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Transforming Arab Economies:

Traveling the Knowledge and Innovation Road

OVERVIEW

Transformer les économies arabes


Transformer

les économies arabes :

La voie de la connaissance

et de l’innovation


Note au lecteur

Le rapport « Transformer les économies arabes : La voie de la connaissance et de l’innovation » a été préparé par le Centre pour l’Intégration

en Méditerranée (CMI) avec la Banque mondiale, la Banque européenne d’investissement (BEI) et l’Organisation Islamique pour l’Éducation, la

Science et la Culture (ISESCO). Une version détaillée de l’étude est disponible sur le site du CMI : www.cmimarseille.org/ke.

La version détaillée comprend neuf chapitres répartis en trois grandes parties. La partie 1 présente les raisons et les voies de la transition vers

une économie fondée sur la connaissance et l’innovation. La partie 2 décrit les politiques à mettre en œuvre dans les piliers de l’économie de

la connaissance : la gouvernance, l’éducation, l’innovation et les technologies de l’information et de la communication. La partie 3 présente les

initiatives de diversification économique qui peuvent aider les pays à tirer le meilleur parti de leurs investissements dans l’économie fondée

sur la connaissance.

© 2013 Banque internationale pour la reconstruction et le développement / La Banque mondiale

1818 H Street, NW

Washington, DC 20433, États-Unis

Téléphone : +1 202-473-1000

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Ce rapport est le résultat du travail du personnel de la Banque mondiale et de contributions externes. Les résultats, interprétations et conclusions

qui y sont présentés ne reflètent pas nécessairement les vues des Administrateurs de la Banque mondiale ou des gouvernements qu’ils

représentent.

La Banque mondiale ne garantit pas l’exactitude des données figurant dans cet ouvrage. Les frontières, les couleurs, les dénominations et toute

autre information figurant sur les cartes du présent rapport n’impliquent aucun jugement de la part de la Banque mondiale concernant le statut

juridique d’un territoire ni l’approbation ou l’acceptation de ces frontières.

Droits et autorisations

Le contenu du présent rapport fait l’objet de droits d’auteur. La Banque mondiale encourage la diffusion de ses connaissances, ce rapport peut

donc être reproduit, intégralement ou en partie, à des fins non commerciales, à condition que l’attribution de ce travail à la Banque mondiale

soit pleinement respectée.

Pour tout renseignement sur les droits et autorisations, y compris les droits subsidiaires, veuillez envoyer votre demande à l’adresse

suivante : Office of the Publisher, The World Bank, 1818 H Street, NW, Washington, DC 20433, USA ; télécopie : +1 202-522-2422 ; courriel :

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Production CMI : Loraine Falconetti

Création graphique : Emmanuelle Dezanet pour Dynamic Creative, France


Transformer

les économies arabes :

La voie de la connaissance

et de l’innovation


Avant-propos ........................................................................................................................................... vii

Remerciements ....................................................................................................................................... viii

Acronymes et abréviations ...................................................................................................................... x

Principaux messages ............................................................................................................................... xi

Introduction : Retour aux fondamentaux ................................................................................................. 1

Partie 1. Pourquoi se lancer dans une stratégie de croissance fondée sur la connaissance

et l’innovation ? ........................................................................................................................................

Le monde arabe fait face à des défis considérables, principalement le chômage ................................................................................ 4

De plus en plus de pays dans le monde se tournent vers des stratégies de croissance fondées sur la connaissance 5

Le monde arabe a sous-investi dans l’économie de la connaissance ............................................................................................................. 8

Des efforts accrus dans l’économie fondée sur la connaissance contribueraient de manière significative

à la création d’emplois .......................................................................................................................................................................................................................

Partie 2. Que faire pour construire une économie fondée sur la connaissance et l’innovation ? ............ 17

Les piliers de l’économie de la connaissance ................................................................................................................................................................... 18

Adopter des réformes favorables aux entreprises et améliorer la gouvernance ............................................................................. 18

Pourvoir à une meilleure éducation et pour le plus grand nombre .............................................................................................................. 20

Stimuler l’innovation et la modernisation technologiques .................................................................................................................................. 23

Développer une société de l’information ............................................................................................................................................................................ 26

La diversification sectorielle et spatiale fondée sur l’économie de la connaissance ......................................................................... 29

Faciliter le développement de secteurs prometteurs .............................................................................................................................................. 29

Développer des sites et des lieux dynamiques .............................................................................................................................................................. 31

Partie 3. Comment mettre en œuvre une stratégie de développement fondée sur la connaissance

et l’innovation ? ........................................................................................................................................ 33

Chaque pays est unique et doit définir sa propre voie ................................................................................................................................................ 34

Conduire des politiques ambitieuses ...................................................................................................................................................................................... 35

Coordonner les actions au plus haut niveau du gouvernement .......................................................................................................................... 36

Mobiliser la population à travers une approche participative .............................................................................................................................. 37

Adapter le modèle au niveau de développement du pays et des capacités du gouvernement .................................................... 38

Concevoir un changement progressif allant des micro-initiatives aux changements macro-économiques ..................... 38

Stimuler l’intégration régionale dans le monde arabe et autour de la Méditerranée ....................................................................... 41

IV

able des matières

Références et bibliographie ..................................................................................................................... 44

3

12


Annexe 1 Résumé de l’étude complète ............................................................................................... 47

Annexe 2 Connaissance, innovation et croissance économique .......................................................... 51

Annexe 3 Données sur l’économie fondée sur la connaissance dans le monde arabe ........................ 55

Liste des encadrés

Encadré 1. La connaissance : Clé de la productivité et de l’innovation ............................................................................................................ 6

Encadré 2. Comment la préparation d’un pays à l’économie de la connaissance est-elle mesurée ? .................................. 7

Encadré 3. Le chemin déjà parcouru : les pays du Moyen-Orient et de l’Afrique du Nord et l’économie de

la connaissance à ce jour ...........................................................................................................................................................................................

Encadré 4. Le programme de réforme de l’éducation pour l’économie du savoir en Jordanie (ERfKE) ............................... 22

Encadré 5. Faire le lien entre l’éducation et l’emploi ..................................................................................................................................................... 23

Encadré 6. Kafalat, une institution libanaise fournissant des financements par capital-risque ................................................. 25

Encadré 7. Promouvoir des projets collaboratifs de R&D entre les universités et l’industrie en Égypte ............................ 25

Encadré 8. YESSER et e-gouvernement en Arabie saoudite ..................................................................................................................................... 28

Encadré 9. La diversification sectorielle et spatiale de l’économie : l’exemple marocain ............................................................... 30

Encadré 10. Le ratio emploi-efficacité : Combien d’emplois vont rapporter 1 million € ? .................................................................. 31

Encadré 11. Les conditions de la réussite : les leçons d’expériences nationales exemplaires ...................................................... 35

Encadré 12. Les principaux organes de coordination des stratégies de développement basées sur la connaissance

et l’innovation en République de Corée et en Finlande ..................................................................................................................... 36

Encadré 13. L’Initiative Nabni 2012 : 100 mesures proposées par la diaspora pour une Algérie nouvelle ........................... 37

Encadré 14. Le Centre pour l’Intégration en Méditerranée .......................................................................................................................................... 42

Listes des figures

Figure 1. Une triple transition dans le monde arabe .................................................................................................................................................. 1

Figure 2. Taux de chômage des jeunes par région ....................................................................................................................................................... 5

Figure 3. Taux de participation des femmes à la population active, par région, 2008 ..................................................................... 5

Figure 4. Les liens étroits entre la connaissance et la croissance ................................................................................................................. 8

Figure 5. Scores régionaux pour l’indice de l’économie fondée sur la connaissance (KEI), 2012 ......................................... 10

Figure 6. Scores par pays pour l’indice de l’économie fondée sur la connaissance (KEI), 2000 et 2012 .......................... 10

Figure 7. Classements des pays pour le GCI, 2010–11 et 2012–13 .................................................................................................................. 11

Figure 8. Performances des pays pour le KEI 2012 comparées à l’Indice mondial de la compétitivité 2011–12 ...... 11

Figure 9. Performances pour le KEI et l’indice du REI pour la région MENA et d’autres régions et groupes

de pays, 2009 ........................................................................................................................................................................................................................ 12

Figure 10. Estimer les effets de la connaissance sur l’emploi .............................................................................................................................. 13

Figure 11. Élasticité de l’emploi par rapport au KEI dans les pays MENA, 1995-2008 ...................................................................... 13

Figure 12. Pourcentage d’entreprises identifiant le manque de compétences comme une contrainte .............................. 15

Figure 13. L’emploi dans le secteur public dans la région MENA et les pays sélectionnés, moyennes au cours des

années 2000 .......................................................................................................................................................................................................................... 16

Transformer les économies arabes

9

V


VI

Figure 14. Le système des politiques de la connaissance et l’innovation .................................................................................................... 18

Figure 15. Les obstacles aux affaires dans le monde arabe ................................................................................................................................... 19

Figure 16. Densité moyenne de création d’entreprises pour certaines économies émergentes, 2004-09 ....................... 19

Figure 17. Taux bruts de scolarisation dans l’enseignement secondaire et supérieur, par région du monde,

1990 et 2010 ............................................................................................................................................................................................................................ 20

Figure 18. Qualité de l’éducation mesurée par TIMSS, 2011 ................................................................................................................................... 21

Figure 19. L’approche « des compétences au service de l’emploi et de la productivité » (STEP) ............................................ 21

Figure 20. Dépenses brutes de R&D en pourcentage du PIB pour quelques pays arabes et comparateurs ........................... 23

Figure 21. Demandes de dépôt de brevet émanant des résidents par rapport à des non-résidents

(moyenne annuelle 2000-10) ................................................................................................................................................................................... 24

Figure 22. Exportations totales par catégorie de technologie, Moyen-Orient et Afrique du Nord, 2005-09 ..................... 24

Figure 23. Le positionnement de la politique de l’innovation ................................................................................................................................. 24

Figure 24. Abonnements de téléphonie mobile dans les pays MENA, 2011 ............................................................................................... 26

Figure 25. Le classement des pays de la région pour l’indice de préparation au numérique (NRI)

pour 2010-11 et 2012 ..................................................................................................................................................................................................... 27

Figure 26. Nombre d’utilisateurs d’Internet dans les pays MENA, 2011 ....................................................................................................... 27

Figure 27. Comparaison de la pénétration du mobile et du haut débit dans la région MENA et pour l’OCDE ................ 28

Figure 28. Développement de la technopole de El Gazala (Tunis) : nombre et répartition des employés, 2010 ........... 31

Figure 29. Un agenda pragmatique : Des micro réformes à des changements majeurs ................................................................ 39

Listes des tableaux

Tableau 1. Les quatre piliers des stratégies de l’économie fondée sur la connaissance ................................................................ 6

Tableau 2. Taux de croissance de l’emploi dans les pays arabes, 2000–09 ................................................................................................. 14

Tableau 3. Actions nécessaires pour promouvoir la croissance dans des secteurs nouveaux et établis ........................... 29

Tableau 4. Actions nécessaires pour construire des sites dynamiques et innovateurs .................................................................... 32

Tableau 5. Hétérogénéité des pays du Moyen-Orient et de l’Afrique du Nord ........................................................................................... 34

Tableau 6. Actions appropriées pour différents stades d’avancement vers l’économie de la connaissance ................... 39

Tableau 7. Objectifs et actions nécessaires pour faire avancer l’intégration régionale .................................................................... 41


vant-propos

Les récents événements dans le monde arabe ont montré l’importance capitale pour les pays

de s’engager dans un développement de grande envergure, continu, et inclusif. Aujourd’hui,

le principal défi dans la région Moyen-Orient et Afrique du Nord est de créer un grand nombre

d’emplois et de meilleure qualité. De nombreux jeunes sans emploi ou sous-employés, hommes

et femmes, attendent à présent des transformations concrètes, au niveau national et régional,

débouchant sur la création rapide d’emplois décents. Si les aspirations et les forces créatrices

de la jeunesse arabe peuvent être exploitées, alors le potentiel de la région en matière de croissance,

stabilité, justice sociale et épanouissement humain sera immense.

L’ampleur du changement dépendra en grande partie de la façon dont l’économie de la connaissance

s’enracinera dans toute la région. Créer des emplois implique d’investir davantage dans

les secteurs liés à la connaissance et de mettre l’accent sur le développement d’économies

compétitives, productives et durables. Les pays de la région doivent tirer parti de la révolution

des connaissances en cours pour développer des économies en réseau, flexibles et en progrès

constant. Le secteur privé doit être mis à contribution pour forger une culture entrepreneuriale

et créer les emplois nécessaires. Une telle approche est essentielle pour faire face au chômage

et ouvrir la voie à une croissance durable et au développement économique.

Le rapport « Transformer les économies arabes : La voie de la connaissance et de l’innovation »

place un modèle économique axé sur la connaissance et l’innovation au cœur des nouvelles

stratégies de développement dans la région. Il montre comment cette approche peut aider les

pays arabes à diversifier leurs économies et à innover, en créant de nouvelles entreprises et de

nouveaux emplois. L’étude réunit ces questions dans un cadre d’action intégratif : il s’agit de

développer des économies plus ouvertes, avec plus d’esprit d’entreprise, de préparer une population

mieux instruite et plus qualifiée, d’améliorer les capacités d’innovation et de recherche, et

de diffuser les technologies de l’information et de la communication ainsi que leurs applications.

Elle exhorte les décideurs à adopter de nouveaux agendas politiques et un nouvel état d’esprit

qui puisse conduire à la création de plus d’emplois à plus forte valeur dans un environnement

connecté en permanence aux réseaux mondiaux. Compte tenu de la diversité du monde arabe,

l’étude ne propose pas une approche toute faite et uniforme, mais offre plutôt des exemples

provenant de la région, ainsi que de pays à travers le monde qui ont mis en place des stratégies

efficaces pour tirer parti de la connaissance, de l’innovation et de la technologie. Patience et

détermination seront nécessaires, parce qu’il se peut que les investissements en question ne

commencent à porter leurs fruits que dans quelques années.

Pour mettre en œuvre ce type d’approche, il faut une vision et une stratégie propre à chaque pays

dans la région. Encourager une plus grande intégration au sein du monde arabe et autour de la

Méditerranée permettrait de progresser beaucoup plus rapidement. C’est là que le Centre pour

l’Intégration en Méditerranée peut apporter une valeur ajoutée. Le CMI est un lieu de dialogue,

où toutes les parties prenantes des gouvernements, des universités, du secteur privé et de la

société civile, peuvent échanger ouvertement sur la façon de parvenir à une transition efficace

vers l’économie basée sur la connaissance.

Compte tenu des événements du « printemps arabe », il n’y a pas de temps à perdre et pas

de place pour l’autosatisfaction. Les pays se doivent d’être pragmatiques et de profiter des

opportunités lorsqu’elles se présentent. J’espère que cet ouvrage pourra être utile et donner un

aperçu de la façon dont les pays du monde arabe peuvent développer des stratégies adaptées

aux défis et aux opportunités de notre époque.

—Mats Karlsson, Directeur, Centre pour l’Intégration en Méditerranée

Avant-propos

Transformer les économies arabes VII


Remerciements

VIII

emerciements

L’étude présentée dans ce rapport « Transformer les économies arabes : La voie de la connaissance

et de l’innovation » a été préparée par une équipe constituée de plusieurs partenaires et

dirigée par Anuja Utz (responsable de projet) et Jean-Eric Aubert (conseiller principal), avec l’aide

de Latifa Belarbi, Sophie Muller et Tamer El Sayed Taha, et avec les conseils et la supervision de

Mats Karlsson, directeur du Centre pour l’Intégration en Méditerranée (CMI). Ce rapport a été

élaboré avec la Banque mondiale, la Banque européenne d’investissement (BEI), et l’Organisation

Islamique pour l’Éducation, les Sciences et la Culture (ISESCO). Ce document est une version

condensée du rapport analytique détaillé qui est résumé dans l’appendice 1. Ce rapport est

disponible sur le site du CMI (www.cmimarseille.org/ke).

L’équipe a bénéficié du précieux soutien de Simon Bell (chef de secteur, Développement du

secteur privé et financier, Région Moyen Orient et Afrique du Nord, Banque mondiale), Mourad

Ezzine (chef de secteur, Développement humain, Région Moyen Orient et Afrique du Nord,

Banque mondiale), Jacques van der Meer (conseiller, BEI), et du Dr Mukhtar Ahmed (ancien

directeur général adjoint, ISESCO).

Les personnels de la Banque mondiale cités ci-dessous ont rédigé les premières ébauches de

différents chapitres : Jean-Eric Aubert, Latifa Belarbi, Derek H. C. Chen, Ndiamé Diop, Marjo

Koivisto, Yevgeny Kuznetsov, Samia Melhem, Sophie Muller, Kurt Larsen, Ismail Radwan, Pierre

Strauss, Tamer Taha, Anuja Utz, et Zeine Ould Zeidane. Une mention particulière doit être

faite aux autres contributeurs qui ont préparé des rapports de fond, à savoir, Carl Dahlman

(Université de Georgetown), Benedict de Saint Laurent (ANIMA), Abdelkader Djeflat (Université

de Lille), Patrick Dubarle, Laila El Saedy, Guy Fleuret, Philippe Guinet, Jussi Hätönen, Kristian

Uppenberg, et Jacques van der Meer (BEI), Flavia Tsang, Ohid Yaqub, Desiree Van Welsum, Tony

Thompson-Starkey, et Joanna Chataway (Rand Europe).

L’orientation générale du rapport, et de ses ébauches, a été donnée par deux ateliers régionaux

auxquels ont participé des experts venant de l’Algérie, l’Égypte, la Jordanie, le Liban, le Maroc, et

la Tunisie, et qui se sont tenus au CMI en novembre 2011 et au siège de l’ISESCO à Rabat en juin

2012, ainsi que par le biais de consultations nationales et de la participation à des événements

dans la région. Maha Merezak (ISESCO) a été particulièrement efficace pour organiser ces événements

et synthétiser leurs apports. L’équipe tient à remercier les personnes suivantes pour leurs

précieuses contributions : Nabeel Al-Fayoumi (Royal Scientific Society, Jordanie), Youcef Aklouf

(Agence Nationale pour la Promotion et le Développement des Parcs Technologiques, Algérie),

Rigas Arvanitis (Institut de Recherche pour le développement), Ahmed Benghazi (Axis Capital,

Inc, Tunisie), Rachid Benmokhtar (Observatoire National de Développement Humain, Maroc),

Shéhérazade Berrehouma (Union tunisienne de l’industrie, du commerce et de l’artisanat, UTICA),

Fadi Daou (Multilane Inc., Liban), Pavel Dvorak et Constantinos Shiatis (Banque européenne pour

la reconstruction et le développement), Ghaith Fariz (PNUD, Arab Knowledge Report), Hamid


El-Zoheiry (Ministère de l’Enseignement Supérieur et de la Recherche Scientifique, Égypte),

Jean-Louis Reiffers (Forum Euroméditerranéen des Instituts de Sciences Économiques), Henry

Roux-Alezais (Institut de la Méditerranée), Amir Wassef (Université Égypte - Japon des sciences

et technologies), et Cheonsik Woo (Institut coréen de développement).

Carlos Braga (Banque mondiale) et Carl Dahlman (Université de Georgetown) ont été les examinateurs

de la note présentant le concept de l’étude, qui a bénéficié aussi des commentaires de

Caroline Freund, Jonathan Walters, Janette Uhlmann, et Carlo M. Rossotto (tous de la Banque

mondiale). Le projet de rapport a été examiné à la Banque mondiale en octobre 2012. Les

examinateurs comprenaient Jamal al-Kibbi et Robin S. Horm. Caroline Freund, Bob Rijkers,

Kevin Carey, Omer Karasapan, Randa Akeel, Peter McConaghy, Hnin Hnin Pyne, Kurt Larsen,

Pinki Chaudhri, Carlo M. Rossotto, Cecilia M. Paradi-Guilford, Joulan Abdoul-Khalek, Isabelle

Huynh, Murat Seker, Esperanza Lasagabaster (tous de la Banque mondiale) et Bruno Lanvin

(INSEAD) ont prodigué des commentaires constructifs. D’utiles contributions ont été reçues au

cours du processus de rédaction de la part de Adriana Jaramillo, Olivier Lavinal, Juan Manuel

Moreno, Eavan O’Halloran, Gilles Pipien, Najet Tenoutit, Simon Thacker, et Jeffrey Waite (tous de

la Banque mondiale), et Thomas Andersson (International Organisation for Knowledge Economy

and Enterprise Development).

Des membres du Comité de supervision du CMI, Nawel Ben Romdhane Dhrif (Ministère de

l’Investissement et de la Coopération internationale, Tunisie), Mohamed Chafiki (Ministère de

l’Economie et des Finances, Maroc), et Mahmoud El-Said (Centre d’évaluation de projets et

d’analyse macroéconomique, Égypte), ont prodigué des conseils utiles au cours du processus

de rédaction.

Ce rapport a été enrichi par les travaux effectués dans le cadre du Rapport sur le commerce et

l’investissement étranger pour le partenariat de Deauville, qui a été coordonné par le CMI, et par

les informations recueillies lors des ateliers « D’une transition à l’autre » organisés par le CMI

et la BERD au Maroc et en Tunisie. Le projet de synthèse du rapport a également été présenté

lors des « Rencontres Valmer » du CMI le 18 octobre et le 12 décembre 2012.

Finalement, il convient de souligner la contribution importante de l’ISESCO à ce travail, particulièrement

pour le soutien apporté à l’organisation des consultations nationales au Maroc

et en Tunisie, ainsi que pour l’accueil de la conférence à haut niveau visant à disséminer les

principaux messages du rapport. L’ISESCO doit également être remercié pour la production

du rapport en trois langues - anglais, français et arabe, ainsi que pour la traduction en français

de la version longue du rapport.

Steven B. Kennedy a édité la version anglaise du rapport. Anne Verinaud en a assuré la traduction

en français. Michelle Lemaire a fourni un soutien administratif essentiel.

Transformer les économies arabes

Remerciements

IX


Acronymes et abréviations

X

cronymes et abréviations

BPO business-process outsourcing

CCG Conseil de Coopération du Golfe

EFE Projet de l’Éducation pour l’Emploi

ERfKE La réforme de l’éducation pour l’économie du savoir (Jordanie)

ETFP Enseignement technique et formation professionnelle

FEM Forum économique mondial

GCI Indice mondial de la compétitivité

IED Investissements Étrangers Directs

ITES Services reposant sur les technologies de l’information

KAM Méthode d’évaluation des connaissances

KEI Indice de l’économie fondé sur la connaissance

MENA Moyen-Orient et Afrique du Nord

OCDE Organisation de coopération et de développement économiques

PGF Productivité globale des facteurs

PIB Produit Intérieur Brut

PME Petites et Moyennes Entreprises

R&D Recherche et développement

TIC Technologies de l’Information et de la communication

UE Union européenne

USAID Agence des États-Unis pour le développement international

USPTO Bureau américain des brevets et marques


essages principaux

Message 1. Pour faire face à des défis considérables, notamment la nécessité de créer des

millions d’emplois, les pays du monde arabe devraient résolument adopter un modèle de

croissance économique basé sur la connaissance et l’innovation, suivant ainsi une transition

mondiale vers « l’économie fondée sur la connaissance ». Au cours de la dernière décennie,

certains pays arabes ont déjà pris des mesures dans cette direction pour stimuler leur croissance

et améliorer leur compétitivité. Ces efforts devraient être intensifiés dans toute la région. Cela

permettrait de générer de façon significative les emplois productifs nécessaires à l’insertion

des populations, et plus particulièrement des jeunes, dans l’économie.

Message 2. Avancer sur cette voie, signifie élargir et approfondir les réformes dans les piliers

de l’Economie de la connaissance : développer des économies plus ouvertes et avec plus

d’esprit d’entreprise, préparer une population mieux instruite et plus qualifiée, améliorer

les capacités d’innovation et de recherche, et diffuser les technologies de l’information et

de la communication et leurs applications. Le succès d’une stratégie de l’économie de la connaissance

dépend des progrès coordonnés sur tous ces fronts. Les gouvernements de la région

auraient intérêt à poursuivre simultanément ces différentes lignes de réformes.

Message 3. En plus des actions et des réformes concernant l’ensemble de l’économie, les

gouvernements devraient déployer des efforts ciblés pour créer les conditions appropriées

pour le développement de secteurs spécifiques et de sites particuliers qui sont sources de

nouvelles activités et d’emplois. Il existe dans les pays arabes de nombreuses possibilités de

diversification sectorielle et spatiale. Le développement de « spots de croissance » dynamiques

contribuerait à l’instauration d’un climat de confiance autour du nouveau modèle économique,

facilitant ainsi le processus global de changement et de réforme.

Message 4. La mise en œuvre d’une stratégie de développement fondée sur la connaissance

et l’innovation nécessite une vision nationale, une forte coordination au plus haut niveau du

gouvernement, et une approche participative pour mobiliser la population afin de soutenir

les réformes nécessaires. Une forte coordination au plus haut niveau du gouvernement est

requise en raison de la nature transversale et interministérielle de la stratégie. Une approche

participative est nécessaire pour catalyser les idées, l’énergie, les intérêts et les ressources des

agents de changement et de la population dans son ensemble autour de cette approche. Des

efforts soutenus sont essentiels pour obtenir des résultats tangibles et ancrer les nouvelles

pratiques dans la durée à moyen et à long terme.

Message 5. Des politiques actives d’intégration régionale dans le monde arabe et autour

de la Méditerranée permettraient d’accélérer les évolutions nécessaires. Les processus

d’intégration régionale sont essentiels pour accroître les échanges, développer les marchés

du travail et bénéficier des synergies dans les investissements et les compétences qui sont

essentielles à la réussite des projets. Il existe des possibilités considérables dans le contexte

euro-méditerranéen pour stimuler les réseaux de collaboration à travers des plateformes

conjointes de R&D, des fonds de soutien à l’innovation, des programmes d’éducation et la

mobilisation de la diaspora. Les organisations internationales et les accords bilatéraux ont un

rôle clé à jouer dans le processus d’intégration.

Messages principaux

Transformer les économies arabes XI


La connaissance a toujours été au cœur du développement.

Il y a mille ans, la civilisation arabe guidait le monde dans la

voie de la connaissance, de la prospérité et du développement.

La science et la technologie arabes, ainsi que le libre commerce

et la tolérance religieuse, ont été la clé de voûte de ce

développement. Il est temps de rétablir ces traditions fondées

sur la connaissance au Moyen-Orient et en Afrique du Nord.

Les effets simultanés de la mondialisation et du progrès

technologique apportent aux pays du monde entier de nouvelles

possibilités de développement économique et social.

Grâce à l’évolution de l’Internet et à une variété de nouvelles

technologies de l’information et de la communication, la connaissance

est désormais véritablement mondiale, accessible,

et démocratisée. Cette avancée technologique spectaculaire

a été accompagnée de la mondialisation des économies, avec

l’intensification de la concurrence et l’émergence de chaînes

de valeur plus sophistiquées dans les processus de production.

Les impacts de ce changement de paradigme sont visibles tout

autour de nous. Aussi, partout dans le monde, les dirigeants

clairvoyants sont à la recherche de nouvelles idées et stratégies

pour affronter une réalité nouvelle. De petits pays comme la

Finlande et Singapour, d’autres de taille moyenne, comme la

République de Corée, et des grands comme la Chine et l’Inde,

ont été en mesure d’exploiter la puissance du changement

technique, de devenir compétitifs dans l’économie mondiale et

d’offrir des emplois à leur population de plus en plus qualifiée.

