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Stéphane Bérard

MILLE PLATEAUX-REPAS

études en moyenne montagne

AVANT-PROPOS

Nadine Gomez-Passamar

TEXTES

Stéphane Bérard

Natacha Pugnet

Nathalie Quintane

Musée Gassendi / Cairn Centre d’art

Réserve naturelle géologique de Haute-Provence

Yellow Now / Côté arts


SOMMAIRE

Nadine Gomez

Avant-propos ......................................................................................................... 6

Premessa ..................................................................................................................... 8

Nathalie Quintane

Le drame du pique-nique ...................................................................... 11

Illustrations / Illustrazione .................................................................. 18

Il dramma del picnic ................................................................................... 29

Stéphane Bérard

Une expérimentation mais propre sur les côtés ............. 37

Illustrations / Illustrazione .................................................................. 40

Una sperimentazione ma pulita sui lati ................................... 53

Natacha Pugnet

Stéphane Bérard ou l’art de la bémolisation ...................... 57

Illustrations / Illustrazione ................................................................. 76

Stéphane Bérard, ovvero l’arte del bemollizzare ........... 89

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AVANT-PROPOS

Le voyage vers l’Italie, étape obligatoire du grand tour qui

permettait aux jeunes aristocrates érudits européens de

parfaire leurs connaissances et leur éducation, a donné

naissance au mot tourisme.

Le dispositif « Viapac, route de l’art contemporain »

a une double vocation: projet de diffusion de la création

contemporaine en territoire transalpin, il est également lié

au tourisme, une économie de plus en plus prégnante dans

les territoires bas-alpins, le va-et-vient saisonnier des touristes

remplaçant peu à peu l’économie rurale du pastoralisme.

Le développement du tourisme dans les montagnes,

implique des relations avec le terrain totalement différentes:

les montagnes, difficiles lieu de vie et de travail,

sont aménagées, rendues plus confortables et praticables

pour les nouveaux résidents avec sentiers aménagés, ponts

pour franchir les rivières, tables de pique-nique pour ne

pas s’asseoir par terre.

Les Alpes de Haute-Provence sont l’un des terrains

d’expérimentation de Stéphane Bérard. Il les connaît bien

et depuis longtemps. Sur ce territoire, il ne s’agit pas seulement

pour lui de valoriser un paysage, d’en exalter la

beauté ou les failles, d’y attirer les touristes ou d’en consoler

les habitants. Les œuvres imaginées et l’œuvre réalisée

in situ, Mille Plateaux-repas, ont comme point commun

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le constant souci de l’usage qu’on pourrait en faire, et le

regard qu’elles appellent n’est jamais coupé d’une pensée

pratique – et d’une réflexion sur nos habitudes, nos routines.

Ces œuvres s’adressent au passant, qu’il soit d’ici

ou d’ailleurs.

Mille Plateaux-repas est en ce sens emblématique. Ces

tables de pique-nique, tellement vues qu’on ne les voit

plus, brutalement soulevées par un tremblement de terre

anticipé, nous projettent dans un futur déjà passé, qui est

la temporalité propre de la Réserve géologique: demain,

c’est hier. Les terres les plus anciennes, retournées, couvrent

les plus récentes. L’œuvre de l’artiste produit un

déséquilibre à la fois physique et mental qui ne peut que

nous renvoyer aux bouleversements géologiques, au sens

dessus-dessous du temps – elle le fait avec un humour certain,

qui ne doit pas exclure une relative gravité.

Car l’humour est bien l’autre trait commun des projets

présentés ici: de la première pierre du pilier autoroutier

tronçon Digne-les-Bains-Caraglio, à l’hommage aux

raveurs transfrontaliers, en passant par un correctif qui va

à l’encontre, certes, de l’esthétique générale promue par

les directions départementales de l’équipement, le travail

de Bérard sollicite nos réactions, nos parti pris. Ce faisant,

il nous amène à porter un autre regard sur ce qui existe

déjà, sous nos yeux, un autre regard sur la ville, un autre

regard sur le territoire: ce qui semblait naturel ne l’est plus,

ce qui allait de soi devient surprenant. L’art n’est alors plus

séparable d’une vision critique.

