Juin/Juil/Aout 2008 - Holy Cross International Justice Office

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Juin/Juil/Aout 2008 - Holy Cross International Justice Office

Juin, juillet, août 2008, no 327

Le pain des vivants


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ORIENT : renouveler son abonnement,

abonner quelqu’un d’autre... !

pour que la revue puisse poursuivre son œuvre d’information et

de formation à la mission au 21e siècle!

J’invite chacun et chacune à faire comme cet

ami: «Je voudrais d’abord te féliciter pour la Revue

Orient. Je trouve que les articles qui s’y trouvent

sont super intéressants — dans le dernier numéro en

particulier — et bien écrits dans un style simple et

direct. J’avoue que je lis la revue avec plaisir d’un

bout à l’autre. À telle enseigne que je vais t’envoyer

une commande sous peu pour en faire cadeau à des

parents et des amis.». J.-G. M.

Des témoignages sur le vif en provenance de la Famille

de Sainte-Croix enracinée dans 18 pays du monde.

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MISSIONS DES PÈRES DE SAINTE-CROIX

4901, rue Piedmont, Montréal, QC H3V 1E3


Sur la Terre des Vivants

L’évangélisation des peuples, la mission

confiée par Jésus aux disciples, qui

étaient plus de douze et qui comptaient

beaucoup de femmes, comme en témoigne

le livre des Actes des Apôtres, a peu à voir

avec un «simple concept» de l’esprit, vidé

de la chair et du sang de tout être humain.

Cela apparaît de plus en plus comme le

contraire, au fur et à mesure que les

recherches historiques, anthropologiques,

Denis Prescott, c.s.c.,

directeur

archéologiques et sociales nous permettent

de replacer les textes bibliques dans

leur contexte humain. Il faut reconnaître

que toute réponse intellectuelle à une question, genre : pourquoi

Jésus a-t-il dit telle ou telle parole ?, comporte une démonstration

rationnelle qui risque de nous entraîner dans un monde abstrait. Et

comme toute religion, fut-elle chrétienne ou non, touche à un

monde qu’on sait tout autre que ce que nos sens peuvent expérimenter,

il est normal que l’esprit humain tombe tellement dans

l’abstrait qu’il tienne «un discours religieux vidé de sa chair et de

son sang».

Le premier envoi en mission

Le mot mission est utilisé de manière courante de nos jours. Il y

a les missions économiques, les missions humanitaires, les missions

culturelles... etc., et c’est bien ainsi. De toutes ces missions on

attend des résultats, des retombées positives, comme on dit. Les

gens qui partent pour ces missions ont reçu une formation à cet

effet et ils essaient d’avoir des résultats.

Il en va de même pour la première mission de ceux qui ont été

formés par Jésus. Depuis un certain temps, ils ont intériorisé le

message sur la vie proposé par Jésus. Ils l’ont pris comme maître

du sens à la vie sur cette terre et pour l’Après. Ils ont intériorisé ce

message, se sont enthousiasmés pour ce qu’ils voient de l’action 3


4

concrète de Jésus dans la population. Ils veulent imiter le Maître de

vie.

Les textes des évangiles de Matthieu (10, 5ss), de Marc (6,7-13)

et Luc (9,1-6) parlent tous trois d’une mission de guérison tant physique

que spirituelle. «Ils partirent et ils proclamèrent qu’il fallait se

convertir. Ils chassaient beaucoup de démons, ils faisaient des onctions

d’huile à beaucoup de malades et ils les guérissaient.» (Marc 6,12-13).

Guérir une personne en cette vie ce n’est pas l’expédier dans l’autre

monde. C’est lui permettre de vivre pleinement sa vie sur cette

terre.

La conception juive — qui n’a rien à voir avec l’état de la

recherche scientifique moderne — liait étroitement la maladie à

quelque manquement à la loi donnée par Moïse et précisée par les

législateurs religieux au cours de ce millier d’années d’histoire qui

précède la prédication de Jésus. Une histoire faite de guerres de territoires,

de guerres de religion, de déportations et de retour à la

Terre sacrée. La guérison était et demeure encore aujourd’hui un

ministère essentiel à la vie toute entière de la personne humaine:

cœur, corps et esprit.

Matthieu, dont le texte est le plus tardif et le plus développé

des trois, ajoute un enseignement qu’il situe dans le cadre de cette

première mission: «Quiconque donnera à boire, ne serait-ce qu’un

verre d’eau fraîche, à l’un de ces petits en sa qualité de disciple, en

vérité, je vous le déclare, il ne perdra pas sa récompense.» (Matthieu

10,42). La récompense dont il est ici question me semble être

Photo couverture:

crédit à André Charron, c.s.c.

La Terre-Mère, mosaïcultures de

Montréal 2003

Vitrail réalisé par Jean Tétreault, c.s.c.,

à Ravine-Trompette, Haïti.


indiquée par le contexte où il est question de suivre Jésus pour

«assurer sa vie». (Mtt 10,39). Matthieu lie deux mondes, lesquels

sont imbriqués l’un dans l’autre, car nul ne peut connaître l’autre

monde sans commencer par «être» dans celui-ci.

Suivre Jésus

Les premiers disciples, puis les premières communautés chrétiennes,

ont fait de la suite de Jésus le «slogan», pour ainsi dire, qui

va traduire leur agir et leur témoignage chrétien. Guérir, donner à

manger, donner à boire aux plus nécessiteux de la société qui était

la leur. Ils donnaient vie et sens à la vie, tout en un. Plus d’un millénaire

plus tard on popularisera un manuel qui propose l’imitation

de Jésus-Christ.

Nous n’allons pas nous arrêter pour l’instant à un millénaire

ou deux, où guerres de territoires et guerres de religion, déportations

et colonisations n’ont eu cesse de rendre complexe et d’obscurcir

l’enseignement de Jésus sur ce qui est nécessaire pour assurer

la vie éternelle qui est déjà commencée, là dans la vie de tous

les jours, selon une expression courante. Jésus, comme religieux

juif, reformule en d’autres mots l’esprit de la religion de ses

ancêtres: aimer Dieu et son prochain de tout son cœur, de tout son

esprit, de toute son âme et de toute sa force. (Matthieu 12,29-34). Il

y a là plus que la redite d’une même chose. Il convient d’y découvrir

quatre dimensions de la personne humaine qui doit faire son

bonheur sur cette terre des vivants.

Le cœur évoque tous les liens de solidarité humaine tels les

liens du sang et les liens de l’amitié; l’esprit nous renvoie à l’intelligence

de notre condition de fille et fils de l’Esprit Créateur; l’âme

suggère que notre vie de l’Autre monde est vue dans le miroir de

notre vie terrestre; la force, à la fois physique et mentale, dit tout ce

qu’il faut «à nous autres gais lurons» pour construire dans la paix et

la justice une terre où il fait bon vivre.

La terre des morts

L’autre terre, celle des morts dont Jésus est vainqueur, on l’appelle

«les enfers». Nous prononçons ce mot chaque fois que nous 5


6

récitons le credo dans sa version dite du symbole des apôtres. Il ne

s’agit ni de la représentation folklorique du catéchisme en images,

ni de l’enthousiaste et joyeuse expression québécoise «c’était l’enfer».

Il s’agit plutôt de l’expression culturelle d’une religion ancestrale

qui veut, de cette façon, stigmatiser un monde vidé de toute

vie, de tout sens, un monde de néant... un monde insensé

Suivre Jésus en 2008...

Puisque nous croyons en un Dieu de la Vie, que nous voulons

suivre Jésus comme chemin de vie, nous allons donc regarder de

plus près nos luttes contemporaines où doivent toujours s’exprimer

concrètement la solidarité humaine, l’intelligence de ce qui

gouverne nos vies, le miroitement de nos idéaux et la force qui

nous habite.

Voici, en utilisant l’actualité du congrès eucharistique international

de Québec, celle de la crise alimentaire dans le monde et une

réflexion de l’Église québécoise sur l’agriculture, une manière de

déchiffrer ce que nous avons à faire pour suivre Jésus chemin de la

vie de tous les jours.

Denis Prescott, c.s.c., directeur

Quand vous priez…

Notre Père qui es au-delà de la voûte étoilée qui me fascine

et au cœur de cette terre qui me donne vie,

que ton Nom soit inscrit dans les cœurs des humains.

Que l’expérience d’une terre de justice et de paix

soit le lot d’un nombre sans cesse croissant de personnes.

Donne-nous le pain quotidien de la confiance

pour pardonner aux autres les erreurs du jour.

Ne nous laisse pas à nos égoïsmes, mais rends-nous

sensibles à toute bonne action qui révèle ta présence.

