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Les Belges et la norme - Français & Société 9 - Langue française

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Marie-Louise Moreau, Hugu<strong>et</strong>te Brichard<br />

<strong>et</strong> C<strong>la</strong>ude DupaI<br />

<strong>Les</strong> <strong>Belges</strong> <strong>et</strong> <strong>la</strong> <strong>norme</strong><br />

Analyse d'un complexe linguistique


Sommaire<br />

Introduction<br />

Page 3<br />

Chapitre l<br />

Est-ce belge ou correct ?<br />

Page 5<br />

Chapitre II<br />

<strong>Français</strong> <strong>et</strong> <strong>Belges</strong>: des fluidités verbales différentes?<br />

Des données objectives aux représentations subjectives<br />

Page 12<br />

Chapitre III<br />

otre vocabu<strong>la</strong>ire est-il moins riche?<br />

De l'évaluation <strong>et</strong> des eff<strong>et</strong>s de halo<br />

Page 1<br />

Chapitre IV<br />

Aimeriez-vous avoir un fils qui parle comme ça?<br />

La <strong>norme</strong> des francophones belges<br />

Page 26<br />

Conclusions<br />

Page 37<br />

Bibliographie<br />

Page 42<br />

Annexes<br />

Page 4<br />

2


Introduction<br />

MME toute le <strong>la</strong>ngu s, le français connait de multiple<br />

variété, différentes notamment elon le région <strong>et</strong> le<br />

da es sociale. Et comme route le communauté<br />

lingui tiques so ialement stratifiées, le francophones ne<br />

conçoi ent pas ces diverses variétés comme simplement<br />

juxrapo ée dans une coexistence égalitaire, mais ils les<br />

hiérarchi ent les unes par rapport aux autres, er ils leur<br />

arrachent des valeurs: élégance ou lourdeur, distinction<br />

ou vulgarité, précio ité ou naturel, froideur ou expressi ité, di tance ou<br />

connivence, <strong>et</strong>c.<br />

es représentations 'alimentent à trois sources au moins: le discours<br />

des in titution normatives (grammaire, académie, chroniques de <strong>la</strong>ngue<br />

école ... ), <strong>la</strong> culture lingui tiqu ambiance (le propos qu'on tienc<br />

habituellement lor que <strong>la</strong> conver ation aborde le theme de <strong>la</strong> pluralité de<br />

u ages: ce qu'on dit du français parlé par les <strong>Français</strong>, le jeunes, les<br />

ouvriers, le médias, les Bruxellois ... ) <strong>et</strong> une expérience personnelle, mais<br />

<strong>la</strong>rgement partagée par l'en emble de <strong>la</strong> communauté lingui tique, de<br />

re<strong>la</strong>tion entre les ariérés <strong>et</strong> leur usagers, aurrement dir <strong>la</strong> perception des<br />

enjeux ociaux ou -jacent aux différente pratique de <strong>la</strong> <strong>la</strong>ngue.<br />

e troi domaine présentent certaines zones de recouvrement, mais<br />

aussi des aire distinctes. Ainsi, quand on considère que le recoutS aux<br />

u ages [opu<strong>la</strong>ire est int'res ant pour marquer sa olidarité ou a<br />

connivence avec l'interlocuteur, il St c<strong>la</strong>ir qu'on e démarque du discours<br />

normatif, qui les stigmati e. De même, les propos que tiennent le usager<br />

ne coïncident pas nécessairement avec le discours des institutions<br />

normatives, qu'ils jugent souvent trop puriste. Enfin, les <strong>norme</strong>s que<br />

révèle l'observation de pratique ociales de <strong>la</strong> <strong>la</strong>ngue sont selon les ca<br />

convergences ou divergences par rapport au di cour normatif <strong>et</strong> à <strong>la</strong><br />

culture ambiante, d'une façon qui affleure ou non à <strong>la</strong> conscience des gens.<br />

omposante importante de repré entation que se SOnt con truites le<br />

francol hone belges à ptopOS de leur <strong>la</strong>ngue: leur in écurité linguistique,<br />

leur compl xe lorsqu'il m<strong>et</strong>tent en re<strong>la</strong>tion leur u age <strong>et</strong> celui des<br />

<strong>Français</strong>. Le discour des institution normatives a sans doute joué un rôle<br />

dans <strong>la</strong> construction de ce complexe, en disqualifiant les pécificité du<br />

français pratiqué en Belgique <strong>et</strong> en prenant ystématiquement comme<br />

<strong>norme</strong> de référence l'usage de <strong>la</strong> France, mais on di po e de peu<br />

d'informations ur l'impact effectif de ce di cour. <strong>Les</strong> propo que tiennent<br />

3


les francophones de <strong>la</strong> Communauté sont empreints d'une certaIne<br />

ambivalence. D'une parr, ils local isent le bon usage en France, non sans<br />

réserves parfois (Garsou 1991), mais ils prennent aussi quelque distance<br />

par rapport à ce modèle, condamnant majoritairement les gens qui<br />

«fransquillonnent ». On ne sait cependant pas bien si leur perception<br />

différenciée des variétés utilisées de parr <strong>et</strong> d'autre de <strong>la</strong> frontière repose<br />

toujours sur des fondements objectifs. On ignore de même si leurs<br />

évaluations de locuteurs réels, dans des pratiques sociales effectives, SOnt en<br />

conformité avec leurs déc<strong>la</strong>rations ou si celles-ci, qui considèrent<br />

essentiellement des locuteurs abstraits, ne participent pas plutôt de<br />

stéréotypes culturels. On ne voit par ailleurs identifier nulle part <strong>la</strong> variété<br />

linguistique qui bénéficierait à leurs yeux de <strong>la</strong> légitimité sur le terriroire<br />

belge; leurs commentaires mentionnent parfois un usage dépourvu de rout<br />

marquage régional ou national; mais on a peine à déterminer en quel<br />

locuteurs c<strong>et</strong>te <strong>norme</strong>, supposée panfrancophone, trouve à s'incarner.<br />

C'est pour apporrer quelque lumière sur ces diverses zones d'ombre que<br />

le présent travail a été réalisé, avec l'espoir qu'une meilleure connaissance<br />

de leur univers linguistique aidera à réduire l'inconfort linguistique de<br />

ciroyens de <strong>la</strong> Communauté.<br />

Remarque:<br />

L'orthographe qu'on utilisera dans c<strong>et</strong> ouvrage se conformera aux<br />

recommandations du Conseil supérieur de <strong>la</strong> <strong>la</strong>ngue <strong>française</strong>.<br />

4


Marie-Louise Moreau<br />

<strong>et</strong> C<strong>la</strong>ude Dupai<br />

Chapitre 1<br />

Est-ce belge ou correct?<br />

lE des observateurs de <strong>la</strong> scène linguistique belge,<br />

spécialistes ou non du <strong>la</strong>ngage, ont analysé <strong>la</strong> situation<br />

de <strong>la</strong> pl upart des francophones belges en termes de<br />

complexe linguistique, puis, plus récemment, avec des<br />

travaux qui recourent davantage aux concepts <strong>et</strong> aux<br />

méthodes de <strong>la</strong> sociolinguistique (Francard 1989, 1993,<br />

1996, 1997; Garsou 1991; Klinkenberg 1981, 1985,<br />

1997; Lafonraine 1986, 1991, 1997; Moreau 1997) en<br />

termes d'insécurité linguistique. Parmi les ingrédients constitutifs de c<strong>et</strong>te<br />

insécurité: <strong>la</strong> localisation de <strong>la</strong> <strong>norme</strong>, du « bon» français en France, <strong>et</strong> non<br />

pas en Belgique, <strong>et</strong>, par voie de conséquence, <strong>la</strong> faible considération dont<br />

jouissent les variétés utilisées par les <strong>Belges</strong>.<br />

Présente dans <strong>la</strong> culture ambiante, entr<strong>et</strong>enue par l'école (Francard<br />

1989), <strong>la</strong> hiérarchie des variétés belges <strong>et</strong> <strong>française</strong>s s'enracine dans le<br />

silence des ouvrages de référence français <strong>et</strong> dans le discours des<br />

grammairiens belges. <strong>Les</strong> premiers, peu préoccupés de francophonie, ne<br />

réservent pas - ou très peu - de p<strong>la</strong>ce aux faits belges (pas plus d'ailleurs<br />

qu'aux traits régionaux français ou suisses ou québécois ou africains), <strong>et</strong>,<br />

accordant <strong>la</strong> priorité à certaines variétés, déc<strong>la</strong>s ent du même coup celles<br />

dont ils ne font pas mention. Producteurs, mais aussi produits d'un<br />

complexe linguistique - c'est peut-être à son insécurité linguistique que <strong>la</strong><br />

Belgique doit d'être une «terre de grammairiens" -, les ouvrages<br />

normatifs belges décrivent certes les spécificités du français parlé en<br />

Belgique, mais comme des écarts incompatibles avec un bon exercice de <strong>la</strong><br />

<strong>la</strong>ngue. Depuis le début du 18< (Trousson <strong>et</strong> Berré 1997), les grammaires,<br />

les recueils de belgicismes, les chroniques ou les Quinzaines du bon<br />

<strong>la</strong>ngage, ont entr<strong>et</strong>enu, orienté <strong>et</strong> cautionné le sentiment d'indignité<br />

linguistique dans lequel bien de francophones belges ont vécu <strong>et</strong> vivent<br />

leur <strong>la</strong>ngue.<br />

Ces travaux ont connu leur période f<strong>la</strong>mboyante dans le deuxième <strong>et</strong> le<br />

troisième quarts du siècle. Dans les années 1970, au plus tard, le succès de<br />

<strong>la</strong> linguistique descriptive relègue toutefois les études prescriptives dans<br />

une certaine pénombre, voire, pour ce qui concerne en particulier les<br />

milieux universitaires, dans une certaine zone de non-légitimité. Mais<br />

5


même les adolescents de c<strong>et</strong>te fin de millénaire ont suivi l'enseignement de<br />

mairres dont <strong>la</strong> culture linguistique avait été pérrie dans <strong>la</strong> stigmatisation<br />

du fait belge, ou de leurs héritiers immédiats. L'objectif de c<strong>et</strong>te étude<br />

c'est précisément d'explorer de quoi est constituée à l'heure actuelle <strong>la</strong><br />

culture linguistique des <strong>Belges</strong>, <strong>et</strong> en particulier comment se dessine<br />

l'image qu'ils se font de leur français.<br />

1. Méthode On a soumis aux suj<strong>et</strong>s 70 mots ou expressions (insérés dans de courtes<br />

phrases qui en assuraient mieux l'identification), en leur demandant de<br />

répondre à deux questions:<br />

1. Est-ce belge (comme septante) / À <strong>la</strong> fois belge <strong>et</strong> français (coll/ille quarrevingts)?<br />

/ <strong>Français</strong> (comme soixante-dix)?<br />

2. Est-ce correct? / À <strong>la</strong> fois correct <strong>et</strong> incorrect? / Incorrect?<br />

ne seule réponse était acceptée par question. <strong>Les</strong> suj<strong>et</strong>s ne pouvaient<br />

consulter ni grammaire ni dictionnaire.<br />

<strong>Les</strong> mots ou expressions appartiennent à 7 catégories comportant<br />

chacune 10 unités, dont <strong>la</strong> liste complète figure dans l'annexe l, en fin de<br />

olume.<br />

- Belgismes bOllrgeois: mots ou expressions dont il apparait, dans le<br />

enquêtes de Beltext-Mons (Moreau <strong>et</strong> al. 1996), que c'est surtout <strong>la</strong> c<strong>la</strong>sse<br />

ociale <strong>la</strong> plus sco<strong>la</strong>risée qui déc<strong>la</strong>re les utiliser. Exemples: année académique,<br />

belgicain, accises.<br />

- Belgismes popll<strong>la</strong>ires: mots ou expressions que les témoins du groupe le<br />

moins sco<strong>la</strong>risé, dans les mêmes enquêtes, déc<strong>la</strong>rent utiliser en nombre<br />

ignificativement pl us élevé. Exemples: sltr le temps qlte, al/oir P/lIS C0111't<br />

posture.<br />

- Traits de jranfais popu<strong>la</strong>ire: mots ou expressions mentionnés dans des<br />

ouvrages consacrés au français popu<strong>la</strong>ire (Gad<strong>et</strong> 1992; Gui raud ] 965) <strong>et</strong><br />

dont on a vérifié qu'ils étaient aussi utilisés en Belgique. Exemples: je Ill'ai<br />

trompé, <strong>la</strong> fille à Pierre, jJotlrqltoi que.<br />

- Mots 011 expressions faisant l'obj<strong>et</strong> d'lm discollrs normatif: ils figurent dans<br />

au moins deux ouvrages normatifs (Berthier <strong>et</strong> Collignon 1979; Georgin<br />

1951, 1952, 1964; Le Gal 1934), mais ne SOnt pas mentionnés dans le<br />

rravaux sur le français popu<strong>la</strong>ire. Exemples: hier ail matin, en vélo, pallier à.<br />

- Argot: mOts ou expressions répertOriés dans au moins deux ouvrage<br />

rraicant d'argor (Calver 1994; Colin 1990) <strong>et</strong>/ou qualifiés d'argoriques<br />

dans un dictionnaire général. Exemples: plombe, g<strong>la</strong>nder, flic.<br />

- ldioll<strong>la</strong>tismes: ils SOnt qualifiés de «locutions» dans le dictionnaire<br />

Robert (994). C<strong>et</strong>te catégorie avait pour fonction de perm<strong>et</strong>tre un<br />

maximum de réponses «correct» <strong>et</strong> «non belge» <strong>et</strong> de servir ainsi de<br />

référence lors de l' interprétation des réponses fou rn ies pou r les au cre<br />

6


Quels faits principaux se dégagent de cerre représentation Î<br />

1. La grande majorité des unités s'ordonnent sur une diagonale: <strong>la</strong><br />

perception de leur légitimité est fonction directe de leur identification; il y<br />

a autrement dit une tendance à fusionner les catégories «belge» <strong>et</strong><br />

«incorrect». Deux catégories s'écartent cependant de cerre tendance: les<br />

traits argotiques <strong>et</strong> les belgismes bourgeois - on y reviendra.<br />

2. Globalement, les différentes unités de chaque catégorie font l'obj<strong>et</strong><br />

d'un même traitement, elles se regroupent majoritairement dans <strong>la</strong> même<br />

zone de <strong>la</strong> figure. <strong>Les</strong> catégories qu'on a distinguées sont en re<strong>la</strong>tion avec<br />

celles qui fonctionnent dans les représentations des suj<strong>et</strong>s.<br />

