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Notes du mont Royal

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<strong>Notes</strong> <strong>du</strong> <strong>mont</strong> <strong>Royal</strong><br />

www.notes<strong>du</strong><strong>mont</strong>royal.com<br />

Ceci est une œuvre tombée<br />

dans le domaine public, et<br />

hébergée sur « <strong>Notes</strong> <strong>du</strong> <strong>mont</strong><br />

<strong>Royal</strong> » dans le cadre d’un exposé<br />

gratuit sur la littérature.<br />

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LES VIES<br />

DES PLUS ILLUSTRES<br />

PHILOSOPHES<br />

DE L'ANTIQUITE.<br />

TOME PREMIER.


LES VIES<br />

DES PLUS ILLUSTRES<br />

'HILOSOPHES<br />

DE L'ANTIQUITÉ,<br />

[vçc leurs Dogmes, leurs Syftêraes, leur Morale,<br />

& leurs Sentences les plus remarquables;<br />

INDUITES DU GREC DE DIOOENK LAlRCE.<br />

Imquelles on a ajouté la Vie de l'AÛTEUR, celles<br />

f dfiPICTETE, de CONFUCIUS, & leur Morale,<br />

I & un Abrégé hiftorique de la Vie des<br />

Femmes Fhilofophes de l'Antiquité:<br />

AVE C PORTRAITS.<br />

T O M E PREMIER.<br />

M S ï T, R D A<br />

H. SCHNEIDER.<br />

M. D. C C. 1. V I T I.<br />

A<br />

M


je<br />

ZM03VQTJ$V21 QûfSlSiy,<br />

Jwowwcyç*.<br />

Gc. n c />as mon m£>ajcin<br />

•en voiuèédiant ce* tyictôes £Pnè-<br />

ciMopAcd f ôin/tiuire ce ^Puouc<br />

vont un fyntxc oédicatoiac- t)e tout<br />

a &s


ausfl fongtcms nue /a £Pài/o~<br />

J>p/dc.<br />

Get ouvzaae Urbo^trasvm., vous<br />

a/jpaztient à/<strong>du</strong>s o un ttize : c'est<br />

par vos eon/cics aueje c ai en»<br />

tzepzis ,


ccnafîpé : vous vous êtes in/txuit<br />

t)ans leurs éczits, oédisje. oans<br />

' aiÂoirc de ccuzs vies : vous<br />

avez parcouru te va/te Caourin-<br />

tac. oc Cours oécouveztes â& oc<br />

CCUP% ezzeurs. U^odzziez vous ne<br />

JMS recevoir avec />&ijir ce Ua*<br />

cCcau éuteto . oes moeurs Ô& oc*<br />

opinions oc ces cjpzits ccCeores f<br />

ytri ont JctU us pzemiers éonùc*<br />

mens oc c GdiÂcc oes Q/çiencos.<br />

$U6 ne /uiis -Je emfvuintet<br />

ce pinceau ou azano maetze<br />

oui- Sa tracé / Jornerois ce<br />

KPzonti^icc ••• oc Jon Civzc o une<br />

• i • />cinr


peinture t oui fans avoir C éclat<br />

extérieur au co a rçpanou Jcir cet<br />

tienne* , ne /zaroitzoit j»as moins<br />

intéres/ante aux cecteuxs oui Sa­<br />

vent fentir ÔÇ> j^njer* sfc j&einm<br />

orois c nonnéte nomme réuni à-<br />

€ nomme aimavec , oui -fait ce<br />

6ien Jans ojtcntation f oui aime<br />

te /tcaifir Jans éziyocité, oui à<br />

un août oéciac /tour ces vtues<br />

connoisjanecs joint cet cfozit /ont»<br />

twopniauc oui en eft C ame ta<br />

vie ; éaacemcnt fait pour ce monoe<br />

ÔG/Wir ca retzaitc ; auc ce mon­<br />

oe n a /joint aatc , (5d auc ces<br />

a 3 oc.


occupations Jericufes n ont /xoint<br />

oesjecné. Jfc JaiÂrois A Sien tes<br />

auatités de Jotl efpzit et oc Jon<br />

coeur f et ces auautesjont A rares<br />

hue C on reconnoitzolt /ans /^einc<br />

ta aerjonne oui auroitéou&ni ces<br />

couteuxs' oc mon jzoxttait. rfai<br />

C aonneur o être<br />

tyotzc t%es numotc cfe<br />

tzès ooeijant QJe&viteur<br />

3is.


DISCOURS PRELIMINAIRE.<br />

^«pTOr tableau des miféres humai-<br />

\->^ \ar ceux qui ont écrit fur<br />

^ I 'homme , qu'on doit natuellement<br />

fouhaiter qu'il fè<br />

trouve des philofophes, qui s'appliquent<br />

à le peindre en beau. On ne fauroit trop<br />

/élever fon excellence. l'Eloge qu'on en<br />

fait, eft un encouragement à la vertu j<br />

il eft un des appuis les plus forts qu'on<br />

puuTe prêter à la foibleflè humaine.<br />

Un tableau tiré d'après l'hiftoire, qui<br />

repréfênteroit les plus fublimes traits de<br />

la nature humaine, & où l'art <strong>du</strong> Pein^tre<br />

en auroit difpofe le plan, de manière<br />

que les vertus les plus héroïques , les<br />

actions les plus nobles, & les talens les<br />

plus diftingués, s'avanceroïent jusque fur<br />

le devant de la fcene, tandisque les vertus<br />

, les actions. & les talens médiocres<br />

a 4 fer-


nn t DISCOURS<br />

Croient diftribués fur les côtés, & que<br />

les vices & les défauts iraient fe perdre<br />

dans le lointain : un tel tableau ne pourrait<br />

être vu fans échauffer le cœur, ni<br />

fans donner une grande idée de l'homme.<br />

- Comme il eft, au moins, auffi important<br />

de rendre les hommes meilleurs que<br />

de les rendre moins ignorans, il convient<br />

de recueillir tous les traits frappans des<br />

vertus morales. Pourquoi fe <strong>mont</strong>re t-on<br />

fi attentif à confèrver l'hiftoire despenfees<br />

des hommes, tandis qu'on néglige<br />

I hiftoire de leurs aâions ? celle-ci n'eftelle<br />

pas la plus utile ? n'eft-ce pas celle<br />

qui fait le plus d'honneur au genre humain<br />

? quel plaifïr trouve t-on auffi à<br />

rappeller les mauvaifês aétions ? il ferait<br />

à fouhaiter qu'elles n'eufient jamais été.<br />

L'homme n'a pas befoin de mauvais<br />

exemples , ni la nature humaine d'être<br />

plus décriée. Si l'on fait mention des<br />

aétions deshonnêtes , que ce fbit feulement<br />

de celles qui ont ren<strong>du</strong> le méchant<br />

malheureux & méprifé au milieu des récompenfès<br />

les plus éclatantes de fes forfaits.<br />

Au défaut des ftatues , qui devraient<br />

repréfênter en bronze & en marbre, dans<br />

nos


PRELIMINAIRE, ix<br />

nos places publiques, les grands hommes<br />

qui ont honoré l'humanité, & inviter à<br />

la vertu fur ces pié-d'eftaux , où l'on<br />

expofè à nos yeux & aux regards de no»<br />

enfàns les débauches des dieux <strong>du</strong> paganisme<br />

, nous avons les écrits de Plutarque<br />

& deDiogeneLaerce. On peut dire<br />

qu'ils font comme les fades des triomphes<br />

de l'homme. Qui eft ce qui, en les lilant,<br />

ne voudrait pas y avoir fourni la<br />

matière d'une ligne ? t)ù eft l'homme,<br />

né avec une amehonnête &{ênfible, qui<br />

n'arrofê de fes larmes les pages où ils fè<br />

font plu à célébrer la vertu , & qui ne<br />

donne des éloges à la cendre infenfible &<br />

froide de ceux qui la cultivèrent pendant<br />

leur vie?<br />

Si les philofophes dont DiogeneLaërce<br />

nous a tracé la vie, en même tems qu'il<br />

nous a développé leurs fyftêmes, ont eu<br />

des foibleflès ; il faut les regarder comme<br />

un tribut qu'ils ont payé à l'humanitét<br />

Ils les ont fait oublier, en les couvrant<br />

par une infinité de belles aérions ; ils ont<br />

prouvé par leur exemple que la nature<br />

humaine eft capable de tirer de fon fond,<br />

tout dépravé qu'il eft, des vertus morales<br />

qui décèlent la nobleffe de fon origine,<br />

a y Sous


x DISCOURS<br />

Sous prétexte de faire honneur àla révélation,<br />

il ne faut pas décrier la raifon ; ni humilier<br />

la nature humaine, pour relever le<br />

pouvoir de la grâce. C'eu là un écueil<br />

où font venus fe brifèr la plupart des<br />

Théologiens : ils fè font follement imaginés,<br />

qu'ils honoreroient d'autant plus le<br />

créateur, qu'ils dégraderoientdavantage<br />

la créature.<br />

Nous ne diflimulerons point que, parmi<br />

les philofophes célèbres par notre auteur<br />

, il ne s'en trouve quelques uns, qui<br />

n'ont vu dans la nature , dont ils ont<br />

étudié les fecrets reflbrts, qu'une puifiance<br />

aveugle qui dirige tout à fa fin avec<br />

autant d'ordre que fi elle étoit intelligente.<br />

Kn confidérant d'un côté combien ce<br />

dogme philofbphique eft oppofé à la faine<br />

morale, on conçoit mieux de l'autre combien<br />

elle étoit profondément enracinée<br />

dans leur coeur ; puisque leurs erreurs<br />

fur Dieu & fur la providence n'ont point<br />

détruit leurs idées fur la probité, & que<br />

dans un coeur vainement mutiné contre<br />

le joug que lui impofoit la raifon, leur<br />

efprit a eu afiez de force pour étouffer le<br />

cri des parlions. Nous conclurons de là<br />

qu'un philoibphe n'eft pas fait comme<br />

le


PRELIMINAIRE. xi<br />

le vulgaire des hommes, chez qui laper<br />

Ciafion intime de l'exiftence d'un être Suprême<br />

fait toute la vertu.<br />

Le dogme des peines &des récompenfes<br />

d'une autre vie eft pour les hommes<br />

ordinaires un frein qu'ils blanchifientd'éeurne<br />

: Il les contient dans leur devoir j<br />

aufli voyons nous que tous les légiflateurs<br />

en ont fait la bafe de leurs, loix.<br />

Quant aux philofophes, ils trouvent dans<br />

leur raifon, indépendamment de ce dogme,<br />

des motifs fuffifans pour être fidèles<br />

à leurs devoirs. Il femble que la Divinité<br />

ait voulu qu'ils rendirent témoignage à<br />

l'excellence de leur nature par l'éclat de<br />

leurs vertus morales, comme les chrétiens<br />

le rendent à la beauté de la religion révélée<br />

par le fpeétacle des vertus d'un ordre<br />

bien fupérieur. En voyant ce que la<br />

raifon feule peut pro<strong>du</strong>ire, l'efprit eft<br />

porté à bénir l'auteur de la nature, &<br />

non à lëblafphémer , à l'imitation de<br />

certains raifonneurs téméraires, pour qui<br />

les désordres phyfiques & moraux ont<br />

été une pierre de fcandale. r<br />

A confulter ce que l'hiftoire nous a<br />

transmis des anciens philofophes, il parait<br />

que la raifon a été à leur égard, ce<br />

a 6 que


ni DISCOURS<br />

ue la grâce eft à l'égard des chrétiens.<br />

Î..a grâce détermine ceux-ci à l'accompliflèment<br />

de leurs devoirs : la raifbn y<br />

déterminoit ceux là, d'une manière auffi<br />

invincible. Jaloux à l'excès de tout ce<br />

qui s'appelle honneur & probité, ils fàifoient<br />

confiner leur religion dans leur<br />

extrême fênfibilité pour l'un & pour l'autre.<br />

Pour ceux qui ne reconnoifioient<br />

point de Dieu dans le monde, la Société<br />

civile en étoit un pour eux. Ils l'encenfoient,<br />

ils l'honoroient par leur attention<br />

exaéïe aux devoirs qu'elle prefcrit. Il<br />

fembloity au jugement d'un très grand<br />

génie de ce fiécle , quHs regardaient cet<br />

'/prit facre, qu'ils croyaient être en eux mêmes<br />

, comme une efpece de providence favorable<br />

qui veilloit fur le genre humain : heureux<br />

par leur philofopbie feule , il fembloit<br />

que le feul bonheur des autres fût augmenter<br />

le leur.<br />

Rien ne fait peut-être plus d'honneur<br />

aux anciens philofophes que d'avoir fu<br />

nourrir dans leur cœur des {êntimens de<br />

probité, fans l'aliment des efoerances &<br />

des craintes II falloit qu'ils fuflent bien<br />

élevés, par leur manière de penfer & de<br />

fëntir, pour n'envifager dans tout ce<br />

qu'ils


PRELIMINAIRE, un.<br />

qu'ils faifoient que l'efprit d'ordre on la<br />

raifon. Vertueux par réflexion, ils n'étoient<br />

point honteufêment fournis à ces<br />

alternatives de bien de mal où flotte fans<br />

ceflè l'homme de paffions, à ces viciflïtudes<br />

continuelles qui caractérisent les<br />

vertus de tempérament. Enchaînés une<br />

fois au char de la vertu , on ne la leur<br />

voyoit point immoler au vice. Libres<br />

des chaînes que la fuperftition étend de<br />

plus en plus, ils fuivoient en tout la<br />

douce impulfion de la raifon, agifibient<br />

conftamment & d'une manière uniforme,<br />

faifoient refpectèr dans toutes leurs<br />

actions la dignité de la nature humaine:<br />

au lieu que lés Superftitieux , que domine<br />

une imagination ardente, felivrent<br />

à la vivacité des images qu'elle pro<strong>du</strong>it,<br />

marchent par fauts & par bonds, Retombent<br />

tout à coup, lorsque le feu pâflàger<br />

de leur enthoufiasme vient à s'éteindre.<br />

Avec ces derniers on n'eft fur de rien,<br />

leurs vertus n'ont point de confiftarree,<br />

aufli mobiles que les paiïïons qui leur<br />

donnent naiflance elles varient comme<br />

elles ; mais avec les philofbphes on n'avoit<br />

rien à craindre , la raifon qui régloit<br />

toutes leurs actions, donnoit à leurs vera<br />

1 tus


x:v DISCOURS<br />

tus une efpece d'immobilité : en un mot<br />

les fentimens de probité entroient autant<br />

dans leur conftitution que les lumières<br />

de l'éfprit.<br />

Ceux qui d'entreux nioient une providence<br />

comme Epicure, ne faifoient pas<br />

pour cela de leur libertinage le prix de<br />

leur incré<strong>du</strong>lité. Us étoient retenus dans<br />

leurs devoirs par deux ancres, la Vertu &<br />

1a Société. Moins ils avoient à e(pérer<br />

pour une autre vie, plus ils dévoient travailler<br />

à fè rendre heureux dans celle-ci.<br />

Or , pour y parvenir , il falloit qu'ils<br />

cultivaflènt la fociété & qu'ils fuflent vertueux.<br />

Pouvoient ils fe flater qu'en violant<br />

toutes les conventions de la fociété<br />

oivile, & qu'en brifant fans fcrupule tous<br />

les hens humains , ils pourraient être<br />

heureux? Non fansdoute. Leur propre<br />

intérêt les portoit donc à fe pénétrer a'amour<br />

pour la fociété , d'autant plus<br />

que ne tenant point par leurs idées à<br />

une autre vie, ils dévoient regarder la<br />

fociété comme leur unique Dieu, fê dévouer<br />

entièrement à elle, & lui rendre<br />

leurs hommages. D'un autre côté la vertu<br />

a des avantages qui lui font propres, indépendamment<br />

de l'exiftence des Dieux<br />

&


PRELIMINAIRE. xv<br />

& d'une vie à venir. Ce principe une<br />

fois bien médité par les philpfophes fai-<br />

' foit qu'ils difpofoient tous leurs reûorts<br />

à ne pro<strong>du</strong>ire que des effets conformes à<br />

l'idée de l'honnête homme. Ils connoisfoient<br />

trop ce que peut la fougue des pasfions<br />

, pour ne pas s'exercer de bonne<br />

heure à leur tenir la bride ferme, & à<br />

les façonner infenfiblement au joug delà<br />

raifbn. Soit donc qu'ils repréfentafient<br />

aux yeux des autres hommes , ou qu'ils<br />

n'eaflènt qu'eux mêmes pour témoins de<br />

leurs actions , ils fûivoient fcrupuleufêment<br />

les grands principes de la probité»<br />

Paîtris, pour ainfi dire, avec le levain<br />

de l'ordre & de la régie, le crime auroit<br />

trouvé en eux trop d'oppofitipn pour<br />

qu'ils eufient pu s'y livrer; ils auroient<br />

eu à détruire trop d'idées naturelles &<br />

acquifès, avant de commettre une action<br />

qui leur fut contraire. Leur faculté d'agir<br />

étoit, pour ainfi dire, comme une<br />

corde d'inftrument de mufique <strong>mont</strong>ée<br />

fur un certain ton, & qui n'en fàuroit<br />

pro<strong>du</strong>ire un contraire. Ils auroient craint<br />

de fè détonner, & de fè désaccorder d'avec<br />

eux mêmes. A force de méditations<br />

ils étoient parvenus à être ce qu'étok<br />

a 7 Caton


xvi iDISCOURS<br />

Caton d'Utique, dontVelleius a dit qu'il<br />

ri a jamais fait de bonnes aftions, pour paroître<br />

les avoir faites ; mais parcequ'il riètoit<br />

pas en lui de faire autrement.<br />

Quoique la vraie philofophie confîfte<br />

à régler fès mœurs fur les notions éternelles<br />

<strong>du</strong> jufte & de l'injufte, à rechercher<br />

la fageffe , à fè nourrir de fès préceptes<br />

, à fuivre généreufement ce qu'elle<br />

enfeigne; l'ufage néanmoins a voulu<br />

qu'on décorât de ce nom refpeétable, les<br />

fyftêmes que l'efprit enfante dans une<br />

fombre & lente méditation. C'eft donc<br />

un double titre pour ne pas le refufèraux<br />

anciens dont Dbgene Laërce a écritla vie,<br />

puisqu'à la fcience des mœurs ils ont joint<br />

celle de la nature. Ils ont très bien réufiï<br />

dans la première, parcequ'il ne faut que<br />

descendre profondément au dedans de foi<br />

même, pour trouver la loi que le créateur<br />

y a traqée en caractères lumineux :<br />

feulement on peut leur reprocher en général<br />

, de n'avoir pas donné àûez de conliftance<br />

à la vertu, en la renfermant dans<br />

l'étroite enceinte de cette vie. Quant à<br />

la fcience de la nature, ils y ont fait peu<br />

de progrès, parcequ'elle ne fè laide connaître<br />

, qu'après qu'on l'a interrogée, 8c<br />

mifej


PRELIMINAIRE, svu<br />

mifè, pour ainfî dire, à laqueftion, pen-<br />

• dant une longue fuite de fiécles.<br />

Si l'on compare l'ancienne philofophie<br />

à la moderne, on ne peut qu'être furpris<br />

de la diftance extrême qui les fépare<br />

l'une de l'autre. De combien d'erreurs &<br />

d'extravagance ce vuide n'eft-il pas rempli<br />

! La première réflexion qui fe présente<br />

à l'erprit, eft un retour bien humiliant<br />

fur foi même. Il femble que la nature<br />

, craignant notre orgueil, ait voulu<br />

r<br />

nous humilier , en nous faifânt pafier<br />

,r bien des impertinences, pour arriver<br />

quelque chofe de raifbnnable. Cependant<br />

c'eft fur ces impertinences, qui font<br />

la honte de refont humain , que font<br />

entées, & que s élèvent ces connoifianf<br />

ces merveilleufes, dont il fe glorifie aujourd'hui.<br />

Il a fallu que nos prédecesfêurs<br />

nous enlevaflênt, pour ainfî dire,<br />

toutes les erreurs que nous aurions certainement<br />

fâifîes, pour nous forcer enfin<br />

à prendre la vérité. Avant de connoître<br />

le vrai fyftême <strong>du</strong> monde, il nous a fallu<br />

cflayer des idées de Platon, des nombres<br />

de Pvthagore, des qualités d'Ariftote &c<br />

Cerf avec la croyance de toutes ces miféres<br />

là , que nous avons amufé notre<br />

en-


xvrti DISCOURS<br />

enfance. Parvenus une fois à l'âge de<br />

virilité , nous n'avons eu rien de plus<br />

prefle que de les rejetter.<br />

Méprifèrons nous donc les anciens,<br />

p&rceque, comparés à nous dans l'art de<br />

raifonner & de connoître la vérité , ils<br />

ne peuvent 4tre regardés que comme des<br />

pigmées? loin de nous un mépris fi injufte.<br />

Leur ignorance fut un défaut de<br />

leur fiécle, & non de leur efprit. Transportés<br />

dans le notre, ils auroient été ce<br />

que nous fommes aujourd'hui : ils auroient<br />

, avec des fecours multipliés de<br />

toute efpece, éten<strong>du</strong> comme nous la<br />

fphére des connoiflknces humaines.<br />

Des Savans de nos jours , mécontens<br />

d'un fiécle qui donne la préférence à la<br />

philofbphie fur l'érudition, ont envain<br />

Voulu revendiquer nos hypothéfês & nos<br />

opinions à l'ancienne philofophie : en<br />

prenant ici pour guide la jaloufie, qui<br />

fut toujours un mauvais juge, ils n'ont<br />

Ait tort qu'à leurs lumières, fans effleurer<br />

feulement la réputation de leurs contemporains.<br />

„ Qrfimporte à la gloire de<br />

j, Newton, dit un pnilofophe bel efprit<br />

„ de ce fiécle, qu'Empédocle ait eu quel-<br />

„ ques idées informes <strong>du</strong> fyftême de la<br />

» gra-


PRELIMINAIRE. x«<br />

„ gravitation, quand ces idées ont été<br />

„ dénuées des preuves néceflaires pour<br />

„ les appuyer? Qu'importe à l'honneur<br />

„ de Copernic, que quelques anciens phi-<br />

„ lofophes aient cru le mouvement de<br />

„ la terre, fi les preuves qu'ils en don-<br />

„ noient, n'ont pas été fuffifântes pour<br />

„ empêcher le plus grand nombre de<br />

„ croire le mouvement <strong>du</strong> foleil ? "<br />

Dans notre phyfique moderne on né<br />

trouve, il eft vrai, presque aucuns principes<br />

généraux , dont l'énoncé ou <strong>du</strong><br />

moins le fond ne foit chez les anciens.<br />

La raifbn en eft , que les combinaifbns<br />

générales d'idées étant en trop petit nombre<br />

pour n'être pas bientôt épuifées, elles<br />

doivent, par une efpece de révolution<br />

forcée, être fuccefiïvement remplacées<br />

les unes par les autres. Mais ces notions<br />

vagues, que fêmble donner la première<br />

impreffion de la nature, que font elles<br />

autre chofe que des germes de découvertes?<br />

Pour les ré<strong>du</strong>ire enfyftêmes, il faut<br />

des détails précis , exacts & profonds ,<br />

qu'aflurement on ne trouve pas chez les<br />

anciens. Ils ont pu rencontrer par hafârd<br />

une bonne mine , mais ils n'ont pas fû<br />

l'exploiter j ils ont pu tomber fur des<br />

opi-


xx DISCOURS<br />

opinions heureufes, maïs il étoit réfèrvé<br />

aux Savans modernes de les développer,<br />

d'en tirer le vrai que la nature y a mis ,<br />

& de le fuivre dans toutes les confëquences<br />

qu'il peut avoir. Eft-ce encore à<br />

nous, au milieu des richefles que le tems<br />

a accumulées autour de nous, à nous<br />

couvrir des haillons de l'ancienne philofophie<br />

? Si nous étudions les anciens, que<br />

ce fbit, non pour embrafièr leurs fyftêmes,<br />

mais uniquement pour connoître<br />

le point éloigné , d'où ils font partis ,<br />

pour arriver, à travers les ténèbres d'une<br />

nuit épaifle , au crépufcule de la vérité<br />

qui nous éclaire aujourd'hui.<br />

Si nous re<strong>mont</strong>ons vers la plus haute<br />

antiquité, nous verrons que la philofophie<br />

étendoit fës branches de tous côtés;<br />

elle embrafioit la Théologie, la Religion,<br />

Phiftoire, la Politique, la jurisprudence<br />

& la morale : au lieu qu'aujourd'hui elle<br />

tient feulement aux fciences exa&es & naturelles,<br />

qui ont pour objet, nondeflater<br />

l'imagination par des traits agréables,<br />

mais de nourir l'efprit, de le fortifier par<br />

de 3 connoiûances folides. Ce premier âge<br />

de la philofbphie, qui fè compte depuis<br />

le déluge jusqu'au tems où les Grecs pasfè-


PRELIMINAIRE, xxi<br />

ferent en Egypte & à Babylone, n'eft<br />

proprement recommandable que par la<br />

haute eftime où étoient ceux qui la profeflbient<br />

; cequi ne paraîtra pas fùrpre-<br />

Dant, fi l'on fait attention qu'ils étoient<br />

alors les fèuls prêtres, les feuls théologiens<br />

, les dépositaires de tous les fècrets<br />

de la religion : témoin les Druides parmi<br />

les Gaulois, les Prophètes en Egyptey<br />

les Gymnofbphiftes dans les Indes & dans<br />

l'Ethiopie, les Mages en Perfê, & les<br />

Chaldéens en Aûyrie. L'empire qu'ils<br />

exercoient étoit d'autant plus abfolu ,<br />

qu'il étoit étayé par la fùperftition, le<br />

premier de tous les_empires. Ces philosophes<br />

prêtres tenoient dans la dépendance<br />

les Rois même , afiez imbécilles<br />

pour foûmettre leurs couronnes à la thiare<br />

facerdotale. Heureux fans-doute, dirons<br />

nous, les Royaumes, où le fceptre eft remis<br />

entre les mains de la philofophie, où<br />

la force obéit tranquillement à la raifon,<br />

où la valeur ne rougit point de fè foûmettre<br />

à l'intelligence ! Mais il faudrait<br />

être aveugle, pour retrouver la philofophie<br />

dans ces règnes où les Hiérophantes<br />

tenant le fceptre entre les mains, faiiôient<br />

couler le fang des victimes humaines<br />

A


XXII DISCOURS<br />

nés fur les autels de leurs affreufès divinités<br />

, & aviliûoient l'efprit des peuplas<br />

par cet amas de doctrines fuperftitieufes<br />

4ont ilsleremplHToient. C'eft bien d'eux<br />

qu'on pouvoit dire que la cré<strong>du</strong>lité des<br />

peuples fâifoit toute leur fcience.<br />

Le fécond âge de la philofophie regarde<br />

entièrement les Grecs.. Enrichis de<br />

toutes les idées qui compofoient la philofophie<br />

de l'Orient, ils ne fongerent qu'à<br />

leur donner un tour fleuri & un air fyftématique.<br />

Us firent voir beaucoup d'efprît,<br />

mais beaucoup plus, de cet efprit<br />

agréable qui brille, que de cet efprit profond<br />

qui pénètre. Jusqu'alors les philofbphes<br />

orientaux s'étoient occupés a examiner<br />

comment toutes chofés avoient pris<br />

naiflâncej à déterminer les différentes<br />

formes & les irrégularités fucceffives ,<br />

dont ils croyoient la nature menacée; k<br />

connoître enfin de quelle manière le<br />

monde devoit finir, & reprendre enfùite<br />

fà première beauté. De là toutes ces Cosmogonies<br />

qui compofènt le fond de leur<br />

philofophie. Leurs penfëes ne s'étendoient<br />

pas plus loin que la tradition ,<br />

qu'ils fe faifoient gloire de confêrver dans<br />

toute leur pureté. Quant aux Grecs, Us<br />

firent


PRELIMINAIRE, xxm<br />

firent peu de cas de cette tradition, qui<br />

malheureufement étoit déjà fort affaiblie<br />

& fort dégradée, quand elle vint jufqu'à,<br />

eux. Pleins de cet efprit fyftématique qui<br />

cherche à fe faire jour par une certaine<br />

vigueur d'idées, ils envisagèrent toute la<br />

philofophie, comme un fonds abandonné<br />

à leurs recherches, comme un champ<br />

livré à leurs caprices. De la naquirent<br />

tant d'hypothéfès &tantdefyftêmes, qui<br />

n'a voient aucune réalité , & qui cependant<br />

demandoient beaucoup de finene<br />

d'efbrit dans leur origine. Dé là tant de<br />

Seétes, formées par jaloufie, foutenues<br />

avec hauteur , s animèrent réciproquement<br />

les unes contre les autres, comme<br />

fi quelque aflurance leur avoit été donnée,<br />

qu'elles avoient en effet trouvé la vérité.<br />

Pourquoi les Grecs, qui font des modèles<br />

achevés dans l'éloquence & la poëfie,<br />

ne font ils que des enfàns dans la<br />

philofophie? Il n'en faut point chercher<br />

ailleurs la raifon que dans les deux puisfans<br />

obftacles, qui fe font oppofës à<br />

leurs progrès dans les connoiffances philofbphiques,<br />

le défaut d'obfèrvations<br />

phy tiques &le manque de lumières qu'a<br />

iburni depuis la révélation.<br />

En


xxiv DISCOURS<br />

En effet, les Grecs prefies de jouir,<br />

ne fe donnèrent pas le tems d'amaûer<br />

des faits pour bâtir des fy ftêmes ; & comme<br />

la nature eft jalouie de fes droits,<br />

qu'elle n'accorde rien qu'à ceux qui la<br />

mivent àlapifte, qui l'attaquent de front<br />

& par tous les flancs ; nouveaux Ixions,<br />

ils embraflerent des nues à fà place, &<br />

enfantèrent des chimères au lieu de réalités.<br />

L'interprétation de la nature porte<br />

fur des faits variés & répétés à l'infini.<br />

Ç'eft au tems à la développer, & à manifèfter<br />

les vérités qu'il recelé dans fon<br />

fèin. Si les Grecs, au lieu de fe perdre<br />

dans de hautes fpéculations avoient voulu<br />

f abbaiflèr au détail , leurs vues fe fèroient<br />

bien éten<strong>du</strong>es davantage. Mais l'efprit<br />

a fon ambition comme le cœur ,<br />

elle le porte à fe repaître d'idées générales<br />

& de projets magnifiques de fyftême.<br />

Platon, le divin Platon, manqua la nature<br />

, en voulant prendre un efibr trop<br />

élevé, dans fes abftractions métaphyuques<br />

: il noya le monde dans fes idées ,<br />

comme Ariftote fon difciple êi fon rival<br />

noya les idées dans les termes. L'Immortel<br />

Bacon compare la nature à une<br />

pyramide dont l'expérience eft la bafe , &<br />

la métaphyfique fbrmela pointe ou le fommet.


PRELIMINAIRE, xxv<br />

met. Ainfî c'eft à l'expérience à fournir<br />

k-. faits fur les quels la métaphyfique<br />

doit raifonner.<br />

Le flambeau de la révélation n'ayant<br />

point éclairé les Grecs, fur l'unité de<br />

Dieu, fur la contingence •& l'inertie de<br />

la matière, fur l'origine aflèz récente <strong>du</strong><br />

monde , fur cette tache malheureufè &<br />

primitive qui a per<strong>du</strong> l'homme & l'a avili<br />

fans reflburce dans toute fapoftérité, fur<br />

l'immortalité de l'ame, fur la doctrine fi<br />

confblante & fi terrible en même termde<br />

l'autre vie , &c il n'eft pas étonnant<br />

qu'ils aient bronché fur toutes ces questions.<br />

Heureufèment pour le jjenre humain<br />

, la révélation eft venue au fecours<br />

de la raifon poiir la remettre dans fe5 voies<br />

& l'empêcher de s'égarer déplus en plus.<br />

Sans ce bienfait falutaire,, Ah* h confiance<br />

qu'infpire le vrai Une fois trouvé,<br />

les philofophes qui ont fuccédé aux Grecs,<br />

auroient-ils pu donner de la confifttnce<br />

& de la réalité à la métaphyfique? auroient-ils<br />

pu rendre la Théologie naturelle<br />

aufïï touchante & auffi perfuafive,<br />

qu'elle l'eft devenue dans ces derniers<br />

teins? Cependant, comme fi la révélation<br />

humilioit trop l'efprit humain, en<br />

b > l'e-


xxvi DISCOURS<br />

l'éclairant d'un côté far des vérités aux<br />

quelles il n'a pu s'élever de lui même ,<br />

& de l'autre en captivant fon eflbr par<br />

les entraves fàcrées qu'elle lui met : nous<br />

ne voyons aujourd'hui que trop de demi<br />

philofophes , qui travaillent à éteindre<br />

la lumière, pour fè rejetter dans les mêmes<br />

ténèbres où màrchoient les anciens<br />

philofophes-<br />

Ce n'eft que depuis environ un fiécle<br />

que la philofbphie a éclairé de fès traits<br />

lumineux notre Europe. Avant cette<br />

heureufè époque , elle languiflbit entre<br />

les mains de ceux qui l'avoient recueillie.<br />

Les hommes qui ofoient fè dire philofophes<br />

, fè paroient de l'efprit des ancien?,<br />

comme fi la nature vieillie s'étoit laflee<br />

d'en fournir aux hommes. Aufli obfcurs<br />

dans la manière de les exprimer, & par<br />

là doublement inintelligibles, ils achevoient<br />

d'altérer & de corrompre ce qui<br />

reftoit de bon fèns dans le monde. Enfin*<br />

le terns marqué pour la gloire de la<br />

philofophie arriva. Tout parut alors fè<br />

revêtir d'un nouvel éclat; le monde philosophique<br />

fortit , pour ainfi dire, de<br />

fbn,cahos; & la nature, fi admirable en<br />

tous lieux, mais qu'on n'admire jamais<br />

au-


PRELIMINAIRE, xxvft -<br />

autant qu'elle le mérite, paya avec ufure<br />

les fbins & les travaux de ceux qui, pair<br />

un courage d'efprit auquel cèdent toutes<br />

les difficultés, fondèrent fès profondeurs,<br />

& s'enfoncernet dans les abîmes où elle<br />

prétend enfermer fès fècrets.<br />

Pour revenir à Diogene Laërce, on<br />

trouve dans fâ vie des philofbphes Grecs<br />

leurs divers* fyftêmes, un détail circonftancié<br />

de leurs actions, des analyfès de<br />

leurs ouvrages, un recueil de leurs fentences,<br />

de leurs apophthegmes, & même<br />

de leurs bons mots. Mais ce n'eft<br />

ici que la moitié de l'ouvrage, & encore<br />

la moins inftrudive. Le principal<br />

& l'efTentiel, c'eft de re<strong>mont</strong>er à la<br />

fource des principales penfées des hommes<br />

, d'examiner leur variété infinie,<br />

& en même tems le rapport imperceptible<br />

, les liaifons délicates qu'elles ont<br />

ent'relles ; c'eft de faire voir comment<br />

ces penfëes ont pris naifîànce les unes<br />

après les.autres, & fouvent les unes des<br />

autres : or c'eft à quoi n'a pas feulement<br />

fongé notre auteur. Peut-être<br />

n'avoit-il, pas auffi afiez de force dans<br />

l'eiprit pour s'élever à ces vues philobzfô-


xxvm DISCOURS &c.<br />

fophiques. Quoiqu'il en foit, il réfultê<br />

toujours de fon ouvrage cette vérité<br />

utile & importante , que les philofo-<br />

,phes,dont il trace le tableau, ont penfé<br />

a iè former le cœur y en. s éclairant l'efprit,<br />

& qu'en étudiant ce qu'il y a de<br />

plus relevé dans la nature, ils ne fe font<br />

point dégradés par une con<strong>du</strong>ite abjecle<br />

& honteuiê»<br />

C A-


CATALOGUE<br />

CHRONOLOGIQUE<br />

De toutes les éditions de Diogene Laërce<br />

depuis l'invention de l'imprimerie<br />

jufqu'a l'année 1739.<br />

1475 iVogenes Laërtius de Vitis & Sententiis<br />

1 eorum , qui in Philofophia probati<br />

fuerunt: cura Prœfatione Fratris Ambrofii<br />

Calmal<strong>du</strong>lenCs Ordinis Generalis Abbatis ad<br />

Cosmam Medicem, & Benedidti Brognoli ad<br />

Laurentium Georgiura &JacobumDa<strong>du</strong>arium<br />

Venetiis , per Nicolaum Jenfon Gallicum<br />

anno Domini 147s. in 4. elegantiffimo charaftere.<br />

Extat Parijiis in Bibliotbeca Claromentana<br />

Collegii Patrum Societatis Jeju : Norimbergte<br />

in Bibliotbeca publica; & Sâmjlelcdami in<br />

Ma Adrimi Paw. Latine.<br />

1476 Diogenes Laërtius de Vitis & moribus Phtlofophorum<br />

& Poetarûm, Noiibergae, 147^.<br />

Extat ibidem in Bibliotbeca Reipublica. Latine.<br />

1479 Diogenes Laërtius de Vitis & moribus Phi- '<br />

lofophorum &Pcetarum Noriberpae,ptrFredericum<br />

Creusner 1479. Ajjematur ib.dt.in<br />

in Bibliotbeca ejusdem Reipublicœ. Latine.<br />

1495 Diogenes Laërtius de Vita Ariiioteiis &<br />

Theophrafti. Venetiis per Al<strong>du</strong>m Manncium<br />

Romanum Ï495. in folio, cum OperibusAriftotelK<br />

Parijiis in bibliotbeca Illujlriffimi Viri<br />

Pétri de Maridat, in magne Confilk Sénatoris,<br />

y Oxonia in Bibliotbeca Bedleidna.<br />

1947 Diogenes Laërtius de vita Arifiotelis& Theophrafti<br />

Venetiis per Al<strong>du</strong>m Manucium Romanum<br />

1497. in folio,, cum Theophrafto de Lafa<br />

3 pidt


ixr C A T A L O G U E .<br />

pidibus Emtat Parifiis mBibliotbeeaRegiaimmi<br />

402. & in Maridaca.<br />

1524. Diogenis Laëritii de Vitis, decretis & refponfîs<br />

celebrium Philofophorum Lib. X. Am«<br />

brofio Calmal<strong>du</strong>lenfium Generali Interprète,<br />

Bafile» apud Curionera 1514. in 4. Latine<br />

Extat in Bibliotbeea Pauiviana Amjielodamenfi.<br />

1531 Diogenis Laërtii de Vitis Philofophorum,<br />

Libri X. Bailles, apud Joannem Frobenium.<br />

1531. Grœce, Ev.Georgii Draudii Bibliotbeea.<br />

ClaJJica.<br />

1533. Diogenis Laërtii de Vitis Philofophorum<br />

Libri X. Bailles apud Joannem Frobenium<br />

1533- Graxe. Ex jofia Fimleri, (f Joannis<br />

Jacobi Frijii Epitome Gesneriana.<br />

J535. Diogenè Laërtio délie Vue e fatti di Anticbi<br />

Plilojopbi Greci, tradotto dal Greco nellt lengua<br />

Toscana, in 1535. in 8.<br />

1542. Diogenis Laërtii de Vitis Philofophorum.<br />

Libri X- Colonie 1542. in 8- •<br />

J545. Diogenè Laêrtio tradoto dal Greco idiomaU<br />

nella knguavolgare d'Italie in Venetia 1 545. in 8-<br />

1546. Diogenes Laërtius de Vitis Philofophorum.<br />

Libri X. Lug<strong>du</strong>ni 1546. in 8»<br />

1559. Dioçenes Laërtius , Lug<strong>du</strong>ni apud Seb:<br />

Grypbum 1559. in la.<br />

1566. Diogenis Laërtii de Vitis Philofophôrura.<br />

Libri X. ex antiquis Codicibus emendati, a<br />

Joanne Sambuco Firnavienfî Latine editl<br />

fiint Antverpias, apud Chriftophorum Plantinum.<br />

1566 in 8.<br />

1570. Diogenis Laërtii de Vitis Philofophorum.<br />

Libri X. cum Henrici Stephani Annotation!<br />

bus, & Pythagoreorum Philbfophoruni frag*<br />

mentis Lutetiae, typis ejusdem Stephani 1570.<br />

in 8. Grec.<br />

1585 Diogenes Laërtius de Vitis Philofophorum,<br />

Tarifiis 1585. in 1*. IS8S-


C A T A L O G t7 t. taâ<br />

1585. Diogenes Laërtius de Vitis Philofopho.<br />

rum, Lug<strong>du</strong>ni apud Sebafilanc Gryphura<br />

1585. in 12.<br />

1592. Diogenes Laërtius de Vita& Moribns Philofophorum<br />

Lugdini apndAntonium, Gryphum<br />

1592. in 12.<br />

1594- Diogenis Laërtii de Vitis Philofophorum,<br />

Libri X- cum Henrici Stephani notis , Typig<br />

ejusdem Stephani 1594. in S. Gr Lat.<br />

1594. Diogenis Laërtii de Vitis Philofophorum<br />

Libri X. cum Thomas Aldobrandini Verfîone<br />

& Annotationibus, Rome, apud Aloyfium<br />

• Zannetum 1594. in folio Gr. Lat.<br />

1595. Diogenis Laërti de Vitis Philofophorum<br />

Libri X. cum Notis Ifaaci Cafauboni, Lug<strong>du</strong>ni,<br />

. apud Jacobum Chouet 1595. in 12. Gr. Lat.<br />

1602. Le Diogene,François tiré <strong>du</strong> Grec., ou Diogene<br />

Laërtien touchant les Vies, dokrines, ci?<br />

notables propos des plus Illuftres Pbihfopbes compris<br />

en dix Livres , Tra<strong>du</strong>it g* parapbrafé fur<br />

a le Grec par Mr. François Fougerolles DoSeur<br />

en Médecine avec des Annotations & recueils<br />

fort amples aux lieux plus nécejfaires. à' Lion<br />

pour Jean Antoine Huguetan, 1602. in 8.<br />

1615. Diogenes Laërtius de Vitis Philofophorum<br />

cum notis Ifaaci Cafauboni Genevas, apud<br />

Jacob: Stoer , Petrum & Jacobum Chouet &<br />

Samuel Crispinum, 1615. in 8. Gr. Lat.<br />

165;. Diogenes Laërtius, Leven, beerlyke Spreukm,<br />

loffelyke Daaden, en Snedige antwoorden<br />

der oude Pbilofopben, Rotterdam by Joannes<br />

Naranus 1655, in 12.<br />

1662. iEgidii Menagii Notas in Diogenis Laërtii<br />

de Vitis Philofophorum libri X. Parifiit<br />

apud Edmun<strong>du</strong>m Martinum 1662. in 8.<br />

J663. Diogenes Laërtius de Vitis Philofophorum,<br />

cum interpretatione Thomas Aldobrandini &<br />

Corn-<br />

* 4


xxxn C A T A L O G U E .<br />

Commentants ALgidii Menagii Londini 1663.;<br />

in folio Gr. Latin.<br />

166S. Diogene Laërce de la Vie des Pbilofopbes,<br />

Tra<strong>du</strong>âionnêuvellepar Mr. GHles Boileau, Paris<br />

1668. 2 vol. in 12.<br />

1698. Diogenis Laërcii. de Vitis Dogmatibus &<br />

Apophtegmatibus Clarorum Philofophorum<br />

Libri X. Grâce & Latine cum fubjunftis integris<br />

annotationibus J. Cafauboni, Th. Aldobrandini<br />

& Mer. Cafauboni Latinain Atnbrofii<br />

Verfionem complevit & emendavit Marfeus<br />

Meibomius, Seorfum excufas Aeg: Menagii<br />

in Diogenem obfervatîones auftiores habet<br />

Voltimen II. & Ejusdem Syntagma de Mulieribus<br />

Philofophis, & Joachimi Kuhuii ad<br />

Diogenem Notas, Addits de nique funtpriorum<br />

eâitionum Praefationes, & Indices Iocu»<br />

pletiffimi, cum Tabulis aenaeis, Amftelœdmi<br />

apudjlenricum Wetftenium 1693. 2 volt > n 4-<br />

1739. Diogenis Laërtii, de Vitis, Dogmatibus &<br />

Apophtegmatibns Clarorum Philofophorum<br />

Lib. X. pofteriores, Grcce & Latine rec


T A B L E<br />

xxxm<br />

Des noms des Philofophes contenus .,<br />

dans le Premier Volume.<br />

Pag.<br />

Thaïes - . - 14<br />

Salon. • • . 30<br />

Cbilon. « - - 45<br />

Pifitacus» - . 51<br />

Bias. - . .. 58<br />

Cleobule. • .. • 63<br />

Periandre. - - - • cj<br />

Anacharfis. - - » 73<br />

Mifon. « . 77<br />

Epimenide. - > - * 79<br />

Pberecyde. . .. - 85<br />

.Asaximandre. - • . • $10<br />

Anaximene. • . - ga.<br />

Anaxagore. > • - 9;<br />

Archelaus. . . . : 10*<br />

Socrate. • • - 1 0 4<br />

Xenophon. • . . . 124<br />

Efchines. • - . 13a<br />

Arjftippc - -• - 13$<br />

Phedon. • - . 161<br />

Euclide. • • - 162<br />

Diodere. % 166<br />

Si-


xsxiv T A B L E .<br />

Pag.<br />

Stilpon. - 16S<br />

Criton. - - 173<br />

Simon. - - • «74<br />

Glaucon. - - - I7


AVIS AU RELIEUR.<br />

XXXV<br />

Le Portrait de Socrate marqué dans<br />

la Table page 140 doit regarder la page<br />

104. ceft à quoi il faut prendre garde.<br />

AN DEN BUCHBINDER.<br />

Das Portraits von Socrate in der %afil<br />

m pagina 140 gemerckt, nius an-pagina 104<br />

gefetz werden , worauf mon acbt baben<br />

wird,<br />

AAN DEN BOEKBINDER.<br />

Het Portrait van Socrate in de Tafèl<br />

pagina 140 gemerkt, moetaanpag. 104<br />

geplaaft worden, waar op men paûen<br />

moet.


Li-


A" \\<br />

I ^ \^ ^<br />

1 X^^i^V^X^^w^<br />

•*VWeiS»o«Wi Wft».\-«W. VMMMW.<br />

LIVRE I.<br />

P R E F A C E<br />

DE L'A 0 T E U R.<br />

L y a des Auteurs qui prétendent<br />

que la Philofophie a pris naiffance<br />

chez les . Etrangers : Ariftote dans<br />

fon Traité <strong>du</strong> Magicien & Sotion<br />

Livre XXIII. de la SucceJJion des Pbilofopbes,<br />

rapportent que les inventeurs de cette fcience ont<br />

été les Mages chez les Perfes, les Chaldéens<br />

chez les Babyloniens ou les Aflyriens, les Gymnofophiftes<br />

chez les Indiens, & les Druïdcs ou<br />

ceux qu'on appelloit Semnothées chez les Celtes<br />

& les Gaulois. Ils ajoutent qu'Ochus étoit de<br />

Phénicie, Zamolxis de Thrace, & Atlas de laLybie.<br />

D'un autre côté, les Egyptiens avancent<br />

rjuc Vulcain, qu'ils font fils de Nilus, traita le<br />

Tom. I. A pre-


5 P R E F A C E<br />

premier la Philofophie dont ils appelaient les<br />

Maîtres <strong>du</strong> nom de Prêtres & de Prophètes : ils<br />

veulent que depuis lui jufqu'à Alexandre Roi de<br />

Macédoine, il fe foit écoulé quarante-huit-mille<br />

huit-cent-foixante-trois ans, pendant lesquels il<br />

y eut trois-cent-foixante treize éclypfes <strong>du</strong> Soleil<br />

6 huit-cent-trente-deux de Lune. Pareillement,<br />

pour ce-qui eft des Mages, qu'on fait commencer<br />

à Zoroaftre Perfan, Hermodore Platonicien,<br />

dans fon Livre des Difciplines, compte cinqmille<br />

ans depuis eux jufqu'à la Ruine de Troye.<br />

Au contraire Xanthus Lydien dit que, depuis Zoroaftre<br />

jufqu'à la defcente de Xerxès en Grèce, il<br />

s'eft écoulé fix-cens ans , & qu'après lui il y a<br />

çu plufieurs Mages qui fe font fuccédés, les Ostnnes,<br />

Aftrapfyches, Gobryes & Pazates, jufqu'à<br />

ce qu'Alexandre renverfa la Monarchie des<br />

Pcrfes.<br />

Mais ceux qui font fi favorables aux Etrangers<br />

, ignorent les chofes excellentes qu'ont faites<br />

les Grecs, qui n'ont pas feulement donné naiffance<br />

à la Philofophie, mais defquels le Genre<br />

Humain même tire fon origine. Mufée fut la<br />

gloire d'Athènes, & Linus rendit Thebes célèbre.<br />

L'un de ces deux fut, dit-on, fils d'Eumolpe :<br />

il fit le premier un Poëme fur la Génération des<br />

Dieux & fur la Sphère. On lui attribue d'avoir<br />

cnfeigné que toutes chofes viennent d'un même<br />

principe &_y retournent. On dit qu'il mourut<br />

"^ à


DEL'AUTEUR. 3<br />

1 Phalere, & qu'il y fut inhumé avec cette Epi.<br />

taphe.<br />

Ici à Pbalere repofe fous ce Tombeau le corps dt<br />

Muféefils cbéri d'Eumolpe fon Père.<br />

Au refte, ce fut le Père de Mufée qui donn»<br />

le nom aux Eumolpides d'Athènes (1).<br />

Pour ce qui eft de Linus, qu'on croit iflu de<br />

Mercure & de la Mufe Uranie, il traita en ver»<br />

de la génération <strong>du</strong> Monde, <strong>du</strong> cours <strong>du</strong> Soleil<br />

& de la Lune, de la pro<strong>du</strong>ction des Animaux &<br />

des Fruits: fon PoBme commence par cet mots,<br />

// y eut un tems que toutes cbofes furent pro<strong>du</strong>it<br />

tes à la fois.<br />

Anaxagore a fuivi cette penfée , en difant<br />

que l'Univers fut formé dans un mime tems, (f<br />

que cet affetnblage confus s'arrangea par le moyen<br />

de l'Ejprit qui y furvint. Linus mourut dans l'Ile<br />

d'Eubée d'un coup de flèche qu'il reçut d'Apollon<br />

, on lui fit cette Epitaphe.<br />

Ici la terre a reçu le corps de Linus Tbébain cou*<br />

ronné de fleurs. Il itoitfils de la Mufe Uranie.<br />

Concluons donc que les Grecs ont été le* Auteurs<br />

de la- Philofophie, d'autant plus que ion<br />

nom même eft fort éloigné d'être étranger.<br />

Ceux qui en attribuent l'invention aux Nai<br />

tions<br />

(O C'eft le nom d'une fuite de Fiétres de Ce'iès} un<br />

Eurtolpe ayant inventé les Myfteies d'Eleufis, fesdefcsndius<br />

en turent établis Miniittes. Mén^t & CHifitiu it<br />

Jvjmi Ctffti à i't*,i6lo.<br />

A a


4 P R E F A C E<br />

lions Barbares, nous objectent encore qu'Ofphée<br />

natif de Thrace fut Philofophe de profef-<br />

Jion, & un des plus anciens qu'on connohTe.<br />

Mais je ne fçai fi l'on doit donner la qualité de<br />

Philofophe à un homme qui a débité touchant les<br />

Dieux des chofes pareilles à celles qu'il a dites.<br />

En effet, quel nom faut-il donner à un homme<br />

qui a fi peu épargné les Dieux, qu'il leur a attribué<br />

toutes les paffions humaines, jusqu'à ces<br />

bonteufes proftitutions qui ne fe commettent que<br />

rarement par certains hommes. L'opinion comxnune<br />

eft, que les femmes le déchirèrent; mais<br />

fon Epitaphe, qui fe trouve à Die en Macédoine,<br />

porte qu'il fut frappé de la foudre.<br />

', Ici repofe Orphée de Tbrace , qui fut écrafi<br />

far la ftudre. Les Mu Je s l'tnfevelirent arvec fa<br />

Lyre dorée.<br />

•'. Ceux qui vont chercher l'origine de la Philofophie<br />

chez les Etrangers, rapportent en même<br />

•temps quelle étoit leur doctrine. Ils difent que<br />

les.Oymnofophifr.es & les Druïdes s'énonçoient en<br />

-ternies :énigmatiques & fententieux, recomman-<br />

.dant de révérer les Dieux, de 6'abftenlr <strong>du</strong> mal &<br />

de faire dés actions de courage. Delà vient que<br />

-Gitarque dans fon XII. Livre, attribue aux Gym-<br />

.nofophiftes de méprifer la mort. Les Chaldéens<br />

s'addonnoient, dit-on, à l'étude de l'Aftronomie &<br />

-aux PrédiÊtions. Les Mages vaquoient au culte<br />

Mes Dieux, aux Prières & aux Sacrifices, prétendant


D E L'A UTEUR. ><br />

dant être les feuls qui fuflent exaucés des Dieux 1 .<br />

Ils parloient de la fubftance & de la génération<br />

des Dieux, au nombre defquels ils mettoient lis<br />

Feu, la Terre & l'Eau. Ils des-approuvoient l'ufage<br />

des Images & des Simulachres, & condamnoient<br />

fur-tout l'erreur de ceux qui admettent les<br />

deux fexes parmi les Dieux. Ils raifonnoient auflî<br />

fur la Juftice, regardoient comme une Impiété la<br />

coutume de brûler les morts, & penfoient qu'il<br />

étoit permis à un Père d'époufer fa fille, & aune<br />

Mère de fe marier avec fon fils, ainC que le rap<br />

porte Sotion dans fon XXIII. Livre. Les Mages<br />

étudioient encore l'Art de deviner & de préfager<br />

l'avenir ; ils fe vantoient que les Dieux leur apparoiflbient<br />

; & croyoient même que l'Air eft rempli<br />

d'Ombres qui s'élèvent comme des exhalaifons,<br />

& fe font appercevoir à ceux qui ont la vue affe?<br />

forte pour les diftinguer. Ils condamnoient les<br />

ornemens & l'ufage de porter de l'or, ne fe vêtoient<br />

que de robes blanches, couchoient fur la<br />

<strong>du</strong>re, vivoient d'herbes, de pain & de fromage ;<br />

&. au-lieu de bâton portaient*in rofeau, au bout<br />

<strong>du</strong>quel ils mettoient, dit-on, leur fromage pour<br />

le porter à la bouche. Ariftote dans fon Traité<br />

<strong>du</strong> Magicien dit qu'ils n'entendoient point cette<br />

efpece de Magie qui fait ufage de preftiges dans<br />

la Divination; & Dinon dans le V. Livre de fes<br />

Hijtoires, eft <strong>du</strong> même fentiment Celui-ci croit<br />

aufli que Zoroaftre rendoit un Culte religieux<br />

A 3 - aux


6 P R E F A C E<br />

aux Aftres, fe fondant fur l'étymologie de fon<br />

nom ; & Hermodore dit la même chofe. Ariftote<br />

«dans le I. Livre de fa Pbilojopbie, croit les Mages<br />

plus anciens que les Egyptiens ; il dit qu'ils reconnoiflbient<br />

deux Principes, le bon & le mauvais<br />

Génie ; qu'ils appelloient l'un Jupiter & Orofmade,<br />

l'autre Pluton & Ariman. Hermippe dans fon.<br />

1. Livre des Mages & Eudoxe dans fa Période en<br />

parlent de-même, aufli-bien que Théopompe dans<br />

le VIII. Livre de fes Pbilippiques. Celui-ci dit<br />

aufli que félon la Doftrine des Mages les hommes<br />

leffufciteront, qu'ils deviendront immortels, &<br />

que toutes chofes fe conferveront par leurs prières.<br />

Eudeme de Rhodes rapporte la même chofe<br />

, & Hécathée dit qu'ils croyent que les Dieux<br />

ont été engendrés. Cléarque de Solos dans fon Livre<br />

de l'InJlruSion, eft d'opinion que les Gymnofophiftes<br />

font defcen<strong>du</strong>s des Mages, & quelquesuns<br />

penfent que les Juifs tirent aufli d'eux leur oligine.<br />

Les Auteurs de l'Hifioire des Mages critiquent<br />

Hérodote, fur ce qu'il avance que Xerxès<br />

lança des dards contre le Soleil, & enchaîna<br />

la Mer, deux objets de l'adoration des Mages<br />

; ajoutant que pour ce qui eft des Statues des<br />

Dieux, ce Prince eut raifon de les détruire.<br />

Quant à la Philofophie des Egyptiens tpuchant<br />

les Dieux & la Juftice, on rapporte qu'ils croyent<br />

que la matière fut le principe de toutes chofes,<br />

& que les quatre Elémens en fuient compofes,


DEL' AUTEUR. 7<br />

fés, ainfî que certains animaux ; que le Soleil &<br />

la Lune font deux Divinités, appellant la première<br />

Ofiris & la féconde Ifis, & les repréfentant<br />

myftérieufement fous la forme d'un Efcarbot, d'un<br />

Dragon, d'un Epervier & d'autres animaux, félon<br />

le témoignage de Manéthon dans fon abrégé<br />

des cbofes naturelles, & d'Hécathée dans le I.<br />

Livre de la Pbilofopbie des Egyptiens. On dit auffi<br />

qu'ils faifoient des Statues & bâtiflbient des Tem^<br />

pies, parce qu'ils ne voyoient point d'apparence<br />

de la Divinité ; qu'ils croyoient que le Monde a<br />

eu un commencement, qu'il eft corruptible & de<br />

forme orbiculaire ; que les Etoiles font des globes<br />

de feu, dont la température pro<strong>du</strong>it toutes<br />

chofes fur la Terre; que la Lune s'éclipfe<br />

lorfqu'elle eft ombragée par la Terre ; que l'Ame<br />

continue à fubfifter, & pane dans un autre Corps ;<br />

que la Pluie eft un effet des changemens de l'air<br />

qui fe convertit en eau. Ces opinions & d'autres<br />

femblables fur la Nature, leur font attribuées<br />

par Hécathée & Ariftagore.,<br />

Les Egyptiens établirent aufil fur la Juftice des<br />

Loix, dont ils rapportent l'origine à Mercure; ils<br />

décernèrent les honneurs divins aux Animaux qui<br />

font utiles à l'Homme, & ils s'attribuèrent la<br />

gloire d'être les inventeurs de la Géométrie, de<br />

l'Aftrologie & de l'Arithmétique. Voilà pour ce<br />

qui regarde l'origine de la Philofophie.<br />

Elle rut nommée de ce nom par Pythagore,<br />

A4 qui


t P R E F A C E<br />

qui fe' qualifia PhiloforJhe dans un entretien qu'il<br />

eut à Sicyone avec Léonte Prince des Sicyoniens<br />

ou Phliafîens. Cela eft rapporté par Héraclide<br />

de Pont, dans un Ouvrage où il parle d'une perfonne<br />

qui avoit paru être expirée. Les paroles de<br />

Pythagore étoient que la qualité de Sage ne convient<br />

à aucun homme, mais à Dieu feul. C'eft<br />

qu'autrefois on appelloit la Philofophie Sageffe,<br />

& qu'on donnoit le nom de Sage à celui qui la<br />

profefibit, parce qu'il pafibit pour être parvenu<br />

au plus haut degré de lumière que l'Ame pûifle<br />

recevoir ,• au-lieu que le nom de Philofophe défigne<br />

feulement un homme qui embrafle la Sageffe.<br />

On diftingua auflî les Sages par le titre de<br />

Sophiftes ; titre dont ils ne jouirent pourtant pas<br />

feuls : car on le donna auffi aux Poètes. Cratinus.faifant<br />

l'éloge d'Homèreù. d'Hé(iode,les appelle<br />

Sophiftes (i). Au-refte ceux à qui l'on a donné<br />

le nom de Sages, furent Thaïes, Solon, Périandre,<br />

Cléobule, Chilon, Bias, & Pittacus.<br />

On range aufli avec eux Anacharfis de Scythie,<br />

Myfon de Chénée, Phérécyde de Scyros, & Epiménide<br />

de Crète; quelques-uns y ajoutent encore<br />

Pififtrate le Tyran.<br />

Il y eut deux Ecoles principales de Philofophie,<br />

(i) Le terme de Sophifte qui ne reprend plus que dans<br />

un mauvais fens, fignifioit chez les Grecs un homme èloqucnr<br />

8c fubtil ; ainli nous le tia<strong>du</strong>itons toujours par<br />

Logicien ou Rhemu.


DÉ L' KVT ÈXÏK. *<br />

priie , celle d'Anaximandre qui fut difcfpfe Je Thai<br />

lès, & celle de- Pythagore qui fut difciple de<br />

Riérécyde. La Philofophie ff Anaximandre-fut<br />

appellée Ionienne, eu égard i ce que l'Ionie &<br />

toit la patrie de Thaïes, qui étoit de Milet, &<br />

qui inftruifit Anaximandre (i). Celle de Pythagore<br />

fut nommée Italique, parce que Pythagore<br />

fon Auteur avoit paffé la plus grande, partie de fa<br />

•ie en Italie. L'Ionienne finir à ClitOmaque,<br />

Chryfippe & Théophrafte; l'Italique - à Epicure.<br />

Thaïes & Anaximandre eurent pour Succefféurs,<br />

en premier lieu, jufqu'à Clitotnaque, Anaximene,<br />

Anaxagore, Archélaûs, Socrate qui" in;<br />

tro<strong>du</strong>ifit l'étude de la Morale, fes Sectateurs, &<br />

ftirtout Platon fondateur de l'ancienne Académie,<br />

Speufippe, Xénocrate, Polëmon, Crantor, Cratès,<br />

Arcéfîlas qui fonda la moyenne Académie,<br />

Lacydes qui érigea la nouvelle, & Carnéades.<br />

En fécond lieu, jufqu'à Cbryfippe, Antifthene<br />

fnecefleur de Socrate , Diogene le Cynique ,<br />

Cratès de Thebes, Zenon te Cittique , & Cléanthe.<br />

En troifieme lieu , jufqu'à Théophrafte, Platon<br />

, Ariftote & Théophrafte lui-même, avec lequel<br />

& les-deux autres dont nous avons parlé,<br />

c'eft-à-<br />

(0 Quoique les Interprètes ne difent rien ici fur la Vetfion<br />

Latine, nous fommes obljge's de la corriger: p.ure<br />

qu'elle fait Anaximandre maître Se difciple de Thaïes,<br />

Se Fjthagoie maître de Phe'recyde.<br />

A s


X9 P R E F A C E<br />

c'eft-à-dire Clitomaque & Chryfippe, s'éteignit la<br />

Philofophie Jonienne. »<br />

A Phérécyde & à Pythagore fuccéderent Télauge<br />

fils de Pythagore, Xénophane, Parménide,<br />

Zenon d'Elée, Leucippe, Démocrite, après lequel<br />

Naufiphanes & Naucydes furent fameux entre<br />

plufieurs autres, enfin Epicure avec lequel la<br />

Philofophie Italique finit.<br />

On diftingue les Philofophes en Dogmatifles<br />

& Incertains. Les Dogmatifles jugent des chofes<br />

comme étant à la portée de l'efprit de l'homme.<br />

Les autres au-contraire en parlent avec incertitude,<br />

comme fi elles furpaflbient notre entendement<br />

, & ne portent leur jugement fur rien.<br />

Parmi ces Philofophes, il y en a qui ont laifle des<br />

Ouvrages à la Poftérité, & d'autres qui n'ont rien<br />

mis au jour, tels que Socrate, Stilpon, Philippe,<br />

Menédeme, Pyrrhon, Théodore, Carnéade &<br />

Bryfon, fuivant ce que prétendent quelques-uns;<br />

d'autres ajoutent Pythagore & Arifton de Chio,<br />

dont on n'a que quelques Lettres. On trouve encore<br />

des Philofophes qui n'ont fait que des Traités<br />

particuliers; comme Mélifle, Parménide, &<br />

Anaxagore. Zenon au-contraire a extrêmement<br />

écrit ; Xénophane, Démocrite, Ariftote „& Epicure<br />

beaucoup, mais Chryfippe encore davantage.<br />

Les Philofophes furent défignés par difFérens<br />

noms. Ils les reçurent, les uns des villes où ils derueuroient,<br />

comme les Eliens, les Mégariens, les<br />

Ere-


DE L'AUTEUR, sr<br />

Erétriens, & les Cyrénaïques ; les autres, de*<br />

lieux où ils s'aiïembloient, comme les Académiciens<br />

& les Stoïciens ; ceux-ci de leur manière d'enfeigner,<br />

comme les Péripatéticiens ; ceux-là de leur»<br />

plaifanteries , comme les Cyniques t, quelquesuns<br />

de leur humeur, comme les Fortunés; quelques<br />

autres de leurs fentimens vains, comme le9<br />

Philaletes ou Amateurs de la Vérité, les Ecleftiques<br />

& les Analogiftes. Les Difciples de Socrate<br />

& les Epicuriens empruntèrent les noms de<br />

leurs Maîtres. On appella encore Phyficiens,<br />

ceux qui méditoient fur la Nature ; Moraliftes,<br />

ceux qui febornoient à former les mœurs; & Dialecticiens,<br />

ceux qui enfeignoient les règles <strong>du</strong><br />

Raifonnement.<br />

La Philofophie a trois parties, la Phyfique,<br />

la Morale & la Logique. La Phyfique a pour<br />

objet le Monde & ce qu'il contient, la Morale<br />

roule fur la vie & les mœurs. La Logique apprend<br />

à con<strong>du</strong>ire fa raifon dans l'examen des deux autres<br />

Sciences. La Phyfique feule foutint fon crédit<br />

jufqu'à Archélaûs. Nous avons dit que la Morale<br />

fut intro<strong>du</strong>ite par Socrate, & Zenon d'Elée<br />

forma la Dialectique. La Morale a pro<strong>du</strong>it dix<br />

Seftes, l'Académique, la Cyrénaïque, I'Eliaque,<br />

la Mégarique, la Cynique, l'Erétrique, la Dialectique,'<br />

la Péripatéticienne, la Stoïcienne, &<br />

l'Epicurienne. Platon fut chef de l'ancienne Académie,<br />

Arcéfilas de la moyenne, & Lacydes<br />

A 6 de


12. P R E F A C E<br />

de la nouvelle. Ariftipe de Cyrene forma la Secte<br />

Cyrénaïque; Phédon d'Elée, l'Eliaque; Euclide<br />

de Mégare, la Mégarique; Antifthene, l'Athénien,<br />

la Cynique; Ménédéme d'Erétrée, l'Erétrique;<br />

Clitomaque de Carthage, la Dialectique;AriitoteT<br />

la Péripatéticienne; Zenon, la Cittique, la Stoïcienne<br />

; & Epicure, celle qui eft nommée de fon<br />

nom. Hippobote dans fon Livre des Seâes en<br />

compte une de moins, .& en fait le détail dans<br />

l'ordre fuivant ; la Mégarique , l'Erétrique ,<br />

Cyrénaïque , l'Epicurienne , l'Annicérienne , ht<br />

Théodorienne , la Zénonienne ou Stoïcienne t<br />

l'ancienne Académie, la Péripatéticienne, paffant<br />

fous filence dans ce Catalogue les Seftes Cynique,<br />

Eliaque & Dialectique. Quant à la Pyrrhonienne,la<br />

plupart la mettent au rebut, à caûfe<br />

de l'obfcurité de fes principes. Il y en a pourtant<br />

qui la regardent en partie comme étant une<br />

Sefte, en partie comme n'en étant point une. C'eft<br />

une Sefte, difent-ils, entant que la nature d'une<br />

. Sefte eft de fuivre quelque opinion évidente, ou<br />

qui paroît l'être; & en ce fens on peut l'appeller<br />

convenablement la Sefte Sceptique. Mais fi par<br />

le mot de Sefte on entend des Dogmes fuivisfee<br />

n'eft plus la même chofe ; puisqu'elle ne corir<br />

tient point de Dogmes.<br />

Voilà les remarques que nous avions à faire<br />

fur les commencemens, la <strong>du</strong>rée, les parties, &<br />

les différentes Seftes de la Philofophic.<br />

Il


DE L'AUTEUR. 13<br />

Il n'y a pas longtems que Potamon d'AIéxândrie<br />

intro<strong>du</strong>ifit une nouvelle Secte de Philofophie<br />

Eclectique, compofée de ce qu'il y avoit de<br />

meilleur félon lui dans toutes les autres. Il dit<br />

dans fon fnjlitution, que pour ftifir la vérité deux<br />

chofes font requifes; dont la première, favoir le<br />

Principe qui juge, eft la plus confidérable, & l'autre,<br />

le moyen par lequel fe fait le Jugement, favoir<br />

une exacte repréfentation de l'objet. Il croit que'<br />

la Matière, la Caufe, l'Action & le Lieu font les<br />

principes de toutes chofes : puisque dans la recherche<br />

des chofes on a pour but de favoir, dequoi,<br />

par qui , comment & où elles font. II<br />

établit auffi pour dernière fin des actions une 'vie<br />

ornée de toutes les vertus, fans excepter pour<br />

ce qui regarde le Corps les biens extérieurs &<br />

ceux de la Nature. Paflbns à-préfent à l'Hiftoire<br />

des Philofophes, & commençons par Thaïes.<br />

A 7 TIIA.


WOOK«M\MUWIWW>,NVIIVVWIV>K<br />

T H A L È S/<br />

'"MJ*<br />

HErodote, Duris & Démocrite difent que<br />

Thaïes naquit d'Examius & de Cléobuline,<br />

qui étoit Mue des Thélrdes, famille fort illuftre<br />

parmi les Phéniciens, félon Platon, qui fait defcendre<br />

cette maifon de Cadmus & d'Agenor.<br />

Thaïes eft le premier qui porta le nom de Sage ;<br />

il floriflbit lorfque Damafias étoit Archonte d'Athènes<br />

; & ce fut auffi dans ce tems-Ià que les autres<br />

Sages furent ainfi nommés, comme le rapporte<br />

Démétrius de Phalere dans fon Hijioire des Adont<br />

es.<br />

Ce Philofophe ayant fuivi Nilée-J fon départ<br />

de Phénicie, fon Pays natal, obtint à Milet.Ie<br />

droit de Bourgeoifiej d'autres conjecturent pourtant<br />

qu'il y prit naiflance d'une maifon noble <strong>du</strong><br />

lieu. Après avoir vaqué aux affaires de l'Etat,<br />

il réfolut de confacrer tous fes foins â la contemplation<br />

de la Nature. Quelques-uns croyent qu'il<br />

n'a laiflë aucun Ouvrage à la Poftérité. On le fait<br />

Auteur de l'Aftrologie Marine, mais on eft redevable<br />

de cet Ouvrage à Phocus de Satnos. Calli-<br />

„. maque


' T H A LE S. X5<br />

Iliaque lui attribue dans fes vers d'avoir fait connoître<br />

la Petite-Qurfe. Il dit qu'il remarqua la<br />

Ctmftellation <strong>du</strong> Cbarkt qui fert de guide aux Phéniciens<br />

dans leur navigation. D'autres, qui crc~<br />

yent qu'il a écrit quelque chofe, lui attribuent<br />

feulement deux Traités, l'un fur le Solftice & l'autre<br />

fur l'Equinoxe, perfuadé qu'après ces deux objets<br />

difficiles à développer, il n'en reftoitplus que<br />

de faciles à concevoir (i). Quelques-uns., entr'autres<br />

Eudeme dans fon Hiftoire de l'Afirologie,<br />

le font pafler pour avoir frayé la route des<br />

fecrets de cette fcience, perfonne avant lui n'ayant<br />

encore prédit les Eclypfes <strong>du</strong> Soleil, ni le<br />

tems où il eft dans les Tropiques. Us ajoutent<br />

que ce fût-là le motif de Teftime particulière<br />

qu'Hérodote & Xénophane conçurent pour lui;<br />

ce qui eft confirmé par Heraclite & Démocrite.<br />

Chérillus le Poète & d'autres difent qu'il a enfeigné<br />

le premier l'Immortalité de l'Ame. Ceux<br />

qui veulent qu'il donna les premières notions <strong>du</strong><br />

cours <strong>du</strong> Soleil, ajoutent qu'il obferva que la Lune<br />

comparée à la grandeur de cet aftre, n'en eft<br />

que la fept-cent-vingtieme partie. On dit auflî<br />

qu'il donna le premier le nom de Trigéfîme au<br />

trentième jour <strong>du</strong> mois, & qu'il intro<strong>du</strong>isît l'étude<br />

de la Nature. Ariftote & Hippias difent qu'il<br />

cro-<br />

(i) Suivant une conjefture à'ii. Cn, on peut tra<strong>du</strong>ire,<br />

ptrffddi tfWtxtmi cti di»x cktftt tout ti rtfie htit<br />

'Mmfrihcnjiilt. 11 piefcre pourtant la Leçon oïdiaaite»


it T H A L E S.<br />

croyoit les chofes inanimées douées d'une Ame,'<br />

fe fondant fur les Phénomènes de l'Ambre & de<br />

l'Aimant. Pamphila rapporte qu'il étudia les Elémens<br />

de la Géométrie chez les Egyptiens, &<br />

qu'il fut le premier qui décrivit le Triangle-Rectangle<br />

dans un demi-cercle, en reconnoiflance de<br />

quoi il offrit un bœuf en facrifice. D'autres, <strong>du</strong><br />

nombre desquels eft Apollodore le Calculateur,<br />

attribuent cela à Pythagore. Mais ce fut lui qui<br />

porta plus loin les découvertes d'Euphorbe Phrygien,<br />

dont Callimaque parle dans fes vers, favoir<br />

l'ufage <strong>du</strong> Triangle Scalene, & ce qui regarde<br />

la Science des Lignes. Thaïes fut auflî utile<br />

à fa Patrie par les bons confeils qu'il lui donna.<br />

Créfus recherchant avec empreflement l'alliance<br />

des Miléfiens, le Philofophe empêcha qu'elle ne<br />

lui fût accordée ; ce qui, lorfque Cyrus eut remporté<br />

la victoire, tourna au bien de fa Ville. Héraclide<br />

fuppofe à Thaïes de l'attachement pour la'<br />

folitude & pour la vie retirée.<br />

Les uns lui donnent une femme, & un fils qu'ils<br />

nomment CibhTus; les autres difenrqu'il garda le<br />

célibat & adopta un fils de fa fœur, & que quelqu'un<br />

lui ayant demandé pourquoi il ne penfoit<br />

point à avoir des enfans, il répondit que c'était<br />

parce qu'il ne les aimoit pas (i). On raconte auflî,<br />

que<br />

(i) Il y a dans la Verfion Latine, ptrct ?«'i7 les tint<br />

et ; mats la Leçon que nous prêterons, cû autorifee ».<br />

& le fens eft pour, elle. Cette diverfite' ctt fondée fur unc


T H A. L E S. 17<br />

que preffé par les inftances de fa Mère de fe marier,<br />

il lui ait'qu'il n'en- étoit pas encore tems; &<br />

que comme elle renouvelloit fes inftances, Iorfqu'il<br />

fut plus avancé en âge, il lui répondit que le temsen<br />

itoit pajfi. Jérôme de Rhodes dans le I. Li- ' J<br />

vre de fes Commentaires, rapporte que Thaïes voulant<br />

<strong>mont</strong>rer la facilité qu'il y avoit de s'enrichir,<br />

& prévoyant que la récolte des Olives feroit abondante,<br />

il prit à louage plufieurs preubirs d'olives,<br />

dont il retira degrofles fommes d'argent.<br />

Ce Philofophe admettoit l'Eau pour principe<br />

de toutes chofes. Il foutenoit que l'Univers étoit<br />

animé & rempli d'efprits. On dit qu'il divifa<br />

l'année en trois-cent-foixante-cinq jours, &<br />

qu'il la fubdivifa en quatre faifons. Il n'eut jamais<br />

de Précepteur, excepté qu'il s'attacha aux<br />

Prêtres d'Egypte. Jérôme de Rhodes rapporte<br />

qu'il connut la hauteur des Pyramides, pa'r l'obfervation<br />

de leur ombre, Iprfqu'dle fe trouve en un<br />

même point d'égalité avec elles. Myhiès dit<br />

qu'il étoit contemporain de Thrafibule Tyran de<br />

Milet.<br />

On fçait l'hiftoire <strong>du</strong> Trépied trouvé par des<br />

Pêcheurs, & offert aux-Sages par les Miléfiens.<br />

Voici comme on la raconte. De Jeunes-gens<br />

d'Ionie achetèrent de quelques Pêcheurs ce qu'ils<br />

al-<br />

ne remarque critique qu'on nous a farte touchant les Manuferits<br />

Grecs, Se qu on ne p;ut pas rendre intelligible<br />

en Fiançois.