Le printemps arabe a montré que les pays dans le monde

arabe ne peuvent plus se reposer sur des paradigmes de

croissance étroits et étatistes. Dans le sud de la Méditerranée,

des années de régime autocratique, caractérisé par la répression

des libertés politiques et de la justice, et un « capitalisme

de connivence » ont été rejetés dans nombre de pays par des

mouvements populaires d’aspiration au changement. Le défi

pour ces pays est de mettre en place un système qui soit libre,

juste, inclusif, créatif et dynamique. Rétablir la confiance et

améliorer la gouvernance sont les besoins les plus urgents,

mais les nouveaux gouvernements de la région devront également

rapidement assurer la croissance et l’emploi avant que

les populations désabusées ne soient poussées à nouveau à se

révolter. Bien que les pays exportateurs de pétrole semblent

avoir mieux résisté à la tempête, leurs régimes doivent égale-

1

ntroduction :

Retour aux fondamentaux

Introduction

ment agir rapidement et intervenir davantage pour diversifier

leurs économies et ne plus compter exclusivement que

sur leurs ressources naturelles. L’époque où les ressources

naturelles dominaient l’économie a cédé la place à une époque

où les ressources cognitives sont primordiales.

Plus généralement, le monde arabe connaît actuellement une

transition dans trois domaines : (i) une transition politique, qui

vise à remplacer les pouvoirs autoritaires par d’autres plus

démocratiques, (ii) une transition sociale dans laquelle des

programmes équitables destinés à protéger les pauvres vont

se substituer à des politiques inefficaces favorisant l’emploi

par l’expansion du secteur public et subventionnant les marchandises

de base, et (iii) une transition économique en faveur

de régimes économiques plus compétitifs et productifs. Ces

trois transitions sont intimement liées et se renforcent mutuellement

(figure 1).

FIguRE 1

une triple transition dans le monde arabe

Sociale

vers des

politiques axées

sur les pauvres

Politique

vers plus de

démocratie

Economique

vers l’économie

fondée sur la

connaissance

Transformer les économies arabes 1


Ce rapport, tout comme l’étude détaillée sur laquelle il se

base, met l’accent sur l’aspect économique de cette transition.

Sur quels domaines doivent se concentrer les dirigeants

des pays arabes 1 afin de stimuler la croissance, créer des

emplois, restaurer la confiance, et apporter espoir et prospérité

à leurs peuples? Ce rapport tente de répondre à certaines de

ces questions dans un cadre intégré qui donne aux politiques

liées à la connaissance et à l’innovation une place centrale.

L’intégration de la connaissance et de l’innovation, entendue

comme technologies et pratiques qui sont nouvelles dans un

contexte donné, est essentielle pour renforcer la compétitivité

et la productivité des économies. La mise en œuvre de ce type

d’approche requiert une vision, une stratégie qui la développe,

la coordination de nombreux ministères, la participation active

du secteur privé et des acteurs de la société civile, et, le cas

échéant, l’implication des partenaires du développement. 2

Ce rapport porte sur trois questions clés : Pourquoi ? Quoi ?

Comment ? Pourquoi les pays du monde arabe devraient-ils

s’engager dans une économie fondée sur la connaissance et

l’innovation ? Quelles politiques mettre en œuvre pour réaliser

cette transition ? Et comment cette transition peut-elle être

effectuée ? Pour répondre à ces questions, le rapport propose

des principes de caractère général ; ceux-ci sont illustrés par

de bonnes pratiques pour la plupart issues de la région, mais

aussi d’autres pays à travers le monde qui constituent d’utiles

sources d’inspiration.

1. Cette étude (Banque mondiale 2013 à paraître) couvre tous les pays arabes, à l’exception des Comores, de la Mauritanie, de la Somalie et du Soudan. Il est

souvent fait référence au Moyen-Orient et à l’Afrique du Nord (MENA) en tant que région géographique. La région MENA à la Banque mondiale se compose de

l’Algérie, Bahreïn, Djibouti, la République arabe d’Égypte, la République islamique d’Iran, l’Irak, Israël, la Jordanie, le Koweït, le Liban, la Libye, Malte, le Maroc,

Oman, le Qatar, l’Arabie saoudite, la République arabe de Syrie, la Tunisie, les Émirats arabes unis, la Cisjordanie et la bande de Gaza et la République arabe du

Yémen.

2. L’approche proposée dans cette étude englobe un ensemble d’orientations de politiques qui ont été fournies par la Banque mondiale dans une série de rapports

importants liés à l’emploi, l’éducation, le développement du secteur privé et des technologies de l’information et de la communication (voir la liste de référence

pour les publications de la Banque mondiale au cours des dernières années), ainsi que par plusieurs organisations.

2


Pourquoi se lancer dans

une stratégie de croissance fondée

sur la connaissance et l’innovation ?

Dans ce chapitre

°± Le monde arabe fait face à des défis considérables, principalement le chômage

°± De plus en plus de pays dans le monde se tournent vers des stratégies de croissance

fondées sur la connaissance

°± Le monde arabe a sous-investi dans l’économie de la connaissance

°± Des efforts accrus dans l’économie fondée sur la connaissance contribueraient

de manière significative à la création d’emplois

Transformer les économies arabes 3


Partie 1. Pourquoi se lancer dans une stratégie de croissance fondée sur la connaissance et l’innovation ?

4

Le monde arabe

fait face à des

défis considérables,

principalement le

chômage

Le taux de chômage est incontestablement le principal défi

des pays arabes. La région du Moyen-Orient et de l’Afrique

du Nord (MENA) se caractérise par un nombre de jeunes très

élevé comparativement aux autres régions du monde, et elle

pâtit du taux de chômage des jeunes le plus élevé au monde.

À environ 25 pour cent, ce taux est le double de la moyenne

mondiale (figure 2) et il atteint 40 pour cent dans des pays

comme l’Égypte et la Tunisie, notamment parmi les diplômés

de l’enseignement supérieur. Plus de 100 millions de personnes

ont entre 15 et 29 ans, ce qui constitue 30 pour cent de

la population totale de la région et environ 47 pour cent de la

population en âge de travailler. Plus de 10 millions de jeunes

entrent sur le marché du travail chaque année, mais trois

femmes sur quatre en âge de travailler ne participent pas à la

population active (figure 3). On estime que pour intégrer ces

jeunes gens et éviter une nouvelle hausse du chômage dans la

région, environ 40 millions d’emplois doivent être créés dans

la région au cours de la prochaine décennie.

Le déficit d’emplois est la conséquence de l’inefficacité des

systèmes économiques, dont beaucoup sont encore en place,

même si un changement est perceptible. La pénurie d’emplois

résulte de multiples facteurs, allant de la mauvaise performance

du système éducatif à la faiblesse du secteur privé et

au disfonctionnement global du système de gouvernance. De

ce point de vue, le « printemps arabe » a ouvert des possibilités

sans précédent en provoquant l’effondrement du modèle

de « marchandage autoritaire » (authoritarian bargain) qui

avait prévalu dans la plupart des pays de la région depuis des

décennies. Ce modèle consistait à fournir des emplois à travers

un large secteur public, tout en subventionnant les besoins

fondamentaux de la population. Ce « modèle de développement

» s’est révélé intenable parce qu’il est économiquement

inefficace et socialement injuste. La région doit donc

lancer son propre « miracle de l’emploi », et mettre en place

des politiques pour développer des économies compétitives,

productives et durables.

Outre celui de l’emploi, les pays arabes font face à de nombreux

défis :

• L’insuffisance des politiques de protection sociale exacerbe

les inégalités. Dans la plupart des pays, 2 personnes

sur 3 dans le quintile le plus pauvre ne reçoivent pas de

soutien pour leur revenu. Les systèmes de protection

sociale ont diminué sous la pression de mauvais systèmes

de gestion des ressources. Le pays moyen de la région

MENA dépense 5,7 pour cent du PIB pour des subventions

alimentaires et pour les carburants. Toutefois, dans

certains pays de la région, les personnes appartenant

au quintile le plus riche profitent davantage des subventions

que ceux des quintiles les plus pauvres. Des lacunes

dans la couverture sociale laissent aussi les travailleurs

informels et ruraux sans protection.

• La sécurité alimentaire reste une préoccupation importante

pour les ménages les plus pauvres de la région. La

productivité des céréales est d’environ la moitié de celle

du reste du monde (1,5 contre 3 millions de tonnes par

hectare). Pourtant, 40 à 60 pour cent des terres irriguées

sont dédiés à la culture de céréales. La région importe 30

pour cent du blé vendu dans le monde, un chiffre qui devrait

passer à 55 pour cent en 2030 ; ce qui rend la région particulièrement

vulnérable à la hausse des prix alimentaires.

• L’urbanisation va poser d’autres problèmes sociaux. 58

pour cent de la population vit déjà dans des zones urbaines

et ce chiffre devrait passer à 65 pour cent en 2030.

La question est de savoir comment gérer les « bénéfices

d’agglomération » générateurs de croissance, tout en

minimisant les dommages causés à l’environnement et

les menaces pour la santé publique liées à la pollution,

à un mauvais système d’assainissement, et à d’autres

causes. Il s’agit également de savoir comment empêcher

une croissance urbaine non planifiée et l’expansion des

établissements informels, tout en améliorant l’accès aux

services de base, tels que les transports publics, l’eau

potable, etc.

• Le changement climatique va constituer une difficulté

supplémentaire. Le changement climatique va accentuer

la pénurie d’eau dans une région qui est déjà la plus aride

au monde. Il pourrait constituer une grave menace pour

la sécurité alimentaire, par la fluctuation des rendements

et la vulnérabilité liée à l’augmentation des prix

des denrées alimentaires. Les plus durement touchés

seront les pauvres de la région, qui consacrent de 35 à

65 pour cent de leur revenu à l’alimentation. Un réchauffement

climatique plus intense pourrait aussi contribuer

à une nouvelle hausse du niveau des mers, exposant des

millions de personnes à des inondations côtières.

Le déficit d’emplois et les autres grands enjeux décrits cidessus

étant étroitement liés, une approche intégrée est

indispensable pour y faire face. Un nouveau type de modèle

économique, basé sur la connaissance et l’innovation, pourrait

répondre directement et simultanément aux différents

défis mentionnés ci-dessus.


FIguRE 2

Taux de chômage des jeunes par région

Source : Gatti et al. 2013. Source : Gatti et al. 2013.

De plus en plus de

pays dans le monde

se tournent vers

des stratégies de

croissance fondées sur

la connaissance

Bien que les systèmes politiques des pays arabes soient très

différents, de nombreux gouvernements ressentent à présent

l’urgente nécessité d’ajuster et de redéfinir les règles du jeu.

Avec l’avènement du « printemps arabe », les pays de la région

revoient leurs stratégies de croissance et de développement,

avec pour objectif principal la réduction du chômage. Pour

réussir la grande transition qui se présente à eux, les pays

devront se doter d’économies plus productives et compétitives,

alimentées par la connaissance et l’innovation. Seules de telles

économies pourront créer des emplois en nombre suffisant

et cela de manière durable. En l’état actuel des structures

économiques (avec les taux de création d’emplois associés),

il a été estimé qu’un taux de croissance économique de 7

pour cent par an serait nécessaire pour éviter une nouvelle

Partie 1. Pourquoi se lancer dans une stratégie de croissance fondée sur la connaissance et l’innovation ?

FIguRE 3

Taux de participation des femmes à

la population active, par région, 2008

détérioration de la situation de l’emploi. Comme ces taux de

croissance sont inatteignables dans l’état actuel de l’économie

mondiale et dans un avenir prévisible, les pays arabes n’ont

d’autre choix que de réorienter leurs structures économiques

en faveur de nouveaux dispositifs capables de fournir davantage

d’emplois, et d’augmenter la productivité et l’innovation dans

tous les secteurs de l’économie et de la société, y compris les

segments les plus pauvres.

une économie fondée sur la connaissance, comme l’a

observé l’Organisation de coopération et de développement

économiques (OCDE 1996) 3 et telle que définie par

la Banque mondiale (2007a), est organisée de telle sorte

que les connaissances sont systématiquement acquises,

créées, diffusées et utilisées pour favoriser le développement

économique. Pour opérer la transition vers une économie

de la connaissance, il n’est pas suffisant de développer

les industries de haute technologie, d’investir dans les technologies

de l’information et de la communication (TIC), ou

d’utiliser de nouvelles technologies dans une frange étroite de

l’économie. Il est indispensable de procéder à un changement

systémique du fonctionnement global de l’économie, dans

lequel la connaissance (nouvelle et existante) et l’innovation

(le développement et la commercialisation de produits et de

procédés qui sont nouveaux pour l’entreprise, le marché, ou

dans le monde) pénètrent dans tous les secteurs d’activité.

Ce faisant, l’économie accroît sa productivité et génère de

nouveaux biens et services (encadré 1).

3. Comme le fait observer l’OCDE en 1996, « les économies de l’OCDE sont de plus en plus fondées sur la connaissance et l’information. La connaissance est maintenant

reconnue comme le moteur de la productivité et de la croissance économique, ce qui conduit à se concentrer sur le rôle de l’information, la technologie et

l’apprentissage dans les performances économiques ». Le terme « d’économie fondée sur la connaissance » découle de cette reconnaissance plus complète de la

place de la connaissance et de la technologie dans les économies modernes de l’OCDE. Voir aussi l’étude de la Banque mondiale (2007a).

Transformer les économies arabes 5


Partie 1. Pourquoi se lancer dans une stratégie de croissance fondée sur la connaissance et l’innovation ?

6

ENCADRé 1

La connaissance : clé de la productivité et

de l’innovation

Nous savons que la source de la richesse est quelque chose

de spécifiquement humain : la connaissance.

Si nous l’appliquons à des tâches que nous savons déjà

faire, nous l’appelons « productivité ».

Si nous l’appliquons à des tâches qui sont nouvelles et

différentes, nous l’appelons « innovation ».

Seule la connaissance nous permet d’atteindre ces deux

objectifs.

Source : Peter Drucker, Managing for the Future, 1992.

Régime économique

et institutionnel

éducation et compétences éducation et compétences

une stratégie de développement basée sur l’économie de

la connaissance devrait se concentrer sur un ensemble de

domaines d’ action clé : l’éducation (fondement de l’économie

de la connaissance), l’innovation (source de renouvellement des

économies et des sociétés), les technologies de l’information

et des télécommunications (infrastructures essentielles de

l’ère du numérique), et plus largement, le cadre économique et

institutionnel, qui détermine l’efficacité globale et l’impact des

investissements réalisés dans les trois autres domaines. Ces

éléments constituent les quatre piliers de l’économie fondée

sur la connaissance, tels que définis par la Banque mondiale

(tableau 1). La transition vers une économie fondée sur la connaissance

implique d’adopter une approche holistique, ainsi

que des mesures efficaces (réforme, investissement et coordination)

dans chacun de ces quatre domaines de politiques.

TABLEAu 1 Les quatre piliers des stratégies de l’économie fondée sur la connaissance

Le régime économique et institutionnel

du pays doit fournir des

incitations pour une utilisation efficace

des connaissances existantes,

l’acquisition de nouvelles

connaissances et l’application

de ces deux dernières à l’activité

économique, pour améliorer la

productivité, augmenter la qualité,

innover et lancer de nouvelles

entreprises.

Les habitants d’un pays ont besoin

d’une éducation et de compétences

qui leur permettent de créer et de

partager des connaissances, et de

bien les utiliser.

La Banque mondiale a mis au point une méthode d’évaluation

(KAM – Knowledge Assesment Methodology), un outil de

référence mondial pour évaluer la préparation d’un pays à

l’économie de la connaissance. Il se base sur les quatre piliers

tels que décrits dans le tableau 1. L’encadré 2 montre que la

région MENA a besoin d’intensifier ses efforts pour égaler la

performance des deux régions de comparaison: Europe (de

l’Est) et Asie centrale et Amérique latine et Caraïbes.

Il existe des liens étroits entre la connaissance et la croissance.

Ceci se vérifie par la forte corrélation entre la performance

économique, telle que mesurée dans le revenu

national brut par habitant, et la préparation à l’économie

fondée sur la connaissance, telle que mesurée par le KEI

(figure 4). Cependant, corrélation ne signifie pas causalité,

les pays riches peuvent en effet investir davantage dans les

bases de l’économie de la connaissance. Néanmoins, il est

impossible pour une économie de croître et devenir compétitive

sans un investissement dans les actifs intangibles

Le système d’innovation du pays

(entreprises, centres de recherche,

universités, groupes de

réflexion, consultants et autres

organisations), doit être capable

de tirer profit du volume croissant

de la connaissance mondiale et de

l’adapter aux besoins locaux, ainsi

que de créer de nouveaux produits

et procédés qui puissent rivaliser

sur les marchés d’exportation et

répondre aux besoins nationaux.

Infrastructures de l’information

et de la communication

Des infrastructures d’information

dynamiques sont nécessaires pour

faciliter la communication, la diffusion

et le traitement des informations

de manière efficace.

qui sont au cœur du modèle de l’économie de la connaissance.

Les impacts économiques de ces actifs intangibles

sont relevés par la productivité globale des facteurs (PGF)

qui mesure la contribution à la croissance des facteurs autres

que l’augmentation du travail et du capital. Ainsi, l’approche

basée sur la connaissance et l’innovation se concentre sur le

développement des moteurs de la croissance, c’est-à-dire,

l’amélioration de la qualité du capital humain et physique et,

en particulier, sur l’augmentation de la PGF. Pour les pays à

revenu faible et intermédiaire, une abondante documentation

empirique montre que le capital est le principal déterminant

de la croissance, suivi de loin par le travail et la PGF 4 . Mais

la croissance des pays à revenu intermédiaire et de ceux à

revenu élevé découle plus des gains de la PGF. Les chercheurs

s’accordent sur le fait que, sur le long terme, la croissance

est fonction de la PGF. L’annexe 1 résume les résultats de la

recherche économique sur l’influence positive de la connaissance,

l’innovation, l’éducation et des TIC sur la croissance

économique, la productivité et l’emploi.


ENCADRé 2

Partie 1. Pourquoi se lancer dans une stratégie de croissance fondée sur la connaissance et l’innovation ?

Comment mesurer l’état de préparation d’un pays à l’économie de la connaissance ?

Le cadre des quatre piliers du tableau 1 peut être utilisé pour mesurer les efforts des pays dans l’économie de la

connaissance dans un contexte mondial et pour mettre en lumière les progrès relatifs réalisés au fil du temps. La

méthode d’évaluation de la Banque mondiale (KAM, www.worldbank.org/kam) est un outil basé sur le Web. Les

efforts et les investissements des pays dans l’économie de la connaissance sont continus, et tous les pays font de tels

efforts. Par conséquent, ils sont comme dans une rivière qui coule en permanence. Mais certains pays avancent plus

rapidement que d’autres. La KAM tente de saisir ces différences de vitesse entre pays dans une perspective globale,

en cartographiant leurs progrès dans les quatre piliers et avec les indices combinés.

La KAM compare 146 pays sur la base de 148 variables structurelles et qualitatives qui servent d’indicateurs pour

mesurer les progrès réalisés dans les quatre piliers. Le tableau de scores de base est composé de trois variables

clés qui servent d’indicateurs pour chacun de ces piliers. L’indice de l’économie fondée sur la connaissance (KEI) est

basé sur la moyenne de tous les scores normalisés sur les 12 variables du tableau de scores de base, il mesure l’état

de préparation global d’un pays ou d’une région à l’économie fondée sur la connaissance.

La figure ci-dessous donne un aperçu de la performance la plus récente de la région Moyen-Orient et Afrique du

Nord (MENA) par comparaison avec deux autres régions du monde: Europe (de l’Est) et Asie centrale et Amérique

latine et Caraïbes. Elle révèle que la région MENA dans son ensemble pourrait faire davantage, notamment sur la

dimension éducative.

La performance de la région MENA pour l’économie fondée sur la connaissance dans une

perspective comparative, 2012

Moyen-Orient et Afriche du Nord, Europe et Asie centrale, Amérique latine

Utilisateurs d’Internet pour

1000 personnes

Ordinateurs pour

1000 personnes

Nombre total de téléphones

pour 1000 personnes

Taux brut de scolarisation

dans le supérieur

Qualité de la réglementation

10

Taux brut de scolarisation

dans le secondaire

5

0

État de droit

Nombre moyen d’années

de scolarité

Paiements des redevances et

recettes ($US/pop.)

Nombre d’articles de revues

scientifiques et d’ingénierie / Mil. Pers

Brevets accordés par

l’USPTO / Mil. Pers

Source : Méthode d’évaluation des connaissances (www.worldbank.org/kam, World Bank 2012a).

Note : En raison d’un manque de données pour la région MENA dans son ensemble, les variables sur les barrières tarifaires et non tarifaires

(faisant partie du tableau de scores de base de la KAM) n’ont pas été répertoriées dans la figure ci-dessus.

4. Yusuf (dans Nallari et al. 2011) souligne que la PGF a longtemps été constituée d’un amalgame d’autres facteurs, dont la mesure et les contributions individuelles

se sont révélées difficiles à cerner. Parmi une longue liste, six facteurs sont les plus propices à l’action des pouvoirs publics : le capital humain mesuré de

diverses façons, et sa qualité; la capacité technologique et l’innovation ; les compétences de gestion, l’efficacité organisationnelle ; les institutions qui affectent

les incitations, la concurrence; l’efficacité des allocations et la gouvernance ; et les caractéristiques de l’urbanisation. En règle générale, tous les six affectent la

production et l’utilisation des connaissances, l’allocation des ressources et son utilisation productive.

Transformer les économies arabes 7


Partie 1. Pourquoi se lancer dans une stratégie de croissance fondée sur la connaissance et l’innovation ?

RNB par habitant, 2010

PPA ($ international courant)

8

FIguRE 4

Les liens étroits entre la connaissance et la croissance

Source : Calculs des auteurs.

KEI 2012

Note : L’indice (KEI) mesure l’état de préparation global d’un pays ou d’une région à l’économie de la connaissance, et est basé sur la moyenne de tous les

scores normalisés pour les quatre piliers : le régime économique et institutionnel, l’éducation, l’innovation et les TIC. www.worldbank.org/kam.

RNB = revenu national brut ; PPA = parité de pouvoir d’achat.

Le monde arabe

a sous investi dans

l’économie de la

connaissance

Certains pays arabes se sont déjà lancés sur la voie de

l’économie de la connaissance, en valorisant leurs ressources

humaines par des progrès dans le domaine de l’éducation,

ce qui a sensiblement augmenté la capacité de la région à

absorber de nouvelles technologies et savoir-faire, en investissant

dans l’infrastructure des TIC et la logistique nécessaires

pour se connecter à l’économie mondiale, en construisant des

structures de recherche et de développement, et en améliorant

leur environnement économique. Ceci est particulièrement vrai

pour les pays riches en pétrole du Conseil de coopération du

Golfe (CCG), qui visent à transformer certaines de leurs villes

en pôles d’innovation mondiaux. Parmi les pays pauvres en

ressources, plusieurs ont fait des efforts notables pour organiser

leurs stratégies de développement autour d’initiatives

d’économie de la connaissance à travers des plans sectoriels

ou nationaux (encadré 3).


ENCADRé 3

Partie 1. Pourquoi se lancer dans une stratégie de croissance fondée sur la connaissance et l’innovation ?

Le chemin déjà parcouru : les pays du Moyen-Orient et de l’Afrique du Nord et l’économie

de la connaissance

En Algérie, le Conseil national économique et social (CNES) a organisé des conférences nationales sur l’économie

de la connaissance pour sensibiliser sur les questions clés. Le gouvernement a entrepris des réformes dans les

technologies de l’information et de la communication (TIC) et a initié le développement de parcs technologiques. Il a

récemment présenté un plan visant à augmenter les dépenses nationales de recherche et développement de près de

3 pour cent du produit intérieur brut d’ici 2015.

La Jordanie a entrepris un effort majeur pour réformer le système d’éducation au niveau de la petite enfance, au niveau

de l’enseignement de base et de l’enseignement secondaire afin de former des diplômés possédant les compétences

nécessaires pour l’économie de la connaissance. Elle a pris des mesures pour devenir un centre régional de développement

des TIC. Les partenariats avec Microsoft et Cisco devraient offrir des possibilités d’emploi plus attrayantes

pour les jeunes diplômés hautement qualifiés. Ces dernières années, la Jordanie a pris des mesures pour améliorer

le climat de l’innovation avec la création d’un Conseil national pour la compétitivité et l’innovation, entre autres. Elle

s’est également lancée dans l’élaboration d’une stratégie 2012-2016 pour la Science, la Technologie et l’Industrie.

Le Royaume d’Arabie saoudite a adopté une stratégie pour passer à une économie de la connaissance en 2025 et a mis

en place une série de réformes de l’éducation. Il investit dans le développement de nouvelles universités, pour soutenir

spécialement le domaine des sciences et de la technologie, et il s’est lancé dans un vaste plan de développement de

villes dites « du savoir », y compris la ville sainte de Médine. Ce concept vise à positionner le pays dans les industries

fondées sur la connaissance et à attirer et développer les talents de partout dans le monde.

Le Liban progresse sur le plan de l’innovation. En 2011, le gouvernement a demandé l’appui de la Banque mondiale

pour un projet visant à soutenir des activités innovantes dans le secteur privé. Le projet proposé pourrait inclure un

fonds d’investissement pilote visant à fournir une combinaison de financement en subventions et par capitaux propres

pour favoriser les idées novatrices et soutenir des start-ups et d’autres entreprises dans leurs premiers stades de

croissance.

Le Maroc a été un pionnier des réformes réglementaires dans le secteur de la téléphonie mobile à la fin des années

1990, ce qui en fait l’un des pays à la plus forte télédensité dans la région. Il a également lancé la construction d’un

certain nombre de parcs technologiques et de zones industrielles technologiques qui ont attiré des investissements

étrangers directs (IED) et des fabrications de pointe. Il a développé une série de plans nationaux dans plusieurs

domaines comme l’industrie, l’agriculture, la pêche, les TIC et le tourisme, directement inspirés par une volonté de

suivre une voie de développement fondée sur la connaissance.

À Oman, la combinaison de politiques favorables à l’emploi, l’accès à la propriété foncière, la facilitation de l’accès à

des produits de consommation abordables et disponibles gratuitement, des services de santé et d’éducation universels,

a soutenu l’amélioration des conditions de vie. Un Conseil de recherche a été mis en place pour donner une haute

priorité à la recherche et à l’innovation, notamment le lancement de subventions pour la recherche en coopération.

Le Qatar a cherché à élargir son modèle de développement pour passer d’un modèle basé sur le pétrole et le gaz

naturel vers une économie fondée sur la connaissance. Une réforme de l’éducation adoptée en 2001 a tenté de briser

le moule de l’apprentissage par cœur. Le développement de la Cité de l’éducation par la Fondation du Qatar pour

l’éducation, la science et le développement des communautés vise à faire de Doha un centre d’excellence en éducation

au Moyen-Orient. Le Qatar a lancé et accueille le Sommet mondial annuel de l’innovation pour l’éducation (WISE)

à Doha depuis 2009.

La Tunisie, suite à la préparation et à la publication de rapports annuels sur l’économie fondée sur la connaissance,

a développé une stratégie inspirée de cette dernière dans le cadre de ses plans quinquennaux pour faire face à un

chômage élevé, surtout chez les jeunes. Elle a initié une série de technopoles pour renouveler et élargir sa base

économique. Le Plan de développement de la Tunisie pour 2007-11 a été développé autour des piliers de l’économie

de la connaissance. Le plan actuel (2011-14) s’inscrit dans cette perspective.

