La protohistoire de l'Europe barbare d'apres les decouvertes ...

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La protohistoire de l'Europe barbare d'apres les decouvertes ...

LA PROTOHISTOIRE 1)E L'EUROPE BÀRI3A RE

D APRÈS

LES DÉCOUVERTES ARCHÉOLOGIQUES RÉCENTES

IN T! I O D J C 'I' ION

En I 900, Montelius, après de longues recherches sur les

civilisations primitives de rifalie », n donné « la Chronologie

préhistorique dans la France et les pays celtiques L'âge du fer

de ces contrées s'est trouvé divisé Cl) deux grandes périodes le

JIalistuIt, du Vile siècle û la moitié du ven. C.. et La Tiitc, de la

noitié du v u siècle û l'ère chrétienne. L'archéologie jetait ainsi

un grand jour sur la protohistoire de l'Europe barbare, qui

n'avait disposé jusqu'alors que de textes très vagues et (les

indications de la linguistique. D'autre part, Naue, étudiant, les

tumulus de la région des lacs ([C la Bavière, avait saisi k'

passage de l'âge du bronze û celui du fer dans cette région 1•

Les deux éminents observateurs savaient que tes Illyriens ries

régions des Alpes styi'iennes et juliennes connaissaient l'usage

du fer au vii viii i esiècle

a. C. ; mais, d'après les découvertes faites

dais le N On' i (lUe depuis une trentaine d'a nuées, ils ne doutaient

pas que la civilisation de Hallstatt fût. Fœuvru des Celtes,

comme l'admettaient les préhistoriens français.

Depuis 1900, Une étli(lC plus complète (les stations iiiridules

en Carinthie, Styrie et Carniole, (le ('elles (le la Croatie

et de la Bosnie, ont conduit quelques savants i rapporter la

civilisation (le I-Tallstal t û un peuple,peut.-ètre ill y rien, qui

l'a urai t propagée par la conquête (tans toutes les con trées (le

l'Europe centrale et occidentale. La thèse s'appuie sitr (les

observations craniologiques, qui semîticiit distinguer deux

1. Nauc. L'epnqw' de flailstatt en Bavière, in Rei'. arch,, I8C.

V * sÉiu. - T. XVIII.

^1 l

13

u

Docu me nt

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194 REVUE ARCHÉOLOGIQUE

races différentes dans les sépultures (le l'Europe centrale.

Archéologues e. préhistoriens s'accordaient du reste pour

attribuer è (les tribus celtiques des régions rhénanes la création

de la civilisa Lion dc l 'a Tène-

Dans un mémoire sur « La Protohistoire de tri du Sud

et de la Péninsule hispanique » ([lev. arc!,., 1922), irons n eon

fait connaître des découvertes récentes qui confirment Fopinion

de Montelius. Nous nous proposons aujourd'hui de

reprendre d'ensemble, non seulement la question des origines

de la civilisation de Hallstatt, mais encore de montrer tan tes

les contributions que les nouvelles découvertes apportent. P°11»

la Connaissance d'une ne civilisation qui a régné, pendant près de

700 ans, sur, mie grande partie (le l'Europe, et qui a nième été

J)Ortée dans quelques régions des contrées habitées par les

peuples supérieurs de la Méditerranée. C'est donc toute la protohistoire

de l'Europe barbare dont nous allons présenter un

tableau succinct.

I

LA PREMIÈRE CIVILISATION DU FER

DANS ' EUROPE CENTRALE ET OccIDuNru,i:

Les origines de la civilisation de Hallstatt. Civilisation

ibéro-grecque du Sud-Est de la Péninsule hispanique.

Au viii » siècle les Phéniciens et les Grecs connaissent l'usage

du fer, les colonies helléniques du littoral de l'Italie méridionale

ont bien certainement appris la fabricatiot .i de ce

métal aux barbares de l'Italie et de l' Illyrie voisine. En revandie,

le bronze est le seul métal employé dans les autres contrées

de l'Europe. D'après quelques textes grecs, les peuples (le

ces contrées se répai'tisscnl. de la Inariièr'e suivante. Les

Ibères occupent la Péninsule hispanique ; les Ligures, la

Gaule les Vénètes, les Étrusques et les ombriens, l'Italie

les Hyperboréens, tous les pays au nord des Alpes ; les


s

REVUE

ARCHE0L0GlQUE

PUBLIÉE SOUS LA DIRECTION

]DE 1&.

E. POTTIER ET S. REINACH

-j

MEMBRES IDE I.INSTITUT

CINQUIÈME SÉRiE. - TOME XVIII

NOVEMBRE-DÉCEMBRE 1923

PARIS

ÉDITIONS ERNEST LEROUX

28, RUE BONAPARTE (VI.)

- - - - - - -....

1923

Toue droits réservés.

1•

-t


SOMMAIRE DE LA LIVRAISON

La protohistoire de l'Europe barbare d'après les découvertes archéologiques

récentes, per Léon JouLul ..................

Le Gaulois de Mondragon, par Paul Couisai, ............

Bronzes de Huelva (Espagne), par José Âiz.*.......

Notes anatoliennes, par William Mitchell RAI5AT ..........

L'interprétation des stèles funéraires attiques suite), par Paul-Louis Couceocu.

Les symboles des litanies et l'iconographie de la Vierge en Normandie au

IVI siècle, par Lionel BÀIu.oN ................

La prétendue e loi Gabinia contre la piraterie ' trouvée A Delphes, par

Jean COLIN .......................

Bulletin de l'Académie des Inscriptions ..............

Variétés Peintures du Musée de Cluny, par Edmond HAMAUcOURT.....

Nouvelles archéologiques et correspondance : Le chanoine U. Chovalier. -

Eugène Lefèvre-Pont.alis. - fleuri de la Ville de Mirmont. - Maurice

Pézard. - Sir Henri Howorili. - Le chanoine Le Mené. - Jacques

Seligmaon. - Hommage A M. Alfred Croiset. - La tombe do TonLankhainon.

- A la tombe de Toutankhamon. - Dans la Vallée (les Rois.

- Nouvelle découverte à Louqsor. - Les Nonuinents Piot et Champollion,

- La chute de Ninive. - Chronique des fouilles et découvertes eu

pays grecs. - Découvertes en Crète. - La Crète et l'Egypte. - Fouilles

A Mycènes. - Le temple de Doiran. - Constantinople au xvi • siècle.