18 T H A» L E S.<br />

alloient prendre dans leurs filets. Ceux-ci tirèrent<br />

de l'eau un Trépied, qui fit le fujet d'une<br />

difpute ; pour la calmer ceux de Milet envoyèrent<br />

â Delphes confulter l'Oracle. Peuple qui venez<br />

prendre men avis, répondit le Dieu, j'ajuge le<br />

Trépied ou plus Sage. En conféquence on le donna<br />

à Thaïes qui le remit à un autre, & celui-ci 1<br />

un troifieme, jufqu'à ce qu'il parvint à Solon ,<br />

qui renvoya le Trépied à Delphes, en difantqu'il<br />

n'y avoit point de Sagefle plus grande que celle<br />

de Dieu. Callimaque conte cette hiftoire autrement,<br />

& félon qu'il l'avoit enten<strong>du</strong> réciter à Léandre<br />

de Milet. Il dit qu'un nommé Batyclès,<br />

originaire d'Arcadie, laiflaune Phiole, en ordonnant<br />

qu'elle fût donnée au plus fage ; qu'on l'offrit<br />

à Thaïes; & qu'après avoir circulé en d'autres<br />

mains, elle lui revint, ce qui l'engagea à en faire<br />

alors préfent â Apollon Didymien, avec ces mots<br />

que Callimaque lui fait dire dans fes vers.<br />

Je fuis le prix que Tbalès reçut deux fois, £?<br />

qu'il confacra à celui qui préjide fur le peuple de<br />

Nélée.<br />

Ces vers ren<strong>du</strong>s en profe fignifient que Thaïes<br />

fils d'Examius, natif de Milet, après avoir reçu<br />

deux fois ce prix des Grecs, le confacre à Apollon<br />

Delphien (i). Eleufis dans fon Achille & Ale.<br />

(t) Pour l'intelligence de tout ce paflage, il faut remarquer<br />

que les Milefiens étoient défen<strong>du</strong>s de Nélée ;<br />

qu« Didrroe etoit un eadioit de Milet où il y avoit un<br />

Or*-


. T H A L E S. 19<br />

lexon de Mynde dans le IX. Livre de fes Fables,<br />

conviennent que le fils de Batyclès qui avoit porté<br />

la Phiole de l'un à l'autre, s'appelloit Thyrion.<br />

Eudoxe de Cnyde & Evantes de Milet prétendent<br />

qu'un Confident de Créfus reçut de ce Prince<br />

un Vafe d'or pour le donner au plus fage des<br />

Grecs ; que le Commiflionnaire le préfenta à<br />

Thaïes; qu'enfuite il vint à Chilon; & que celui-ci<br />

, confultant Apollon pour fçavoir qui le furpaflbit<br />

en fageflè , l'Oracle répondit que c'étoit<br />

Myfon, qu'Eudoxe prend pour Cléobule &<br />

Platon pour Périandre. Nous parlerons de lui<br />

dans la fuite. Au-refte telle fut la réponfe <strong>du</strong><br />

Dieu. Ceft M-jfon de Chinée <strong>du</strong> Mont Oeta jpti<br />

tefurpajje enfublimiti de génie. Anacharfis étoit<br />

celui qui avoit confulté l'Oracle au nom de Chilon.<br />

Dédacus Platonicien & Cléarque difent que<br />

Créfus adreflà la Phiole à Pittacus, & qu'elle paffa<br />

ainfi d'une main dans l'autre. Mais Andron,<br />

en parlant <strong>du</strong> Trépied, dit que les Grecs le propoferent<br />

au plus fage d'entr'eux comme une récompenfe<br />

<strong>du</strong>e à la Vertu; qu'Ariftodeme de Sparte<br />

fut jugé digne de le recevoir, & qu'il ne l'accep-<br />

Orade d'Apollon; & que le principal Temple de ce<br />

Dieu de la fable étoit à Delphes dans la Phocide. Le<br />

Trépied fut envoyé' au Temple deDidyme te l'infeription<br />

fût a Apollon Delphien. Méiwgt, P<strong>du</strong>funUi Voj^t T. II.<br />

t- 70.


20 T H A L E S.<br />

fa que pour le céder à Chilon. Alcée toucha<br />

quelque chofe d'Ariftodeme. Sparte, ditil,<br />

tient de lui cette belle maxime, Que VHomme<br />

vertueux n'eji jamais pauvre , & que la Vertu<br />

eft un fond inépuifable de ricbeffes. Une autre<br />

relation nous inftruit que Périandre ayant fait<br />

partir un vaifleau chargé pour Thrafibule Tyran<br />

de Milet,, le vaifleau échoua vers l'Ile de<br />

Cos ; &. que quelques Pêcheurs y trouvèrent<br />

le Trépied. Phanodicus prétend qu'il fut<br />

péché fur les côtes de la Mer Attique, qu'on le<br />

tranfporta dans la ville, & qu'on y rendit un Arrêt<br />

par lequel il fut ordonné qu'il feroit envoyé<br />

à Bias. Nous en expliquerons la raifon, lorsque<br />

nous aurons occafion de parler decePhilofophe,<br />

D'autres veulent que le Trépied fut l'ouvrage de<br />

Vulcain qui le donna à Pélops-, lorsque celui-ci<br />

fe maria; qu'enfuite Ménélas eh fut pouefleur;<br />

que Paris l'enleva avec Hélène ; que cette Lacé»<br />

démonienne le jetta dans la Mer de Cos, difant<br />

qu'il en proviendroit des querelles ; qu'enfuite<br />

quelques Lébédiens ayant fait prix pour un coup<br />

de filet, les Pêcheurs attrapperent le Trépied}<br />

qu'une dispute «'étant élevée entre les Vendeurs<br />

& les Acheteurs, ils allèrent à Cos; & que n'ayant<br />

pu venir à bout d'y terminer leur différend,<br />

ils portèrent le Trépied à Milet, qui étoit la Capitale<br />

<strong>du</strong> Pays; que les habitans députèrent â<br />

Cos pour régler l'affaire; mais« que les Députés<br />

re-


T H A L E S. ai<br />

revinrent fans avoir rien conclu ; que le peuple<br />

, indigné d'un mépris fi marqué, prit les armes<br />

contre ceux de Cos; qu'enfla, comme on perdoit<br />

beaucoup de monde de part & d'autre, l'Oracle<br />

décida qu'il ralloit donner le Trépied au plus<br />

fage ; que par déférence pour cette décifion, les<br />

deux parties confentirent qu'il refteroit à Thaïes,<br />

qui, après qu'il eut circulé dans quelques mains le<br />

youa à Apollon Didyméen. La réponfe que l'Otarie<br />

avoit faite aux Infulaires de Cos portoit',<br />

Que les Ioniens ne cefferoient d'avoir guerre avec<br />

les habitons de Mérope ,jufqu'à ce qu'ils envoyaient<br />

le Trépied doré forgé par Vulcain & tiré <strong>du</strong> fein<br />

de la Mer à celui qui feroit capable de connottre<br />

par fa fageffe le préfintxle paffi £? f avenir. Nous<br />

avons tranfcrit ailleurs la fubftance de la réponfe<br />

faite auxMiléfîens; en voilà aflfez fur ce fuiet.<br />

Hermippe, dans fes Vies 4 applique à Thaïes ce<br />

que l'on attribue àSocrate, qu'il remercioit la<br />

Fortune de trois chofes : la première , dt l'avoir<br />

fait naître un Etre raifonnable plutôt qu'une Brutt ;<br />

h féconde, de l'avoir fait homme plutôt que femme<br />

; la troifieme, de l'avoir fait naître en Grèce<br />

plutôt que dans un Pays étranger.<br />

On raconte de lui qu'un foir, fortant de la malfon,<br />

con<strong>du</strong>it par une vieille femme, il tomba dans<br />

un creux pendant qu'il regardoit les étoiles, &<br />

que s'étant plaint de cet accident, la vieille lui<br />

Ht, Comment pouvez-vous, Tbalès, ejpirir devoir<br />

9


2a<br />

T H A L E S.<br />

{£ de comprendre ce qui eji au Ciel, vous qui n'a}percevez<br />

pas ce qui eji à vos pieds ? Timon parle<br />

auflî de fon amour pour l'Aftronomie, & le loue<br />

dans fes Poêfies bouffonnes, où il dit, Tel que fut<br />

Tbalès, /avant Aflrontme & l'un des fept Sages.<br />

Lobon d'Argos compte deux cens vers de fa compofltion<br />

fur l'Aftronomie , & rapporte ceux-ci<br />

qu'on lifoit au-deffous de fa ftatue.<br />

Ceft ici Tbalès, dans la perfonne <strong>du</strong>quel Milet<br />

F Ionienne qui l'a nourri, a pro<strong>du</strong>it le plus grand des<br />

hommes par fon/avoir dans l'Afirologie.<br />

Voici des penfées qu'on lui attribue. „ Le<br />

„ flux de paroles n'eft pas une marque d'efprit.<br />

„ Etes-vous fages, choiflflëz une feule chofe,<br />

„ un objet digne de votre application; par-lâ<br />

„ vous ferez taire beaucoup de gens qui n'ont<br />

„ que la volubilité de la langue en partage".<br />

Les fentences fui vantes font encore de lui.<br />

„ Dieu eft le plus ancien des Etres, n'ayant ja-<br />

„ mais été engendré. Le Monde eft de toutes les<br />

„ chofes la plus magnifique, puisqu'il eft l'ou-<br />

„ vrage de Dieu. L'Efpace, la plus grande, par-<br />

•„ ce qu'il renferme tout; l'Efprit, lapluspromp-<br />

„ te, vu qu'il pareour't l'éten<strong>du</strong>e de l'Univers ; la<br />

„ Néceffité, la plus forte, n'y ayant rien dont<br />

yi elle ne vienne à bout ; le Temps, la plus fage,<br />

„ parce qu'il découvre tout ce qui eft caché. 11<br />

„ difoit que la vie n'a rien qui la rende préférait<br />

ble à la mort. Quelle raifon vous empêche<br />

,, donc


T H A L E S. 23<br />

ï, donc de mourir ? lui dit-on. Cela même, dit-<br />

„ il, que l'un n'a rien de préférable à l'autre.<br />

„ Quelqu'un lui ayant demandé lequel avoit pré-<br />

„ cédé de la nuit ou <strong>du</strong> jour, il répondit que<br />

„ la nuit avoit été un jour avant. Interrogé fi<br />

„ les mauvaifes aétions échappoient à la connoif-<br />

„ fance des Dieux: non, repliqua-t-il, pas mê-<br />

„ me nos penfées les plus fecretes. Un homme<br />

„ convaincu d'a<strong>du</strong>ltère lui demanda s'il ne pour-<br />

„ roit pas couvrir ce crime par un parjure. Que<br />

„ vous femble, lui répondit-il? Le parjure ne fe-<br />

„ roit - il pas encore quelque chofe de plus<br />

„ énorme ? Requis de s'expliquer fur ce qu'il y<br />

„ avoit de plus difficile, de plus aifé & de<br />

„ plus doux dans le Monde, il répondit que le<br />

„ premier étoit de fe connoitre foi-même, le fe-<br />

„ cond de donner confeil, & le troifiemc d'ob-<br />

„ tenir ce qu'on fouhaite. Il définit Dieu un<br />

„ Etre fans commencement & fans fin. On lui<br />

„ attribue auffi d'avoir dit qu'un vieux Tyran eft<br />

„ ce qu'il y a de plus rare à trouver; que le<br />

„ moyen de fupporter les difgraces avec moins<br />

„ de douleur, c'eft de voir fes ennemis encore<br />

„ plus maltraités de la fortune ; que le moyen<br />

„ de bien régler fa con<strong>du</strong>ite, eft d'éviter ce que<br />

„ nous blâmons 4ans les autres; qu'on peut ap-<br />

„ peller heureux celui qui jouit de la fanté <strong>du</strong><br />

„ corps, qui poffede <strong>du</strong> bien, & dont l'efprlj<br />

„ n'eft ni émouffé par la pareffe,ni abruti par l'Igno*


24 ' T H A L E S.<br />

„ gnorance; qu'il faut toujours avoir pour fe$<br />

„ Amis les mêmes égards, foit qu'ils foient pré-<br />

„ fens ou abfens ; que ra vraie beauté ne con»<br />

„ fifte point i s'orner le virage, mais à enrichir<br />

„ l'aftie de fcience. N'amafiez pas de bien par<br />

„ de mauvaifes voies, difoit-il encore. Ne vous<br />

„ laiffez pas exciter par des difcours contre ceux<br />

„ qui ont eu part à votre confiance; &attendez-<br />

„ vous à recevoir de vos enfans.la pareille de ce<br />

„ que vous aurez fait envers vos Père & Mère.<br />

Le Nil mérita auflï fon attention. Il dit que<br />

les débordemens de ce fleuve étoient occafionnés<br />

par des vents contraires qui revenoient tous le»<br />

ans, & faifoient re<strong>mont</strong>er les eaux.<br />

Apollodore dans fes Chroniques, fixe la naiffance<br />

de Thaïes à la première année de la trente»<br />

cinquième Olympiade. Il mourut à la foixante<br />

& dixhuitieme année de fon âge, ou à la quatrevingt-dixième<br />

, comme dit Soficrate, qui place ta<br />

mort dans la cinquante-huitième Olympiade. Il vécut<br />

<strong>du</strong> tems de Créfus, à qui il promit de faire<br />

paflef fans pont la Rivière d'Halys en détournant<br />

fon cours.<br />

Démétrhis dé Magnélîe parle de cinq autres<br />

perfonries qui ont porté lé nom de Thaïes ; d'un<br />

Rhéteur de Celante qui étoit fort affecté; d'un<br />

Peintre de Sicyone fort ingénieux; d'un troifi©.<br />

me très-ancien & contemporain ou peu s'en faut<br />

d'Héfiode, d'Homère,


T H A L E S. 2J<br />

triemecké par Duris, dans fon Livre de la Peinture;<br />

d'un cinquième plus récent, mais peu connu,<br />

& dont parle Denis dans fe&4?ritiques.<br />

Thaïes le fage affiftoit aux Jeux de la Lutte<br />

lorsque la chaleur <strong>du</strong> jour, la foif & les infirmités<br />

de la vieillefle lui cauferent tout d'un coup<br />

la mort; on mit cette infoaption fur fon Tombeau:<br />

Autant que le fépukre de Tbalès eft petit ici-bas,<br />

autant la gloire de ce Prince des Aftronomes eji<br />

grande dans la Région étoilée.<br />

Nous avons aufli fait ces Vers fur fon fujet<br />

dans le premier Livre de nos Epigrammes, écrites<br />

en vers de toutes fortes de mefures.<br />

Pendant que Tbalès eft attentif aux Jeux de<br />

la Lutte, Jupiter l'enlevé de ce lieu. Je loue ce<br />

Dieu d'avoir approché <strong>du</strong> Ciel un vieillard dont les<br />

yeux, obfcurcis par l'âge, nepouvoientplusenvifager<br />

les Aftres de fi loin.<br />

C'eft de lui qu'eft cette maxime, Conneistoi toimême<br />

; maxime qu'Antifthene dans fes SucceJJtons<br />

attribue à Phémonoé, en accufant Chilon de fe<br />

l'être injuftement appropriée.<br />

Il ne fera pas hors de propos de rapporter ici<br />

ce qu'on dit des fept Sages en général. Damon<br />

de Cyrene n'épargne aucun des Philofophes dont<br />

il a compofé l'hiftoire , & ceux-ci encore moins<br />

que les autres. Anaximene les reconnoit tout an<br />

plus pour Poètes. Dicéarque km refufe la<br />

Tome I. B qualité


a« T H A L E S.<br />

qualité de Sage & l'efprit dé Philofophe ; il ne<br />

leur accorde que le bon-fens & la capacité de<br />

Légiflateurs. Archétime de Syracufe a fait un recueil<br />

de leur conférence avec CypfeIus(i)&dont<br />

il dit avoir été témoin. Euphore dit qu'excepté<br />

Thaïes, ils fe font tous trouvés chés Créfus, &<br />

s'il en faiit croire quelques autres, il y a apparence<br />

qu'ils s'aflémblerent à Panionie (2), à Corinthe<br />

& à Delphes.*<br />

A l'égard de leurs maximes, lesfentimensfont<br />

suffi partagés ; on attribue aux uns ce qui pafie<br />

pour avoir été dit par d'aut-rèse On varie, par<br />

exemple, fur l'Auteur de'cette fentence. Le Sage<br />

Cbilon de Lacédémone a dit autrefois; rie% de<br />

tr$p; tout-pWtywqif'ilJejty.'ait à propos.<br />

On n'eft pas plus d'accord fur le nombre des<br />

Sages que fur leurs difeours: Léandre fubftitue<br />

Léophante Gorfiade.Lébédicn.ou Ephéfien & Epiménide<br />

de Crète à Cléobule & à Myfon; Platon<br />

dans fon Pntogare met Myfon à la place de Périan-<br />

fi) Tyran de Corinthe., Fere de Pe'iiandre. Utrlt CAfkuttn<br />

lie cette pe'riode arec la précédente, comme fi<br />

Dioçene avoit voulu dite, non qu'Archétime ditaroiraffilie'<br />

a la conférence des Sages chés Cypfclus,niais que<br />

Dicéarque étoit tombé' fui l'hiftoite qn Archc'time en a<br />

faite; sous ne voyous point que cela fe puifle accorder<br />

avec le texte.<br />

(1) Panionie étoit une Ville,-avec un Bois Sacre', iltuée<br />

r>res d'Ephefes c'e'toit un rendez-vous général de toutes<br />

les Villes d'Ionie.qui yeélébroient un'facrifice commua,<br />

Se qui par cette railon s'appellok Panionie. Minuit.


T H A L E S. »7<br />

ràndre; Euphore transforme Myfon en Anacharfis;<br />

& d'autres ajoutent Pythagore aux autres Sa.<br />

ges. Dicéarque parle d'abord de quatre, que tout<br />

le monde a reconnu pour Sages, Thaïes, fiias,<br />

Pittacus, & Solon ; après cela il en nomme ûx •<br />

autres, Ariftomene, Pamphile, Chilon de La.<br />

cédémone, Cléobule, Anacharfis, &Périandre, entre<br />

lefquels il en choifit trois principaux. Quelques-uns<br />

leur ajoutent Acufilas fils de Caba ou<br />

Scabra Argien, mais Hermippe dans fon Livre<br />

des Sages va plus loin : à l'entendre il y eut dixfept<br />

Sages entre lefquels on en choifit différemment<br />

fept principaux, 'dont il fait le catalogue<br />

dans l'ordre fuiyant. Il 'place Solon au premier<br />

rang, enfuite Thaïes, .Pittacus,,BUi, Chilon,<br />

Cléobule, Périandre, Anacharfis, Acufilas, Epiménide,<br />

Léophante, Phérécydes, Ariftodeme,<br />

Pythagore, Lafus fils de Charmantidas, ou de<br />

Sifymbrinus, ou félon Ariftoxene de Chabrinus,<br />

enfin Hermion & Anaxagore. Hippobote au-conttaire<br />

fuit un autre arrangement : il place à la<br />

tête Orphée, enfuite Linus, Solon, Périandre,<br />

Anacharfis, Cléobule, Myfon, Thaïes, Bias,<br />

Pittacus, Epicharme & Pythagore.<br />

On attribue a Thaïes les lettres fuivantes.<br />

Tbalès à Pberécyde.<br />

„ J'apprends que vous êtes le premier des<br />

» Ioniens qui vous préparez à donner aux Grecs<br />

B a „ un


18 T H A L E S.<br />

„ un Traité fur les cbofes divines, & peut-être<br />

„ faites-vous mieux d'en faire un écrit public,<br />

„ que de confier vos penfées à des gens qui n'en<br />

„ feroient aucun ufage. Si cela vous étoit a-<br />

„ gréable, je vous prierois de me communiquer<br />

„ ce que vous écrivez, & en cas que vous me<br />

t, l'ordonniez, j'irai vous trouver inceûamment.<br />

„ Ne croyez pas que nous foyons, Solon & moi, fi<br />

„ peu raifonnables, qu'après avoir fait le voya-<br />

„ ge de Crète par un motif de curiofité, et pé-<br />

„ nétré jufqu'en Egypte pour jouir de ra con-<br />

„ verfation des Prêtres & des Aftronomes <strong>du</strong><br />

„ Pays, nous n'ayons pas la même envie de fai-<br />

„ re un voyage pour nous trouver auprès de vous:<br />

„ car Solon m'accompagnera fi vous y confen-<br />

„ tez. Vous vous plaifez dans l'endroit où vous<br />

,, êtes, vous le quittez rarement pour paflei en<br />

„ Ionie, & vous n'êtes guère empreffé de voir<br />

„ des étrangers. Je crois que vous n'avez<br />

„ d'autre foin que celui de travailler ; mais,<br />

„ nous qui n'écrivons point, nous parcourons<br />

„ la Grèce & l'Afie.<br />

Tbalès à Solon.<br />

„ Si vous fortez d'Athènes, je crois que vous<br />

„ pourrez demeurer à Milet en toute fureté,<br />

„ Cette Ville eft une Colonie de votre Pays, on<br />

„ ne vous y fera aucun mal. Que fi la Tyrannie<br />

M à laquelle nous fommes fournis à Milet vou«<br />

„ dé-


T H A L E S. &p<br />

„ déplaît (car je fuppofe qu'elle vous eft par-<br />

„ tout infupportable ) vous aurez pourtant la<br />

„ fatisfaftion de vivre parmi vos Afflis. Bias<br />

„ vous écrit d'aller à Priene; fi vous préfère»<br />

„ cet endroit à notre Ville, je ne tarderai pas<br />

„ à m'y rendre auprès de vous.<br />

B3 SOLON.


|o SOLON".<br />

S O L O N.<br />

SOlon' de Salamine fils d'Exéceftidas commença<br />

(i)par porter les Athéniens à abolir l'ufa-',<br />

3e d'engager fon corps & fon bien à des gens qui<br />

prévoient à ufure. Plufîeurs Gtoyens, ne pouvant<br />

payer leurs dettes, étaient ré<strong>du</strong>its à fervir lear»<br />

Créanciers pour un certain falaire. On devoit è<br />

Solon lui-même fept talens de l'héritage de fort<br />

Père, il y renonça, & engagea les autres à imiter<br />

fon exemple. La Loi qu'il fit là-deflus fat<br />

appellée d'un*nom qui lignifie Diebarge- Il fit<br />

enfuite d'autres Loix, qu'il feroit long de rapporter,<br />

& les fit écrire fur des tablettes de bois.<br />

Voici une action qui lui donna beaucoup de<br />

réputation. Les Athéniens & les Mégariens fê<br />

'difputoient Salamine fa patrie jufqu'à fe détruire<br />

îes uns, les autres; & après plufîeurs pertes, les<br />

Athéniens, avoient publié un Edit qui défendoit<br />

fous peine de la vie de parler <strong>du</strong> recouvrement<br />

de cette Ifle. Solon là-deflus recourut à cet<br />

artifice. Revêtu d'un mauvais habit, '& prenant<br />

l'air d'un homme égaré, il parut dans les<br />

Cai-<br />

(1) On ne convient point que c'ait été la la premier»<br />

aAion de Solon, Se on remarque à cette occauon que<br />

Diogene-Laëtce ne s'efl point attaché à mcttie de tor<strong>du</strong><br />

dans les faits' qu'il rappoue. If. Ctftnl/tn*


S O L G N. jr<br />

Carrefours, où la curiofité ayant attroupé la foule<br />

, il donna à lire au Crieur public une pièce en<br />

Ters fur l'affaire de Salamine, dans laquelle ri<br />

«hortoit le peuple à agir contre le Décret. Cette<br />

Lecture fit tant d'impreffion fur lès efpritsr<br />

que dans le moment même on déclara la guerre<br />

à ceux de Mégare, qui furent battus & dépouili<br />

lés de la pofleffion de rifle ; entre autres expreÊfions<br />

dont: il s'étoit fer-vi, il émut beaucoup le<br />

peuple par celles-ci.<br />

Que nefuis-fe né à Pbolégandre Qi) ou a Skinel'<br />

Que ne puis-je changer ma patrie contre une autre i<br />

J'entends répandre ce bruit des-bonorant, voilà un<br />

de ces Athéniens qui ont abandonné Salamine. Qite<br />

ri allons-nous réparer cette bonté en conquérant Plfle!<br />

Il perfuada encore aux- Athéniens de former<br />

des prétentions fur la Cherfonnefe dé Tbrace; &<br />

afin que l'on crût que les Athéniens avoient droit<br />

fur la pofleffion de Salamine, il ouvrit quelques<br />

tombeaux, & fit remarquer que les cadavres y<br />

étoient couchés, tournés vers l'Orient, ce qui é*<br />

toir la coutume des Athéniens; & que les cer«<br />

cueils même étoient difpofés de cette manière,,<br />

& portoient des infcriptions des lieux où les<br />

morts étoient nés, ce qui étoit particulier aux-<br />

Athé-<br />

(z) PbtUf/mirt, l'une dos Ifles Spoiades dans la Mer;<br />

-'- — "-'Au prend pour les "**-••••«— «•-•-•-- < n V*; rn9ic£*narc, l nue UOB lue» ouuinuçs uai» m<br />

E^e'e, que Suidas prend pour les Cfclades. Sicint ,.lûé;<br />

--<br />

Minuit Se 10 Thréfn<br />

pes de Ciete. Miiutt 8e loThréfir i'Stiiiuu.<br />

B 4,


34 S O L O N.<br />

Athéniens. C'eft dans la même-vue, dit-on,<br />

qu'à ces mots qui font dans le Catalogue qu'Hoiiière<br />

fait des Princes Grecs, Ajax de Salamine<br />

con<strong>du</strong>ifoit douze Vaiffeaux, il ajouta ceux-ci, qui<br />

fe joignirent au Camp des Athéniens. Depuis ce<br />

tems-là le Peuple fit tant de cas de lui, qu'il n'y<br />

avoit perfonne qui ne fouhaitât qu'il prit le gouvernement<br />

de la Ville ; mais loin d'acquiefcer à<br />

Jeurs vœux, il fit tout fon poffible pour empêcher<br />

que Pififtrate fon parent ne parvînt à la Souveraineté,<br />

à laquelle il favoit qu'il afpiroie. Ayant<br />

convoqué le Peuple, il fe préfenta armé<br />

dans I'aflemblée, & découvrit les intrigues de<br />

Pififtrate, proteftant môme qu'il étoit prêt de<br />

combattre pour la défenfe publique. Athéniens,<br />

dit-il, il fe trouve que je fuis plus fage & plus<br />

courageux que quelques-uns de vous, plus fage que<br />

ceux qui ignorent les menées de. Pijijlrate & plus<br />

courageux que ceux qui les connoijfent & n'ofent<br />

rompre le filençe. Mais le Sénat étant, favorable<br />

à Pififtrate, Solon fut traité d'infenfé; à quoi il<br />

répondit. Bientôt le tems fera connaître aux Athéniens<br />

le genre de ma folie, lorsque la. vérité aura<br />

fercé les nuages qui la couvrent. Il dépeignit aufB<br />

la Tyrannie dont on étoit menacé dans ces Vers<br />

Elégteques.<br />

„ Comme la Neige & la Grêle roulent dans<br />

„ l'Atmofphere au gré des vents, que la Foudre<br />

ce les Eclairs éclatent & caufent un fracas hor-<br />

»<br />

» ri-


S O L O N. 33<br />

ii rfWe, de-même on voit fouvent des Viflei<br />

„ s'écrouler fous la puiflance des Grands, & la<br />

„ liberté d'un Peuple dégénérer en •<strong>du</strong>r eifcla-<br />

» vage.<br />

Enfin Pïfîflrate ayant nfurpé la Souveraineté,<br />

jamais Solon ne put fe réfoudre à plier fous le<br />

joog, il pofa fes Armes devant la cour <strong>du</strong> fenat,<br />

«n s'écriant. Cbere Patrie, je te quitte avec le ti~<br />

noignage de ? avoir fervie pat mes confeils & mm<br />

con<strong>du</strong>ite. Il s'embarqua pour l'Egypte, d'où il pasfa<br />

en Chypre & de-là à la Cour de Créfus. Ce fameux<br />

Prince lui demanda qui étoit celui qu'il estimoit<br />

heureux ; Telles l'Athénien• , dit-il, Cléobii<br />

tfBitonj à quoi il ajouta d'autres chofes qu'on<br />

rapporte communément' On raconte auffi que Créfus<br />

, aflis fur fon trône, & revêtu de fes ornemen*<br />

royaux, avec toute la pompe imaginable, lui demanda<br />

s'il avoit jamais vu un fpe&acle plus beau ;<br />

Oui, répondit-il, c'ejlcelui des Coqs, desPbaifans-<br />

6? des Paons: car ces animaux tiennent leur éclat de<br />

la Nature, & font parés de mille beautés. Ayant<br />

pris congé de Créfus r il fe rendit en Cilicie, oit<br />

il bâtit une Ville qu'il appella Solos de fon Bom,<br />

Il la peupla de quelques Athéniens, qui, avec<br />

le tenu r ayant corrompu leur langue , furent<br />

dits faire des Solécifmes; on les appella les habitons<br />

de Solos, au-lieu que ceux qui portent ce<br />

nom en Chypre furent nommés Sotiens-.<br />

Soles informé que Piûftrate fe ajaiateneii,<br />

B 5 «tan»


34 S O L O N .<br />

dans fon ufurpation, écrivit aux Athéniens en<br />

ces termes.<br />

„ S'il'vous arrive des malheurs dignes des<br />

'„ fautes que vous avez faites, ne foyez pas af-<br />

„ -fez injuftes pour en accufer les Dieux. Ceft<br />

„ vous-mêmes qui, en protégeant ceux qui vous<br />

„ font foufFrir une <strong>du</strong>re fervitude, les avez ag-<br />

„ grandis ; vous voulez faire les gens rufés, &<br />

„ dans le fond vous êtes ftupides & légers i<br />

„ vous prêtez tous l'oreille aux difcours flatteurs-<br />

„ de cet homme, & pas un de vous ne fait at-<br />

„ tention au but qu'il fe propofe.<br />

Pifîftrate de fon côté, lorfque Solon fe retf- *<br />

xa, lui écrivit cette Lettre.<br />

Fijiflrate à Solon.<br />

„ Je ne fuis pas le feul des Grecs qui me fui"<br />

„ emparé de la Souveraineté ; je ne fâche r ..<br />

„ même avoir empiété, en le faifant, fur les droits-<br />

„ de perfonne: je n'ai fait que rentrer dans ceux<br />

:, qui m'étoient acquis par ma naiflânce que je<br />

„ tire de Cécrops, auquel, en même tems qu'à<br />

„ fes defcendans, les Athéniens promirent autre'<br />

„ fois avec ferment une foumiffion qu'ils ont en-<br />

„ fuite retirée. Au-refle je n'offenfe ni les-<br />

„ Dieux ni les hommes, j'ordonne au contraire<br />

a, FoWervation des réglemens que vous avez<br />

„ prefcrits aux Citoyens d'Athènes, & j'ofe di»<br />

„ K qu'on les exécute fous mon gouvernent a-<br />

» vec


„ v«c beaucoup plus d'exactitude que fi l'État. é-:<br />

„ toit Républicain. Je ne permets pas qu'on'<br />

„ faffe tort àperfonne, & quoique Prince je ne<br />

„ jouis d'aucun privilège au-deflus des autres; jet<br />

y, me contente- <strong>du</strong> tribut qu'on payoit ,à mes<br />

„ prédécefleurs,. & je ne touche point à la dl-<br />

„ me des revenus des habitans, qui eft emplo-<br />

„ yée pour les Sacrifices, pour le bien public,,<br />

„ & pour fubvenir aux befoins. d'une goierre,<br />

„ Détrompez - vous fi vous croyez que je. vous-<br />

„ en veuille, pour avoir décelé me* defleinsj<br />

„ je fuis perfuadé qu'en cela vous avez-conful-<br />

'•» „ té le.bien de la République plutôt que fuivi la<br />

„ mouvement de quelque haine perfonnelle. Ou-<br />

„ tre que vous ignoriez de quelle manière je<br />

n gouvernerais. Si vous l'aviez pu favoir, peut»<br />

„ être eufltez-vous concouru à.la réuflite de<br />

mon entreprise j & vous eûfliez-vous épargné<br />

» ie chagrin de vous enalkr. Revenez en toute<br />

» Areté, & fiez-vous à la fimple parole que je<br />

,, vous donne, que Solon n'a rien à craindre de<br />

» Pififtrate, puifque vous favez que je n'ai pas<br />

» même fait, de mal à- aucun de mes ennemis.<br />

» Enfin fi vous voulez être, <strong>du</strong>_nomhre.de.rae6<br />

„ amis, vous ferez un de ceux que je dittingucrai;<br />

>, le. plus, fâchant; votre éloignement: pour, la;<br />

„ fraude & pour la perfidie. Cependant, fi vous •<br />

» ne pouvez, vous réfoudre à-revenir, demeurer-<br />

» a Athènes, vous ferez ce que vous voudrezy*<br />

B-


36 S O L 0 N.<br />

„ pourvu qu'il ne foit pas dit que vous avez<br />

„ quitté votre Patrie par rapport à moi feul.<br />

Solon crut pouvoir fixer le terme de la vie<br />

Humaine à foixante & dix ans. (3) Il fit ces excellentes<br />

Ordonnances, que ceux qui auroient<br />

refufé de pourvoir à la fubfiftance de leurs parens,<br />

& ceux qui auroient diffipé leur patrimoine<br />

en folles dépenfes, feraient regardés comme ignobles;<br />

& que les fainéans & les vagabonds<br />

pourroient être a&ionnés par le premier-venu.<br />

Lyfias dans fa Harangue contre Nicias, aflure<br />

que Dracon fut Auteur de cette Loi, & que Solon<br />

la rétablit. Il ordonna auffi que ceux qui fe- a<br />

roient coupables de proftitution, feroient écartés<br />

des Tribunaux de Juftice. 11 modéra encore les<br />

récompenfes aflignées aux Athlètes, ordonnant<br />

cinq-cent drachmes à ceux qui auroient vaincu<br />

aux Jeux Olympiques, cent à ceux qui auroient<br />

triomphé dans les Jeux Ifthmiques, & ainfi des<br />

autres à proportion. Il alléguoit pour raifon,<br />

qu'il étoit abfurde d'avoir plus de foin de ces<br />

fortes de récompenfes, que de celles que méritoient<br />

ceux qui perdoient la vïe dans les corn*<br />

bats, & dont il voulut que les enfans fuffent eatre-<br />

(s) Voyez un pérît Recueil de fragmerrs des ancieas<br />

foëtes Grecs, imprime a Bile environ l'an 1527. Il y a<br />

avec d'autres choies de Solon , des vers dans lefquels il<br />

dit que la constitution fe fortifie tous les lept ans lufqu'a<br />

certain ige Se pois déchoit, 8e qu'au dixième leptéhaire<br />

il ne faut plus penfex qu'à mouiii.


S O L ON. 37<br />

tretenu* aux dépens <strong>du</strong> Public. Cela enconraget<br />

tellement-le Peuple, que l'on vit dans les guerres<br />

des exploits d'une rare .valeur. Telle fut cette<br />

de Polyzele, de Cynégire & de Callimaque ;<br />

celle -avec laquelle on combattit à la journée de<br />

Marathon ; celle (FHarmodius, d'Ariftogiton, de<br />

Miltiade & d'une infinité d'autres, tous bien différera<br />

de ces Athlètes qui coùtoient tant à former<br />

, dont les victoires étaient fi dommageables à<br />

leur Patrie que leurs couronnes étaient plutôt<br />

remportées fur elle que fur leurs adverfaires ;<br />

enfin qui par l'âge deviennent inutiles, & comme<br />

dit Euripide reflemblent à des Manteaux ufés<br />

dont ii ne refte que la trame. De-là vient que So-<br />

Ion qui confidéroit cela, n'en faifoit qu'un ca«<br />

médiocre. En Légiflateur judicieux, il défendit<br />

auffi qu'un Tuteuf & la Mère de fon pupille le*<br />

geaffent fous un même toit, & que celui qtàaa*<br />

roifc droit d'hériter d'un Mineur en cas de mott<br />

fut chargé de fa tutelle.' Il ftatua de plus qu'il<br />

ne feroit pas permis à un ; Graveur de .çonferver<br />

le Cachet /d'un Armeàu qui-hù kurbtè été ven<strong>du</strong>,<br />

ira'on créveroit les deux -yeux à celui! qui! auroit<br />

Aveuglé un homme borgne, & que celui qui s'empareroit<br />

d'une, chofe trouvée feroit puq» damprt.<br />

Il établit aufB la peine tte ' mort contre? tfri Archonte<br />

qui auroit été furpris dans l'ivrefTe. -<br />

Ce fut Solon qui régla que ceux qui récitoîen£<br />

les vers d'Homère en public, le feraient alternatif<br />

B 7 ve-


.fff S O L O Ni<br />

•ement, enforte que l'endroit où l'un auroit cefiT<br />

ieroit celui par lequel l'autre commencerait. Ain*<br />

û Sodon a plus illuftré Homère que ne l'a fait Pi»<br />

fiftrate, comme le dit auffi Diucbidas dans • le V*.<br />

Livre de fes Mégariquest Au-refte ces-vers font<br />

principalement ceux qui commencent par ces mots».<br />

Ceux qui gouvernoient Athènes, & ce qui fuit.<br />

Solon fut le premier qui défigna le trentième<br />

au mois par un nom relatif au changement de la<br />

Lune; Apollodore dans (on Traité des Légifîateuts,<br />

Livre II. dit qu'il donna auffi aux neuf Ar*<br />

chontes le -droit de faire un même Tribunal. U<br />

s'éleva de fon temps une fédition entre les habit<br />

tans de la Ville, de la Campagne & des Côtes,<br />

mais dans laquelle il n'entremit ni fa perfonne ni<br />

fbn autorité. Il avoit; coutume de dire que les<br />

paroles préfentent une image des actions, & que<br />

la puiflance eft ce qui fait le droit des Rois (4),<br />

Que les Loix reficmbient aux toiles d'Araignées -,<br />

qui réfiftent à de petits efforts & fe déchirent par<br />

de plus grands. Qu'il faut fceller le difcours par<br />

lefilence, & le filênce par le teœs. Que les favoris<br />

des Tyrans font comme les jettons ; comme<br />

. ceux:<br />

(4) C'efrla^ce qui nous ptroît &rt lia penfeVde So*<br />

Ion, la veifioa Latine tra<strong>du</strong>it, Ctlui y«w t/t le plut rtbufu<br />

tjt %ti i mais nous ne voyons pas que cela fe puifle<br />

entendre des forces <strong>du</strong> corps. Nous ne l'avons pas fuirie<br />

non plus fur le paflage précédent, qui regarde Homère,<br />

St deTomuU nous,ne ferons plus de notes fâi ces»<br />

««droits..


'S O L O • S. &<br />

•ecrnc-dpTo<strong>du</strong>ifentdes nombres tantôt plusgrandsv.<br />

-tantôt plus petits, de-même les Tyrans élèvent<br />

ceux qu'ils veulent au faîte des honneurs r & puis<br />

les abaiffent. On lui demanda pourquoi il ne s'-ôtoit<br />

pas fôuvenu' d'établir une Loi contre les Parricides,<br />

parce que je n'ai pat penfé, dit-il, que<br />

perfonne- pût être ajjez dénaturé pour commettre un<br />

pareil crime. Apprenez-nous, lui dit-on, qud<br />

feroit le moyen le plus efficace pour empêcher les<br />

hommes de violer les-Loix. Ce finit, répondhv<br />

ilr que ceux à qui Von ne fait point de tort fuffent<br />

suffi touchés de celui qui eft fait aux outrer, que<br />

s'il les regardoit eux-mêmes. Il difoit encore que<br />

les ricbefles en aflbuviflànt les défirs, pro<strong>du</strong>ifent<br />

-Vorgueih 11 confeilla aux Athéniens de régler<br />

l'année félon le cours de la Lune. Il- fit mterdrv<br />

J& les; Tragédies que repréfentoit Thefpis & fes<br />

leçons de Théâtre, comme notant que de vains<br />

menfonges; & ce fut par une fuite de ce fyftêr<br />

sine que,, quand Fififtrate fe fut bleffé volontairement<br />

r il attribua cet artifice aux mauvaifes iustrouions<br />

des Théâtres..<br />

. Apollodore dans fôa Livré des" Se&es des PUhfiphes,<br />

nous a transmis-lçs principes que Solon<br />

inculquait ordinairement. Croyez, difok-il, que<br />

la probité: eft plus fidèle que les (çrmens. Gap.<br />

dez-vous de mentir. Méditez, des-fujets dignes<br />

d'application. Ne-faites point d'amis légèrement^,<br />

^cpo&cwz xeux.que vious ave2 faits- Ne. bri-<br />

••."': .•'-.' '


4o S O L O N.<br />

guez point le gouvernement, qu'auparavant rot»<br />

n'ayez' appris à obéir. Ne confeillez point ce qui<br />

ell le plus agréable, mais ce qui eft le meilleur.<br />

.Que la raifon foit toujours votre guide. Evitez<br />

la compagnie des méchans. Honorez les Dieux,<br />

& refpectez vos Parens.<br />

On dit que Mimnerme ayant inféré dans quelque<br />

Ouvrage cette prière qu'il adreflbit aux Dieux,<br />

Feuille la Parque trancher le fil de mes jours à l'âgé<br />

de foixante ans fans maladie ni angoiffes, Solon<br />

le reprit en ces, termes ; fl vous me aoyez^ropre<br />

à vous donner une leçon, effacez cela, &ne me<br />

fâchez pas mauvais gré de ce que je cenfuie un<br />

homme tel que vous ; corrigez ce paflàge, & dites<br />

, Que la Parque finijfe ma vie lorfque je ferai<br />

parvenu à V.âge de quatre-aingtrans.<br />

IL nous a auffi laiffé des préceptes en Vers,<br />

entre autres ceux-ci; S» vous ites prudent, vous ofr.<br />

fervtrez les hommes de près, de crainte qu'ils ne<br />

vous cochent ce qu'ils ont dans lame. Souvent la<br />

haine fe déguife fous un vif âge riant, £? la langue<br />

s'exprime fur un ton d'ami, pendant que le cœur eft<br />

plein M fiel. Où fait que Solon écrivit des Loix,<br />

des Harangues, & quelques exhortations .adreffées<br />

,4; lui-même; fes>Elégies, tarit celle qu'ils fit<br />

fuïSalamine que celles qui rouloient fur la Repu*<br />

blique d'Athènes,- contiennent environ cinq mille<br />

vers; il écrivit auffi des vers ïambes r & des Epd»<br />

des; on lui .érigea/une ftatue.au, pied de .laquelle<br />

on mit cette infeription. «Sa.


S O L O 8. 41<br />

Salaminefut repouffer Us Medes tranfportés d'une<br />

vaine fureur ; mais ce rayon de gloire ne fut<br />

rien au prix dé celle qu'elle a eu d'avoir donné le<br />

jour à Solon, que fes Loix rendant digne de vénération.<br />

Le teins ©h il eut le plus de vogue, fut, félon<br />

Soficrate, la quarante-fixîeme Olympiade ; environ<br />

la troifieme année, il parvint au Gouvernement<br />

d'Athènes & donna Tes Loix. Il mourut en Cypre<br />

la quatre-vingtième ahhée de Ton âge, après avoir<br />

recommandé que Tés os fuffent portés à Sa-<br />

* lamine ,"&' qu'après qu'on lesâuro'it brûlés, on en<br />

femat les cendres pat toute la -Province.' De-la<br />

ces Vers que Cratinus lui fait dire dans fon Cbiron.<br />

J'habite cette IJle ainfi qu'on le dit, ayant<br />

voulu que mes cendres fuffent 1 éparfes autour de la<br />

ville d'Ajax.<br />

• J'ai déjà cité'le Livre d'Épigràmmes, ou je parle<br />

envers de différentes mèfureS des Grands-hom*<br />

mes que la mort nous a «levés, j'y ai mis celleci<br />

fur Solon:<br />

Cypre a brûlé lé cadavre de Solon, Salamine cor*<br />

fervéfes os ré<strong>du</strong>its en cendres; mais fon a\ne a été rapidement<br />

enlevée aux Cieux fur un cbar que le fardeau<br />

agréable de fes Loix rendait léger.<br />

On le croit Auteur de cette fentence, Rien de<br />

trop. Diofcoride rapporte que, déplorant amèrement<br />

la perte de' fon fils, fur lequel il ne nous eft<br />

rien parvenu, il répondit à quelqu'un.qui lui difoie<br />

t que


4* S O L O N.<br />

que fes regrets étoient inutiles, c'eft précifément là<br />

le fujet de mes larmes..<br />

Voici des Lettres qu'on lui attribue.<br />

Solon à Périandre.<br />

„ Vous m'écrivez que plufieurs parfonnes conf-<br />

„ pirent contre vous; mais quand même vous<br />

„ vous débaraûeriez de tous vos ennemis connus,<br />

„ encore n'avanceriez-vous pas de beaucoup. H<br />

„ peut arriver que quelqu'un de ceux- que vous<br />

„ foupçonnez le moins vous tende des pièges,<br />

„ foit parce qu'il craindra quelque mal de votre '<br />

„ part, foit parce qu'il vous croira condamna-<br />

„ ble. Il n'y a rien q«e vous n'ayez fujet de<br />

„ craindre, fur-tout fi celui qui vous ôtroir. la<br />

„ vie, rendoit fervice par-là. à une Ville à la-<br />

„ quelle vous feriez fufpeft. Il vaudroit donc<br />

„ mieux renoncer à la Tyrannie pour fe délivrer<br />

„ d'inquiétude; que fi vous, voulez absolument<br />

„ conferver vôtre puiflance, vous devez penfer<br />

„ à avoir des forces étrangères qui foient fupé?<br />

„ rieures à celles <strong>du</strong> Pays ; par ce moyen vous<br />

„ n'aurez tien à craindre, .& vous n'aurez pa»<br />

„ befoin d'attenter aux jours de perfonne-,<br />

Solon à Epimênidi.<br />

„ Mes Lois n'étoient point propres à faire par<br />

„ elles-mêmes lebonheur des Athéniens; & quand'<br />

M vous avez purifié: leur Ville.,, vous ne leur avez:<br />

» P^


S O L O N. 43<br />

î, pas procuré un grand avantage. La Divinité<br />

„ & les Légiflateurs ne peuvent feuls rendre les<br />

„ Cités heureufes, il faut encore que ceux qui<br />

„ difpofent de la multitude y contribuent; s'ils<br />

„ la con<strong>du</strong>ifent bien, Dieu & les Lois procurent<br />

„ notre avantage, iînon c'eft eu vain qu'on s'en<br />

» promet quelque bien. Mes Loigc n'ont point<br />

„ été utiles, parce que les Principaux ont caufé<br />

„ le préjudice de la République en n'empêchant<br />

» point Pififtrate d'envahir la fouveraineté. ]e<br />

>, ne fus point cru lorfque je préfageois l'événe-<br />

„ ment; on ajouta plus de foi à des difcours<br />

>, flatteurs qu'à des avertifiemens finceres. Je<br />

» quittai donc mes armes en fortant <strong>du</strong> Sénat,,<br />

» & je dis que j*étois plus fage que ceux qui ne<br />

n s'appercevaient point des mauvais defleins de-<br />

» Pififtrate, & plus courageux que ceux qui n'q-<br />

„ foient. fe déclarer pour la liberté publique.<br />

» Tout le monde crut que Solon avoit per<strong>du</strong> l'ef-<br />

>» prit. Enfin je me retirai en m'écriant : Cbere<br />

„ Patrie ! Quoique je pa[fe pour infenfé dans l'ef-<br />

>, prit de ceux-ci, je fus toujours prêt à. tefecou-<br />

» rir de parole & d'effet; maintenant je te quitte<br />

» Êf tu perds le feul ennemi de Pifijlrate. Que<br />

„ ceux-ci deviennent même fes Gardes <strong>du</strong> corps fi<br />

» bon leur femble. Vous favez, mon Ami, quel<br />

» homme c'eft, & avec quelle fubtilité il a éta-<br />

» bli fa Tyrannie. Il mit d'aberd en ufage la<br />

» flatterie, qui lui gagna la confiance <strong>du</strong> peu-<br />

». P 1 *


44 S O L O N.<br />

„ pie; enfuite s'étant bleffé lui-même, il parut<br />

„ devant le Tribunal des Juges Héliens ( 5 ),<br />

„ en fe plaignant d'avoir été maltraité par fes en-<br />

„ nemis, & demandant qu'on lui donnât quatre<br />

„ cent jeunes gens pour fa garde. ^Envahi je me<br />

„ récriai contre fa demande, il obtint ce qu'il<br />

„ voulut. Ce fut alors qu'entouré de ces fatel-<br />

„ lit es armés de maflues, il ne garda plus aucun<br />

„ ménagement, & renverfa l'Etat de fond en<br />

„ comble. Ainfi c'a été inutilement que j'ai dé-<br />

„ livré les pauvres de l'efclavage où ils étoient<br />

„ ré<strong>du</strong>its, puis qu'aujourd'hui il n'y a perfonnc<br />

t, qui n'obéiffe à Pififtrate.<br />

SoloniPiJiJlrate.<br />

„ Je crois facilement que je n'ai pas de mal 1<br />

), craindre de votre part. J'étois votre ami a-<br />

„ vant que vous foyez devenu Tyran, & je ne<br />

„ fuis pas plus votre ennemi à-préfent que tout<br />

„ autre Athénien qui hait la Tyrannie. Si Athe-<br />

„ nés fe trouve mieux de n'avoir qu'un Maitre<br />

„ que de dépendre de plufieurs, c'eft une ques-<br />

„ tion que je laifle à chacun la liberté de déci"<br />

,, der ; & je conviens même qu'entre ceux qui<br />

„ fe rendent defpotiques, vous êtes le meilleur;<br />

„ mais<br />

($) Le pins grand Tribunal d'Athènes. Il y avoit<br />

quelquefois quinze cent Juges. Hdrptcrdtit*, M.inty^<br />

•AMifultit Crieqmti Tértil II. Ck. IJ.


S 0 L 0 N. 45<br />

mais je ne vois pas qu'il me foit avantageux<br />

de retourner à Athènes ; je donnerois lieu parlà<br />

de 1>lâmer ma con<strong>du</strong>ite, puisqu'il fembleroit<br />

qu'après avoir mis le timon de la Republique<br />

entre les mains <strong>du</strong> Peuple, & avoirrefufé<br />

l'offre qu'on me fit <strong>du</strong> gouvernement, j'ap»<br />

prouverois votre entreprife par mon retour.<br />

Soîon à Créfus. ' • -<br />

'„ J'eftime beaucoup votre amitié, & je vous<br />

affure que fi depuis long-tems je n'avois pris la<br />

réfolution de fixer ma demeure dans un Etat<br />

libre & Républicain, j'aimçrois mieux pafler<br />

ma vie dans votre Royaume qu'à Athènes oft<br />

Pififtrate fait fentir le poids de fa Tyrannie ;<br />

mais je trouve plus de douceur à vivre dans<br />

un lieu où tout eft égal. Je me difpofe pourtant<br />

à aller paffer quejqite tems à votre Cour.<br />

CHILON.


4$ C H I L O N.<br />

C H I L O N.<br />

CHilon, qui naquit à Lacédémone d'un Père<br />

nommé Damagete, a compofé des Elégies<br />

jufqu'au nombre d'environ deux cent vers. Il difoit<br />

que la prévoyance de l'avenir entant qu'il peut<br />

être l'objet de la Raifon, eft la vertu qui dijiingiu<br />

le plus l'homme. Son Frère lui ayant témoigné<br />

quelque mécontentement de ce qu'il fouffroit de<br />

n'être point fait Ephore comme lui qui l'étoit, |<br />

il lui répondit, Cejl que je fais en<strong>du</strong>rer les injures<br />

, & que vous ne le favez point. Cependant<br />

il fut revêtu de cet emploi vers la cinquante-cinquième<br />

Olympiade. Pamphila , qui recule fa<br />

promotion jufqu'à l'Olympiade fuivante, aflure,<br />

fur le témoignage de Soûcrate, qu'il fut fait pre»<br />

mier Ephore (i) pendant qu.'Euthydeme étoit<br />

Archonte (a). Ce fut lui auffi qui donna les Ephores<br />

pour adjoints (3) aux Rois de Lacédémone.<br />

Satyrus attribue pourtant cela à Ljcurgue.<br />

Hé-<br />

(1) Premier, non en datte, mais en dignité'. Il y en<br />

avoit cinq-, liituge j & Ltërct mime dit que le fieie de 1<br />

Chilon avoit ixi Ephore.<br />

(1) C'eft-a-diie, pendant qu'Euthydeme e'toit Archonte<br />

à Athènes. Jtiiugt.<br />

(3) Mintgt explique cela non de l'inftitution desEpho- !<br />

res, mais de quelque réunion de l'autorité des Eph.or.es<br />

Ce de celle des Rois.


C H I L O N. ' 47<br />

Hérodote au I. Livre de fes Hifioires, raconte<br />

qu'ayant vu l'eau des Chaudières bouillir fans feu<br />

pendant qu-'Hippocrate facrifioit aux Jeux Olympiques<br />

, il lui confeilla de refter dans la célibat; ou<br />

s'il étoit marié, de congédier fa femme & de renoncer<br />

à fes enfans. On rapporte qu'ayant demandé à<br />

Efope ce que faifoit Jupiter, il en reçut cette réponfe,<br />

II abaiffe les cbofes hautes & il élevé les baffes. Un<br />

autre lui ayant demandé quelle différence il y avbit<br />

entre les Savans & les Ignorans, Celle dit-il, que<br />

forment de bonnes ejpérances.' Interrogé fur ce<br />

qu'il y avoit de plus difficile, il répondit que c'était<br />

de taire un fecret, detj


4g C H I L O N.<br />

nialbeurs d'autrui; qu'un homme .courageux doit<br />

être doux, afin qu'on ait.pour M plus de refpeft<br />

que de crainte; qu'il faut favôir gouverner<br />

&. maifon ; qu'il faut prendre garde que la langue<br />

ne prévienne la penfée; qu'il importe beaucoup<br />

de vaincre la colère ; qu'il ne faut pas rejetter<br />

la Divination; qu'on ne doit pas délirer des choies<br />

impoffibles ; qu'il ne faut pas marcher avec<br />

précipitation ; & que c'eft une marque de peu<br />

d'efprit de gefticuler des mains en parlant ; qu'il<br />

faut obéir aux Loix; qu'il faut aimer la folitude.<br />

Mais la plus-belle de toutes les fentences<br />

de Chilon eft celiez-cirque, comme les pierres de<br />

touche fervent à éprouver l'Or & en font connoltre<br />

la bonté, pareillement l'Or répan<strong>du</strong> parmi<br />

les hommes fait connoître le caractère des<br />

Bons & des Méchans.<br />

On dit qu'étant avancé en âge, il fe réjouiffoit<br />

de ce que dans toutes fes a&ions il ne s'était<br />

jamais écarté de la Raifon, ajoutant qu'il avoit<br />

cependaat de l'inquiétude au fujet d'un jugement<br />

qu'il aîoit porté, & qui iritéreflbit la vie<br />

d'un de fes Amis ; c'eft qu'il jugea lui-même félon<br />

la Loi, mais qu'il confeilla à fes Amis d'abfoudre<br />

le coupable, perdant ainfî tout à la fois<br />

fouver fon Ami & obferver la Loi (4). Il fut<br />

par-<br />

(4"! La Veifion Latine tra<strong>du</strong>it qu'il confeilla à fon Ami<br />


C H I L o jsr. 4$<br />

particulièrement eftimé des Grecs pour la prédiction<br />

qu'il fit touchant Cythere , Ifle des Lacédéinoniens.<br />

Ayant appris la fituation de cet endroit<br />

, il s'écria : Plût aux Dieux que cette Ifle<br />

n'eût jamais exijlé , ou qu'elle eût été engloutie par<br />

les vagues ou moment de fa naijfance ! Et il ne prévit<br />

pas mal : car Démarate, s'étant enfui de Lacédémone,<br />

confeilla à Xerxès de tenir fa flotte fur<br />

les bords de cette Ifle ; & il n'eft pas douteux<br />

que la Grèce ne fût tombée au pouvoir de fes<br />

ennemis, s'il avoit pu faire goûter ce deflein<br />

iu Roi. Dans la fuite, Cythere ayant été ruinée<br />

<strong>du</strong>rant la guerre <strong>du</strong> Péloponnefe , Nicias y mit<br />

une garnifon d'Athéniens, & fit beaucoup de mal<br />

aux Lacédémoniens. Chilon s'exprimoit en peu<br />

de paroles, façon de parler qu'Ariftagore nomme<br />

Chilonienne, & qu'il dit avoir été celle<br />

dont fe fervoit auffi Branchus qui bâtit le temple<br />

des Branchiades. Il étoit déjà vieux vers la<br />

cinquante-deuxième Olympiade (s), tems auquel<br />

Efope étoit renommé pour fes Fables. Hermippe<br />

écrit que Chilon mourut à Pife (


y, Ç H' I X O N.<br />

Cefte aux JeHx Olympiques. On attribue fa mort<br />

à l'excès de fa joie & à l'épuifement de l'âge.<br />

Toute l'Affemblée lui rendit les derniers devoirs<br />

avec honneur. Voici une Epigramme que j'ai<br />

faite fur ce fujet.<br />

Je te rends grâces, ô Pollux, qui répands une<br />

Irillante lumière, de la Couronne d'Olivier que le<br />

Fils de Cbilon a remportée dans les Combats <strong>du</strong><br />

Cefte i Que fi un Père, en voyant le front de J"on fi<br />

ceint fi glorieufernent, meurt après l'avoir touché<br />

ce n'eft point vue mort envoyée par une fortune e<br />

nemie. Puiffai-je avoir .une fin pareille !<br />

On mit cette Infcription au bas de fa Statue :<br />

La vi&orieuf&Sfarfe donna le jour à Cbilon, qu<br />

fut le plus grand entre les fept Sages de Grèce.<br />

On lui attribue cette courte maxime: Celui qui<br />

fe fait caution; n'eft pas loin de fe caufer <strong>du</strong> dom<br />

mage. On a auffi de lui cette Lettre.<br />

Cbilon à Périandre..<br />

„ Vous me dites que vous allez vous mettre<br />

„ à la tête d'une armée contre des Etrangers,<br />

., pour avoir un prétexte de fortir <strong>du</strong> Pays ; mais<br />

, je ne crois pas qu'un Monarque puifle s'aflurcr<br />

„ feulement la pofTeffion de ce qui eft à lui ;<br />

„ je penfe même qu'on peut eftimer heureux un<br />

„ Tyx an qui a le bonheur de finir fes jouis dans<br />

„ fa niaifon par une mort naturelle.<br />

PITî


-,,*.•-*, --U.<br />

_,-v-- -ï-,'*


P I T T A C U S . s»<br />

PITTACUS.<br />

Pittacus de Mitylene eut pour Père Hyrrhadius,<br />

originaire de Thrace, félon Duris; s'étant<br />

joint avec les frères d'Alcée, il défit les troupes<br />

de Mélanchre, Tyran de Lesbos; Ayant été<br />

chargé de la con<strong>du</strong>ite de l'armée, dans une guerre<br />

entre ceux de fon Pays & les Athéniens, avec<br />

qui ils difputoient la pofleflîon <strong>du</strong> territoire d'Achille,<br />

il réfolut de terminer le différent par un<br />

combat fingulier avec Phrynon Général des Athéniens<br />

, qui avoit eu le prix <strong>du</strong> Pancrace aux Jeux<br />

Olympiques (i). Pittacus, ayant enveloppé fon<br />

ennemi avec un filet qu'il tenoit caché fous fon<br />

bouclier, le tua & fe rendit maître <strong>du</strong> Champ.<br />

Cependant, comme le rapporte Apollodore dans<br />

fes Chroniques, les Athéniens ne laifierent pas de<br />

le contefter dans la fuite aux Mityléniens, & la<br />

déciiïon ayant été remife à Périandre, il adjugea<br />

le territoire aux Athéniens. Cet événement augmenta<br />

le crédit de Pittacus à Mitylene, & on lui<br />

donna le Gouvernement de la Ville qu'il garda<br />

, dix<br />

i'<br />

~~ (i) L'Abbé Giityn fur le Vejty dt P*»f*nUsT. 2. p.<br />

+. £. 3.7., piétend qu'on appellent ainfi un Combat où<br />

oatxoit la Lutte firnple Se la Lutte comporte. 11 y a eu<br />

*nc dHpute là-defliw, é<br />

C'a


3J P. I T T A C U S.<br />

dix ans, au bout defquels il dépofa volontairement<br />

fon autorité, ayant mis la République en bon<br />

ordre. Il furvécut dix autres années à fa "démission<br />

, & confacra le Champ dont fes Concitoyens<br />

lui avoient fait préfent, & qu'on appelle encore<br />

le Champ de Pittacùs. Soficrate dit qu'il s'étoit<br />

letranché lui- même une partie de ce Champ, en<br />

difant que cette moitié qu'il gardoit, lui valoit<br />

plus que le tout. On dit auffi que, Créfus lui<br />

ayant envoyé de l'argent, il s'exeufa de le prendre,<br />

parce que l'héritage de fon frère qui étoit<br />

mort fans laiffer de poftérité, lui en avoit procuré<br />

deux fois plus qu'il n'auroit voulu. Pamphila,<br />

dans le II. Livre de fes Commentaires,<br />

rapporte que Thyrrhée fon fils, fe trouvant à Cumes<br />

(2) dans la boutique d'un Barbier, y fut tué<br />

par la faute d'un Forgeron, qui y jetta une hache;<br />

que les Cuméens fe faifirent de l'homicide,<br />

& l'envoyèrent garroté à Pittacùs, qui, aya»t appris<br />

le cas, pardonna au criminel, en difant que<br />

la clémence étoit préférable aux remords de la<br />

vengeance.<br />

Heraclite rapporte que ce fut au fujet d'AIcée<br />

qu'il avoit fait prifonnier, & qu'il renvoya libre,<br />

qu'il dit qu'il valoit mieux pardonner que punir.<br />

n<br />

(i) Vitle en Opique. Voyage it TàuftnUt T. i. p. lit.<br />

Selon la note de l'Abbe' Gcdtyn, c'eft le Pays qu'on a<br />


P I T T A C U S. ft<br />

Il condamna les gens ivres, s'ils tomboient en<br />

quelque faute, à être doublement punis, & cela<br />

afin de prévenir l'ivrognerie; ce qui étoit d'autant<br />

plus néceûaire, que l'Ifle abondoit en vin.<br />

Une de fes maximes eft, qu'il eft difficile d'étrt<br />

vertueux. Simonide en a fait mention, en difant<br />

que c'eft un mot de Pittacus qu'il eft difficile dedevenir<br />

véritablement bon (3). Platon dans fou Protagoras<br />

a auffi parlé de cette fentence.<br />

Pittacus difoit encore que les.Dieux-mêmes ne<br />

rëfiftent point à la néceffité, & que le gouvernement<br />

eft la pierre de touche <strong>du</strong> cœur de l'homme-<br />

Interrogé fur ce qu'il y avoit de meilleur, ilrépon~<br />

dit que c'étoit de s'acquitter bien de ce qu'on avoit<br />

actuellement à faire. Créfus, lui demandant<br />

quel Empire il regardent comme le plus grand,<br />

- il répondit en faifant allufion aux Loix, Celui que<br />

formera différentes tablettes de bois. Il ne reconnoiflbit<br />

pour vraies victoires que celles qu'on remporte<br />

en épargnant le fang. Phocaïcus parlant<br />

de chercher un homme qui fût bien diligent,<br />

voue*<br />

(3) If. Cafemhtn croît que Diogene a eu ici une erreur<br />

de me'moire, parce que Simonide critique la penfée de<br />

Bittacus, qu'il eft difficile d'être vertueux & que ce Poète<br />

wniloit que Pittacus eut dit feulement, qu'il êfl. difficile 1<br />

de devenir vertueux. La différence qu'il y a entre ces deux<br />

penfees eft, que Simonide a cru que Pittacus avoit voulu'<br />

dire qu'il eft difficile d'être tntjoan vertueux, ce que çe-<br />

Poëte traite de fuppofition impoffible. Voyez cette difpu»te<br />

diai \cProt*£tras de Platon. Voyez auffi-liiiugt..


Ï4 P I T T A C U S.<br />

TOUS chercherez long-tems, lui dit-il, fans le<br />

trouver. Interrogé quelle chofe étoit la plus<br />

agréable, il répondit que c'étoit le Tems ; la<br />

plus obfcure? que c'étoit l'avenir; la plus fûïe?<br />

que c'eft la Terre ; la moins fûre? que c'eft<br />

la Mer. Il difoit que la Prudence doit taire<br />

prévoir les malheurs avant qu'ils arrivent pour<br />

tâcher de les détourner, & que, lorfqu'ils font<br />

arrivés, le courage doit les faire foutenir ; qu'os<br />

me doit jamais dire d'avance ce qu'on fe propofe<br />

de faire, de crainte que fi on ne réuflk<br />

pas on ne s'expofe à la rifée ; qu'il ne faut point<br />

infulter aux malheureux, de peur de s'attirer la<br />

vengeance des Dieux; que fi on a reçu un dépôt,<br />

il faut le rendre; qu'on ne doit point médire<br />

de fes amis, pas même de fes ennemis. Pratiquez<br />

la piété, difoit-il, aimez la tempérance, respectez<br />

la vérité, la fidélité, acquérez de l'expérience<br />

& de la dextérité, ayez de l'amitié & de<br />

l'exa&itude.<br />

Parmi les chofes qu'il a dites en vers, on loue<br />

entt'autres cette penfée.<br />

Il faut avoir un Arc & un Carquois de flèches pour<br />

fe faire jour , dans l'efprit <strong>du</strong> méchant : car fa<br />

bouche nt dit rien qui fait digne de foi, &fes paroles<br />

cachent un double fensjiu fond <strong>du</strong> cœur.<br />

Il fit des Elégies jufqu'au nombre de fix cens<br />

vers, & un Difcoure en profe fur les Loix<br />

idreflë i fes Concitoyens. Il florifloit principalement


P I T T A C U S . 55<br />

ment vers la XLII. Olympiade ; & mourut la<br />

troifleme année de la LU, fous / rifto nene, étant,<br />

âgé de foixante & dix ans; On mit cette Epita"phe<br />

fur fon Tombeau.<br />

Pittacus! Lesbos lafainte qui t'a donné le jour;<br />

fa mis en pleurant dans ce Tombeau. (4)<br />

Outre fes Sentences rapportées ci - deflus, il y a<br />

encore celle-ci, ConnoiJJez le Tems. Phavoriit<br />

dans le I. Livre de fes Commentaires & Démétrius<br />

dans fes Equivoques, parlent d'un Légiflateur de<br />

même nom qu'on appella Pittacus le petit. Callimaque<br />

a décrit, dans fes Epigrammes, la rencontre<br />

que notre Sage fit d'un Jeune-homme qui<br />

•vint lui demander confeil fur fon mariage; voici<br />

fon récit.<br />

„ Un Etranger d'Atarné vint demander confeil<br />

„ à Pittacus de Mitylene fils d'Hyrrhadius. Mon<br />

„ Père, lui dit - il, je puis époufer deux filles, l'une<br />

,r a une fortune aflbrtie à la mienne, l'autre me<br />

„ furpafle en biens & en nâhTance; laquelle pren-<br />

„ drai-je ? dites - le - moi, je vous prie. A ce» mots<br />

„ Pittacus, levant le bâton dont il fe fervoit pour fe<br />

„ fou-<br />

(4) Mitylene etoit dans rifle de Lesbos. PanfanUt.<br />

Au-refte Minait fait ici une correction ou une conjeâuze<br />

dont nous laiflons le jugement aux Savans; nous ne<br />

ht fuirons pas, parce que H. Etitmt regarde lé mot-que<br />

MhuLgt corrige, comme un mot qui lignifie Mère dans de<br />

Aon Auteur», moyennant peut-Sue le changement.d'une:<br />

lettre.<br />

C4


,56 P I T T A C U S .<br />

„ foutenir, lui fit remarquer des enfans qui fai-<br />

„ foicnt tourner leurs toupies. Ils vous appren-<br />

„ dront, dit - il, ce que vous devez faire. Al •<br />

„ lez, faites comme eux. Le Jeune-homme s'é-<br />

„ tant donc approché, entendit ces enfans qui fe<br />

„ difoient l'un à l'autre, prends une toupie qui<br />

„, foit ta pareille; & comprenantlà-deûusl'avis <strong>du</strong><br />

„ Sage, il s'abftint d'un trop grand établiflement»<br />

„ & époufa la perfonnequi étoit la plus aflbrtie à<br />

„ fon état. Vous doncauffi, Dion, prenez vo-<br />

„ tre pareille. " Il eft vraifemblable que Pittacus<br />

en parloit ainfi par fon propre fentiment : car il<br />

avoit époufé la fœur de Dracon fils de Penthile t<br />

femme dont l'extraction étoit au-deflus de la fienne,<br />

& qui le traitoit avec beaucoup de fierté.<br />

Alcée donne à Pittacus plufieurs épithetes,<br />

l'une prife de ce qu'il avoit de grands pieds, l'autre<br />

de ce qu'il s'y étoit formé des ouvertures, une<br />

autre de l'orgueil qu'il lui attribuoit, d'autres de<br />

ce qu'il étoit corpulent, de ce qu'il foupoit fans<br />

lumière, de ce qu'il étoit mal-propre &mal arrangé.<br />

Au-refte , fi l'onen croit le Philofophe Cléar.que,<br />

il. avoit pour exercice de moudre <strong>du</strong> bled.<br />

On a de lui cette Lettre.<br />

Pittacus à Créfus.<br />

„ Vous voulez que je me rende en Lydie pour<br />

„ voir vos Thréfors. Sans les avoir vus, je crois.<br />

„ aifément que le fils d'Alyattçs furpafle en richef-<br />

„ fes


PI T T A C U S; sp<br />

„. (es tous les Rois dé la Terre. D'ailleurs, à<br />

„ quoi me ferviroit de faire le voyage, de Sardes ?<br />

„ L'Argent ne me manque point,. étant content<br />

„ de ce dont j'ai befoin pour moi & mes Amis.<br />

„ Je viendrai cependant, engagé par votre hos- -<br />

„. pitalité pour jouir- de votre commerce. -<br />

*r&<br />

C s BIAS


il<br />

ss s r A s.<br />

B I A S.<br />

B las de Priene fut fils de Teutame. Sàtyrus<br />

fait plus de cas de lui que d'aucun des autres<br />

Sages de la Grèce. Plufieurs croyent qu'il fut<br />

niche. Duris le dit Etranger ; & Phanodicus rapporte<br />

qu'il racheta des.filles.de Meflene captives,<br />

qu'il les éleva avec des foins de Père, qu'enfuite il'<br />

les dota & les renvoya à Meflene, auprès de leursparens.<br />

Peu de tems après, le Trépied d'or ayant<br />

été trouvé à Athènes pat des Pécheurs avec cette<br />

Infcription, Au plus Jâge, ces filles vinrent dire<br />

que ce titre appartenoità leur Libérateur; c'eftle<br />

récit de Satyrus ; mais Phanodicus & d'autres prétendent<br />

que ce fut leur Père qui fe préfenta à-<br />

1?Aflemblée, & qu'après avoir ren<strong>du</strong> compte aa<br />

Peuple de la générofîté <strong>du</strong> Philofophe, il le nomma<br />

fage ;: que I&deflus le Trépied fut envoyé â<br />

Bias, qui, ayant regardé l'Infcription, dit qu'il n'y<br />

avoit qu'Apollon de fage, & refufa de le prendre.<br />

D'autres difent qu'il reçut le Trépied, mais qu'il<br />

lé confacra à Hercule dans la Ville de Thebes, enconfidératlon<br />

de ce qu'il étoit iflu des Thébains,<br />

dont Priene étoit une Colonie, félon Phanodicus.<br />

On rapporte que Priene fa patrie étant, aflîégéet<br />

par Alyattes,, il engraiflà deux Mulets -qu'il chaffà<br />

enfui-


Ê f  £• &<br />

enfuité vers le Camp ennemi ; oc que Té Roi, étotiy<br />

né de voir ces animaux en ff bon état, envoya recônnoltre<br />

la Place dans l'incertitude s'il Ieveroitlc<br />

fiége ,• qu'informé <strong>du</strong> deflein, Bias couvrit dé bled<br />

deux grands monceaux de fable qu'il fît voir à l'Espion<br />

; qu'Alyattes, ayant enten<strong>du</strong> fon rapport, propofa<br />

des conditions aux Affiéges ; & qu'après la con*<br />

cluflon de la paix il manda Bias, qui lui confettis<br />

de matoger dès oignons -, lui donnant à entéir<br />

dre qu'il avoit lieu de pleurer de fa cré<strong>du</strong>lité. If<br />

pafle pour avoir été habile Jurifconfulte & ardent<br />

dans fes Plaidoyés, mais il n'employoit ce feu qu'à"<br />

défendre de bonnes Caufes. Par cette raifon Démodicus<br />

de Léios (i) le donne pour modèle, eir<br />

difant que^ on a des caufes à juger, il faut'imitir<br />

l'exemple de Priene ; & Hipponax ne fait pas moins<br />

fon éloge, Ierfqu'il dit que fi'on ejl appelle à juger,<br />

il fautfurpaffer Bios de Priene. Voici dé quelle<br />

manière il mourut. Il étoit fort avancé en âge, &<br />

plaidoit une Caufe. S'étant tû pour le repofer, if<br />

appuya fa tête fur fon petit fils, pendant que fon adverfaire<br />

expofoit fesraifons. Les Juges ayant pefe :<br />

les unes & les autres, prononcèrent en faveur de<br />

Bias; mais commel'Aflembléefeféparoit, on trou-<br />

(i) Il y a dans-le Giec Jf^iltrit, je fuit fa cout&'oa<br />

«de Menait, confirmée ça: Ertfntt, ChilUdn page ut:.<br />

Au-iefte il y a des Variantes fur le paQage de Démodias<br />

& d'Hippoftaxt<br />

C ôV<br />

var


é&. B I A S.<br />

va qu'il avoit ren<strong>du</strong> l'ame dans l'attitude où il s'étoit<br />

mis.. La Ville lui fit de magnifiques obfe-<br />

«jues, & fit mettre cet éloge fur fon Tombeau.<br />

Cette Pierre couvre Bias l'ornement de Viorne,,<br />

ii étoit né dans les contrées de la célèbre Priene.<br />

Nous ayons, fait auffi cette Epigramme fur fou<br />

«ijet.<br />

Ici repofeBias, que Vàge avoii blanchi quand Mer'<br />

«ure l'emmena doucement chez les morts. Il plat doit<br />

§£• il défendait un Ami, lorfque, s'étant penché dans<br />

tes bras d'un enfant y il fut pris <strong>du</strong> dernier fom~<br />

meil. (2><br />

Il compofa deux mille Vers fur l'Ionie, dont le.<br />

fijjet étoit le moyen par lequel on pouvoit rendre<br />

ce. Pays plus heureux. Parmi fes Sentences PoS"r<br />

tiques, on remarque celles-ci. Tâchez toujours de<br />

plaîre à vos Concitoyens, & n'abandonnez point,<br />

votre Ville affligée:car rien ne concilie plus de bienveillance<br />

, au-lieu que des mœurs fuperbes font fouvent<br />

nuifibles. 11 difoit auffi que la force <strong>du</strong> corps»<br />

eft un don de la nature; mais que defavoirconfeil-ler<br />

ce qui eft utile à fa patrie, eftune qualité de l'ame.<br />

& d'un bon jugement.; que beaucoup de gens,<br />

ne doivent leur opulence qu'au hazard ; qu'on eft<br />

malheureux de ne pas favoir fupporter L'infortune ;<br />

(4-) Voyez- le Thre'ftr d'Etienne fur le fécond mot <strong>du</strong>.<br />

dernier vas de cette Epigramme i je ne fai pas pourquoi*<br />

i] y attribue ces vers à Antipater, on poiuioit peut-eue<br />

«n trouver la raifort dans /'^


B I A S.


é% B I A S.<br />

confeils ; foyez lents à entreprendre & fermes I<br />

exécuter ce que vous avez entrepris; La précipitation<br />

à parler marque de l'égarement. Aimez<br />

la prudence. Parlez fainement des Dieux. Ne<br />

louez point un mal-honnête homme à caufe-do<br />

fes richeffes. Faites-vous prier pour recevoir<br />

quelque chofe,. plutôt que de vous en emparer<br />

avec violence. Rapportez aux Dieux toutce que<br />

vous faites de bien. Prenez la< fageffe pour votre<br />

compagne depuis la jeunefle jufqu'à la vieillefle:<br />

car c!eft de tous les biens, qu'on peut.pos^<br />

féder, celui qui-eft le plus afiuré.<br />

Nous avons vu qu'Hipponax afaitmehtion de<br />

Bias • & Heraclite même, cet homme fi difficile à<br />

contenter, a parlé de lui dhzne manière avantaseufe.<br />

Priene,. dit- il, fut le lieu de la naiffance<br />

de Bias, fils deTeutame, & celui de tous les PhL<br />

lofophes dont on parle le plus; fes Concitoyens lui*<br />

dédièrent.une Chapelle, qu'ils nommèrent Teu-<br />

Ktmium. On lui attribue cette fentence, qu'il<br />

y a. beaucoup d'hommes de méchant caraUere.<br />

CL KO


CLEO B U L E.


44. C L E O B TJ L E.<br />

Ceux qui font dans cette opinion, fe fondèntrfur<br />

le témoignage de Simonide dans le Poème où'<br />

il dit, Qui peut raifonnablement louer le Lindien-<br />

Cléobule, d'avoir oppofé desJlatues à des Rivières »'«•<br />

tarijjables, aux fleurs <strong>du</strong> Printemps, aux rayons dw<br />

Soleil, à la clarté delà Lune-& aux tournons de la<br />

Mer? Tout cela eji au-âeffous des Dieux, £? les<br />

mains des hommes peuvent brifer la pierre. Ce font'<br />

Us idées d'un homme peu fenfé. Au - refte, on'-remarque<br />

que cette Epitaphe ne peut point être<br />

d'Homère, qui vivoit long-tems avant Midas.<br />

Pamphila dans fès Commentaires rapporte cette<br />

Enigme qu'on attribue à Cléobule. „. Un Père<br />

„ a douze enfans qui ont chacun trente filles r<br />

t) mais de beauté différente, les unes font: bru-<br />

„ nés, les autres blondes ; & quoiqu'elles ayenC<br />

., la vertu d'être immortelles, toutes fe fuccedent,<br />

„ aucune n'eft exempte de la mort. C'eftPAn»<br />

i». née.<br />

Parmi fes Sentences Poétiques, voici les plusapprouvées.<br />

L'ignorance & l'abondance de paroles,<br />

régnent parmi'les hommes, mais le tems les instruit,<br />

(i). Penfez à quelque chofé d'élevé. Ne<br />

vous rendez pas défagréable fans fujet. U difoitqu'il<br />

faut marier les filles de manière qu'elles foient.<br />

jeunes pour, l'âge & femmes pour l'eiprit, infirmant<br />

(i) Je fait ici une note de KHknitt qui me jaiolt meil*<br />

Irait que celle de Msiugt,.