3. <strong>Les</strong> traits popu<strong>la</strong>ires du français général (qui n'ont donc rien de<br />

spécifiquement belge), comme les mots ou expressions stigmatisés par le<br />

discours normatif (sans être des belgismes) SOnt, dans le même é<strong>la</strong>n,<br />

considérés comme des fautes - ce qui ne surprend guère - mais aussi<br />

identifiés comme propres au français de Belgique. <strong>Les</strong> représentations a<br />

priori des suj<strong>et</strong>s faussent leur perception de <strong>la</strong> variation linguistique. Bien<br />

que par des re<strong>la</strong>tions directes avec des locuteurs français ou via les médias,<br />

<strong>la</strong> plupart d'entre eux aient eu des contacts avec les variétés linguistiques<br />

en usage en France, y compris des variétés popu<strong>la</strong>ires, ils se représentent<br />

volontiers <strong>la</strong> <strong>la</strong>ngue utilisée en France comme toujours en stricte<br />

conformité à <strong>la</strong> <strong>norme</strong>, <strong>la</strong> transgression de celle-ci, l'écart, <strong>la</strong> faute étant<br />

considérés comme des faits nécessairement belges.<br />

4. Dans les belgismes, deux catégories font l'obj<strong>et</strong> d'un traitement<br />

différencié: si les mots <strong>et</strong> expressions davantage en usage dans les milieux<br />

les moins sco<strong>la</strong>risés sont POut <strong>la</strong> plupart jugés à <strong>la</strong> fois belges <strong>et</strong> incorrecL,<br />

ceux qui SOnt usités surrout par <strong>la</strong> bourgeoisie culturelle SOnt re<strong>la</strong>tivement<br />

bien identifiés comme des traits belges, sans pour autant être qualifiés<br />

d'incorrects.<br />

S. À l'inverse, les unités argotiques ne SOnt guère perçues comme<br />

proprement belges, même si elles SOnt jugées peu correctes.<br />

Des sensibilités parfois différentes selon les groupes<br />

Pour chaque catégorie d'unités, on a calculé un indice correspondant au<br />

quotient de <strong>la</strong> moyenne des réponses «belge» par <strong>la</strong> moyenne des réponses<br />

« incorrect », un indice de 1 signifiant donc lIne assimi<strong>la</strong>tion rotale des<br />

deux notions. Quelle que soit <strong>la</strong> variable considérée (longueur de <strong>la</strong><br />

sco<strong>la</strong>rité, âge ou sexe), les différences relevées entre les groupes ne SOnt<br />

jamais significatives: touS les groupes ont une même tendance à<br />

amalgamer les deux notions « belge» <strong>et</strong> «incorrect », rous estiment donc<br />

que les traits spécifiques de leur <strong>la</strong>ngage sont iJlégitimes <strong>et</strong> considèrent que<br />

l'illégitimité leur est propre.<br />

8


Mais le nombre de personnes chez qui c<strong>et</strong>te fusion s'opère <strong>et</strong> l'étendue<br />

du champ linguistique concerné varient quelquefois selon les groupes.<br />

'est ce qui apparait lorsqu'on calcule, par catégories d'unités <strong>et</strong> par<br />

groupes, <strong>la</strong> moyenne des réponses «belge» ou <strong>la</strong> moyenne des réponses<br />

« incorrect».<br />

A) L'eff<strong>et</strong> de l'enseignement dans <strong>la</strong> normativité <strong>et</strong> l'insécurité<br />

<strong>Les</strong> deux c<strong>la</strong>sses les plus sco<strong>la</strong>risées identifient le mieux les belgismes<br />

(des deux catégories, popu<strong>la</strong>ires <strong>et</strong> bourgeois), mais c'est chez elles aussi<br />

qu'on trouve <strong>la</strong> tendance <strong>la</strong> plus accusée à assimiler à des belgismes les<br />

traits des autres catégories, sauf les trai tS argotiques; les deux c<strong>la</strong>sses<br />

supérieures fournissenr par ailleurs le plus grand nombre de téponses<br />

«incorrect", sauf pour les belgismes bourgeois <strong>et</strong> les idiomatisines<br />

concr<strong>et</strong>s. Ces deux points tendenr à montrer <strong>la</strong> part de l'enseignement - ou<br />

l'eff<strong>et</strong> de l'appartenance à une c1as e sociale soucieuse de «distinction"<br />

(Bourdieu 1979, 1983) - dans <strong>la</strong> construction de <strong>la</strong> normativité <strong>et</strong> de<br />

l'insécurité.<br />

B) Une vigi<strong>la</strong>nce pour le fait belge er une normativité plus grandes<br />

chez les ainés<br />

<strong>Les</strong> suj<strong>et</strong>s les plus jeunes (18- 0 ans) SOnt toujours ceux qui<br />

fournissent le moins de réponses «belge )', sauf pour l'argot, qu'ils<br />

considèrent comme le <strong>la</strong>ngage d'un groupe plus restreint qu'il n'est<br />

effectivement. Ce sont les suj<strong>et</strong>s les plus âgés (61-80 ans) qui ont le plus<br />

conscience que les belgismes SOnt belges. <strong>Les</strong> jeunes répondent moins<br />

souvent «incorrect", pour toutes les catégories. <strong>Les</strong> ainés sonr les plus<br />

normarifs pour les belgismes, les mots ou expressions de français popu<strong>la</strong>ire<br />

<strong>et</strong> l'argot. L'un <strong>et</strong> l'autre de ces points sont sans doute à m<strong>et</strong>tre en re<strong>la</strong>tion<br />

avec le fait que les plus jeunes des suj<strong>et</strong>s o"nt été le moins en contact direct<br />

avec le discours normatif flotissant jusque dans les années 60 <strong>et</strong> 70, <strong>et</strong> en<br />

particulier à celui qui se consactait aux spécificités belges.<br />

C) <strong>Les</strong> femmes plus normatives que les hommes<br />

<strong>Les</strong> femmes fournissent plus souvent <strong>la</strong> réponse «belge», pour toures<br />

les catégories, <strong>et</strong> plus souvent aussi, quoique l'écart soit moindre en ce cas,<br />

<strong>la</strong> réponse «incorrect". <strong>Les</strong> femmes, davantage attirées par <strong>la</strong> variété de<br />

prestige (Labov 1972, 1990; Trudgill 1975), seraienr plus enclines à<br />

départager les faits de <strong>la</strong>ngue en corrects ou incorrects <strong>et</strong> se montreraIent<br />

plus réceptives au discours normatif.<br />

9


géographique globalement frappée d'indignité, mais leur réservant un SOrt<br />

différent.<br />

Certes, c<strong>et</strong>te primauté du critère social sur le critère géographique<br />

s'observe parfois dans certains ouvrages. Ainsi, les mots ou expressions<br />

incriminés dans les deux Chasse a/Ix belgicismes (Hanse, Doppagne <strong>et</strong><br />

Bourgeois-Gielen 1971, 1974) ne connaissent pas <strong>la</strong> même répartition<br />

sociale que les rrai tS valorisés dans Belgicismes de bon aloi (Doppagne<br />

1979)(1). Mais outre que c<strong>et</strong>te prééminence du critère social n'est pas<br />

systématique dans le discours normatif, elle n'y est pas formulée de<br />

manière explicite. On s'attendrait donc à ce que les usagers, enclins à<br />

amalgamer les notions « belge» <strong>et</strong> «incorrect», que le discours normatif ne<br />

confond pourtant pas, montrent une propension à fusionner dans <strong>la</strong> même<br />

stigmatisation les différentes catégories de belgismes, qu'il ne distingue ni<br />

systématiquement ni explicitement.<br />

Or il n'en est rien. Ceci suggère que les jugements évaluatifs des gens<br />

'é<strong>la</strong>borent parfoi spontanément, calquant <strong>la</strong> stratification des faits<br />

linguistique sur <strong>la</strong> stratification sociale de <strong>la</strong> communauté. C'est une<br />

hypothèse à <strong>la</strong>quelle le chapitre III, avec d'autres données, apportera encore<br />

davantage de fondements.<br />

1. Lors des enquêtes dé<br />

8eltext-Mons (Moreau <strong>et</strong> al.<br />

1996), on a demandé à des<br />

personnes de différents milieux<br />

socioculturels si elles<br />

urilisaient un cerrain nombre<br />

de mot <strong>et</strong> d'expressions<br />

de différents types.<br />

Parmi les 1946 traits restés,<br />

figuraient deux ensembles:<br />

320 des 378 mOts ou<br />

expressions répertoriés dans les<br />

!J'ISSe (JI/X belgicismes,<br />

d'une part, <strong>et</strong> 54 des 79<br />

« belgicismes de bon aloi»<br />

d'autre parr. Dans les deux<br />

ensembles, on compre une<br />

majorité de mOts ou<br />

d'expressions (70 <strong>et</strong> 74%)<br />

pour lesquels <strong>la</strong> différence<br />

d'utilisation déc<strong>la</strong>rée ne varie<br />

pas significativement elon<br />

les c<strong>la</strong>sses ociales. Mais si<br />

les mOts ou expressions<br />

11<br />

signifi ativement plus urilisés<br />

par les c<strong>la</strong>sses forrement<br />

sco<strong>la</strong>risées ne représentent<br />

que 10,3 % dans le premier<br />

ensemble ils SOnt 18,5 % dans<br />

le deuxième. La proportion<br />

s'inverse pour les traits<br />

davantage utilisés par <strong>la</strong> c<strong>la</strong>sse<br />

<strong>la</strong> moins sco<strong>la</strong>risée, qui<br />

comprent pour 20,3 % dans<br />

le premier ensemble <strong>et</strong> pour<br />

7,4 % dans le deuxième.


Marie-Louise Moreau<br />

<strong>et</strong> Hugu<strong>et</strong>te Brichard<br />

Chapitre II<br />

<strong>Français</strong> <strong>et</strong> <strong>Belges</strong>: des fluidités verbales<br />

différentes? Des données objectives<br />

aux représentations subjectives<br />

l'a vu dans le chapitre précédene, l'un des signes<br />

sans ambigüité auxquels se reconnait l'insécurité<br />

linguistique de beaucoup de francophones belges est<br />

qu'ils situene <strong>la</strong> bonne variété de <strong>la</strong>ngue en dehors de<br />

leur communauté pour <strong>la</strong> localiser en France. Certains<br />

considèrene en ourre que <strong>Belges</strong> <strong>et</strong> <strong>Français</strong> ne se<br />

différencient pas seulement par <strong>la</strong> qualité ou <strong>la</strong><br />

correction de leur <strong>la</strong>ngue, mais sone aussi dotés d'habil<strong>et</strong>és linguistiques<br />

distinctes, done <strong>la</strong> hiérarchisation se dessine inévitablemenr au profit des<br />

locuteurs de l'Hexagone. Ainsi eneend-on fréquemmene des assertions du<br />

type: «<strong>Les</strong> <strong>Français</strong> one un vocabu<strong>la</strong>ire plus riche», ,.Ils parlene plus<br />

vi te», «Ils ne cherchent pas leurs mots», «Ils se caractérisenr pat une plus<br />

grande fluidi té verbale», <strong>et</strong>c.<br />

On ne peut certes a priori exclure <strong>la</strong> possibilité d'une diffétenciation<br />

entre les communautés qui ne se situerait pas seulement dans le système<br />

linguistique, mais aussi dans <strong>la</strong> façon de l'utiliser. La culture en vigueur en<br />

matière de <strong>la</strong>ngage dans des groupes sociaux différencs ne valorise pas en<br />

eff<strong>et</strong> dans rous les mêmes postures, ni les mêmes habil<strong>et</strong>és linguistiques, ni<br />

les mêmes fonctions du <strong>la</strong>ngage, ni les mêmes comportements conversationnels(ll.<br />

Et il est possible que des différences culturelles de c<strong>et</strong> ordre se<br />

répercutenc dans les pratiques effectives des membres de <strong>la</strong> communauté.<br />

Mais avant d'envisager à quoi pourraient être rattachées ces évencuelles<br />

différences enere les pratiques des deux communautés, il importe de<br />

répondre à <strong>la</strong> question: les assertions qui en font état décrivenr-elles une<br />

réalité objective ou bien sone-elles le fruit d'un imaginaire linguistique<br />

(Houdebine 1997), qui, subjectivemenr, accorde systématiquement du<br />

prix aux variétés <strong>et</strong> aux pratiques des uns <strong>et</strong> déprécie tout aussi<br />

systématiquemenr les variétés <strong>et</strong> les pratiques des autres?<br />

C'est à c<strong>et</strong>te question que ce chapitre envisage d'apporter un début de<br />

réponse, fondée sur l'analyse d'échaneillons de parole sponranée produits<br />

par des locuteurs français <strong>et</strong> belges.<br />

1. Ainsi une parole abondance<br />

er rapide est-elle associée chez<br />

les uns à <strong>la</strong> vivaciré intellecruelle,<br />

alors que chez d'aurres,<br />

une parole comprée <strong>et</strong> lence<br />

s'interprète au contraire comme<br />

le gage d'un esprit mesuré er<br />

sage. De même voit-on rel<br />

groupe faire un abondant usage<br />

de contrepèreries, que<br />

condamne rel autre, <strong>et</strong>c. Ainsi<br />

encore consiclère-t-on ici que le<br />

bon clébarteur se signale<br />

comme rel parce qu'il réussit 11<br />

12<br />

occuper <strong>la</strong> plus grosse partie cie<br />

l'espace conversationnel, cepen<strong>la</strong>nt<br />

que là, l'accent normatif<br />

se dép<strong>la</strong>ce: avant toute chose, il<br />

impOrte cie respecter <strong>la</strong> parole<br />

de l'autre, qu'on n'interrompra<br />

en aucun cas, erc.


