fils étoir le<br />
cygne dont il avoit rêvé la nuit précédente.<br />
Platon commença à enfeigner la;Phllof6flhl«<br />
* dam
1$1 P L A- T. O N.<br />
dans l'Académie, & enfuite dans un jdrdin?près<br />
de Colones, fuivant ce que rapporte-<br />
Alexandre, dans fes Succeffions, qui cite Heraclite.<br />
Comme il étoit fur le point de difpu*<br />
ter l'honneur de la tragédie au Théâtre Dyonifien,<br />
il brûla fes poëfîes, après avoir enten<strong>du</strong> So 1 ,<br />
crate. Vulcain, dit-il, Père <strong>du</strong> feù, approche,,<br />
Platon à beftin de ton fecours dans cette occafion.<br />
On dit qu'il avait à-peu-près vingt ans, lorsqu'il<br />
devint difciple de Socrate. Après fa mort il<br />
s'attacha i Cratyle difciple d'Heraclite & â Her-.<br />
mogene qui enfeignoit les dogmes de Parménide.<br />
A trente deux ans, il fe rendit à Mégare avec<br />
quelques difciples de Socrate pour entendre Euclide.<br />
De-là il fut à Cyrene, d'où après avoir<br />
pris les leçons de Théodore le Mathématicien,<br />
il pafla en Italie pour entendre Philo •<br />
laûs & Euryte, Philofophes Pythagoriciens. Après<br />
cela il fut voir les Prêtres d'Egypte , & on<br />
dit qu'il fit ce voyage avec Euripide & que,<br />
pendant leur fejour dans ce pays, Platon tomba<br />
malade j qu'il fut guéri par les Prêtres d'Egypte<br />
qui le lavèrent «l'eau de Mer ; ce qui lui donnt<br />
occafion de dire que la Mer lave tous les maux<br />
des hommes, & lui fit approuver ce que dit Homère<br />
, que tous les Egyptiens font Médecins. Platon<br />
avôit encore deflein d'aller voir les Mages j<br />
mais.la guerre qui étoit allumée en Afie l'en<br />
empêcha. A fon retour à Athènes, il ferfixa<br />
i . dan*
P L A T O N. 193<br />
dans l'Académie qui eft un Collège fîtué près de<br />
la ville & entouré de bois ; il eft ainfî nommé<br />
à caufe d'Academus, demi-Dieu. Eupolis en<br />
parle à l'occafion de Platon : il donnoit fes leçons<br />
, dit-il, fous l'ombrage des allées <strong>du</strong> Dieu Académus.<br />
Timon pareillement, en parlant de ce<br />
Philofophe, dit que c'eft là que préfidoit Platon<br />
de la bouche <strong>du</strong>quel fortoient des accens auflî<br />
doux que ceux dont les cigales faifoient retentir<br />
les bocages d'Hécadémus : car il faut remarquer<br />
qu'autrefois ce nom s'écrivoit avec un E,de forte<br />
que l'endroit s'appelloit Hécadémie.<br />
Platon étoit ami d'Ifocrate, & Paréxiphane a<br />
couché par écrit une difpute touchant les Poètes<br />
qui fe tint à la campagne chez Platon où Ifocrate<br />
étoit logé. Ariftoxene rapporte qu'il porta,<br />
les armes dans trois expéditions, celle de Tanagre,'<br />
celle de Corlnthe, & celle de Délium, où<br />
il remporta la victoire..<br />
Platon fit un mélange des opinions;d'Heraclite,<br />
de Pythagore & de Socrate, approuvant la<br />
doârine d'Heraclite dans ce qui concerne les<br />
fens, celle de Pythagore fur. ce qui regarde l'entendement<br />
& celle de Socrate en Ce qui touche<br />
la Politique. Satyre & d'autres difent qu'il écrivit<br />
à Dion en Sicile pour le prier de lui acheter<br />
de Philolaûs trois Livres de Pythagore pour cent<br />
mines ; il étoit en état de faire cela, ayant reçu<br />
de Denys plus de quatre vingt talens, fuivant ce<br />
Tomi I, I que
194 P L A T O N .<br />
P L A T O N . 195<br />
„• poffible qu'uue chofe foit la première, fi elle<br />
„ eft engendrée. A ce compte, aucune ne fe-<br />
„ ra la première ni même la féconde (i). Quand<br />
„ aux hommes en particulier, voici ce qui en<br />
„ fera : fuppofez un nombre pair ou impair, fi<br />
,-, on y ajoute ou qu'on en retranche, fera-ce le<br />
„ même nombre?<br />
„ B. Il ne me le parott pas!<br />
„ A. Ou fi on allonge ou qu'on diminue une<br />
„ mefure d'une coudée, fera-ce la même mefure<br />
„ qu'auparavant?<br />
„ B. Non certainement.<br />
„ A. A-préfent confidérez les hommes donc<br />
„ l'un croit & l'autre décline ; ils changent<br />
„ tous d'un moment à l'autre. Or ce qui change<br />
„ dans fa nature & ne 'demeure pas dans le mê-<br />
„ me état eft différent de ce qu'il étoit. Vous<br />
,; & moi ne fommes point ce que nous étions<br />
„ hier, & ne ferons pas demain ce que nous fom-<br />
„ mes aujourd'hui, ni dans aucun tems tels que<br />
„ nous aurons été dans un autre.<br />
A cela Alcime ajoute encore que les Philofophes<br />
veulent qu'il y ait des chofes que l'Ame connoit<br />
par le moyen <strong>du</strong> corps comme par les yeux<br />
& les oreilles, & d'autres qu'elle connott par elfe<br />
(i) La veffion Latine porte que rita ni ftut fi féirt<br />
trtmurimmt 4t ri*n%<br />
I 2
loC P L A T O N .<br />
le-même, fans le fecours <strong>du</strong> corps; & à cette oc-,<br />
cafion ils drftinguent les chofes en fenfibles & en<br />
intelligibles. De-là Platon inféroit que, pour<br />
parvenir â la connoifîànce des principes de l'Univers<br />
, il faut d'abord diftinguer les idées que l'Ame<br />
connoît par elle-même, comme font celles de<br />
la Reflemblance, de l'Unité, de la Multitude,<br />
de la Grandeur, <strong>du</strong> Repos, & <strong>du</strong> Mouvement;<br />
qu'enfuite il faut confidérer auffi en .elle-même<br />
l'idée de l'honnête, <strong>du</strong> bon &. <strong>du</strong> joute ; qu'enfin<br />
il faut avoir égard aux idées qui renferment<br />
quelque relation comme la fcience, ou la grandeur,<br />
ou la puhTance, & fe fouvenir que les<br />
chofes qui ont rapport à nous-mêmes reçoivent<br />
leur nom de leur participation avec les idées générales<br />
: par exemple, nous appelions juftes les<br />
chofes qui conviennent avec les idées <strong>du</strong> jufte<br />
& honnêtes les chofes qui conviennent avec<br />
l'idée de l'honnête. Chacune de ces efpeces<br />
de chofes eft éternelle, & fpirituelle.; ce qui fait<br />
qu'il ne peut y arriver de confufion. Auffi Platon<br />
difoit-il que les idées étoient dans la Nature,<br />
comme des modèles dont les autres chofes font<br />
des copies'.<br />
Voici auffi de quelle manière Epichanne raifonnOit<br />
fur le Bien & fur les Idées.<br />
„ A Le fon d'un inilrument n'eft-il pas quel-<br />
„ que chofe de réel ?<br />
„ B Oui fans cloute. ,<br />
A'
F L A T 0 N. 107<br />
„ A Eft-ce que l'homme eft pourtant un fon?<br />
„ B Non.<br />
,,-A Qu'eft donc celui qui joue de cet in»<br />
„ ftruinent ? n'eft-ce point un homme ? ,<br />
„ B Certainement.<br />
„ A Ne vous femble-t-il pas qu'il en eft de<br />
„ même par rapport au bien, que le bien eft<br />
„ tel par lui-même, que celui qui le pratique<br />
„ devient bon, & qu'il en eft de lui comme de<br />
„ ceux qui ont appris à jouer de quelque- inftru-<br />
„ ment, à danfer, à manier la navette, ou<br />
„ quelque autre exercice pareil , c*eft-à-dire,<br />
„ qu'aucun d'eux n'eft l'Art même qu'il exerce,<br />
„ mai9 feulement Artifan?<br />
Platon, dans fon Opinion touchant les Idées, dit<br />
que la mémoire prouvé que les chofes qui exiftent<br />
reflbrtiuent à des idées, vu que la Mémoire fuppofe<br />
un objet qui fubfifte & eft toujours dans le<br />
Blême état; or rien n'eft confiant de cette manière<br />
que les idées. Comment, dilil encore, feroit-il<br />
poflîble qne les animaux veillaflent à leur conferT<br />
vation, s'ils n'en avoient l'idée, & fi la Nature<br />
ne leur en avoit pas donné l'inftinft? Il allègue<br />
pour exemple leur avidité pour tout ce qui<br />
leflemble à la nourriture à laquelle ils font<br />
accoutumés; par ofr il <strong>mont</strong>re qu'ils ont tous une<br />
. idée naturelle de la reffemblance qui fait qu'ils<br />
connoiflent les chofes qui font <strong>du</strong> même genre.<br />
Ecoutons encore là-deflus. Epicharme. „ Eu-<br />
I 3 „ mée
ujfl P L A T O N .<br />
'.,, mée, dit-il, la fagefle n'eft pas particulière i<br />
,, l'homme feul, tout ce qui vit en a quelque<br />
,, connoiflance. La Poule ne pro<strong>du</strong>it pas des<br />
„ Poulets vivans, elle couve fes œufs & les<br />
», anime par la chaleur. La Nature feule connoît<br />
•,, cette fagefle & c'eft elle qui l'enfeigne à cet<br />
,, animal. Il ajoute, ne vous étonnez pas de<br />
„ ce que je dis que cette poule fe plaît à voir<br />
„ fes pouflîns & qu'elle les trouve beaux : car<br />
• „ un.chien parolt beau à un chien, à il en<br />
„ eft de même <strong>du</strong> bœuf, de l'ane , & <strong>du</strong> porc.<br />
- Alcime parle de tout cela & d'autres chofes<br />
femblables dans fes IV. Livres, en faifant remarquer<br />
fur combien de chofes Platon a profité<br />
des ouvrages d'Epicharme, & il ji'ignoroit pas<br />
M même le profit qu'on en pouvoit faire; cela<br />
parok par ce qu'il dit fur ceux qui pourroient<br />
dans la fuite marcher fur fes traces. Je crois ££<br />
je prévois même qu'on fe fouviendra de mes dijcourt,<br />
que quelqu'un mettra nus vers tnprofe, & qu'après<br />
les avoir embellis d'exprejfions fleuries<br />
, il s'en prévaudra, ci? Jurpajjera lés<br />
autres.<br />
Sophron, le Comique, eft encore un Auteur<br />
dont Platon paroît avoir fait ufage, enfe fervant<br />
pour les mœurs des préceptes qu'il y trouva,* ces<br />
Livres avoient été jufqu'alors inconnus à Athènes,<br />
& on dit que lors que Platon mourut il les<br />
«.voit fous fon chevet.<br />
Ce
P L A T O N. 199<br />
Ce Philofophe fut trois fois de Grèce en Sicile»<br />
La curiofité de voir l'Ifle & les foupiraux <strong>du</strong>><br />
<strong>mont</strong> iEthna fut le motif de fon premier voyage.<br />
Denys le Tyran, fils d'Hermocrate, ayant fou-haité<br />
d'avoir un entretien avec lui, Platon parla<br />
de la Tyrannie & dit qu'une chofe qui n'étote<br />
avantageufe qu'à celui qui en jouiflbit ne pouvoit<br />
pas pafler pour la meilleure, à moins qu'il ne furpaûlt<br />
en même tems les autres par fa vertu:<br />
Denys irrité lui dit que c'étoient là des difeours<br />
de vieillards ; Platon lui répondit que les fiens<br />
étoient ceux des Tyrans, & Denys fe livrant à<br />
fa colère forma le defTein de le faire mourir; il<br />
fe laiffâ pourtant fléchir par les prières de Dion<br />
& d'Ariftomene & fe contenta de le livrer à Po.<br />
lide, Envoyé de Lacédémone à fa Cour, afin<br />
qu'il le vendit à- tel prix qu'it voudroit. Celui-ci'<br />
le mena à Egjne où il le vendit comme un efclave.<br />
Alors Charmander, fils de Charmandride»<br />
accufa Platon de crime capital, en vertu d'une<br />
loi <strong>du</strong> pays qui condamnoit à mort fans forme<br />
de procès le premier Athénien qui aborderoit<br />
dans cette Ifle. Phavorin, dans fon Hiftoirt, fait<br />
Charmander lui-même auteur de cette loi.<br />
Au-refte, quelqu'un ayant dit par raillerie que<br />
Platon étoit Philofophe, on le renvoya abfous.<br />
D'autres difent qu'il fut préfenté aux Juges qui<br />
•oyant qu'il fe taifoit & qu'il paroiflbit réfigné àr<br />
ce qui pourrait lui arriver, changèrent la peine<br />
I 4 de<br />
•£&*r- :
aoo P L A T O N .<br />
de rhort en fervitude & le condamnèrent à être<br />
ven<strong>du</strong> comme les efclaves; un nommé Annicéris<br />
de Cyrene-fe trouvant là par hazard le racheta<br />
pour vinçt mines, ou pour trente félon quelques-uns<br />
, & le renvoya à Athènes auprès de fes<br />
amis qui envoyèrent d'abord à Annicéris la fomîne<br />
qu'il .avoit payée ; mais il ne voulut pas la<br />
jecevoir & dit qu'ils n'étoient pas les feuls qui<br />
fuflent dignes de s'intéreffer à la perfonne de<br />
Platon. Il y en a qui difent que Dion envoya<br />
auflî de l'argent qui ne fut point ajouté à la fomme<br />
de fon rachat & que Platon employa à s'acheter<br />
un petit jardin dans l'Académie. Quant à<br />
Polide, on dit qu'après avoir été vaincu par Chafcrias<br />
il fe noya dans l'Hélice par la malignité d'un<br />
efprit qui le perfécutoit à caufe <strong>du</strong> Philofophe ;<br />
& cela eft entr'autres rapporté par Phavorin, dans<br />
Iç I. Livre de fes Commentaires. Denys n'eut pas<br />
l'ame plus tranquille : ayant appris ce qui étoit<br />
arrivé, il écrivit à Platon pour le prier de ne pas<br />
mal parler de lui ; le Philofophe lui répondit<br />
qu'il n'avoit pas aflez de loifir pour penfer<br />
à lui.<br />
Le but de fon fécond voyage en Sicile étoit<br />
d'obtenir de Denys le Jeune de pouvoir former,<br />
dans quelque endroit Ai fa domination, une Co •<br />
lonie qu'il feroit vivre félon les loix de la Politique<br />
qu'il avoit conçue; on lui promit ce qu'il<br />
demandoit, mais on ne lui tint point paro/e;<br />
outre
IP L A T O N. *oi<br />
outre cela , félon quelques hiftorrens, ' il fut<br />
ibupçonné d'exciter Dion & Théotas à procurer<br />
la liberté de l'Ifle ; Archytas, Philofophe, Pythagoricien,<br />
écrivit en fa faveur une lettre à Denys<br />
qui le fauva, de forte qu'il revint à Athènes.<br />
Voici cette Lettre.<br />
Archytas à Denys, Salut.<br />
„ Nous, les amis de Platon, vous avom<br />
„ envoyé Lamifcus & Photidas dans I'efpérance<br />
„ que vous leur rendrez ce Philofophe, auffi li-<br />
« bre qu'il étoit lorsqu'il arriva en Sicile. L*e-<br />
,, quité veut que vous vous fouveniez de l'etn-<br />
„ preflement que vous aviez • pour lui, des in-<br />
„ fiances que vous nous avez faites pour que-<br />
„ nous l'engagions à fe rendre auprès de vous,<br />
„ promettant d'exécuter tout ce que nous vous:<br />
„ propofions à fon fujet & de lui lauTer la liber-<br />
„ té de refter auprès de vous ou de s'en retour-<br />
„ ner. Rappeliez-vous encore la joie que vous<br />
„ eûtes de le voir & l'eftime que vous lui avez<br />
„ accordée par deffus tous les autres Philofo-<br />
,, phes; fi quefque fujet de mécontentement<br />
„ vous a indifpofé contre lui, il convient que-<br />
,, vous tempériez cela par la douceur, & que<br />
» la raifon vous porte à nous rendre fa perfon-<br />
„ ne fans lui faire de mal. En faifànt cela vous<br />
>. agirez avec juilice & vous nous obligerez.<br />
1 S En-
P L A T O K.<br />
Enfin la disgrâce de Dion obligea Plate»<br />
de paffêr dans cette Iile pour la troifieme<br />
fois j il travailla à le faire rentrer en grâce auprès<br />
de Denys; mais voyant que fes efforts étoient<br />
inutiles, il revint dans fa patrie. Il ne<br />
voulut point avoir part au gouvernement, quoiqu'il<br />
entendît la Politique, comme on le voit par<br />
fes ouvrages; & la raifon quï l'en empêcha eft que<br />
le peuple étoit accoutumé à d'autres règles que<br />
celles qu'il auroit voulu faire fuivre. Pamphila<br />
dans le XXV. Livre de fes Commentaires, rapporte<br />
que les Arcadiens & les Thébains, ayant<br />
bâti une grande ville, le prièrent de lui donner<br />
des loix; mais ayant appris qu'ils ne vouloient<br />
point] confentir à l'égalité des conditions, il refufa<br />
d'y aller. On dit qu'il fut le feul qui ofa tenir<br />
compagnie à Chabrias, lorsque ce Général s'enfuit<br />
pour éviter d'être comdamné à mort. Pendant<br />
qu'il <strong>mont</strong>oit à la fortereffe avec lui,. un<br />
Délateur nommé Cobryle lui dit: tu viens ici<br />
pour fecourir un autre, comme fi tu ne favois<br />
pas que tu dois t'attendre au même fupplice qu'a<br />
fubi Socrate. Platon lui répondit, quand je cornbattois<br />
pour la défenfe de ma patrie je m'expo»<br />
fois aux dangers par devoir, à*préfent je le fais<br />
par amitié pour un homme qui reclame mes bons<br />
offices.<br />
Phavorin dans le VIII. Livre de fon Hifloirtdit<br />
qu'il eft le premier qui ait mis les Dialogues<br />
en
P L A t O NT àbft<br />
en crédit. Il enfeigna à Léodatnas de Thaflé k'<br />
manière de connoltre les chofes en faifant l'analyfe.<br />
II fut le premier qui fe fervit en Philofophie<br />
des noms d'Antipodes, d'Elément, de Dialè&ique,<br />
de qualité (i), de longueur dans le<br />
Nombre, de la fuperficie plane, de l'horifon,<br />
de la Providence divine. Il fut auffile premier<br />
des Philofophes qui contredit le dîfcours de<br />
Lyfias, fils de Céphale, qu'il rapporte tout entier<br />
dans fon Phèdre, & qui a fenti l'ufage qu'on<br />
pouvoit faire de la Grammaire; mais comme il<br />
a critiqué la plupart de ceux qui l'ont précédé,<br />
on demande fouvent pourquoi il n'a rien dit<br />
de Démocrite.<br />
Néanthe de Cyzique dît qu'étant venu aux<br />
Jeux Olympiques, il s'attira les regards des Grecs,<br />
& que ce fut là qu'il eut une converfation<br />
avec Dion qui fe préparoit à faire la guerre<br />
à Denys. On trouve, dans le I. Livre des Commentaires<br />
de Phavorin, que Mithridate de Perfe<br />
fit élever une ftatue à ce Philofophe dans l'Âca •<br />
demie avec cette infeription, Mithridate Perfan,<br />
fils de Rhodohate, a dédié aux Mufes cette Image<br />
de Platon qui eft l'ouvrage de Silanion.<br />
Héraclide dit que Platon étoit fi retenu & fi<br />
pofé dans fa jeuneffe qu'on ne le vit jamais rire<br />
qur<br />
(i) Je fuis une coajeâiùre de Meaige.<br />
I 6
404 P L A T O N .<br />
que des lèvres. Cependant fa modeftie ne le garantit<br />
pas des traits des Poètes Comiques; Théopcmpte<br />
dans fon Autbqcbare, le raille en ces termes.<br />
Un ne fait pas un&à peine, félon Platon, deux<br />
font-ils un. Anaxandride dans fon Théfée en<br />
parle ainfi. Lorfque femblable à Platon il avale<br />
goulûment des olives. Timon fait un jeu de<br />
mots fur fon nom en difant ces paroles : adroit comme<br />
Platon à forger des prodiges. Tu viens à propos,<br />
dit Alexis, dans fa Méropide; mais moi je<br />
vais &? je viens en me promenant. Aujfi morne que<br />
Platon, je ne trouve rien de fage 6? je ne fais<br />
que me fatiguer les genoux. Le même Auteur<br />
dit, dans fon Aneylion. Tu nous apprens des<br />
myfteres en courant à la manière de Platon; tu<br />
connais fans doute les oignons £f le falpêtre. Am.phis,<br />
dans fon Ampbicrate, lui donne ce trait<br />
S. Mais ce bien que vous efpérez d'obtenir par elle<br />
m'ejî moins connu que celui de Platon. Abl mon<br />
Maître, qu'il eji beau ! H. Prens y donc garde.<br />
Dans le Dexidemis, il dit encore, Platon tu ne<br />
fais qu'avoir l'bumeur fombre, ton front eji toujours<br />
aufji ridé que la coquille d'un efcargot. Cratinu>,<br />
dans, fa pièce intitulée laSuppofttion, l'attaque en<br />
ces termes. Fous êtes homme, & vous avez une<br />
ame, félon Platon; je ne le ffai'pas bien, mais<br />
je le crois. •Pareillement Alexis, dans fon Olympïodore.<br />
Mon Corps était ce qu'il y avait en moi<br />
de mortel; te qu'il y avoit en moi d'imm.ort£l s',eji<br />
éle-
P L A T O N . aos<br />
élevé dans l'air. Ne voila-t-il pas les chimères qtfon<br />
apprend de Platon? Et, dans fon Parafite, Ou de<br />
parler comme Platon qui s'entretient avec luùméme.<br />
Anexilas fe moque auflî de lui dans fes pièces,<br />
intitulées, Botrylion, Circé & les Femmes riches.<br />
Ariftippe, dans fon IV. Livre des Délices des.<br />
Anciens y dit que Platon eut beaucoup d'amitié<br />
pour un jeune homme, nommé After,qui s'appliquoit<br />
avec lui à l'Aftrologie r & pour Dion dont<br />
nous avons parlé plus haut; quelques-uns y ajoutent<br />
Phèdre. Les épigrammes qu'il compofa<br />
fur leur fujet font des preuves des fentimens<br />
qu'il avoit pour eux. Voici celles qu'il fit<br />
pour After.<br />
Cher After, je voudrais être le Ciel lorsque tu<br />
en conjideres l'éten<strong>du</strong>e 6f te regarder avec autant<br />
d'yeux qu'il y a d'étoiles.<br />
After, étoile <strong>du</strong> matin, autrefois tu brillois<br />
ici has; à-préfent, étoile <strong>du</strong>foir, tu reluis dans les<br />
champs Elifées. m<br />
Voici celle qu'il fit pour Dion.<br />
Les Deftinées firent verfer des torrens. de larmes<br />
à Hécube £? aux Troyennes, au-lieu que les Dieux<br />
t'ont accordé,Dion, les plus-belles efperancesavecl.es<br />
plus glorieux triomphes. Ta patrie t'aime £? tes<br />
concitoyens te comblent d'honneur ; mais de quel<br />
trait,, bêlas! perces-tu mon cœur ?<br />
On dit que cette Epigramme fèrt d'Epitaphe<br />
è Dion &' fut mife à Syracufé fur fon Tombeau.<br />
I z Nous,
aoff P L A T O N.<br />
Nous avons remarqué que Platon eut auffi de I'rmitié<br />
pour Phèdre & on dit qu'il eut auffi beaucoup<br />
d'attachement pour Alexis ; il parle d'eux<br />
dans ces vers.<br />
A-préfent qu'en ne voit plus rien qui foit digne<br />
S attachement qu'Alexis & que les regards de tout<br />
le monde fe tournent fur lui, pourquoi ejl-ce que je<br />
veux tantôt confier mes fentimens & tantôt les cacher?<br />
(i) N*ejl-ce pas ainfi que nous avons per<strong>du</strong><br />
Fbedref<br />
Platon aima Archéànaffe de Colophon ; voici<br />
comment il parle d'elle.<br />
J'aime Archéànaffe, malgré fa vîeilleffe £p fer<br />
rides; vous qui la fervttes les premiers, que vous<br />
dûtes fouffrir de l'attachement que vous aviez pour'<br />
elle, lorsqu'elle était moins âgée!<br />
Il fit auffi ces vers pour Agathone. Tandis<br />
que j'étois auprès d'Agatbone, mon ame était prête<br />
à me quitter (2).<br />
Ceux-c» regardent Xàntippe.<br />
ye vous donne cette orange, recevez la & répondez<br />
aux fentimens que j'ai pour vous; Jirion,.<br />
prenez la toujours £? voyez le peu de tems qu'il<br />
faut à ce fruit pour perdre fa bonté; penfez qu'il<br />
en<br />
(r) Ce paffàge aflèz obfcur renferme un proverbe grec<br />
qu'on peut voit dans Erafme. Adages p. 146.<br />
(2) Ce vers qui paffe pour célèbre & le paffage fui-<br />
Mat gouraient eue tra<strong>du</strong>its plus littéralement.
t L A raKi taf<br />
in tfi ainjt de moi fc? que bientôt vous fc? moi fié.<br />
frirons également.<br />
On dit qu'il fit auflî cette Kpitaphe pour les<br />
Erétriens, lorsqu'ils furent iurpris par une embuscade.<br />
Nous étions, Erétriens, originairesd'Eùbée; mais<br />
ras corps repofent près de Suze, loin de notre patrie<br />
£f des tombeaux de nos ancêtres. , %<br />
On lui attribue encore les vers fuivans. Vénus<br />
iifoit un jour aux Mufes : Nympbes, redoutez moi,<br />
m l'Amour vous fera la guerre.'Finiffez ces discours;<br />
répondirent les Mufes, cet enfant ne pajfe point<br />
par ici.<br />
Enfin on lur attribue ceux-ci!<br />
Un homme ayant trouvé un tbréfor laiffa à laplace<br />
une corde qu'il avoit apportée ; celui à qui était<br />
le tbréfor, ne trouvant point l'or qu'il avoit mis<br />
dans cet endroit, prit la corde qu'il y trouva (i).<br />
Molon haïflbit Platon & dit un jour qu'il n'étoit<br />
pas fi étonnant de voir Denys à Corinthe<br />
que Platon en Sicile. Il paroΣ auflî que Xénophon<br />
n'a pas été de fés amis; & par une efpece<br />
de jal'oufie, ils ont écrit fur les marnes fujets,.<br />
comme le Banquet, la défenfe de Sôcrate, & des<br />
Commentaires fur la Morale ; outre cela Platon a^<br />
traité de la République, & Xénophon de l'é<strong>du</strong>ca><br />
tion<br />
f i) Il y a, dans tes ver», un retour des mêmes mot*<br />
qu'on ne neu*; guère rendre avec agrément.