Aux Emirats arabes unis, depuis deux décennies, Dubaï fonde son développement sur une stratégie de connaissance

et d’innovation. La construction d’une plateforme logistique et de transport (centrée sur un port d’envergure mondiale)

a donné ensuite naissance à une industrie touristique prospère. En outre, les Émirats arabes unis ont développé des

compétences essentielles en matière de technologie, médias et télécommunications.

Ces exemples ont été rassemblés lors de la conférence de 2009 sur l’économie fondée sur la connaissance, qui s’est

tenue sous l’égide de l’ISESCO et du Gouvernement de Tunisie, avec l’appui de la Banque mondiale. La conférence a

débouché sur la Déclaration de Tunis : http://info.worldbank.org/etools/docs/library/252535/TunisKEDeclaration.pdf.

Source : Les auteurs.

Transformer les économies arabes 9


Partie 1. Pourquoi se lancer dans une stratégie de croissance fondée sur la connaissance et l’innovation ?

Mais ces mesures, bien que louables, n’ont pas

suivi la cadence du reste du monde. Parmi les

régions en développement, la région MENA obtient

un score moyen pour l’indice de l’économie fondée

sur la connaissance (KEI) (figure 5).

L’analyse des tendances des résultats au cours de

la dernière décennie (figure 6) montre clairement

que les pays du CCG ont tendance à faire mieux que

les autres pays arabes. Par ailleurs, les hausses du

KEI indiquent qu’ils ont relativement bien progressé

au cours de la dernière décennie 5 .

une autre mesure intéressante est celle de la compétitivité.

Le Forum Économique Mondial (FEM) a

développé un indicateur bien connu, l’indice mondial

de la compétitivité (GCI), qui distingue trois types

d’économies : suivant qu’elles sont fondées sur (i)

la primauté des facteurs de production (ii) la primauté

de l’efficacité productive, et (ii) la primauté

de l’innovation. Dans cette série, la connaissance

et l’innovation jouent un rôle croissant 6 .

Les pays du GCC sont très bien placés dans le

classement des pays pour le GCI (figure 7). Certains

pays, comme la Tunisie et le Maroc, affichent des

résultats relativement meilleurs pour cet indice de

compétitivité que sur le KEI, qui, contrairement au

GCI, ne tient pas compte d’un ensemble plus vaste

et plus complexe de paramètres affectant le microniveau

de performance. Les changements dans le

5. Les résultats pour le KEI ne reflètent pas les facteurs sociaux et politiques tels que le statut restrictif de la femme et l’exercice autoritaire du pouvoir qui caractérisent

la plupart des pays du CCG. Ceux-ci peuvent être considérés comme des obstacles dans le processus global de modernisation.

6. Le GCI est la méthode utilisée par le Forum économique mondial dans ses évaluations de la compétitivité (Forum économique mondial 2011). Le modèle repose

sur l’idée que les déterminants de la compétitivité sont nombreux et interagissent de manière complexe. Le GCI révèle ces interactions par le biais d’une moyenne

pondérée de 12 piliers de compétitivité. Les quatre exigences de base pour les économies axées sur les facteurs classiques de production sont les institutions,

l’infrastructure, l’environnement macroéconomique, la santé et l’éducation primaire. Les six facteurs essentiels d’amélioration de l’efficacité pour des économies

axées sur l’efficacité comprennent l’enseignement supérieur et la formation, l’efficacité du marchés des biens, l’efficacité du marché du travail, le développement

du marché financier, l’aptitude à intégrer la technologie, et la taille du marché. La complexité du secteur des entreprises, le degré de sophistication des marchés

et l’innovation sont les facteurs déterminants du troisième type d’économie axée sur l’innovation.

10

FIguRE 5

Scores régionaux pour l’indice de l’économie fondée sur la

connaissance (KEI), 2012

2012

Source : Méthode d’évaluation des connaissances KAM (www.worldbank.org/kam,

Banque mondiale 2012a).

FIguRE 6

Scores par pays pour l’indice de l’économie fondée sur la connaissance (KEI), 2000 et 2012

2000 2012

Source : Méthode d’évaluation des connaissances KAM (www.worldbank.org/kam, Banque mondiale 2012a).


classement des pays pour le GCI entre 2011 et 2013 peuvent

être un indicateur qui reflète comment les différents pays

ont été touchés par les événements du « printemps arabe ».

Les pays de la région MENA semblent présenter ce qu’on

pourrait appeler « une compétitivité faible en connaissance ».

Lorsque la performance du pays pour le KEI est comparée à

GCI

FIguRE 7

Classements des pays pour le gCI, 2010–11 et 2012–13

Source : Forum économique mondial 2010, 2011, 2012.

Note : Les classements pour la Tunisie sont pour 2010–11 et 2011–12.

Partie 1. Pourquoi se lancer dans une stratégie de croissance fondée sur la connaissance et l’innovation ?

Ranking 2010-2011 Ranking 2012-2013

FIguRE 8

Performances des pays pour le KEI 2012 comparées à l’Indice mondial de la compétitivité 2011–12

Source : Indice mondial de la compétitivité 2011–12 (Forum économique mondial 2011) ; Banque mondiale (2012a).

celle du GCI, on remarque que la compétitivité des pays arabes

émane de facteurs autres que ceux liés à la connaissance

(figure 8). La majeure partie des économies dans le monde

arabe sont mues par les facteurs de production traditionnels.

Des changements importants sont donc nécessaires pour les

convertir à des économies axées sur l’efficacité et l’innovation.

KEI

y = 0.3395x + 2.6999

R² = 0.7885

Pays individuels (exceptés les pays arabes)

Pays arabes

Linéaire (le monde, exceptés les pays arabes)

Linéaire (pays arabes)

y = 0.2159x + 3.0784

R² = 0.7191

Transformer les économies arabes 11


Partie 1. Pourquoi se lancer dans une stratégie de croissance fondée sur la connaissance et l’innovation ?

L’impact du régime économique et institutionnel,

et son effet sur le climat général des

affaires, est primordial. Une mauvaise gouvernance

, qui entraîne un climat des affaires

défavorable, est l’obstacle le plus important

au développement économique et social de la

région, et plus particulièrement au développement

basé sur la connaissance, sauf dans les

pays du CCG, dont les résultats pour l’indice

du régime économique et institutionnel (REI)

sont relativement bons (figure 9) et où les

insuffisances relatives à la connaissance et

l’innovation constituent les principaux freins

au développement. L’instabilité politique et

économique, en particulier dans un passé

récent, a également tiré le KEI vers le bas en

affaiblissant le régime économique et institutionnel

dans son ensemble. Les événements

actuels offrent cependant l’opportunité de

rendre la gouvernance économique plus transparente

et plus efficace, afin de développer le

potentiel considérable de la région.

12

Des efforts accrus dans

l’économie fondée

sur la connaissance

contribueraient de

manière significative à

la création d’emplois

Il est difficile d’estimer avec précision l’impact sur la croissance

et l’emploi d’un modèle économique axé sur l’innovation et la

connaissance, même si l’amélioration de la performance des

individus, des entreprises et d’autres groupes peut être liée ou

expliquée par certains aspects de l’accroissement de la con-

FIguRE 9

Performances pour le KEI et l’indice du REI pour la région

MENA et d’autres régions et groupes de pays, 2009

Indice de régime économique

Source : Méthode d’évaluation des connaissances (www.worldbank.org/kam,

Banque mondiale 2009b).

Note : Moyenne pondérée tirée de la KAM et calculs des auteurs, sauf lorsque les

données ne sont pas disponibles (Irak, Libye et Palestine).

naissance ou l’innovation. Néanmoins, les estimations économétriques

et les considérations exposées ci-après donnent à

penser qu’un effort soutenu dans l’économie de la connaissance

sur une période suffisamment longue peut être une source

importante d’emplois dans la région arabe, à condition que les

marchés du travail fonctionnent bien et que l’inadéquation des

compétences soit nettement réduite.

Le KEI constitue la base d’un modèle qui peut être utilisé pour

mesurer l’impact sur l’emploi de l’effort pour la connaissance

des pays. Le modèle, illustré schématiquement sur la figure 10

et décrit en détail dans l’annexe 1 du rapport principal (Banque

mondiale, 2013 à paraître), a permis d’estimer la contribution

des efforts dans l’économie de la connaissance à la croissance

et l’emploi dans les pays MENA pour la période 1995-2008,

avec deux sous-périodes : 1995-99 et 2000-08. Dans le modèle,

l’élasticité de l’emploi par rapport à l’augmentation des investissements

dans la connaissance d’un pays donné est fonction de

l’élasticité de l’emploi par rapport à la croissance dans ce pays.

KEI


FIguRE 10

Estimer les effets de la connaissance sur l’emploi

Connaissance

Croissance

économique

Effet sur l’emploi

(via la croissance économique)

Les effets sur l’emploi des efforts dans l’économie de la connaissance

dans la région MENA au cours de la dernière décennie

sont perceptibles. Les conclusions suivantes peuvent

être tirées du modèle :

• Dans les pays MENA, comme dans d’autres régions du

monde, un score plus élevé pour le KEI est associé à des

taux de croissance plus élevés. En fait, l’impact du KEI était

plus important dans la région MENA que dans les autres

régions au cours de la période 2000-05, alors qu’il était

plutôt limité durant la période 1995-99. Une augmentation

d’une unité dans le KEI représente un gain d’environ

15 places dans le classement, car il y a 146 pays dans la

KAM de la Banque mondiale et le KEI va de 0 à 10. Dans la

région MENA, une augmentation d’une unité pour le KEI

Partie 1. Pourquoi se lancer dans une stratégie de croissance fondée sur la connaissance et l’innovation ?

Croissance

de l’emploi

FIguRE 11

élasticité de l’emploi par rapport au KEI dans les pays MENA, 1995-2008

exportateurs de pétrole,

développés

1995-99

2000-08

exportateurs de pétrole,

en développement

Source : Chen, Diop, et Muller 2012 ; Banque mondiale, 2013 à paraître (annexe 1).

en 1995 tendait à augmenter le taux de croissance moyen

du PIB réel de 0,28 point de pourcentage par travailleur

pour la période 1996-2000, tandis qu’une augmentation

d’une unité pour le KEI en 2000 a augmenté le taux de

croissance moyen du PIB réel de 0,89 point de pourcentage

par travailleur pour 2001-05.

• L’élasticité de l’emploi par rapport à la croissance dans

la région MENA, s’est située en moyenne autour de 0,80

sur la période 1991-2009, ce qui signifie qu’une augmentation

d’un point de pourcentage du PIB était associée à

une augmentation moyenne de l’emploi de 0,8 point de

pourcentage pour les trois années suivantes.

• L’élasticité de l’emploi par rapport à l’investissement dans

la connaissance (telle que mesurée par le KEI) résultant

de la combinaison de ces coefficients, calculés au niveau

de chaque pays, allait de 0,2 au Koweït à 1,3 au Qatar, pour

la période 2000-09. La valeur du coefficient de 1,3 signifie

qu’une augmentation d’une unité pour le KEI pour l’année

2000 a produit une augmentation annuelle moyenne de

l’emploi de 1,3 point de pourcentage au Qatar au cours

de la période 2000-08. L’élasticité moyenne de l’emploi

par rapport à l’investissement dans la connaissance pour

la région MENA dans son ensemble était proche de 0,7

pour la période 2000-08, contre seulement 0,23 pour la

période 1995-99. En d’autres termes, une augmentation

d’une unité pour le KEI pour l’année 2000 a produit une

augmentation annuelle moyenne de l’emploi de 0,7 points

de pourcentage dans la région MENA dans son ensemble

au cours de la période 2000-08 (figure 11).

importateurs de pétrole

en développement

Transformer les économies arabes 13


Partie 1. Pourquoi se lancer dans une stratégie de croissance fondée sur la connaissance et l’innovation ?

Le tableau de l’impact de l’économie de la connaissance en

matière d’emploi est donc positif et encourageant. Les estimations

ci-dessus doivent également être comparées au taux

observé de croissance de l’emploi pour les pays de la région au

cours de la période 2000-09 (tableau 2). Les pays aux petites

économies et riches en ressources, dont les taux de croissance

de l’emploi sont relativement élevés, sont aussi ceux qui ont

TABLEAu 2 Taux de croissance de l’emploi dans les pays arabes, 2000–09

Cependant, la contribution de l’économie de la connaissance

a été insuffisante à ce jour pour réduire sensiblement le

chômage, sauf dans les petites économies du CCg. Les efforts

futurs peuvent contribuer à la croissance économique et à la

création d’emplois de trois façons :

• En intensifiant les efforts de l’économie de la connaissance.

En général, les pays MENA ont accomplis des efforts inférieurs

à la moyenne mondiale. Pour avoir un véritable impact,

les efforts devraient être importants, comme le montrent

les résultats présentés ci-dessus. L’augmentation du KEI

d’un pays, même d’une seule unité, représente un défi de

taille. Comme mentionné précédemment, il équivaut à

gagner environ 15 places dans le classement du KEI. Mais

ce degré d’avancement est possible avec un effort soutenu.

Plusieurs années sont généralement nécessaires, dans la

mesure où les variables liées à l’éducation et à l’innovation

ne progressent pas rapidement (contrairement à celles liées

à l’environnement des affaires et des TIC, où les progrès

peuvent être rapides).

• En réduisant l’inadéquation des compétences. Dans la

plupart des pays, il existe un décalage important entre

les compétences demandées par les employeurs et

14

Population active

Pays 2000 2009

connu la progression la plus significative du KEI depuis une

dizaine d’années. De même, les pays qui présentent un taux

de croissance de l’emploi faible sont, en général, ceux qui

ont connu soit peu de progrès, soit une régression dans leur

classement de KEI. Cela confirme la contribution positive de

l’effort de l’économie de la connaissance dans le processus

de création d’emplois.

Taux de croissance annuel

composé (%)

Algérie 7,772,217 13,195,310 6.06

Rép. arabe d’Égypte 19,254,668 23,980,516 2.47

Libye 1,624,133 2,103,832 2.92

Maroc 8,819,170 10,758,452 2.23

Tunisie 2,711,153 3,271,820 2.11

Bahreïn 200,000 400,000 8.01

Koweït 1,200,000 2,100,000 6.42

Oman 700,000 1,100,000 5.15

Arabie saoudite 6,000,000 8,100,000 3.39

Émirats arabes unis 1,700,000 3,500,000 8.35

Conseil de coopération du golfe 9,800,000 15,200,000 5.00

Non-CCG 53,202,748 69,935,998 3.09

Total 63,002,748 85,135,998 3.40

Source : Auteurs.

celles présentées par les demandeurs d’emploi. Près de

40 pour cent des entreprises interrogées par les évaluations

du climat d’investissement dans la région MENA

ont rapporté que la faible disponibilité de main-d’œuvre

qualifiée est une contrainte majeure pour les entreprises

(figure 12). Cette inadéquation atténue l’ajustement positif

de l’emploi aux augmentations du KEI. Lorsque la maind’œuvre

possède les compétences requises, comme au

Qatar (grâce à l’attraction en masse d’expatriés qualifiés),

les investissements dans l’économie de la connaissance

ont eu un impact significatif sur l’emploi. La plupart des

pays MENA ont une abondance de travailleurs hautement

qualifiés, mais leurs compétences ne sont pas adaptées

aux exigences de l’économie. Des ajustements importants

sont donc nécessaires dans les systèmes d’éducation et de

formation de la région afin d’assurer une meilleure adéquation

entre les compétences des diplômés et les exigences

des employeurs. Dans l’intervalle, des mesures à court

terme de reconversion des travailleurs pour leur fournir une

formation supplémentaire afin de répondre aux demandes

de travail clairement identifiées peuvent avoir un impact

certain sur la réduction de l’écart entre l’offre et la demande

liées aux compétences.


• En orientant les économies vers des secteurs plus compétitifs.

Les structures économiques influencent l’effet

d’une forte croissance sur l’emploi, en particulier les

emplois qualifiés. Dans la région, le principal pourvoyeur

d’emplois qualifiés a été le gouvernement. En fait, les

pays MENA emploient une part beaucoup plus importante

de personnes dans le secteur public (entre 14 et 40 pour

cent) que dans les pays de comparaison (figure 13). Il est

nécessaire d’orienter l’économie vers des secteurs où la

croissance est plus susceptible de créer des emplois. Il y

a peu à espérer en termes de croissance et d’emploi des

secteurs qui sont exposés à la concurrence étrangère.

Mais il existe des possibilités pour les biens et services

non exportés, dans les secteurs où les pays MENA possèdent

des avantages comparatifs uniques en raison de

la géographie et d’autres facteurs, et dans les activités

liées à l’environnement et aux infrastructures.

Avec des efforts soutenus, il devrait donc être possible

d’augmenter significativement la contribution de l’économie

de la connaissance à la création d’emplois dans la région

Partie 1. Pourquoi se lancer dans une stratégie de croissance fondée sur la connaissance et l’innovation ?

dans un délai acceptable 7 . En se basant sur les estimations

et les chiffres fournis ci-dessus, on peut raisonnablement

s’attendre à une augmentation des efforts dans l’économie

de la connaissance dans la région d’une ampleur suffisante

pour stimuler le taux annuel de croissance de l’emploi d’un

point de pourcentage par rapport au taux enregistré au

cours de la décennie 2000-09 8 . Sur une décennie, une telle

augmentation, si elle se produit, créerait, par exemple,

quelque 300 000 nouveaux emplois en Tunisie, environ 1,5

millions de nouveaux emplois en Égypte, et quelque 700 000

nouveaux emplois en Arabie saoudite (en plus des emplois

qui devraient être générés en vertu des trajectoires actuelles).

Comme indiqué plus haut, la plupart des pays arabes

ont une certaine marge de manœuvre, parce que jusqu’à

présent, ils n’ont pas suffisamment investi dans les piliers

de l’économie de la connaissance (par rapport aux pays

de même niveau de développement). Bâtir une économie

de la connaissance exige un engagement exigeant à long

terme, mais cela reste le meilleur choix pour une croissance

économique durable accompagnée d’un niveau suffisamment

élevé de création d’emplois.

FIguRE 12

Pourcentage d’entreprises signalant le manque de compétences comme une contrainte

Source : Enquêtes de la Banque mondiale sur le climat d’investissement, 2006-10.

7. Cette période peut varier d’un pays à l’autre. Cinq à dix ans sont généralement nécessaires pour constater les bénéfices des efforts, des réformes et des initiatives

dans les différents piliers de l’économie de la connaissance.

8. Les estimations proposées ici découlent des données présentées ci-dessus sur l’élasticité de l’emploi par rapport au KEI. Pour la période 2000-09, la région

dans son ensemble affichait une élasticité de 0,7 pour cent pour 15 positions gagnées dans le KEI. Ce gain semble raisonnable compte tenu du sous-investissement

relatif de la région dans les différents piliers de l’économie de la connaissance. En outre, on peut envisager qu’une meilleure intégration dans l’économie

mondiale induira une réduction significative de l’inadéquation des compétences et une meilleure élasticité de l’emploi par rapport à la croissance économique.

Compte tenu de tous ces facteurs, on peut penser que des efforts plus importants et meilleurs dans l’économie de la connaissance induiront une augmentation

d’un point de pourcentage du taux de croissance annuel de l’emploi.

Transformer les économies arabes 15


Partie 1. Pourquoi se lancer dans une stratégie de croissance fondée sur la connaissance et l’innovation ?

16

FIguRE 13

L’emploi dans le secteur public dans la région MENA et les pays choisis à fins de comparaison

-- moyennes au cours des années 2000

Source : Gatti et al. 2013.

a. Pays MENA b. Pays comparateurs

³ ° ³

La partie 1 a exposé les raisons de s’orienter vers une stratégie de croissance fondée sur la connaissance et l’innovation.

La partie 2 examine les types de politiques nécessaires à la construction de telles économies.


Que faire pour construire

une économie fondée sur

la connaissance et l’innovation ?

Dans ce chapitre

°± Les piliers de l’économie de la connaissance

°± La diversification sectorielle et spatiale axée sur l’économie de la connaissance

Transformer les économies arabes

17


Partie 2. Que faire pour construire une économie fondée sur la connaissance et l’innovation ?

Les éléments de base comprennent : l’amélioration de

l’environnement des affaires et de la gouvernance, la mise

en place d’un système éducatif et de formation de qualité,

l’établissement d’un climat propice à l’innovation, et la réalisation

d’une société de l’information dynamique. En outre,

il est important de stimuler l’émergence de secteurs et de

sites porteurs de croissance, dans l’intérêt de la diversification

économique. Tout cela aurait un impact plus conséquent si

cela était réalisé dans une stratégie plus large de coopération

internationale et d’intégration régionale. La figure 14 présente

cet ensemble d’actions coordonnées.

18

FIguRE 14

Le système des politiques de la connaissance et

l’innovation

Les piliers de

l’économie de la

connaissance

Adopter des réformes favorables

aux entreprises et améliorer la

gouvernance

Des politiques macroéconomiques saines, une bonne gouvernance

d’ensemble et un environnement favorable aux

entreprises constituent la base de stratégies fondées sur la

connaissance, comme pour presque toutes les stratégies de

développement. Il est nécessaire de poursuivre l’amélioration

du climat des affaires afin de stimuler la création d’entreprises

et d’attirer les investissements étrangers, qui, ensemble, favorisent

la croissance et la compétitivité. Plusieurs pays arabes

ont fait des progrès considérables au cours de la dernière

décennie, comme on le constate dans les enquêtes Doing

Business de la Banque mondiale, sous la pression des milieux

d’affaires et avec l’aide des institutions internationales. Dans

certains cas, les événements déclenchés par le « printemps

arabe » ont ralenti le rythme des réformes, même dans des

pays exempts de troubles politiques ou de guerre civile. Les

réformes nécessaires devraient être reprises et approfondies

dès que possible La figure 15 montre que les trois facteurs

ayant le plus d’impact sur l’environnement des affaires dans

le monde arabe sont le manque d’accès au financement, une

réglementation du travail restrictive et une bureaucratie gouvernementale

inefficace.

Améliorer le climat entrepreneurial. La région se caractérise

par l’un des taux les plus bas de création d’entreprises (les

nouvelles entreprises nationales ainsi que les entreprises

étrangères) dans le monde (figure 16). Un taux élevé de création

d’entreprises est un signe de dynamisme économique

et de renouveau. Un faible taux de création d’entreprises,

une croissance lente et une capacité limitée à générer des

emplois sont liés à la qualité globale de l’environnement des

affaires. Les gouvernements de la région auraient intérêt à

mettre en œuvre des politiques visant à améliorer le climat

entrepreneurial en réduisant la bureaucratie, en éliminant les

réglementations qui étouffent les initiatives et en supprimant

les privilèges injustifiés des groupes proches des pouvoirs en

place. Il est également vital d’éliminer les disparités entre les

agents économiques, en simplifiant les procédures administratives,

en réduisant les barrières des marchés protégés,

et en augmentant la concurrence des banques pour l’accord

des crédits aux entreprises. L’accroissement des sources de

financement, y compris la finance islamique, résoudrait une

partie de l’équation (Banque mondiale, 2009a).

Faciliter le commerce et l’investissement étranger. Pour

compléter les changements évoqués ci-dessus, les circuits

commerciaux doivent être élargis, les barrières douanières

réduites et les échanges de technologie facilités (Chauffour

2013). Les plateformes logistiques doivent être améliorées

et développées, comme cela a été fait, par exemple, par le

Maroc au port de Tanger. Grâce à la mise en place de zones

industrielles spécialisées, il est possible d’attirer des entreprises

étrangères et de promouvoir les exportations grâce à

des incitations diverses. Ces zones sont d’autant plus justifiées

si elles stimulent l’économie locale grâce à la création de liens

de sous-traitance et aux retombées sur les entreprises environnantes.

Elles ne doivent, cependant, pas servir de prétexte

pour éviter des réformes nationales, qui sont essentielles.

Réformer les marchés du travail. Étant donné qu’une part

importante de la population, soit ne participe pas à une

activité économique, soit en tire peu de profits en raison du

faible nombre d’emplois à haute valeur ajoutée disponibles,

l’équilibre de fonctionnement des marchés du travail dans

la région est basé sur une faible productivité. En outre, la

répartition des talents est déviée vers le secteur public, qui

a une productivité limitée dans l’ensemble, mais qui offre

des conditions relativement enviables pour les travailleurs

individuels. Cet équilibre est à la fois inefficace et inéquitable

(Gatti et al.2013). La rigidité des marchés du travail perpétue

une situation injuste entre ceux qui sont « dedans » et ceux qui


sont « en dehors » (les personnes déconnectées des réseaux

et celles qui sont employées dans l’économie informelle, en

particulier les jeunes et les femmes). Elle entretient également

les lacunes de compétences et de savoir-faire au sein

de l’économie, un problème majeur qui empêche les pays

de tirer profit pleinement des efforts dans l’économie de la

connaissance. Les obstacles à l’amélioration des marchés

Densité de création d’entreprise

FIguRE 15

Les obstacles aux affaires dans le monde arabe

Source : Forum économique mondial et OCDE 2011.

Source : Gatti et al. 2013.

Partie 2. Que faire pour construire une économie fondée sur la connaissance et l’innovation ?

du travail ne disparaîtront pas du jour au lendemain car ils

proviennent d’un environnement réglementaire qui renforce le

statu quo, qui est affecté par une protection de l’emploi rigide,

un secteur public qui distord les préférences des acteurs, et

des systèmes d’éducation inadaptés basés sur le statut plutôt

que les résultats. De profonds changements réglementaires

et culturels sont donc nécessaires.

FIguRE 16

Densité moyenne de création d’entreprises pour certaines économies émergentes, 2004-09

Pays MENA

Pays comparateurs

Transformer les économies arabes 19


Partie 2. Que faire pour construire une économie fondée sur la connaissance et l’innovation ?

20

Pourvoir à une meilleure éducation et

pour le plus grand nombre

L’éducation est la base d’une économie fondée sur la connaissance

et l’innovation. Des progrès considérables ont

été réalisés dans le monde arabe ces dernières années pour

élargir l’accès à l’éducation (figure 17). Mais même si les

pays ont investi une part importante de leur produit intérieur

brut (PIB) dans l’éducation, ces efforts n’ont pas donné les

résultats escomptés en termes de qualité. Dans la plupart

des pays arabes, plus d’éducation n’a pas été synonyme de

plus d’apprentissage, et le lien entre l’éducation et l’emploi

n’a pas encore été établi. Des efforts sont nécessaires pour

prodiguer aux élèves des compétences pratiques de la vie quotidienne

leur permettant d’agir efficacement en tant qu’acteurs

économiques productifs et citoyens responsables.

Les tests internationaux sur les acquis tels que TIMSS et PISA

révèlent que les étudiants dans les pays arabes demeurent à

la traine comparés à de nombreux autres pays au niveau de

développement comparable pour l’acquisition des connaissances

de base (figure 18). La qualité de l’apprentissage dans

les pays arabes est encore en dessous du niveau escompté,

compte tenu de leur développement économique, tel que

mesuré par le PIB par habitant.

Les gouvernements doivent prendre des mesures pour

réformer le système éducatif dans son ensemble afin que

l’éducation soit plus étroitement liée à l’emploi. Pour forger

ce lien il faut commencer dès le développement de la petite

enfance et l’éducation de base, puis passer à l’enseignement

secondaire et supérieur qui dispensent les compétences

fondamentales requises pour une pensée créative et critique

(y compris à travers l’enseignement technique et la formation

FIguRE 17

Taux bruts de scolarisation dans l’enseignement secondaire et supérieur, par région du monde,

1990 et 2010

a. Taux bruts de

scolarisation dans

l’enseignement

secondaire,

1990 et 2010

1990

2010

b. Taux bruts de

scolarisation dans

l’enseignement

supérieur, 1990 et 2010

1990

2010

Source : UNESCO 2012.


professionnelle, ETFP), et terminer par l’élaboration d’un

système efficace d’apprentissage tout au long de la vie.