Amen


Pour un chemin de

liberté et de solidarité

Le repas de Jésus dans le

contexte d’Israël

La nourriture joue un rôle

important dans la Bible. En fait

on a calculé que dans toute la

bible on parle de manger plus

souvent que de prier. Il ne faut

sans doute pas se surprendre de

ce fait. La Bible c’est l’histoire

sacré d’un peuple qui a eu à

lutter pour se nourrir et pour

survivre. Le Seigneur accompagne

son peuple dans cette

marche et il répond aux besoins

du peuple. Un retour sur cette

longue histoire de la nourriture

nous permet de voir l’Eucharistie

comme un geste ultime d’un

Dieu qui vient nourrir son

peuple.

par Claude Grou, c.s.c.

Dans l’Évangile de Jean, le

grand discours sur le pain de

vie invite à voir Jésus, pain de

vie, comme la réalisation la plus

complète du geste de Dieu qui

donne au peuple la manne dans

le désert. (Jean 6,32-33).

Dans le contexte de l’exode

d’Israël, Dieu menait son

peuple vers la liberté, mais il est

devenu clair que le prix à payer

pour marcher vers la liberté

c’était d’abandonner la bonne

nourriture d’Égypte. « Les

enfants d’Israël dirent : Que ne

sommes-nous morts par la main de

l’Éternel dans le pays d’Égypte,

quand nous étions assis près des

pots de viande, quand nous mangions

du pain à satiété? Car vous

7


8

nous avez menés dans ce désert

pour faire mourir de faim toute

cette multitude.» (Ex. 16:3)

La manne, qui nourrira le

peuple dans le désert devient la

nourriture qui permet de poursuivre

la marche vers la liberté

mais elle ne remplace pas la

nourriture savoureuse d’Égypte

mais elle permet de poursuivre

ce chemin. Cette nourriture est

clairement don de Dieu ce n’est

pas Moïse qui vous a donné le

pain qui vient du ciel mais c’est

mon père qui vous le donne.»

Au désert, chacun reçoit la

nourriture de chaque jour pour

nourrir sa famille, on ne peut

accumuler cette nourriture ni en

faire une richesse qui peut être

commercialisée. Cette situation

changera quand le peuple sera

établi dans la terre promise.

Dans ce contexte il devenait

possible pour les uns d’accumuler

de la nourriture et de la

richesse pendant que d’autres

souffraient de la faim. C’est alors

que les prophètes s’élèveront

contre ces injustices et appelle-

Sur la route des Cailles, en Haïti, le pain quotidien vient aussi du

Père.

Photo André Charron, c.s.c.


ont à la solidarité et au partage.

« N’est-ce pas plutôt ceci, le

jeûne que je préfère... N’est-ce

pas partager ton pain avec l’affamé»

(Es. 58,7)

Jésus et le partage du pain

Jésus avait sans nul doute

compris ce message de la nourriture

qui est don de Dieu pour

son peuple en marche. Cette

nourriture permet au peuple de

se rassembler et il appelle à la

solidarité. Il ne faut donc pas se

surprendre qu’il ait critiqué les

rituels de pureté qui excluaient

une partie de la population du

repas commun. Jésus allait

manger avec ceux que d’autres

considéraient impurs.

Quand les disciples constataient,

après un discours de

Jésus que les gens n’avaient rien

à manger, Jésus demande tout

d’abord si quelqu’un a de la

nourriture. C’est seulement

quand quelqu’un offre de partager

son maigre repas que Jésus

annonce que tous pourront

manger. Dans l’Évangile de

Marc les disciples partagent les

cinq pains et les deux poissons

(Marc 6,38) Le geste de partage

était suffisant pour que Dieu

agisse pour nourrir son peuple.

L’Eucharistie, sommet du pain

partagé

Quelques heures avant sa

mort, Jésus a voulu partager le

repas pascal. Ce repas qui redisait

à chaque année la volonté

de Dieu de libérer son peuple.

Ce repas était l’expression la

plus profonde du geste de libération

du peuple. Le repas partagé

dans ce contexte affirmait

que la communauté se bâtissait

dans une intense communion

d’amour. Jean l’exprime en parlant

du lavement des pieds; les

paroles de Jésus parlent du sang

versé, du corps rompu. Ce repas

se vit entièrement dans ce geste

ultime d’amour et de liberté qui

sera complété par la mort sur la

croix.

Célébrer l’Eucharistie dans

un monde affamé

Au moment où nous parlons

beaucoup de l’Eucharistie,

pain donné pour la vie du

monde, les analystes font planer

au dessus de nous le spectre

d’une crise mondiale de l’alimentation.

Nous savons déjà

qu’un pourcentage important

de la population de la terre ne

mange pas à sa faim et la situation

semble s’aggraver. Si nous

célébrons un congrès eucharis- 9


10

tique nous devons en profiter

pour approfondir le lien entre

notre engagement à célébrer le

Seigneur pain de vie et notre

engagement à faire de notre

monde un lieu de partage du

pain de chaque jour. La phrase

d’Isaïe : « N’est-ce pas plutôt

ceci, le jeûne que je préfère...

N’est-ce pas partager ton pain

avec l’affamé » prend des

dimensions mondiales dans un

monde dans lequel nous

sommes tous conscients de l’ampleur

de la faim dans le monde.

Les tables de nos vies

par une équipe du MTC

Le 1 er mai dernier, une équipe du mouvement des

travailleuses et travailleurs chrétiens de la région du

Québec (MTC-Q) ont cherché à établir un lien entre

trois éléments de l’actualité dans la ville de Québec :

le Congrès Eucharistique International, la Fête des

Travailleurs et le Message du 1 er mai livré par les

Évêques catholiques du Québec. Le mot clef, celui qui

leur a permis d’unifier ces trois points de l’actualité

québécoise à titre de personnes croyantes en la personne

de Jésus, est fort simple : TABLE.

Les tables de nos vies

Tout le long de nos vies,

nous nous retrouvons à différentes

tables où nous donnons

et recevons.

Ces tables nous permettent

d’amener notre contribution au

monde. Ce sont d’abord les

diverses tables de travail qui

sont associées à des emplois: de


la table à dessin à la table du

boulanger, en passant par l’établi,

le pupitre ou le banc de scie.

Des personnes actives avec ou

sans salaire se retrouvent également

autour de la table de cuisine,

de la table à langer ou

d’une table de réunion.

Les assemblées d’un organisme,

les réunions de conseils

d’administration, les comités de

négociation se passent autour

de tables décisionnelles et ces

choix influencent la vie d’un

grand nombre.

Il y a enfin les tables conviviales

autour desquelles les

familles et amis se réunissent, se

retrouvent, où les joies et les

tristesses, les soucis, les espoirs

et les rêves, et même les mots

d’amour se partagent avec la

nourriture.

Les tables fréquentées

par Jésus

On peut se douter que

Jésus, le fils du charpentier, a eu

à construire des tables. Ce qui

est sûr, cependant, c’est qu’il en

a fréquenté plusieurs: celles des

exclus qu’on lui a reproché de

fréquenter (Marc 2,13-17); celles

de plus riches où il leur a

demandé d’être solidaires

(Luc 14,12-14) ; les tables « vir-

tuelles» de la multiplication des

pains où c’est la terre même qui

a servi de table (Matthieu 14,13-

21). Enfin, à table, à son dernier

repas avec ses amis (Marc 14,22-

24 ; Jean 14-17), il a voulu bien

faire comprendre le sens de

toute sa vie, donnée pour ceux

et celles qui passent toujours en

dernier, pour que tous aient la

vie en abondance.

De la place autour de

nos tables ?

Le fait de se mettre à la suite

de Jésus nous amène à nous

poser des questions, histoire

d’être cohérents avec ce que

nous prétendons être. Y a-t-il de

la place pour tout le monde

autour de nos diverses tables?

À nos tables de travail, certaines

personnes qui essaient

d’avoir une place à l’emploi se

retrouvent assises entre deux

chaises et doivent occuper des

emplois précaires. Des groupes

de personnes n’ont pas la parole

dans nos sociétés et n’ont pas

leur mot à dire à nos tables de

discussion que sont les médias.

Il y a des gens qui «passent en

dessous de la table» dans notre

société et qui n’ont pas accès

aux ressources nécessaires pour 11


12

Photo André Charron, c.s.c.

Que ce soit au Brésil ou chez-soi, la mémoire de Jésus consiste à partager

nos espoirs et nos vies.

combler leurs besoins de base et

mener une vie digne.

Nous préoccupons-nous de

savoir comment la nourriture

arrive sur nos tables ? Justement

les évêques du Québec

publient ce 1 er mai 2008 un message

sur le monde rural. Les

Évêques nous rappellent que la

mission de l’agriculture consiste

à développer la fertilité de la

terre, de nourrir les populations

et de fournir un revenu équitable

aux hommes et aux

femmes qui y travaillent.

Depuis quelques semaines,

nous voyons des populations

inquiètes pour le prix des aliments

de base. Sommes-nous

préoccupés des conditions de

travail de ces hommes et

femmes qui produisent la nourriture

de nos tables?