A. L'échantillon On a enregistré 60 per onne , à qui on demandait d'exprimer leur avi<br />

sur l'interdiction de fumer dans les li ux publics. Ces locuteurs, âgés de 20<br />

à 40 ans, se répartis ent de <strong>la</strong> manière suivante:<br />

- 24 Françai (ayanr tOujour vécu au nord de <strong>la</strong> Loire er habitanr Pari<br />

d pui au moin 5 an ) <strong>et</strong> 36 Belge (12 Liégeois, 12 Bruxelloi , 12<br />

Monroi )<br />

- 30 membres du personnel enseignanr ou cienrifique de différentes<br />

univer ité <strong>et</strong> 30 per onne dont <strong>la</strong> co<strong>la</strong>rité, au mieux, avair atteint <strong>la</strong><br />

troi ième année d'études professionnelle<br />

- 30 hommes <strong>et</strong> 30 femmes.<br />

B. <strong>Les</strong> variables<br />

étudiés<br />

L'échantillon était ainsi constitué que chacune des cellules obtenue<br />

quand on prenait en com pte 1 quarre variable «pays»,« sco<strong>la</strong>rité»,<br />

« exe» <strong>et</strong> « ille» comportait 6 per onne pour l'échantillon français, 3<br />

pour l'échantillon belge (par xemple, on compte 6 Parisiennes de co<strong>la</strong>rité<br />

courte, 3 MontOises d sco<strong>la</strong>rité longue, <strong>et</strong>c.)<br />

Le choix de locuteurs n'a tenu compte que de 1 urs caractéri rique<br />

ocioculturelles an jamai prendre en considération leur façon d<br />

s'exprimer.<br />

Étant donné <strong>la</strong> nature des comptage er me ure à réaliser, le réalisme<br />

imposait que l'on procède sur des échantillons rigoureusement limités; il<br />

était par ailleurs ouhaitable que les productions soient de même longueur<br />

chez tOuS le locuteurs. Aus i, partant de <strong>la</strong> production <strong>la</strong> plus courte,<br />

d'une durée de 20, econdes, nous avon extrait de enregistrements<br />

initiaux, des passage de longueur égale pour chacun des 10cLlt urs, les<br />

durées exactes étant fixées en <strong>la</strong>boratOire à l'aide d'un onagraph.<br />

Deux type de dénombrements <strong>et</strong> me ures Ont été réalisés. <strong>Les</strong> uns SOnt<br />

en re<strong>la</strong>tion avec ce qu'on nomme communément fluidité verbale (nombre<br />

de mot de syl<strong>la</strong>be, nombre <strong>et</strong> longueur des pauses ... ), les autres<br />

concernent des procéd's qui perm<strong>et</strong>tent au locuteur d suspendre sa<br />

production émantiquement utile, tOut en maintenant le canal de<br />

ommunication occupé (euh, allongement ocalique, répétitions, <strong>et</strong>c.); on<br />

parlera en ce cas de procédés supplétifs.<br />

De manière plus précise, on a pris en compte les variables uivant<br />

ombre de mot.<br />

ombre de syl<strong>la</strong>be. On compte une yl<strong>la</strong>be par voyelle orale. Le<br />

comptage inclut toutes les unités du discours (notamment les euh, le<br />

répéri tion ,<strong>et</strong>c.).<br />

ombre de pau e ,c' t-à-dire de p'riode durant lesquelles aucun<br />

son, hormis celui de <strong>la</strong> re pirarion, n'est produit par le suj<strong>et</strong>. Pour qu'une<br />

interruption de di cour oir con idérée comme une pause, elle devait être<br />

visualisable au onagraph.<br />

- Durée moyenne de pauses (mesurée à l'aide du Sonagraph).<br />

L3


Le discours des <strong>Belges</strong> est ponctué d'un plus grand nombre de pauses,<br />

<strong>et</strong> de pauses plus longues que celles des <strong>Français</strong>; ceux-ci en revanche<br />

recourent davantage à différents procédés supplétifs, qui meublent les<br />

espaces sémantiquement vides: ils produisent plus d'allongements de <strong>la</strong><br />

voyelle finale, plus de e#h, <strong>et</strong> des euh plus longs, on trouve dans leur<br />

discours plus de répétitions, de mots vides <strong>et</strong> de phrases inachevées. Un<br />

seul des procédés d'occupation du canal pendant <strong>la</strong> suspension, les bruits,<br />

arreint chez les <strong>Belges</strong> des proporrions plus importantes, mais ils sont en<br />

nombre re<strong>la</strong>tivement limité.<br />

Ces données invalident l'idée que <strong>Belges</strong> <strong>et</strong> <strong>Français</strong> se caractériseraient<br />

par une Auidité verbale différente. Il semble plutôt que les deux catégories<br />

de locuteurs produis nt <strong>la</strong> même quantité de discours utile (approchée ici<br />

par le nombre de mOtS ou de syl<strong>la</strong>bes), mais qu'ils n'adoptent pas les<br />

mêmes stratégies lorsqu'ils suspendent leut production.<br />

2) <strong>Les</strong> variables «pays» <strong>et</strong> «milieu socioculturel»<br />

i, outre <strong>la</strong> variable «pays» on prend en considération les caractéristiques<br />

ocioculturelles des locuteurs, en distinguant parmi eux non plus<br />

deux catégories, mais quatre, les données présentent un tableau plus<br />

complexe.<br />

Pour le nombre de syl<strong>la</strong>bes, les chiffres ne varient que de 29,2 (chez les<br />

universitaires belges) à 30,6 (chez leurs homologue français); pour le<br />

nombre de mots, les différences restent ténues: on a re pectÎvement 23,6 <strong>et</strong><br />

23,9 mot chez les universitaires belges <strong>et</strong> français, 27,1 <strong>et</strong> 26,2 chez les<br />

<strong>Belges</strong> <strong>et</strong> chez les <strong>Français</strong> de milieu popu<strong>la</strong>ire.<br />

Pour les autres variables, on a une situation plutôt confuse. On ne voit<br />

aucune des quatre catégories de locuteurs présenter régulièrement des<br />

valeurs plus hautes ou pl us basses que les trois autres. <strong>Les</strong> valeurs<br />

recueillies auprès des <strong>Belges</strong> ne contrastent pas systématiquement avec<br />

celles des <strong>Français</strong>; <strong>et</strong> quand on compare locuteurs universitaires <strong>et</strong><br />

popu<strong>la</strong>ires, on n'observe pas non plus de régu<strong>la</strong>rité dans <strong>la</strong> distribution des<br />

différents indices. Si on proj<strong>et</strong>te les données dans une représentation<br />

graphique (figure 2), on constate d'ailleurs que les lignes présentent divers<br />

entrecroisements <strong>et</strong> qu'aucune n'occupe une position stable par rapport à<br />

une autre. Tout au plus note-t-on que les positions hautes SOnt occupées<br />

par les locuteur belge (trait continu), pour ce qui est des deux premières<br />

variables, <strong>et</strong> par des locuteurs français (traits pointillés), pour ce qui<br />

concerne les procédés supplétifs (sauf pour les bruits).<br />

15


3) <strong>Les</strong> variables «pays», «mdieu socioculturel» <strong>et</strong> «ville»<br />

L'échantillon belge comporte des locuteurs de trois villes. Ces trois<br />

catégories présentent-elles des profils apparentés, distincrs de ceux des<br />

locuteurs français? Autrement dit, rencontre-t-on dans chacun des sousgroupes<br />

les tendances relevées dans l'ensemble? La situation est assez<br />

complexe, er chaque variable réagit différemment.<br />

- <strong>Les</strong> locuteurs belges, quels que soient leur ville er leur milieu,<br />

produisent moins de répétitions <strong>et</strong> de mots vides que les Parisiens, quel<br />

que soit leur milieu.<br />

- En ce qui concerne le nombre des pauses <strong>et</strong> des euh, <strong>la</strong> tendance<br />

observée pour J'ensemble des locuteurs universitaires belges se confirme<br />

dans les trois villes. Mais on observe plus d'hétérogénéité dans les donnée<br />

des locuteurs popu<strong>la</strong>ires, qui, selon <strong>la</strong> ville, en produisent plus ou moins<br />

que leurs homologues français (2).<br />

- Pour le nombre de mots, les trois villes entr<strong>et</strong>iennent des rapports<br />

différents avec les locureurs français. Par exemple, de tOut l'échantillon, ce<br />

SOnt les moins sco<strong>la</strong>risés des Liégeois qui produisent le plus grand nombre<br />

de mots, suivis immédiatement par les universitaires montois, ces deux<br />

groupes devançant les Parisiens. Mais les universitaires liégeois <strong>et</strong><br />

bruxellois, comme les groupes popu<strong>la</strong>ires de Mons <strong>et</strong> de Bruxelles ont des<br />

indices inférieurs à ceux des groupes français correspondants. En revanche,<br />

pour le nombre de syl<strong>la</strong>bes, si on a un ordre Mons, Paris, Bruxelles, Liège,<br />

du côté des universitaires, Liège occupe <strong>la</strong> première position, suivi par<br />

Mons, Paris <strong>et</strong> Bruxelles, dans le groupe des locureurs moins sco<strong>la</strong>risés.<br />

On observe aussi une grande disparité selon les villes <strong>et</strong> les milieux<br />

sociaux pour les phrases inachevées, les allongements vocaliques <strong>et</strong> les<br />

bruits, les données présentant des configurations différentes d'une variable<br />

à l'autre.<br />

Cerre hétérogénéité des tendanc s devrait amener l'interprétation à se<br />

poser certaines qu stion de fond, qu'on abordera dans le point suivant.<br />

D. Discussion Bien que limitées quant à <strong>la</strong> taille de l'échantillon <strong>et</strong> à <strong>la</strong> durée des<br />

productions, ces données autorisent certaines conclusions <strong>et</strong> amènent à<br />

soulever par ailleurs quelques interrogations.<br />

Rien n'y conforte l'idée d'une différence de fluidité verbale entre les<br />

locureurs belges <strong>et</strong> français. Il semble seulement que les uns <strong>et</strong> les autres<br />

adoptent des stratégies verbales différentes lorsque leur production se<br />

trouve suspendue, les premiers (surtout les universitaires) marquant<br />

davantage de pauses, les seconds (surtOut les universi taires également)<br />

2. Parmi le locuteurs de<br />

milieu popu<strong>la</strong>ire, ce sonr les<br />

Monrois qui produisenr le plu<br />

de euh, suivis dans l'ordre par<br />

les Parisiens, les Bruxellois<br />

er les Liégeois.<br />

Dans erre arégorie sociale<br />

tOujours, les Liégeois fom plus<br />

17<br />

de pauses que les Parisiens,<br />

puis les Bruxellois er enfin<br />

les Monrois.


ecourant plus à divers procédés supplétifs, qui donnent une apparence<br />

plus continue au fil de <strong>la</strong> production.<br />

Il n'est pas exclu que le sentiment dont font part certains francophones<br />

belges d'une plus grande fluidité verbale chez les <strong>Français</strong> s'enracine dans<br />

ces différences de stratégies: les <strong>Français</strong>, plus que les <strong>Belges</strong>, continuent<br />

en eff<strong>et</strong> d'occuper le canal de parole, même lorsque leur production<br />

signifiante marque un temps d'arrêt. Et on peut a priori faire l'hypothèse<br />

que l'impression d'une plus grande <strong>la</strong>bilité prend en compte moins <strong>la</strong><br />

production utile que l'occupation du canal, route suspension étant<br />

interprétée alors comme l'indice d'une difficulté temporaire à poursuivre.<br />

Toutefois, d'une part, les écarts entre les deux groupes de locuteurs sont<br />

réduits. D'autre part, ils ne présentent pas nécessairement <strong>la</strong> même<br />

orientation suivant qu'on oppose tels sous-groupes ou reis autres. <strong>Les</strong><br />

différences qu'on observe en contrastant universitaires belges <strong>et</strong> français ne<br />

SOnt pas nécessairement celles qui séparent les locuteurs popu<strong>la</strong>ires de<br />

Belgique <strong>et</strong> de France. Et les sous-groupes apparentés du point de vue<br />

socioculturel ne le SOnt pas toujours du point de vue de leurs stratégies<br />

<strong>la</strong>ngagières préférentielles. Et les locuteurs belges des trois villes considérées<br />

ne partagent pas toujours le même profil, <strong>et</strong>c.<br />

Ceci conduit à poser <strong>la</strong> question du statut des différences relevées au<br />

point 1 <strong>et</strong> plus encore de <strong>la</strong> manière dont le suj<strong>et</strong> linguistique accède à leur<br />

perception. Peut-on supposer qu'au départ de rencontres avec des individus<br />

appartenant à des pays, à des régions, à des groupes sociaux différents,<br />

partageant certains procédés discursifs, mais contrastés sur d'autres, le suj<strong>et</strong><br />

parvient à se dessiner une image «moyenne» des caraCtéristiques<br />

<strong>la</strong>ngagières de l'ensemble de tous ces individus différents? Ou bien faut-il<br />

concevoir que l'utilisateur néglige <strong>la</strong> diversité pour ne considérer que<br />

certains groupes sociaux seulement, dont il généralise ensuite à l'ensemble<br />

les traits les plus marquants?<br />

Ou bien encore doit-on ém<strong>et</strong>tre une hypothèse rrès différente des<br />

précédentes <strong>et</strong> qui se formulerait dans les termes suivants: les représentations<br />

sur les variétés <strong>et</strong> leurs locuteurs ne seraient pas en prise avec un<br />

réel objectivable; elles seraient construi res, dans <strong>la</strong> su bjectivi té, sur <strong>la</strong><br />

perception qu'ont les usagers des rapports entre les variétés, l'évaluation ­<br />

subjective - globale de chaCllne se traduisant notamment en termes de plus<br />

ou moins grande fluidité verbale, mais aussi en termes de plus ou moins<br />

grande richesse lexicale, de plus ou moins grande complexité syntaxique,<br />

<strong>et</strong>c. C'est c<strong>et</strong>te hypothèse que <strong>la</strong> recherche suivante se préoccupera de<br />

teSter.<br />

18


Marie-Louise Moreau<br />

<strong>et</strong> Hugu<strong>et</strong>te Brichard<br />

1. Méthode<br />

Chapitre III<br />

Notre vocabu<strong>la</strong>ire est-il moins riche?<br />

De l'évaluation <strong>et</strong> des eff<strong>et</strong>s de halo<br />

'<br />

IMAGE négative qu'ils se font de leur façon de parler<br />

conduit de nombreux francophones belges à attribuer<br />

aux <strong>Français</strong> une variété de meilleure qualité <strong>et</strong> une<br />

plus grande habil<strong>et</strong>é dans le maniement du code. Le<br />

chapitre précédent, consacré à <strong>la</strong> fluidité verbale,<br />

concluait cependant sur <strong>la</strong> possibilité que ce gente de<br />

représentations ne soit pas en prise avec les données<br />

objectives - ceUes-ci SOnt en eff<strong>et</strong> d'une telle complexité<br />

que leur synthèse est sans doute inaccessible à l'observateur -, mais soit<br />

plutôt le fruit - subjectif - d'un eff<strong>et</strong> de halo: les représentations,<br />

exprimées en termes de <strong>la</strong>bilité verbale, richesse lexicale, complexité<br />

syntaxique, correction, <strong>et</strong>c. seraient construites par les suj<strong>et</strong>s à partir de<br />

leur représentation globale, qu'elles se borneraient à traduire en d'autres<br />

termes. Loin de constituer les fondements objectifs de l'évaluation, elles<br />

n'en eraient qu'un refl<strong>et</strong>. C'est de <strong>la</strong> mise à l'épreuve de c<strong>et</strong>te hypothèse<br />

que ce chapitre se préoccupera.<br />

<strong>Les</strong> enregistrements<br />

Nous avons enregistré deux enseignants universitaires parisiens, dont <strong>la</strong><br />