L’approche « des compétences au service de l’emploi et de

la productivité » (Skills Toward Employment and Productivity

- STEP) offre un moyen simple mais complet pour penser le

développement des compétences comme une aide à la création

de plus d’emplois et plus de productivité (figure 19).

Tout en reconnaissant que chaque pays est unique et

doit tracer sa propre voie, les pays de la région auraient

FIguRE 18

Qualité de l’éducation mesurée par TIMSS, 2011

Scores TIMSS en mathématiques, 2011

4ème année

Source : Gatti et al. 2013.

Source : Banque mondiale 2010a.

Partie 2. Que faire pour construire une économie fondée sur la connaissance et l’innovation ?

intérêt à poursuivre les réformes dans plusieurs domaines

clés. Il s’agit notamment d’améliorer l’enseignement de

l’éducation de base, de développer l’ETFP et d’augmenter

les liens éducation-emploi, et de réorienter le système

d’enseignement supérieur davantage vers les sciences et

l’ingénierie plutôt que les sciences sociales et humaines.

Dans l’ensemble, les pays doivent ajuster la gouvernance,

la gestion, le financement et les incitations liées à la performance

de leurs systèmes éducatifs afin de produire de

meilleures conditions d’apprentissage.

FIguRE 19

L’approche « des compétences au service de l’emploi et de la productivité » (STEP)

Investir tôt

Faire prendre

aux enfants

un bon départ

Investir dans

la qualité &

équitablement

S’assurer

que tous les élèves

apprennent

log du PIB par habitant

Rester à l’écoute

du marché

1 2 3 4 5

Renforcer

les compétences

utiles pour l’emploi

Encourager

l’entrepreneuriat

et l’innovation

Faciliter

la mobilité de la maind’œuvre

et l’adéquation

entre l’offre et la

demande d’emplois

PRODuCTIVITé

& CROISSANCE

Transformer les économies arabes 21


Partie 2. Que faire pour construire une économie fondée sur la connaissance et l’innovation ?

Améliorer la qualité de l’éducation de base. Investir davantage

dans le développement de la petite enfance pourrait

contribuer à donner aux enfants arabes un bon départ et une

base d’apprentissage. La réforme de l’enseignement et de

l’apprentissage est d’une importance primordiale. Il serait

utile de revoir les méthodes pédagogiques qui restent fondées

sur l’apprentissage par cœur. La qualité du matériel pédagogique

pourrait être améliorée et les qualifications des enseignants

pourraient être accrues 9 . Certains pays, notamment

la Jordanie, ont mis en place des programmes ambitieux qui

ont apporté des améliorations dans les résultats scolaires

(encadré 4).

Développer l’enseignement technique et professionnel.

Il existe un décalage manifeste entre les compétences

nécessaires pour s’intégrer dans l’économie et les apports

du système éducatif et de formation. Dans toute la région,

l’enseignement technique et professionnel a besoin d’être

22

ENCADRé 4

revu. Il est nécessaire d’améliorer la gouvernance de l’ETFP

et d’introduire la participation, la responsabilisation et la

décentralisation dans l’offre de ce service public. De nouvelles

sources de financement, y compris du secteur privé, sont

nécessaires pour assurer une offre diversifiée de services

d’ETFP de qualité supérieure. Les programmes d’éducation

coopérative proposés en partenariat avec les employeurs

semblent bien fonctionner, comme l’a démontré l’expérience

internationale, y compris un certain nombre de programmes

pilotes dans des pays tels que la Tunisie (externalisation des

processus d’affaires et des technologies de l’information

(BPO et ITO)) et le Maroc (le programme des compétences

de l’Office Chérifien des Phosphates pour reconvertir 15 000

jeunes). De nouvelles pistes pour relier l’éducation à l’emploi

doivent être explorées, telles que l’initiative multinationale

de l’Éducation pour l’Emploi (EFE) qui fonctionne actuellement

dans plusieurs pays de la région et devrait être élargie

(encadré 5).

Le programme de réforme de l’éducation pour l’économie du savoir en Jordanie (ERfKE)

La réforme de l’éducation pour l’économie du savoir (ERfKE) en Jordanie est un programme sur 10 ans, à donateurs

multiples et visant à proposer une réforme globale de l’éducation. La première phase ERfKE I (2003 - 09) était centrée

sur les grandes réformes du système éducatif général. ERfKE II (2006 - 10) était axée sur l’augmentation du niveau des

compétences nécessaires pour participer à l’économie du savoir à tous les niveaux de l’éducation. En parallèle, l’Initiative

jordanienne en faveur de l’Éducation a été lancée en 2003 sous l’égide du Forum économique mondial (FEM), en partenariat

multipartite intégrant les technologies de l’information et de la communication (TIC) comme un outil pour l’enseignement

et l’apprentissage de la 1ère à la 12ème année.

Les résultats des réformes sont tangibles. En 2010, la Jordanie a enregistré le taux le plus élevé d’alphabétisation au

Moyen-Orient et en Afrique du Nord, les taux bruts de scolarisation aux niveaux primaire et secondaire ont respectivement

atteint 98 et 97 pour cent en 2006; jusqu’à 3 000 écoles étaient connectées à des portails d’apprentissage en ligne, avec 80

pour cent des écoles connectées à l’Internet, et on a noté une augmentation de 37 pour cent d’enseignants de maternelle

qualifiés avec un diplôme de licence et une certification. L’objectif de former 50 000 enseignants dans les compétences de

base en TIC a été dépassé dans la mesure où plus de 85 000 enseignants ont été formés et 55 000 certifiés, par rapport au

niveau de référence de 5 000 enseignants formés aux TIC en 2003. De nouveaux programmes et méthodes d’enseignement

qui mettent l’accent sur des capacités supérieures de réflexion, la pensée critique, l’apprentissage centré sur l’apprenant

et d’autres aspects importants ont été développés.

Les évaluations montrent des améliorations dues aux nouveaux programmes, au matériel d’apprentissage et à la formation

des enseignants. Les résultats de l’évaluation nationale de 2008 pour l’économie du savoir ont montré une nette

amélioration des performances en mathématiques, en sciences et en lecture. Les résultats TIMSS de 2007 ont montré une

amélioration significative des performances. En sciences, la Jordanie a amélioré son classement régional et international.

Entre 2003 et 2007, la Jordanie a progressé dans le classement international TIMSS passant de 25 à 20 en sciences et de

32 à 31 en mathématiques.

Les résultats ont été obtenus grâce à des mesures cohérentes qui ont commencé par un vaste processus de consultation.

A partir de ce processus, une stratégie nationale a été élaborée afin de guider le ministère de l’Éducation. Un système

d’aide à la décision a été créé pour fournir des informations à jour sur les activités relatives à l’éducation. 90 pour cent

des décideurs et des chercheurs utilisaient ce système en 2008. Des améliorations constantes ont été apportées aux

programmes d’études, aux environnements d’apprentissage, et aux connexions à haut débit, grâce à la coopération de

l’industrie mondiale des technologies de l’information.

Source : Banque mondiale 2010b, 2011c ; Bannayan et al. 2012.

9. Dans ce contexte, le projet de la Banque mondiale de système d’évaluation et d’analyse comparative des résultats de l’éducation (SABER) donne un bon aperçu

des moyens d’améliorer les politiques d’enseignement dans plusieurs pays MENA (Banque mondiale 2012C).


ENCADRé 5

Faire le lien entre l’éducation et l’emploi

Le taux de chômage élevé des jeunes Arabes a été attribué à

l’inadéquation entre la formation et les besoins du marché.

Le projet multinational de l’Éducation pour l’Emploi (EFE)

met l’accent sur le rôle que le secteur privé peut jouer

pour réduire ce décalage. Le projet comprend un réseau

d’organisations sans but lucratif, gérées localement, qui

offrent aux jeunes des emplois effectifs, plutôt qu’une

formation sans réelle perspective de travail. Les projets

EFE sont actuellement basés en Egypte, en Jordanie,

au Maroc, en Palestine, en Tunisie et au Yémen. L’EFE

repère les domaines de l’économie qui offrent un fort

potentiel de croissance et de création d’emplois mais qui

manquent de personnel qualifié. Les entreprises locales

acceptent d’embaucher un certain nombre de diplômés du

programme, de fournir des fonds et d’offrir des contributions

en nature (telles que des bureaux et du personnel

administratif). Ils encouragent les autres chefs d’entreprise

à embaucher des diplômés et à présenter l’EFE aux chefs

de gouvernement et autres décideurs. L’EFE met également

en œuvre un nouveau programme d’entrepreneuriat

pour aider les nouveaux jeunes aspirants entrepreneurs

à démarrer leur propre entreprise. Durant ses cinq premières

années d’exploitation (2006-11), le réseau EFE a

formé et trouvé un emploi à plus de 2300 jeunes défavorisés

à travers le Moyen-Orient et l’Afrique du Nord. Environ 50

pour cent des diplômés étaient des femmes. Un nombre

similaire de personnes devrait avoir été formé en 2012.

Il faudrait trouver les moyens d’amplifier rapidement de

tels programmes.

Source : L’Éducation pour l’Emploi (http://www.efefoundation.org).

Promouvoir la science et la technologie dans l’enseignement

supérieur. Dans l’enseignement supérieur, la grande majorité

des étudiants choisit de s’orienter vers les sciences humaines

et sociales, et de nombreux diplômés ont des difficultés à

trouver un emploi. En 2009, moins d’un quart des étudiants

universitaires en Algérie, au Liban et en Arabie saoudite

se sont spécialisés en sciences, technologie ou ingénierie.

A titre de comparaison, la proportion était de plus de deux

cinquièmes dans les pays de l’Asie de l’Est tels que la Chine,

la Corée et la Malaisie (Banque mondiale 2012b). Le moyen

le plus efficace pour modifier cette situation est d’améliorer

la qualité de l’enseignement scientifique et technique en

amont, à l’école secondaire et même primaire. La création

de nouvelles universités en partenariat avec des institutions

étrangères prestigieuses a déjà commencé à renforcer les

capacités scientifiques et technologiques dans plusieurs

pays, tout en améliorant leur position concurrentielle internationale.

Les membres du Conseil de coopération du Golfe

(CCG) (comme Dubaï, l’Arabie saoudite et le Qatar) et le Maroc,

avec de nouvelles universités privées, montrent la voie. Plus

généralement, la création d’universités privées devrait être

encouragée lorsque le système public est rigide, à condition

que les programmes d’aide aux étudiants (sous forme de

bourses et de prêts) puissent être mis en place pour compenser

les inégalités sociales.

Tous les pays arabes, quelles que soient leurs conditions

initiales, ont besoin de passer de la gestion des intrants

Partie 2. Que faire pour construire une économie fondée sur la connaissance et l’innovation ?

éducatifs à l’ingénierie du système éducatif afin d’obtenir

de meilleurs résultats. Plutôt que de contrôler l’allocation

des intrants éducatifs et des ressources, les gouvernements

arabes devraient définir clairement les objectifs en terme

d’apprentissage et d’acquisition des compétences (tels que

mesurés par les résultats aux tests, notamment les tests

internationaux, et par l’amélioration de l’employabilité), afin

de mettre en place des incitations pour encourager un grand

nombre d’acteurs publics et privés à poursuivre ces objectifs,

et de coordonner les mesures prises. L’approche doit se

concentrer non seulement sur l’amélioration des relations

techniques entre les intrants (inputs) et les extrants (outputs)

de l’éducation (ingénierie de l’éducation), mais aussi sur les

incitations auxquelles sont confrontées les acteurs concernés

(enseignants, écoles) et sur la responsabilité des décideurs

publics envers les citoyens.

Stimuler l’innovation et la modernisation

technologiques

L’innovation stimule et renouvelle les bases productives des

économies et des sociétés. L’innovation doit être envisagée

comme le développement et la diffusion de produits et de procédés

nouveaux pour une économie et une société données (plutôt

que nouveaux dans le monde). L’innovation résulte de l’action des

entrepreneurs qui exploitent les opportunités technologiques ou

scientifiques pour satisfaire les besoins ou les marchés qu’ils

ont identifiés. Les efforts de recherche et développement (R&D)

peuvent contribuer à l’innovation, mais l’innovation ne découle

pas uniquement et directement de la recherche.

L’effort d’innovation dans les pays arabes a jusqu’à présent

été relativement modeste, comme en témoigne le faible niveau

des dépenses de R&D (figure 20), qui, sont, de plus, en grande

partie financées par l’État et non par le secteur des entreprises.

Les brevets déposés par les résidents sont également faibles

(figure 21). La part des exportations de haute et moyenne technologie

dans les exportations manufacturières totales est

modeste, mais en légère augmentation (figure 22).

FIguRE 20

Dépenses brutes de R&D en pourcentage du

PIB pour certains pays arabes et comparateurs

DIRD en pourcentage du PIB

Source : Banque mondiale 2012d ; UNESCO 2012.

Note : DIRD = dépenses intérieures brutes en recherche et développement.

Transformer les économies arabes 23


Partie 2. Que faire pour construire une économie fondée sur la connaissance et l’innovation ?

pourcentage du total des exportationss manufacturées

24

FIguRE 21

Demandes de dépôt de brevet émanant des résidents par rapport aux non-résidents

(moyenne annuelle 2000-10)

Source : Indicateurs du développement dans le monde, Banque mondiale.

FIguRE 22

Total des exportations par catégorie de

technologie en MENA, 2005-2009

exportations basées sur les ressources naturelles

exportations de moyenne intensité technologique

exportations à faible intensité technologique

exportations de haute-technologie

Source : ONUDI 2011.

résident

non résident

FIguRE 23

Le positionnement de la politique de l’innovation

commerce

autres

Source : Banque mondiale 2010c.

économie fondée

sur la connaissance

Politique d’innovation

Politique de S&T

recherche

politique

d’innovation

industrie

éducation

finance


Au-delà des politiques scientifiques et technologiques. Comme

dans de nombreux pays, les décideurs arabes, estimant que

l’innovation émergerait naturellement d’un effort de R&D

supplémentaire, ont investi massivement dans la recherche

académique, dans des structures de R&D et des laboratoires

publics. Puis, lorsque les résultats de ces investissements se

sont révélés décevants, inspirés par les tendances mondiales

alors à la mode, ils ont commencé à consacrer des ressources

considérables à la construction de sites d’innovation sous la

forme d’incubateurs et de parcs technologiques. Cette tendance

s’est développée au cours de la dernière décennie, se concentrant

sur les entreprises de technologie de l’information, qui

représentent environ la moitié des entreprises et des emplois

créés dans ces sites. Plus récemment, en s’appuyant sur les

tendances internationales, les décideurs ont développé et

perfectionné leurs instruments d’intervention, comme par

exemple, pour stimuler la coopération université-industrie

ou pour mobiliser du capital-risque. La nécessité d’élargir le

concept d’innovation, et de la politique propre à la stimuler, doit

être réaffirmée avec force (figure 23). Les décideurs de la région

devraient prioritairement : soutenir les innovateurs, adapter les

structures de recherche en les mettant au service de l’économie,

renforcer les liens entre universités et entreprises, et organiser

la façon de tirer profit des connaissances mondiales.

Soutenir les innovateurs. La politique d’innovation devrait commencer

par la mise en place de mécanismes pour soutenir les

innovateurs : un soutien technique, commercial, juridique et

financier apporté par des structures telles que des incubateurs

opérant au plus près des innovateurs. Les incubateurs se sont

multipliés dans les pays arabes, comme ailleurs, mais ils ont

obtenu des résultats inégaux dans la région, souvent parce

ENCADRé 6

Kafalat, une institution libanaise

fournissant du capital-risque

Kafalat, une société libanaise créée en 1999, fournit

des garanties de prêt aux petites et moyennes

entreprises (PME) sur la base de plans d’affaires

et d’études de faisabilité. Elle s’adresse aux startups

innovantes et aux PME dans les secteurs de

l’industrie, l’agriculture, le tourisme, l’artisanat

traditionnel et la haute technologie. Les prêts

garantis par Kafalat bénéficient de bonifications

de taux d’intérêt financées par le Trésor libanais

et administrées par la Banque centrale du Liban.

Kafalat aide les emprunteurs en utilisant ses études

de faisabilité pour inciter les prêteurs à exiger une

garantie inférieure. Kafalat sert également l’intérêt

du prêteur en réduisant les risques de crédit. Les

prêts garantis par Kafalat en livres libanaises sont

exempts de la nécessité d’assurer des réserves

obligatoires décidées par la Banque centrale du

Liban. Cela réduit le coût du capital de la banque

prêteuse et lui permet d’accorder des prêts à des

taux d’intérêt moindres. Le système de garantie du

crédit Kafalat encourage la création d’entreprises

et a fait progresser les investissements nationaux,

les rendements et les emplois. Actuellement, le

montant maximal du prêt garanti Kafalat Innovation

est de 300 millions de livres libanaises (environ

200 000 US$).

Source : Auteurs, sur la base de www.kafalat.com.lb

Partie 2. Que faire pour construire une économie fondée sur la connaissance et l’innovation ?

qu’ils souffrent d’un manque de professionnalisme, de gestion

appropriée, de connexions adéquates aux réseaux techniques ou

commerciaux et de liens avec des apporteurs de capital-risque.

Certains pays, comme le Liban, ont été en mesure de trouver

des moyens de mobiliser du capital en utilisant des garanties

publiques (encadré 6). Les innovateurs ont également besoin

d’un accès libre et facile aux services technologiques pour tester

leurs idées et leurs inventions. De plus, l’environnement dans

lequel ils opèrent doit offrir des normes efficaces, des équipements

de mesure, et les infrastructures connexes.

Mettre les structures de recherche au service de l’économie

et de la société. Les structures de recherche publiques et

universitaires de la région devraient être systématiquement

évaluées. Un critère d’excellence strict devrait être appliqué

lors de l’évaluation des efforts de recherche fondamentale,

alors que des critères liés à la pertinence économique, sociale

et environnementale sont plus appropriés pour l’évaluation de la

recherche appliquée. La coopération entre les universités et le

monde des affaires est essentielle pour le processus d’innovation.

Des incitations gouvernementales efficaces, comme en témoigne

l’expérience de nombreuses économies avancées et émergentes,

stimulent la coopération pour des projets spécifiques par le biais

de fonds de contrepartie (matching funds) qui augmentent les

contributions du secteur des entreprises. Plusieurs pays, comme

l’Égypte, ont mis en place des programmes bien conçus dans

ce domaine (encadré 7). Il est également nécessaire d’éliminer

systématiquement toute une série d’obstacles réglementaires

qui empêchent la coopération université-industrie, tels que des

systèmes de rémunération ou d’indemnisation excessivement

restrictifs pour les chercheurs ou les professeurs qui collaborent,

les mécanismes de transfert de pension et autres.

ENCADRé 7

Promouvoir des projets collaboratifs de R&D

entre l’université et l’industrie en égypte

Le Fonds d’innovation a constitué la composante principale du

Programme de recherche, de développement et d’innovation

en Égypte (fonctionnant avec des ressources fournies par

l’Union européenne). Lorsqu’il était actif, le Fonds soutenait

des projets transversaux liés aux défis industriels et aux priorités

nationales. Les projets étaient lancés et gérés en collaboration

entre les organismes de recherche et l’industrie.

Des subventions étaient accordées sur une base concurrentielle

à des consortiums menant des projets de collaboration

provenant des universités, des instituts de recherche et de

l’industrie. À partir d’un grand nombre de propositions de

haute qualité qui indiquaient clairement une demande des

milieux de la recherche et des affaires, le Fonds d’innovation

a pu sélectionner 51 projets en vue d’un financement avant de

rencontrer des restrictions budgétaires. Près de 43 pour cent

des 134 bénéficiaires du fonds provenaient de l’industrie et ont

contribué à environ 1,6 million € (en tant que cofinancement)

pour les dépenses de R&D de l’Égypte, ce qui reflète clairement

un intérêt pour la R&D basée sur la recherche appliquée

et la demande du marché. Grâce au soutien du Fonds pour la

collaboration internationale, plus de 26 partenaires européens

et méditerranéens ont participé à des projets qui ont conduit

à un échange de connaissances et de savoir-faire avec leurs

homologues égyptiens. Sept collaborations ont permis de développer

de nouveaux produits et services qui devraient générer

environ 40,4 millions € en retour sur investissement d’ici à 2014.

Source : www.rdi.eg.net.

Transformer les économies arabes 25


Partie 2. Que faire pour construire une économie fondée sur la connaissance et l’innovation ?

Aider à tirer profit des connaissances et des technologies

mondiales. L’une des façons les plus importantes d’améliorer

la technologie nationale est d’exploiter et d’utiliser la technologie

étrangère qui est disponible en abondance à travers

une variété de canaux. Les entreprises multinationales qui

opèrent dans le pays sont une source primordiale de transferts

de connaissances et de technologie. Plusieurs initiatives

dans la région, y compris celles du Maroc dans les industries

automobile et aéronautique, et en Jordanie dans les technologies

de l’information, montrent la voie dans ce domaine. La

technologie est également accessible via les réseaux de la

diaspora qui ont l’avantage supplémentaire d’apporter des

capacités financières et de gestion cruciales, comme au Liban,

et qui peuvent être mobilisées avec des systèmes appropriés,

comme l’ont démontré par exemple l’Ecosse, le Chili et la Chine.

26

Développer une société de

l’information

Dans le monde actuel, basé sur la connaissance et marqué

par les extraordinaires progrès des technologies de la

communication, les pays doivent se transformer en sociétés

de l’information dynamiques 10 . Les technologies de

l’information et de la communication (TIC) sont l’épine

dorsale des économies d’aujourd’hui, comme l’étaient le

FIguRE 24

Abonnements de téléphonie mobile dans les pays MENA, 2011

Source : Banque mondiale 2012d.

transport et l’électricité au siècle dernier. Les pays arabes

ont investi massivement dans les TIC au cours des 15

dernières années. La téléphonie mobile a connu une forte

croissance dans la région, comme dans la plupart des pays

du monde (figure 24).

Les pays dans le monde arabe en sont à divers stades de

l’économie numérique. Le Global Information Technology

Report 2012 du Forum économique mondial (FEM) couvre 142

économies et comprend un Indice de préparation au numérique

(Networked Readiness Index (NRI)), qui indique le degré auquel

des économies maîtrisent les TIC 11 . Les pays du CCG figurent à

nouveau en bonne place pour leurs classements dans les deux

compilations de l’indice de 2010-11 (138 économies) et 2012

(figure 25), avec 3 pays dans le top 30 (Bahreïn, le Qatar et les

EAU) grâce à leur environnement propice à l’entrepreneuriat et

à l’innovation, doublé d’une bonne préparation aux TIC (infrastructures,

accessibilité financière et compétences).

Des progrès ont également été réalisés dans la pénétration

d’Internet. Entre 2000 et 2010, le nombre d’utilisateurs

d’Internet au Moyen-Orient et en Afrique du Nord (MENA) a

décuplé pour atteindre plus de 100 millions. A la fin de la

période, la pénétration variait selon les pays, allant de 12

utilisateurs pour 100 habitants en Algérie à 85 pour 100 au

Qatar (figure 26). La pénétration d’Internet peut avoir des

effets bénéfiques sur l’économie. Une augmentation d’un

abonnés à la téléphonie

mobile

(pour 100 personnes)

10. Lors du Sommet mondial de 2003 sur la société de l’information organisé par l’Union internationale des télécommunications, les dirigeants mondiaux ont proclamé

leur « volonté et leur détermination communes d’édifier une société de l’information à dimension humaine, inclusive et privilégiant le développement, une

société dans laquelle chacun ait la possibilité de créer, d’obtenir, d’utiliser et de partager l’information et le savoir, et dans laquelle les individus, les communautés

et les peuples puissent ainsi mettre en œuvre toutes leurs potentialités en favorisant leur développement durable et en améliorant leur qualité de vie »

(www.itu.int/wsis/basic/faqs.asp).

11. Le cadre du NRI 2012 mesure le degré auquel le marché et le cadre réglementaire d’un pays soutiennent des niveaux élevés d’utilisation des TIC, le degré de

préparation de la société à faire bon usage d’une infrastructure de TIC abordable, les efforts des individus, des entreprises et des gouvernements pour accroître

leur capacité à utiliser les TIC, ainsi que l’utilisation effective des TIC dans leurs activités quotidiennes et les répercussions économiques et sociales générales

découlant des TIC et la transformation d’un pays vers une économie et une société maîtrisant les TIC et la technologie.


point de pourcentage dans le nombre d’utilisateurs d’Internet

est corrélée à une augmentation des exportations de 4,3 points

de pourcentage des pays à faible revenu et de 3,8 points de

pourcentage pour les pays à revenu élevé (Qiang, Rossotto, et

Kimura 2009). Mais la diffusion d’Internet dans de nombreux

pays a été entravée par le manque d’accès au haut débit et à la

bande passante internationale, laissant ces pays loin derrière

de nombreux concurrents potentiels. En 2009, la bande passante

Internet disponible par habitant était de 18 à 20 fois plus

Partie 2. Que faire pour construire une économie fondée sur la connaissance et l’innovation ?

FIguRE 25

Le classement des pays de la région pour l’indice de préparation au numérique (NRI)

pour 2010-11 et 2012

Source : FEM et INSEAD, 2011 et 2012.

FIguRE 26

Nombre d’utilisateurs d’Internet dans les pays MENA, 2011

Source : Banque mondiale 2012d.

élevée en Bulgarie qu’en Tunisie, au Maroc et en Jordanie. Le

prix par mégabit en Bulgarie était trois fois inférieur à celui du

Maroc et cinq fois inférieur à celui de la Tunisie (Chauffour 2013).

La poursuite du développement de la société de l’information

dans les pays arabes nécessite d’agir sur plusieurs fronts :

augmenter la pénétration du haut débit, utiliser les applications

des TIC de manière plus efficace, et améliorer les

compétences en TIC.

NRI 2012

NRI 2010-11

Utilisateurs d’Internet

(pour 100 personnes)

Transformer les économies arabes 27


Partie 2. Que faire pour construire une économie fondée sur la connaissance et l’innovation ?

Augmenter la pénétration du haut débit. L’accès au haut débit

dans la région MENA est restreint, malgré une vaste demande

inexploitée (figure 27). Ceci est principalement la conséquence

de l’absence de concurrence dans le marché du haut débit. Cette

situation doit être corrigée car des gains potentiels sur l’emploi

(estimés entre 2,5 et 4 emplois supplémentaires pour chaque

emploi dans les activités liées au haut débit) pourraient en résulter

(Kelly et Rossotto 2012). Les progrès en matière de connectivité

au haut débit sont doublement importants car ils permettent à de

nouveaux services d’émerger et à des services existants, comme

l’externalisation des processus d’affaires (BPO), de se développer.

utiliser les applications des TIC de manière plus efficace, y

compris pour les services publics. Les applications du numérique

dans l’administration (e-government) ne sont pas encore suffisamment

développées dans la région pour induire une meilleure

productivité, mais on a pu relever des efforts notables (encadré

8). S’engager dans cette direction nécessite une série d’actions

complémentaires les unes des autres : accroître la transparence

des données publiques, ce qui rend possible l’approvisionnement

électronique (e-procurement), et promouvoir la participation des

citoyens à l’amélioration de la redevabilité. Le Maroc a été le

28

FIguRE 27

Comparaison de la pénétration du mobile et du

haut débit dans la région MENA et pour l’OCDE

Source : Rossotto et al.2011.