- Les arcs de Germanicus et de Drusus è Pompéi. - Le Dictionnaire

archéologique de la Gaule. - Une hache gauloise trouvée près de

Fitz-James (Oise). - A Saint-Rem y. - La Vénus d'Arles. - Une Césarée

inconnue. - L'Ecce homo dcJeun Hay. - Faux ivoires. - Une signature

en musique. - Architectes et archéologues. - Les antiquaires en guerre et

l'affaire des sculptures restaurées du Louvre. - La bibliothèque Arthur

Engel. - Le Sbornik. - L'affaire de la • Belle Ferronnière ,. - La collection

Millon. - Le Musée de Boston en 1922. - A la Bibliothèque Nationale.

- Dans les Musées Nationaux. - Remarques sur une inscription gnostique

ou magique. - Livres condamnés. - Le Bouddhisme ........

Bibliographie : Paul VoUGA. - Gssvs. - E. C. FLORÂNCE. - Dr Louis

DUNR1CIL-CBABÀADIL. -J. H.a-Nesiu et J. SERVAIS. Liugo O msiI.a. -

A.-M. TALLOREL - Jean CÂPÂRT. - Howard CARTER et A.-C. Mice. - A.-J.

WESSINCE. - G.CORTESAU. -- Fr, lIiozev. - Bit. PP. .JAussee et SATIGNAC. -

R. P. Viscssr, capitaine MArais et R. P. ABER. - P. Barnabé MEISIERMANC -

Ugo ANTONIELLI. - GAUDEFROT-DSMOBHTNRS. - G GLOTZ. —Caria ANTI, - Autonies

KIa1.Mol'OCLI.os. - B. DisEovicil - Pende I)ujcsîi. - Institut Papyrologique

de l'Université de Lille. - Germaine 1tOUJLLARII. - Fr. PouLszs.

Ldy Boss TAYLOR. - IL-G. COLLINCWOOD. M. CLRUC. - Oskar ALBGRRN. -

S. ItiumÂcli. - Art Studies. - Frank .Jewett MATIIER. Taucred Boesics.

- Marthe CRIcE-KUBYZIGER. - Nils AOBERC. -- A Kingsley PORTER. - Tlieodore

AndrcwCooe.—GeorgianaGoddard Kusa. —lJgo JAuunoLo. —F. deSivseuu.-

- Georgiana Goddard RING. - Don Ennique Garcia de HNRReeos. -

P. CLEMEN. - .Jacques M!sNiL. - Edouard Mucasi.. A. PENNIES. - L. Rho-

CHAIIO. - Curtea Domneasca din Arges. - 6.-J. BRATIANt. - Ant MTaicKK. -

J. Torisa. - J.-G. ANOENSSON. - Jeanne LIUBA. Aiontessus de. BALLORE. -

l)'ATL. - Manuel GÂjqslo. - L. DEI.APekTg.-Fr. Poui.sis. - H. LECHAT.

E.-.M-W. TILLTÀRD. - P. Li y. - Eugène TIBURCE. - A. PONCE. - Victor

CorLoc et II. van Diij.g. - Marin M guei ga. - L. GejNr. - Alfred CROISET.

- A. DERATTE. - André BoukisoER - H. von Amin. - Jules MARTEL.

E. Corutaimm. -. H. de la VILLE de MIRUOBT. - G. LiÀYE - J. VEBSNINAC. -

Alfred Eauuouî. - A. BOURGERT. - Eugène ku.BERTINI. - Louis HAI.euuNN. - J.-G.

- P. SAINmES. - F. de Mu. y. Maurice B0IGET. - M. \VILWOrrK. -

Ernest R»AN et Henriette RENAN. - André MICHEL. - Pierre CaseioR.

Revue des publications épigraphiques relatives à l'antiquité romaine, par

R. CiesATet M- Bissixa ..................

Pages

Conditions de l'abonnement.

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Les Éditeurs rachètent les numéros des années écoulées.

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LA PflOT()1llSTOflE DE L ' EUflOPE BARBARE.

'Iliraco-Illyriens, la pari je septentrionale (le lit péninsule dus

Baika us, e t les Scy tin's, l'Orient t' u ropéeti l•

Les textes et la linguistique distinguent, dès le vile s. u. C..

parmi les 1-lvperhorécns, un Peuple appelé les Celles. Les principaux

documents se résument ainsi

1 0 AVIeTIIIS, dans le poème Oru 11wiliim,. (liii paraît

reprodui re les indica lions du périple d'l-limi icoit accompli vrai-

Sefl1blalllemelit au vi e sjecie u. C., dit que des tribus celtiques

venues du littoral de la Frise se ',Ont ét iililies au milieu des

Ligures du nord de la Gaule celle migra t ion est rapportée ait

vil e siècle. Le naviatetir C;iriliaginois naiii'ait rencoittré

(JUC des Ibères sur le lit local (le la Gaule du Su([ et de la Péiti iisuie

ce qui s'accoi'dci'ait, pour la Gaule, avec quelques noms

ibériques de localité,, du Bas-Languedoc et de la Gascogiie.

2 0 1-lécalée (55()- . iO) écrit que Marseille, fondée, on le sait,

vers 600, en territoire ligure, confine ft la Celtique.

30 Un texte d' I lérodote, caiulirnué par Ephore au iv 0 siècle,

indique qu'au milieu du y0 siècle les Celles (lolriiflaielil toute

l'Europe. On sait (lu reste que les auteurs grecs et latins des

n e et Cr siècles n. C. appellent Cellibérie les régions (III 1101(1

de la Péninsule hispanique.

1° Dans le dernier tiers du iv e siècle a. C., P y lhias trouve tics

Celtes sur le littoral de la mer du Nord.

50 Un texte tic Tite-Live, loiit. l 'autorité est discutée,

mentionne la confédéra t ion des nations ga itloises et une

mière invasion de ces nations cii Italic au comlneuiceme iii (lii

vie siècle.

60 De nombreux éléments d'une langue parlée dans I uns

les pa ys ('t'] I I(lii5 Oui ('OfldUi I les linguistes ii ranger les Celtes

parmi les peuples liido-Européens. Des (li Flïre I n'es de dialectes

leur font admettre un étal)IiSsemeuit (le t ri 1)Ius (('[tiques dans

les Il('S liretoiiiies a iii crieUr OU \'l ii siècle a . C.. et ils signalent:

cciii cinquante noms celtiques de localités dans les différentes

contrées de l'Europe centrale et occidentale.

L D'Arhnk de Jubniiiviik', Les premiers hobilunis de (Europe; Para, 1111chette,

l8'1.


106 REVUE ARCHÉOLOGIQUE

70 Sur ies nia [bas tics l) e lIl)l e s méditerranéens avec le

monde barbare, on sait (Ille les navigateurs phéniciens commerçaient

au m e siècle a. C. avec le littoral de la Gaule du

Sud cl de la Pénisuie lnspanicjue, où les Ioniens les avaient

suivis au Ville siècle. Hérodote rapporte que les Phocéens

avaient été bien accueillis par le roi tic 'I'arlcssc. un État qui

CoIflpl'c unit tout le sud-est de la Péninsule.

