Vox Romana VII - Lycée français de Singapour

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Vox Romana VII - Lycée français de Singapour

Couverture : Gustave Boulanger, détail du Marché aux esclaves à Rome, 1882, domaine public.

EDITORIAL

Le monde anque, de l’Egypte à Rome en passant par la Grèce,

praque l’esclavage à grande échelle comme une chose naturelle et

nécessaire. Bien plus, le commerce d’esclaves est une acvité lucrave

qui s’est intensiée avec les guerres de conquête. L’esclave devient

ainsi un moteur essenel du développement économique des sociétés

anques en tant que marchandise dont le prix varie en foncon de ses

compétences et de ses talents éventuels. Pour ce numéro de rentrée,

VOX ROMANA

vous fait découvrir les diérentes facees d’une con-

dion sociale troublante pour nos mentalités contemporaines. N’ou-

blions pas cependant qu’il faut aendre 1848 en France pour que l’es-

clavage soit ociellement aboli et qu’il est encore présent dans de

nombreux pays sous des formes diverses, directes ou indirectes. Pro-

tons donc de notre liberté ! Liber esto !

Etymologie

par les lanistes de 5 èmes

Le mot « esclave » vient du

lan médiéval sclavus de

slavus « slave », les Germains

ayant réduit de nombreux

Slave en esclavage. Le mot

« esclave » serait apparu pendant

le Haut Moyen Age à

Venise où la plupart des esclaves étaient des Slaves des Balkans, région

qui s’est longtemps appelée « Esclavonie » avant de prendre son nom

actuel de « Slovénie ».

De l’étymon lan dérive également le mot « slave » en anglais, qu’il ne

faut pas confondre avec le français « Slaves » qui renvoie aux peuples

slaves de l’Europe centrale et orientale comme les Polonais, les Russes,

les Bulgares ou les Serbes.

Les mots « serf », « servile » et « servitude », quant à eux, viennent

directement du lan classique servus (i, m) qui signie « esclave ».

Le mot « esclave » renvoie donc à une personne qui n’est pas de condi-

on libre, qui est sous la puissance absolue d’un maître, soit du fait de

sa naissance, soit par capture à la guerre, vente ou condamnaon par la

jusce.

Comment devient-on esclave ?

Matrone à sa toilee, thermes de Sidi Ghrib, Musée Naonal de Carthage, crédit Fabien Dany.

par les lanistes de 4 èmes

L’esclavage en Grèce remonte à l’époque mycénienne (de -1600

à -1200 av. J-C). Le recrutement des esclaves est principalement assuré

grâce à la guerre, la piraterie et les achats auprès des peuples bar-

bares. Au IVème siècle av. J-C à Athènes, on esme qu’il y en a au

moins 350 000 sur les 500 000 habitants de la cité grecque. A Rome, au

IIIème siècle av. J-C, les conquêtes militaires provoquent un aux d’esclaves

qui permet la construcon de vastes domaines. Mais la misère

des classes serviles crée des tensions qui aboussent à des révoltes

violentes comme celle du gladiateur Spartacus en Italie (de -73 à -71

av. J-C) meant en péril la sécurité des citoyens. Sous l’Empire romain,

les aranchissements massifs (liberté ociellement redonnée aux es-

claves) aident à maintenir l’équilibre social et à éviter qu’il y ait trop

d’esclaves pour trop peu de maîtres.

Il y a plusieurs façons de devenir esclave : de manière héréditaire,

si deux esclaves ont un enfant, alors ce dernier sera lui aussi un

esclave ; les prisonniers de guerre peuvent être réduits en esclavage

comme lorsque Rome, après sa victoire contre Carthage, déporte

50 000 prisonniers. Un débiteur qui ne peut rembourser ses créanciers

peut perdre sa liberté, tout comme un citoyen qui commet un grave

délit. Les pirates quant à eux font des razzias (aaques et enlèvements)

et revendent leurs prisonniers comme esclaves.

Quelles sont les

différentes catégories

d’esclaves ?

par les lanistes de 2 ndes

Pour les Grecs, les esclaves sont considérés comme des biens nécessaires,

la plupart des citoyens en ont au moins un car ne pas en avoir

est le comble de la misère. A Rome, les citoyens riches peuvent posséder

jusqu’à 500 esclaves, l’empereur jusqu’à 20 000. Ils n’ont à Rome

aucun droit juridique et sont soumis à leur maître. En Grèce, les es-

claves pouvaient recevoir des coups de bâtons mais ne pouvaient être

mis à mort par leur propriétaire ; en cas de maltraitance avérée, le

maître abusif peut être contraint de les revendre. Chez les Romains en

revanche, les maîtres ont tout pouvoir, du moins jusqu’à une certaine

période. Si un esclave s’enfuit, il prend le risque d’être mis à mort par

crucixion.