ENCADRé 8

YESSER et e-gouvernement en Arabie saoudite

premier pays de la région MENA à mettre en ligne au moins une

partie de ses données publiques. En Tunisie, dans le cadre de sa

nouvelle politique de responsabilisation sociale qui a bénéficié en

2011 du soutien de la Banque mondiale, le Cabinet du Premier

ministre a créé un système de « fiche de notation citoyenne »,

surnommé le « Baromètre des services publics » et conçu pour

renforcer la responsabilité sociale et la bonne gouvernance dans

les services publics. Le vaste potentiel des TIC devrait également

être exploité dans les domaines de l’éducation, de la santé, des

affaires et d’autres activités économiques, en collaboration avec

le secteur privé. Les gouvernements peuvent apporter leur aide

en augmentant les dépenses pour les TIC, par la promotion des

connaissances en TIC dans les écoles, le développement de services

gouvernementaux en ligne, et, au besoin, en subventionnant

la formation en TI au sein de l’administration.

Améliorer les compétences des travailleurs en TI pour accroître

la productivité et l’employabilité. Les TIC façonnent les

tendances de l’emploi et favorisent de nouvelles possibilités

comme le micro travail, les contrats faisant appel aux TIC, les

emplois liés aux jeux en ligne, et la croissance de l’économie

des applications. Une approche multiforme sera nécessaire

dans le monde arabe pour introduire les TIC dans tous les

niveaux du système éducatif, pour développer les contenus

numériques et augmenter la connaissance des TIC de la population.

Les TIC peuvent créer de nouveaux emplois pour les

travailleurs ayant tout type de compétences, contourner certaines

des rigidités du marché du travail, et favoriser l’esprit

d’entreprise et l’innovation. Les services reposant sur les

technologies de l’information (ITES) et l’externalisation des

processus d’affaires (BPO) sont d’autres sources d’emplois qui

répondent à la demande de services des pays européens subissant

une réduction de leur main d’œuvre. Le développement

des services logiciels faciles à utiliser peut considérablement

réduire les obstacles à l’emploi en permettant la délégation de

micro tâches (microtasking) et l’externalisation ouverte (crowdsourcing).

Il est particulièrement important d’encourager le

développement des contenus Web en arabe pour la diffusion

des avantages des TIC. Une approche globale de la réforme de

la réglementation en matière de TIC devrait inclure une législation

qui garantisse la liberté d’information et d’expression,

qui soutienne le pluralisme et l’indépendance des médias, et

favorise le libre accès aux données gouvernementales.

Le programme national d’e-gouvernement d’Arabie saoudite, connu sous le nom de YESSER, est conçu pour fournir des services

publics de meilleure qualité et améliorer l’efficience et l’efficacité dans le secteur public. Des actions réglementaires et politiques

complémentaires visent à favoriser la compétitivité et la création d’un environnement d’affaires favorable aux TIC. Durant ses cinq

premières années d’exploitation, YESSER a accompli des progrès dans deux domaines importants : (i) la mise en œuvre de services

partagés fiables qui assurent des flux d’information du gouvernement sécurisés et la fourniture de services en ligne sécurisés,

et (ii) l’offre d’une infrastructure organisationnelle pour aider les organismes gouvernementaux à développer et mettre en œuvre

leurs plans de transition vers l’e-gouvernement, dans lesquels des services traditionnels sont placés en ligne, avec des avantages

en termes de commodité, rapidité et des coûts inférieurs.

Le programme national d’e-gouvernement saoudien entre à présent dans sa deuxième phase quinquennale, dans laquelle l’accent

est à nouveau mis sur la formation d’une main-d’œuvre qualifiée. En prenant en compte et en soutenant l’e-gouvernement (pas

seulement comme un ensemble de mesures dont l’objectif est d’offrir plus de services publics en ligne, mais comme un outil de

transformation pour améliorer la relation entre le gouvernement, les entreprises et les citoyens), YESSER a développé des politiques

de ressources humaines et des moyens novateurs pour attirer et retenir les talents. Aujourd’hui, l’expérience acquise par l’Arabie

saoudite avec YESSER peut aider d’autres secteurs de l’administration publique, ainsi que d’autres pays.

Source : FEM 2010.

MENA

OCDE


La diversification

sectorielle et spatiale

fondée sur l’économie

de la connaissance

Faciliter le développement de secteurs

prometteurs

Cette étude a mis en évidence un ensemble de réformes à

entreprendre à l’échelle de l’économie toute entière. Mais il

Secteurs Actions nécessaires

Secteurs établis (tels que

l’agroalimentaire, et le

textile)

Secteurs liés aux TIC

Industries créatives

Tourisme de santé

Partie 2. Que faire pour construire une économie fondée sur la connaissance et l’innovation ?

sera également important de consacrer des efforts particuliers

à des secteurs qui offrent un fort potentiel de croissance

et de création d’emplois. Progresser dans la chaîne de valeur

en adoptant les meilleures pratiques pourrait transformer

les avantages comparatifs existants dans le monde arabe en

avantages compétitifs. En plus des niches dans les industries

des TIC, des opportunités peuvent se trouver dans plusieurs

secteurs prometteurs comme les activités liées au tourisme

médical et de santé, les industries créatives et la croissance

verte (tableau 3). Les secteurs établis ont aussi un rôle majeur

à jouer. Ces secteurs (l’agro-industrie, les textiles et les produits

chimiques), nécessitent généralement beaucoup de main

d’œuvre et représentent la majorité des emplois industriels

dans la région. En outre, les industries à forte intensité de

technologie, comme les composants automobile et aéronautiques,

peuvent être attrayantes pour certains pays.

TABLEAu 3 Actions nécessaires pour promouvoir la croissance dans des secteurs nouveaux et établis

Secteurs de croissance

verte

Optimiser la chaîne de valeur afin de renforcer les liens verticaux.

Concevoir des politiques de soutien pour promouvoir la R & D notamment dans les produits de niche.

Mettre en place une stratégie pour lutter contre la dualité de ces secteurs (entreprises informelles

à faible niveau de technologie par opposition aux multinationales à moyenne et haute intensité de

technologie).

Créer des plateformes afin faire se rencontrer l’offre et la demande de travail.

Encourager les services électroniques et de transfert d’argent par téléphone portable et le financement

participatif (crowdfunding).

Créer des plateformes de microtasking et de crowdsourcing, et développer l’externalisation des

processus d’affaires (BPO) en milieu rural pour la main-d’œuvre peu qualifiée.

Développer du BPO haut de gamme, renforcer les liens entre les entreprises et les universités

(incubateurs pour les entrepreneurs de TIC, plateformes de co-création, etc.).

Stimuler les investissements dans le secteur des médias et du divertissement et ajouter de la valeur aux

productions.

Exploiter le potentiel des nouvelles technologies pour répondre à la demande dans le domaine des

biens culturels (par ex. : les industries du livre, de la musique et du cinéma) qui reflètent les valeurs de

clients arabes.

Faire progresser le cadre juridique traitant des taxes et des droits de propriété intellectuelle.

Améliorer les qualifications éducatives, administratives et techniques pour améliorer la productivité et

augmenter le nombre de start-ups

Améliorer les stratégies de promotion pour gagner des parts de marché en améliorant l’accueil et en

combinant d’excellents services médicaux avec des activités touristiques.

Entreprendre la certification des établissements de santé qui répondent aux normes de qualité

internationales.

Réévaluer les mécanismes réglementaires des soins de santé en considérant les objectifs de santé

nationaux et les objectifs du commerce extérieur.

Soutenir le créneau des nouvelles industries vertes et les entrepreneurs pour accélérer la création

d’emplois verts.

Développer des stratégies nationales pour la protection de l’environnement, les économies d’énergie

et les énergies alternatives grâce à des programmes qui combinent, lorsque cela est nécessaire, des

efforts de R&D, les marchés publics, la certification de la qualité et la formation.

Faire progresser la coopération internationale en suivant des modèles d’activité qui correspondent aux

avantages comparatifs de la région.

Transformer les économies arabes 29


Partie 2. Que faire pour construire une économie fondée sur la connaissance et l’innovation ?

Le développement de chaque secteur nécessite des mesures

coordonnées sur les différents piliers de l’économie de la

connaissance. Cela implique un climat d’affaires attrayant, des

programmes de formation adéquats, la mise à niveau de la

technologie et la capacité d’innover, et une bonne infrastructure,

à la fois pour les TIC et dans les domaines conventionnels

tels que le transport. Les secteurs doivent être bien position-

30

ENCADRé 9

nés dans les chaînes de valeur internationales et ils doivent

exploiter pleinement les avantages comparatifs résultant des

conditions naturelles ou des conditions et compétences créées.

Les réussites, comme celles du textile en Tunisie 12 et des TIC

en Jordanie 13 montrent la voie à suivre. Les différents plans

sectoriels du Maroc constituent un cadre d’action qui peut

inspirer d’autres pays (encadré 9).

La diversification sectorielle et spatiale de l’économie : l’exemple marocain

Une série de plans et programmes destinés à stimuler la croissance économique sont au cœur de la nouvelle vision

nationale du Maroc. Ces plans peuvent être divisés en trois catégories : (i) les plans « fonctionnels » axés directement

sur un ou plusieurs des piliers de l’économie de la connaissance, (ii) des plans sectoriels ayant des composants intégrés

à l’économie de la connaissance, et (iii) des plans régionaux qui représentent l’extension d’un précédent plan à une zone

spécifique du pays. Parmi les exemples décrits ci-dessous, le Plan Azur est le seul dont les résultats sont disponibles,

les autres sont trop récents pour avoir produit des résultats mesurables.

Le Pacte National pour l’Emergence Industrielle couvre six grands secteurs : l’offshoring, l’automobile, l’aéronautique

et l’espace, l’électronique, le textile et le cuir, et l’agroalimentaire. Cette stratégie industrielle sur 10 ans combine des

actions pour soutenir l’investissement, la formation, les exportations, etc. Elle vise à augmenter le produit intérieur brut

du pays (PIB) de 91 milliards de dirhams marocains, à créer jusqu’à 440 000 emplois, à réduire le déficit commercial de

50 pour cent, et augmenter le taux de croissance du pays de 1,6 pour cent. Ce plan devrait également aider les secteurs

exportateurs en difficulté.

Le Plan Vert réorganise les producteurs agricoles au sein de structures intégrées pour faciliter la commercialisation et

l’exportation. Le programme reflète l’importance de l’agriculture pour l’économie et la société du Maroc. Le plan comprend

une nouvelle politique foncière, l’amélioration de la gestion des ressources en eau et un ensemble d’incitations

fiscales. Le plan vise un secteur qui contribue pour 19 pour cent du produit national brut du Maroc (15 pour cent pour

l’agriculture et 4 pour cent pour l’agroalimentaire). Le secteur emploie plus de quatre millions d’habitants en milieu

rural et a créé environ 100 000 emplois dans l’agroalimentaire, tout en assurant la sécurité alimentaire de 30 millions

de consommateurs. Le plan devrait permettre de créer 1 à 1,5 million d’emplois d’ici 2020.

Le plan Halieutis a permis la création de plaques tournantes pour la transformation de la pêche régionale à travers le

développement de la pêche pélagique et des produits congelés à forte valeur ajoutée. Le but ultime est de transformer le

secteur de la pêche en un véritable facteur de croissance économique d’ici 2020 en doublant la part du secteur dans le PIB

et en faisant passer le nombre d’emplois de 61 650 actuellement à 115 000 emplois directs et 510 200 emplois indirects.

Le Plan Azur initial visait à créer six stations balnéaires pour attirer 10 millions de touristes d’ici 2010. Cependant, le

plan a été réajusté en 2007. Le nouveau Plan Azur 2020 vise à tirer profit des enseignements apportés par l’ancien plan

et à créer 470 000 nouveaux emplois, à doubler le nombre de touristes et à augmenter la part du tourisme dans le PIB

de 2 points de pourcentage en 2020.

L’initiative Maroc Innovation fixe des objectifs ambitieux pour les brevets et les start-ups innovantes, en améliorant

l’image du Maroc en tant que site de recherche et développement, en particulier dans les biotechnologies, les TIC, les

matériaux, les nanosciences et les nanotechnologies. Les priorités comprennent une compétitivité axée sur l’innovation,

la production de technologie et l’exploitation de la capacité de R&D des universités. L’objectif est aussi d’attirer les talents

afin d’établir une culture de l’innovation et de l’entrepreneuriat. D’autres mesures comprennent la création de cités de

l’innovation, la collaboration avec des programmes d’innovation de l’UE, et l’élévation du niveau de financement de la

R&D à 2 pour cent du PIB en 2020, avec 25 pour cent provenant de sources privées.

Source : Ministère marocain de l’Économie et des Finances 2011.

12. La Tunisie a réussi à améliorer la qualité de sa production grâce à la confection, la finition et la co-production de vêtements. Le secteur textile a fait un saut

qualitatif en s’appuyant sur des actifs non conventionnels : la créativité, l’innovation, le marketing, et l’investissement dans les nouvelles technologies. Sur le plan

local, plusieurs laboratoires et unités de recherche, pour la plupart situés à l’université de Monastir, ont été impliqués. Le passage à des activités à plus forte

valeur ajoutée et innovantes a sauvé au moins 200 000 emplois et 40 pour cent des exportations industrielles de la Tunisie (MEDIBTIKAR et EuroMed 2009).

13. Les TIC représentent jusqu’à 15 pour cent du PIB en Jordanie. Une des réussites du secteur des TIC de la Jordanie a été le développement de Maktoob, le plus

grand portail arabe, puis son acquisition par Yahoo!, le portail Internet mondial et moteur de recherche. La Jordanie a également pris des mesures pour devenir

un centre régional de développement des TIC, par le biais de partenariats avec Microsoft et Cisco, afin d’offrir des possibilités d’emploi plus attrayantes pour les

jeunes diplômés hautement qualifiés.


Divers créneaux porteurs peuvent être développés. Certains

créneaux porteurs identifiés par des investisseurs étrangers

au cours de la dernière décennie sont détaillés dans

l’encadré 10. Ils comprennent des activités de services tels

que les centres d’appels, le développement de logiciels, les

services de conseil et d’affaires et les centres de R&D et

les activités de fabrication telles que le textile, l’automobile,

les composants électroniques, et l’agro-industrie. Le ratio

emploi-efficacité, qui exprime le nombre d’emplois créés

par million d’euros investis, varie d’environ 40 à pas moins

de 300. On remarque que la R&D est un domaine attractif,

qui, avec 211 emplois créés par million d’euros investis,

affiche un potentiel intéressant, jusqu’ici sous-exploité dans

les pays arabes. Étonnamment, des secteurs tels que les

travaux publics, l’immobilier, les services publics, le tourisme,

et des domaines tels que les franchises, la logistique, les

sièges et les centres administratifs, présentent des résultats

plutôt faibles en termes de coût/efficacité pour l’emploi. De

manière générale, les emplois créés par les investissements

étrangers directs (IED) sont trop coûteux pour se permettre

d’espérer que les IED soient la solution aux problèmes de

l’emploi dans les pays arabes, du moins pas dans le Sud de

la Méditerranée. C’est pourquoi les sources nationales de

l’emploi, soutenues par une approche efficace de l’économie

de la connaissance, sont cruciales, sans négliger les apports

en technologie, gestion, et autres bénéfices des IED.

Développer des sites et

des lieux dynamiques

Les économies modernes se développent autour de sites

dynamiques où une masse critique de personnes talentueuses

et compétentes, des employeurs, des entrepreneurs, des

scientifiques et des financiers se côtoient. Les gouvernements

s’efforcent de créer de tels sites sous la forme de parcs

Partie 2. Que faire pour construire une économie fondée sur la connaissance et l’innovation ?

ENCADRé 10

Le ratio emploi-efficacité des investissements

: Combien d’emplois vont rapporter

1 million € ?

Estimations du nombre d’emplois créés par million

d’euros investis, basées sur l’analyse de plus de 5

000 projets d’investissements étrangers directs, 1

500 études de faisabilité des investissements, 1 600

partenariats d’entreprises, et 20 000 communiqués

de presse d’entreprises sur la période 2003-10 :

299 : centre d’appel (quel que soit le secteur)

211 : centre R&D (technologies de l’information et

de l’automobile)

196 : confection textile

136 : services de conseils et services aux

entreprises

103 : logiciels (services)

103 : fabrication de composants électroniques

77 : agro-industrie

63 : production automobile et aéronautique

39 : « technologies vertes »

Source : ANIMA 2011.

FIguRE 28

Développement de la technopole d’El gazala (Tunis) : nombre et répartition des employés, 2010

Source : Auteurs.

scientifiques et technologiques, souvent situés dans des zones

économiques spéciales dans lesquelles des politiques réglementaires

ou fiscales exceptionnelles sont appliquées. De

tels sites parrainés par le gouvernement ont proliféré dans

le monde arabe, qui compte actuellement quelque 50 parcs

technologiques. Certains ont atteint une taille importante,

employant une main-d’œuvre hautement qualifiée, comme en

témoigne le site tunisien d’El Gazala, créé il y a une dizaine

d’années (figure 28).

Techniciens

13%

Cadres

10%

Autres

5%

Ingénieurs

72%

Transformer les économies arabes 31


Partie 2. Que faire pour construire une économie fondée sur la connaissance et l’innovation ?

Cependant, nombre de ces parcs scientifiques et technologiques

ne fonctionnent pas comme pôles d’innovation,

mais restent, pour l’essentiel, des opérations immobilières.

Il s’agit à présent de s’assurer que ces sites se développent

effectivement, que la coopération entreprise-université est

active, et que les entrepreneurs sont en mesure de trouver

les réseaux et les autres formes de soutien dont ils ont besoin.

Une évaluation rigoureuse des efforts déployés à ce jour dans

le monde arabe permettrait de tirer les enseignements des

réussites et d’adopter des mesures pour améliorer le fonctionnement

des sites établis. Il est également important de tirer

le maximum de profit de la prolifération des zones industrielles

spéciales et des zones franches d’exportation en reliant les

entreprises multinationales qui y opèrent aux industries locales

pour faciliter le transfert de technologie et de compétences

de gestion (comme prévu à Tanger suite à des partenariats

avec Renault-Nissan).

Le développement des villes, établies ou nouvelles, peut

être une source importante d’innovation et d’emplois hautement

qualifiés. La modernisation des villes (la rénovation des

centres historiques des villes (médinas), l’adaptation des systèmes

de transport, la réduction de la consommation d’énergie

dans les bâtiments, etc.) offre des opportunités considérables

pour stimuler l’innovation via les marchés publics, à condition

qu’ils soient bien administrés et ouverts à une concurrence

32

loyale, avec une partie réservée aux petites entreprises locales

compétentes. Comme dans les pays du CCG, la construction

de nouvelles villes peut stimuler significativement l’innovation

technologique et sociale, ainsi que la création d’emplois.

La connaissance et l’innovation peuvent être utiles dans les

efforts visant à diversifier les activités économiques dans les

zones rurales. Le développement des zones rurales nécessite

des investissements dans les infrastructures, l’organisation

de coopératives de producteurs, la formation technique et de

gestion, et, éventuellement, la création de pôles (par exemple,

dans l’industrie agroalimentaire) qui réunissent en un seul lieu

des installations et des infrastructures pour la recherche et

le développement, la fabrication, la commercialisation et la

logistique, le tout permettant d’aider les producteurs ruraux

à progresser dans la chaîne de valeur.

Le tableau 4 résume les actions nécessaires pour construire

des sites dynamiques et novateurs à différents niveaux. Il

convient de noter que le soutien étranger est un facteur

souvent déterminant dans la réussite du développement de

ces sites, quels que soient ses formes et ses canaux : IED,

centres de recherche communs, actions de coopération bilatérales,

participation de la diaspora hautement qualifiée et

autres 14 . Cela devrait être systématiquement pris en compte

dans les politiques.

TABLEAu 4 Actions nécessaires pour construire des sites dynamiques et innovateurs

Parcs scientifiques et

technologiques

Zones d’investissements et

d’exportations spéciales

Pôles industriels et

agroalimentaires

Villes nouvelles

Développement rural

Développer des parcs S&T gérés de manière efficace (avec la participation du secteur privé), tout en

favorisant des infrastructures éducatives et de recherche solides et des incitations à la coopération

entre les différents acteurs du processus d’innovation (entrepreneurs, chercheurs, investisseurs en

capital-risque, etc.

Faire le meilleur usage des zones industrielles et d’exportation afin de faciliter les liens entre

les industries locales et les investisseurs étrangers et faciliter le transfert de technologie et de

compétences de gestion.

Faciliter la coopération entre les entreprises et mettre en place des réseaux de commerce et

d’exportation, des services de certification de la qualité et des programmes de soutien financier.

Créer une infrastructure appropriée pour la connaissance (éducation, R&D) et établir des incitations

efficaces pour attirer les investisseurs et partenaires étrangers talentueux et faire des villes nouvelles

des centres de l’innovation mondiale. Utiliser à grande échelle les programmes de développement

des infrastructures (transport, construction, et ainsi de suite) pour stimuler l’innovation dans les

entreprises locales.

Déployer des ensembles de mesures (pour des programmes de formation, des mesures incitatives

pour les entreprises, un support technique, des infrastructures routières et pour les TIC), afin de

faciliter l’exploitation des avantages comparatifs locaux (par exemple, dans l’agriculture), pour fixer

les populations dans leur milieu et éviter une urbanisation excessive.

³ ° ³

La partie 2 a présenté les éléments de base d’une stratégie de développement fondée sur la connaissance et l’innovation. La

question la plus difficile est de savoir comment mettre en œuvre des politiques et des actions adaptées aux caractéristiques

et à la situation de chaque pays. Cette question est traitée dans la partie 3.

14. Comme le montrent les parcs technologiques de Rabat et Casablanca au Maroc, El Gazala en Tunisie, le pôle de TI de Amman en Jordanie, et Berytech et

d’autres incubateurs au Liban, entre autres.


Comment mettre en œuvre

une stratégie de développement fondée

sur la connaissance et l’innovation ?

Dans ce chapitre

°± Chaque pays est unique et dois définir sa propre voie

°± Conduire des politiques ambitieuses

°± Coordonner les actions au plus haut niveau du gouvernement

°± Mobiliser la population à travers une approche participative

°± Adapter le modèle au niveau de développement du pays et des capacités du

gouvernement

°± Concevoir un changement progressif allant des micro-initiatives aux changements

macro-économiques

°± Stimuler l’intégration régionale dans le monde arabe et autour de la

Méditerranée

Transformer les économies arabes

33


Partie 3. Comment mettre en œuvre une stratégie de développement fondée sur la connaissance et l’innovation ?

34

Chaque pays est

unique et doit définir

sa propre voie

Toute stratégie de développement doit être adaptée au

contexte spécifique de chaque pays. Le monde arabe est très

diversifié et comprend des pays ayant des caractéristiques

très différentes (tableau 5). Néanmoins, il est possible de

présenter un ensemble de principes généraux pour guider

les décideurs dans la mise en œuvre de la stratégie propo-

TABLEAu 5 Hétérogénéité des pays du Moyen-Orient et de l’Afrique du Nord

Main d’œuvre abondante a

Pays riches en ressources b

Pays pauvres en ressources

Pays importateurs de main

d’œuvre c et riches en ressources

Grande d

Petite

Faible revenu

Revenu moyen inférieur

Revenu moyen supérieur

Revenu élevé

Maghreb

Mashreq

Membres du Conseil de

Coopération du Golfe

Disponibilité de la main d’œuvre

sée dans le contexte de l’économie politique de la période

actuelle de transition. Ces principes sont : (i) prendre des

mesures ambitieuses, (ii) coordonner les actions de réforme

au plus haut niveau, (iii) mobiliser la population par un processus

participatif, (iv) adapter le modèle aux capacités du

pays, et (v) concevoir un changement progressif (allant des

micro-initiatives aux réformes macroéconomiques). En

outre, les processus d’intégration régionale dans le monde

arabe et dans la zone méditerranéenne joueront un rôle

crucial dans la transition globale. Les questions abordées cidessous

concernent ce qui est parfois appelé le « cinquième

pilier » de l’économie de la connaissance, et qui se rattache

à un processus qui crée un climat de confiance autour de

la nouvelle stratégie.

Algérie, République islamique d’Iran, Irak, République arabe syrienne, République du Yémen

Djibouti, République arabe d’Égypte, Jordanie, Liban, Maroc, Tunisie, Cisjordanie et Gaza

Bahreïn, Koweït, Libye, Oman, Qatar, Arabie saoudite, Émirats arabes unis

Taille de la population

Algérie, République arabe d’Égypte, République islamique d’Iran, Irak, Maroc, Arabie saoudite

Bahreïn, Djibouti, Jordanie, Koweït, Liban, Libye, Oman, Qatar, Tunisie, Émirats arabes unis,

Cisjordanie et Gaza, République du Yémen

Revenus

Djibouti, République du Yémen

République arabe d’Égypte, Irak, Maroc, République arabe syrienne, Tunisie

Algérie, République islamique d’Iran

Koweït, Oman, Arabie saoudite, Émirats arabes unis

géographie ou héritage colonial

Algérie, Libye, Maroc, Tunisie

République arabe d’Égypte, Irak, Jordanie, Liban, République arabe syrienne, Cisjordanie et Gaza

Bahreïn, Koweït, Oman, Qatar, Émirats arabes unis

a. Fait référence aux rentrées nettes de fonds des travailleurs.

b. Tels que définis par la Banque mondiale (2004), « les pays riches en ressources » sont ceux dont les industries extractives représentent, ou sont censés bientôt

représenter plus de 50 pourcent des recettes du gouvernement.

c. Fait référence aux sorties nettes de fonds des travailleurs.

d. Population supérieure à 20 millions.

Source : Gatti et al. 2013.


Conduire des

politiques ambitieuses

ENCADRé 11

Partie 3. Comment mettre en œuvre une stratégie de développement fondée sur la connaissance et l’innovation ?

Les dirigeants et les décideurs nationaux devraient s’inspirer

de l’expérience des pays qui se sont engagés résolument

dans des stratégies basée sur la connaissance et l’innovation

pour accélérer la croissance économique, rompant avec les

stratégies traditionnelles. L’approche devrait être animée

par l’ambition, la vitesse et la mobilisation de la population

autour de la nouvelle vision, comme le montrent les exemples

de plusieurs pays (encadré 11).

Les conditions de la réussite : les leçons d’expériences nationales exemplaires

Un processus durable et fiable est essentiel. Telle est la leçon tirée d’études de plusieurs pays qui ont poursuivi une croissance

fondée sur la connaissance et l’innovation, parmi eux se trouvent la Finlande, la République de Corée, la Malaisie,

Singapour et l’Irlande (malgré la crise récente qui l’a affectée) (Banque mondiale, 2007a). Les mêmes études suggèrent

qu’un processus multipartite conduisant à un engagement national clairement défini, entraîne des niveaux de croissance

plus élevés que les processus habituels.

Contenu : Les piliers de l’économie de la connaissance

Les gouvernements des pays qui ont réussi ont concentré leurs efforts sur les quatre piliers de l’économie de la connaissance,

en mettant en œuvre des réformes ambitieuses sur tous les fronts :

• Ils ont amélioré la qualité de leur système d’éducation (de l’éducation de la petite enfance jusqu’aux systèmes

d’apprentissage tout au long de la vie), en fixant par là même souvent la norme pour le reste du monde (Finlande,

Corée, Singapour).

• Ils ont pris des mesures audacieuses pour développer une « écologie de l’innovation » dynamique, en utilisant diverses

voies d’accès (la relance de la recherche et développement (R&D) pour la Finlande et des investissements étrangers

directs (IED) dans la haute technologie pour l’Irlande).