En résumé, les Lexies et la linguistique fout connaître

P l Un établissement des Celtes dans les lies bretonnes avant

le vill e siècle n. C. 20 l'existence (le tFil)LIS celtiques (laits le

nord tic la Gaule, ail Vi]° siècle a. C. ; 30 le domaine celtique

C()lifinait t au vi e siècle acu terri Loire de Mn rseille, (e qui j lihimentit

l'a IL ribulioii au commencement du y0 siècle d'une invasion

(les Ibères dans le sud de la Gaule, rapportée j USqU ici au

début de ce siècle; 1'' La domination des Celtes sur toute

l'Europe au niilieti titi v e siècle, cl'oii l'on déduit que la COltquète

serait antérieure i cette époque.

Les grandes découvertes de l'Europe centrale et occidentale,

les uiùtiesùToulouse et dans sa région et nos études

sur les fouilles récentes de la Péninsule hispanique ont. révélé

les faits suivants

1 0 Air te siècle le bronze est le seul métal employé dans

les contrées barbares au nord des Alpes. D'après les objets

recueillis, une Ifléme civilisation régnait dans l'Europe centrale

e L occidentale. I )a us les pays (lu Nord, en Scandinavie Vie

notamment, des décorations d'objets de bronze révéleraient

d'anciennes i tiflueutecs égéen os. Ces civilisa Lions, (but les

caractéristiques Soli l, iiieomplétemeiu t. déterminées, (lisiMi

laissent: ait siècle a. C. dans l'Europe centrale et la

Gaule orientale au " P siècle, ciai]S la Gaule du Sud et le

Nord et l'Ouest de la Péninsule hispanique, et aux y0 et

iv e siècles a. C., dans l'Ouest de la Gaule.

2 0 Au vi isiè.'le a. C., une civilisation (lu fer dite dc Hallstatt,

caractérisée comme industrie par l'imitation des formes du

bronze, existe dans toutes les contrées (le l'Europe Centrale, et,

en Occident, dans la Gaule orientale jusqu'aux bords du


LA PROTOHISTOIRE DE L'EUROPE BARBARE 197

plateau central de la France et des Cévennes méridionales.

Le passage de la civilisation du Bronze 3 celle du Fer il

constaté par Natte dans les nécropoles de la région (les lacs

(le la Bavière.

30 Au vi e siècle, dans les mêmes contrées, auxquelles se sont

ajoutées la Gaule dit Sud, les parties Nord et. Ouest de la

Péninsule hispanique et. la région flhl)ine (le l'italie jusqu'en.

Istrie, de nouveaux t y pes de l'industrie du fer, complétée

P i11' l'emploi du bronze martelé, forment une deuxième suhiJivIs]Ol1

de I lallslatt, qui s'est répandue i'apidement dans toutes

les contrées (le cette civilisation. Si Poil y trouve quelques

emprunt.s faits 3 l'industrie italique, aucun objet ne ra l)I)t'lle

les différents types (le l'industrie du fer illyrienne, bien

connue par les mobiliers funéraires de \Vatsch, Sanci-Margarethen

et Glazinac. Il faut remarquer que les découvertes des

régions alpines et de la plaine (III Tessin confirment le texte

de Tite-Live qui mentionne une pl'cnièI'e invasion gauloise

en Italie au Vi e siècle n. C.

40 Des sépultures (le La Une 3 Toulouse et 3Ensèrunc, près

de Narbonne, et sur le littoral catalan, à Mataro et 3 Sa nl"eliu

de ('iuixols, sont uiettemen t datées du VC siècle a. C. Pal'

des l)0t(1'1(5 attiques n figures rouges, Cela i iidique que, dans

ces régions du moins, la civilisation (le Hallstatt. n disparu au

cours du ve siècle, comme dans la Gaule orientale, ainsi(Ille

nous le verrons.

50 Sur te littoral Sud-Est de la Péninsule hispanique, qui

faisait partie (le l'état de Tartesse, 3 Alicaii te. Miircie e t Albacéte,

on ii trouvé dans des couettes S débris et (les nécropoles de

nombreuses oeuvres plastiques ( ,il du pays, statues, statuettes,

animaux réels ou fantastiques, faites manifestement

par les indigènes, dans lesquelles le Figuré (le certaines parties

du visage humain, et les sujets avec animaux fantastiques,

rappellent, les périodes gréco-orientale et archaïque (le l'art.

liéllénique. Ces oeuvres sont datées, eu partie (tu moins, par

des poteries attiques S figures noires et rouges qui les accompagnent.

A ces sculptures s 'ajoutent de nombreuses poteries

peintes (le motifs imités des premières séries grecques. Dans


198 BEVUE ARCHÉOLOGIQUE

d'autres parties de l'éLit de Tar'tesse, il u été recueilli, avec des

oeuvres plastiques qui i'aj>peflettt. celles do la région littorale

Sud-Est, des armes et des usi eu ensiles fer. imités de types

helléniques (lu Ve siècle, qui tic jiuvcti t él R' attribués q n'a u

travail (les idigenes.

C'est d'après l'ensemble (h' ces documents. t ex tes, Ii tu.uistiqueei.

découvertes archéologiques, que i\ln telins et les pi'èhistoriciis

ont. admis que la civilisation de 1 lallstatl était I 'oeuvre

(les tribus celtiques répandues au viii 0 siècle dans la Pu'tie

de l'Allemagne et (te ta Hollande située entre li »sAlpes I thétiques

et la nier du Nord, qui comprend le bassin su pèi'icLI r du

Danube et ses nombreux iisements de ICI'. Rien fie s'OI)j)OSe.

Ce que les Celtes aie ut appris (les Illyriens la fat inca lion (lu

fer ; mais ce sont eux qui ont ('réé successiveineiit les deux subdivisions

(le la civilisalicu de I Talista II, qu'ils oitt imposée pi'

la conquète fi toits 1(5 pettpk's qui les ciii uti raicut t fi I' Pst et ô

l'Ouest, LI après k texte (I 'l-lèi'O(lOte. Ces i iiterpréta tioits sont

confirmées par les démit 'eules de lu Gaule du Sud et (le la

Péninsule, ainsi que nous allons le voir en étudiant les migratins

et les cOil(luèteS des Celles.