<strong>la</strong>ngue est assez représentative de <strong>la</strong> variété normée <strong>française</strong>. Au premier,<br />

nous avons demandé de nous livrer son opinion sur l'énergie nucléaire <strong>et</strong><br />

sur l'interdiction de fumer dans les lieux publics, le second n'étant<br />

interrogé que sur le deuxième thème. On dispose ainsi de trois textes,<br />

d'une minute environ, que nous appellerons FIN (il s'agit du <strong>Français</strong> n° l,<br />

par<strong>la</strong>nt du nucléaire), FIT (le même locuteur par<strong>la</strong>nt du tabac) <strong>et</strong> F2T. Ces<br />

prod uctions ont été soigneusement r<strong>et</strong>ranscri tes (y compris en ce qui<br />

concerne les pauses, les marques d'hésitation <strong>et</strong> les divers accidents de <strong>la</strong><br />

parole spontanée) <strong>et</strong> chronométtées.<br />

On a ensuite fait appel à un comédien belge, qui a « joué» ces trois<br />

textes, en adoptant d'abord un accent popu<strong>la</strong>ire liégeois (on dispose ainsi<br />

de LglN - c'est un «Liégeois» qui reprend le discours du locuteur français<br />

n° l, s'exprimanr à propos du nucléaire -, Lg I T <strong>et</strong> de Lg2T), puis un<br />

accent popu<strong>la</strong>ire bruxellois, nous fournissant ainsi trois autres<br />

enregistrements, Bxl , BxlT <strong>et</strong> Bx2T. Dans les six cas, le comédien<br />

r specte scrupuleusement <strong>la</strong> transcription, y compris en ce qui concerne le<br />

19


ythme, les pauses, les accidents, l'uniqm différence entre ses textes <strong>et</strong> ceux des<br />

universitaires français se localisant dans l'accent (réalisations phoniques <strong>et</strong><br />

prosodie). Tous les textes produits par le comédien donnent le sentiment<br />

d'une expression très naturelle <strong>et</strong> aucun des suj<strong>et</strong>s n'a soupçonné qu'il<br />

s'agissait de productions « jouées ».<br />

Tous les enregistrements Ont été réalisés à l'aide d'un enregistreur<br />

digital, de marque Sony.<br />

<strong>Les</strong> épreuv<br />

On a organisé deux épreuves, avec deux groupes différents de suj<strong>et</strong>s.<br />

Dans chacune, on faisait entendre les locureurs français; <strong>la</strong> première<br />

impliquair en outre les textes avec accent liégeois, là où <strong>la</strong> seconde faisait<br />

intervenir les texteS avec accent bruxellois.<br />

Lors de <strong>la</strong> passarion, pour <strong>la</strong> ptemière épreuve, les suj<strong>et</strong>s ont éré répartis<br />

en deux sous-groupes, à qui on a fait entendre les enregistrements dans<br />

l'ordre gue précise le tableau 1.<br />

Tableau 1<br />

Ordre de passage des enregistrements dans les deux sous-groupe<br />

de suj<strong>et</strong>s lors de <strong>la</strong> première épreuve<br />

2. «Liégeois» : ra bac<br />

3. <strong>Français</strong> 2: rabac<br />

Lors de <strong>la</strong> deuxième épreuve, on procédait de même, sinon que le<br />

enregistrements en version liégeoise étaient remp<strong>la</strong>cés par leurs<br />

correspondants en version bruxelloise.<br />

elon une procédure analogue à celle de Fielding <strong>et</strong> Evered (1980),<br />

dont on s'est beaucoup inspiré dans ce travail, les suj<strong>et</strong>s étaient invités,<br />

après avoir écouté chacun des enregistrements, à évaluer <strong>la</strong> production du<br />

locuteur qu'ils venaient d'entendre, au regard de certains aspect<br />

généralement mis en re<strong>la</strong>tion avec <strong>la</strong> qualité du <strong>la</strong>ngage, <strong>et</strong> à reporter leurs<br />

réponses sur huit échelles à six degrés, ainsi présentées (les abréviation<br />

entre parenthèses sont celles qui seront utilisées dans les figures cidessous)<br />

:<br />

- Le vocabu<strong>la</strong>ire du locuteur est pauvre / riche (vocab.)<br />

- Il utilise une syntaxe simple / complexe (syntaxe)<br />

- Il interrompt son discours sans achever ses phrases souvent / rarement<br />

(ph. inach.)<br />

20


2. Traitement<br />

<strong>et</strong> analyse<br />

des données<br />

- Il trouve ses mots diHiciiemene / facilemene (Auidité)<br />

on discours esr mal trucruré / bien rrucruré ( trucrur.)<br />

- on <strong>la</strong>ngage est incorrect / correct (correct.)<br />

- on débit est lene / rapide (débit)<br />

- Il produit des euh ouvene / raremene (euh)<br />

Le ujer avaiene par ailleur à dérerminer i le locureur était belge ou<br />

français, <strong>et</strong> à fournir une appréciation globale de sa production, en<br />

r'pondane à <strong>la</strong> question «Aimeriez-vom avoir tm fils qui parle comme fa? ». à<br />

l'aide d'une échelle à ix ca e également.<br />

<strong>Les</strong> uJ<strong>et</strong><br />

Le uj<strong>et</strong> soumIs a ces épreuves one des érudiane en première année<br />

univer itaire (en psychologie er ciences de l'éducation <strong>et</strong> en ineerprétariat,<br />

à l'Univer it' de Mons-Hainaur). Tous sone Hennuyer . Ils sont au nombre<br />

de 139 (dont 74,1 % de filles) pour <strong>la</strong> première épreuve <strong>et</strong> de 79 (done<br />

73,4 % de filles) pour <strong>la</strong> seconde. Aucun des suj<strong>et</strong>s de <strong>la</strong> econde épreuve<br />

n'avait participé à <strong>la</strong> première.<br />

Pour route les que tions impliquant des échelles, on a attribué <strong>la</strong><br />

valeur 1 aux évaluations les plu négatives, puis <strong>la</strong> valeur 2 pour le degré<br />

suivane <strong>et</strong> ainsi de suite jusqu'à <strong>la</strong> valeur 6 pour les appréciarions le plu<br />

posm e .<br />

Résultats de l'épreuve impliquant les texte «liégeois»<br />

A. Une bonne identification des nationalités<br />

Une proportion rrès importanee d'auditeurs ideneifie correcrement <strong>la</strong><br />

nationalité des locuteurs: 95 % pour le comédien, 92 % pour F2, 89 %<br />

pour FI.<br />

B. Deux som-groupes de suj<strong>et</strong>s, mais des réponses analogues<br />

<strong>Les</strong> deux ou -groupes de suj<strong>et</strong>s témoignent d'une même sensibilité<br />

linguistique. On n'en prendra qu'un exemple. i l'un des ous-groupe<br />

eneend un universiraire françai s'exprimant à propo du tabac (FIT),<br />

l'autre eneend le même univer iraire padane de l'énergie nucléaire (FI ).<br />

Mai ce deux texre font l'obj<strong>et</strong> d'appréciations à peine distinctes (voir <strong>la</strong><br />

figure 1). erre similirude des réactions aurorise, pour <strong>la</strong> pré entarion de<br />

autres ré ulrats, à considérer l'ensemble global des réponses, sans continuer<br />

à y di tinguer désormai deux sous-ensembles correspondant aux deux<br />

ou -groupe d'audireurs.<br />

21


Deux variables font exception: les auditeurs considèrent que le<br />

«Liégeois» produit moins de euh que l'universitaire français FI, <strong>et</strong> qu'il<br />

parle aussi plus rapidement. <strong>Les</strong> suj<strong>et</strong>s jugent sans doute les locuteurs par<br />

rapport à leurs représentations stéréotypées de <strong>la</strong> catégorie à <strong>la</strong>quelle<br />

appartiennent ces locuteurs: FI, qui est bien identifié comme un <strong>Français</strong>,<br />

<strong>et</strong> qui produit effectivement un nombre imporrant de euh, est pénalisé<br />

pour c<strong>et</strong> écart, jugé sans doute peu acceptable dans le discours d'un<br />

locuteur utilisant une variété de <strong>la</strong>ngue prestigieuse. Le «Liégeois », dont<br />

le débit est le même que celui des universitaires français FI <strong>et</strong> F2, ne<br />

correspond pas à l'idée que les auditeurs se font du <strong>la</strong>ngage pratiqué par les<br />

<strong>Belges</strong> de milieu popu<strong>la</strong>ire, de qui ils pensent a priori que le débit est lent.<br />

Une seule estimation est conforme aux données objectives: <strong>la</strong> rapidité<br />

d'élocution du «Liégeois» est estimée de <strong>la</strong> même façon que celle du<br />

<strong>Français</strong> F2. Mais on peut penser que les suj<strong>et</strong>s n'atteignent c<strong>et</strong>te fidélité<br />

dans l'estimation que parce qu'ici aussi, m<strong>et</strong>tant en re<strong>la</strong>tion le débit du<br />

«Liégeois» avec <strong>la</strong> faible vitesse d'élocution qu'ils attribuent aux locnreurs<br />

liégeois de milieu popu<strong>la</strong>ire, ils le perçoivent comme plus rapide qu'en<br />

réalité.<br />

D. L'appréciation globale <strong>et</strong> les appréciatiom lexico-syntaxiques<br />

<strong>Les</strong> auditeurs avaient aussi à fournir une évaluation globale des trois<br />

locuteuts en répondant à <strong>la</strong> question « Aimeriez-vous avoir un fils qui parle<br />

comme ça? ». Leurs réponses dessinent une hiérarchie dont les positions<br />

haures SOnt occupées par les deux <strong>Français</strong>, le «Liégeois» occupant <strong>la</strong><br />

dernière p<strong>la</strong>ce()).<br />

Quelle re<strong>la</strong>tion entr<strong>et</strong>ient c<strong>et</strong>te appréciation globale avec les jugements<br />

portant sur le lexique <strong>et</strong> La syntaxe des locuteurs? Trois hypOthèses<br />

concurrentes s'offrent a priori à l'interprétation:<br />

1) L'appréciation globale se construirait au départ de jugements<br />

objectifs portés sur les aspects lexico-synraxiques des productions. Ce serait<br />

parce qu'on apprécie le vocabu<strong>la</strong>ire, <strong>la</strong> syntaxe, <strong>la</strong> correction, <strong>et</strong>c. d'un<br />

individu déterminé qu'on estimerait globalement qu'il «parle bien»,<br />

qu'on «aimerait avoir un fils qui parle comme ça». C<strong>et</strong>te hypothèse peut<br />

résolument être écartée: bien que les textes dits par le «Liégeois» <strong>et</strong> par les<br />

<strong>Français</strong> soient identiques (deux à deux) en ce qui concerne le lexique <strong>et</strong> <strong>la</strong><br />

syntaxe, l'évaluation des auditeurs favorise systématiquement les<br />

productions des locuteuts français <strong>et</strong> se révèle donc indépendante des<br />

données objectives.<br />

2) Ce serait au contraire l'évaluation globale, posée en toute<br />

subjectivité, en prenant prioritairement en compte l'accent des locureur<br />

(ce sont en eff<strong>et</strong> les composantes de l'accent qui sont les plus<br />

l, Dans une autre étude,<br />

rapportée au chapitre IV,<br />

on a posé c<strong>et</strong>te même question<br />

à propos d'un plus <strong>la</strong>rge<br />

échantillon de locuteur",<br />

<strong>la</strong> hiérarchie qu'y dressent les<br />

évaluations c<strong>la</strong>sse en tête les<br />

locuteurs universitaires, belges<br />

24<br />

aussi bien que français, <strong>et</strong> en<br />

queue, comme ici, les locuteurs<br />

de milieu popu<strong>la</strong>ire, belges<br />

comme fmnçais,


immédiatement porteuses d'identité sociale <strong>et</strong> géographique) qui<br />

déterminerait l'appréciation de <strong>la</strong> richesse lexicale, de <strong>la</strong> complexité<br />

synraxique, <strong>et</strong>c. Pour étayer c<strong>et</strong>te position, on peut faire valoir deux<br />

arguments. D'une part, les appréciations des suj<strong>et</strong>s ne paraissent pas<br />

distinguer de manière bien n<strong>et</strong>te des aspects du <strong>la</strong>ngage pourtant très<br />

différents <strong>et</strong> indépendants les uns des autres (un locuteur pourrair recourir<br />

à un vocabu<strong>la</strong>ire riche <strong>et</strong> ne pas bien structurer son discours, ou <strong>la</strong>isser<br />

fréquemment es phrases inachevées, par exemple). D'autre parr, <strong>la</strong><br />

hiérarchie qu'établissent les auditeurs lors de l'évaluarion globale ne diffère<br />

pas de <strong>la</strong> hiérarchie à <strong>la</strong>quelle aboutit <strong>la</strong> moyenne des jugemencs lexicosyntaxiques.<br />

L'un comme l'autre de ces deux arguments souffre cependant<br />

de ne prendre en compte que 6 seulement des 8 variables.<br />

3) Comme dans le cas précédent, les appréciarions lexico-syntaxiques se<br />

borneraient à refléter l'évaluation globale, fondée sur l'accent, pour autant<br />

que rien de sail<strong>la</strong>nc ne se manifeste ailleuts qui démence les attentes. Dans<br />

le cas contraire (nombre importanc de marques d'hésitation, de pauses, tics<br />

de <strong>la</strong>ngage, ou au contraire trouvailles d'expression), les jugements sur <strong>la</strong><br />

variable concernée connaitraient une révision à <strong>la</strong> baisse ou à <strong>la</strong> hausse,<br />

mais tOujours en fonction des attentes (le « Liégeois », qui produit le<br />

même nombre de euh que le <strong>Français</strong> FI, est moins pénalisé que lui pour<br />

c<strong>et</strong> écart). L'évaluation globale serait, elle aussi, affectée par c<strong>et</strong>te révision.<br />