C.L.E^O, B U LE. 65<br />

nOant par-là qu'il faut prendre foin de leur é<strong>du</strong>cation.<br />

Il avoit pour maxime qu'on doit obliger<br />

fes amis pour fe les rendre plus intimes, & fes ennemis<br />

pour en faire des amis, &que par ce moyen<br />

on évite les reproches de fes amis & les mauvais<br />

deflèins de fes ennemis. Il difoit encore qu'avant<br />

de fortir de fa maifon, on doit examiner ce<br />

qu'on va faire, & à fon retour examiner ce qu'on<br />

a fait. Il confeilloit l'exercice <strong>du</strong> corps, & recommandoit<br />

d'aimer plus à écouter qu'à parler;<br />

d'aimer mieux l'étude que l'ignorance ; d'employer<br />

fa langue à dire <strong>du</strong> bien ; de fe rendre la vertu<br />

propre, & de s'éloigner <strong>du</strong> mal; de fuir l'injuftice;<br />

de fuggérer à fon Pays-ce qui tend le plus à<br />

fon bien; de réfréner la volupté; de n'employer<br />

h violence en quoique ce foit ; de pourvoir à réé<strong>du</strong>cation<br />

de fes enfans ; de renoncer à l'inim.itié ;<br />

de ne flatter ni gronder fa femme, en préfence<br />

d'étrangers , l'un étant une petitefle & l'autre une-.<br />

îndifcrétion ; de ne pas punir un Domeftique<br />

pendant fon ivrefle, fi on ne veut pafler pour<br />

être ivre foi - même ; de fe marier avec fon égale,<br />

de peur d'avoir fes parens pour maîtres ; de ne<br />

pas fe moquer de ceux qui font injuriés, de peur<br />

de fe les attirer pour ennemis ; de ne pas s'enorgueillir<br />

dans la profpérité & de ne point s'abattre<br />

dans l'affliction; enfin, d'apprendre à fupporter<br />

courageufement les changemens de la Fortunea


66 CLEOB ULE,<br />

Il mourut à l'âge de foixante & dix ans-r fon<br />

Epitaphe contient fes louanges.<br />

Linde que la Mer arrofe de tous côtés, pleure Ai<br />

perte <strong>du</strong> J"âge Géobule, dont elle fut la patrie.<br />

Il eft Auteur de cette courte Maxime, la maniere<br />

eji ce qu'il y a de meilleur en toutes cbojts. Il<br />

écrivit auffi cette Lettre à Solon-<br />

Cléohule à Solon.<br />

„ Certainement vous [avez beaucoup d'Ami»<br />

„ qui ont chacun leur maifon. Je crois cepen-<br />

„ dant que Linde eft le féjour le plus commode<br />

„ que Solon puiffe fe choifir. Outre l'avantage<br />

„ qu'elle a d'être libre, -cette Ville eft fituée<br />

„ dans une Ifle. Si vous voulez y demeurer,<br />

„ vous n'y aurez rien de fâcheux à craindre de<br />

„ Pififtrate, & vos Amis fe feront un plaifir. d'y<br />

,, accourir de tous côtés.<br />

PERI AN-


PERIANDRE. 67<br />

PERIANDRE.<br />

P Eriandre de Corinthe étoit fils de Cypfele, &<br />

iflu de la famille des Héraclides. Il époufa<br />

Lyfîs, à laquelle il donna le nom de Mélifle. Elle<br />

étoit fille de Proclès, Tyran d'Epidaure, & d'Eriftbénée<br />

qui étoit fille d'Ariftocrate, & fœur d'Ariftodeme,<br />

perfonnages qui, au rapport d'Héraclide<br />

de Pont, dans fon Livre <strong>du</strong> Gouvernement,<br />

commandoient alors à prefque toute l'Arcadie.<br />

Périandre eut de Lyfîs deux fils, Cypfélus& Lycophron<br />

; l'ainé paflbit pour idiot, mais le cadet<br />

avoit <strong>du</strong> génie. Dans la fuite, Périandre ayant<br />

pris querelle avec fa femme, fe laifla aller à un<br />

fi violent tranfport de colère, que, malgré fa grosfeue<br />

, il la jetta <strong>du</strong> baut des dégrés & la tua â<br />

coups de pieds,-étant portée cela par les calomnies<br />

de fes concubines, qu'il fit cependant<br />

brûler enfuite. 11 bannit fon fils Lycophron à<br />

Corcyre à caufe de la triftefTe où- l'avoit plongé<br />

la mort de fa Mère. Depuis, fe fentant af»<br />

foiblir par l'âge, il le rappella pour lui remettie<br />

fon autorité; mais les Corcyréens en étant avertis,<br />

ôterent la vie au jeune - homme. Cette<br />

nouvelle l'irrita tellement, qu'il envoya les<br />

enfans de ces ihfulaires à AJyattes,, pour<br />

les


6g PERI ANDRE.<br />

les faire Eunuques ; mais comme le vaiffeau »pprochoit<br />

de Samos, ils adretTerent des vœux i<br />

Junon & furent délivrés par les habitans <strong>du</strong> lieu.<br />

Périandre en fut fi mortifié, qu'il en mourut de<br />

douleur âgé de près de quatre-vingt ans. Soficrate<br />

allure que fa mort arriva quarante ans avant<br />

la captivité de Créfus (i) & un an avant laXLIX.<br />

Olympiade. Hérodote dans le I. Livre de fes<br />

Hijioires dit qu'il fut quelque tems chez Thrafybule,<br />

Tyran de Milet. Ariftippe, dans fon I. Livre<br />

des Déliées de l'Antiquité, raconte que Cratée<br />

fa Mère, s'étant prife de paflion pour lui, venoit fecrétement<br />

auprès de lui de fon confefitement, &<br />

que, ce commerce étant devenu public, ledéplaifir<br />

qu'il reflentit d'avoir été furpris, le rendit cruel.<br />

Ephore raconte aufli dans fon Hiftoire, qu'il fit<br />

vœu de confacrer une ftatue d'or s'il étoit vainqueur<br />

dans la Courfe des Chars aux Jeux Olympiques;<br />

qu'il eut le fuccès qu'il fouhaitoit ; mais<br />

que, n'ayant pas dequoi fournir à fon vœu, il dépouilla<br />

, pour s'en acquiter, toutes les femmes, des<br />

bijoux dont elles s'étoient parées dans une Fête<br />

publique. On dit encore que, voulant qu'après<br />

&. mort on ignorât ce que fon Corps étoit deve- (<br />

nu, il s'avifa de cet expédient; qu'il <strong>mont</strong>rai<br />

deux<br />

(i) Je fois la note de Minage. Voyez auffi la temai*<br />

que de Jifuts Cafftl fur ce pafliige, Hifi. Sac, tr £»«.<br />

An <strong>du</strong> monde 34$ $. 8c 341*.


PERIANDRE.


yo PERIANDRE.<br />

des préceptes jufcm'au nombre de deux mille vers.<br />

Il diloit que, pour régner tranquilement, ilfalloit<br />

Être gardé par la bienveillance publique plutôt<br />

que par les armes. On lui demandent pourquoi<br />

il perfiftoit dans fa Tyrannie: parce, dit-il,<br />

qu'il eft également dangereux d'y renoncer volontairement<br />

& d'être contraint à la quitter. On<br />

lui attribue aufll ces Sentences. Le repos eft<br />

agréable, la témérité périlleufe ; le gain eft<br />

honteux ; le Gouvernement Populaire vaut mieux<br />

que le Tyrannique ; la volupté eft paflàgere & la<br />

gloire immortelle. Soyez modéré dans le bonheur<br />

& prudent dans les événemens contraires.<br />

Montrez-vous toujours le même envers vos amis,<br />

foit qu'ils foient heureux ou malheureux. Acquittez-vous<br />

de vos promefies, quelles qu'elles<br />

foient. Ne divulguez pas les fecrets qui vous<br />

font confiés. PunifTez non feulement ceux qui<br />

font mal, mais même ceux qui témoignent vouloir<br />

mal faire.<br />

Périandre fut le premier qui fournit .l'autorité<br />

de la Magiftrature à la Tyrannie, & fe fit efeorter<br />

par des Gardes, ne permettant pas même de<br />

demeurer dans la Ville à tous ceux qui le vouloient,<br />

comme le rapportent Èphore & Ariftote.<br />

Il fleuriflbit vers la XXXVIII. Olympiade, & fe<br />

maintint pendant quarante ans dans fa Tyrannie.<br />

Sotion, Héraclide & Pamphila dans le V. Livre<br />

de


PERIANDRE. „<br />

de fes Commentaires, diftinguent deux Périandies<br />

l!un Tyran, & l'autre Philofophe qui étoit de la<br />

Ville d'Ainbracie. Néanthe de Cyzique veut<br />

même qu'ils ayent été Coufîns - Germains <strong>du</strong> côté<br />

de Père. D'un autre côté, Ariftote dit que celui<br />

de Corinthe étoit le ûge, «Se Platon le nie. Il<br />

avoit coutume de dire que le travail vient à bout<br />

de tout. Il voulut percer Tlfthme de Corinthe.<br />

On lui attribue ces Lettres.<br />

Périandre aux Sages.<br />

„ Je rends grâces à Apollon Pythien de ce<br />

„ qu'il a permis que je vous écrivifle dans un<br />

» tems où vous êtes tous aûemblés en un même<br />

„ lieu. J'efpere que mes Lettres vous con<strong>du</strong>i-<br />

„ jont à Corinthe ; & je vous recevrai, comme<br />

„ vous le verrez vous-mêmes, d'une manière<br />

„ tout-à-fait populaire. L'année dernière vous<br />

„ fûtes à Sardes en Lydie ; venez, je vous prie,<br />

,, celle-ci, à Corinthe, dont les habifans vous<br />

„ verront avec plaifir rendre vifite à Périandre.<br />

Périandre à Proclès.<br />

„ Le crime que j'ai commis contre monEpou,*<br />

„ fe a été involontaire (3). Mais vous ferez<br />

» une<br />

(s) C'eft-l-dire de l'avoir tuée. Montdtnt EJTaisViv 3<br />

Ch.


7» PERIANDRE.<br />

„ une injuftice, fi vous me témoignez volontaire-<br />

„ ment votre refientiment, en vous fervant pour<br />

„ cela de mon fils. Faites donc cefler fon in-<br />

„ humanité envers moi, ou je m'en vengerai<br />

„ fur vous. J'ai vengé la mort de votig fille en<br />

„ condamnant mes Concubines au feu, & en fai-<br />

„ fant brûler vis-à-vis de fon Tombeau les vête-<br />

„ mens des femmes de Corinthe.<br />

Il reçut de Thrafibule une Lettre conçue en<br />

ces termes.<br />

Torajibule à Périandre.<br />

„ Je n'ai rien répon<strong>du</strong> aux demandes de votre<br />

„ Héraut. Je me fuis contenté de le mener dans<br />

„ un champ femé de bled, où, tandis qu'il me<br />

„ fuivoit, j'abattois avec mon bâton les épis qui<br />

„ s'élevoient au-deflus des autres, en lui recom-<br />

„ mandant de vous faire rapport de ce qu'il<br />

„ voyoit. Faites comme moi. Et fi vous voulez<br />

„ conferver votre domination, faites périr les<br />

„ principaux de la Ville, amis ou ennemis, il n'im-<br />

„ porte. L'Ami même d'un Tyran doit lui être<br />

„ fufpeft.<br />

AN A-


ÀNACHARSIS. 73<br />

ANACHARSIS.<br />

A Nacharfis, le Scythe, fils de Gnurus Se frère<br />

de Ca<strong>du</strong>idas, Roi de Scythie, eut pour<br />

ïlere une Grecque, auflï favoit*-il les deux Langues.<br />

Il compofa un Poëme d'environ huit cens<br />

vers fur les loix de fon pays & fur celles des<br />

Grecs par rapport à la manière de vivre & à la<br />

frugalité , & fur la guerre. Sa hardiefle & fa<br />

fermeté à parler, donnèrent lieu au proverbe parler<br />

comme les Scythes. Soficrate prétend qu'il vint<br />

à Athènes vers la XLVII. Olympiade, pendant<br />

qu'Eucrate étoit Archonte.<br />

Hermippe rapporte qu'Anachariis, étant venu<br />

à la maifon de Solon, & lui ayant fait dire par<br />

on domeftique qu'il fouhaitoit de le voir & s'il<br />

pouvoir entrer avec lui en fociété d'hofpitalité,<br />

Solon lui fit répondre qu'on n'offroit rhofpitalité<br />

que dans fon propre pays ; & que là - deflus Anacharfis<br />

étant entré, lui dit qu'il fe regardoit coin<br />

me étant dans fa patrie, & qu'il pouvoit par cette<br />

raifon former les nœuds de cette amitié; que<br />

Solon, furpris de fa préfence d'efprit, le reçut chez<br />

lui & lia avec lui une grande amitié. Quelque<br />

tems après, il retourna en Scythie, & ayant<br />

para en vouloir changer les loix & intro<strong>du</strong>ire<br />

Tme I. D celles<br />

;


^ A N A C H A R S I S".<br />

celles de Grèce, il fut tué d'un coup de flèche<br />

par fon frère dans une partie de chafTe; & en<br />

mourant, il fe plaignit de ce qu'après être forti<br />

fain & fauf de la Grèce, par le moyen de l'Eloquence<br />

& de laPhilofophie, il étoit venufuccomber<br />

dans fa patrie aux traits de l'Envie. D'autres<br />

difent qu'il fut aûafliné dans un Sacrifice où<br />

il pratiquoit les Cérémonies Grecques. J'ai fait<br />

cette Epitaphe pour lui.<br />

Anacharfis, de retour en Scytbie,propoJeaux Scythes<br />

de régler leur con<strong>du</strong>ite fur les coutumes des<br />

Grecs, d peine ce malheureux vieillard ldcbe-t-il cette<br />

parole, qu'une flèche lui coupe la voix & le ravit<br />

parmi les Immortels- On lui attribue cette fentence,<br />

que la vigne porte trois fortes de fruits, le<br />

plaifir, l'ivrognerie f & le repentir. Il s'étonnoit<br />

de ce qu'en Grèce, les Maîtres en quelque Science,<br />

difputant d'habileté, étoient jugés par des gens<br />

qui n'étoient point Maîtres eux-mêmes. Interro-<br />

*gé quel moyen il croyoit le plus propre â préferver<br />

de l'ivrognerie, il répondit que c'étoit de<br />

fe repréfenter les infamies que commettent les<br />

Ivrognes. H ne pouvoit comprendre que les<br />

Grecs, puniflant ceux qui injurioient quelqu'un,<br />

honoraffent les Athlètes qui -s'entretuoient.<br />

Ayant oui dire qu'un Vaifleau n'avoit que quatre<br />

doigts d'épaifièur, il n'y a donc, dit-il, pas plus<br />

de diftancè entré la vie & la mort de ceux qui<br />

voyagent fur Mer. 'S appelloit l'huile un remède


ÀNAÇHARSIS. 7$<br />

mede qui rendoit phrénétique, parce que le»<br />

Athlètes, après s'en être frottés le corps, étoienÇ<br />

plus furieux qu'auparavant U demandent pourquoi<br />

ceux qui interdifoient le menfonge, mentoient<br />

ouvertement dans les Cabarets. Il trouroit<br />

étrange que les Grecs fe ferviflent de petite<br />

.gobelets, au commencement d'un feftin > & en<br />

prùTent de plus grands à la fin. On lit ces mots<br />

au pied de fes ftatues ,* il faut régler la Parole,<br />

la Goumtmdife & l'Amour. Quelqu'un lui demandant<br />

s'il fe trouvoit des flûtes dans foa<br />

Pays : non, dit-il, il ne s'y trouve pas même<br />

des vignes. Un autre lui demanda quels étojent<br />

les Vaifleaux les plus fors: ceux, dit-il, qu'on<br />

tire à terre. Une chofe fur-tqut lui paroiflbit finguliere<br />

chez les Grecs, c'eft qu'ils laiffoient la<br />

fumet <strong>du</strong> bois fur les <strong>mont</strong>agnes, fe fervant en<br />

ville de bois qui ne rendoit point de fumée (i).<br />

-On lui demanda quel nombre l'emportoit, celui<br />

des vivans ou celui des morts. Parmi lesquels<br />

placez-vous ceux qui font fur mer? répondù-il.<br />

Un Grec lui reprochant qu'il étoit Scythe, je><br />

Jais, ripliqua4-il, que ma patrie ne me fait point<br />

d'honneur, mais vous faites honte à la vûtre.<br />

Interrogé fur ce que les hommes ont de bon &<br />

de mauvais, il répondit que c'étoit la langue.<br />

ft) Cela Kgardoît le bois qu'on falfoît bouBlii, pont<br />

«u il M sertit point de ramée. Uin»sf.<br />

: D a<br />

Il


76 A N A C H Al S I S.<br />

Il difoit qu'il aimoit mieux n'avoir qu'un Ami<br />

qui fut digne de l'eftime de tout le monde, que<br />

d'en avoir plufieurs qui ne méritaflent l'eftime<br />

de perfonne. On lui attribue encore d'avoir dit<br />

que les Marchés font des lieux deftinés à autorifer<br />

la fupercherie. Un Jeune-Homme lui ayant<br />

fait affront en pleine table, mon ami, lui dit-il,<br />

Si vous ne pouvez porter le vin â votre âge,<br />

vous porterez l'eau quand vous ferez vieux. Il<br />

inventa pour l'utilité publique le crochet & la<br />

roue des Potiers ; c'eft <strong>du</strong>-moins le fentlment de<br />

quelques perfonnes. Au-refte il écrivit cette Lettre<br />

au Roi de Lydie.<br />

jinaciarjls à Crifus.<br />

„ Monarque des Lydiens, je fuis venu en<br />

"„ Grèce pour y apprendre les moeurs & les<br />

„ constitutions <strong>du</strong> peuple de cette Contrée. Il<br />

„ ne me faut, ni or, ni argent; je ferai tropfa-<br />

„ tisrait.fi j'ai le honneur de retourner plus ver-<br />

„ tueux & plus éclairé dans ma patrie. Je ne<br />

„ viendrai donc à Sardes, que parce que je re-<br />

„ garde comme un grand avantage de mériter<br />

„ votre eftime.<br />

MYT


M y S O N. 17<br />

M Y S O N.<br />

M Yfon, fils de Strymôn, comme dit Sofîcrate<br />

en expliquant Hermippe, & originaire<br />

de Chénée, Bourg <strong>du</strong> Mont iEta,ou de laLaconie;<br />

étoit <strong>du</strong> nombre des fept Sages; on dit que<br />

fon Père avoit ufurpé la Tyrannie. Quelqu'un a<br />

écrit qu'Anacharfis, ayant confulté Apollon Pythien,<br />

pour favoir qui étoit plus fage que lui, il<br />

reçut de la Pretreffe une réponfe, pareille à celle<br />

qu'elle avoit faite à Chilon, & dont nous avons<br />

parlé dans la vie de Thaïes.<br />

Je te déclare que Myfon l'&téen, natif de Chinée<br />

, ejl plus fage que toi. On ajoute qu'Anacharfis,<br />

«'étant mis là-deflus à le chercher, vint è foa<br />

Village, & que, l'ayant trouvé qui accommodolt,<br />

en Eté, le manche de fa charrue, il lui' dit, Myfon,<br />

ce n'eft pas à-préfent la faifoij de labourer;<br />

à quoi il répartit, c'eft celle de s'y préparer.<br />

D'autres veulent que l'Oracle le nomma Etéen,<br />

& font en peine de favoir qui ce terme défigne.<br />

Parménide foupçonne qu'Etée eft un Village où<br />

Myfon prit naiffance. Soficrate dans fes Succèsfions,<br />

pènfe qu'il étoit de race Ethéennè <strong>du</strong> côté<br />

de fon père, & de famille Chénéenne <strong>du</strong> côté<br />

de fa mère. Eutyphron, fils d'Héraclide de Pont,<br />

D 3 dit


}S M Y S O N.<br />

dit qu'il étoit né dans l'Ifle de Crète, ou il y a<br />

un Bourg nommé, Etea. Anaxilas au-contraire<br />

le fait fortir <strong>du</strong> fond de l'Arcadie. Hipponax<br />

parle de lui en fe fervant de ces termes : Myfon,<br />

ce Fhilofophe dont Apollon éleva la fageffe audeiïus<br />

de celle de tous les hommes. Aristoxene,<br />

dans fes différentes Hiftoires, dit qu'il reûemblott<br />

beafcoup à Timon & à Apémante <strong>du</strong> côté des<br />

mœurs, en ce qu'il étoit mifanthrope, & qu'on<br />

l'entendit rire feul, dans un lieu écarté de Lace*<br />

démène. Celui qui le furprit dans ce moment,<br />

lui ayant demandé pourquoi il rioit, n'ayant perfonne<br />

avec lui, c'eft juftement, dit-il, pour cela<br />

«lue je ris. Ariftoxene dit que, tant par cette raifon,<br />

que parce qu'il étoit peu relevé par le lieu<br />

de fa naifTance,qui n'étoit pas une Ville,mais un<br />

fimple Bourg, il fut peu célèbre; & cela fut eaufe<br />

que plufleurs attribuèrent les chofes qu'il a<br />

élites à Pyfiftrate le Tyran, excepté Platon le<br />

Philofophe qui a parlé de lui dans fon Protagotas,<br />

& qui le met à la place de Périandre. Il difoit<br />

que ce n'efi point par lafcience des panlet<br />

Qu'il faut parvenir à la connoiffance des ebofes,<br />

mais que c'eft par l'étude des ebofes qu'il faut déterminer<br />

les paroles; parce que les mots font pour les<br />

ebofes, £f non pas les ebofei pour les mots. Il finit<br />

fa vie la quatre-vingt-dix-feptieme année de fon<br />

Ige.<br />

EPt


EPI M EN IDE. 7*<br />

EPIMENIDE.<br />

T Héopompe & d'autres avec lui dtfent qu'Er<br />

piménide étoit fils de Pheftius; quelquesuns<br />

lui donnent pour père Dofias, d'autre Agé&rquc^<br />

U. étoit Cretois, d'origine & naquit â<br />

Gnoffe ; mais, comme il laiflbit croître fes cheveux,<br />

il n'avoit pas l'air d'être de ce Pays. Un<br />

jour, fon Père l'ayant envoyé aux champs pour<br />

en rapporter une brebis, il s'égara à l'heure de<br />

midi, & entra dans une caverne où il s'aflhupit<br />

& dormit pendant cinquante-fept ans. A fon réveil<br />

il cherchea fa brebis, comptant n'avoir pris<br />

qu'un peu de repos ; mais comme il ne la trouva<br />

plus, il retourna aux champs. Etonné de voir<br />

que tout avoit changé de face & de poflefleur,<br />

jl prit le chemin de fon Village où, voulant entrer<br />

dans la maifon de fon Père, on lui demanda<br />

qui il écoit ; à peine fut-il reconnu de fon frère<br />

qui avoit vieilli depuis ce tems-là, & par les discours<br />

<strong>du</strong>quel il comprit la vérité.<br />

Au-refte fa réputation fe répandit tellement ea;<br />

Prece qu'on alla jusqu'à le croire particulièrement<br />

favorifé <strong>du</strong> Ciel. Dans cette idée, les Athéniens<br />

étant affligés de la perte, fur la réponfe de l'Oracle<br />

qu'il falloit purifier la Ville, envoyèrent<br />

D 4 Ni-


«0 EPIMENIDE.<br />

Nicias, fils de Nicérate, en Crète, pour chercher<br />

Epiménide & l'amener à Athènes. U s'embarqua<br />

Ta XLVL jDlympiade, purifia la Ville, &<br />

fit cefTer la contagion. Il s'y étoit pris de cette<br />

manière. Il choifit des brebis blanches & noires<br />

qu'il mena jufqu'au lieu de l'Aréopage, d'où il<br />

les laifla aller au hazard, en ordonnant, à ceuxqui4es<br />

fuivoient, de Iesfacrifier aux Divinités des<br />

Heux où elles s'arrêteroient. Ainfi cefia la pefte ;<br />

& il eft certain que, dans tous les Villages d'Athènes<br />

, on rencontre encore aujourd'hui des autels<br />

fans dédicace, élevés en mémoire de cette expia •<br />

tion. Il y en a qui prétendent que la caufe de<br />

cette pefte fut le crime commis dans la perfonne<br />

de Cylon, voulant parler de la manière dont il<br />

avoit per<strong>du</strong> la vie (i); ils ajoutent que la mort<br />

de deux jeunes gens, Cratinus & Ctéfibius , fit<br />

cefler la calamité. Les Athéniens, en reconnoisfance<br />

<strong>du</strong> fervice qu'Epiménide leur avoit ren<strong>du</strong>,<br />

réfolurent de lui donner un Talent & le Vaifleau<br />

qui devoit le recon<strong>du</strong>ire, en Crète ; mais il n'accepta<br />

aucun argent & n'exigea d'eux que de vivre<br />

en alliance avec leshabitans de Gnofle. Peu de<br />

tem6 après fon retour, il mourut, la cent-cinquante-feptiemeannée<br />

defon âge, félonPblégm, dans<br />

fon<br />

(i) C'e'toit an Rebelle, ou un féditieux, qui s'e'tant<br />

xlfugié* auprès de l'Autel des Enménides eu fut arraché".<br />

Ptuttr


EPIMENIDE. H<br />

fon Livre de ceux qui ont vécu long-tems. Ses<br />

compatriotes prolongent fa vie jufqu'à deux censquatre-vingt-dix-neuf<br />

ans, & Xénophane de Co-<br />

Iophon rapporte avoir enten<strong>du</strong> dire qu'il mourut<br />

dans fa cent-cinquante-quatrieme année.<br />

Epiménide publia une généalogie des ,'Curetes<br />

& des Cçrybantes, & une génération des Dieux<br />

en cinq mille vers ; fix mille cinq cens vers fur<br />

la ftru&ure <strong>du</strong> Vaiflêau des Argonautes & fur le<br />

voyage de Jafon dans la Colchide; un';difcours<br />

en profe fur les Sacrifices, & fur la République<br />

de Crète ; & enfin un Ouvrage Poétique de quatre<br />

mille vers touchant Minos & Rhadamante. Lobon<br />

d'Argos, dans fon Livre des Poltes, dit qu'il<br />

bâtit à Athènes un temple à l'honneur des Euménides.<br />

II. eft auffi cenfé être le premier qui purifia<br />

les maifons & les champs, & qui éleva des<br />

Temples. Quelques-uns, au-lieu de croire qu'il<br />

dormit d'un fi long fommeil, penfent que, pendant<br />

ce tems-là, il erra de côté & d'autre pour<br />

connoltre les vertus des Simples. On a encore<br />

une de fes lettres au Législateur Solon fur la forme<br />

<strong>du</strong> gouvernement que Minos prefcrivit aux<br />

Cretois ; mais Démétrius de Magnéfie, dans fon<br />

Livre des Poètes & des Ecrivains qui ont porté les<br />

mimes noms, tâche de prouver qu'elle eft moderne,<br />

à. que, tants'en faut que fon ftyle foit celui<br />

de Crète, qu'au-contraire on y remarque la Diction<br />

Attique & même la nouvelle. La Lettre<br />

D 5 qui


«a ÎPIMENIDE.<br />

qui fuit eft différente de celle-li, & m'eft Wmliée<br />

entre les mains.<br />

Epiménide à Solon.<br />

„ Prenez courage, mon cher Ami. Si Pf-<br />

„ fiftrate avoit entrepris de foumettre un peuple<br />

„ accoutumé à l'efclavage ou dépourvu de bon-<br />

„ nés loix , il y auroit lieu de craindre que fa<br />

„ Tyrannie fe perpétuât; mais il a fournis des<br />

„; hommes courageux, qui, imbus des préceptes<br />

„ de Solon, rougtflent de leur fervîtude. Ils ne<br />

„ fouffriront pas patiemment cette Tyrannie j &<br />

M quoique Pififtrate foit Maître de la Ville, j'es-<br />

„ père qu'il ne transmettra pasfon autorité à fes<br />

„ enfans. II eft difficile que des hommes li»<br />

„ bres, accoutumés i d'excellentes loix, fe len-<br />

„ dent efclaves. Pour vous , que te foin de<br />

„ votre confervation ne vous oblige pas depaûei<br />

„ de lieu en lieu; venez me joindre en Crète,,<br />

„ où nous fbmmes à couvert des vexations de la<br />

„ Tyrannie r car s'il arrivoit que les partifans de<br />

„ Pifistrate vous rencontraâent , vous pour-<br />

„ riez tomber dans quelque malheur.<br />

Démétrius dit que quelques-uns racontent qu'Epiménide<br />

recevoit fa nourriture des Nymphes ,<br />

& la cachoit dans la corne d'un pied de bœuf ;<br />

qu'il la prenoit peu à peu; que la nature ne fai»<br />

foit point en lui les fon&ions ordinaires; & qu'on,<br />

ne


5 PIMENTER 9f<br />

preîe vit jamais manger. Timon paile auflT de ce^<br />

la dans fes Ctewum.<br />

Il y eu a qui difént que tes habitans de Cre^<br />

4e l'ont déifié, & lui offrent des Sacrifice». Ot><br />

4it auflj qu-'il étpit doué d'une eonpoifiance ex-<br />

^aordioaire; &, qu'ayant yu. Munychie, Ville et<br />

JPort de l'Afrique, il dit que les Atbéniens-ignofVient<br />

combien de mai» ce lieu leu» cauferoit, &<br />

que, s'ils, le favoient rils. le détpriroient avec les<br />

v dents. 11 préfàgeoit cela fbng-tems avant l'événement<br />

On rapporte encore qu'il fut le premier<br />

qui prit le nom d'Eacus (i) ^ qu'il prédit aux<br />

Lacédémoniens qu'ils seroient fournis par les Arcadiens<br />

; & qu'il fe fit palier pluûeucs fois pour<br />

être reflufeité. Théopompe r dans fes Livres des<br />

ébofes admirables, dit, qu'ayant bâti un Temple<br />

pour les Nymphes, une. .voix célefte lui dit, E*<br />

piménide ne le dédie point aux Nymphes, mais à<br />

Jupiter. Il prédit auffi aux Cretois quelle feroir<br />

l'iflue de la guerre entre les Lacédémoniens & les<br />

Arcadiens, c'eft-à-dire,que les premiers fëroienê<br />

vaincus, comme il le furent, prés d'Orchomene.<br />

Théopompe affirme, ce que difent quelques-uns,<br />

qu'E*<br />

(r) If. Ctf<strong>du</strong>hn fonpçonne cet endroit d'être corrompu.<br />

le Tkréftr d'Etienne ne donne point de lumières fur 1*<br />

mot d'E*c*i, appliqué comme il- l'eft ici. Je trouve pourtant<br />

dans Cal. Hhtiigimii, Liv. 22. «A- i>. p. *S7 » le<br />

mot d'«^6««, comme fi c'e'toit le titre d'un Collège ,<br />

dans la- VU dt Uértufthent pat Plmurqut.<br />

- •. T D &


94 ÉPINEMIDE<br />

qu'Epiménide vieillit en autant de jours qu'il<br />

avoit dormi d'années. Myronian, dans fes Similitudes,<br />

rapporte que les Cretois l'appelloient -<br />

Cureté ; & Sofibe de Lacédémone dit que les Lacédémoniens<br />

confervent fon corps, ayant été avertis<br />

de le faire par un Oracle. Outre cet Epiménide,<br />

U y en a eu deux autres, l'un Généalogifte,<br />

l'autre Hiftorien & Autheur de l'Hiftoirt<br />

de Rhodjs, écrite en Dialecte Dorique.<br />

P H E-


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PHERECYDB. Sj<br />

PHERECYDE.<br />

Phérécyde, fils de Badys, étoït de Syrus (i),<br />

félon Alexandre dans fes Succédions. Il fut<br />

difciple de Pittacus. Théopompe lui donne la<br />

gloire d'avoir été le premier qui ait traité de la<br />

Nature & des Dieux. On raconte de lui des<br />

chofes furprenantesj entr'autres, que, fe promenant<br />

àSainos, le long <strong>du</strong> rivage, & appércevant<br />

un Vaifleau qui voguoit à pleines voiles, il préfàgea<br />

qu'il feroit bientôt naufrage, & qu'effeftivement<br />

il échoua fous fes yeux ; qu'après avoir<br />

bu de l'eau tirée d'un puits, il prognoftiqua qu'au<br />

bout de trois jours il yauroit un tremblement de<br />

terre, & que ce Phénomène arriva ; qu'étant revenu<br />

d'Olympie à MefTene, il confeilla à Péri-<br />

Iaûs, chez qui il logeoit, de fe retirer de-là,avec<br />

toute fa famille, le plutôt qu'il pourroit; mais que<br />

Périlaûs, ayant négligé dej>rqfiter de cet avis, fut<br />

témoin de la prife deMeflcne. Théopompe, dans<br />

fes Merveilles, dit auffi qu'Hercule lui ordonna en<br />

fon-<br />

(x) Diigtnt,lui-même, l'appelle plus bas l'Ifle de Synus.<br />

Cmlimt HjpiitiiUi Liv. XIV. ch. I]. blâme ceux qui ont<br />

faut ïhe're'cyde originaire de la Province de Syrie, & dis-<br />

«nicoe l'Ifle de Syrus fa patrie, qu'il dit Sire l'une desCyclades,<br />

8c que Sttphttau dit être une iQe dans l'Acarnamê,<br />

d'avec l'Ifle de Scyios 8c d'avec Sciros, endroit daas<br />

l'Axcadic. Voyez témjinru, f>j*gt it i'urw'jn» «A-jo.<br />

D 7


tf F H E R E C Y D E.<br />

fonge de recommander aux Lacédémonîens de ne<br />

faire cas ni d'or ni d'argent, & que cette même<br />

nuit Hercule ordonna aux Rois de Lacédémone<br />

de croire Phérécyde. - Il y en a pourtant qui attribuent<br />

ces faits à Pythagore. Hermippe dit que,<br />

délirant que la victoire fe rangeât <strong>du</strong> côté des<br />

Ephéfiens qui étoient en guerre avec les Magné-<br />

Cens, il demanda à un paflànt quelle êtoit fa patrie<br />

; qu'après avoir fu qu'il êtoit Ephéfîen, il<br />

le pria de le traîner par les pieds jufques fur les<br />

teites des Magnéfiehs , & d'engager fes concitoyens,<br />

lorfqu'ils auraient gagné le Champ de Bataille,<br />

à enterrer fon Corps dans le lieu où il<br />

i'auroit laîffé ; que celui-là en donna connoiûance<br />

aux Ephéfiens la veille <strong>du</strong> jour que les Maghêfiens<br />

furent vaincus ; & que les Vainqueurs, trouvant<br />

que Phérécyde n'étoit,plus, l'enfevetirent<br />

pompeufement dans le même endroit. Çnielquestms<br />

veulent qu'étant allé àDetphes, ilfe précipi»<br />

ta <strong>du</strong> haut de Mont Cbryce. Ariftoxene, dans<br />

la Vie de Pythagore & de fes amis, rapporte qu'il<br />

mourut de maladie, & que Pythagore l'inhuma<br />

dans l'Ifle de Délos. Il y en a même qui difent<br />

qu'il fut confumé de vermine ; & que, Pythagoie<br />

s'étant ren<strong>du</strong> chez lui, pour s'informer de fa Enté,<br />

Phérécyde pafla fon doigt hors de la porte<br />

&lui dît» la Peau te <strong>mont</strong>re (i). Paroles qui font<br />

' Ji) Vojez ùd. Vfrdit. lin t*. eh. «,


THERECYDE. 87<br />

-depuis paflëes en proverbe * qui fe prend toujours<br />

en mauvaife part ,* ceux qui le prennent en<br />

bonne part, fe trompent. Phérécyde difoit que<br />

les Dieux appelloient une Table d'un nom qui<br />

4éfignoit lés dons facrés. qu'il falloit leur offrir.<br />

Ândron d'Ephefe diftkigue deux fhéréoydes»<br />

natifs de Syrus,, l'un Aftrologue, l'autre Théo*<br />

logien, filsdeBadys» qui étott celui qu'eftimoir.<br />

Pythagore. Eratofthenes foutient qu'il n'y en<br />

-eut qu'un de Syrus, & que l'autre qui étoitGênéalogifte<br />

étoit d'Athènes. On conferve encore<br />

un petit Ouvrage <strong>du</strong> premier, qui commence par<br />

ces mots.<br />

Jupiter ÊP le Tenu fera permanent. La terre<br />

tsifioit auffi; mais elle rept fon nom 4e Jupiter,<br />

•fui lui dama l'honneur qu'elle peffede.<br />

On conferve auffi fon Cadran Agronomique<br />

•dans rifle de Syrus. DurU> au II Livre de fes Qrémotties<br />

faerées, rapporte l'Eptaphe qu'on mit<br />

fur fon Tombeau.<br />

En moi finit la fagejjt} s'il y en a davantage, i£<br />

faut la donner à Pytbagate, que je reconnais pour<br />

ie premier des Grecs.<br />

Ion de Chio eft l'Auteur die celle-ci.<br />

Modifie 6f rempli de vertus, icirepofe, tortgide<br />

iorruption x celui dont l'ame poffede une beureufevie.<br />

' PareU en fageffe à Pytbagore,, iljjmda les<br />

mveurs & étudia le génie des hommes.<br />

J'ai fait auifi cette Epitapbe pour lui,. fuivant 1»<br />

-mefure Êhérécratienne.. Une:


88 PHERECYDE.<br />

Une maladie de corruption défigura, dit m, le<br />

célèbre Pbérécyde, natif de Syrus. Il ordonne pourtant<br />

qu'on le con<strong>du</strong>ife fur les terres des Magnifitns,<br />

afin de procurer la vi&oire aux Epbéfiens fes courageux<br />

compatriotes. Un Oracle, dont il avoit feul<br />

la connoiffance, l'avait ainfi dit. Il meurt dans ce<br />

lieu. Il eft donc vrai que le véritable Sage n'eftpas<br />

feulement utile, pendant fa vie ; mais qu'il l'efi encore,<br />

après fa mort.<br />

H vivoit vers la LTX. Olympiade. Il répondit<br />

à une Lettre de Thaïes en ces termes.<br />

Pbérécyde à Tbalès.<br />

„ Je vous fouhaite une heureufe fin quand<br />

„ vous approcherez de votre dernière heure. J'é-<br />

„ tois malade quand je reçus votre Lettre, la<br />

„ vermine infectait mon corps & la fièvre mi-<br />

„ noit mes forces. Dans cette extrémité, j'ai<br />

„ prié quelques-uns de mes Amis, qu'après avoir<br />

„ eu foin de mafépulture, ils vous raflent tenir<br />

„ mes écrits. Si vous trouvez qu'ils méritent<br />

., d'être lus, & files autres Sages font <strong>du</strong> même<br />

„ fentiment, je confens que vous les publiez ;<br />

„ fi non fupprimez-Ies, ils ne me fatisfont pas<br />

„ moi-môme. Il n'y a pas affez de certitude<br />

„ dans les chofes que j'y dis; je ne la promets<br />

„ point, ni ne fais ce qui eft vrai. Quant aux<br />

„ points qui touchent la Théologie, il faut les<br />

„ corn-


PHERECYDE. 80<br />

„ comprendra, parce que je les traite tous obf-<br />

„ curément. Ma maladie empire de jour en<br />

„ jour & je ne reçois la compagnie d'aucun Mé-<br />

„ decin, ni d'aucun de mes Amis. Ceux qui ont<br />

„ foin de moi, fe tiennent en dehors. Lorf-<br />

„ qu'ils m'interrogent fur ma fanté, je pafle un<br />

„ doigt, hors de la porte, pour leur <strong>mont</strong>rer le<br />

„ mal que je fouffre ; & je les avertis de fe pré-<br />

„ parer à faire, le lendemain, les funérailles de<br />

„ Phérécyde. (i)<br />

Ce furent-là ceux qu'on appdla Sages, & parmi<br />

lefquels quelques-uns placent Pififtrate le Tyran.<br />

Venons aux Philofophes, en commençant par ceux<br />

de la Sefte Ionienne, dont nous avons dit que<br />

Thaïes, Maître d'Anaximandre, fut le Chef.<br />

(i) Stumtife doit avoir prouvé fur Stlin, que cette<br />

letue eft fuppoftc. Mint&ti<br />

LI.


LIVRE IL<br />

ANAXIMANDRE.<br />

[Raxiades fut père d'Anaximandre de<br />

Milet. Ce Philofophe reconnoiffoit<br />

l'infini pour élément & principe de<br />

toutes chofes ; fans s'expliquer fi, parla,<br />

il entendoit l'air, l'eau,ou quelque autrechofe.<br />

Il difoit que les parties de cet élément fouP»<br />

froient des altérations, mais que le fond en étoit<br />

immuable; que la terre occupe le milieu defon<br />

éten<strong>du</strong>e & en eft le centre ; qu'elle eft de figure<br />

fphérique ; que la Lune n'a pas fa lumière d'elle-même<br />

, mais qu'elle l'emprunte <strong>du</strong> Soleil, qui,<br />

félon lui, égale la Terre en grandeur, & eft compofé<br />

d'un feu très-pur (i). Il inventa le ftyle des<br />

Cadrans,<br />

(i) Voyez ft-defliis 8c fur d'antres ehofet eurioifestoncbant<br />

ce Philofophe, 1*Article^Aiuxiaumdri<strong>du</strong>Diâionnaiic<br />

de Mr. dt OuutftfU, Se lu Commentaires de Minai*<br />

«reç le Thie'foi i y £timiu.


ANAXIMANDRE. çr<br />

Cadrans Solaires, & le mit fur ceux de Lacédémone,<br />

comme dit Phavorin, dansfontf(/?asre


9i ANAXIMENE.<br />

ANAXIMENE.<br />

ANaximene de Milet,fils d'Euryftrate, fut disciple<br />

d'Anaximandrs ; on affure qu'il<br />

eut aufli Parménide pour Maître. Ce Philofophe<br />

admit l'Air & l'Infini pour principes de toutes<br />

chofes. Il croyoit que les Aftres ne paflent pas<br />

fous la Terre (i), mais tournent autour d'elle. Il<br />

fe fervoit de la Langue Ionienne d'une manière<br />

toute fimple, & fans employer d'inutilités. Apollodore<br />

dit qu'il naquit dans la LXIIL Olympiade,<br />

& qu'il mourut environ le tems de la prife<br />

de Sardes.<br />

Il y a eu deux autres Anaximenes qui étoient<br />

de Lampfaque , l'un Orateur, & l'autre Hiftorien.<br />

Celui-ci étoit neveu de l'Orateur, qui a<br />

écrit la vie d'Alexandre. Anaximene, le Philofo^<br />

phe, écrivit les Lettres fuivantes.<br />

Anaximene à Pytbagore.<br />

„ Thaïes, fils d'Examius, n'a pas eu dans fa<br />

„ Vieillefle une fin heureufe. Etant forti la nuit<br />

„ de chez lui, félon fa coutume, pour contempler<br />

les<br />

(i) Noos fuirons une correftion de itîiugf.


ANAXIMENE. 95<br />

„ les Aftres, & ne prenant pas garde ouilétoit»<br />

„ il tomba, pendant qu'il faifoit fes obfervations»<br />

„ dans un endroit profond; & c'a été-là la fin<br />

„ de l'Aftronome de Milet. Nous qui-fommes<br />

„ fes disciples, fouvenons-nous de ce grand -<br />

„ homme, auffi bien que nos enfans & nos dis-<br />

„ ciples, & prenons fa do&rine pour nous con-<br />

„ <strong>du</strong>ire ; que notre fcience foit toute fondée<br />

„ fur Thaïes.<br />

Anaximene à Pytbagore.<br />

„ Vous avez mieux penfé que moi en vous<br />

„ retirant de Samos à Crotone. Vous vivez-lâ<br />

„ en paix, tandis que d'autres fouffrent les<br />

„ maux que fait le descendant d'Eacus. Milet<br />

„ n'eft pas non plus délivrée de la Tyrannie;<br />

„ outre cela, le Roi des Medes nous menace<br />

„ fi nous ne devenons pas fiS tributaires (1).<br />

„ Les Ioniens veulent bien combattre pour<br />

„ la liberté générale, mais nous n'avons<br />

„ point d'efpérance de falut. Comment donc<br />

„ Anaximene pourroit-il s'occuper de la con-<br />

„ templation des chofes céleftes, ayant à ap-<br />

„ préhender la mort ou l'esclavage? 11 n'en<br />

., eft pas ainfi de vous, qui vous voyez con-<br />

„ fidéré des Crotoniates & des autres habitans<br />

£0 tyioi, Yïinqoeui d« Citâu, vtlddr/uditt


M<br />

ANAXIMENE.<br />

tans de la grande Grèce & qui recevez mê-<br />

„ me des disciples de la Sicile (2),<br />

(ï) Mr. it Cbtufefîi remarque dans l'Article *4MXIpunt<br />

de fon diôionnaire, que le do&e Ftbricius a cm<br />

ces denx lettres fuppofées { mais fans donner ancune rai-<br />

Ion de fon fentiment, qui n'eft pas confirmé par les Interprètes<br />

de Diigmt. Aui-tt&e, Mén*iirelevé le texte fut<br />

le tons ou naquit Anaximene.<br />

ANAX-


A N A X A C O H E. 55<br />

ANAXAGORE,<br />

ANaxagore, Claroménien de naiflânce & iflu<br />

d'Hégéfibule, ou Eubule, étudia fous Anaximene.<br />

Il fut le premier des Philofophes qui<br />

joignit un Efprit à la Matière. Il commence<br />

ainfi fon élégant & bel Ouvrage. Tout n'était<br />

autrefois qu'une Moffe informe , lorsque ïEfprit<br />

Survint & »& '«•{ cbofes en ordre; de-Ià vient qu'il<br />

fut furnommé Efprit. Timon convient de cette<br />

vérité, lorsqu'il demande dans fes Poëfies Satyliques.<br />

Ou dit-on qu'ejl à-préfent Anaxagore, cep<br />

•excellent béros qu'on appella Efprit;parce que,felo»<br />

kit, il y eut un Efprit qui, rajfemblant fubitemenfi<br />

tentes cbofes, en arrangea l'amas auparavant confus?<br />

Non feulement il brilla par la nobleûe de fon<br />

extraction & par fes richeffe», mais encore par<br />

& grandeur d'ame , qui le porta i abandonner<br />

fon patrimoine à fes proches. Ceux-ci le blâmant<br />

<strong>du</strong> peu de foin qu'il avoit de fon bien, quti<br />

donc dit-il, eft-ce que je ne vous en remets pas U<br />

Joint Enfin il quitta fes parens pour ne s'occuper<br />

que de la contemplation de la Nature, ne voulant<br />

pas s'embarafler des affaires publiques; &<br />

quelqu'un lui ayant reproché qu'il ne fe foucloit<br />

point de £1 patrie, il lui répondit en <strong>mont</strong>rant<br />

le


f>6 ANAXAGORE.<br />

le Ciel, Ayez meilleure opinion de moi, je m'intirejje<br />

beaucoup à ma patrie.<br />

On croit qu'il avoit vingt ans lorsque Xetxès<br />

paflk en Grèce, & qu'il en vécut foixante & douze.<br />

Apollodore rapporte, dans fes Chroniques,<br />

qu'il naquit dans la LXX. Olympiade & qu'il<br />

mourut la première année de la LXXVIII (i).<br />

Démettras de Phalere veut, dans fon Hiftoire des<br />

Archontes, qu'il commença dès Page de vingt<br />

ans i exercer laPhilofophic, à Athènes, fous TArchontat<br />

de Callias ; & on dit qu'il fit un féjour de<br />

trente ans dans cette ville.<br />

Il difoît que le Soleil eft une mafle de feu<br />

plus grande que tout le Péloponnefe; d'autres attribuent<br />

cela à Tantale. Anaxagore penfoit auffi<br />

que la Lune eft habitée, & qu'il y a des <strong>mont</strong>agnes<br />

& des vallées ; que les principes des chofes<br />

confiftent en petites parties, toutes femblables<br />

les unes aux autres;que,comme l'or eft compofé<br />

de parties très fubtiles,femblables à des raclures-,<br />

de même l'Univers fut formé des corpuscules de<br />

parties menues & conformes entr'elles; que<br />

l'efprit eft le principe <strong>du</strong> mouvement; que les<br />

corps pefans fe fixèrent en bas,comme la terre,<br />

& que les légers occupèrent le haut, comme le<br />

feu, mais que l'air & l'eau tinrent le milieu; que<br />

fui-<br />

(«) Comme cet* ne fait pat foixante & douze an» 4e<br />

vie, Mintft corrige d'après Mnrfius (c Ptttm i 6c «oit tru'U<br />

moum àvu la LXXXVUL Olympiade.t


ANAXAGORE. 97<br />

fiiivant cette difpofition la Mej: s'étend fur la<br />

furface de la Terre & que le Soleil convertit l'humidité<br />

en vapeur ; qu'au commencement les Astres<br />

fe mouvoient en manière de voûte, de forte<br />

que le Pôle vifible tournoit toujours au-defius <strong>du</strong><br />

même point de la Terre, mais qu'enfuite il acquit<br />

une inclinaifon ; que la Voie Lactée eft une<br />

réflexion des ra7ons <strong>du</strong> Soleil qui n'eft point interceptée<br />

par des Aftres ; que les Comètes font<br />

un aflemblage d'Etoiles errantes qui jettent des<br />

flammes & que l'air élance comme des étincelles;<br />

que les Vents viennent de l'Air raréfié par le<br />

Soleil ; que le Tonnerre eft pro<strong>du</strong>it par le choc<br />

des Nues, l'Eclair par leur frottement, & le<br />

Tremblement de Terre par l'Air qui pénètre dans<br />

la Terre ; que les Animaux furent d'abord pro<strong>du</strong>its<br />

d'un mélange d'Eau & de Terre, échauffées<br />

à un certain degré; que les mâles vinrent <strong>du</strong><br />

côté droit & les femelles <strong>du</strong> côté gauche de la<br />

matrice.<br />

On raconte qu'il prédit la chute de la pierre<br />

qui tomba près d'Egefpotame (1) & qu'il a voit<br />

dit qu'elle tomberoit <strong>du</strong> Soleil ; on ajoute que ce<br />

fut pour cette raifon qu'Euripide, fon disciple,<br />

dans fa pièce de Phaëton ,appella le Soleil, lingot<br />

d'or.<br />

(1) Je tra<strong>du</strong>is cemotcommel'AbWGédoyn, Ptufmaj,<br />

vjmtt de U Fhocidt Cb. IX. Egefpotame «toit une ville<br />

de l'Hellefpont. Voyez la note de Ménage 8c le TnicTot<br />

d'Etienne.<br />

Tome I. E


93 A N A X A G O R E.<br />

d'or. On dit qu'Anaxagore étant parti pour<br />

Olympie dans un beau tems, mit un habit'de peau,<br />

comme s'il avoit prévu qu'il pleuvrait bientôt,<br />

& que fon preffentiment fe trouva jufte. A la<br />

queftion que lui fit quelqu'un, fi la Mer couvriroit<br />

un jour les <strong>mont</strong>agnes de Lampfaque, il répondit<br />

qu'oui, fi le tems ne finiflbit pas. On lui<br />

demanda pour quelle fin il étoit né ? Pour contempler,<br />

dit-il, le Ciel, le Soleil, & la Lune. Et<br />

fur ce qu'on lui demanda s'il étoit banni par les<br />

Athéniens, il repondit, nullement ; ce font eux qui<br />

le font à mon égard. Ayant vu le fépulchre de<br />

Maufole,il dit qu'un beau monument repréfentoit<br />

des richefles transformées en pierres. Voyant<br />

un homme qui s'affligeoit de ce qu'il mourroit<br />

dans un pays étranger, confolez vous, lui dit-il:<br />

le chemin pour aller vers les Morts eft le même<br />

par-tout.<br />

Au-refte, fui van t ce que dit Phavorln dans fon<br />

Hijloire diverfe, il paroit avoir été le premier qui<br />

a cru que le fujet <strong>du</strong> Poëme d'Homère étoit de<br />

recommander la vertu & la juftice; opinion qui<br />

fut fort éten<strong>du</strong>e par Métrodore de Lampfaque,<br />

l'un de fes Amis, qui fe fervoit auifi beaucoup<br />

d'Homère pour l'étude de la Nature. Anaxagore<br />

fut encore le premier qui publia une description<br />

par écrit (i); & Silène, dans le I. Livre de<br />

fes<br />

(1) Voyez le Thxe'foi d'Etienne fui le mot original.


ANAXAGORE. gp<br />

Ces Hifioires, rapporte qu'une pierre étant tombée<br />

<strong>du</strong> Ciel fous PArchontat de Dimylus,cePhilofophe<br />

dit que tout le Firmament étoit pierreux &<br />

que, fans le mouvement de tourbillon qui l'affermiiïbit,<br />

il s'écrouleroit.<br />

• Les fentimens font partagés pour ce qui regarde<br />

fa condemnation. Sotion, dans la Succejfion<br />

dis Pbilofopbes, dit que Cléon l'accufa d'impiété,*<br />

pour avoir défini le Soleil une mafle ardente; mais<br />

que Périclès, fon disciple, ayant pris fa défenfe,<br />

Anaxagore fut condamné à une amende de cinq<br />

Talens & envoyé en exil. Satyre,dans fes Vies,<br />

taxe Thucydide de s'être ren<strong>du</strong> fon aceufateur<br />

par efprit de parti, contre Périclès, que Thucydide<br />

contrecarrait dans les affaires <strong>du</strong> gouvernement<br />

, & dit qu'il ne chargea pas feulement Anaxagore<br />

d'impiété, mais encore de trahifon. Il<br />

ajoute qu'il fut condamné à mort pendant fon<br />

abfence ; & que, comme on lui eut annoncé en<br />

même tems qu'il avoit per<strong>du</strong> fes fils & qu'on<br />

l'avoit condamné à mourir, il dit que quant au<br />

dernier article il y avoit long-tems que la Nature<br />

l'avoit fournis lui & fes aceufateurs à cet arrêt,<br />

& qu'à l'égard de fes enfans il favoit qu'il les avoit<br />

engendrés mortels. Il y en a qui attribuent<br />

cette réponfe à Solon le Légiflateur, d'autres à<br />

Xénophon. Démétrius de Phalere dans fon Livre<br />

de la Vieillejfe, nous apprend qu'il enterra lui<br />

même fes enfans. Et Hermippe prétend, dans<br />

E 2 fes


IOO ANAXAGORE.<br />

fes Vies, qu'il fut mis en prifon &. jugé coupable<br />

de mort; que Périclès là-deflus ayant demandé<br />

fi quelqu'un avoit quelque crime capital à lui<br />

imputer à lui-même, & perfonne ne répondant,<br />

il ajouta, or cet homme eft mon Maître : ainji ne<br />

vous laijjez pas prévenir par la calomnie pour le<br />

perdre, £? fuivez mon avis en le renvoyant abfous;<br />

qu'Anaxagore obtint là-deflus foh élargifleinent,<br />

mais qu'il ne put fupporter cet affront &<br />

s'ôta la vie. Mais Jérôme au II. Livre de<br />

fes Commentaires divers, dit que Périclès le fit<br />

comparoitre dans un tems qu'il étoit fi chancelant<br />

& fi exténué' de maladie qu'il fut abfous<br />

plutôt par pitié que juridiquement ; tant on eft<br />

peu d'accord fur la condemnation de ce Pbilofophe.<br />

D'autres ont cru encore qu'il étoit devenu<br />

ennemi de Démocrite, parce que celui-ci lui<br />

avoit refufé fa converfation.<br />

Enfin Anaxagore alla mourir à Lampfaque.<br />

Les principaux de la ville ayant envoyé chez lui,<br />

pour favoir s'il n'avoit rien à ordonner avant fa<br />

mort, il pria qu'il fût permis aux enfans de fe divertir<br />

, tous les ans, le jour <strong>du</strong> mois qu'il feroit<br />

décédé ; coutume qui eft encore en ufage aujourd'hui.<br />

Les habitans de Lempfaque rendirent<br />

fa à mémoire tous les honneurs poffibles & Yenfevelirent<br />

dans un tombeau fur lequel ils mirent<br />

cette Epitaphe.<br />

Ici repofe Anaxagoras, étant arrivé au Monde<br />

ce-


ANAXAGORE. TOI<br />

célejle ^ ayant atteint avec la fin de la carrière la<br />

la conmiffance entière de la Vérité. En voici une<br />

autre que j'ai faite pour lui. Anaxagore efl<br />

condfitnné à mort,pour avoir foutenu que It Soleil efl<br />

une majje ardente ; Périclès fin ami le fauve, £^<br />

lui-même s'Ste la vie dans une langueur de fageffe.<br />

Il y a eu trois autres perfonnages de même nom,<br />

mais tous peu confidérables. Le premier étoit<br />

Orateur & difciple d'Ifocrate, le fécond Statuaire<br />

<strong>du</strong>quel Antigone a parlé, le troifieme Grammairien<br />

& difciple de Zénodote.<br />

<br />

B S Afc-


aoa AR'CHELAUS.<br />

ARCHE L AU S.<br />

A Rchélaûs d'Athènes ou de Milet, fils d'Apollodore<br />

ou de Mydon, félon quelques-<br />

-uns. fut difciple d'Anaxagore & maître de Socrate;<br />

il fut le premier qui apporta la Phyfique,<br />

de l'Ionie à Athènes.j delà vient qu'on<br />

l'appella Phyficien, outre une autre raifon, c'eft<br />

que cette partie de la Philofophie s'éteignit avec<br />

lui, en même tems que Socrate intro<strong>du</strong>ifit la<br />

Morale; il parolt pourtant avoir touché auffi à<br />

la Morale, puifque les loix, le jufte & l'honnête<br />

avoient fouvent fait la matière de fes difcours;<br />

Socrate fut fon difciple en cela & ayant éten<strong>du</strong><br />

cette fcience, il eut le nom de l'avoir inventée.<br />

Ce Fhilofophe affignoit deux caufes à la génération,<br />

le chaud & le froid; il foutenoit que<br />

les Animaux furent- formés <strong>du</strong> limon ; & il difoit<br />

que ce qu'on appelle jufte & injufte n'eft<br />

pas tel par lui-même, mais en vertu des loix.<br />

Voici quel étoit fon raifonnement: il difoit<br />

que l'eau qui tient fa fluidité de la chaleur pro<strong>du</strong>it<br />

la Terre, lorfqu'elle eft condenfée par le Feu,<br />

& qu'elle demeure jointe à fes principes ; & que<br />

lorfqu'elle s'écoule autour des principes <strong>du</strong> Feu,<br />

elle pro<strong>du</strong>it l'Air; de forte que l'Air fert à la<br />

con-


•A R C H E L A U S. 103<br />

confervation de !a Terre & le Feu par fon mouvement<br />

à celle de l'Air. (1)<br />

11 croyoit que les Animaux proviennent de<br />

ce que la Terre, étant échauffée, diftilla une forte<br />

de boue qui reflembloit au lait, ajoutant que<br />

c'eft de la même manière que les Hommes ont été<br />

formés; il fut le premier qui dit que la voix étoit<br />

un effet de la pereuffion de l'Ait ; il difoit<br />

que la Mer eft contenue dans les cavités de la<br />

Terre par laquelle elle eft comme tamifée; il croyoit<br />

que le Soleil eft le plus grand de tous les<br />

Aftres & que l'Univers eft infini.<br />

On diftingue trois autres Archélaûs, un Géographe<br />

qui a décrit les provinces qu'Alexandre<br />

a parcourues, un Naturalifte qui a pailé en vers<br />

des chofes qui femblent avoir deux natures (2),<br />

& un Orateur qui a donné des préceptes fur l'Eloquence.<br />

(1) Plutarqne rapporte ainfi le fentiment d'Arche'laiic.<br />

SJK It frincife dt rVnivtrs étcit l'^iir infini & U rartftetimtr<br />

ttndinfatin d'icilui dmt l'un tfi II Feu & l'autre t/l<br />

I'EJM. Opinions des Philofophcj. LIT. I. ch. 3. Tiad.d'Amyot.<br />

(z) Je fois une coneftion de Ménage.<br />

M<br />

s o-


104 S O C R A T E.<br />

S O C R A T E.<br />

PLaton dans fon Tbécetete dit que Socrate naquit<br />

d'un Tailleur de pierre,nomméSophrdnifque,<br />

& de Phanarete qui faifoit le métier de<br />

Sage-femme. Athènes fut fà patrie & le village<br />

d'Alopece fon lieu natal. Il y en a qui croient<br />

qu'il aida Euripide à compofer fes pièces, dûmoins<br />

Mnéfiloque dit-il ]à-deffu$.<br />

Les Phrygiens (i) font une nouvelle pièce d'Euripide<br />

fous laquelle Socrate a mis les farmens.<br />

Ailleurs il dit auflî que Socrate mettait les<br />

doux aux pièces d'Euripide.<br />

Pareillement Callias, auteur d'une pièce intitulée<br />

les Captifs, y parle ainfl.<br />

Te voila grave fj* tu fais parottre de grands<br />

fentimens. Je le puis, Socrate en ejt F Auteur.<br />

Ariftophane, dans fes Nuées, accufe auflî Euripide<br />

d'être aidé dans fes Tragédies par celui qui<br />

proférait à tout propos des difcours de fegejje,<br />

So-<br />

(i) Je fuis la verilon Latine. Ménage ne fe fouvient<br />

pas qu'il foit parlé ailleurs de cette pièce d'Euripide. Je<br />

Toulois tra<strong>du</strong>ire,/» 1{ôtistvoyez le Thréfor d'Etienne, 8e<br />

cela s'accorderait avec ce qui fuit ; mais j'ai penfé qu'il<br />

' avoit peut-être un jeu de mots dans ce que dit Mnéûoque.<br />

Î


iSi/^fiAiii? & ra-at/v tumt? vereJaf?t&t$<br />

j?^t?**dî^il*?


•S 0 C R A T E. J©5<br />

" Sdcrate fut difciple d'Anaxagore, félon quelques-uns<br />

, & de Damon auffi, fuivant le témoignage<br />

d'Alexandre dans fes SucceJJions des Pbilofo-<br />

•pbes. Après la condamnation d'Anaxagore, il<br />

fréquenta l'école d'Archélaùs le Phyficien, qui, au<br />

rapport d'Ariftoxene, eut un attachement particulier<br />

pour lui (i). Duris prétend qu'il fe mit en<br />

fervice & qu'il fut Tailleur de pierre; & quelquesuns<br />

ajoutent que c'eft lui qui fit les Grâces qui<br />

fonf repréfentées habillées dans la for^erefle d'Athènes<br />

; c'eft ce qui donna lieu à Timon de le<br />

dépeindre ainfi dans fes vers fatyriques.<br />

' De ces Grâces efl venu ce Tailleur de pierre, ce<br />

Raiformeur fur les loix , cet Enchanteur de là<br />

Grèce, cet Impojteur, ce Railleur, ce demi Athénien<br />

& cette Homme dijfmulél<br />

Socrate, comme le remarque Idoménée, étoit<br />

fort habile dans la Rhétorique ; mais les trente<br />

Tyrans, dit Xénophon, lui défendirent del'enfeigner,<br />

Ariftophane le blâme d'avoir abufé de fon<br />

habileté, en ce que d'unemauvaife caufe il en fai.<br />

foit une bonne. Phavorin, dans fon Hijioire <strong>du</strong><br />

verfe, aflure que ce fut lui avecfl£fchine,fon difciple,<br />

qui les premiers enfeignerent la Rhétorique.'<br />

Idoménée confirme cela dans ce qu'il a écrit des<br />

Dif-<br />

(i> On cite le Scholiafte d'Ajiftophane 8c Bade', poui<br />

prouver que le terme de l'original fc prend ainfi ; voyez,<br />

le Thiéïoi d'Etienne.<br />

/ E 5


XOS S O C R. A T E.<br />

.Difciples de Socrate. Il eft encore le premier<br />

qui a traité la Morale & le premier des Philofcphes<br />

qui eft mort condamné. Ariftoxene, fils de<br />

Spinthare, raconte qu'il faifoit valoir .fon argent<br />

& raffembloit le gain qu'il retiroit de fes prêts,<br />

& cela étant dépenfé, le prêtoit de nouveau à profit.<br />

«Démétrius de Bylance dit que Criton le tira<br />

de fa boutique & qu'il s'appliqua à l'inftruire, estant<br />

charmé des difpofitions de fon efprit (i).<br />

Mais Socrate, voyant que la Phyfîque n'intéreflè<br />

pas beaucoup les hommes, commença à raifonaer<br />

fur la Morale & en parloit dans les boutiques &<br />

fur les marchés, exhortant chacun à penfer à ce<br />

fu'il y avait de bon ou de mauvais chez lui. Souvent<br />

il s'animoiten parlant jufqu'à fe frapper lui-même<br />

& à fe tirer les cheveux, cela faifoit qu'on fe<br />

moquoit de lui ,• mais il fouffroit le mépris & la<br />

raillerie jufques là que, comme le rapporte Démétrius,<br />

quelqu'un lui ayant donné un coup de pied,<br />

U dit à' ceux qui admiroient fa patience, fi un<br />

Ane m'avoit donné une ruade irois-je lui faire un<br />

procès ?<br />

Il n'eut pas befoin pour éclairer fon efprit de<br />

voyager, à l'exemple de beaucoup d'autres,- & exçepté<br />

lorfque la guerre l'a appelle hors de chez<br />

lui,<br />

(i ) Voici un exemple que le mot de l'original ne fc<br />

doit pas toujours prendre au feus que lui donnent plufieors<br />

Interprètes 8e quM fîgnifie faim efcme, adjrwatioi»,


S 0 C R À T E. îof<br />

fui, ilfetenoit dans le même lieu, ayant des converfations<br />

avec fes amis, moins dans le deflein de.<br />

combattre leur opinion que dans la vue de démêler<br />

la vérité. On dit qu'Euripide, lui ayant donné<br />

i lire un ouvrage d'Heraclite, lui demanda ce<br />

qu'il en penfoit : ce que j'en ai compris, lui répondit-il,<br />

eft fort beau, & je ne doute pas que le<br />

refte que je n'ai pu concevoir ne foit de la même<br />

force; mais, pour Ventendre,*/ faudroii être un<br />

Nageur de Délos (i). Socrate étoit d'une bonne<br />

conftitution & avoit beaucoup de foin de s'exercer<br />

le Corps ; il fut à l'expédition d'Amphipolis;<br />

& dans une bataille qui fe donna près de Délium,<br />

fl fauva la vie à Xénophon qui étoit tombé de<br />

fon cheval ; & quoique le mauvais fuccès <strong>du</strong> combat<br />

eût obligé les Athéniens de prendre la fuite,<br />

il fe retira, au petit pas, regardant fouvent derrière<br />

lui, pour faire face à ceux qui auraient pu vouloir<br />

le furprendre. Il fervit auflî fur la flotte<br />

.<br />

E 6


IO8 S O C R A T E .<br />

avoit faites à Alcibiade qu'il aimoit beaucoup-,<br />

comme le rapporte Ariftippe, dans fon IV. Li'<br />

vre des Délices anciennes. Ion de Chio dit<br />

que dans fa jeuneffe il fit un voyage à Sainos avec<br />

Archélaûs. Il alla aufli à Pytho (i), au rapport<br />

d'Ariftote, & fut voir l'Ifthme, à ce que dit<br />

Phavorin, dans le I. Livre de fes Commentaires.<br />

Socrate avoit des fentimeos fermes & républicains<br />

, il en donna des preuves lorfque Critias (2)<br />

& fes Collègues, ayant ordonné qu'on leur amenât<br />

Léonte de Salamine, homme fort riche,pour<br />

le faire mourir, il ne voulut pas le permettre &<br />

fut le feul des dix Capitaines de l'armée qui ofa<br />

l'abfoudre. Lui-même,lorfqu'il étoit en prifort<br />

& qu'il pouvoit s'évader, n'eut point d'égard aux<br />

prières & aux larmes de fes amis, & les reprit en<br />

termes féveres & pleins de grands fentimens. La<br />

frugalité & la pureté des mœurs cara&érifoient encore<br />

ce Philofophe ; Pampbila dans fes Commentaires,<br />

Livre VIL, nous apprend qu'Alcibiade<br />

lui donna une grande place pour y bâtir une maifon<br />

& que Socrate le remercia» en lui difant;fi<br />

j'avois befoin de fouliers & que vous nie donnafjîez<br />

<strong>du</strong> cuir pour que je les fifle moi-même, ne fe?<br />

roit-<br />

(1) C'tft Delphes. Note de Ménage. Faufanias, V*:<br />

yagc de la Fhocide. ttad. de Ge'doya T. z. p. 33a.<br />

(1) L'un des 30 Tyrans.


S O C R A T E ; tof<br />

roit-il pas ridicule à moi de le prendre. Quelquefois<br />

il jettoit les yeux fur la-multitude des chofes<br />

qui fe vendoient à l'enchère, en penfant en<br />

lui-même : que de chofes dont je n'ai pas befoin l<br />

Il récitoit fouvent ces vers. L'Argent & la<br />

Pourpre font plutôt dés ornemens pour le Théa«<br />

tre que des chofes néceûaires à la vie. Il méprifa<br />

généreufement Archélaùs de Macédoine » Scopas<br />

de Cranon , & Euryloque de Lariflç, re><br />

Ma leur argent & ne daigna pas même profiter<br />

des invitations qu'ils lui fireni de les aller voir.<br />

D'ailleurs il vivoit avec tant de fobriété que, quoiqu'Athenes<br />

eut fouvent été attaquée de lapefte,<br />

il n'en fut jamais atteint,<br />

Ariftote dit qu'il époufa deux femmes, la première<br />

Xantippe dont il eut Lamproclès, l'autre<br />

Myrton, fille d'Ariftide le Jufte, qui ne lui apporta<br />

rien en dot & de laquelle il eut Sophronifque<br />

& Ménéxene. Quelques-uns veulent qu'il épou- .<br />

fàMyrton en premières noces; d'autres, comme<br />

en particulier Satyrus & Jérôme de Rhodes, croient<br />

qu'il les eut toutes deux a la fois. Ils difcnt<br />

que les Athéniens, ayant deflèin de repeupler leur<br />

Yille épuifée d'habitans par la guerre & la contai<br />

gion, ordonnèrent qu'outre que chacun épouferoit<br />

une citoyenne, il pourrait procréer des en-;<br />

fans <strong>du</strong> commerce qu'il auroit avec une autre perfonne,<br />

& que Socrate pour fe conformer à cetto<br />

ordonnance contracta un double mariage.<br />

E 7 So-.


no S O C R A T E .<br />

Socrate avoit une force d'efprit qui Paidoit I<br />

fe mettre au-deflus de ceux qui le blâmoient; il<br />

faifoit profeffion de favoir fe contenter de peu<br />

de nourriture & n'exigeoit aucune récompenfe<br />

de fcs fervices. Il difoit qu'un homme qui mange<br />

avec appétit fait fe paffer d'apprêt, & que celui<br />

qui boit avec plaifir prend la première boiffon<br />

qu'il trouve ; & qu'on approche d'autant plus de<br />

la condition des Dieux qu'on a befoin de moins<br />

de chofes. Il n'y a pas même jufqu'aux Auteurs<br />

Comiques qui, fans y prendre garde, l'ont loué par<br />

les chofes mêmes qu'ils ont dites pour le blâmer.<br />

Ariftophane, parlant de lui, dit. t toi, qui afpiret<br />

à la plus fublime fageffe, que ton fort fera glorieux<br />

à Athènes fc? parmi les Grecs ! Il ajoute. Pourvu<br />

que tu aies de la mémoire & de la prudence £p ?«*<br />

tu ne faffes confifter les maux que dans l'opinion, tu<br />

ne te fatigueras pas, foit que tu te tiennes de bout<br />

eu que tu marches ; tu ne fens, ni le froid, ni la faim;<br />

tu n'aimes ni le vin, ni les feftins, ni toutes 1er<br />

chofes inutiles.<br />

1 Amipfias l'a repréfenté couvert d'un manteau;<br />

commun & lui adreffe ce difcours. Socrate, toi<br />

qui es la meilleure d'entre peu de perfonnes fi? /*<br />

plus vaine d'entre plufieurs ,quel fujet t'amène enfim<br />

dans notre compagnie 6f depuis quand peux-tu nou<br />

fbuffrir? Mais à propos de quoi portes-tu cette robe 'tTb<br />

Utr fVeft fans doute une méchanceté de ton Corroyeu<br />

Lors même que Sonate fouffroit la faim, il ne<br />

put


S O C R A T E . m<br />

put fe réfoudre à devenir flatteur ; Âriftophane en<br />

rend témoignage lorfque, pour exprimer le mépris<br />

que ce Philofophe avoit pour la flatterie, il dit.<br />

Enflé £ orgueil, tu marches dans -les rues en jettant<br />

les yeux de tous côtés, & quoique tu ailles nudspieds<br />

Êf que tu fouffres plufieurs maux, tu parois toujours<br />

iioec la gravité peinte fur le vif âge.<br />

• Il n'étoit pourtant pas tellement attaché à cette<br />

manière de vivre qu'il ne s'accommodât aux<br />

circonftances ; il s'habillent mieux félon les occafions,<br />

comme lorfqu'il fut trouver Agathon ,ainfi<br />

que lé rapporte Platon dans fon Banquet. Il<br />

poflédoit au même degré le talent de perfuader<br />

& de difluader; jufques là que Platon dit que dans<br />

un difcours qu'il prononça fur la feience il changea<br />

Théaetetes qui y étoit préfent& en fit un homme<br />

extraordinaire Eutyphron pourfuivit fon<br />

Père en juftice pour le meurtre d'utuEtranger ; il<br />

le détourna de fon deflein en traitant de quelques<br />

devoirs relatifs à la juftice & à l'amour filial. Il<br />

inculqua à Lyfis une grande pureté de mœurs.<br />

Enfin il avoit un génie tout à fait propre à faire<br />

naître fes difcours des occafibns. Xénophon rapporte<br />

que par fes confeils il adoucit fon fils Lamproclès<br />

qui fe con<strong>du</strong>ifoit mal envers fa Mère, &<br />

qu'il engagea Glaucon, frère de Platon, à ne point<br />

fe mêler des affaires publiques pour lefquelles il<br />

n'avoit point de talent; 'tandis qu'au-contratre il<br />

y portoit Charmidas qui avoit la capacité reqûife.<br />

11


t n S O C R A T E<br />

Il releva le courage d'Iphicrates par l'exemple<br />

des Animaux, lui faifant remarquer les coqs <strong>du</strong> Barbier<br />

Midas qui ofoient attaquer ceux de Callias;<br />

Glauconides le jugeoit digne d'être regardé comme'le<br />

protecteur de la ville & le comparait à un<br />

oifeau rare.<br />

Socrate remarquoit avec étonnement qu'il eft<br />

facile de dire les biens qu'on poffede, mais diffi.<br />

cile de dire les amis qu'on a: tant on néglige de<br />

les connoitre. Voyant l'afli<strong>du</strong>tté d'Euclide au<br />

Barreau, il lui dit: mon cher Euclide, vous<br />

{aurez vivre avec des Sophiftes, & point avec<br />

des Hommes. En effet, il regardoit ces fortes<br />

d'affaires comme inutiles & peu honorables ; penfée<br />

que lui attribue Platon dans fon Enthydeme.<br />

Charmides lui ayant donné des efclaves, pour<br />

qu'il en fit fon profit, il refufa de les prendre. H<br />

y en a qui veulent qu'il méprifa Alcibiade à caufe<br />

de fa beauté. Il regardoit le repos comme le<br />

plus grand bien qu'on pût pofieder, ditXenophon<br />

dans fon Banquet., Il prétendoit que la fcience<br />

feule eft un bien & l'ignorance un mal, que les<br />

richeffes & les grandeurs ne renferment rien de<br />

recommandable, mais qu'au-contraire elles font<br />

les foufces de tous les malheurs q\ii arrivent.<br />

Quelqu'un lui difant qu'Antifthene étoit fils d'une<br />

femme originaire deThrace, eft-ce que vous penfiez,<br />

dit-il, qu'un fi grand homme de voit être iflii<br />

de Pere& Mère Athéniens? La condition d'efcja-<br />

; ve


S 0 C R A T È. Iî3<br />

ve obligeoit Phédon de gagner de l'argent avec<br />

déshonneur, il détermina Criton à le racheter<br />

& en fit un grand Philofopbe. U employoit fes<br />

heures de loifir à apprendre à jouer de la Lyre,<br />

difant qu'il n'y avoit point de honte à s'inftruire<br />

de ce qu'on ne favoit pas. La Danfe étoit encore<br />

un exercice qu'il prenoit fouvent, comme le<br />

rapporte Xénophon dans fon Banquet, parce qu'il<br />

croyoit qu'il contribue à conferver la fanté. Il<br />

difoit qu'un Génie lui annonçoit l'avenir ; que<br />

l'on devoit compter pour beaucoup, de bien commencer<br />

,- qu'il ne favoit rien, finon cela même<br />

qu'il ne favoit rien ; & que ceux qui achetoient<br />

fort cher des fruits précoces étoient des gens qui<br />

défefperoient de vivre jufqu'à la faifon où ils font<br />

mûrs. On lui demanda un jour quelle étoit la<br />

principale vertu des jeunes gens, il répondit que<br />

c'étoit celle de n'embraffer rien de trop. Il confeilloit<br />

de s'appliquer à la Géométrie jufqu'à ce<br />

qu'on fçût donner & recevoir de la terre par mefore<br />

& en égale quantité. Euripide ayant ofé dire<br />

fur la vertu, dans fa pièce intitulée Auge, qu'il<br />

étoit bon de s'en dépouiller, hardiment, il fe leva<br />

& fortit en difant ces paroles : quel ridicule n'efici<br />

point de faire des recberebes fur un Efclave qui<br />

s'efi enfui f^ de permettre que la vertu périjfe ! Interrogé<br />

s'il valoit mieux fe marier ou non, lequel<br />

des deux que l'on cboififfe, dit-il, le repentir<br />

ejt certain. Il s'étonnoit fort de ce que les Sculpteurs


114 S O C R A T E.<br />

teurs en pierre fe donnoient tant de peine pour<br />

imiter la Nature, en tâchant de rendre leurs copies<br />

femblables aux originaux, & de ce qu'ils prenoient<br />

fi peu de foin pour ne pas reflembler eux-mêmes<br />

à la matière dont ils faifoient leurs ftatues. il<br />

confeilloit aux jeunes gens de fe regarder fouvent<br />

dans le miroir afin de fe rendre dignes de leur<br />

beauté,s'ils en avoient, ou de réparer la difformité<br />

de leur corps en s'omant l'efprit de fcience.<br />

Un jour il invita â fouper des personnes riches ;<br />

& comme Xantippe avoit honte <strong>du</strong> régal que fon<br />

mari fe préparait à leur . donner, il lui dit, ne<br />

vous inquiétez pas: fi mes conviés font fobres<br />

& difcrets, ils fe contenteront de ce qu'il y aura,<br />

fi au-contraire ils font gourmans, mocquons-nous<br />

de leur avidité. Il difoit qu'il mangeoit pour<br />

vivre, au-lieu que d'autres ne vivoient que pour<br />

manger, Il comparait l'aftion de louer la multitude<br />

à celle d'un homme qui rejetterait une piece<br />

de quatre drachmes, comme de nulle valeur, &<br />

qui recevrait enfuite pour bon argent une quantité<br />

de ces mêmes efpeces. iËfchine lui ayant<br />

dit, je fuis pauvre & je n'ai rien en mon pouvoir<br />

que ma perfonne, diipofez-en > Socrate lui répondit,<br />

fongez vous bien à la grandeur <strong>du</strong> préfent que<br />

vous'me faites? Un homme s'affligeok <strong>du</strong> mépris<br />

où il étoit tombé depuis que les Tyrans avoient<br />

ufurpé le gouvernement, il lui répondit ; qu'y a-t-il<br />

en


§ O C R A T E. us<br />

en cela'qui foit proprement le fujet de votre<br />

chagrin? On vint lui dire que les Athéniens avoient<br />

prononcé fa fentence de mort, ils font<br />

dans le même cas dit-il, la Nature a prononcé<br />

la leur; d'autres attribuent cette réponfe.à Anaxagore.<br />

Sa femme fe plalgnoit de ce qu'il de-<br />

Voit mourir innocent, il lui demanda fi elle aimoit<br />

mieux qu'il mourut coupable. Ayant rêvé<br />

qu'une voix lui difoit, dans trois jours tu feras<br />

dans les champs fertiles de Pbtbie ( i ), il avertit<br />

iEfchine qu'il mourroit le troifleme jour fuivant.<br />

Le jour où il devoit boire le jus de la ciguë étant<br />

arrivé, Àpollodore lui offrit un riche manteau en<br />

le priant de s'en enyelopper pour mourir ; fi le<br />

mien,dit-il, m'a fervi pour vivre, ne me fervira»<br />

t-il pas bien auffi pour mourir ? On lui dit que<br />

jqueliui'un le chargeoit de malédictions, il faut<br />

ie fouffrir, dit-il, il n'a point appris à mieux parler.<br />

Antifthene s'étoit fait une déchirure à foa<br />

jnanteau & la <strong>mont</strong>rait à tout le monde, Socrate<br />

iui dit qu'au-travers de fa déchirure il voyoit fa<br />

vaine gloire. On lui demanda, n'eft-il pas vrai<br />

que voilà un homme qui médit cruellement de<br />

; - vous?<br />

: (0 C'eft un versd'Hometej Phthie étok la patrie d'Achille<br />

qui menaçant Ulyfle de fe retirer chez lai fe fert de<br />

ces mots, dans trois jours j'arriverai à la fertile Phthie.<br />

Socrate vouloit dire que la mon le rameneroit dans fa<br />

patrie. Note de Dacier fui les Dialogues de Platon Torru<br />

x. Lt Critm.