• Ils ont amélioré le climat des affaires en réduisant les coûts de transaction, grâce à la promotion de l’esprit d’entreprise

et ils ont parfois même transformé leurs villes en véritables aimants à talents en assurant des conditions de vie et de

travail attrayantes. En fait, ils ont transformé leur économie en un point d’attraction dynamique pour les entreprises

de partout dans le monde, des multinationales aux start-ups (Irlande, Luxembourg, Singapour).

• Ils ont fait des investissements importants dans les infrastructures des TIC et des applications catalytiques tels que

l’administration numérique (Estonie, Corée, Malaisie, États nordiques).

Processus : ambition, vitesse et mobilisation

• Ambition. Le gouvernement a lui-même proposé une vision audacieuse, il est devenu le premier acteur du changement

et a mobilisé toute la nation autour d’un effort national ambitieux, en commençant par quelques mesures stratégiques

clés. La Finlande a considérablement accru ses dépenses publiques de R&D lorsque l’austérité budgétaire aurait

normalement été conseillée. L’Irlande a diminué le taux d’imposition des sociétés et a attiré les IED qui stimulent

l’économie de la connaissance. La Corée a rapidement augmenté la densité et l’utilisation du haut débit à tel point

qu’elle est aujourd’hui un leader mondial sur ces indicateurs.

• Vitesse. Dans chaque cas, le processus adopté par les gouvernements des pays qui ont réussi a mis en avant l’action

immédiate, ce qui contraste avec l’approche plus traditionnelle consistant à rédiger des rapports volumineux ou des

schémas directeurs en espérant que cela conduise d’une manière ou d’une autre aux changements nécessaires sur

le terrain.

• Mobilisation. De nombreux pays qui ont réussi ont mis en place un mécanisme permettant de mobiliser les parties

prenantes concernées et les acteurs du changement.

Source : Rischard 2009.

Transformer les économies arabes 35


Partie 3. Comment mettre en œuvre une stratégie de développement fondée sur la connaissance et l’innovation ?

36

Coordonner les actions

au plus haut niveau du

gouvernement

ENCADRé 12

une stratégie de l’économie fondée sur la connaissance

est une stratégie fondamentalement transversale, dans

laquelle les principales politiques sont mises en œuvre dans

un cadre cohérent et intégré. Les pays qui ont poussé cette

logique jusqu’à ses limites ont particulièrement bien réussi

à accélérer leur développement et leur transformation. La

Corée et la Finlande (encadré 12) offrent deux exemples marquants

d’un intérêt particulier pour le monde arabe, car leur

approche intégrée a été entreprise en réponse à une crise :

en Corée dans les années 1990 (la crise financière asiatique),

et en Finlande au début des années 1990 (après l’éclatement

de l’Union soviétique, un partenaire commercial important).

Les principaux organes de coordination des stratégies de développement basées sur

la connaissance et l’innovation en République de Corée et en Finlande

La République de Corée

En 1998, suite à la crise financière asiatique, la Corée a lancé une stratégie nationale visant à progresser vers

une économie de la connaissance. L’impulsion initiale est venue du journal Maeil Business qui a mis en avant

son Projet « Vision Corée » dans une campagne nationale en février 1997 et a développé le premier Rapport

« Vision Corée ». Le ministère de l’Économie et des Finances a défendu l’agenda politique de l’économie de

la connaissance. L’Institut du développement coréen (KDI), sorte d’ « intégrateur de systèmes », a coordonné

le travail d’une douzaine de groupes de réflexion. Un rapport commun de la Banque mondiale et de l’OCDE

en 2000 a fourni un cadre aux réformes dans différents domaines politiques. La stratégie de la connaissance

de la Corée d’avril 2000 s’est transformée en un plan d’action sur trois ans. Pour mettre en œuvre le plan

d’action, le gouvernement a créé cinq groupes de travail (impliquant 19 ministères et 17 instituts de recherche).

Le ministère de l’Économie et des Finances en était le coordinateur. Chaque ministre a présenté un

rapport trimestriel d’auto-surveillance au ministère de l’Économie et des Finances, qui à son tour a publié

un rapport intégré détaillant les progrès. Les résultats à moyen terme et les ajustements du plan d’action

sur trois ans ont été régulièrement mis en œuvre.

La Corée dispose à présent d’un ministère de l’Économie de la connaissance, qui rassemble les actions

en faveur des industries traditionnelles, la recherche et développement, et les appuis aux entreprises. Ce

ministère comprend les anciens ministères de l’Information et de la Communication, des Sciences et de

la technologie, et du Commerce, de l’Industrie et de l’Énergie. Cette combinaison rassemble une vaste

gamme d’experts et de mesures dans le but de créer des synergies, de stimuler l’innovation et d’améliorer

l’économie du pays. Le ministère encourage également le développement de nouveaux moteurs de croissance

en soutenant les TIC et l’industrie haut de gamme.

La Finlande

L’accent a été davantage mis sur le pilier de l’innovation que sur le cadre d’ensemble de l’économie de la

connaissance, mais la philosophie reste la même. Pour faire face aux défis de la fin des années 1980, un

Conseil de la politique scientifique et technologique a été créé en 1990, présidé par le Premier ministre et

composé de ministres clés, y compris le ministre des Finances, et de hauts représentants de la communauté

des affaires et des syndicats. C’était le premier organe au monde à adopter explicitement la notion de système

national d’innovation pour définir et analyser les politiques. Le conseil a été rebaptisé Conseil de la politique

de l’innovation au début des années 2000. Au même moment, le parlement finlandais a créé un Comité pour

l’Avenir qui a lancé un large débat public sur les tendances et les défis à venir, en particulier ceux liés à la

technologie. SITRA, un organisme parlementaire mis en place dans les années 1960 pour promouvoir les

initiatives innovantes en faveur de l’économie et de la société, a développé à grande échelle des sessions de

formation de haut niveau en matière de politique économique pour les parlementaires et les décideurs clés

(comme les chefs d’entreprise et les leaders syndicaux), favorisant ainsi une plus grande compréhension de

ce qui contribuait à un développement économique sain. Le gouvernement a également mis en place une

puissante agence de l’innovation, TEKES, pour soutenir de nouvelles entreprises à vocation technologique et

pour stimuler la R&D innovante, notamment en incitant les universités et l’industrie à travailler ensemble sur

des projets spécifiques par le biais de fonds de contrepartie.

Source : Auteurs.


Mobiliser la population

à travers une approche

participative

La façon dont les stratégies de développement basées sur

la connaissance sont mobilisatrices est cruciale pour leur

succès. La réussite de la transition dépend de la participation

de la population à tous les niveaux et provenant de toutes les

couches de la société. Ce programme ne peut pas et ne doit

pas être seulement celui du gouvernement; au contraire, il

exige la consultation et la participation des parties prenantes

du secteur privé et de la société civile, y compris les universités,

les groupes de réflexion et surtout, les médias. Il est

nécessaire de travailler sur les quatre piliers grâce à une

combinaison de réformes « top-down » (provenant du sommet)

et d’initiatives « bottom-up » (partant de la base), renforcées

par une bonne communication. La participation active de la

population à travers des engagements partant de la base est

une composante essentielle d’un nouveau contrat social qui

doit être mis en place pour la réussite des transitions dans

le monde arabe 15 .

L’énergie de la population doit être canalisée vers de nouvelles

activités économiques créatrices de richesses et

d’emplois, en s’appuyant sur des groupes de réformateurs,

d’agents de changement, et d’autres partisans d’une transformation

durable. L’impératif de soutenir ce processus vital

de renouveau social montre l’importance des politiques efficaces

de décentralisation ou de déconcentration du pouvoir (qui

pourraient être inspirées par celles adoptées récemment au

Maroc). Ceci permet d’entretenir une dynamique de changement

dans la société, tout en développant une masse critique

de nouvelles initiatives. Ces effets combinés améliorent le

climat de réformes (figure 28).

Parmi les agents qui sont capables de catalyser ces changements

se trouvent les membres de la diaspora, en particulier

ceux possédant des qualifications avancées (scientifiques,

entrepreneuriales, ou autres), qui ont un rôle clé à jouer en

apportant leur soutien commercial, financier et technique.

Dans la région, c’est au Liban que ce rôle est particulièrement

évident. Les membres de la diaspora peuvent aussi contribuer

utilement au dialogue national sur l’amélioration de

la gouvernance et du climat des affaires, comme on l’observe

aujourd’hui en Algérie (encadré 13).

La question du statut et du rôle des femmes est essentielle.

La modernisation des sociétés et l’engagement actif dans

l’économie de la connaissance nécessitent les talents de

l’ensemble du pays. Dans plusieurs pays de la région, le niveau

d’instruction des femmes dépasse celui des hommes. Si elles

entraient pleinement et librement sur le marché du travail,

cela contribuerait beaucoup à l’économie de chaque pays, tout

en renforçant le statut des femmes dans la vie économique

et dans la société.

Partie 3. Comment mettre en œuvre une stratégie de développement fondée sur la connaissance et l’innovation ?

Le rôle des médias ne doit pas être négligé. Les réseaux de

télévision qui couvrent la région arabe ont un rôle important

à jouer pour stimuler la fierté et l’intérêt pour le développement

innovant des villes, des entreprises, des écoles et des

laboratoires qui contribuent à créer des emplois, améliorer

les conditions de vie et protéger l’environnement. Les médias

sociaux sont en train de devenir un outil très puissant pour

propager de telles informations, notamment chez les jeunes.

Apprendre de l’expérience d’autres pays. À la lumière des

réformes récentes et en cours dans la région et de ses aspirations,

il est important pour les dirigeants et les parties prenantes

intéressées de chaque pays d’évaluer où ils en sont dans

leur parcours et comment ils peuvent profiter au maximum

des expériences d’autres pays. Singapour, la Finlande, la

République de Corée et d’autres réussites (y compris dans

la région elle-même), ont progressé en forgeant un consensus

autour de leurs stratégies économiques ; en apprenant

constamment des évolutions mondiales, et en exploitant la

puissance des réseaux des villes créatives et autres lieux

principaux de la transformation de l’économie mondiale. Il

est important de rester ouvert à de telles expériences et d’en

tirer des enseignements, compte tenu du dynamisme de ces

économies sur la scène mondiale comme sources de connaissances,

de technologies, d’investissements et de marchés.

ENCADRé 13

L’Initiative Nabni 2012 : 100 mesures

proposées par la diaspora pour

une Algérie nouvelle

Nabni est un think-thank basé sur le Web et créé en avril 2011

pour préparer un plan d’action pour une Algérie nouvelle, publié

le 5 juillet 2012, marquant le 50e anniversaire de l’indépendance

de l’ancienne colonie française. Nabni est soutenue par des

dizaines de membres de la société civile algérienne, y compris

des membres de la diaspora algérienne.

Nabni a proposé 100 mesures, réalisables à court terme, visant

à améliorer la vie quotidienne des citoyens, rétablir la confiance

et préparer l’avenir. Les mesures couvrent un ensemble varié

de thèmes: l’accès aux services publics, le développement du

domaine social et de la santé, les conditions de vie des étudiants

et des jeunes, les entreprises et l’emploi, l’accès au financement,

l’accès au logement, l’aménagement du territoire, l’éducation et

la recherche, les infrastructures et la gouvernance et la réforme.

Plus de la moitié des mesures proposées concernent directement

les piliers de l’économie de la connaissance. On trouve

par exemple les propositions suivantes : simplifier le processus

de démarrage d’une entreprise, réduire les obstacles bureaucratiques,

accorder des bourses aux étudiants afin de faciliter

la mobilité et les stages, récompenser l’excellence dans

la recherche, octroyer quatre licences 3G mobiles, établir un

libre accès à l’information gouvernementale, et ainsi de suite.

Une fiche récapitulative est disponible pour chacune des 100

mesures proposées, y compris la justification de la mesure,

des détails sur les points clés, et l’identification des institutions

gouvernementales les mieux placées pour mettre en œuvre

les mesures.

Source : Nabni2012.org.

15. Voir les contributions apportées à la Rencontre Valmer du CMI, 27 novembre 2012 (http://cmimarseille.org/E-letter_18-6.php).

Transformer les économies arabes 37


Partie 3. Comment mettre en œuvre une stratégie de développement fondée sur la connaissance et l’innovation ?

38

Adapter le modèle

au niveau de

développement du

pays et des capacités

du gouvernement

Tout en adoptant pleinement le principe de vitesse d’exécution

et d’ambition, les décideurs politiques arabes doivent se concentrer

sur ce qui est réalisable et bien adapté aux besoins

et aux capacités de leur pays. Plusieurs pays arabes font

face soit à des conditions difficiles de gouvernance, soit à un

niveau relativement faible de développement économique et

de l’économie de la connaissance en particulier. Dans de tels

contextes, une approche progressive est appropriée, comme

le montre l’exemple des pays à faible et moyen revenu qui se

sont lancés avec succès dans des régimes de forte croissance

durables 16 . Dans les pays à faible revenu ayant des capacités

gouvernementales limitées, les réformes de l’environnement

des affaires, par exemple, ne peuvent généralement pas être

mises en œuvre sur tous les fronts. En effet, elles peuvent

même se limiter à des domaines spécifiques, tels que les zones

économiques spéciales. Sur le front de l’éducation, dans les pays

à un stade précoce de développement ou avec d’importantes

lacunes dans les fondements de l’éducation, il sera important

de donner la priorité à l’alphabétisation de base et à la formation

professionnelle et technique, complétés par des efforts ciblés

dans l’enseignement supérieur. Sur le plan de l’innovation, il

sera nécessaire de se concentrer sur le profit qu’il est possible

de tirer des connaissances et de la technologie mondiale et

leur adaptation aux besoins locaux, plutôt que sur la construction

de structures de pointe pour la recherche et développement

(R&D). Pour le pilier des technologies de l’information et

de la communication (TIC), il sera nécessaire de généraliser

l’accès à Internet et de promouvoir son utilisation à travers

des applications et des services bon marché et conviviaux pour

les citoyens, pour les petites entreprises, et d’autres, tout en

développant les connaissances et compétences afférentes.

Que l’effort de l’économie de la connaissance soit restreint ou

non, il demeure essentiel de démontrer la volonté nationale de

faire de ce nouveau modèle de développement une réussite.

Les pays du monde arabe se situent à des étapes diverses sur la

voie de l’économie de la connaissance, et les politiques doivent

être adaptées en conséquence. Certains pays ont déjà bien

progressé, tandis que d’autres ne s’y sont pas encore engagés.

Une démarche composée de trois étapes, chacune d’une durée

approximative de trois à cinq ans, est proposé dans le tableau 6.

À chaque étape, des actions clés sont mises en évidence pour

chacun des piliers, y compris la promotion des secteurs de

croissance. Le tableau reflète l’impératif régional de la création

d’emplois, en fournissant des indications approximatives

de l’impact (direct et indirect) des actions mises en œuvre pour

chaque pilier, si elles sont menées avec succès. Il est impossible

de donner des chiffres précis de l’impact sur l’emploi consécutif

aux actions qui sont conduites. Sur la base des estimations

approximatives fournies dans la partie 1 un « impact modéré »

porterait sur un maximum de 20 pour cent de la population

active, et un « impact élevé » sur plus de 20 pour cent.

Les pays riches en ressources sont évidemment en meilleure

position pour s’engager dans des projets audacieux développés

à un rythme rapide (comme l’ont fait certains pays du Conseil

de coopération du golfe (CCg) avec un certain succès). Le point

essentiel, toutefois, est d’ajuster les ambitions et les engagements

à ce que le pays est en mesure de fournir. De ce point

de vue, la plupart des pays arabes, même ceux riches en ressources,

font face à des limites et des contraintes. Excepté pour

les petits États du CCG, la Tunisie et le Maroc, qui ont de bons

antécédents dans la conception et la mise en œuvre des stratégies

de l’économie de la connaissance, des efforts substantiels

sont nécessaires pour renforcer les capacités administratives

et de gestion dans la plupart des pays arabes pour mener à bien

les plans de l’économie fondée sur la connaissance.

Concevoir un

changement

progressif allant

de micro-initiatives

aux changements

macro-économiques

une approche graduelle menant des réformes micro à des

changements macro peut aider à mettre en œuvre la stratégie

d’ensemble. L’objectif dans les premières phases du processus

de réforme est de changer les mentalités et les comportements.

Comme mentionné précédemment, des réformes importantes

et des effets sur l’emploi ne peuvent pas être espérés à court

terme. La première phase ou la phase pilote doit donc inclure

des microprojets viables et convaincants qui ont valeur de

démonstration (c.-à-d. qui ont des effets visibles rapides, en

particulier pour la création d’emplois, comme des programmes

de formation pour une nouvelle industrie en demande, des structures

d’incubation dynamiques pour les entreprises en croissance

rapide, des centres de recherche qui sont engagés par

des entreprises étrangères pour des travaux de développement,

etc. La deuxième phase consiste en une série de projets de ce

type organisés en programmes bien conçus, avec une masse

critique. C’est dans cette phase que la perspective globale de

la communauté des décideurs et de la population commence à

évoluer, les préparant, dans la troisième phase, à des réformes

plus larges et plus profondes qui peuvent conduire à des changements

majeurs à l’échelle nationale. L’ensemble du processus

peut prendre une décennie ou plus, mais une stratégie nationale

efficace, bien gérée avec une véritable vision de transformation

à long terme, a de fortes chances de réussir (figure 29). Un

certain nombre de pays arabes sont prêts pour cette troisième

étape de réformes et de changements institutionnels majeurs.

16. Pour plus d’informations, voir l’étude complète en annexe 2 (Banque mondiale 2013 à paraître).d’autres incubateurs au Liban, entre autres.


étape I : Débutants étape II : Engagés étape III : Avancés

Faible indice de l’économie fondée

sur la connaissance (KEI) ; politique

de l’économie de la connaissance

embryonnaire)

Développer des activités de niche

basées sur les avantages comparatifs,

notamment dans les services non

marchands

Améliorer le régime économique et

institutionnel (REI) dans des enclaves

ou dans des domaines de politique

particuliers (par ex. la création

d’entreprise) et commencer des réformes

de gouvernance fondamentales.

Rendre les TIC aussi largement

disponibles que possible et réaliser

des projets pilotes (pour les petites

entreprises, les services communautaires,

etc.)

Renforcer les capacités d’innovation

en s’appuyant sur les connaissances

étrangères; mener des projets de

démonstration au niveau micro

Procéder à des réformes fondamentales

dans les systèmes éducatifs et introduire

des changements sélectifs dans

l’enseignement supérieur.

Partie 3. Comment mettre en œuvre une stratégie de développement fondée sur la connaissance et l’innovation ?

TABLEAu 6 Actions appropriées pour différents stades d’avancement vers l’économie de la connaissance

Impacts probables sur l’emploi indiqués par la zone grisée (voir note)

KEI moyen, évolution vers une économie

fondée sur la connaissance et des

réformes à grande échelle

Développer des programmes sectoriels en

abordant des activités plus compétitives

(chaînes de valeur plus complexes)

Étendre les réformes du régime

économique et institutionnel et consolider

les réformes de gouvernance; revoir les

accords commerciaux

Créer des services TIC et promouvoir les

activités basées sur les TIC (business

process outsourcing); accélérer la

réalisation du haut débit au niveau

national

Développer des structures de R&D et

construire des systèmes d’innovation sur

les compétences autochtones

Poursuivre les réformes des systèmes

d’éducation, en généraliser les progrès à

tous les niveaux

KEI élevé,

avec des lacunes

Diversifier d’autres secteurs

concurrentiels et en construire de

nouveaux (services) pour devenir des

leaders mondiaux

Revoir la gouvernance; renforcer les

capacités de gestion autochtones;

éliminer les barrières commerciales.

Construire une société de l’information et

des connaissances qui serve de modèle à

l’ensemble de la communauté arabe

Construire des structures de R&D haut

de gamme systématiquement connectées

aux réseaux mondiaux

Développer des structures d’éducation

de haut niveau comme des plateformes

mondiales

Source : Auteurs.

Note : Les zones blanches indiquent peu ou aucun impact sur l’emploi. Les zones bleu pâle indiquent un impact modéré en termes de nouveaux emplois

créés ou d’emplois existants sauvegardés. Les zones bleu foncé indiquent un fort impact sur l’emploi.

FIguRE 29

un agenda pragmatique : Des micro réformes à des changements majeurs

Projets pilotes

Agenda

immédiat

Source : Banque mondiale 2007a.

Augmentation

progressive

Initiatives “top-down”

Masse critique

de projets

Initiatives “bottom-up”

Agenda

à moyen terme

Progression

à plein

régime

Adoption de

réformes

importantes &

changements

institutionnels

Agenda

à long terme

Transformer les économies arabes 39


Partie 3. Comment mettre en œuvre une stratégie de développement fondée sur la connaissance et l’innovation ?

Les exemples des cinq pays arabes membres du CMI montrent

comment la stratégie de développement de l’économie de la

connaissance peut être adaptée au contexte national.

• Le Maroc est allé assez loin dans la mise en place d’une

série de plans nationaux visant à stimuler la diversification

sectorielle et spatiale de l’économie (voir encadré 9).

Ces plans ont mobilisé différents secteurs du gouvernement

et aussi des pouvoirs locaux. Leur mise en œuvre

et leur impact sur les activités économiques, la création

d’emplois, etc., doivent être évalués de près. Il convient

aussi d’assurer une meilleure coordination au plus haut

niveau du gouvernement, et d’élargir la communauté des

agents de changement au-delà du noyau initial des réformateurs

et des organismes gouvernementaux qui ont initié

les plans. Une large mobilisation de toute la population (via

des « intermédiaires » tels que les associations professionnelles,

les syndicats et le monde de l’enseignement)

devrait susciter une participation plus coordonnée dans

la voie d’un développement basée sur la connaissance et

l’innovation. Elle devrait plus particulièrement faciliter les

progrès qui sont encore nécessaires dans l’environnement

général des affaires et de la gouvernance afin de créer

un climat de confiance. Une étude de fond sur l’économie

fondée sur la connaissance au Maroc a également été

préparée par le CMI (Djeflat 2012).

• La Tunisie connaît une évolution difficile vers un régime

démocratique après avoir inspiré les révoltes du « printemps

arabe ». Ceci est combiné à une réduction importante

de l’activité économique, notamment en raison de la chute

des échanges commerciaux et des flux touristiques. La

création d’emplois est la priorité économique et sociale,

avec quelque 650 000 personnes sans emploi, dont 215

000 ayant eu une éducation postsecondaire. La Tunisie

bénéficie d’une solide expérience dans la conception de

politiques fondées sur l’économie de la connaissance

dans le cadre de ses anciens plans quinquennaux nationaux

démarrés en 2007. Le pays dispose également d’un

cadre de fonctionnaires informés et efficaces, et d’une

communauté d’entreprises ayant des capacités compétitives

reconnues, même dans des secteurs hautement

concurrentiels tels que le textile et les vêtements. Ce

sont des atouts considérables sur lesquels s’appuyer,

notamment en réalisant des plans qui ont été mis en place

pour développer des pôles technologiques et industriels

dans divers domaines et en tirant profit de niches génératrices

d’emplois, par exemple dans les technologies de

l’information (BPO, centres d’appels, etc.) avec des programmes

appropriés pour la formation et l’investissement.

40

• L’égypte fait également face à une transition politique

difficile, avec la mise en place d’une nouvelle constitution

et de nouveaux cadres institutionnels. Par le

passé, le pays a engagé des réformes significatives de

l’environnement des affaires, comme le montrent les

évaluations de la Banque mondiale (Banque mondiale,

2007b). Le secteur des entreprises a obtenu de bons

résultats dans plusieurs domaines, notamment ceux

liés à la technologie de l’information. Les universités

et les centres de recherche disposent également d’une

certaine capacité de R&D qui peut être mobilisée dans

le cadre de programmes efficaces (encadré 7). Il est

crucial de parvenir à générer un choc des « mentalités »

d’une ampleur suffisante et dans un délai relativement

court afin de mettre le pays sur la voie d’un nouveau

développement17 .

• La Jordanie a mis au point une série de réformes

inspirées par l’économie de la connaissance au cours

de la dernière décennie, notamment dans l’éducation et

l’environnement des affaires. Celles-ci ont commencé

à porter leurs fruits, comme en témoigne la croissance

d’un secteur des TI dynamique. Les débats politiques,

ainsi qu’un contexte administratif complexe avec de

nombreux organismes qui se chevauchent, semblent

faire obstacle à d’autres changements. Dans un tel contexte,

il est préférable de se concentrer sur la libération

du potentiel d’innovation de quelques secteurs dans

lesquels le pays dispose d’un avantage concurrentiel.

Le gouvernement a mis en place un Conseil national

de l’innovation et de la compétitivité qui envisage de

procéder à une série d’audits détaillés des potentiels

d’innovation sectoriels18 .

• Le Liban, à l’épicentre des tensions géopolitiques, est

également confronté à un contexte très difficile. Un

secteur privé dynamique, soutenu par une solide infrastructure

de l’éducation et une diaspora fort active, a

contribué à maintenir le développement économique et

social. Toutes mesures qui peuvent exploiter davantage

ou consolider le potentiel d’innovation du pays sont les

bienvenues. Dans cette perspective, un programme de

la Banque mondiale a été mis en place pour soutenir les

start-ups innovantes et la mobilisation de capital-risque

(Bell 2011). Un autre programme clé se concentre sur

les applications des TIC, en particulier les applications

mobiles. Lorsque la situation politique se stabilisera,

le pays devrait être en mesure de mener des réformes

plus larges et une stratégie nationale de développement

basée sur l’économie de la connaissance.

17. Conformément à cette approche, certains réformateurs égyptiens, tels que ceux en charge du Plan « Renaissance » et qui conseillent le président égyptien, ont

proposé les mesures suivantes : (i) des réformes majeures pour briser la concentration des pouvoirs économiques actuellement détenus par quelques groupes,

(ii) la création d’une série de zones économiques spéciales pour attirer les entreprises étrangères, et (iii) un effort considérable pour développer la formation

technique et professionnelle. (Session lors du 8ème Rendez-vous de la Méditerranée organisé par l’Institut de la Méditerranée et le Cercle des économistes dans

le cadre de la Semaine économique de la Méditerranée à Marseille, le 20 octobre 2012.)

18. Suite à une mission de conseil de la Banque mondiale en 2010-12. Le Conseil national de l’innovation et de la compétitivité (NICC) a élargi sa composition à huit

ministres et secrétaires généraux et 27 membres non ministériels sous la présidence du Premier ministre. Le conseil se compose de six sous-comités sectoriels

pour la logistique, les services médicaux et pharmaceutiques, le tourisme, les énergies propres, les TIC, et l’industrie manufacturière qui correspondent aux

secteurs à fort potentiel identifiés dans le programme de l’USAID sur les pôles d’innovation. On y trouve aussi un sous-comité « Innovation et Développement » se

concentrant sur des réformes transversales non sectorielles.


Stimuler l’intégration

régionale dans le

monde arabe et autour

de la Méditerranée

Plus d’intégration économique et politique dans le monde arabe

faciliterait considérablement la transition vers le nouveau

modèle économique. Elle apaiserait les tensions sur l’emploi

grâce à des marchés du travail régionaux plus intégrés, elle

permettrait l’élargissement des marchés pour les produits et

services, elle relierait l’éducation, les ressources scientifiques et

technologiques à des entreprises créatives, et elle assurerait le

financement de grands projets d’infrastructure. Une pleine intégration

dans la région arabe demeure un objectif lointain. Mais

réaliser une sorte d’« Agenda de Lisbonne », semblable à celui

que l’Europe a adopté, serait une étape symbolique importante.

une stratégie de développement fondée sur la connaissance

tire profit de la réduction spectaculaire du coût des échanges

et du commerce des biens et services, de la finance et de

l’information. Les pays arabes devront faire davantage dans les

domaines de l’intégration régionale et de la coopération internationale.