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Nadine Gomez-Passamar


PREMESSA

Il viaggio verso l’Italia, tappa obbligatoria del grande

Tour che permetteva ai giovani europei, aristocratici ed

eruditi, di completare le proprie conoscenze e la propria

educazione, ha dato vita al termine turismo.

Il dispositivo “Viapac, strada dell’arte contemporanea”

ha una doppia vocazione: progetto di diffusione

della creazione contemporanea in territorio transalpino,

e che è anche legato al turismo, un’economia sempre più

pregnante nei territori basso-alpini, con l’andirivieni stagionale

di turisti che a poco a poco sostituisce l’economia

rurale della pastorizia.

Lo sviluppo del turismo nelle montagne implica relazioni

con il terreno totalmente differenti: le montagne,

luoghi di vita e di lavoro difficili, vengono pianificate,

rese più confortevoli e praticabili per i nuovi residenti,

con sentieri risistemati, ponti per attraversare i fiumi,

tavole da picnic per evitare di sedersi per terra.

Le Alpi della Haute-Provence sono uno dei terreni di

sperimentazione di Stéphane Bérard. Egli le conosce

bene e da molto tempo. Per lui, su questo territorio, non

si tratta soltanto di valorizzare un paesaggio, di esaltarne

la bellezza o le pecche, di attirarvi i turisti o di consolarne

gli abitanti. Le opere immaginate e l’opera realizzata

in situ, Mille Plateaux-repas [Mille vassoi-pasto], hanno

come punto comune la costante preoccupazione dell’uso

che se ne potrebbe fare, e lo sguardo che esse attirano

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non è mai privo di un pensiero pratico – e di una riflessione

sulle nostre abitudini, i nostri tran-tran quotidiani.

Queste opere si rivolgono al passante, sia che egli sia di

qui sia che provenga da altrove.

In questo senso Mille vassoi-pasto è emblematico.

Questi tavoli da picnic, talmente visti che non li si vede

più, brutalmente sollevati da un terremoto anticipato, ci

proiettano in un futuro già passato, che è la temporalità

propria della Riserva geologica: domani è ieri. Le terre

più vecchie, rivoltate, coprono le più recenti. L’opera

dell’artista produce uno squilibrio contemporaneamente

fisico e mentale che non può che rimandarci agli sconvolgimenti

geologici, nel senso del sotto-sopra del

tempo – ed essa lo fa con un umorismo certo, che non

deve tuttavia escludere una gravità relativa.

Poiché l’umorismo è proprio l’altro aspetto comune

dei progetti presentati qui: dalla prima pietra del pilastro

autostradale sul troncone Digne-les-Bains-Caraglio, all’

omaggio ai partecipanti dei rave transfrontalieri, passando

attraverso una correzione che, certo, va contro l’estetica

generale promossa dalle direzioni dipartimentali

delle infrastrutture, il lavoro di Bérard sollecita le nostre

reazioni, i nostri pregiudizi. Così facendo, ci porta a

rivolgere un altro sguardo su ciò che già esiste sotto i

nostri occhi, un altro sguardo sulla città, un altro sguardo

sul territorio: quello che sembrava naturale non lo è

più, quello che era evidente diventa sorprendente. L’arte,

quindi, non è più separabile da una visione critica.

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Nadine Gomez-Passamar


Nathalie Quintane

LE DRAME DU PIQUE-NIQUE

(un travail de compensation)

DU MÉLÈZE PLUTÔT QUE DU PIN

– Oui, pourquoi avoir choisi du mélèze plutôt que du pin?