îi« S 0 C R A T E.<br />

vous ? non dit-il, car je ne mérite pas les médifances<br />

dont il me charge, Il difoit qu'il lui étoit<br />

avantageux de s'expofer à la cenfure des Poètes<br />

Comiques ; parce que, fi leurs critiques étoient fondées<br />

, c'étoit à lui à fe corriger de fes défauts<br />

comme au-contraire il ne devoit pas s'embarrafier<br />

de ceux qu'ils pouvoient lui fuppofer. Une fois<br />

Xantippe, non contente de l'avoir accablé d'injures<br />

, lui jetta de l'eau fale fur le corps, j'ai bien<br />

cru, lui dit-il, qu'un fi grand orage neft pafleroit<br />

pas fans pluie. Alcibiàde lui parlant de cette<br />

humeur infupportable de fa femme,Socrate lui<br />

dit, je fuis accoutumé à ces vacarmes comme on<br />

fe fait à entendre le bruit d'une poulie ; ' & vous<br />

/«qui parlez de ma femme ne fupportez-vous pas<br />

les cris de vos Oies; oui, dit Alcibiàde, mais<br />

elles me pondent des œufs & en font éclorre des<br />

petits; & Xantippe,reprit Socrate,me donne des<br />

enfans. Un jour fes amis lui confeilloient de la<br />

frapper pour lui avoir coupé fon habit en plein<br />

marché, quel confeil me donnez-vous là, dit Socrate?<br />

C'eft donc pour rendre tout le monde témoin<br />

de nos querelles & pour que vous-mêmes<br />

nous excitiez & nous difiez : courage, Socrate ;<br />

courage, Xantippe. Il difoit qu'il falloit tirer partie<br />

des méchantes femmes, comme les Ecuyers font<br />

des chevaux ombrageux ; que comme après en avoir<br />

dompté de difficiles ils viennent plus aifément<br />

à bout de ceux qui font Couples, de même fi lui<br />

fa-


S O C R A T E. 117<br />

favoit vivre avecXantippe,il auroit moins de peine<br />

à fe faire au commerce des hommes. Toutes<br />

ces maximes qu'il propofoit & qu'il confirmoit par<br />

fon exemple furent caufe que la Pythonifle loua<br />

fa con<strong>du</strong>ite & rendit à Chéréphont cet oracle<br />

connu.<br />

De tous les hommes Socrate eft le plusfage. Cet<br />

oracle excita la jaloufie contre lui, comme fi tous<br />

ceux qui avoient bonne opinion d'eux-mêmes étoient<br />

accufés par-là de manquer de fagefle. Platon,<br />

dans fon Ménon, met Anytus au nombre des<br />

envieux de Socrate ; comme il ne pouvoit fouffrir<br />

que Socrate fe moquât de lui, il indifpofa d'abord<br />

Ariftophane contre lui ; enfuite il fuborna Mélj.<br />

tus qui l'accufa devant les Juges d'être un Impie<br />

• & de corrompre la Jeuneffe. Phavorin, dans fon<br />

Hiftoire diverfe, rapporte que Polieufte plaida lé<br />

procès. Hermippe dit que Polycrate,leSophifte,<br />

dreffa la harangue ; d'autres veulent que ce fut<br />

Anytus,mais que l'OrateurLycon prépara le tout.<br />

Au-refte Antifthene * dans la Succejfion des Pbilth<br />

fopbes, & Platon, dans fon apologie, nomment trois<br />

accufateurs de Socrate, Anytus, Lycon, & Mélire,<br />

le premier agiflant pour les Chefs <strong>du</strong> peuple<br />

& les Magiftrats, le fécond pour les Orateurs,<br />

& le troifieme pour les Poètes, autant de clafles<br />

de perfonnes qui avoient à fe plaindre des çenfu.<br />

xes de Socrate. Phavorin au j. Livre dç fes<br />

Commentaires, dit que la harangue qu'on attrU<br />

bue


ng S O C R A T E . -<br />

bue à Polycrate contre ce Philofophe eft fuppofée;<br />

parce qu'il y eft parlé des murs rebâtis par.Conon,<br />

ce qui n'arriva que fix ans après la mort de<br />

Socrate. Voici quels furent les chefs d'aceufation<br />

qui furent atteftés par ferment, Phavorin<br />

dit qu'on les conferve encore aujourd'hui dans le<br />

Temple de la Mère des Dieux.<br />

„ Mélitus, fils de Mélitus de Lampfaque, char-<br />

„ ge Socrate,natif d'Alopece, fils de Sophronif-<br />

„ que, des crimes fui vans. Il viole la fainteté des<br />

„ loix en niant Pexiftence des Dieux reconnus par<br />

„ la ville & en en mettant de nouveaux à leur<br />

„ place. 11 corrompt aulfi la jeunefle. 11 ne peut<br />

„ expier fes crimes que par la mort.<br />

Lyfias lui ayant récité une Apologie qu'il avoit<br />

faite pour lui, mon Ami, lui dit le Philofophe,<br />

la pièce eft bonne, mais elle ne me convient pas.<br />

En effet le ftyle en étoit plus propre à l'ufage <strong>du</strong><br />

Barreau que fortable à la gravité d'un Philofophe.<br />

Lyfias furpris d'entendre en même tems louer &<br />

rejetter fon Apologie le pria de s'expliquer. Il<br />

neferoit pas impofEble, répondit-il, que des habits<br />

&des fouliers fuflentbien faits, quoiqu'ils ne<br />

puflent me fervir. Jufte Tibérien dit, dans fa Qé~<br />

néologie, que pendant qu'on plaidoit la caufe de<br />

Socrate, Platon <strong>mont</strong>a à la tribune & dit ces paroles<br />

, Athéniens, quoique je fois le plus jeune de tous<br />

ceux qui fe font prifentés pour parler dans eertt oceafion<br />

; mais les Juges fe récrièrent là-deflUs & lui<br />

impoferent filence. So-


S O C R A T E . xi9<br />

Socrate fut donc condamné à la pluralité de<br />

deux cens quatre-vingt-une voix; mais comme<br />

les Juges délibéroient pour favoir s'il falloit le<br />

condamner au fuplice ou à une amende, il fe taxa<br />

lui-même à vint-cinq drachmes, quoiqu'Eubulide<br />

prétende qu'il promit d'en payer cent; cependant<br />

voyant que les Juges balançoient & n'étoient<br />

pas d'accord entr'eux, vu les a&ions que j'ai<br />

faites, dit-il, je crois que la peine à laquelle il faut<br />

me condamner ejl de m'entretenir dans le Prytanée<br />

(i). A peine eut-il dit cela que quatre-vingt nouvelles<br />

voix fc joignirent à celles qui opinoient à<br />

la rigueur. Il fut jug» digne de mort, con<strong>du</strong>it<br />

en prifon, & peu de jours après il but la ciguë.<br />

Avant ce moment il fit un difcours, élégant &<br />

folide, que Platon a rapporté dans fon Pbédon.<br />

Plufieurs croient qu'il compofa même un Hymne<br />

qui commence par ces mots (2).<br />

Je vous falue Apollon de Délos £f toi Diane, enfans<br />

illuftres. Mais Dyonifodore prétend que<br />

cet fcymne n'eft point de lui. Il fit auffi une fable<br />

(O Edifice public a Athènes Se dans d'autres villes de<br />

la Grèce où les Orphelins 8c ceux qui avoient ren<strong>du</strong> des<br />

fervices ï la Patrie e'toieat entretenus. Paufanias, trad. de<br />

Gédoyn, voyage d'Athènes T. i. p. s$. Se m.<br />

(z) C'cft Platon qui attribue poiîtivement à Socrate un<br />

Hymne à Apollon, Phe'don trad. de Dacier p. is«, 15».<br />

Le terme de l'original defigne ces hymnes qu'on chantoit<br />

à. Apollon après une viftoite. Voyez le ThieToi d'Etienne


no S O C R A T E.<br />

ble à l'imitation de celles d'Efope, mais aflez<br />

mal conçue ; elle commence de cette manière.<br />

Efope recommanda au Sénat de Corintbe de ne<br />

peint juger la vertu par les avis <strong>du</strong> peuple.<br />

Telle fut la fin de Socrate, mais les Athéniens<br />

en eurent bientôt tant de regret qu'ils rirent fermer<br />

les lieux où on s'exerçoit à la Lutte & aux<br />

Jeux Gymniques; ils exilèrent les ennemis de<br />

Socrate, & pour Mélitus ils le condamnèrent à<br />

mort, Ils élevèrent à la mémoire de Socrate une<br />

flatue d'airain qui fut faite par Lyfippus, & la<br />

placèrent dans le lieu appelle Pompée. Les habitans<br />

d'Héraclée chafferent Anytus de leur ville<br />

le même jour qu'il y étoit entré.<br />

Au-refte ce n'eft pas feulement envers Socrate<br />

que les Athéniens en ont mal agi; ils ont maltraité<br />

plufieurs autres Grands-Hommes ; ils traitèrent<br />

Homère d'infenfé & le mirent à une amende<br />

de cinquante Drachmes, comme le ditHéraclide<br />

; ils accuferent Tyrtée de folie & condamnèrent<br />

Aftydamas le plus illuftre imitateur d'Efchyle<br />

à une amende de vingt pièces de cuivre; auifi<br />

Euripide leur adrefla-t-il ce reproche dans fonPatomede,<br />

fur la mort de Socrate.<br />

Vous avez ravi la vie au plus grand des Sages,<br />

i cette Mufe agréable qui n'affligeait perfonne.<br />

Voilà ce qui arriva à Socrate, Philochore date<br />

pourtant la mort d'Euripide avant celle de So-<br />

• crate. ApoUodore, dans fes Chroniques, place la<br />

naH*-


S O C R A T E . m<br />

mifiance <strong>du</strong> dernier fous PArchontat d'Apfé-.<br />

phion à la quatrième année de la LXXVII Olympiade.le<br />

fixieme jour <strong>du</strong> moisThargélion (i),<br />

jour dans lequel les Athéniens avoient coutume<br />

de purifier leur ville & auquel ceux de Délos difent.que<br />

Diane naquit. Il mourut la première<br />

année de la VC Olympiade âgé de<br />

foixante & dix ans. Démétrius de Phalere femble<br />

en convenir, mais d'autres le difent mort<br />

dans la foixantieme année de fon âge. Lui &<br />

Euripide furent tous deux difciples d'Anaxagore.<br />

Euripide naquit fous Callias, la première année<br />

de la LXXV Olympiade. Si je ne me<br />

trompe, Socrate a traité des chofes naturelles;<br />

ce qui me donne lieu de le croire, c'eft qu'il<br />

a parlé de la Providence, quoique Xénoprion qui<br />

le rapporte dife qu'il s'eft borné à ce qui regarde<br />

les mœurs. . D'un autre côté, Platon dans fon Apologie,en<br />

faifant mention d'Anaxagore & d'autres<br />

Phyûciens, avance des chofes que Socrate<br />

combat, nonobftant qu'il lui attribue tout ce qu'il<br />

dit <strong>du</strong> lien. Ariftote raconte qu'un certain Mage<br />

étant venu, de Syrie à Athènes, reprit Socratc<br />

fur difFérens fujets & lui prédit qu'il auroit une<br />

fin tragique. J'ajoute ici l'Epitaphe que j'ai faite<br />

fur la mort de notre Philofbphe.<br />

Socrate, tu bois aujourd'hui le nt&ar à la table<br />

des<br />

(J) Avril.<br />

Tom. I. î"


188 S O C R A T E .<br />

des Dieux; Apollon vante ta fageffe; & fi Atbenet<br />

méconnoit tes fervices, elle s'empoifmne elle-même<br />

avec la ciguë qu'elle te donne.<br />

Ariftote, au III Livre de fon Art Poétique,<br />

dit que Socrate eut, avec un nommé Antioloque<br />

de Lemnos & avec Antiphon Interprète des<br />

prodiges, quelque différent, comme eurent Pythagore<br />

avec Cydon & Onatas : Homère & Héfîode<br />

l'un avec Sagaris, l'autre avec Cécrops pendant<br />

leur vie, & tous les deux avec Xénopaane de Colophon<br />

après leur mort : Pindare avec Amphimene<br />

de Cos : Thaïes avec Phérécyde : Bias avec<br />

Salare de Priene: Pittacus avec Antiménide &<br />

Alcée : Anaxagore avec Sofihe : & Simonide avec<br />

Timocréon.<br />

Entre les Seâateuss de Socrate, qui s'appelle*<br />

rent Socraticiens, les principaux furent Platon,<br />

Xénophon & Antifthene. Dans le nombre des<br />

dix, comme on les nomme, il y en eut quatre plus<br />

fameux que les autres,. Efchine, Phédon, Euclide<br />

& Ariftippe. Premièrement nous parlerons<br />

de Xénophon & renverrons Antiflhene à la claflè<br />

des Philofophes Cyniques. Eniuite nous traite»<br />

rons des Socraticiens & de Platon, chef des dix<br />

Sectes, & inflituteur de la première Académie.<br />

C'eft l'ordre que nous nous propofons de fuivre<br />

dans la fuite de cet ouvrage.<br />

Au-refte il y a eu plufieurs autres Socrates;<br />

un Hiftorien qui a donné une defcription <strong>du</strong><br />

Pays


S O C R A T E. 113<br />

hp d'Argos, un Philofophe Péripatéticieo, de<br />

Bithjrmie ,jan Epigrammatiftë, & enfin un Ecrivain<br />

de Cos qui a compote on Livre des fiirnoms<br />

des Dieux.<br />

* *<br />

L«<br />

mf<br />

p a<br />

XE»


f*4 XEN O F l&0;£j<br />

XENOPHON,<br />

XEnophon, fils de Gryllus, naquit à Enchia,<br />

village <strong>du</strong> territoire d'Athènes. Il étoit modefte<br />

& fort bel homme. On dit que Socrate, l'ayant<br />

rencontré dans une petite rue, lui en barra<br />

le paffage avec fon bâton, en lui demandant où<br />

étoit le marché; qu'après que le jeune homme<br />

eut f?tisfait à fa queftion, il lui demanda où e&V<br />

ce que les hommes fe formoient à la vertu ; &<br />

que, comme Xénophon héfitoit à hii répondre, il<br />

lui dit de le fuivre, qu'il le lui apprendroit; &<br />

que,depuis ce tems-là, il devint'un des difciples<br />

de Socrate. Il eft le premier qui ait donné au<br />

public, en forme de Commentaires, les cbofec<br />

dont il tenoit notice, & le premier qui fe foit occupé<br />

à écrire l'Hiftoire des Philofophes. Ariftippe,<br />

dans le IV Livre des Délices des anciens,<br />

rapporte qu'il avoit un amitié particulière pour<br />

Clinias & qu'il le lui dit en ces termes. Je prens<br />

plus de plaifir à voir Clinias que tout ce que les<br />

bommes ont de plus rare. Je voudrais perdre la vue<br />

& n'avoir des yeux que pour voir Clinias. La nuit<br />

jt m'afflige de fon abfence, le matin je remercie le<br />

Soleil <strong>du</strong> bonheur Ihe j'ai de revoir Ginias.<br />

U s'infirma daht l'amitié de Cyrus & voici<br />

•'••- '*-• " coa-


.; •&(•>


ÏENOPHOK. *t$<br />

comment ils'y'prk. Il avoit un Ami, nomme"<br />

Proxene, Béotien d'origine, difcipie de Gorgias<br />

de Léonte, & qui vivoit à la Cour de Cyrus, qui<br />

lui faifoit parti de fon amitié. Proxene écrivit k<br />

Athènes une lettre à Xénophon dans laquelle il le<br />

prioit de venir à Sardes & de s'appliquer à gagner<br />

l'affection <strong>du</strong> Roi. Xénophon <strong>mont</strong>ra la lettre<br />

i Socrate & lui demanda fon avis, qui fut qu'il<br />

iroit confulter l'oracle de Delphes fur te parti<br />

qu'il devoit prendre. Il obéit : mais au-lieu de<br />

demander à Apollon s'il devoit fe rendre auprès<br />

de Cyrus, il lui demanda de quelle manière il feroit<br />

le voyage de Sardes. Socrate, quoique fâché<br />

de la tromperie de fon difcipie, lui confeilla ce»<br />

pendant de partir; & Xénophon, -étant arrivé i<br />

la Cour de Cyrus, fçut tellement lui plaire qu'il<br />

entra auffi avant que Proxene dans fes bonnes<br />

jgraces. Et delà vient qu'étant à portée de tout<br />

voir & de tout connottre, il nous a G bien détail<br />

lé les dreonftances de l'arrivée & de la defeente<br />

de Cyrus en Grèce.<br />

H eut une haine mortelle pour Ménon qui &<br />

toit Capitaine d'une Compagnie de Soldats étrangers,<br />

lorfque les- Perfes vinrent en Grèce. Entre<br />

autres chofes déshonorantes qu'il lui reproche, il<br />

Faccufe d'avoir eu des amours illégitimes. Il blâma<br />

auffi un certain Apollonide de s'être fait percer<br />

les oreilles. Après la déroute de Pbnt & la»<br />

rupture de l'alliance avec Seuthus^Roi desOdry^<br />

E $ fien»


116 XENOPHOK<br />

Sens, Xénophon fe retira en Me, auprès d'Agéfilas,<br />

Roi de Lacédémone. Il lui fit avoir i fa folde<br />

des troupes de Cyrus, fe dévoua entièrement<br />

1 fon fèrvice & noua avec lui une amitié parfaite;<br />

ce qui porta les Athéniens à le condamner<br />

i un exil, dans la penfée qu'il s'étoit engagé avee<br />

les Lacédémoniens, Delà, il paflk à Ephefe où<br />

il mit en dépôt, jufqu'à fon retour, la moitié de<br />

l'argent qu'il avoit avec lui, entre les mains de<br />

Mégabyfe,un des Prêtres de Diane, auquel il permit<br />

de l'employer à faire une ftatuepour laDéeffe,<br />

fuppofé qu'il ne revint plus dans le pays. Il<br />

dépenfa l'autre moitié en préfens qu'il envoya à<br />

Delphes. La guerre contre les Thébains l'ayant<br />

rappelle en Grèce avec Agéfilas, il en reprit le<br />

chemin, muni de provifions de bouche que lui<br />

fournirent les Laeédémoniens» Enfuite il fe fépara<br />

d'Agéfilas & vint jufqu'à Scillunte, dans la<br />

•campagne d'Elée, pas loin, de la. ville.<br />

Il avoit avec lui, dit Démétrius de Magnéfie,<br />

une femme,nommée Philéfia, qui le fuivoit avec<br />

deux enfans, que Dinarque, dans fon Livre de la<br />

Répudiation, de Xénopban, appelle Gryllus &Diodore,<br />

frères jumeaux. Le hazard voulut que Mégabyfe,<br />

fon dépofitaire, vint dans ce pays à l'occafioa<br />

d'une réjouiflànce publique. Xénophon retira<br />

l'argent de fes mains ; en acheta une portion de<br />

terre, à travers de laquelle coule le fleuve Sélinus<br />

éc même nom que celui qui baigne la ville d'Ephc-


XÉNOPHON. 127<br />

priefe & la confacra à la Déefle. Il y pafla le<br />

le tems à la chaffe, à régaler fes amis, & à écrire<br />

l'Hiftoire. Dinarque prétend que les Lacédémoniens<br />

lui rirent préfent de cette terre avec<br />

la maifon. Il y en a même qui veulent que Pélopidas<br />

de Lacédémone y envoya les prifonniers<br />

qu'on avoit amenés de Dardanie pour qu'il eh<br />

difpofât à fa volonté ; mais qu'ertfuite les Eliens,<br />

étant venus attaquer Scillunte, & les Lacédémoniens<br />

ayant tardé à y envoyer <strong>du</strong> fecours, ravagèrent<br />

le pays qu'occupoit Xénophon. Ses enfans<br />

fe fauverent alors à Léprée, avec un petit nombre<br />

d'efclaves ; & lui-même fe rendit d'abord à Eles><br />

puis à l'endroit où étoit fa famille ; & delà il partit<br />

avec elle pour Corinthe où il fixa fon féjour.<br />

Cependant les Athéniens réfolurent de fecourir<br />

tes. Lacédémoniens que leurs ennemis avoient ré<strong>du</strong>its<br />

à une fàcheufe fituation : Xénophon envoya<br />

fes fils i Athènes combattre pour les Lacédémoniens<br />

chezlefqaels ils avoient été élevés, à ce que<br />

dit Diodes dans les Vies des Pbilofopbes. L'un<br />

d'eux,riomiriéDiodore, revint'<strong>du</strong> combat fans avoir<br />

fait aucune action de marque, & eut un fils<br />

qui porta le même nom que fon frère. Pour<br />

Gryllus il combattit avec beaucoup de courage<br />

parmi la Cavalerie, & mourut glorieufemerit dans<br />

la bataille qui fe donna près de Mantinée, fous<br />

la con<strong>du</strong>ite de Céphifodore qui étoit Général de<br />

la Cavalerie, & fous les ordres d'Agéfilas qui cora-<br />

F 4 vasar


«S XENOPHOIf.<br />

«îandoit Parmée en Chef, félon le rapport d'Ephore,<br />

au XXV Livre de fes Hifioires. On<br />

raconte que Xénephon faifoit un facrifice a-<br />

•ec un» couronne fur la tête, Iorfqu'on vint luf<br />

apprendre le ûiccès de cette bataille où Epaminondas<br />

Général des Thébains avoit auffi per<strong>du</strong> la<br />

vie ; qu'à la nouvelle <strong>du</strong> malheur arrivé à fon fils,<br />

il Ôta fa couronne ; mais qu'il la reprit lorsqu'on<br />

fui eut dit le courage avec lequel il avoit combattu.<br />

On allure même que, bien-loin de répandre<br />

des larmes, il dit d'un œil fec, je favois que<br />

je l'avois mis au monde pour mourir. Ariftote<br />

cite plufieurs Ecrivains qui ont fait l'Eloge & l'Epitaphe<br />

de Gryllus, en partie pour faire plaifir à<br />

ifon Père. Hermippe, dans la vie deThéophrafte,<br />

dit que Socrate a auffi compofé le Panégyrique<br />

de Gryllus; ce qui porta Timon à le blâmer, en<br />

difànt, qu'il avoit fait deux tu trois livres ou cm<br />

plus grand nombre, de la mttne efpece que les ouvrages<br />

peu propres à perfuader qu'ont fait Xénopbm<br />

& Efcbine.<br />

Ainfi vécut Xéûophon dont la réputations'accrut<br />

fur-tout la IV année de la XCIV<br />

Olympiade. Il fuivit Cyrus en Grèce, pendant<br />

l'Ârchontat de Xénénete, un an avant<br />

la mort de Socrate. StéiicKde d'Athènes ><br />

dans fa Defcriptim des Archontes & des<br />

Vainqueurs Olympiques, fixe fon décès à<br />

fa I année de la CV Olympiade fous Cal-


X E N - 0 P IT


130. X E M 0 P H 0 N.<br />

ouvrage n'eft point de lui. [On dit qu'ayant<br />

en fa pofleffion les Livres égarés de Thucydide<br />

& pouvant fe les attribuer, il les mit au jour<br />

à l'honneur de cet Hiftorien. On lui donnoic<br />

le nom de Mufe Attique, à caufe de la douceur<br />

de fon éloquence. Aufli y avoit-il quel,<br />

que jaloufie entre lui & Platon ; j'en dirai da«.<br />

vantage ailleurs. Voici les vers que j'ai faits i<br />

& louange.<br />

L'Amour de la, Vertu» qui efi le chemin <strong>du</strong><br />

Gel, appella Xénopbm en Perfe , plutôt que l'amitié<br />

de G/rus. En nous peignant les faits des<br />

Grecs, ce Pbilofopbe nous développe fon génie for?<br />

mé fur l'efprit fublime de Socrate.<br />

J'ai fait auffi> cette Epigiamme fur fe mort.<br />

Xénopbm, parce que Cyrus te reçoit dans fm<br />

amitié > les Athéniens foupfonneux te hanniffent de<br />

leur ville; mais la bienfaifante Corintbe t'ouvre un<br />

ofylé dans fon fein, où tu fais vivre heureux.<br />

J'ai lu quelque part qu'il fleuriflbit avec les<br />

autres difciples de Soctate vers la XIC. Olym...<br />

piade. Iftrus dit qu'il fut exilé par ordre<br />

d'Eubule & rappelle par fon avis. Au-refte,<br />

il y a eu fept Xénophons. Celui dont nous par»<br />

lens. Le fécond Athénien & frère de ce Py„<br />

thoftrate qui fut auteur <strong>du</strong> Poëme de Théféis,<br />

des vies d'Epaminondas & de Pélopidas & de quelques<br />

autres ouvrages. Le troifieme né à Cos, &


v ,X*N-0PHOK. ijr<br />

Médecin 1 de profeffion. Le quatrième HùTorienr<br />

d'Annibal. Le cinquième qui a traité des prodiges<br />

fabuleux. Le fixieme natif de Paroi & faifeur<br />

de ftatues. Le feptieme Poète de l'ancienne Comédie<br />

(i).<br />

(i) On diftinguoït la Com&ie Ancienne, Moyenne'lé<br />

Nouvelle. La première etoit fort fatyrique. Voyez le<br />

Tbriftr d'Etienne 8c le P. Bruno? , Théâtre des Giccs,<br />

Tom. j. pag, \»U<br />

«Or<br />

F


?3* ï"S C I I H t<br />

ESCHINU<br />

E Sehine, fils <strong>du</strong> Charentier Charinus, ou de LjF^fanius,,naquit<br />

à Athènes; Extrêmement laborieux<br />

dès & jeunefle, il s'attacha tellement àt<br />

Socrate qu'il ne le quittpit jamais; ce-qui faifbit<br />

fouvent dire à ce Philofophe que le fils d'un Cfearentier<br />

étoit le feul qui fçut véritablement faire<br />

cas de lui. Idoménée rapporte que ce fut Efchine<br />

& non Criton qui confeilla à Soçrate de s'enfjair<br />

de fâ prifon, mais que Platon attribua ce<br />

confeil à Criton, parce qu'Efchine étoit plus ami,<br />

d'Ariftippe que de Platon.<br />

Efchine fut en butte aux traits de la Calomnie<br />

: Ménédeme d'Erétrée fur-tout l'accufa dés'être<br />

approprié plufieurs Dialogues de Socrate<br />

que Xantippe fa veuve lui avoit donnés. Ceux<br />

qu'on appelle imparfaits font trop, négligés ; ils,<br />

n'ont rien de l'éloquence & de l'énergie des expreflions<br />

de Socrate.. Pififtrate d'Ephefe aflure<br />

qu'Efchine n'en efi: pas non plus l'Auteur, &.<br />

Perfée, qui les croit, fortis, de la plume de Pafiphon<br />

d'Erétrée, ajoute que ce fut.auflî lui qui Ies=<br />

inféra dans les Oeuvres d'Efchine,& qui fuppofâ:<br />

pareillement le petit tyrus, le petit Hercule, &.<br />

YAkibinit tdntijtbene,. & d'autres ouvrages..<br />

1 '' U*


E S JC IH I N E. *SJ<br />

Les vrais Dialogues; d'Efchine & qui approcbenfc<br />

de la manière d'écrire,de Socrate font ht nombre<br />

de fept; (avoir MLltiade, Ion dont 1s ftyfe<br />

eft moins nerveux que celui'<strong>du</strong> premier, Gaifias<br />

,. Axioque „ Afpafie ,. Alcibiade,. Thélaugét<br />

&Rhinon.<br />

On prétend que la pauvreté obligea Efchirië<br />

d'aller en Sicile auprès de Denys ; que Platon;<br />

feméprifa, mais qu'Aiiftippe le recommanda ait<br />

Tyran j que,lui ayant récité quelques-uns de fe«.<br />

Dialogues Je Philofophe eut part à fes libéralités?;<br />

qu'enfuite il revint à Athènes,, mais qu'iln'ofa y<br />

enfeignerlaPhilofophie à caufé delà grande repu?<br />

tation de Platon & d'Ariftippe ; que cependant,<br />

il y ouvrk une Ecole,, fe faifant payer de fes<br />

Difciples,jufqu'à ce qu'à la fin il femit âplaidence<br />

qui rit dire à Timon qu'il n'était pas dipour*<br />

vu <strong>du</strong> dm de perfuoder-. Ceux qui"parlent dé lui<br />

ajoutent que Socrate, le voyant dans la difetté,.<br />

lui dit qu'il falloit qu'il prît à ufùre. fur Iuumêtme<br />

en fe retranchant, une partie de fa nourriture.<br />

IL n'y eut pas jufqu'à Ariftippe qui ne le fôup.<br />

çpnnât de mauvaife foi^ au Tujet de fês Dialogues.<br />

; à la lecture qu'Efchihe. hii en fit à-<br />

Mégare, on raconte. qtfil* lui dit d'un ton raili<br />

•leur. Plagiaire,, où as-tu-pris cela? Polycrite de-<br />

Mendes. Livre I. dés: Allions de Denys , é".<br />

crit qu'il vécut, avec Carinus le Comique 4 : .<br />

E 7; ' la-


134 E S C H I N E.<br />

la Conr <strong>du</strong> Tyran, jufqu'à ce qu'il déchut de fà<br />

puiflànce & jufqu'au retour de Dion à Syracufe.<br />

On a encore une lettre d'Efcfaineà Dénys. Il<br />

étoit aufE grand Orateur : fa harangue, en faveur<br />

<strong>du</strong> père <strong>du</strong> Capitaine Phénix, en eft une preuve;<br />

il imita l'éloquence de Gorgias de Léonte. Ly*<br />

fias répandit auffi contre lui un Libelle qu'il intitula<br />

la Calomnie. Certainement on ne fau»<br />

roit rejeter les témoignages qui prouvent qu'il<br />

étoit bon Orateur. Il avoit un ami dans la pcifonne<br />

d'un certain Ariftote, nommé autrement<br />

Mythus; De tous les Dialogues de Socrate,Pa»<br />

nétius croit ne devoir admettre pour véritables<br />

que ceux de Platon, de Xénophon, d'Antifthe»<br />

ne & d'Efchine; il doute de ceux dePhédon &<br />

cVEuclide ; il rejette tous les autres.<br />

Il y a eu huit différens Efchines-; le prenne»<br />

eft le Philofophe dont nous donnons la vie ; le<br />

fécond a traité de l'éloquence; lçtroifieme imi*<br />

ta l'Orateur Démofthene; le quatrième, natif<br />

d'Arcadie, fut difciple d'Ifocrate; le cinquième,<br />

furnommé le fléau des Orateurs, naquit à Mi*<br />

tykne ; le fixieme, qui* étoit de Naples, embrafla<br />

la Secte Académicienne fous MéJanthe de Rhodes<br />

qui fut fon ami particulier; le feptieme,- né à<br />

Milet, écrivit fur la Politique; le huitième fut<br />

Sculpteur.<br />

ARIS»


"ETC


A % I S X J. J F E. i»<br />

A RI STIPPE.<br />

Riftippe étoit Pyrénéen d'origine, Efchin©<br />

dit qu-'attiré par la réputation de Sacrate,<br />

M vint à Atfaeaes. Selon Phanias d'Erefe,.Phil«-<br />

$>phe Péripatétàcien, il fut le premier des feétatturs<br />

de Socrate qui enfeigna par intérêt & qui<br />

exigea un falaire de fes Ecoliers;, ayant: un jour<br />

envoyé vingt mines à fon maître, elles lui furent<br />

Knvoyées-avec cette réponfe que le Dieu de Sa.<br />

çraté ne lui permettoit pas d'accepter de l'argent,<br />

en effet cela déplaifoit.auPhilofophe. Xénophon<br />

«.'aima pas Ariftippe, & Ge fut.par une fuite de cet<br />

éloignement qu'il publia un livre contre la voIup,té<br />

diont Ariftippe étoit défenfeur , faifant Socrate<br />

jijge de leur différent. Théodore dans fon ou»<br />

vrage des Se&es, déclame auffi contre lui;& Pla?<br />

Bon, dans fon Traité de l'Ame, ne. le maltraite<br />

pas moins que les autres..<br />

Ariftippe étoit d'un naturel qui s'accommodok<br />

aux lieux, aux tems & au génie des perfonnes;<br />

il prenoitavec les. uns & les autres des manières<br />

qui convenoient à leur humeur : auffi- plaifoit il<br />

le plus à Denys,parce qu'il favoit fe gouverner<br />

"comme il faut en toute occafîon,. prenant leplaiûi<br />

quand il fe préfentoit &. fâchant auffi s'en patio:.<br />

C'eft courquoi Diogene l'appellok le Chien<br />

' • ' Eo.-


«« h K Ï S T I T T E .<br />

<strong>Royal</strong>. Timon le pique fort vivement fur fi<br />

friandes; femblabU, dit-ilT àVeffimini Jriftip.<br />

pe, qui peut au feul attouchement diftinguer le vrai<br />

<strong>du</strong> fait». On dit qu'un jour il fè fit acheter me<br />

perdrix, pour cinquante drachmesvenrépondante<br />

quelqu'un qui l'en blâmoit ; je gage que voi»<br />

n'en payeriez pas une obole. Celui-là repritqu'ea<br />

effet il ne les donnerait pas, & moi,, continua Axiftippe,je<br />

ne mets aucune différence danslavakur<br />

de l'argent Un jour Denys lui fit amener<br />

trois Courtifannes-, en lui difànt de choifir celle<br />

qui lui plaifoit le plus ; Ariftippe les garda toutes<br />

trois ».difânt pour s'excufer queParis n'avoitpa*<br />

été plus heuieux pour avoix préféré une feule femme<br />

à toutes les autres. Il mena enfuite ces filles<br />

jufqu'à fa porte où il les congédia: tant il luiétoit.<br />

aifé de prendre de l'amour & de s'en guérir. Oa<br />

prétend que Straton, ou, félon d'autres, Raton, lui<br />

dit qu'entre tous les Philofopbes il n'appartenoit<br />

qu'à lui de porter un bel habit & une vefte dé*<br />

chirée. Denys lui ayant craché au vifage,. il le:<br />

fouffrit fans fe plaindre & répondit à quelqu'un<br />

qui en étoit choqué. Les pécheurs vont fe nisuiU-<br />

1er d'eau de Mer pour prendre un mauvais petit<br />

poijfon, £? moi pour prendre une Baleine ne foufi<br />

frirois-je pas qu'on me mouille le vifage defalive ?"<br />

€bmme il paflbit un jour, pendants que Diogerie<br />

fevoit des herbes, le Cynique lui adreflk ce reproche:,<br />

fi tu ayoîs appris à préparer ta nourri-<br />

ta*


A R I S T I P P E. 137<br />

.lure, tu ne fréquenterais pas la Cour des Tyrans.<br />

: Et toi, lui répliqua Ariftippe, fi tu favois converfer<br />

avec des hommes, tu ne t'amuferois pas à<br />

nettoyer de» légumes. Interrogé fur l'utilité<br />

qu'il retirait de Ja Philofophie , celle, dit-il,<br />

de pouvoir parler i tout le Monde avec aflurance.<br />

S'en tendant blâmer de ce qu'il vivoit avec<br />

trop de fomptuofité & de délicatelTe,fi c'étoitlà,<br />

repliqua-t-il, une chofe honteufe, elle ne feroit<br />

pas en ufage dans les fêtes folenm elles. Qu'eftce<br />

que les Philofophes ont de plus extraordinaire<br />

que les autres hommes, lui dit-on? Ceft, répondit-il,<br />

que, fi toutes les loix venoientà s'anéantir,<br />

leur con<strong>du</strong>ite n'en feroit pas moins uniforme.<br />

Pourquoi, lui dit Denys, voit-on les Philofophes<br />

faire la cour aux riches & ne voit-on pas<br />

les riches la faire aux Philofophes» Ceû que<br />

«eux-cî, répondît-il, fàvent de qui ]îs ontbefôin, &<br />

•que les autres ignorent ceux qui leur font nécet<br />

firires. Platon lui reprochoit qu'il vivoit fplea-<br />

^idement. Que penfèz»vous de Denys, lui demanda<br />

Ariftippe» eft-iî homme de bien? Platon<br />

ayant pris l'affirmative. Gr.pourfuivit-il, Denys<br />

fc traite beaucoup mieux que moi; rien n'emfêche<br />

donc qu'on ne puiffe vivre honnêtement en<br />

"vivant délicatement-<br />

Quelle différence, lui dit-on, y a-t-il entre le»<br />

Savans & les; Ignorans IL» même, repliqua-t-il, qui<br />

eft entre des chevaux domptés & d'autres qui ne<br />

le.


ï38 A R I S T ï P P È.<br />

Te font pas. Etant entré un jour dans la chaffl.<br />

bre d'une Proftituée, & voyant rougir un de ceux<br />

qui l'accompagnoient, il n'y a point de hontf,<br />

dît-il, d'entrer dans un lieu de débauche ; mats<br />

il eft honteux de ne pouvoir en fortir. Quelqu'un<br />

•lui propofa une énigme & le prêtât de la deviner.<br />

Infenfé, lui dir-fl, pourquoi veux-tu que je débrouille<br />

une chofé qui eft obffcure par la manière<br />

même dont elle eft embrouillée? H croyoit que<br />

la pauvreté valoit mieux que l'ignorance, puifque<br />

celle-là n'eft qu'une privation de richeffes au-lieu<br />

que celle-d eft un défaut d'entendement. Etant<br />

pourluivi par quelqu'un qui Poùtrageoit de paroles<br />

, il doubloir le pas. Pourquoi fuis-tu, lui cria<br />

cet homme? Parce que tu as le droit dédire des<br />

injures, répondit-il; & que moi j'ai celurdenete<br />

point entendre. Un autre fe déchalnoit contre<br />

les Philofophes qui afDégeoient les portes des<br />

Grands. Les Médecins, lui dit Ariftippe, font affi<strong>du</strong>s<br />

auprès de leurs malades ; cependant il n'y a<br />

pcrfonne qui aime mieux perdre la fan té que guérir<br />

d'une maladie. Faifànt voile pour Cortnthe,<br />

par un gros temss il s'émut ; ce-qui donna lieu à<br />

quelqu'un de lui dire.Nous»autres,pauvres-ignorans.nous<br />

n'appréhendons pas le naufrage;mais<br />

vous, Philofophes, vous tremblez à la vue <strong>du</strong> péril;<br />

c*eft répondit-il, que vous & nous n'avons; pas<br />

là même vie à conferver. Un autre fe vantoit<br />

d'avoir appris beaucoup de chofe. De même,<br />

dit-


dk-il, que ceux qui mangent avec avidité & qui<br />

fe donnent beaucoup d'exercice ne fe portent<br />

pas mieux que d'autres qui fe contentent amplement<br />

<strong>du</strong> néceflâire ; ainfi ne doit-on pas regarder<br />

comme Savans ceux qui ont parcouru quantité<br />

de volumes, mais ceux qui fe font appliqués<br />

à la le&ure de livres utiles. Un Orateur,<br />

l'ayant fervi dans une 'Caufe qu'il avoit plaidée &<br />

gagnée ,lui demanda à quoi lui profitoient les leçons<br />

de Socrate ; il lui répondit, à vous avoir<br />

fait dite la vérité dans-la harangue que vous avez<br />

prononcée pour moi.<br />

Il infpiroit de grands fentimens à fa fille Ar«te<br />

& lui enfeignoit à méprifer tout excès. Un<br />

père le confulta fur l'avantage que fon fils retiresoit<br />

de l'étude des. Sciences ; fi elle ne. lui apporte<br />

d'ailleurs aucune utilité, reprit Ariftippe, au-inoins<br />

il aura affez- de jugement pour ne pas s'affeoir<br />

au Théâtre comme une pierre fur l'autre.<br />

Un autre lui recommanda fon fils pour l'inftruction<br />

<strong>du</strong>quel le Philofophe exigea cinq cens drachmes.<br />

Un efclave ne me coûteroit pas davantage,<br />

lui,répondit le Père. Achetez,achetez,interromr<br />

pit Ariftippe, vous en aurez deux au-lieu d'un. Il<br />

difoit qu'il prenoit de l'argent de les amis nos<br />

pour s'en fervir, mais afin qu'ils appriflént à l'employer<br />

utQement. Quelques perfonnes lui reprochant<br />

qu'il avoit eu recours à un Rhéteur pour,<br />

défendre fa caufe; pourquoi non,.leur dit-il, jet<br />

prena


HO A R I S T I t P t.<br />

prens bien un Cuifinier pour m'apprêter à inenger.<br />

Un jour Denys vouloit le faire parler fur<br />

la PhiloTophie. Il eft ridicule, lui - dit-il, que<br />

TOUS me demandiez le rationnement même& que<br />

vous aie prefcriviez le temps où il faut que je<br />

raifonne. Denys, choqué de cette réponfe, lui<br />

ordonna d'aller fe placer au bas bout de la table';<br />

apparemment, continua Ariftippe, que vous<br />

avez voulu faire honneur â cette place. Il mortifia<br />

la vanité d'un homme qui fe piquoit de favoir<br />

bien nager,en lui demandant s'il n'avoitpas<br />

honte d'être en concurrence pour l'agilité avec<br />

les poiflbns. Un autre lui demandoit en quoi le<br />

fage diffère de l'infenfé ,* envoyez les, dit-il,<br />

tous deux, nuds, chez ceux qui ne les connoifferit<br />

pas, & ils vous l'apprendront. Un buveur s'ap.<br />

plaadùToit de ce qu'il favoit beaucoup boire fana<br />

s'enyvrer; le Mulet en tait autant, lui répondit<br />

il. Quelqu'un le cenfkrant de ce qu'if avoit commerce<br />

avec une Débauchée. N'eft-ce pas la. môme<br />

chofe, dit-il, que vous habitiez une maifoà<br />

après pluiîeurs autres, ou que vous en habitiez<br />

une que perfonne n'a occupée avant vous ? Non<br />

répondit l'autre. Quoil reprît Ariftippe, il n'eff<br />

pas indifférent que je m'embarque dans un vaiffeau<br />

qu'on aura fouvent équippé, ou- dans un nasvire<br />

neuf & qui n'aura fait aucune courfe ? D'accord<br />

repartit le Cenfeur. Tout de même, répondit<br />

le, Philofophe , il ne m'importe pas d'avoir<br />

caaxr


A R I S T I P P B. 141<br />

»erce*vec une femme gui a fervi àplufieurs,ou<br />

avec une femme encore novice fur la volupté,<br />

Comme il apprit qu'on lui donnoit un mauvais<br />

renom de ce qu'étant difciple de Socrate, il avoit<br />

l'une mercenaire, j'ai raifon , dit-il, de vouloir<br />

être payé de mes Difciples : il eft vrai que<br />

Socrate retenoit peu de chofe pour fon ufage<br />

<strong>du</strong> bled & <strong>du</strong> vin dont quelques-uns de fes amis<br />

lui taifoient préfent & qu'il renvoyoit le fuperflu<br />

; mais les principaux d'Athènes fubvenoient<br />

à fes befoins par les provisions qu'ils lu»<br />

envoyoient, & moi, je n'ai qu'un Efclave qui<br />

eft Eutychide, encore ne m'appartient-il qu'à<br />

titre d'achat. Sotion dans le II. Livre de<br />

fes SucceJJions, rapporte qu'il ëntretenoit la Courtuanne<br />

Laïs. Comme on fe moquoit de lui a<br />

ce fujet, oui, répondit-il, je pofTede Laïs,<br />

mais je ne fuis pas poffédé de fes agrémens, 6c<br />

il eft beau de réfifter à la fenfualité, fans cependant,<br />

fe ferrer des plaifirs. Il ferma la bouche<br />

1 un homme qui lui reprochoit qu'il aimoit les<br />

bons repas, en lui difanî j pour vous, je fuis fur<br />

que vous n'en donneriez pas trois oboles. Non,<br />

dit-Il. Cela étant, reprit Ariftippe, convenez que<br />

je fuis moins gourmand que vous n'êtes avare.<br />

Simus, Tbréforier de Deny3, homme de mauvais<br />

caractère, & qui étoit Phrygien de naiûance, \u\<br />

itiùnt voir la richeffe des ameublemçns & <strong>du</strong><br />

pavé de fa maifon, Ariftippe lui cracha au viikge..<br />

Le


i42 A R I S T 1 P P E.<br />

Le Thréforier s'en irrita. Pardonnez moi, hil<br />

dit le Philofophe, je ne voyots pas où je puffe<br />

cracher plus décemment. Charondas ou Phédon;<br />

félon d'autres, lui demandant qui étoient ceux<br />

qui fe fervoient d'onguens. Moi, répondit-il,<br />

& le Roi de Perfe, qui eft plus miférable encore<br />

que je ne fuis. Au-refte, prenez garde qu'il<br />

en eft des hommes comme de tous les animaux<br />

qui ne perdent rien par les onguens ; mais malheur<br />

aux gens impurs qui nous reprochent que<br />

nous nous oignons de parfums. Quelqu'un, voulant<br />

favoir comment Socrate étoit mort, le pria<br />

de lui en faire le récit. Plût à Dieu, dit-il, que<br />

j'euffe une même fin !<br />

Le Sophifte Polixene entra un jour chez lui,<br />

oh, trouvant une compagnie de femmes ajuftéei<br />

& un fomptueux repas,il fe mit à déclamer contre<br />

le Luxe. Ariftippe l'écouta quelque tems,<br />

jufqu'à ce qu'il l'interrompit, en lui demandant<br />

s'il vouloit être de la partie. Polixene 7 ayant<br />

confenti, quelle raifon avez-vous donc de vous<br />

plaindre, lui dit-il ? Il femble que vous approuvez<br />

les bonnes tables & que vous ne blâmez que<br />

la dépenfe. On lit, dans les Extrcices de Bion,<br />

qu'étant en voyage il dit à fon valet de jetter<br />

une partie de l'argent dont il étoit chargé &de ne<br />

garder que ce qu'il pourrait porter commodément.<br />

Dans un autre tems qu'il voyageoit fur Mer, fi-tôc<br />

qu'il fçut que le vaiffeau appartenoità un Corfai-i<br />

re


A R 1 S T I P P E . 143<br />

re„ il compta fon argent qu'il laiffa gliffer de fes<br />

mains dans l'eau,comme par accident,en déplorant<br />

fon infortune. D'autres lui font dire, il<br />

vaut mieux que l'argent périflc pour Ariftippe,<br />


144 A R I S T I P P E.<br />

«<br />

on lui reprocha cette bafléfle, mais il répondit,'<br />

ce n'eft pas ma faute, c'eft celle de Denys qui<br />

a les oreilles aux pieds. Ariftippe demeuroit en ;<br />

Afie, lorfqu'il fut pris par Artapherne , Gouverneur<br />

de la Province. Quelqu'un lui ayant demandé,<br />

fi après cette 'difgrace il fe croyoit en<br />

fureté? Vous n'y penfez pas, dit-il, je n'eus<br />

jamais'plus de confiance qu'â-préfent que je dois<br />

parler à Artapherne. Il comparoit ceux qui négligeoient<br />

de joindre la Philofophie à la connoiffance<br />

des Arts Libéraux, aux Adorateurs de Pénélope<br />

qui efpéroient plus de conquérir le cœur<br />

de Mélantho, de Polydore,& des autres fervantes,<br />

que d'époufer leur Maitrefle. On dit qu'il<br />

tint un difcours pareil à Arifte en lui difant<br />

qu'Ulyfle,étant defcen<strong>du</strong> aux Enfers, y avoit eu<br />

des entretiens avec presque tous les Morts, mais<br />

que pour leur Reine, il n'avoit jamais pu la<br />

voir. On lui demanda ce qu'il croyoit qu'il<br />

étoit le plus néceflaire d'enfeigner aux jeunes<br />

sens. Des chofes, dît-il, qui puiflent leur être<br />

utiles, quand ils auront atteint l'âge viril. Un au*<br />

trelui faifoit des reproches de ce que,de l'Ecole<br />

de Socrate il étoit allé à la Cour <strong>du</strong> Tyran de<br />

Syracufe. Je fréquente , dit-il , la compagnie<br />

de Socrate, quand j'ai befoin de préceptes, &<br />

«elle de Denys, lorsque j'ai befoin de relâcher<br />

Etant revenu à Athènes, avec une affez bonne<br />

fomme d'argent, oùavez-vous pris tout cela lut<br />

' V) dit


A R I S ï I P P E. ï45<br />

dit Socrate ? Et vous répartit Ariftippe, où avezvous'pris<br />

fi peu de chofe. Une femme de mauvaife<br />

vie l'accufoit d'être enceinte de lui, vous<br />

n'en êtes pas plus fûre, dit-il, que fi, après avoir<br />

marché à travers d'un buiflbn, vous m'afiuriez que<br />

telle épine vous a piquée. Quelqu'un le blâmant<br />

de ce qu'il abandonnoit fon fils comme s'il n'en<br />

étoit pas le père, il répondit : la pituite & la<br />

vermine ne s'engendrent-elles pas de nos corps ?<br />

cependant nous les jettons comme des or<strong>du</strong>res.<br />

Un autre trouvoit mauvais qu'il eût obtenu une<br />

fomme d'argent de Denys, au-lieu que Platon n'en<br />

avoit reçu qu'un livre,' il lui dit, l'argent'm'eft<br />

néceffaire & Platon a befoin de livres. Comme<br />

on lui demandoit le fujet pour lequel Denys é •<br />

toit mécontent de lui, il répondit que c'étoit par<br />

cela-même que tout le monde étoit mécontent de<br />

de lui. Un jour qu'il prioit ce Tyran de lui<br />

ouvrir fa bourfe, Denys lui fit avouer que le Sage<br />

n'avoit pas befoin d'argent & voulut fe prévaloir<br />

de cet aveu; donnez m'en toujours, infiûa<br />

Ariftippe, & puis nous vuiderons la queftion. Sur<br />

quoi Denys lui ayant mis quelques pièces dans<br />

la main ; à-préfent, lui dit le Philofophe, je n'ai<br />

plus befoin d'argent. Denys lui dit une fois<br />

que celui qui alloit chez un Tyran, d'homme libre<br />

devenoit efclave. Non, lui répondit Ariftippe,<br />

s'il y eft venu libre il ne change point de<br />

condition. G'eft Dioclès qui dans la Vie des<br />

Tom. I. G m-


A6 A R I S T I P P E.<br />

Pbilofopbes, lui attribue cette réponfe, mais<br />

d'autres prétendent qu'elle eft de Platon. Ayant<br />

eu une difpute avec Efchine, il lui dit peu de<br />

teins après. Ne nous raccommoderons-nous<br />

point & ne cefferons-nous point de manquer de<br />

xaifon? Attendez-vous que quelque bouffon fe<br />

moque de nous dans les cabarets & nous remette<br />

en bonne intelligence? Soyons amis, dit Efchine<br />

, j'y confens. Et moi aufli, reprit Ariftippe.<br />

Mais fouvenez-yous que, quoique je fois<br />

le plus âgé, je n'en ai pas moins fait les premières<br />

avances. En vérité, lui dit Efchine, vous<br />

avez raifon & votre cœur eft meilleur que le<br />

mien ; j'ai été la principale caufe de notre querelle<br />

, & vous êtes 1 Auteur de notre réconciliation.<br />

Voilà ce qu'on dit de ce Philofophe. Il y a<br />

eu trois autres Ariftippes. Un Ecrivain qui a<br />

donné VHiJloire d'Arcadie. Un autre qui étoit<br />

petit fils <strong>du</strong> Philofophe, & qui, pour avoir été in»<br />

(huit par fa Mère, fut nommé Métrodida&us. Le<br />

troifieme fortit de la nouvelle Académie. On<br />

attribue à Ariftippe trois Livres de l'Hiftoire de<br />

Lybie dédiés à Denys, écrits «partie en langue<br />

Attique & partie en langue Dorique, & l'un defquels<br />

contient vingt-cinq Dialogues. On lui attribue<br />

aufli les Ecrits fuivans, Jrtabaze, Le Naufrage<br />

, les Fugitifs, le Mendiant, Laïs, Porta,<br />

Lois fcp fon miroir, ffermias, le Songe , l'Ecban-


A R I S T I P P E. i47<br />

chnfon, Pbikmele, les Domejliques, les Critiques,<br />

touchant ceux qui le blâmoient de boire<br />

<strong>du</strong> vin vieux & d'entretenir des femmes ; les<br />

Cthfeurs, touchant ceux qui trouvoient à redire<br />

à fa friandife ; une Lettre à fa fille Arête ; une<br />

autre à quelqu'un qui s'appliquoit aux exercices.,<br />

pour les Jeux Olympiques ; deux Interrogations ;<br />

différens Ecrits fententieux, un à Denys, un touchant<br />

la repréfentation, le troifieme à la fille <strong>du</strong><br />

Tyran, le quatrième à un homme qui fe croyoit<br />

méprifé <strong>du</strong> Public, & le dernier à un autre qui<br />

faifoit le donneur de confeils. Plufieurs difent<br />

qu'il a compofé fix Livres fur divers fujets ; mais<br />

d'autres, & Soficrates de Rhodes en particulier,<br />

foutiennent qu'il n'a rien écrit. Sotion & Panœtius<br />

difent que fes œuvres confirment en un Traité<br />

fur la Difcipline, un difcours fur la vertu, des<br />

Exhortations, des Dialogues fur Artabaze, fur<br />

le Naufrage &fur les Fugitifs, fix Livres furies<br />

Ecoles, trois Livres de Sentences, des Entretiens<br />

fur Lais, Parus, & Socrates, & des Réflexions<br />

fur la fortune.<br />

Ariftippe définiffoit la Volupté, qu'il établiffôit<br />

pour dernière fin, un mouvement agréable que<br />

l'Ame communique aux fens. Après avoir décrit<br />

fa vie, parlons avec ordre des Philofophes<br />

Cyrénéens, fes fettateurs. Les uns fe font appelles<br />

Hégéfiaques, les autres Annicériens, d'autres<br />

Théodoriens. Nous comprendrons dans cette<br />

G a clafle


H8 A R I S T I P P E.<br />

claffe ceux qui font fortis de l'Ecole de Phédon<br />

&qui, fous le nom d'Erétréens, ont paflê pour les<br />

plus célèbres. Arête, fille d'Ariftippe, étudia fous<br />

fon Père avec Ethiops de Ptolémaïs & Antipater<br />

de Cyrene. Ariftippe, furnommé Metrodidaftus,<br />

fut difciple d'Arête & Maître de Théodore, furnommé<br />

Athéos, & dont on changea le nom en<br />

en celui de Théos. Epitideme de Cyrene apprit<br />

fa fcience d'Antipater & Penfeigna à Parébates<br />

qui inftruifit Hégéfias, nommé Pifithanate,<br />

& celui-ci fut Docteur d'Annicéris qui racheta<br />

Platon.<br />

Ceux qui ont fuivi les dogmes d'Ariftippe fe<br />

font nommés Cyrénéens, à caufe de Cyrene qui<br />

étoit la patrie de ce Philofophe ; ils croient que<br />

l'homme eft fujet à deux paillons, au plaifir &<br />

à la douleur ; ils appellent le plaifir un mouvement<br />

agréable qui fatisfait l'Ame, & la douleur<br />

un mouvement violent qui l'accable ; ils prétendent<br />

que tous les plaifirs font égaux, & que l'un<br />

n'a rien de plus fenfible que l'autre; que tous<br />

les animaux le recherchent & fuient la douleur.<br />

Panœtius, dans fon Livre des Selles, dit qu'ils veulent<br />

parler en cela <strong>du</strong> plaifir corporel dont ils<br />

font la fin de l'homme, & non de celui qui confîfte<br />

dans la tranquillité qui eft l'effet de la fanté<br />

& de l'exemption de la douleur : plaifir qui eft<br />

celui dont Epicure a pris la défenfe & qu'il établit<br />

pour fin. Cependant il femble que «es Philo-


À R 1 S T I P P E. té<br />

lofophes diftinguent cette fin <strong>du</strong> fouverain bien,<br />

puisqu'ils appellent la fin un plaifir particulier<br />

& font confifter la vie heureufe ou le bonheur<br />

dans l'affemblage de tous les plaifirs particuliers,<br />

tant de ceux qui font panes, que de ceux qu'on<br />

peut recevoir encore ; ils difent que le plaifir<br />

particulier eft défirable pour lui-même , & qu'aucontraire<br />

la félicité n'eft point à fouhaiter pour<br />

elle-même, mais à caufe des plaifirs particuliers<br />

qui en réfultent. Ils ajoutent que le fentiment<br />

nous prouve que le plaifir doit être notre fin :<br />

puifque la Nature nous y porte dès l'enfance : que<br />

nous nous y laiflons entraîner fans jugement : &<br />

que, lorfque nous le poffédons, nous neiouhaitons<br />

rien outre Te jouiflànce que nous en avons, aulieu<br />

que nous avons pour la douleur une répugnance<br />

naturelle qui nous porte à l'éviter. Ils<br />

difent encore, comme le rapporte Hippobote,<br />

dans fon Livre des Selles,.que le^plaifir eft un<br />

bien, lors-même qu'il naît d'une chofe déshonnête,<br />

cf que le caractère honteux de la caufe qui le<br />

pro<strong>du</strong>it n'empêche pas qu'on ne doive le regarder<br />

comme un bien, Au-refte ils ne croient<br />

pas, comme Epicure, que la privation de la douleur<br />

foit un bien, ni la privation <strong>du</strong> plaifir un<br />

mal : parce que le plaifir & ra douleur confiftent<br />

dans un mouvement de l'Ame (i) & qu'être fans<br />

dou-<br />

(i) Autrement, dan» les Senfation*.<br />

G 3


150 A R I S T I P P E.<br />

douleur, c'eft être comme dans l'état d'un nomme<br />

qui dort. Ils difent qu'il fe peut qu'il y ait<br />

des perfonnes qui, dans une aliénation d'efprit,<br />

n'ont aucun goût pour le plaifir. Ils ne font<br />

pourtant pas confifter tout plaifir & toute douleur<br />

. dans des fenfations corporelles, convenant qu'un<br />

homme peut concevoir de la joie, ou d'un bonheur<br />

qui arrivera à fa patrie, ou à caufe de<br />

quelque avantage qui le regardera perfonnelle-<br />

• ment; mais ils ne conviennent pas que le fouvenir<br />

ou l'attente d'un bien puifTe créer <strong>du</strong> plaifir<br />

, ce qui eft l'opinion d'Epicure, & ils fe fondent<br />

fur ce que le tems diflipe le mouvement de<br />

l'Ame. Outre cela, ils difent que le plaifir & la<br />

douleur ne peuvent venir des feuls objets qui<br />

frappent les organes de l'ouie & de la vue : puifque<br />

nous écoutons volontiers les plaintes de<br />

«eux qui contrefont les malheureux, & que nous<br />

entendons avec répugnance ceux qui fe plaignent<br />

de leurs propres maux. Ils donnoient le nom<br />

de fituation mitoyenne à cette privation de contentement<br />

& de douleur. Ils mettoient les plaiiîrs<br />

<strong>du</strong> corps fort au-deflus de ceux de l'Ame, &.<br />

legardoient les maux corporels comme pis que<br />

ceux de l'efprit, difant que c'eft par cette raifon<br />

-que les Criminels font punis par les maux <strong>du</strong><br />

Corps. Ils appelloient la douleur un état rude<br />

& la joie une chore plus" naturelle, & de-là<br />

Tient qu'ils apportoient plus de foin à gouverner<br />

la,


À R I S T I P P E. ist<br />

la joie que la douleur, parce que, quoique le<br />

ptaifir foit à rechercher par lui-même, il fe trouve<br />

fouvent que les caufes qui le pro<strong>du</strong>tfent font désfagréables<br />

; & c'eft ce qui leur faifoit dire que<br />

raflemblage de tous les plaifirs particuliers, qui<br />

conftituent le bonheur, eft difficile à faire.<br />

Une de leurs opinions eft que le fage n'eft<br />

pas toujours heureux, ni l'infenfé toujours dans<br />

la douleur; mais que cela a lieu la plupart <strong>du</strong><br />

temps, & qu'il fuffit aufli, pour être heureux,<br />

qu'on éprouve <strong>du</strong> plaifir à quelque égard. Ils<br />

difent que la fagefle eft un bien qu'il ne faut<br />

pas défirer relativement à elle-même, mais en<br />

considération des avantages qui en reviennent;<br />

qu'on ne doit chérir un ami que par néceÛlté, àpeu-près<br />

comme on aime fes membres,. auiG<br />

long-tems qu'ils font unis au corps ; qu'il y a des<br />

vertus qui font communes aux fages & aux extravagans;<br />

que l'exercice <strong>du</strong> corps eft utile à la<br />

vertu; que l'envie n'a aucune prife fur le Sage,,<br />

qu'il eft à l'épreuve de l'impétuofité des parlions,,<br />

& que la fuperftition ne peut avoir d'empire fur<br />

fon efprit, parce que tous ces maux dérivent d'ira<br />

vain préjugé ; qu'il peut cependant reûentir de<br />

la crainte & de la douleur comme étant dès<br />

fentimens delaNature; que, quoique lesrichef<br />

fe* engendrent la volupté, on ne doit pas lés<br />

fouhaiter par rapport à ce'qu'elles font en elles»<br />

mêmes. Us convenoient que l'efprit. humain.<br />

G 4 pente


152 A R I S T I P P E.<br />

peut comprendre les qualités des pallions, mais ils<br />

lui refufoient la capacité d'en connoitre l'origine.<br />

Ils ne s'attachoient point à la recherche des chofes<br />

naturelles, parce qu'ils étoient dans l'opinion<br />

que c'eft inutilement qu'on s'efforce d'y parvenir.<br />

Pour la Logique, ils la cultivoient à caufe<br />

de fon utilité. Méléagre dit pourtant, dans le<br />

II. Livre de fes Opinions , auffi bien que<br />

• Clitomaque, dans le I, Livre des SeQes, qu'ils,<br />

jnéprifoient également la Phyfique & la Dialeftique,dans<br />

la perfuafion qu'un homme, qui a appris<br />

à connoitre le bien & le mal, peut, fans le fecours<br />

de ces feiences, bien raifonner, fe dépouiller de<br />

fuperftition &. s'armer contre les craintes de la<br />

mort. Ils difoient que rien n'eft de fa nature<br />

jufte, honnête, ou honteux, mais que !a coutume<br />

& les loix avoient intro<strong>du</strong>it ces fortes de diftinctions<br />

; que cependant ian homme de probité ne<br />

laide pas de fe garder de faire mal, ne fut-ce que<br />

pour éviter le dommage & le fcandale qui en<br />

peuvent arriver, & que c'eft-là ce qui fait le<br />

Sage. Ils ne lui ôtent pas non plus les progrès<br />

dans les Sciences & les beaux-Arts-i Enfin ils difent<br />

que les hommes font plus fenfîbles à la<br />

douleur, les uns que les autres, & que nos fens<br />

ne font pas toujours de fûrs garants de la vérité<br />

de ce que nous penfoos. ,<br />

Les Seftateurs d'Atiftippe, qui s'appelloient<br />

Hégéjiaques, ont été dans les mômes fentimens<br />

que


A R I S T I. P P S. is$<br />

que les Cyrénéens fur le plaifir & la douleur. Ils<br />

difoient que l'amitié, la bonté & la bénéficence<br />

ne font rien par elles-mêmes, parce que nous les<br />

recherchons à caufe <strong>du</strong> fruit qui nous en revient<br />

& non à caufe d'elles-mêmes, & que, dès qu'elles<br />

ne nous font plus utiles, nous n'en faifons<br />

plus de cas. Ils croyoient qu'une vie tout à<br />

fait heureufe n'eft pas poflîble, parce que plufieurs<br />

maux viennent <strong>du</strong> Corps, & que l'Ame<br />

partage tout ce qu'il éprouve; que d'ailleurs la<br />

fortune nous ravit fouvent les biens que nousefpérons<br />

& que tout cela eft caufe qu'un vrai<br />

bonheur eft impoflîble à trouver, de forte que la<br />

mort eft préférable à la vie (i). Ils difoient encore<br />

que rien n'eft agréable ou fâcheux par fa<br />

nature, mais que la rareté'ou la nouveauté,<br />

ou la fatiété des chofes réjouiffent les uns &<br />

attriftent les autres ; que la pauvreté & l'opulence<br />

ne contribuent point à former le plaifir, &<br />

que les riches n'en goûtent pas plus que les<br />

pauvres; que l'efclavageoula liberté,la naiflance<br />

relevée ou obfcure, 1a gloire ou le déshonneur, ne<br />

font rien pour le degré <strong>du</strong> plaifir ; que la vie eft<br />

un<br />

(t) Nous faivons, en tra<strong>du</strong>ifant ainfi, la corre&ion de<br />

Cafaubon qu'e'daircit un trait d'Hiftoire cite'par quelque»<br />

Modernes } c'eft que le fondateur de cette feue qut eft Hegc'fîas,<br />

dont Diogene a parle" ci-deûus, faifoit des peintures<br />

fi fortes des miferes de la vie humaine que fes Auditeurs<br />

fe donnoient la mort au fortir de fes leçons. Voyez<br />

entre les Anciens, Cice'ion Liv. r. desTuic. Value<br />

Max. L. S. eh. y. ex. 7.<br />

G S


J5+ A R I S T I P P E.<br />

un bien pour Pinfenfé, mais non pour le fage , &<br />

qu'il fait tout pour l'amour de lui-même, n'eftimant<br />

perfonne plus excellent que lui, & regardant<br />

les plus grands avantages comme inférieurs<br />

aux biens qu'il poflede. Ces Philofophes anéantiflolent<br />

l'ufage des fens par rapport au jugement,<br />

comme ne donnant point une exacte notion des<br />

objets ; & ils établiflbient pour règle de ta vérité<br />

ce qui parolt le plus raifonnable. Ils prétendoient<br />

que les fautes font pardonnables, parce<br />

que perfonne n'en commet volontairement, mais<br />

qu'on y eft con<strong>du</strong>it par les fuggeftions de quelque<br />

paSionj qu'au-lieu de haïr quelqu'un, on<br />

doit lui enfeigner fes devoirs} que le fage penfemoins<br />

à fe procurer des biens qu'à fe préferver<br />

des maux, fe propofant pour fin d'éviter également<br />

la peine & la douleur, ce qui demande<br />

qu'on foit indifférent par rapport aux. chofes qui<br />

jro<strong>du</strong>ifent la volupté.<br />

Les Annicériens recevoient Ta plupart de ce*<br />

opinions & ne s'en écartoient qu'en ce qu'ils n&détruifoient<br />

point l'amitié, la faveur, le refpeél<br />

qu'on doit à fes parens, & l'obligation de fervir<br />

fa patrie, difant même que ces fentimens font:<br />

caufe que le Sage, quoiqu'affligé & peu avantagé<br />

des, plaifirs de la vie, peut être heureux. Ils.<br />

difent que le bonheur qui naît de la pofleffion'<br />

d'un Ami n'eft point à rechercher, en lui-même „<br />

garce que lesi autres n'en peuvent pas juger, &<br />

qufir


& RI s T i P F E:- ISS:<br />


156 A R I ^ T I P P E.<br />

habitudes contraires des maux, & le plaifîr & la<br />

douleur des fentimens qui tiennent le milieu<br />

entre le bien & le mal. Il n'eftimoit point l'amitié<br />

: parce qu'elle n'eft ni réelle dans ceux qui<br />

manquent de fagefle & chez qui elle s'éteint,<br />

fi on leur ôte l'intérêt qu'ils en retirent, ni d'au-,<br />

cun fervice aux fages qui fe paffent d'autant<br />

plus aifément d'amis qu'ils fe fuffifent à euxmêmes.<br />

Il trouvoit raifonnable qu'on refufât de<br />

fe facrifier pour le falut de fes concitoyens, appelant<br />

cela renoncer à la fagefle pour l'avantage<br />

des ignorans. Il difoit que le Monde<br />

eft notre patrie ; que dans l'occafion le Sage<br />

peut commettre un vol, un a<strong>du</strong>ltère, un facrilege r<br />

parce qu'en tout cela il n'y a rien d'odieux,<br />

excepté, dans l'opinion <strong>du</strong> vulgaire à qui on<br />

exagère l'énormité de ces aftions pour le contenir<br />

dans le devoir. Il penfoit auffi que le Sage<br />

peut fans honte avoir ouvertanent commerce<br />

avec des proftituées, «ce qu'il écabliflbit par ce<br />

raifonnement ; puifqu'on peut fe fervir d'une<br />

femme en tant qu'elle eft favante & d'une jeune<br />

perfonne en tant qu'elle eft habile,- on petit<br />

auffi fe fervir d'une femme, ou d'une jeune<br />

perfonne. en tant qu'elle eft belle , &, par<br />

conféquent, on s'en peut fervir pojur la fin<br />

pour laquelle elle a été fait belle , c'eft à<br />

dire, pour l'amour ; d'où il concluoit que ceux<br />

qui


A R I S T I P P E. T57<br />

qui, dans l'amour ont l'utilité en vue ne pé*<br />

chent point (i); c'eft par de femblables raifons<br />

qu'il furprenoit ceux qui l'écoutoient. Il y a<br />

apparence qu'on l'appella Théos depuis la réponfe<br />

qu'il fit à Stilpon. Celui-ci lui ayant demandé<br />

s'il étoit réellement ce que fon nom fignifioit, il<br />

repondit qu'oui; vous êtes donc Dieu répliqua<br />

Stilpon. Théodore, recevant cela en plaifantant,<br />

répartit vous prouveriez par un raifonnement<br />

pareil que "vous n'êtes qu'une corneille ou<br />

quelqu'autre animal femblable. Un jour qu'il<br />

étoit affis auprès d'Euryclide d'Hiéraphante, il lui<br />

demanda qui il falloit regarder comme impies<br />

fur les myfteres de la religion ; ce font ceux, répondit<br />

Euryclide, qui les découvrent à d'autres<br />

qui n'y font pas encore initiés. En ce cas-là,<br />

répliqua Théodore, vous êtes vous-même coupable<br />

de ce crime, puifque vous expliquez ce<br />

qu'il y a de plus fecret dans la religion à des<br />

perfonnes qui ne la profeffent pas encore. Il<br />

courut rifque d'être cité à l'Aréopage, & peu s'en<br />

fallut qu'il Réprouvât la févérité de ce Tribunal ;<br />

mais Démétrius de Phalere le tira d'embarras.<br />

» Am<<br />

(i) Ceux qui goûtèrent ce raifonnement auroient pu<br />

également goûter celui-ci: s'il eft permis de fe fervir<br />

d un bâton pour marcher, il eft permis de s'en fervir auflï<br />

pour les autres ufages auxquels il cft propre, 8c, par<br />

fonfe'quent, pour faire <strong>du</strong> mal en rue de quelque<br />

profit.<br />

G 7


j$r A R r S T I P P E,<br />

Amphlcrate, dans fes Vies des Hommes Ulttfltes ,".<br />

rapporte pourtant qu'il fut condamné à boire de<br />

la ciguë. Pendant qu'il étoit à la- €our de<br />

Ptolomée, fils deLagus, ce Prince l'énvop en<br />

ambaflade auprès de Lyfimaque qui lui demanda<br />

fort librement s'il n'avoit pas été chaffé d'Athènes?<br />

On vous a parfaitement "bien informé, lui<br />

répondit Théodore. Les Athéniens m'ont banni<br />

de leur ville, parce qu'ils étoient comme Sémele<br />

qui fut trop foible pour porter Bacchus. Lyfimaque<br />

pourfuivit : prenez garde de ne pas revenir<br />

ici une autre fois. Je n'y reviendrai point,<br />

répliqua Théodore, â moins que Ptolomée ne<br />

trouve bon de m'y renvoyer. Myrthus, Thréforier<br />

de Lyfimaque, qui étoit préfent à cette audience<br />

lui dit là-deflus : il me femble que, non<br />

feulement vous ne favez pas l'honneur qui appartient<br />

aux Dieux, mais que vous ignorez même<br />

te refpeâ qui eft dû aux Rois. Je fçai fi bien, re*<br />

prit le Philofophe, ce qui eft dû aux. Dieux r<br />

que je vous regarde comme leur ennemie<br />

On dit qu'étant un jour venu àCorinthe, fùivi<br />

de beaucoup de difciples, Métrocle le Cynique<br />

qui nettoyoit des légumes lui dit*: tu n'auroispas<br />

une fi grande fuite, fi tu nettoyois des légumes.<br />

Et toi, répondit Théodore, tu ne feroi»<br />

pas fi mauvaife chère „ fi tu favois converfer avec<br />

fc monde; nous avons rapporté quelque chofé<br />

de pareil au fujet de Dîogçne & d'Ariltippe;,<br />

Voilai


A R t g t i P ï È. t&<br />

Voila ce qu'on fçait de la vie & des mœurs de<br />

ce Philofophe qui enfin partit pour Cyrene où a<br />

demeura' long-tems eftïmé déMarius(i)i On dit<br />

que, lorfqu'bn l'obligea d'enfortir, il dit, vous<br />

avez grand tort de m'exiler de Lybie en Grèce.<br />

Il y a eu vingt Théodores. Le premier, qui<br />

étoit deSàmos & fils de Rhœcus, confeilla que,<br />

pour affermir les fondemens <strong>du</strong> temple d'Ephçfe,,<br />

on y femât <strong>du</strong> charbon : parce que l'endroit étoit<br />

humide & qu'il prétendoit que le bois brûlé à ce<br />

degré acquiert une folidité qui empêche que<br />

Feau ne puiffe le pourrir. Le fécond, natif de<br />

Cyrene,. fut Géomètre & maître de Platon. Le<br />

troifieme eft le Philofophe dont nous avons parlé.<br />

Le quatrième a donné un ouvrage fur la<br />

manière d'exercer la voix. Le cinquième a écrit<br />

fur la Pbéfie Lyrique en commençant par Ter»<br />

pander. Le fixieme étoit Stoïcien. Le feptieme<br />

a fait une Hiftoire Romaine. Le huitième, Syraeufain<br />

de naiflance, a publié un Traité de l'Art<br />

Militaire. Le neuvième, né àByfance ,a paffépouBgrand<br />

Jurifcon fuite. Le dixième, aufli habile dans.<br />

Je même genre, eft cité parAriftote dans fon<br />

abrégé des plus fameux Orateurs. L'onzième,.<br />

Citoyen de Thebes, exercea la Sculpture. Le<br />

douzième, qui futPeintre, eft celui dontPolémon<br />

fait<br />

(T) On a quelque foupçon que ce dernier mot eft<br />

£uici£-


x60<br />

A R I S T I P P E.<br />

feit mention dans fes œuvres. Le treizième fat<br />

un autre Peintre d'Athènes, il eftoit connu de<br />

Ménodote. Le quatorzième , auffi Peintre d'Ephefe,<br />

eft allégué par Théophane, dans fon Livre<br />

de la Peinture. Le quinzième fut Poëte Epigrammatifte;<br />

Le feizieme fut auteur d'un ou-<br />

^ vrage fur la Poéfie. Le dix-feptieme, Médecin &<br />

$r difciple d'Athénée. Le dix-huitieme étoit natif<br />

de Ôhio & Philofophe Stoïcien. Le dix-neuvieme,<br />

Stoïcien auffi, étoit de Milet. Le vingtième s'eft<br />

fait connoître par fes Pièces Tragiques.<br />


V H E D O N. i6t<br />

P H E D O N .<br />

PHédon, iflîi d'une.noble maifon d'EIée,'<br />

fut pris lorfque fa patrie fe fournit aux<br />

ennemis & contraint de faire un honteux<br />

trafic dans une chambre ouverte. Etant<br />

parvenu à avoir le commerce de Socrate,<br />

Alcibiade, ou Criton, le racheta à la requifition<br />

<strong>du</strong> Philofophe. L'ufage qu'il fit de<br />

fa liberté fut de donner tout fon temps<br />

i l'étude de la Philofophie. Jérôme, dans<br />

fon Livre" <strong>du</strong> fouvenir des Epoques, le dit efclave.<br />

Phédon a compofé deux Dialogues, intitulés Zopyie<br />

& Simon, que perfonne ne lui contefte;<br />

mais on doute qu'il foit l'auteur de celui<br />

qui porte le titre de Nicias Quelques-uns<br />

penfent que celui qui s'appelle Mé<strong>du</strong>s eft<br />

d'Efchine ; d'autres croient qu'il vient de<br />

Polyene. On héfite encore à prononcer fur<br />

l'Ouvrage intitulé les Vieillards; & il y en a<br />

même qui veulent que les Difcours intitulés<br />

des Tanneurs foient l'ouvrage d'Efchine.<br />

Phédon eut pour fucceffeur Pliftan d'EIée,'<br />

& celui-ci Ménédeme Erétrien & Afclépiade<br />

Phliafien. Ces Philofophes, tous élevés de<br />

Stilpon, furent appelles Eléens & prirent le<br />

nom d'Erétréens depuis Ménédeme. Comme celui-ci<br />

à été chef de fefte, nous en parlerons plus<br />

amplement dans la fuite.<br />

E U.