toS P L A T O N ,<br />
tion de Cyrus que Platon dans fon difcours fui<br />
les loix nomme un conte fait à plaiûr, taxant<br />
d'imaginaire le portrait qu'il donne <strong>du</strong> caraftere<br />
de ce Prince; enfin, quoiqu'ils parlent l'un &<br />
l'autre de Socrate, on ne trouve nulle part dans<br />
leurs ouvrages qu'ils faffent mention l'un de l'autre<br />
, excepté dans le III. Livre des Commentaim<br />
de Xénopbon, où le nom de Platon fe rencontre;<br />
On dit qu'Autifthene fe propofant de lire en public<br />
quelque chofe qu'il avoit. compofé, il pria Platon<br />
d'y être préfent ; que celui-ci lui demanda quel<br />
étoit le fujet de fon ouvrage ; & qu'Antifthene<br />
ayant répon<strong>du</strong> qu'il rouloit fur ce qu'il ne faut<br />
pas être contredifant, Platon lui dit comment<br />
avez-vous traité cette matière ? Qu'alors Antifthene,<br />
comprenant qu'il n'étoit pas dans, fes idées,<br />
en fut offenfé jufqu'à publier contre lui un Dialogue<br />
, fous le titre de Satbon ; ce qui fut caufe.<br />
que, depuis ce tems-là, ils ne furent point amis.<br />
On dit encore que Socrate, ayant enten<strong>du</strong> le<br />
Lyfis de Platon, s'écria:, que de cbofes ce jeune<br />
homme me prête !. En effet il lui faifoit tenir des<br />
difcours qui n'étoient jamais fortis de la bouche<br />
de ce Philofophe.<br />
Platon avoit quelque éloignement pour Ariftippe<br />
; cela paroit au fujet de la mort de Socrate à<br />
laquelle il lui fait un crime, dans fon Traité<br />
de l'Ame, de ne s'être pas trouvé préfent, quoicgi'tl<br />
fût à Egine, lieu peu éloigné d'Athènes.<br />
n
P L A T 0• . N, a©!!<br />
II n'étoit pas non plus ami d'Efchine qu'il bit<br />
moit de s'être ren<strong>du</strong> en Sicile pour recevoirdç<br />
l'affiftance de Denys qui faifoit cas- de lui ; ai*<br />
contraire Ariftippe l'en louoit, Idoménée dit<br />
que eélui qui voulut perfuader à Socrate de s'enfuir<br />
de prifon ne fut pas Criton, mailEfchine ; &<br />
que Platon n'attribua cela au premier, que parce<br />
qu'il n'aimoit pas Efehine. Il ne parle pas feulement<br />
de lui dans fes- ouvrages, excepté en pas-,<br />
fint dans fon Traité de l'Ame ; & dans la Difenfe<br />
it Socrate, Ariftste remarque que fa manière d'écrire<br />
a quelque chofe <strong>du</strong> Poëntte & de la Pr»fe.<br />
Phavorin dit quelque part que, lorfque Platon<br />
lut fon Traité de VAme, il n'y eut qu'Ariftote, de<br />
tous les affiftans, qui l'écouta avec attention, tous<br />
les autres s'etant levés & retirés. Quelques-uns difent<br />
que Philippe d'Opes tranfcrivit fes Loix qui<br />
étoient écrites fur deî tablettes en<strong>du</strong>ites de cire , on<br />
attribue auffi au même YEpinomis. Euphorion &<br />
Panœtius difent qu'on a fouvent trouvé l'exorde<br />
de fes Livres de la République changé, & Aristoxene<br />
croit que cet ouvrage eft inféré prefque<br />
tout entier dans les GmtradtQions de Protagore. Le !<br />
Phèdre paffe pour avoir été fon coup d'effai, & j<br />
il eft vrai que cet ouvrage n'a pas beaucoup de<br />
force ; Dkéarque en trouve auffi le ftyle rude,<br />
Platon, ayant vu quelqu'un jouer aux dez r<br />
le reprit; le joueur dit qu'il le reprenoit pour<br />
peu de chofe. L'habitude n'eft pas peu de chofc-
»le> P L A T O HT.<br />
fe, reprit Platon. On lut demanda s'il croyoft<br />
que fa dodtïtne acquît autant de crédit que celle<br />
des autres Fhilofophes; il répondit qu'il falloit<br />
premièrement qu'il établit fa réputation & qu'as*<br />
lors plufîeurs de fes dogmes feroient eftimés;<br />
Xénocrate étant un jour entré chez lui , il lur<br />
dit: je vous prie, châtiez cet efclave, je nepui*<br />
le faire parce que je fuis irrité. Une autre fois,<br />
il dit à un de fes Domeftiques qu'il le puniroïc<br />
s'il n'étoit pas en colère. Etant à cheval, il en<br />
defcendit par la penfée qifl lui vint que cet animal<br />
lui donnoit un air de fierté. Il recomman.<br />
doit aux ivrognes de fe regarder dans le miroir,<br />
afin que la honte qu'ils auraient de leur<br />
état leur mfpirât de Taverfion pour ce vice; &<br />
il ne vouloit point qu'on bût au-delà de : ce<br />
qu'on pouvoit porter, exeçté dans les fêtes<br />
de Bacchus. Il blâmoit ceux qui aimoient le<br />
fommeil & dormoient trop. De-là vient qu'il dit r<br />
dans fes Loix, qu'un Dormeur eft un homme<br />
fans mérite. Il difoit que la vérité eft la chofe<br />
la plus agréable qu'on puiflTe entendre; d'autre»<br />
croient qu'il ne parloit pas de la vérité que difent<br />
les autres, mais de celle qu'on dit foi-même.<br />
Voici une fentence de fon Livre des Loix : la<br />
vérité, mon cher hôte, eft belle & <strong>du</strong>rable ; mais<br />
qu'il paroît difficile de perfuader aux hommes de<br />
la fuivre !<br />
Platon fouhaitolt beaucoup de perpétuer Ta ,<br />
mé-
P L A T O N . au<br />
mémoire de fon nom, ou par fes ouvrages, ou<br />
par la bouche; & c'eft pour cela, qu'il faifoit fouvent<br />
des voyages.<br />
Il mourut, félon Phavorin au III. Livre de fes<br />
Commentaires, la treizième année <strong>du</strong> Roi Philippe,<br />
de qui Théopompe dit qu'il reçut des réprimandes.<br />
Myronian, dans fon Traité des cbofes.<br />
fsmblables, cite Philon fur le Proverbe auquel la<br />
vermine de Platon donna lieu, comme fi ce Phi»<br />
lofophe étoit mort de cette maladie. On l'enterra<br />
dans l'Académie où il avoit long-tems enfeigné<br />
la Philofophie & d'où fa Secte prit le nom<br />
d'Académique. Il fut enterré avec beaucoup de<br />
folemnité. Voici fon Teftament.<br />
„ Platon laifle & lègue ce qui luit. La Mé-<br />
„ tafrie d'Epheftiade qui a au feptentrion le<br />
„ chemin qui vient <strong>du</strong> temple de Céphifiade,<br />
>, au midi Héraclée des Hephefliades, à l'orient<br />
„ Archeftrate de Phréare & à l'occident Philip-<br />
», pe de Cholide : il ne fera point permis de la<br />
„ vendre ou de l'aliéner, mais elle appartiendra<br />
„ à mon fils Adimante qui en jouira absolument.<br />
„ Je lui tranfporte auflî la Métairie des Enéréfi-<br />
„ ades; fituée entre les fonds deDémoftrateXy-<br />
„ pétaron vers le midi, d'Eurymédon de Myr-<br />
„ rhina <strong>du</strong> côté <strong>du</strong> levant, de Céphife au cou-<br />
„ chant & de Callimaque au nord,-de qui je<br />
„ l'ai acquife par achat. Je lui donne de plus<br />
„ trois mines en efpeces, lin vafe d'argent <strong>du</strong><br />
„ poids
ha P L A T O N.<br />
„ poids de cent foixante & cinq drachmes, me<br />
;, coupe de même métal qui en pefe foixante &<br />
„ cinq, un anneau & un pendant d'oreille d'oï<br />
„ pefant enfemble quatre drachmes & trois obo-<br />
„ les, avec trois mines qui me font <strong>du</strong>es par Eu-<br />
„ clide le Tailleur de Pierre. Je dégage Diane<br />
„ de toute fervitude ; mais pour Tychon, Bic-<br />
„ tas, Apolloniade & Denys, ils continueront<br />
„ d'être efclaves d'Adimante, mon fils, à qui je<br />
„ laifle auffi tous mes meubles & les autres ef-<br />
„ fets fpécifiés dans l'inventaire qui eft entre les<br />
„ mains de Démétrius. Je n'ai aucune dette &<br />
„ j'inftitue, pour Curateurs & Administrateurs<br />
„ <strong>du</strong> préfent délaiflement, Speùfippe, Démétrius,<br />
„ Hégias, Eurymédon , Callimaque & Thrafyppe.<br />
On mit plufieurs Epitaphes fur fon tombeaux<br />
en voici une.<br />
Ici repofe le Devin Ariftochs dont la prudence<br />
& les mœurs furent dignes d'éloge ; fi jamais la<br />
fageffe a honoré les hommes, celui-ci ejl couvert d<br />
gloire £5* au-deffus de l'envie.<br />
En voici une autre.<br />
Cette Terre couvre le corps de Platon. Le Ciel<br />
contient fon Ame bienheureufe. Tout honnête homme<br />
doit refpe&erfa vertu.<br />
Celle-ci eft plus moderne que les autres.<br />
Aigle,. Àis-moi, pourquoi tu voles fur ce fépulthre<br />
&f à quelle demeure de l'Empirée tu vas ? Je<br />
fuis l'Ame de Platon qui s'élève au Ciel tandis que<br />
19
P L A T O N . IIJ<br />
k Pays d'Athènes conférât fin corps.<br />
Voici aufli une Epitaphe que je lui ai faite.<br />
Qu'eût-ce été Pbeebus fi tu rieuffes donné Platon<br />
aux Grecs pour guérir les âmes des hommes par les.<br />
Lettres: car il ejl pour les maux de l'ame ce<br />
qu'Efculape, ton fils, efi pour les maladies <strong>du</strong> corps.<br />
En voici encore une qui porte en particulier<br />
fur fa mort.<br />
Pour le bonheur des homme/Apollon a donné le<br />
jmr à Efculape £s* à Platon, afin que le premier<br />
procurât le bien de leur corps £? le fécond celui ds<br />
leur ame; Platon efi allé ajjifter à un feftin nupr<br />
tial dans la ville dont il avoit formé l'idée & qu'il<br />
o fondée dans lé Ciel.<br />
Platon eut, pourdifciples, Speufippe d'Athènes,<br />
Xénocrete de Chalcédoine, Ariftote de Stagira,<br />
Philippe d'Opus, Hefliée de Périnthe, Dion de<br />
Syracufe, Amycle d'Héraclée, Erafte & Corifque<br />
de Scepfe, Timplaiis de Cyzique, Mvéon de<br />
Lampfaque, Pithon & Héraclide d'^Enia, Hippo?<br />
taie & Callippe d'Athènes, Démétrius d'Amphir<br />
polis, Héraclide de Pont & quantité d'autres,<br />
outre deux femmes, Lafthénie de Mantinée &<br />
Axiothée de Phlias qui, comme le rapporte Dicéarque,<br />
s'habilloit en homme. Il y en a qui<br />
comptent aufli Théophrafte parmi fes Auditeurs.<br />
Chaméléôn y ajoute l'Orateur Hypéride ayecty.<br />
curgue. Polémon donne aufli Démpfthene pour<br />
lin de fes difciples 5 & Sabin, dans fes mélanges de<br />
Médi-
iH<br />
P L A T O N .<br />
Méditations Livre IV, dit la même chofe de<br />
Mnéfiftrate de Thaffe, non fans apparence de vérité.<br />
Mais puifque vous chériffez avec raifon la<br />
mémoire de Platon (i) & qu'à l'eftime que vous<br />
avez pour lui, vous joignez le défir de connoître<br />
fes dogmes, j'ai cru devoir décrire la nature de<br />
fes Difcours, l'ordre de fes Dialogues, & la minière<br />
dont il faifoit fes in<strong>du</strong>ctions, en ne toitchant<br />
cependant les chôfes que fommairement &<br />
fans diftinguer toutes les parties qui entrent dans<br />
Paflemblage'de fa doctrine: car ce feroit, comme<br />
on dit, envoyer des hiboux à Athènes, s'il falloit<br />
vous donner les détails de tout (i).<br />
On prétend donc que le premier qui fit des<br />
Dialogues fut Zenon d'Elée.; Ariftote, dans le<br />
I. Livre des Poètes, &Phavorin, dans tes Commentaires,<br />
difent que ce fut Alexamene deStyra ou<br />
de Teïum. Mais Platon a tellement perfectionné<br />
ce genre d'écrire que, non feulement on lui eft<br />
redevable de l'élégance qu'il y a répan<strong>du</strong>e,<br />
taais qu'on ne peut aufli lui en refufer l'invention.<br />
Le Dialogue eft un difcours compofë de<br />
demandes & de réponfes fur un fujet de Philofophie<br />
ou de Politique, exprimées d'une manière<br />
con-<br />
(i) L'ouviage de Dîogene Laë'ice étoit adreflë i une<br />
femme nommée virri». Voyez la note de Ménage.<br />
(i) Proverbe pareil à celui de porter, de l'eau a la Mer.<br />
Il y «voit beaucoup de hiboux a Athènes & une «oa-<br />
,noie fut laquelle étoit empreinte le hibou, oifeau de Minerve.<br />
ExawK Adages page 105,
P L A T O N . 21s<br />
convenable aux perfonnes qu'on y intro<strong>du</strong>it<br />
La Dialectique eft l'art d'établir ou de détruire<br />
quelque propofition par demandes & par répliques.<br />
Il y a deux caractères généraux dans les Dialogues<br />
de Platon. Les uns font appelles Dialogues<br />
d'explication ou d'inftruction (i). Les autres Dialogues<br />
de recherche (a). Ceux d'explication ou<br />
d'inftruction fe divifent différemment, félon qu'ils<br />
roulent fur la fpéculation ou fur l'action. Ceux<br />
qui ont la fpéculation pour objet fe partagent<br />
en Phyfiques & Logiques. Ceux qui regardent<br />
l'action font ou Politiques ou Moraux. Les<br />
Dialogues appelles de recherche fe divifent en<br />
deux clafles, les uns font deftinés à s'exercer<br />
fur quelque fujet, les autres à combattre quelque<br />
idée. Les premiers fe diftinguent en Dialoguesappelles<br />
mœutiques & en Dialogues d'efiai (3).<br />
Les féconds en Dialogues de démonftratioi»<br />
ou d'accufation & en Dialogues appelles destructifs<br />
(4).<br />
le<br />
(1) Qui traitent de vérités connues.<br />
(z) Qui traitent de ventés inconnues qu'on tâche de<br />
découvrir.<br />
. (3) Les Dialogues moeutiqocs font ceux dans lefquels<br />
Socrate faifoit trouver à ceux qu'il enfeignoit les vérités<br />
dont il vooloit les faire convenir. Dans ceux<br />
d'eiTai ij ne faifoit. que touchée les ventés dont il lea<br />
inftiuifoit.<br />
(4) Les Dialogues'de démonftration font fatyrlquerj<br />
let deftruftifs font. deftinés à réfuter des eyçurs. Vqy«i<br />
ja rie de Platon pat Dacier p. nj, 116.
215 P L A T O N .<br />
Je n'ignore pas qu'il y a des Auteurs qui diftinguent<br />
autrement les Dialogues de Platon. Ils<br />
difent que les uns font Dramatiques, les autres<br />
Narratifs , & d'autres qu'ils appellent Mixtes ;<br />
mais cette diftinftion fent plutôt le flyle <strong>du</strong> Théâtre<br />
que celui de la Philofophie. Parmi ces<br />
Dialogues, il y en a qui roulent fur la Phyfique,<br />
comme le Timée, d'autres fur la Logique, comme<br />
le Politique, leCratyle, leParménide & leSopbifte.<br />
Sur la Morale, comme l'Apologie, le Criton, le<br />
Pbédon, le Phèdre, le Banquet, le Ménéxene,<br />
le Clitûpban, les Lettres, le Pbilebe, l'Hipparque,<br />
& les Rivaux. Sur la Politique, comme la République<br />
, les Loix, le Minos, l'Epinomis & l'Atlanticus.<br />
• Platon fe fert de la méthode mœutique dans<br />
les deux Alc\biades, le Tbéagene, Lyfis & Lâchés;<br />
de la méthode d'eflai dans l'Eutypbron, le<br />
Ménon, l'Ion, le Cbamide & le Tbceétete; de la<br />
méthode de démonstration, dans le Protagore ; de<br />
la méthode de déftruftion dans l'Eutbydeme, les<br />
deux Hippias & le Gorgias. Cela fuffit fur la<br />
nature <strong>du</strong> Dialogue & fur fes différences ; mais<br />
comme on difpute beaucoup fi cette partie des<br />
œuvres de Platon contient des dogmes, il faut<br />
dire quelque çhofe de cette queftion.<br />
- On appelle Dogmatifte un homme qui établit<br />
des dogmes, comme on nomme Légiflateur celui<br />
qui fait des loix. \ On donne le nom de dogme
• P L A. T O N. ai?<br />
à un fentiment, & à l'opinion qu'on en a. Or<br />
Platon explique certaines chofes comme véritables,<br />
en critique d&utres comme faufles & ne<br />
définit point ce qui lui paroît incertain. Sûr<br />
les chofes qu'il croit lui-même, il intro<strong>du</strong>it qua«<br />
tre Interlocuteurs qui font Socrate , Timée,<br />
L'Etranger d'Athènes, & l'Etranger d'Elée,* ces<br />
Etrangers ne font pas, comme quelques-uns le<br />
préfumept, Platon & Parménide, ce font des<br />
perfonnages fuppofés. Quand Platon en feigne<br />
des Dogmes, il fait parler Socrate & Timée;<br />
quand il combat des erreurs il fait venir fur la<br />
fcene Thrafimaque, Callicle , Polus, Gorgias,<br />
Protagore, Hippias, Euthydeme & d'autres femblables.<br />
Dans les raifonnemens, il fe fert beaucoup<br />
de l'In<strong>du</strong>ction, non de la fimple, mais de<br />
celle qui eft double. L'In<strong>du</strong>âion eft un difcours<br />
.dans lequel, de quelques vérités on en infère -<br />
une autre. Il y en a de deux fortes : l'une qu'on<br />
peut appeller <strong>du</strong> contraire, l'autre qu'on peut appeller<br />
de conféquence. La première eft celle<br />
dans laquelle, quelque réponfe que fafle celui qui<br />
eft interrogé, il en fuit le contraire de ce qui eft.<br />
„ Par exemple: rnon Père eft, ou autre que le<br />
„ vôtre, ou le même ; fi donc votre Père eft<br />
„ autre que mon Père, il ne fera point Père,<br />
„ étant autre qu'un Père; que s'il eft le même<br />
„ que mon Père, il fera fynon Père, étant le mêi,<br />
me que le mien. Autre exemple : fi l'homme<br />
Tome I. £ „ n'eft
ti8 P L A T O N.<br />
„ n'eft pas un animal, il fera <strong>du</strong> bois ou de k<br />
„ pierre. Mais il n'eft point <strong>du</strong> bois ou de li<br />
„ pierre : car il eft animé & il a des mouvemens<br />
„ fpontanés". Il eft donc un animal, & fi cela<br />
„ eft & qu'un 'bœuf & un chien foient des ani-<br />
„ maux auflî, l'homme fera tout enfemble un<br />
„ animal, un bœuf & un chien". Platon fe fervoit<br />
de cette In<strong>du</strong>ction dans la difpute, non<br />
pour établir des vérités, mais pour réfuter des<br />
objections. L'autre efpece d'In<strong>du</strong>ction qui fe<br />
fait par conféquence eft auflî de deux fortes;<br />
dans l'une on conclut <strong>du</strong> particulier au particulier,<br />
dans l'autre <strong>du</strong> particulier au général; la<br />
première fert aux Orateurs, la féconde aux Dialecticiens.<br />
Dans la première on demande, par<br />
exemple , fi cet homme a commis l'homicide<br />
dont il s'agit ; & la raifon qu'il avoit les inains<br />
fanglantes dans ce tems-là, eft une conféquence<br />
de laquelle on infère qu'il a commis le meurtre.<br />
J'ai dit que cette efpece d'In<strong>du</strong>ction fert auxOra-<br />
.teurs, parce que la Rhétorique fe borne aux<br />
chofes particulières & ne s'étend point aux gênéraies,<br />
n'entrant point, par exemple, dans l'examen<br />
de ce qui regarde la juftice même & fe bornant<br />
à celui des chofes juftes en particulier.<br />
Dans l'efpece d'In<strong>du</strong>ction que j'ai dit être propre<br />
aux Dialecticiens, on prouve le général pu<br />
le particulier, comme fur la queftion,fi l'ameeft<br />
immortelle, & fi les morts coni'ervent quelque<br />
we;
P L A T O N . 219<br />
vie; Platon prouve cela dans fon Traité de l'amey<br />
par la propofition générale que les contraires<br />
fe font des contraires ; & cette propofition générale<br />
il la prouve par des cas particuliers, comme,<br />
que le fommeil nait de la veille, & la<br />
veille <strong>du</strong> fommeil, que le plus grand nait <strong>du</strong><br />
moindre, & le moindre <strong>du</strong> plus grand. Cette<br />
forte d'In<strong>du</strong>ction étoit celle qu'employoit Platon<br />
pour établir fes propres opinions.<br />
Au-refte, de même qu'autrefois le Chœur repréfentoit<br />
feul la Tragédie, jufqu'à ce que Thefpis inventaun<br />
Afteur pour donner au Chœur le tems de<br />
ferepofer, Efchyle un fécond, & Sophocle un troifieme,<br />
ce qui eft la manière dont la Tragédie fe<br />
perfectionna, de même la Philofophie fut longtems<br />
reftrainte à la Phyfique, jufqu'à ce que Socrate<br />
y ajouta la Morale, & Platon la Dialectique;<br />
ce, qui mit la dernière main à cette Science.<br />
Thrafylle dit qu'il écrivit fes Dialogues fur le<br />
modèle <strong>du</strong> Quadriloque tragique, à la manière<br />
des'Acteurs qui parloient en vers Dyonifiens, Lénœens,<br />
Panathénœens, & Chytréens. La dernière<br />
efpece étoit fatyrique, & toutes enfemble<br />
formoient ce qu'on appelloit le Quadriloque.<br />
Thrafylle dit donc que tous les Dialogues authentiques<br />
de Platon fe <strong>mont</strong>ent à cinquante-fix.<br />
Sa République eft divifée en dix Livres qui fe<br />
trouvent prefque tout entiers dans les Contradictions<br />
de Protagore, félon Phavorin, au deuxième<br />
K 2 LW
aao P L A T O N ,<br />
Livre de (on Hijloire dvoerfe. Son Traité desLoix<br />
eft. divifé en douze Livres. II y a neuf Quadriloques,<br />
& le Traité de la République y tient la<br />
place d'un Livre & celui des Loix pareillement.<br />
Le premier Quadriloque roule fur un fujet commun<br />
à tous les Dialogues qui y entrent, le but .<br />
que Platon s'y propofe étant de faire voir quelle<br />
doit être la vie d'un Philofophe; il diftingue<br />
chaque Livre par un double titre, l'un eft pris<br />
<strong>du</strong> principal Interlocuteur, l'autre <strong>du</strong> fujet dont<br />
il parle. Ainfi le premier Quadriloque contient<br />
J'Eutyphron ou de la fainteté, dialogue d'eiTai;<br />
la défenfe de Socrate ; le Criton ou ce que l'on<br />
doit faire; le Phœdon ou de l'Ame; qui font<br />
des Dialogues moraux. Le fécond Quadriloque<br />
contient le Cratyle ou de la juftefle des noms,<br />
.matière de Logique ; le Théetete ou de la fcience,<br />
entretien d'effai; le Sophifte ou de ce qui eft,<br />
difcours de Logique ; le Politique ou <strong>du</strong> Gouvernement<br />
, aulïï dialogue de Logique. Le troisième<br />
Quadriloque contient le Parménide, ou des<br />
idées, fujet de Logique; le Philebe ou de la Volupté;<br />
le Banquet ou <strong>du</strong> bien ; le Phèdre ou de<br />
l'Amour, dialogues moraux. Le quatrième comprend,<br />
le premier Alcibiade ou de la nature de<br />
l'homme, entretien félon la méthode mœutique ;<br />
le fécond Alcibiade ou de la prière, félon la même<br />
méthode ; l'Hipparque ou de l'amour <strong>du</strong><br />
;fiain; les Rivaux ou de la Philofophie, dialo-<br />
gu«s
P L A T O N . ztt<br />
gués de Morale. Le Cinquième renferme le<br />
Théagesou de la Philofophie, félon la méthode<br />
mœutique ; le Charmide ou de la valeur.; Lyfis<br />
ou de l'amitié, félon la méthode mœutique. Le<br />
fïxïeme contient l'Euthydeme, ou le Difputeur,<br />
dialogue deftruttif ; Protagore ou les Sophiftes,<br />
démonftratif ; Gorgias ou de la Rhétorique,<br />
deftruftif; Ménon ou de la vertu, dialogue<br />
«Teflai. Dans le Septième Quadriloque fe trouvent»<br />
les deux Hippias dont le premier traite<br />
de*fhonnête, & le fécond <strong>du</strong> menfonge, tous<br />
le» deux <strong>du</strong> genre deftru&if; l'Ion ou de l'Iliade,<br />
dialogue d'eflai; le Ménexcne ou l'Epitaphiusr,<br />
<strong>du</strong> genre moral. Le Huitième eft compofé <strong>du</strong> C1Itophon<br />
ou celui qui fait des exhortations, difcours<br />
moral ;dela République ou de la juftice, entretien<br />
politique ; <strong>du</strong> Timée ou de la Nature, difcours phyfique<br />
; <strong>du</strong>Critias ouAtlanticus,moral. Enfin le Neuvième<br />
contient Minos ou de la Loi} les Loix ou de<br />
la manière d'en faire ; Epinomis ou l'affemblée nocturne,autrement<br />
le Phi!ofophe,dialogues politiques.<br />
Il y a treize Epitres morales de Platon dont<br />
l'infcription- eft Bonne vie! au-lieu qu'Epicure,<br />
dans les fiennes, mettoit Bonheur! & Cléon fe<br />
fervoit <strong>du</strong> mot de Salut ! Il y a une de ces Epitres<br />
adreflee à Ariftodeme , deux â Archytas,<br />
quatre à Denys, une à Hermias, Erafte & Corifque,<br />
une à Léodamas, une à Dion, une à Perdîccas,<br />
deux aux. amis de Dion. Voilà quelle eft<br />
E) 1»
aai P L A T O N .<br />
la diftin&ion des Ouvrages de Platon, félon Thiafyllus<br />
& plufieurs autheurs l'admettent.<br />
D'autres r entre lefquels eft Ariftophane le<br />
Grammairien, divifent les Dialogues de Platon en<br />
Triloques, plaçant dans le premier, la République,<br />
le Timée, le Critias; dans le fécond, le<br />
Sophifte, le Politique, le Cratyle; dans le troilîeme,<br />
les Loix, le Minos, l'Epinomis; dans le<br />
quatrième, le Théétete, l'Eutyphron, la défenfe<br />
de Socrate; dans le cinquième, le Phé/lon,.<br />
le Criton, les Lettres. Les autres ouvrages ifeles<br />
rangent un à un & fans ordre. Quelques-uns,<br />
comme nous l'avons dit, commencent l'énumérstion<br />
des Oeuvres de Platon par fa République f<br />
d'autres par le premier Alcibiade , ou par le<br />
Théages, par l'Eutyphron, par le Clitophon, le<br />
Timée, le Phèdre, le Théete, enfin par la défenfe<br />
de Socrate.<br />
Il ne faut point regarder, comme étant de PI*ton,<br />
les Ouvrages fui vans qu'on lui a attribués,<br />
le Midon ou l'Hippoftrophe , l'Eryxias ou<br />
l'Erafiftrate, l'Alcyon, l'Acéphale ou le Syfiphe,,<br />
L'Axiqcus, lePhéacus, le Démodocus > le- Chélidon,<br />
la Semaine, l'Epiménide. Phavorin, dan»<br />
le cinquième Livre de fes Commentaires, dit que<br />
l'Alcyon eft l'ouvrage d'un certain Léonte.<br />
Platon a emprunté à deffein différens noms-,,<br />
.pour empêcher que des gens non lettrés cnten-<br />
«Uffent facilement fes ouvrages. H croit que la<br />
û-
P L A T O N. . 4S3<br />
fâgeflé confifte proprement dans la confioiflhncc<br />
des chofes qui font fpirituelles, & qui exiftent<br />
véritablement, lui donnant pour objet Dieu $<br />
l'Ame féparée <strong>du</strong> corps. Lorfqu'il prend le mot<br />
de Sagefle djns fon fens propre, il entend pa*<br />
là, la Philofophie, comme étant un defir de la'<br />
Sagefle divine ; mais dans le fens commun il applique<br />
le mot de Sagefle à toute forte de talens,<br />
donnant par exemple te nom de fage à un Artw<br />
fan. Souvent il fe fert des mêmes termes pour<br />
flgnifier différentes chofes,, par exemple , il met<br />
le mot de négligé pour Jimple, à la manière d'Euripide<br />
qui, en parlant d'Hercule dans fon Lycimnius,<br />
dit qu'il étoit négligé fins ajujiemenf, ne<br />
fenfant qu'à faire bien, faifant confifter toute la<br />
fageffe à en faire les adions & ne mettant point<br />
iornemens dans fes difeouts. Quelquefois Platon<br />
fe fert de ce même mot pour défigner ce qui eft<br />
beau, & d'autrefois ce qui eft petit. Il donne<br />
la même lignification à divers termes, appellant<br />
l'idée, efpece, genre, modèle, principe & caufe.<br />
Il fe fert auifi de termes contraires pour défigner<br />
la même chofe, comme quand il applique au*<br />
chofes fenfibles les mots d'exiilence & de non-<br />
«xiftence, difant que ce qui eft fenfîble exifte<br />
entant qu'il a été pro<strong>du</strong>it & n'exifte point entant<br />
qu'il eft fujet à des changemens continuels?<br />
& quand il dit que l'idée n'eft ni une chofe qui<br />
fe meut» ai une chofe en repos, qu'elle eft la mê~<br />
& 4 me
tt24 P L A T O N .<br />
me, qu'elle eft une & qu'elle eft plufieurs. Cet<br />
•ufage de Platon fe remarque en divers endroits<br />
de fes Ouvrages.<br />
Ils demandent^trois fortes d'explications : il faut<br />
•voir premièrement ce qu'il dit; faeondement,<br />
s'il le dit dans la vue d'atteindre le but qu'il s'eft<br />
propofé, ou par voie de comparalfon, & fi c'eft<br />
pour établir quelque vérité, ou pour réfuter des<br />
objections ; en troifieme lieu s'il parle à' la lettre.<br />
Comme on trouve certaines marques dans<br />
différens pafTages des Oeuvres de Platon , il eft<br />
bon d'en donner une explication. On marque<br />
les expreflîons & les figures ufitées aux Platoniciens<br />
par un X. Cette double ligne — défigne<br />
les dogmes & les opinions particulières de Platon.<br />
Les manières de parler & les élégances de.<br />
ftile font marquées avec un -X- entre deux points.<br />
Cette figure > marque les endroits que quelques<br />
Auteurs ont corrigés ; celle-ci •? les chofes inutiles<br />
qui doivent être ôtées ; cette autre 3. défigne<br />
les endroits dont il faut changer l'ordre & ceux<br />
qui peuvent recevoir deux fens. Celle qu'on<br />
appelle foudre ^ défigne l'ordre & la liaifon des<br />
vérités Philofophiques ; l'Etoile •$ des idées<br />
qui fe reflemblent ; & cette marque — des chofes<br />
qu'on rejette,<br />
Voilà pour ce qui regarde le nombre des Livres<br />
de Platon & les marques qui s'y trouvent.<br />
Antigone de Caryfte, dans fon ouvrage . fur<br />
U-
F L A T O NV «£<br />
Zenon, dit, qu'après l'édition de ces Livres 1 ceux<br />
qui fouhaitoient d'en favoir le contenu, payoient<br />
i pour cela ceux qui les avoient.<br />
Quant à fes fentimens : il croyoit que l'Ame?<br />
eft immortelle &J qu'elle eft revêtue (i) de<br />
plufieurs corps; qu'elle a un principe numéral<br />
& le corps un principe géométrique ; il la définhToit<br />
une idée de l'efprit qui eft diftribué par<br />
tout - , (2) & croyoit qu'elle eft, elle-même, le principe<br />
de fon mouvement. Il la divifoit en troit<br />
parties, plaçant la partie raifonnable dans la tête,<br />
l'irafcible dans le cœur, & la coneupifciblc<br />
dans le foie. Il difoit que <strong>du</strong> milieu <strong>du</strong> corps*<br />
elle l'ernbrafle de toutes parts circulairement ;<br />
qu'elle eft compofée des élémens & partagée<br />
par des- intervalles harmoniques, qui lui font former<br />
deux cercles conjoints, dont l'intérieur, coupé<br />
en fix autres, forme en tout fept cercles.<br />
Il plaçoit cet orbe-ci le long <strong>du</strong> Diamètre ârla<br />
gauche intérieurement, & l'autre de côté à la<br />
droite, fuppofant que c'eftle plusexcellent,parce-<br />
(1) Il ne me parolt pas qu'il s'agit ici de là Métcmlycofe,<br />
comme le fuppofe la verfion latine, mais de l'opinion<br />
que l'Ame, en defeeridant dans le Corps, prend diraCts<br />
qualités dans les Sphères par où on croyoit qu'elle<br />
pafibit, Se revêt d'abord un Corps vEthe'rien , enfuite<br />
un corps Aérien Sec.<br />
(2) C'eft a-dife, une portion ou une pro<strong>du</strong>ction de<br />
l'Ame <strong>du</strong> monde; le refte de ce paffage eft fort obfcur.<br />
On peut voir fur quelques-Unes des idées qui y entrent<br />
Macrobe, Soje dt Scifitn Se Plutarque dt U Crittim dt<br />
t'~4mt.<br />
K 5
ta* P L A T O N .<br />
ce qu'il eft unique, au-lieu que le premier eft<br />
divifé intérieurement. Il difoit que le cercle<br />
unique eft de la nature <strong>du</strong> Même & celui qui eft<br />
divifé de la nature de l'autre (i), appellant celui-la<br />
te mouvement de l'Ame, & celui-ci le<br />
mouvement de l'Univers & des Etoiles errantes-<br />
(2). Il ajoutoit que cette divifion, depuis le milieu,<br />
étant telle qu'elle fè joint vers les extrémités,<br />
l'Ame apperçoit les chofes qui font & les.<br />
joint enfemble, parce qu'elle a en elle-même l'harmonie<br />
des élémens ; connoiffance qui n'eft qu'une<br />
. fïmple opinion, lorfqu'elle eft acquife par l'élévation<br />
<strong>du</strong> Cercle qui eft de la nature de l'autre, &<br />
une fcience, lorfqu'elle eft acquife par le Cet'<br />
cle qui eft de la nature <strong>du</strong> Même.<br />
11 établit deux principes de toutes choies,,<br />
Dieu & la Matière ; & appelle auffi le premier<br />
Efprit & Caufe, définiffant la matière une<br />
Biafle informe & infinie de laquelle fe font le*<br />
Etres.<br />
fi) Platon anpelloit la nature matérielle feutre y 8c la.<br />
nature fpirituelie h Même. Plui arque, de la Création de<br />
l'Ame , au commencement.<br />
(2) Je ne fcai fi par ces deux Cercles il ne faut point<br />
entendre les deux mouvemens de l'Ame que fuppofoient,<br />
les Platoniciens; le premier eft celui par lequel elle fe.<br />
meut elle-même & a rapport aux chofes fpirituelles j lefécond<br />
eft celui par lequel elle meut le corps 8c a rapport<br />
aux chofes lenfibles. Et il m« lèmble qu'ils regardoient<br />
ce fécond mouvement comme pro<strong>du</strong>it ou dirige pac<br />
le mouvement de l'Ame <strong>du</strong> monde, ou de ce qu'il* appelaient<br />
ainfi. Plutarque <strong>du</strong> mouvtmmt filtnltcôtt é film<br />
li diâmitrt. Opufc. 27. G.