– Est-ce qu’utiliser du pin (plutôt que du mélèze) desservirait

ton projet? – ton projet:

trois tables de pique-nique – de pique-nique – standard,

malencontreusement posées sur une pente, si bien que si

vous voulez réellement y pique-niquer, vous vous verrez

contraint de compenser du tronc (haut du corps) la pente,

adoptant une position scoliotique – votre dos formant

avec la pente un angle aigu –, position qui ne rectifierait

pas même une scoliose antérieure (cet art n’est pas un soin)

mais l’aggraverait, et la sensation de toujours glisser vers

le bas (de la pente) qu’on rattrape en crispant involontairement

une fesse, tout entier dans cette fesse en adhérence

avec le bois de mélèze, puisque le mélèze a été choisi plutôt

que le pin (mais pourquoi?).

Sans compter les éléments du pique-nique – du drame

du pique-nique –, gobelets, sandwichs, bouteille, four-

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MISES EN TROPES

Arrivant ou revenant au pays, on pénètre en terrain

conquis – ne serait-ce que parce que la conquête est historiquement

un préalable à la mise-en-tourisme: le mont

Blanc était sans propriétaire jusqu’au XVIII e siècle et qu’on

commence à l’entreprendre, les guides chamoniards se

constituant en monopole bientôt contesté. L’Algérie,

investie militairement, devient simultanément une terre

de culture et de villégiature. Or, le terrain est pleinement

conquis lorsqu’il est séparé: d’un côté, l’agriculture; de

l’autre, la culture. D’un côté, le paysan; de l’autre, le paysage.

D’un côté, le touriste; de l’autre l’artiste. C’est une

question de ponctuation, c’est-à-dire de choix de la frontière;

nous préférons aujourd’hui au point le pointvirgule,

essayant d’organiser ponctuellement des rencontres

entre paysans, artistes, touristes, etc., dans cette

demi-conscience qu’il y a quelque chose qui coince, qui

retient, qui grince, qui gêne, qui s’immisce.

La répartition des rôles et des fonctions était pourtant

bien claire: tu conduis ton tracteur, je regarde; tu salopes

le paysage, je l’améliore; tu me fais bouffer, j’évalue les

proportions/je m’extasie aux couleurs; tu déposes ton

bilan, j’achète des santons. C’était si simple, pourquoi tout

compliquer? La mise-en-paysage, quand elle est synonyme

de mise-en-tourisme quand elle est synonyme de

mise-en-marché quand elle est synonyme de mise-en-art,

exclut la mise en relation. Pour que cela marche, il faut

maintenir une certaine séparation, c’est-à-dire par

exemple une certaine idée de l’art comme séparé, enclos,

un art qui ne « touche » pas au paysage (ça, ce sont les

agriculteurs) mais le « sublime » et ainsi confirme l’idée

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que nous en avons ou que nous prêtons aux autres (mon

idée est toujours la tienne, je sais toujours déjà ce que tu

penses, puisque je l’ai pensé avant toi). Le touriste tel que

je l’envisage achète déjà dans mes rêves la sublime carte

postale du sublime pays photographié vue d’en haut. Le

touriste tel que je l’envisage achète déjà dans ses rêves (qui

sont les miens) le calisson équitable, le santon équitable,

la confiture équitable et le chèvre équitable, fabriqués au

Pérou ou à Barles par des locaux surveillés de près (hygiène,

sécurité).