En sortant de table

La célébration de la messe

du dimanche nous amène à fréquenter

la table de la Parole et

la table de l’eucharistie. Nous

nous y laissons interpeller par

la Parole et nous présentons nos

vies, notre travail et nos engagements

au Seigneur. Ces offrandes

sont consacrées. Nous y


ecevons le pain, partagé dans

la fraternité, sûrs de la présence

de Jésus qui nous invite à le

suivre dans nos vies où nous

avons à poursuivre le partage et

la fraternité.

Quand nous sortons de ces

tables, comme Jésus à son dernier

repas lorsqu’il a lavé les

pieds de ses disciples, nous

sommes renvoyés aux tables de

la vie où, à la suite de Jésus,

nous sommes appelés à servir et

à nous assurer que tout le

monde ait une place. Le message

de nos évêques à l’occasion

du 1 er mai se termine par cette

phrase : « Le Congrès eucharistique

international 2008, à Québec,

sera l’occasion de rappeler combien

le mémorial de la messe nous invite

à partager les fruits de la terre et du

travail des humains. Nous sommes

conviés (à partir de la table) à poursuivre

avec d’autres un engagement

solidaire pour la protection de

la terre et le bien de l’humanité.»

Le MTC vous souhaite un

bon partage autour de vos

tables de vie, une communion

nourrissante et un Congrès

Eucharistique stimulant!

Seigneur, Dieu du ciel et de la terre, par ton Esprit Saint éclaire notre chemin.

Donne-nous le courage d’agir devant l’urgence. Accorde-nous un cœur doux

qui nous entraîne vers un plus grand respect de notre milieu de vie !

Créateur du monde, source d’amour et de vie, guide-nous dans une action fidèle

À ton projet pour le monde. Donne-nous de voir avec tes yeux pour contempler

la beauté de la création !

Dieu de la paix, par ton fils Jésus-Christ, apprends-nous la responsabilité dans la

Croissance et le partage avec justice des bienfaits de la terre!

Soutiens nos efforts à transformer nos habitudes dans une conversion vers l’unité

Avec tout être vivant!

Dieu de miséricorde, toi qui réconcilies tout en Jésus-Christ, apprends-nous à

Mieux aimer la terre pour nourrir l’espoir des enfants à naître!

Amen.

(extrait d’une prière célébrée à l’Oratoire Saint-Joseph pour le Jour de la Terre)

13


14

Source de

Notre PAIN quotidien

L’agriculture a un rôle à jouer aux plans social,

économique, environnemental et culturel. Sa mission de

base consiste à développer la fertilité de la terre, nourrir

les populations et fournir un revenu équitable aux

hommes et aux femmes qui y travaillent. « Le sol est à la

source de la vie, il est la richesse de tous, des générations

actuelles comme celles de demain. Nous avons le devoir

de le protéger . Au moment où la Commission sur l’avenir

de l’agriculture et de l’agroalimentaire au Québec

(CAAAQ) vient de déposer son rapport, le Comité des

affaires sociales de l’AECQ désire apporter sa réflexion

sur la difficile réalité du travail indispensable des

cultivateurs et cultivatrices au Québec en cette fête des

travailleuses et des travailleurs, le 1 er mai.

Voici des extraits de cette

lettre introduite par le texte qui

précède. Nous avons choisi

quelques paragraphes qui font

saisir comment notre foi chrétienne

est interpellée par la crise

alimentaire dans le monde.

Nous avons la responsabilité

d’appuyer avec un esprit critique

les politiques agricoles au

Canada et au Québec. Nous

pouvons sanctionner nos gouvernements

s’ils laissent aller à

la « va comme je te pousse »

l’utilisation des terres agricoles.

À long terme, la vie des gens et

leur pain quotidien vaut plus

que quelques investissements

qui n’enrichiront finalement

que les riches actionnaires. Pour

la plus grande majorité des gens

qui peuplent la terre, le seul

investissement qu’ils peuvent

vraiment réaliser au cours de

leur vie c’est dans la qualité et

la dignité de la vie de leur


famille. Pensons-y avec cœur.

(n.d.l.r.. nous avons interverti des

paragraphes, pour des fins rédactionnelles,

tout en conservant le

numéro qu’ils ont dans le texte officiel)

Le récit de la création

«17. Par le récit de la création,

la tradition chrétienne

nous enseigne que Dieu a confié

à l’homme et à la femme le soin

de prendre soin de la terre et de

la faire fructifier pour le bienêtre

de tous les humains. Le

projet d’amour de Dieu pour

l’ensemble de sa création s’est

traduit par une Alliance entre

Dieu et les humains lors de la

libération du peuple des israélites

de l’esclavage en Égypte.

18. Cette Alliance comportait

une exigence éthique de

solidarité avec la terre et les

humains. Elle s’est traduite par

l’instauration de trois prescriptions

socio-économiques pratiquées

lors de l’année jubilaire

qui se célébrait au terme de sept

années sabbatiques : le repos

de la terre, la libération des

esclaves et la remise de la dette.

Dieu promettait en retour

l’abondance et la sécurité des

peuples, soulignant ainsi le rapport

entre le soin de l’environ-

nement et le bien-être de l’humanité.

La terre donnera ses fruits.

Vous mangerez et serez rassasiés.

Vous vivrez confiants sur cette

terre. (Lévitique 25,19).

Nous sommes toutes et

tous interpellés par les réalités

vécues par le monde agricole.

Les enjeux sont importants aux

niveaux local, régional, national

et mondial. L’agriculture est à la

base de notre alimentation, elle

contribue en plus au développement

rural, à l’occupation du

territoire et à l’économie des

régions. Les marchés mondiaux

influencent de plus en plus nos

marchés locaux et les multinationales

exercent un grand pouvoir

sur notre alimentation.

Nous avons besoin d’un contrat

social qui liera l’État, les citoyens

et les agriculteurs, agricultrices,

plutôt que d’être au service d’une

industrie. Le ministère de l’Agriculture,

des Pêcheries et de l’Alimentation

doit se réapproprier son

pouvoir d’influencer le développement

agricole ». Nos choix de

consommation agroalimentaire

sont importants pour sauvegarder

notre agriculture, assurer

une qualité de vie aux personnes

qui en vivent, conserver

les terres agricoles et protéger

l’environnement. Nous sommes 15


16

invités à devenir des acteurs et

des actrices de changement

social.»

L’industrialisation de

l’agriculture

L’industrialisation a aussi

transformé les machineries agricoles

et les façons de travailler

la terre afin de répondre aux

exigences des productions spécialisées

et des marchés. Certaines

pratiques ont des effets

néfastes sur l’écosystème, l’environnement

et à plus long

terme sur la santé de tous. On

en a un exemple frappant dans

la pratique de la monoculture

sur de vastes terres agricoles et

l’usage excessif de fertilisants

chimiques et de pesticides utilisés

pour accroître les rendements.

Une autre pratique qui

s’impose de plus en plus est

l’utilisation de semences génétiquement

modifiées et brevetées

sous le contrôle de multinationales.

Usage du sol agricole

8. Avec la montée du prix

du pétrole, nous voyons apparaître

la culture de matières

végétales pour produire du

bioéthanol afin de répondre à

des besoins énergétiques de

consommation. Nous perdons

aussi de plus en plus de bonnes

terres fertiles au profit d’étalements

urbains et de projets de

construction d’autoroutes et de

méga centres d’achats en périphérie

des villes. De plus,

depuis quelques années, des

terres agricoles et des zones boisées

de diverses régions du

Québec sont envahies par la

culture de la marijuana pour le

marché de la drogue à l’insu des

agriculteurs et agricultrices.

9. L’agriculture est en crise.

Parmi les causes, on peut mentionner

l’endettement des

fermes, l’instabilité et la libéralisation

des marchés, les maladies

dans les troupeaux (tremblante

du mouton, crise de la vache

folle), les changements climatiques,

les exigences environnementales,

les problèmes de

cohabitation avec les citadins. Il

en résulte des conséquences très

sérieuses qui conduisent à la

perte de la qualité de vie familiale.

Détresse psychologique

10. Durant ce temps, les

attentes de la société à l’égard

des agriculteurs et agricultrices

se sont accrues et complexifiées.

L’ensemble de ces facteurs


Photo André Charron, c.s.c.

Nous sommes tous interpellés par les réalités du monde agricole.

entraîne une détresse psychologique

chez un nombre croissant

de producteurs et productrices

agricoles. Selon une récente

enquête, « un répondant sur

deux (50,9 %) présente un

niveau élevé de détresse psychologique

contre 20,11 % chez

l’ensemble des Québécois. Plus

d’un agriculteur sur 20 aurait

des idées suicidaires comparativement

à une personne sur 25

dans la population québécoise».

Serait-il possible de tenir

compte de ces facteurs humains

aggravants ? Des changements

structurels s’imposent et c’est

grand défi pour l’agriculture au

Québec.