L A T (y tf à#<br />
Etres compofés. Auparavant,.dit-il, elle fê mouttoit<br />
fans ordre; mats Dieu ayant jugé-que l'ordre<br />
valbit mieux que la confufion l'a raflemblée<br />
dans un .lieu. Son effence le* change en quatre<br />
ibrtes d'élémens qui font le Feu, l'Eau, l'Air<br />
& la Terre, élémens dont eft compofé le monde<br />
même» & tout ce qu'il' renferme : ta Terre feule<br />
eft exempte de transmutation. Il donne pour raifon<br />
de cela la différence qu'il y a entre la figure<br />
des parties dont elle eft compofée & la figure des<br />
parties des autres élémens qui font toutes homogènes<br />
, comprenant dans la conformation un triangle<br />
oblong. Au-lieu que les parties de la Terre<br />
ont leur figure particulière,. celles de l'élément<br />
<strong>du</strong> Feu font Pyramidales , celles de l'Air onc<br />
huit côtés, & celles de l'Eau en ont vingt; mais<br />
celles de la Terre font de forme cubique & ce<br />
la empêche que la Terre ne fe change dans les^<br />
autres élémens r & que ceux-là ne puiffént fe<br />
changer en terre. Ils ne font pas féparés par<br />
une fituation différente de lieu pour, chacun : parce<br />
que la circonférence qui les comprime & les<br />
pouffe vers le milieu, unit les petites parties &<br />
fépare les grandes, de forte que le changement<br />
d'efpeces emporte auffi changement de lieu,<br />
11 croyoit que tout fait partie d'un féul" mon*<br />
dé, le. monde fenfiblé étant auffi l'ouvrage de<br />
Dieu qui lui a donné une ame : parce qu'un monde<br />
doué d'une ame eft plus excellent que celui;<br />
K' « qui;
K& P L A T O N .<br />
qui n'en a point, & que celui-ci eft l'ouvragr<br />
de la caufe la plus excellente. 11 inféroit encore<br />
qu'il eft un & qu'il n'y a pas de Mondes infinis-:<br />
parce que le modèle fur lequel il à été fait eft<br />
unique. Il croyoit qu'il eft de figure fphérique :<br />
parce que fon Auteur a une forme femblable (r)<br />
& que, comme le Monde renferme en foi tous les<br />
autres animaux, la forme fphérique renferme toutes<br />
les autres formes. Il le croit léger & fans<br />
organes à Kentour, parce qu'il n'en a pas befoin.<br />
Il croit aufli que le monde eft incorruptible, parce<br />
que Dieu ne le diflbudra pas (2); que Dieu<br />
eft la Caufe de toute la génération des chofes ,<br />
parce qu'il eft de la nature <strong>du</strong> Bon d'être Bienfaifant,<br />
& que le Ciel devant être la pro<strong>du</strong>ction<br />
de la Caufe la plus excellente (parce que ce qu'il<br />
y a de plus beau doit avoir pour caufe ce qu'il y<br />
a de meilleur parmi les Etres intelligibles, ce<br />
qui eft Dieu, & que le Ciel eft fait à la reflemblance<br />
de ce qu'il y a de meilleur, puifqu'il eft ce<br />
qu'il y a de plus beau,) il s'enfuit qu'il ne reC*<br />
femble à aucun Etre créé, mais à Dieu.<br />
Platon dit que le monde eft compofé de Feu,<br />
d'Eau, d'Air,, de Terre; de Feu, afin qu'il<br />
fût<br />
fi) Ifaac Cafaubon cite un partage cleFro<strong>du</strong>s qui prouve<br />
que cela doit s'entendte d'une airalogie entie la forme<br />
l'phe'rique Se le mouvement de la penfee.<br />
(2) Ifaac Cafaubon explique ainfice paftige Se fe fon?<br />
4e fui Pluu.
P L A T O N. ity<br />
fût vïfible; dé Terre afin qu'il fût folrde; d'Eau<br />
& d'Air, afin qu'il fût proportionné, parce que<br />
les vertus des Solides fe proportionnent à l'aide<br />
de deux milieux qui fervent à unir le tout ; enfin<br />
ces élémens réunis rendent le monde parfait & incorruptible.<br />
Selon ce Philofopbe, le Temps a été pro<strong>du</strong>it &<br />
cft une image de l'Eternité; celle-ci eft perma*<br />
nente, au-lieu que le Temps eft l'effet de la circulation<br />
<strong>du</strong> Ciel, les nuits, les jours, les mois,<br />
& autres divifions femblables étant des parties <strong>du</strong><br />
Temps; de forte que, fans cette conftitution <strong>du</strong><br />
Monde, il n'y auroit point deTems. En un mot<br />
que le Monde & le Tems. exiftent enfemble. Il<br />
croit auflî que le Soleil, la Lune & les Etoiles<br />
ont été créés pour former le Temps ; que Dieu a.<br />
allumé les rayons <strong>du</strong> Soleil pour former le nombre<br />
des heures & en donner la connoiffance aux<br />
Animaux; que la Lune eft immédiatement au.<br />
defRis de l'orbe de la Terre, le Soleil dans l'orbe<br />
ûûvant, & les Etoiles dans les orbes fitués<br />
au-deûus de ceux-là. 11 fuppofoit le Monde animé<br />
parce qu'il eft lié enfemble par un mouvement<br />
animé, & difoit que les autres Animaux ont été<br />
créés, afin que le Monde fût parfait & femblable<br />
i un Animal intelligent ; que comme le Monde<br />
renferme des Animaux, le Ciel en renferme auflî;<br />
que les Dieux font principalement de la nature<br />
<strong>du</strong> Feu, & que les autres Animaux font de trois.<br />
£ 7 gen-
tS9 P L A T O N .<br />
genres, volatiles» aquatiques, & terreftres. D<br />
penfoit que la Terre eft plus ancienne que le*<br />
Dieux qui font dans le Giel,- qu'elle a été conftruîte<br />
pour former les jours & les nuits-, &<br />
qu'étant fituée au-milieu de l'Univers elle fe meut<br />
autour <strong>du</strong> centre <strong>du</strong> monde. Il croyoit encore<br />
qu'y ayant deux fortes de caufes ,ilya des cho-<br />
Ces qui fe font avec délibération & d'autres qui<br />
fe font par des raifons de néceffité;ilmettoitdans<br />
ce nombre l'Air, le Feu, la Terre & l'Eau qui, à<br />
proprement parler. n'étoient point des élémens,<br />
mais étoient propres à le devenir, étant compofés<br />
de triangles joints dans lefquels ils fe reçoivent;<br />
il fuppofe que le principe des élémens<br />
eft le triangle oblong & le triangle ifofcele.<br />
11 établit donc les deux principe» & caufes,<br />
dont nous avons parlé, & dont il dit que Dieu<br />
& la Matière font l'exemplaire qui doit néceflâilementôtre<br />
fans forme, ainfi que par rapport aux<br />
autres chofes qui reçoivent les qualités qu'elles ont<br />
La caufe qui les pro<strong>du</strong>it agit par néceflîté : car elle<br />
pro<strong>du</strong>it les effences dont elle reçoit les idées,,<br />
& étant mife en mouvement par les effets différens<br />
dé la puiffance qui agit fur elle, elle cor^<br />
trecarre par fon. mouvement les chofes auxquelles<br />
elle l'a communiqua auparavant ces<br />
caufes fè mouvoient fans ordre, ni règle; mais<br />
lors qu'elles commencèrent à former le Monde<br />
par la vertu qu'elles reçurent de Dieu, elles ao
P L A T O N . a^i»<br />
quirent de l'ordre & de l'harmonie : car avant<br />
la création <strong>du</strong> Ciel il y avoit deux caufes, &<br />
une troifieme, fa voir la génération, mais elles<br />
n'étoient pas manifeftes; ce n'étoient que des<br />
traces, & elles n'avoient point d'ordre ; ce ne fut.<br />
que lorfque le Monde fut créé,, qu'elles furent arrangées.<br />
Platon croit que le Ciel a été fait de l'aflemblage<br />
de tous les corps, & que Dieu eft incorporel<br />
auffi bien que l'ame^ difant que c'eft-là ce<br />
qui fait qu'il eft exempt de corruption & de paP<br />
fion. Quant aux idées, comme nous avons dit „<br />
û les regardoit comme des principes & des eau*<br />
fes qui font que les chofes font par leur nature<br />
telles qu'elles font, (i)<br />
Sur le bien & le mal, il croyoit que l'homme<br />
doit fe propofer pour fin de devenir femblable à<br />
Dieu; que la vertu lui fuffit pour être heureux»,<br />
mais qu'il a befoin auffi d^utres biens, comme<br />
de force,, de fànté, de bonne difpofition de»<br />
fens, & d'autres avantages corporels, auffi bien.<br />
que de richefles, de noblefle & de gloire; que<br />
cependant quoique ces biens lui manquent, le<br />
làge n'en vit pas moins heureux. 11. croit que le<br />
fage<br />
(i) Nous avons tra<strong>du</strong>it ce morceau do mieux qu'il,<br />
aous a été poffible; nous convenons qu'il y a des endroits<br />
dont le feus eft difficile a comprendre. Un tra>ëuûeiu<br />
n'eu pas lefpoafaMe de l'obfciuité de fou oiigir<br />
xtaV
i3l P L A T O N .<br />
ftge peut fe mêler <strong>du</strong> gouvernement, qu'il doit<br />
fe marier, & obferver fidèlement les conftitutions<br />
établies, procurer à fa patrie tout le bien qu'il<br />
peut, & affermir fa constitution par de bonnes<br />
ordonnances, à moins qu'il ne prévoie que la:<br />
trop grande dépravation <strong>du</strong> public rendroit fes<br />
bons defieins inutiles.<br />
Il penfoit que les Dieux voient les actions des<br />
hommes, qu'ils veillent aux'chofes de ce Monde,<br />
& qu'ils font de purs efprits. 11 dlfoit que l'honnête<br />
n'eft point différent de ce qu'on appelle<br />
louable, raifonnable, utile, beau, & convenable<br />
: parce que tout cela fèrt à exprimer ce<br />
qui eft dicté par la Nature & la Raifon<br />
Il a traité des noms des chofes & a établi lar<br />
Science d'interroger & de répondre ; Science<br />
dont il a fait lui-même un grand ufage. On remarque<br />
dans fes Dialogues qu'il parloit de la juftice<br />
comme d'une loi établie de Dieu, afin de<br />
perfuader plus fortement aux hommes de fe con<strong>du</strong>ire<br />
avec équité, de peur qu'après leur mort<br />
ils ne fuflent punis des iniquités qu'ils auroienf<br />
commifes, pendant leur vie ; on lui donna auffi à<br />
cette occafîon le nom de fabuleux, • parce que'<br />
quoi qu'incertain de ce qui fe paffoit dans l'autre<br />
Monde * il mêloit fes écrits d'hiftoires pareilles<br />
pour intimider les hommes & les empêcher de,<br />
violer les lois. •• Voilà pour ce qui regarde<br />
fesJDograes.<br />
Se-
P L A T O N . 23ï<br />
Selon Ariftote, il diftribuoit les biens de la via<br />
en biens de l'Ame, biens <strong>du</strong> Corps, & biens<br />
qui font hors de nous. Il range au nombre des<br />
premiers la juftice, la prudence, la magnanimité,<br />
la frugalité & les- autres vertus de ce genre;<br />
dans la féconde elaffle, il place la beauté, la bonne<br />
mine, la force; & dans- la troifieme, les<br />
amis , la profpérité de la patrie & les ri«<br />
chefles.<br />
Il divife l'Amitié en trois efpeces, la Naturelle,<br />
la Sociale, & celle d'hofpitalité: l'amitié<br />
naturelle eft cette tendrefie que les Pères & les<br />
Mères ont pour leurs enfans, & ce penchant qui<br />
porte les proches & même les animaux, à s'entre<br />
aimer les uns les autres ; l'amitié fociale, qui<br />
n'eft formée par aucun lien <strong>du</strong> fang.nait d'une<br />
liaifon formée par l'habitude, ,comme celte de<br />
Pylade & d'Orefle ,• l'amitié d'hofpitalité eft un<br />
attachement qui fe contracte avec des perfonnes<br />
qu'on reçoit chez foi ou chez qui on eft reçu,<br />
foit par lettres, foit par recommendation. A ces<br />
trois fortes d'amitié quelques-uns en ajoutent<br />
une quatrième efpece, favoir celle qui naît de<br />
l'Amour.<br />
Il partage le Gouvernement civil en cinq Etats :<br />
le Démocratique, l'Ariftocratique, l'Oligarchique,<br />
le Monarchique, & le Tyrannique ; le Démocratique<br />
a lieu dans les villes où le peuple commande,'<br />
élit les Magiftrats & fait les loue; l'Ariftocr*«
234 P L A T O N .<br />
cratique eft celui où ni les" riches, ni les pauvres,<br />
ni les nobles, ni d'autres qui fe font acquis de la<br />
gloire, mais les plus gens de bien, ont l'adminiftration<br />
publique ; l'Oligarchique a lieu lorfque<br />
les riches, toujours inférieurs en nombre aux<br />
pauvres, nomment lesMagiftrats. L'Etat Monarchique<br />
eft de deux fortes : l'un eft fondé fur les<br />
loix, comme, celui de Carthage; l'autre fur la<br />
naiflance, comme ceux de Lacédémorie & de Macédoine,<br />
où les defcendans de la race des Princes<br />
fuccedent à la Royauté. On appelle un Etat<br />
Tyrannique quand un peuple reçoit la loi de<br />
quelqu'un qui s'eft emparé de l'authorité fouveraine<br />
par artifice ou par violence.<br />
Platon admettoit trois genres de juftice, l'une<br />
qui s'exerce envers les Dieux, la féconde envers<br />
les Hommes y & ht troifieme envers les Morts.<br />
Faire des fecrifices, fuivant les cérémonies établies,<br />
& révérer les chofes facrées, c*eft rendre aux<br />
Dieux, le culte qui leur eft dû- Reftituer un dé»<br />
pot au Prochain, eft un a&e de juftice à l'égard<br />
de la Société. Affilier aux obfeques des Morts,<br />
& refpefter leurs fépulchres, c'eft remplir la troifieme<br />
partie de la juftice.<br />
Il diftingue trois efpeces de Science : la première,<br />
qui a l'aftion pour objet, fe nomme fctence<br />
pratique ; l'autre qui a pour objet l'effet de<br />
l'action fe nomme efficiente j la troifieme, qui regarde<br />
la fpéculation, porte le nom de théorique.<br />
Par
P L A T O N . 235<br />
Far exemple, la fcience de bâtir une maîfon, oit<br />
de construire un vaiffeau appartient à l'attion r<br />
puifque nous voyons réfulter de ce travail un<br />
édifice ou un navire; au-contraire l'art de gouverner<br />
, l'adrefle de jouer de la flûte, de toucher<br />
<strong>du</strong> luth & d'autres inftrumens, fe réfèrent à la<br />
pratique, vu qu'après qu'en a fini il ne relie<br />
lien que l'œil puifle appercevoir & que le tout<br />
demeure dans l'aftion môme de gouverner ou de<br />
jouer de quelque inftruinent. Quant à la Géométrie<br />
, la Mufique & l'Aftrologie, elles font <strong>du</strong><br />
reflbrt de l'Entendement & purement fpéculatives,<br />
n'ayant ni aftion ni fuite d'aftion ; le Géomètre<br />
confidere le rapport que les lignes ont les<br />
unes avec les autres ; le Muficien juge de la juftefle<br />
des fons par la mefure; l'Aftrologue contemple<br />
le Ciel & les Aftres.<br />
Platon diftînguoit cinq parties dans la Médecine,<br />
la Pharmaceutique, la Chirurgique, la Diététique,<br />
la Nofognomique & la Boethétiquet on-.<br />
.appelle Pharmaceutique cette partie de la Médecine<br />
qui rétablit la fanté par l'ufagc des médicamens;<br />
Chirurgie celle qui rend la fanté par<br />
l'opération de la main ; la Diète eft un régime<br />
de vivre ; la NofQgnomique eft la connoiflance<br />
des maladies, jointe à l'art; la Boétbétique eft<br />
le foulagement prompt des douleurs par-1* vertu<br />
des Spécifiques.<br />
Dans fa divifion de la loi, il entend par loi<br />
écrl-
3^6 P L A T O N .<br />
écrite le gouvernement civil, & par loi non écrite<br />
cette répugnance, par exemple, que la Nature<br />
& la coutume infpirent -à fe préfenter nud en public<br />
, ou à y paraître vêtu en habits de femme :<br />
car lors même qu'aucune loi écrite ne défend ces<br />
actions en termes exprès, la loi naturelle les interdit<br />
tacitement.<br />
Il établit cinq genres de Difcours ou d'Oraifoir:<br />
celui dont fe fervent, dans leurs harangues, ceux<br />
qui rempliflent des charges publiques, fe nomme<br />
Politique} celui qu'emploient les Orateurs dans<br />
la démonftration, lorsqu'ils louent, ou blâment,<br />
ou accufent quelqu'un, s'appelle Rhétorique; le<br />
troifleme ufité dans les entretiens privés, eft appelle<br />
Idiotique ; le quatrième qui confifte en raifonnemens<br />
par courtes demandes & réponfes,porte<br />
le nom de Dialectique ; le cinquième qui confifte<br />
dans la converfation des gens de quelque<br />
métier, lorsqu'ils parlent de leur profeflion, eft<br />
dit Technique.<br />
Il compte trois fortes de Mufîque: la première<br />
s'exécute par la voix, qui eft le Chant ;<br />
la féconde par quelque infiniment joint à 1»<br />
voix ; la troifleme par les inftrumens fans la<br />
voix.<br />
Il envifage la noblefle fous quatre faces &<br />
reconnoit pour nobles ceux dont les ancêtres<br />
ont donné des marques de probité, de courage,<br />
& d'équité, ceux qui defcendent de race de Princes
P L A T O N . 137<br />
ces & de grands Seigneurs, ceux dont les ancêtres<br />
ont illuftré leur nom par des triomphes<br />
dans la guerre & des couronnes dans les<br />
jeux, ceux enfin qui fe diftinguent par leur grandeur<br />
d'ame, & qui ne doivent leur élévation<br />
qu'à leurs belles qualités.<br />
Il compte trois fortes de beautés : l'une eftimable<br />
comme celle <strong>du</strong> vifage; l'autre, comme<br />
une maifon meublée, qui, outre qu'elle eft belle<br />
eft de fervice;la dernière, avantageufe comme<br />
l'étude & les loix • qui tendent principalement<br />
au bien de la Société.<br />
11 diftingue trois parties dans la nature dé l'Ame,<br />
la raifonnable, la concupifcible & l'irafci.<br />
ble ; attribuant à la partie raifonnable les penfées,<br />
les deffeins, les réflexions, les confeilfi &<br />
autres actions de l'efprit ; à la partie concupifcible<br />
l'appétit des alimens, le plaifir charnel, &<br />
ce qui y a rapport; à l'irafcible la fécurité,la volupté,<br />
la douleur & la colère.<br />
Il établit quatre efpeces de vertus confommées,<br />
la Prudence, lajuftice, la Force, & la Tempe,<br />
yance : la Prudence fait qu'on agit en tout comme il<br />
faut ; lajuftice empêche que., dans la Société ci*<br />
vile, on ne viole le droit de perfonne; la<br />
Force encourage à perféverer malgré la crainte<br />
& les dangers dans ce qu'on a entrepris j la<br />
Tempérance amortit les pallions,rend invincible<br />
4
a38 P L A T O N.<br />
i la volupté & contient dans les bornes d'une vie<br />
régulière.<br />
Il comprend les différentes efpeces de Gouvernement<br />
fous ces cinq dénominations, le légitime,<br />
le naturel, celui de coutume, l'héréditaire,<br />
le violent ou le tyrannique; le Gouvernement<br />
eft légitime,' lorfque celui dont le peuple a<br />
fait choix gouverne félon les règles ; il eft naturel<br />
quand, à l'exemple de la fupériorité que la Nature<br />
a donnée aux hommes fur les femmes, on<br />
confie l'autorité aux hommes ,• le Gouvernement<br />
de coutume eft celui des Maîtres & .des Précepteurs<br />
à l'égard de leurs difciples ; le Gouvernement<br />
eft héréditaire, s'il pafle des mains d'un defcendant<br />
dans celles d'un autre, comme cela fe<br />
pratique dans la perfonne des Princes de Lacédémone<br />
& de Macédoine que la fucceflion appelle<br />
au trône, en.vertu des loix; enfin le Gouvernement<br />
tyrannique eft celui où la force l'emporte<br />
fur la raifon, & auquel on n'obéit qu'avec<br />
peine & avec contrainte.<br />
Platon compte fix efpeces de Rhétorique; il<br />
appelle Exhortation un difcours dans lequel l'Orateur<br />
invite à entreprendre une guerre ou à don-<br />
•ner <strong>du</strong> fecours contre quelque ennemi; Diû"ua«<br />
fion, lorfqu'au-Iieu de propofer l'une ou l'autre<br />
4e ces entreprifes, il fuggere le parti de la neutralité;<br />
Accufation, s'il repréfente le tort qu'on<br />
a tait d'un côté & le dommage fouffert de l'autre;<br />
Dé-
ï L A T O N. S39<br />
Défenfe, fi on pro<strong>du</strong>it des preuves qu'on 1 n'a ni<br />
violé les droits, ni offenfé la raifon ; Louange<br />
ou éloge, quand l'Orateur n'a que <strong>du</strong> bien à dire;<br />
Cenfure, lors qu'il fait voir la honte & les fuites<br />
d'une mauvaife a&ion. A ces diftinftions il ajou •<br />
te quatre obfervations fur le Difcours : premièrement,<br />
il veut qu'on confidere ce qu'on doit direj<br />
en fécond lieu, combien il faut parler; en troifleme<br />
Heu, à qui l'on parle ; & enfin quand il eft à<br />
propos de parler. Il faut dire des chofes également<br />
utiles à celui qui parle & à celui qui écoute.<br />
Il faut parler autant qu'il eft néceflaire, ni<br />
trop, ni trop peu. Il faut employer des expreffions<br />
proportionnées à l'âge de ceux avec qui on<br />
parle, ufer de ménagement avec des vieillards<br />
qui s'obftinent dans leur fentiinent, & prendre un<br />
ton plus ferme avec de jeunes gens. Enfin le<br />
tems de parler eft de ne le faire, ni avant que<br />
l'occafion s'en préfente, ni après que la raifon<br />
le vouloit. S'écarter de ces règles c'eft tomber<br />
en faute.<br />
Il compte quatre différentes manières d'obliger<br />
: par fa bourfe, par fa perfonne, par les ts«<br />
lens, ou par la parole ; on rend fervice par fa<br />
bourfe en faifant <strong>du</strong> bien à ceux qui en ont be<<br />
foin ; par fa perfonne, lorfqu'on fe protège mutuellement<br />
, & qu'on fauve quelqu'un des mains<br />
de fes ennemis ; par fes talens, en inflruifant les<br />
Ignorans, ou en contribuant par fon expérienceà
24o P L A *T O N.<br />
à la guérifon des maladies ; enfin par. la parole,<br />
lorfqu'on plaide pour un ami qui «ft mis en<br />
juftice.<br />
Il diftingue autant de différentes fortes de<br />
Fins : fin d'inftitution, comme lorsqu'on rend<br />
un édit dans l'intention qu'il aura déformais force<br />
de loi; fin naturelle, comme quand les jours<br />
finhTent & que les années expirent naturellement*<br />
fin d'art, comme quand un Edifice eft achevé ou<br />
qu'on a mis la dernière main à la conftruftion<br />
d'un vaifleau; fin de hazard, comme un événement<br />
inatten<strong>du</strong>.<br />
Il diftingue pareillement quatre efpeces de<br />
Puiflances: l'une eft la faculté que nous avons de<br />
penfer & de réfléchir; la féconde celle de pouvoir<br />
remuer notre corps, d'aller & de venir, de<br />
donner, de prendre & de faire d'autres actions<br />
femblables ; la troifieme confifte dans l'abondance<br />
d'argent & la multitude de troupes; la 'quatrième<br />
eft celle de faire le bien & de fupporter<br />
Je mal, puifque nous pouvons devenir favans<br />
malades, infirmes, être convalefcens, & ainfi <strong>du</strong><br />
refte.<br />
H remarque principalement trois marques de<br />
civilité : la première confifte à fe faluer & à fe<br />
toucher la main, lorfqu'on fe rencontre; la féconde<br />
à rendre de bons offices à ceux qui en<br />
ont befoin ; la troifieme à recevoir amicalement<br />
fcs amii.<br />
Il
P L A ? 0 N. »4I<br />
Il compté : divers dégrés de féliciter le premier<br />
eft de favoir bien fe confeiller foi-même;'<br />
Le fécond d'avoir l'ufage de tous fes fens & la<br />
fanté; le troifieme de réufilr dans fes defleins;<br />
le quatrième de furpaflèr les autres en crédit &<br />
en réputation ; le cinquième d'avoir tout ce qui<br />
eft néceûaire à la vie. Les bons confeils qu'on!<br />
fuit naiflent de la fcience-, de la capacité & de<br />
l'expérience dans l'ufage <strong>du</strong> monde. La bonne*<br />
difpofition des fens depend.de l'organifation <strong>du</strong><br />
corps; c'eft avoir la vue perçante, l'ouie fine;<br />
l'odorat fubtil, le goût fin & délicat. Les fuccès<br />
viennent de la fagefle des entreprifes & <strong>du</strong> courage<br />
avec lequel on les exécute. La bonne renommée<br />
naît de l'optoion. qu'on a de notre probité,<br />
L'abondance eft une affluence de biens dont<br />
on emploie une : partie à fes propres befoins & le<br />
re%e à ceux de fes amis. Quiconque jouit<br />
de tous ces avantages peut fe dire parfaitement<br />
heureux.<br />
I^range les. Arts fous trois Gaffes; dans la<br />
première il place ceux qui confifténr à manier le<br />
fer & les autres métaux, à.tailler & à préparer<br />
les matières ; dans la féconde les Arts qui font<br />
former des ouvrages, comme des armes & des<br />
inftrumens de Mufique, qui fe font de fer ou<br />
de bois, les unes par: l'Armurier, les autres par<br />
l'Artifan ; dans la troifieme il met les Arts qui<br />
conOflent à faire ufage de ces ouvrages, par ex*.<br />
Tome I. L em«
&** P L A T O N.<br />
emple*; les "Cavaliers fe fervent de bride?, les<br />
Soldats d'êpéés, tes MuûaëAs.d'inflrumens.<br />
Platon divifoitile bien en quatre genres : pre*<br />
Buerément, dit-il, nous appelionsnomme de bien<br />
celui qui « dç. la vertu; en fécond lieu nous<br />
donnons, le nom de bien à là veftu même & à la<br />
jefttee ; tfoifieinent nous appelions ainfi les ali-<br />
Bfcns.,_f«îercicè ou corps& les médicamens;<br />
01 -quatrième Heu j l'harmonie defe inftrumens,<br />
¥Art iPoetique -t l'Art - Comique & - autres chofes<br />
ijMSDlafilesi 11 y a d'ailleurs des ctofes que nous<br />
dëfïgnonspar lés titres de bonnes, de maûvaifes,<br />
& d'indifférentes. Nous appelions maûvaifes celles<br />
qui font toujours nuifibles comme l'intempélanceyia<br />
folie, l'irijuftice, 8c autres excès pareils.<br />
&es bonnes [ont celles qui font Utiles. Enfin oii<br />
appelle ùîdîfférentes celles qui n'apportent ni<br />
utilité Tii perte. . r<br />
II fait confiftër la bonté <strong>du</strong> Gouvernement en<br />
trois chofes : fi lés loix font bonnes, fi le peuple<br />
y 'efl Bien fournis, fi les coutumes & les<br />
maximes fùppléeht au défaut dès toix. Il y a<br />
auffi autant de fourcés <strong>du</strong> rflauvais Gouvernement<br />
:, fi les lok ne font'lutiïes, -ni aux naturel»»<br />
àa, pafys i m aux étrangers ; • û on tes transgrefle<br />
imptorléraént; s'il nty a point de toi & que la<br />
licence fait la feulé règle fcte coïxîôltè.<br />
i II dlfttague les : contraires de «rots maniérés i<br />
ifebord l'oppèfition <strong>du</strong> 'bien "au -ftal, comme l»<br />
.> > • -juf-
? h. AT 0 N. S4J<br />
juOjce& l'injuftice, la frgeffe & la folie,&.ainfi<br />
des autres. Enfuite l'oppofltion <strong>du</strong> niai au mal,<br />
comme la prodigalité & l'avarice, la févérité outrée<br />
& 1'in<strong>du</strong>jgence exceffive. Enfin celle <strong>du</strong> léger<br />
&.4u pefanti de la lenteur & de la promptitude,,<br />
<strong>du</strong> bjaoc & <strong>du</strong> noir. Ces derniers contraires ne<br />
fpnt, ni <strong>du</strong> pien au mal, ni <strong>du</strong> mal au mal ; ils.<br />
font oppofés comme des chofes neutres à d'autres<br />
chofes neutres.<br />
. Il ^compte auffi trois fortes de biens : les uns<br />
qu'on peut pofféder comme la juftice & la fanté;<br />
le$ autres auxquels on ne fait que participer, comme<br />
le bien même qu'on ne poflede pas, mais auquel<br />
on participe. La tcoifieme forte -eft de ceux<br />
qui fiibfiffcent comme .l'honnête, le bon. & le<br />
juûê;. ce font des biens; qu'on ne. peut avoir mê«<br />
me par .participation, quoiqu'ils doivent être né»<br />
ceflâirement, mais 4ont-il ûiffit qu'on acquière<br />
les qualités;<br />
Il donne trois objets à la réflexion, le pafle,<br />
le .préfent & l'avenir.. Le paffé nous- retrace les<br />
exemples des maux que chaque nation a foufferts,<br />
tels font ceux que les Lacédéinoniens fe<br />
font attirés par leur trop grande fécurité ; afin, que,<br />
feifant attention à leurs fautes, nous évitions de les<br />
commettre *& que, prenant garde à celles de leurs<br />
nefures qui ont été jufies, nous marchions fur<br />
leurs traces. Les réflexions : fur jie .préfent nous.<br />
L 2 ou-
*44- P X A T O N.<br />
ouvrent les yeux fur ce qui fe pafle devant nous;<br />
elles nous font voir les faibles remparts des hommes<br />
timides, la cherté des vivres & autres femblables<br />
avantages ou désavantages, afin de nous<br />
apprendre ce que nous devons tantôt efpérer,tantôt<br />
craindre. Les réflexions fur l'avenir nous<br />
' avertirent de ne rien hazarder témérairement;<br />
d'avoir égard à notre réputation ; & de ne pas<br />
nous livrer à des foupçons qui nous con<strong>du</strong>ifent<br />
à violer le droit des gens, par exemple, dans la<br />
perfonne des Ambaflàdeurs, ce qui terniroit notre<br />
gloire, comme il eft arrivé aux Grecs qui fe<br />
déshonorèrent par cet endroit.<br />
Platon diftingue la voix en animée qui eft<br />
celle des Animaux, & en inanimée qui eft le<br />
bruit & le fon des chofes muettes. La première<br />
eft ou articulée qui eft celle des hommes, ou non<br />
articulée qui eft le cri des bêtes.<br />
Il diftingue encore les chofes divifibles d'avec<br />
les indivifibles : celles-ci font les chofes Amples<br />
qui n'admettent point de compofitioB , .comme<br />
l'unité, le point, & le fon; les diyifibles font<br />
celles qui renferment quelque compofition, com*<br />
me tes fyllabes, les confones , les animaux,<br />
l'eau , & POT. Cette compofition eft ou de<br />
parties fimilaires, de manière que le tout ne diffère<br />
de la partie que par le nombre des parties,comr<br />
me l'eau, Por, & autres chofes femblables, eu<br />
bien
P L A T O N . *45<br />
bien cette compofftion eft de partie? difCmilaires<br />
«mime une maifon 6» autre» chofes<br />
pareilles.<br />
Enfin flaton dit qa'en tout ce qui exiffe il<br />
y a des chofes qui font par elles mêmes & -de*<br />
chofes qui ont relation à d'autres : les premières<br />
,• on les connoît (ans explication, comme<br />
l'idée d'homme, de cheval, ou de tout autre<br />
animal; les fécondes ont befoin d'interprétation<br />
pour être comprifes, comme lorfqu'on dit pfuf,<br />
grand, plus prompt, meilleur, parce que cela fe<br />
dit relativement à ce qui eft plus petit, plus lent,<br />
moins bon , & ainfl <strong>du</strong> refte.<br />
Selon Ariftote il divifoit auffi de même le»<br />
premières notions (i).<br />
Outre Platon on compte quatre autres peffoiï*<br />
nés qui ont porté ce nom : un Fhilofephe de<br />
Rhodes , difciple de Panœtius, dont Séleucus<br />
fait mention dans le premier Livre de la Piilofopbie;<br />
un fécond qui étoit Philofophe Péripatétfcien,<br />
difciple d'Ariftote; un troifieme qui étott<br />
élevé de Praxiphane, & un. Poëte de rancienne<br />
Comédie-<br />
(i ) Le terme de l'original eff un ternie îkifoiiphlque-<br />
W» fignifie les premiers fentimens- que la Na*ute nous-<br />
W Aulu-Gelle Lir. 12. Ch. 5.<br />
L 3 II»
LIVRE IV.<br />
SPEUSIPPE.<br />
Utant qn'ïl nous a été poflîble, nous<br />
avons dit de Platon tout ce que divers<br />
Auteurs ont rédigé fur la vie &<br />
l'érudition de ce grand Philofophe.<br />
Spèufippe, né d'Eurymédonte & de Potone I<br />
Myrrhina , un des bourgs <strong>du</strong> territoire d'Athènes,<br />
fuccéda â Platon, fon oncle maternel, qu'iî<br />
remplaça pendant huit ans, à compter depuis la<br />
CVIII. Olympiade, I! mit les ftatuês des Grâces<br />
dans l'Ecole que ce Philofophe avoiÉ fondée.<br />
Spèufippe juivit les dogmes de Platon , mais<br />
il n'en prit pas les mœurs : car il étoit colele<br />
& voluptueux. On dit que la colère lui"<br />
fit une fois jetter un petit chien dans un puits,<br />
& que la volupté le fit aller en Macédoine, exprès<br />
pot» affilier aux noces de Caffandre. Lafthénie<br />