S6t E U C L I D E.<br />

EUCLIDE,<br />

EUclide naquit à Mégare, ville voifine de<br />

l'Ifthme, ou à Géloûs, comme dit, entre<br />

autres. Ecrivains, Alexandre, dans tes faceejjkns<br />

Il prit beaucoup de goût pour les Oeuvres de<br />

Parménide. C'eft de lui que les Philofophés Mégariens<br />

prirent leur nom. On.les appella enfuite<br />

Difputeurs, jufqu'à ce qu'on leur donna le ndm<br />

de Dialecticiens ; Denys de Carthage leur donna<br />

le premier cette qualité, parce qu'ils composaient<br />

leurs difeours & leurs autres ouvrages par deman.<br />

des & par réponfes. Hermodore raconte qu'après<br />

la mort de Socrate, Platon & les autres Philofophés<br />

, craignant la cruauté des Tyrans, fe retireront<br />

à Mégare auprès d'Euclide. Il n'admettoit<br />

qu'un feul bien qui reçoit différens noms, tantôt<br />

celui de fagefle, tantôt celui de Dieu, celui<br />

d'efprit, ou d'autres pareils. Il n'admettoit point,<br />

comme réelles, les chofes contraires à ce bien &<br />

nioit qu'elles exiftaffent. Ses démonftrations<br />

confiftoient principalement à tirer des concluions.<br />

Il ôta l'ufage des comparaisons dans les<br />

difputes, difant que, fi elles convenoient au fujet,<br />

il valoit mieux s'occuper <strong>du</strong> fujet-inême que de<br />

fa reffemblance & que, fi elles n'y convenoient<br />

point*


E U C L I D E , 163<br />

point, elles n'étoient d'aucun ufage. Cela donna<br />

occafiôn à Timon de l'attaquer lui & les autres<br />

Sectateurs de Socrate, en difànt qu'il ne fe foucioit<br />

point de ces difputeurs ni d'aucun d'eux<br />

en particulier, qu'il s'embarajjoit peu de Pbédon,<br />

fuelqu'il pût être, aujft bien que <strong>du</strong> pointilleux<br />

Euclide qui avait infpiré aux Mégariens la fureur<br />

de difputer.<br />

Il a fait fix Dialogues intitulés, le Lampria<br />

ï'Efcbine , le Pbénife, le Criton, YAlcibiadt<br />

& l'Amoureux. A Euclide fuccéda Eubulide de<br />

Milet qui inventa dans la Dialectique plufieuri<br />

fortes de queftions Syllogiftiques, appellées, à caude<br />

la manière dont elles étoient conçues, (i) Menteufes,<br />

Trompeufes, Electre, Enveloppées, So*<br />

rites, Cornues, Chauves, par oit il fournit<br />

matière à. la plume des Poètes Comiques. £ubulide<br />

qui interroge injurieufement} £f éblouit 1er<br />

Rhéteurs par des exprejjions .ampoulées, les trompant<br />

par des menfonges méthodiques, part avec<br />

une fluidité de paroles qui égale celle de Démofthenes.<br />

Selon toute apparence, Démofthenes fut<br />

fon difciple ; & comme il prononçoic difficilement<br />

la lettre R, il vint à bout de cotiigei ce défaut.<br />

Eu»<br />

(0 Comme tout cela nefont'que des propofition» cap»<br />

tieufe», nous n'ayons point ctu devoir charger cet endroit<br />

d'une longue explication de cet Boms qui fe troure dan*.<br />

le» note» de Ménage.


Î6+ E U C L--I D E.<br />

Eubulide haïflbit Ariftote, & il parla mal de foi<br />

i plufieurs égards. Entre ceux qui ont étudié<br />

fous ce Philofopbe, on compte Alexinus d'EIéé,<br />

violent difputeur; ce qui lui fit donner le nom de<br />

Critique. 11 étoit ennemi de Zenon. Hermippe<br />

rapporte qu'il vint d'EIée à Olympie & qu'il s'y<br />

érigea en Philofophe ; que, fes Difciples lui ayant<br />

demandé pourquoi il s'arrêtoit dans ce lieu, il<br />

répondit qu'il fe propofoit d'y former une Seâe<br />

qu'il nommeroit Olympique. Mais fes-Difciples<br />

déferterent fon Ecole à caufe de la difette qui<br />

regnoit dans cet endroit & <strong>du</strong> mauvais air qui<br />

altéroit leur fanté. Il continua cependant d'y<br />

demeurer avec un Domeflique ; enfin s'étant<br />

allé baigner dans le rivière d'Alphée, il fut bleffé<br />

par un rofeau & mourut de cet accident. l J'ai<br />

pris de cette circonftance de fa mort, le fujet de<br />

I'Epigramme que j'ai faite pour lui.<br />

Ce n'ejl pas un faux bruit que quelqu'un s'efl<br />

percé le pied en nageant. Alexinus, pendant<br />

qu'il paffe à la nage, d'une rive à l'autre, rencontre<br />

un rofeau £3* s'enfévclit dans les eaux di<br />

l'Alpbée.<br />

On a quelques Ouvrages d'Alexinus, outre des<br />

lettres à Zenon le Philofophe & à Ephore l'Hiftorien.<br />

Un autre Seftateur d'Eubulide eft Euphante<br />

d'Olynthe qui a fait l'Hiftoire de fon<br />

temps & plufieurs Tragédies fort approuvées. U<br />

fut


E U C LJ D E. X6S<br />

fut chargé de l'é<strong>du</strong>cation <strong>du</strong> Roi Antigone à qui<br />

il dédia un Traité fur la Royauté, aufli curieux<br />

qu'utile. Euphante mourut de vieilleflè. II<br />

eut un grand nombre de Condifciples, entr'autres<br />

Apollonius Cronos.<br />

w<br />

DIO-


166 D 1 O J) O R. E.<br />

DIODORE.<br />

DIodore d'Iafus, fils d'Amené, fut furnommé<br />

Cronos, ce qui donna occafion i Callimaque<br />

de le tourner en ridicule. Momus luimême<br />

, dit-il, dans fes Epigrammes, n'a pas manqué<br />

d'afficher aux carrefours que Cronos eft doué<br />

de fagefie. Quelques-uns croient que ce Dialecticien<br />

inventa la manière d'argumenter qu'on appella<br />

cornue & embaraffante. Dans le tems qu'il<br />

vivoit à la Cour de Ptolomée Soter, Stilpon lui<br />

propofa quelques difficultés dans la Dialectique<br />

dont il ne put donner la folution fur le champ.<br />

Le Roi, à qui il avoit déplu fur quelqu'autfe chofe,<br />

lui en témoigna <strong>du</strong> mécontentement & Pappella<br />

Cronos (i) par moquerie. Diodore quitta là-deffus<br />

la compagnie, fe mit à écrire fur la propofition<br />

de Stilpon, & prit la chofe fi à cœur qu'il en<br />

mourut de chagrin. Voici l'Epigramme que j'ai<br />

faite pour lui.<br />

Diodore Cronos, quel efprit malin te porte à<br />

abréger tes jours ? Tu béjites fur les énigmes de<br />

Stilptn. On te blâme d'être vaincu fur ladoQrine&<br />

tu<br />

' (*) Cronos en giec lignifie le tenu f c'e'toit'poui lut<br />

«prochei qu'il lui en falloir beaucoup pour répondre.


D I .0 D O' R E. 167<br />

tu te biffes vaincre à la douleur. Cronos tu es à jujîe -<br />

titre ce que fignifie ton nom, fi onen[ôte les Lettres<br />

C, 6? R. (1).<br />

De l'Ecole d'Eubulide fortlrent encore Ichthyas',<br />

fils de Métallus & homme de mérite, à qui<br />

Diogene le Cynique adrefla un Dialogue ; Clino*<br />

maque de Thurium qui écrivit le premier des<br />

propofitions., des prédicames & des autres parties<br />

de la Logique ; Stilponde de Mégare, célèbre<br />

Philofophe, dont nous allons donner la vie.<br />

(1) En ôtant <strong>du</strong> mot Cronos le C 8c l'B., il tefte Onot<br />

qui fignifie Ane 8c qui e'toit une Epithete qu'on donnoit<br />

à ceux qui, a un ceitain jeu de boule, ne fautoient pa« ai*<br />

fez le'geicment. Voyez le Thicfor d'£ tienne.<br />

STII^


168 S T I L P O N.<br />

S T I L P O N.<br />

STilpon, natif de Mégare ville de Grèce, fut<br />

difciple de quelques Philofophes Seftateurs<br />

d'Euclide. On dit même qu'il eut Euclide pour<br />

Maître & après lui.Thrafymaque de Corinthe,<br />

l'ami d'Ichthias, félon Héraclide. Il étoit fi inventif<br />

& fi éloquent qu'il furpaflà tous fes compagnons<br />

d'étude & peu s'en fallut que toute la Grèce<br />

ne fût furnommée Mégarienne. Philippe, le Mégarien<br />

, parle de lui à peu près en- ces termes,<br />

II enleva à Tbéopbrajie, Mitrodore, ce grand contemplateur<br />

c^ Timagoras de Géloùs; à Ariflote de<br />

Cyrene, Clitarque & Simmias; aux DialeQiciens,<br />

Paonius qu'il détacha d'Ariftide$ &Dipbile de Bosphore<br />

, avec Myrmex d'Exénete, qu'il 6ta à Eupbante<br />

Ils vinrent difputer dans fon école & s'attachèrent à<br />

lui. Il attira auflî Phrafideme Péripatéticien &<br />

habile Phyficien, ainfi qu'AIcime le plus fameux<br />

des Orateurs Grecs de fon tems, Crates, Zenon<br />

de Phénicie & plufieurs autres.<br />

Stilpon étoit naturellement honnête & obligeant;<br />

Onétor dit auflî que, quoiqu'il fut marié,<br />

il entretenoit une concubine, nommée Nicarete.<br />

Il eut une fille de peu de vertu qu'il maria avec<br />

Siinmias de Syracufc, fon ami. Quelqu'un l'ayant<br />

aver-


S T I L P O N. it9.<br />

awrti qu'elle le déshonoroit par fa con<strong>du</strong>ite, a :<br />

répondit qu'il lui procuroit plus d'honneur qu'elle<br />

ne pouvoit lui caufer de honte. On rapporte<br />

que Ptolomée-Soter le reçut avec de grands témoignages<br />

de refpeâ & d'eftime & qu'après avoir<br />

ré<strong>du</strong>it fous fa puiûance la ville de Mégare qui<br />

étoit la patrie <strong>du</strong> Philofophe, il lui donna de<br />

l'argent & le pria de s'embarquer avec lui pour<br />

l'Egypte; mais que Stîlpon n'accepta qu'une petite<br />

partie de ce préfent, en priant le Roi de le<br />

difpenfer de ce voyage & qu'il fe retira à Egine<br />

oiiil refta-jufqu'au départ de ce Prince. Dans une<br />

autre occafion, Démétrius, fils d'Antigone, ayant<br />

aulfi pris Mégare, ordonna non feulement qu'on<br />

épargnât fa maifon, mais auifi qu'on lui reftituât<br />

ce qu'on lui avoit. enlevé ; •& afin que tout lui fût<br />

ren<strong>du</strong>, il voulut fe faire donner une lifte de ce<br />

qu'il avoit per<strong>du</strong>. On ne m'a rien pris, répondit<br />

Stilpon, on n'a point touché à ce qui m'appartient<br />

; je poflède encore mon éloquence & ma<br />

(cience ; & à cette occafion, il exhorta le Roi à<br />

fe <strong>mont</strong>rer généreux envers les hommes, ce<br />

qu'il fit avec tant de force que Démétrius fe con<strong>du</strong>ifit<br />

en tout par fes confeils.<br />

On dit qu'en parlant de la Minerve de Phidias,<br />

il demanda à quelqu'un fi Minerve, fille de<br />

Jepiter, n'étoit pas un Dieu ? Et -celui-là ayant<br />

répon<strong>du</strong> qu'oui, il répliqua: or cette Minerve<br />

D'eftpas la. Minerve de Jupiter, mais de Phidias;<br />

:. font I- H de


atfo S T I L P O N.<br />

de quoi l'autre étant encore convenu, il en tin<br />

cette conféquence, donc elle n'eit point un Dieu.<br />

Cela fut caufe qu'on le mena à l'Aréopage où,<br />

bien loin de fe rétraéter, il foutint qu'il avoiç<br />

raifonné jufte : puifque Minçrve n'eft pas<br />

un Dieu, mais une Déeflé. Ce jeu de mots ne<br />

diminua pourtant point la févérité des juges qui<br />

le condamnèrent à fortir de la ville. Théodore,<br />

celui qu'on furnommoit Théos, demanda par détilîon<br />

comment Stiipon favoit que Minerve étoit<br />

une Déeffe & s'il l'avoit vue pour en pouvoir<br />

juger. Ces deux Philofophej étaient d'un carattejre<br />

bien différent, Théodore afle&oit une grande<br />

hardiefie, Stiipon au-contraire avoit beaucoup<br />

de modeftie & étoit d'une humeur enjouée.<br />

Cratès lui avant demandé fi les prières étoient<br />

agréables aux Dieux; imprudent, lui dit-il, ne me<br />

fais point de pareilles queftions en public, attens<br />

que nous foyons feuts. On dit auffi que Bion<br />

fit cette réponfe à un homme qui lui demandoit<br />

s'il y avoit des Dieux : malheureux Vieillard,<br />

écarte la foule, fi tu veux que je t'en inftruife.<br />

Stiipon étoit d'un caractère Ample & exempt de<br />

dilfimulation, pouvant s'accommoder à l'efprit le<br />

plus commun. Un jour qu'il parloit à Cratès le<br />

Cynique, celui-ci, auliçu de lui répondre,lâcha<br />

un vent; je me doutois bien, lui" dit-il » que tu<br />

ferois toute autre réponfe que celle qu'il ! faUoitt<br />

faire. Un autre jour Cratès lui ayant pféfénté<br />

une


S T I L P O N. i7x<br />

«ne figue en lui adreûant la parole, il, la mange»<br />

d'abord. J'ai per<strong>du</strong> mi figue, lui dit là-deflu*<br />

Cratès; à quoiScilpon répartit, & votre deman*<br />

de auflï dont cette figue étoit le gage. Ils fe<br />

rencontrèrent une fois pendant, l'hyver, &comm*<br />

Stilpon vit l'autre à moitié mort de froid, Cratès,<br />

lui dit-il, il me femble que vous auriez befoin<br />

d'un manteau neuf, lui donnnantà entendre qu'il<br />

avoit autant befoin d'efprit que d'habiliemens ;<br />

(i) cette raillerie rendit le Cynique confus &<br />

lui fit faire cette réponfe. Autrefois, étant à Megan<br />

où bahitofâjTypbée, j'ai vu Stilpon., en proie à<br />

mille maux^difputer-au milieu d'une foule de jeunes<br />

gens & ne leur[e»faigner d'autre, feience qu'une fa*<br />

gejfe fuperfkielle: f .••,-.<br />

,. On dit qu'étant à Amenés, il gagna tellement<br />

IfcffecTion : de. tqut, le •mon.de que chacun fortoit<br />

de. fe maifon pour le voir; quelqu'un lui dit là.<br />

4efius, on vous a4wre, comme un animal de raie<br />

efpece; point <strong>du</strong>.tqut, reprit-il, on me regarde<br />

feulement parce que jejfoiitiens bien la qualité<br />

d'homme. - ' •..<br />

Il étoit fubtil dans la difpute & il en<br />

bannit l'ufage desEfpeces, fe fondant fui cette<br />

raifon que celui qui parle de l'homme en<br />

général as parle de perfonne, puifqu'il ne dé-<br />

'•i .'•,.." •: , figne<br />

f*i) Celâeft Tonde fur un jeu de mou qu'on ae fauroif<br />

icadic en fiaofoit,<br />

*: •*• J H *


tT% S T I L P O N.<br />

ligne point d'indivi<strong>du</strong>. Il alléguoit encore cet<br />

autre exemple ; l'Herbe fut il y a mille ans, donc<br />

cette Herbe qu'on <strong>mont</strong>ra n'eft pas l'Herbe en<br />

général. On dit qu'étant en convention avec<br />

Cratès, il fe hâtoit de la finir pour aller acheter<br />

<strong>du</strong> poiflbn, & que l'autre ayant voulu le retenir,<br />

fous prétexte qu'il rompoit le fil <strong>du</strong> difcours,<br />

Stilpon répondit : non, non, je l'emporte avec<br />

moi, c'eft vous que je quitte ; le fujet de<br />

nos Difcours refte, mais les provifions fe vendent<br />

& s'emportent.<br />

II a laiffé neuf Dialogues, mais écrits avec afiez<br />

peu de grâce; ils font intitulés, Le Mofchus,<br />

L'Ariftippe ou le Callias, Le Ptolomée, Le,<br />

Chœrécrate, Le Métrocle, L'Anaximene, L'Epigene,<br />

L'Ariftote, enfin celui qui eft adreflë i<br />

fa fille. Héraclide nous apprend qu'il fut Maître<br />

de Zenon, chef de la Sefte Stoïcienne. Hermippe<br />

dit qu'il mourut fort vieux & qu'il<br />

prit <strong>du</strong> vin pour accélérer fa mort. Voici l'EpJtaphe<br />

que je lui ai faite.<br />

Vous connoijfezfans doute Stilpon de Mi gare quir<br />

étant affligé de vieillejje & de maladie, a trouvé<br />

dans le vin un Con<strong>du</strong>cteur babile qui l'a délivré dé<br />

cet attelage incommode.<br />

Sophile Poète Comique a repris Stilpon, dans,<br />

une de fes pièces intitulée, les Noces, pu il<br />

l'-accufe d'avoir puifé fa docîrine dans les<br />

difcours de Charinus. . ;<br />

CRI-


C R I T O N. .173<br />

C R I T O N.<br />

CRiton d'Athènes fut de tous les difciples de<br />

Socrate celui qui eut le plus d'amitié potlr<br />

fon maître ; il avoit tant de foin de lui qu'^1<br />

prévenoit fes befoins & que jamais il ne permit<br />

qu'il manquât <strong>du</strong> néceflaire. U lui confia auflî<br />

l'é<strong>du</strong>cation de Critobule, d'Hermogene, d'Epjgene<br />

& de Ctefippe fes enfans; on a de ce Philofopbe<br />

dix fept Dialogues en un Volume.- En'<br />

voici les titres,, de la Probité où il fait voir<br />

qu'elle ne dépend pas des préceptes, de l'Abondance,<br />

de la Capacité ou le Politique, de<br />

l'Honnêteté, <strong>du</strong> Crime, de l'Arrangement, de la<br />

Loi, de la Divinité, des Arts, de l'Amour, de<br />

la Sagefle, le Protagore ou le Politiqne, dès<br />

Lettres, de la Science ou de. la Doftrine, ou il<br />

recherche ce que c'eft qu'en avoir.<br />

H 3 «-


ÏU S I M O N .<br />

SI M O N.<br />

Simon étoit d'Athëries '& Tanneur de'prtofeflîon<br />

; il recevoir quelquefois les vifitcs<br />

de Socrate & il mettoit en écrit tout ce qu'il fe<br />

fouvenoit de lui avoir oui dire ; de-là vint qu'on<br />

ippella fes ouvrages des Dialogues dé Tanneurs,<br />

farce qu'ils rouloient entre les mains de gens de<br />

fa profeflion. Il y en a trente trots i tous contenus<br />

en un volume; ils font fnthuiés des Dieux,<br />

'<strong>du</strong> bien, de Phonnête; delà Nature, de l'honnête-<br />

*té; deux Dialogues <strong>du</strong> jufte, de la vertu, où il<br />

fait, voir qu'elle ne fe peut enfeigner; trofs fur<br />

le courage, de la Loi, <strong>du</strong> caraftere populaire,<br />

de l'honneur, de la Poëfie, de ra vie voluptueufe,<br />

de l'Amour, de la Philofophie, de'ra<br />

Science, de la Muiîque, de la Pogfie, de ce<br />

que c'eft que l'honnête, de la doftrîne, <strong>du</strong> raifonnement,<br />

<strong>du</strong> jugement, de ce qui eft, <strong>du</strong><br />

nombre, de la diligence, <strong>du</strong> travail, de l'amour<br />

<strong>du</strong> gain, de la vanterie, de l'honnête.<br />

Quelques uns ajoutent ceux-ci, de la manière de<br />

donner des confeils, de la raifon ou de la capacité<br />

, de la méchanceté.<br />

On dit que Simon fut le premier qui répandit<br />

lei difcours de Socrate. Péricles lui ayant pro-<br />

• mis


S I M O N . 17s<br />

mis de l'entretenir s'il vouloit venir auprès de<br />

lui, il répondit qu'il ne vouloit pas vendre fa<br />

franchife.<br />

Il y a eu auffi un Simon quia traité de Ja<br />

Rhétorique, un autre qui a été Médecin & contemporain<br />

de Séleucus & de Nicanor, enfin UJï<br />

quatrième qui a été Sculpteur.<br />

* f r<br />

H 4 CLAU-


IW G L A U C. SIM: C E B E S.<br />

G L A U C O N.<br />

GLaucon d'Athènes a compofé neuf Diafogues<br />

qui font ré<strong>du</strong>its en un volume ; ils<br />

font intitulés le Phidyle, l'Euripide, l'Amynthi-<br />

«us, l'Euthias, le Lyfitbede, l'Ariftôphane, le<br />

Céphale, l'Anaiipheme, & le Mënéxene. On lui<br />

en attribue encore trente-deux autres, mais ils<br />

font fuppofés.<br />

SIM M f A S.<br />

SImmias naquit à Thebes. Ses Oeuvres renferment<br />

en un volume vingt-trois Dialogue*<br />

qui font intitulés, de la fagefTe, <strong>du</strong> raifonnement,<br />

de la Mufîque, des vers, <strong>du</strong> courage, de<br />

la Fhilofophie, de la vérité, des Lettres, de I*<br />

doctrine, de l'Art, <strong>du</strong> Gouvernement, de la décence,<br />

de ce qu'il faut rechercher & éviter, des-<br />

Amis, de la fcience, de l'Ame, de la vie heureufe<br />

, de ce qui eft poflible , de l'argent,.<br />

de la vie, de l'honnête, de la diligence, de<br />

l'Amour*<br />

C É B E S.<br />

C Ebès, autre Philofophe de Thebes a écrit<br />

trois Dialogues intitulés, la Table, la<br />

Semaine & le Fhrynicus.<br />

M E*


MENE D'BM'BL'. 1T7.'<br />

MENE D E M E,-<br />

M Enédémé, Phïlofô'phe de la Seftè dé Phédon,<br />

éfoit fils de Clifthene qui defcendoît :<br />

de la famille des Ttiéôpropides & étoit illuftre •<br />

par fa naiflance, mais Aixhiteéle & pauvre; d'autres<br />

dMent que le perè de Ménédeme s'occupoit:<br />

encore à coudre dès tentes & qu'il apprit luf-<br />

Jfiême cette profeflion, aufli bien que celle d"Àrchiteae;<br />

& cela fût caufe qu'ayant propofé un,<br />

décret au peuple, un nommé" Alexlnius le bljfma,<br />

en difant qu'il ne convenoit au fage ni dé •<br />

ftire des tentes, ni de propofer des décrets - ..<br />

Ayant été envoyé par les Erétriens à Mégare, il"<br />

alla à l'Académie dé Platon qui n'eut" pas dé •<br />

peine à' lui perfuader de quitter les armes pourl'étude.<br />

II fe laifla enfulte attirer par A fclépia-de<br />

le Phliafièn qui l'arrêta à Mégare & ils s'atla-cherent<br />

tous lés deux àStilpon. De-là, paflaht à:<br />

Elis.ils firent fociété avec Anchipyllé & Mofchus,.<br />

deux difciples de Phédon, dont lés Sectateurs;<br />

s'appelloient'encore Eléens, comme nous l'avons ;<br />

remarqué ailleurs ', dans la" fuite ils furent nom- -<br />

nés Erétréens, d'Erethréé, la patrie dà PHilo^fèphe<br />

dont nous parlons.<br />

Ménédeme -avoit beaucoup" de gravité ', ce" qutl<br />

H 5 don-»-


«7t MENEDEME,<br />

«donna occafion à Cratès de plaifanter fur fon fujet,<br />

en fe fermant de ces termes. Jfclépiade de<br />

Pbliafie &? le Taureau d'Erétrée. Timon le cenfure<br />

auffi de l'air férieux qu'il affectait & de la<br />

ïudefle de fes railleries. Il infpiroit tant de retenue<br />

par fa gravité .qu'Euriloque de Caûandçie<br />

n'ofa obéir à Antigone qui I'avoit mandé avec<br />

Cleippide, jeune homme de Cyzique, de crainte qûè<br />

Ménédeme n'en fût inftruit : parce qu'il reprenoit<br />

avec beaucoup de hauteur & de franchife. Un jour<br />

qu'il entendoit un jeune homme parler avec infolence<br />

il ne dit rien ; mais ay*ant ramafle une pe -<br />

tite branche, il traça fur le pavé une figure honteufe<br />

qui fixa les regards des affiftans, & le jeune<br />

homme comprenant que cet affront le regardoit<br />

fe retira. Hiérocle, revenant avec lui <strong>du</strong><br />

Fyrée au temple d'Amphiaraûs, lui parloit beaucoup<br />

de la deftrucrion d'Erétrée; il répondit<br />

feulement, en lui demandant pourquoi il fouffroit<br />

gu'Antigone le déshonorât? Entendant un a<strong>du</strong>ltère<br />

qui fc réjouiflbit de fon crime, il lui dit;<br />

ne fais-tu pas que le Raifort eft aufli bon que le<br />

Chou? Un jeune garçon criant avec beaucoup<br />

de force, il lui dit; prens garde qu'il n'y ait derrière<br />

toi quelque chofe à quoi tu ne penfes pas.<br />

Antigone lui ayant fait demander s'il lui conr<br />

feilloit d'affifter à un feûin difïblu, il lui fit dire<br />

feulement qu'il fe fouvint qu'il étoit fils de Roi.<br />

Un homme de peu d'efprit l'tour<strong>du</strong>Toit par des<br />

dif-


WE NE D E M B. vft<br />

.diTcours hors de faifon ; avez-vous une métairie,,,<br />

interrompit-il ? Oui répondit l'autre & de grand»,<br />

biens. Continuez, reprit Ménédeme, & ayez en<br />

foin, de peut qu'en les négligeant, il ne vous arrive<br />

de les perdre avec-une honnête (implicite»<br />

Un autre lui demanda s'il convenoit au fage de<br />

ie marier. Que vous femble, demanda-t-il à fort<br />

tour, fuis-je fige ? & ayant reçu pour léponfe<br />

qu'oui, il ajouta, & je fuis marié. On difoit<br />

en fa préfence qu'il y a plusieurs fortes de biens.<br />

Quel eneft le nombre dit-il ? Croyez-vous qu'il y<br />

en ait plus de cent ? Il a'aimoit. point la fomptuo*<br />

fité dans les repu & il auroit voulu corriger de.<br />

.ce défaut cens qui l'invitoiant à leur table ; s'etant<br />

trouvé un jour à un repas de ce genre, il ne<br />

dit rien, mais il en blâma tacitement la profu-.<br />

lion, en ne mangeant que des olives.<br />

Safranchife faillit aie perdre,enCypre, chea<br />

Nicocréon, lui & fon ami Afclépiade. Ce Prince<br />

les ayant invités avec d'autres Philofophes> à la<br />

fête qui fe célébroit tous les mois, Ménédeme<br />

dit que, fi ces conviés formoient une compagnie<br />

honorable, il falloit renouveller la fête tous les<br />

jours, finon que c'étoit même trop d'une fois.<br />

Le Tyran répondit qu'il avait coutume de donner<br />

ce jour à la convention avec les Philofo.<br />

phes. Ménédeme perfifta dans fon opinion &<br />

fit voir que la cotjyerfation des fagçs étoit utile<br />

en tout tems comme les fecrifices, & ppuflh la<br />

H 6 chote


So WENEDE ME.<br />

ohofé fî loin que, fi un Trompette ne les eèt.<br />

avertis de leur départ, il* auroient peut-être laiffé<br />

Ik vie en Cypre ; on ajoute que, quand ils furent<br />

lur mer, Afclépiade dit que les airs doux dû<br />

Trompette les avoit fauves & que la hardieffe<br />

de Ménédeme les avoit per<strong>du</strong>s;<br />

©n dit qu'il enfeignoit fimplement" & qu'on<br />

ne rcmarquoit autour de lui aucun des arrange*<br />

mens ordinaires dans les écoles. Il' n'y avoit ni<br />

tianes, ni lièges difpofés en rond; mais chacun<br />

ëcoutoit fes leçons, félon qu'il trouvoit place af.<br />

fis ou de bout; On rapporte cependant que Mé<<br />

nédeme étoit timide & glorieux, jufques-lâ que,<br />

tlàns les commencemens dé fa liaifon avec Afclépiade,<br />

comme ils aidoient conjointement âb&<br />

tir une maifon & que fon ami portoit tout nud<br />

dû mortier au toit, il fe cachoit; lorsqu'il appepoevoit<br />

un paflant, de peur de partager le déshonneur.<br />

Quand il fut parvenu au maniement dès<br />

affaires de la République, il étoit fi craintif & fi<br />

dlftrait-, qu'une fois, au-lieu de pofér l'encens dans<br />

Pencenfoir, il le mit à côté. Cratès l'ayant blâmé<br />

de s'être chargé <strong>du</strong> gouvernement) JMénédeme or*<br />

.donna qu'on le con<strong>du</strong>flt en prifon ; fur.<br />

quoi le Cynique, en le regardant fixement, lui reprocha<br />

qu'il s'érigeoif en nouvel Agamemnon &<br />

«m gouverneur de la ville:<br />

Ménédeme avoit <strong>du</strong> penchant' à- la ftiperftîtion:-<br />

un jour qu'il étoit dans une Auberge avec<br />

foai


' M-ENEDèME: r«r<br />

ïbn Ami, on leur fèrvit de la viande d'une bêtft<br />

morte d'elle-même; l'ayant remarqué, le cœur<br />

lui en fouleva & il pâlit. Afclépiade l'en reprit<br />

& lui dit; ce n'eft pas- la viande qui vous fait<br />

<strong>du</strong> mal, e'eft l'idée que vous en avez; A cela<br />

près, Ménédeme avoit l'ame grande & généreufé?<br />

quant i fa. complexion, quoique déjà vieux, il<br />

«toit aufli vigoureux que dans fa jeunefle & auffi<br />

ferme qu'un Athlète. II> avoit le teint bafanné'<br />

de l'embonpoint & la taille médiocre, témoin ft<br />

ftatue qu'on voit encore dans l'ancien ftade d'Erétrée<br />

, & où il eft repréfenté fi découvert<br />

qu'il femble que le Sculpteur ait voulu qu'on pût<br />

remarquer prefque toutes- les parties de foii<br />

corps.<br />

Il rempliflbit tous les devoirs de l'amitié<br />

envers ceux qu'il avoit choifis pour amis; &<br />

eomme Eréthrée étoit une ville mal faine, il<br />

donnoit quelquefois des. repas dans lesquels il<br />

s-'egayoit avec des Poètes & des Muficiens. Il<br />

aimoit beaucoucoup Aratus, Lycophon , Poète<br />

tragique & Antagore de Rhodes, mais Homère<br />

plus que tous^ les autres. Après ceux-ci, il faifoit<br />

cas des Poètes Lyriques & eftimoit Sophocle. Entre<br />

les Satiriques, il aimoit Achée, après Efchyle à<br />

qui il donnoit. le premier rang. De-là vient<br />

qu'il citoit ces vers contre ceux qui penfoient autrement<br />

que lui fur. le gouvernement de la république..<br />

Autrefois, l'animal Je plus léger- fut fur-<br />

H. 7. priss


TI8I MENEDEMfc^<br />

pris par le plus péfant £f la Tortue devança l'Jigk<br />

Cela eft tiré d'Omphale, ouvrage fatyrique d'Acbée,<br />

Ainfi on fe trompe de croire que Ménédeme<br />

n'a lu que la Médée d'Euripide qui eft<br />

inférée dans les Poéfies de Néophcon de Sycione.<br />

Il n'eftimoit point Platon, Xénocrate, ni Parébâte<br />

de Cyrene, mais il admiroit beaucoup Stilpon<br />

; & étant interrogé fur le mérite de ce Philofophe,<br />

il n'en dit pas autre chofe que ces mots:<br />

c'eft un homme d'un boa naturel. Il employât<br />

des expreffions fi obfcures qu'on avoit de la peine<br />

à les entendre & il étudloit ce qu'il difpit<br />

avec tant de foin qu'il étoit difficile de difputer<br />

avec lui; il traitoit toutes fortes dé fujets &<br />

avoit la parole aifëe. Antifthene, dans fes /occejfums,<br />

dit qu'il étoit plein de force & d'ardeur<br />

dans les aflèmblées publique* & dans fes harangues.<br />

Il faifoit ordinairement des argumens<br />

courts, comme par exemple celui-ci. Deux cbtfet<br />

différentes ne font pas les mêmes. Or l'utile eft<br />

autre cbofe que le bien. Donc lé bien rieft point<br />

utile. Il rejettoit les propofitions négatives &<br />

n'admettoit que les affirmatives, approuvant furtout<br />

les Amples, & condamnant les autres qu'il<br />

appelloit conjointes & complexes. - Héraclide dit<br />

qu'il fuivoit les opinions de Platon, excepté qu'il<br />

n'eftimoit point la Dialectique; ce qui fat caufe<br />

qu'Alexinus lui demanda s'il continuait de battre<br />

. . - fon


-MENEDEM^E. rl83<br />

fon Père; à quoi il répond t, je n'ai ni commencé<br />

ni ceffé de le faire. Expliquez cette ambiguïté,<br />

reprit Aiexinus, & dites oui ou notj; jt<br />

ferait abfurde, répliqua Ménédeme, qu'on obéit à<br />

vos loix,-tandis qu'il eft permis de violer celles<br />

de Pyles. (i) 11 dit à Bion qui rechercholt les<br />

devins, qu'il égorgeoit les morts. Entendant<br />

dire-à un autre que le Souverain bien confiftoit<br />

â parvenir à la poffeflion de tout ce qu'on défiroit,<br />

il dit qu'il favoit un bonheur plus grand<br />

encore ; c'eft dé ne défirer que ce qu'on doit. Selon<br />

Antigone deCaryfte, il n'a rien écrit ni coinpofé<br />

& n'a été l'auteur d'aucun dogme ; il ajoute<br />

qu'il étoit fi ardent dans la difpute qu'on le remarquoit<br />

dans fes yeux. Cependant, quoiqu'il<br />

fût tel dans fes difcours, il étoit fort modéré dans<br />

fes aébions ; & quoiqu'jl fe moquât d'Aiexinus, il<br />

lui rendit fer vice, en con<strong>du</strong>ifant de Delphes à<br />

Chalcis, la femme de ce Philofophe qui craignoit<br />

les dangers de la route.<br />

11 avoit beaucoup de goût pour l'amitié,<br />

comme le prouve celle qu'il eut pour Afclépiade<br />

qui égala celle de Pylade & d'Orefte. II<br />

étoit<br />

(i) C'eft-à-dire celles des Amphiflyons qui s'aiïïrn-<br />

"bloient aux Theimophyles, que par abbreviation on appel!<br />

oit auffi Pyles. Voyez le Threfor d'Etienne. En tra<strong>du</strong>ifant<br />

ainfi, je fuppofe qu'il faut une légère concâior»<br />

dans le Grec, Se je l'ai hazaide'e. Il n'y a ni note dan*<br />

-tes imcipietes » ni feni claii daus les reliions.


«4 M-ENEDEM'E.<br />

étoit moins âgé que fon Ami, dé forte qu'-on'ap.<br />

pellbir Afclépiade le Poëte, &Mënédeme l'Acteur.<br />

Archépolis leur ayant fait compter troto<br />

mille pièces, chacun d'eux s'obfttnaà ne pas être<br />

Te premier à les accepter, de forte qa*ils les reftfferent<br />

tous deux. On dir qu'ils fe marièrent<br />

tous deux dans la même famille, Ménédème, à 11<br />

mère & Afclépiade à la fille. On ajoute que celui-ci,<br />

ayan^per<strong>du</strong> fa femme, prit* celle de Ménédème,<br />

qA en époufa une autre plus riche après •<br />

qu'il fut entré dans les charges de l'Etat. Cependant,<br />

comme ilsvivoient en commun, Ménédème<br />

remit le foin <strong>du</strong> ménage à'fa première femme.<br />

Afclépiade mourut le premier à' Erétrirée, dans •<br />

un âge avancé : effet de la frugalité, dans laquelle<br />

il vécut'avec Ménédème, quoique dansl'abon»dance.<br />

Oh dit' que quelque tems après, un Ami<br />

d'Afclépiade étant venu à un repas chés Mené'<br />

dème, les Dômeftiques lui fermèrent" la porte;<br />

mais Ménédème le fit entrer, en difantqu'Afclépiàde<br />

devoit avoir chés lui la même authorité<br />

qu'il'y avait pendant fa vie. Ces deux Amis eurent<br />

deux protecteurs, Hipponicus de Macédoine<br />

& Agétor de Lamia ; celui-ci leur fit préfent à -<br />

chacun de trente mines, & Hipponicus donna-'<br />

deux mille Drachmes à Ménédème pour dater fes<br />

filles ; il en avoit trois d'Orope fa femme., à ce qye<br />

dit Héraclide.<br />

Vkïici comment il'.régloit les repas qu'il.downoiti


MENEDEME. i85<br />

noit a fes amis. II dinoit d'abord avec deux on<br />

trois perfonnes jufqu'à la fin <strong>du</strong> jour. Enfuite il fatfoie<br />

appeller ceux qui étoient venus & qui avoient<br />

eux-mêmes aufli mangé; de forte que fi quelqu'un<br />

arrivoit avant le tems, il s'informoit, en fe<br />

promenant, de ceux qui fortolent,de ce qu'on avok<br />

fervi fur la table & comment elle étoit en ce<br />

tems-là. Lors donc qu'il n'y avoit qu'un plat de<br />

petites herbes ou de poiflon falé, on fe retirent ;<br />

'mais s'il y avolt de la viande on entrait. Pendant<br />

l'Eté, les lits étoient couverts de nattes, &<br />

pendant l'hyver, de peaux. Chacun devoit fè fournir<br />

d'un couffin pour s'appuyer. Le gobelet<br />

dans lequel on buvOit à la ronde n'étoit pas<br />

grand; les deflêrts coniuloient en fèves & en<br />

•pois, quelquefois en poires, en grenades, &fou>vent<br />

en figues, félon les faifons. Nous apprenons<br />

tout cela de Lycophron dans fes fatyres intitu*<br />

Iées, Ménédeme, où, faifant l'éloge de ce Phildfophe,<br />

il dit, entr'autres chofes, que le vin s'y boit<br />

à petite mefure & que c'efi l'érudition qui eft Is<br />

deffert des fages.<br />

Ménédeme eflùya d'abord beaucoup de mé*<br />

pris; les Eréthréens le traitoient de chien & d$<br />

vifionnaire, mais dans la fuite ils Çeftimerent tant<br />

qu'ils lui confièrent l'adminiftration de leur ville-.<br />

H reçut beaucoup d'honneurr de Ptolomée & de<br />

Lyfimaque dans les AmbalTades dont il fut chargé<br />

auprès d'eux. Etant enyoyé auptèt de Déme><br />

triu».


X86 ME NE DE ME.<br />

trius, la ville lui payoit deux cens talens d'appointemens<br />

; mais il en fit retrancher cinquante. Ayant<br />

été- accule 1 auprès de Démétrius d'avoir fait un<br />

complot pour livrer la ville à Ptolomée, il fe<br />

purgea de cette .calomnie par une lettre dont<br />

Toici le commencement.<br />

Ménidemt au Roi Démétrius, Jalut.<br />

J'opprent qu'en vus a fait des rapports fur nom<br />

fitjet, & ce" qui fuit. Par cette lettre il l'avertit<br />

d'être fur fes gardes contre un de ies ennemis<br />

nommé Efchyk.<br />

Au-refte il eft certain qu'il fe chargea, malgré*<br />

lui de cette négociation qui regardoit la ville<br />

4'Orope, comme le rapporte Euphante dans<br />

(ts Hijtwes. Antigons avoit beaucoup d)amitié<br />

pour ce Pfailofophe & fe glorifioit d'être fou<br />

«tifciple; ce prince ayant mis en déroute des nations<br />

barbares près de Lyûmachie, Ménédeme<br />

fit à fa louange un décret fimple & fans flatterie<br />

dont le commencement étoit : en conséquence des<br />

témoignages ren<strong>du</strong>s par les généraux S armée £? l<br />

principaux membres <strong>du</strong> confeil que le Roi Antigon<br />

tfi rentré viiïorieux dans fis états, après avoir damp'<br />

té des peuples barbotes c^ !«'*' gouverne f»n Royaume<br />

raisonnablement, le Sénat & le peuple ont<br />

trouvé bon d'ordonner, & ce qui fuit. Ces égard<br />

qu'il avoit pour Antigène le rendirent fufpeâ.<br />

« ; Aris-


"^RîNE.PE ME. .,187<br />

ArHtade&e l'acrafa de trabifon, ce qui lui.fit<br />

prendre le parti de fc retirer à Orope, où il demeura<br />

dans le temple d'Ampbiaraùs, jufqu'à ce<br />

que les Vafes d!or,<strong>du</strong> temple s'éjtant trouvés per<strong>du</strong>s,<br />

comme, le r^ppqrte Hennippe', les Béotiens<br />

lui enjoignirent de fe retirer. 1,1 obéit avec douleur,<br />

& .ét»nt. re«wrné,fcGréteipent, dans fa patrie,<br />

il en emmena fa fejnme & tes filles & fc réfugia<br />

auprès d'Antigone où il mourut de triftefle. Hé-<br />

- raclide en,;parle tout différemment ;, il dit que<br />

Ménédeme*; étant' le premier <strong>du</strong> Sénat d'Eréwée,<br />

la ptéferva pbifteursjfoig >dtj 1*. Tyrannie, en éludant<br />

les efforts -de ceux qui voulojent la livre»!<br />

Démétrius; qu'il fut fauflement chargé d'avoir<br />

voulu la trahir pour les intérêts d'Antigone ; qu'il<br />

alla même trouver çe"ïfcoî, pour l'engager à affranchir<br />

fa patrie de fertâtude; & que, n'ayant'pu<br />

l'y engager, il fe priva de nourriture pendant<br />

fept jours, au bout desquels il mourut. Ce récit<br />

d'Héraclide eft conforme à celui d'Antigone de<br />

Car/fte.<br />

Perfée fut le feul contre qui Ménédeme eut<br />

toujours de la haine, parce qu'Antigone ayant<br />

voulu par confidération pour Ménédeme rétablir<br />

l'état républicain dans Erétrée, Perfée l'en empêcha;<br />

c'eft pour cela que Ménédeme s'emportant dans un<br />

feftin contre Perfée, fe fervit, entr'autres, de ces<br />

termes. Il peut bien être Pbilofopbe, mais il eft le plus<br />

méchant des bommes qui furent & feront jamais<br />

• - fur


igfr MENEDEM'E. ,<br />

fur la terre Héraclide dit qu'il mourut dans la<br />

ibixante-quatorzieme armée de fort âge. J'ai fait<br />

cette Epitaphe 'pour lui.<br />

Minideme, ton amour pourErétbrée t'engage i<br />

faire une entreprise qui coufe ta mort; trop foiblt<br />

pour y riuffir ç5* pour fupporter le malheur de<br />

la manquer, tu refufes tout aliment à ton corps<br />

£P Jtu meurs le feftieme jour.<br />

Nous avons parcouru les vies des Philofophti<br />

qui ont fuivi les dogmes- de Socrate ; nous allons<br />

décrire à-préfent celle de Platon qui fonda<br />

F Académie & parler de ceux de fes difciples qui<br />

te font fait on nom dans ie monde.<br />

n


£f| Uffia, fils d'Arifton & de Périaîone,<br />

ou -.le Potone, naquit à Athènes;<br />

fa ssere defccndoit de Solon par<br />

Dropides, frère <strong>du</strong> Légiflateur &<br />

p«e de Critias qui eut pour fils Calefchrus..<br />

De


ipo P L A T O N . .'"=•• ,<br />

lide , dans ton II. Livre des Phttofophes,. AU<br />

fént que le bruit couroit à Athènes". qu'Atiftoa<br />

fut obligé de différer fon union avec Périéhionfej<br />

& qu'ayant eu une vifion d'Apollon en fonge, il<br />

n'approcha point d'elle jufqu'à ce qu'elle fût accouchée.<br />

Apollodôrt dit, dan» fes Chroniques,<br />

qu'elle mit Platon au" monde la VII. Olympiade<br />

, le même jouj que les habitans de Délos<br />

croient qu'Apollon naquit. Hermippe rapporte<br />

qu'il mourut la première année de la XIXC.<br />

Olympiade , dans fa CVII1. année , étant i<br />

des noces; fi cela eft, il avoit fîx ans de moins<br />

qu'Ifocrate, puifque celui-ci naquit fous celui<br />

d'Aminias, pendant le gouvernement <strong>du</strong>quel Pérlclès<br />

mourut.<br />

Antîléon dit, dans fon II. Livre, que Platon<br />

étoit <strong>du</strong> bourg dé'Collyte 1 ; d'autresie fbiit<br />

naître à Egînc, dans la miaifon d'un certain Phidi*.<br />

dasjfilsdefrhalès, felohPhavorin, dans fon Hifia*<br />

ri diverfe, le père de Platon 1 ayant été envoyé<br />

avec d'autres pour former une Colonie dans cet<br />

endroit, d°où Hrévint à Athènes, forfque"Iés habitans<br />

d'Egine, fecourus par les LacédéTrionier»,<br />

chalTercnt cette Colonie, il (i)-dorma suffi au»<br />

Athéniens des jeux dont Dion nt les' fraix com.<br />

,; •• '.•.'.•••• m


P L A T O N . l9l<br />

ne le npportè Athénodore dans le VIII. LU<br />

rte de fes Provunadts.<br />

Platon eut deux frères nommés Adimante &<br />

Glaucon & une fœur nommée Fotooe qui fut<br />

mère de Speufippe; il eitt pour naître de fes<br />

études, Beays dont il jnxle dans fes Rivaux; & il<br />

fit fes. excusées chés Ariftofi ô"ArgOs, maître de<br />

Lutte, qui loi donna, le nom de Platon, à caufe de<br />

la bonne difpofitioa de fon corps, au-Iteu qu'au-,<br />

paravant on l'appeloit Ariftoclès, <strong>du</strong> nom de fon<br />

ayenl, comme le rapporte Alexandre, dans fes Suceejjions;<br />

d'autre* croient qu'on lui donna ce fur*<br />

nom pour fon éloquence, ou parce que,félon h<br />

remarque de Néanthe, il avoit le front fort large.<br />

Il y ena auffi qui difent .avec Diciarque,<br />

dans le I. Livre de fes Fies, qu'il combattit<br />

dans les Jeux Ifthmiques pour le prix de<br />

la Lutte. Il s'appliqua auffi à la peinture & â<br />

la poéfie , ayant compofé d'abord. des hymnes<br />

bacchiques. & ehfuite des: Chants*&' des Tragédies.<br />

Timothée d'Athènes dit, dans fes Fies,<br />

qu'il avoit la voix foible & on rapporte que Sacrale,<br />

ayant fongé qu'il tenoit fur fes genoux un<br />

jeune cygne, à qui il vint tout d'un coup des ailes,<br />

& qui s'envola avec un doux ramage, Arifton<br />

vint le lendemain lui recommander Platon ; fur<br />

quoi Socratedit au Père que fon-fils étoir le<br />

cygne dont il avoit rêvé la nuit précédente.<br />

Platon commença à enfeigner la;Phllof6flhl«<br />

* dam


1$1 P L A- T. O N.<br />

dans l'Académie, & enfuite dans un jdrdin?près<br />

de Colones, fuivant ce que rapporte-<br />

Alexandre, dans fes Succeffions, qui cite Heraclite.<br />

Comme il étoit fur le point de difpu*<br />

ter l'honneur de la tragédie au Théâtre Dyonifien,<br />

il brûla fes poëfîes, après avoir enten<strong>du</strong> So 1 ,<br />

crate. Vulcain, dit-il, Père <strong>du</strong> feù, approche,,<br />

Platon à beftin de ton fecours dans cette occafion.<br />

On dit qu'il avait à-peu-près vingt ans, lorsqu'il<br />

devint difciple de Socrate. Après fa mort il<br />

s'attacha i Cratyle difciple d'Heraclite & â Her-.<br />

mogene qui enfeignoit les dogmes de Parménide.<br />

A trente deux ans, il fe rendit à Mégare avec<br />

quelques difciples de Socrate pour entendre Euclide.<br />

De-là il fut à Cyrene, d'où après avoir<br />

pris les leçons de Théodore le Mathématicien,<br />

il pafla en Italie pour entendre Philo •<br />

laûs & Euryte, Philofophes Pythagoriciens. Après<br />

cela il fut voir les Prêtres d'Egypte , & on<br />

dit qu'il fit ce voyage avec Euripide & que,<br />

pendant leur fejour dans ce pays, Platon tomba<br />

malade j qu'il fut guéri par les Prêtres d'Egypte<br />

qui le lavèrent «l'eau de Mer ; ce qui lui donnt<br />

occafion de dire que la Mer lave tous les maux<br />

des hommes, & lui fit approuver ce que dit Homère<br />

, que tous les Egyptiens font Médecins. Platon<br />

avôit encore deflein d'aller voir les Mages j<br />

mais.la guerre qui étoit allumée en Afie l'en<br />

empêcha. A fon retour à Athènes, il ferfixa<br />

i . dan*


P L A T O N. 193<br />

dans l'Académie qui eft un Collège fîtué près de<br />

la ville & entouré de bois ; il eft ainfî nommé<br />

à caufe d'Academus, demi-Dieu. Eupolis en<br />

parle à l'occafion de Platon : il donnoit fes leçons<br />

, dit-il, fous l'ombrage des allées <strong>du</strong> Dieu Académus.<br />

Timon pareillement, en parlant de ce<br />

Philofophe, dit que c'eft là que préfidoit Platon<br />

de la bouche <strong>du</strong>quel fortoient des accens auflî<br />

doux que ceux dont les cigales faifoient retentir<br />

les bocages d'Hécadémus : car il faut remarquer<br />

qu'autrefois ce nom s'écrivoit avec un E,de forte<br />

que l'endroit s'appelloit Hécadémie.<br />

Platon étoit ami d'Ifocrate, & Paréxiphane a<br />

couché par écrit une difpute touchant les Poètes<br />

qui fe tint à la campagne chez Platon où Ifocrate<br />

étoit logé. Ariftoxene rapporte qu'il porta,<br />

les armes dans trois expéditions, celle de Tanagre,'<br />

celle de Corlnthe, & celle de Délium, où<br />

il remporta la victoire..<br />

Platon fit un mélange des opinions;d'Heraclite,<br />

de Pythagore & de Socrate, approuvant la<br />

doârine d'Heraclite dans ce qui concerne les<br />

fens, celle de Pythagore fur. ce qui regarde l'entendement<br />

& celle de Socrate en Ce qui touche<br />

la Politique. Satyre & d'autres difent qu'il écrivit<br />

à Dion en Sicile pour le prier de lui acheter<br />

de Philolaûs trois Livres de Pythagore pour cent<br />

mines ; il étoit en état de faire cela, ayant reçu<br />

de Denys plus de quatre vingt talens, fuivant ce<br />

Tomi I, I que


194 P L A T O N .<br />


P L A T O N . 195<br />

„• poffible qu'uue chofe foit la première, fi elle<br />

„ eft engendrée. A ce compte, aucune ne fe-<br />

„ ra la première ni même la féconde (i). Quand<br />

„ aux hommes en particulier, voici ce qui en<br />

„ fera : fuppofez un nombre pair ou impair, fi<br />

,-, on y ajoute ou qu'on en retranche, fera-ce le<br />

„ même nombre?<br />

„ B. Il ne me le parott pas!<br />

„ A. Ou fi on allonge ou qu'on diminue une<br />

„ mefure d'une coudée, fera-ce la même mefure<br />

„ qu'auparavant?<br />

„ B. Non certainement.<br />

„ A. A-préfent confidérez les hommes donc<br />

„ l'un croit & l'autre décline ; ils changent<br />

„ tous d'un moment à l'autre. Or ce qui change<br />

„ dans fa nature & ne 'demeure pas dans le mê-<br />

„ me état eft différent de ce qu'il étoit. Vous<br />

,; & moi ne fommes point ce que nous étions<br />

„ hier, & ne ferons pas demain ce que nous fom-<br />

„ mes aujourd'hui, ni dans aucun tems tels que<br />

„ nous aurons été dans un autre.<br />

A cela Alcime ajoute encore que les Philofophes<br />

veulent qu'il y ait des chofes que l'Ame connoit<br />

par le moyen <strong>du</strong> corps comme par les yeux<br />

& les oreilles, & d'autres qu'elle connott par elfe<br />

(i) La veffion Latine porte que rita ni ftut fi féirt<br />

trtmurimmt 4t ri*n%<br />

I 2


loC P L A T O N .<br />

le-même, fans le fecours <strong>du</strong> corps; & à cette oc-,<br />

cafion ils drftinguent les chofes en fenfibles & en<br />

intelligibles. De-là Platon inféroit que, pour<br />

parvenir â la connoifîànce des principes de l'Univers<br />

, il faut d'abord diftinguer les idées que l'Ame<br />

connoît par elle-même, comme font celles de<br />

la Reflemblance, de l'Unité, de la Multitude,<br />

de la Grandeur, <strong>du</strong> Repos, & <strong>du</strong> Mouvement;<br />

qu'enfuite il faut confidérer auffi en .elle-même<br />

l'idée de l'honnête, <strong>du</strong> bon &. <strong>du</strong> joute ; qu'enfin<br />

il faut avoir égard aux idées qui renferment<br />

quelque relation comme la fcience, ou la grandeur,<br />

ou la puhTance, & fe fouvenir que les<br />

chofes qui ont rapport à nous-mêmes reçoivent<br />

leur nom de leur participation avec les idées générales<br />

: par exemple, nous appelions juftes les<br />

chofes qui conviennent avec les idées <strong>du</strong> jufte<br />

& honnêtes les chofes qui conviennent avec<br />

l'idée de l'honnête. Chacune de ces efpeces<br />

de chofes eft éternelle, & fpirituelle.; ce qui fait<br />

qu'il ne peut y arriver de confufion. Auffi Platon<br />

difoit-il que les idées étoient dans la Nature,<br />

comme des modèles dont les autres chofes font<br />

des copies'.<br />

Voici auffi de quelle manière Epichanne raifonnOit<br />

fur le Bien & fur les Idées.<br />

„ A Le fon d'un inilrument n'eft-il pas quel-<br />

„ que chofe de réel ?<br />

„ B Oui fans cloute. ,<br />

A'


F L A T 0 N. 107<br />

„ A Eft-ce que l'homme eft pourtant un fon?<br />

„ B Non.<br />

,,-A Qu'eft donc celui qui joue de cet in»<br />

„ ftruinent ? n'eft-ce point un homme ? ,<br />

„ B Certainement.<br />

„ A Ne vous femble-t-il pas qu'il en eft de<br />

„ même par rapport au bien, que le bien eft<br />

„ tel par lui-même, que celui qui le pratique<br />

„ devient bon, & qu'il en eft de lui comme de<br />

„ ceux qui ont appris à jouer de quelque- inftru-<br />

„ ment, à danfer, à manier la navette, ou<br />

„ quelque autre exercice pareil , c*eft-à-dire,<br />

„ qu'aucun d'eux n'eft l'Art même qu'il exerce,<br />

„ mai9 feulement Artifan?<br />

Platon, dans fon Opinion touchant les Idées, dit<br />

que la mémoire prouvé que les chofes qui exiftent<br />

reflbrtiuent à des idées, vu que la Mémoire fuppofe<br />

un objet qui fubfifte & eft toujours dans le<br />

Blême état; or rien n'eft confiant de cette manière<br />

que les idées. Comment, dilil encore, feroit-il<br />

poflîble qne les animaux veillaflent à leur conferT<br />

vation, s'ils n'en avoient l'idée, & fi la Nature<br />

ne leur en avoit pas donné l'inftinft? Il allègue<br />

pour exemple leur avidité pour tout ce qui<br />

leflemble à la nourriture à laquelle ils font<br />

accoutumés; par ofr il <strong>mont</strong>re qu'ils ont tous une<br />

. idée naturelle de la reffemblance qui fait qu'ils<br />

connoiflent les chofes qui font <strong>du</strong> même genre.<br />

Ecoutons encore là-deflus. Epicharme. „ Eu-<br />

I 3 „ mée


ujfl P L A T O N .<br />

'.,, mée, dit-il, la fagefle n'eft pas particulière i<br />

,, l'homme feul, tout ce qui vit en a quelque<br />

,, connoiflance. La Poule ne pro<strong>du</strong>it pas des<br />

„ Poulets vivans, elle couve fes œufs & les<br />

», anime par la chaleur. La Nature feule connoît<br />

•,, cette fagefle & c'eft elle qui l'enfeigne à cet<br />

,, animal. Il ajoute, ne vous étonnez pas de<br />

„ ce que je dis que cette poule fe plaît à voir<br />

„ fes pouflîns & qu'elle les trouve beaux : car<br />

• „ un.chien parolt beau à un chien, à il en<br />

„ eft de même <strong>du</strong> bœuf, de l'ane , & <strong>du</strong> porc.<br />

- Alcime parle de tout cela & d'autres chofes<br />

femblables dans fes IV. Livres, en faifant remarquer<br />

fur combien de chofes Platon a profité<br />

des ouvrages d'Epicharme, & il ji'ignoroit pas<br />

M même le profit qu'on en pouvoit faire; cela<br />

parok par ce qu'il dit fur ceux qui pourroient<br />

dans la fuite marcher fur fes traces. Je crois ££<br />

je prévois même qu'on fe fouviendra de mes dijcourt,<br />

que quelqu'un mettra nus vers tnprofe, & qu'après<br />

les avoir embellis d'exprejfions fleuries<br />

, il s'en prévaudra, ci? Jurpajjera lés<br />

autres.<br />

Sophron, le Comique, eft encore un Auteur<br />

dont Platon paroît avoir fait ufage, enfe fervant<br />

pour les mœurs des préceptes qu'il y trouva,* ces<br />

Livres avoient été jufqu'alors inconnus à Athènes,<br />

& on dit que lors que Platon mourut il les<br />

«.voit fous fon chevet.<br />

Ce


P L A T O N. 199<br />

Ce Philofophe fut trois fois de Grèce en Sicile»<br />

La curiofité de voir l'Ifle & les foupiraux <strong>du</strong>><br />

<strong>mont</strong> iEthna fut le motif de fon premier voyage.<br />

Denys le Tyran, fils d'Hermocrate, ayant fou-haité<br />

d'avoir un entretien avec lui, Platon parla<br />

de la Tyrannie & dit qu'une chofe qui n'étote<br />

avantageufe qu'à celui qui en jouiflbit ne pouvoit<br />

pas pafler pour la meilleure, à moins qu'il ne furpaûlt<br />

en même tems les autres par fa vertu:<br />

Denys irrité lui dit que c'étoient là des difeours<br />

de vieillards ; Platon lui répondit que les fiens<br />

étoient ceux des Tyrans, & Denys fe livrant à<br />

fa colère forma le defTein de le faire mourir; il<br />

fe laiffâ pourtant fléchir par les prières de Dion<br />

& d'Ariftomene & fe contenta de le livrer à Po.<br />

lide, Envoyé de Lacédémone à fa Cour, afin<br />

qu'il le vendit à- tel prix qu'it voudroit. Celui-ci'<br />

le mena à Egjne où il le vendit comme un efclave.<br />

Alors Charmander, fils de Charmandride»<br />

accufa Platon de crime capital, en vertu d'une<br />

loi <strong>du</strong> pays qui condamnoit à mort fans forme<br />

de procès le premier Athénien qui aborderoit<br />

dans cette Ifle. Phavorin, dans fon Hiftoirt, fait<br />

Charmander lui-même auteur de cette loi.<br />

Au-refte, quelqu'un ayant dit par raillerie que<br />

Platon étoit Philofophe, on le renvoya abfous.<br />

D'autres difent qu'il fut préfenté aux Juges qui<br />

•oyant qu'il fe taifoit & qu'il paroiflbit réfigné àr<br />

ce qui pourrait lui arriver, changèrent la peine<br />

I 4 de<br />

•£&*r- :


aoo P L A T O N .<br />

de rhort en fervitude & le condamnèrent à être<br />

ven<strong>du</strong> comme les efclaves; un nommé Annicéris<br />

de Cyrene-fe trouvant là par hazard le racheta<br />

pour vinçt mines, ou pour trente félon quelques-uns<br />

, & le renvoya à Athènes auprès de fes<br />

amis qui envoyèrent d'abord à Annicéris la fomîne<br />

qu'il .avoit payée ; mais il ne voulut pas la<br />

jecevoir & dit qu'ils n'étoient pas les feuls qui<br />

fuflent dignes de s'intéreffer à la perfonne de<br />

Platon. Il y en a qui difent que Dion envoya<br />

auflî de l'argent qui ne fut point ajouté à la fomme<br />

de fon rachat & que Platon employa à s'acheter<br />

un petit jardin dans l'Académie. Quant à<br />

Polide, on dit qu'après avoir été vaincu par Chafcrias<br />

il fe noya dans l'Hélice par la malignité d'un<br />

efprit qui le perfécutoit à caufe <strong>du</strong> Philofophe ;<br />

& cela eft entr'autres rapporté par Phavorin, dans<br />

Iç I. Livre de fes Commentaires. Denys n'eut pas<br />

l'ame plus tranquille : ayant appris ce qui étoit<br />

arrivé, il écrivit à Platon pour le prier de ne pas<br />

mal parler de lui ; le Philofophe lui répondit<br />

qu'il n'avoit pas aflez de loifir pour penfer<br />

à lui.<br />

Le but de fon fécond voyage en Sicile étoit<br />

d'obtenir de Denys le Jeune de pouvoir former,<br />

dans quelque endroit Ai fa domination, une Co •<br />

lonie qu'il feroit vivre félon les loix de la Politique<br />

qu'il avoit conçue; on lui promit ce qu'il<br />

demandoit, mais on ne lui tint point paro/e;<br />

outre


IP L A T O N. *oi<br />

outre cela , félon quelques hiftorrens, ' il fut<br />

ibupçonné d'exciter Dion & Théotas à procurer<br />

la liberté de l'Ifle ; Archytas, Philofophe, Pythagoricien,<br />

écrivit en fa faveur une lettre à Denys<br />

qui le fauva, de forte qu'il revint à Athènes.<br />

Voici cette Lettre.<br />

Archytas à Denys, Salut.<br />

„ Nous, les amis de Platon, vous avom<br />

„ envoyé Lamifcus & Photidas dans I'efpérance<br />

„ que vous leur rendrez ce Philofophe, auffi li-<br />

« bre qu'il étoit lorsqu'il arriva en Sicile. L*e-<br />

,, quité veut que vous vous fouveniez de l'etn-<br />

„ preflement que vous aviez • pour lui, des in-<br />

„ fiances que vous nous avez faites pour que-<br />

„ nous l'engagions à fe rendre auprès de vous,<br />

„ promettant d'exécuter tout ce que nous vous:<br />

„ propofions à fon fujet & de lui lauTer la liber-<br />

„ té de refter auprès de vous ou de s'en retour-<br />

„ ner. Rappeliez-vous encore la joie que vous<br />

„ eûtes de le voir & l'eftime que vous lui avez<br />

„ accordée par deffus tous les autres Philofo-<br />

,, phes; fi quefque fujet de mécontentement<br />

„ vous a indifpofé contre lui, il convient que-<br />

,, vous tempériez cela par la douceur, & que<br />

» la raifon vous porte à nous rendre fa perfon-<br />

„ ne fans lui faire de mal. En faifànt cela vous<br />

>. agirez avec juilice & vous nous obligerez.<br />

1 S En-


P L A T O K.<br />

Enfin la disgrâce de Dion obligea Plate»<br />

de paffêr dans cette Iile pour la troifieme<br />

fois j il travailla à le faire rentrer en grâce auprès<br />

de Denys; mais voyant que fes efforts étoient<br />

inutiles, il revint dans fa patrie. Il ne<br />

voulut point avoir part au gouvernement, quoiqu'il<br />

entendît la Politique, comme on le voit par<br />

fes ouvrages; & la raifon quï l'en empêcha eft que<br />

le peuple étoit accoutumé à d'autres règles que<br />

celles qu'il auroit voulu faire fuivre. Pamphila<br />

dans le XXV. Livre de fes Commentaires, rapporte<br />

que les Arcadiens & les Thébains, ayant<br />

bâti une grande ville, le prièrent de lui donner<br />

des loix; mais ayant appris qu'ils ne vouloient<br />

point] confentir à l'égalité des conditions, il refufa<br />

d'y aller. On dit qu'il fut le feul qui ofa tenir<br />

compagnie à Chabrias, lorsque ce Général s'enfuit<br />

pour éviter d'être comdamné à mort. Pendant<br />

qu'il <strong>mont</strong>oit à la fortereffe avec lui,. un<br />

Délateur nommé Cobryle lui dit: tu viens ici<br />

pour fecourir un autre, comme fi tu ne favois<br />

pas que tu dois t'attendre au même fupplice qu'a<br />

fubi Socrate. Platon lui répondit, quand je cornbattois<br />

pour la défenfe de ma patrie je m'expo»<br />

fois aux dangers par devoir, à*préfent je le fais<br />

par amitié pour un homme qui reclame mes bons<br />

offices.<br />

Phavorin dans le VIII. Livre de fon Hifloirtdit<br />

qu'il eft le premier qui ait mis les Dialogues<br />

en


P L A t O NT àbft<br />

en crédit. Il enfeigna à Léodatnas de Thaflé k'<br />

manière de connoltre les chofes en faifant l'analyfe.<br />

II fut le premier qui fe fervit en Philofophie<br />

des noms d'Antipodes, d'Elément, de Dialè&ique,<br />

de qualité (i), de longueur dans le<br />

Nombre, de la fuperficie plane, de l'horifon,<br />

de la Providence divine. Il fut auffile premier<br />

des Philofophes qui contredit le dîfcours de<br />

Lyfias, fils de Céphale, qu'il rapporte tout entier<br />

dans fon Phèdre, & qui a fenti l'ufage qu'on<br />

pouvoit faire de la Grammaire; mais comme il<br />

a critiqué la plupart de ceux qui l'ont précédé,<br />

on demande fouvent pourquoi il n'a rien dit<br />

de Démocrite.<br />

Néanthe de Cyzique dît qu'étant venu aux<br />

Jeux Olympiques, il s'attira les regards des Grecs,<br />

& que ce fut là qu'il eut une converfation<br />

avec Dion qui fe préparoit à faire la guerre<br />

à Denys. On trouve, dans le I. Livre des Commentaires<br />

de Phavorin, que Mithridate de Perfe<br />

fit élever une ftatue à ce Philofophe dans l'Âca •<br />

demie avec cette infeription, Mithridate Perfan,<br />

fils de Rhodohate, a dédié aux Mufes cette Image<br />

de Platon qui eft l'ouvrage de Silanion.<br />

Héraclide dit que Platon étoit fi retenu & fi<br />

pofé dans fa jeuneffe qu'on ne le vit jamais rire<br />

qur<br />

(i) Je fuis une coajeâiùre de Meaige.<br />

I 6


404 P L A T O N .<br />

que des lèvres. Cependant fa modeftie ne le garantit<br />

pas des traits des Poètes Comiques; Théopcmpte<br />

dans fon Autbqcbare, le raille en ces termes.<br />

Un ne fait pas un&à peine, félon Platon, deux<br />

font-ils un. Anaxandride dans fon Théfée en<br />

parle ainfi. Lorfque femblable à Platon il avale<br />

goulûment des olives. Timon fait un jeu de<br />

mots fur fon nom en difant ces paroles : adroit comme<br />

Platon à forger des prodiges. Tu viens à propos,<br />

dit Alexis, dans fa Méropide; mais moi je<br />

vais &? je viens en me promenant. Aujfi morne que<br />

Platon, je ne trouve rien de fage 6? je ne fais<br />

que me fatiguer les genoux. Le même Auteur<br />

dit, dans fon Aneylion. Tu nous apprens des<br />

myfteres en courant à la manière de Platon; tu<br />

connais fans doute les oignons £f le falpêtre. Am.phis,<br />

dans fon Ampbicrate, lui donne ce trait<br />

S. Mais ce bien que vous efpérez d'obtenir par elle<br />

m'ejî moins connu que celui de Platon. Abl mon<br />

Maître, qu'il eji beau ! H. Prens y donc garde.<br />

Dans le Dexidemis, il dit encore, Platon tu ne<br />

fais qu'avoir l'bumeur fombre, ton front eji toujours<br />

aufji ridé que la coquille d'un efcargot. Cratinu>,<br />

dans, fa pièce intitulée laSuppofttion, l'attaque en<br />

ces termes. Fous êtes homme, & vous avez une<br />

ame, félon Platon; je ne le ffai'pas bien, mais<br />

je le crois. •Pareillement Alexis, dans fon Olympïodore.<br />

Mon Corps était ce qu'il y avait en moi<br />

de mortel; te qu'il y avoit en moi d'imm.ort£l s',eji<br />

éle-


P L A T O N . aos<br />

élevé dans l'air. Ne voila-t-il pas les chimères qtfon<br />

apprend de Platon? Et, dans fon Parafite, Ou de<br />

parler comme Platon qui s'entretient avec luùméme.<br />

Anexilas fe moque auflî de lui dans fes pièces,<br />

intitulées, Botrylion, Circé & les Femmes riches.<br />

Ariftippe, dans fon IV. Livre des Délices des.<br />

Anciens y dit que Platon eut beaucoup d'amitié<br />

pour un jeune homme, nommé After,qui s'appliquoit<br />

avec lui à l'Aftrologie r & pour Dion dont<br />

nous avons parlé plus haut; quelques-uns y ajoutent<br />

Phèdre. Les épigrammes qu'il compofa<br />

fur leur fujet font des preuves des fentimens<br />

qu'il avoit pour eux. Voici celles qu'il fit<br />

pour After.<br />

Cher After, je voudrais être le Ciel lorsque tu<br />

en conjideres l'éten<strong>du</strong>e 6f te regarder avec autant<br />

d'yeux qu'il y a d'étoiles.<br />

After, étoile <strong>du</strong> matin, autrefois tu brillois<br />

ici has; à-préfent, étoile <strong>du</strong>foir, tu reluis dans les<br />

champs Elifées. m<br />

Voici celle qu'il fit pour Dion.<br />

Les Deftinées firent verfer des torrens. de larmes<br />

à Hécube £? aux Troyennes, au-lieu que les Dieux<br />

t'ont accordé,Dion, les plus-belles efperancesavecl.es<br />

plus glorieux triomphes. Ta patrie t'aime £? tes<br />

concitoyens te comblent d'honneur ; mais de quel<br />

trait,, bêlas! perces-tu mon cœur ?<br />

On dit que cette Epigramme fèrt d'Epitaphe<br />

è Dion &' fut mife à Syracufé fur fon Tombeau.<br />

I z Nous,


aoff P L A T O N.<br />

Nous avons remarqué que Platon eut auffi de I'rmitié<br />

pour Phèdre & on dit qu'il eut auffi beaucoup<br />

d'attachement pour Alexis ; il parle d'eux<br />

dans ces vers.<br />

A-préfent qu'en ne voit plus rien qui foit digne<br />

S attachement qu'Alexis & que les regards de tout<br />

le monde fe tournent fur lui, pourquoi ejl-ce que je<br />

veux tantôt confier mes fentimens & tantôt les cacher?<br />

(i) N*ejl-ce pas ainfi que nous avons per<strong>du</strong><br />

Fbedref<br />

Platon aima Archéànaffe de Colophon ; voici<br />

comment il parle d'elle.<br />

J'aime Archéànaffe, malgré fa vîeilleffe £p fer<br />

rides; vous qui la fervttes les premiers, que vous<br />

dûtes fouffrir de l'attachement que vous aviez pour'<br />

elle, lorsqu'elle était moins âgée!<br />

Il fit auffi ces vers pour Agathone. Tandis<br />

que j'étois auprès d'Agatbone, mon ame était prête<br />

à me quitter (2).<br />

Ceux-c» regardent Xàntippe.<br />

ye vous donne cette orange, recevez la & répondez<br />

aux fentimens que j'ai pour vous; Jirion,.<br />

prenez la toujours £? voyez le peu de tems qu'il<br />

faut à ce fruit pour perdre fa bonté; penfez qu'il<br />

en<br />

(r) Ce paffàge aflèz obfcur renferme un proverbe grec<br />

qu'on peut voit dans Erafme. Adages p. 146.<br />

(2) Ce vers qui paffe pour célèbre & le paffage fui-<br />

Mat gouraient eue tra<strong>du</strong>its plus littéralement.


t L A raKi taf<br />

in tfi ainjt de moi fc? que bientôt vous fc? moi fié.<br />

frirons également.<br />

On dit qu'il fit auflî cette Kpitaphe pour les<br />

Erétriens, lorsqu'ils furent iurpris par une embuscade.<br />

Nous étions, Erétriens, originairesd'Eùbée; mais<br />

ras corps repofent près de Suze, loin de notre patrie<br />

£f des tombeaux de nos ancêtres. , %<br />

On lui attribue encore les vers fuivans. Vénus<br />

iifoit un jour aux Mufes : Nympbes, redoutez moi,<br />

m l'Amour vous fera la guerre.'Finiffez ces discours;<br />

répondirent les Mufes, cet enfant ne pajfe point<br />

par ici.<br />

Enfin on lur attribue ceux-ci!<br />

Un homme ayant trouvé un tbréfor laiffa à laplace<br />

une corde qu'il avoit apportée ; celui à qui était<br />

le tbréfor, ne trouvant point l'or qu'il avoit mis<br />

dans cet endroit, prit la corde qu'il y trouva (i).<br />

Molon haïflbit Platon & dit un jour qu'il n'étoit<br />

pas fi étonnant de voir Denys à Corinthe<br />

que Platon en Sicile. Il paroΣ auflî que Xénophon<br />

n'a pas été de fés amis; & par une efpece<br />

de jal'oufie, ils ont écrit fur les marnes fujets,.<br />

comme le Banquet, la défenfe de Sôcrate, & des<br />

Commentaires fur la Morale ; outre cela Platon a^<br />

traité de la République, & Xénophon de l'é<strong>du</strong>ca><br />

tion<br />

f i) Il y a, dans tes ver», un retour des mêmes mot*<br />

qu'on ne neu*; guère rendre avec agrément.