Des gens ne peuvent

plus manger

16. Le marché de l’agroalimentaire

est devenu mondial,

nos aliments voyagent de plus

en plus empruntant un long trajet

de leur lieu de culture jusqu’à

l’assiette. Comme consommateurs

et consommatrices

nous sommes amenés à réfléchir

sur les modes d’opération

de toute la chaîne agroalimentaire

et à remettre en question

nos achats, en intégrant dans 17


18

Photo André Charron, c.s.c.

Les produits de la ferme voyagent souvent plus loin que celles et

ceux qui travaillent la terre.

nos critères de sélection des aliments,

des questions d’ordre

environnemental, social, culturel,

éthique et politique (Union

des consommateurs). Tout au

cours de l’histoire de l’humanité,

les humains ont eu à questionner

leurs valeurs, leurs pratiques

et leurs relations à l’autre

pour leur survie et celle des

générations à venir.

Un virage s’opère chez

quelques agriculteurs et agricultrices

pour sortir des impasses

provoquées par les exigences de

l’agriculture industrielle et par

la mondialisation des marchés.

Nous sommes témoins de

l’émergence d’une agriculture

d’exploitation du sol plus écologique

fondée sur les écosystèmes.

Cette approche de production

agricole gère les sols,

l’eau, les plantes et les animaux

comme les composantes d’un

tout fonctionnel.

Rapprocher les agriculteurs

des consommateurs

13. Il devient donc impératif

de redonner à l’agriculture sa

fonction de base première, celle

de nourrir les communautés

locales et nationales. Pour obtenir

les résultats escomptés, il

importe de rebâtir la solidarité

entre les producteurs et les communautés:

seul un véritable lien

de confiance permettra une

cohabitation qui est indispensable

pour assurer la survie de

la population rurale ; sinon la

perte de la matière première

aura des conséquences de plus

en plus grandes sur la santé de

l’ensemble de la population.


Manger et Prier

L’affiche de la Société de

Jésus au Québec (communément

dite les Jésuites), soulignant

le 450 e anniversaire de

leur fondation, a vraiment attiré

mon attention. Elle était constituée

de ce carré qui, sur la

route, indique qu’il y a des travailleurs

à l’œuvre. Le texte est

bref et incisif: agir c’est prier.

Jésus, dans les récits évangéliques,

agit beaucoup. Il a un

rêve, un projet de société pour

son peuple. Il dit souvent que

c’est ce que Dieu, son Père, veut

pour tous les humains. Il «mondialise

» le concept de « peuple

de Dieu» en élargissant l’action

bénéfique du Père à toutes les

nations. Le Notre Père est né

dans l’action de Jésus pour

construire un nouveau monde.

Jésus, dans les récits évangéliques,

prie beaucoup avant

d’agir et après avoir agi. Il prie

avant pour s’assurer qu’il est

bien dans le chemin de l’Esprit,

qu’il travaille dans le bon sens

du Souffle Éternel; il prie après

pour célébrer l’œuvre de Dieu

dans le renouveau de la vie.

L’eucharistie que nous

célébrons est donc née dans le

cadre de l’un de ces nombreux

repas festifs de la religion

juive de Jésus. Chaque repas de

fête a sa couleur historique, son

approche différenciée d’une histoire

de solidarité entre Dieu et

des Personnes humaines. Le

partage de nourriture est étroitement

associé au partage d’un

moment de vie... très souvent à

un événement inoubliable de la

vie. On va parler du repas sans

mentionner nécessairement la

prière.

La traduction oecuménique

de la Bible donne une table de

concordance pour les mots prier

et manger. Le premier reçoit 199

mentions, le second 793. Les

questionnements et les actions

qui portent sur la gestion des

produits de la terre et sur le sort

des personnes qui ont faim, non

seulement ne sont pas étrangers

à notre foi en l’eucharistie, mais

celle-ci ne peut exister sans eux.

Pour faire l’eucharistie, l’apôtre

Paul enseignait déjà qu’il fallait

ne rien avoir sur la conscience

contre son prochain.

Voici quelques textes pour

illustrer la foi juive que Jésus a

assumée, qu’il a partagée 19


20

autour de la table, qu’il a déclarée

valoir pour tous les humains

et que les premières communautés

de disciples ont respectée.

Gardons ces textes présents

à notre esprit et méditons-en la

sagesse tout au long de cet été

nord-américain où les biens de

la terre nous arrivent avec

autant de bonheur.

L’histoire juive avant Jésus

— Ecclésiaste. 5/17-18 :

«Voici ce que j’ai vu: c’est pour

l’homme une chose bonne et

belle de manger et de boire, et

de jouir du bien-être au milieu

de tout le travail qu’il fait sous

le soleil, pendant le nombre des

jours de vie que Dieu lui a donnés;

car c’est là sa part. Mais, si

Dieu a donné à un homme des

richesses et des biens, s’il l’a

rendu maître d’en manger, d’en

prendre sa part, et de se réjouir

au milieu de son travail, c’est là

un don de Dieu.»

— Ecclésiaste. 9/7 : «Va,

mange avec joie ton pain, et

bois gaiement ton vin ; car dès

longtemps Dieu prend plaisir à

ce que tu fais.»

Genèse. 18/2-9a: «Abraham

leva les yeux, et regarda : et

voici, trois hommes étaient

debout près de lui. Quand il les

vit, il courut au-devant d’eux,

depuis l’entrée de sa tente, et se

prosterna en terre. Et il dit: Seigneur,

si j’ai trouvé grâce à tes

yeux, ne passe point, je te prie,

loin de ton serviteur. Permettez

qu’on apporte un peu d’eau,

pour vous laver les pieds ; et

reposez-vous sous cet arbre.

J’irai prendre un morceau de

pain, pour fortifier votre cœur;

après quoi, vous continuerez

votre route ; car c’est pour cela

que vous passez près de votre

serviteur. Ils répondirent : Fais

comme tu l’as dit. Abraham alla

promptement dans sa tente vers

Sara, et il dit: Vite, trois mesures

de fleur de farine, pétris, et fais

des gâteaux. Et Abraham courut

à son troupeau, prit un veau

tendre et bon, et le donna à un

serviteur, qui se hâta de l’apprêter.

Il prit encore de la crème et

du lait, avec le veau qu’on avait


apprêté, et il les mit devant eux.

Il se tint lui-même à leurs côtés,

sous l’arbre. Et ils mangèrent.»

— Genèse 26/26-31 : « Abimélec

vint de Guérar auprès de

lui, avec Ahuzath, son ami, et

Picol, chef de son armée. Isaac

leur dit : Pourquoi venez-vous

vers moi, puisque vous me haïssez

et que vous m’avez renvoyé

de chez vous ? Ils répondirent :

Nous voyons que l’Éternel est

avec toi. C’est pourquoi nous

disons : Qu’il y ait un serment

entre nous, entre nous et toi, et

que nous fassions alliance avec

toi ! Jure que tu ne nous feras

aucun mal, de même que nous

ne t’avons point maltraité, que

nous t’avons fait seulement du

bien, et que nous t’avons laissé

partir en paix. Tu es maintenant

béni de l’Éternel. Isaac leur fit

un festin, et ils mangèrent et

burent. Ils se levèrent de bon

matin, et se lièrent l’un à l’autre

par un serment. Isaac les laissa

partir, et ils le quittèrent en

paix.»

Nombres 11/4-6 : « Le ramassis

de gens qui se trouvaient

au milieu d’Israël fut saisi de

convoitise; et même les enfants

d’Israël recommencèrent à pleurer

et dirent: Qui nous donnera

de la viande à manger ? Nous

nous souvenons des poissons

que nous mangions en Égypte,

et qui ne nous coûtaient rien,

des concombres, des melons,

des poireaux, des oignons et des

aulx. Maintenant, notre âme est

desséchée: plus rien! Nos yeux

ne voient que de la manne.»

1 Rois 17/12-13 : « Et elle

répondit : L’Éternel, ton Dieu,

est vivant! Je n’ai rien de cuit, je

n’ai qu’une poignée de farine

dans un pot et un peu d’huile

dans une cruche. Et voici, je

ramasse deux morceaux de

bois, puis je rentrerai et je préparerai

cela pour moi et pour

mon fils ; nous mangerons,

après quoi nous mourrons. Élie

lui dit: Ne crains point, rentre,

fais comme tu as dit. Seulement,

prépare-moi d’abord avec cela

un petit gâteau, et tu me l’apporteras

; tu en feras ensuite

pour toi et pour ton fils.»

21


22

Isaïe 58/7: «Ne savez-vous

pas quel est le jeûne qui me

plaît... partager ton pain avec

celui qui a faim ...»

Dans le discours de Jésus...

— Matthieu. 6/11: «Donnenous

aujourd’hui notre pain de

ce jour.»

