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EXPOSÉS<br />

DU<br />

CERCLE<br />

LÉON<br />

TROTSKY<br />

Les religions, l’athéisme<br />

et le matérialisme<br />

28 janvier 2011<br />

N° 123<br />

ISSN 0764-1656


Les religions, l’athéisme<br />

et le matérialisme<br />

Exposé du cercle Léon Trotsky<br />

du 28 janvier 2011


Des religions les plus primitives aux religions monothéistes les plus abstraites,<br />

toutes sont à l’image des sociétés qui les ont engendrées, celles d’hier<br />

comme celles d’aujourd’hui. Ce ne sont pas les dieux qui ont créé les êtres humains,<br />

ce sont les êtres humains qui ont créé les dieux. Et les religions ne sont<br />

que le reflet imaginaire dans la conscience des hommes de leurs angoisses<br />

vis-à-vis des puissances qu’ils ne comprennent pas.<br />

Pendant des dizaines de milliers d’années, ce sont les puissances de la<br />

nature qui se sont imposées aux hommes, et ont pris l’apparence dans leurs esprits<br />

de puissances fantastiques. Aujourd’hui encore, dans les régions les plus<br />

pauvres de la planète, les catastrophes naturelles peuvent attiser les préjugés<br />

religieux. Par exemple, quand on n’a pas la moindre notion scientifique sur<br />

les tremblements de terre, comment résister à l’explication religieuse qui fait<br />

passer pour un châtiment divin le séisme de l’an dernier en Haïti ? D’autant<br />

plus que la vulgarisation de l’explication scientifique a été le cadet des soucis<br />

du pouvoir haïtien comme de toute la communauté internationale.<br />

Mais si les êtres humains n’avaient à subir que les caprices de la nature, la<br />

religion aurait dû inéluctablement reculer et même disparaître grâce aux progrès<br />

de la science. Or, d’autres puissances que celles de la nature dominent la<br />

vie des hommes : les puissances économiques et sociales.<br />

L’histoire de l’humanité a été celle d’une domestication croissante de la<br />

nature. Et dans cette histoire, le capitalisme, grâce à l’industrie, a représenté<br />

un progrès spectaculaire. Mais, comme dit le Manifeste communiste, la société<br />

bourgeoise « ressemble au magicien qui ne sait plus dominer les puissances<br />

infernales qu’il a évoquées ». Si les capitalistes ont développé les forces productives,<br />

l’anarchie de leur économie en a fait des puissances indomptées.<br />

Et les convulsions de cette économie, comme les crises économiques, sont<br />

aujourd’hui infiniment plus destructrices que les catastrophes naturelles. Voilà<br />

les racines modernes du sentiment religieux.<br />

Les religions ont été et sont toujours des faits sociaux, qui embrassent des<br />

milliards d’êtres humains, à commencer par les centaines de millions de travailleurs<br />

de la planète. Et si, en tant que révolutionnaires et en tant que matérialistes,<br />

nous devons propager les conceptions matérialistes et athées, nous<br />

devons aussi comprendre ce que sont les racines sociales de la religion.<br />

Pour cela, nous nous limiterons aux trois grands monothéismes que sont,<br />

dans l’ordre chronologique, le judaïsme, le christianisme et l’islam. Si nous<br />

3


4<br />

militions en Asie, évidemment, nous devrions obligatoirement parler du<br />

bouddhisme et de l’hindouisme. Mais ici en France, ces religions pèsent<br />

moins.<br />

Nous voulons expliquer dans quels contextes ces idées religieuses sont<br />

apparues et se sont répandues chez les pauvres ; mais aussi comment elles ont<br />

été utilisées par les classes possédantes pour dominer ; ou encore comment les<br />

divers courants religieux ont pu être, dans le passé, l’expression idéologique<br />

de la lutte entre classes sociales.<br />

Mais, à partir d’un certain degré de développement des techniques et des<br />

sciences, la pensée humaine s’est émancipée des conceptions religieuses. Au<br />

milieu du bouillonnement des luttes entre classes sociales aux 17 e et 18 e siècles,<br />

sont nées les idées matérialistes et athées, idées dont nous avons hérité, et<br />

dont notre communisme est directement issu. C’est armé de ces conceptions<br />

matérialistes que le mouvement ouvrier s’est renforcé. Et nous voulons aussi<br />

rappeler comment il s’est comporté vis-à-vis de la religion.