De leur côté, les découvertes du S-E. de la Péninsule

hispanique montrentt pour la première fois (lite les relations

des Ioniens avec Fêtai de ' l 'art esse au vu i siècle a. C. ont

suffipour développer, ila as cet te contrée. u tic civilisation du fer

ibéro-grecque, qui ulu pas été modifiée par la (lofliiicttiout de

Cart]iage (lés la moitié du vi siècle.

Sur les mouvements qui Se sont, 1)I'O(litits dans les différentes

parties du inoun le ha chu ne au c o urs (le la période, les textes

inentiotitient. seulement. une incursion des 5cv tues qui, au

vit e siècle, se sont avances jusquâ I' Elbe, et le (lel)Iit (les

liii tes e ntre les tribus i]lvriennens, a iita i'iatcs, u rdiéen tics

e!. triballes.

2. - Al igï(iliOnS et ('o!iqU(t('S (les Celles du VI Je siècle u. C.

(1 lu moilié du Ve.

Les découvertes archéologiques ii 'Oit t rencontré dans les

sépultures et les couches à ckbris (le l'En l'ope centrale et occi-


LA PROTOHISTOIRE DE L'EUROPE BARBARE 199

dentale, qui ont succédé immédiatement à celles du Bronze, que

des objets hallstattiens. Les époques auxquelles cette civilisation

a été répandue dans les différentes contrées se ti'ouveiit.

(.111 reste datées par la chronologie de Moritelius. Au Vile siècle,

la première subdivision existe, à l'Est en Bohème, cii Silésie

et en I longrie Occidentale ; à l'Ouest, dans la Gaule Orientale.

Ait Vie siècle, la deuxième subdivision remplace partout

la première, et elle s'étend (tans les régioes des Alpes

Rhétiques et illyriennes et dans la Gaule du Sud et le

Nord et l'Ouest de la Péninsule Inspauique. Dans ces dernières

contrées la civilisation hallstattienne paraît n voit clé arrêtée,

en Italie par les Itiusques, dans la Péninsule par les Carthaginois,

maîtres du Sud-Est de ce pays. C'est ainsi qu'au milieu

du ve siècle n. C., la civilisation halistatticiute existait dans

toutes les parties de l'Europe centrale et occidentale de la

Vistule aux Colonnes d'Hercule.

Le fait (lil'atIltl li vestige de la civilisation du Bronze ne se

rencontre dans les sépultures lia llstattienlies peut être invoqué

comme une nouvelle preuve que les Celtes ont imposé leur

civilisa tioli par la conquête. Do titre pari, la supériorité de

cette civilisation Paraît aVOit' rendu facile l'assimilation (les

piiples soumis. On peut donc admettre ciuc des envahisseurs

peu nombreux ont trouvé de précieux auxiliaires (huis les

Ligures de la Gaule, les Germains de la Bohème et de la Silésie,

les Rhétes des régions Alpines et. les Ibères (le la Péninsule

hispanique, non seulement pour leurs conquêtes, mais encore

pour l'organisation sociale, économique et politique (les diftèreli

tes contrées, ainsi que le montrent les découvertes de la

Gaule. (lit et de la Péninsule hispa nique dont nous allons

parler.

1) Création de rentres 1m bi 1s. - Le petit nombre de stations

importantes de l'fige du Bronze de, l'Europe centrale et occidentale

a Fait généralement admettre que les populations,

adonnées à l'agriculture, étaient très disséminées et. sujettes à

(le fréquents déplacements. Or, dès l'apparition de la civilisation

celtique au vi e siècle dans la Gaule du Sud et la Pénin-


200 BEVUE ARCHÉOLOGIQUE

suie, oit dans les deux pays, la création (l'établissements

de toute nature, oppida, bourgades agricoles et pastorales,

villes commerçantes ci maritimes. Il suffit de citer une

vingtaine de stations et la Ville (le Toulouse qui se succèdent,

sur quarante-cinq lieues, le long (lit et (le lu 1-laute-

Garon ne, d'Albi aux Pyrénées centrales ; les nécropoles (lu

Béarn alignées sur une trentaine de lieues du plateau de

Lannemezan it Dax ; les cilanias tic la Galice, les ilOflhl)FCUSCS

stations de la ligne brisée d'une trentaine de lieues qui va de

Numance aux sources (.lit en suivant

suivati t le Jalon ; et,

enfin, sur h' littoral catalan, les importants établissements

étudiés, d 'Ampurias ilValence, sur une soixantaine dc lieues.

Si l'on rapproche ces découvertes des stations hallstat tictiites

de la Lorraine et de la Hourgogne, du cours (le 1'Aar en Suisse,

(le celles signalées v°' Natte dans la région des lacs bavarois

et des nécropoles alpi tics (le l'Italie, on voit (LUC la civilisation

celtique, en fixant ait sol d'une manière constante les populations,

n réalisé une exploitation plus complète (les richesses

naturelles (les différentes contrées, en même temps qu'elica

créé entre elles des relations qui ii'existaient pas auparavant.

2) Rites /une'Iaires. Dans l'Europe centrale et occidentale

les sépultures hallsta t tiennes saut Sous tertres ou tumulus, et

lorsque l'inhumation et lincinéi'alion existent dans une même

nécropole, la première domine. Il en est [ont, au t retnent dans

la Gaule du Sud et la Pét'I tisule. L'incinération est générale et,

si l'on excepte les tumulus du Héarn et (les Cantabres, les sépultures

sont cii petits puits creusés en sol plu t, avec des stèles

indicatrices dans quelques régions. I)aits les Pyrénées cet]trais,

des cercles (le pierres en Lourent les limbes, comme dans

certaines parties (les Alpes italiennes. Quant au mobilier

funéraire, sa composition est celle de l'Europe centrale des

armes dans les t)mi)es d'hommes, (les l)FilFC5, (les o nulettes

et de nombreux os d'animaux pi'ovcuuauut d'offrandes aliinentaires.

La céramique rappelle parfois les formes et la décoration

de celle dc l'Allemagne du Sud ; elle varie souvent de

technique et (le formes d'une région t l'autre.


.

LA PROTOHISTOIRE DE L'EUROPE BARBARE 201

3) Relations commerciales. Ait vi e siècle, toutes les voies

de communication de l'Europe barbare avec les peuples méditerranéens,

qui viennent chercher chez eux les metati \ pré-

(:.ieux, l'étain, le cuivre et l'aflhi)re, et. sans doute d'autres

produits, se trouvent (Ions le doiiiaiiie celtique. C'est ainsi que

dans les couches à débris et les sépultures des régions littorales

de la Gaule du Sud et (le la Péninsule liisim ruq ne, la

céramique peinte hellénique est représentée, tIti wi e siècle a. C.

au ve, par de nombreuses p(teries, auxquelles s'ajout.eraien t.

des objets ihéro-grecs, armes, ustensiles et poteries peintes dit

S.-E. de la Péninsule. Si l'importatioii cii o coiïiiuencé pendant

la période. Ces faits sont à rapprocher (les objets helléniques

et italo-grecs trouvés dans les sépultures des régions

rhénanes en communication facile avec I' lia lie et Marseille.