de
S. Pi & U S I F F £. 9M<br />
de Mantinée. & Axiothëe de Phlias pafleiic<br />
pour avoir étudié fous ce Philofophe ; derlà<br />
vient queDenys lui dit dans une lettre'fatyrîque :<br />
Nous Clivons, apprendre,la PhHofafJjie d'une femme<br />
4'J4rcudié qui ejl votre etoUere ;• Platon enfeignoît<br />
gratuitement, mais vous, vous rendez vos difciplef<br />
tributaires; vous recevez'également & de ceux qui<br />
•vous donnent de bon gré & de ceux qui veut paient<br />
••&• contre cèuf.' - • •• '<br />
Ùiodoie, dans le premier Lirait de fes wra«î«<br />
tairesi dit: Speufippe fut lie premier qulejcaminji<br />
-ce : que les: fciences ont de commun, les unes<br />
^avec les autres; Il les réunit fit en fit une eit><br />
'chainttre, <strong>du</strong>^mbins autant qu'il eft poffible. : C
A4* S P E U S I P P E.<br />
donner la mort; ce qui eft le fujet de FEpigramme<br />
que j'ai faite pour lui.<br />
Si je n'aruois appris que Speufippe eft mort de<br />
tette manière, je ne croirois pas qu'un parent de<br />
Platon pût mourir ainji : car ce • Pbilofopbe n'eut<br />
pas atten<strong>du</strong> à mourir qu'il eut per<strong>du</strong> tout efpoir;<br />
il feroit mort pour un beaucoup moindre fujet.<br />
. Plutarque, dans la vie deLyfandre &de Sylja,<br />
dit qu'il mourut de la vermine qui fortoit de<br />
fon corps; & Timothée, dans fes vies des Pbilofopbes,<br />
dit qu'il étoit d'une complexion délicate.<br />
On raconte qu'un homme riche ayant pris de<br />
l'amour pour une perfonne laide, Speufippe lui<br />
'dit: qu'avez-vous befoin de vous arrêter à cette<br />
femme ? je vous en trouverai une plus belle pour<br />
éix talent:<br />
«Il a laiffé beaucoup de Commentaires & plusieurs<br />
Dialogues, parmi Iefquels fe trouve celui<br />
qui eft intitulé Ariftippe. Il y en a un fur l'Opolente,<br />
un fur la Volupté*, un fur la Jvfiice, un<br />
fur la Pbilofopbiè, un fur l'Amitié, un fur les<br />
Vieux, un; intitulé le Pbilofopbe, un adreffé à<br />
Cipbale,- un intitulé Cépbale, tin qui porte le<br />
nom de Çlinomaque ou. de Lyfîas, un intitulé le<br />
Citoye»i Un fur l'Ame,, un adtefFé à Gulaus, un<br />
qui a pour titré Ariftippe, un intitulé Argument<br />
fur les Arts ; des Dialogues en forme de<br />
Commentaires, dont un s'appelle ArtifaMi dix<br />
••'-•• . i au-
s P E t r s•• r P P E . « 4 7<br />
autres font fur la manière de traiter les Cbofex<br />
femblables; des divifions & des argumens fur les<br />
chofes femblables;. un Dialogue fur les exemplaires<br />
des Genres & des Efpeces (i), un à Amartyrus<br />
[ar l'éloge de >Platon; des lettres à Dion, à Denys,<br />
& à Philippe; un Dialogue fur VétabliJTetnint<br />
des Loix; le Mathématicien, le Mandrobule,<br />
le Lyfias; des définitions, fuites de Commentaires,<br />
faifant enfemble quarante-trois mille quatre-cent<br />
feptante-cinq verfets.<br />
Ceft à lui que Simonide adrefle fes hiftoires<br />
des faits de Dion & de Bion. Phavorin, dans le<br />
deuxième Livre de fes Commentaires, dit qu'Ariftote<br />
acheta les Oeuvres de ce Pbilofophe pour<br />
trois talens.<br />
Jl y a eiv auffi un- autre Speufippe d'Alexandrie<br />
qui étoit Médecin & difciple d'Hérophile.<br />
(ï) Je P reB , s ici le mot de genre pour nn termed'Ar»;<br />
voyez le Thréfot d'Etienne. Ceux tjui le prennent dans<br />
nn fens mo'r*l 8c qui tia<strong>du</strong>ifent Dirtcgiit fur les gtnrei ir<br />
Us tffccei d'ixemgUt oc donnent point de taifon de leur<br />
ttadwftion»<br />
L $ XENO-
«S» .X î V O C R A TE.<br />
XENOCRA TE.<br />
XEnocrate-, fils d'Agathéf», thémr, ëtoit |e'Cfi8Îeê- |e<br />
dôine. Il fréquenta l'Role de Platon dfe<br />
fa jeunefle & le fuivit en Sicile. Il avait -&<br />
conception fi lente que Platoh dHbît «i*e £dB*parant<br />
avec Ariltote -que l'un «voit feeibin d'éperon<br />
& l'autre de frein. Comment, difoît il ened«s><br />
ttteler un Ane fi lourd avec un'Clievaï ti j»biSpt><br />
Xénocrate avoit l'air févere & rëténttj ceVq*fi<br />
donna occafion à Platon de lui dire qu'il ; devôlt<br />
prier les Grâces de le rendre plus agréable» B<br />
vécut la plupart <strong>du</strong> tems dans l'Aeadëûlîè ; Se<br />
on dit que, lorsque quelque raifon l'oblîgeoit<br />
d'aller à la ville, les gens tûrbulens & âébktf^iié><br />
s'écartoient de fon chemin pour le kftfer ipéflerv<br />
Phrynée, fameufe débauchée, l'accofta unj.o$t,;«ïfton,<br />
fous prétexte qu'elle étoit pourfuivn&ijpajr,;<br />
des Libertins; par bonté il la fit entrer chez lôi^l<br />
& n'y ayant qu'un lit elle le pria de lui en céder<br />
la moitié, ce qu'il fit ; enfin après qu'elle l'ieut<br />
tenté inutilement, elle fe retira en difant qu'eHe^J<br />
ne fortoit pas d'auprès d'un homme, mais d'ofteftatue.<br />
,On dit auiïï que les difciples de Xénocrate<br />
ayant con<strong>du</strong>it Laïs auprès de lui, il aima<br />
'' mieux
:•;?:•<br />
> '
X È & O C X A T'K ?3çT<br />
flriemc en<strong>du</strong>rer des bleflures que de manquer decontinence.<br />
• <<br />
Il avoit ! la féputatto» -de pofieder tant de<br />
tonne foi que, quoique perfonnô ;à Athènes<br />
ne fftt admis à rendre témoignage, fans je<br />
confirmer par ferment, on le difpen& de
as* X JE N O C R A T E.<br />
nés les autres fe plaignirent que^ténocrate ne<br />
les avoit point aidés & on étoit prêt de le cendamner<br />
« une amande;; mais lorfqu'on eut appris<br />
& qu'il eut fait voir la néceffité de redoubler de vigilance<br />
pour la République, en difant que fes Collègues<br />
avoient^été gagnés, mais que Philippe<br />
n'avoit pu le tenter, cela Je fit eftimer davantage,<br />
& Philippe même dit A fa louange qu'il étoit<br />
le feul de" ceux qu'on lui avoit envoyés que fes<br />
préfens n!avoient pu corrompre. Pendant fa Négociation<br />
avec Antipater pour la reftitution des<br />
-Soldats qui avoient été prjs dans la Guerre Lamiaque,<br />
il fut;invité chez hii, mais il lui fit cette<br />
icponfe en vers tirés d'Hpmere.<br />
O Circé ,/erois-je fage de boire ç^ de mangtr<br />
.fvec.-plaifyr >tant que mes Compagnons ne font pas m<br />
iiberti? , Cette manière d'agir plut tant a Antipater<br />
qu'il élargit les prifonniers.<br />
., UnMoinpau, pourfuivi, par, ù,n Ej>revier, vint<br />
fe réfugier dans le fein <strong>du</strong> Philofophe ; il lui<br />
fafiva la vie, en difant qu'il ne falloit pas traiir<br />
un fuppliant. Bion l'ayant offenfé de parole,<br />
il lui dit; je ne vous,répondrai pas non plus que<br />
la Tragédie ne juge la Comédie digne de réponfe,<br />
lorfqu'elle en eft attaquée, Un homme<br />
qui nefavoit ni Géométrie, ni Mufique, ni<br />
Aftronomie, ayant fouhaité de fe rendre fon difeiple,<br />
il le refufà, en lui difant qu'il n'avoit<br />
pas les anfes qui fervent à prend» e la Philofopbit,
X E K 6 C R A T E. 353<br />
pbie; d'autres difent qu'il lui répondit, On ne<br />
carde pas de la laine chez moi. Denys dtfant<br />
à Platon que quelqu'un pourroit lui faire<br />
couper la tête; avant cela, dit Xénocrate qui<br />
étoit préfent, il faudra que quelqu'un fafle couper<br />
la mienne. On dit Suffi qu'Antipater'étant<br />
venu à Athènes & l'ayant falué, il ne voulut pas<br />
lui répondre avant d'avoir achevé le difcouts<br />
qu'il avoit commencé. Il étoit exempt de gloire;<br />
il méditoit plufieurs fois le jour ; & donnoit tous<br />
les Jours une heure au filence.<br />
Il a laiffé pluGeurs ouvrages & des poéfïes,<br />
avec des difcours d'exhortation : en voici le catalogue.<br />
Six livres • de la Nature, fix livres de la<br />
S*geJJt> un de la Ricbeffe, un intitulé Arcas,<br />
un de l'Indéfini, un de l'Enfance, un de la Continence<br />
, un de l'Utile, un de la Liberté ^ un de<br />
h Mort y un de la Volonté, un de 1''Amitié, un dye<br />
l'Equité, deux des Contraires, deux de la Félicjté,<br />
un de h Manière d'écrire, un-de h Mémoire,<br />
un <strong>du</strong> Menfonge, un intitulé Calliclês, deux dp<br />
la PruSente, un de l'Oeconomie, un de la Frugalité<br />
, un <strong>du</strong> Pouvoir de la lai, un de la République,<br />
un de la Sainteté, un où ; il prouve<br />
qu'on peut enfeigner la vertu, un de l'Exi]ïene$.,<br />
un <strong>du</strong> Dejiin, un des Pajfions, un des Fies., un<br />
de la Concorde', un de la Difeipline, un de la<br />
Jujiice, deux de la Ver tu, un des Efpeces, deux<br />
de la Volupté Ç un de la Vie, un de la Force,<br />
L 7 ua
s» ••$ é «r o c R A t é.<br />
mn de la Sbience, un de la PoKiique, un des<br />
Sommes favans, un de la Pbilofopbie,'. un ée<br />
-Parménide, un d'irfrciWian»* ou dé là JuJHce, un<br />
-<strong>du</strong> Sïe», huit de ce qui regarde la penfée, on-<br />
•«e de queflions fur le Difcours, fix touchant fa<br />
Woyfiquc, un intitulé t&apitré, un des Genres &<br />
«des Éfpeces, un des Dogmes de Pytbagore, deux<br />
'ée Solutions, huit de Divijîons, '_ trente-troîs de<br />
XFbefes," quatorze de la Science de dïfcuter, après<br />
•ceîft quinze mitres livres & eritore ftize autres<br />
(i), neuf fur les queJHons de la Logique, fix fur<br />
Jer Préceptes, deux fur la penfée, cinq fur les<br />
Géomètres, un de Commentaires, un des Contrattés,<br />
un des Nombres, iinâs \a.TbéDriedesNom*<br />
•.ires, un des 'Intervnkes, fix de VAJirologie, EUmensfur<br />
la Royauté aireffés à Alexandre, un au;<br />
tre adreffé à Jrybas', '& un autre à Hépbeftionx<br />
èettx. fur la Géométrie. • Trois cens quarante cinq,<br />
vers.<br />
Cependant, quelque grand que fût Xénocrater<br />
-les Athéniens le vendirent : parce qu'il jie pou-<br />
Toit payer le tribut împofé aux Étrangers. Démëtrius<br />
: de PhalereTacheta,' paya'le tribut qu'il de-<br />
'vo'itj,'& lui'rendit la liberté; c'eft ce* que nous<br />
tâpprend Myrbriia'n d'Atnaftris dans Tes (jhapitresêesHifioires<br />
femllabks - au JLivre-premier./<br />
Xéno*<br />
-M Aïpwmment ûit.ije.i»i€ine &itt,;MU^i?eft j^t»<br />
'Wnt pas diûiugue* '- " •'--••<br />
r -
X È N : 6 « ft À * E. tjj<br />
Xénùcrata» tint pendant vingt cinq ans J'école<br />
que Speufippe lui ayoit remife. Il y donna fes<br />
premières leçons fous Lyflmadiïde, îa féc^ni'e<br />
•année de là CX. Olympiade. Il étbit âge'de qaatrevingt<br />
deux ans lorfqu'ïl mourut, la nuit, d'utfe<br />
"blefllire qu'il fe donna contre 'on Ibaffflfv Je'rùi<br />
"ai fait cette Epitaphe. '-'<br />
Xénocrtiieje bleffe à la^tétt centre un ïrijfîà; '«to<br />
feul cri fût iàute 'la plaiittre de cet iitmme qùîfe<br />
confacra tout entier uux autres. ", ' ' ' '<br />
H y a eu flx autres : 3tétaocrates. Le premier<br />
'qui a écrit de l'Art militaire, efl: fort ancien &<br />
; fut parent & concitoyen- de "notre "Prrîldfof/he;<br />
11 écrivit aufli un Difcouts ïntitutë Ârfinoêtiqut,.<br />
?trr la mort d'Arfmoë. Le qu'atriéûié (i) étoft ,<br />
'%ilofophe & fit des Eléfcies qui furent -peu Routées<br />
; ce qui eït naturel': 'car les-poètes-peuvent<br />
tien rëuflir à écrire en proit, - mais les ëcrfvtfffls;<br />
•en pïofe ne réufliffent pas fi bien à écrire en vé#„<br />
jpàrce'que "ta foéfie eft un don de' la nature, &&•<br />
"Heu 'que l'autre genre d'écrire e% 'un- effet de<br />
T'Ait.' Le cinquième -fui Statuaire. ;L'e -fixiéme a:<br />
'•ébitt àés 'Qiles, comme ïe fàpportfe Àriftoxènë;<br />
.''i. ." - I . •!..(•. .i>;.: i , •. • _.:;{ - '-,<br />
• ffi) -TMtéiiiiè^ corrigé îct 1«'tttofs fiMt'Httu'^mt^/iimi,.<br />
tinquiemitn.qKttrien» tifixime «neinqtthvu, ne comptant<br />
que cinq Xenocutes, JsougewUe corrige autrement.<br />
PO-
âS6 P O L E M O N,-<br />
P OLE MON.<br />
POlémoh étoit fils de Philoftrate & Athénien,<br />
natif <strong>du</strong> bourg d'Oia. Il étoit fi débauché,<br />
dans fa jeunefTe, qu'il portoit toujours de l'argent<br />
fur lui, pour, pouvoir latisfaire fes paillons, à toutes<br />
les occafions qui s'en préfentoient,- il en cachoit<br />
môme, dans les carrefours & jufques dans<br />
l'Académie On en trouva qu'il avoit caché pour<br />
cet ufage près d'une colonne.<br />
Un jour qu'il étoit ivre il fe mit une couronne<br />
fur la tête & entra ainfi avec fes compagnons<br />
dans l'école de Xénocrate; mais ce Fhilofophe<br />
n'en fut point déconcerté, & cela ne fit que l'animer<br />
i pourfuivre fon difcours qui rouloit fur<br />
la tempérance, & qui fut d'une telle efficace que<br />
Polémon, rentrant en lui-même, renonça à. fes<br />
vices, furpaûa fes compagnons d'étude, & fuccéda<br />
à fon Maître , la CXVJI. Olympiade.<br />
Antigone deCaryfte dit, dans fes Fies, que fon<br />
.Père étoit le principal habitant <strong>du</strong> lieu de là naif-<br />
•fance, & qu'il entretenoit des attelages de chevaux.<br />
On dit auffi qu'il fut accufê par fa femme<br />
en juftice , comme corrupteur - de la JeunefTe.<br />
Il devint fi attentif à lui-même, dès qu'il eut commencé<br />
à enfeigner la Philofophte, qu'il avoit<br />
toujours le même extérieur & la même voix; cela<br />
le rendit fort ami de Crantof. On dit même<br />
qu'un chien enragé l'ayant mor<strong>du</strong> à la jambe, on<br />
ne
P O L E M O N. 2J7<br />
ne l'en vit pas feulement "pâlir, & qu'un trouble<br />
s'étant excite dans la ville après avoir demandé<br />
ce que c'étoit, il ne bougea pas de fa place. Rien<br />
ne pouvoit auflî l'émouvoir au Théâtre, & Nicoftrate,<br />
qu'on furnommoit Clitemneftre, lifant<br />
un jour quelque chofe d'un Poète devant lui &'<br />
Cratès, celui-ci en fut attendri, mais Polémon<br />
demeura comme s'il n'avoit rien enten<strong>du</strong>. Il<br />
étoit auflî tout à fait tel que dit Mélanthius, le<br />
Peintre, dans fon Traité de la Peinture. 11 veut<br />
que, comme il faut répandre quelque ebofe de<br />
hardi & de ferme dans les ouvrages de l'Art, la<br />
même chofe ait lieu pour les mœurs. Poléman<br />
difoit qu'il faut s'exercer à, faire des actions bonfies<br />
; & non pas fe borner aux fpéculations de la<br />
Dialectique, qu'on fe mette dans l'efpxit comme<br />
un fimple Syfteme artificiel, de forte<br />
qu'en fe faifant admirer dans la diipute , on<br />
fe combatte foi-même tjuant à la difpofition'<br />
dont on parle. Il étoit honnête, &<br />
avoit les fentimens nobles, évitant les. défauts<br />
qu'Ariftophane blâme) dans Euripide & qu'il appelle<br />
des apprêts & des finefles recherchées,<br />
qu'on pe\it comparer félon moi aux rafinemen?<br />
des gens débauchés. On dit même que Polémon<br />
n'étoit pas Seulement afEs lorfqu'il répondoit<br />
aux queftions qu^on lui propofoit;<br />
mais qu'il faifoit fes raifonnemens en fe promenant.<br />
Il étoit fort eftimé à Athènes , à<br />
caufe
?5S P O L E M O N.<br />
caufe de fon amour* pour la probité. II fe<br />
proneaoit le plus Couvent hors <strong>du</strong> chemin<br />
fréquenté, paflânt fon temps- dans un jardin,<br />
auprès <strong>du</strong>quel fes difciples s'étoient frit<br />
de petits logemens, où ils habitoient près de<br />
fon école.<br />
Il paroit avoir imité XénoCrate; & Ariftippe,<br />
dans fon quatrième Livre des Délices des anciens,<br />
dit qu'il eut pour lui une amitié particulière. Il<br />
parloit fouvent de lui, vantbit fa pureté de<br />
mœurs & fa fermeté, & l'imitoit comme dans la<br />
' Mufique on préfère le mode Dorique aux autres.<br />
11 eftiinoit auflî beaucoup les ouvrages de Sophocle,<br />
fur-tout ces endroits'viofens où, pour parler<br />
avec un Poète comfque, il femHë r qu'il ait eu<br />
-an chien Molofle pour aide dans fes Poéfies.<br />
Il n'admiroit pas moins le" ftyîe de ce Poète,<br />
>&uis^es autres endroits ou, Telon Phrynicus,. il<br />
-n'eft ni ampoule,»m" confus, & coule naturellement-À<br />
avec grâce ; auffi difort-il qu'Homère<br />
•étbit^uri Sophocle Epiqtre, ft Sophocle un Hélaere<br />
Tragique.<br />
• Il'mourut d'ethnie dans un âge avancé, & lait<br />
Ta un aflez grand norribre' d'Ouvragés. Je lui ai<br />
fait cette Epitaphc.<br />
Paffhnt, ici repofe Polémùh, cènjvjni d'étbifai<br />
•M plutôt -ce rieft pas proprement lui, puifque et<br />
m'ejl que fon corps que la corruption a rorigé. Pou<br />
iui il eji-<strong>mont</strong>é au diffus des Afires.<br />
-CR.A-
C E A T> K & #59<br />
C R >-A ! T B S.<br />
CRatés, fils d'Antigène, naquit à Thria, bourg<br />
. d'Athènes! ' il fut difciple de Polémon qui<br />
£aima beaucoup & il lui fijccéda dans: fou école.<br />
Ils étoient fî attachés l'un à l'autre que, non<br />
feulement ils eurent ies mêmes études pendant<br />
leur vie, & fe formèrent l'un fur l'autre, mais<br />
qu'ils forent auffi> enfevelis dans le même<br />
tombeau; ; de-là vient qn'Antagore a fait leur<br />
éloge dans une Epitaphe commune à > tous les<br />
;deùlr.<br />
' Jti repèfent Polémn £# Cratis qui furent unis<br />
•dt fsntimens pendant leur vie; Paffant, p«W{*<br />
4tur éloquence, & ractrtti qu'alliant avec *tfe<br />
l'auftérité des moeurs, ils furent 4'ornement d» Itur<br />
'finie. • •• ' •-; y'^ ••<br />
• On * auffi qu'Arcéfflaï, après avoir paflë fc<br />
'Ncole 4e Théophrafte à kï leur;, dit ^u.'ife<br />
étoient des Dieux Ou des reftes de l'âge d'or.<br />
• En effet ils n'avoient point, l'ame avide des faveurs<br />
<strong>du</strong> peuplé ; mais on pouvoit leur appliquer<br />
-ïe que difoit Dyonlibdore, le joiieur dé flûte»<br />
•qui fe glorifioit de n'avoir jamais, ni à bord dd><br />
:<br />
galères, ni le long des ruiffeaux, enten<strong>du</strong> rien<br />
de fi mélodieux for cet infiniment que le jeu d*û-<br />
• ménias. Antigone dit que Cratès mangeoit ordi-<br />
-nairement chez Crantor ; & quorqu'Arcéfflas s'y<br />
trouvât, la jaloufie ne caufeit aucun refroidlflc-<br />
- ' ; ment
%60 C A R T E S .<br />
ment entre les deux amis. Arcéfflas demeuroït<br />
avec Crantor & Polémon avec Cratès & Lyflclès,<br />
citoyen d'Athènes ; , & comme il y avoit une<br />
grande amitié entre Polémon & Cratès,'il y<br />
•en avoit une pareille entre Ajrcéfilas &<br />
Crantor.<br />
Selon Apollodore, dans fes Chroniques, Livre<br />
III, Cratès larfla en mourant des ouvrages Philo.<br />
fophiques & Comiques, outre des harangues<br />
dont il prononça les unes devant le peuple, les<br />
autres étaient des diicaurs d'Ambafiade. '<br />
H a formé des difciples de grande réputation;<br />
entre autres Arcéfitas, dont nous parlerons dans<br />
la fuite, BionleBoryfthénite; & Théodore, chef<br />
de la Sefte qui porta fon nom. Nous parlerons<br />
•de tous les deux après Arcéfilas,. j<br />
Il y a eu dix perfonnes qui ont porté le non<br />
de Cratès ; le premier étoit tin Poète de l'ancienne<br />
Comédie; le fécond T Orateur, natif deTraU<br />
.les & difciple d'Ifocrate; le troifieme étoit un<br />
jdes Pionniers d'Alexandre; le quatrième fut<br />
.Philofophe Cynique, nous parlerons de lui; le<br />
.cinquième. fut Philofophe Péripatéticien ; &<br />
Je fixiemé ;dopt . nous venons de parler Académicien<br />
i. 1er i feptieme étoit natif de MaUo's<br />
-& Grarnmaifien ; le huitième ,a. écrit fur la Géométrie<br />
; le neuvième fut Poète & a fait des Epi-<br />
• grammes ; le dixième étoit de Tarfe & fut Philofophe<br />
Académicien.<br />
CRAN-
C R AN T O B. a
JM& C HA N T O R..<br />
dé où il vouloit être enterré, il lui répondit.<br />
Jl convient d'itre mis dans le feki de h terre notre<br />
amie XX)<br />
On dit auffi qu'il a compofé des ouvrages poétiques<br />
& qu'il les mit cachetés dans le Temple<br />
de Minerve, dans fa patrie. Le Poëte Thé«tete<br />
i. fait fon éloge en ces termes.<br />
Agréable aux Dieux éf plus agridble encore<br />
aux Mufes, Crantor mourut avant fa vieilleffe;<br />
Toi, Terre, reçois le dépôt Jacre de fon corps £? U<br />
conferve en paix dans ton fein.<br />
Crantor admiroit Homère & Euripide plus que<br />
tous les autres Poëtes, & difoit qu'il eft fort difficile<br />
d'écrire dans le genre propre & d'exciter en<br />
même tems la terreur & la pitié, citant là-deflu*<br />
ce vers de la Tragédie dé Bellérophon.<br />
O Malheur ! Quel malheur! Que de maux doivent<br />
fouffrir les mortels!<br />
Antagoras rapporte auffi ces vers d'un Poëte<br />
fur l'Amour, comme s'ils àvoient été faits par<br />
Crantor.<br />
Mon efprif incertain ne fait que décider, Amour<br />
dis mo'i quelle! ejl ton origine?' Es-tu le premier de<br />
ces Dieux qùeml'ancien Erejte g? la majefiueufe<br />
Nuit engendrèrent fous les flots de l'Océan? T'a}fellerai-je<br />
le fils de Vénus, de l'Air ou delaTerret<br />
, (0 Vers d'Euripide, U. Cafauboh.
C R A N T 0 R. . â6*<br />
Tu apportes aux hommes des biens £P des mauxi<br />
la Nature fa donné une daublç forme.<br />
Ce Philofophe avait «n génie propre ! à inventer<br />
des termes. Il difoit que la voix des A&eurs<br />
tragiques n'étoit point rabotée & fentoit l'écorce;<br />
que les vers d'un certain Poète étoient plans<br />
d^étoupes; & que les qeçftkms de Théophrafl*<br />
Soient écrites fur des écailles d'huitrë. Oh fait<br />
cas d'un ouvrage qull a écrit for le dèuîl. H<br />
ifloutta d^ydropïSe, avant PèWfton & Cratèsj<br />
VDici r£piiaphe que je lui aï farte.<br />
Crantor tu meurs <strong>du</strong> plus trifie des maux, £? tu<br />
de/cens dms les gouffres de Phtton. Tnte repofesbew<br />
feufement dans ce/éjourj mais tu 'laiffes ton Ecols<br />
>HtAie,auffi bien-que ta patrie.<br />
AR
a«4 A R C E S . I L A S.<br />
A R C E S I L A S.<br />
A Rcéfilas, fils de Seuthus, félon Apollodore,<br />
dans fes Chroniques Livre III, naquit à Pitane<br />
ville de l'Eolie. Ce Philofophe fonda la<br />
moyenne Académie & admit le principe <strong>du</strong> doute<br />
à caufe des contradictions qui fe rencontrent<br />
dans les opinions. Il fut le premier qui difputa<br />
fur les mêmes chofes pour & contre, & qui<br />
établit dans les Ecoles la manière de raifonner<br />
par demandes & par réponfes, que Platon avoit<br />
intro<strong>du</strong>it, mais que perfonne n'avoit encore mis<br />
en vogue.<br />
Voici comment il s'attacha à Crantor : ils<br />
étoient quatre frères dont ilétoit le plus jeune,<br />
deux étoient frères de père & deux frères de<br />
mère, l'alné de ceux-ci s'appelloit Pylade, &<br />
l'aîné des deux autres s'appelloit Mœréas, qui<br />
étoit le tuteur de notre Philofophe; Arcéfilas<br />
fut donc d'abord auditeur d'Antiloque, Mathématicien<br />
& fon concitoyen, avant que de venir à<br />
Athènes, il fut avec lui à Sardes, enfuite il<br />
devint difciple de Xanthus, Muficien d'Athènes,<br />
puis de Théophrafte, après quoi il devint<br />
celui de Crantor, contre le gré de fon frère Mœtéas<br />
qui lui confeilloit de s'appliquer à la Rhé-<br />
.'• • \ to-
A R C E S I L A S. *6S<br />
torique , mais il avoit déjà pris le goût de<br />
la Philofophie. Crantor qui prit pour lui un attachement<br />
particulier, lui ayant à cette occafioa<br />
récité ce vers de l'Andromède d'Euripide.<br />
Fille, fi je vous fauve quelle récompenfe en au»<br />
rai-jt ?<br />
Arcéfilas répondit en lui citant le vers<br />
ûiivant.<br />
Fout me prendrez pourfervante, ou ,fi vous l'ai'<br />
ntz mieux, pour vous tenir compagnie.<br />
Depuis ce tems-la ils vécurent dans une amitié<br />
fort étroite ; & on dit que Théophrafte fut<br />
fenfible à la perte qu'il avoit faite de ce difciple ,<br />
& qu'il le témoigna en difont: Quel jeune homme<br />
îUin d'efprit & de fnvoir a quitté mon Ecole ! En<br />
effet, Arcéfilas s'énonçoit avec gravité & compofoit<br />
avec goût. 11 avoit auffi de la difpofition<br />
pourlaPoëfie, & il lit des Epigrammes furAttale:<br />
sn voici une.<br />
On ne loue pas feulement Pergame pour fes faits<br />
Urdtques, on la met auffi. fouvent pour la bonté des<br />
cbtvaux au-deffus de Pife la fainte ; mais fi un<br />
nortel peut pénétrer dans l'avenir, je prévois que<br />
ft réputation s'accroîtra davantage encore.<br />
Il fit pareillement ces vers fur Ménodore fils<br />
d'Eudame, qui aimoit un de fes condifciples.<br />
• Quoique la Pbrygie foit loin d'ici auffi bien<br />
pe Tbyatire la fainte, ta patrie, 0Ménodore!<br />
toit la mort a depuis long-tems, fécbé le coda'<br />
Tome I. M vrt
i66 A R C E S I L À $.<br />
* I 'Ç H I L A S. t6j<br />
•éda dans fon école, avec l'agrément d'un nom*<br />
iné Socratide, qui s'en défifta en fa faveur. On<br />
prétend qu'il n'a rien écrit à caufe <strong>du</strong> prineip»<br />
de douter dans lequel il étoit; d'autres difent<br />
Qu'il fut trouvé rectifiant quelque cbofe que<br />
les uns croient qu'il publia, d'autres qu'il fupprima.<br />
Jl avoit beaucoup de refpect pour Platon dont<br />
il lifoit fouvent les livres avec plaifir. Il y a des<br />
Auteurs qui lui attribuent d'avoir imité Pyrrhon.<br />
1} entendoit la Logique & connoiffoit les opinions<br />
des Philofopb.es Erétréens ; ce qui fit dire à<br />
Arifton qu'il reffembloit à Platon par devant, à<br />
Pyrrhon par derrière, {3* à Diodore par le milieu.<br />
Timon a dit de lui quelque chofe de pareil, l'appellant<br />
un Minèdeme à poitrine de plomb, un Pyrrbon<br />
tout couvert de chair, ou unDiodore; & peu<br />
après il lui fait dire, j'irai en nageant vers Pyrrhon<br />
ou vers le tortueux Diodore.<br />
Il étoit fort fententieux & ferré dans fes difcours<br />
» & coupoit fes mots en parlant, étant d'ailleurs<br />
fatyrique & hardi; ce qui donna occafioa<br />
à Timon de le reprendre en ces termes.' n'oublie<br />
point qu'étant jtune tu méritois de recevoir les cen-<br />
Jures que tu fais. Un jeune homme parlant de-,<br />
Tant lui avec plus d'effronterie qu'il ne lui copvenoit,<br />
n'y a-t-il ici personne, dit Arcéfilas, qui réfrime<br />
jSt Imgut par la punition qu'il mérite? Un<br />
M a autre
468 À R C È S I L A S .<br />
autre qui s'abandonnoit à des plaiiîrs défen<strong>du</strong>»<br />
lui ayant demandé pour s'excufer s'il croyoit que,<br />
parmi ceux qu'on pouvoit prendre, l'un fut plus<br />
grand que l'autre, il lui répondit qu'oui, tout<br />
comme une mefure eft plus grande que l'autre<br />
(i). Un nommé Emon de Chio qui avoit coutume<br />
de fe parer & qui fe croyoit beau malgré<br />
fa laideur, lui ayant demandé s'il penfoit<br />
qu'on ne pourfoit pas plaire à quelque Sage:<br />
pourquoi non > repartit-il, quand même on feroit<br />
moins beau & moins omé que vous n'êtes ?<br />
Un débauché offenfé de fa gravité lui ayant dit :<br />
vénérable perfonnage, eft-il permis de vous demander<br />
quelque chofe ou faut-il fe taire ? il lui<br />
répondit, Femme, qu'as-tu de dé/agréable £j> d'étrange<br />
à m'apprendre. Il fit taire un homme qui partait<br />
beaucoup & difoit de mauvaifes chofes en lui<br />
difant que les enfans des efclaves ne favoient que<br />
tenir des difcoùrs obfcenes. Il dit auffi à un au.<br />
tre qui faifoit la même chofe, vous me paroiffez<br />
avoir fuccé le lait d'une bonne nourrice.<br />
A d'autres il ne répondoit quelquefois rien.<br />
Un ufurier qui cherchoit i s'inftruire lui ayant<br />
dit : il y a une chofe que j'ignore-; il lui répondit,<br />
l'oifeau ne fait pas les trous par où pafTe le<br />
-••.......... • vcnt<br />
{») Cela pounoit tac aa<strong>du</strong>it plut litt^alaotM, ,
A R C E S I L A S . 260<br />
^ent à moins qu'il ne foit avec fa nichée (1);<br />
ces-paroles font prifes de l'Oenomaûs de Sophocle.<br />
Un Dialecticien, difciple d'AIexinus, avoit<br />
voulu rapporter un trait de fon Maître,' mais<br />
comme il ne pouvoit en venir à bout, Arcéfilas<br />
lui dit que Fhiloxene, ayant enten<strong>du</strong> des faifeurs<br />
de brique réciter fes vers à rebours, foula leurs<br />
briques aux pieds & dit que puisqu'ils corrompoient<br />
fon ouvrage, il étoit jufte qu'il détruifît<br />
Je leur. Il blâmoit ceux qui négligeoient l'étude<br />
des fçiences, dans l'âge où ils y font propres. Il<br />
avoit coutume d'inférer dans fes difcours ces<br />
mots, je le penfe, ou, un tel ne qonfentira pas<br />
à cela, en nommant en même tems fon nom ; la<br />
plupart de fes difciples l'imitoient, non-feulement<br />
à cet égard , majs ils s'efforçoient encore de<br />
parler à fa manière & d'employer, les mêmes,<br />
tours d'exprçffion. que lui. Il inventoit avec<br />
fuccès, prévenoit les • objections qu'on pouvoit<br />
lui faire & ramenoit fes raifons au principal point<br />
<strong>du</strong> difcours. Il favoit s'accommoder aux circon?<br />
'fiances & perfuadoit ce qu'il vouloit. Malgré la<br />
févérité avec laquelle il reprenoit fes difciples,<br />
fon école étoit nombreuse parce qu'on fupportoif<br />
volontiers fon humeur pour profiter de fes préceptes<br />
; car c'était un homme de fort bon caractère,<br />
(t) Il y a ici un jeu de mots qui eonfifte en ce que la<br />
mot qui lignifie ici de» petits fignifie auffi l'ufme.<br />
M 3
*70 A R C E S I L A S .<br />
tere, & qui donnoit de bonnes efpérances a ffi<br />
difciples. Il étoit libéral de fon bien, prêt i<br />
rendre de bons offices & cachoit les fervices qu'il<br />
«voit ren<strong>du</strong>s, déteftant l'oftentation dans les bienfaits.<br />
Un jour, étant entré chésCtéfibe qui étoit<br />
malade & voyant qu'il étoit dans le befoin, il<br />
glifla fous fon chevet un fac d'argent. Ctéfibe,<br />
l'ayant trouvé, dit : c'eft un tour d'Arcéfilas.<br />
Une autrefois il lui envoya encore mille drachmes<br />
; & il procura beaucoup de crédit à Archiai<br />
Arcadien, en le recommandant àEumene.<br />
Comme il étoit généreux & fort éloigné d'aimer<br />
l'argent, il étoit le premier à fatisfaire aux<br />
contributions & furpafibit celles d'Arthécrate<br />
& de Callicrate, aimant a racheter ceux qui<br />
étoient en quelque fervitude, aidant beaucoup<br />
de gens & faifant plufieurs charités (i). Quelqu'un<br />
lui avoit emprunté des vafes d'argent<br />
pour recevoir fes amis ; & comme il étoit<br />
pauvre, Arcéfilas ne les redemanda point &ne<br />
tâcha point de les ravoir. On croit même qu'il<br />
fit<br />
f i) Comme le «oamencement de cette période pute<br />
«a détachement d'Arcéfilas pout l'aigent, je n'ai pu<br />
goutci la verfion latine fui ce qni fuit j je ^explique <strong>du</strong><br />
contributions que faifoient les riches pout les pauvres Se<br />
a autres befoins publics. Voyez Hatpoctation p. 170.32*.<br />
Se les notes de Valois p. 114. Is. Calaubon croit qu'il<br />
s'agit d'un ufage inconnu de l'Antiquité. Ménage dit<br />
? ue Saumaife a explique* ce paflage dans foa livre te<br />
Ufiuc, que je n'ai peint.