Il nous parait que c'est c<strong>et</strong>te troisième hypothèse qui rend le mieux<br />

compte des données donc nous disposons ici.<br />

Résultats de l'épreuve impliquant les textes «bruxellois»<br />

<strong>Les</strong> réponses fournies par les suj<strong>et</strong>s de <strong>la</strong> deuxième épreuve, celle qui<br />

impliquait les textes « bruxellois », présentent exactement les mêmes<br />

lignes de force.<br />

1. <strong>Les</strong> suj<strong>et</strong>s identifient bien <strong>la</strong> nationalité des locuteurs: on a 100% de<br />

bonnes identifications pour le « Bruxellois», 95 % pour F2, 86 % pour FI.<br />

2. <strong>Les</strong> deux sous-groupes de suj<strong>et</strong>s portent des jugements analogues sur<br />

les textes produits par le premier des locuteurs français.<br />

3. Ils évaluent en revanche de façon différente les versions <strong>française</strong>s <strong>et</strong><br />

« bruxelloises» de textes pourtant en cous points semb<strong>la</strong>bles, accent mis à<br />

parr. Et, pour <strong>la</strong> majorité des échelles, leurs estimations donnent l'avantage<br />

aux locuteurs français. L'appréciation du débit <strong>et</strong> du nombre de euh fait ici<br />

aussi exception, du moins dans <strong>la</strong> comparaison du locuteur FI <strong>et</strong> du<br />

comédien, vraisemb<strong>la</strong>blement pour les mêmes raisons que dans <strong>la</strong> première<br />

épreuve.<br />

4. L'évaluation globale des locuteurs c<strong>la</strong>sse en tête les deux <strong>Français</strong>,<br />

devant le « Bruxellois».<br />

5. L'évaluation globale <strong>et</strong> l'évaluation lexico-syntaxique se conforment<br />

aux prévisions de <strong>la</strong> troisième des hypothèses envisagées ci-dessus.<br />

6. <strong>Les</strong> productions parisiennes se distancient un peu plus des<br />

25


«bruxelloises », dans c<strong>et</strong>re deuxième épreuve, qu'elles ne le faisaient des<br />

«liégeoises» dans <strong>la</strong> première. La comparaison des deux ensembles de<br />

données doit cependant être atrentive au fait que les deux épreuves se sont<br />

déroulées avec des groupes différents de suj<strong>et</strong>s<br />

L'eff<strong>et</strong> des variables «sexe» <strong>et</strong> «formation»<br />

Tant dans <strong>la</strong> première que dans <strong>la</strong> deuxième épreuve, les filles Ont<br />

tendance à être plus généreuses dans leurs évaluations que les garçons, mai<br />

pas davantage objectives. L'écart entre les évaluations des textes français <strong>et</strong><br />

des belges est même davantage accusé encore chez elles. Lorsqu'elles<br />

répondent à <strong>la</strong> question plus directe «Aimeriez-volis avoir tin fils qui parle<br />

comme ça?», elles avantagent également plus les locuteuts français (l'écart<br />

est chez elles de 2,25 contre 1,69 chez les gatçons dans <strong>la</strong> première<br />

épreuve, de 2,05 contre l,56 dans <strong>la</strong> deuxième). Ainsi expriment-elles ici<br />

l'atrrait pout <strong>la</strong> variété de prestige qu'on a fréquemment relevée chez le<br />

fem mes (pour une synthèse, voir Pillon 1997).<br />

Par ailleuts, les suj<strong>et</strong>s les plus avertis en matière de <strong>la</strong>ngage - les<br />

étudiants en interprétariat - ne se différencient guère des étudiants en<br />

psychologie <strong>et</strong> en sciences de l'éducation: les premiers fournissent san<br />

doute des jugements où l'eff<strong>et</strong> de halo opère moins, mais les diffétences<br />

entre les deux groupes de suj<strong>et</strong>s ne SOnt significatives que sur quelque<br />

variables isolées.<br />

3. Conclusions L'étude s'est centrée sur cerre question: les gens parviennent-ils à<br />

fournir une estimation objeerive des aspects lexico-synraxiques des<br />

productions, ou bien leur apptéciation est-elle influencée par leur<br />

perception subjective, par leurs représentations a priori de <strong>la</strong> qualité des<br />

unes <strong>et</strong> des autres? <strong>Les</strong> données réunies dans ce travail indiquent<br />

c<strong>la</strong>irement que c'est <strong>la</strong> deuxième de ces possibilités qu'il faut r<strong>et</strong>enir: <strong>la</strong><br />

manière dont les suj<strong>et</strong>s évaluent les caraeréristiques lexico-syntaxiques des<br />

discours est soumise à des eff<strong>et</strong>s de halo, leurs jugements particuliers SOnt<br />

conditionnés par <strong>la</strong> façon dont ils apprécient globalement <strong>la</strong> plus ou moin<br />

grande légitimité des différentes variétés de <strong>la</strong>ngue <strong>et</strong> dont, a priori, ils les<br />

hiérarchisent.<br />

omment s'éc<strong>la</strong>ire à présent l'opinion, <strong>la</strong>rgement répandue dans <strong>la</strong><br />

Communauté <strong>française</strong> de Belgique, que les francophones belges ne<br />

pratiquent pas leur <strong>la</strong>ngue avec <strong>la</strong> même habil<strong>et</strong>é que les <strong>Français</strong>? Le<br />

chapitre précédent, traitant de certaines caracréristiques des productions<br />

concluait au manque d'assises objeerives de c<strong>et</strong>te opinion. Celui-ci, qui<br />

porte sur d'autres aspects du <strong>la</strong>ngage, indique qu'à <strong>la</strong> manière des<br />

stéréotypes, elle pourrait fonctionner indépendamment des faits réels, <strong>et</strong><br />

n'être que le fruit, rout subjectif, de l'insécurité qui caractérise les<br />

locuteurs de <strong>la</strong> Communauté.<br />

26


Marie-Loui e Moreau<br />

<strong>et</strong> Huguene Brichard<br />

1. Introduction<br />

A. Deux variation<br />

régionales,<br />

une variation sociale<br />

B. ne <strong>norme</strong><br />

incompi<strong>et</strong>ement<br />

définie<br />

hapine IV<br />

Aimeriez-vous avoir un fils qui parle comme ça?<br />

La <strong>norme</strong> des francophones belges<br />

A le di cours des francophone belges sur leur<br />

<strong>la</strong>ngue, deux idée récurrenre concernenr le phénomène<br />

de ariation: il relè enr d'une parr que le<br />

français pratiqué en Belgique e t différenr du françai<br />

parlé en France; ils conStatenr d'aune parr l'existence<br />

de variations régionales <strong>et</strong> se p<strong>la</strong>isenr à nocer qu'il<br />

n'exi t pas ttrt français de Belgique, mais amant de<br />

manières de parler que de régions.<br />

L'analyse prend forr bien en compee <strong>la</strong> variation géographique. Elle<br />

ignore cependant tOut de <strong>la</strong> natification sociale <strong>et</strong> elle fait abstraction de<br />

l'interaction d s deux type de variation. Ainsi, elle néglige qu'en<br />

ommunauté françai e de B 19ique comme ailleur ,<strong>la</strong> ariation régionale,<br />

maximale dan le milieux popu<strong>la</strong>ir ,e t n<strong>et</strong>tement moins accu ée dans <strong>la</strong><br />

bourgeoi i .<br />

r, qu'elle oit imputable à quelque pudeur sociopolitique, ou à <strong>la</strong><br />

complexité de <strong>la</strong> ituation sociolinguistique belge, c<strong>et</strong>te omission de <strong>la</strong><br />

limension sociale de <strong>la</strong> variation contribue à rendre plus difficile <strong>la</strong> réponse<br />

à un cerrain nombre de que tions, notamment cell qui touchent à<br />

l'identification de <strong>la</strong> <strong>norme</strong> belge.<br />

<strong>Les</strong> u ager ne se repré entent en eff<strong>et</strong> pas les différentes variétés d'une<br />

<strong>la</strong>ngue comme implement juxtaposées, il le évaluent <strong>et</strong> le hiérarchisent,<br />

'Ii am un de u age comm le« bon ", comme <strong>la</strong> <strong>norme</strong>.<br />

Quelle variété, en Belgique francophone, joue ce rôle de <strong>norme</strong>, de<br />

<strong>la</strong>ngue de prestige, <strong>et</strong> prend le pas sur les aunes?<br />

Dans le domaine de <strong>la</strong> morphosyntaxe <strong>et</strong> du lexique, le cadre de<br />

référence coïncide pour l'essentiel avec celui que définissent les institutions<br />

normatives <strong>française</strong>, <strong>et</strong> qui se concréti e dans le grammaire <strong>et</strong> le<br />

dictionnaire propo é par un march' principalement françai .<br />

La plupart de spécificité belges, les belgisme , désignées comme des<br />

'carrs par rapport à c<strong>et</strong>te <strong>norme</strong> de France, font l'obj<strong>et</strong> de condamnations<br />

explicites. Toutefois, <strong>la</strong> coïncidence des <strong>norme</strong> belge <strong>et</strong> <strong>française</strong> pour une<br />

importante majorité d'unité <strong>et</strong> de règle lingui tique n'empêche pa<br />

certaines particu<strong>la</strong>rité lexicale belge de bénéficier d'une légitimité<br />

intéres ante: ain i, aucun cen eur ne condamne septante, chicon bOltrgmestl'e<br />

ou Club<strong>et</strong>te, <strong>et</strong>c. Mais les critères sur lesquels se fonde <strong>la</strong> légitimité de ces<br />

27


C. Une situation<br />

génératrice d'insécurité<br />

linguistique<br />

unItes sont rarement explicirés en des rermes généraux, en re<strong>la</strong>rion avec des<br />

carégories d'unirés.<br />

En ce qui concerne le domaine phonique, les choses sonr moins c<strong>la</strong>ires<br />

encore.<br />

- Dans certains cas, <strong>la</strong> <strong>norme</strong> explicire se coule dans les deux colonne<br />

des « Ne dires pas/Dires ", srigmarisanr une variante belge au profir de <strong>la</strong><br />

varianre <strong>française</strong> correspondanre('l, enrrerenanr donc l'idée que les<br />

<strong>Français</strong> parlenr le meilleur français, senrimenr bien inrériorisé par une<br />

majoriré de francophones belges (Francard 1993; Garsou 1991; Lafonraine<br />

1986, 1991).<br />

- En d'aurres cas, le «bon» parler des <strong>Belges</strong> esr défini seulemenr en<br />

rermes négarifs: les discours normarifs indiquenr commenr il ne faur pas<br />

parler; ils ne disent pas commenr il convienr de parler. Ainsi, d'une parr,<br />

ce qu'on appelle « l'accenr belge» esr présenré comme un arrribur plurôr<br />

honteux; le locureur qui parle avec «l'accenr belge» n'esr jamais proposé<br />

comme un modèle de bon <strong>la</strong>ngage. Mais d'aurre part, <strong>la</strong> majoriré des<br />

francophones belges esrimenr que <strong>la</strong> <strong>la</strong>ngue des <strong>Belges</strong> ne doir pas se<br />

calquer sur celle des <strong>Français</strong>, qu'il ne faur pas « fransquillonner» w. Qui<br />

veur bien parler ne doir donc pas parler comme les <strong>Français</strong> (voir Garsou<br />

1991); il ne doir pas non plus parler comme les <strong>Belges</strong>. On srigmarise un<br />

ensemble d'usages, mais aucun n'esr désigné - expliciremenr - comme le<br />

modèle à rejoindre.<br />

Condamnarion des spécificirés linguisriques belges, ambivalence des<br />

posirions par rapporr à l'usage de France, silence sur <strong>la</strong> <strong>norme</strong> à <strong>la</strong>quelle se<br />

référer, auranr de produirs, mais aussi auranr d'alimenrs, de l'insécuriré<br />

linguisrique qui caracrérise les francophones belges (Francard 1989,1993,<br />

1996, 1997; Garsou 1991; Klinkenberg 1981, 1985, 1997; Lafonraine<br />

1986,1991, 1997; Moreau 1997). À quoi il faur ajourer une certaine<br />

discordance entre les <strong>norme</strong>s du discours épilinguisrique er les <strong>norme</strong>s qui<br />

sous-rendenr les prariques sociales effecrives: <strong>la</strong> suire du rravai! va le<br />

monrrer, <strong>la</strong> variéré que les usagers identifienr comme leur <strong>norme</strong> rejoint de<br />

manière partielle seulemenr celle que le discours explicire leur désigne<br />

comme éranr <strong>la</strong> « meilleure».<br />

l. Ainsi, l'assourdissement de<br />

sonores finales (monge<br />

prononcé de <strong>la</strong> même manière<br />

que ma1lche) est fréquemment<br />

televé comme une marque<br />

belge dont il importe de se<br />

débarrasser (voir par exemple<br />

Remacle 1948).<br />

2. Le terme recouvre sans doute un<br />

ensemble assez composite de trairs,<br />

mais <strong>la</strong> plupart de ceux-ci SOnt<br />

localisés dans le domaine phonique<br />

(


D. Norme <strong>et</strong><br />

stratification sociale<br />

Dans les sociétés de type occidental, quelque communauté que l'on<br />

considère, <strong>la</strong> variété linguistique à <strong>la</strong>quelle est attribué le statut de bon<br />

usage, n'est en aucun cas indifférente à <strong>la</strong> stratification sociale. Le bon<br />

<strong>la</strong>ngage, <strong>la</strong> variété de prestige, s'identifie systématiquement avec celle que<br />

pratiquent les milieux dotés du capital culturel, du capital symbolique<br />

(Boutdieu 1979, 1983) <strong>et</strong> qu'on appellera ici, pour faire court, <strong>la</strong><br />

bourgeoisie cul turelle.<br />

En revanche, de manière cout à fait générale, si on reconnait aux<br />

variétés popu<strong>la</strong>ires des qualités de chaleur humaine, d'expressivité, <strong>et</strong>c.,<br />

qui en assurent le prestige <strong>la</strong>tent (Labov 1972; Ryan 1982), les valeurs<br />

liées au prestige officiel ne se rangent jamais de leur côté. Bien plus, les<br />

marques popu<strong>la</strong>ires se trouvent identifiées comme incorrectes.<br />