4) État économique cl politique (les contrées celtiques. - Si les

découvertes dc la Gaule du Sud et de la Péninsule ii'apporicti t.

rien de certain sur l'état politique de ces contrées, elles permettent

de compléter les inductions déjà tirées par les

préhistoriens d'après les documents de l'Europe centrale. Les

établissements de toute nature, créés par les Celtes peut' lexploitat.ioii

des richesses naturelles d'un certain iIouil)rc (le.

régions, le l-Iaut-Langue.doc, le Béarn, le. Bassin du Jalan ci)

Aragon et le littoral catalan, et, d'autre. part, la fondation (le

villes sur les grandes voies (le communication entre régions - ou

contrées, en particulier à Toulouse et à Numance, témoignent

de la puissante action que la civilisation celtique n exercée sur

le développement: (le la prospérité (les différentes contrées. Ces

nouvelles observations et le texte de Tite-Live qui iueiitioiuite

la confédération des nations gauloises clés le vi e siècle, indiquent

que les Celtes avaient apporté tiaiis les pays soumis, avec

les éléments matériels de leur civilisation, une organisation

sociale et politique qui reproduisait celle qui existait do ris la

contrée où ils étaient fixés tout (l'abord. Or. (c que l'oit sait des

nations celtiques au iii siècle dans la Gaule, la Cisalpine

et la Galatie, permet de supposer que cette organisation se

rapprochait de celle des peuples italiques avant la conquête


22 REVUE ARCHÉOLOGIQUE

romaine. Il n'est pas douteux, du reste, daprès l'établissement

des Iribus de la Frise au v il e siècle do us le nord dc la

Gaule, que les tribus ont eu la plus grande initiative clans le

choix des régions, et, qu'elles «ont eu fi compter qu'avec des

établissements déjà faits ou voisins. Il cii est, résulté des dissensions

que le développement de la prospérité (les diverses régions

et leurs relations avec les peuples méditerranéens ont pu

,,graver.

Ou est ainsi conduit fi concevoir qu'avant l'exode, les nombreuses

tribus celtiques reconnaissaien L une autorité e rurale,

Roi ou Conseil de chefs de tribus ou nations, c1iii, tout cii

inaintenatit l'unité de la languie, de la religion et de l'état,

social, avait créé au v it e siècle celte industrie de Ilalista t -li' i,

eu affranchissant les Celtes du tribut payé aux contrées d'où

Pro\enaient les éléments du bronze, leur avait permis d'armer

un plus grand nom bre (le guerriers. C'est ainsi qu'avait été

fondé nu empire qui égalait par l'étendue le 2 c empire assyrien

contemporain. Les causes des migrations ont. été celles qui

avaient provoqué au deuxième millénaire les déplacements si

prolongés des quatre tribus helleiiiques avant icur leur fixation

définitive, la recherche de terres où la vie était plus facile et

les exigences de l'aecroisscunen I rapide tics ppitla t ions. Dès

maintenant, on peut remarquer le grand progres fait ici r les

Celtes, qui s'assimilaient les peuples des pays coulquiS, ait lieu

de les détruire ou de les refouler, comme les Hellènes et les

Ombriens.

II

LA DEUXIÈME CIVILISATION DU FER DE L'EUIIOPE CENTRALE

ET OCCIDENTALE

DU 1/2 Ve SIÈCLE A. C. AUX 2/3 DU lii

Les origines rie la ewihsa/ion de La Tène,

L'Histoirc des peuples de la Méditerranée est Connue I1OUS

n'avons donc fi t'appeler ici que cc qui intéresse leurs relations

avec le monde barbare. Au début de la période, Atlièuues, ii

T


LA PROTOHISTOIRE DE L'EUROPE BAIIRA1IE 203

l'apogée de sa puissance, n développé considérablement sou

commerce dans toutes les parties de la Médi terra ruée ; les nombreuSeS

poteries attiques trouvées dans toutes les régions littorales

en téinoigneiit Vers la moitié du siècle, nue longue

lutte entre les Carthaginois unis aux Étrusques et les Grecs de

I' Italie méridionale et de Marseille s'est terminée par une convention,

qui n laissé aux Ca rtliaginois le commerce avec le

littoral du Sud-Est (le la Péninsule qu'ils avaient, conquis

après la chu te de Tvr, et aux Grecs le littoral de la Gaule et du

Nord-Est de la péninsule. Les Phocéens de Marseille afit

aussitôt créé de nombreuses colonies de Nice fi Valence. Eu

Italie, les Éi insques dornineni la région patin rie et la Campa unie;

Home, qui vient de fonder la république, se défend encore

contre les peuples (lui entourent le Latium. Les villes grec(nes

de l'Italie méridionale continuent leurs relations comrïierciales

avec les barbares de la Gaule Menta le et de l'Allemagne

du Sud. La domina lion de Carthage n'a pas modiFié la civilisation

ibéro-grecque de l'ancien état de Tartesse. Les produits

(le l'indu s trie punique ie se trouvent que dans ses colonies,

mélangés du reste avec de nombreux objets grecs qui les datent.

Dans k inonde barbare, les textes mentionnent, avec les

peuples balkaniques e t ceux (lu Nord, trois grands grou

(le nations celtiques, les Gaulois, les Belges transrhénn lis.

les Celtibères et les Lusitaniens de la Péninsule hispanique.

Oui en conclut, que l'empire celtique s'est dissous liai' suite de

son étendue et des intérêts (liflérents développés dans rhaeu

ii (les trois groupes. Comme organisation politique, les

textes indiquent, que la confédération des nations gauloises

subsistait au commencement du iv e siècle.

Les découvertes archéologiques ont montré que vers le

milieu duv e siècle les éléments de lin(lustrie lia]lstal tienne

sont transformés dans toutes les contrées ccli it1nes.

Les caractéristiques de la nouvelle industrie sont les suEanites.

Avec quelques parties accessoires des objets ha]lsta ttiens,

les produits métalliques, arnws, usicuisiles, paru es,

se ral)l)u'Oclwnt, comme nature, technique et formes, de ceux

des peuples grecs. Il en est de même de la céinnhique, du moins


y'-. 2!'