En effet, l’intégration économique par le biais d’échanges

et d’investissements étrangers directs (IED) accrus peut être la

meilleure façon de mettre les pays de la région sur la voie d’une

croissance plus rapide et plus durable, et de plus d’emplois.

L’absence d’un marché unifié limite le commerce dans la région,

qui est trois fois plus faible que le commerce entre les pays

en développement d’Asie. Ainsi, même des petits pas vers une

intégration commerciale seraient bénéfiques. En ce qui concerne

Objectifs Actions

Renforcer l’intégration dans

l’éducation

Construire l’espace d’innovation et

de recherche Euro-Med

Partie 3. Comment mettre en œuvre une stratégie de développement fondée sur la connaissance et l’innovation ?

l’éducation, la recherche et l’innovation, des programmes conjoints

permettraient aux pays arabes d’utiliser et d’atteindre plus

facilement les masses critiques nécessaires. Dans les infrastructures,

des grands projets de coopération dans le secteur de l’eau,

des transports et d’autres secteurs permettraient l’introduction

d’innovations, tout en créant de nombreux emplois.

une intégration plus poussée au sein de l’espace méditerranéen

permettrait d’accélérer le développement du monde

arabe et serait bénéfique pour l’Europe. Une plus grande

intégration pan-méditerranéenne faciliterait le transfert de

technologies entre les deux rives, par la création d’un espace

commun de recherche et d’innovation, et en aidant les diasporas

à se rallier à des projets innovants. Elle stimulerait la

création de projets d’envergure, tels que ceux qui sont déjà en

cours dans l’énergie solaire et la logistique. Elle créerait, plus

généralement, un potentiel de croissance, dont les deux rives

de la Méditerranée ont tant besoin. Comme indiqué ci-dessus

(partie II, section sur les initiatives locales), les apports étrangers,

tels que le soutien de la diaspora et les IED, se sont révélés

être décisifs dans la formation, le développement et le succès

de pôles technologiques et industriels dans les pays du Moyen-

Orient et de l’Afrique du Nord.

L’intégration au sein du bassin méditerranéen apporterait des

avantages considérables pour les pays des rives méridionales

et orientales en élargissant les possibilités de croissance du

marché et de l’emploi dans le nord. Plusieurs projets ambitieux

ont déjà commencé, comme le projet d’énergie solaire Desertec ;

d’autres initiatives intéressantes devraient être étudiées et

appuyées. On peut aussi accomplir beaucoup grâce à la consolidation

des réseaux régionaux existants d’universitaires,

d’entrepreneurs, de financiers, de responsables municipaux,

et d’autres -- réseaux qui ont engendré un large éventail

d’initiatives sous la forme de projets de R&D, d’innovation,

ainsi que dans les activités conjointes d’éducation (tableau 7).

TABLEAu 7 Objectifs et actions nécessaires pour faire avancer l’intégration régionale

Promouvoir la société de

l’information en Méditerranée

Promouvoir le développement

techno-industriel et local en

Méditerranée

Développer des qualifications conjointes et des mécanismes de certification

Intensifier les programmes de bourses d’études (ERASMUS)

Développer les réseaux d’écoles d’ingénieurs et de gestion

Développer les mécanismes d’apprentissage et d’évaluation pour la gestion universitaire

(gouvernance), les programmes de formation, etc.

Mobiliser les acteurs par le biais des groupes de travail sectoriels et des plateformes en ligne

Développer des réseaux de gestionnaires d’incubateurs, d’investisseurs providentiels (business

angels), et de responsables de programmes de R&D pour partager les bonnes pratiques

Établir des plateformes de R&D et des programmes multinationaux à partenaires multiples à

travers la co-conception et la copropriété entre les partenaires des rives du nord et du sud de la

Méditerranée

Stimuler l’IED et renforcer les liens de transfert de technologie, les pratiques de gestion

d’entreprise, etc.

Mobiliser les diasporas à travers des réseaux et des pratiques efficaces de bonnes politiques

inspirées par l’expérience internationale

Coopérer pour développer des applications TIC (e-gouvernement, e-business, etc.)

Contribuer aux efforts de libéralisation des marchés des télécommunications et améliorer les

cadres réglementaires

Renforcer la coopération dans le développement des secteurs de croissance par le biais de

projets communs (énergie solaire, économies d’énergie, gestion de l’eau, transports, etc.)

Stimuler les réseaux des villes pour les échanges de bonnes pratiques et l’assistance mutuelle

en matière de développement urbain novateur et des mesures politiques connexes (parcs

technologiques, planification urbaine, villes intelligentes, etc.)

Transformer les économies arabes 41


Partie 3. Comment mettre en œuvre une stratégie de développement fondée sur la connaissance et l’innovation ?

La coopération euro-méditerranéenne est particulièrement

importante pour soutenir la modernisation de l’enseignement,

la recherche et la technologie dans le monde arabe. Certains

pays comme le Maroc, la Tunisie, l’Algérie, le Liban et l’Égypte

ont adopté le schéma LMD (licence, maîtrise, doctorat) selon

laquelle les programmes et diplômes universitaires européens

ont été normalisés. Sur le plan de la recherche universitaire,

les plateformes de R&D multinationales au service

d’objectifs communs, prises en charge par des fonds de l’UE

ont prouvé leur utilité, tout comme les programmes internationaux

financés par les pays arabes. Ces derniers ont été

particulièrement utiles pour la promotion de projets innovants

impliquant la recherche, les incubateurs technologiques, et le

capital-risque. Des efforts régionaux en matière de TIC peuvent

également renforcer la coopération dans le développement

des infrastructures de télécommunication.

42

ENCADRé 14

Le Centre pour l’Intégration en Méditerranée

Les organisations régionales et internationales ont également

un rôle à jouer. Des organisations telles que la Banque européenne

pour la reconstruction et le développement, la Banque

européenne d’investissement, la Commission européenne, le

Programme des Nations Unies pour le Développement, et la

Banque mondiale, par exemple, ont un rôle crucial à jouer pour

accélérer la mise en œuvre des stratégies de développement

fondées sur la connaissance dans les pays arabes et dans le

processus d’intégration dans la région méditerranéenne. Dans

le même ordre d’esprit, les organisations régionales telles

que la Banque islamique de développement, l’Organisation

islamique pour l’éducation, la science et la culture, et la

Banque africaine de développement peuvent faire beaucoup

pour faciliter le progrès des stratégies d’économie fondée sur

la connaissance dans la région. Le Centre pour l’Intégration en

Méditerranée (CMI), basé à Marseille, est également appelé

à jouer un rôle de catalyseur important dans le processus

d’intégration et les initiatives de réforme (encadré 14).

Le Centre pour l’Intégration en Méditerranée (CMI) a été créé par un groupe de gouvernements méditerranéens : l’Égypte,

la France, la Jordanie, le Liban, le Maroc, et la Tunisie, ainsi que la Banque européenne d’investissement (BEI) et la Banque

mondiale. Il soutient le développement et l’intégration des pratiques dans la région méditerranéenne en : (i) offrant un

espace pour le dialogue politique fondé sur l’expérience, (ii) produisant et diffusant des documents d’analyse et information

(rapports, site web, etc.), et (iii) en soutenant les efforts régionaux intersectoriels et à partenaires multiples. Inauguré le 9

octobre 2009, le CMI a pour objectif de contribuer à la construction d’un nouveau modèle de développement économique

et social qui reflète les attentes des mouvements démocratiques dans les pays arabes. Ses programmes sont organisés

autour de trois thèmes interdépendants:

• Des économies intégrées. L’augmentation de l’emploi est l’objectif économique primordial dans la région. Accroître

la productivité, instaurer des réformes basées sur la connaissance et l’innovation, et exploiter les réseaux à travers le

commerce, l’investissement et les infrastructures sont des éléments communs aux débats en cours visant à l’élaboration

de nouveaux modèles économiques et de processus de réforme.

• Une croissance durable. La région de la Méditerranée, inégalement riche en ressources énergétiques, généralement

pauvre en ressources en eau, et en permanence vulnérable face aux risques environnementaux, ne peut pas se permettre,

même dans une période socio-économique difficile, de renoncer à l’ajout d’une forte dimension écologique à

ses stratégies de croissance et de développement.

• Une gouvernance participative. L’aspiration des citoyens à un processus continu de transformation visant une gouvernance

économique et politique participative est au cœur des changements radicaux dans la région.

Les actions du CMI, la mise en réseau, la sensibilisation et le plaidoyer en faveur des réformes, impliquent un ensemble

d’intervenants des secteurs public et privé et de la société civile. Le Centre encourage le dialogue entre le gouvernement

et les professionnels indépendants en :

• Développant les connaissances sous la forme d’études, de notes politiques et d’outils pour un travail sectoriel aux

niveaux régional, national et local et en proposant une analyse fondée sur des preuves pour faciliter le débat public

sur les politiques.

• Offrant un lieu où les nouveaux dirigeants, les décideurs et les professionnels à travers la Méditerranée peuvent se

réunir lors de conférences, ateliers et dialogues politiques pour discuter des questions urgentes, réfléchir avec leurs

pairs, examiner les meilleures pratiques et les leçons apprises et mesurer les progrès réalisés.

• Développant une plateforme sur le site Web du CMI pour diffuser les connaissances et créer des espaces de rencontre

virtuels pour les communautés de pratique et l’intérêt mutuel.

Source : Auteurs. Pour plus d’informations, aller sur www.cmimarseille.org


Partie 3. Comment mettre en œuvre une stratégie de développement fondée sur la connaissance et l’innovation ?

³ ° ³

Cette étude a présenté une évaluation de la situation du monde arabe dans l’économie fondée sur la connaissance. La mise

en place d’un modèle de développement fondé sur la connaissance et l’innovation implique que le gouvernement, le secteur

privé et la société civile dans les pays à travers le monde arabe travaillent ensemble en dehors de leurs « silos » d’une

manière plus intégrée et cohérente. La création d’un climat d’innovation dynamique, l’amélioration des systèmes d’éducation,

et la construction d’une économie concurrentielle nécessitent la création d’un nouveau partenariat entre les secteurs public et

privé et la société civile avec une perspective de réformes qui porteront leurs fruits à moyen ou à long terme. Pour concrétiser

ce projet, le gouvernement doit jouer un nouveau rôle, non pas en tant que maître d’œuvre de ce nouveau modèle, des initiatives

et investissements afférents, mais comme architecte et facilitateur de la nouvelle voie de développement et comme garant de

l’état de droit. Le secteur privé a besoin de passer du système de privilèges dans lequel il a fonctionné pendant de nombreuses

années à un système concurrentiel. Un secteur privé plus actif contribuera également à une intégration économique accrue de

la région. La société civile, y compris les jeunes et les médias, ont aussi un rôle clé à jouer. Le « printemps arabe », facilité par

la révolution des TIC, a clairement démontré la demande populaire, surtout parmi les jeunes, pour plus de justice et de dignité.

Il est important d’intégrer les jeunes au débat national. Les médias devraient être libres et mobilisés autour d’une stratégie de

développement fondée sur la connaissance et l’innovation, et ils devraient mettre en valeur de façon responsable les succès qui

ont lieu aux niveaux national, régional et local. C’est ainsi, que le consensus pourra se construire autour des réformes et que

leur crédibilité et leur efficacité seront renforcées.

Transformer les économies arabes 43


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Transformer les économies arabes 45


Résumé de

l’étude complète

Transformer les économies arabes

47


Annexe 1

Le rapport général « Transformer les économies arabes :

La voie de la connaissance et de l’innovation » comporte

trois parties.

La Partie 1 aborde trois questions fondamentales liées au

modèle de développement proposé basé sur la connaissance

et l’innovation : (i) Pourquoi faire la transition vers une économie

axée sur la connaissance et l’innovation (chapitre 1) ? (ii)

Qu’implique cette transition (chapitre 2) ? et (iii) Comment

faut-il procéder (chapitre 3) ?

La Partie 2 traite des politiques relatives à l’ensemble du

régime économique et de la gouvernance (chapitre 4),

l’éducation (chapitre 5), l’innovation (chapitre 6), et les technologies

de l’information et de la communication (TIC, chapitre

7), et les types de réformes et d’initiatives qui pourraient être

nécessaires dans chaque domaine.

La Partie 3 traite de la promotion des secteurs porteurs de

croissance (chapitre 8) et la gestion du développement local

et régional (chapitre 9) en tant qu’éléments clés de la diversification

économique.

48

Partie 1. Principales

questions : Pourquoi,

quoi et comment ?

Chapitre 1. utiliser les connaissances et l’innovation pour

transformer les économies arabes. Ce chapitre aborde

les limites atteintes par les systèmes économiques et les

régimes politiques qui ont précédé le « printemps arabe ». Il

montre comment une économie axée sur la connaissance et

l’innovation répond aux défis liés à l’emploi auxquels sont confrontés

les pays arabes. Il fournit des estimations de l’impact

sur l’emploi qu’une telle économie de la connaissance pourrait

avoir, ces estimations étant basées sur les tendances passées

dans les pays arabes eux-mêmes. Ces effets pourraient

être grandement augmentés en redoublant d’efforts dans

l’économie de la connaissance, en réduisant l’inadéquation

des qualifications grâce à une meilleure éducation et formation,

et en créant des structures économiques qui produisent

plus d’emplois engendrés par la croissance économique. Les

effets sur l’emploi d’une économie axée sur la connaissance

et l’innovation seraient particulièrement importants dans les

pays importateurs de pétrole (aux ressources limitées).

Chapitre 2. Rattraper les tendances mondiales de l’économie

de la connaissance. Une économie de la connaissance repose

sur quatre piliers fondamentaux : le bon fonctionnement du

régime économique et institutionnel, une main d’œuvre bien

formée et qualifiée, un système d’innovation efficace, et une

infrastructure numérique dynamique. Grâce à des indicateurs

standards utilisés pour mesurer les progrès accomplis par

les pays arabes sur ces piliers, et en les comparant dans plus

de 140 pays, le chapitre montre que le monde arabe a besoin

d’accroître ses efforts dans l’économie de la connaissance

pour correspondre à ceux de ses concurrents proches et des

pays comparateurs, tels que les pays d’Europe orientale, d’Asie

centrale et d’Amérique latine. Le chapitre examine la performance

des différents pays arabes sur chacun des quatre

piliers. Des différences importantes dans les performances

et les réalisations peuvent être décelées entre les pays riches

ou ceux pauvres en ressources naturelles. Bien que la nature

des réformes à entreprendre ne soit pas fondamentalement

différente, l’ampleur des moyens qui peuvent être mobilisés

pour les investissements concernés (qu’ils soient en matière

d’éducation, de recherche ou d’infrastructures d’information)

diffèrent considérablement.

Chapitre 3. élaborer de nouvelles stratégies de développement

pour les pays arabes. La mise en place du nouveau

modèle économique nécessite des initiatives audacieuses et

rapides, tout en tenant compte en même temps des spécificités

des pays (en d’autres termes, le chemin déjà parcouru par

chaque pays vers l’économie de la connaissance) notamment

en termes de capacité d’action du gouvernement. Ce chapitre

aborde la nécessité de rattacher à un nouveau contrat social

la mise en œuvre d’une stratégie de croissance et d’emploi

basée sur l’approche axée sur la connaissance et l’innovation.

Il indique la nature des politiques nécessaires pour mener

à bien les réformes et créer des emplois en relation avec

le niveau de développement économique du pays. Enfin, il

insiste sur le besoin d’intégration au sein du monde arabe, de

l’espace européen, et de l’économie mondiale, ainsi que sur le

rôle décisif que la communauté internationale pourrait jouer.

Partie 2. Les piliers

de l’économie de la

connaissance

Chapitre 4. Améliorer la gouvernance et le climat des affaires.

Le succès de la stratégie de l’économie de la connaissance

dans un pays donné dépend du régime économique et institutionnel

de ce pays, parce que ce régime influe sur l’efficience et

l’efficacité des investissements réalisés dans les autres piliers

(éducation, innovation et information). Ce chapitre aborde plusieurs

questions essentielles : la nécessité d’élaborer et de

surveiller les nouvelles stratégies à travers des processus

véritablement participatifs ; les questions liées à l’état de


droit, la liberté d’expression, la redevabilité, l’ouverture des

sociétés, notamment en faveur des jeunes et des femmes, et

l’amélioration de l’environnement des affaires et des relations

commerciales. Les indicateurs de performance relative

vis-à-vis des pays concurrents et des pays de comparaison

permettent de mesurer les progrès accomplis.

Chapitre 5. éduquer pour de meilleurs emplois dans une

nouvelle économie. Augmenter les aptitudes et les compétences

des populations nécessite de profonds changements

dans le système d’éducation à tous les niveaux. Les pays arabes

ont fait d’immenses progrès en matière d’accès équitable à

l’éducation formelle, dans la lutte contre l’analphabétisme, et

dans la réduction des disparités entre les sexes. Ces réalisations

quantitatives impressionnantes ont amélioré la qualité

de vie des citoyens par une espérance de vie plus longue et

des taux de fécondité et de mortalité infantile plus faibles.

Cependant, malgré ces succès (et les ressources considérables

investies dans l’éducation), les réformes de l’éducation n’ont

pas encore pleinement rempli leur promesse. Le lien entre

éducation et croissance économique est resté faible, le fossé

entre l’éducation et l’emploi n’a pas été comblé, et la qualité

de l’éducation continue d’être décevante. Cela implique de

renforcer la gouvernance du système éducatif et de faire

converger sa gestion, son financement et ses mécanismes

d’incitation à la performance afin de produire de meilleurs

résultats d’apprentissage. Chaque pays de la région a également

besoin d’adopter des normes nationales de performance

et de contrôler en permanence les résultats d’apprentissage.

Ce chapitre fournit des exemples d’initiatives modèles menées

par les pays arabes.

Chapitre 6. Favoriser l’innovation et la modernisation technologique.

La promotion de l’innovation, comme le montre

l’expérience des pays développés, est une tâche qui exige des

actions de la part de nombreux organismes gouvernementaux

et ministères, en se focalisant sur des objectifs très précis.

Il y a, entre autres, la nécessité de soutenir les innovateurs

dans les domaines techniques, commerciaux et financiers ;

d’améliorer le fonctionnement des structures de recherche

et développement (R&D), notamment en développant

des liens plus étroits entre les universités et l’industrie; de

tirer profit efficacement des stocks mondiaux de connaissances

et de technologies, en tirant parti des leviers tels que

l’investissement étranger direct et en mobilisant les diasporas ;

et aussi de mettre en place et de faciliter le développement

de sites d’innovation tels que les parcs technologiques et les

pôles industriels. Plusieurs pays de la région ont déjà mené

plusieurs expériences significatives dans de tels programmes

et offrent des exemples intéressants qui peuvent être imités

dans toute la région.

Chapitre 7. Accélérer la mise en place de la société de

l’information. Les pays arabes ont fait de grands progrès

dans la diffusion des TIC depuis le milieu des années 1990,

Annexe 1

grâce à une série de réformes de libéralisation et le développement

mondial des TIC, qui ont fait baisser les coûts

et rendu l’accès plus facile. En raison de la libéralisation

accélérée au cours des 10 dernières années, le monde arabe

a connu un taux de croissance élevé des services de télécommunications.

Ceci, avec le développement de l’Internet,

a encouragé et permis à la population dans certains pays de

se mobiliser pour le changement politique. C’est l’occasion

de poursuivre la réforme du secteur des TIC, d’accroître la

concurrence entre fournisseurs de services et opérateurs,

d’éliminer les restrictions d’utilisation d’Internet, et d’offrir

de nouvelles possibilités pour accroître l’emploi, favoriser

l’esprit d’entreprise, et permettre une meilleure transparence

et gouvernance en utilisant les applications des TIC.

Enfin une utilisation accrue de la langue arabe sur le Web

pourrait avoir des conséquences importantes sur les progrès

de l’économie de la connaissance dans la région.

Partie 3. Les Initiatives

de diversification

dans l’économie de la

connaissance

Chapitre 8. Promouvoir les secteurs porteurs de croissance.

Suivant l’exemple des pays qui ont poursuivi des politiques

industrielles actives et efficaces pour stimuler leur transition

vers un modèle de développement basé sur la connaissance,

et bénéficier facilement des retombées en termes de création

d’emplois et de richesses, ce chapitre fournit quelques

suggestions de politiques qui pourraient être mises en œuvre

dans une série de secteurs en exploitant les avantages comparatifs

de la région. Il s’agit notamment, dans les secteurs

établis, de l’agroalimentaire et de l’industrie textile, qui ont

besoin d’améliorer leurs chaînes de valeur; des industries

liées aux TIC, qui ont besoin d’accroître leur succès dans

la délocalisation des activités ; du tourisme, où le tourisme

médical et le tourisme de santé sont particulièrement prometteurs

; des industries créatives et des médias ; et de la croissance

verte, y compris l’efficacité énergétique et la gestion

de l’environnement. Dans tous les secteurs, des programmes

efficaces combinent des mesures réglementaires, une mobilisation

financière, des programmes de formation, des efforts

de R&D, et des campagnes de promotion des exportations,

entre autres choses. Le rôle du gouvernement n’est pas

d’entreprendre toutes ces tâches, mais de créer les conditions

adéquates pour que le secteur privé puisse intervenir,

le gouvernement agissant comme facilitateur et catalyseur.

Transformer les économies arabes 49


Annexe 1

Chapitre 9. Stimuler le développement local et régional.

Les économies modernes se développent là où se trouvent

une accumulation de talents, de connaissances et un esprit

d’entreprise. En suivant les tendances mondiales, les gouvernements

arabes ont tenté de faciliter l’émergence et la

croissance de ces sites innovants par des mesures telles que

les parcs scientifiques et technologiques, les zones industrielles

et d’exportation, et les villes nouvelles (dans les pays

riches en ressources naturelles). Le chapitre examine ces

efforts et fournit des orientations politiques accompagnées

d’exemples illustratifs. Il aborde également les questions de

développement rural et les politiques afférentes. Une diversification

spatiale efficace nécessite un plan d’aménagement

du territoire à long terme et des mesures efficaces de décentralisation

et de transfert du pouvoir -- un défi pour la plupart

des pays de la région.

50

Annexes

L’annexe 1 passe en revue la documentation sur la relation

entre l’économie de la connaissance, la croissance et

l’emploi et développe une approche méthodologique pour

relier l’économie de la connaissance à la création d’emplois

dans le Moyen-Orient et l’Afrique du Nord.

L’annexe 2 fournit un aperçu sur une série d’expériences de

pays choisis dans différentes régions du monde qui se sont

engagés dans des stratégies de développement fondées sur

la connaissance.

L’annexe 3 aborde les questions liées à l’économie de la connaissance

dans une série de pays arabes et esquisse les initiatives

stratégiques qui paraissent adaptées aux circonstances

propres à chaque pays.


Connaissance, innovation

et croissance économique

Transformer les économies arabes

51


Annexe 2

Un modèle néoclassique de croissance économique à long

terme a été développé par Robert Solow dans un article fondateur

de 1956, « Une contribution à la théorie de la croissance

économique », dans lequel le progrès technologique a été considéré

comme un facteur exogène. La critique majeure qui peut

être émise est que la théorie est basée sur des rendements

d’échelle décroissants (c’est-à-dire qu’une augmentation des

facteurs de production se traduira par une augmentation de la

production proportionnellement inférieure). Mais on n’observe

pas toujours un déclin du rendement, en particulier dans les

secteurs à forte intensité de connaissances. En réponse, les

économistes ont cherché à endogénéiser le progrès technologique

(également appelé productivité globale des facteurs)

dans leurs modèles de croissance économique. Dans cette

perspective, le progrès n’est plus considéré comme un phénomène

naturel stimulé par le comportement des agents et des

incitations extra-économiques, mais comme un phénomène

d’ordre économique sujet à des choix spécifiques. Cela remet

également en question la baisse de la productivité marginale

des facteurs de production, principalement en raison des

externalités positives qui peuvent résulter de l’interaction des

entreprises (ou des biens publics mis à leur disposition). Dans

le modèle canonique de Paul Romer de 1986, les externalités

apparaissent parce que les investissements des entreprises

bénéficient non seulement aux agents spécifiques, mais elles

améliorent aussi la productivité globale en augmentant le

niveau de développement technologique de l’économie dans

son ensemble. En introduisant la notion de capital humain, en

1988, Robert Lucas a souligné les externalités positives qui

pourraient résulter de la simple interaction d’agents qualifiés

et de leurs homologues compétents. Grossman et Helpman

(1993) ont également souligné l’importance des incitations

à l’innovation pour la croissance et aussi l’offre endogène

du capital humain et l’offre résiduelle de travail non qualifié.

éducation et croissance. Des études récentes sur les différences

internationales de la production par travailleur et

des taux de croissance économique ont mis l’accent sur le

rôle du capital humain dans le développement économique.

En effet, la plupart des études transnationales empiriques sur

la croissance à long terme incluent à présent une mesure du

capital humain. Barro (1991), en utilisant des données pour

98 pays pour la période 1960-1985 et les taux de scolarisation

aux niveaux primaire et secondaire en 1960 comme indicateurs

pour le capital humain initial, a constaté que les taux

de scolarisation avaient statistiquement des effets positifs

significatifs sur la croissance du PIB réel par habitant. De

même, Cohen et Soto (2001), à l’aide de séries de données

chronologiques transnationales sur le degré d’instruction (ou le

nombre moyen d’années d’études) ont constaté que l’éducation

avait statistiquement des effets positifs significatifs sur la crois-

52

sance économique. Hanushek et Kimko (2000) ont étudié de

près les effets de la qualité de l’éducation sur la croissance

économique. A l’aide des résultats de tests internationaux

comme indicateurs de la qualité des systèmes éducatifs, ils

ont constaté que la qualité de l’éducation avait un effet positif

sur la croissance économique. Une étude portant sur 92 pays

entre 1960 et 2000 par Chen et Dahlman (2004) a montré qu’une

augmentation de 20 pour cent du nombre moyen d’années

de scolarité de la population tend à augmenter la croissance

économique annuelle moyenne de 0,15 point de pourcentage.

Sur une étude transnationale macro-économique réalisée par

Barro (2000), le rendement de l’éducation est estimé à 0,44

point de pourcentage supplémentaire de la croissance du PIB

par habitant du pays pour chaque année supplémentaire de

scolarité achevée.

Recherche et développement (R&D) et croissance. Diverses

études ont montré que l’innovation et la production des connaissances

techniques ont des effets positifs importants sur la

croissance économique et la croissance de la productivité. Par

exemple, Lederman et Maloney (2003), en utilisant les régressions

des panels de données des moyennes sur cinq ans entre

1975 et 2000 pour 53 pays, ont révélé qu’une augmentation de

1 point de pourcentage du ratio du total des dépenses de R&D

par rapport au PIB a augmenté le taux de croissance du PIB de

0,78 point de pourcentage. Dans l’étude déjà mentionnée, Chen

et Dahlman (2004) ont démontré qu’une augmentation de 20

pour cent du nombre annuel de brevets délivrés par le Bureau

américain des brevets et marques (USPTO) a été associée à une

augmentation de 3,8 points de pourcentage de la croissance

économique annuelle. Cincera et van Pottelsberghe (2001) ont

étudié les effets à long terme des différents types de R&D sur

la croissance de la productivité multifactorielle, en utilisant

des données de panel de l’Organisation de coopération et de

développement économiques (OCDE) pour la période 1980-

98 19 . Ils ont constaté que la R&D publique des entreprises, et

de l’étranger avait toujours statistiquement des effets positifs

significatifs sur la croissance de la productivité. Adams (1990),

en utilisant des chiffres d’articles scientifiques universitaires

dans divers domaines scientifiques comme indicateurs du

stock de connaissances, a constaté que les connaissances

ont contribué de manière significative à la croissance de la

productivité globale des facteurs des industries manufacturières

américaines pour la période 1953-1980 20 . Les données

montrent également que la R&D, notamment dans le secteur

des entreprises, peut stimuler la croissance économique.