La majorité des esclaves travaille dans les domaines agricoles. Sur

le plan culturel, les esclaves grecs sont très appréciés : ils servent souvent

de pédagogues ou de secrétaires parculiers. Il existe en fait deux

catégories d’esclaves : les esclaves publics (servi publici) et les esclaves

privés (servi priva). Les premiers apparennent à la cité, ils assurent

des tâches d’intérêt général et travaillent pour les services municipaux,

les seconds se trouvent dans des familles à la campagne ou à la ville et

s’occupent des tâches domesques (gardiens, jardiniers, cuisiniers, valets,

musiciens, cochers,

porteurs de lière,

coieurs, masseurs, médecins,

précepteurs...).

A Rome, les esclaves

sont parfois achetés par des

propriétaires d’écoles de

gladiateurs pour combare

dans l’arène entre eux ou

contre des animaux féroces.

Si le public juge que le gla-

Manilles d’esclaves, Grande Bretagne,

crédit Portableanquies.

Un esclave apporte à son maître des tablees pour écrire,

musée archéologique de Milan, Crédit Giovanni Dall'Orto.

diateur lui a procuré un spectacle de qualité, l’esclave peut recouvrer sa

liberté. Mais c’est la praque de l’aranchissement qui permet au plus

grand nombre de quier la condion d’esclave : l’aranchi (libertus, i,

m) est libre mais n’est pas citoyen à part enère, il reste lié à son ancien

maître, cependant il travaille et mène sa vie. L’aranchissement peut

advenir pour des services exceponnels rendus au maître ou à l’Etat.

Stèle funéraire d'un cuisinier, inscripon lane : « Eros,

cocus Posidippi, ser(vus) hic situs est» («Éros, cuisinier de

Posidippe, esclave, repose ici. »), domaine public.

Présentateur: Salvete, mesdames et

messieurs, patriciens et plébéiens,

aujourd'hui sur TV5Rome, le grand, le

fameux, l'impressionnant, M. Publius

Terenus Afer! Oui, je vois de l'étonnement

sur vos visages! C'est en

eet, l'incroyable Térence qui nous

rejoint ici ce soir! Salve, quomodo

vales?

Térence: Opme, graas.

P: Permets que je te pose

quelques quesons... Com-

mençons par le début : en

quelle année es-tu né?

T: Vers - 190, à Carthage.

P: Quelle est ton méer ?

T: Hélas, je ne suis pas

seulement poète. J'étais, il

n'y a pas si longtemps,

esclave!

P: Esclave? Comme c'est

intéressant! Et ton maître?

Qui était-il?

T: Le sénateur Terenus

Lucanus.

P: Il a même nom que toi?

Quelle coïncidence!

T: Non, en fait... Tous les

liber, les aranchis, prennent

les nomen et praeno-

men de leur patron. Leur

nom devient alors leur

cognomen, leur surnom.

P: Je vois, je vois... Et comment

devient-on servus, esclave?

T: On est asservi pour bien des raisons!

Pour dees, par des pirates,

par hérédité mais surtout, et c'est

mon cas, en temps de guerre.

Aranchi Eutychès, portrait

du Fayoum, n du III°s.,

domaine public.

Portrait de Térence,

Vacana, domaine public.

EXCLUSIVITE!

Interview

d’un esclave

Affranchi

Par les lanistes de 3 èmes

P: Mais, j'ai cru comprendre que tu

n'es plus esclave.

T: Non, en eet, mon maître, qui

était très impressionné par mes talents,

m'a bien vite aranchi. Mais je

ne suis pas enèrement libre pour

autant, j'ai un statut équivalent à celui

d'un cliens. Je dois rester à la disposion

de mon maître.

De plus, j'ai le droit de

vote, mais non celui d'être

élu. L'aranchissement

est en n de compte une

étape intermédiaire entre

l'esclavage et la liberté.

P: Y-a-t-il une cérémonie

d’aranchissement ?

T: C’est au cours d’une

imitaon de procès que,

devant un magistrat, la

manumissio, le maître

touche la tête de l’esclave

agenouillé avec une baguee,

la vindicta, en prononçant

ces paroles :

«hunc ego hominem ex

iure Quirium liberum

esse aio », « je dis que cet

homme est libre selon le

droit des Quirites».

P: Tiens, tu as un joli chapeau

!

T: Oui c’est un pileus. Ce bonnet

pointu est un symbole tradionnel de

la liberté du citoyen.

P: Graa pour tes explicaons. Mesdames

et messieurs, veuillez applaudir

bien fort notre cher ami, Publius

Terenus Afer! Vale !

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