A R C E S I L A S. «71<br />
Çt ce prêt a deffein, & que celui à qui il l'avoit<br />
fait étant pauvre, il lui fit préfent de ces vafes,<br />
11 avoit <strong>du</strong> bien-à Pitàne dont Pylades fon frère<br />
avoit foin de lui envoyer les revenus; outre cela<br />
Eumene-, fils de Philetere ,lui faifoit des préfens.<br />
Auffi étoit-il le feul Roi pour qui il avoit <strong>du</strong><br />
dévouement (i). Plufieurs autres Philofopheg<br />
faifoient leur cour à Antigone, mais il fuyoit les<br />
occafions d'être connu de ce Prince. Il entretenoit<br />
amitié avec Hiérocles, Gouverneur de Muny-r<br />
cbie & <strong>du</strong> Pirée ; ordinairement il alloit le voir<br />
les jours de fête ; &, quoique cet ami lui confeillât<br />
de rendre fes devoirs à Antigone, il ne voulut<br />
point avoir cette complaifance pour lui ; &<br />
•'étant une fois contraint jufqu'à venir à l'entrée<br />
<strong>du</strong> Palais, il retourna fur fes pas. Après une<br />
bataille navale, plufieurs s'étant empreûes d'écrise<br />
des lettres de confolation à Antigone, il ne<br />
les imita point ; & ayant été envoyé pour les intérêts<br />
de fa patrie en Ambaffade, auprès de lui, i<br />
Démétriade, il ne réufEt point. Il pafla fa vie<br />
dans l'Académie avec un grand éloignement pour<br />
les charges 4e l'Etat, faifant cependant de<br />
temps en temps quelque féjour à Athènes, lavoir<br />
• -:'! r au<br />
(i) II jr » Ja Interprète» qui tradniiênt, U fini *
*7* A R C E S I L A S.<br />
au Pirée, où il répondoit aux queftions qu'on<br />
lui propofoit : car il avoit l'amitié d'Hiérocles,<br />
ce qui le faifoit môme blâmer par quelquesuns.<br />
Il étoit magnifique & on peut dire qu'il étoït<br />
un autre Ariftippe; il faifoit fouvent des parlies<br />
avec fes amis, & ils s'invitoient réciproquement.<br />
Il ne cachoit point fes liaifons avec<br />
Théodete&Philete, rameufes débauchées d'Elée,<br />
& repouflbit la medifance en fe couvrant des<br />
fentences d'Ariftippe. Il étoit porté à l'amour<br />
& avoit même des inclinations plus vicieufes,<br />
jufqnes là qu'Arifton de Chio, Stoïcien, le traitoit<br />
de corrupteur de la jeuneffe & d'impudique<br />
éloquent & téméraire. Les reproches qu'on lui<br />
fait là-deffus regardent Démétrius, lorfqu'il s'embarqua<br />
pour Cyrene, & Léocharès de Myrléa,<br />
auffi bien que Démorhares & Pvthoclès, te<br />
premier fils de Lâchés, & le fécond de Bugelui<br />
{i). Ayant remarqué les fentimens des deux derniers<br />
pour lui, il dit qu'il y cédoit par un<br />
principe louable; cela fut caufe que fes cenfeurs<br />
l'accuferent encore de rechercher l'amitié<br />
<strong>du</strong> peuple & la gloire.<br />
On l'attaqua fur-tout chés Jérôme le Péripatéticien,<br />
lorsque celui-ci invita fes amis pour<br />
cé-<br />
(t) Ce paflage poonoit être tra<strong>du</strong>it plot littéralement.
A R C E S I L A, Si. }7?<br />
célébrer le jour de naiflknce d'Alcyon, fils d'Anti-;<br />
gone, fête dontAntigone faifoit la dépenfe, pai;<br />
\es préfens qu'il envoya; Arcéfilas évitant d'entrer<br />
en difpute à table fut provoqué par un nomT<br />
mé Aridele qui lui propofa une queftion qui méritoit<br />
d'être un fujet de converfation ; mais il répondit<br />
que la principale qualité d'un Philofophc<br />
étoit de favoir faire chaque chofe en fon tems.<br />
Timon le raille fur fon goût pour les applaudiflemens<br />
<strong>du</strong> vulgaire. A peine, dit-il, acbeve-t-il de.<br />
parler qu'il perce la foule à droite & à gauche; on<br />
je contemple comme des oifeaux nigauds admirent<br />
le hibou. Voila le fruit qui te revient de la faveur<br />
<strong>du</strong> peuple ; mais, homme vain, cela vaut-il<br />
la peine de t'en glorifier?<br />
Arcéfilas étoit d'ailleurs fi modéré & fi peu<br />
plein de lui-même, qu'il exhortoit fes difciples<br />
d'aller entendre d'autres maîtres que lui. Un<br />
jeune homme de Chio ayant témoigné qu'il préfétoit<br />
l'école de Jérôme, le Péripatéticien, à la fienne,<br />
il le prit par la main, l'y condqjfit, le recommanda<br />
au Philofophe, & exhortée jeune homme<br />
à être docile. Quelqu'un lui ayant demandé<br />
pourquoi quantité de difciples quittoient les fectes<br />
de leurs Maîtres pour embraffer celle d'Epicuie,<br />
tandis qu'aucun Epicurien n'abandonnoit la<br />
fienne pour en embraffer une autre, il répondit<br />
; parctque des hommes on fait bien des Eunu-<br />
M 5 fues,
374 A R C E S I L A S.<br />
ques, mais que des Eunuques on ne fût point <strong>du</strong><br />
hommes.<br />
Etant près de mourir il difpofa de fes bien»<br />
en faveur de Pylades.fon demi-frere, en reconrioiflànce<br />
de ce qu'il l'avoit mené à Chio, i I'infu<br />
de Mœréas, Ton frère aine, & de-là à Athènes.<br />
Il ne fut jamais marié & ne laifia point d'enfans.<br />
Il fit trois teftamens, l'un à Erétrée, qu'il mit<br />
entre les mains d'Amphicrite, ie fécond il le dépofa<br />
à Athènes chés un de fes amis, & envoya<br />
le troifieme à un de fes parens nommé Thai*mafias,<br />
en le priant de le conferver » fl lui<br />
écrivit auffi cette lettre.<br />
Arcifilas à Tbaumajtas faha.<br />
'„ J'ai donné mon teftament à Diogene'qul<br />
~„ vous le remettra', étant fouvent malade &<br />
„ valétudinaire ; j'ai pris cette, précaution afin<br />
„ que,s'il m'arrivoit de mourir inopinément,je<br />
,, ne m'en*aille pas en vous faifent quelque tort<br />
,", après avoil*reçu tant de marques de votre af-<br />
„ feftion pour moij vous fûtes toujours le plu»<br />
,", fidèle de mes amis, foyez le encore par rap-<br />
„ port au dépôt que je vous confie ; je vous en<br />
„ prie, tant en confidération de mon âge que de<br />
„ notre confanguinité; fouvenez-vous donc de<br />
„ la confiance que je mets dans votre bonne foi
A R C E S I L A S . *75<br />
'„ & foyez jufte envers moi, afin qu'autant qu'il<br />
„ fe peut, mes affaires foient en bon état. J'ai<br />
f, deux autres teftamens, l'un à Athènes chés<br />
„ un de mes amis , l'autre eft chés Amphi-<br />
„ crite i Erétrée.<br />
Selon Hermippe, il mourut d'une fièvre chaude<br />
dont il fut attaqué pour avoir bu trop de vin;<br />
- dans la foixante & quinzième année de fon âge;<br />
les Athéniens lui firent plus d'honneur qu'ils n'en<br />
«voient fait à perfonne. J'ai fait ces vers fur<br />
fon fujet.<br />
Arcéfilas, pourquoi bois-tu jufqu'à perdre la raifon?<br />
Je fuis moins affligé de ta mort, que de l'affront<br />
que ton excès fait aux Mufes.<br />
Il y a eu trois autres Arcéfilas : le premier<br />
fut Poète de l'ancienne Comédie ; le fécond PoSte<br />
Elégiaque,- le troifieme Sculpteur fur lequel<br />
Simonide compofa cette Epigramme.<br />
1 Cette Statue de Diane coûta deux cens drachmes<br />
ie Parium, de celles qui portent la marque d'Aratus;<br />
VArtifte Arcéfilas ,fils d'Arifiodicus, Va faitt<br />
avec le fecours de Minerve.<br />
On lit dans les Chroniques cTApotlodpre qu'Ar»<br />
èéfilas, le Philofophe, fioriflbit vers la CXX. OJyué '<br />
piade.<br />
M 6 BION
|7t B I O N.<br />
B I O N.<br />
BIon, originaire de Boryfthene, (i) dit lui-même<br />
à Ântigone quels étoient fes parens &<br />
comment il devint Philofophe. Car » ce Prince lui<br />
ayant fait cette queftion, dis moi d'où tu es,<br />
quelle effi ta Tille, & qui font tes Parens", Bion<br />
•mi s'apperçut qu'il le meprifoit, lui tint ce<br />
„ difcours. Mon père étoit un affranchi qui fe<br />
„ mouchoit <strong>du</strong> coude (voulant dire qu'il vendoiC<br />
„ des chofes falées). & qui tiroit fon origine de<br />
„ Boryfthene; il n'avoit point de vifage, c'eft-<br />
,% à-dirè qu'il l'avoit cicatrifé de caractères, em-<br />
,v preintes de la <strong>du</strong>reté de fon maître. Ma me.<br />
„ re, femme telle que monPereenpouvoitépou»<br />
s», fer» gagnoit fa vie dans un- lieu de débauche.<br />
„ Mon père, ayant enfuite fraudé, le-péage ea,<br />
„ quelque chofev fut ven<strong>du</strong> avec fa maifon; un<br />
„ Rhéteur m'acheta parce que j'étais jeune &<br />
„ aflfez agréable, il mourut & me laiffla tout fon<br />
,» bièni je brûlai fes écrits, & ayant tout ra»<br />
„ maffé r je vins à Athènes & je devins Phila-<br />
„ fophe. Voilà mon origine dont je me glorifie,<br />
(O Ville aiofi nomnw'e <strong>du</strong>ïcuvc BoryÛheae, MenagtJ
B I O N. 127<br />
'4t & comme c'eft là ce que j'avois à dire de moi.<br />
„ même, j'efpere que Perfée & Philonide n'en<br />
v feront point une hiftoire. Pour ce qui regar-<br />
„ de ma perfonne, vous pouvez en juger en mç<br />
v voyant.<br />
Quant au-refte, Bion ne laiflbit pas d'être foupie<br />
& fertile & avoit plufîeurs fois fuggéré des<br />
fubtilités à ceux qui fe plaifoient à embarafler<br />
les Philofophes; en d'autres occasions, il étoit<br />
civil & favoit mettre la vanité à côté.<br />
Il a laiffé beaucoup de Commentaires & des<br />
fentences ingénieufes & utiles, «ntr'autres cçllesci.<br />
On lui difoit pourquoi ne gagnez-vous pas<br />
l'amitié de ce jeune homme ? parce qu'on ne<br />
peut pas, répondit-il,prendre <strong>du</strong> fromage mou à<br />
l'hameçon. Quelqu'un lui ayant demandé quel eft<br />
de tous les hommes le plus inquiet; celui, dit-il,<br />
«lui veut être le plus heureux & le plus en repos.<br />
On dit qu'ayant été confulté s'il convenoit<br />
de fe marier, il répondit: fi vous époufez'une<br />
femme laide, elle fera votre fupplice ; fi vous la<br />
prenez belle, elle fera à vos voifins autant qu'à<br />
vous. Il difoit que la vieillefle eft le port où.<br />
abordent tous les maux; que la gloire eft la mère<br />
des années; que la beauté eft un bien pour<br />
les autres ; que la richefle eft le nerf de toutes<br />
chofes. II reprocha à un prodigue qui avoit ven<strong>du</strong><br />
& difEpé fes fonds, qu'autrefois la Terre s'ouvrit<br />
& engloutit Afljphiaraûs, mais que pour lui •<br />
M 7 il
278 B I €>• N.<br />
il avoit englouti la Terre. Il foutenoit que Pi*<br />
patience dans ta douleur étoit un mal plus grand<br />
que.de l'en<strong>du</strong>rer. If blâmoit ceux qui, tandis<br />
qu'ils brûloient les morts comme ïnfenfibles, ta<br />
plearoient comme s'ils avoient <strong>du</strong> fentiment. Il<br />
croyoit qu'il valoit mieux perdre fa beauté que<br />
d'abufer de celle d'autrui: parce que c'étoit offen»<br />
fer le corps & l'efprit, tout â la fois. Il blâmoit<br />
Socrate au fujet d'Alcibiade : il étoit four difoitil,<br />
s'il fe paflbit de lui & qu'il lui fut néceflaire;<br />
& il n'a pas fait un grand effort fur lui-même,<br />
s'il n'en avoit pas befoin. Il eftimoit que te<br />
chemin depuis ce monde jufqu'eû enfer étoit<br />
facile, puiiqu'on y defeendoit les yeux fermés.<br />
Il blâmoit Alcibiade d'avoir débauché les mari»<br />
de leurs femmes -dans fa puberté, & enlevé les<br />
femmes à leurs maris dans fa jeuneflê. Il enfeignoit<br />
à Rhodei la Philofophie aux Athénien»<br />
qui y étudioient la Rhétorique ; & comme on l'en<br />
blâmoit, il répondit: j'ai apporté <strong>du</strong> froment, ne<br />
vendrais-je que de l'orge? Une de fes manière»<br />
de parler étoit qu'en enfer on fouflfroit beaucoup<br />
plus de porter' de l'eau dans de bonnes, cruche»<br />
que dans des Vafes percés. Un homme qui parloit<br />
beaucoup l'importunoit pour qu'il lui rendit ua<br />
fervlce; fi tu veux, lui dit-il,que je te ferve en<br />
quelque chofe, envoie m'en prier par un autre.<br />
Etant fur mer avec des gens impies, le vaifleaa<br />
tomba entre les mains des Corfaires : c'eft fait<br />
z de
R I O N, nfp<br />
3e nous, s'écrierentils, fî nous fommes reconnus;<br />
et moi, dit Bion, je fuis per<strong>du</strong> fî on ne me recon.<br />
naît pas; Il regardoit la préfomption comnje<br />
mettant obftacle aux progrès dans les fciences»<br />
Il difoit d'un riche avare qju'au-Iieu de pofféder<br />
fes richeffes, il en étoit poffédé ; & que le»<br />
avares qui gardent avec foin leurs tréfors, n'en;<br />
jouiflent pas plus que s'ils n'ëtoieBt pas à eux.'<br />
Il avoit encore coutume de dire que,, quand nout<br />
fommes jeunes T nous nous appuyons fur nos forces<br />
; & que, lorsque nous commençons à veillir,<br />
nous nous réglons par la prudence ; que cette<br />
vertu eft aufli différente des autres que la vue<br />
Feft des autres fens ; qu'il ne faut reprocher la<br />
vieil]eue à perfonne, comme un défaut: puifque<br />
tout le monde fouhaitè d'y parvenir. Un Envieux<br />
lui paroiflant avoir l'air trifte & rêveur» il lui<br />
demanda s'il s'affligeoit d'un malheur qui lui<br />
étoit arrivé ou <strong>du</strong> bonheur d'autrui. Il appelloit<br />
l'impiété une mauvaife compagne de la fécurité<br />
qui trahit l'homme le plus fier. Il confeilloit de<br />
eonferver fes amis de peur qu'on ne fût aceufé<br />
d'avoir «cultivé les mauvais & négligé le»<br />
bons.<br />
D'abord il méprifa les mftitutïons de l'Ecole<br />
Académicienne, étant alors difciple de Cratès ;<br />
& choifit la Se&e des Cyniques, en prenant le<br />
xuanteau & la beface: car qu'eft-ce qui luiauroit,.<br />
fans cela, infpiré l'Apathie? Enfuite il fe mit<br />
dans
«go fl I O N.<br />
dans la Secte Tbéodorienne fous la difcipline de<br />
Théodore, qui ornoit fes fophismés de beaucoup<br />
d'éloquence. Enfin il s'adreflaàThéophrafte,<br />
Philofophe Péripatéticien, dont il prit les préceptes.<br />
Il étoit théâtral, aimoit à faire rire, &<br />
employoit Couvent des quolibets; mais, comme H<br />
yarioit beaucoup fa manière d'enfeigner, de-là<br />
yient qu'Eratofthene a dit que Bion avoit le<br />
premier répan<strong>du</strong> des fleurs fur la Philofophie.<br />
Il avoit auffi <strong>du</strong> talent pour les parodies, témoin<br />
celle-ci. (i) Arcbjtas que tu es content dt<br />
briller dans ton oftentation ! Tu furpajjcs tous Us<br />
railleurs en cbanfons & en bons mots.<br />
Il fe moquoit de la Mufique & de la Géométrie;<br />
il aimoit la magnificence & alloit fouvent<br />
de ville en ville, employant quelque fois l'artifice<br />
pour fatisfaire fon oftentation: comme<br />
quand, étant à Rhodes, il perfuada à des Mariniers<br />
de s'habiller en Etudians & de le fuivre, &<br />
entra avec ce cortège dans une Ecole pour fe<br />
donner en fpe&acle. U adoptoit de jeunes gens<br />
auxquels U donnoit de mauvaifes leçons & dont<br />
jl tâchoit de faire en forte que l'amitié lui fervk<br />
de protection. Il s'aimoit auffi beaucoup luimême<br />
, & une de fes maximes étoit que tout eft<br />
commun entre amis. Par cette raifon perfonne<br />
„ (i) C'eft oa vers d'Homère qui eft dit dans on aime<br />
fou.<br />
ne
B I O N . i*l<br />
ne vouloir, avoir le nom d r être fon difciple;<br />
quoiqu'il en eût pluGeurs, & parmi eux, quelquesuns<br />
qui étoient devenus fort hnpudens dans Ton<br />
commerce, jufques-là qu'un nommé Bétion'n'eut<br />
pas honte de dire à Ménédeme qu'il croyoit ne<br />
rien faire contre l'honneur, quoi qu'il fit des<br />
actions fort criminelles avec Bion ; & celuici<br />
tenoit quelquefois des difcours plus<br />
in décens encore qu'il avoit appris de Théodore.<br />
TI tomba malade à Chalcis &, félon le témoignage<br />
des gens <strong>du</strong> lieu, il fe laifla perfuader<br />
d'avoir recours aux ligatures, (i) & de fe repentir<br />
des crimes qu'il avoit commis contre la<br />
Divinité. Il fouffrit beaucoup par l'indigence,<br />
de ceux qui étoient chargés <strong>du</strong> foin des malades ,<br />
jufqu'â ce qu'Antigonus lui envoya deux domeff<br />
tiques pour le fervir. Il fuivok ce Prince, fe<br />
faifant porter dans une litière, comme Je dit<br />
Bhavorin -dans fon ffiftoire diverfe ; il y rapporte<br />
auffi fa mort. Voici des vers que j'ai faits,<br />
contre lui.<br />
„ On dît que Bion deBoryftene, Scythe d'ori-<br />
'„ gine, nioit l'exifterice des Dieux. S'il avoit<br />
„ perfifté ^ians cette opinion,,on pourroit dire<br />
„ qu'il avoit effectivement Ce fentiment dont il<br />
» fair<br />
(T) Amuletes qu'on t'atuchoit (ou chafiét les mattdiw.<br />
Ménage
«8a B I O N.<br />
„ faifoit profeflîon, tout mauvais qu'il eft. Mais,<br />
„ une maladie où il tombe lui faifant craindre<br />
„ la mort, on a vu celui qui nioit qu'il y eût<br />
„ des Dieux, qui n'avoit jamais regardé les<br />
„ temples, & qui fe moquoit de ceux qui offrent<br />
,, des facrifices, faire, non feulement <strong>mont</strong>er à<br />
>, l'honneur des Dieux la graifle & l'encens dans<br />
„ les foyers facrés, fur la table & l'autel, non-<br />
„ feulement dire j'ai péché, pardonnez moi mes<br />
„ crimes ; mais on l'a vu aller jufqu'â ajouter<br />
„ foi aux enchantemens d'une vieille femme,<br />
„ fe laiffer attacher des charmes au cou & aux<br />
„ bras, & fufpendre à fa porte de l'Aube-épine,<br />
„ avec une branche de laurier, enunmotdif-<br />
M pofé à fe prêter i tout plutôt qu'à mourir.<br />
„ Infenfé! qui penfe que les Dieux s'achètent,<br />
„ comme s'il n'y en avoit que quand il plaît à<br />
„ Bion de les croire! Devenu donc inutilement<br />
„ fage, lorsque fon gofier n'eft plus qu'un chai»<br />
„ bon ardent, il tend les mains &&'éçriç: reçois<br />
» mes vœux, 6 Pluton !<br />
H y a eu dix Bions: le premier, natif <strong>du</strong> Pro*<br />
eonnefe, rut contemporain dé Phérécyde de.Syrus,<br />
on a deux Livres de lui ; le fécond, Syracufain,.<br />
écrivit de la Rhétorique; le troifieme eft celui<br />
dont nous venons de donner la vie; Je quatrième,<br />
difciple deDémocrite & Mathématicien d'Abdere,<br />
a écrit ea langue Attique & Ionique, il eft<br />
le
B I O N. • «Sj<br />
le premier qui ait dit qu'en certains pays il y a<br />
fix-mois de nuit & fixjnois 4e jour;, le cinquième',<br />
né à'Solès, a traité -de l'Ethiopie^ .le fixieme<br />
Rhétoricien a lauTé neufLivres intitulés des Mu-<br />
/es; le feptieme étoit Poète Lyrique; le huitiejne<br />
Sculpteur de Milet, dont Polémoq a parté;<br />
Je neuvième Poète Tragique & iin de ceux qu'on<br />
•appelloit Tharuens ; le dixième Sculpteur<br />
de Clazomene ou de Chio, dont Hipponax<br />
fait mention.<br />
Là-
284 L A C Y D E S.<br />
L A C Y D E S.<br />
L Acydes, fils d'Alexandre, étoît natif de Cyrene.<br />
Il fut chef de la nouvelle Académie &<br />
fuccefleur d'Arcéfîlas. Ses mœurs furent aufteres<br />
& il eut beaucoup de difciples & de feétateurs.<br />
Il fut fort appliqué dès fa jeunefle ; & quoiqu'il<br />
fût pauvre, il étoit gracieux & agréable dans fes<br />
difcours. On dit que pour n'être pas volé dans<br />
fon ménage, à mefure qu'il prenoit de fes provifions,<br />
il en fcelloit la porte ;qu'enfuite ilgliflbitle<br />
cachet, en dedans, par un trou, afin qu'on ne put<br />
rien tirer de l'armoire, fans qu'on s'en apperçût ;<br />
& que fes domeftiques, ayant obfervé cela, en*<br />
levoient le fçellé ; &, après avoir pris ce qu'ils vouloient,<br />
recachetoient la porte & paflbient le cachet<br />
au travers d'une ouverture ; ce qu'ils réitérèrent<br />
fouvent, fans que Lacydas s'en doutât.<br />
Il tenoit fon Ecole à l'Académie, dans un jardin<br />
que le Roi Attale y avoit fait faire & qu'on<br />
appella Lacydien, <strong>du</strong> nom <strong>du</strong> pofleffeur. Il eft le<br />
feul qu'on fâche avoir difpofé de fon Ecole pendant<br />
fa vie; il la céda à Téléclès & à Evandre,<br />
Phocéens. Cet Evandre eut Hégéfinus de Pergame<br />
pour fuccefleur, & celui-ci Carnéade. On<br />
rapporte qu'Attale ayant appelle Lacydes à fa<br />
Cour,
L A C y D E S. âgs<br />
Cour, il répondit: qu'il falloit vair les Princes de<br />
loin. Quelqu'un ayant commencé tard d'apprendre<br />
la Géométrie & lui demandant s'il croyoit<br />
qu'il en fût encore teras : pas encore, lui dit Lacydes.<br />
Il mourut la quatrième année de la<br />
CXXXIV. Olympiade, après vingt fix ans d'étude<br />
; fa mort fut caufée par une paralyfie, ou<br />
U tomba par un excès & dont je parle dans cçs<br />
•vers.<br />
. Locydes, pris de boiffon, tu fuccombes au pouvoir<br />
ieBaccbus; ce Dieu, qui t'oppifantit le cerveau £?<br />
iota l'ufage des membres & la vie, tire fa grauitur<br />
des effets <strong>du</strong> vin.<br />
CAR-
zto C À * N £ A © Ë.<br />
CARNEA DE '<br />
C Arnéade de Cyrene fut fils d'Epicomç ov<br />
de Philocome, comme dit Alexandre, dans<br />
fes Succeflims ; après avoir lu avec attention le&<br />
Livres des Stoïciens, & fur-tout ceux de Chry-f<br />
fippe, il les réfuta avec beaucoup de retenue,<br />
avouant même que fans Chryfippe il ne feroit pas»<br />
ce qu'il étoit. Il aimok l'étude, mais il s'appliquoitJ<br />
moins à la Phyfîque qu'à la Motale. Il étoit 4<br />
affi<strong>du</strong> qu'il négligeoit le foin de fon corps & fe<br />
laiûoit croître les ongles & les cheveux. Son<br />
habileté dans la Philofophie excita même la curiofité<br />
des Orateurs qui renvoyoient leurs Ecoliers<br />
pour avoir le loifir de l'entendre. Il av<<br />
voix fi forte que le Principal <strong>du</strong> Collège le<br />
fouvent avertir de la modérer,* & comme &<br />
pondit une fois, qu'on m'apprenne à la régler,<br />
on lui répliqua fort bien, réglez-vous fur l'oaiftvl<br />
de ceux qui vous écoutent. Il étoit véhémenjéTÎ<br />
dans fes cenfures, & difputeur difficile ; ce qui<br />
faifoit qu'il évitoit de fe trouver à des repaay<br />
On lit, dans ï'HiJioire de Phavorin, qu'un jour<br />
fe prit à railler Mentor de Bithynie qui aimoit<br />
fa concubine, & fe fervit de ces termes. Il y a,<br />
parmi MUS, un petit bmme vain, lâtbt, fcf qui de<br />
•-' • •» taillt
'- - -«•'
C À R N t. A- D R a8?<br />
•initie- & de voix rejjetnble parfaitement à Mentor*<br />
je veux le étoffer de mon Ecole. À ces mots l'of.<br />
fenfé feleva & répliqua auflî-tôt, 'Mentor g* lui<br />
Je dirent, levons-nous & partons fur le champ (i)«<br />
Il femble qu'il ait témoigné quelque regret de<br />
mourir. U répétoit fouvent que la Nature diflbudroit<br />
bien ce qu'elle avoit uni. Ayant fu qu'Antipater<br />
s'étoit détruit par le poifon, il eut envie<br />
d'imiter fon exemple, qu'on m'en donne auflî,<br />
dit-il; mais, comme on lui demanda ce qu'il fouhaitoit,<br />
il ajouta <strong>du</strong> vin miellé. On dit que,<br />
lorsqu'il mourut, il y eut une éclipfe de Lune:<br />
comme fi le plus bel Aftre, après le Soleil-, prenoit<br />
part à fa mort. Apollodore, dans fes Chroniques,<br />
]à fixe à la quatrième année de la CLXX. Olympiade<br />
, qui fut la quatre vingt cinquième de fqn<br />
âge. On a de lui les lettres qu'il a écrites i<br />
Ariarathes, Roi de Cappadoce; fes difciples ont<br />
écrit le refte des ouvrages qu'on lui attribue,<br />
lui-même n'en ayant point laiffé. J'ai fait<br />
fon Epitaphe en vers Logadiques & Archekulins<br />
(i).<br />
Mufe, que veux-tu que je reprenne tn Carnéade?<br />
On<br />
(i) Parodies d'un vers de Sophocle 8c d'un vers d'Homerc.<br />
Is. Cafauboo.<br />
(i) Les vêts Logadiques e'toient des vers d'une certaine<br />
mefure appelles Aichebnlins, d'uni Poète nommé Ar-<br />
«he'bule qui s'en fcnroit beaucoup. CoeL Ane p. ^i•
288 C A R N E A D E .<br />
On viit bien jufqu'où il craignit la mort : affligé<br />
d'une maladie itique, il ne voulut point la terminer.<br />
On lui dit qu'Antipater avoit fini fa vie en<br />
buvant <strong>du</strong> poifon. Qu'on me donne, dit-il alors,<br />
qu'on me donne aujji. Et quoi ? lui dit-on. Ahl<br />
qu'on me donne, reprit-il, <strong>du</strong> vin-miellé. Ayant fouve<br />
à la bouche cette exprejjion que la Nature qui l'avo<br />
compofé fauroit bien le diffoudre. H n'en mourut<br />
pourtant pas moins, quoiqu'il négligeât l'avantage<br />
de de/cendre avec moins de tjaux cbés les morts.<br />
On dit que fes yeux s'obfcurciflbient quelque<br />
fois fans qu'il s'en apperçût: de forte qu'il avoit<br />
dit à fon domeftique que, quand cela lui arrive*<br />
roit, il apportât de la lumière; & lorsqu'il étoit<br />
averti qu'il y en avoit.il difoit à fon domeftique<br />
de lire. 11 a eu plufieurs Difciples dont le plus<br />
célèbre fut Clitomaque <strong>du</strong>quel nous parlerons;<br />
en fait mention d'un autre Carnéade qui faifoit<br />
des Elégies, mais froides, & difficiles à entendre. <br />
CLI-
CLITOMAQUE. 289<br />
CLITOMAQUE.<br />
CLitomaque de Carthage s'appelloit dans I*<br />
langue de fon pays Asdrobal, & commença<br />
à s'appliquer à la Philofophie dans fa patrie; il<br />
vint'à Athènes à l'âge de quarante ans & y étudia<br />
fous Carnéade. Ce Philofophe ayant connu fon<br />
génie,rinftruîfit dans les 1 Lettres «prit tant de<br />
foin de le poufler, que non feulement Clitomaque<br />
écrivit plus de quatre cens volumes, mais<br />
qu'il eut auffi l'honneur de remplacer fon maître<br />
dont H a commenté tes fentences. Il acquit furtout<br />
une exa&e connoiflance des fentimens des Académiciens,<br />
des Péripatéticiens & des Stoïciens.<br />
En général, quant aux Académiciens, Timon<br />
les critique en appellant leurs inftruftions un babil<br />
groffier. Jufqu'ici nous avons parlé de -ces<br />