toS P L A T O N ,<br />

tion de Cyrus que Platon dans fon difcours fui<br />

les loix nomme un conte fait à plaiûr, taxant<br />

d'imaginaire le portrait qu'il donne <strong>du</strong> caraftere<br />

de ce Prince; enfin, quoiqu'ils parlent l'un &<br />

l'autre de Socrate, on ne trouve nulle part dans<br />

leurs ouvrages qu'ils faffent mention l'un de l'autre<br />

, excepté dans le III. Livre des Commentaim<br />

de Xénopbon, où le nom de Platon fe rencontre;<br />

On dit qu'Autifthene fe propofant de lire en public<br />

quelque chofe qu'il avoit. compofé, il pria Platon<br />

d'y être préfent ; que celui-ci lui demanda quel<br />

étoit le fujet de fon ouvrage ; & qu'Antifthene<br />

ayant répon<strong>du</strong> qu'il rouloit fur ce qu'il ne faut<br />

pas être contredifant, Platon lui dit comment<br />

avez-vous traité cette matière ? Qu'alors Antifthene,<br />

comprenant qu'il n'étoit pas dans, fes idées,<br />

en fut offenfé jufqu'à publier contre lui un Dialogue<br />

, fous le titre de Satbon ; ce qui fut caufe.<br />

que, depuis ce tems-là, ils ne furent point amis.<br />

On dit encore que Socrate, ayant enten<strong>du</strong> le<br />

Lyfis de Platon, s'écria:, que de cbofes ce jeune<br />

homme me prête !. En effet il lui faifoit tenir des<br />

difcours qui n'étoient jamais fortis de la bouche<br />

de ce Philofophe.<br />

Platon avoit quelque éloignement pour Ariftippe<br />

; cela paroit au fujet de la mort de Socrate à<br />

laquelle il lui fait un crime, dans fon Traité<br />

de l'Ame, de ne s'être pas trouvé préfent, quoicgi'tl<br />

fût à Egine, lieu peu éloigné d'Athènes.<br />

n


P L A T 0• . N, a©!!<br />

II n'étoit pas non plus ami d'Efchine qu'il bit<br />

moit de s'être ren<strong>du</strong> en Sicile pour recevoirdç<br />

l'affiftance de Denys qui faifoit cas- de lui ; ai*<br />

contraire Ariftippe l'en louoit, Idoménée dit<br />

que eélui qui voulut perfuader à Socrate de s'enfuir<br />

de prifon ne fut pas Criton, mailEfchine ; &<br />

que Platon n'attribua cela au premier, que parce<br />

qu'il n'aimoit pas Efehine. Il ne parle pas feulement<br />

de lui dans fes- ouvrages, excepté en pas-,<br />

fint dans fon Traité de l'Ame ; & dans la Difenfe<br />

it Socrate, Ariftste remarque que fa manière d'écrire<br />

a quelque chofe <strong>du</strong> Poëntte & de la Pr»fe.<br />

Phavorin dit quelque part que, lorfque Platon<br />

lut fon Traité de VAme, il n'y eut qu'Ariftote, de<br />

tous les affiftans, qui l'écouta avec attention, tous<br />

les autres s'etant levés & retirés. Quelques-uns difent<br />

que Philippe d'Opes tranfcrivit fes Loix qui<br />

étoient écrites fur deî tablettes en<strong>du</strong>ites de cire , on<br />

attribue auffi au même YEpinomis. Euphorion &<br />

Panœtius difent qu'on a fouvent trouvé l'exorde<br />

de fes Livres de la République changé, & Aristoxene<br />

croit que cet ouvrage eft inféré prefque<br />

tout entier dans les GmtradtQions de Protagore. Le !<br />

Phèdre paffe pour avoir été fon coup d'effai, & j<br />

il eft vrai que cet ouvrage n'a pas beaucoup de<br />

force ; Dkéarque en trouve auffi le ftyle rude,<br />

Platon, ayant vu quelqu'un jouer aux dez r<br />

le reprit; le joueur dit qu'il le reprenoit pour<br />

peu de chofe. L'habitude n'eft pas peu de chofc-


»le> P L A T O HT.<br />

fe, reprit Platon. On lut demanda s'il croyoft<br />

que fa dodtïtne acquît autant de crédit que celle<br />

des autres Fhilofophes; il répondit qu'il falloit<br />

premièrement qu'il établit fa réputation & qu'as*<br />

lors plufîeurs de fes dogmes feroient eftimés;<br />

Xénocrate étant un jour entré chez lui , il lur<br />

dit: je vous prie, châtiez cet efclave, je nepui*<br />

le faire parce que je fuis irrité. Une autre fois,<br />

il dit à un de fes Domeftiques qu'il le puniroïc<br />

s'il n'étoit pas en colère. Etant à cheval, il en<br />

defcendit par la penfée qifl lui vint que cet animal<br />

lui donnoit un air de fierté. Il recomman.<br />

doit aux ivrognes de fe regarder dans le miroir,<br />

afin que la honte qu'ils auraient de leur<br />

état leur mfpirât de Taverfion pour ce vice; &<br />

il ne vouloit point qu'on bût au-delà de : ce<br />

qu'on pouvoit porter, exeçté dans les fêtes<br />

de Bacchus. Il blâmoit ceux qui aimoient le<br />

fommeil & dormoient trop. De-là vient qu'il dit r<br />

dans fes Loix, qu'un Dormeur eft un homme<br />

fans mérite. Il difoit que la vérité eft la chofe<br />

la plus agréable qu'on puiflTe entendre; d'autre»<br />

croient qu'il ne parloit pas de la vérité que difent<br />

les autres, mais de celle qu'on dit foi-même.<br />

Voici une fentence de fon Livre des Loix : la<br />

vérité, mon cher hôte, eft belle & <strong>du</strong>rable ; mais<br />

qu'il paroît difficile de perfuader aux hommes de<br />

la fuivre !<br />

Platon fouhaitolt beaucoup de perpétuer Ta ,<br />

mé-


P L A T O N . au<br />

mémoire de fon nom, ou par fes ouvrages, ou<br />

par la bouche; & c'eft pour cela, qu'il faifoit fouvent<br />

des voyages.<br />

Il mourut, félon Phavorin au III. Livre de fes<br />

Commentaires, la treizième année <strong>du</strong> Roi Philippe,<br />

de qui Théopompe dit qu'il reçut des réprimandes.<br />

Myronian, dans fon Traité des cbofes.<br />

fsmblables, cite Philon fur le Proverbe auquel la<br />

vermine de Platon donna lieu, comme fi ce Phi»<br />

lofophe étoit mort de cette maladie. On l'enterra<br />

dans l'Académie où il avoit long-tems enfeigné<br />

la Philofophie & d'où fa Secte prit le nom<br />

d'Académique. Il fut enterré avec beaucoup de<br />

folemnité. Voici fon Teftament.<br />

„ Platon laifle & lègue ce qui luit. La Mé-<br />

„ tafrie d'Epheftiade qui a au feptentrion le<br />

„ chemin qui vient <strong>du</strong> temple de Céphifiade,<br />

>, au midi Héraclée des Hephefliades, à l'orient<br />

„ Archeftrate de Phréare & à l'occident Philip-<br />

», pe de Cholide : il ne fera point permis de la<br />

„ vendre ou de l'aliéner, mais elle appartiendra<br />

„ à mon fils Adimante qui en jouira absolument.<br />

„ Je lui tranfporte auflî la Métairie des Enéréfi-<br />

„ ades; fituée entre les fonds deDémoftrateXy-<br />

„ pétaron vers le midi, d'Eurymédon de Myr-<br />

„ rhina <strong>du</strong> côté <strong>du</strong> levant, de Céphife au cou-<br />

„ chant & de Callimaque au nord,-de qui je<br />

„ l'ai acquife par achat. Je lui donne de plus<br />

„ trois mines en efpeces, lin vafe d'argent <strong>du</strong><br />

„ poids


ha P L A T O N.<br />

„ poids de cent foixante & cinq drachmes, me<br />

;, coupe de même métal qui en pefe foixante &<br />

„ cinq, un anneau & un pendant d'oreille d'oï<br />

„ pefant enfemble quatre drachmes & trois obo-<br />

„ les, avec trois mines qui me font <strong>du</strong>es par Eu-<br />

„ clide le Tailleur de Pierre. Je dégage Diane<br />

„ de toute fervitude ; mais pour Tychon, Bic-<br />

„ tas, Apolloniade & Denys, ils continueront<br />

„ d'être efclaves d'Adimante, mon fils, à qui je<br />

„ laifle auffi tous mes meubles & les autres ef-<br />

„ fets fpécifiés dans l'inventaire qui eft entre les<br />

„ mains de Démétrius. Je n'ai aucune dette &<br />

„ j'inftitue, pour Curateurs & Administrateurs<br />

„ <strong>du</strong> préfent délaiflement, Speùfippe, Démétrius,<br />

„ Hégias, Eurymédon , Callimaque & Thrafyppe.<br />

On mit plufieurs Epitaphes fur fon tombeaux<br />

en voici une.<br />

Ici repofe le Devin Ariftochs dont la prudence<br />

& les mœurs furent dignes d'éloge ; fi jamais la<br />

fageffe a honoré les hommes, celui-ci ejl couvert d<br />

gloire £5* au-deffus de l'envie.<br />

En voici une autre.<br />

Cette Terre couvre le corps de Platon. Le Ciel<br />

contient fon Ame bienheureufe. Tout honnête homme<br />

doit refpe&erfa vertu.<br />

Celle-ci eft plus moderne que les autres.<br />

Aigle,. Àis-moi, pourquoi tu voles fur ce fépulthre<br />

&f à quelle demeure de l'Empirée tu vas ? Je<br />

fuis l'Ame de Platon qui s'élève au Ciel tandis que<br />

19


P L A T O N . IIJ<br />

k Pays d'Athènes conférât fin corps.<br />

Voici aufli une Epitaphe que je lui ai faite.<br />

Qu'eût-ce été Pbeebus fi tu rieuffes donné Platon<br />

aux Grecs pour guérir les âmes des hommes par les.<br />

Lettres: car il ejl pour les maux de l'ame ce<br />

qu'Efculape, ton fils, efi pour les maladies <strong>du</strong> corps.<br />

En voici encore une qui porte en particulier<br />

fur fa mort.<br />

Pour le bonheur des homme/Apollon a donné le<br />

jmr à Efculape £s* à Platon, afin que le premier<br />

procurât le bien de leur corps £? le fécond celui ds<br />

leur ame; Platon efi allé ajjifter à un feftin nupr<br />

tial dans la ville dont il avoit formé l'idée & qu'il<br />

o fondée dans lé Ciel.<br />

Platon eut, pourdifciples, Speufippe d'Athènes,<br />

Xénocrete de Chalcédoine, Ariftote de Stagira,<br />

Philippe d'Opus, Hefliée de Périnthe, Dion de<br />

Syracufe, Amycle d'Héraclée, Erafte & Corifque<br />

de Scepfe, Timplaiis de Cyzique, Mvéon de<br />

Lampfaque, Pithon & Héraclide d'^Enia, Hippo?<br />

taie & Callippe d'Athènes, Démétrius d'Amphir<br />

polis, Héraclide de Pont & quantité d'autres,<br />

outre deux femmes, Lafthénie de Mantinée &<br />

Axiothée de Phlias qui, comme le rapporte Dicéarque,<br />

s'habilloit en homme. Il y en a qui<br />

comptent aufli Théophrafte parmi fes Auditeurs.<br />

Chaméléôn y ajoute l'Orateur Hypéride ayecty.<br />

curgue. Polémon donne aufli Démpfthene pour<br />

lin de fes difciples 5 & Sabin, dans fes mélanges de<br />

Médi-


iH<br />

P L A T O N .<br />

Méditations Livre IV, dit la même chofe de<br />

Mnéfiftrate de Thaffe, non fans apparence de vérité.<br />

Mais puifque vous chériffez avec raifon la<br />

mémoire de Platon (i) & qu'à l'eftime que vous<br />

avez pour lui, vous joignez le défir de connoître<br />

fes dogmes, j'ai cru devoir décrire la nature de<br />

fes Difcours, l'ordre de fes Dialogues, & la minière<br />

dont il faifoit fes in<strong>du</strong>ctions, en ne toitchant<br />

cependant les chôfes que fommairement &<br />

fans diftinguer toutes les parties qui entrent dans<br />

Paflemblage'de fa doctrine: car ce feroit, comme<br />

on dit, envoyer des hiboux à Athènes, s'il falloit<br />

vous donner les détails de tout (i).<br />

On prétend donc que le premier qui fit des<br />

Dialogues fut Zenon d'Elée.; Ariftote, dans le<br />

I. Livre des Poètes, &Phavorin, dans tes Commentaires,<br />

difent que ce fut Alexamene deStyra ou<br />

de Teïum. Mais Platon a tellement perfectionné<br />

ce genre d'écrire que, non feulement on lui eft<br />

redevable de l'élégance qu'il y a répan<strong>du</strong>e,<br />

taais qu'on ne peut aufli lui en refufer l'invention.<br />

Le Dialogue eft un difcours compofë de<br />

demandes & de réponfes fur un fujet de Philofophie<br />

ou de Politique, exprimées d'une manière<br />

con-<br />

(i) L'ouviage de Dîogene Laë'ice étoit adreflë i une<br />

femme nommée virri». Voyez la note de Ménage.<br />

(i) Proverbe pareil à celui de porter, de l'eau a la Mer.<br />

Il y «voit beaucoup de hiboux a Athènes & une «oa-<br />

,noie fut laquelle étoit empreinte le hibou, oifeau de Minerve.<br />

ExawK Adages page 105,


P L A T O N . 21s<br />

convenable aux perfonnes qu'on y intro<strong>du</strong>it<br />

La Dialectique eft l'art d'établir ou de détruire<br />

quelque propofition par demandes & par répliques.<br />

Il y a deux caractères généraux dans les Dialogues<br />

de Platon. Les uns font appelles Dialogues<br />

d'explication ou d'inftruction (i). Les autres Dialogues<br />

de recherche (a). Ceux d'explication ou<br />

d'inftruction fe divifent différemment, félon qu'ils<br />

roulent fur la fpéculation ou fur l'action. Ceux<br />

qui ont la fpéculation pour objet fe partagent<br />

en Phyfiques & Logiques. Ceux qui regardent<br />

l'action font ou Politiques ou Moraux. Les<br />

Dialogues appelles de recherche fe divifent en<br />

deux clafles, les uns font deftinés à s'exercer<br />

fur quelque fujet, les autres à combattre quelque<br />

idée. Les premiers fe diftinguent en Dialoguesappelles<br />

mœutiques & en Dialogues d'efiai (3).<br />

Les féconds en Dialogues de démonftratioi»<br />

ou d'accufation & en Dialogues appelles destructifs<br />

(4).<br />

le<br />

(1) Qui traitent de vérités connues.<br />

(z) Qui traitent de ventés inconnues qu'on tâche de<br />

découvrir.<br />

. (3) Les Dialogues moeutiqocs font ceux dans lefquels<br />

Socrate faifoit trouver à ceux qu'il enfeignoit les vérités<br />

dont il vooloit les faire convenir. Dans ceux<br />

d'eiTai ij ne faifoit. que touchée les ventés dont il lea<br />

inftiuifoit.<br />

(4) Les Dialogues'de démonftration font fatyrlquerj<br />

let deftruftifs font. deftinés à réfuter des eyçurs. Vqy«i<br />

ja rie de Platon pat Dacier p. nj, 116.


215 P L A T O N .<br />

Je n'ignore pas qu'il y a des Auteurs qui diftinguent<br />

autrement les Dialogues de Platon. Ils<br />

difent que les uns font Dramatiques, les autres<br />

Narratifs , & d'autres qu'ils appellent Mixtes ;<br />

mais cette diftinftion fent plutôt le flyle <strong>du</strong> Théâtre<br />

que celui de la Philofophie. Parmi ces<br />

Dialogues, il y en a qui roulent fur la Phyfique,<br />

comme le Timée, d'autres fur la Logique, comme<br />

le Politique, leCratyle, leParménide & leSopbifte.<br />

Sur la Morale, comme l'Apologie, le Criton, le<br />

Pbédon, le Phèdre, le Banquet, le Ménéxene,<br />

le Clitûpban, les Lettres, le Pbilebe, l'Hipparque,<br />

& les Rivaux. Sur la Politique, comme la République<br />

, les Loix, le Minos, l'Epinomis & l'Atlanticus.<br />

• Platon fe fert de la méthode mœutique dans<br />

les deux Alc\biades, le Tbéagene, Lyfis & Lâchés;<br />

de la méthode d'eflai dans l'Eutypbron, le<br />

Ménon, l'Ion, le Cbamide & le Tbceétete; de la<br />

méthode de démonstration, dans le Protagore ; de<br />

la méthode de déftruftion dans l'Eutbydeme, les<br />

deux Hippias & le Gorgias. Cela fuffit fur la<br />

nature <strong>du</strong> Dialogue & fur fes différences ; mais<br />

comme on difpute beaucoup fi cette partie des<br />

œuvres de Platon contient des dogmes, il faut<br />

dire quelque çhofe de cette queftion.<br />

- On appelle Dogmatifte un homme qui établit<br />

des dogmes, comme on nomme Légiflateur celui<br />

qui fait des loix. \ On donne le nom de dogme


• P L A. T O N. ai?<br />

à un fentiment, & à l'opinion qu'on en a. Or<br />

Platon explique certaines chofes comme véritables,<br />

en critique d&utres comme faufles & ne<br />

définit point ce qui lui paroît incertain. Sûr<br />

les chofes qu'il croit lui-même, il intro<strong>du</strong>it qua«<br />

tre Interlocuteurs qui font Socrate , Timée,<br />

L'Etranger d'Athènes, & l'Etranger d'Elée,* ces<br />

Etrangers ne font pas, comme quelques-uns le<br />

préfumept, Platon & Parménide, ce font des<br />

perfonnages fuppofés. Quand Platon en feigne<br />

des Dogmes, il fait parler Socrate & Timée;<br />

quand il combat des erreurs il fait venir fur la<br />

fcene Thrafimaque, Callicle , Polus, Gorgias,<br />

Protagore, Hippias, Euthydeme & d'autres femblables.<br />

Dans les raifonnemens, il fe fert beaucoup<br />

de l'In<strong>du</strong>ction, non de la fimple, mais de<br />

celle qui eft double. L'In<strong>du</strong>âion eft un difcours<br />

.dans lequel, de quelques vérités on en infère -<br />

une autre. Il y en a de deux fortes : l'une qu'on<br />

peut appeller <strong>du</strong> contraire, l'autre qu'on peut appeller<br />

de conféquence. La première eft celle<br />

dans laquelle, quelque réponfe que fafle celui qui<br />

eft interrogé, il en fuit le contraire de ce qui eft.<br />

„ Par exemple: rnon Père eft, ou autre que le<br />

„ vôtre, ou le même ; fi donc votre Père eft<br />

„ autre que mon Père, il ne fera point Père,<br />

„ étant autre qu'un Père; que s'il eft le même<br />

„ que mon Père, il fera fynon Père, étant le mêi,<br />

me que le mien. Autre exemple : fi l'homme<br />

Tome I. £ „ n'eft


ti8 P L A T O N.<br />

„ n'eft pas un animal, il fera <strong>du</strong> bois ou de k<br />

„ pierre. Mais il n'eft point <strong>du</strong> bois ou de li<br />

„ pierre : car il eft animé & il a des mouvemens<br />

„ fpontanés". Il eft donc un animal, & fi cela<br />

„ eft & qu'un 'bœuf & un chien foient des ani-<br />

„ maux auflî, l'homme fera tout enfemble un<br />

„ animal, un bœuf & un chien". Platon fe fervoit<br />

de cette In<strong>du</strong>ction dans la difpute, non<br />

pour établir des vérités, mais pour réfuter des<br />

objections. L'autre efpece d'In<strong>du</strong>ction qui fe<br />

fait par conféquence eft auflî de deux fortes;<br />

dans l'une on conclut <strong>du</strong> particulier au particulier,<br />

dans l'autre <strong>du</strong> particulier au général; la<br />

première fert aux Orateurs, la féconde aux Dialecticiens.<br />

Dans la première on demande, par<br />

exemple , fi cet homme a commis l'homicide<br />

dont il s'agit ; & la raifon qu'il avoit les inains<br />

fanglantes dans ce tems-là, eft une conféquence<br />

de laquelle on infère qu'il a commis le meurtre.<br />

J'ai dit que cette efpece d'In<strong>du</strong>ction fert auxOra-<br />

.teurs, parce que la Rhétorique fe borne aux<br />

chofes particulières & ne s'étend point aux gênéraies,<br />

n'entrant point, par exemple, dans l'examen<br />

de ce qui regarde la juftice même & fe bornant<br />

à celui des chofes juftes en particulier.<br />

Dans l'efpece d'In<strong>du</strong>ction que j'ai dit être propre<br />

aux Dialecticiens, on prouve le général pu<br />

le particulier, comme fur la queftion,fi l'ameeft<br />

immortelle, & fi les morts coni'ervent quelque<br />

we;


P L A T O N . 219<br />

vie; Platon prouve cela dans fon Traité de l'amey<br />

par la propofition générale que les contraires<br />

fe font des contraires ; & cette propofition générale<br />

il la prouve par des cas particuliers, comme,<br />

que le fommeil nait de la veille, & la<br />

veille <strong>du</strong> fommeil, que le plus grand nait <strong>du</strong><br />

moindre, & le moindre <strong>du</strong> plus grand. Cette<br />

forte d'In<strong>du</strong>ction étoit celle qu'employoit Platon<br />

pour établir fes propres opinions.<br />

Au-refte, de même qu'autrefois le Chœur repréfentoit<br />

feul la Tragédie, jufqu'à ce que Thefpis inventaun<br />

Afteur pour donner au Chœur le tems de<br />

ferepofer, Efchyle un fécond, & Sophocle un troifieme,<br />

ce qui eft la manière dont la Tragédie fe<br />

perfectionna, de même la Philofophie fut longtems<br />

reftrainte à la Phyfique, jufqu'à ce que Socrate<br />

y ajouta la Morale, & Platon la Dialectique;<br />

ce, qui mit la dernière main à cette Science.<br />

Thrafylle dit qu'il écrivit fes Dialogues fur le<br />

modèle <strong>du</strong> Quadriloque tragique, à la manière<br />

des'Acteurs qui parloient en vers Dyonifiens, Lénœens,<br />

Panathénœens, & Chytréens. La dernière<br />

efpece étoit fatyrique, & toutes enfemble<br />

formoient ce qu'on appelloit le Quadriloque.<br />

Thrafylle dit donc que tous les Dialogues authentiques<br />

de Platon fe <strong>mont</strong>ent à cinquante-fix.<br />

Sa République eft divifée en dix Livres qui fe<br />

trouvent prefque tout entiers dans les Contradictions<br />

de Protagore, félon Phavorin, au deuxième<br />

K 2 LW


aao P L A T O N ,<br />

Livre de (on Hijloire dvoerfe. Son Traité desLoix<br />

eft. divifé en douze Livres. II y a neuf Quadriloques,<br />

& le Traité de la République y tient la<br />

place d'un Livre & celui des Loix pareillement.<br />

Le premier Quadriloque roule fur un fujet commun<br />

à tous les Dialogues qui y entrent, le but .<br />

que Platon s'y propofe étant de faire voir quelle<br />

doit être la vie d'un Philofophe; il diftingue<br />

chaque Livre par un double titre, l'un eft pris<br />

<strong>du</strong> principal Interlocuteur, l'autre <strong>du</strong> fujet dont<br />

il parle. Ainfi le premier Quadriloque contient<br />

J'Eutyphron ou de la fainteté, dialogue d'eiTai;<br />

la défenfe de Socrate ; le Criton ou ce que l'on<br />

doit faire; le Phœdon ou de l'Ame; qui font<br />

des Dialogues moraux. Le fécond Quadriloque<br />

contient le Cratyle ou de la juftefle des noms,<br />

.matière de Logique ; le Théetete ou de la fcience,<br />

entretien d'effai; le Sophifte ou de ce qui eft,<br />

difcours de Logique ; le Politique ou <strong>du</strong> Gouvernement<br />

, aulïï dialogue de Logique. Le troisième<br />

Quadriloque contient le Parménide, ou des<br />

idées, fujet de Logique; le Philebe ou de la Volupté;<br />

le Banquet ou <strong>du</strong> bien ; le Phèdre ou de<br />

l'Amour, dialogues moraux. Le quatrième comprend,<br />

le premier Alcibiade ou de la nature de<br />

l'homme, entretien félon la méthode mœutique ;<br />

le fécond Alcibiade ou de la prière, félon la même<br />

méthode ; l'Hipparque ou de l'amour <strong>du</strong><br />

;fiain; les Rivaux ou de la Philofophie, dialo-<br />

gu«s


P L A T O N . ztt<br />

gués de Morale. Le Cinquième renferme le<br />

Théagesou de la Philofophie, félon la méthode<br />

mœutique ; le Charmide ou de la valeur.; Lyfis<br />

ou de l'amitié, félon la méthode mœutique. Le<br />

fïxïeme contient l'Euthydeme, ou le Difputeur,<br />

dialogue deftruttif ; Protagore ou les Sophiftes,<br />

démonftratif ; Gorgias ou de la Rhétorique,<br />

deftruftif; Ménon ou de la vertu, dialogue<br />

«Teflai. Dans le Septième Quadriloque fe trouvent»<br />

les deux Hippias dont le premier traite<br />

de*fhonnête, & le fécond <strong>du</strong> menfonge, tous<br />

le» deux <strong>du</strong> genre deftru&if; l'Ion ou de l'Iliade,<br />

dialogue d'eflai; le Ménexcne ou l'Epitaphiusr,<br />

<strong>du</strong> genre moral. Le Huitième eft compofé <strong>du</strong> C1Itophon<br />

ou celui qui fait des exhortations, difcours<br />

moral ;dela République ou de la juftice, entretien<br />

politique ; <strong>du</strong> Timée ou de la Nature, difcours phyfique<br />

; <strong>du</strong>Critias ouAtlanticus,moral. Enfin le Neuvième<br />

contient Minos ou de la Loi} les Loix ou de<br />

la manière d'en faire ; Epinomis ou l'affemblée nocturne,autrement<br />

le Phi!ofophe,dialogues politiques.<br />

Il y a treize Epitres morales de Platon dont<br />

l'infcription- eft Bonne vie! au-lieu qu'Epicure,<br />

dans les fiennes, mettoit Bonheur! & Cléon fe<br />

fervoit <strong>du</strong> mot de Salut ! Il y a une de ces Epitres<br />

adreflee à Ariftodeme , deux â Archytas,<br />

quatre à Denys, une à Hermias, Erafte & Corifque,<br />

une à Léodamas, une à Dion, une à Perdîccas,<br />

deux aux. amis de Dion. Voilà quelle eft<br />

E) 1»


aai P L A T O N .<br />

la diftin&ion des Ouvrages de Platon, félon Thiafyllus<br />

& plufieurs autheurs l'admettent.<br />

D'autres r entre lefquels eft Ariftophane le<br />

Grammairien, divifent les Dialogues de Platon en<br />

Triloques, plaçant dans le premier, la République,<br />

le Timée, le Critias; dans le fécond, le<br />

Sophifte, le Politique, le Cratyle; dans le troilîeme,<br />

les Loix, le Minos, l'Epinomis; dans le<br />

quatrième, le Théétete, l'Eutyphron, la défenfe<br />

de Socrate; dans le cinquième, le Phé/lon,.<br />

le Criton, les Lettres. Les autres ouvrages ifeles<br />

rangent un à un & fans ordre. Quelques-uns,<br />

comme nous l'avons dit, commencent l'énumérstion<br />

des Oeuvres de Platon par fa République f<br />

d'autres par le premier Alcibiade , ou par le<br />

Théages, par l'Eutyphron, par le Clitophon, le<br />

Timée, le Phèdre, le Théete, enfin par la défenfe<br />

de Socrate.<br />

Il ne faut point regarder, comme étant de PI*ton,<br />

les Ouvrages fui vans qu'on lui a attribués,<br />

le Midon ou l'Hippoftrophe , l'Eryxias ou<br />

l'Erafiftrate, l'Alcyon, l'Acéphale ou le Syfiphe,,<br />

L'Axiqcus, lePhéacus, le Démodocus > le- Chélidon,<br />

la Semaine, l'Epiménide. Phavorin, dan»<br />

le cinquième Livre de fes Commentaires, dit que<br />

l'Alcyon eft l'ouvrage d'un certain Léonte.<br />

Platon a emprunté à deffein différens noms-,,<br />

.pour empêcher que des gens non lettrés cnten-<br />

«Uffent facilement fes ouvrages. H croit que la<br />

û-


P L A T O N. . 4S3<br />

fâgeflé confifte proprement dans la confioiflhncc<br />

des chofes qui font fpirituelles, & qui exiftent<br />

véritablement, lui donnant pour objet Dieu $<br />

l'Ame féparée <strong>du</strong> corps. Lorfqu'il prend le mot<br />

de Sagefle djns fon fens propre, il entend pa*<br />

là, la Philofophie, comme étant un defir de la'<br />

Sagefle divine ; mais dans le fens commun il applique<br />

le mot de Sagefle à toute forte de talens,<br />

donnant par exemple te nom de fage à un Artw<br />

fan. Souvent il fe fert des mêmes termes pour<br />

flgnifier différentes chofes,, par exemple , il met<br />

le mot de négligé pour Jimple, à la manière d'Euripide<br />

qui, en parlant d'Hercule dans fon Lycimnius,<br />

dit qu'il étoit négligé fins ajujiemenf, ne<br />

fenfant qu'à faire bien, faifant confifter toute la<br />

fageffe à en faire les adions & ne mettant point<br />

iornemens dans fes difeouts. Quelquefois Platon<br />

fe fert de ce même mot pour défigner ce qui eft<br />

beau, & d'autrefois ce qui eft petit. Il donne<br />

la même lignification à divers termes, appellant<br />

l'idée, efpece, genre, modèle, principe & caufe.<br />

Il fe fert auifi de termes contraires pour défigner<br />

la même chofe, comme quand il applique au*<br />

chofes fenfibles les mots d'exiilence & de non-<br />

«xiftence, difant que ce qui eft fenfîble exifte<br />

entant qu'il a été pro<strong>du</strong>it & n'exifte point entant<br />

qu'il eft fujet à des changemens continuels?<br />

& quand il dit que l'idée n'eft ni une chofe qui<br />

fe meut» ai une chofe en repos, qu'elle eft la mê~<br />

& 4 me


tt24 P L A T O N .<br />

me, qu'elle eft une & qu'elle eft plufieurs. Cet<br />

•ufage de Platon fe remarque en divers endroits<br />

de fes Ouvrages.<br />

Ils demandent^trois fortes d'explications : il faut<br />

•voir premièrement ce qu'il dit; faeondement,<br />

s'il le dit dans la vue d'atteindre le but qu'il s'eft<br />

propofé, ou par voie de comparalfon, & fi c'eft<br />

pour établir quelque vérité, ou pour réfuter des<br />

objections ; en troifieme lieu s'il parle à' la lettre.<br />

Comme on trouve certaines marques dans<br />

différens pafTages des Oeuvres de Platon , il eft<br />

bon d'en donner une explication. On marque<br />

les expreflîons & les figures ufitées aux Platoniciens<br />

par un X. Cette double ligne — défigne<br />

les dogmes & les opinions particulières de Platon.<br />

Les manières de parler & les élégances de.<br />

ftile font marquées avec un -X- entre deux points.<br />

Cette figure > marque les endroits que quelques<br />

Auteurs ont corrigés ; celle-ci •? les chofes inutiles<br />

qui doivent être ôtées ; cette autre 3. défigne<br />

les endroits dont il faut changer l'ordre & ceux<br />

qui peuvent recevoir deux fens. Celle qu'on<br />

appelle foudre ^ défigne l'ordre & la liaifon des<br />

vérités Philofophiques ; l'Etoile •$ des idées<br />

qui fe reflemblent ; & cette marque — des chofes<br />

qu'on rejette,<br />

Voilà pour ce qui regarde le nombre des Livres<br />

de Platon & les marques qui s'y trouvent.<br />

Antigone de Caryfte, dans fon ouvrage . fur<br />

U-


F L A T O NV «£<br />

Zenon, dit, qu'après l'édition de ces Livres 1 ceux<br />

qui fouhaitoient d'en favoir le contenu, payoient<br />

i pour cela ceux qui les avoient.<br />

Quant à fes fentimens : il croyoit que l'Ame?<br />

eft immortelle &J qu'elle eft revêtue (i) de<br />

plufieurs corps; qu'elle a un principe numéral<br />

& le corps un principe géométrique ; il la définhToit<br />

une idée de l'efprit qui eft diftribué par<br />

tout - , (2) & croyoit qu'elle eft, elle-même, le principe<br />

de fon mouvement. Il la divifoit en troit<br />

parties, plaçant la partie raifonnable dans la tête,<br />

l'irafcible dans le cœur, & la coneupifciblc<br />

dans le foie. Il difoit que <strong>du</strong> milieu <strong>du</strong> corps*<br />

elle l'ernbrafle de toutes parts circulairement ;<br />

qu'elle eft compofée des élémens & partagée<br />

par des- intervalles harmoniques, qui lui font former<br />

deux cercles conjoints, dont l'intérieur, coupé<br />

en fix autres, forme en tout fept cercles.<br />

Il plaçoit cet orbe-ci le long <strong>du</strong> Diamètre ârla<br />

gauche intérieurement, & l'autre de côté à la<br />

droite, fuppofant que c'eftle plusexcellent,parce-<br />

(1) Il ne me parolt pas qu'il s'agit ici de là Métcmlycofe,<br />

comme le fuppofe la verfion latine, mais de l'opinion<br />

que l'Ame, en defeeridant dans le Corps, prend diraCts<br />

qualités dans les Sphères par où on croyoit qu'elle<br />

pafibit, Se revêt d'abord un Corps vEthe'rien , enfuite<br />

un corps Aérien Sec.<br />

(2) C'eft a-dife, une portion ou une pro<strong>du</strong>ction de<br />

l'Ame <strong>du</strong> monde; le refte de ce paffage eft fort obfcur.<br />

On peut voir fur quelques-Unes des idées qui y entrent<br />

Macrobe, Soje dt Scifitn Se Plutarque dt U Crittim dt<br />

t'~4mt.<br />

K 5


ta* P L A T O N .<br />

ce qu'il eft unique, au-lieu que le premier eft<br />

divifé intérieurement. Il difoit que le cercle<br />

unique eft de la nature <strong>du</strong> Même & celui qui eft<br />

divifé de la nature de l'autre (i), appellant celui-la<br />

te mouvement de l'Ame, & celui-ci le<br />

mouvement de l'Univers & des Etoiles errantes-<br />

(2). Il ajoutoit que cette divifion, depuis le milieu,<br />

étant telle qu'elle fè joint vers les extrémités,<br />

l'Ame apperçoit les chofes qui font & les.<br />

joint enfemble, parce qu'elle a en elle-même l'harmonie<br />

des élémens ; connoiffance qui n'eft qu'une<br />

. fïmple opinion, lorfqu'elle eft acquife par l'élévation<br />

<strong>du</strong> Cercle qui eft de la nature de l'autre, &<br />

une fcience, lorfqu'elle eft acquife par le Cet'<br />

cle qui eft de la nature <strong>du</strong> Même.<br />

11 établit deux principes de toutes choies,,<br />

Dieu & la Matière ; & appelle auffi le premier<br />

Efprit & Caufe, définiffant la matière une<br />

Biafle informe & infinie de laquelle fe font le*<br />

Etres.<br />

fi) Platon anpelloit la nature matérielle feutre y 8c la.<br />

nature fpirituelie h Même. Plui arque, de la Création de<br />

l'Ame , au commencement.<br />

(2) Je ne fcai fi par ces deux Cercles il ne faut point<br />

entendre les deux mouvemens de l'Ame que fuppofoient,<br />

les Platoniciens; le premier eft celui par lequel elle fe.<br />

meut elle-même & a rapport aux chofes fpirituelles j lefécond<br />

eft celui par lequel elle meut le corps 8c a rapport<br />

aux chofes lenfibles. Et il m« lèmble qu'ils regardoient<br />

ce fécond mouvement comme pro<strong>du</strong>it ou dirige pac<br />

le mouvement de l'Ame <strong>du</strong> monde, ou de ce qu'il* appelaient<br />

ainfi. Plutarque <strong>du</strong> mouvtmmt filtnltcôtt é film<br />

li diâmitrt. Opufc. 27. G.


L A T (y tf à#<br />

Etres compofés. Auparavant,.dit-il, elle fê mouttoit<br />

fans ordre; mats Dieu ayant jugé-que l'ordre<br />

valbit mieux que la confufion l'a raflemblée<br />

dans un .lieu. Son effence le* change en quatre<br />

ibrtes d'élémens qui font le Feu, l'Eau, l'Air<br />

& la Terre, élémens dont eft compofé le monde<br />

même» & tout ce qu'il' renferme : ta Terre feule<br />

eft exempte de transmutation. Il donne pour raifon<br />

de cela la différence qu'il y a entre la figure<br />

des parties dont elle eft compofée & la figure des<br />

parties des autres élémens qui font toutes homogènes<br />

, comprenant dans la conformation un triangle<br />

oblong. Au-lieu que les parties de la Terre<br />

ont leur figure particulière,. celles de l'élément<br />

<strong>du</strong> Feu font Pyramidales , celles de l'Air onc<br />

huit côtés, & celles de l'Eau en ont vingt; mais<br />

celles de la Terre font de forme cubique & ce<br />

la empêche que la Terre ne fe change dans les^<br />

autres élémens r & que ceux-là ne puiffént fe<br />

changer en terre. Ils ne font pas féparés par<br />

une fituation différente de lieu pour, chacun : parce<br />

que la circonférence qui les comprime & les<br />

pouffe vers le milieu, unit les petites parties &<br />

fépare les grandes, de forte que le changement<br />

d'efpeces emporte auffi changement de lieu,<br />

11 croyoit que tout fait partie d'un féul" mon*<br />

dé, le. monde fenfiblé étant auffi l'ouvrage de<br />

Dieu qui lui a donné une ame : parce qu'un monde<br />

doué d'une ame eft plus excellent que celui;<br />

K' « qui;


K& P L A T O N .<br />

qui n'en a point, & que celui-ci eft l'ouvragr<br />

de la caufe la plus excellente. 11 inféroit encore<br />

qu'il eft un & qu'il n'y a pas de Mondes infinis-:<br />

parce que le modèle fur lequel il à été fait eft<br />

unique. Il croyoit qu'il eft de figure fphérique :<br />

parce que fon Auteur a une forme femblable (r)<br />

& que, comme le Monde renferme en foi tous les<br />

autres animaux, la forme fphérique renferme toutes<br />

les autres formes. Il le croit léger & fans<br />

organes à Kentour, parce qu'il n'en a pas befoin.<br />

Il croit aufli que le monde eft incorruptible, parce<br />

que Dieu ne le diflbudra pas (2); que Dieu<br />

eft la Caufe de toute la génération des chofes ,<br />

parce qu'il eft de la nature <strong>du</strong> Bon d'être Bienfaifant,<br />

& que le Ciel devant être la pro<strong>du</strong>ction<br />

de la Caufe la plus excellente (parce que ce qu'il<br />

y a de plus beau doit avoir pour caufe ce qu'il y<br />

a de meilleur parmi les Etres intelligibles, ce<br />

qui eft Dieu, & que le Ciel eft fait à la reflemblance<br />

de ce qu'il y a de meilleur, puifqu'il eft ce<br />

qu'il y a de plus beau,) il s'enfuit qu'il ne reC*<br />

femble à aucun Etre créé, mais à Dieu.<br />

Platon dit que le monde eft compofé de Feu,<br />

d'Eau, d'Air,, de Terre; de Feu, afin qu'il<br />

fût<br />

fi) Ifaac Cafaubon cite un partage cleFro<strong>du</strong>s qui prouve<br />

que cela doit s'entendte d'une airalogie entie la forme<br />

l'phe'rique Se le mouvement de la penfee.<br />

(2) Ifaac Cafaubon explique ainfice paftige Se fe fon?<br />

4e fui Pluu.


P L A T O N. ity<br />

fût vïfible; dé Terre afin qu'il fût folrde; d'Eau<br />

& d'Air, afin qu'il fût proportionné, parce que<br />

les vertus des Solides fe proportionnent à l'aide<br />

de deux milieux qui fervent à unir le tout ; enfin<br />

ces élémens réunis rendent le monde parfait & incorruptible.<br />

Selon ce Philofopbe, le Temps a été pro<strong>du</strong>it &<br />

cft une image de l'Eternité; celle-ci eft perma*<br />

nente, au-lieu que le Temps eft l'effet de la circulation<br />

<strong>du</strong> Ciel, les nuits, les jours, les mois,<br />

& autres divifions femblables étant des parties <strong>du</strong><br />

Temps; de forte que, fans cette conftitution <strong>du</strong><br />

Monde, il n'y auroit point deTems. En un mot<br />

que le Monde & le Tems. exiftent enfemble. Il<br />

croit auflî que le Soleil, la Lune & les Etoiles<br />

ont été créés pour former le Temps ; que Dieu a.<br />

allumé les rayons <strong>du</strong> Soleil pour former le nombre<br />

des heures & en donner la connoiffance aux<br />

Animaux; que la Lune eft immédiatement au.<br />

defRis de l'orbe de la Terre, le Soleil dans l'orbe<br />

ûûvant, & les Etoiles dans les orbes fitués<br />

au-deûus de ceux-là. 11 fuppofoit le Monde animé<br />

parce qu'il eft lié enfemble par un mouvement<br />

animé, & difoit que les autres Animaux ont été<br />

créés, afin que le Monde fût parfait & femblable<br />

i un Animal intelligent ; que comme le Monde<br />

renferme des Animaux, le Ciel en renferme auflî;<br />

que les Dieux font principalement de la nature<br />

<strong>du</strong> Feu, & que les autres Animaux font de trois.<br />

£ 7 gen-


tS9 P L A T O N .<br />

genres, volatiles» aquatiques, & terreftres. D<br />

penfoit que la Terre eft plus ancienne que le*<br />

Dieux qui font dans le Giel,- qu'elle a été conftruîte<br />

pour former les jours & les nuits-, &<br />

qu'étant fituée au-milieu de l'Univers elle fe meut<br />

autour <strong>du</strong> centre <strong>du</strong> monde. Il croyoit encore<br />

qu'y ayant deux fortes de caufes ,ilya des cho-<br />

Ces qui fe font avec délibération & d'autres qui<br />

fe font par des raifons de néceffité;ilmettoitdans<br />

ce nombre l'Air, le Feu, la Terre & l'Eau qui, à<br />

proprement parler. n'étoient point des élémens,<br />

mais étoient propres à le devenir, étant compofés<br />

de triangles joints dans lefquels ils fe reçoivent;<br />

il fuppofe que le principe des élémens<br />

eft le triangle oblong & le triangle ifofcele.<br />

11 établit donc les deux principe» & caufes,<br />

dont nous avons parlé, & dont il dit que Dieu<br />

& la Matière font l'exemplaire qui doit néceflâilementôtre<br />

fans forme, ainfi que par rapport aux<br />

autres chofes qui reçoivent les qualités qu'elles ont<br />

La caufe qui les pro<strong>du</strong>it agit par néceflîté : car elle<br />

pro<strong>du</strong>it les effences dont elle reçoit les idées,,<br />

& étant mife en mouvement par les effets différens<br />

dé la puiffance qui agit fur elle, elle cor^<br />

trecarre par fon. mouvement les chofes auxquelles<br />

elle l'a communiqua auparavant ces<br />

caufes fè mouvoient fans ordre, ni règle; mais<br />

lors qu'elles commencèrent à former le Monde<br />

par la vertu qu'elles reçurent de Dieu, elles ao


P L A T O N . a^i»<br />

quirent de l'ordre & de l'harmonie : car avant<br />

la création <strong>du</strong> Ciel il y avoit deux caufes, &<br />

une troifieme, fa voir la génération, mais elles<br />

n'étoient pas manifeftes; ce n'étoient que des<br />

traces, & elles n'avoient point d'ordre ; ce ne fut.<br />

que lorfque le Monde fut créé,, qu'elles furent arrangées.<br />

Platon croit que le Ciel a été fait de l'aflemblage<br />

de tous les corps, & que Dieu eft incorporel<br />

auffi bien que l'ame^ difant que c'eft-là ce<br />

qui fait qu'il eft exempt de corruption & de paP<br />

fion. Quant aux idées, comme nous avons dit „<br />

û les regardoit comme des principes & des eau*<br />

fes qui font que les chofes font par leur nature<br />

telles qu'elles font, (i)<br />

Sur le bien & le mal, il croyoit que l'homme<br />

doit fe propofer pour fin de devenir femblable à<br />

Dieu; que la vertu lui fuffit pour être heureux»,<br />

mais qu'il a befoin auffi d^utres biens, comme<br />

de force,, de fànté, de bonne difpofition de»<br />

fens, & d'autres avantages corporels, auffi bien.<br />

que de richefles, de noblefle & de gloire; que<br />

cependant quoique ces biens lui manquent, le<br />

làge n'en vit pas moins heureux. 11. croit que le<br />

fage<br />

(i) Nous avons tra<strong>du</strong>it ce morceau do mieux qu'il,<br />

aous a été poffible; nous convenons qu'il y a des endroits<br />

dont le feus eft difficile a comprendre. Un tra>ëuûeiu<br />

n'eu pas lefpoafaMe de l'obfciuité de fou oiigir<br />

xtaV


i3l P L A T O N .<br />

ftge peut fe mêler <strong>du</strong> gouvernement, qu'il doit<br />

fe marier, & obferver fidèlement les conftitutions<br />

établies, procurer à fa patrie tout le bien qu'il<br />

peut, & affermir fa constitution par de bonnes<br />

ordonnances, à moins qu'il ne prévoie que la:<br />

trop grande dépravation <strong>du</strong> public rendroit fes<br />

bons defieins inutiles.<br />

Il penfoit que les Dieux voient les actions des<br />

hommes, qu'ils veillent aux'chofes de ce Monde,<br />

& qu'ils font de purs efprits. 11 dlfoit que l'honnête<br />

n'eft point différent de ce qu'on appelle<br />

louable, raifonnable, utile, beau, & convenable<br />

: parce que tout cela fèrt à exprimer ce<br />

qui eft dicté par la Nature & la Raifon<br />

Il a traité des noms des chofes & a établi lar<br />

Science d'interroger & de répondre ; Science<br />

dont il a fait lui-même un grand ufage. On remarque<br />

dans fes Dialogues qu'il parloit de la juftice<br />

comme d'une loi établie de Dieu, afin de<br />

perfuader plus fortement aux hommes de fe con<strong>du</strong>ire<br />

avec équité, de peur qu'après leur mort<br />

ils ne fuflent punis des iniquités qu'ils auroienf<br />

commifes, pendant leur vie ; on lui donna auffi à<br />

cette occafîon le nom de fabuleux, • parce que'<br />

quoi qu'incertain de ce qui fe paffoit dans l'autre<br />

Monde * il mêloit fes écrits d'hiftoires pareilles<br />

pour intimider les hommes & les empêcher de,<br />

violer les lois. •• Voilà pour ce qui regarde<br />

fesJDograes.<br />

Se-


P L A T O N . 23ï<br />

Selon Ariftote, il diftribuoit les biens de la via<br />

en biens de l'Ame, biens <strong>du</strong> Corps, & biens<br />

qui font hors de nous. Il range au nombre des<br />

premiers la juftice, la prudence, la magnanimité,<br />

la frugalité & les- autres vertus de ce genre;<br />

dans la féconde elaffle, il place la beauté, la bonne<br />

mine, la force; & dans- la troifieme, les<br />

amis , la profpérité de la patrie & les ri«<br />

chefles.<br />

Il divife l'Amitié en trois efpeces, la Naturelle,<br />

la Sociale, & celle d'hofpitalité: l'amitié<br />

naturelle eft cette tendrefie que les Pères & les<br />

Mères ont pour leurs enfans, & ce penchant qui<br />

porte les proches & même les animaux, à s'entre<br />

aimer les uns les autres ; l'amitié fociale, qui<br />

n'eft formée par aucun lien <strong>du</strong> fang.nait d'une<br />

liaifon formée par l'habitude, ,comme celte de<br />

Pylade & d'Orefle ,• l'amitié d'hofpitalité eft un<br />

attachement qui fe contracte avec des perfonnes<br />

qu'on reçoit chez foi ou chez qui on eft reçu,<br />

foit par lettres, foit par recommendation. A ces<br />

trois fortes d'amitié quelques-uns en ajoutent<br />

une quatrième efpece, favoir celle qui naît de<br />

l'Amour.<br />

Il partage le Gouvernement civil en cinq Etats :<br />

le Démocratique, l'Ariftocratique, l'Oligarchique,<br />

le Monarchique, & le Tyrannique ; le Démocratique<br />

a lieu dans les villes où le peuple commande,'<br />

élit les Magiftrats & fait les loue; l'Ariftocr*«


234 P L A T O N .<br />

cratique eft celui où ni les" riches, ni les pauvres,<br />

ni les nobles, ni d'autres qui fe font acquis de la<br />

gloire, mais les plus gens de bien, ont l'adminiftration<br />

publique ; l'Oligarchique a lieu lorfque<br />

les riches, toujours inférieurs en nombre aux<br />

pauvres, nomment lesMagiftrats. L'Etat Monarchique<br />

eft de deux fortes : l'un eft fondé fur les<br />

loix, comme, celui de Carthage; l'autre fur la<br />

naiflance, comme ceux de Lacédémorie & de Macédoine,<br />

où les defcendans de la race des Princes<br />

fuccedent à la Royauté. On appelle un Etat<br />

Tyrannique quand un peuple reçoit la loi de<br />

quelqu'un qui s'eft emparé de l'authorité fouveraine<br />

par artifice ou par violence.<br />

Platon admettoit trois genres de juftice, l'une<br />

qui s'exerce envers les Dieux, la féconde envers<br />

les Hommes y & ht troifieme envers les Morts.<br />

Faire des fecrifices, fuivant les cérémonies établies,<br />

& révérer les chofes facrées, c*eft rendre aux<br />

Dieux, le culte qui leur eft dû- Reftituer un dé»<br />

pot au Prochain, eft un a&e de juftice à l'égard<br />

de la Société. Affilier aux obfeques des Morts,<br />

& refpefter leurs fépulchres, c'eft remplir la troifieme<br />

partie de la juftice.<br />

Il diftingue trois efpeces de Science : la première,<br />

qui a l'aftion pour objet, fe nomme fctence<br />

pratique ; l'autre qui a pour objet l'effet de<br />

l'action fe nomme efficiente j la troifieme, qui regarde<br />

la fpéculation, porte le nom de théorique.<br />

Par


P L A T O N . 235<br />

Far exemple, la fcience de bâtir une maîfon, oit<br />

de construire un vaiffeau appartient à l'attion r<br />

puifque nous voyons réfulter de ce travail un<br />

édifice ou un navire; au-contraire l'art de gouverner<br />

, l'adrefle de jouer de la flûte, de toucher<br />

<strong>du</strong> luth & d'autres inftrumens, fe réfèrent à la<br />

pratique, vu qu'après qu'en a fini il ne relie<br />

lien que l'œil puifle appercevoir & que le tout<br />

demeure dans l'aftion môme de gouverner ou de<br />

jouer de quelque inftruinent. Quant à la Géométrie<br />

, la Mufique & l'Aftrologie, elles font <strong>du</strong><br />

reflbrt de l'Entendement & purement fpéculatives,<br />

n'ayant ni aftion ni fuite d'aftion ; le Géomètre<br />

confidere le rapport que les lignes ont les<br />

unes avec les autres ; le Muficien juge de la juftefle<br />

des fons par la mefure; l'Aftrologue contemple<br />

le Ciel & les Aftres.<br />

Platon diftînguoit cinq parties dans la Médecine,<br />

la Pharmaceutique, la Chirurgique, la Diététique,<br />

la Nofognomique & la Boethétiquet on-.<br />

.appelle Pharmaceutique cette partie de la Médecine<br />

qui rétablit la fanté par l'ufagc des médicamens;<br />

Chirurgie celle qui rend la fanté par<br />

l'opération de la main ; la Diète eft un régime<br />

de vivre ; la NofQgnomique eft la connoiflance<br />

des maladies, jointe à l'art; la Boétbétique eft<br />

le foulagement prompt des douleurs par-1* vertu<br />

des Spécifiques.<br />

Dans fa divifion de la loi, il entend par loi<br />

écrl-


3^6 P L A T O N .<br />

écrite le gouvernement civil, & par loi non écrite<br />

cette répugnance, par exemple, que la Nature<br />

& la coutume infpirent -à fe préfenter nud en public<br />

, ou à y paraître vêtu en habits de femme :<br />

car lors même qu'aucune loi écrite ne défend ces<br />

actions en termes exprès, la loi naturelle les interdit<br />

tacitement.<br />

Il établit cinq genres de Difcours ou d'Oraifoir:<br />

celui dont fe fervent, dans leurs harangues, ceux<br />

qui rempliflent des charges publiques, fe nomme<br />

Politique} celui qu'emploient les Orateurs dans<br />

la démonftration, lorsqu'ils louent, ou blâment,<br />

ou accufent quelqu'un, s'appelle Rhétorique; le<br />

troifleme ufité dans les entretiens privés, eft appelle<br />

Idiotique ; le quatrième qui confifte en raifonnemens<br />

par courtes demandes & réponfes,porte<br />

le nom de Dialectique ; le cinquième qui confifte<br />

dans la converfation des gens de quelque<br />

métier, lorsqu'ils parlent de leur profeflion, eft<br />

dit Technique.<br />

Il compte trois fortes de Mufîque: la première<br />

s'exécute par la voix, qui eft le Chant ;<br />

la féconde par quelque infiniment joint à 1»<br />

voix ; la troifleme par les inftrumens fans la<br />

voix.<br />

Il envifage la noblefle fous quatre faces &<br />

reconnoit pour nobles ceux dont les ancêtres<br />

ont donné des marques de probité, de courage,<br />

& d'équité, ceux qui defcendent de race de Princes


P L A T O N . 137<br />

ces & de grands Seigneurs, ceux dont les ancêtres<br />

ont illuftré leur nom par des triomphes<br />

dans la guerre & des couronnes dans les<br />

jeux, ceux enfin qui fe diftinguent par leur grandeur<br />

d'ame, & qui ne doivent leur élévation<br />

qu'à leurs belles qualités.<br />

Il compte trois fortes de beautés : l'une eftimable<br />

comme celle <strong>du</strong> vifage; l'autre, comme<br />

une maifon meublée, qui, outre qu'elle eft belle<br />

eft de fervice;la dernière, avantageufe comme<br />

l'étude & les loix • qui tendent principalement<br />

au bien de la Société.<br />

11 diftingue trois parties dans la nature dé l'Ame,<br />

la raifonnable, la concupifcible & l'irafci.<br />

ble ; attribuant à la partie raifonnable les penfées,<br />

les deffeins, les réflexions, les confeilfi &<br />

autres actions de l'efprit ; à la partie concupifcible<br />

l'appétit des alimens, le plaifir charnel, &<br />

ce qui y a rapport; à l'irafcible la fécurité,la volupté,<br />

la douleur & la colère.<br />

Il établit quatre efpeces de vertus confommées,<br />

la Prudence, lajuftice, la Force, & la Tempe,<br />

yance : la Prudence fait qu'on agit en tout comme il<br />

faut ; lajuftice empêche que., dans la Société ci*<br />

vile, on ne viole le droit de perfonne; la<br />

Force encourage à perféverer malgré la crainte<br />

& les dangers dans ce qu'on a entrepris j la<br />

Tempérance amortit les pallions,rend invincible<br />

4


a38 P L A T O N.<br />

i la volupté & contient dans les bornes d'une vie<br />

régulière.<br />

Il comprend les différentes efpeces de Gouvernement<br />

fous ces cinq dénominations, le légitime,<br />

le naturel, celui de coutume, l'héréditaire,<br />

le violent ou le tyrannique; le Gouvernement<br />

eft légitime,' lorfque celui dont le peuple a<br />

fait choix gouverne félon les règles ; il eft naturel<br />

quand, à l'exemple de la fupériorité que la Nature<br />

a donnée aux hommes fur les femmes, on<br />

confie l'autorité aux hommes ,• le Gouvernement<br />

de coutume eft celui des Maîtres & .des Précepteurs<br />

à l'égard de leurs difciples ; le Gouvernement<br />

eft héréditaire, s'il pafle des mains d'un defcendant<br />

dans celles d'un autre, comme cela fe<br />

pratique dans la perfonne des Princes de Lacédémone<br />

& de Macédoine que la fucceflion appelle<br />

au trône, en.vertu des loix; enfin le Gouvernement<br />

tyrannique eft celui où la force l'emporte<br />

fur la raifon, & auquel on n'obéit qu'avec<br />

peine & avec contrainte.<br />

Platon compte fix efpeces de Rhétorique; il<br />

appelle Exhortation un difcours dans lequel l'Orateur<br />

invite à entreprendre une guerre ou à don-<br />

•ner <strong>du</strong> fecours contre quelque ennemi; Diû"ua«<br />

fion, lorfqu'au-Iieu de propofer l'une ou l'autre<br />

4e ces entreprifes, il fuggere le parti de la neutralité;<br />

Accufation, s'il repréfente le tort qu'on<br />

a tait d'un côté & le dommage fouffert de l'autre;<br />

Dé-


ï L A T O N. S39<br />

Défenfe, fi on pro<strong>du</strong>it des preuves qu'on 1 n'a ni<br />

violé les droits, ni offenfé la raifon ; Louange<br />

ou éloge, quand l'Orateur n'a que <strong>du</strong> bien à dire;<br />

Cenfure, lors qu'il fait voir la honte & les fuites<br />

d'une mauvaife a&ion. A ces diftinftions il ajou •<br />

te quatre obfervations fur le Difcours : premièrement,<br />

il veut qu'on confidere ce qu'on doit direj<br />

en fécond lieu, combien il faut parler; en troifleme<br />

Heu, à qui l'on parle ; & enfin quand il eft à<br />

propos de parler. Il faut dire des chofes également<br />

utiles à celui qui parle & à celui qui écoute.<br />

Il faut parler autant qu'il eft néceflaire, ni<br />

trop, ni trop peu. Il faut employer des expreffions<br />

proportionnées à l'âge de ceux avec qui on<br />

parle, ufer de ménagement avec des vieillards<br />

qui s'obftinent dans leur fentiinent, & prendre un<br />

ton plus ferme avec de jeunes gens. Enfin le<br />

tems de parler eft de ne le faire, ni avant que<br />

l'occafion s'en préfente, ni après que la raifon<br />

le vouloit. S'écarter de ces règles c'eft tomber<br />

en faute.<br />

Il compte quatre différentes manières d'obliger<br />

: par fa bourfe, par fa perfonne, par les ts«<br />

lens, ou par la parole ; on rend fervice par fa<br />

bourfe en faifant <strong>du</strong> bien à ceux qui en ont be<<br />

foin ; par fa perfonne, lorfqu'on fe protège mutuellement<br />

, & qu'on fauve quelqu'un des mains<br />

de fes ennemis ; par fes talens, en inflruifant les<br />

Ignorans, ou en contribuant par fon expérienceà


24o P L A *T O N.<br />

à la guérifon des maladies ; enfin par. la parole,<br />

lorfqu'on plaide pour un ami qui «ft mis en<br />

juftice.<br />

Il diftingue autant de différentes fortes de<br />

Fins : fin d'inftitution, comme lorsqu'on rend<br />

un édit dans l'intention qu'il aura déformais force<br />

de loi; fin naturelle, comme quand les jours<br />

finhTent & que les années expirent naturellement*<br />

fin d'art, comme quand un Edifice eft achevé ou<br />

qu'on a mis la dernière main à la conftruftion<br />

d'un vaifleau; fin de hazard, comme un événement<br />

inatten<strong>du</strong>.<br />

Il diftingue pareillement quatre efpeces de<br />

Puiflances: l'une eft la faculté que nous avons de<br />

penfer & de réfléchir; la féconde celle de pouvoir<br />

remuer notre corps, d'aller & de venir, de<br />

donner, de prendre & de faire d'autres actions<br />

femblables ; la troifieme confifte dans l'abondance<br />

d'argent & la multitude de troupes; la 'quatrième<br />

eft celle de faire le bien & de fupporter<br />

Je mal, puifque nous pouvons devenir favans<br />

malades, infirmes, être convalefcens, & ainfi <strong>du</strong><br />

refte.<br />

H remarque principalement trois marques de<br />

civilité : la première confifte à fe faluer & à fe<br />

toucher la main, lorfqu'on fe rencontre; la féconde<br />

à rendre de bons offices à ceux qui en<br />

ont befoin ; la troifieme à recevoir amicalement<br />

fcs amii.<br />

Il


P L A ? 0 N. »4I<br />

Il compté : divers dégrés de féliciter le premier<br />

eft de favoir bien fe confeiller foi-même;'<br />

Le fécond d'avoir l'ufage de tous fes fens & la<br />

fanté; le troifieme de réufilr dans fes defleins;<br />

le quatrième de furpaflèr les autres en crédit &<br />

en réputation ; le cinquième d'avoir tout ce qui<br />

eft néceûaire à la vie. Les bons confeils qu'on!<br />

fuit naiflent de la fcience-, de la capacité & de<br />

l'expérience dans l'ufage <strong>du</strong> monde. La bonne*<br />

difpofition des fens depend.de l'organifation <strong>du</strong><br />

corps; c'eft avoir la vue perçante, l'ouie fine;<br />

l'odorat fubtil, le goût fin & délicat. Les fuccès<br />

viennent de la fagefle des entreprifes & <strong>du</strong> courage<br />

avec lequel on les exécute. La bonne renommée<br />

naît de l'optoion. qu'on a de notre probité,<br />

L'abondance eft une affluence de biens dont<br />

on emploie une : partie à fes propres befoins & le<br />

re%e à ceux de fes amis. Quiconque jouit<br />

de tous ces avantages peut fe dire parfaitement<br />

heureux.<br />

I^range les. Arts fous trois Gaffes; dans la<br />

première il place ceux qui confifténr à manier le<br />

fer & les autres métaux, à.tailler & à préparer<br />

les matières ; dans la féconde les Arts qui font<br />

former des ouvrages, comme des armes & des<br />

inftrumens de Mufique, qui fe font de fer ou<br />

de bois, les unes par: l'Armurier, les autres par<br />

l'Artifan ; dans la troifieme il met les Arts qui<br />

conOflent à faire ufage de ces ouvrages, par ex*.<br />

Tome I. L em«


&** P L A T O N.<br />

emple*; les "Cavaliers fe fervent de bride?, les<br />

Soldats d'êpéés, tes MuûaëAs.d'inflrumens.<br />

Platon divifoitile bien en quatre genres : pre*<br />

Buerément, dit-il, nous appelionsnomme de bien<br />

celui qui « dç. la vertu; en fécond lieu nous<br />

donnons, le nom de bien à là veftu même & à la<br />

jefttee ; tfoifieinent nous appelions ainfi les ali-<br />

Bfcns.,_f«îercicè ou corps& les médicamens;<br />

01 -quatrième Heu j l'harmonie defe inftrumens,<br />

¥Art iPoetique -t l'Art - Comique & - autres chofes<br />

ijMSDlafilesi 11 y a d'ailleurs des ctofes que nous<br />

dëfïgnonspar lés titres de bonnes, de maûvaifes,<br />

& d'indifférentes. Nous appelions maûvaifes celles<br />

qui font toujours nuifibles comme l'intempélanceyia<br />

folie, l'irijuftice, 8c autres excès pareils.<br />

&es bonnes [ont celles qui font Utiles. Enfin oii<br />

appelle ùîdîfférentes celles qui n'apportent ni<br />

utilité Tii perte. . r<br />

II fait confiftër la bonté <strong>du</strong> Gouvernement en<br />

trois chofes : fi lés loix font bonnes, fi le peuple<br />

y 'efl Bien fournis, fi les coutumes & les<br />

maximes fùppléeht au défaut dès toix. Il y a<br />

auffi autant de fourcés <strong>du</strong> rflauvais Gouvernement<br />

:, fi les lok ne font'lutiïes, -ni aux naturel»»<br />

àa, pafys i m aux étrangers ; • û on tes transgrefle<br />

imptorléraént; s'il nty a point de toi & que la<br />

licence fait la feulé règle fcte coïxîôltè.<br />

i II dlfttague les : contraires de «rots maniérés i<br />

ifebord l'oppèfition <strong>du</strong> 'bien "au -ftal, comme l»<br />

.> > • -juf-


? h. AT 0 N. S4J<br />

juOjce& l'injuftice, la frgeffe & la folie,&.ainfi<br />

des autres. Enfuite l'oppofltion <strong>du</strong> niai au mal,<br />

comme la prodigalité & l'avarice, la févérité outrée<br />

& 1'in<strong>du</strong>jgence exceffive. Enfin celle <strong>du</strong> léger<br />

&.4u pefanti de la lenteur & de la promptitude,,<br />

<strong>du</strong> bjaoc & <strong>du</strong> noir. Ces derniers contraires ne<br />

fpnt, ni <strong>du</strong> pien au mal, ni <strong>du</strong> mal au mal ; ils.<br />

font oppofés comme des chofes neutres à d'autres<br />

chofes neutres.<br />

. Il ^compte auffi trois fortes de biens : les uns<br />

qu'on peut pofféder comme la juftice & la fanté;<br />

le$ autres auxquels on ne fait que participer, comme<br />

le bien même qu'on ne poflede pas, mais auquel<br />

on participe. La tcoifieme forte -eft de ceux<br />

qui fiibfiffcent comme .l'honnête, le bon. & le<br />

juûê;. ce font des biens; qu'on ne. peut avoir mê«<br />

me par .participation, quoiqu'ils doivent être né»<br />

ceflâirement, mais 4ont-il ûiffit qu'on acquière<br />

les qualités;<br />

Il donne trois objets à la réflexion, le pafle,<br />

le .préfent & l'avenir.. Le paffé nous- retrace les<br />

exemples des maux que chaque nation a foufferts,<br />

tels font ceux que les Lacédéinoniens fe<br />

font attirés par leur trop grande fécurité ; afin, que,<br />

feifant attention à leurs fautes, nous évitions de les<br />

commettre *& que, prenant garde à celles de leurs<br />

nefures qui ont été jufies, nous marchions fur<br />

leurs traces. Les réflexions : fur jie .préfent nous.<br />

L 2 ou-


*44- P X A T O N.<br />

ouvrent les yeux fur ce qui fe pafle devant nous;<br />

elles nous font voir les faibles remparts des hommes<br />

timides, la cherté des vivres & autres femblables<br />

avantages ou désavantages, afin de nous<br />

apprendre ce que nous devons tantôt efpérer,tantôt<br />

craindre. Les réflexions fur l'avenir nous<br />

' avertirent de ne rien hazarder témérairement;<br />

d'avoir égard à notre réputation ; & de ne pas<br />

nous livrer à des foupçons qui nous con<strong>du</strong>ifent<br />

à violer le droit des gens, par exemple, dans la<br />

perfonne des Ambaflàdeurs, ce qui terniroit notre<br />

gloire, comme il eft arrivé aux Grecs qui fe<br />

déshonorèrent par cet endroit.<br />

Platon diftingue la voix en animée qui eft<br />

celle des Animaux, & en inanimée qui eft le<br />

bruit & le fon des chofes muettes. La première<br />

eft ou articulée qui eft celle des hommes, ou non<br />

articulée qui eft le cri des bêtes.<br />

Il diftingue encore les chofes divifibles d'avec<br />

les indivifibles : celles-ci font les chofes Amples<br />

qui n'admettent point de compofitioB , .comme<br />

l'unité, le point, & le fon; les diyifibles font<br />

celles qui renferment quelque compofition, com*<br />

me tes fyllabes, les confones , les animaux,<br />

l'eau , & POT. Cette compofition eft ou de<br />

parties fimilaires, de manière que le tout ne diffère<br />

de la partie que par le nombre des parties,comr<br />

me l'eau, Por, & autres chofes femblables, eu<br />

bien


P L A T O N . *45<br />

bien cette compofftion eft de partie? difCmilaires<br />

«mime une maifon 6» autre» chofes<br />

pareilles.<br />

Enfin flaton dit qa'en tout ce qui exiffe il<br />

y a des chofes qui font par elles mêmes & -de*<br />

chofes qui ont relation à d'autres : les premières<br />

,• on les connoît (ans explication, comme<br />

l'idée d'homme, de cheval, ou de tout autre<br />

animal; les fécondes ont befoin d'interprétation<br />

pour être comprifes, comme lorfqu'on dit pfuf,<br />

grand, plus prompt, meilleur, parce que cela fe<br />

dit relativement à ce qui eft plus petit, plus lent,<br />

moins bon , & ainfl <strong>du</strong> refte.<br />

Selon Ariftote il divifoit auffi de même le»<br />

premières notions (i).<br />

Outre Platon on compte quatre autres peffoiï*<br />

nés qui ont porté ce nom : un Fhilofephe de<br />

Rhodes , difciple de Panœtius, dont Séleucus<br />

fait mention dans le premier Livre de la Piilofopbie;<br />

un fécond qui étoit Philofophe Péripatétfcien,<br />

difciple d'Ariftote; un troifieme qui étott<br />

élevé de Praxiphane, & un. Poëte de rancienne<br />

Comédie-<br />

(i ) Le terme de l'original eff un ternie îkifoiiphlque-<br />

W» fignifie les premiers fentimens- que la Na*ute nous-<br />

W Aulu-Gelle Lir. 12. Ch. 5.<br />

L 3 II»


LIVRE IV.<br />

SPEUSIPPE.<br />

Utant qn'ïl nous a été poflîble, nous<br />

avons dit de Platon tout ce que divers<br />

Auteurs ont rédigé fur la vie &<br />

l'érudition de ce grand Philofophe.<br />

Spèufippe, né d'Eurymédonte & de Potone I<br />

Myrrhina , un des bourgs <strong>du</strong> territoire d'Athènes,<br />

fuccéda â Platon, fon oncle maternel, qu'iî<br />

remplaça pendant huit ans, à compter depuis la<br />

CVIII. Olympiade, I! mit les ftatuês des Grâces<br />

dans l'Ecole que ce Philofophe avoiÉ fondée.<br />

Spèufippe juivit les dogmes de Platon , mais<br />

il n'en prit pas les mœurs : car il étoit colele<br />

& voluptueux. On dit que la colère lui"<br />

fit une fois jetter un petit chien dans un puits,<br />

& que la volupté le fit aller en Macédoine, exprès<br />

pot» affilier aux noces de Caffandre. Lafthénie<br />

de


S. Pi & U S I F F £. 9M<br />

de Mantinée. & Axiothëe de Phlias pafleiic<br />

pour avoir étudié fous ce Philofophe ; derlà<br />

vient queDenys lui dit dans une lettre'fatyrîque :<br />

Nous Clivons, apprendre,la PhHofafJjie d'une femme<br />

4'J4rcudié qui ejl votre etoUere ;• Platon enfeignoît<br />

gratuitement, mais vous, vous rendez vos difciplef<br />

tributaires; vous recevez'également & de ceux qui<br />

•vous donnent de bon gré & de ceux qui veut paient<br />

••&• contre cèuf.' - • •• '<br />

Ùiodoie, dans le premier Lirait de fes wra«î«<br />

tairesi dit: Speufippe fut lie premier qulejcaminji<br />

-ce : que les: fciences ont de commun, les unes<br />

^avec les autres; Il les réunit fit en fit une eit><br />

'chainttre, <strong>du</strong>^mbins autant qu'il eft poffible. : C


A4* S P E U S I P P E.<br />

donner la mort; ce qui eft le fujet de FEpigramme<br />

que j'ai faite pour lui.<br />

Si je n'aruois appris que Speufippe eft mort de<br />

tette manière, je ne croirois pas qu'un parent de<br />

Platon pût mourir ainji : car ce • Pbilofopbe n'eut<br />

pas atten<strong>du</strong> à mourir qu'il eut per<strong>du</strong> tout efpoir;<br />

il feroit mort pour un beaucoup moindre fujet.<br />

. Plutarque, dans la vie deLyfandre &de Sylja,<br />

dit qu'il mourut de la vermine qui fortoit de<br />

fon corps; & Timothée, dans fes vies des Pbilofopbes,<br />

dit qu'il étoit d'une complexion délicate.<br />

On raconte qu'un homme riche ayant pris de<br />

l'amour pour une perfonne laide, Speufippe lui<br />

'dit: qu'avez-vous befoin de vous arrêter à cette<br />

femme ? je vous en trouverai une plus belle pour<br />

éix talent:<br />

«Il a laiffé beaucoup de Commentaires & plusieurs<br />

Dialogues, parmi Iefquels fe trouve celui<br />

qui eft intitulé Ariftippe. Il y en a un fur l'Opolente,<br />

un fur la Volupté*, un fur la Jvfiice, un<br />

fur la Pbilofopbiè, un fur l'Amitié, un fur les<br />

Vieux, un; intitulé le Pbilofopbe, un adreffé à<br />

Cipbale,- un intitulé Cépbale, tin qui porte le<br />

nom de Çlinomaque ou. de Lyfîas, un intitulé le<br />

Citoye»i Un fur l'Ame,, un adtefFé à Gulaus, un<br />

qui a pour titré Ariftippe, un intitulé Argument<br />

fur les Arts ; des Dialogues en forme de<br />

Commentaires, dont un s'appelle ArtifaMi dix<br />

••'-•• . i au-


s P E t r s•• r P P E . « 4 7<br />

autres font fur la manière de traiter les Cbofex<br />

femblables; des divifions & des argumens fur les<br />

chofes femblables;. un Dialogue fur les exemplaires<br />

des Genres & des Efpeces (i), un à Amartyrus<br />

[ar l'éloge de >Platon; des lettres à Dion, à Denys,<br />

& à Philippe; un Dialogue fur VétabliJTetnint<br />

des Loix; le Mathématicien, le Mandrobule,<br />

le Lyfias; des définitions, fuites de Commentaires,<br />

faifant enfemble quarante-trois mille quatre-cent<br />

feptante-cinq verfets.<br />

Ceft à lui que Simonide adrefle fes hiftoires<br />

des faits de Dion & de Bion. Phavorin, dans le<br />

deuxième Livre de fes Commentaires, dit qu'Ariftote<br />

acheta les Oeuvres de ce Pbilofophe pour<br />

trois talens.<br />

Jl y a eiv auffi un- autre Speufippe d'Alexandrie<br />

qui étoit Médecin & difciple d'Hérophile.<br />

(ï) Je P reB , s ici le mot de genre pour nn termed'Ar»;<br />

voyez le Thréfot d'Etienne. Ceux tjui le prennent dans<br />

nn fens mo'r*l 8c qui tia<strong>du</strong>ifent Dirtcgiit fur les gtnrei ir<br />

Us tffccei d'ixemgUt oc donnent point de taifon de leur<br />

ttadwftion»<br />

L $ XENO-


«S» .X î V O C R A TE.<br />

XENOCRA TE.<br />

XEnocrate-, fils d'Agathéf», thémr, ëtoit |e'Cfi8Îeê- |e<br />

dôine. Il fréquenta l'Role de Platon dfe<br />

fa jeunefle & le fuivit en Sicile. Il avait -&<br />

conception fi lente que Platoh dHbît «i*e £dB*parant<br />

avec Ariltote -que l'un «voit feeibin d'éperon<br />

& l'autre de frein. Comment, difoît il ened«s><br />

ttteler un Ane fi lourd avec un'Clievaï ti j»biSpt><br />

Xénocrate avoit l'air févere & rëténttj ceVq*fi<br />

donna occafion à Platon de lui dire qu'il ; devôlt<br />

prier les Grâces de le rendre plus agréable» B<br />

vécut la plupart <strong>du</strong> tems dans l'Aeadëûlîè ; Se<br />

on dit que, lorsque quelque raifon l'oblîgeoit<br />

d'aller à la ville, les gens tûrbulens & âébktf^iié><br />

s'écartoient de fon chemin pour le kftfer ipéflerv<br />

Phrynée, fameufe débauchée, l'accofta unj.o$t,;«ïfton,<br />

fous prétexte qu'elle étoit pourfuivn&ijpajr,;<br />

des Libertins; par bonté il la fit entrer chez lôi^l<br />

& n'y ayant qu'un lit elle le pria de lui en céder<br />

la moitié, ce qu'il fit ; enfin après qu'elle l'ieut<br />

tenté inutilement, elle fe retira en difant qu'eHe^J<br />

ne fortoit pas d'auprès d'un homme, mais d'ofteftatue.<br />

,On dit auiïï que les difciples de Xénocrate<br />

ayant con<strong>du</strong>it Laïs auprès de lui, il aima<br />

'' mieux


:•;?:•<br />

> '


X È & O C X A T'K ?3çT<br />

flriemc en<strong>du</strong>rer des bleflures que de manquer decontinence.<br />