Khan et Luintel (2006) montrent que la force de ce lien varie

dans l’OCDE, et ils indiquent plusieurs déterminants (comme

le capital humain, les infrastructures, les investissements

étrangers directs et les exportations et importations de haute

technologie) qui ont des effets importants sur la productivité,

19. Cincera et van Pottelsberghe (2001) définissent la R&D publique comme celle réalisée par les administrations et le secteur de l’enseignement supérieur, et la

R&D étrangère comme la R&D des entreprises réalisée dans les autres pays de l’OCDE.

20. Adams (1990) utilise des comptes annuels de publications du monde entier dans neuf domaines scientifiques : l’agriculture, la biologie, la chimie, l’informatique,

l’ingénierie, la géologie, les mathématiques et les statistiques, la médecine et la physique.


spécifiques à chaque pays. Les stocks de connaissances du

secteur privé 21 en particulier, permettent davantage que ceux

du secteur public, d’absorber les technologies internationales

et de créer des retombées des connaissances.

Technologies de l’information et de la communication et

croissance. Un nombre croissant de preuves montre que les

technologies de l’information et de la communication contribuent

à la croissance économique globale d’un pays. La

Banque mondiale a indiqué en 2009 que dans les pays à faible et

moyen revenu, chaque augmentation de 10 points de pourcentage

de la pénétration du haut débit accélérait la croissance

économique de 1,38 point de pourcentage. L’étude a également

révélé que l’impact du haut débit sur le développement était

plus conséquent dans les économies émergentes que dans les

pays à revenu élevé, qui « bénéficiaient d’une augmentation de

1,21 point de pourcentage de croissance du PIB par habitant »

pour chaque augmentation de 10 pour cent de la pénétration

du haut débit (Banque mondiale, 2009). L’étude a également

démontré que le haut débit avait un effet sur la croissance

potentiellement plus important que les autres TIC, y compris

la téléphonie fixe, la téléphonie mobile et l’Internet (Kelly et

Rossotto 2012). D’autres études appuient ces conclusions.

McKinsey & Company a estimé qu’« une augmentation de 10

pour cent du taux de pénétration du haut débit des ménages

fait progresser le PIB d’un pays de 0,1 pour cent à 1,4 pour

cent » (Buttkereit et al. 2009). En outre, une étude sur les

pays de l’OCDE par Booz & Company a révélé, dans les pays à

revenu élevé, une forte corrélation entre la croissance annuelle

moyenne du PIB et la pénétration du haut débit, tandis que « les

pays de la tranche supérieure de pénétration du haut débit ont

aussi affiché 2 pour cent de plus de croissance du PIB que les

pays de la tranche inférieure de pénétration du haut débit »

(Friedrich et al. 2009). En même temps, un rapport sur les TIC

et la croissance économique dans les économies en transition

indique clairement que les TIC contribuent grandement

à la productivité, la rentabilité et la croissance au niveau de

l’entreprise (infoDev 2006).

Innovation et productivité. Comme indiqué dans un rapport de

la Banque mondiale (2012), « une documentation empirique

considérable confirme l’importance des changements structurels

et de l’innovation pour la croissance de la productivité ».

Van Ark, O’Mahony et Timmer (2008) ont décomposé la croissance

économique aux États-Unis et en Europe pour analyser

la contribution de plusieurs facteurs afin de comprendre l’écart

de productivité entre les États-Unis et l’UE-15 depuis 1995.

Les auteurs constatent que le facteur clé est la différence du

taux de croissance de la productivité multifactorielle dans les

services marchands, tels que le commerce de détail, la finance

et les affaires. Jorgenson et Timmer (2011) démontrent encore

21. Mesurés par les dépenses en R&D en termes réels.

22. Brésil, Chili, Chine, République tchèque, Estonie, Allemagne, Grèce, Hongrie, Inde, Indonésie, Irlande, Mexique, Pologne, Portugal, Fédération de Russie,

Slovaquie, Slovénie, Afrique du Sud, Corée du Sud, Espagne et Turquie.

Annexe 2

que les Etats-Unis ont bénéficié d’une croissance beaucoup

plus rapide de la PGF dans la distribution et les services personnels

que l’Union européenne. Alors que la contribution des

différents taux d’investissement dans les TIC a été faible, les

changements organisationnels et les processus d’innovation

de produits et de services (plutôt que l’augmentation du capital

suite à l’introduction des TIC) expliquent la disparité des performances

entre les États-Unis et l’Europe. En somme, la

productivité des États-Unis est plus accélérée par les TIC que

celle de l’Europe.

En outre, bon nombre d’études empiriques analysent le rôle

que joue l’innovation dans la productivité et la croissance dans

les entreprises ou les secteurs de l’économie. Hall, Mairesse et

Mohnen (2009) et Hall (2011) évaluent le rendement des investissements

en R&D qui relient l’innovation à la croissance de la

productivité grâce à des mesures qualitatives des produits et

processus de l’innovation. La distinction est importante parce

que les mesures des investissements dans l’innovation, tels

que les dépenses de R&D, ne rendent pas forcément pleinement

compte de la nature de l’innovation dans les industries

de services comme la distribution ou la finance, qui ont joué

un rôle important dans les différences de croissance de productivité

entre l’Europe et les Etats-Unis. La conclusion de ces

nombreuses études empiriques confirme l’intuition induite

par la documentation sur la croissance endogène récente:

l’innovation est positivement associée à une productivité et

une croissance plus élevée des entreprises, et le taux de rendement

social de l’innovation dépasse le taux de rendement

privé en raison des retombées positives de la croissance dans

le stock des connaissances disponibles.

Innovation et emploi. En utilisant un ensemble de données

de 14 313 établissements manufacturiers provenant de 21

pays (OCDE, « engagement renforcé », et pays en développement

22 ), Dutz et al. (2011) montrent que l’innovation des entreprises

est un facteur positif très fort pour la croissance de

l’emploi, pour les produits et processus de l’innovation, et

pour la croissance de la productivité globale des facteurs.

Dans l’ensemble de l’échantillon, on relève de nombreuses

et significatives corrélations avec la croissance de l’emploi:

l’innovation, les activités d’exportation, le capital investissement

des banques commerciales, l’utilisation commerciale de

l’Internet, la certification ISO, les programmes de formation

formels, et aucun financement gouvernemental de plus de 10

pour cent. Au Moyen-Orient et en Afrique du Nord, une étude de

Stone et Badawi (2011) a montré que les petites et moyennes

entreprises innovantes se développaient le plus rapidement.

Les caractéristiques de cette innovation comprennent une

offre de formation formelle pour les travailleurs et l’obtention

d’une certification internationale de qualité.

Transformer les économies arabes 53


Annexe 2

54

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Impact. Washington, DC: Banque mondiale.


2012. Golden Growth: Restoring the Lustre of

the European Economic Model. Washington, DC.


Données sur l’économie

fondée sur la connaissance

dans le monde arabe

Note : Les données contenues dans cette annexe proviennent de sources diverses,

y compris la méthodologie d’évaluation des connaissances 2012 (KAM, www.worldbank.org/kam)

et les indicateurs du développement dans le monde de la Banque

mondiale pour 2012. Les sources complètes des données sont fournies dans la liste

des références statistiques qui suivent les tableaux.

Transformer les économies arabes

55


Annexe 3

TABLEAu A1 Indicateurs socioéconomiques

PIB (en

Main d’œuvre

Emploi

Résultat du Classement

Commerce

Valeur ajoutée (% du PIB)

millions de

totale

(% de l’emploi total)

KEI IDH

(% du PIB)

$US)

(millions)

Agriculture Industrie Services Agriculture Industrie Services

2011 2012 2011 2010 2010 2008 2010 2010 2010 2008 2008 2008

Pays arabes

Algérie 188,681 3.79 96 11 52 69 7 62 31 — — —

Arabie saoudite 576,824 5.96 56 10 97 105 2 60 38 4 20 76

Bahreïn — 6.9 42 1 — 171 — — — — — —

Cisjordanie et Gaza — — 114 1 — — — — — 13 26 61

Djibouti — 1.34 165 0.2 — — — — — — —

Émirats arabes unis 360,245 6.94 30 5 147 149 1 56 44 4 24 71

Irak 115,388 — 132 8 — — — — — 23 18 58

Jordanie 28,840 4.95 95 2 117 144 3 31 66 3 19 78

Koweït 176,590 5.33 63 1 86 93 — — — — — —

Liban 42,185 4.56 70 1 65 78 6 21 72 — — —

Libye — — 64 2 — 95 — — — — — —

Maroc 100,221 3.61 130 11 76 88 15 30 55 41 22 37

Oman 71,782 6.14 89 1 — 96 — — — — — —

Qatar 172,982 5.84 37 1 — 79 — — — — — —

Rép. arabe d’Égypte 229,531 3.78 113 27 47 72 14 38 48 32 23 45

Rép. arabe syrienne — 2.77 119 5 71 74 — — — 17 30 53

Rép. du Yémen 33,758 1.92 154 6 65 81 8 29 63 — — —

56

Tunisie 45,864 4.56 94 4 103 114 8 32 60

Comparateurs

Finlande 266,071 9.33 22 3 79 90 3 29 68 5 25 70

Chine 7,298,097 4.37 101 800 55 62 10 47 43 40 27 33

Inde 1,847,982 3.06 134 473 50 52 18 27 55 — — —

Rép. de Corée 1,116,247 7.97 15 25 102 107 3 39 58 7 25 68

Régions

Le monde arabea 2,401,696 — — 114 85 97 7 49 44 — — —

Europe de l’Est & Asie

3,615,905 — — 192 61 67 7 32 61 16 27 57

centrale

Amérique latine et

5,650,157 — — 278 44 48 6 31 62 14 23 62

Caraïbes

Moyen-Orient & Afrique

— — — 105 — — — — — 27 26 47

du Nord

Source : Banque mondiale 2012, excepté pour la colonne 2 (KAM 2012) et la colonne 3 (PNUD 2011).

Note : KEI = Indice de l’économie de la connaissance ; IDH = Indice du développement humain.

a. Le monde arabe comprend, en plus des pays arabes énumérés ci-dessus, les Comores, la Mauritanie, la Somalie et le Soudan. L’adhésion d’autres régions est telle que définie par la Banque mondiale, www.worldbank.org

— Donnée non disponible.


TABLEAu A2 Indicateurs institutionnels et de gouvernance

Indice de démocratie

(1–167, voir note)

Qualité de la réglementation État de droit

Barrières

tarifaires et non

tarifaires

2012 2011 2009 2011 2009 2011

Pays arabes

Algérie 73 –1.16 –1.04 –0.83 –0.77 130

Arabie saoudite 82 0.00 0.16 0.07 0.08 161

Bahreïn 83 0.80 0.76 0.35 0.50 144

Cisjordanie et Gaza — 0.28 –0.17 –0.43 –0.35 99

Djibouti — –0.53 –0.62 –0.75 –0.65 147

Émirats arabes unis 83 0.40 0.50 0.46 0.46 149

Iraq — –1.10 –1.01 –1.50 –1.78 112

Jordanie 80 0.25 0.30 0.23 0.29 118

Koweït 82 0.08 0.15 0.50 0.55 122

Liban 80 0.02 –0.04 –0.68 –0.66 94

Libye 85 –1.52 –1.11 –1.16 –0.86 125

Maroc 76 –0.09 –0.05 –0.21 –0.22 119

Oman 84 0.39 0.58 0.63 0.68 134

Qatar 83 0.44 0.65 0.78 0.93 138

Rép. arabe d’Égypte 74 –0.33 –0.19 –0.42 –0.06 115

Rép. arabe syrienne 72.8 –0.97 –0.98 –0.66 –0.47 157

Rép. du Yémen 82 –0.79 –0.61 –1.50 –1.25 150

Tunisie 58 –0.18 0.02 –0.10 0.19 92

Comparateurs

Finlande 87.1 1.77 1.78 1.96 1.97 9

Chine 71.6 –0.20 –0.19 –0.46 –0.34 141

Inde 64.1 –0.34 –0.32 –0.08 0.00 39

Rép. de Corée 72.6 0.95 0.82 1.01 0.98 22

Régions

Le monde arabe a — — — — — —

Europe de l’Est & Asie centrale — — — — — 5.5 b

Amérique latine et Caraïbes — — — — — 6.35

Moyen-Orient & Afrique du Nord — — — — — 3.62

Annexe 3

Source : Fondation Heritage 2012 (colonne 1) ; Banque mondiale 2011 (colonnes 2 et 3) ; EIU 2011 (colonne 4)

Note : Indice de démocratie de l’EIU (Economist Intelligence Unit) : démocratie 1–25 ; démocratie imparfaite 26–78 ; régime hybride 79–115 ; régime autoritaire116–167.

a. Le monde arabe comprend, en plus des pays arabes énumérés ci-dessus, les Comores, la Mauritanie, la Somalie et le Soudan. L’adhésion d’autres régions est telle que définie par la Banque mondiale,

www.worldbank.org.

b. Europe de l’Est uniquement.

— Donnée non disponible.

Transformer les économies arabes 57


Annexe 3

TABLEAu A3 Innovation et recherche scientifique

58

Pays arabes

Paiement des

redevances et

recettes ($US/

pop.)

Articles

de revues

scientifiques et

techniques

Brevets accordés

par l’USPTO

/ million de

personnes

Dépenses de recherche et

développement (% de PIB)

Exportations des produits

de haute technologie (%

d’exportations de produits

manufacturés)

2010 2009 2005–09 2007–09 2004–06 2010 2005

Algérie 2.74 607 0.01 — 0.12 0.50 1.48

Arabie saoudite — 710 0.92 0.06 0.05 0.73 0.67

Bahreïn — 36 0 — — 0.11 0.07

Cisjordanie et Gaza 0.3 — — — — — —

Djibouti — 2 0 — — — —

Émirats arabes unis — 265 1.6 — — — 1.87

Iraq — 70 — — — — —

Jordanie — 383 0.14 0.42 — 2.86 1.39

Koweït — 214 3.55 0.09 0.11 — —

Liban 3.4 256 0.77 — — 12.80 2.83

Libye — 34 — — — — —

Maroc 1.3 391 0.08 — 0.64 7.69 9.64

Oman — 114 0.51 — — 0.58 0.28

Qatar — 64 1.29 — — — 0.01

Rép. arabe d’Égypte 3.12 2,247 0.07 0.24 0.26 0.88 0.40

Rép. arabe syrienne 2.05 72 0.04 — — — 2.08

Rép. du Yémen 0.46 25 — — — — 0.24

Tunisie 1.79 1,022 0.1 1.12 1.03 4.89 4.51

Comparateurs

Finlande 245 4,949 138.1 3.72 3.47 10.80 25.06

Chine 10.34 74,019 1.05 1.43 1.31 27.51 30.84

Inde 2.37 19,917 0.51 0.76 0.76 7.18 5.80

Rép. de Corée 183.2 22,271 151.18 3.29 2.83 — 32.48

Régions

Le monde arabe a 1.54 6,578 — — — — 1.44

Europe de l’Est & Asie

centrale

Amérique latine et

Caraïbes

Moyen-Orient & Afrique

du Nord

116.7 29,089 31.44 b 0.89 0.81 6.70 6.07

11.2 23,968 0.63 b 0.65 0.61 10.92 12.41

4.1 11,421 3.66 b — — 3.21 2.66

Source : Calculs des auteurs basés sur la Banque mondiale 2012 (colonne 1) ; KAM 2012 (colonne 2) ; National Science Foundation 2012 (colonne 3) ; L’Institut de

statistique de l’UNESCO 2012 (colonne 4) ; Nations unies 2012 (colonne 5).

USPTO = Bureau américain des brevets et marques

a. Le monde arabe comprend, en plus des pays arabes énumérés ci-dessus, les Comores, la Mauritanie, la Somalie et le Soudan. L’adhésion d’autres régions est

telle que définie par la Banque mondiale, www.worldbank.org.

b. Tous niveaux de revenus.

— Donnée non disponible.


TABLEAu A4 Education and Labor Market

Pays arabes

Chômage des

jeunes

Dernières

données

Chômage

global

Dernières

données

Stock de

main d’œuvre

émigrée

(% main

d’œuvre)

Dernières

données

Nombre

moyen

d’années

d’études

Taux brut de

scolarisation

dans

l’enseignement

secondaire

Annexe 3

Taux brut de

scolarisation

dans

l’enseignement

supérieur

2010 2009 2009

Algérie 46 10 10 7.7 96.48 30.62

Arabie saoudite 26 5 0 8.48 96.81 32.78

Bahreïn 21 5 2 9.59 96.43 51.21

Cisjordanie et Gaza 33 25 2 — — —

Djibouti 38 41 2 — 30.46 3.47

Émirats arabes unis 6 2 1 9.5 95.2 30.4

Iraq 45 30 5 — — —

Jordanie 39 11 4 9.23 88.22 40.65

Koweït 23 3 3 6.29 89.89 17.56

Liban 21 12 31 — 82.14 52.52

Libye 27 7 3 — — —

Maroc 16 10 17 5 55.85 12.88

Oman 20 7 0 — 91.32 26.44

Qatar 17 1 0 7.45 85.22 10.24

Rép. arabe d’Égypte 26 8 9 7.08 67.2 28.45

Rép. arabe syrienne 20 21 15 5.28 74.74 —

Rép. du Yémen — — 16 3.68 45.61 10.23

Tunisie 27 14 15 7.32 90.21 34.44

Comparateurs

Finlande 20 8.40 — 9.97 108.96 90.92

Chine — 4.30 — 8.17 78.19 24.53

Inde — — — 5.12 60.02 13.48

Rép. de Corée 9.8 3.70 — 11.85 97.22 100.02

Régions

Le monde arabe a — 9.60 — — — —

Europe de l’Est & Asie

centrale

Amérique latine et

Caraïbes

Moyen-Orient & Afrique

du Nord

18.27 9.65 — — — —

14.83 7.97 — — — —

22.55 10.64 — —

— —

Source : OIT 2011 (colonnes 1 et 2) ; Chaaban 2010 (colonne 3) ; Barro et Lee 2010 (colonne 4) ; UNESCO 2012 (colonne 5 et 6).

a. Le monde arabe comprend, en plus des pays arabes énumérés ci-dessus, les Comores, la Mauritanie, la Somalie et le Soudan. L’adhésion d’autres régions est

telle que définie par la Banque mondiale, www.worldbank.org.

— Donnée non disponible.

Transformer les économies arabes 59


Annexe 3

TABLEAu 5 Technologies de l’information et de la communication

60

Pays arabes

Indice de

préparation aux TIC

(classement sur 142)

Nombre total de

téléphones pour 1

000 personnes

Ordinateurs pour 1

000 personnes

Utilisateurs

d’Internet pour 1 000

personnes

2012 2009 2008 2009

Algérie 118 1,010 100 130

Arabie saoudite 34 1,930 690 390

Bahreïn 27 2,290 750 820

Cisjordanie et Gaza — — — —

Djibouti — 170 40 30

Émirats arabes unis 30 2,660 330 820

Iraq — — — —

Jordanie 47 1,090 80 290

Koweït 62 1,270 340 390

Liban 95 540 100 240

Libye — — — —

Maroc 91 900 60 320

Oman 40 1,510 170 430

Qatar 28 1,950 160 280

Rép. arabe d’Égypte 79 790 40 200

Rép. arabe syrienne 129 640 90 190

Rép. du Yémen 141 210 30 20

Tunisie 50 1,050 100 340

Comparateurs

Finlande 3 1,710 790 840

Chine 51 800 60 290

Inde 69 480 30 50

Rép. de Corée 12 1,380 580 810

Régions

Le monde arabe a — — — —

Europe de l’Est & Asie centrale — — — —

Amérique latine et Caraïbes — — — —

Moyen-Orient & Afrique du Nord — — — —

Source : Forum économique mondial et INSEAD 2012 (colonne 1) ; KAM 2012 (colonnes 2–4).

a. Le monde arabe comprend, en plus des pays arabes énumérés ci-dessus, les Comores, la Mauritanie, la Somalie et le Soudan. L’adhésion d’autres régions est

telle que définie par la Banque mondiale, www.worldbank.org.

— Donnée non disponible.


Références statistiques

Banque mondiale. 2011. World Governance Indicators. Banque

mondiale, Washington, DC. http://info.worldbank.

org/governance/wgi/index.asp. Consulté le 5

septembre.

∤ 2012. World Development Indicators database.

Washington, DC. http://data.worldbank.org/datacatalog/world-development-indicators.

Consulté

le 15 décembre.

Barro, R. J., et J. W. Lee. 2010. “A New Data Set of Educational

Attainment in the World, 1950–2010.” NBER

Working Paper 15902. Cambridge, MA: National

Bureau of Economic Research. www.nber.org/

papers/w15902.

Chaaban, Jad. 2010. “Job Creation in the Arab Economies:

Navigating Through Difficult Waters.” Arab Human

Development Report Research Paper Series, PNUD

Bureau regional pour les États arabes. http://www.

arab-hdr.org/publications/other/ahdrps/paper03en.pdf.

Economist Intelligence unit. 2011. Indice de démocratie de

l’EIU. https://www.eiu.com/public/topical_report.

aspx?campaignid=DemocracyIndex2011. Consulté

21 janvier, 2013.

Fondation Heritage. 2012. 2012 Index of Economic Freedom.

Washington, DC: Fondation Heritage. http://www.

heritage.org/index. Consulté le 5 septembre.

Annexe 3

Forum économique mondial et INSEAD. 2012. Global

Information Technology Report 2012. Genève:

Forum économique mondial.

KAM (Méthode d’évaluation des connaissances). 2012. Banque

mondiale, Washington, DC. http://www.worldbank.

org/kam. Consulté le 15 octobre.

National Science Foundation. 2012. Science and Engineering

Indicators. http://www.nsf.gov/statistics/. Consulté

en septembre

Nations unies. 2012. United Nations Commodity Trade

Statistics Database. http://comtrade.un.org/db/.

Consulté le 10 septembre.

OIT (Organisation internationale du travail). 2011. Key

Indicators on the Labour Market, 7th edition.

Genève. http://kilm.ilo.org/KILMnetBeta/default2.

asp. Consulté le 10 septembre.

PNuD (Programme des Nations unies pour le développement).

2011. Human Development Report 2011:

Sustainability and Equity: A Better Future for All.

New York.

uNESCO (Organisation des Nations unies pour l’éducation,

la science et la culture) Institut de statistique.

2012. UNESCO Institut de statistique : Centre de

données. http://stats.uis.unesco.org. Consulté le

15 septembre.

Transformer les économies arabes 61


Notes

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Transformer les économies arabes :

La voie de la connaissance et de l’innovation

La nécessité de créer des millions d’emplois de qualité est le premier des nombreux défis de taille

auxquels est confronté le monde arabe. Pour le relever, les pays arabes auraient intérêt à adopter un

modèle de croissance s’appuyant sur l’économie fondée sur la connaissance, modèle qui se généralise

au niveau mondial.

Au cours de la dernière décennie, certains pays de la région ont relancé leur croissance et amélioré leur

compétitivité en s’engageant sur la voie de l’économie de la connaissance. Cependant, pour aller plus

loin, les sociétés arabes doivent renforcer leurs réformes dans quatre domaines clés : le développement

d’économies plus ouvertes et avec plus d’esprit d’entreprise, la préparation d’une population mieux

éduquée et plus qualifiée, l’amélioration de leurs capacités d’innovation et de recherche, et la promotion

des technologies de l’information et de la communication et de leurs applications. Le succès dépend

des progrès réalisés de manière coordonnée sur ces quatre fronts, au moyen d’approches audacieuses

adaptées aux défis et aux possibilités de chaque pays.

« Les récents événements qui se sont déroulés dans le monde arabe ont affirmé la nécessité de parvenir à plus de d’égalité, et de

dignité pour tous. Les gouvernements de la région affrontent le défi de la création d’emplois, des emplois pour les jeunes et les femmes

en particulier. Transformer les économies arabes : la voie de la connaissance et de l’innovation offre aux pays du monde arabe une

nouvelle approche des stratégies de développement qui peuvent les aider à parvenir à une croissance durable et à créer des emplois,

essentiels pour garantir l’inclusion sociale et économique. Ce rapport s’adresse aux membres du gouvernement, des entreprises et

de la société civile dans le monde arabe qui aspirent à travailler d’une manière nouvelle et différente, en utilisant les connaissances,

l’innovation et la technologie comme facteurs clés pour déterminer une voie de croissance plus inclusive et un avenir meilleur. »

Inger Andersen, Vice-présidente pour la région Moyen-Orient et Afrique du Nord, Banque mondiale

« Il faut saluer ce travail à la fois osé et opportun du CMI, parler du futur au moment où les protagonistes des révolutions arabes

sont surtout concernés par le présent est une gageure. La création de richesse et d’emplois exigent des inflexions sérieuses

dans le domaine politique vers plus de démocratie, dans la recherche de la justice sociale avec des politiques inclusives ainsi

qu’une rupture au niveau économique, en allant vers l’économie de la connaissance. Les diversités observées montrent également

que la marche vers l’économie de la connaissance passe aussi par l’exploitation des complémentarités entre les pays

du Golfe, du Maghreb et du Mashrek. Cet important travail devrait trouver écho auprès des gouvernements du monde arabe. »

Rachid Benmokhtar Benabdallah, Président de l’Observatoire National du Développement Humain et membre de l’Académie

des sciences et de la technologie, Maroc

« Transformer les économies arabes plaide non seulement avec force et arguments pour l’adoption d’un scénario de croissance

axé sur la connaissance et sur l’innovation pour le monde arabe, mais il souligne également l’importance de suivre une vision claire

pour mener les profondes réformes nécessaires pour y arriver, réformes qui outrepassent les silos sectoriels et ministériels. Une

telle vision devrait garantir que les réformes sont formulées sur un mode participatif qui assure un large soutien pour leur mise

en œuvre. Le rapport fait également ressortir l’idée de « points de croissance » qui faciliteraient l’adoption du nouveau modèle

économique. Il s’agit d’un rapport opportun et très important que tous les décideurs et tous les citoyens concernés dans le monde

arabe devraient lire. Notre avenir est façonné en ce moment par les mesures que nous prenons pour que l’avenir se plie à nos rêves. »

Ismail Serageldin, Directeur de la Bibliothèque d’Alexandrie, ancien vice-président de la Banque mondiale

CMI

Le Centre pour l’Intégration en Méditerranée est une plateforme multi-partenariale de coopération

pour faciliter l’accès aux connaissances de pointe et les meilleures pratiques, tout en générant un

appui auprès des institutions publiques et privées pour accroître la coopération, favoriser le développement

durable et des politiques intégrées dans la région méditerranéenne. Les programmes du

CMI s’efforcent de fournir des apports solides pour des choix politiques fondés sur des données et, ce

faisant, contribuer à améliorer les stratégies et les actions des gouvernements, augmenter le niveau

d’activités innovantes et des investissements dans la région, et de stimuler la coopération entre les

pays du pourtour méditerranéen.

Contact

Centre pour l’Intégration en

Méditerranée

Villa Valmer

271 Corniche Kennedy

13007 – France

Phone: + 33 (0)4 91 99 24 51 /56

Fax: + 33 (0)4 91 99 24 79

www.cmimarseille.org

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