Matthieu. 6/25 : « C’est

pourquoi je vous dis : Ne vous

inquiétez pas pour votre vie de

ce que vous mangerez, ni pour

votre corps, de quoi vous serez

vêtus. La vie n’est-elle pas plus

que la nourriture, et le corps

plus que le vêtement?»

— Matthieu. 22/1 -14 (v.2):

«Le royaume des cieux est semblable

à un roi qui fit des noces

pour son fils.»

— Luc 15/22-24 : « Mais le

père dit à ses serviteurs: Apportez

vite la plus belle robe, et l’en

revêtez ; mettez-lui un anneau

au doigt, et des souliers aux

pieds. Amenez le veau gras, et

tuez-le. Mangeons et réjouissons-nous

— car mon fils que

voici était mort, et il est revenu

à la vie ; il était perdu, et il est

retrouvé. Et ils commencèrent à

se réjouir.»

— Luc 16/19-21: «II y avait

un homme riche, qui était vêtu

de pourpre et de fin lin, et qui

chaque jour menait joyeuse et

brillante vie. Un pauvre,

nommé Lazare, était couché à sa

porte, couvert d’ulcères, et désireux

de se rassasier des miettes

qui tombaient de la table du

riche ; et même les chiens

venaient encore lécher ses

ulcères.»

— Luc 14/12-14 : « Il dit

aussi à celui qui l’avait invité ;

Lorsque tu donnes à dîner ou à

souper, n’invite pas tes amis, ni

tes frères, ni tes parents, ni des

voisins riches, de peur qu’ils ne

t’invitent à leur tour et qu’on ne

te rende la pareille. Mais,

lorsque tu donnes un festin,

invite des pauvres, des estropiés,

des boiteux, des aveugles

Et tu seras heureux de ce qu’ils

ne peuvent pas te rendre la

pareille; car elle te sera rendue à

la résurrection des justes.»

Jean 6/31-35 : « Nos pères

ont mangé la manne dans le

désert, selon ce qui est écrit: II

leur donna le pain du ciel à

manger. Jésus leur dit: En vérité,

en vérité, je vous le dis,

Moïse ne vous a pas donné le

pain du ciel, mais mon Père

vous donne le vrai pain du ciel;

car le pain de Dieu, c’est celui

qui descend du ciel et qui

donne la vie au monde. Ils lui


dirent : Seigneur, donne-nous

toujours ce pain. Jésus leur dit:

Je suis le pain de vie. Celui qui

vient à moi n’aura jamais faim,

et celui qui croit en moi n’aura

jamais soif.»

La pratique des premières

communautés chrétiennes

— Actes 2/46 : « Ils étaient

chaque jour tous ensemble assidus

au temple, ils rompaient le

pain dans les maisons, et prenaient

leur nourriture avec joie

et simplicité de cœur...»

— Actes 10/11-15: «Il vit le

ciel ouvert, et un objet semblable

à une grande nappe attachée

par les quatre coins, qui

descendait et s’abaissait vers la

terre, et où se trouvaient tous

les quadrupèdes et les reptiles

de la terre et les oiseaux du ciel.

Et une voix lui dit : Lève-toi,

Pierre, tue et mange. Mais

Pierre dit: Non, Seigneur, car je

n’ai jamais rien mangé de

souillé ni d’impur. Et pour la

seconde fois la voix se fit encore

entendre à lui : Ce que Dieu a

déclaré pur, ne le regarde pas

comme souillé.»

— Romains12/20: «Mais si

ton ennemi a faim, donne-lui à

manger; s’il a soif, donne-lui à

boire ; car en agissant ainsi, ce

sont des charbons ardents que

tu amasseras sur sa tête.»

— 1 Corinthiens 5/11 :

«Maintenant, ce que je vous ai

écrit, c’est de ne pas avoir des

relations avec quelqu’un qui, se

nommant frère, est impudique,

ou cupide, ou idolâtre, ou

outrageux, ou ivrogne, ou ravisseur,

de ne pas même manger

avec un tel homme.»

— 1 Corinthiens 8/13 :

« C’est pourquoi, si un aliment

scandalise mon frère, je ne mangerai

jamais de viande, afin de

ne pas scandaliser mon frère.»

— 1 Corinthiens 8/8-10 :

« Ce n’est pas un aliment qui

nous rapproche de Dieu : si

nous en mangeons, nous

n’avons rien de plus ; si nous

n’en mangeons pas, nous

n’avons rien de moins. Prenez

garde, toutefois, que votre liberté

ne devienne une pierre 23


24

d’achoppement pour les faibles.

Car, si quelqu’un te voit, toi qui

as de la connaissance, assis à

table dans un temple d’idoles,

sa conscience, à lui qui est

faible, ne le portera-t-elle pas à

manger des viandes sacrifiées

aux idoles?»

— 1 Corinthiens 10/19-20 :

« Que dis-je donc ? Que la

viande sacrifiée aux idoles est

quelque chose, ou qu’une idole

est quelque chose ? Nullement.

Je dis que ce qu’on sacrifie, on le

sacrifie à des démons, et non à

Dieu ; or, je ne veux pas que

vous soyez en communion avec

les démons.»

— 1 Corinthiens 10/27-31 :

«Si un non-croyant vous invite

et que vous vouliez y aller,

mangez de tout ce qu’on vous

présentera, sans vous enquérir

de rien par motif de conscience.

Mais si quelqu’un vous dit :

Ceci a été offert en sacrifice !

N’en mangez pas, à cause de

celui qui a donné l’avertissement,

et à cause de la conscience.

Je parle ici, non de votre

conscience, mais de celle de

l’autre. Pourquoi, en effet, ma

liberté serait-elle jugée par une

conscience étrangère ? Si je

mange avec actions de grâces,

pourquoi serais-je blâmé au

sujet d’une chose dont je rends

grâces ? Soit donc que vous

mangiez, soit que vous buviez,

soit que vous fassiez quelque

autre chose, faites tout pour la

gloire de Dieu.»

— 1 Timothée 6/6-8: «C’est,

en effet, une grande source de

gain que la piété avec le contentement

; car nous n’avons rien

apporté dans le monde, et il est

évident que nous n’en pouvons

rien emporter ; si donc nous

avons la nourriture et le vêtement,

cela nous suffira.»


Revitalisation des

traditions spirituelles

autochtones

Le contexte

Dans le dernier numéro

d’ORIENT (326), je vous ai parlé

très brièvement du «comité des

Églises canadiennes pour la

guérison et la réparation des

torts faits aux peuples autochtones

». J’insistais sur un point

très important que j’avais formulé

ainsi : « Déconstruire les

jugements issus du colonialisme

qui perdure toujours chez les descendants

des français et des anglais

est un grand défi social. Il faut y

arriver si nous voulons guérir et

pouvoir partager la vie avec nos

sœurs et frères autochtones, en

total accord avec les principes de

l’enseignement de Jésus». Je mentionnais

aussi que ce sont toutes

des Églises chrétiennes qui sont

ici concernées : catholique,

anglicane, presbytérienne et

l’Église unie du Canada. Elles

ont accepté des contrats du gou-

par Denis Prescott, c.s.c.

Dans le prolongement du no 326…

Photo Denis Prescott, c.s.c.

vernement canadien pour diriger

des pensionnats dont l’un

des objectifs visait à mettre fin à

des traditions familiales jugées

maléfiques. Le scandale des

abus sexuels constitue la partie

la plus médiatisée des torts faits

aux gens des premières nations, 25


26

parce qu’il touche directement

les enfants. Ces abus ont eu lieu

parce qu’ils se situent dans un

contexte où l’opinion publique

déconsidère l’indien et le tient

pour un « sauvage » dont on

peut abuser.

Tuer l’indien dans l’enfant

La formule des pensionnats

d’état, où l’enfant autochtone

est amené loin de chez-lui, est

empruntée à une formule américaine.

C’est en 1869 que le

colonel canadien Pratt est

envoyé aux États-Unis d’Amérique

pour y étudier le meilleur

moyen d’assimiler les indiens. Il

revient donc avec cette formule

des pensionnats qui consiste à

soustraire les jeunes autochtones

de leur milieu maléfique

en posant trois gestes: 1. les isoler

de leur milieu amérindien en

les transportant jusqu’à 2 500

kilomètres de chez-eux ; 2. les

plonger dans un environnement

totalement étranger à leurs

habitudes; 3. leur faire assimiler

les valeurs européennes issues

d’un christianisme d’état en

France et en Angleterre.

Des chefs autochtones peuvent

être justifiés aujourd’hui

de parler ici de «génocide culturel»

sans guerre et sans perte de

vie physique. Les spécialistes de

la psychologie sociale n’hésitent

pas à y trouver des explications

plausibles quant à certains

types de violence et aux taux

élevés d’alcoolisme et de suicide

qui sévissent dans plusieurs

communautés autochtones.

Il ne s’agit pas de justifier

les situations pénibles, mais de

les reconnaître pour ensuite

entreprendre adéquatement

leur guérison.