Qu'en est-il dans <strong>la</strong> situation belge?<br />

7. Popu<strong>la</strong>ire = incorrect = belge<br />

Dans le chapitre J, on a vu que les traits popu<strong>la</strong>ires (qu'ils soient belges<br />

ou communs aux usages popu<strong>la</strong>ires français <strong>et</strong> belges) SOnt systématiquement<br />

perçus comme incorrects <strong>et</strong> d'aurre part, que pour certaines<br />

catégories de mots <strong>et</strong> expressions, «belge» <strong>et</strong> « incorrect» ne se distinguent<br />

pas.<br />

À <strong>la</strong> liaison, c<strong>la</strong>ssique en sociolinguistique, entre popu<strong>la</strong>ire <strong>et</strong> incorrect,<br />

les francophones de <strong>la</strong> Communauté en substituent donc une aurre, qui<br />

fusionne crois catégories: popu<strong>la</strong>ire, incorrect <strong>et</strong> belge. Le schéma 2 prend<br />

<strong>la</strong> p<strong>la</strong>ce du schéma 1.<br />

Schéma 1<br />

Situation sociolinguistique c<strong>la</strong>ssique<br />

<strong>la</strong>ngue incorrecte<br />

<strong>la</strong>ngue de prestige<br />

<strong>la</strong>ngue popu<strong>la</strong>ire<br />

<strong>la</strong>ngue de <strong>la</strong> bourgeoisie culturelle<br />

Schéma 2<br />

Situation sociolinguistique du français de Belgique<br />

dans les représentations des <strong>Belges</strong><br />

L'association de <strong>la</strong> catégorie «popu<strong>la</strong>ire» aux deux premières rend<br />

impossible de concevoir que les francophones belges puissent s'être dotés<br />

d'une <strong>norme</strong> propre, correspondant à l'usage de leur bourgeoisie culturelle;<br />

rien d'étonnant dès lors à ce qu'ils ne puissent identifier de légitimité<br />

linguistique sur leur propre territoire.<br />

2. Quelle variété parle <strong>la</strong> bourgeoisie culturelle belge?<br />

Contrairement à ce que pose le discours dominant sur <strong>la</strong> diversification<br />

29


l'actualité politique). Or <strong>la</strong> p<strong>la</strong>ce qu'ils occupent e t préci ément un des<br />

lieux sociolinguistiques qui produisent les variétés de prestige. Autre<br />

indice encore: de manière plus générale, on dit des locureur qui parlent<br />

c<strong>et</strong>te variété qu'il n'ont pas d'accent; <strong>et</strong> c'e t préci ément ce qu'on dit<br />

habituellement des urili areurs d'une variété normée.<br />

Dans ce travail, on examinera comment <strong>la</strong> variété nuage dan <strong>la</strong><br />

bourgeoi ie belge e irue dan les é aluations des francophones de <strong>la</strong><br />

ommunauté <strong>et</strong> en particulier quelle po ition eU 0 cupe par rapport à <strong>la</strong><br />

variété normée françai e <strong>et</strong> aux ociolecte popu<strong>la</strong>ires, belges <strong>et</strong> françai .<br />

2. L'épreuve On a r couru à un dispo itif expérimental qu'on peut pré enter<br />

synthétiquement comme suit: on a enregistré de locuteurs français <strong>et</strong><br />

belge, de milieux sociaux contrastés; on a fait entendre ces<br />

enregistrements à deux groupes d'auditeurs belges, de deux catégories<br />

socioculturelles, en les invitant à répondre à <strong>la</strong> question «Aimeriez-vous que<br />

votre fils Olt votre fiffe parle comme fa?» <strong>et</strong> à reporter leur réponse sur une<br />

échelle à 7 ca es.<br />

7. aractéristiqttes des IOCllt<strong>et</strong>trs<br />

On a utilisé pour c<strong>et</strong>te étude les mêmes enregi trement que ceux de<br />

l'étude rapportée au chapitre II. On en rappelle rapidement les<br />

caractéri tique : on a enregi tré le di cour pontané de 60 locuteurs à qui<br />

on demandait d'exprimer leur opinion à propos de l'interdiction de fumer<br />

dan le lieux public. e 60 locureurs se répartis ent en 2 <strong>Français</strong> <strong>et</strong> 36<br />

Belge (12 Bruxellois, 12 Liégeoi <strong>et</strong> 12 Monroi ); 30 membre du<br />

personnel enseignant ou scientifique d'universités <strong>et</strong> 30 personne de<br />

co<strong>la</strong>rité ourre; 30 hommes <strong>et</strong> 30 femme.<br />

On a ensuire électionné dan chacun des enregi tr ment de pa age<br />

d'une quarantaine de syl<strong>la</strong>bes, en tâchant de re pener les unité<br />

syntaxique, prosodiques <strong>et</strong> sémantiques. <strong>Les</strong> passages rerenus étaient par<br />

ailleurs exempt de rermes référant à des localités, ou de particu<strong>la</strong>rités<br />

lexicales propres à un groupe (ain i, septante ou soixante-dix). <strong>Les</strong> discours<br />

des différent locuteurs e différenciaient donc es entiellement par des<br />

trait re<strong>la</strong>tifs à ce qu'on nomme communément l'«accent».<br />

On a mé<strong>la</strong>ngé les diver enregiStrements, l'ordre de ucce sion de<br />

locuteurs étant déterminé de façon aléaroire.<br />

Dans une épreuve indépendante d celle qu'on rapporte ICI, on a<br />

d mandé à 20 étudiant de deuxième licence en interprétariat d'identifier<br />

<strong>la</strong> nationalité <strong>et</strong> <strong>la</strong> région de différent locuteur univer itaire . <strong>Français</strong> <strong>et</strong><br />

<strong>Belges</strong> sont identifiés distinctement: on a un taux d'identification<br />

nationale correcte de 6,25 %, pour seulement 3,33 % d'identifications<br />

régionales correctes des universitaires belges, dont <strong>la</strong> moitié concerne une<br />

eule locutrice.<br />

31


locuteur e t plu faible: Igne as urément de leur solidarité avec leur<br />

groupe, il appréci nt plu que le auditeur universitaire les locuteur de<br />

milieu popu<strong>la</strong>ire, <strong>et</strong> montrent moins d'aversion à l'égard de ce qui s'écarte<br />

de <strong>la</strong> <strong>norme</strong>, qu'ils perçoivent ans doute moins bien. En rout état de<br />

cau e, les différences enrre le deux groupes d uj<strong>et</strong> n sont pas<br />

significati es tari tiquement.<br />

3. i l'usage popu<strong>la</strong>ire belge fait l'obj<strong>et</strong> d'une tigmati ation ans<br />

ambi alence (mais analogue à celle qui frappe les pratiques popu<strong>la</strong>ire<br />

<strong>française</strong> ), l'u age pratiqué par <strong>la</strong> bourgeoisie culturelle belge e t bien<br />

perçu, il fait l'obj<strong>et</strong> d'une appréciation globale fa orable. Il a, comme le<br />

sociolecte de <strong>la</strong> bourgeoi ie culturelle françai e, tatut de variété de<br />

prestige. <strong>Les</strong> données ne s'organisent donc pas comme l'aurait prédit le<br />

schéma 2 mais elles e conforment au chéma 3.<br />

<strong>Les</strong> ariétés belges, celle d s univer itaires comme celle de <strong>la</strong> da se<br />

popu<strong>la</strong>ire, ne SOnt pas moins bien évaluées que les variété <strong>française</strong>s<br />

correspondantes: ou bien elles SOnt situées au même niveau (ainsi, dans les<br />

jugement des étudiants universitaires, les sociolectes popu<strong>la</strong>ires belges <strong>et</strong><br />

français SOnt également peu apprécié ), ou bien elle bénéficient d'une<br />

légère préférence par rapport aux variétés <strong>française</strong>s correspondantes. La<br />

différence entre variétés bIges <strong>et</strong> françai es n'e t routefoi pa ignificative.<br />

<strong>Les</strong> différence ob ervée ne ré ultent cependant pa d'un eff<strong>et</strong> de<br />

moyenne: si on range les indice d'évaluation par ordre décroi sant pour le<br />

groupe de locuteurs universitaire français <strong>et</strong> de même pour le groupe des<br />

locuteur uni ersitaires belge, le rapport e t le plu ouvent favorable au<br />

d uxième, a position égale dan l'ordre de préférence: le mieux évalué des<br />

locuteur belges de ance le mieux évalué de locuteur français, le econd<br />

belge l'emporte ur le second français, <strong>et</strong> ainsi de suite.<br />

Locuteurs <strong>et</strong> locutrices, auditeurs <strong>et</strong> auditrices<br />

Que l'évaluation concerne de locuteur ou d s locutric s, belges ou<br />

françai , elle creuse roujour un écart entre variétés popu<strong>la</strong>ire <strong>et</strong> variétés<br />

bourgeoises, au profit de ces dernières. Mais si une préférence s'exprime<br />

pour les variétés belges quand il s'agit des hommes popu<strong>la</strong>ires <strong>et</strong> des<br />

femmes universitaires, l'avantage est aux variétés <strong>française</strong>s pour les<br />

femmes de milieu popu<strong>la</strong>ire <strong>et</strong> les hommes universitaires.<br />

<strong>Les</strong> auditrices <strong>et</strong> le auditeurs pré entent exactement le même profil de<br />

réponses, avec un même écart entre variétés popu<strong>la</strong>ires <strong>et</strong> bourgeoises. On<br />

note cependant, quelle que oit <strong>la</strong> catégorie de locuteurs concernée, que les<br />

auditrices se montrent des juge ystématiquement plus sévères que les<br />

auditeur, igne an doure d'une plu grande exigence par rapport à <strong>la</strong><br />

<strong>norme</strong>. Par ai/leur, c'e telle Uftout qui manifestent le plus leur<br />

préférence pour le variété belge, qu'il<br />

. ..<br />

ou uni er Italre .<br />

'agi e de locuteur popu<strong>la</strong>ires<br />

33


<strong>Les</strong> valeurs associées<br />

aux variétés belges<br />

Parallèlement à c<strong>et</strong>te approche quantitative, on a fait appel, dans le<br />

public où on avait recruté les 80 auditeurs, à 20 bénévoles, réparti<br />

également selon les critères de sexe er d'appartenance sociale, <strong>et</strong> on leur a<br />

proposé de présenter l'épreuve en passation individuelle c<strong>et</strong>te fois, en leur<br />

demandant de justifier leurs réponses <strong>et</strong> d'exprimer librement leur<br />

appréciarions.<br />

En se fondant sur <strong>la</strong> manière dont les individus s'expriment, les suj<strong>et</strong>s<br />

les situent (avec une exactitude variable) non seulement dans l'espace, dan<br />

<strong>la</strong> hiérarchie sociale <strong>et</strong> dans une catégorie d'âge, mais ils leur attribuent<br />

aussi des caractéristiques psychologiques, intellecruelles <strong>et</strong> morales.<br />

Chacun des portraits est singulier, <strong>et</strong> bien qu'ils soienr dessinés par<br />

plusieurs personnes, il est exceptionnel qu'ils comportent des traits<br />

contradicroires. <strong>Les</strong> représenrations s'organisent de maniète <strong>la</strong>rgement<br />

convergence.<br />

<strong>Les</strong> traits positifs <strong>et</strong> négatifs se répartissent différemment dans les deux<br />

groupes socioculturels de locuteurs.<br />

a) Aux universitaires, on attribue principalement les qualités suivantes:<br />

intelligence, sérieux, au rori té, assurance, décontraCtion, si ncéri té, douceur,<br />

ouverture aux autres, habitude de <strong>la</strong> communication. La caractéristique<br />

«jeune» leur est plus fréquemment associée.<br />

b) <strong>Les</strong> locuteurs de milieu popu<strong>la</strong>ire SOnt perçus comme des personne<br />

rigolotes, ou bon enfanr, aimant <strong>la</strong> vie, qualités qui n'étaienr pas citées<br />

pour l'autre catégorie. On les qualifie aussi de «bien de chez nous », de<br />

« bons <strong>Belges</strong>».<br />

c) <strong>Les</strong> aspects négatifs des universitaires s'analysent surtout en termes<br />

de fierté, snobisme, prétention, rigidité morale, sévérité, auroritarisme,<br />

préciosité.<br />

d) Ce SOnt, le plus souvent, d'autres défauts qui SOnt invoqués à propos<br />

des locuteurs popu<strong>la</strong>ires: vulgarité, grossièr<strong>et</strong>é, impolitesse, provincialisme,<br />

fréquentation des cafés, noncha<strong>la</strong>nce. On dit aussi parfois d'eux<br />

qu'ils sonr âgés. Mais il n'est pas question ici de prétention, d'auroritansme,<br />

<strong>et</strong>c.<br />

<strong>et</strong>te répartition des traits psychologiques attribués aux locuteurs n'a<br />

rien de spécifique à <strong>la</strong> Belgique: c'est une distribution analogue qu'on<br />

trouve dans routes les situations où coexistent une variété de prestige <strong>et</strong> des<br />

variétés dévalorisées (pour une synrhèse, voir Lafonraine 1997). Et le<br />

simple fait que <strong>la</strong> variété utilisée par les universitaires soit ainsi associée à<br />

ces traits psychologiques constitue en soi un indice c<strong>la</strong>ir de ce qu'elle<br />

fonctionne effectivemenr comme une <strong>norme</strong> pour le groupe linguistique.<br />

Ce que confirment par ailleurs les adjectifs employés pour qualifier <strong>la</strong><br />

manière de parler des universitaires, dont on dit de beaucoup qu'ils parlent<br />

bien, de façon notmale, neutre, sobre, correcte, sans accent. Leur voix est<br />

en outre plus fréquemmenr jugée douce <strong>et</strong> agréable <strong>et</strong> on mentionne aussi<br />

34


plu souvent <strong>la</strong> fluidité, <strong>la</strong> bonne structuration ou <strong>la</strong> c<strong>la</strong>rté de leur discour .<br />

On peut toutefois présumer que ces appréciations ne se fondent pas sur des<br />

données objectives, mais résultent d'un eff<strong>et</strong> de halo, analogue à celui qu'a<br />

érudié le chapitre III.<br />

4. Conclusions Au-d là de différence entre le locuteur indi iduel <strong>et</strong> malgré<br />

c rtain écarts entre les appréciation de divers group s d'auditeur, il<br />

apparait que le préférence <strong>et</strong> le rej<strong>et</strong> se caractéri ent par une grande<br />

rabilité. C<strong>et</strong>te constance des choix traduit <strong>la</strong> similitude des représentations<br />