204 REVUE ARCHÉOLOGIQUE

dans certaines régions. Quant i la décoration, on y trouve,

avec les dessins géométriques et (1i1)yIiCnIS (k I lalislatt,

(les motifs helléniques et (I 'autres d'inventinii liLdigélle.

Dans certaines contrées, notamment dans la Gaule orientale,

les rites funéraires sont changés comme disposition de la sépulture

et état des restes humains mais la composition du

mobilier reste la même et comprend des armes dans les tombes

d'hommes.

Telles sont les caractéristiques (le la jTC période (le la civilisation

de La Tène: Les armes et les parures se modifient

légèrement au iii e siècle, où ('OIIUTICflCC Une deuxième subdivision

(le cette. civilisation. C'est alors qin 'apparaissent (les

objets de verre, et les décorations de bronze émaillé et (le

corail. A la même époque, la monnaie est adoptée dans toutes

les contrées celtiques, eu particulier dans la Gaule du Sud

et la Péninsule hispanique, où les t ypes sont imités de pièces

helléniques ou gréco-sicules.

C'est dans les régions situées (le chaque côté du Rhin qu'ont

été trouvées les sépultures les plus riches de La Tène, souvent

datées par des objets grecs et italo-grecs. Aussi, c'est aux

lations (le cette contrée, eu relations faciles avec l'Adriatique,

l'Italie et Marseille, que l'on attribue géniéralemenit la création

de la civilisation de La Téne, qui s'est répandue rapidement

dans toutes les parties (lit domaine halislattieti.

Quant aux I)euiPlc's (lit Nord et (le FOrien t, Germains et

Scythes, leurs civilisations, encore imparfaitement ilétei'ininées,

accuscnttout d'abord l'emploi presqueexclusif (111 1)I'OnZe,

bien que des objets (le la Tène aient pénétré dans ces contrées;

mais il n'est pas douteux que l'industrie tIn fer se

soit développée dans ces pays au cours de la l)ério(11.

2. - Migrations et conquêtes des Gaulois e! des Belges

premières incursions des Gernuiins dans le domaine celtique.

Les indications (les textes sur les causes des migrations

des nations celtiques sont les mènmes que dans la période

précédente : la recherche tic terres où la vie était facile pour


LA PROTOHISTOIRE DE L ' EUTIOPE BARBARE 205

satisfaire i l'accroissement (les populations. C'est ainsi

vi'iiiseinbhtli!c rami I que les (elles, qui n'ont pltisc'oiioilei'

que ries établissementsk dans les pa ys inédi Le.rranéeus, ont été

amenés ïi transformer l'industrie de Hallstatt en celle rie

la Tène, plus appropriée pou r les armes aux combats qu'ils

devaient livrer cl pour les autres objets industriels aux j)I'Ogrès

d'une civilisation développée par l'exploitation plus complète

des richesses des différentes contrées et les relations

avec les peuples médi t erra liée lis.

IV- rapporte que dans les premières

airiiees rie ce siècle, deux essaims de nations gauloises se sont

dirigés, Fuit vers les contées Misées de l'Allemagne du Sud,

(Le hi Bohème et de la Basse-Autriche l'autre, vers l'italie.

(:(S derniers, après avoir défait les Etrusques et les Romains,

fondent entre les Alpes et l'Apeiinin un Lat, appelé. Gaule

cisalpine par les Hoimiains, qui n duré près de 200 ans. Au

cours du nième siècle, tic nombreuses tribus belges traversent

le Ritimi et s'établissent entre le Bliin et la Seine, dans une

gui mit' région, le JJclijim des Romains, Enfin, fi c'est i la

mnéme époque que les Cultes tic la Gaule orientale s'avancent

peu r peu vers l'Atlantique et imposent leur' civilisation

n ux poptmla Lions de l'Ouest de la Gaule.

II I' siècle. Dans la première partie (le ce siècle, des

Lm'il)us belges t rammsm'hémia nes, refoulées, croit-on, par les Germains

révoltés, émigrent les Aréuoniiques et. les Tectosages

gagimemit la Gaule du Sud déjà ciii isée, où elles se fixent entre

le li Litrie et la Garonne, rie, ta midis que d ' autres tribus se dirigent

vers la Péninsule des Btlkairs, pénètrent jusqu 'à Delphes,

dont elles pillent le temple, puis, remontent vers la Tlirace.

Elles sont appelées en Asic Mineure par un roi de Bithynie

et i'oiidt'iit ('ii Cappadoce l'EUt t des Gables au milieu (les

Grecs de la Séleucie. Etifimi, c'est au m e siècle qu'une première

incursion des Germains clans une contrée celtique n

refoulé les I lelvetes de la Soimabe et de la Franconie, et que

des tribus belges auraient poi'té la civilisation de la Tène


206 REVUE Ai-iCI lIOL()G1QUE

(laits les 11es breton tics. Il reste mai nl:enaiil û faite connaître

les ('witrilJutioitS que les découvertes de la Gaule du Sud et

(le la Péninsule hispanique apportent û la protohistoire de

la période.

I) Relations (les Gaulois e! (les Belges (WCC les populations

qu' ils on! souiiiises. L'archéologie et les textes montrent

que, (la US leurs nouvelles couquètes, les Celtes ont conservé

leur civilisation avec toutes ses carac:téris-tiques. \1ais si

les Scot'disques oui Imposé leurs moeurs et leurs habitudes

aux Ill y riens du nord (le la Péninsule balkanique, les Gaulois

nuit I modifié en rien la civilisation (les popula t 1(1115 et itt-

('iSéeS de la région padii fle ; ils ne leur ont, du t'este% emprunté

que des objets de luxe. Il paraît en avoir été (le ittènie des

(;akitcs vis-ii-vis des (Arecs.

i)'ailieurs, la convoitise de nouvellisterres a subsisté

citez cos tribus belliqueuses, qui, de temps -à cherchent,

R l)éltétt'er (Jans les régions qui les entourent.. Ces eXl)é(iitiOflS,

repoussées en Italie, ont été suivies de quelques succès en

Aie Mineure. Nous ajoutons que, d'après les textes, les Celtes

(le la Celtibèrie paraissent avoir adopté la langue (les Mères,

et ceux de. la Galatie, la langue grecque, et que les monnaies

cl (le rares iiisci'iptioits indiquent. que l'alphabet grec était

en usage usage. (laits la Gaule au iii e siècle.

2) Les centres ltahile's, - Les découvertes (le la Gaule du Sud

et de la Péninsule hispanique font ressortir l'accroissement

parfois considérable (les villes et bourgades fondées (laits la

période précédente. Cela est manifeste, û Toulouse. (laits la ville

(les bords du fleuve û I tidica, dans la ville celtibét'ieti iie i ccolée

û Empot'ion et dois lus oppida voisins. A Tarragone, les rernaniements

de la muraille cyclopéenne en têntoigiietit également.