Il y a des chiffres précis qui

existent: 107 000 enfants ont été

placés dans ces écoles d’état,

79 000 d’entre eux sont toujours

vivants. Et si nous tenons

compte qu’il y avait une sélection

des enfants, issus de

diverses familles nombreuses,

nous pouvons multiplier par 8

ou 10 les personnes touchées

par ce drame humain. Une

jeune femme amérindienne a

pu récemment retrouver, après

20 ans de recherche, sa vraie

mère. Le service social, sans

autorisation aucune, avait enlevé

l’enfant à sa mère, sous prétexte

qu’à 16 ans elle ne pouvait

l’élever convenablement, pour

ensuite placer l’enfant dans un

de ces pensionnats. Voilà le

visage réel de drames à réparer

dans les années à venir.


La peur des Églises

chrétiennes

Les Églises chrétiennes

européennes ont pensé leur

œuvre missionnaire en Amérique

comme une œuvre de

salut pour l’âme. Beaucoup

d’autochtones qui ont été assimilés

dans ce processus dit de

« civilisation » ne veulent plus

parler du passé car ils disent :

« nous avons tout sacrifié pour

devenir chrétiens.». La mémoire a

été mutilée à ce point. C’est vrai

qu’une grande partie d’euxmêmes

a été rendue invisible

dans la société canadienne, dont

leur spiritualité qui effrayait les

doctrines des Églises chrétiennes.

Revoyons très brièvement

quelques éléments qui

expliquent, mais ne pourront

jamais justifier, les injustices

commises.

Les Églises chrétiennes de

l’occident européen ont toutes

professées à un moment ou

l’autre, quoiqu’à des degrés différents,

qu’en dehors du baptême

chrétien il n’y avait pas de

salut. Les catholiques se souviennent

d’une affirmation

soutenue par beaucoup de

membres du clergé et de professeurs

universitaires qui démontraient

la thèse «hors de l’Égli-

se, point de salut ». Ce salut

éternel devenait si important

face à l’éternité qu’on pouvait

«sacrifier» des aspects de la vie

terrestre que nous défendons

fermement de nos jours sous le

couvert des droits humains.

Toute pratique rituelle qui semblait

contraire à l’enseignement

de la foi chrétienne se méritait

l’étiquette de « paganisme » et

faisait surgir « le risque de se

mériter l’enfer ». Il fallait donc

les déraciner promptement.

Comme quoi, les meilleures

intentions du monde peuvent

entraîner des conséquences

contraires à la proclamation

d’une Bonne Nouvelle du

Salut. Pour les communautés

catholiques, la révision doctrinale

proclamée par le Concile

Vatican II a redonné à l’Esprit

de Jésus tout son pouvoir de

Bonne Nouvelle. Surtout celui

de reconnaître en chaque être

humain un souffle de Dieu, une

recherche spirituelle du contact

avec le divin, avec le sacré. Ce

qu’est une spiritualité.

Le sens du sacré

Le sens du sacré existait

donc chez les autochtones bien

avant l’arrivée des européens.

Des traditions étaient bien éta- 27


28

La forêt comme temple pour la

prière au Grand Esprit.

blies pour que, de génération en

génération, on vive en harmonie

avec la Nature et le Grand

Esprit qui lui donne vie, qui en

EST la vie. Les universitaires

utilisent le mot de transcendance

pour désigner ce qui dépasse

la réalité physique, la matière et

ce qui fait que l’univers tout

entier est UN et VIE. Ainsi, en

est-il de la vision de l’univers

qui a cours dans les peuples

amérindiens lors de l’arrivée

des premiers européens. Pour

eux, tout est lié, tout est nature,

l’humain compris, rien n’est

séparé. La prière elle-même surgit

de ce que le jour apporte.

Photo André Charron, c.s.c.

L’anthropologue Nicole O’bomsawin

rapporte que la première

prière apprise s’adresse au

Grand Esprit en ces termes :

«Merci pour être meilleur et rendre

le monde meilleur.». Au fait, il n’y

a pas de « maison de prière »,

«d’église en bois ou en pierre»

pour les peuples qui vivent

sous la tente. Il y a le bord de la

rivière (source de vie), il y a la

forêt (le garde-manger du

nécessaire à la vie). Il n’y a pas

de livre sacré — la nature étant

le grand livre vivant des Esprits

-, ni de ministre officiel d’une

religion organisée à l’européenne.

Des rituels de passage et

de guérison

Mais il y avait des rituels

qui répondaient aux nécessités

familiales et sociales. L’erreur

des christianismes européens

prend sa source dans l’ignorance

des langues parlées au nouveau-monde

et dans l’empressement

à étiqueter du mot de

« sorcellerie » des rituels dont

l’objectif consistait à créer un

respect mutuel entre deux

mondes: celui du peuple vivant

de la forêt et celui de l’esprit de

la forêt. Par exemple, au

moment de franchir l’orée d’un


ois on offrait du tabac aux

esprits gardiens des lieux. On

leur manifestait du respect. Et la

forêt donnait vie à la personne

qui y entrait..

Quant à eux, les rituels de

guérison répondaient à la nécessité

commune à toute société

humaine de se protéger des épidémies,

de la maladie et de la

mort. Un fait qui peut réconforter

bien des contemporains : le

Grand Esprit n’a pas de genre.

Les récits de la création du

monde, tel celui de la nation

abénakie où l’être humain naît

du frêne, doivent s’éclipser

devant le récit judéo-chrétien

des nouveaux arrivants. Et on

peut déjà entrevoir qu’un glissement

va s’opérer, dans l’esprit

des gens, de la puissance des

nouveaux arrivants vers la puissance

de leur Dieu créateur. Ce

glissement se fait de manière

émotionnelle plus que scientifique,

l’Europe n’en était même

pas là à cette époque où on

croyait débarquer en Inde.

Vers de nouveaux rapports

Chrétiens et chrétiennes de

toutes confessions sont donc

invités à joindre leurs voix pour

la pleine et entière reconnaissance

de la dignité humaine des

peuples autochtones où qu’ils

vivent sur cette terre des

vivants. Notre compatriote

Louise Arbour, ex-juge à la

Cour suprême du Canada, avait

bien raison, en 2007, au moment

de quitter son poste de Commissaire

de l’ONU pour les

droits de la personne, d’exprimer

sa profonde déception

devant le refus du Gouvernement

du Canada d’appuyer une

déclaration des Nations Unies

sur les droits des peuples

autochtones. Quatre pays sur

147 ont voté contre la résolution

: Canada, États-Unis,

Australie et Nouvelle-Zélande.

Les populations chrétiennes de

ces pays ont encore un long chemin

de foi à parcourir pour sortir

d’un tel désert spirituel. Il

est par ailleurs de notoriété

publique que des leaders canadiens,

appuyés par une bonne

majorité de la population,

avaient joué un rôle très positif

dans la rédaction de cette déclaration.

L’action concertée des

Églises chrétiennes canadiennes

pour une guérison et une réparation

face aux peuples autochtones

aura peut-être l’heureux

effet d’inverser le cours de l’ancienne

alliance État-Église.

29


30

Nouvelles brèves

de Sainte-Croix

dans le monde

Bangladesh

Pierre Benoît, c.s.c., nous

écrit : « Je reviens juste de Dhaka

ou j’ai participé a la rencontre de la

Province. Le thème de la rencontre

était l’inculturation. L’Archevêque

Thomas Menamparampil s.d.b. de

Guwahati, Assam, Inde, agissait

comme personne-ressource. Plusieurs

de nos confrères Sainte-

Croix travaillent avec les différentes

tribus du Bangladesh qui

ont toutes leurs particularités les

unes par rapport aux autres. Elles

représentent une grande richesse

culturelle. Vivant ainsi dans une

société multiculturelle, il est important

de voir les valeurs de chacune

des tribus et d’établir un véritable

dialogue entre elles. L’inculturation

qui comprend le dialogue interculturel

est non seulement utile pour

nous qui vivons en Orient, mais

c’est aussi important pour la socié-

té occidentale qui est de plus en

plus une société multiculturelle.

À la fin de la session, nous

avons célébré les jubiles d’or et

d’argent de quatre confrères : le

Père George Pope, c.s.c., cinquante

ans de prêtrise, le Père Atul Palma,

c.s.c., vingt-cinq ans de prêtrise et

les vingt-cinq ans de vie religieuse

des Pères Edmond Cruze, c.s.c. et

Hemanto Rozario, c.s.c.».

L’un de nos premiers religieux

bangladais, le père Bertram

Nelson, c.s.c., est décédé

au début de mai.

France

En 1989, le Père Simon

Saint-Hillien, c.s.c., devenu

évêque depuis lors, décide de

créer l’école Basile-Moreau à

PORT-AU-PRINCE, pour donner

une instruction aux enfants


d’un milieu très pauvre. Il en

assume la direction.