Philofophes dont Platon fut le Chef; à-préfent<br />
nous viendrons aux Péripatéticiens qui tirent<br />
aufli leur origine de lui, & dont Ariftote fut<br />
le Chef. C'eft pu lui que nous allons commencer.<br />
Tmi I. N LI-
s:<br />
>»x "
i.-<br />
Wl<br />
..^^K.<br />
S-, .-viaec- • ••:<br />
4....... .-..;„«>,..<br />
r * • •-
A R I S T O T E. js*<br />
Il quitta Platon pendant que ce Philofophe<br />
rivoit encore ;& on rapporte qu'il dit à ce fujet:<br />
Ariftote a fait envers moi comme un Poulain qui<br />
regimbe contre .fa Mère. Hermippe dit, dans fes<br />
Fies, qu'ayant été envoyé de la part des Athéniens<br />
en Ambaffade auprès de Philippe, Xénocrate<br />
prit la dire&ion de l'Académie pendant fon<br />
abfence; qu'à fon retour, voyant qu'un autre te»<br />
noit fa place, il choifit, dans le Lycée, un endroit<br />
où il enfeignoit la Philofophie, en fe promenant,<br />
& que c'eft de-là qu'il fut furnommé Pé*<br />
ripatéticien. D'autres veulent qu'on lui irnpofa<br />
ce nom parce qu'Alexandre, après être rélevé de<br />
maladie, écoutoit fes difcours en fe promenant<br />
avec lui ; & qu'enfuite, lorsqu'il fe vit plufieurss<br />
Auditeurs, il reprit l'habitude de s'afleoir en<br />
difànt, au fujet des inftruclions qu'il donnoit,<br />
qu'il lui feroit honteux de fe taire & de laiffer<br />
parler Xénocrate. Il exerçoit fes difciples à fou«<br />
tenir des propofitions & les appliquoit en même<br />
tems à la Rhétorique.<br />
' H partit enfuite d'Athènes pour fe rendre auprès<br />
de l'Eunuque Hermias, Tyran d'Atarne,<br />
dont-il étoit fort ami & même parent, félon quelques-uns,<br />
ayant époufé fa fille ou fa nièce, comme<br />
le dit entr'autres Démétrius de Magnéfie,<br />
dans fes Livres-
sç* A R I S T O T E.<br />
maître, Ariftippe dans le I. Livre de» Dilices<br />
des Anciens, dit, qu'Ariftote prit de l!amout<br />
pour la concubine d'Hermias, qu'il l'obtint en<br />
mariage & en eut tant de joie.qu'il fit à cette<br />
femme des facrifices comme les Athéniens en<br />
fai foient i Cérès; & que pour remercier Hermias,<br />
il fit à fon honneur un hymne qu'on verta<br />
ci-deflbus.<br />
Après cela il pafla en Macédoine à la Cour de<br />
Philippe, qui lui confia l'é<strong>du</strong>cation d'Alexandre;<br />
& pour récompenfe de fes fervices il pria le Roi<br />
de rétablir fa patrie dans l'état ou elle étoit,<br />
avant fa ruine. Philippe lui ayant accordé cette<br />
grâce, Ariftote donna des Loix à Stagira. Il fit<br />
auft* à l'imitation de Xénocrate des réglemens<br />
dans fon école, fuivant lesquels on dévoie créer<br />
un des Difciples fupérieur des autres, pendant<br />
dix jours. Enfin jugeant qu'il avoit employé allez<br />
de tems à l'é<strong>du</strong>cation d'Alexandre, il retourna à<br />
Athènes, après lui avoir recommandé Calliflheae<br />
d'Olynthie fon parent. On dit que pe Prince piqué<br />
de ce que Callifthene lui parloit avec authorké<br />
& lui défobéuToit, l'en reprit par un vers dont<br />
le fens étoit :mon ami quel pouvoir t'arrpges-tu fur<br />
moi ? Je crains que tu ne me furviyes pas Cela<br />
arriva auflî, Alexandre, ayant découvert que<br />
CaUifthene avoit trempé dans la conjuration<br />
d'Hermolafts le fit faifir & enfermer dans une<br />
cage de fer, oiiinfeft^de fes or<strong>du</strong>res il fut porté-
A K I S T O T E. 293<br />
té de côté & d'autre, jufqu'à'ce qu'ayant été expofé<br />
aux lions, il finit miférablement fa vie.<br />
Ariftote continua de profefler la Philofophie<br />
à Athènes pendant treize ans, au bout defquels<br />
il fe retira fécréteinent en Chalcide, pour fe foustraire<br />
aux pourfuites <strong>du</strong> Prêtre Eurymédon qui<br />
l'accufoit d'impiété, ou à celles de Démophile<br />
qui, félon Phavorin.dans fon Hiftoire, le chargeoit<br />
nou feulement d'avoir fait pour Hermias l'Hymne<br />
dont nous avons parlé, mais encore d'avoir fait<br />
graver à Delphes, fur la Statue de ce Tyran, l'Epigraphe<br />
fuivante.<br />
Un Roi de Perfe, violateur des Loix,fit mourir<br />
eelui dont on voit ici la figure; un ennemi génireux<br />
Veut vaincu patles armes, mais ce perfide le<br />
furprit fous le voile de l'amitié.<br />
Eumele , dans le V. Livre de]f fes Hiftofres,<br />
dit qu'Ariftote mourut de poifon la foixante<br />
& dixième année de fon âge; il dit auflî qu'il<br />
avoit trente ans lorfqu'il fe fit difciple dePlaton :<br />
mais il fe trompe.puifqu'Ariftote en vécut foixante<br />
& trois & qu'il n'en avoit que dix fept, lorfqu'il<br />
commença de fréquenter l'école de ce Philefophe.<br />
Voici l'Hymne dont j'ai parlé.<br />
„ O Vertu pénible aux mortels, & qui ÔCes<br />
„ le bien le. plus précieux, qui fe puiflé acquérir<br />
„ dans la vie; c'eft pour vous, vierge augufte,<br />
„ que les fages Grecs bravent la mort, & fup»<br />
„ portent courageufement les travaux les plus<br />
N 3' » ru-
«94 A R 1 S T O T E.<br />
s, rudes ; vous remplirez les âmes d'un fruit<br />
„ immortel, meilleur que l'or, les liens <strong>du</strong><br />
„ fang, lçs douceurs <strong>du</strong> fommeil. C'eft pour<br />
M l'amour de vous que le célefte Hercule & les<br />
„ fils de Lœda en<strong>du</strong>rèrent tant de maux : leurs<br />
„ aftions ont fait l'éloge de votre puiflance.<br />
„ Achille & Ajax Tont allés aux lieux infernaux<br />
„ par le défit qu'ils ont eu de vous conquérir,<br />
„ C'eft auffi l'amour de votre beauté qui a privé<br />
t, <strong>du</strong> jour le nourriffon d'Atarne, illuftre par fes<br />
„ grandes actions; les Mufes immortelles, ces<br />
„ filles de Mémoire qui avancent la gloire de Jupi-<br />
•„ ter l'Hofpitalier & qui couronnent une amitié<br />
„ fincere, augmenteront l'honneur de fon nom.<br />
J'ai fait auffi les vers fuivans fur Ariftote.<br />
Eurymédon qui préjide aux myfleres de Cérès, fe<br />
frépare à accufer Ariftote d'impiété ; mais ce Pbi~<br />
lofopbe le prévient, en buvant <strong>du</strong> poifon. Cétoit m<br />
poifon de vaincre une injufte envie.<br />
Phavorin dit, dans fon fflftoire,qa'Ariftote avait<br />
de mourir compofa un discours apologétique<br />
pour lui, dans lequel il dit qu'à Athènes la foin<br />
naît fur le poirier & la figue fur le figuier (i).<br />
Apollodore, dans fes Chroniques, croit qu'il naquit<br />
la première année de la XCIX. Olympiade; qu'il<br />
tvoit dùc-fept ans lors qu'il fe fie difciple de<br />
Pla-<br />
(i) Le mot de figue entre dans le mot de deJ«ew,<br />
eu d'envieux.
A R I S T O T E.: ajrj<br />
Platon ; qu'il demeura chez lui jufqu'à l'âge do<br />
trente fept ,• qu'alors il fe rendit à Mitylene fous<br />
le règne d'Eubule, la quatrième année de la<br />
CVIII. Olympiade ; que, Platon étant mort la pre><br />
miere année de cette Olympiade, il partit fou»<br />
Théophile (i) pour aller voir Hermias auprès <strong>du</strong>quel<br />
il s'arrêta trois ans; qu'enfuite il fe tranfporta<br />
à la cour de Philippe, fous (2) Pythodote, la<br />
féconde année de la C1X. Olympiade, & lorsqu'Alexandre<br />
a%'oit quinze ans; que de Macédoine<br />
il repafla à Athènes, la féconde année de<br />
la CXI. Olympiade; qu'il y enfeigna treize ans<br />
dans le Lycée ; qu'enfin il fe "retira en Chalcis,<br />
la troifieme année de la CXIV. Olympiade; & y<br />
mourut de maladie, âgé de foixante& trois ans,<br />
dans le même tems àpeu près que Déinofthcne<br />
mourut fous Philoclès à Célauria (3). On dit<br />
qu'Ariftote tomba dans la disgrâce d'Alexandre à<br />
caufe de Callifthene qu'il lui avoit recommandé ;<br />
& que, pour le chagriner, ce çrince^ agrandit<br />
Anaximene & envoya des préfens à Xénocrate.<br />
Théocrite de Chio fit une épigramme contre lui<br />
qu'Am-<br />
(0 Archonte. J. Capel An <strong>du</strong> Monde J«$î.<br />
(2) Archonte, d'autres lifent Fvthodore. J. Capel C<br />
{)) Il y a dans le Grec en Calabre; mais, quoi qu que les<br />
Interprètes n'en difent rien, c'eft une faute : puifqu'il patoît<br />
par la fin de la vie de Démoftbene, dans Flntarque, que<br />
cet Orateur mourut dans l'ûc Célauria ou Calaure'c.
4otS A R I S T O T E.<br />
qu'Ambryon a rapportée dans la vie de Théo<br />
crite.<br />
Le vain ulriftote a élevé un- vain monument à<br />
fbonneur d'Hermiàs, eunuque £? ejclave d'Eubule.<br />
Timon critique aufli fon favoir qu'il appelle<br />
k légèreté <strong>du</strong> difcoureur Arijiote.<br />
Telle fut la vie de ce Philofophe ; voici foa<br />
leftament, à-peu-près comme je l'ai lu.<br />
Salut.<br />
„ Ariftote difpofe ainfi de ce qui le regarde.<br />
'„ En cas que la mort me furprenne, Antipater<br />
„ fera l'exécuteur général de mes dernières voj,<br />
lontés, & aura la fur-intendance de tout ; &<br />
„ jufqu'à ce que Nicanor puifTe agir par rapport<br />
„ à mes biens (i),Ariftomene, Timarque, Hip.<br />
„ parque, aideront à en prendre foin, aufli bien<br />
„ que Théophraftè, s'il le veut bien, & que cela<br />
„ lui convienne, tant par rapport â mes enfans<br />
„ que par rapport à Herpilis, & aux biens que<br />
„ je laifle. Lorfque que ma fille fera nubile, on<br />
„ la donnera à Nicanor ; s'il lui arrivoit<br />
„ quelque malheur.ce que je n'efperepas^ qu'elle<br />
„ meure avant de fe marier ou fans laifler d'en-<br />
» fans,<br />
(') Je tra<strong>du</strong>is cela d'une manière équivoque parce<br />
qu'on n'çfi pas d'accord fi Nicanor étoit abfent ou mil*ou<br />
mineur.
A ft I S T O T E. 257<br />
ï,- fans, Nicanor héritera de toits mes biens, #<br />
„ difpofera de mes efclaves & de tout d'une ma-<br />
,-, niere convenable. Nicanor aura donc foin &<br />
„ de ma fille & de mon fils Nicomaque, de forte<br />
„ qu'il ne leur manque rien, & il en agira en-<br />
„ vers eux comme leur père & leur frère. Que<br />
„ fi Nicanor venoit à mourir ou avant d'avoir<br />
„ époufé ma fille, ou fans laifler d'esfans, ce<br />
„ qu'il réglera fera exécuté. Si Théophrafle<br />
veut alors retirer ma fille chés lui, il entrera<br />
J»<br />
dans tous les droits que je donne à Nicanor;<br />
finon les Curateurs, prenant confeil avec Anti.<br />
pater, difpoferont de ma fille & de mon fils félon<br />
qu'ils le jugeront le meilleur. Je recommande<br />
aux Tuteurs & à Nicanor de fe fouvenir<br />
de moi & de 1'affeâion qu'Herpylis m'a<br />
toujours portée, prenant foin de moi & de mes<br />
affaires; fi, après ma mort .elle veut fe marier,<br />
ils prendront garde qu'elle n'époufe perfonne<br />
au-defTous de ma condition ; & en ce cas, outre<br />
les préfens qu'elle a déjà reçus, il lui fera<br />
donné un talent d'argent, trois fervantes fi<br />
elle veut, outre celle qu'elle a,' & le jeune<br />
garçon Pyrrhœus; fi elle veut demeurer à<br />
Chalcis,- elle y occupera le logement contigu<br />
au jardin; & fi elle choifit Stagira, elle occupera<br />
la maifon de mes pères; & les Curateurs<br />
feront meubler celui de ces deux endroit*<br />
qu'elle habitera. Nicanor auraufoin.que Myr.-<br />
N s „ mex
t$9 A R I S T O T E.<br />
„ mex foit renvoyé à te parens d'une ttânieie<br />
„ louable & honnête, avec tout ce que j'ai â<br />
„ lui appartenant. Je rens la liberté à Ambra-<br />
„ cis & lui affigne pour dot, lors qu'elle fe marie-<br />
„ ra, cinq cens drachmes & Une fervante; mais<br />
„ à Thala, outre l'efclave achetée qu'elle a, je<br />
„ lègue une jeune efclave & mille drachme».<br />
„ Quant à Simo, outré l'argent qui lui a été don-<br />
„ né pour acheter un autre efclave, ori lui ache-<br />
„ tera un efclave, ou on lui en donnera la vaj,<br />
leur en argent. Taeho recouvrera fa liberté,<br />
„ lorfque ma fille fe mariera. On affranchira<br />
„ pareillement alors Philon & Olympîùs avec<br />
t, fon fils. Les enfans de mes domeftiques ne<br />
„ feront point ren<strong>du</strong>s; mais ils pafléront au feit,<br />
vice de mes héritiers jufqu'à l'âge a<strong>du</strong>lte, pour<br />
j, être affranchis alors, s'ils l'ont mérité. Oa<br />
M aura foin encore de faire achever & placer let<br />
„ Statues que j'ai commandées à GrylFlûh, lavoir<br />
„ celles de Nictnor, dePfOiéûéj & âe ltMere<br />
„ de Nicanbr. Oh placera aùffi celle d'Afin*<br />
a -nefte pour lui fèfViï dé âonùméot, pm'fqu'il<br />
„ eft mort fans enfans. Qh'ori placé auffi dans<br />
„ le Nemée, ou ailleurs -, comme on le trotafre»<br />
i, bon, la Cérès dé ma Mère. On mettra dam<br />
it mon tombeau les os de PVthias; comme elle l'a<br />
,, ordonné. On exécutera auffi le voeU que j'à<br />
„ fait pour la confervation de Nicanor, en pi»<br />
„ çant àStagira tes animaux de pierre quej'à<br />
„ voué*
A a i s T o r m tn<br />
'„ voués pour lui à Jupiter & à Minerve faweur$<br />
„ ils doivent être de quatre coudées. Ce fontlà<br />
fes difpofitions teftamentaires.<br />
On dit qu'on trouva chés lui quantité de va»<br />
fes de terre. Lycon rapporte qu'il fe baignoit,<br />
dans un grand baffin où il mettoit de l'huile<br />
tiède, qu'il revendoit enfuite ; d'autres ditjpne<br />
qu'il portoit fur l'eftomac une bourfe de cuir<br />
qui contenoit de l'huile chaude; & qu'en dormant,<br />
il tenoit dans la main une boule de cuivre,<br />
»u-deffus d'un baffin, afin qu'en tombant dans le<br />
baflïn, elle le réveillât.<br />
On a de lui plufieurs belles ientencesi. Ou<br />
lai demandoit ce que gagnent les menteurs, en<br />
déguifant la vérité ; il leur arrive, dit-il, qu'on<br />
ne les croit pas, lors-même qu'ils ne mentent<br />
point. On lui reprochoit qu'il avoit affifté un<br />
méchant homme; je n'ai pas eu égard à fea<br />
mesura, dit-il, mais â fa qualité d'homme. II<br />
difoit continuellement à fes ami* & à fes difçiples,<br />
que la lumière corporelle vient de l'air<br />
qui nous environne; maiî qu'il n'y a que l'étude<br />
des fciences qui puiffe éclairer l'ame. II répro*<br />
thok aux Athéniens qu'aylnt inventé le froment<br />
*les loix, ils fe fervoient bien de l'un pour vivre,<br />
mais ne faifoient aucun ufage des autre*<br />
pour fe con<strong>du</strong>ire. D difoit que les fciences ont<br />
des racines ameres, mais qu'elles rapportent de»<br />
freits doux; que le bienfait eft ce qui vieillit le<br />
N 6 plu-
joo A R I S T O T E.<br />
plutôt; que l'efpérance eft le fonge d'un homme {<br />
qui veille.Diogene lui préfentant une figue feehe,<br />
ilpenfaque,s'il la refufoit,il lui donneroit quelque<br />
occafionde critique; il l'accepta donc,en difant<br />
Piogene a per<strong>du</strong> fa figue avec le mot qu'il vouloit<br />
dire. En ayant accepté encore une,il l'éleva<br />
eoj'air, comme les enfans, & la regarda en difant,<br />
t grand Diogene ! & puis la lui rendit. Il difoit<br />
que les enfans ont befoin de trois chofes : d'efprit,<br />
d'é<strong>du</strong>cation & d'exercice. On l'avertit<br />
qu'un médifant fàifoit tort à fa réputation ; laiffez<br />
le faire, dit-il, & qu'il me batte même, pourvu<br />
que je ne m'y rencontre pas. Il difoit que la<br />
beauté eft la plus forte de toutes les recommcn..<br />
dations ; mais d'autres veulent que c'eft Diogene<br />
qui la définifibit ainfi, & qu'Ariftote difoit que<br />
la beauté eft un don ; Socrate, qu'elle eft une<br />
tyrannie de peu de <strong>du</strong>rée; Theophrafte, une<br />
tromperie muette; Théocrite,un beau mal; Caraéade,<br />
une Reine 0ms gardes,<br />
* On demandoit à Ariftote quelle différence il<br />
Y avoit entre un homme favant & un ignorant;<br />
celle qu'il y a, dit-il, entre un homme vivant<br />
& un cadavre. Il difoit que la culture de Pefprit<br />
fert d'ornement dans la profpérité, & de confia<br />
îation dans l'adverfité; de forte que les Parens<br />
gui font inftruire leurs enfans.méritent plus d'éloge<br />
que ceuxiqui fe contentent de leur avoir donné<br />
la vie feulement; au-lieu qu'on doit aux ai*<br />
ces
A R I S T O T E. jor<br />
àes l'avantage de vivre heureufement. Quefqu'un<br />
fe glorifiant d'être né dans une grande-ville;<br />
il-dit que ce n'étoit pas à cela qu'il fallait<br />
prendre garde, mais qu'il failoit voir fi o»<br />
étoit digne d'une patrie honorable. On lui de*<br />
manda ce que c'étoit qu'un ami; il-dit que<br />
c'étoit une ame qui antmoit deux corps. Il difoit<br />
qu'il y a des hommes auffi avares de leurs* '<br />
biens que s'ils dévoient toujours vivre, & d'autres<br />
auffi prodigues, que s'ils dévoient mourir à<br />
chaque inftanr. Quelqu'un lui ayant demandé<br />
pourquoi on aimoità être Iong-tems dans la compagnie<br />
des perfonnes qui font belles ; c'eft,.<br />
dit-il: la demande d'un aveugle. A quoi, lui><br />
dit-on r la Philofophie eft-elle utile? A faire<br />
volontairement, reportit-il,. ce que d'autres font<br />
par la crainte des loix. Sur ce qu'on lui demapda<br />
comment des difciples doivent être difpofés<br />
pour faire des progrès; ils doivent, dit-il,.•<br />
tâcher d'atteindre ceux qui font devant eux, &<br />
ne pas s'arrêter pour attendre ceux qui vont:<br />
plus lentement qu'eux.<br />
Un homme, qui parloit beaucoup & indécenrjnentjlui<br />
ayant demandé fi fon difcours ne l'avoib<br />
pas ennuyé: je vous allure, lui dit-il, que je<br />
se vous ai pas écouté. On lui leprochoit qu'il,<br />
avoit donné la charité à un méchant homme;,<br />
j'ai, dit-il, moins confidéré l'homme que l'humanité.<br />
On lui dcmandoit quelle con<strong>du</strong>ite nous<br />
N 7 de>
30*» A R I S T 0 T' E/<br />
devons tenir avec nos amis ; cdle, dlt-i!, que*<br />
nous voudrions qu'ils tinffent avec nous. Il appellent<br />
la jufticè une vertu de I'ame qui nous<br />
ftit agir avec chacun félon fon 'mérite ; & difoit<br />
que rinftruftion eft un guide qui nous mené heureufement<br />
à la vieillefTe. Phavoria, dans le<br />
deuxième Livre de fes Commentaires, dit qu'il<br />
proférait fouvent ces paroles qu'on lit auffi dans<br />
fa Philofophie morale : chers amis ! il n'y a point<br />
de Vrais amis.<br />
Il a écrit beaucoup dé livres dont je donnerai<br />
la lifte pour faire connoltre le génie de ce<br />
grand homme. Quatre livres de la juftiee ; trois<br />
dei PoHes; trois de la Pbilofopbie; deux de la<br />
Politique; u* dé làRbétorique, intitulé» Gryllui;<br />
un qui a pour titre Ntritube; un nomtné le Sopbifte;<br />
un connu fous le nom de Ménixené; un<br />
de VAmour; un intitulé Êanquet; un de la JWtbejft;<br />
un à'Exhortations; un de l'Ame; un de<br />
ht Prière; un de la NoUeffe; un de la Volupté;<br />
un intutilé, Alexandre ou des Colonies} un de la<br />
Royauté; un de la Do&rine ; trois es Bien; autant<br />
des Loix de Platon; deux de la République<br />
de ce Pbilofipbe; un intitulé 0'économique ; ufi d«<br />
l'Amitié; un de la Patience dans la douleur; un<br />
des Scienees; deux d«s Gtntroverfes,; quatre de<br />
Solutions dt cotàroverfes ; autant des diftinBiens<br />
ait Sopbiftes; Un des Contraires; un -des Genres<br />
|f 4es Éfpoies; m dit Propre; trois de Cornmen-<br />
" ' - toi-
A R I S î O T E. 303<br />
ufrn Epicbérématiques (1) ; trois propôfitiotfs fur<br />
la Vertu; un livre d'ObjeQions; un dès cbtfes qui<br />
fe difent diiurfement on fuivttnt le but qu'on Je pr».<br />
pofe; ufi des Mouvement de la colère j cinq de<br />
Morale} trois des Elément; un de la Science; Un<br />
<strong>du</strong> Principe; dix-fèpt Divifions; un de8 tiofès<br />
àrvifibles; deux de l'Interrogation &f desRéponfes;<br />
deux <strong>du</strong> Mouvement; un de Propositions', quatre<br />
des Proportions controverfées ; un des Syllogistnts ;<br />
neuf deâ premières Analyses; deux des dernières<br />
Grandes Analyfes; un des Problèmes; huit de<br />
ee qui regarde la Méthode; urt <strong>du</strong> Meilleur; un<br />
de l'Idée ; fept de Définitions' pour les Lieux communs;<br />
deux de Syllogismes; uh intitulé, Sylhgifiique<br />
& Définitions; un de ce qui eft éligibfe<br />
6P de ce qui ejl accidentel; un des cbofes qui préaient<br />
les Lieux communs; deux des Lieux tetbmuns<br />
pour lès Définitions; un des Paffions; Un<br />
intitulé Divifible; un intitulé, Mathématicien-;<br />
treize Définitions; deux livres fur l'Epicbérem,<br />
tin fut la Folupté; un intitulé Propojitions', un de<br />
t* qui eft Volontaire ; ut dé l'Honnête; tingt-cinq<br />
"queftions Epicbérématiques; quatre Quejtibns J»<br />
t Amour; deux Queftions fur l'Amitié; un livre de<br />
XjUeJiiùnt fur l'Ame-, dent dé là Ptlkique; h»ît<br />
fi) Sorte
5a+ A H I S T O T E r<br />
de la Politique tellt qu'eft celle de Tbéepbraftei<br />
deux des Cbofes jvftes; deux fur l'ajfemblage der<br />
Arts; deux fur l'Art de la Rhétorique; un autre<br />
intitulé, Y Art; deux intitulé, Autre Art: un intitulé,<br />
Méthodique; un intitulé, Intro<strong>du</strong>ction à<br />
l'^rt de Tbéode&e; deux de l'Art Poétique; un<br />
d'Entbymémes Rhétoriques y fur la grandeur; un<br />
<strong>du</strong> Choix des Entbymêmes ; deux de l&Diâion; un<br />
inConfeil; deux- de la Compilation; trois delà<br />
Ifature ; un intitulé Pbyfique ; trois de la PW/»/»piie<br />
d'Arcbytas; un de celle de Speufippe & de<br />
Xénocrate; un des chofes prifes <strong>du</strong> Timée £? 4M<br />
difciples d'Arcbytas j- un fur Meliffus ; un fur<br />
Alcméon; un fur les Pythagoriciens; un fur GOFgûw;<br />
un for Xénocrate; un fur Zenon; un fur<br />
les Pythagoricien* ; neuf des Animaux; huit<br />
i'Anattmie; un intitulé, ciw'x d'Anatomie; un<br />
des Animaux eompofés; un des Animaux fabuleux;<br />
un intitulé de ne p« engendrer; deux des Ptonrej;<br />
un intitulé Pbyfionomiquc ; deux de la Medt<br />
«ne; un de l'Unité; un des fignes de la Temptr<br />
te ; un intitulé Agronomique ; un- de la Muftqut;<br />
un intitulé, Mémorial ; fix des Ambiguïtés d'Homère<br />
> un de la Poétique;trente huit des Cbofes naturelles,par<br />
ordre Alphabétique; deux de Problèmes<br />
revus; deux de Cbofes concernant toutes les Sciences;<br />
un intitulé, Mécbanique; deux de Problèmes<br />
tirés de Démocrite; un de la Pierre; deux<br />
intitulés Jujlifications; un de Paraboles; douze<br />
dû*-
A R I S T O T E. 205<br />
d'Oeuvres indigeftes ; quatorze de Cbofes traitéesfélon<br />
leurs genres; un des Victoires Olympique»;<br />
un de IzMuJique, des jeux Pytbiens; un intitulé<br />
Pytbique; un des. victoires aux jeux Pytbiens; un<br />
des FiSoires de Baccbus ; un des Tragédies ; un<br />
Recueil fur Wijtoire des Poètes; un de Proverbes-;<br />
un intitulé, Loi de Recommandation; quatre des<br />
Loix; un des Prédicamens-T un de Y Interprétation;<br />
cent foixante moins deux Au les différentes Polices<br />
des Filles propofées chacune à part, favoir celles<br />
qui fuivent l'ordre Démocratique, l'Oligarchique,<br />
V Autocratique, & le Monarchique. On trouve<br />
aufli dans fes œuvres les lettres fuivantes, Lettres<br />
à Philippe ; Lettres des Sylembriens (1) ; quatre<br />
lettres à Alexandre ; neuf à Antipater ; une à<br />
Mentor; une à Arijion; une à Olympias; une à<br />
Epbefiion; une à Tbémiftagore; une à Pbiloxene;<br />
une à Démocrite.<br />
Il a auffi écrit un Poime dont le commence*<br />
ment eft, faint interprète des dieux, S vaus- qui<br />
atteignez de loin (2). Et une Elégie dont les<br />
premières paroles fontFiUe d'une mère qui poffede<br />
Science. On compte quatre cens quarante neuf<br />
mille<br />
(1) îline fait de Sjrlembie une ville. Hift. Namr.<br />
Liv. 4. ch. 11.<br />
(1) Comme c'eft un titre d'Apollon, c'eft appaiemr<br />
ment un hymne qui loi e'toit adieflc » ainfi la verfioa<br />
Latine a mal tia<strong>du</strong>it ViiilUri
305 A R I S T O T É.<br />
mille deux cens feptante verfets dans fes Oavrages<br />
(i).<br />
Voila pour ce qui regarde le nombre de fes<br />
ouvrages: voici les opinions qu'il y établit. 11<br />
dHHngue deux fortes de Philofophies, l'une qu'il<br />
appelle Théorétique & l'autre Pratique; comprenant<br />
fous la dernière la Morale & la Politique,<br />
& dans la Politique ce qui regarde la Police<br />
publique & domeftique; fous la Philofopbie<br />
Théorétique, il comprend la Phyfique & la Logique<br />
, & cette dernière non comme une partie de<br />
la Pbilofophie, mais comme un excellent infiniment<br />
pour parvenir à fa connoiflance. II donne<br />
deux objets à la Logique, le vrai & le vraifemblable,<br />
& fefert de deux Méthodes pour chacun,<br />
de la Dialectique & de la Rhétorique, pour le<br />
vraifemblabk, de TAnalyfe & de la Philofopbie<br />
pour le vrai, n'omettant rien ni de ce qui regarde<br />
l'invention, ni de ce qui fert au jugement, ni<br />
de ce qui concerne l'ufage (2). Sur l'inventîoii<br />
il fournit des Lieux communs, des Méthodes,<br />
& une multitude de propofitions d'où l'on peut<br />
re»<br />
(0 U y autoit eu moyen de faite beaucoup de notes<br />
fur ce Catalogue des oeuvres d'Ariftote ; mais elles auraient<br />
été fort ennuyantes à faire & peu utiles pour<br />
les Lecteurs , plufîeurs titres de ces ouvrages ayant<br />
changé.<br />
- i(z) C'eft, je crois, l'application on la pratique des règles<br />
<strong>du</strong> jugement & de l'invention.