Cependant que le sublime n’a déserté ni nos campagnes,

ni nos rêves de villes, ni le crâne de Dominique de

Villepin, ni le tien ni le mien, l’art – via ses œuvres – s’est

curieusement attaché depuis quatre siècles – une fois la

population sainte descendue sur terre, portant chapeau

plutôt qu’auréole – à dé-sublimer tout ce qui pouvait

l’être, et à en remettre un coup en cas de velléités ascensionnelles,

dans un mouvement de grande roue pour ainsi

dire volontaire (quand ça monte, je le fais descendre,

quand ça remonte, je le fais redescendre, etc.). La, par

exemple, montagne, est d’abord un lieu très haut où

vivent des divinités, on ne la peint pas; c’est ensuite des

pentes exploitées par des paysans, on la peint; c’est aussi

des pentes exploitées par des paysans et qui veulent dire

quelque chose (le temps, la mort, etc.), on la repeint. Brusquement,

la montagne devient lamontagne, elle est droite,

elle est vide, elle est terrible, c’est le Terrible, il n’y a personne

dessus, on la regarde d’en bas et on la peint

d’en bas; c’est la poussée romantique, dans l’omphalos

ou l’anus de laquelle nous sommes toujours, touristiquement

parlant, puisque les vues vendues de lamontagne

(haute) ne sont que l’expiration hélitreuillée des toiles de

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Une touriste en situation d'expérimenter Mille Plateaux-repas, 2012.

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Plateau-repas compensé pour la pente. Édition 2012.

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Plateau-repas compensé pour la pente (détail). Édition 2012.

Nathalie Quintane

IL DRAMMA DEL PICNIC

(lavoro di compensazione)

LARICE PIUTTOSTO CHE PINO

– Sì, perché aver scelto il larice invece del pino?

– Forse che utilizzare il pino (invece del larice) avrebbe

nociuto al tuo progetto? – il tuo progetto:

tre tavoli da picnic – da picnic – standard, maldestramente

appoggiati su di un pendio, così che se si vuole veramente

farvi un picnic, si è costretti a compensare con il

tronco (la parte alta del corpo) la pendenza, adottando

una posizione scoliotica – la schiena che forma con il

pendio un angolo acuto –, posizione che non rettificherebbe

nemmeno una scoliosi anteriore (quest’arte non è

una cura), anzi la peggiorerebbe, e la sensazione di scivolare

di continuo verso il basso (del pendio) che si corregge

contraendo involontariamente una natica, totalmente

su questa natica aderente al legno di larice, poiché è stato

scelto il larice piuttosto che il pino (ma perché?)

Senza contare gli elementi del picnic – del dramma

del picnic –, bicchieri, panini, bottiglia, forchette di plastica,

potenzialmente caduti e ammucchiati nel basso del

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Cellule de dégrisement. Dessin, 2004.

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Stéphane Bérard

UNE EXPÉRIMENTATION

MAIS PROPRE SUR LES CÔTÉS

Pensées en Basses-Alpes

Cela aurait pu commencer avec le projet d’une pièce,

qu’une cellule dite de dégrisement explique – un espace

sis en le musée Gassendi – avec sa quinzaine de mètres

carrés, murs peints en gris, revues d’esthétique et d’essais

durs sur des étagères, une table, une lampe, une chaise, un

lit de camp, un pack de bouteilles d’eau minérale, au

contexte son contraste d’avec les collections de papillons

et d’insectes multicolores, d’objets précieux et rares.

Ou bien, plus tard, sis à la frontière franco-italienne

au milieu des années 2000, je crois, où je tentai de répondre

à un appel d’offre concernant cet espace tout gazonné du

col de Larches, ancien poste frontière où, en 2004, une

magistrale rave-party avait eu lieu, unique endroit saisi

par défaut par les participants pour y écouter et dansoter

la nuit/le jour sur plusieurs morceaux en boucle, que l’on

imagine autoproduits. Une bande de terrain à la fois pas

italien ni français. Par le balisage que je proposais d’édifier

par trois larges sphères à miroirs démesurées – boules

à facettes reflétant une fois l’an les ravers accompagnant

in situ la diffraction de leur reflet, renvoyant au code grossier

qu’un étranger fut toujours perçu, d’un côté comme

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Pages 40 à 43 : Trois Boules à facettes pour le col de Larche (04). 2005.

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Du chocolat plein les murs, mais en haut. Projet pour une école maternelle. Vue d'artiste, 2009.

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Expérimentation végétale,

mais propre sur les côtés. 2010.

Page 47 à 51 : Première Pierre du pilier autoroutier tronçon

Digne-les-Bains-Caraglio. 2010.

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