Dans ('es régions on trouve (les imitations de l'installation

(les villes gt'ecques dans les habitations, les édifices et leur

décoration, et l ' on peut en déduire qu'il en été ainsi dans

nombre (le villes aux noms celtiques des régions de l'Europe

Centrale et Occidentale, plus ou moins voisines des contrées

des peuples méditerranéens.


LA PROTOIfISTOIBE DE L'EUROPE BARBARE 207

:3) Rites funéraires. Les rites funéraires n'ont pas été irlodifiés

par la civilisation de La Tène dans la Gaule du Sud et

la Péninsule. fti y trouve toujours l'incinération et les

toriilas en sol plat. Toutefois, dans quelques localités, notamnieni.

i Toulouse et ù San Feliti de Guixols, la sépulturc

multiple apparaît dans des puits ou silos plus ou moins

profoiids. Mue les mêmes contrées, des bijoux eu or, souvent

imités de modèles grecs, l'appellent les trouvailles d('S sépul-

I ores des régions rhénanes et de la Cisalpine. C'est (loue d'une

nouvelle série que se trouve datée l'étude des sépultures de

La Tène, où ]'oit connaissait encore que les inhumations

en sol plat des tombes de la Marne, et le mélange inégal de

l'inhumation et de l'incinération des nécropoles des autres

contrées celtiques.

4) Elat éconoinique ries ronli'e'es celtiques. - Dans la Gaule

du Sud et la Péninsule, il n élé trouvé d'impoi-[ants témoins

(les relations (les différentes contrées entre elles et avec les

l)eul)leS inédi terranéens. Ou rencontre, en effet, dans une zone

plus ou moitis large autour du littoral méditerranéen, (les

poteries attiques à figures rouges, beaucoup de poteries

i talo-grecques, de nombreuses monnaies grecques, sicules et

barbares, ainsi que des armes, ustensiles et poteries ornées

venues de cette région du S.-E. de la Péninsule, hellénisée

depuis le vii" siècle. Ces faits, rapprochés (les observations

(les régions rhénanes et des couches à rlèhris (le Stradoniiz,

en Bohème, manifestent la prospérité que la civilisation de

La Tène avait réalisée dans toutes les parties du domaine

celtique, prospérité que Posulonius rappelait à la fin du

tu siècle eu visitant certaines régions de la Gaule du Sud.

5) Elot politique des nrxtwns celtiques. - Les textes mentionnord

des lut tes fréquentes entre tribus et nations d'une même

contrée ; ce qui n 'empêchait pas la confédération de ces

nations pour la défen s e d'intérêts communs sous l'hégémonie

de l'une d'elles, comme cela existait en Gaule au début du

Iv e siècle. Les tribus galates étaient également confédérées,


20$ REVUE ARCHÉOLOGIQUE

cl. I'oii peiil penser qu'il en était ainsi dans les autres parties

du domaine celtique, Quant ài l'organisation politique des

différentes na t jolis, ce que l'on sait. (le celle des nations de

la Gaule auxwe ctj er siècles a. C. indique que, comme dans la

période précédente, elle rappelait celle des peuples italiques

avant ta conquête romaine, avec cette particularité, à partir

tin iii siècle, de l'iiisittuiioii des Druides, qui n'existait

(m'en ('mule.

'T'

CNQUETES DES CoN'rFt1ES CELTIQUES

l'Ail LES CARTHAGINOIS, IFS ROMAINS ET LES GERMAINS

DU DERNIER TIERS DU 111e SiÈCLE A L ' ÈRE CHI(IT1ENNE.

Les différentes phases de la conquête des contrées celtiques

se résument ainsi. Pour compenser la perte des établissements

carthaginois rit Sicile après la première guerre punique, les

Barca soumettent la Péninsule hispanique jusc1u 'È i ' Ei)re et

Le siège tic Sagonte, colonie latine, inau-

le Douro (23-2l9).

gure la deuxième guerre punique, et les Romains commencent

dès 106 la coli(ItIète (le la Péninsule. La province carthaginoise

est rapidement Soumise ; mais ce n'est qu'après 70 ans

(le lu t tes et la chute de Numance que la domination romaine

s'établit définit iveiuieuit. sur la Celtibérie et la Lusitanie.

Pendant cette longue guerre, Rome n successiv cille lit con(ltIis

la Gaule Cisalpine, l' Illyrie et la Galatie. Peu de temps après,

Marseille, pressée ixir les Gaulois qui l'entourent, appelle les

légions à son secours. et c'est. alors qu'après la défaite (le la

Confédération arvuriw (123), Rome fait du SAC. de la

Gaule une province (liii réunit l'Espagne à l'Italie. I )aiis les

dernières années siècle, les Cimbres et les Teutons,

peuples gel'Iilaills, ravagent la Gaule pendant une dizaine

d'années e t menacent la Fortune (le Rouie (lui finit par les

détruire Au milieu du i siècle, des nations gauloises, sous

la crainte d'une mii.paI 1011 des Helvètes et (les Suèves d'Arioviste

qui ont passé le Rhin, implorent le secours de Home.


LA PROTOHISTOÎHE DE L ' EUROPE I3ArtuAnl-; 200

C'est alors que César, après avoir repoussé les envahisseurs,

conquiert la Gaule. Enfin, dans les premières années de l'Empire,

la Rhétie, la Vindélicie et le Norique. sont soumis. Le

Rhin et le I )aiiube, devenus la frontière du grand Empire inédite

rra née ii, doivent le défendre coutre les peuples du Nord.

Ce qu'il faut retenir des conquêtes (les contrées celtiques,

c'est la puissance du sentiment de l'indépendance nationale

développé, par les Celtes parmi les peuples si divers auxquels

ils avaient (lonné leur civilisation.

Au cours de la période, les Germains s'emparent de toutes

les contrées celtiques ait du Rhin et du Danube. A la fui

du iii siècle, Marhod et les Marcomans fondent un État qui

s'étendait de la Bohème au Danube.

Les découvertes de la Gaule du Sud et (le la Péninsule

font apparaître quelques-uns des moyens que Home a mis cmi

oeuvre pour imposer rapidement ses institutions aux contrées

soumises. Les fouilles d'Ampurias et de Villaricos montrent

les colonies helléniques et puniques transformées immédiatemnent

en villes romaines. Il en est de même à Numance., où

un municipe est bâti sut' les ruines de la ville celtibérienne.