A R I îS'.T O T E. 507<br />
reteuîllh* des fajets pour faire des arguinens probables,<br />
pour con<strong>du</strong>ire le jugement. II donne<br />
les premières Analyfes & les fécondes ; les premières<br />
fervent à juger des propofitions majeures,<br />
les fécondes à examiner la conclufion. Foui<br />
l'ufage il fournit tout ce qui regarde la difpute,<br />
les demandes, les difficultés, les argumens Sophiftiques<br />
& les Syllogismes, & autres fecours de<br />
cette nature.<br />
Il établit les fens pour Juges de la vérité, par<br />
rapport aux opérations de l'imagination, & l'entendement<br />
par rapport aux chofes qui regardent<br />
la Police publique, le Gouvernement demeftique<br />
& les Loix. Il n'établit qu'une fin, qui eft la<br />
jouiflànce de la vertu, dans une vie accomplie ;<br />
& il fait dépendre la perfection de la félicité de<br />
trois fortes de biens : ceux de l'ame auxquels tt<br />
donne le premier rang & le plus de pouvoir :<br />
ceux <strong>du</strong> corps, comme la fanté, la force, 1*<br />
beauté , & les autres biens qui 6nt rapport i<br />
ceux-là : enfin ceux qu'il appelle extérieurs, comme<br />
la richefle, la noblefle, la gloire & autres<br />
femblables. Il dit que la vertu ne fuffit pas<br />
pour rendre heureux, & qu'il faut pour cela que<br />
les biens corporels & extérieurs fe trouvent joints<br />
avec elle ; de forte que, quoique fage, on ne laifle<br />
pas d'être malheureux, fi on eft accablé de travaux,<br />
ou dans la pauvreté, ou qu'on foit affligé<br />
d'autres maux pareils. Il difoit au-conttaire que<br />
le
je* A RI S T O T E»<br />
le vice fuffit pour rendre malheureux, quand on<br />
auroit d'ailleurs en abondance les biens <strong>du</strong> eorpj<br />
& les biens extérieurs. Il croyoit que les vertus<br />
ne font pas liées enfemble, en forte que l'une<br />
fuive de l'autre, mais qu'il fe peut qu'un homme<br />
prudent ou tout de même un homme jufle foit<br />
intempérant ou incontinent. Il fuppofoit au fage<br />
aon l'exemption de paffions, mais des paffions<br />
modérées. Il définiflbit l'amitié une égalité de<br />
bienveillance réciproque, & en comptoit trois<br />
efpeces, l'amitié de parenté, l'amour, & l'amitié<br />
d'hofpitalité : car il diftinguoit deux fortes<br />
d'amours, difant qu'outre celui des fens il y avoit<br />
celui qu'infpire la pbilofophie. Il croyoit que le<br />
fage peut aimer, remplir des charges publiques,<br />
embraflër l'état <strong>du</strong> mariage, & vivre à la cour<br />
des Princes. Des trois ordres de vies qu'il dit<br />
tinguoit & qu'il appelloit vie contemplative,<br />
vie pratique & vie voluptueufe, il préféroitle<br />
premier. Il regardoit toutes fortes de feiences<br />
corne utiles pour acquérir la vertu, & dans l'étude<br />
de la Phyfique il re<strong>mont</strong>ait toujours aux eau»<br />
fes; de-là vient qu'il s'applique à donner les raifons<br />
des plus petites chofes ; & c'efl à cela qu'il<br />
faut attribuer la multitude de commentaires qu'il<br />
a écrits fur la Phyfique.<br />
Auflî bien que Platon, il définiflbit Dieu un<br />
être incorporel; & il étend fa providence jufqu'aux<br />
chofes céleftes. U dit auflî que Dieu eft<br />
inv
A R I S T O T E. 309<br />
Immobile. Quant aux chofes terreftres, il-dit<br />
qu'elles font con<strong>du</strong>ites par une fympathie qu'elles<br />
ont avec les chofes céleftes. Et outre les quatre<br />
Siemens, il en fuppofe -un cinquième dont il<br />
dit quelles corps céleftes font compofés, & dont il<br />
prétend que le mouvement eft différent <strong>du</strong> mouvement<br />
des autres Elémens : car il le fait orbiculàire.<br />
Il fuppofe l'ame incorporelle, difant qu'elle<br />
eft ia première entéléchie (1) d'un corps phyfique<br />
& organique qui a le pouvoir de vivre; il<br />
diftingue deux entéléchies & il appelle de ce<br />
nom une chofe dont la forme eft incorporelle.<br />
11 définit l'une une faculté , comme eft celle<br />
.qu'a la cire où l'on imprime une .effigie de Merxure<br />
de recevoir des caractères, ou l'airain de<br />
devenir une ftatue ; & donne à l'autre le nom<br />
à'eïïet, comme eft, par exemple, une image<br />
4e M^cure imprimée ou une ftatue formée. Il<br />
appelle l'ame Tentéléchie d'un corps phyfique,<br />
pour le diftinguer des corps artificiels qui<br />
font l'ouvrage -de l'art, tels qu'une -tour ou<br />
un vaiffe^u & de quelques autres corps naturels<br />
tels Que les Plantes & les Animaux.<br />
Il l'appelle entéléchie d'un corps organique pour<br />
mar-<br />
(0 O» mdoit retfa&ton » «'«* m met imagine pu<br />
Jç'i&ou.
3to A R I S ï O T E.<br />
marque! qu'il «ft particulièrement difpofé pour<br />
die, comme la vue eft faite pour voir & l'ouie<br />
pour entendre. Enfin il l'appelle entéléchie<br />
d'un corps qui a le pouvoir de vivre, pour marquer<br />
qu'il s'agit d'un corps dont la vie réfide en<br />
lui-même. Il diftingue entre le pouvoir qui eft<br />
«is en ade & celui qui eft en habitude, dans le<br />
premier fens l'homme eft dit uvoir une ame,<br />
par exemple, lorfqu'il eft éveillé ; dans le fécond<br />
lorfqu'il dort, de forte que quoique ce dernier<br />
foit fans agir le pouvoir ne laiffe pas de lui demeurer.<br />
Ariflote explique amplement plufieurs autres<br />
chofes qu'il feroit trop long de détailler : car il<br />
étoit extrêmement laborieux & fort ingénieux,<br />
comme il paroit par la lifte que nous avons faite<br />
de fes ouvrages dont le nombre va à près de<br />
quatre cens & dont on n'en révoque aucun ea<br />
doute. Car on met fous fon nom plufieurs autres<br />
écrits auffi bien que des fentences pleines d'efprh,<br />
qu'on fait par tradition.<br />
H y a eu huit Ariftotes : le premier eft eehâ<br />
dont nous venons de parler ; le fécond administra<br />
la République d'Athènes, il y a de lui des<br />
harangues judiciaires fort élégantes; le troifieme<br />
a traité de l'Iliade d'Homère ,• le quatrième qui<br />
étoit un Orateur de Sicile, a écrit contre le<br />
^Panégyrique d'#Qcrate;i:Jfi icinquième qui 4tpit<br />
F*
A R I S T O T E. 3ii<br />
parent d'Efchine,difciple de Socrate, porta le furnom<br />
de Mythus; le fixieme qui étoit Cyrénien<br />
a écrit de l'Art Poétique; le feptieme étoit<br />
maître d'exercice, Arifloxene parle de lui<br />
dans la vie de Platon ; le huitième fut un<br />
Grammairien peu célèbre de qui on a un ouvrage<br />
fur le Pléonasme.<br />
Ariftote de Stagira eut beaucoup de'difciples;<br />
mais le plus célèbre fut Théophraûe, de qui<br />
nous allons parler.<br />
*><br />
THE-
Sii THEOPHRASTE.<br />
THEOPHRASTE.<br />
T Héophrafte d'Erefe fut fils de Mêlante qui,<br />
félon Athénodore, dans le huitième livre de<br />
fes Promenades, exerçoit le métier de Foulon. Il<br />
fit fes premières études, dans fa patrie, fous Leucippe,<br />
fon concitoyen ; enfuite, après avoir été<br />
difciple de Platon, il pafla à l'Ecole d'Ariftote &<br />
«n prit la direflion, lorfque ce Philofophe partit<br />
pour Chalcis la CXIV. Olympiade.<br />
On dit, & Myronien d'Amaftre le confirme,<br />
dans le premier de fes Chapitres biftoriques femblablés,<br />
qu'il avoit un efclave nommé Pompylus<br />
qui fut auffi philofophe. Théophrafte faifoit voir<br />
beaucoup de prudence & étoit fort ftudieux.<br />
Pamphila, dans le deuxième livre de fes Commets<br />
taires, dit que ce fut lui qui forma Ménandre le<br />
Comique; il étoit auffi fort ferviable & aimoit<br />
beaucoup les Lettres.<br />
Il fut protégé de Caffandre; &Ptolomée le fit<br />
inviter de fe rendre à fa Cour. Il s'étoit ren<strong>du</strong><br />
fi agréable aux Athéniens qu'Agonide l'ayant accufé<br />
d'impiété, peu s'en fallut qu'on ne l'en acculât<br />
lui-même ; on lui comptoit plus de deux mille<br />
difciples : multitude dont il prit occafion de<br />
parler, entr'autres chofes, dam une lettre qu'il<br />
éol-
, tTHEQPHIlA£TyS, f<br />
. !
T HEOPHK A STE. Jrj<br />
écrivit à Pbanias le Péripatéticien fur le jugement<br />
qu'on portoit de lui. „ Je fuis (i éloigné,<br />
„ dit-il , de réunir chez moi toute la Grèce<br />
„ qu'au contraire je ne reçois point de fréquen-<br />
„ tes affemblées comme quelqu'un le prétend ;<br />
„ néanmoins les leçons corrigent" les mœurs, &<br />
„ la corruption <strong>du</strong> ficelé ne permet pas qu'ori<br />
„ néglige ce qui eft propre à les réformer. Il<br />
fe donne dans cette lettre le nom de Rhéteur.<br />
Cependant, quoiqu'il fût de ce caractère, il fe retira<br />
pour quelque tems avec les autres Philofophe»,<br />
lorfque Sophocle, fils d'Amphiclidas, leur défendit<br />
de tenir Ecole, Ans le confentement <strong>du</strong> Sénat<br />
& <strong>du</strong> Peuple, fous peine de mort. Us furent<br />
abfens jufqu'au commencement de l'année fuivan»<br />
te que Phillon cita Sephocle en juftice, & fat<br />
caufe que les Athéniens abrogèrent l'Edit, contramnerent<br />
Sqphocle i une amande de cinq talens,<br />
xappelierent les Philofophes à Athènes, & authoflferent<br />
Théophrafte à rependre fon Ecole & i<br />
«nfeigner comme auparavant.<br />
Son véritable nom étoit Tvrtame; mais Aristbte<br />
le changea en celui de Théophrafte, voulant<br />
dire parla qu'il avoit une éloquence plus qu'hu*<br />
maine. Ariftippe, dans le quatrième livre des Délices<br />
des Anciens, dit, qu'il aima beaucoup Nicemaque<br />
quoique celui ci fût fon difciple. On rap>><br />
. porte qu'Ariftote difoit de Théophrafte & de Gai <<br />
lifthene ce que Platon dit de lui & de Xénocra-<br />
Tomt I. O te,
«,14 TflEOPHRASTE.<br />
te, que Théopfarafte avoit tant de pénétration,<br />
qu'il concevoit & expliquent fans peine ce qu'on<br />
lui apprenoit, au lieu que Caliïlhene étok fort<br />
lent; de forte que l'un avoit befoin d'éperon &<br />
l'autre de bride. On dit aufli que Démétrius de<br />
fhalere l'aida à obtenir la pofleffion <strong>du</strong> Jardin<br />
d'Ariftote après fa mort. On lui attribue cette<br />
jnaxime, qu'il vaut mieux fe fier à un cheval<br />
fans frein qu'à une doârine çonfufe. Voyant<br />
.quelqu'un qui fe taifoit dans un feflin, il lui-dk:<br />
fi vous êtes ignorant, vous faites prudemment<br />
de vous taire; mais fi vous avez des lumières<br />
vous faites mal. II difoit aufli continuellement<br />
que l'homme n'a rien de plus précieux qoe le<br />
temps. U mourut âgé de quatre vingt-cinq ans,<br />
après avoir interrompu quelque teins fes occupa-<br />
. dons. J'ai fait ces vers fiir foa fujet. -,<br />
. Quelqu'un a dit avec raifin que Pefprit efi m<br />
me quifiuvent fe rompt, s'il fi reldcbe: tant que<br />
Ttéofirofte a travaillé il a joui d'une fanti rtbuftei<br />
à-peine il prend <strong>du</strong> relâche, qu'il meurt privé de<br />
Vujage de Jes membres.<br />
On rapporte que fes Difciples lui ayant demandé<br />
s'il n'avoit rien à leur ordonner» il leur<br />
.fit cette réponfe. „ Je n'ai rien à vous ordon-<br />
M ner, flnon de vous fouvenir que la vie nous<br />
„ promet fauflement plufleurs plaifirs dans la<br />
„ recherche de la gloire : car quand nous corn-<br />
,» mençons à «ivre nous devons mourir. Riea<br />
M n'eft
T II E O P H R A S T E. 315<br />
„ n'eft donc plus vain que l'amour de la gloire.<br />
„ Ainfi tâchez de vivre heureufement, & ou ne<br />
„ vous appliquez point <strong>du</strong> tout à la. fcience,<br />
„ parce qu'elle demande beaucoup de travail»<br />
„ ou appliquez-vous y comme il faut, parce que<br />
„ la gloire qui vous en reviendra fera grande.'<br />
„ Le vuide de la vie l'emporte fur les avantages<br />
„ qu'elle procure ; mais il n'eft plus temps pour<br />
„ moi de confeiller ce qu'il faut faire, c'eft à<br />
„ vous-même d'y prendre garde.<br />
En difant cela il expira, & toute la ville<br />
d'Athènes honora fes funérailles, en fuivant fon<br />
corps. Phavorin dit que, lorfqu'il fut venu fur<br />
l'âge, il fe raifoit porter en litière, & cite làdcffus<br />
Hernrippe qui ajoute que cela eft rapporté<br />
par Arcéfites de Pitane, parmi les chofes qu'il<br />
dit à Lacydes de Cyrene.<br />
Ce Philofophe a laiffé beaucoup d'Ouvrages<br />
qui méritent que nous en faifions le Catalogue,<br />
parce qu'ils font remplis d'excellentes chofes; le<br />
voici. Trois Livres des premières Analyses, fept<br />
des fécondes; un de la Solution des Syllogismes ;<br />
un Abrégé d'Analyfes; deux de IzDé<strong>du</strong>ftion des<br />
Lieux communs ; un Livre polémique fur les difcourt<br />
de difpute, un des Sens, un fur Anaxagore, un<br />
des Opinions d'Anaxagore, un des Maximes d'A'<br />
naximene, un des Sentences d'Arcbélaûs, un des<br />
différentes fortes de fel de Nitre g> d'Alun, un<br />
de la Pétrification, un des Lignes indiviftbles;„<br />
0 2 - un
3t6 THEOPHRASTE.<br />
un de l'Orne, un des Vents, un de la différence<br />
des Vertus, un de la Royauté, un de l'E<strong>du</strong>cation<br />
des Princes, trois de Vies, un de la Vieilleffe,<br />
un de YAftroUgie de Démocrite, un des<br />
Météores, un des Simulacbres, un des Humeurs,<br />
<strong>du</strong> Teint & des Cbairs, un de l'Arrangement,<br />
un de l'Homme, un Recueil des mots.de Diogene,<br />
trois Livres de Diftin&ions, un de l'Amour, un<br />
autre fur le même fujet, un de la Félicité, deux<br />
àesEfpeces, un <strong>du</strong> Mal ca<strong>du</strong>c, un de l'Infpiratien<br />
divine, un fur Empédocle, dix-huit à'Epicbéremes<br />
(i), trois de Controverfes, un des Cbofes qui<br />
fe font volontairement, deux contenant l'abrégé<br />
de la République de Platon, un de la diverfité de<br />
la voix entre des Animaux de même genre, un<br />
des Phénomènes réunis, un des Bites nuifibles par<br />
la morfure (f f attouchement, un de celles qui<br />
pajfent pour douées de raifon, un des Animaux<br />
qui changent de couleur, un de ceux qui fe<br />
font des tannieres, fept des Animaux en général,<br />
un de la Volupté félon Ariftote, vingt-quatre quef.<br />
tions, un Traité <strong>du</strong> chaud £p <strong>du</strong> froid, un des<br />
Vertiges &P de l'ébkuiffcment, un de la Sueur, un<br />
de l'Affirmation & de la Négation, un intitulé<br />
Cal-<br />
fi) Pont dire encore un mot de cette enreffioa. Bec-<br />
•ard.dans fon recueil de JaPhilofophicd'Anftote, dit que<br />
J'Epichéreme cfi un Syllogifmej 8c Ulon Chauvin, c'eft vas<br />
•Jpccc 4c Sorite*.
THEOPHRASTE. J17<br />
Callijibene ou <strong>du</strong> Deuil, un de la Laffaude,<br />
trois <strong>du</strong> Mouvement, un des Qualités des Pierres,<br />
un des Maladies contagieufes, un de la Défaillance,<br />
un fous le titre de Mègarique, un de la<br />
Bile noire, deux des Métaux, un <strong>du</strong> Miel, un<br />
Recueil des opinions de Métrodore, deux livres fur<br />
les Météores, un de l'Tvrefjfe, vingt-quatre des<br />
Loix par ordre alphabétique ; dix Livres contenant<br />
un Abrégé des Loix, un fur les Définitions, un<br />
des Odeurs, un <strong>du</strong> Fin £3* de l'Huile, dix-huit<br />
des premières Proportions, trois des Lé giflât euri ,<br />
fix de la Politique, quatre intitulés Le Politique<br />
fuivant les circonftances, quatre des Mœurs civiles,<br />
un de la meilleure République, cinq de ColleQien<br />
de Problêmes, un des Proverbes, un des Cbofes<br />
quife gèlent.& fe liquéfient, deux <strong>du</strong> Feu, un des<br />
Efprits, un de la Paralyfie, un de la Suffocation,<br />
un .de la Démence, un des PaJJions, un des Signes<br />
, deux des Sopbismes , un de la Solution des<br />
Syllogifmes, deux des Lieux communs, deux de<br />
la Vengeance, un des Cheveux, un de la Tyran-<br />
.nie , trois de l'Eau, un <strong>du</strong> Sommeil £? des<br />
Songes, trois de l'amitié, deux de l'Ambition,<br />
trois de /a Nature,. dix-huit des Cbofes naturelles,<br />
deux contenans un Abrégé des cbofes naturelles,<br />
huit fur le même fujet, un fur les Pbjficiens,<br />
dix d'Hiftoire Naturelle, huit des Caufes<br />
naturelles, cinq des Sucs, un de la Faujfeté de la<br />
Volupté, wtQueJiionfurl'Ame, un Livre des Pre*-<br />
O 3 vts
3i8 THEOPHRASTE.<br />
ves où il n'entre point de l'Art (i),un des Doutes fineres,<br />
un de l'Harmonie, un de la Vertu, un des<br />
Répugnances ou des contradictions, vn de la Négation,<br />
un.de YOpinion, un <strong>du</strong> Ridicule, deux<br />
des Soirées, deux de Divifions, un des Cbofes<br />
différentes, un des Injures, un de la Calomnie,<br />
un de la Louange, un de l'Expérience, trois de<br />
Lettres, un des Animaux qui viennent par bazard,<br />
«n des Sécrétions, un de la Louange des Dieux,<br />
un désister, un <strong>du</strong> Bonheur, un des Entbymè-<br />
, mes, un des Inventions , un intitulé Loifirs de<br />
Morale, un de CaraQeres Moraux, un <strong>du</strong> 7»<br />
multe, un de l'Hiftoire, un <strong>du</strong> Jugement des Syllogismes<br />
, un de la Flatterie, un de la Mer, an<br />
à Caffandre fur la Royauté, un de la Comédie, un<br />
des Météores, un de la Dittion, un recueil rfc<br />
Mett,' un livre de Solutions, trois de la-Ma/fy»*,<br />
un des Me/ures, un intitulé Mégacles, un des<br />
Loue, un de la Violation des Loix, un Recueil des<br />
penfées de Xinocrate, un de Converfations, un <strong>du</strong><br />
Serment, un de Confeils de Rhétorique, un des<br />
Ri-<br />
ft) Voyez Je Thrèfor d'Etienne. La verfion Latine»<br />
tra<strong>du</strong>it de la /»«' indntit*ile j plus haut elle-«et <strong>du</strong> Ltix<br />
fittn les Elimeni pour, ftr nir$ alfbaÛtiqut, Mnidim<br />
pour feiréet, chiix pour fieraient ; & comme il n'y a<br />
point de notes fur ces endroits 8c d'autres que nous ae<br />
xemaïquons point,.cela fait voit que 1rs interprètes ont<br />
«ncoie laifle & glaner j nous lai/Tons même de l'ouvrage<br />
« d'auuc*.
T H E O P H R A S T E. gït><br />
Ricbejfes, un de la Poëfie, un de Probiémes ie<br />
Politique,'de Morale , ie Pbyfique if d'Amitié,<br />
Un de Préfaces, un Recueil de Problèmes, tfn de<br />
Problèmes Pbyfiques, un de l'Exemple, un de te<br />
Propofiticm & ie la Narration, «h de la Poèfitv<br />
un fur les Pbihfopbes, tin fur le Cmfeil, un fur<br />
les Solécismes, un de la Rhétorique, dîx-fept Espèces<br />
d'art fur la Rhétorique^ un Traité ie laDtffimulation,<br />
fix de Commentaires d'Ariftote eu tfs<br />
TbéopVrafte -, feize A'Opinions fur la Nature, un<br />
des Cbofes naturelles en abrégé, un <strong>du</strong> Bienfait ,••<br />
un de Cara&eree moraux, un <strong>du</strong> Vrai £p <strong>du</strong> Faux,<br />
fix d'H$ftoires concernant la Religion, trois des<br />
Dieux, quatre Livres hiftoriques touchant la Goemétrie,<br />
fix contenant
1320 THEOPHRASTE.<br />
1 trolcgie , un à.'Arithmétique, un de VAccroifitment,<br />
un intitulé Acicbarus, un des Plaidoyés, un<br />
de la Calomnie, des Lettres àAftycréon, à Pbanits<br />
& à Nicanor, un Traité de la Piété, un fous le<br />
titre d'Euîade, deux des Occafions, un des Difcours<br />
familiers,' un de la Con<strong>du</strong>ite des enfans, un<br />
autre différent, un de YlnflmQion, ou des Fertus<br />
ou de la Tempérance, un d'Exhortations, un des<br />
Nombres, un de Règles fur l'exprejfiotj desSyllogif<br />
mes, un <strong>du</strong> Ciel, deux de Politique ; un de la Nature,<br />
enRa des Fruits, & des Animaux. On compte<br />
dans ces ouvrages deux-cens trente-deux mille<br />
huit-cens huit verfets: voila pour ce qui regarde<br />
fes Livres.<br />
Son teftament que j'ai lu eft conçu en ces termes.<br />
„ J'efpere une bonne fanté; cependant,<br />
„ s'il m'arrivoit quelque chofe', je difpofe ain/î<br />
„ de ce qui me regarde. Mêlante & Pancréon<br />
„ fils deLéonte, hériteront dé tout ce qui eft<br />
.,' dans ma maifon. Quant aux chofes que j'ai<br />
„ confiées â Hipparque, voici ce que je<br />
„ veux qu'on en faflfe ; on achèvera le lieu que<br />
„ j'ai confacré aux Mufes & les Statues àei<br />
„ Déefles,- & on fera ce qui fe pourra pour les<br />
„ embellir. Enfuite on placera dans la chappel-<br />
„ le l'Image d'Ariftote & les autres dons qui y<br />
„ étoient auparavant. On conftruiia, près de ce<br />
,, lieu dédié aux Mufes, un petit portique auffi<br />
„ beau que celui qui y étoit. On mettra J«<br />
, . „ Map-
T H E O P H R A S T E. 3«<br />
„ Mappemondes dans le portique inférieur, 4t<br />
„ on élèvera un Autel bien fait & convenable. Je<br />
„ veux qu'on achevé la Statue de Nicomaque>&<br />
,, Praxitèle qui en a fait la forme fera les autres<br />
„ dépenfes qu'elle demande ; on la mettra là où<br />
„ le jugeront à propos, ceux que je nomme<br />
„ exécuteurs de mes volontés : voila ce que j'or-<br />
„ donne per rapport à la chapelle & à fes orne»<br />
„ mens. Je donne à Callinus la Métairie que<br />
„ j'ai à Stagira ; Nélée aura tous mes livres ; &<br />
„ je donne mon jardin avec l'endroit qui fert i<br />
„ la promenade & tous les logemens qui appar-<br />
„ tiennent au jardin à ceux de mes amis que je<br />
„ fpécifie dans ce teftament & qui voudront s'en<br />
„ fervir pour pafTer le tems enfemble & s'occu-<br />
„ per à la Philofophie : puis qu'il eft impoffible<br />
„ que tout le monde puifle voyager. Je ftipule<br />
„ pourtant qu'ils n'aliéneront point ce bien &<br />
„ que perfonne ne fe l'appropriera en particu-<br />
„ lier; mais qu'ils le poflëderont en commun,<br />
„ comme un bien facré, & en jouiront amicale.<br />
„ ment, cornue il eft jufte & convenable. Ceux<br />
„ qui auront part à ce don font Hipparque,<br />
„ Nélée, Straton, Callinus, Démotime, Dd-<br />
„ marate, Callifthene, Mêlante, Pancréon, &<br />
„ Nicippe. H dépendra pourtant d'Ariftote, fils<br />
„ de Mydias & de Pythias, de participer au même<br />
„ droit s'il a <strong>du</strong> goût pour la Philofophie ; &<br />
„ alors les plus, âgés prendront de lui tout le<br />
Os „ foin
3» THEOPHRASTE.<br />
„ foin poflîble, afin de l'y faire avancer. On<br />
„ m'enterrera dans le lieu <strong>du</strong> jardin.qu'on juge- '<br />
„ ra le plus convenable, fans faire aucune dé-<br />
,, penfe fuperflue pour mon cercueil ou pour<br />
„ mes funérailles. Tout cela enfemble étant<br />
„ exécuté après ma mort, ce qui regarde la<br />
„ chapelle, le jardin , l'endroit de la promena-<br />
„ de, je veux encore que Pompylus qui y de-<br />
„ meure continue d'en prendre foin comme au-<br />
„ paravant, & ceux à qui je donne ces biens<br />
„ pourvoiront à fes befoins; je fuis d'avis que<br />
„ Pompylus & Threpta qui font .libres depuis<br />
„ long-temps ôtm'ont bien fervi,poû"edent en fûre-<br />
„ té tant ce que je peux leur avoir donné ci-<br />
,, devant que ce qu'ils ont acquis eux-mêmes,<br />
„ & les deux mille drachmes que j'ai réglé<br />
„ qu'Hipparque leur donnera, ainfi que j'en ai<br />
„ fouvent parlé à Mêlante & Pancéron eux-mê-<br />
„ mes qui m'ont approuvé en tout. Au.refte<br />
„ je leur donne Somatalcs & une fervante; de<br />
„ quant aux garçons Molon, Cimdn, & Parmé-<br />
„ non que j'ai déjà affranchis, jHeur donne la<br />
,y liberté de s'en aller ; j'affranchis pareillement<br />
„ Mânes & Callias, après qu'ils auront demeuré<br />
„ quatre ans dans le jardin & y auront travaillé<br />
„ fans mériter de reproche. Quant aux menus<br />
„ meubles, après qu'on en aura donné à Pompy-<br />
„ lus ce que les exécuteurs jugeront à propos, on<br />
„ vendra le refte. Je donne Cation à Démorime,
T'H EJO P H R A S TE- yvf<br />
„ me, Donaoë'à Nélce & je veux qu'Eubuç:<br />
„ foie Ven<strong>du</strong>. Hipparque donnera trois mille<br />
.,, drachmes i Gillinufe. J'ordoiinerois quéMtf-<br />
„ Iante & Pancréori pïrWgeauentmafuccêflionavec<br />
„ Hipparque, fi je ne coùfîdérois qu'HipparqUe<br />
„ m'a ren<strong>du</strong> de' grands fervices' ci devant, &<br />
y, qu'il A beaucoup per<strong>du</strong> de fes biens ; je penfe -<br />
„ d'ailleurs qu'ils ne pourroient pas facilemefejt<br />
•,, adminiftter mes biens en commun. Ainfi j'ai<br />
„ jugé qu'il étoit plus utile :poilr eux dfe leur fdi-<br />
,, re donner une fomme par Hipparque; il leur"<br />
„ donnera donc à chacun un talent,- H aura foin !<br />
,, de donner auffi aux Exécuteurs ce qu'il faut<br />
',, pour les dépenfes marquées dans ce Teftament,-<br />
,, lorsqu'elles devront fe. faire. Après qu'Hip-<br />
„ parque aura fait tout cela, il fera dégagé de<br />
„ tous les contrefis que j'ai à fa charge ; & s'il a<br />
„ pu faire quelque gain fous mon nom en Chal-<br />
„ cide,ce fera pour fon profit. Je nomme Exé--<br />
„ cuteurs de mes volontés dans ce préfent tefta-<br />
„ ment,Hipparque, Nélée, Straton, Callinus,,<br />
„ Démotime, Callifthene, Ctéfarque. Trois co*<br />
pies de ce Teftament, fijellées de l'anneau de<br />
Théophrafte, furent délivrées l'une à Hégéfias<br />
fils d'Hipparque dequoi Callipe de Pellane,<br />
Philomele d'Euonime, Lyfandre d'Hybées, • &<br />
Philion d'Alopece font témoins; l'autre copie<br />
fut donnée en préfence des mêmes témoins à<br />
Olymp.iodore ; la dernière a été donnée à Adi-<br />
O & man-
3i+ THEOPHRASTÏ<br />
mante & reçue par les mains d'Androfthene fon<br />
fils, de quoi ont été témoins Aimnefte fils de<br />
Cléobule, Lyfiftrate de Thaûe fils de Phidon,<br />
Strafon de Lampfaque fils d'Arcéfilas, Théfippe<br />
fils de Théfippe de Cérame, Diofcoride d'Epi:<br />
céphlfe fils de Denys,<br />
Voila quel fut le Teftament de Théophrafte.<br />
On dit que le Médecin Erafiftrate a été fon<br />
difciple & cela eft probable.<br />
STRA-
•S T R A T G N. 3«S<br />
S T R A T O N.<br />
S Sttaton de Lampfaque fils d'Arcéfilas, & lemême<br />
dont Théophrafte parle dans fon Teftament,<br />
hérita de fon école. Ce fut un homme<br />
fort éloquent & on lui donna le nom de Phyficien,<br />
à caufe qu'il s'appliqua plus à la Phyfique<br />
qu'aux autres Sciences.<br />
Il enfeigna Ptolomée Philadelphe qui lui fit<br />
préfent de quatre vingt talens. Apollodore remarque,<br />
dans fes Chroniques, qu'il commença'à<br />
con<strong>du</strong>ire l'Ecole laCXXIII. Olympiade, & qu'il<br />
la dirigea pendant dix-huit ans. On a de lui,<br />
trois Livres fur la Royauté, trois de la Juftice,<br />
trois <strong>du</strong> Bien, trois des Dieux, trois <strong>du</strong> Gouvernement.<br />
Il a aufli fait d'autres Livres intitulés<br />
des Fies, de la Félicité, de la Pbilofophie, delà<br />
Force, <strong>du</strong>Vuide, <strong>du</strong> Ciel, del'Efprit, de la Nature<br />
humaine, de la Génération des Animaux, de<br />
l'union <strong>du</strong> Mariage, <strong>du</strong> Sommeil, des Songes, de<br />
la Vue, <strong>du</strong> Sentiment, de la Volupté, des Couleurs,<br />