• <<br />

Il avoit ! la féputatto» -de pofieder tant de<br />

tonne foi que, quoique perfonnô ;à Athènes<br />

ne fftt admis à rendre témoignage, fans je<br />

confirmer par ferment, on le difpen& de


as* X JE N O C R A T E.<br />

nés les autres fe plaignirent que^ténocrate ne<br />

les avoit point aidés & on étoit prêt de le cendamner<br />

« une amande;; mais lorfqu'on eut appris<br />

& qu'il eut fait voir la néceffité de redoubler de vigilance<br />

pour la République, en difant que fes Collègues<br />

avoient^été gagnés, mais que Philippe<br />

n'avoit pu le tenter, cela Je fit eftimer davantage,<br />

& Philippe même dit A fa louange qu'il étoit<br />

le feul de" ceux qu'on lui avoit envoyés que fes<br />

préfens n!avoient pu corrompre. Pendant fa Négociation<br />

avec Antipater pour la reftitution des<br />

-Soldats qui avoient été prjs dans la Guerre Lamiaque,<br />

il fut;invité chez hii, mais il lui fit cette<br />

icponfe en vers tirés d'Hpmere.<br />

O Circé ,/erois-je fage de boire ç^ de mangtr<br />

.fvec.-plaifyr >tant que mes Compagnons ne font pas m<br />

iiberti? , Cette manière d'agir plut tant a Antipater<br />

qu'il élargit les prifonniers.<br />

., UnMoinpau, pourfuivi, par, ù,n Ej>revier, vint<br />

fe réfugier dans le fein <strong>du</strong> Philofophe ; il lui<br />

fafiva la vie, en difant qu'il ne falloit pas traiir<br />

un fuppliant. Bion l'ayant offenfé de parole,<br />

il lui dit; je ne vous,répondrai pas non plus que<br />

la Tragédie ne juge la Comédie digne de réponfe,<br />

lorfqu'elle en eft attaquée, Un homme<br />

qui nefavoit ni Géométrie, ni Mufique, ni<br />

Aftronomie, ayant fouhaité de fe rendre fon difeiple,<br />

il le refufà, en lui difant qu'il n'avoit<br />

pas les anfes qui fervent à prend» e la Philofopbit,


X E K 6 C R A T E. 353<br />

pbie; d'autres difent qu'il lui répondit, On ne<br />

carde pas de la laine chez moi. Denys dtfant<br />

à Platon que quelqu'un pourroit lui faire<br />

couper la tête; avant cela, dit Xénocrate qui<br />

étoit préfent, il faudra que quelqu'un fafle couper<br />

la mienne. On dit Suffi qu'Antipater'étant<br />

venu à Athènes & l'ayant falué, il ne voulut pas<br />

lui répondre avant d'avoir achevé le difcouts<br />

qu'il avoit commencé. Il étoit exempt de gloire;<br />

il méditoit plufieurs fois le jour ; & donnoit tous<br />

les Jours une heure au filence.<br />

Il a laiffé pluGeurs ouvrages & des poéfïes,<br />

avec des difcours d'exhortation : en voici le catalogue.<br />

Six livres • de la Nature, fix livres de la<br />

S*geJJt> un de la Ricbeffe, un intitulé Arcas,<br />

un de l'Indéfini, un de l'Enfance, un de la Continence<br />

, un de l'Utile, un de la Liberté ^ un de<br />

h Mort y un de la Volonté, un de 1''Amitié, un dye<br />

l'Equité, deux des Contraires, deux de la Félicjté,<br />

un de h Manière d'écrire, un-de h Mémoire,<br />

un <strong>du</strong> Menfonge, un intitulé Calliclês, deux dp<br />

la PruSente, un de l'Oeconomie, un de la Frugalité<br />

, un <strong>du</strong> Pouvoir de la lai, un de la République,<br />

un de la Sainteté, un où ; il prouve<br />

qu'on peut enfeigner la vertu, un de l'Exi]ïene$.,<br />

un <strong>du</strong> Dejiin, un des Pajfions, un des Fies., un<br />

de la Concorde', un de la Difeipline, un de la<br />

Jujiice, deux de la Ver tu, un des Efpeces, deux<br />

de la Volupté Ç un de la Vie, un de la Force,<br />

L 7 ua


s» ••$ é «r o c R A t é.<br />

mn de la Sbience, un de la PoKiique, un des<br />

Sommes favans, un de la Pbilofopbie,'. un ée<br />

-Parménide, un d'irfrciWian»* ou dé là JuJHce, un<br />

-<strong>du</strong> Sïe», huit de ce qui regarde la penfée, on-<br />

•«e de queflions fur le Difcours, fix touchant fa<br />

Woyfiquc, un intitulé t&apitré, un des Genres &<br />

«des Éfpeces, un des Dogmes de Pytbagore, deux<br />

'ée Solutions, huit de Divijîons, '_ trente-troîs de<br />

XFbefes," quatorze de la Science de dïfcuter, après<br />

•ceîft quinze mitres livres & eritore ftize autres<br />

(i), neuf fur les queJHons de la Logique, fix fur<br />

Jer Préceptes, deux fur la penfée, cinq fur les<br />

Géomètres, un de Commentaires, un des Contrattés,<br />

un des Nombres, iinâs \a.TbéDriedesNom*<br />

•.ires, un des 'Intervnkes, fix de VAJirologie, EUmensfur<br />

la Royauté aireffés à Alexandre, un au;<br />

tre adreffé à Jrybas', '& un autre à Hépbeftionx<br />

èettx. fur la Géométrie. • Trois cens quarante cinq,<br />

vers.<br />

Cependant, quelque grand que fût Xénocrater<br />

-les Athéniens le vendirent : parce qu'il jie pou-<br />

Toit payer le tribut împofé aux Étrangers. Démëtrius<br />

: de PhalereTacheta,' paya'le tribut qu'il de-<br />

'vo'itj,'& lui'rendit la liberté; c'eft ce* que nous<br />

tâpprend Myrbriia'n d'Atnaftris dans Tes (jhapitresêesHifioires<br />

femllabks - au JLivre-premier./<br />

Xéno*<br />

-M Aïpwmment ûit.ije.i»i€ine &itt,;MU^i?eft j^t»<br />

'Wnt pas diûiugue* '- " •'--••<br />

r -


X È N : 6 « ft À * E. tjj<br />

Xénùcrata» tint pendant vingt cinq ans J'école<br />

que Speufippe lui ayoit remife. Il y donna fes<br />

premières leçons fous Lyflmadiïde, îa féc^ni'e<br />

•année de là CX. Olympiade. Il étbit âge'de qaatrevingt<br />

deux ans lorfqu'ïl mourut, la nuit, d'utfe<br />

"blefllire qu'il fe donna contre 'on Ibaffflfv Je'rùi<br />

"ai fait cette Epitaphe. '-'<br />

Xénocrtiieje bleffe à la^tétt centre un ïrijfîà; '«to<br />

feul cri fût iàute 'la plaiittre de cet iitmme qùîfe<br />

confacra tout entier uux autres. ", ' ' ' '<br />

H y a eu flx autres : 3tétaocrates. Le premier<br />

'qui a écrit de l'Art militaire, efl: fort ancien &<br />

; fut parent & concitoyen- de "notre "Prrîldfof/he;<br />

11 écrivit aufli un Difcouts ïntitutë Ârfinoêtiqut,.<br />

?trr la mort d'Arfmoë. Le qu'atriéûié (i) étoft ,<br />

'%ilofophe & fit des Eléfcies qui furent -peu Routées<br />

; ce qui eït naturel': 'car les-poètes-peuvent<br />

tien rëuflir à écrire en proit, - mais les ëcrfvtfffls;<br />

•en pïofe ne réufliffent pas fi bien à écrire en vé#„<br />

jpàrce'que "ta foéfie eft un don de' la nature, &&•<br />

"Heu 'que l'autre genre d'écrire e% 'un- effet de<br />

T'Ait.' Le cinquième -fui Statuaire. ;L'e -fixiéme a:<br />

'•ébitt àés 'Qiles, comme ïe fàpportfe Àriftoxènë;<br />

.''i. ." - I . •!..(•. .i>;.: i , •. • _.:;{ - '-,<br />

• ffi) -TMtéiiiiè^ corrigé îct 1«'tttofs fiMt'Httu'^mt^/iimi,.<br />

tinquiemitn.qKttrien» tifixime «neinqtthvu, ne comptant<br />

que cinq Xenocutes, JsougewUe corrige autrement.<br />

PO-


âS6 P O L E M O N,-<br />

P OLE MON.<br />

POlémoh étoit fils de Philoftrate & Athénien,<br />

natif <strong>du</strong> bourg d'Oia. Il étoit fi débauché,<br />

dans fa jeunefTe, qu'il portoit toujours de l'argent<br />

fur lui, pour, pouvoir latisfaire fes paillons, à toutes<br />

les occafions qui s'en préfentoient,- il en cachoit<br />

môme, dans les carrefours & jufques dans<br />

l'Académie On en trouva qu'il avoit caché pour<br />

cet ufage près d'une colonne.<br />

Un jour qu'il étoit ivre il fe mit une couronne<br />

fur la tête & entra ainfi avec fes compagnons<br />

dans l'école de Xénocrate; mais ce Fhilofophe<br />

n'en fut point déconcerté, & cela ne fit que l'animer<br />

i pourfuivre fon difcours qui rouloit fur<br />

la tempérance, & qui fut d'une telle efficace que<br />

Polémon, rentrant en lui-même, renonça à. fes<br />

vices, furpaûa fes compagnons d'étude, & fuccéda<br />

à fon Maître , la CXVJI. Olympiade.<br />

Antigone deCaryfte dit, dans fes Fies, que fon<br />

.Père étoit le principal habitant <strong>du</strong> lieu de là naif-<br />

•fance, & qu'il entretenoit des attelages de chevaux.<br />

On dit auffi qu'il fut accufê par fa femme<br />

en juftice , comme corrupteur - de la JeunefTe.<br />

Il devint fi attentif à lui-même, dès qu'il eut commencé<br />

à enfeigner la Philofophte, qu'il avoit<br />

toujours le même extérieur & la même voix; cela<br />

le rendit fort ami de Crantof. On dit même<br />

qu'un chien enragé l'ayant mor<strong>du</strong> à la jambe, on<br />

ne


P O L E M O N. 2J7<br />

ne l'en vit pas feulement "pâlir, & qu'un trouble<br />

s'étant excite dans la ville après avoir demandé<br />

ce que c'étoit, il ne bougea pas de fa place. Rien<br />

ne pouvoit auflî l'émouvoir au Théâtre, & Nicoftrate,<br />

qu'on furnommoit Clitemneftre, lifant<br />

un jour quelque chofe d'un Poète devant lui &'<br />

Cratès, celui-ci en fut attendri, mais Polémon<br />

demeura comme s'il n'avoit rien enten<strong>du</strong>. Il<br />

étoit auflî tout à fait tel que dit Mélanthius, le<br />

Peintre, dans fon Traité de la Peinture. 11 veut<br />

que, comme il faut répandre quelque ebofe de<br />

hardi & de ferme dans les ouvrages de l'Art, la<br />

même chofe ait lieu pour les mœurs. Poléman<br />

difoit qu'il faut s'exercer à, faire des actions bonfies<br />

; & non pas fe borner aux fpéculations de la<br />

Dialectique, qu'on fe mette dans l'efpxit comme<br />

un fimple Syfteme artificiel, de forte<br />

qu'en fe faifant admirer dans la diipute , on<br />

fe combatte foi-même tjuant à la difpofition'<br />

dont on parle. Il étoit honnête, &<br />

avoit les fentimens nobles, évitant les. défauts<br />

qu'Ariftophane blâme) dans Euripide & qu'il appelle<br />

des apprêts & des finefles recherchées,<br />

qu'on pe\it comparer félon moi aux rafinemen?<br />

des gens débauchés. On dit même que Polémon<br />

n'étoit pas Seulement afEs lorfqu'il répondoit<br />

aux queftions qu^on lui propofoit;<br />

mais qu'il faifoit fes raifonnemens en fe promenant.<br />

Il étoit fort eftimé à Athènes , à<br />

caufe


?5S P O L E M O N.<br />

caufe de fon amour* pour la probité. II fe<br />

proneaoit le plus Couvent hors <strong>du</strong> chemin<br />

fréquenté, paflânt fon temps- dans un jardin,<br />

auprès <strong>du</strong>quel fes difciples s'étoient frit<br />

de petits logemens, où ils habitoient près de<br />

fon école.<br />

Il paroit avoir imité XénoCrate; & Ariftippe,<br />

dans fon quatrième Livre des Délices des anciens,<br />

dit qu'il eut pour lui une amitié particulière. Il<br />

parloit fouvent de lui, vantbit fa pureté de<br />

mœurs & fa fermeté, & l'imitoit comme dans la<br />

' Mufique on préfère le mode Dorique aux autres.<br />

11 eftiinoit auflî beaucoup les ouvrages de Sophocle,<br />

fur-tout ces endroits'viofens où, pour parler<br />

avec un Poète comfque, il femHë r qu'il ait eu<br />

-an chien Molofle pour aide dans fes Poéfies.<br />

Il n'admiroit pas moins le" ftyîe de ce Poète,<br />

>&uis^es autres endroits ou, Telon Phrynicus,. il<br />

-n'eft ni ampoule,»m" confus, & coule naturellement-À<br />

avec grâce ; auffi difort-il qu'Homère<br />

•étbit^uri Sophocle Epiqtre, ft Sophocle un Hélaere<br />

Tragique.<br />

• Il'mourut d'ethnie dans un âge avancé, & lait<br />

Ta un aflez grand norribre' d'Ouvragés. Je lui ai<br />

fait cette Epitaphc.<br />

Paffhnt, ici repofe Polémùh, cènjvjni d'étbifai<br />

•M plutôt -ce rieft pas proprement lui, puifque et<br />

m'ejl que fon corps que la corruption a rorigé. Pou<br />

iui il eji-<strong>mont</strong>é au diffus des Afires.<br />

-CR.A-


C E A T> K & #59<br />

C R >-A ! T B S.<br />

CRatés, fils d'Antigène, naquit à Thria, bourg<br />

. d'Athènes! ' il fut difciple de Polémon qui<br />

£aima beaucoup & il lui fijccéda dans: fou école.<br />

Ils étoient fî attachés l'un à l'autre que, non<br />

feulement ils eurent ies mêmes études pendant<br />

leur vie, & fe formèrent l'un fur l'autre, mais<br />

qu'ils forent auffi> enfevelis dans le même<br />

tombeau; ; de-là vient qn'Antagore a fait leur<br />

éloge dans une Epitaphe commune à > tous les<br />

;deùlr.<br />

' Jti repèfent Polémn £# Cratis qui furent unis<br />

•dt fsntimens pendant leur vie; Paffant, p«W{*<br />

4tur éloquence, & ractrtti qu'alliant avec *tfe<br />

l'auftérité des moeurs, ils furent 4'ornement d» Itur<br />

'finie. • •• ' •-; y'^ ••<br />

• On * auffi qu'Arcéfflaï, après avoir paflë fc<br />

'Ncole 4e Théophrafte à kï leur;, dit ^u.'ife<br />

étoient des Dieux Ou des reftes de l'âge d'or.<br />

• En effet ils n'avoient point, l'ame avide des faveurs<br />

<strong>du</strong> peuplé ; mais on pouvoit leur appliquer<br />

-ïe que difoit Dyonlibdore, le joiieur dé flûte»<br />

•qui fe glorifioit de n'avoir jamais, ni à bord dd><br />

:<br />

galères, ni le long des ruiffeaux, enten<strong>du</strong> rien<br />

de fi mélodieux for cet infiniment que le jeu d*û-<br />

• ménias. Antigone dit que Cratès mangeoit ordi-<br />

-nairement chez Crantor ; & quorqu'Arcéfflas s'y<br />

trouvât, la jaloufie ne caufeit aucun refroidlflc-<br />

- ' ; ment


%60 C A R T E S .<br />

ment entre les deux amis. Arcéfflas demeuroït<br />

avec Crantor & Polémon avec Cratès & Lyflclès,<br />

citoyen d'Athènes ; , & comme il y avoit une<br />

grande amitié entre Polémon & Cratès,'il y<br />

•en avoit une pareille entre Ajrcéfilas &<br />

Crantor.<br />

Selon Apollodore, dans fes Chroniques, Livre<br />

III, Cratès larfla en mourant des ouvrages Philo.<br />

fophiques & Comiques, outre des harangues<br />

dont il prononça les unes devant le peuple, les<br />

autres étaient des diicaurs d'Ambafiade. '<br />

H a formé des difciples de grande réputation;<br />

entre autres Arcéfitas, dont nous parlerons dans<br />

la fuite, BionleBoryfthénite; & Théodore, chef<br />

de la Sefte qui porta fon nom. Nous parlerons<br />

•de tous les deux après Arcéfilas,. j<br />

Il y a eu dix perfonnes qui ont porté le non<br />

de Cratès ; le premier étoit tin Poète de l'ancienne<br />

Comédie; le fécond T Orateur, natif deTraU<br />

.les & difciple d'Ifocrate; le troifieme étoit un<br />

jdes Pionniers d'Alexandre; le quatrième fut<br />

.Philofophe Cynique, nous parlerons de lui; le<br />

.cinquième. fut Philofophe Péripatéticien ; &<br />

Je fixiemé ;dopt . nous venons de parler Académicien<br />

i. 1er i feptieme étoit natif de MaUo's<br />

-& Grarnmaifien ; le huitième ,a. écrit fur la Géométrie<br />

; le neuvième fut Poète & a fait des Epi-<br />

• grammes ; le dixième étoit de Tarfe & fut Philofophe<br />

Académicien.<br />

CRAN-


C R AN T O B. a


JM& C HA N T O R..<br />

dé où il vouloit être enterré, il lui répondit.<br />

Jl convient d'itre mis dans le feki de h terre notre<br />

amie XX)<br />

On dit auffi qu'il a compofé des ouvrages poétiques<br />

& qu'il les mit cachetés dans le Temple<br />

de Minerve, dans fa patrie. Le Poëte Thé«tete<br />

i. fait fon éloge en ces termes.<br />

Agréable aux Dieux éf plus agridble encore<br />

aux Mufes, Crantor mourut avant fa vieilleffe;<br />

Toi, Terre, reçois le dépôt Jacre de fon corps £? U<br />

conferve en paix dans ton fein.<br />

Crantor admiroit Homère & Euripide plus que<br />

tous les autres Poëtes, & difoit qu'il eft fort difficile<br />

d'écrire dans le genre propre & d'exciter en<br />

même tems la terreur & la pitié, citant là-deflu*<br />

ce vers de la Tragédie dé Bellérophon.<br />

O Malheur ! Quel malheur! Que de maux doivent<br />

fouffrir les mortels!<br />

Antagoras rapporte auffi ces vers d'un Poëte<br />

fur l'Amour, comme s'ils àvoient été faits par<br />

Crantor.<br />

Mon efprif incertain ne fait que décider, Amour<br />

dis mo'i quelle! ejl ton origine?' Es-tu le premier de<br />

ces Dieux qùeml'ancien Erejte g? la majefiueufe<br />

Nuit engendrèrent fous les flots de l'Océan? T'a}fellerai-je<br />

le fils de Vénus, de l'Air ou delaTerret<br />

, (0 Vers d'Euripide, U. Cafauboh.


C R A N T 0 R. . â6*<br />

Tu apportes aux hommes des biens £P des mauxi<br />

la Nature fa donné une daublç forme.<br />

Ce Philofophe avait «n génie propre ! à inventer<br />

des termes. Il difoit que la voix des A&eurs<br />

tragiques n'étoit point rabotée & fentoit l'écorce;<br />

que les vers d'un certain Poète étoient plans<br />

d^étoupes; & que les qeçftkms de Théophrafl*<br />

Soient écrites fur des écailles d'huitrë. Oh fait<br />

cas d'un ouvrage qull a écrit for le dèuîl. H<br />

ifloutta d^ydropïSe, avant PèWfton & Cratèsj<br />

VDici r£piiaphe que je lui aï farte.<br />

Crantor tu meurs <strong>du</strong> plus trifie des maux, £? tu<br />

de/cens dms les gouffres de Phtton. Tnte repofesbew<br />

feufement dans ce/éjourj mais tu 'laiffes ton Ecols<br />

>HtAie,auffi bien-que ta patrie.<br />

AR


a«4 A R C E S . I L A S.<br />

A R C E S I L A S.<br />

A Rcéfilas, fils de Seuthus, félon Apollodore,<br />

dans fes Chroniques Livre III, naquit à Pitane<br />

ville de l'Eolie. Ce Philofophe fonda la<br />

moyenne Académie & admit le principe <strong>du</strong> doute<br />

à caufe des contradictions qui fe rencontrent<br />

dans les opinions. Il fut le premier qui difputa<br />

fur les mêmes chofes pour & contre, & qui<br />

établit dans les Ecoles la manière de raifonner<br />

par demandes & par réponfes, que Platon avoit<br />

intro<strong>du</strong>it, mais que perfonne n'avoit encore mis<br />

en vogue.<br />

Voici comment il s'attacha à Crantor : ils<br />

étoient quatre frères dont ilétoit le plus jeune,<br />

deux étoient frères de père & deux frères de<br />

mère, l'alné de ceux-ci s'appelloit Pylade, &<br />

l'aîné des deux autres s'appelloit Mœréas, qui<br />

étoit le tuteur de notre Philofophe; Arcéfilas<br />

fut donc d'abord auditeur d'Antiloque, Mathématicien<br />

& fon concitoyen, avant que de venir à<br />

Athènes, il fut avec lui à Sardes, enfuite il<br />

devint difciple de Xanthus, Muficien d'Athènes,<br />

puis de Théophrafte, après quoi il devint<br />

celui de Crantor, contre le gré de fon frère Mœtéas<br />

qui lui confeilloit de s'appliquer à la Rhé-<br />

.'• • \ to-


A R C E S I L A S. *6S<br />

torique , mais il avoit déjà pris le goût de<br />

la Philofophie. Crantor qui prit pour lui un attachement<br />

particulier, lui ayant à cette occafioa<br />

récité ce vers de l'Andromède d'Euripide.<br />

Fille, fi je vous fauve quelle récompenfe en au»<br />

rai-jt ?<br />

Arcéfilas répondit en lui citant le vers<br />

ûiivant.<br />

Fout me prendrez pourfervante, ou ,fi vous l'ai'<br />

ntz mieux, pour vous tenir compagnie.<br />

Depuis ce tems-la ils vécurent dans une amitié<br />

fort étroite ; & on dit que Théophrafte fut<br />

fenfible à la perte qu'il avoit faite de ce difciple ,<br />

& qu'il le témoigna en difont: Quel jeune homme<br />

îUin d'efprit & de fnvoir a quitté mon Ecole ! En<br />

effet, Arcéfilas s'énonçoit avec gravité & compofoit<br />

avec goût. 11 avoit auffi de la difpofition<br />

pourlaPoëfie, & il lit des Epigrammes furAttale:<br />

sn voici une.<br />

On ne loue pas feulement Pergame pour fes faits<br />

Urdtques, on la met auffi. fouvent pour la bonté des<br />

cbtvaux au-deffus de Pife la fainte ; mais fi un<br />

nortel peut pénétrer dans l'avenir, je prévois que<br />

ft réputation s'accroîtra davantage encore.<br />

Il fit pareillement ces vers fur Ménodore fils<br />

d'Eudame, qui aimoit un de fes condifciples.<br />

• Quoique la Pbrygie foit loin d'ici auffi bien<br />

pe Tbyatire la fainte, ta patrie, 0Ménodore!<br />

toit la mort a depuis long-tems, fécbé le coda'<br />

Tome I. M vrt


i66 A R C E S I L À $.<br />


* I 'Ç H I L A S. t6j<br />

•éda dans fon école, avec l'agrément d'un nom*<br />

iné Socratide, qui s'en défifta en fa faveur. On<br />

prétend qu'il n'a rien écrit à caufe <strong>du</strong> prineip»<br />

de douter dans lequel il étoit; d'autres difent<br />

Qu'il fut trouvé rectifiant quelque cbofe que<br />

les uns croient qu'il publia, d'autres qu'il fupprima.<br />

Jl avoit beaucoup de refpect pour Platon dont<br />

il lifoit fouvent les livres avec plaifir. Il y a des<br />

Auteurs qui lui attribuent d'avoir imité Pyrrhon.<br />

1} entendoit la Logique & connoiffoit les opinions<br />

des Philofopb.es Erétréens ; ce qui fit dire à<br />

Arifton qu'il reffembloit à Platon par devant, à<br />

Pyrrhon par derrière, {3* à Diodore par le milieu.<br />

Timon a dit de lui quelque chofe de pareil, l'appellant<br />

un Minèdeme à poitrine de plomb, un Pyrrbon<br />

tout couvert de chair, ou unDiodore; & peu<br />

après il lui fait dire, j'irai en nageant vers Pyrrhon<br />

ou vers le tortueux Diodore.<br />

Il étoit fort fententieux & ferré dans fes difcours<br />

» & coupoit fes mots en parlant, étant d'ailleurs<br />

fatyrique & hardi; ce qui donna occafioa<br />

à Timon de le reprendre en ces termes.' n'oublie<br />

point qu'étant jtune tu méritois de recevoir les cen-<br />

Jures que tu fais. Un jeune homme parlant de-,<br />

Tant lui avec plus d'effronterie qu'il ne lui copvenoit,<br />

n'y a-t-il ici personne, dit Arcéfilas, qui réfrime<br />

jSt Imgut par la punition qu'il mérite? Un<br />

M a autre


468 À R C È S I L A S .<br />

autre qui s'abandonnoit à des plaiiîrs défen<strong>du</strong>»<br />

lui ayant demandé pour s'excufer s'il croyoit que,<br />

parmi ceux qu'on pouvoit prendre, l'un fut plus<br />

grand que l'autre, il lui répondit qu'oui, tout<br />

comme une mefure eft plus grande que l'autre<br />

(i). Un nommé Emon de Chio qui avoit coutume<br />

de fe parer & qui fe croyoit beau malgré<br />

fa laideur, lui ayant demandé s'il penfoit<br />

qu'on ne pourfoit pas plaire à quelque Sage:<br />

pourquoi non > repartit-il, quand même on feroit<br />

moins beau & moins omé que vous n'êtes ?<br />

Un débauché offenfé de fa gravité lui ayant dit :<br />

vénérable perfonnage, eft-il permis de vous demander<br />

quelque chofe ou faut-il fe taire ? il lui<br />

répondit, Femme, qu'as-tu de dé/agréable £j> d'étrange<br />

à m'apprendre. Il fit taire un homme qui partait<br />

beaucoup & difoit de mauvaifes chofes en lui<br />

difant que les enfans des efclaves ne favoient que<br />

tenir des difcoùrs obfcenes. Il dit auffi à un au.<br />

tre qui faifoit la même chofe, vous me paroiffez<br />

avoir fuccé le lait d'une bonne nourrice.<br />

A d'autres il ne répondoit quelquefois rien.<br />

Un ufurier qui cherchoit i s'inftruire lui ayant<br />

dit : il y a une chofe que j'ignore-; il lui répondit,<br />

l'oifeau ne fait pas les trous par où pafTe le<br />

-••.......... • vcnt<br />

{») Cela pounoit tac aa<strong>du</strong>it plut litt^alaotM, ,


A R C E S I L A S . 260<br />

^ent à moins qu'il ne foit avec fa nichée (1);<br />

ces-paroles font prifes de l'Oenomaûs de Sophocle.<br />

Un Dialecticien, difciple d'AIexinus, avoit<br />

voulu rapporter un trait de fon Maître,' mais<br />

comme il ne pouvoit en venir à bout, Arcéfilas<br />

lui dit que Fhiloxene, ayant enten<strong>du</strong> des faifeurs<br />

de brique réciter fes vers à rebours, foula leurs<br />

briques aux pieds & dit que puisqu'ils corrompoient<br />

fon ouvrage, il étoit jufte qu'il détruifît<br />

Je leur. Il blâmoit ceux qui négligeoient l'étude<br />

des fçiences, dans l'âge où ils y font propres. Il<br />

avoit coutume d'inférer dans fes difcours ces<br />

mots, je le penfe, ou, un tel ne qonfentira pas<br />

à cela, en nommant en même tems fon nom ; la<br />

plupart de fes difciples l'imitoient, non-feulement<br />

à cet égard , majs ils s'efforçoient encore de<br />

parler à fa manière & d'employer, les mêmes,<br />

tours d'exprçffion. que lui. Il inventoit avec<br />

fuccès, prévenoit les • objections qu'on pouvoit<br />

lui faire & ramenoit fes raifons au principal point<br />

<strong>du</strong> difcours. Il favoit s'accommoder aux circon?<br />

'fiances & perfuadoit ce qu'il vouloit. Malgré la<br />

févérité avec laquelle il reprenoit fes difciples,<br />

fon école étoit nombreuse parce qu'on fupportoif<br />

volontiers fon humeur pour profiter de fes préceptes<br />

; car c'était un homme de fort bon caractère,<br />

(t) Il y a ici un jeu de mots qui eonfifte en ce que la<br />

mot qui lignifie ici de» petits fignifie auffi l'ufme.<br />

M 3


*70 A R C E S I L A S .<br />

tere, & qui donnoit de bonnes efpérances a ffi<br />

difciples. Il étoit libéral de fon bien, prêt i<br />

rendre de bons offices & cachoit les fervices qu'il<br />

«voit ren<strong>du</strong>s, déteftant l'oftentation dans les bienfaits.<br />

Un jour, étant entré chésCtéfibe qui étoit<br />

malade & voyant qu'il étoit dans le befoin, il<br />

glifla fous fon chevet un fac d'argent. Ctéfibe,<br />

l'ayant trouvé, dit : c'eft un tour d'Arcéfilas.<br />

Une autrefois il lui envoya encore mille drachmes<br />

; & il procura beaucoup de crédit à Archiai<br />

Arcadien, en le recommandant àEumene.<br />

Comme il étoit généreux & fort éloigné d'aimer<br />

l'argent, il étoit le premier à fatisfaire aux<br />

contributions & furpafibit celles d'Arthécrate<br />

& de Callicrate, aimant a racheter ceux qui<br />

étoient en quelque fervitude, aidant beaucoup<br />

de gens & faifant plufieurs charités (i). Quelqu'un<br />

lui avoit emprunté des vafes d'argent<br />

pour recevoir fes amis ; & comme il étoit<br />

pauvre, Arcéfilas ne les redemanda point &ne<br />

tâcha point de les ravoir. On croit même qu'il<br />

fit<br />

f i) Comme le «oamencement de cette période pute<br />

«a détachement d'Arcéfilas pout l'aigent, je n'ai pu<br />

goutci la verfion latine fui ce qni fuit j je ^explique <strong>du</strong><br />

contributions que faifoient les riches pout les pauvres Se<br />

a autres befoins publics. Voyez Hatpoctation p. 170.32*.<br />

Se les notes de Valois p. 114. Is. Calaubon croit qu'il<br />

s'agit d'un ufage inconnu de l'Antiquité. Ménage dit<br />

? ue Saumaife a explique* ce paflage dans foa livre te<br />

Ufiuc, que je n'ai peint.


A R C E S I L A S. «71<br />

Çt ce prêt a deffein, & que celui à qui il l'avoit<br />

fait étant pauvre, il lui fit préfent de ces vafes,<br />

11 avoit <strong>du</strong> bien-à Pitàne dont Pylades fon frère<br />

avoit foin de lui envoyer les revenus; outre cela<br />

Eumene-, fils de Philetere ,lui faifoit des préfens.<br />

Auffi étoit-il le feul Roi pour qui il avoit <strong>du</strong><br />

dévouement (i). Plufieurs autres Philofopheg<br />

faifoient leur cour à Antigone, mais il fuyoit les<br />

occafions d'être connu de ce Prince. Il entretenoit<br />

amitié avec Hiérocles, Gouverneur de Muny-r<br />

cbie & <strong>du</strong> Pirée ; ordinairement il alloit le voir<br />

les jours de fête ; &, quoique cet ami lui confeillât<br />

de rendre fes devoirs à Antigone, il ne voulut<br />

point avoir cette complaifance pour lui ; &<br />

•'étant une fois contraint jufqu'à venir à l'entrée<br />

<strong>du</strong> Palais, il retourna fur fes pas. Après une<br />

bataille navale, plufieurs s'étant empreûes d'écrise<br />

des lettres de confolation à Antigone, il ne<br />

les imita point ; & ayant été envoyé pour les intérêts<br />

de fa patrie en Ambaffade, auprès de lui, i<br />

Démétriade, il ne réufEt point. Il pafla fa vie<br />

dans l'Académie avec un grand éloignement pour<br />

les charges 4e l'Etat, faifant cependant de<br />

temps en temps quelque féjour à Athènes, lavoir<br />

• -:'! r au<br />

(i) II jr » Ja Interprète» qui tradniiênt, U fini *


*7* A R C E S I L A S.<br />

au Pirée, où il répondoit aux queftions qu'on<br />

lui propofoit : car il avoit l'amitié d'Hiérocles,<br />

ce qui le faifoit môme blâmer par quelquesuns.<br />

Il étoit magnifique & on peut dire qu'il étoït<br />

un autre Ariftippe; il faifoit fouvent des parlies<br />

avec fes amis, & ils s'invitoient réciproquement.<br />

Il ne cachoit point fes liaifons avec<br />

Théodete&Philete, rameufes débauchées d'Elée,<br />

& repouflbit la medifance en fe couvrant des<br />

fentences d'Ariftippe. Il étoit porté à l'amour<br />

& avoit même des inclinations plus vicieufes,<br />

jufqnes là qu'Arifton de Chio, Stoïcien, le traitoit<br />

de corrupteur de la jeuneffe & d'impudique<br />

éloquent & téméraire. Les reproches qu'on lui<br />

fait là-deffus regardent Démétrius, lorfqu'il s'embarqua<br />

pour Cyrene, & Léocharès de Myrléa,<br />

auffi bien que Démorhares & Pvthoclès, te<br />

premier fils de Lâchés, & le fécond de Bugelui<br />

{i). Ayant remarqué les fentimens des deux derniers<br />

pour lui, il dit qu'il y cédoit par un<br />

principe louable; cela fut caufe que fes cenfeurs<br />

l'accuferent encore de rechercher l'amitié<br />

<strong>du</strong> peuple & la gloire.<br />

On l'attaqua fur-tout chés Jérôme le Péripatéticien,<br />

lorsque celui-ci invita fes amis pour<br />

cé-<br />

(t) Ce paflage poonoit être tra<strong>du</strong>it plot littéralement.


A R C E S I L A, Si. }7?<br />

célébrer le jour de naiflknce d'Alcyon, fils d'Anti-;<br />

gone, fête dontAntigone faifoit la dépenfe, pai;<br />

\es préfens qu'il envoya; Arcéfilas évitant d'entrer<br />

en difpute à table fut provoqué par un nomT<br />

mé Aridele qui lui propofa une queftion qui méritoit<br />

d'être un fujet de converfation ; mais il répondit<br />

que la principale qualité d'un Philofophc<br />

étoit de favoir faire chaque chofe en fon tems.<br />

Timon le raille fur fon goût pour les applaudiflemens<br />

<strong>du</strong> vulgaire. A peine, dit-il, acbeve-t-il de.<br />

parler qu'il perce la foule à droite & à gauche; on<br />

je contemple comme des oifeaux nigauds admirent<br />

le hibou. Voila le fruit qui te revient de la faveur<br />

<strong>du</strong> peuple ; mais, homme vain, cela vaut-il<br />

la peine de t'en glorifier?<br />

Arcéfilas étoit d'ailleurs fi modéré & fi peu<br />

plein de lui-même, qu'il exhortoit fes difciples<br />

d'aller entendre d'autres maîtres que lui. Un<br />

jeune homme de Chio ayant témoigné qu'il préfétoit<br />

l'école de Jérôme, le Péripatéticien, à la fienne,<br />

il le prit par la main, l'y condqjfit, le recommanda<br />

au Philofophe, & exhortée jeune homme<br />

à être docile. Quelqu'un lui ayant demandé<br />

pourquoi quantité de difciples quittoient les fectes<br />

de leurs Maîtres pour embraffer celle d'Epicuie,<br />

tandis qu'aucun Epicurien n'abandonnoit la<br />

fienne pour en embraffer une autre, il répondit<br />

; parctque des hommes on fait bien des Eunu-<br />

M 5 fues,


374 A R C E S I L A S.<br />

ques, mais que des Eunuques on ne fût point <strong>du</strong><br />

hommes.<br />

Etant près de mourir il difpofa de fes bien»<br />

en faveur de Pylades.fon demi-frere, en reconrioiflànce<br />

de ce qu'il l'avoit mené à Chio, i I'infu<br />

de Mœréas, Ton frère aine, & de-là à Athènes.<br />

Il ne fut jamais marié & ne laifia point d'enfans.<br />

Il fit trois teftamens, l'un à Erétrée, qu'il mit<br />

entre les mains d'Amphicrite, ie fécond il le dépofa<br />

à Athènes chés un de fes amis, & envoya<br />

le troifieme à un de fes parens nommé Thai*mafias,<br />

en le priant de le conferver » fl lui<br />

écrivit auffi cette lettre.<br />

Arcifilas à Tbaumajtas faha.<br />

'„ J'ai donné mon teftament à Diogene'qul<br />

~„ vous le remettra', étant fouvent malade &<br />

„ valétudinaire ; j'ai pris cette, précaution afin<br />

„ que,s'il m'arrivoit de mourir inopinément,je<br />

,, ne m'en*aille pas en vous faifent quelque tort<br />

,", après avoil*reçu tant de marques de votre af-<br />

„ feftion pour moij vous fûtes toujours le plu»<br />

,", fidèle de mes amis, foyez le encore par rap-<br />

„ port au dépôt que je vous confie ; je vous en<br />

„ prie, tant en confidération de mon âge que de<br />

„ notre confanguinité; fouvenez-vous donc de<br />

„ la confiance que je mets dans votre bonne foi


A R C E S I L A S . *75<br />

'„ & foyez jufte envers moi, afin qu'autant qu'il<br />

„ fe peut, mes affaires foient en bon état. J'ai<br />

f, deux autres teftamens, l'un à Athènes chés<br />

„ un de mes amis , l'autre eft chés Amphi-<br />

„ crite i Erétrée.<br />

Selon Hermippe, il mourut d'une fièvre chaude<br />

dont il fut attaqué pour avoir bu trop de vin;<br />

- dans la foixante & quinzième année de fon âge;<br />

les Athéniens lui firent plus d'honneur qu'ils n'en<br />

«voient fait à perfonne. J'ai fait ces vers fur<br />

fon fujet.<br />

Arcéfilas, pourquoi bois-tu jufqu'à perdre la raifon?<br />

Je fuis moins affligé de ta mort, que de l'affront<br />

que ton excès fait aux Mufes.<br />

Il y a eu trois autres Arcéfilas : le premier<br />

fut Poète de l'ancienne Comédie ; le fécond PoSte<br />

Elégiaque,- le troifieme Sculpteur fur lequel<br />

Simonide compofa cette Epigramme.<br />

1 Cette Statue de Diane coûta deux cens drachmes<br />

ie Parium, de celles qui portent la marque d'Aratus;<br />

VArtifte Arcéfilas ,fils d'Arifiodicus, Va faitt<br />

avec le fecours de Minerve.<br />

On lit dans les Chroniques cTApotlodpre qu'Ar»<br />

èéfilas, le Philofophe, fioriflbit vers la CXX. OJyué '<br />

piade.<br />

M 6 BION


|7t B I O N.<br />

B I O N.<br />

BIon, originaire de Boryfthene, (i) dit lui-même<br />

à Ântigone quels étoient fes parens &<br />

comment il devint Philofophe. Car » ce Prince lui<br />

ayant fait cette queftion, dis moi d'où tu es,<br />

quelle effi ta Tille, & qui font tes Parens", Bion<br />

•mi s'apperçut qu'il le meprifoit, lui tint ce<br />

„ difcours. Mon père étoit un affranchi qui fe<br />

„ mouchoit <strong>du</strong> coude (voulant dire qu'il vendoiC<br />

„ des chofes falées). & qui tiroit fon origine de<br />

„ Boryfthene; il n'avoit point de vifage, c'eft-<br />

,% à-dirè qu'il l'avoit cicatrifé de caractères, em-<br />

,v preintes de la <strong>du</strong>reté de fon maître. Ma me.<br />

„ re, femme telle que monPereenpouvoitépou»<br />

s», fer» gagnoit fa vie dans un- lieu de débauche.<br />

„ Mon père, ayant enfuite fraudé, le-péage ea,<br />

„ quelque chofev fut ven<strong>du</strong> avec fa maifon; un<br />

„ Rhéteur m'acheta parce que j'étais jeune &<br />

„ aflfez agréable, il mourut & me laiffla tout fon<br />

,» bièni je brûlai fes écrits, & ayant tout ra»<br />

„ maffé r je vins à Athènes & je devins Phila-<br />

„ fophe. Voilà mon origine dont je me glorifie,<br />

(O Ville aiofi nomnw'e <strong>du</strong>ïcuvc BoryÛheae, MenagtJ


B I O N. 127<br />

'4t & comme c'eft là ce que j'avois à dire de moi.<br />

„ même, j'efpere que Perfée & Philonide n'en<br />

v feront point une hiftoire. Pour ce qui regar-<br />

„ de ma perfonne, vous pouvez en juger en mç<br />

v voyant.<br />

Quant au-refte, Bion ne laiflbit pas d'être foupie<br />

& fertile & avoit plufîeurs fois fuggéré des<br />

fubtilités à ceux qui fe plaifoient à embarafler<br />

les Philofophes; en d'autres occasions, il étoit<br />

civil & favoit mettre la vanité à côté.<br />

Il a laiffé beaucoup de Commentaires & des<br />

fentences ingénieufes & utiles, «ntr'autres cçllesci.<br />

On lui difoit pourquoi ne gagnez-vous pas<br />

l'amitié de ce jeune homme ? parce qu'on ne<br />

peut pas, répondit-il,prendre <strong>du</strong> fromage mou à<br />

l'hameçon. Quelqu'un lui ayant demandé quel eft<br />

de tous les hommes le plus inquiet; celui, dit-il,<br />

«lui veut être le plus heureux & le plus en repos.<br />

On dit qu'ayant été confulté s'il convenoit<br />

de fe marier, il répondit: fi vous époufez'une<br />

femme laide, elle fera votre fupplice ; fi vous la<br />

prenez belle, elle fera à vos voifins autant qu'à<br />

vous. Il difoit que la vieillefle eft le port où.<br />

abordent tous les maux; que la gloire eft la mère<br />

des années; que la beauté eft un bien pour<br />

les autres ; que la richefle eft le nerf de toutes<br />

chofes. II reprocha à un prodigue qui avoit ven<strong>du</strong><br />

& difEpé fes fonds, qu'autrefois la Terre s'ouvrit<br />

& engloutit Afljphiaraûs, mais que pour lui •<br />

M 7 il


278 B I €>• N.<br />

il avoit englouti la Terre. Il foutenoit que Pi*<br />

patience dans ta douleur étoit un mal plus grand<br />

que.de l'en<strong>du</strong>rer. If blâmoit ceux qui, tandis<br />

qu'ils brûloient les morts comme ïnfenfibles, ta<br />

plearoient comme s'ils avoient <strong>du</strong> fentiment. Il<br />

croyoit qu'il valoit mieux perdre fa beauté que<br />

d'abufer de celle d'autrui: parce que c'étoit offen»<br />

fer le corps & l'efprit, tout â la fois. Il blâmoit<br />

Socrate au fujet d'Alcibiade : il étoit four difoitil,<br />

s'il fe paflbit de lui & qu'il lui fut néceflaire;<br />

& il n'a pas fait un grand effort fur lui-même,<br />

s'il n'en avoit pas befoin. Il eftimoit que te<br />

chemin depuis ce monde jufqu'eû enfer étoit<br />

facile, puiiqu'on y defeendoit les yeux fermés.<br />

Il blâmoit Alcibiade d'avoir débauché les mari»<br />

de leurs femmes -dans fa puberté, & enlevé les<br />

femmes à leurs maris dans fa jeuneflê. Il enfeignoit<br />

à Rhodei la Philofophie aux Athénien»<br />

qui y étudioient la Rhétorique ; & comme on l'en<br />

blâmoit, il répondit: j'ai apporté <strong>du</strong> froment, ne<br />

vendrais-je que de l'orge? Une de fes manière»<br />

de parler étoit qu'en enfer on fouflfroit beaucoup<br />

plus de porter' de l'eau dans de bonnes, cruche»<br />

que dans des Vafes percés. Un homme qui parloit<br />

beaucoup l'importunoit pour qu'il lui rendit ua<br />

fervlce; fi tu veux, lui dit-il,que je te ferve en<br />

quelque chofe, envoie m'en prier par un autre.<br />

Etant fur mer avec des gens impies, le vaifleaa<br />

tomba entre les mains des Corfaires : c'eft fait<br />

z de


R I O N, nfp<br />

3e nous, s'écrierentils, fî nous fommes reconnus;<br />

et moi, dit Bion, je fuis per<strong>du</strong> fî on ne me recon.<br />

naît pas; Il regardoit la préfomption comnje<br />

mettant obftacle aux progrès dans les fciences»<br />

Il difoit d'un riche avare qju'au-Iieu de pofféder<br />

fes richeffes, il en étoit poffédé ; & que le»<br />

avares qui gardent avec foin leurs tréfors, n'en;<br />

jouiflent pas plus que s'ils n'ëtoieBt pas à eux.'<br />

Il avoit encore coutume de dire que,, quand nout<br />

fommes jeunes T nous nous appuyons fur nos forces<br />

; & que, lorsque nous commençons à veillir,<br />

nous nous réglons par la prudence ; que cette<br />

vertu eft aufli différente des autres que la vue<br />

Feft des autres fens ; qu'il ne faut reprocher la<br />

vieil]eue à perfonne, comme un défaut: puifque<br />

tout le monde fouhaitè d'y parvenir. Un Envieux<br />

lui paroiflant avoir l'air trifte & rêveur» il lui<br />

demanda s'il s'affligeoit d'un malheur qui lui<br />

étoit arrivé ou <strong>du</strong> bonheur d'autrui. Il appelloit<br />

l'impiété une mauvaife compagne de la fécurité<br />

qui trahit l'homme le plus fier. Il confeilloit de<br />

eonferver fes amis de peur qu'on ne fût aceufé<br />

d'avoir «cultivé les mauvais & négligé le»<br />

bons.<br />

D'abord il méprifa les mftitutïons de l'Ecole<br />

Académicienne, étant alors difciple de Cratès ;<br />

& choifit la Se&e des Cyniques, en prenant le<br />

xuanteau & la beface: car qu'eft-ce qui luiauroit,.<br />

fans cela, infpiré l'Apathie? Enfuite il fe mit<br />

dans


«go fl I O N.<br />

dans la Secte Tbéodorienne fous la difcipline de<br />

Théodore, qui ornoit fes fophismés de beaucoup<br />

d'éloquence. Enfin il s'adreflaàThéophrafte,<br />

Philofophe Péripatéticien, dont il prit les préceptes.<br />

Il étoit théâtral, aimoit à faire rire, &<br />

employoit Couvent des quolibets; mais, comme H<br />

yarioit beaucoup fa manière d'enfeigner, de-là<br />

yient qu'Eratofthene a dit que Bion avoit le<br />

premier répan<strong>du</strong> des fleurs fur la Philofophie.<br />

Il avoit auffi <strong>du</strong> talent pour les parodies, témoin<br />

celle-ci. (i) Arcbjtas que tu es content dt<br />

briller dans ton oftentation ! Tu furpajjcs tous Us<br />

railleurs en cbanfons & en bons mots.<br />

Il fe moquoit de la Mufique & de la Géométrie;<br />

il aimoit la magnificence & alloit fouvent<br />

de ville en ville, employant quelque fois l'artifice<br />

pour fatisfaire fon oftentation: comme<br />

quand, étant à Rhodes, il perfuada à des Mariniers<br />

de s'habiller en Etudians & de le fuivre, &<br />

entra avec ce cortège dans une Ecole pour fe<br />

donner en fpe&acle. U adoptoit de jeunes gens<br />

auxquels U donnoit de mauvaifes leçons & dont<br />

jl tâchoit de faire en forte que l'amitié lui fervk<br />

de protection. Il s'aimoit auffi beaucoup luimême<br />

, & une de fes maximes étoit que tout eft<br />

commun entre amis. Par cette raifon perfonne<br />

„ (i) C'eft oa vers d'Homère qui eft dit dans on aime<br />

fou.<br />

ne


B I O N . i*l<br />

ne vouloir, avoir le nom d r être fon difciple;<br />

quoiqu'il en eût pluGeurs, & parmi eux, quelquesuns<br />

qui étoient devenus fort hnpudens dans Ton<br />

commerce, jufques-là qu'un nommé Bétion'n'eut<br />

pas honte de dire à Ménédeme qu'il croyoit ne<br />

rien faire contre l'honneur, quoi qu'il fit des<br />

actions fort criminelles avec Bion ; & celuici<br />

tenoit quelquefois des difcours plus<br />

in décens encore qu'il avoit appris de Théodore.<br />

TI tomba malade à Chalcis &, félon le témoignage<br />

des gens <strong>du</strong> lieu, il fe laifla perfuader<br />

d'avoir recours aux ligatures, (i) & de fe repentir<br />

des crimes qu'il avoit commis contre la<br />

Divinité. Il fouffrit beaucoup par l'indigence,<br />

de ceux qui étoient chargés <strong>du</strong> foin des malades ,<br />

jufqu'â ce qu'Antigonus lui envoya deux domeff<br />

tiques pour le fervir. Il fuivok ce Prince, fe<br />

faifant porter dans une litière, comme Je dit<br />

Bhavorin -dans fon ffiftoire diverfe ; il y rapporte<br />

auffi fa mort. Voici des vers que j'ai faits,<br />

contre lui.<br />

„ On dît que Bion deBoryftene, Scythe d'ori-<br />

'„ gine, nioit l'exifterice des Dieux. S'il avoit<br />

„ perfifté ^ians cette opinion,,on pourroit dire<br />

„ qu'il avoit effectivement Ce fentiment dont il<br />

» fair<br />

(T) Amuletes qu'on t'atuchoit (ou chafiét les mattdiw.<br />

Ménage


«8a B I O N.<br />

„ faifoit profeflîon, tout mauvais qu'il eft. Mais,<br />

„ une maladie où il tombe lui faifant craindre<br />

„ la mort, on a vu celui qui nioit qu'il y eût<br />

„ des Dieux, qui n'avoit jamais regardé les<br />

„ temples, & qui fe moquoit de ceux qui offrent<br />

,, des facrifices, faire, non feulement <strong>mont</strong>er à<br />

>, l'honneur des Dieux la graifle & l'encens dans<br />

„ les foyers facrés, fur la table & l'autel, non-<br />

„ feulement dire j'ai péché, pardonnez moi mes<br />

„ crimes ; mais on l'a vu aller jufqu'â ajouter<br />

„ foi aux enchantemens d'une vieille femme,<br />

„ fe laiffer attacher des charmes au cou & aux<br />

„ bras, & fufpendre à fa porte de l'Aube-épine,<br />

„ avec une branche de laurier, enunmotdif-<br />

M pofé à fe prêter i tout plutôt qu'à mourir.<br />

„ Infenfé! qui penfe que les Dieux s'achètent,<br />

„ comme s'il n'y en avoit que quand il plaît à<br />

„ Bion de les croire! Devenu donc inutilement<br />

„ fage, lorsque fon gofier n'eft plus qu'un chai»<br />

„ bon ardent, il tend les mains &&'éçriç: reçois<br />

» mes vœux, 6 Pluton !<br />

H y a eu dix Bions: le premier, natif <strong>du</strong> Pro*<br />

eonnefe, rut contemporain dé Phérécyde de.Syrus,<br />

on a deux Livres de lui ; le fécond, Syracufain,.<br />

écrivit de la Rhétorique; le troifieme eft celui<br />

dont nous venons de donner la vie; Je quatrième,<br />

difciple deDémocrite & Mathématicien d'Abdere,<br />

a écrit ea langue Attique & Ionique, il eft<br />

le


B I O N. • «Sj<br />

le premier qui ait dit qu'en certains pays il y a<br />

fix-mois de nuit & fixjnois 4e jour;, le cinquième',<br />

né à'Solès, a traité -de l'Ethiopie^ .le fixieme<br />

Rhétoricien a lauTé neufLivres intitulés des Mu-<br />

/es; le feptieme étoit Poète Lyrique; le huitiejne<br />

Sculpteur de Milet, dont Polémoq a parté;<br />

Je neuvième Poète Tragique & iin de ceux qu'on<br />

•appelloit Tharuens ; le dixième Sculpteur<br />

de Clazomene ou de Chio, dont Hipponax<br />

fait mention.<br />

Là-


284 L A C Y D E S.<br />

L A C Y D E S.<br />

L Acydes, fils d'Alexandre, étoît natif de Cyrene.<br />

Il fut chef de la nouvelle Académie &<br />

fuccefleur d'Arcéfîlas. Ses mœurs furent aufteres<br />

& il eut beaucoup de difciples & de feétateurs.<br />

Il fut fort appliqué dès fa jeunefle ; & quoiqu'il<br />

fût pauvre, il étoit gracieux & agréable dans fes<br />

difcours. On dit que pour n'être pas volé dans<br />

fon ménage, à mefure qu'il prenoit de fes provifions,<br />

il en fcelloit la porte ;qu'enfuite ilgliflbitle<br />

cachet, en dedans, par un trou, afin qu'on ne put<br />

rien tirer de l'armoire, fans qu'on s'en apperçût ;<br />

& que fes domeftiques, ayant obfervé cela, en*<br />

levoient le fçellé ; &, après avoir pris ce qu'ils vouloient,<br />

recachetoient la porte & paflbient le cachet<br />

au travers d'une ouverture ; ce qu'ils réitérèrent<br />

fouvent, fans que Lacydas s'en doutât.<br />

Il tenoit fon Ecole à l'Académie, dans un jardin<br />

que le Roi Attale y avoit fait faire & qu'on<br />

appella Lacydien, <strong>du</strong> nom <strong>du</strong> pofleffeur. Il eft le<br />

feul qu'on fâche avoir difpofé de fon Ecole pendant<br />

fa vie; il la céda à Téléclès & à Evandre,<br />

Phocéens. Cet Evandre eut Hégéfinus de Pergame<br />

pour fuccefleur, & celui-ci Carnéade. On<br />

rapporte qu'Attale ayant appelle Lacydes à fa<br />

Cour,


L A C y D E S. âgs<br />

Cour, il répondit: qu'il falloit vair les Princes de<br />

loin. Quelqu'un ayant commencé tard d'apprendre<br />

la Géométrie & lui demandant s'il croyoit<br />

qu'il en fût encore teras : pas encore, lui dit Lacydes.<br />

Il mourut la quatrième année de la<br />

CXXXIV. Olympiade, après vingt fix ans d'étude<br />

; fa mort fut caufée par une paralyfie, ou<br />

U tomba par un excès & dont je parle dans cçs<br />

•vers.<br />

. Locydes, pris de boiffon, tu fuccombes au pouvoir<br />

ieBaccbus; ce Dieu, qui t'oppifantit le cerveau £?<br />

iota l'ufage des membres & la vie, tire fa grauitur<br />

des effets <strong>du</strong> vin.<br />

CAR-


zto C À * N £ A © Ë.<br />

CARNEA DE '<br />

C Arnéade de Cyrene fut fils d'Epicomç ov<br />

de Philocome, comme dit Alexandre, dans<br />

fes Succeflims ; après avoir lu avec attention le&<br />

Livres des Stoïciens, & fur-tout ceux de Chry-f<br />

fippe, il les réfuta avec beaucoup de retenue,<br />

avouant même que fans Chryfippe il ne feroit pas»<br />

ce qu'il étoit. Il aimok l'étude, mais il s'appliquoitJ<br />

moins à la Phyfîque qu'à la Motale. Il étoit 4<br />

affi<strong>du</strong> qu'il négligeoit le foin de fon corps & fe<br />

laiûoit croître les ongles & les cheveux. Son<br />

habileté dans la Philofophie excita même la curiofité<br />

des Orateurs qui renvoyoient leurs Ecoliers<br />

pour avoir le loifir de l'entendre. Il av<<br />

voix fi forte que le Principal <strong>du</strong> Collège le<br />

fouvent avertir de la modérer,* & comme &<br />

pondit une fois, qu'on m'apprenne à la régler,<br />

on lui répliqua fort bien, réglez-vous fur l'oaiftvl<br />

de ceux qui vous écoutent. Il étoit véhémenjéTÎ<br />

dans fes cenfures, & difputeur difficile ; ce qui<br />

faifoit qu'il évitoit de fe trouver à des repaay<br />

On lit, dans ï'HiJioire de Phavorin, qu'un jour<br />

fe prit à railler Mentor de Bithynie qui aimoit<br />

fa concubine, & fe fervit de ces termes. Il y a,<br />

parmi MUS, un petit bmme vain, lâtbt, fcf qui de<br />

•-' • •» taillt


'- - -«•'


C À R N t. A- D R a8?<br />

•initie- & de voix rejjetnble parfaitement à Mentor*<br />

je veux le étoffer de mon Ecole. À ces mots l'of.<br />

fenfé feleva & répliqua auflî-tôt, 'Mentor g* lui<br />

Je dirent, levons-nous & partons fur le champ (i)«<br />

Il femble qu'il ait témoigné quelque regret de<br />

mourir. U répétoit fouvent que la Nature diflbudroit<br />

bien ce qu'elle avoit uni. Ayant fu qu'Antipater<br />

s'étoit détruit par le poifon, il eut envie<br />

d'imiter fon exemple, qu'on m'en donne auflî,<br />

dit-il; mais, comme on lui demanda ce qu'il fouhaitoit,<br />

il ajouta <strong>du</strong> vin miellé. On dit que,<br />

lorsqu'il mourut, il y eut une éclipfe de Lune:<br />

comme fi le plus bel Aftre, après le Soleil-, prenoit<br />

part à fa mort. Apollodore, dans fes Chroniques,<br />

]à fixe à la quatrième année de la CLXX. Olympiade<br />

, qui fut la quatre vingt cinquième de fqn<br />

âge. On a de lui les lettres qu'il a écrites i<br />

Ariarathes, Roi de Cappadoce; fes difciples ont<br />

écrit le refte des ouvrages qu'on lui attribue,<br />

lui-même n'en ayant point laiffé. J'ai fait<br />

fon Epitaphe en vers Logadiques & Archekulins<br />

(i).<br />

Mufe, que veux-tu que je reprenne tn Carnéade?<br />

On<br />

(i) Parodies d'un vers de Sophocle 8c d'un vers d'Homerc.<br />

Is. Cafauboo.<br />

(i) Les vêts Logadiques e'toient des vers d'une certaine<br />

mefure appelles Aichebnlins, d'uni Poète nommé Ar-<br />

«he'bule qui s'en fcnroit beaucoup. CoeL Ane p. ^i•


288 C A R N E A D E .<br />

On viit bien jufqu'où il craignit la mort : affligé<br />

d'une maladie itique, il ne voulut point la terminer.<br />

On lui dit qu'Antipater avoit fini fa vie en<br />

buvant <strong>du</strong> poifon. Qu'on me donne, dit-il alors,<br />

qu'on me donne aujji. Et quoi ? lui dit-on. Ahl<br />

qu'on me donne, reprit-il, <strong>du</strong> vin-miellé. Ayant fouve<br />

à la bouche cette exprejjion que la Nature qui l'avo<br />

compofé fauroit bien le diffoudre. H n'en mourut<br />

pourtant pas moins, quoiqu'il négligeât l'avantage<br />

de de/cendre avec moins de tjaux cbés les morts.<br />

On dit que fes yeux s'obfcurciflbient quelque<br />

fois fans qu'il s'en apperçût: de forte qu'il avoit<br />

dit à fon domeftique que, quand cela lui arrive*<br />

roit, il apportât de la lumière; & lorsqu'il étoit<br />

averti qu'il y en avoit.il difoit à fon domeftique<br />

de lire. 11 a eu plufieurs Difciples dont le plus<br />

célèbre fut Clitomaque <strong>du</strong>quel nous parlerons;<br />

en fait mention d'un autre Carnéade qui faifoit<br />

des Elégies, mais froides, & difficiles à entendre. <br />

CLI-


CLITOMAQUE. 289<br />

CLITOMAQUE.<br />

CLitomaque de Carthage s'appelloit dans I*<br />

langue de fon pays Asdrobal, & commença<br />

à s'appliquer à la Philofophie dans fa patrie; il<br />

vint'à Athènes à l'âge de quarante ans & y étudia<br />

fous Carnéade. Ce Philofophe ayant connu fon<br />

génie,rinftruîfit dans les 1 Lettres «prit tant de<br />

foin de le poufler, que non feulement Clitomaque<br />

écrivit plus de quatre cens volumes, mais<br />

qu'il eut auffi l'honneur de remplacer fon maître<br />

dont H a commenté tes fentences. Il acquit furtout<br />

une exa&e connoiflance des fentimens des Académiciens,<br />

des Péripatéticiens & des Stoïciens.<br />

En général, quant aux Académiciens, Timon<br />

les critique en appellant leurs inftruftions un babil<br />

groffier. Jufqu'ici nous avons parlé de -ces<br />

Philofophes dont Platon fut le Chef; à-préfent<br />

nous viendrons aux Péripatéticiens qui tirent<br />

aufli leur origine de lui, & dont Ariftote fut<br />

le Chef. C'eft pu lui que nous allons commencer.<br />

Tmi I. N LI-


s:<br />

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i.-<br />

Wl<br />

..^^K.<br />

S-, .-viaec- • ••:<br />

4....... .-..;„«>,..<br />

r * • •-


A R I S T O T E. js*<br />

Il quitta Platon pendant que ce Philofophe<br />

rivoit encore ;& on rapporte qu'il dit à ce fujet:<br />

Ariftote a fait envers moi comme un Poulain qui<br />

regimbe contre .fa Mère. Hermippe dit, dans fes<br />

Fies, qu'ayant été envoyé de la part des Athéniens<br />

en Ambaffade auprès de Philippe, Xénocrate<br />

prit la dire&ion de l'Académie pendant fon<br />

abfence; qu'à fon retour, voyant qu'un autre te»<br />

noit fa place, il choifit, dans le Lycée, un endroit<br />

où il enfeignoit la Philofophie, en fe promenant,<br />

& que c'eft de-là qu'il fut furnommé Pé*<br />

ripatéticien. D'autres veulent qu'on lui irnpofa<br />

ce nom parce qu'Alexandre, après être rélevé de<br />

maladie, écoutoit fes difcours en fe promenant<br />

avec lui ; & qu'enfuite, lorsqu'il fe vit plufieurss<br />

Auditeurs, il reprit l'habitude de s'afleoir en<br />

difànt, au fujet des inftruclions qu'il donnoit,<br />

qu'il lui feroit honteux de fe taire & de laiffer<br />

parler Xénocrate. Il exerçoit fes difciples à fou«<br />

tenir des propofitions & les appliquoit en même<br />

tems à la Rhétorique.<br />

' H partit enfuite d'Athènes pour fe rendre auprès<br />

de l'Eunuque Hermias, Tyran d'Atarne,<br />

dont-il étoit fort ami & même parent, félon quelques-uns,<br />

ayant époufé fa fille ou fa nièce, comme<br />

le dit entr'autres Démétrius de Magnéfie,<br />

dans fes Livres-


sç* A R I S T O T E.<br />

maître, Ariftippe dans le I. Livre de» Dilices<br />

des Anciens, dit, qu'Ariftote prit de l!amout<br />

pour la concubine d'Hermias, qu'il l'obtint en<br />

mariage & en eut tant de joie.qu'il fit à cette<br />

femme des facrifices comme les Athéniens en<br />

fai foient i Cérès; & que pour remercier Hermias,<br />

il fit à fon honneur un hymne qu'on verta<br />

ci-deflbus.<br />

Après cela il pafla en Macédoine à la Cour de<br />

Philippe, qui lui confia l'é<strong>du</strong>cation d'Alexandre;<br />

& pour récompenfe de fes fervices il pria le Roi<br />

de rétablir fa patrie dans l'état ou elle étoit,<br />

avant fa ruine. Philippe lui ayant accordé cette<br />

grâce, Ariftote donna des Loix à Stagira. Il fit<br />

auft* à l'imitation de Xénocrate des réglemens<br />

dans fon école, fuivant lesquels on dévoie créer<br />

un des Difciples fupérieur des autres, pendant<br />

dix jours. Enfin jugeant qu'il avoit employé allez<br />

de tems à l'é<strong>du</strong>cation d'Alexandre, il retourna à<br />

Athènes, après lui avoir recommandé Calliflheae<br />

d'Olynthie fon parent. On dit que pe Prince piqué<br />

de ce que Callifthene lui parloit avec authorké<br />

& lui défobéuToit, l'en reprit par un vers dont<br />

le fens étoit :mon ami quel pouvoir t'arrpges-tu fur<br />

moi ? Je crains que tu ne me furviyes pas Cela<br />

arriva auflî, Alexandre, ayant découvert que<br />

CaUifthene avoit trempé dans la conjuration<br />

d'Hermolafts le fit faifir & enfermer dans une<br />

cage de fer, oiiinfeft^de fes or<strong>du</strong>res il fut porté-


A K I S T O T E. 293<br />

té de côté & d'autre, jufqu'à'ce qu'ayant été expofé<br />

aux lions, il finit miférablement fa vie.<br />

Ariftote continua de profefler la Philofophie<br />

à Athènes pendant treize ans, au bout defquels<br />

il fe retira fécréteinent en Chalcide, pour fe foustraire<br />

aux pourfuites <strong>du</strong> Prêtre Eurymédon qui<br />

l'accufoit d'impiété, ou à celles de Démophile<br />

qui, félon Phavorin.dans fon Hiftoire, le chargeoit<br />

nou feulement d'avoir fait pour Hermias l'Hymne<br />

dont nous avons parlé, mais encore d'avoir fait<br />

graver à Delphes, fur la Statue de ce Tyran, l'Epigraphe<br />

fuivante.<br />

Un Roi de Perfe, violateur des Loix,fit mourir<br />

eelui dont on voit ici la figure; un ennemi génireux<br />

Veut vaincu patles armes, mais ce perfide le<br />

furprit fous le voile de l'amitié.<br />

Eumele , dans le V. Livre de]f fes Hiftofres,<br />

dit qu'Ariftote mourut de poifon la foixante<br />

& dixième année de fon âge; il dit auflî qu'il<br />

avoit trente ans lorfqu'il fe fit difciple dePlaton :<br />

mais il fe trompe.puifqu'Ariftote en vécut foixante<br />

& trois & qu'il n'en avoit que dix fept, lorfqu'il<br />

commença de fréquenter l'école de ce Philefophe.<br />

Voici l'Hymne dont j'ai parlé.<br />

„ O Vertu pénible aux mortels, & qui ÔCes<br />

„ le bien le. plus précieux, qui fe puiflé acquérir<br />

„ dans la vie; c'eft pour vous, vierge augufte,<br />

„ que les fages Grecs bravent la mort, & fup»<br />

„ portent courageufement les travaux les plus<br />

N 3' » ru-


«94 A R 1 S T O T E.<br />

s, rudes ; vous remplirez les âmes d'un fruit<br />

„ immortel, meilleur que l'or, les liens <strong>du</strong><br />

„ fang, lçs douceurs <strong>du</strong> fommeil. C'eft pour<br />

M l'amour de vous que le célefte Hercule & les<br />

„ fils de Lœda en<strong>du</strong>rèrent tant de maux : leurs<br />

„ aftions ont fait l'éloge de votre puiflance.<br />

„ Achille & Ajax Tont allés aux lieux infernaux<br />

„ par le défit qu'ils ont eu de vous conquérir,<br />

„ C'eft auffi l'amour de votre beauté qui a privé<br />

t, <strong>du</strong> jour le nourriffon d'Atarne, illuftre par fes<br />

„ grandes actions; les Mufes immortelles, ces<br />

„ filles de Mémoire qui avancent la gloire de Jupi-<br />

•„ ter l'Hofpitalier & qui couronnent une amitié<br />

„ fincere, augmenteront l'honneur de fon nom.<br />

J'ai fait auffi les vers fuivans fur Ariftote.<br />

Eurymédon qui préjide aux myfleres de Cérès, fe<br />

frépare à accufer Ariftote d'impiété ; mais ce Pbi~<br />

lofopbe le prévient, en buvant <strong>du</strong> poifon. Cétoit m<br />

poifon de vaincre une injufte envie.<br />

Phavorin dit, dans fon fflftoire,qa'Ariftote avait<br />

de mourir compofa un discours apologétique<br />

pour lui, dans lequel il dit qu'à Athènes la foin<br />

naît fur le poirier & la figue fur le figuier (i).<br />

Apollodore, dans fes Chroniques, croit qu'il naquit<br />

la première année de la XCIX. Olympiade; qu'il<br />

tvoit dùc-fept ans lors qu'il fe fie difciple de<br />

Pla-<br />

(i) Le mot de figue entre dans le mot de deJ«ew,<br />

eu d'envieux.


A R I S T O T E.: ajrj<br />

Platon ; qu'il demeura chez lui jufqu'à l'âge do<br />

trente fept ,• qu'alors il fe rendit à Mitylene fous<br />

le règne d'Eubule, la quatrième année de la<br />

CVIII. Olympiade ; que, Platon étant mort la pre><br />

miere année de cette Olympiade, il partit fou»<br />

Théophile (i) pour aller voir Hermias auprès <strong>du</strong>quel<br />

il s'arrêta trois ans; qu'enfuite il fe tranfporta<br />

à la cour de Philippe, fous (2) Pythodote, la<br />

féconde année de la C1X. Olympiade, & lorsqu'Alexandre<br />

a%'oit quinze ans; que de Macédoine<br />

il repafla à Athènes, la féconde année de<br />

la CXI. Olympiade; qu'il y enfeigna treize ans<br />

dans le Lycée ; qu'enfin il fe "retira en Chalcis,<br />

la troifieme année de la CXIV. Olympiade; & y<br />

mourut de maladie, âgé de foixante& trois ans,<br />

dans le même tems àpeu près que Déinofthcne<br />

mourut fous Philoclès à Célauria (3). On dit<br />

qu'Ariftote tomba dans la disgrâce d'Alexandre à<br />

caufe de Callifthene qu'il lui avoit recommandé ;<br />

& que, pour le chagriner, ce çrince^ agrandit<br />

Anaximene & envoya des préfens à Xénocrate.<br />

Théocrite de Chio fit une épigramme contre lui<br />

qu'Am-<br />

(0 Archonte. J. Capel An <strong>du</strong> Monde J«$î.<br />

(2) Archonte, d'autres lifent Fvthodore. J. Capel C<br />

{)) Il y a dans le Grec en Calabre; mais, quoi qu que les<br />

Interprètes n'en difent rien, c'eft une faute : puifqu'il patoît<br />

par la fin de la vie de Démoftbene, dans Flntarque, que<br />

cet Orateur mourut dans l'ûc Célauria ou Calaure'c.


4otS A R I S T O T E.<br />

qu'Ambryon a rapportée dans la vie de Théo<br />

crite.<br />

Le vain ulriftote a élevé un- vain monument à<br />

fbonneur d'Hermiàs, eunuque £? ejclave d'Eubule.<br />

Timon critique aufli fon favoir qu'il appelle<br />

k légèreté <strong>du</strong> difcoureur Arijiote.<br />

Telle fut la vie de ce Philofophe ; voici foa<br />

leftament, à-peu-près comme je l'ai lu.<br />

Salut.<br />

„ Ariftote difpofe ainfi de ce qui le regarde.<br />

'„ En cas que la mort me furprenne, Antipater<br />

„ fera l'exécuteur général de mes dernières voj,<br />

lontés, & aura la fur-intendance de tout ; &<br />

„ jufqu'à ce que Nicanor puifTe agir par rapport<br />

„ à mes biens (i),Ariftomene, Timarque, Hip.<br />

„ parque, aideront à en prendre foin, aufli bien<br />

„ que Théophraftè, s'il le veut bien, & que cela<br />

„ lui convienne, tant par rapport â mes enfans<br />

„ que par rapport à Herpilis, & aux biens que<br />

„ je laifle. Lorfque que ma fille fera nubile, on<br />

„ la donnera à Nicanor ; s'il lui arrivoit<br />

„ quelque malheur.ce que je n'efperepas^ qu'elle<br />

„ meure avant de fe marier ou fans laifler d'en-<br />

» fans,<br />

(') Je tra<strong>du</strong>is cela d'une manière équivoque parce<br />

qu'on n'çfi pas d'accord fi Nicanor étoit abfent ou mil*ou<br />

mineur.