<strong>et</strong> elle perm<strong>et</strong> de tracer les contours de ce que les francophones<br />

belge, homme ou femme, de milieu popu<strong>la</strong>ire ou de <strong>la</strong> bourgeoisie<br />

culturelle, con idèrent comme leur( ) variété( ) lingui tique( ) de<br />

pre tige.<br />

1. Le français qu'ils aimeraient entendre employé par leurs enfants se<br />

définir d'abord n termes d'appartenance à une c<strong>la</strong>sse socioculturelle: il ne<br />

doit pas être celui des milieux popu<strong>la</strong>ire, celui qui porte le marques<br />

régional s le plus accusées; il corre pond en premier lieu à l'u age des<br />

c<strong>la</strong>sse sociale située au haur de <strong>la</strong> hiérarchie socioculturelle, en France ou<br />

en Belgique. C'est en eff<strong>et</strong> le contraste social qui creuse le plus l'écart entre<br />

le évaluations portées sur les différentes catégories de locuteur .<br />

2. 11 importe toutefoi que les locuteurs gardent le en de <strong>la</strong> me ure, <strong>et</strong><br />

ne m<strong>et</strong>tent pa trop en avant leur appartenance sociale privilégiée: le parlé<br />

affecté, pointu, agace, qu'il oit de Belgique (parler «acré- UP> ou<br />

«Raven tein») ou de France (


obéissent à une autre logique, puisque les évaluations les plus favorables se<br />

partagent à parts égales entre un certain usage de Ftance <strong>et</strong> un certain<br />

usage de Belgique, qui ne se confondent pas.<br />

6. Bien plus, quand une distance sépare <strong>norme</strong> <strong>française</strong> <strong>et</strong> <strong>norme</strong><br />

belge, elle est réduite certes, mais à l'avantage de <strong>la</strong> seconde.<br />

7. La situation belge ne se structure donc pas de manière originale dan<br />

le champ sociolinguistique: ici comme dans le chapitre l, lorsque les<br />

pratiques des <strong>Belges</strong> hiérarchisent les variétés, leur premier critère n'est pas<br />

géographique (ils n'opposent pas les variétés belges aux <strong>française</strong>s), mai<br />

social (ils contrastent les usages des milieux popu<strong>la</strong>ires - belges ou françai<br />

- aux usages de <strong>la</strong> c<strong>la</strong>sse dotée du capital symbolique - belge ou <strong>française</strong>).<br />

Ces pratiques sociales se montrent donc re<strong>la</strong>tivement indépendantes du<br />

discours des institutions normatives, de ce que les acteurs sociaux disent<br />

eux-mêmes de leur <strong>la</strong>ngue <strong>et</strong> de leurs représentations en matière de <strong>norme</strong>.<br />

Et il y a là, assurément, un angle d'attaque pour une politique linguistique<br />

qui aurait à cœur de réduire l'inconfort linguistique des francophone<br />

belges, en les aidant à se construire une autre image de leur <strong>la</strong>ngue.<br />

36


Marie-Louise Moreau Conclusions<br />

A plupart des francophones belges Ont sur leur <strong>la</strong>ngue des<br />

conceptions que dément l'observation des données objectives.<br />

- Ils confondent en une même notion trait belge <strong>et</strong> trait<br />

incorrect, assimi<strong>la</strong>nt les spécificités de leur <strong>la</strong>ngue à des<br />

écarts par rapport à <strong>la</strong> <strong>norme</strong> <strong>et</strong> considéranc comme belges<br />

des craits stigmatisés nullement propres à <strong>la</strong> Belgique<br />

(chapitre I).<br />

- Ils estimenc que <strong>la</strong> <strong>la</strong>ngue pratiquée par les <strong>Français</strong> est conforme à <strong>la</strong><br />

<strong>norme</strong>, <strong>et</strong> ne perçoivent pas, à certains niveaux de leur conscience du<br />

moins, <strong>la</strong> diversité des usages sur le territOire français <strong>et</strong> en particulier <strong>la</strong><br />

diversité de statuts, par rapport à <strong>la</strong> légitimité linguistique, des variétés en<br />

usage dans l'Hexagone (chapitre 1).<br />

- En ce qui concerne le maniemenc de <strong>la</strong> <strong>la</strong>ngue, ils attribuent aux<br />

locuteurs françai une aisance dont on ne rencontre cependant pas les<br />

assises objeceives (chapitre II).<br />

- Ils posent, sur <strong>la</strong> qualité d'expression des locuteurs, des appréciations<br />

qu'ils pensenc essentiellement déterminées par des critères lexicaux ou<br />

syntaxiques, alors qu'elles sonc concaminées par leurs jugemencs a priori<br />

(chapi tre III).<br />

- Bien que dans certaines de leurs représentations, <strong>et</strong> dans leurs propos<br />

sur <strong>la</strong> <strong>la</strong>ngue, ils valorisenc les variétés <strong>française</strong>s <strong>et</strong> dénigrent les variétés<br />

belges, hiérarchisant alors le usages selon un critère géographique, c'est en<br />

fait un critère social qu'ils adoptent prioritairement lorsqu'ils Ont à juger<br />

des locuteurs français <strong>et</strong> belges de c<strong>la</strong>sses sociales différences (chapitre l <strong>et</strong><br />

IV) <strong>et</strong> c'est à une variété belge - celle de <strong>la</strong> bourgeoisie culturelle - que<br />

vonc leurs préférences (chapitre IV).<br />

<strong>et</strong>te distOrsion des conceptions par rapport aux réalités est un fait de<br />

culture, dont on trouve des équivalents dans d'autres communautés<br />

caractérisées par un sentiment d'insécurité linguistique: l'ensemble de <strong>la</strong><br />

francophonie périphérique (Francard 1993-1994), <strong>et</strong>, plus généralement,<br />

les communaurés où coexistent des variétés linguistiques inégalement<br />

valorisées par les institutions normatives que sont les grammaires, les<br />

dictionnaires, les académies <strong>et</strong> cercles dédiés à <strong>la</strong> promotion du «bon»<br />

<strong>la</strong>ngage, l'école, <strong>et</strong>c.<br />

37


Dans l'état présent des connaissances en sociolinguistique, on ne sait<br />

pas précisément quels eff<strong>et</strong>s engendre l'insécurité linguisrique. Mai<br />

certains faits en paraissent des manifestations plus ou moins c<strong>la</strong>ires.<br />

L'insécurité linguistique esr sans doute associée à une vigi<strong>la</strong>nce<br />

particulière par rapport à <strong>la</strong> <strong>norme</strong>, à une plus grande surveil<strong>la</strong>nce du<br />

<strong>la</strong>ngage. Dans ce sens, on nore (par exemple, Piron 1968, Pieltain 1970)<br />

qu'à niveau égal de qualification, les <strong>Belges</strong> mOntrent parfois un souci plus<br />

accusé de conformité à <strong>la</strong> <strong>norme</strong> que les locuteurs français. Sous ce point, il<br />

faut mentionner aussi l'intérêr des grammairiens belges (on songe à<br />

Grevisse, Hanse, Remacle ... ) pour <strong>la</strong> perspective normarive.<br />

Mais on relève aussi que c'esr surtout dans les genres mineurs des art<br />

de <strong>la</strong> <strong>la</strong>ngue (chansons, bande dessinée, lirrérature policière ou de<br />

science-ficrion, contes, poésie ... ) que les auteurs francophones belge<br />

trouvent l'accès à une certaine nororiéré, soit qu'ils n'osent prétendre<br />

exerc<strong>et</strong> leur écriture dans des genres jugés plus nobles, soit que les<br />

mécanismes de légitimation des productions ne fonerionnent pas pour le<br />

niveaux considérés comme supérieurs (Klinkenberg 1997). On a souvent<br />

noré de même que les œuvtes littéraires belges ne bénéficient pas, dans le<br />

public <strong>et</strong> dans l'enseignement de <strong>la</strong> littérature, de <strong>la</strong> reconnaissance à<br />

<strong>la</strong>quelle elles pourraient prétendre (Klinkenberg 1997).<br />

Est assurément à ratracher aussi à leur insécurité linguistique<br />

l'inféodation de certains francophones belges aux insriwrions normative<br />

<strong>française</strong>s en matière de <strong>la</strong>ngage (Francard 1993,1996). Beaucoup<br />

esriment ainsi que <strong>la</strong> Communauté ne peut s'arroger le droit de prendre,<br />

pour les francophones belges, une posirion disrincte de <strong>la</strong> France: point de<br />

féminisation des termes de profession, dans les administrations de <strong>la</strong><br />

Communauté ou de <strong>la</strong> Région wallonne, point de réforme de<br />

l'orrhographe, par exemple, qui n'ait d'abord éré décidée par les <strong>Français</strong>.<br />

Sans doute parce qu'on conçoit que le français n'est pas nOtre <strong>la</strong>ngue? Mai<br />

sur quels arguments se fonde c<strong>et</strong>te conception?<br />

Il y a aussi <strong>et</strong> surtout l'inconfort psychologique dans lequel <strong>la</strong> majorité<br />

des personnes de <strong>la</strong> Communauté vivent leur <strong>la</strong>ngue. On peut se demander<br />

d'ailleurs si le déficit d'identité culturelle qu'on a maintes fois observé chez<br />

les francophones belges ne s'enracine pas, précisément, dans <strong>la</strong> faible<br />

considération dont ils entourent leur <strong>la</strong>ngue propre. De très nombreuses<br />

communautés humaines investissent leur <strong>la</strong>ngue de <strong>la</strong> double fonerion de<br />

fonder leut identité <strong>et</strong> de <strong>la</strong> manifester: «Je suis un X parce que je parle le<br />

x, <strong>et</strong> quand je parle le x, j'affirme que je suis un X". Mais quand l'identité<br />

se fonde sur <strong>la</strong> <strong>la</strong>ngue, quelle identité peuvent se définir des individus qui<br />

s'estiment dépourvus de parole légitime? De quelle consistance peut être<br />

dotée c<strong>et</strong>te identité quand elle repose sur une <strong>la</strong>ngue dont les spécificiré<br />

sont dénigrées <strong>et</strong> dont <strong>la</strong> <strong>norme</strong> est localisée en dehors du territoire?<br />

38


C'est lorsque le discours dominant sur <strong>la</strong> <strong>la</strong>ngue est de caractère<br />

normatif, qu'on se trouve dans les conditions les plus propices à<br />

l'épanouissement de l'insécurité linguistique (voir chapitre 1). Mais si un<br />

discours sur <strong>la</strong> <strong>la</strong>ngue peut produire certains eff<strong>et</strong>s psychologiques sur le<br />

public, un autte discours pourrait en engendrer d'autres.<br />

Quels contenus devrait intégrer c<strong>et</strong> autre discours sur <strong>la</strong> <strong>la</strong>ngue 1<br />

11 pourrait d'abord couper l'herbe sous le pied de c<strong>et</strong>te idée selon<br />

<strong>la</strong>quelle il existerait une <strong>norme</strong> panfrancophone unique, neutre, dépourvue<br />

de tOut ancrage national. La France a ses variétés de prestige, le Québec a<br />

les siennes (Marrel <strong>et</strong> Cajol<strong>et</strong>-Laganière 1995), les pays africains<br />

francophones ont les leurs, comme <strong>la</strong> uisse <strong>et</strong> <strong>la</strong> Belgique. Car il s'agit<br />

bien de <strong>norme</strong>s plurielles, dans chaque cas. Le monde parisien de <strong>la</strong> finance<br />

n'a pas les mêmes usages que celui de <strong>la</strong> couture; les variétés pratiquées par<br />

certains cercles de <strong>la</strong> noblesse ne s'alignent pas nécessairement sur celles en<br />

usage parmi les universitaires, <strong>et</strong>c. Bien sûr, au-delà des particu<strong>la</strong>tismes<br />

(localisés surtout dans certains secteurs du lexique <strong>et</strong> dans le domaine<br />

phonique) grâce auxquels chacun a <strong>la</strong> possibilité de manifester son<br />

appartenance au milieu, au groupe, au c<strong>la</strong>n, tOutes ces variétés de prestige<br />

comportent un <strong>la</strong>rge ensemble de traits communs, qui perm<strong>et</strong>tent aux<br />

individus des différents sous-groupes de se reconnaitre comme appartenant<br />

à une c<strong>la</strong>sse socialement distincte - distinguée - des milieux ocioculrurellement<br />

dominés.<br />

Il importerait précisément qu'on renonce par ailleurs à tenir sur <strong>la</strong><br />

<strong>la</strong>ngue un discours qui ne corresponde pas à son fonctionnement dans <strong>la</strong><br />

société; qu'on reconnaisse pour tel le phénomène de variation sociale du<br />

<strong>la</strong>ngage <strong>et</strong> <strong>la</strong> hiérarchisation des diverses variétés. Celle-ci devrait être<br />

présentée non pas comme légitime, ni d'ailleurs comme illégitime, mais<br />

comme un phénomène social ordinaire, qui se décrit de <strong>la</strong> même manière<br />

que <strong>la</strong> répartition, dans les divers milieux, des loisirs, des pratiques<br />

sportives, des usages vestimentaires <strong>et</strong> alimentaires, de <strong>la</strong> décoration<br />

intérieure, <strong>et</strong>c.<br />

S'agissant de l'histOire du français, un autre discours sur <strong>la</strong> <strong>la</strong>ngue<br />

aurait à souligner <strong>la</strong> contribution d'un dialecte belge, le picard, au même<br />

titre que les dialectes du nord de <strong>la</strong> France, dans <strong>la</strong> constitution de <strong>la</strong><br />

<strong>la</strong>ngue littéraire qui al<strong>la</strong>it devenir le français. Il devrait aussi diffuser l'idée<br />

que loin d'être arrivé tardivement en Belgique, d'être donc une <strong>la</strong>ngue<br />

exogène, le français s'y est imp<strong>la</strong>nté dès ses origines; que, pour faire une<br />

formule, le français était utilisé à Liège avant de l'être à Lyon (Wilm<strong>et</strong><br />

1989; Goosse 1997).<br />

Bien des gens rattachent <strong>la</strong> balourdise linguistique supposée des <strong>Belges</strong><br />

à leur bilinguisme français-dialecte (ou au bilinguisme de leurs parents ou<br />