des Maladies, desjugemens, des Forces, des Métaux<br />
, de la Mécbanique, de la Faim, des Eblouif-<br />
Jemens, de la Légèreté & de la Gravité, de l'Infpiratien<br />
divine, <strong>du</strong> Tenu, de la Nourriture fc? de<br />
l'AccroiJfement, des Animaux dont m doute, des<br />
O 7 Anh
j*5 S T k A T Ô N.<br />
Animaux fabuleux, des Caufes, de la folution des<br />
Ambiguïtés , > des. Préfaces pour les Lieux communs;<br />
de ce qui arrive far accident, des- Définitions,<br />
<strong>du</strong> Plus Ç^ <strong>du</strong> Moins, de VInjuftice, <strong>du</strong><br />
Premier 6? <strong>du</strong> Dernier, <strong>du</strong> Genre premier, <strong>du</strong><br />
Propre, <strong>du</strong> Futur, deux Indices d'inventions, îki<br />
Commentaires (mais on doute s'ils font de lui),<br />
des Lettres qui commencent par ces mots, Stwton<br />
hArfinoi,faiui.<br />
On dit qu'il étoit d'Une coinplexion fï délicate<br />
qu'il mourut fans fentiment; c'eft furquoi rou.<br />
lent les vers fuivans que j'ai faits pour lui.<br />
Paffant je t'apprens qu'ici repofe- Straton de<br />
Lampfaque qui ne ceffa de s'oindre le corps fans ipie<br />
cela le rendit moins foible; il ItttU toujours cimttt<br />
les maladies & mourut fêià teffenti* les aitgoiffes<br />
4e ta mort.<br />
B y'a ett huit Stfâtens : le "premier fut di(Spie<br />
d'Ifocrate} le fecoml eft celui dont nous parlons<br />
; le troifieme qui profeiïl la Médecine fat<br />
inftmit, ou, comme d'autres difeht.élevé parErâflftratè<br />
; le quatrième, Hlftorfen Va écrit la vie *<br />
Philippe & de Perfée, qui ont fait la gWerrèMft<br />
Romains,' le ïîxieme fit des Eplgrammes ,-< 1* ftptîeme<br />
eft appelle ancien Médecin par Arîftô»;<br />
le huitième., Phllofoph* P^ipatétk-ie», vécut à<br />
Alexandrie.<br />
On Côfllêrve 'encore leïVsftamtnt ée S&tm<br />
le Phyfitien r ea voici le co*t«â«e. „ S* k<br />
• ' - ' more
• S T R A T 0 N. 3s7<br />
mort me fùrprend, je difpofe ainh\ Je îahTe-à<br />
Lampyrion & à Arcélilas tout 1 ce qui-dï dans<br />
ma màifon. Quant à l'argent que j'ai à Athe •<br />
nés', les Exécuteurs teftamentaires auront foin<br />
de l'employer aux Fraix de mes funérailles &<br />
des cérémonies ordinaires, en évitant également<br />
la prodigalité & l'avarice. Ces Exéctrtturs<br />
Feront. Olympiens-,' Ariftide, Mnêfîgene-,<br />
Hippocrate, Epicrate , Gorgyle, ; Diodes-,<br />
Lyeon, & Athanes^ Lycon fuccéderâ à mon<br />
Ecole, les autres étant ou trop âgés ou filfcchargés<br />
d'occupations ; & ilsferont bîen, & le»<br />
autres aufli, s'ils approuvent cette difpôfkrorr;<br />
je lui donne tous mes 1 ivres : excepté ceux que<br />
j'ai compofés, & je lui lègue tous mes meurblés<br />
de table,, mes gobelets-& mes habits.<br />
Epicrate recevra de mes Exécuteurs cinq cens<br />
drachmes & celui des garçons qui me Fervent<br />
qu'il plaira à Arcélilas de choim*. Lampyrioh<br />
& Arcélilas déchireront les contrats que Daippe<br />
a paiTés pour Irée, en forte que n'étant<br />
redevable ni à Lampyta'on ni à fes héritiers,<br />
il foit dégagé de toute obligation envers eux.<br />
Mes Exécuteurs lui paieront cinq-cens drachmes<br />
& lui donneront tel de mes domeftiques<br />
qu'Areéfilas jugera à propos ; afin qu'ayant<br />
beaucoup travaillé pour moi, comme il a fait,<br />
il ait de quoi vivre honnêtement. Je rends la<br />
liberté à Dioclès & à Abus. Je remets Sim-<br />
„,mia:
jiS S T R A T O N .<br />
„ mia au pouvoir d'Arcéfilas & j'affranchis Dro-<br />
„ mon. Aufli-tôt qu'Arcéfilas fera arrivé, Irée<br />
„ calculera avec Olympicus & Epicrate les frais<br />
„ de mes funérailles & des autres chofes prefcri-<br />
„ tes par l'ufage; le furplus appartiendra à Ar-<br />
„ céfilas qui pourra l'exiger d'OIympicus, maïs<br />
„ uns intenter d'action contre lui, pour avoir<br />
„ retardé le paiement, ou pour les intérêts des<br />
,, années échues, Arcéfilas retirera des mains de<br />
„ Philocrate, fils deTifamene, les contracte que<br />
,f j'ai faits avec Olympicus & Aménias. Four ce<br />
„ qui regarde mon fépulchre, je m'en rapporte â<br />
„ Arcéfilas. Olympicus & Lycon. Voila le Teftament<br />
de Straton tel que l'a recueilli Arifton<br />
de Cos.<br />
Straton, comme nous l'avons déjà dit, étoit an<br />
homme eftimable, verfé dans toutes fortes de<br />
fciedces & principalement dans la Pbyfique, qui<br />
eft la plus ancienne, & la plus digne qu'on s'y<br />
applique.<br />
XT-
L y C O N. 3*9<br />
L Y C O N.<br />
L Ycon de la Troade & fils d'Aftyanacte fiiccéda<br />
à Straton ; il étoit éloquent & habile<br />
à con<strong>du</strong>ire la jeuneffe & il difoit à ce fujet qu'il<br />
faut gouverner les jeunes gens par la honte &<br />
l'amour de l'honneur, comme on fe fert pour les<br />
chevaux de l'éperon & de la bride. Il a donné<br />
des preuves de belle élocution & de beaucoup<br />
de génie. On rapporte qu'à propos d'une fille<br />
fans biens, il dit que c'étoit un grand fardeau<br />
pour un Père de lui voir paffer la fleur de fon<br />
âge fans mari, faute de dot. Antigone dit à<br />
fon occafion que, de môme qu'on ne peut communiquer<br />
à un autre fruit l'odeur & ra beauté de la<br />
pomme, il en eft pareillement des hommes ; &<br />
que, dans chaque chofe qu'un homme dit, il faut<br />
le confidérer lui - même, ainfi qu'une forte de<br />
fruit eft particulière à l'arbre qui le porte ; & il<br />
difoit cela relativement à la grâce queLycon mettoit<br />
dans fes difcours. De-là vient que plufieurs<br />
ajoutant la lettre G à fon nom l'appelloientGlycon<br />
, mot qui fignifie douceur. Sa plume étoit cependant<br />
moins éloquente. Il railloit beaucoup<br />
ceux qui regrettoient de n'avoir rien appris, lorsqu'il<br />
en étoit temps & fouhaitoient enfuite de favoii
330 L T> C O N.<br />
voir quelque chofe, & difoit que ceux qui forraoient<br />
ces vœux inutiles s'accufqient eux-mêmes<br />
par le repentir qu'ils témoignaient ( de leur négligence<br />
irréparable. Quant à ceux qui fuivoient<br />
une mauvaife méthode, il difoit que la raifon<br />
leur échappoit & qu'ils faifoient comme ceux qui,<br />
avec une ligne courbe, vouloient meftirer une chofe<br />
droite, ou fe voir dans une eau bourbeufe ou<br />
dans un miroir renverfé. Il: difoit auffi qu'on<br />
voyoit beaucoup de gens prétendre aux çouron.<br />
nés <strong>du</strong> barreau, & fort peu ou perfonne rechercher<br />
celles des Jeux Olympiques.<br />
Ce Fhilofophe fut fouvent utile aux Athéniens<br />
par les bons confeits qu'il leur donna. Il étoit<br />
fort propre fur fa perfonne, &Hermippe dit<br />
qu'il donnolt dans la délicateSe par rapport aux<br />
- habits. Il s'exerçoit auflï beaucoup & étoit d'une<br />
bonne conftitution de corps. Antigone de Caryfte<br />
dit qu'il avoit l'air d'un Athlète, ayant les<br />
oreilles meurtries & lé corps luifant. On dit auffi<br />
qu'étant dans fa patrie, il combattit dans les Jeux<br />
Iliaques & dans les Jeux, de boule. Il eut beaucoup<br />
de part à l'amitié d'Attale !& d'fîOHiene qui<br />
lui firent de riches préfeœ. Antiochus tâcha de<br />
l'avoir; mais il n'y réuffitpoint. Ati-refte ilétoit<br />
G ennemi de Jérôme ïe Péripatéticien qu'il étoit<br />
le feut qui n'allôit point le. voir-dans la fête qu'il<br />
donnoit le jour de fa rraiflknceycc de laquelle notu<br />
avons parlé dans la vie d'Arcéfilas. :<br />
• ' Il
L Y C O N. 331<br />
Il gouverna fon Ecole pendant quarante-quatre<br />
ans, Straton l'en, ayant laiffé fijccefleur la<br />
OXXVII. Olympiade, U fut auffi difcipte de<br />
. Panthœ<strong>du</strong>s le Diale&icien, & mourut de la goutte<br />
âgé de foixante& quatorze ans. J'ai fait cette<br />
Epigramme fur fon • fujet.<br />
Je ne puis paffer fous filence le fort de Lycon,<br />
qui mourut affligé de la goutte ; je m'étonne qu'ayant<br />
à faire le long chemin de l'autre vie & ayant toujours<br />
eu befoin de fecours four marcher, il l'ait<br />
: fait dans une nuit.<br />
Il y a eu plufieurs Lycons, le premier étoit<br />
. Philofophe Pythagoricien , le fécond eft celui<br />
dont nous parlons, le troifieme fut Poëte Epi-<br />
_que, le quatrième compofa des Epigrammes,<br />
J'ai trouvé le Teftament de Lycon, qui eft con~<br />
. içu en ces termes.<br />
„ En cas que je (uccombeà ma maladie, je<br />
.», •QiCpafe ainfi de mes biens ; je lègue ce qui eft<br />
», dans ma maifon aux frères Aftyanax & Lycon,<br />
s, à condition qu'ils en reftitueront ce dont j'ai<br />
-»> eu l'ufage à Athènes,& que j'ai ou emprunté<br />
„ de quelqu'un ou pris à gage & qu'As paieront<br />
„ ce qui eft requis pour mes funérailles & ce<br />
», qui doit s'y obferver. Ce qui m'appartient,<br />
•», dans la ville & à Ègrne, je le donne à Lycon,<br />
« tant à caufe de mon nom qu'il porte, que par<br />
„ rapport au féjour qu'il à.fait avec moi, & au<br />
*, foin, qu'il a eu de me plaire, comme il étoit<br />
: ' . ,x jufte
33a L Y C O Ni<br />
„ jufte : pulfqu'il me tenoit Heu de fils. Je donne<br />
„ le jardin & l'endroit de la promenade à nfts<br />
„ amis, Rulon, Callinus, Arifton, Amphion, Ly-<br />
„ con , Python, Ariftomaque, Héradius, Lyco-<br />
„' mede, & Lycon mon fleveu, qui choifiront<br />
„ enfemble celui qu'ils croiront le plus capable<br />
„ de remplir mes fonctions ; & j'exhorte mes au<br />
„ très amis à concourir avec eux à ce choix,<br />
„- tant par considération pour moi, que pour<br />
„ l'endroit-même. Rulon & Callinus auront foin<br />
„ de mes funérailles & de faire brûler mon corps;<br />
„ & ils prendront garde qu'il n'y ait en cela ni<br />
„ trop d'excès, ni trop d'épargne. Lycon don-<br />
„ nera les olives que j'ai à Egine aux jeunes<br />
„ gens pour s'oindre le corps, afin que ma mé-<br />
„ moire & celle de ceux qui m'ont porté <strong>du</strong> re-<br />
„ fpecl foit confacrée par une chofe dont Tiu»-<br />
„ ge foit utile. H m'érfgera auffi une ilatue &<br />
„ Diophante & Héraclide, fils de Démétrius, ve^<br />
„ ront avec lui dans quel endroit elle fera le<br />
„ mieux placée. Lycon rendra ce que je puis<br />
„" avoir emprunté depuis fon départ, en quoi Bu-<br />
„ Ion & Callinus lui font ajoints; il paiera auffi<br />
„ ce qui regarde mes funérailles & 1» folemni-<br />
„ tés ufitées; & il prendra ce qu'il faut pour ce-<br />
„ la,de ce que je lui laide en commun avec fon<br />
„ frère. Il aura auflî la confidération convena-<br />
„ ble pour les Médecins Pafithémis &Midias qui<br />
„ méritent de l'eftime, tant pour les foins qu'ils<br />
„ ont
L Y C O N. 333<br />
„ -ont pris de moi que pour leur Art, & qui font<br />
„ dignes d'un plus grand honneur encore; je fais<br />
„ .préfent de deux coupes au fils de Callinus &<br />
„ de deux bijoux à fa femme, aufli bien que de<br />
„ deux tapis,l'un velu & l'autre ras,avec une ta-<br />
„ piflerie & deux de mes meilleurs oreillers,<br />
„ afin qu'on voie que je me fouviens d'eux.<br />
„ Four ce qui regarde mes Domeftiqués, voici<br />
„ ce que j'en ordonne : Démétrius que j'ai af-<br />
„ franchi depuis long-tems, aura avec le prix de<br />
„ fon rachat que je lui remets, cinq mines, un<br />
„ manteau & une faie, afin qu'après avoir beau.<br />
„ coup travaillé à mon fervice il ait une vie<br />
„ honorable. Je difpenfe pareillement Criton de<br />
„ Chalcédoine de l'obligation de racheter fa'li-<br />
„ berté & lui aflîgne quatre mines. J'affranchis<br />
M Mycrus qui fera entretenu & inftruit par I,y-<br />
„ con pendant fix ans è compter de ce jour.<br />
„ Chœrès aura aufli fa liberté, & outre que Ly-<br />
„ con l'entretiendra, il lui donnera deux mines<br />
„ & ceux de mes livres que j'ai communiqués au<br />
„ public; ceux qui n'ont pas été mis au jour fe-<br />
„ ront donnés a Callinus qui aura foin de les<br />
„ publier. Je renvoie Syrus libre ; je lui don •<br />
„ ne Ménodora; & s'il me doit quelque chofe, je le<br />
„ lui remets & lui en fais préfent. On donnera à Hi-<br />
„ lara cinq mines, un tapis velu, deux oreiU<br />
„ 1ers, une tapifferie, & un de mes lits i fon<br />
„ choix. J'affranchis aufli la Mère de Micrus,
334 L Y C O- N.<br />
„ Nœmon , Dion, Théon, Euphranor, &<br />
„ Hermias, ainfi qu'Agathon, celui-ci après deux<br />
„ ans de fervice ; mes porteurs Ophélion & Po-<br />
„ fidonius ferviront encore quatre ans, après<br />
„ quoi ils feront libres. Enfin je laifle à Dé-<br />
„ métrius Criton & Syrus à chacun un lit & un<br />
„ habit au choix de Lycon, pour récompenfe des<br />
„ bons fervices que chacun d'eux m'a ren<strong>du</strong>s.<br />
„ Lycon fera libre de m'emerrer ici ou dans ma<br />
„ patrie, perfuadé qu'il cohfultera aufli bien que<br />
„ moi-même ce qui fera le plus honorable pour<br />
„ moi. Et après qu'il aura exécuté mes volontés<br />
„ je le fais maître de tout ce que je lui laifle.<br />
Les témoins de ce Teftament furent Callinus,<br />
Hermionée , Arifton de Chio, & Euphron de<br />
Païane. Lyon faifoit toutes chofes M prudemment<br />
qu'il a fait voir fa fagefle jufques dans<br />
la manière dont-it a fait Ton Teftament, de for.<br />
te qu'il eft digne d'être imité en cela même.<br />
D E-
D E M E T R I U S. 33î<br />
DEMETRIUS,<br />
DEmétrius de Phalere fils de Phanoftrate fut.<br />
difciple de Théophrafte; il fut Orateur<br />
chés les Athéniens & adtniniftra leur ville pendant<br />
dix ans ; on y érigea à fon honneur trois-cens<br />
foixante ftatues d'airain, .dont il y en avoit plu •<br />
fleurs qui étaient des ftatues équeftres ou <strong>mont</strong>ées<br />
fur des.chariots attelés de deux chevaux, &<br />
ces ouvrages fe firent avec tant d'ardeur qu'ils<br />
furent finis en moins de trois-cens jours. Selon<br />
Démétrius de Magnéfie, dans fes Syntmimes, il prit<br />
en main le gouvernement de la République, lors<br />
qu'Harpale.s'enfuyant d'auprès d'Alexa,ndre,arriya<br />
à Athènes ; fon administration fut longue &, ïaa- •<br />
aWe; il augmenta les revenus de la ville & l'embellit<br />
de beaucoup édifices, nonobftant fon extrailioa<br />
qui m'étoit pas des plus illuftres. Phavorinvdans<br />
le premier livre de fes C«mmefifcwV^,;dit<br />
qu'il defcendoit de la race de Cooon, famille<br />
citoyenne & diftinguée. Le .même Auteur dit<br />
qu'il avoit commerce avec Lamia; il prétend<br />
même au fécond de fes Commentaires, qu'il fe.<br />
ptêtoit audéforde de Cléon. Didyme, dans fes<br />
Banquets vante fes fourcils & dit que c'eft de-là<br />
que lui vint le. fiwûom/ d'enferceleur & 49 «y.<br />
on-<br />
/
336 D E M E T R I U S.<br />
yonnant, que lui donna une femme de mauvaife<br />
vie. On rapporte qu'ayant per<strong>du</strong> la vue à Alex,<br />
andrie 'il la recouvra par le moyen de Sérapis &<br />
qu'en actions de grâces il compofa à l'honneur<br />
d'Apollon des Hymnes qui fe chantent encore<br />
aujourd'hui.<br />
Quelque refpe&é qu'il fût à Athènes l'envie<br />
qui s'attache à tout, caufa fa perte ; on intrigua<br />
tant contre lui, qu'il fut condamné à mort,<br />
pendant qu'il étoit abfeot, & comme on ne pouvoit<br />
décharger fur lui-même la colère qu'on avoit<br />
contre lui, on vendit une partie de fes ftatues,<br />
on jetta l'autre dans l'eau, on en brifa , on en<br />
fit des pots de chambre ; il n'y en eut qu'une<br />
de confervée, ce fut celle qui étoit dans la Gtadelle.<br />
Phavorin, dans fon Hijloire dnerfe, dit<br />
que les Athéniens rirent cela par ordre <strong>du</strong> Roi<br />
Démétru»(i) & qu'ils accuferent leur Prince de<br />
mauvais Gouvernement. Hermippe dit qu'après<br />
la mort de (Mander,Démétrius craignant l'indignation<br />
d'Antipater fe retira auprès de Ftolomée<br />
Soter; qu'il s'arrêta long-tems à fa Cour & entre<br />
autres chofes lui confeilla de partager fon Roy au*<br />
me entre les enfans qu'il avoit d'Euridice ; qu'au<br />
lieu de fuivre ce confeil, le Roi éleva furie Trôoe<br />
le Sis qui étoit né de Béronice & que ce<br />
'(0 Hoi de Macédoine» Aldcbtundln,<br />
Prto
D E M E T R I U S . 337<br />
Prince après la mort de fon père ordonna qu'on<br />
gardât Demetrius quelque part jufqu'à ce qu'il<br />
dispofât de lui, ce qui lui fut fi fenfible qu'il en<br />
33« D E M E T R I U S .<br />
delà Rhétorique, deux de l'Art militaire, âevt<br />
de l'Iliade, quatre de VOdyJfée, un intitulé ; Ptohmée,xat<br />
de la Galanterie, un intitulé, Pbcedmdos,<br />
un autre intitulé., Mtedon, un autre appelle,<br />
Cleon, un qui porte le nom de Socrate, un celai<br />
A'AriJiomaque, un celui d'Artaxerxes, un celui<br />
A'Homère, un celui d'Ariftide*; un Difcours d'£rbortatim,<br />
un fur la Republique, un fur un fujet<br />
Deceimal.vai fur les Joniens, un desNegcsiatiens,<br />
un As \z Confiance, un <strong>du</strong> Bienfait, un de la<br />
Jor(tinf,un de la Magnificence, un <strong>du</strong> Mariage,<br />
un de l'Ofu'niofi, un de la Paix, un des Lois,<br />
un des Exercices <strong>du</strong> Corps, un de l'Owa/fon, un<br />
fur Denys, un intitulé, /< Cbahidien,un intitulé,<br />
hcurfion des Atbeniens,iin autre d'Antipbane, un de<br />
Préfaces biftoriques, un de Lettres, un intitulé,<br />
Jiffemblée jurée, un de la Vieilleffe, un <strong>du</strong> Dm;, un<br />
des FaW« d'Efope &un de G&r J'M ,- fon ftile étoitphilofophique,<br />
mêlé de Rhétorique & plein de force.<br />
Démetrius. ayant appris que les Athénien»<br />
avoient abattu fes Statues, il dit : qu'il les défioit<br />
d'abattre le courage de celui à la gloire de qui<br />
ils les avoient élevées; Il difoit que les fourcils<br />
ne font pas la partie la moins confldérable <strong>du</strong><br />
corps & celle qu'on doive négliger le plus, puisqu'ils<br />
peuvent abaiflfer l'homme toute fa vie, que<br />
les richefles aveuglent & que la fortune qui les<br />
donne eft aveugle elle-même, il difoit auflr qu'une<br />
bouche éloquente peut autant dans'une république
D E M E T
3+e D E M E T R I D S.<br />
le dixième Grammairien de Cyrene furnommé Stamnus,<br />
homme fort célèbre, l'Onzième de Scepfî homme<br />
noble & riche & l'rnftrument de l'élévation de<br />
Metrodore, le douzième Grammairien d'Erithiée<br />
&. reçu citoyen de Temnos, le treizième Bythimen<br />
fils deDiphyle le Stoïcien & difciple de Panae<strong>du</strong>r<br />
de Rhodes, le quatorzième Orateur de Smyrne,<br />
tous ces Démétrius ont écrit en profe, les autres<br />
ont été Poëtes ; le premier de ceux-ci écrivit de<br />
l'ancienne Comédie, le fécond fif des Poèmes<br />
Epiques, mais dont il ne nous refte qu'un fragment<br />
contre les envieux.<br />
Us baijjent les vivans & les regrettent quand ils<br />
ne font plus, on a vu des villes if des peuples Je<br />
combattre pour un Sepulcbre ou pour une Ombre.<br />
Le troifieme naquit i Tarfe & fut Poë:e fatyrrque;<br />
le quatrième fit des vers Jambes fort aigres,<br />
le cinquième futSculpteur,Polemon a fait mentionde<br />
lui, le Sxieme d'Erythrée a traité divers fujetsen<br />
particulier d'Hiftoire & de Rhétorique.<br />
HE-
ï Ë 1 A C L I D S &v<br />
HERACLIDE.<br />
H Eraclide fils d'Eutyphron naquit à Heraclée<br />
ville de Pont, il étoit riche & vint à Athènes<br />
où il fût difciple de Speuflppe qu'il quitta enfuite<br />
pour fréquenter l'école des Pythagoriciens,<br />
il prenoit Platon pour modèle & en dernier lieu<br />
il fut difciple d'Àriftote comme le rapporte Sotion<br />
dan» fes Succédions. H s'habHloit proprement &<br />
comme il avoit beaucoup d'embonpoint, les AthèV<br />
mens au-lieu de l'appeller Pontique, <strong>du</strong> nom de<br />
fa patrie, l'appelloient Pompique, il marchoit<br />
cependant lentement & avec modeftie.<br />
Il a fait plufieurs bons écrits. Ses Dialogues<br />
fur la morale font les fuivans, trois fur la Juftice,<br />
un fur la Tempérance, un fur la Pieté, un fur la<br />
Force, un de la. Vertu en général, un de la Félicité<br />
, un <strong>du</strong> Gouvernement, un des Loix. Il y a auffi<br />
quelques Dialogues femblables à ceux-là, un des<br />
Noms , un des Conventions, un qui porte le titre<br />
d'amoureux involontaire & un intitulé Clinias, fes<br />
Dialogues Phyfiques font intitulés : de l'Entendement,<br />
de Y Ame, &en particulier dt l'Ame, de la<br />
Nature, & deS Ombres, fur Démecritt, fur les<br />
Cbofes celefits,- un Diahgue, un autre fur les Enfers,<br />
deux intitulés des Vies, on des Sources des<br />
Maladies, un <strong>du</strong> Jfien, un contre Zenon, un con»<br />
P 3 tre
,4i H E R A C L I D E .<br />
tre Metrm. Ses livres fur la Grammaire font, denx<br />
de Vdge d'Homère & d'HeJiode, deux d'yirthiltque<br />
& d'Homère. Ses ouvrages fur la Mufique font ;<br />
trois livres des cbofes qu'on trouve dans Euripide Sophocle,<br />
deux fur la Mujique, deux de Solutions<br />
d'Homère, un intitulé Spéculatif, un des trois<br />
ToStes tragiques, un de CaraSeres, un de la. Poêjie<br />
{? des Poltes, un des ConjeQures, un de la Pri.<br />
voyance,' quatre d'expofîtions d'Heraclite, un d'expojitions<br />
de Demotrite, deux de Solutions de contreverfes,<br />
un de Demandes, un des Efpeces, un de<br />
Solutions, un d'AuertiJJemens, un à Denys. Sur la<br />
Rhétorique il a fait un livre intitulé, Du Devoir de<br />
l'Orateut ouProtagore, fes livres d'hiftoires roulent<br />
fur les Pythagoriciens & furies découvertes;<br />
parmi ces ouvrages il y en a dans lesquels Héraclide<br />
a imité le goût des Auteurs comiques cornme<br />
quand il parle de la Volupté & de la Tempe»<br />
rance, d'autre fois il fuit le goût tragique comme<br />
quand il parle des chofes qui font aux Enfers, de<br />
la piété & de la puiflance, il met aufl? quelquefois<br />
un certain tempéremment dans fes expreffione<br />
lorfqu'il fait parler des Pbilofophes, des Capitaines<br />
& des Citoyens. On a encore de lui des ouvra»<br />
ges de Géométrie &, de Dialectique; au refte eft varié<br />
, diftinft & renferme de la force & de l'agrément<br />
Il y a des auteurs qui difent qu'il délivra fa patrie<br />
en tuant celui qui l'opprimoit, c'eft ce que<br />
rapporte entre autres Demetrius de Magnefie dans<br />
fon
H E R A C L I D B. 343<br />
fon livre, Des Perfonnes qui tnt porté le mime nom<br />
Il ajoute qu'HeracIide ayant apprivoifé un Dragon<br />
& étant à la veille 4e mourir, il pria un de fe»<br />
proches de cacher fon corps & de mettre le fer»<br />
pent à fa place, afin qu'on crut que les Dieux<br />
l'avoient enlevé, que cela fe fit, mais que pendant<br />
qu'on le portoit en terre, en le comblant de<br />
louanges, le Dragon effarouché par les cris, s'élança<br />
d'entre le linceul qui coùvroit le corps, &<br />
épouvanta les affiftans, qu'en fuite on trouva Heraclide<br />
lui-même , non tel qu'il avoit voulu paroitre,<br />
mais tel qu'il étoit. J'ai fait là-deflus cette<br />
Epigramme.<br />
Heroclide quelle efl ta folie d'en vouloir impofer<br />
après ta mort, tu veux paffer pour un Dragon qui<br />
au -lieu de jouer ton perfonnage fait voir que tu lui<br />
reffembles par ton manque de fageffe.<br />
Hippobote confirme le récit de Démétrius de<br />
Magnefie. Hermippe d'Heraclée, dit que la famine<br />
dépeuplant le pays, on confulta l'Oraele, qu'HeracIide<br />
corrompit ceux qu'on y envoya & fé<strong>du</strong>ifit<br />
la Prêtreflè, jufqu'à l'engager à répondre<br />
que le fléau ne cefferoit point qu'on n'eût honoré<br />
Heraclide fils d'Eutyphron d'une couronne d'or<br />
en promettant de le révérer comme un demi Dieu<br />
après fa mort, que la réponfe de l'oracle fut déclarée,<br />
mais que les auteurs de cette tromperie n'y<br />
gagnèrent rien, qu'HeracIide mourut d'apoplexie<br />
fur le Thcatre avec la couronne fur la tête, que<br />
ceux
ÎM H E R A C L I D E.<br />
«eux qui avoient confulté l'oracle tombèrent morts<br />
& que la Prêtreffe elle-même mourut de la morfu<br />
re d'un Dragon à l'entrée <strong>du</strong> Sanctuaire. Voilà<br />
ce qu'on rapporte de la fin de ce Philofophe,<br />
Ariftoxene le Muficien dit qu'il a fait des tra.<br />
gédies fous le nom de Thespis, Chaméléon prétend<br />
qu'il a pillé Hefîode & Homère, Autodorus le<br />
blâme auffi & le contredit dans ce qu'il a écrit de<br />
la Juftice. On dit encore que Denys furnommé<br />
le transfuge ouSpintharus félon d'autres, écrivant<br />
fon Parthenopée & l'ayant mis fous le nom de<br />
Sophocle, Heraclide abufé en cita dans un de fes<br />
ouvrages quelques paflâges qu'il donna pour être<br />
de Sophocle, que Denys l'ayant remarqué l'avertit<br />
qu'il fe trompoit, & qu'Heraclide n'ayant pas<br />
voulu le croire, Denys lui envoya les premiers<br />
verfets de fon ouvrage où fe trouvoit le nom de<br />
Pancale (i) ami de Denys, fur quoi Heraclide<br />
continuant à dire qu'il fe pouvoit pourtant qu'il<br />
eûtraifon, Denys lui récrivit qu'il trouverok auffi<br />
cette maxime, qu'on ne prend pas aifement- un<br />
vieux finge dans un filet.ou que fi on peut le prendre,<br />
ce n'eft qu'avec beaucoup de tems. Il l'accufa auffi<br />
d'ignorer les Lettres &de n'en avoir pas de honte.<br />
Il y a eu quatorze Heraclides, le premier ell<br />
celui-dont il s'agit, le fécond fon compatriote a<br />
coins.)<br />
T>««TX sî-ssoît ferviihinom de-Sophocle comme is.<br />
ssgïàsiàvs «fi celui de rancale 8c l'avok mis à la «te
H E R A C L I D E . 345<br />
conipofé des pièces de danfc & d'autres chofes de<br />
cette nature, letroifieme citoyen de Cumes a publié<br />
l'hiftoire de Ferfe en fix livres, le quatrième<br />
orateur de Cumes a écrit de la Rhétorique, le cinquième<br />
de Calatie ou d'Alexandrie a parlé de la<br />
Succeflîon (1) en fix livres, & des Chaloupes d'oit<br />
il fût furnommé Lembus (2) le fixieme né à Alexandrie<br />
a décrit les particularités de la Perfe, le feptieme<br />
Dialecticien de Bargyla a combattu la doctrine<br />
d'Epicurei le huitième d'Hicéea été Médecin,<br />
le neuvième de Tarente a été Médecin Empirique,<br />
le dixième a donné des préceptes fur la<br />
Poëfie, l'onzième de Phocée a profeffé l'Art de<br />
Sculpteur, le douzième apaffé pour habile Poète<br />
en Epigrammes, le treifieme de Magnciîe a donné<br />
la vie de Mithridatei le quatorzième a traité<br />
de l'Aftrologie.<br />
(1) C'eft a dite des IhUofopnes. Mtntp.<br />
(1) Lembus fienifie chaliupt,Mentit&. les<br />
mentateuts ne dilent ptefque rien la deflus, Etienne non<br />
plus: mais Erasme proverbes p. 1713. dit que cemote'toit<br />
? afle en ufage faryrique pour fignifier un Parante ou un.<br />
attenr, ce qui peut expliquer ce que dit Harpociatioa<br />
que les auteurs comiques s'en fervent.<br />
FIN DU TOME PREMIERE<br />
Tome T. Q ty '•'