En 1991, des liens se tissent

avec M. Guerif, directeur de

l’Ensemble scolaire St-Michel de

Picpus à Paris, le Père Charles-

Yvon Tétrault, c.s.c. et M. Tresca,

de l’APEL de Saint Michel

pour que des parrainages d’enfants

voient le jour. Devant un

fléchissement des dons et des

parrainages, M. Balmand,

M. Richard et Frère Francis

Lebeltel, c.s.c., décident de créer

l’association TETKOLE (prononcer

pt’ite école) Saint

Michel/Basile Moreau. Le 9 mai

2007, un bureau est constitué.

La scolarité d’un enfant en

Haïti s’élève à 440€/an. 71 parrainages

plus des dons ont été

enregistrés à ce jour pour un

total de 18 055€. L’association a

également fait don d’un appareil

photographique numérique

afin que les parrains voient le

visage de leurs filleuls. Des

membres de l’association se

sont rendus récemment en

Haïti. Au retour, le Frère Francis,

c.s.c., a écrit: «Je suis rentré

ce matin de ma longue escapade en

Haïti où nous avons été reçus avec

une très grande gentillesse par nos

confrères haïtiens, en particulier les

pères Bernard, c.s.c. et Pyritho,

c.s.c. Ils ont tout fait pour rendre

notre séjour agréable. Nous avons

aussi été reçus par le Père ARTY,

c.s.c. et les jeunes élèves de l’Ensemble

Scolaire Père Basile Moreau

parrainés par les adhérents de l’association

TetKole Saint Michel/

Basile Moreau. Le reportage photos

que Claudine Astier réalisera permettra

de donner une idée de notre

immersion pendant quelques

heures à l’ESPBM. Claudine a pris

plus de 1000 photos!!! dans l’établissement

mais aussi lors de nos

visites au Cap Haïtien, à Fort

Liberté et dans différents lieux touristiques

que nous avons visités.

Nous ressentons particulièrement

une grande émotion face à la

misère d’une grande partie du

peuple Haïtien, mais aussi face aux

contrastes étonnants de ce pays où

se côtoient richesse insolente et

pauvreté extrême. Nous l’avons vu

lors de notre visite de l’ESPBM et,

particulièrement, lors d’une promenade

d’une heure dans le bidonville

de Bizoton d’où viennent la plupart

des élèves de cet établissement

fondé par Monseigneur Saint-

Hillien, c.s.c., en 1989 ; lors de

notre visite à Carracol, la dernière

paroisse prise en charge par la

congrégation dont le Père Francis

Duvillage, c.s.c., son curé, nous fait

visiter le presbytère et l’église au 31


32

toit de tôles rongées par le sel

marin mais où les paroissiens se

pressent chaque jour pour la

messe.».

Haïti

D’autres voix se sont élevées

dernièrement pour nous

parler aussi d’Haïti. Celles des

Jésuites haïtiens et, par le journaliste

Mario Bard, celle de l’organisme

Aide à l’Église en

détresse (AED). Voici un extrait

d’un article de Mario Bard reçu

à la rédaction d’Orient.

« ...Plusieurs décennies de

corruption, de violence et de

confusion politique ont fait de

cette nation une terre de désolation.

L’insécurité et le grand

banditisme prospèrent sur le

terreau de l’indigence et de l’absence

de toute perspective

d’amélioration de la vie quotidienne.

Pour l’année écoulée,

200 enlèvements ont été recensés

pour l’ensemble du pays,

la plupart à Port-au-Prince, la

capitale. Pour le seul mois de

novembre, la MINUSTAH (Mission

des Nations Unies pour la

stabilisation d’Haïti) a enregistré

11 enlèvements d’enfants

âgés de 3 à 17 ans, dont celui

d’un garçon de 7 ans, retrouvé

mort, mutilé, dont les parents

n’avaient pas pu payer la rançon

exigée. Dans les quartiers

les plus pauvres de la capitale,

dont Cité-Soleil, 20 pour cent

des décès sont liés à la violence,

et on soigne deux plaies par

balle chaque jour. Cette violence

n’épargne personne. En 2006,

un prêtre religieux italien a été

enlevé à Port-au-Prince. Il a été

libéré contre rançon, après cinq

jours de captivité.

Les 7054 militaires et 1700

policiers de la MINUSTAH présents

sur l’île depuis 2004 tentent

de sécuriser les quartiers

les plus dangereux, de lutter

contre le trafic de drogue (l’île

sert de plaque tournante aux

trafiquants de cocaïne colombienne

et de marijuana jamaïcaine),

et de stabiliser un pays

qui peut s’embraser à tout

moment.

« Le peuple d’Haïti vit des

heures difficiles. Nous traversons la

nuit de la foi, déclare Mgr Louis

Kebreau, président de la conférence

épiscopale et évêque de

Hinche. Mais c’est dans la nuit

qu’il est bon de croire, poursuit-il.

Le chemin de Croix débouche sur

une libération, même si elle n’est

pas immédiate, si nous ne savons

pas quand elle adviendra pour


notre pays, il faut garder cette espérance

très fermement ancrée dans

nos cœurs. C’est cela que l’Église

doit répéter sans cesse. » Chaque

évêque et chaque prêtre des

huit diocèses du pays ne diront

pas autre chose. «L’Église pallie

tous les manques de l’État : nous

ouvrons des écoles, nous construisons

des dispensaires et des hôpitaux,

des centres pour les enfants

qui souffrent de malnutrition, des

structures pour accompagner les

jeunes femmes ayant souffert de

la prostitution, etc... » explique

Mgr Hubert Constant, évêque

de Cap-Haïtien.

Former pour une société

plus fraternelle

Mais au-delà de l’aide matérielle,

évidemment décisive

pour la population, l’Église

d’Haïti veut également poser les

fondations d’une société juste et

fraternelle. «Pour nous, ce ne sont

pas de jolis mots ou de beaux

concepts, mais c’est une question

de survie pour notre pays »

explique le Père Michelin curé

d’une paroisse de Cap-Haïtien.

Pour cela, une priorité, commune

à tous les évêques: la formation

des prêtres et des laïcs.

Car bien que la grande majorité

des Haïtiens soient catholiques

(près de 80 pour cent de la

population), la société est profondément

marquée par le culte

du vaudou et par les assauts,

agressifs, de certaines sectes qui

tentent de «recruter» à coup de

dollars et de belles maisons.

« Contre ces deux défis, une seule

solution : la formation, répète

Mgr Kebreau. Nous avons mis en

place un centre de formation pour

les laïcs à Jacquesy (diocèse de Fort-

Liberté). Chaque semaine, des

groupes de tous âges viennent y

suivre des sessions de formation

sur la Bible, sur le catéchisme, sur

la doctrine sociale... » C’est en

effet la seule arme de l’Église

d’Haïti. Mettre en place des pastorales

familiales solides pour

faire redécouvrir le sens de la

famille, organiser la pastorale

des jeunes pour donner à la jeunesse

un idéal d’exigence et de

vérité. C’est aussi la raison pour

laquelle chaque diocèse est doté

d’une radio catholique qui diffuse

des émissions de formation,

ponctuée de « kompa

Letenel », musique religieuse

haïtienne.

« Le plus difficile est d’être

totalement dépendants de l’aide

extérieure » nous assure le Père

Nicolas, curé d’une paroisse de

Port-au-Prince. Le pays vit sous 33


34

perfusion, maintenu par l’aide

des organisations internationales.

«Nous sommes évidemment

inquiets pour l’avenir, mais nous

ne pouvons que vous demander de

rester avec nous, car nous avons

besoin de vous», poursuit-il. Tous

les évêques, rencontrés lors de

l’Assemblée de la conférence

épiscopale ne diront pas autre

chose : « Dans l’isolement et la

détresse, nous avons besoin de partager

en toute fraternité les souffrances

que nous portons en

Église ». Et cet appel, comme

une prière à ne pas les oublier:

« Aidez-nous à nous relever, et ne

vous découragez pas, car cela prend

du temps.».

Inde

Onze jeunes religieux

indiens de Sainte-Croix ont

participé du 9 avril au 10 mai à

un programme de 30 jours pour

se préparer à leur profession

perpétuelle. Les sessions ont eu

lieu à la Maison de formation

Sakalavara à Bangalore. Le

P. Mariaraj, c.s.c., vice-recteur

du Séminaire Sainte-Croix de

Pune les accompagnait pour ce

programme particulier.

Bénédiction à Mumbai. Le

6 avril, M. le Cardinal Oswald

Gracias, archevêque de Mumbai,

a présidé les cérémonies de

l’inauguration et de la bénédiction

de deux nouveaux bâtiments

: l’église et l’école Saint-

Louis en présence des pères

Lawrence d’Almeida, c.s.c.,

curé, et David Adaikalasamy,

c.s.c., directeur de l’école.