39


grands-parents), en opposant à leur situation celle d'une France censée<br />

monolingue depuis Le XVIII·. Il serait judicieux aussi, dès lors, de diffuser<br />

les informations dont on dispose actuellement sur l'étiolement de<br />

dialectes, <strong>et</strong> de montrer que <strong>la</strong> situation de <strong>la</strong> Belgique n'a rien de<br />

pécifique, puisque de part <strong>et</strong> d'autre de <strong>la</strong> frontière, c'est <strong>la</strong> deuxième<br />

guerre mondiale qui, de <strong>la</strong> façon La plus décisive, relègue les dialectes dan<br />

l'ombre où iLs se rrouvent à présent, en Belgique comme en France (Weber<br />

1983).<br />

Le sentiment qu'on a de sa <strong>la</strong>ngue se nourrit aussi de <strong>la</strong> manière dont<br />

on perçoit <strong>la</strong> p<strong>la</strong>ce qu'eLLe occupe dans les secteurs cuLturels de prestige.<br />

On ne saurair trOP insister, en <strong>la</strong> matière, sur l'évidente nécessité qu'il ya<br />

de promouvoir, tOujours <strong>et</strong> encore, La littérature belge d'expression<br />

<strong>française</strong>. Doit-on par ailleurs considérer comme une fatalité que dans bien<br />

des films réalisés en Communauté, qui m<strong>et</strong>tent en scène des francophone<br />

belges, les comédiens pratiquent un usage dans lequel La majorité de<br />

<strong>Belges</strong> ne peuvent pas se reconnaitre, puisqu'à leur accent, on identifie le<br />

acteurs comme des <strong>Français</strong>? N'y aurait-il pas à repenser <strong>la</strong> question de <strong>la</strong><br />

variété de <strong>la</strong>ngue utilisée dans ces productions) On ne songe pas ici à un<br />

marquage systématique de l'identité à l'aide de divers avoir facile. baw<strong>et</strong>te.<br />

fricadeffe, ou waterzooi, non plus qu'à <strong>la</strong> pratique de l'usage caractéristique<br />

des faubourgs liégeois, du Borinage ou des Marolles. On se demande<br />

seulement si on ne pourrait pas davantage exploiter les ressources de ce<br />

français que pratiquent <strong>la</strong> plupart de nos intellectuels, que nous entendon<br />

chez les journalistes de nos radios <strong>et</strong> télévisions publiques, que les suj<strong>et</strong>s<br />

des épreuves rapportées dans c<strong>et</strong> ouvrage identifient comme notre variété de<br />

prestlge.<br />

Mais, dira-t-on, <strong>la</strong> reconnaissance de <strong>la</strong> pluralité des <strong>norme</strong>s ne<br />

risque-t-eLLe pas de nous conduire à Babel? Se comprendra-t-on encore<br />

entre francophones? À quoi on répondra que <strong>la</strong> diversité est là, qu'elle a<br />

toujours été Là. Et qu'eLLe n'a jamais empêché les personnes appelées à se<br />

renCOntrer de communiquer efficacement.<br />

Pour <strong>Les</strong> <strong>la</strong>ngues dotées d'un important socle standardisé comme est Le<br />

français, au travers de tOuteS ses variétés, ce qui assure L'intercompréhension<br />

des personnes pratiquant des usages différents, ce n'est en eff<strong>et</strong> pas<br />

<strong>la</strong> pression normative. Si elle perm<strong>et</strong> de comprendre pourquoi certains<br />

<strong>Belges</strong> renoncent à septante quand ils se rendent en France, elle ne rend pas<br />

compte du phénomène inverse, de ces <strong>Français</strong> (moins nombreux<br />

peut-être; fait, là aussi, de rapport à <strong>la</strong> légitimiré) qui n'urilisent pLu<br />

soixante-dix dès Lors qu'ils s'adressent à des <strong>Belges</strong> ou qui, à Dakar,<br />

adoptent les termes sénéga<strong>la</strong>is essencerie ou gouvernance. <strong>Les</strong> échanges SOnt<br />

régulés en fait par des mécanismes sensibles à des enjeux bien pLus divers<br />

<strong>et</strong> généraux que ceux dont tient compte le discours normatif: souci de se<br />

faire comprendre, mais aussi volonté d'hermétisme, aspiration à être<br />

40


econnu comme membre du groupe, ou comme distinct, volonté de<br />

marquer sa olidarité ou affirmation d'une prise de distance, expression ou<br />

négation de on identité, <strong>et</strong>c., telle sont les vraie déterminations de<br />

l'aju tement du discour en fonction de l'interlocuteur. Et elon les cas,<br />

elle conduiront les individus à choisir soit de e rapprocher, soit de<br />

s'écarter de <strong>la</strong> <strong>norme</strong>, ou de ce qu'il identifient comme leur usage propre,<br />

ou comme l'u age de l'aucre. Caractéristique importante de ce mécanismes<br />

de régu<strong>la</strong>tion de échange : ils 'in tallent crès précocement, puisqu'on en<br />

ob erve de manife tations (simplification du <strong>la</strong>ngage adressé à un<br />

étrang r, à un cad<strong>et</strong>, adoption de <strong>la</strong> variété des pairs pour les échange avec<br />

ceux-ci ... ) chez des enfants de 3 ans au plu tard, pourtant non soumis à<br />

l'influence de <strong>la</strong> pression normative.<br />

Il y a donc, en matière de <strong>la</strong>ngue, une nouvelle culture à imp<strong>la</strong>nter<br />

dan <strong>la</strong> ommunaucé françai e de Belgique. En sorte que le francophones<br />

belges ne se perçoivent plus, au sein de <strong>la</strong> francophonie, comme a sis sur<br />

un strapontin, mais sur un iege de plein droit, en coure légitimité.<br />

41


Annexe 1 Phrases soumises aux suj<strong>et</strong>s pour l'épreuve<br />

du chapitre l<br />

Belgismes bourgeois<br />

I:année académique commence le 18 septembte.<br />

Il a été engagé comme jobisle pour le mois d'août.<br />

Que ru le donnes à Anne ou à Sophie, c'est chou vert <strong>et</strong> vert choll!<br />

<strong>Les</strong> élèves de rhétoriqlte om congé pour préparer leurs examen<br />

<strong>Les</strong> droits d'accises om encore augmemé.<br />

Pour l'endormir, je lui ai racomé une histoire de nltlons.<br />

<strong>Les</strong> résultats de l'examen som affichés aux valves.<br />

on maïorat s'est terminé en 1995.<br />

Elle emre à l'athénée l'année prochaine.<br />

Pierre est un vétitable belgicain, inutile de lui parler de fédéralisme.<br />

Belgismes popu<strong>la</strong>ires<br />

Il yen a de cellX qlti som tOujours de mauvaise humeur.<br />

Ptends <strong>la</strong> rue de <strong>la</strong> Station, ru aT/ras pills court.<br />

ST/r le temps que je repassais, il a répaté <strong>la</strong> télé.<br />

<strong>Les</strong> enfams du catéchisme confirment le premier dimanche de mai.<br />

Il III'a jOlté lm pied de cochon mais je me vengerai.<br />

L'eau d'ici n'esr pas bonne, elle est trOP calcareme.<br />

Je lui ai offert une postllre comme cadeau d'anniversaire.<br />

Achète un coupon de première c<strong>la</strong>sse, ru seras plus tranquille.<br />

Ils om raté un but, le ballon a tOuché <strong>la</strong> <strong>la</strong>tte.<br />

J'ai rencomré Caroline sm'Ie bitS.<br />

Expressions faisane l'obj<strong>et</strong> d'un discours normatif<br />

Il y est allé en vélo.<br />

'esr là olt je vais.<br />

Voilà les proportions pour sept à huit personnes.<br />

J'ai rêvé à toi c<strong>et</strong>te nuit.<br />

On a pris des décisions pour pallier à tOut imprévu.<br />

Elle est sortie sans qu'il n'ait donné son accord.<br />

OIIS ir'ons prome1lel' verS 3 heures.<br />

Hier ail matin, j'ai rencomré tOn frère.<br />

e livre coûte dans les trois œ!lts francs.<br />

On peut les reconnaitre, elles ne som pas coiffées pareil.<br />

44


Traie de français popu<strong>la</strong>ire<br />

Ma mèt'e elle ne viendra pas à <strong>la</strong> fête.<br />

POllFqllOi qll 'j1 ne joue pas avec nous)<br />

La fille à Pierre s'est mariée amedi.<br />

El commenl qlle j'aime ça!<br />

Je ne croi pas qll'il peuve.<br />

Je m'ai IFompé dans mes calculs.<br />

'e t elle qui e t <strong>la</strong> miellx payée.<br />

Viens là que je re regarde!<br />

On est le combien ?<br />

Le chat est desso/(s <strong>la</strong> table.<br />

Moes argoeique<br />

Pas e-moi du Fic.<br />

Je l'attend depuis deux pLombes.<br />

Jai cLaq/(é 500 francs en deux heures.<br />

Ma bagnoLe est tombée en panne.<br />

Toute <strong>la</strong> journée, il reste chez lui à gLander.<br />

Je ne peux pas re rer je mis à <strong>la</strong> bO/(FFe.<br />

Tu pourrais me passer une cLop ?<br />

Hier, un flic m'a donné un P,Y.<br />

Elle avait tout n<strong>et</strong>toyé <strong>et</strong> rangé, c'était nickeL.<br />

a mère lui a donné une baffe quand elle l'a appri<br />

Idiomaeismes ab erairs<br />

Je ne me ui pas gênée pour le rem<strong>et</strong>lFe à sa p<strong>la</strong>ce.<br />

En quelques moi, il a réussi à l'em<strong>et</strong>/Fe L'affaire debo/(t.<br />

Ils n'étaiem pas d'accord <strong>et</strong> ils ont eu des mols.<br />

Ce<strong>la</strong> lI'a allClme espère d'importance, j'ai gardé une copie.<br />

elui-Ià, plus tard, il va faire des ravages!<br />

Puisque c'e t comme ça, je vais Illi régler son comple!<br />

J'ai rencomré Luc, on a dismté le COIlP pendam deux heure.<br />

Ça ne peut plu durer, je vai tirer c<strong>et</strong>te affaire ail c<strong>la</strong>ir.<br />

A ec tous les frais médicaux, ils ont des fins de mois difficiles.<br />

<strong>Les</strong> étudiams onl fait callse COlll1J11me avec les sans-abris.<br />

Idiomaeismes concrees<br />

'est terminé, c'est <strong>la</strong> golltte d'ea/( q/(i a fait déborder le vase 1<br />

Ce film m'afail dresser <strong>Les</strong> cheve/(x s/(r <strong>la</strong> têle,<br />

Va main vire, je m'emmêle un peu les pinceallx.<br />

Finis mon as i<strong>et</strong>te! J'ai eu <strong>Les</strong> ye/(x plllS gros q/(e le ventre.<br />

Donne-moi une tartine, j'ai lIne failli de 10llp.<br />

En regardam ce film, j'avais <strong>la</strong> <strong>la</strong>rme à l'œiL.<br />

D'accord, tu as réussi, mais ne (endors pas Sllr les <strong>la</strong>/(riers.<br />

Aprè tam d'année, il faut tourner <strong>la</strong> page.<br />

Ocmpe-Ioi de les oignons.<br />

Finis ton de air ou tu te feras tapl!l' s/(r les doigts.<br />

5


omité de rédacrion:<br />

Daniel B<strong>la</strong>mpain,<br />

Marrine Gatsou,<br />

André Goosse,<br />

Jean-Marie Klinkenberg,<br />

<strong>et</strong> Marc Wilm<strong>et</strong><br />

<strong>Français</strong> & <strong>Société</strong><br />

ervice de <strong>la</strong> <strong>Langue</strong><br />

<strong>française</strong>,<br />

Ministère de <strong>la</strong> Communauté<br />

<strong>française</strong><br />

Éditions Duculot<br />

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D/L999/0035/10<br />

onception graphique:<br />

Parrice Junius,<br />

Alrernatives théâtrale<br />

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<strong>Français</strong> & <strong>Société</strong><br />

La collection <strong>Français</strong> & <strong>Société</strong> présence les synchèses de travaux consacrés<br />

à <strong>la</strong> vie du français dans notre société.<br />

Elle s'adresse à un public diversifié <strong>et</strong> curieux du patrimoine social<br />

<strong>et</strong> culturel que représente <strong>la</strong> <strong>la</strong>ngue <strong>française</strong>.<br />

ous parlons aussi naturellement que nous respirons ou que notre cœur<br />

bac. C'est dire si les suj<strong>et</strong>s abordés rejoindront les préoccupations de cous<br />

les francophones.<br />

<strong>Les</strong> <strong>Belges</strong> <strong>et</strong> <strong>la</strong> <strong>norme</strong><br />

Analyse d'un complexe linguistique<br />

Quand le francophones belges parlent de leur <strong>la</strong>ngue, ils font souvent<br />

preuve d'un cereain complexe par rappore à leurs voisins français, à qui<br />

ils attribuent une meilleure variété de <strong>la</strong>ngue <strong>et</strong> une plus grande habil<strong>et</strong>é<br />

verbale. Il semble coucefois que leurs appréciations ne se fondenc pas<br />

sur un réel objectivable, mais soienc le refl<strong>et</strong> COut subjectif de leur<br />

insécurité linguistique.<br />

Ils ont généralement intégré l'e prit du discours normatifdes «chasses aux<br />

belgicismes», mais ils se SOnt construit aussi une hiérarchisation des usages<br />

diffécence de celle qu'explicice ce discours. Bien que dans leurs propos,<br />

ils valorisent les variétés <strong>française</strong>s <strong>et</strong> dénigrent les belges, hiérarchisant<br />

alors les usages selon un critère géographique, c'est en fait un critère social<br />

qu'ils adoptent prioritairement lorsqu'ils ont à évaluer des locuteurs<br />

français <strong>et</strong> belges de c<strong>la</strong>sses sociales différences, <strong>et</strong> c'est à une variété belge,<br />

celle de <strong>la</strong> bourgeoisie culturelle, que VOnt alors leurs préférences.<br />

<strong>Les</strong> auteurs<br />

Marie-Louise Moreau est professeur a l'Université de Mons-Hainaut, où<br />

elle enseigne <strong>la</strong> linguistique, <strong>la</strong> sociolinguistique <strong>et</strong> <strong>la</strong> psycholinguistique.<br />

Hugu<strong>et</strong>te Brichard est professeur dans l'enseignement secondaire;<br />

elle a travaillé comme chercheuse à l'Université de Mons-Hainaut<br />

où elle col<strong>la</strong>bore à des travaux de recherche.<br />

<strong>la</strong>ude Dupai travaille également comme assistante de recherche<br />

dans <strong>la</strong> même institution. Elle a notamment participé aux travaux<br />

de Beltext-Mons.

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