Du général de Gaulle à Jacques Chirac

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Du général de Gaulle à Jacques Chirac

H istoire de notre temps

Du général de Gaulle

à Jacques Chirac

LE GAULLISME ET LES FRANÇAIS


Du général de Gaulle à Jacques Chirac

Les Français et le gaullisme

Sommaire 2 e partie

Le gaullisme : principes et pratiques

1. « Une certaine idée » de la France dans le

monde

47

Les fondements posés par de Gaulle : une ambitieuse

48

politique de grandeur

Depuis 1969 : la continuité mais une originalité de moins 58

en moins visible

2. « Une certaine idée » de l’État 67

De Gaulle définit le dogme en matière d’institutions 67

Les héritiers s’éloignent du dogme 74

3. « Une certaine idée » de l’économie et de la

société

78

Au temps du général de Gaulle : l’esquisse d’une

troisième voie

79

Au temps des héritiers : la perte de lisibilité du projet

social

83


Le gaullisme : principes et pratiques

Dans la mémoire des Français, le général de Gaulle est associé d’abord

à la Résistance, ensuite, aux institutions de la V e République

– en particulier à l’élection du président de la République – et enfin,

à l’indépendance de la France. Les principes fondamentaux du gaullisme

ont été définis et exposés par Charles de Gaulle au temps du

RPF, au début de la IV e République. Dans le demi-siècle qui suit

la naissance du gaullisme politique, les objectifs du gaullisme restent

identiques mais dans la pratique, leur affirmation peut varier

et évolue effectivement en fonction des circonstances. Bien qu’il

ait beaucoup publié, longtemps avant l’appel du 18 juin 1940, de

Gaulle n’a pas cherché à théoriser une doctrine. Un signe en est

donné, en exergue de son premier livre, Le Fil de l’épée (1932)

quand il cite Faust : « Au commencement était le Verbe ? Non ! Au commencement

était l’action ».

1. « Une certaine idée » de la France dans le monde

L

’historien Maurice Vaïsse, spécialiste des relations internationales

et fin connaisseur du gaullisme, a rappelé au début de son

livre consacré à La grandeur. Politique étrangère du général de Gaulle

1958-1969, le pragmatisme de la vision gaullienne : « la conception

du monde de de Gaulle est marquée par un déterminisme de l’espace

et du temps, une vision pessimiste de la nature humaine et de la

vie des sociétés mais en même temps par une grande faculté d’adaptation

et un réel pragmatisme comme le montre l’évolution de ses

idées » 1. La réflexion de Charles de Gaulle sur la France a été pré-

NOTES

1. Maurice Vaïsse, La grandeur. Politique étrangère du général de Gaulle 1958-1969,

Paris, Fayard, 1998, p. 22.

47


48

« UNE CERTAINE IDÉE » DE LA FRANCE DANS LE MONDE

coce et marquée par la Grande Guerre, la défaite de 1940, les

années de lutte pour libérer le pays et l’affaiblissement de la France

au sortir du second conflit mondial puis par la guerre froide qui

divise le monde à compter de 1947. Celle des gaullistes qui lui ont

succédé n’a pu rester insensible à la fin de la guerre froide et à un

monde désorganisé dans les années 1990 où les États-Unis tendent

à s’affirmer comme puissance absolue et hégémonique.


2. « Une certaine idée » de l’État

Elle est expliquée dans les Mémoires de guerre : « je vois en lui [l’État],

non point comme il l’était hier et comme les partis voudraient qu’il le

redevienne, une juxtaposition d’intérêts particuliers d’où ne peuvent sortir

jamais que de faibles compromis, mais bien une institution de décision, d’action,

d’ambition, n’exprimant et ne servant que l’intérêt national ». Elle

constitue un des piliers du gaullisme, imprégnant de tout son poids

les conceptions institutionnelles de Charles de Gaulle, comme celles

de la société, rejoignant sa vision de la France dans le monde (« seules

de vastes entreprises sont susceptibles de compenser les ferments de dispersion

que son peuple porte en lui-même »).

67


78

3. « Une certaine idée » de l’économie et de la société

Elle est directement issue de la conception de l’État chez de

Gaulle : « aujourd’hui, comme il en fut toujours, c’est à l’État qu’il

incombe de bâtir la puissance nationale, laquelle, désormais, dépend de l’économie.

Celle-ci doit donc être dirigée, d’autant mieux qu’elle est déficiente,

qu’il lui faut se renouveler et qu’elle ne le fera pas à moins qu’on ne l’y

détermine. Tel est, à mes yeux, le principal motif des mesures de nationalisation,

de contrôle, de modernisation, prises par mon gouvernement. Mais

cette conception d’un pouvoir armé pour agir fortement dans le domaine économique

est directement liée à l’idée que je me fais de l’État », écrit-il dans

le troisième tome des Mémoires de guerre, publié en 1959.

Dès ses débuts, le gaullisme politique, au temps de la guerre et

surtout du RPF, propose un projet spécifique pour l’économie et la

société française, celui d’une troisième voie entre capitalisme et communisme,

entre libéralisme et communisme, par l’association capitaltravail.

Si de Gaulle n’est pas et n’a pas cherché à être un penseur

social, il considère l’action sociale comme un moyen dans un projet

plus large dans lequel la cohésion nationale et le rang de la France

sont les buts suprêmes. De plus, dès 1950, les gaullistes considèrent

que le problème social est d’abord politique et que seul un changement

complet de régime peut amener une amélioration du sort des

travailleurs. Les conceptions sociales gaullistes ont des sources

variées. Au départ, elles reposent sur de fortes convictions personnelles

chez le général de Gaulle : l’horreur de l’injustice et le dédain de

l’argent.

La vision du social est ensuite inspirée à la fois des socialistes

utopistes, du catholicisme social et plus tard de l’encyclique de Jean

XXIII Mater et magistra (1961), de la formation et de l’expérience militaires,

de la connaissance des modèles allemand et anglais, des leçons

de 1940 et enfin de la méfiance envers les idéologies capitaliste et

communiste. Mais en ce domaine d’action, le gaullisme au pouvoir

a mené une politique très en retrait par rapport aux idées et l’origi-


LE GAULLISME : PRINCIPES ET PRATIQUES

nalité de la politique économique et sociale préconisée par les gaullistes

n’existe plus depuis longtemps si tant est qu’elle ait vraiment

vécu un jour.

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