A ft I S T O T E. 257<br />

ï,- fans, Nicanor héritera de toits mes biens, #<br />

„ difpofera de mes efclaves & de tout d'une ma-<br />

,-, niere convenable. Nicanor aura donc foin &<br />

„ de ma fille & de mon fils Nicomaque, de forte<br />

„ qu'il ne leur manque rien, & il en agira en-<br />

„ vers eux comme leur père & leur frère. Que<br />

„ fi Nicanor venoit à mourir ou avant d'avoir<br />

„ époufé ma fille, ou fans laifler d'esfans, ce<br />

„ qu'il réglera fera exécuté. Si Théophrafle<br />

veut alors retirer ma fille chés lui, il entrera<br />

J»<br />

dans tous les droits que je donne à Nicanor;<br />

finon les Curateurs, prenant confeil avec Anti.<br />

pater, difpoferont de ma fille & de mon fils félon<br />

qu'ils le jugeront le meilleur. Je recommande<br />

aux Tuteurs & à Nicanor de fe fouvenir<br />

de moi & de 1'affeâion qu'Herpylis m'a<br />

toujours portée, prenant foin de moi & de mes<br />

affaires; fi, après ma mort .elle veut fe marier,<br />

ils prendront garde qu'elle n'époufe perfonne<br />

au-defTous de ma condition ; & en ce cas, outre<br />

les préfens qu'elle a déjà reçus, il lui fera<br />

donné un talent d'argent, trois fervantes fi<br />

elle veut, outre celle qu'elle a,' & le jeune<br />

garçon Pyrrhœus; fi elle veut demeurer à<br />

Chalcis,- elle y occupera le logement contigu<br />

au jardin; & fi elle choifit Stagira, elle occupera<br />

la maifon de mes pères; & les Curateurs<br />

feront meubler celui de ces deux endroit*<br />

qu'elle habitera. Nicanor auraufoin.que Myr.-<br />

N s „ mex


t$9 A R I S T O T E.<br />

„ mex foit renvoyé à te parens d'une ttânieie<br />

„ louable & honnête, avec tout ce que j'ai â<br />

„ lui appartenant. Je rens la liberté à Ambra-<br />

„ cis & lui affigne pour dot, lors qu'elle fe marie-<br />

„ ra, cinq cens drachmes & Une fervante; mais<br />

„ à Thala, outre l'efclave achetée qu'elle a, je<br />

„ lègue une jeune efclave & mille drachme».<br />

„ Quant à Simo, outré l'argent qui lui a été don-<br />

„ né pour acheter un autre efclave, ori lui ache-<br />

„ tera un efclave, ou on lui en donnera la vaj,<br />

leur en argent. Taeho recouvrera fa liberté,<br />

„ lorfque ma fille fe mariera. On affranchira<br />

„ pareillement alors Philon & Olympîùs avec<br />

t, fon fils. Les enfans de mes domeftiques ne<br />

„ feront point ren<strong>du</strong>s; mais ils pafléront au feit,<br />

vice de mes héritiers jufqu'à l'âge a<strong>du</strong>lte, pour<br />

j, être affranchis alors, s'ils l'ont mérité. Oa<br />

M aura foin encore de faire achever & placer let<br />

„ Statues que j'ai commandées à GrylFlûh, lavoir<br />

„ celles de Nictnor, dePfOiéûéj & âe ltMere<br />

„ de Nicanbr. Oh placera aùffi celle d'Afin*<br />

a -nefte pour lui fèfViï dé âonùméot, pm'fqu'il<br />

„ eft mort fans enfans. Qh'ori placé auffi dans<br />

„ le Nemée, ou ailleurs -, comme on le trotafre»<br />

i, bon, la Cérès dé ma Mère. On mettra dam<br />

it mon tombeau les os de PVthias; comme elle l'a<br />

,, ordonné. On exécutera auffi le voeU que j'à<br />

„ fait pour la confervation de Nicanor, en pi»<br />

„ çant àStagira tes animaux de pierre quej'à<br />

„ voué*


A a i s T o r m tn<br />

'„ voués pour lui à Jupiter & à Minerve faweur$<br />

„ ils doivent être de quatre coudées. Ce fontlà<br />

fes difpofitions teftamentaires.<br />

On dit qu'on trouva chés lui quantité de va»<br />

fes de terre. Lycon rapporte qu'il fe baignoit,<br />

dans un grand baffin où il mettoit de l'huile<br />

tiède, qu'il revendoit enfuite ; d'autres ditjpne<br />

qu'il portoit fur l'eftomac une bourfe de cuir<br />

qui contenoit de l'huile chaude; & qu'en dormant,<br />

il tenoit dans la main une boule de cuivre,<br />

»u-deffus d'un baffin, afin qu'en tombant dans le<br />

baflïn, elle le réveillât.<br />

On a de lui plufieurs belles ientencesi. Ou<br />

lai demandoit ce que gagnent les menteurs, en<br />

déguifant la vérité ; il leur arrive, dit-il, qu'on<br />

ne les croit pas, lors-même qu'ils ne mentent<br />

point. On lui reprochoit qu'il avoit affifté un<br />

méchant homme; je n'ai pas eu égard à fea<br />

mesura, dit-il, mais â fa qualité d'homme. II<br />

difoit continuellement à fes ami* & à fes difçiples,<br />

que la lumière corporelle vient de l'air<br />

qui nous environne; maiî qu'il n'y a que l'étude<br />

des fciences qui puiffe éclairer l'ame. II répro*<br />

thok aux Athéniens qu'aylnt inventé le froment<br />

*les loix, ils fe fervoient bien de l'un pour vivre,<br />

mais ne faifoient aucun ufage des autre*<br />

pour fe con<strong>du</strong>ire. D difoit que les fciences ont<br />

des racines ameres, mais qu'elles rapportent de»<br />

freits doux; que le bienfait eft ce qui vieillit le<br />

N 6 plu-


joo A R I S T O T E.<br />

plutôt; que l'efpérance eft le fonge d'un homme {<br />

qui veille.Diogene lui préfentant une figue feehe,<br />

ilpenfaque,s'il la refufoit,il lui donneroit quelque<br />

occafionde critique; il l'accepta donc,en difant<br />

Piogene a per<strong>du</strong> fa figue avec le mot qu'il vouloit<br />

dire. En ayant accepté encore une,il l'éleva<br />

eoj'air, comme les enfans, & la regarda en difant,<br />

t grand Diogene ! & puis la lui rendit. Il difoit<br />

que les enfans ont befoin de trois chofes : d'efprit,<br />

d'é<strong>du</strong>cation & d'exercice. On l'avertit<br />

qu'un médifant fàifoit tort à fa réputation ; laiffez<br />

le faire, dit-il, & qu'il me batte même, pourvu<br />

que je ne m'y rencontre pas. Il difoit que la<br />

beauté eft la plus forte de toutes les recommcn..<br />

dations ; mais d'autres veulent que c'eft Diogene<br />

qui la définifibit ainfi, & qu'Ariftote difoit que<br />

la beauté eft un don ; Socrate, qu'elle eft une<br />

tyrannie de peu de <strong>du</strong>rée; Theophrafte, une<br />

tromperie muette; Théocrite,un beau mal; Caraéade,<br />

une Reine 0ms gardes,<br />

* On demandoit à Ariftote quelle différence il<br />

Y avoit entre un homme favant & un ignorant;<br />

celle qu'il y a, dit-il, entre un homme vivant<br />

& un cadavre. Il difoit que la culture de Pefprit<br />

fert d'ornement dans la profpérité, & de confia<br />

îation dans l'adverfité; de forte que les Parens<br />

gui font inftruire leurs enfans.méritent plus d'éloge<br />

que ceuxiqui fe contentent de leur avoir donné<br />

la vie feulement; au-lieu qu'on doit aux ai*<br />

ces


A R I S T O T E. jor<br />

àes l'avantage de vivre heureufement. Quefqu'un<br />

fe glorifiant d'être né dans une grande-ville;<br />

il-dit que ce n'étoit pas à cela qu'il fallait<br />

prendre garde, mais qu'il failoit voir fi o»<br />

étoit digne d'une patrie honorable. On lui de*<br />

manda ce que c'étoit qu'un ami; il-dit que<br />

c'étoit une ame qui antmoit deux corps. Il difoit<br />

qu'il y a des hommes auffi avares de leurs* '<br />

biens que s'ils dévoient toujours vivre, & d'autres<br />

auffi prodigues, que s'ils dévoient mourir à<br />

chaque inftanr. Quelqu'un lui ayant demandé<br />

pourquoi on aimoità être Iong-tems dans la compagnie<br />

des perfonnes qui font belles ; c'eft,.<br />

dit-il: la demande d'un aveugle. A quoi, lui><br />

dit-on r la Philofophie eft-elle utile? A faire<br />

volontairement, reportit-il,. ce que d'autres font<br />

par la crainte des loix. Sur ce qu'on lui demapda<br />

comment des difciples doivent être difpofés<br />

pour faire des progrès; ils doivent, dit-il,.•<br />

tâcher d'atteindre ceux qui font devant eux, &<br />

ne pas s'arrêter pour attendre ceux qui vont:<br />

plus lentement qu'eux.<br />

Un homme, qui parloit beaucoup & indécenrjnentjlui<br />

ayant demandé fi fon difcours ne l'avoib<br />

pas ennuyé: je vous allure, lui dit-il, que je<br />

se vous ai pas écouté. On lui leprochoit qu'il,<br />

avoit donné la charité à un méchant homme;,<br />

j'ai, dit-il, moins confidéré l'homme que l'humanité.<br />

On lui dcmandoit quelle con<strong>du</strong>ite nous<br />

N 7 de>


30*» A R I S T 0 T' E/<br />

devons tenir avec nos amis ; cdle, dlt-i!, que*<br />

nous voudrions qu'ils tinffent avec nous. Il appellent<br />

la jufticè une vertu de I'ame qui nous<br />

ftit agir avec chacun félon fon 'mérite ; & difoit<br />

que rinftruftion eft un guide qui nous mené heureufement<br />

à la vieillefTe. Phavoria, dans le<br />

deuxième Livre de fes Commentaires, dit qu'il<br />

proférait fouvent ces paroles qu'on lit auffi dans<br />

fa Philofophie morale : chers amis ! il n'y a point<br />

de Vrais amis.<br />

Il a écrit beaucoup dé livres dont je donnerai<br />

la lifte pour faire connoltre le génie de ce<br />

grand homme. Quatre livres de la juftiee ; trois<br />

dei PoHes; trois de la Pbilofopbie; deux de la<br />

Politique; u* dé làRbétorique, intitulé» Gryllui;<br />

un qui a pour titre Ntritube; un nomtné le Sopbifte;<br />

un connu fous le nom de Ménixené; un<br />

de VAmour; un intitulé Êanquet; un de la JWtbejft;<br />

un à'Exhortations; un de l'Ame; un de<br />

ht Prière; un de la NoUeffe; un de la Volupté;<br />

un intutilé, Alexandre ou des Colonies} un de la<br />

Royauté; un de la Do&rine ; trois es Bien; autant<br />

des Loix de Platon; deux de la République<br />

de ce Pbilofipbe; un intitulé 0'économique ; ufi d«<br />

l'Amitié; un de la Patience dans la douleur; un<br />

des Scienees; deux d«s Gtntroverfes,; quatre de<br />

Solutions dt cotàroverfes ; autant des diftinBiens<br />

ait Sopbiftes; Un des Contraires; un -des Genres<br />

|f 4es Éfpoies; m dit Propre; trois de Cornmen-<br />

" ' - toi-


A R I S î O T E. 303<br />

ufrn Epicbérématiques (1) ; trois propôfitiotfs fur<br />

la Vertu; un livre d'ObjeQions; un dès cbtfes qui<br />

fe difent diiurfement on fuivttnt le but qu'on Je pr».<br />

pofe; ufi des Mouvement de la colère j cinq de<br />

Morale} trois des Elément; un de la Science; Un<br />

<strong>du</strong> Principe; dix-fèpt Divifions; un de8 tiofès<br />

àrvifibles; deux de l'Interrogation &f desRéponfes;<br />

deux <strong>du</strong> Mouvement; un de Propositions', quatre<br />

des Proportions controverfées ; un des Syllogistnts ;<br />

neuf deâ premières Analyses; deux des dernières<br />

Grandes Analyfes; un des Problèmes; huit de<br />

ee qui regarde la Méthode; urt <strong>du</strong> Meilleur; un<br />

de l'Idée ; fept de Définitions' pour les Lieux communs;<br />

deux de Syllogismes; uh intitulé, Sylhgifiique<br />

& Définitions; un de ce qui eft éligibfe<br />

6P de ce qui ejl accidentel; un des cbofes qui préaient<br />

les Lieux communs; deux des Lieux tetbmuns<br />

pour lès Définitions; un des Paffions; Un<br />

intitulé Divifible; un intitulé, Mathématicien-;<br />

treize Définitions; deux livres fur l'Epicbérem,<br />

tin fut la Folupté; un intitulé Propojitions', un de<br />

t* qui eft Volontaire ; ut dé l'Honnête; tingt-cinq<br />

"queftions Epicbérématiques; quatre Quejtibns J»<br />

t Amour; deux Queftions fur l'Amitié; un livre de<br />

XjUeJiiùnt fur l'Ame-, dent dé là Ptlkique; h»ît<br />

fi) Sorte


5a+ A H I S T O T E r<br />

de la Politique tellt qu'eft celle de Tbéepbraftei<br />

deux des Cbofes jvftes; deux fur l'ajfemblage der<br />

Arts; deux fur l'Art de la Rhétorique; un autre<br />

intitulé, Y Art; deux intitulé, Autre Art: un intitulé,<br />

Méthodique; un intitulé, Intro<strong>du</strong>ction à<br />

l'^rt de Tbéode&e; deux de l'Art Poétique; un<br />

d'Entbymémes Rhétoriques y fur la grandeur; un<br />

<strong>du</strong> Choix des Entbymêmes ; deux de l&Diâion; un<br />

inConfeil; deux- de la Compilation; trois delà<br />

Ifature ; un intitulé Pbyfique ; trois de la PW/»/»piie<br />

d'Arcbytas; un de celle de Speufippe & de<br />

Xénocrate; un des chofes prifes <strong>du</strong> Timée £? 4M<br />

difciples d'Arcbytas j- un fur Meliffus ; un fur<br />

Alcméon; un fur les Pythagoriciens; un fur GOFgûw;<br />

un for Xénocrate; un fur Zenon; un fur<br />

les Pythagoricien* ; neuf des Animaux; huit<br />

i'Anattmie; un intitulé, ciw'x d'Anatomie; un<br />

des Animaux eompofés; un des Animaux fabuleux;<br />

un intitulé de ne p« engendrer; deux des Ptonrej;<br />

un intitulé Pbyfionomiquc ; deux de la Medt<br />

«ne; un de l'Unité; un des fignes de la Temptr<br />

te ; un intitulé Agronomique ; un- de la Muftqut;<br />

un intitulé, Mémorial ; fix des Ambiguïtés d'Homère<br />

> un de la Poétique;trente huit des Cbofes naturelles,par<br />

ordre Alphabétique; deux de Problèmes<br />

revus; deux de Cbofes concernant toutes les Sciences;<br />

un intitulé, Mécbanique; deux de Problèmes<br />

tirés de Démocrite; un de la Pierre; deux<br />

intitulés Jujlifications; un de Paraboles; douze<br />

dû*-


A R I S T O T E. 205<br />

d'Oeuvres indigeftes ; quatorze de Cbofes traitéesfélon<br />

leurs genres; un des Victoires Olympique»;<br />

un de IzMuJique, des jeux Pytbiens; un intitulé<br />

Pytbique; un des. victoires aux jeux Pytbiens; un<br />

des FiSoires de Baccbus ; un des Tragédies ; un<br />

Recueil fur Wijtoire des Poètes; un de Proverbes-;<br />

un intitulé, Loi de Recommandation; quatre des<br />

Loix; un des Prédicamens-T un de Y Interprétation;<br />

cent foixante moins deux Au les différentes Polices<br />

des Filles propofées chacune à part, favoir celles<br />

qui fuivent l'ordre Démocratique, l'Oligarchique,<br />

V Autocratique, & le Monarchique. On trouve<br />

aufli dans fes œuvres les lettres fuivantes, Lettres<br />

à Philippe ; Lettres des Sylembriens (1) ; quatre<br />

lettres à Alexandre ; neuf à Antipater ; une à<br />

Mentor; une à Arijion; une à Olympias; une à<br />

Epbefiion; une à Tbémiftagore; une à Pbiloxene;<br />

une à Démocrite.<br />

Il a auffi écrit un Poime dont le commence*<br />

ment eft, faint interprète des dieux, S vaus- qui<br />

atteignez de loin (2). Et une Elégie dont les<br />

premières paroles fontFiUe d'une mère qui poffede<br />

Science. On compte quatre cens quarante neuf<br />

mille<br />

(1) îline fait de Sjrlembie une ville. Hift. Namr.<br />

Liv. 4. ch. 11.<br />

(1) Comme c'eft un titre d'Apollon, c'eft appaiemr<br />

ment un hymne qui loi e'toit adieflc » ainfi la verfioa<br />

Latine a mal tia<strong>du</strong>it ViiilUri


305 A R I S T O T É.<br />

mille deux cens feptante verfets dans fes Oavrages<br />

(i).<br />

Voila pour ce qui regarde le nombre de fes<br />

ouvrages: voici les opinions qu'il y établit. 11<br />

dHHngue deux fortes de Philofophies, l'une qu'il<br />

appelle Théorétique & l'autre Pratique; comprenant<br />

fous la dernière la Morale & la Politique,<br />

& dans la Politique ce qui regarde la Police<br />

publique & domeftique; fous la Philofopbie<br />

Théorétique, il comprend la Phyfique & la Logique<br />

, & cette dernière non comme une partie de<br />

la Pbilofophie, mais comme un excellent infiniment<br />

pour parvenir à fa connoiflance. II donne<br />

deux objets à la Logique, le vrai & le vraifemblable,<br />

& fefert de deux Méthodes pour chacun,<br />

de la Dialectique & de la Rhétorique, pour le<br />

vraifemblabk, de TAnalyfe & de la Philofopbie<br />

pour le vrai, n'omettant rien ni de ce qui regarde<br />

l'invention, ni de ce qui fert au jugement, ni<br />

de ce qui concerne l'ufage (2). Sur l'inventîoii<br />

il fournit des Lieux communs, des Méthodes,<br />

& une multitude de propofitions d'où l'on peut<br />

re»<br />

(0 U y autoit eu moyen de faite beaucoup de notes<br />

fur ce Catalogue des oeuvres d'Ariftote ; mais elles auraient<br />

été fort ennuyantes à faire & peu utiles pour<br />

les Lecteurs , plufîeurs titres de ces ouvrages ayant<br />

changé.<br />

- i(z) C'eft, je crois, l'application on la pratique des règles<br />

<strong>du</strong> jugement & de l'invention.


A R I îS'.T O T E. 507<br />

reteuîllh* des fajets pour faire des arguinens probables,<br />

pour con<strong>du</strong>ire le jugement. II donne<br />

les premières Analyfes & les fécondes ; les premières<br />

fervent à juger des propofitions majeures,<br />

les fécondes à examiner la conclufion. Foui<br />

l'ufage il fournit tout ce qui regarde la difpute,<br />

les demandes, les difficultés, les argumens Sophiftiques<br />

& les Syllogismes, & autres fecours de<br />

cette nature.<br />

Il établit les fens pour Juges de la vérité, par<br />

rapport aux opérations de l'imagination, & l'entendement<br />

par rapport aux chofes qui regardent<br />

la Police publique, le Gouvernement demeftique<br />

& les Loix. Il n'établit qu'une fin, qui eft la<br />

jouiflànce de la vertu, dans une vie accomplie ;<br />

& il fait dépendre la perfection de la félicité de<br />

trois fortes de biens : ceux de l'ame auxquels tt<br />

donne le premier rang & le plus de pouvoir :<br />

ceux <strong>du</strong> corps, comme la fanté, la force, 1*<br />

beauté , & les autres biens qui 6nt rapport i<br />

ceux-là : enfin ceux qu'il appelle extérieurs, comme<br />

la richefle, la noblefle, la gloire & autres<br />

femblables. Il dit que la vertu ne fuffit pas<br />

pour rendre heureux, & qu'il faut pour cela que<br />

les biens corporels & extérieurs fe trouvent joints<br />

avec elle ; de forte que, quoique fage, on ne laifle<br />

pas d'être malheureux, fi on eft accablé de travaux,<br />

ou dans la pauvreté, ou qu'on foit affligé<br />

d'autres maux pareils. Il difoit au-conttaire que<br />

le


je* A RI S T O T E»<br />

le vice fuffit pour rendre malheureux, quand on<br />

auroit d'ailleurs en abondance les biens <strong>du</strong> eorpj<br />

& les biens extérieurs. Il croyoit que les vertus<br />

ne font pas liées enfemble, en forte que l'une<br />

fuive de l'autre, mais qu'il fe peut qu'un homme<br />

prudent ou tout de même un homme jufle foit<br />

intempérant ou incontinent. Il fuppofoit au fage<br />

aon l'exemption de paffions, mais des paffions<br />

modérées. Il définiflbit l'amitié une égalité de<br />

bienveillance réciproque, & en comptoit trois<br />

efpeces, l'amitié de parenté, l'amour, & l'amitié<br />

d'hofpitalité : car il diftinguoit deux fortes<br />

d'amours, difant qu'outre celui des fens il y avoit<br />

celui qu'infpire la pbilofophie. Il croyoit que le<br />

fage peut aimer, remplir des charges publiques,<br />

embraflër l'état <strong>du</strong> mariage, & vivre à la cour<br />

des Princes. Des trois ordres de vies qu'il dit<br />

tinguoit & qu'il appelloit vie contemplative,<br />

vie pratique & vie voluptueufe, il préféroitle<br />

premier. Il regardoit toutes fortes de feiences<br />

corne utiles pour acquérir la vertu, & dans l'étude<br />

de la Phyfique il re<strong>mont</strong>ait toujours aux eau»<br />

fes; de-là vient qu'il s'applique à donner les raifons<br />

des plus petites chofes ; & c'efl à cela qu'il<br />

faut attribuer la multitude de commentaires qu'il<br />

a écrits fur la Phyfique.<br />

Auflî bien que Platon, il définiflbit Dieu un<br />

être incorporel; & il étend fa providence jufqu'aux<br />

chofes céleftes. U dit auflî que Dieu eft<br />

inv


A R I S T O T E. 309<br />

Immobile. Quant aux chofes terreftres, il-dit<br />

qu'elles font con<strong>du</strong>ites par une fympathie qu'elles<br />

ont avec les chofes céleftes. Et outre les quatre<br />

Siemens, il en fuppofe -un cinquième dont il<br />

dit quelles corps céleftes font compofés, & dont il<br />

prétend que le mouvement eft différent <strong>du</strong> mouvement<br />

des autres Elémens : car il le fait orbiculàire.<br />

Il fuppofe l'ame incorporelle, difant qu'elle<br />

eft ia première entéléchie (1) d'un corps phyfique<br />

& organique qui a le pouvoir de vivre; il<br />

diftingue deux entéléchies & il appelle de ce<br />

nom une chofe dont la forme eft incorporelle.<br />

11 définit l'une une faculté , comme eft celle<br />

.qu'a la cire où l'on imprime une .effigie de Merxure<br />

de recevoir des caractères, ou l'airain de<br />

devenir une ftatue ; & donne à l'autre le nom<br />

à'eïïet, comme eft, par exemple, une image<br />

4e M^cure imprimée ou une ftatue formée. Il<br />

appelle l'ame Tentéléchie d'un corps phyfique,<br />

pour le diftinguer des corps artificiels qui<br />

font l'ouvrage -de l'art, tels qu'une -tour ou<br />

un vaiffe^u & de quelques autres corps naturels<br />

tels Que les Plantes & les Animaux.<br />

Il l'appelle entéléchie d'un corps organique pour<br />

mar-<br />

(0 O» mdoit retfa&ton » «'«* m met imagine pu<br />

Jç'i&ou.


3to A R I S ï O T E.<br />

marque! qu'il «ft particulièrement difpofé pour<br />

die, comme la vue eft faite pour voir & l'ouie<br />

pour entendre. Enfin il l'appelle entéléchie<br />

d'un corps qui a le pouvoir de vivre, pour marquer<br />

qu'il s'agit d'un corps dont la vie réfide en<br />

lui-même. Il diftingue entre le pouvoir qui eft<br />

«is en ade & celui qui eft en habitude, dans le<br />

premier fens l'homme eft dit uvoir une ame,<br />

par exemple, lorfqu'il eft éveillé ; dans le fécond<br />

lorfqu'il dort, de forte que quoique ce dernier<br />

foit fans agir le pouvoir ne laiffe pas de lui demeurer.<br />

Ariflote explique amplement plufieurs autres<br />

chofes qu'il feroit trop long de détailler : car il<br />

étoit extrêmement laborieux & fort ingénieux,<br />

comme il paroit par la lifte que nous avons faite<br />

de fes ouvrages dont le nombre va à près de<br />

quatre cens & dont on n'en révoque aucun ea<br />

doute. Car on met fous fon nom plufieurs autres<br />

écrits auffi bien que des fentences pleines d'efprh,<br />

qu'on fait par tradition.<br />

H y a eu huit Ariftotes : le premier eft eehâ<br />

dont nous venons de parler ; le fécond administra<br />

la République d'Athènes, il y a de lui des<br />

harangues judiciaires fort élégantes; le troifieme<br />

a traité de l'Iliade d'Homère ,• le quatrième qui<br />

étoit un Orateur de Sicile, a écrit contre le<br />

^Panégyrique d'#Qcrate;i:Jfi icinquième qui 4tpit<br />

F*


A R I S T O T E. 3ii<br />

parent d'Efchine,difciple de Socrate, porta le furnom<br />

de Mythus; le fixieme qui étoit Cyrénien<br />

a écrit de l'Art Poétique; le feptieme étoit<br />

maître d'exercice, Arifloxene parle de lui<br />

dans la vie de Platon ; le huitième fut un<br />

Grammairien peu célèbre de qui on a un ouvrage<br />

fur le Pléonasme.<br />

Ariftote de Stagira eut beaucoup de'difciples;<br />

mais le plus célèbre fut Théophraûe, de qui<br />

nous allons parler.<br />

*><br />

THE-


Sii THEOPHRASTE.<br />

THEOPHRASTE.<br />

T Héophrafte d'Erefe fut fils de Mêlante qui,<br />

félon Athénodore, dans le huitième livre de<br />

fes Promenades, exerçoit le métier de Foulon. Il<br />

fit fes premières études, dans fa patrie, fous Leucippe,<br />

fon concitoyen ; enfuite, après avoir été<br />

difciple de Platon, il pafla à l'Ecole d'Ariftote &<br />

«n prit la direflion, lorfque ce Philofophe partit<br />

pour Chalcis la CXIV. Olympiade.<br />

On dit, & Myronien d'Amaftre le confirme,<br />

dans le premier de fes Chapitres biftoriques femblablés,<br />

qu'il avoit un efclave nommé Pompylus<br />

qui fut auffi philofophe. Théophrafte faifoit voir<br />

beaucoup de prudence & étoit fort ftudieux.<br />

Pamphila, dans le deuxième livre de fes Commets<br />

taires, dit que ce fut lui qui forma Ménandre le<br />

Comique; il étoit auffi fort ferviable & aimoit<br />

beaucoup les Lettres.<br />

Il fut protégé de Caffandre; &Ptolomée le fit<br />

inviter de fe rendre à fa Cour. Il s'étoit ren<strong>du</strong><br />

fi agréable aux Athéniens qu'Agonide l'ayant accufé<br />

d'impiété, peu s'en fallut qu'on ne l'en acculât<br />

lui-même ; on lui comptoit plus de deux mille<br />

difciples : multitude dont il prit occafion de<br />

parler, entr'autres chofes, dam une lettre qu'il<br />

éol-


, tTHEQPHIlA£TyS, f<br />

. !


T HEOPHK A STE. Jrj<br />

écrivit à Pbanias le Péripatéticien fur le jugement<br />

qu'on portoit de lui. „ Je fuis (i éloigné,<br />

„ dit-il , de réunir chez moi toute la Grèce<br />

„ qu'au contraire je ne reçois point de fréquen-<br />

„ tes affemblées comme quelqu'un le prétend ;<br />

„ néanmoins les leçons corrigent" les mœurs, &<br />

„ la corruption <strong>du</strong> ficelé ne permet pas qu'ori<br />

„ néglige ce qui eft propre à les réformer. Il<br />

fe donne dans cette lettre le nom de Rhéteur.<br />

Cependant, quoiqu'il fût de ce caractère, il fe retira<br />

pour quelque tems avec les autres Philofophe»,<br />

lorfque Sophocle, fils d'Amphiclidas, leur défendit<br />

de tenir Ecole, Ans le confentement <strong>du</strong> Sénat<br />

& <strong>du</strong> Peuple, fous peine de mort. Us furent<br />

abfens jufqu'au commencement de l'année fuivan»<br />

te que Phillon cita Sephocle en juftice, & fat<br />

caufe que les Athéniens abrogèrent l'Edit, contramnerent<br />

Sqphocle i une amande de cinq talens,<br />

xappelierent les Philofophes à Athènes, & authoflferent<br />

Théophrafte à rependre fon Ecole & i<br />

«nfeigner comme auparavant.<br />

Son véritable nom étoit Tvrtame; mais Aristbte<br />

le changea en celui de Théophrafte, voulant<br />

dire parla qu'il avoit une éloquence plus qu'hu*<br />

maine. Ariftippe, dans le quatrième livre des Délices<br />

des Anciens, dit, qu'il aima beaucoup Nicemaque<br />

quoique celui ci fût fon difciple. On rap>><br />

. porte qu'Ariftote difoit de Théophrafte & de Gai <<br />

lifthene ce que Platon dit de lui & de Xénocra-<br />

Tomt I. O te,


«,14 TflEOPHRASTE.<br />

te, que Théopfarafte avoit tant de pénétration,<br />

qu'il concevoit & expliquent fans peine ce qu'on<br />

lui apprenoit, au lieu que Caliïlhene étok fort<br />

lent; de forte que l'un avoit befoin d'éperon &<br />

l'autre de bride. On dit aufli que Démétrius de<br />

fhalere l'aida à obtenir la pofleffion <strong>du</strong> Jardin<br />

d'Ariftote après fa mort. On lui attribue cette<br />

jnaxime, qu'il vaut mieux fe fier à un cheval<br />

fans frein qu'à une doârine çonfufe. Voyant<br />

.quelqu'un qui fe taifoit dans un feflin, il lui-dk:<br />

fi vous êtes ignorant, vous faites prudemment<br />

de vous taire; mais fi vous avez des lumières<br />

vous faites mal. II difoit aufli continuellement<br />

que l'homme n'a rien de plus précieux qoe le<br />

temps. U mourut âgé de quatre vingt-cinq ans,<br />

après avoir interrompu quelque teins fes occupa-<br />

. dons. J'ai fait ces vers fiir foa fujet. -,<br />

. Quelqu'un a dit avec raifin que Pefprit efi m<br />

me quifiuvent fe rompt, s'il fi reldcbe: tant que<br />

Ttéofirofte a travaillé il a joui d'une fanti rtbuftei<br />

à-peine il prend <strong>du</strong> relâche, qu'il meurt privé de<br />

Vujage de Jes membres.<br />

On rapporte que fes Difciples lui ayant demandé<br />

s'il n'avoit rien à leur ordonner» il leur<br />

.fit cette réponfe. „ Je n'ai rien à vous ordon-<br />

M ner, flnon de vous fouvenir que la vie nous<br />

„ promet fauflement plufleurs plaifirs dans la<br />

„ recherche de la gloire : car quand nous corn-<br />

,» mençons à «ivre nous devons mourir. Riea<br />

M n'eft


T II E O P H R A S T E. 315<br />

„ n'eft donc plus vain que l'amour de la gloire.<br />

„ Ainfi tâchez de vivre heureufement, & ou ne<br />

„ vous appliquez point <strong>du</strong> tout à la. fcience,<br />

„ parce qu'elle demande beaucoup de travail»<br />

„ ou appliquez-vous y comme il faut, parce que<br />

„ la gloire qui vous en reviendra fera grande.'<br />

„ Le vuide de la vie l'emporte fur les avantages<br />

„ qu'elle procure ; mais il n'eft plus temps pour<br />

„ moi de confeiller ce qu'il faut faire, c'eft à<br />

„ vous-même d'y prendre garde.<br />

En difant cela il expira, & toute la ville<br />

d'Athènes honora fes funérailles, en fuivant fon<br />

corps. Phavorin dit que, lorfqu'il fut venu fur<br />

l'âge, il fe raifoit porter en litière, & cite làdcffus<br />

Hernrippe qui ajoute que cela eft rapporté<br />

par Arcéfites de Pitane, parmi les chofes qu'il<br />

dit à Lacydes de Cyrene.<br />

Ce Philofophe a laiffé beaucoup d'Ouvrages<br />

qui méritent que nous en faifions le Catalogue,<br />

parce qu'ils font remplis d'excellentes chofes; le<br />

voici. Trois Livres des premières Analyses, fept<br />

des fécondes; un de la Solution des Syllogismes ;<br />

un Abrégé d'Analyfes; deux de IzDé<strong>du</strong>ftion des<br />

Lieux communs ; un Livre polémique fur les difcourt<br />

de difpute, un des Sens, un fur Anaxagore, un<br />

des Opinions d'Anaxagore, un des Maximes d'A'<br />

naximene, un des Sentences d'Arcbélaûs, un des<br />

différentes fortes de fel de Nitre g> d'Alun, un<br />

de la Pétrification, un des Lignes indiviftbles;„<br />

0 2 - un


3t6 THEOPHRASTE.<br />

un de l'Orne, un des Vents, un de la différence<br />

des Vertus, un de la Royauté, un de l'E<strong>du</strong>cation<br />

des Princes, trois de Vies, un de la Vieilleffe,<br />

un de YAftroUgie de Démocrite, un des<br />

Météores, un des Simulacbres, un des Humeurs,<br />

<strong>du</strong> Teint & des Cbairs, un de l'Arrangement,<br />

un de l'Homme, un Recueil des mots.de Diogene,<br />

trois Livres de Diftin&ions, un de l'Amour, un<br />

autre fur le même fujet, un de la Félicité, deux<br />

àesEfpeces, un <strong>du</strong> Mal ca<strong>du</strong>c, un de l'Infpiratien<br />

divine, un fur Empédocle, dix-huit à'Epicbéremes<br />

(i), trois de Controverfes, un des Cbofes qui<br />

fe font volontairement, deux contenant l'abrégé<br />

de la République de Platon, un de la diverfité de<br />

la voix entre des Animaux de même genre, un<br />

des Phénomènes réunis, un des Bites nuifibles par<br />

la morfure (f f attouchement, un de celles qui<br />

pajfent pour douées de raifon, un des Animaux<br />

qui changent de couleur, un de ceux qui fe<br />

font des tannieres, fept des Animaux en général,<br />

un de la Volupté félon Ariftote, vingt-quatre quef.<br />

tions, un Traité <strong>du</strong> chaud £p <strong>du</strong> froid, un des<br />

Vertiges &P de l'ébkuiffcment, un de la Sueur, un<br />

de l'Affirmation & de la Négation, un intitulé<br />

Cal-<br />

fi) Pont dire encore un mot de cette enreffioa. Bec-<br />

•ard.dans fon recueil de JaPhilofophicd'Anftote, dit que<br />

J'Epichéreme cfi un Syllogifmej 8c Ulon Chauvin, c'eft vas<br />

•Jpccc 4c Sorite*.


THEOPHRASTE. J17<br />

Callijibene ou <strong>du</strong> Deuil, un de la Laffaude,<br />

trois <strong>du</strong> Mouvement, un des Qualités des Pierres,<br />

un des Maladies contagieufes, un de la Défaillance,<br />

un fous le titre de Mègarique, un de la<br />

Bile noire, deux des Métaux, un <strong>du</strong> Miel, un<br />

Recueil des opinions de Métrodore, deux livres fur<br />

les Météores, un de l'Tvrefjfe, vingt-quatre des<br />

Loix par ordre alphabétique ; dix Livres contenant<br />

un Abrégé des Loix, un fur les Définitions, un<br />

des Odeurs, un <strong>du</strong> Fin £3* de l'Huile, dix-huit<br />

des premières Proportions, trois des Lé giflât euri ,<br />

fix de la Politique, quatre intitulés Le Politique<br />

fuivant les circonftances, quatre des Mœurs civiles,<br />

un de la meilleure République, cinq de ColleQien<br />

de Problêmes, un des Proverbes, un des Cbofes<br />

quife gèlent.& fe liquéfient, deux <strong>du</strong> Feu, un des<br />

Efprits, un de la Paralyfie, un de la Suffocation,<br />

un .de la Démence, un des PaJJions, un des Signes<br />

, deux des Sopbismes , un de la Solution des<br />

Syllogifmes, deux des Lieux communs, deux de<br />

la Vengeance, un des Cheveux, un de la Tyran-<br />

.nie , trois de l'Eau, un <strong>du</strong> Sommeil £? des<br />

Songes, trois de l'amitié, deux de l'Ambition,<br />

trois de /a Nature,. dix-huit des Cbofes naturelles,<br />

deux contenans un Abrégé des cbofes naturelles,<br />

huit fur le même fujet, un fur les Pbjficiens,<br />

dix d'Hiftoire Naturelle, huit des Caufes<br />

naturelles, cinq des Sucs, un de la Faujfeté de la<br />

Volupté, wtQueJiionfurl'Ame, un Livre des Pre*-<br />

O 3 vts


3i8 THEOPHRASTE.<br />

ves où il n'entre point de l'Art (i),un des Doutes fineres,<br />

un de l'Harmonie, un de la Vertu, un des<br />

Répugnances ou des contradictions, vn de la Négation,<br />

un.de YOpinion, un <strong>du</strong> Ridicule, deux<br />

des Soirées, deux de Divifions, un des Cbofes<br />

différentes, un des Injures, un de la Calomnie,<br />

un de la Louange, un de l'Expérience, trois de<br />

Lettres, un des Animaux qui viennent par bazard,<br />

«n des Sécrétions, un de la Louange des Dieux,<br />

un désister, un <strong>du</strong> Bonheur, un des Entbymè-<br />

, mes, un des Inventions , un intitulé Loifirs de<br />

Morale, un de CaraQeres Moraux, un <strong>du</strong> 7»<br />

multe, un de l'Hiftoire, un <strong>du</strong> Jugement des Syllogismes<br />

, un de la Flatterie, un de la Mer, an<br />

à Caffandre fur la Royauté, un de la Comédie, un<br />

des Météores, un de la Dittion, un recueil rfc<br />

Mett,' un livre de Solutions, trois de la-Ma/fy»*,<br />

un des Me/ures, un intitulé Mégacles, un des<br />

Loue, un de la Violation des Loix, un Recueil des<br />

penfées de Xinocrate, un de Converfations, un <strong>du</strong><br />

Serment, un de Confeils de Rhétorique, un des<br />

Ri-<br />

ft) Voyez Je Thrèfor d'Etienne. La verfion Latine»<br />

tra<strong>du</strong>it de la /»«' indntit*ile j plus haut elle-«et <strong>du</strong> Ltix<br />

fittn les Elimeni pour, ftr nir$ alfbaÛtiqut, Mnidim<br />

pour feiréet, chiix pour fieraient ; & comme il n'y a<br />

point de notes fur ces endroits 8c d'autres que nous ae<br />

xemaïquons point,.cela fait voit que 1rs interprètes ont<br />

«ncoie laifle & glaner j nous lai/Tons même de l'ouvrage<br />

« d'auuc*.


T H E O P H R A S T E. gït><br />

Ricbejfes, un de la Poëfie, un de Probiémes ie<br />

Politique,'de Morale , ie Pbyfique if d'Amitié,<br />

Un de Préfaces, un Recueil de Problèmes, tfn de<br />

Problèmes Pbyfiques, un de l'Exemple, un de te<br />

Propofiticm & ie la Narration, «h de la Poèfitv<br />

un fur les Pbihfopbes, tin fur le Cmfeil, un fur<br />

les Solécismes, un de la Rhétorique, dîx-fept Espèces<br />

d'art fur la Rhétorique^ un Traité ie laDtffimulation,<br />

fix de Commentaires d'Ariftote eu tfs<br />

TbéopVrafte -, feize A'Opinions fur la Nature, un<br />

des Cbofes naturelles en abrégé, un <strong>du</strong> Bienfait ,••<br />

un de Cara&eree moraux, un <strong>du</strong> Vrai £p <strong>du</strong> Faux,<br />

fix d'H$ftoires concernant la Religion, trois des<br />

Dieux, quatre Livres hiftoriques touchant la Goemétrie,<br />

fix contenant


1320 THEOPHRASTE.<br />

1 trolcgie , un à.'Arithmétique, un de VAccroifitment,<br />

un intitulé Acicbarus, un des Plaidoyés, un<br />

de la Calomnie, des Lettres àAftycréon, à Pbanits<br />

& à Nicanor, un Traité de la Piété, un fous le<br />

titre d'Euîade, deux des Occafions, un des Difcours<br />

familiers,' un de la Con<strong>du</strong>ite des enfans, un<br />

autre différent, un de YlnflmQion, ou des Fertus<br />

ou de la Tempérance, un d'Exhortations, un des<br />

Nombres, un de Règles fur l'exprejfiotj desSyllogif<br />

mes, un <strong>du</strong> Ciel, deux de Politique ; un de la Nature,<br />

enRa des Fruits, & des Animaux. On compte<br />

dans ces ouvrages deux-cens trente-deux mille<br />

huit-cens huit verfets: voila pour ce qui regarde<br />

fes Livres.<br />

Son teftament que j'ai lu eft conçu en ces termes.<br />

„ J'efpere une bonne fanté; cependant,<br />

„ s'il m'arrivoit quelque chofe', je difpofe ain/î<br />

„ de ce qui me regarde. Mêlante & Pancréon<br />

„ fils deLéonte, hériteront dé tout ce qui eft<br />

.,' dans ma maifon. Quant aux chofes que j'ai<br />

„ confiées â Hipparque, voici ce que je<br />

„ veux qu'on en faflfe ; on achèvera le lieu que<br />

„ j'ai confacré aux Mufes & les Statues àei<br />

„ Déefles,- & on fera ce qui fe pourra pour les<br />

„ embellir. Enfuite on placera dans la chappel-<br />

„ le l'Image d'Ariftote & les autres dons qui y<br />

„ étoient auparavant. On conftruiia, près de ce<br />

,, lieu dédié aux Mufes, un petit portique auffi<br />

„ beau que celui qui y étoit. On mettra J«<br />

, . „ Map-


T H E O P H R A S T E. 3«<br />

„ Mappemondes dans le portique inférieur, 4t<br />

„ on élèvera un Autel bien fait & convenable. Je<br />

„ veux qu'on achevé la Statue de Nicomaque>&<br />

,, Praxitèle qui en a fait la forme fera les autres<br />

„ dépenfes qu'elle demande ; on la mettra là où<br />

„ le jugeront à propos, ceux que je nomme<br />

„ exécuteurs de mes volontés : voila ce que j'or-<br />

„ donne per rapport à la chapelle & à fes orne»<br />

„ mens. Je donne à Callinus la Métairie que<br />

„ j'ai à Stagira ; Nélée aura tous mes livres ; &<br />

„ je donne mon jardin avec l'endroit qui fert i<br />

„ la promenade & tous les logemens qui appar-<br />

„ tiennent au jardin à ceux de mes amis que je<br />

„ fpécifie dans ce teftament & qui voudront s'en<br />

„ fervir pour pafTer le tems enfemble & s'occu-<br />

„ per à la Philofophie : puis qu'il eft impoffible<br />

„ que tout le monde puifle voyager. Je ftipule<br />

„ pourtant qu'ils n'aliéneront point ce bien &<br />

„ que perfonne ne fe l'appropriera en particu-<br />

„ lier; mais qu'ils le poflëderont en commun,<br />

„ comme un bien facré, & en jouiront amicale.<br />

„ ment, cornue il eft jufte & convenable. Ceux<br />

„ qui auront part à ce don font Hipparque,<br />

„ Nélée, Straton, Callinus, Démotime, Dd-<br />

„ marate, Callifthene, Mêlante, Pancréon, &<br />

„ Nicippe. H dépendra pourtant d'Ariftote, fils<br />

„ de Mydias & de Pythias, de participer au même<br />

„ droit s'il a <strong>du</strong> goût pour la Philofophie ; &<br />

„ alors les plus, âgés prendront de lui tout le<br />

Os „ foin


3» THEOPHRASTE.<br />

„ foin poflîble, afin de l'y faire avancer. On<br />

„ m'enterrera dans le lieu <strong>du</strong> jardin.qu'on juge- '<br />

„ ra le plus convenable, fans faire aucune dé-<br />

,, penfe fuperflue pour mon cercueil ou pour<br />

„ mes funérailles. Tout cela enfemble étant<br />

„ exécuté après ma mort, ce qui regarde la<br />

„ chapelle, le jardin , l'endroit de la promena-<br />

„ de, je veux encore que Pompylus qui y de-<br />

„ meure continue d'en prendre foin comme au-<br />

„ paravant, & ceux à qui je donne ces biens<br />

„ pourvoiront à fes befoins; je fuis d'avis que<br />

„ Pompylus & Threpta qui font .libres depuis<br />

„ long-temps ôtm'ont bien fervi,poû"edent en fûre-<br />

„ té tant ce que je peux leur avoir donné ci-<br />

,, devant que ce qu'ils ont acquis eux-mêmes,<br />

„ & les deux mille drachmes que j'ai réglé<br />

„ qu'Hipparque leur donnera, ainfi que j'en ai<br />

„ fouvent parlé à Mêlante & Pancéron eux-mê-<br />

„ mes qui m'ont approuvé en tout. Au.refte<br />

„ je leur donne Somatalcs & une fervante; de<br />

„ quant aux garçons Molon, Cimdn, & Parmé-<br />

„ non que j'ai déjà affranchis, jHeur donne la<br />

,y liberté de s'en aller ; j'affranchis pareillement<br />

„ Mânes & Callias, après qu'ils auront demeuré<br />

„ quatre ans dans le jardin & y auront travaillé<br />

„ fans mériter de reproche. Quant aux menus<br />

„ meubles, après qu'on en aura donné à Pompy-<br />

„ lus ce que les exécuteurs jugeront à propos, on<br />

„ vendra le refte. Je donne Cation à Démorime,


T'H EJO P H R A S TE- yvf<br />

„ me, Donaoë'à Nélce & je veux qu'Eubuç:<br />

„ foie Ven<strong>du</strong>. Hipparque donnera trois mille<br />

.,, drachmes i Gillinufe. J'ordoiinerois quéMtf-<br />

„ Iante & Pancréori pïrWgeauentmafuccêflionavec<br />

„ Hipparque, fi je ne coùfîdérois qu'HipparqUe<br />

„ m'a ren<strong>du</strong> de' grands fervices' ci devant, &<br />

y, qu'il A beaucoup per<strong>du</strong> de fes biens ; je penfe -<br />

„ d'ailleurs qu'ils ne pourroient pas facilemefejt<br />

•,, adminiftter mes biens en commun. Ainfi j'ai<br />

„ jugé qu'il étoit plus utile :poilr eux dfe leur fdi-<br />

,, re donner une fomme par Hipparque; il leur"<br />

„ donnera donc à chacun un talent,- H aura foin !<br />

,, de donner auffi aux Exécuteurs ce qu'il faut<br />

',, pour les dépenfes marquées dans ce Teftament,-<br />

,, lorsqu'elles devront fe. faire. Après qu'Hip-<br />

„ parque aura fait tout cela, il fera dégagé de<br />

„ tous les contrefis que j'ai à fa charge ; & s'il a<br />

„ pu faire quelque gain fous mon nom en Chal-<br />

„ cide,ce fera pour fon profit. Je nomme Exé--<br />

„ cuteurs de mes volontés dans ce préfent tefta-<br />

„ ment,Hipparque, Nélée, Straton, Callinus,,<br />

„ Démotime, Callifthene, Ctéfarque. Trois co*<br />

pies de ce Teftament, fijellées de l'anneau de<br />

Théophrafte, furent délivrées l'une à Hégéfias<br />

fils d'Hipparque dequoi Callipe de Pellane,<br />

Philomele d'Euonime, Lyfandre d'Hybées, • &<br />

Philion d'Alopece font témoins; l'autre copie<br />

fut donnée en préfence des mêmes témoins à<br />

Olymp.iodore ; la dernière a été donnée à Adi-<br />

O & man-


3i+ THEOPHRASTÏ<br />

mante & reçue par les mains d'Androfthene fon<br />

fils, de quoi ont été témoins Aimnefte fils de<br />

Cléobule, Lyfiftrate de Thaûe fils de Phidon,<br />

Strafon de Lampfaque fils d'Arcéfilas, Théfippe<br />

fils de Théfippe de Cérame, Diofcoride d'Epi:<br />

céphlfe fils de Denys,<br />

Voila quel fut le Teftament de Théophrafte.<br />

On dit que le Médecin Erafiftrate a été fon<br />

difciple & cela eft probable.<br />

STRA-


•S T R A T G N. 3«S<br />

S T R A T O N.<br />

S Sttaton de Lampfaque fils d'Arcéfilas, & lemême<br />

dont Théophrafte parle dans fon Teftament,<br />

hérita de fon école. Ce fut un homme<br />

fort éloquent & on lui donna le nom de Phyficien,<br />

à caufe qu'il s'appliqua plus à la Phyfique<br />

qu'aux autres Sciences.<br />

Il enfeigna Ptolomée Philadelphe qui lui fit<br />

préfent de quatre vingt talens. Apollodore remarque,<br />

dans fes Chroniques, qu'il commença'à<br />

con<strong>du</strong>ire l'Ecole laCXXIII. Olympiade, & qu'il<br />

la dirigea pendant dix-huit ans. On a de lui,<br />

trois Livres fur la Royauté, trois de la Juftice,<br />

trois <strong>du</strong> Bien, trois des Dieux, trois <strong>du</strong> Gouvernement.<br />

Il a aufli fait d'autres Livres intitulés<br />

des Fies, de la Félicité, de la Pbilofophie, delà<br />

Force, <strong>du</strong>Vuide, <strong>du</strong> Ciel, del'Efprit, de la Nature<br />

humaine, de la Génération des Animaux, de<br />

l'union <strong>du</strong> Mariage, <strong>du</strong> Sommeil, des Songes, de<br />

la Vue, <strong>du</strong> Sentiment, de la Volupté, des Couleurs,<br />

des Maladies, desjugemens, des Forces, des Métaux<br />

, de la Mécbanique, de la Faim, des Eblouif-<br />

Jemens, de la Légèreté & de la Gravité, de l'Infpiratien<br />

divine, <strong>du</strong> Tenu, de la Nourriture fc? de<br />

l'AccroiJfement, des Animaux dont m doute, des<br />

O 7 Anh


j*5 S T k A T Ô N.<br />

Animaux fabuleux, des Caufes, de la folution des<br />

Ambiguïtés , > des. Préfaces pour les Lieux communs;<br />

de ce qui arrive far accident, des- Définitions,<br />

<strong>du</strong> Plus Ç^ <strong>du</strong> Moins, de VInjuftice, <strong>du</strong><br />

Premier 6? <strong>du</strong> Dernier, <strong>du</strong> Genre premier, <strong>du</strong><br />

Propre, <strong>du</strong> Futur, deux Indices d'inventions, îki<br />

Commentaires (mais on doute s'ils font de lui),<br />

des Lettres qui commencent par ces mots, Stwton<br />

hArfinoi,faiui.<br />

On dit qu'il étoit d'Une coinplexion fï délicate<br />

qu'il mourut fans fentiment; c'eft furquoi rou.<br />

lent les vers fuivans que j'ai faits pour lui.<br />

Paffant je t'apprens qu'ici repofe- Straton de<br />

Lampfaque qui ne ceffa de s'oindre le corps fans ipie<br />

cela le rendit moins foible; il ItttU toujours cimttt<br />

les maladies & mourut fêià teffenti* les aitgoiffes<br />

4e ta mort.<br />

B y'a ett huit Stfâtens : le "premier fut di(Spie<br />

d'Ifocrate} le fecoml eft celui dont nous parlons<br />

; le troifieme qui profeiïl la Médecine fat<br />

inftmit, ou, comme d'autres difeht.élevé parErâflftratè<br />

; le quatrième, Hlftorfen Va écrit la vie *<br />

Philippe & de Perfée, qui ont fait la gWerrèMft<br />

Romains,' le ïîxieme fit des Eplgrammes ,-< 1* ftptîeme<br />

eft appelle ancien Médecin par Arîftô»;<br />

le huitième., Phllofoph* P^ipatétk-ie», vécut à<br />

Alexandrie.<br />

On Côfllêrve 'encore leïVsftamtnt ée S&tm<br />

le Phyfitien r ea voici le co*t«â«e. „ S* k<br />

• ' - ' more


• S T R A T 0 N. 3s7<br />

mort me fùrprend, je difpofe ainh\ Je îahTe-à<br />

Lampyrion & à Arcélilas tout 1 ce qui-dï dans<br />

ma màifon. Quant à l'argent que j'ai à Athe •<br />

nés', les Exécuteurs teftamentaires auront foin<br />

de l'employer aux Fraix de mes funérailles &<br />

des cérémonies ordinaires, en évitant également<br />

la prodigalité & l'avarice. Ces Exéctrtturs<br />

Feront. Olympiens-,' Ariftide, Mnêfîgene-,<br />

Hippocrate, Epicrate , Gorgyle, ; Diodes-,<br />

Lyeon, & Athanes^ Lycon fuccéderâ à mon<br />

Ecole, les autres étant ou trop âgés ou filfcchargés<br />

d'occupations ; & ilsferont bîen, & le»<br />

autres aufli, s'ils approuvent cette difpôfkrorr;<br />

je lui donne tous mes 1 ivres : excepté ceux que<br />

j'ai compofés, & je lui lègue tous mes meurblés<br />

de table,, mes gobelets-& mes habits.<br />

Epicrate recevra de mes Exécuteurs cinq cens<br />

drachmes & celui des garçons qui me Fervent<br />

qu'il plaira à Arcélilas de choim*. Lampyrioh<br />

& Arcélilas déchireront les contrats que Daippe<br />

a paiTés pour Irée, en forte que n'étant<br />

redevable ni à Lampyta'on ni à fes héritiers,<br />

il foit dégagé de toute obligation envers eux.<br />

Mes Exécuteurs lui paieront cinq-cens drachmes<br />

& lui donneront tel de mes domeftiques<br />

qu'Areéfilas jugera à propos ; afin qu'ayant<br />

beaucoup travaillé pour moi, comme il a fait,<br />

il ait de quoi vivre honnêtement. Je rends la<br />

liberté à Dioclès & à Abus. Je remets Sim-<br />

„,mia:


jiS S T R A T O N .<br />

„ mia au pouvoir d'Arcéfilas & j'affranchis Dro-<br />

„ mon. Aufli-tôt qu'Arcéfilas fera arrivé, Irée<br />

„ calculera avec Olympicus & Epicrate les frais<br />

„ de mes funérailles & des autres chofes prefcri-<br />

„ tes par l'ufage; le furplus appartiendra à Ar-<br />

„ céfilas qui pourra l'exiger d'OIympicus, maïs<br />

„ uns intenter d'action contre lui, pour avoir<br />

„ retardé le paiement, ou pour les intérêts des<br />

,, années échues, Arcéfilas retirera des mains de<br />

„ Philocrate, fils deTifamene, les contracte que<br />

,f j'ai faits avec Olympicus & Aménias. Four ce<br />

„ qui regarde mon fépulchre, je m'en rapporte â<br />

„ Arcéfilas. Olympicus & Lycon. Voila le Teftament<br />

de Straton tel que l'a recueilli Arifton<br />

de Cos.<br />

Straton, comme nous l'avons déjà dit, étoit an<br />

homme eftimable, verfé dans toutes fortes de<br />

fciedces & principalement dans la Pbyfique, qui<br />

eft la plus ancienne, & la plus digne qu'on s'y<br />

applique.<br />

XT-


L y C O N. 3*9<br />

L Y C O N.<br />

L Ycon de la Troade & fils d'Aftyanacte fiiccéda<br />

à Straton ; il étoit éloquent & habile<br />

à con<strong>du</strong>ire la jeuneffe & il difoit à ce fujet qu'il<br />

faut gouverner les jeunes gens par la honte &<br />

l'amour de l'honneur, comme on fe fert pour les<br />

chevaux de l'éperon & de la bride. Il a donné<br />

des preuves de belle élocution & de beaucoup<br />

de génie. On rapporte qu'à propos d'une fille<br />

fans biens, il dit que c'étoit un grand fardeau<br />

pour un Père de lui voir paffer la fleur de fon<br />

âge fans mari, faute de dot. Antigone dit à<br />

fon occafion que, de môme qu'on ne peut communiquer<br />

à un autre fruit l'odeur & ra beauté de la<br />

pomme, il en eft pareillement des hommes ; &<br />

que, dans chaque chofe qu'un homme dit, il faut<br />

le confidérer lui - même, ainfi qu'une forte de<br />

fruit eft particulière à l'arbre qui le porte ; & il<br />

difoit cela relativement à la grâce queLycon mettoit<br />

dans fes difcours. De-là vient que plufieurs<br />

ajoutant la lettre G à fon nom l'appelloientGlycon<br />

, mot qui fignifie douceur. Sa plume étoit cependant<br />

moins éloquente. Il railloit beaucoup<br />

ceux qui regrettoient de n'avoir rien appris, lorsqu'il<br />

en étoit temps & fouhaitoient enfuite de favoii


330 L T> C O N.<br />

voir quelque chofe, & difoit que ceux qui forraoient<br />

ces vœux inutiles s'accufqient eux-mêmes<br />

par le repentir qu'ils témoignaient ( de leur négligence<br />

irréparable. Quant à ceux qui fuivoient<br />

une mauvaife méthode, il difoit que la raifon<br />

leur échappoit & qu'ils faifoient comme ceux qui,<br />

avec une ligne courbe, vouloient meftirer une chofe<br />

droite, ou fe voir dans une eau bourbeufe ou<br />

dans un miroir renverfé. Il: difoit auffi qu'on<br />

voyoit beaucoup de gens prétendre aux çouron.<br />

nés <strong>du</strong> barreau, & fort peu ou perfonne rechercher<br />

celles des Jeux Olympiques.<br />

Ce Fhilofophe fut fouvent utile aux Athéniens<br />

par les bons confeits qu'il leur donna. Il étoit<br />

fort propre fur fa perfonne, &Hermippe dit<br />

qu'il donnolt dans la délicateSe par rapport aux<br />

- habits. Il s'exerçoit auflï beaucoup & étoit d'une<br />

bonne conftitution de corps. Antigone de Caryfte<br />

dit qu'il avoit l'air d'un Athlète, ayant les<br />

oreilles meurtries & lé corps luifant. On dit auffi<br />

qu'étant dans fa patrie, il combattit dans les Jeux<br />

Iliaques & dans les Jeux, de boule. Il eut beaucoup<br />

de part à l'amitié d'Attale !& d'fîOHiene qui<br />

lui firent de riches préfeœ. Antiochus tâcha de<br />

l'avoir; mais il n'y réuffitpoint. Ati-refte ilétoit<br />

G ennemi de Jérôme ïe Péripatéticien qu'il étoit<br />

le feut qui n'allôit point le. voir-dans la fête qu'il<br />

donnoit le jour de fa rraiflknceycc de laquelle notu<br />

avons parlé dans la vie d'Arcéfilas. :<br />

• ' Il


L Y C O N. 331<br />

Il gouverna fon Ecole pendant quarante-quatre<br />

ans, Straton l'en, ayant laiffé fijccefleur la<br />

OXXVII. Olympiade, U fut auffi difcipte de<br />

. Panthœ<strong>du</strong>s le Diale&icien, & mourut de la goutte<br />

âgé de foixante& quatorze ans. J'ai fait cette<br />

Epigramme fur fon • fujet.<br />

Je ne puis paffer fous filence le fort de Lycon,<br />

qui mourut affligé de la goutte ; je m'étonne qu'ayant<br />

à faire le long chemin de l'autre vie & ayant toujours<br />

eu befoin de fecours four marcher, il l'ait<br />

: fait dans une nuit.<br />

Il y a eu plufieurs Lycons, le premier étoit<br />

. Philofophe Pythagoricien , le fécond eft celui<br />

dont nous parlons, le troifieme fut Poëte Epi-<br />

_que, le quatrième compofa des Epigrammes,<br />

J'ai trouvé le Teftament de Lycon, qui eft con~<br />

. içu en ces termes.<br />

„ En cas que je (uccombeà ma maladie, je<br />

.», •QiCpafe ainfi de mes biens ; je lègue ce qui eft<br />

», dans ma maifon aux frères Aftyanax & Lycon,<br />

s, à condition qu'ils en reftitueront ce dont j'ai<br />

-»> eu l'ufage à Athènes,& que j'ai ou emprunté<br />

„ de quelqu'un ou pris à gage & qu'As paieront<br />

„ ce qui eft requis pour mes funérailles & ce<br />

», qui doit s'y obferver. Ce qui m'appartient,<br />

•», dans la ville & à Ègrne, je le donne à Lycon,<br />

« tant à caufe de mon nom qu'il porte, que par<br />

„ rapport au féjour qu'il à.fait avec moi, & au<br />

*, foin, qu'il a eu de me plaire, comme il étoit<br />

: ' . ,x jufte


33a L Y C O Ni<br />

„ jufte : pulfqu'il me tenoit Heu de fils. Je donne<br />

„ le jardin & l'endroit de la promenade à nfts<br />

„ amis, Rulon, Callinus, Arifton, Amphion, Ly-<br />

„ con , Python, Ariftomaque, Héradius, Lyco-<br />

„' mede, & Lycon mon fleveu, qui choifiront<br />

„ enfemble celui qu'ils croiront le plus capable<br />

„ de remplir mes fonctions ; & j'exhorte mes au<br />

„ très amis à concourir avec eux à ce choix,<br />

„- tant par considération pour moi, que pour<br />

„ l'endroit-même. Rulon & Callinus auront foin<br />

„ de mes funérailles & de faire brûler mon corps;<br />

„ & ils prendront garde qu'il n'y ait en cela ni<br />

„ trop d'excès, ni trop d'épargne. Lycon don-<br />

„ nera les olives que j'ai à Egine aux jeunes<br />

„ gens pour s'oindre le corps, afin que ma mé-<br />

„ moire & celle de ceux qui m'ont porté <strong>du</strong> re-<br />

„ fpecl foit confacrée par une chofe dont Tiu»-<br />

„ ge foit utile. H m'érfgera auffi une ilatue &<br />

„ Diophante & Héraclide, fils de Démétrius, ve^<br />

„ ront avec lui dans quel endroit elle fera le<br />

„ mieux placée. Lycon rendra ce que je puis<br />

„" avoir emprunté depuis fon départ, en quoi Bu-<br />

„ Ion & Callinus lui font ajoints; il paiera auffi<br />

„ ce qui regarde mes funérailles & 1» folemni-<br />

„ tés ufitées; & il prendra ce qu'il faut pour ce-<br />

„ la,de ce que je lui laide en commun avec fon<br />

„ frère. Il aura auflî la confidération convena-<br />

„ ble pour les Médecins Pafithémis &Midias qui<br />

„ méritent de l'eftime, tant pour les foins qu'ils<br />

„ ont


L Y C O N. 333<br />

„ -ont pris de moi que pour leur Art, & qui font<br />

„ dignes d'un plus grand honneur encore; je fais<br />

„ .préfent de deux coupes au fils de Callinus &<br />

„ de deux bijoux à fa femme, aufli bien que de<br />

„ deux tapis,l'un velu & l'autre ras,avec une ta-<br />

„ piflerie & deux de mes meilleurs oreillers,<br />

„ afin qu'on voie que je me fouviens d'eux.<br />

„ Four ce qui regarde mes Domeftiqués, voici<br />

„ ce que j'en ordonne : Démétrius que j'ai af-<br />

„ franchi depuis long-tems, aura avec le prix de<br />

„ fon rachat que je lui remets, cinq mines, un<br />

„ manteau & une faie, afin qu'après avoir beau.<br />

„ coup travaillé à mon fervice il ait une vie<br />

„ honorable. Je difpenfe pareillement Criton de<br />

„ Chalcédoine de l'obligation de racheter fa'li-<br />

„ berté & lui aflîgne quatre mines. J'affranchis<br />

M Mycrus qui fera entretenu & inftruit par I,y-<br />

„ con pendant fix ans è compter de ce jour.<br />

„ Chœrès aura aufli fa liberté, & outre que Ly-<br />

„ con l'entretiendra, il lui donnera deux mines<br />

„ & ceux de mes livres que j'ai communiqués au<br />

„ public; ceux qui n'ont pas été mis au jour fe-<br />

„ ront donnés a Callinus qui aura foin de les<br />

„ publier. Je renvoie Syrus libre ; je lui don •<br />

„ ne Ménodora; & s'il me doit quelque chofe, je le<br />

„ lui remets & lui en fais préfent. On donnera à Hi-<br />

„ lara cinq mines, un tapis velu, deux oreiU<br />

„ 1ers, une tapifferie, & un de mes lits i fon<br />

„ choix. J'affranchis aufli la Mère de Micrus,


334 L Y C O- N.<br />

„ Nœmon , Dion, Théon, Euphranor, &<br />

„ Hermias, ainfi qu'Agathon, celui-ci après deux<br />

„ ans de fervice ; mes porteurs Ophélion & Po-<br />

„ fidonius ferviront encore quatre ans, après<br />

„ quoi ils feront libres. Enfin je laifle à Dé-<br />

„ métrius Criton & Syrus à chacun un lit & un<br />

„ habit au choix de Lycon, pour récompenfe des<br />

„ bons fervices que chacun d'eux m'a ren<strong>du</strong>s.<br />

„ Lycon fera libre de m'emerrer ici ou dans ma<br />

„ patrie, perfuadé qu'il cohfultera aufli bien que<br />

„ moi-même ce qui fera le plus honorable pour<br />

„ moi. Et après qu'il aura exécuté mes volontés<br />

„ je le fais maître de tout ce que je lui laifle.<br />

Les témoins de ce Teftament furent Callinus,<br />

Hermionée , Arifton de Chio, & Euphron de<br />

Païane. Lyon faifoit toutes chofes M prudemment<br />

qu'il a fait voir fa fagefle jufques dans<br />

la manière dont-it a fait Ton Teftament, de for.<br />

te qu'il eft digne d'être imité en cela même.<br />

D E-


D E M E T R I U S. 33î<br />

DEMETRIUS,<br />

DEmétrius de Phalere fils de Phanoftrate fut.<br />

difciple de Théophrafte; il fut Orateur<br />

chés les Athéniens & adtniniftra leur ville pendant<br />

dix ans ; on y érigea à fon honneur trois-cens<br />

foixante ftatues d'airain, .dont il y en avoit plu •<br />

fleurs qui étaient des ftatues équeftres ou <strong>mont</strong>ées<br />

fur des.chariots attelés de deux chevaux, &<br />

ces ouvrages fe firent avec tant d'ardeur qu'ils<br />

furent finis en moins de trois-cens jours. Selon<br />

Démétrius de Magnéfie, dans fes Syntmimes, il prit<br />

en main le gouvernement de la République, lors<br />

qu'Harpale.s'enfuyant d'auprès d'Alexa,ndre,arriya<br />

à Athènes ; fon administration fut longue &, ïaa- •<br />

aWe; il augmenta les revenus de la ville & l'embellit<br />

de beaucoup édifices, nonobftant fon extrailioa<br />

qui m'étoit pas des plus illuftres. Phavorinvdans<br />

le premier livre de fes C«mmefifcwV^,;dit<br />

qu'il defcendoit de la race de Cooon, famille<br />

citoyenne & diftinguée. Le .même Auteur dit<br />

qu'il avoit commerce avec Lamia; il prétend<br />

même au fécond de fes Commentaires, qu'il fe.<br />

ptêtoit audéforde de Cléon. Didyme, dans fes<br />

Banquets vante fes fourcils & dit que c'eft de-là<br />

que lui vint le. fiwûom/ d'enferceleur & 49 «y.<br />

on-<br />

/


336 D E M E T R I U S.<br />

yonnant, que lui donna une femme de mauvaife<br />

vie. On rapporte qu'ayant per<strong>du</strong> la vue à Alex,<br />

andrie 'il la recouvra par le moyen de Sérapis &<br />

qu'en actions de grâces il compofa à l'honneur<br />

d'Apollon des Hymnes qui fe chantent encore<br />

aujourd'hui.<br />

Quelque refpe&é qu'il fût à Athènes l'envie<br />

qui s'attache à tout, caufa fa perte ; on intrigua<br />

tant contre lui, qu'il fut condamné à mort,<br />

pendant qu'il étoit abfeot, & comme on ne pouvoit<br />

décharger fur lui-même la colère qu'on avoit<br />

contre lui, on vendit une partie de fes ftatues,<br />

on jetta l'autre dans l'eau, on en brifa , on en<br />

fit des pots de chambre ; il n'y en eut qu'une<br />

de confervée, ce fut celle qui étoit dans la Gtadelle.<br />

Phavorin, dans fon Hijloire dnerfe, dit<br />

que les Athéniens rirent cela par ordre <strong>du</strong> Roi<br />

Démétru»(i) & qu'ils accuferent leur Prince de<br />

mauvais Gouvernement. Hermippe dit qu'après<br />

la mort de (Mander,Démétrius craignant l'indignation<br />

d'Antipater fe retira auprès de Ftolomée<br />

Soter; qu'il s'arrêta long-tems à fa Cour & entre<br />

autres chofes lui confeilla de partager fon Roy au*<br />

me entre les enfans qu'il avoit d'Euridice ; qu'au<br />

lieu de fuivre ce confeil, le Roi éleva furie Trôoe<br />

le Sis qui étoit né de Béronice & que ce<br />

'(0 Hoi de Macédoine» Aldcbtundln,<br />

Prto


D E M E T R I U S . 337<br />

Prince après la mort de fon père ordonna qu'on<br />

gardât Demetrius quelque part jufqu'à ce qu'il<br />

dispofât de lui, ce qui lui fut fi fenfible qu'il en<br />


33« D E M E T R I U S .<br />

delà Rhétorique, deux de l'Art militaire, âevt<br />

de l'Iliade, quatre de VOdyJfée, un intitulé ; Ptohmée,xat<br />

de la Galanterie, un intitulé, Pbcedmdos,<br />

un autre intitulé., Mtedon, un autre appelle,<br />

Cleon, un qui porte le nom de Socrate, un celai<br />

A'AriJiomaque, un celui d'Artaxerxes, un celui<br />

A'Homère, un celui d'Ariftide*; un Difcours d'£rbortatim,<br />

un fur la Republique, un fur un fujet<br />

Deceimal.vai fur les Joniens, un desNegcsiatiens,<br />

un As \z Confiance, un <strong>du</strong> Bienfait, un de la<br />

Jor(tinf,un de la Magnificence, un <strong>du</strong> Mariage,<br />

un de l'Ofu'niofi, un de la Paix, un des Lois,<br />

un des Exercices <strong>du</strong> Corps, un de l'Owa/fon, un<br />

fur Denys, un intitulé, /< Cbahidien,un intitulé,<br />

hcurfion des Atbeniens,iin autre d'Antipbane, un de<br />

Préfaces biftoriques, un de Lettres, un intitulé,<br />

Jiffemblée jurée, un de la Vieilleffe, un <strong>du</strong> Dm;, un<br />

des FaW« d'Efope &un de G&r J'M ,- fon ftile étoitphilofophique,<br />

mêlé de Rhétorique & plein de force.<br />

Démetrius. ayant appris que les Athénien»<br />

avoient abattu fes Statues, il dit : qu'il les défioit<br />

d'abattre le courage de celui à la gloire de qui<br />

ils les avoient élevées; Il difoit que les fourcils<br />

ne font pas la partie la moins confldérable <strong>du</strong><br />

corps & celle qu'on doive négliger le plus, puisqu'ils<br />

peuvent abaiflfer l'homme toute fa vie, que<br />

les richefles aveuglent & que la fortune qui les<br />

donne eft aveugle elle-même, il difoit auflr qu'une<br />

bouche éloquente peut autant dans'une république


D E M E T


3+e D E M E T R I D S.<br />

le dixième Grammairien de Cyrene furnommé Stamnus,<br />

homme fort célèbre, l'Onzième de Scepfî homme<br />

noble & riche & l'rnftrument de l'élévation de<br />

Metrodore, le douzième Grammairien d'Erithiée<br />

&. reçu citoyen de Temnos, le treizième Bythimen<br />

fils deDiphyle le Stoïcien & difciple de Panae<strong>du</strong>r<br />

de Rhodes, le quatorzième Orateur de Smyrne,<br />

tous ces Démétrius ont écrit en profe, les autres<br />

ont été Poëtes ; le premier de ceux-ci écrivit de<br />

l'ancienne Comédie, le fécond fif des Poèmes<br />

Epiques, mais dont il ne nous refte qu'un fragment<br />

contre les envieux.<br />

Us baijjent les vivans & les regrettent quand ils<br />

ne font plus, on a vu des villes if des peuples Je<br />

combattre pour un Sepulcbre ou pour une Ombre.<br />

Le troifieme naquit i Tarfe & fut Poë:e fatyrrque;<br />

le quatrième fit des vers Jambes fort aigres,<br />

le cinquième futSculpteur,Polemon a fait mentionde<br />

lui, le Sxieme d'Erythrée a traité divers fujetsen<br />

particulier d'Hiftoire & de Rhétorique.<br />

HE-


ï Ë 1 A C L I D S &v<br />

HERACLIDE.<br />

H Eraclide fils d'Eutyphron naquit à Heraclée<br />

ville de Pont, il étoit riche & vint à Athènes<br />

où il fût difciple de Speuflppe qu'il quitta enfuite<br />

pour fréquenter l'école des Pythagoriciens,<br />

il prenoit Platon pour modèle & en dernier lieu<br />

il fut difciple d'Àriftote comme le rapporte Sotion<br />

dan» fes Succédions. H s'habHloit proprement &<br />

comme il avoit beaucoup d'embonpoint, les AthèV<br />

mens au-lieu de l'appeller Pontique, <strong>du</strong> nom de<br />

fa patrie, l'appelloient Pompique, il marchoit<br />

cependant lentement & avec modeftie.<br />

Il a fait plufieurs bons écrits. Ses Dialogues<br />

fur la morale font les fuivans, trois fur la Juftice,<br />

un fur la Tempérance, un fur la Pieté, un fur la<br />

Force, un de la. Vertu en général, un de la Félicité<br />

, un <strong>du</strong> Gouvernement, un des Loix. Il y a auffi<br />

quelques Dialogues femblables à ceux-là, un des<br />

Noms , un des Conventions, un qui porte le titre<br />

d'amoureux involontaire & un intitulé Clinias, fes<br />

Dialogues Phyfiques font intitulés : de l'Entendement,<br />

de Y Ame, &en particulier dt l'Ame, de la<br />

Nature, & deS Ombres, fur Démecritt, fur les<br />

Cbofes celefits,- un Diahgue, un autre fur les Enfers,<br />

deux intitulés des Vies, on des Sources des<br />

Maladies, un <strong>du</strong> Jfien, un contre Zenon, un con»<br />

P 3 tre


,4i H E R A C L I D E .<br />

tre Metrm. Ses livres fur la Grammaire font, denx<br />

de Vdge d'Homère & d'HeJiode, deux d'yirthiltque<br />

& d'Homère. Ses ouvrages fur la Mufique font ;<br />

trois livres des cbofes qu'on trouve dans Euripide Sophocle,<br />

deux fur la Mujique, deux de Solutions<br />

d'Homère, un intitulé Spéculatif, un des trois<br />

ToStes tragiques, un de CaraSeres, un de la. Poêjie<br />

{? des Poltes, un des ConjeQures, un de la Pri.<br />

voyance,' quatre d'expofîtions d'Heraclite, un d'expojitions<br />

de Demotrite, deux de Solutions de contreverfes,<br />

un de Demandes, un des Efpeces, un de<br />

Solutions, un d'AuertiJJemens, un à Denys. Sur la<br />

Rhétorique il a fait un livre intitulé, Du Devoir de<br />

l'Orateut ouProtagore, fes livres d'hiftoires roulent<br />

fur les Pythagoriciens & furies découvertes;<br />

parmi ces ouvrages il y en a dans lesquels Héraclide<br />

a imité le goût des Auteurs comiques cornme<br />

quand il parle de la Volupté & de la Tempe»<br />

rance, d'autre fois il fuit le goût tragique comme<br />

quand il parle des chofes qui font aux Enfers, de<br />

la piété & de la puiflance, il met aufl? quelquefois<br />

un certain tempéremment dans fes expreffione<br />

lorfqu'il fait parler des Pbilofophes, des Capitaines<br />

& des Citoyens. On a encore de lui des ouvra»<br />

ges de Géométrie &, de Dialectique; au refte eft varié<br />

, diftinft & renferme de la force & de l'agrément<br />

Il y a des auteurs qui difent qu'il délivra fa patrie<br />

en tuant celui qui l'opprimoit, c'eft ce que<br />

rapporte entre autres Demetrius de Magnefie dans<br />

fon


H E R A C L I D B. 343<br />

fon livre, Des Perfonnes qui tnt porté le mime nom<br />

Il ajoute qu'HeracIide ayant apprivoifé un Dragon<br />

& étant à la veille 4e mourir, il pria un de fe»<br />

proches de cacher fon corps & de mettre le fer»<br />

pent à fa place, afin qu'on crut que les Dieux<br />

l'avoient enlevé, que cela fe fit, mais que pendant<br />

qu'on le portoit en terre, en le comblant de<br />

louanges, le Dragon effarouché par les cris, s'élança<br />

d'entre le linceul qui coùvroit le corps, &<br />

épouvanta les affiftans, qu'en fuite on trouva Heraclide<br />

lui-même , non tel qu'il avoit voulu paroitre,<br />

mais tel qu'il étoit. J'ai fait là-deflus cette<br />

Epigramme.<br />

Heroclide quelle efl ta folie d'en vouloir impofer<br />

après ta mort, tu veux paffer pour un Dragon qui<br />

au -lieu de jouer ton perfonnage fait voir que tu lui<br />

reffembles par ton manque de fageffe.<br />

Hippobote confirme le récit de Démétrius de<br />

Magnefie. Hermippe d'Heraclée, dit que la famine<br />

dépeuplant le pays, on confulta l'Oraele, qu'HeracIide<br />

corrompit ceux qu'on y envoya & fé<strong>du</strong>ifit<br />

la Prêtreflè, jufqu'à l'engager à répondre<br />

que le fléau ne cefferoit point qu'on n'eût honoré<br />

Heraclide fils d'Eutyphron d'une couronne d'or<br />

en promettant de le révérer comme un demi Dieu<br />

après fa mort, que la réponfe de l'oracle fut déclarée,<br />

mais que les auteurs de cette tromperie n'y<br />

gagnèrent rien, qu'HeracIide mourut d'apoplexie<br />

fur le Thcatre avec la couronne fur la tête, que<br />

ceux


ÎM H E R A C L I D E.<br />

«eux qui avoient confulté l'oracle tombèrent morts<br />

& que la Prêtreffe elle-même mourut de la morfu<br />

re d'un Dragon à l'entrée <strong>du</strong> Sanctuaire. Voilà<br />

ce qu'on rapporte de la fin de ce Philofophe,<br />

Ariftoxene le Muficien dit qu'il a fait des tra.<br />

gédies fous le nom de Thespis, Chaméléon prétend<br />

qu'il a pillé Hefîode & Homère, Autodorus le<br />

blâme auffi & le contredit dans ce qu'il a écrit de<br />

la Juftice. On dit encore que Denys furnommé<br />

le transfuge ouSpintharus félon d'autres, écrivant<br />

fon Parthenopée & l'ayant mis fous le nom de<br />

Sophocle, Heraclide abufé en cita dans un de fes<br />

ouvrages quelques paflâges qu'il donna pour être<br />

de Sophocle, que Denys l'ayant remarqué l'avertit<br />

qu'il fe trompoit, & qu'Heraclide n'ayant pas<br />

voulu le croire, Denys lui envoya les premiers<br />

verfets de fon ouvrage où fe trouvoit le nom de<br />

Pancale (i) ami de Denys, fur quoi Heraclide<br />

continuant à dire qu'il fe pouvoit pourtant qu'il<br />

eûtraifon, Denys lui récrivit qu'il trouverok auffi<br />

cette maxime, qu'on ne prend pas aifement- un<br />

vieux finge dans un filet.ou que fi on peut le prendre,<br />

ce n'eft qu'avec beaucoup de tems. Il l'accufa auffi<br />

d'ignorer les Lettres &de n'en avoir pas de honte.<br />

Il y a eu quatorze Heraclides, le premier ell<br />

celui-dont il s'agit, le fécond fon compatriote a<br />

coins.)<br />

T>««TX sî-ssoît ferviihinom de-Sophocle comme is.<br />

ssgïàsiàvs «fi celui de rancale 8c l'avok mis à la «te


H E R A C L I D E . 345<br />

conipofé des pièces de danfc & d'autres chofes de<br />

cette nature, letroifieme citoyen de Cumes a publié<br />

l'hiftoire de Ferfe en fix livres, le quatrième<br />

orateur de Cumes a écrit de la Rhétorique, le cinquième<br />

de Calatie ou d'Alexandrie a parlé de la<br />

Succeflîon (1) en fix livres, & des Chaloupes d'oit<br />

il fût furnommé Lembus (2) le fixieme né à Alexandrie<br />

a décrit les particularités de la Perfe, le feptieme<br />

Dialecticien de Bargyla a combattu la doctrine<br />

d'Epicurei le huitième d'Hicéea été Médecin,<br />

le neuvième de Tarente a été Médecin Empirique,<br />

le dixième a donné des préceptes fur la<br />

Poëfie, l'onzième de Phocée a profeffé l'Art de<br />

Sculpteur, le douzième apaffé pour habile Poète<br />

en Epigrammes, le treifieme de Magnciîe a donné<br />

la vie de Mithridatei le quatorzième a traité<br />

de l'Aftrologie.<br />

(1) C'eft a dite des IhUofopnes. Mtntp.<br />

(1) Lembus fienifie chaliupt,Mentit&. les<br />

mentateuts ne dilent ptefque rien la deflus, Etienne non<br />

plus: mais Erasme proverbes p. 1713. dit que cemote'toit<br />

? afle en ufage faryrique pour fignifier un Parante ou un.<br />

attenr, ce qui peut expliquer ce que dit Harpociatioa<br />

que les auteurs comiques s'en fervent.<br />

FIN DU TOME PREMIERE<br />

Tome T. Q ty '•'

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