A Toulouse, l'eiiccinte de la ville (les bords du fleuve est du

t er siècle n. C., tandis qu'une inscription de l'oppidum, datée

de l'ait n. C., mentionne la réparation d'un édifice public

par an collège semblable à ceux des villes romaines. Dans

la région. d'Albi, comme en Catalogne, les couches à débris

des oppida ne renferment pas d'objets romains, tandis qu'on

les trouve dans des villes nouvelles de la plaine où les populations

ont été appelées, ce qui témoigne de l'abandon général

des oppida. L'industrie indigène qui, jusqu'alors, s'était

inspirée de modèles helléniques, mute les types de l'Italie

qui arrivent en abondance avec les produits de ce pays,

notamment le vin et l'huile. Toutes ces transformations ont

entraîné tes crises économiques dont parlait Posidonius à

la fin du n e siècle a. C. Elles se manifestent à Toulouse pat'

la pauvreté (les mobiliers funéraires. Ces faits s'ajoutent

aux grandes découvertes (lu Mont Beuvray et d'autres

localités. Les Germains, eu s'avançant dans l'Allemagne du

y0 - T. xvm. 14


210 EVEJF ncin.:oLor;iui:

Sud et les régions danubiennes, n'ont laissé q ne des ruines,

comme le montrent les couches à débris de Srtadonitz en

Bohème.

Au coiiiiience.ment de l'ère chrétienne, la civilisation

celtique iie subsisLait que dans les lies Bretonnes et (laitsles

régions orientales (111 bassin moyen du Danube Après la

conquête romaine de la Bretagne, quelques éléments de son

oi'ncineiita lion SC sont conservés en friande. La civilisation de

La Tèiie, avec toutes ses caractéristiques, s'est maintenue en

Transvlva 111e usqu'aux gi'audes migrations des peuples aux i

et v' siècles I• C.

ltrsUMJ

La protohistoire de l'Europe barbare met en relief le rôle

prépondérant des Celtes dans les progrès de la civilisation

pendant le millénaire qui n précédé l'ère chrétienne. Il

convient de rapprocher (le ces progrès les influences que

la civilisation celtique a successivement reçues de celles

des peuples méditerranéens, et l'action qu'elle n eue sur

le développement de ces dernières.

Les Grecs, profitant de tout ce que les peuples asiatiques

avaient réalisé en le perfectionnant suivant leur

génie, créent en trois siècles cette belle civilisation grâce

û laquelle ils arrêtent, au Ve siècle a. C., le despotisme

asiatique qui veut s'imposer à l'Europe, et que les conquêtes

d'Alexandre répandent au Ive siècle a. C. dans les

contrées de l'Asie jusqu'à l'l-lindou-Kouch et l'Oxus. En

Occident, à partir du vill e siècle, le commerce grec et ses

colonies font connaître le travail (lit aux l)et1PlCS

italiques et illyriens, et ils développent, au vile siècle,

une civilisation (lu fer ibérogrecque dans le Sud-Est de la

Péninsule hispanique. Au cours (les siècles suivants, l'influence

hellénique pénètre de plus cri plus la civilisation des

nations celtiques.

Les Celtes, depuis loiigt einps fixés dans l'ouest de l'Europe


IA IWYFUHISi'UI!iI DE L ' EUROPE ti.•SIWAUE 211

centrale, réalisent, ait vu e siècle, le travail (lu fer. Par une

organisation sociale et politique assez avancée, il créent alors

la civilisation du lei', (lite. (le Hallstatt, qu'ils imposent pal

la conquête aux peuples de l'Europe centrale et occidentale,

qui ne connaissent encore que le bronze. La supériorité de

cette civilisation apporte à ces coiilrèes une prospérité

inconnue jusqu'alors, qui rend facile l'assimilation des populations

SOulilises. En deux siècles et demi un vaste empire

étai L formé qui s'étendait dc la Vistule aux Colonnes d'i 1ercule.

Cet t'mpi res e dissout vers le milieu tiLt v siècle, vraiseinbiablemeiit

par sa grandeur, même et, les intérêts différents

développés dans trois grands groupes de nations, In

Gaule, la Trausihénanie et la Celtibérie unie à la Lusitanie.

Les relations avec les puissantes colonies helléniques du

littoral méditerranéen déterminent alors la transformation de

l'industrie dc Hallstatt en celle de La Tène, qui, tout en

gardant un caractère propre, s 'inspire des types (les peuples

méditerranéens. Au Ive siècle a. C., l'excès de population

oblige des essaims (le nations gauloises à chercher (le nouvelles

terres, l'un dans les contrées celtisées de l'Europe centrale,

l'autre dans la Péninsule italique. Au 111e siècle, des tribus

belges traiisrhéiianes, pressées par les Germains armés du

fer, émigrent dans la Gaule du Sud, la Péninsule balkanique

et jusqu'en Asie Mineure. Dans leurs nouvelles conquêtes,

les Celtes conservent leur civilisation, mais ils ne modifient

pas celles (les peuples étruscisés et grecs qu'ils dominent,

Les Romains, à l'apogée de leur puissance militaire après

les guerres puniques, conquièrent en deux siècles toutes les

contrées celtiques situées en deçà du lihin et du Danube.

Les deux fleuves sont devenus la défense du grand Empire

contre les peuples du Nord qui ont déjà menacé son existence

-a fin du ii° siècle. Ils imposent à toutes ces contrées

une civilisation dont la Grèce leur n fourni les plus nobles

éléments, fi auxquels ils omit ajouté une langue qui n longtemps

« servi de lieu entre les peuples de l'Europe, un droit (lOflt se

« sont inspirées les législations modernes, la nécessité des

grands travaux publics, et une adiniliistration qui leur n per-


212 HEVUE A(ITIoLOG1ÇUE

« mis de conduire les peuples si divers qu'ils ont soumis »

Dans ces grandes luttes de la civilisation, la part des Ccltes

est particulièrement importante. Aux époques où les peupies

méditerranéens n'ont encore que des relations commerciales

avec le monde barbare et où Rome élève péniblement

les assises de sa puissance, les Celtes, en fixant les populations

de l'Europe centrale et occidentale, sujettes à de fréquents

déplacements comme les Hellènes des temps héroïques, et

en leur imposant une même civilisation, ont developpé dans

ces contrées une grande prospérité. Mais leur rôle principal,

dans l'histoire de l'humanité, est d'avoir sauvegardé pendant

plusieurs siècles, contre les Barbares (lu Nord de l'Europe,

les civilisations méditerranéennes et préparé l'expansion

rapide de la civilisation gréco-latine dans les contrées que

Home devait réunir à son empire.

Léoii .JOULIN.

1. Duruy, Abrégé d'his1jrc romaine, Paris, Hachette, 1877.

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