Diocèse d’Agartala. Un

congrès biblique diocésain a

réuni, sous la présidence de

Mgr Lumen Monteiro, c.s.c.,

évêque d’Agartala, plus de 600

délégués venus des treize

paroisses du diocèse. Tenu du

5 au 7 avril 2008, le congrès

avait pour thème: la Parole de

Dieu, fontaine de vie et il avait

comme but de ressourcer la vie

des gens et leur engagement à

l’égard de leurs voisins.

Moharpara. La paroisse de

l’Immaculée, fondée en 1986

par le père Thomas Thegumpally,

c.s.c., a été le lieu de grandes

célébrations à l’occasion de

l’inauguration de son nouveau

temple. C’est le cardinal Toppo,

deux fois présidents de la

Conférence des évêques catholiques

de l’Inde, qui présidait à

la fête. Or c’était la première fois

qu’un cardinal venait dans cette

région de l’Inde. Le père Lancy

D’Souza, c.s.c., décrit ainsi son


arrivée à la paroisse: «Le cardinal

Toppo est entré à Moharpara au

cœur d’un chaleureux et traditionnel

défilé. Plusieurs voitures formaient

cortège. Les gens s’étaient

alignés des deux côtés de la rue où

l’on exécutait des danses traditionnelles.

». Quelque 2 000 fidèles

ont assisté à la cérémonie de

bénédiction et aux célébrations.

Moharpara est un centre

rural situé à quelque 45 kilomètres

d’Agartala, la capitale de

l’état du Tripura. Cette mission

est particulièrement au service

des gens de Teliamura, Omphi

et Khowai dans le cadre de programmes

d’éducation, de développement

socio-économique et

de soins pastoraux. S’adressant

à une poignée de chrétiens, il y

a 25 ans, la paroisse dessert

aujourd’hui quelque 60 villages.

Le père Roy Thalackan,

c.s.c., supérieur religieux de la

province du nord-est de l’Inde,

a profité de l’occasion pour

rappeler aux convives que la

première présence de l’Église

catholique dans la région

remonte à 1861 avec la visite de

Mgr Dufal, c.s.c., quelques

années après que le fondateur

de Sainte-Croix, le bienheureux

Basile Moreau, eut accepté d’en-

voyer des missionnaires dans

cette région de l’Inde.

Le cardinal Toppo, profitant

de ce déplacement, s’est aussi

entretenu privément pendant

deux heures avec les religieux

de Sainte-Croix, leur partageant

ses expériences et ses préoccupations

en regard de l’Église en

Inde.

Québec

La Faculté de théologie de

l’Université de Montréal va

honorer la mémoire du père

Jacques Langlais, c.s.c. et prolonger

durablement son œuvre

en constituant un fonds de

bourse, le Fonds Jacques Langlais

pour le dialogue interreligieux,

destiné au développement du

dialogue interreligieux. Pour

parvenir à cet objectif, la Faculté

veut créer un fonds de dotation

de 70 000 $. Le 16 avril dernier,

le Supérieur provincial a assuré

le doyen de la faculté, monsieur

Jean Duhaime, de notre collaboration

et de notre soutien dans

ce projet.

Pérou

Notre confrère Tomas, c.s.c.,

nous envoie quelques nouvelles 35


36

de Tacna au sud du pays,

presque à la frontière du Chili.

Religieuses et religieux de

Sainte-Croix se partagent le travail

pastoral dans la paroisse et

les religieuses étendent leurs

services à la région avoisinante.

Fait à signaler, il y a trois

équipes du MTC (Mouvement

des Travailleurs Chrétiens) dans

cette paroisse. Au total ils sont

35 membres à se réunir le mercredi

de chaque semaine pour

partager foi et engagement.

Sept membres ont même participé

au congrès national du

MTC en avril 2008 à Lima.

Il y a une grande mission

qui a cours dans tout le diocèse.

Des programmes de formation

biblique ont été initiés à l’intention

des laïcs. On a aussi organisé

un programme de formation

pour des conseillers en

pastorale familiale. Vingt personnes

terminent présentement

les sessions de base et trente

autres les commencent. Félicitations

à toutes les personnes

engagées dans ce grand élan

missionnaire.

Rome

La cause de canonisation du

frère André a atteint, en avril,

une nouvelle phase : celle de

l’évaluation par une Commission

médicale d’une guérison

attribuable à son intercession.

En février 2005, une enquête

relative à cette guérison fut

tenue dans le diocèse de Montréal

Plusieurs milliers de pages

de témoignages et de documents

pertinents à la cause

furent alors recueillis. Ces documents,

en langue française, ont

ensuite été envoyés à Rome

pour fin d’analyse. La Congrégation

pour la cause des saints a

alors demandé que celle-ci soit

entièrement traduite en italien.

Le résumé de la cause qui fait

environ 800 pages fut complété

le 3 mars 2008 en foi de quoi un

document à cet effet fut signé

par Mgr Marcello Bartolucci,

sous-secrétaire de la Congrégation

pour la cause des saints. Un

deuxième document fut soumis

et signée par la Congrégation

pour la cause des saints en date

du 1 avril 2008. Ces deux documents

furent alors joints l’un à

l’autre et déposés à la Commission

médicale pour examen et

afin qu’un jugement soit rendu.

La Commission médicale est la

première des trois commissions

qui examinera la cause. Si elle

rend un jugement favorable, les

deux autres commissions (La


Commission théologique et la

Commission des 15 archevêques

et cardinaux) auront à

leur tour à examiner la cause et

à rendre un jugement. Il appartiendra

alors au pape Benoît XVI

de prendre la décision finale.

Rwanda

Un tribunal espagnol a

demandé ce printemps que soit

rouverte l’enquête sur les

meurtres de deux prêtres québécois

au Rwanda en 1994.

Le tribunal a émis une quarantaine

de mandats au total,

dont deux sur les meurtres des

pères Claude Simard, c.s.c. et

Guy Pinard, dont les enquêtes

n’ont jamais été menées à

terme.

Dans le cas du père Pinard,

le tribunal espagnol montre du

doigt le lieutenant-colonel

Karake Karenzi, aujourd’hui

commandant adjoint de la Force

de l’ONU et de l’Union Africaine

au Soudan, qui a accueilli le

ministre canadien des Affaires

étrangères, Maxime Bernier, en

visite au Soudan dernièrement.

Quant au meurtre du père

Claude Simard, c.s.c., le tribunal

en impute la responsabilité à

Fred Ibingira, qui était à

l’époque commandant d’un

bataillon de l’Armée patriotique

rwandaise. Le gouvernement

canadien est resté très discret

dans ces dossiers.

Ailleurs dans le monde

Chine : 400 ans

d’évangélisation

Cette année, le diocèse de

Shanghai fête les 400 ans de

l’évangélisation dans l’Est de la

Chine. La célébration retracera

le développement du catholicisme

dans ce diocèse, qui compte

aujourd’hui quelque 150 000

fidèles, et relancera l’évangélisation

auprès de la population.

Le catholicisme est arrivé

dans la ville en 1608, apporté

par les missionnaires italiens et

allemands, qui ont contribué au

développement des arts et des

sciences en Chine. Converti au

catholicisme, le mandarin Paul

Xu Guangqi, ministre sous la

dynastie des Ming, est l’un des

principaux lettrés chinois qui

embrassèrent alors la foi chrétienne.

Il en devint l’un des

piliers chinois. L’évêque auxiliaire

de Shanghai, Mgr Joseph

Xing Wenzhi, espère que les

catholiques de Chine suivront 37


38

l’exemple de Paul Xu, qui a

évangélisé d’abord sa famille.

Il regrette que les catholiques

d’aujourd’hui soient

moins fervents spirituellement

et moins orientés vers la famille,

ce qui représente un défi pour

l’Église. Âgé de 44 ans, Mgr

Xing Wenzhi est appelé à succéder

à Mgr Aloysius Jin Luxian,

l’évêque de l’Église «officielle»

affaibli par la maladie et âgé de

92 ans.


Internet

Vous trouverez sur le site www.ste-croix.qc.ca des nouvelles hebdomadaires

sur l'actualité de Sainte-Croix dans le monde. 5 secteurs

sont mis à jour chaque semaine: actualités, animation missionnaire,

justice et foi, Salut! Terre et pastorale des vocations.

Les Sœurs de Sainte-Croix (canadiennes)

www.soeursdesaintecroix.org

D'autres sites sont aussi à visiter comme :

www.holycrossjustice.org (français et anglais)

www.holycrosscongregation.org

(français, anglais, espagnol, portuguais)

www.sistersofholycross.org (anglais)

www.santacruz.g12.br (Brésil, portugais)

www.noticiacscbrasil.org

www.holycross.cl/noticias (Chili, espagnol)

www.hermanasdesantacruz.org

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Les Missions des Pères de Sainte-Croix

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quand nous visite l’astre d’Orient, pour conduire

nos pas au chemin de la paix. Extrait du Benedictus

Juin, juillet, août 2008, no 327

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