Et les hommes créèrent<br />

les dieux à leur image<br />

Si on prend le terme de religion au sens très large, parmi les premières<br />

conceptions que les hommes ont pu se faire de la nature, il y eut celles qui<br />

consistaient à donner une conscience propre à des animaux ou même à des objets,<br />

ce qu’on appelle parfois l’animisme. Les phénomènes incompris étaient<br />

interprétés comme étant la volonté d’un esprit.<br />

Encore aujourd’hui, il existe des peuples ayant ce type de croyance. Par<br />

exemple, les Aymara, un peuple des Andes, en Amérique du Sud, pensent que<br />

la montagne est un corps vivant qu’il faut nourrir de sacrifices d’animaux.<br />

Pour les Pygmées de la forêt Ituri, en Afrique, dans la région des Grands Lacs,<br />

la forêt est vivante, elle a une âme et veille sur eux.<br />

Il y a des dizaines de milliers d’années, des groupes humains inventèrent<br />

des croyances de ce type. Face aux phénomènes naturels qui les dominaient,<br />

ils ne se sont plus contentés de constater, ils ont cherché des explications. Ils<br />

se sont posé la question du pourquoi des choses.<br />

Leurs connaissances de la nature, qui leur permettaient de survivre au quotidien,<br />

ne pouvaient à ce niveau que leur suggérer des explications fantastiques.<br />

Mais cette volonté de trouver une explication, de comprendre, était en<br />

elle-même formidable. Et elle ouvrait la voie au développement illimité de la<br />

pensée humaine et de ses réalisations.<br />

Ces sociétés n’ont pas laissé beaucoup de traces de leurs croyances, car<br />

elles n’ont pas laissé beaucoup de traces tout court. Ce n’est qu’à partir de<br />

la naissance de la civilisation et surtout à partir de la naissance de l’écriture<br />

qu’on peut avoir des idées plus précises sur ce qu’étaient les religions des<br />

hommes.<br />

De la crainte des puissances naturelles<br />

à la crainte des puissances sociales,<br />

l’apparition du monothéisme<br />

À l’origine de la civilisation, il y a deux grandes découvertes : l’agriculture<br />

et l’élevage. On estime que celles-ci apparurent dans différentes régions<br />

5


6<br />

du monde, il y a au moins 12 000 ans, et qu’elles se sont ensuite propagées<br />

rapidement.<br />

À partir de ce bouleversement, appelé aussi révolution néolithique, les<br />

hommes commencèrent à se sédentariser. L’augmentation de la production de<br />

nourriture permit un accroissement de la population. Elle permit aussi d’accumuler<br />

pour se mettre à l’abri du besoin.<br />

Comme les sociétés de ces premiers agriculteurs et éleveurs se situent historiquement<br />

encore avant l’existence de l’écriture, il n’y a pas de textes qui<br />

parlent de leurs religions. Cependant, dans les fouilles des premiers villages,<br />

de nombreuses statuettes féminines ont été retrouvées. Et cela, sur des sites archéologiques<br />

très différents. C’est cette répétition qui peut laisser penser qu’à<br />

ce stade, au moment de la naissance de l’agriculture, des cultes des esprits<br />

féminins associés à la fertilité étaient répandus.<br />

L’accroissement continuel des richesses ouvrit aussi la voie aux inégalités<br />

sociales et aux premières classes sociales. Les échanges se développèrent et<br />

Dame aux félins, retrouvée à Çatal Höyük<br />

(Turquie), entre 7000 et 6200 avant notre ère.<br />

Dame aux serpents (Crète, deuxième<br />

millénaire avant notre ère).


des structures plus complexes que le clan ou la tribu apparurent : les premières<br />

cités, les premiers royaumes et les premiers empires.<br />

Les plus anciennes religions dont on a une trace écrite datent de cette<br />

époque. Elles sont toutes polythéistes. Un nombre de dieux difficile à estimer<br />

formait les panthéons de Mésopotamie, d’Égypte ou de Grèce. Le panthéon<br />

mésopotamien, c’est-à-dire l’ensemble des dieux des premières sociétés urbaines<br />

mésopotamiennes, comprenait au moins trois mille divinités.<br />

Ces divinités mélangeaient les attributs liés à la nature et les attributs liés<br />

à la société des hommes : chez les Grecs, par exemple, le dieu du feu et des<br />

volcans était aussi le dieu des forgerons, le dieu de la mer également celui des<br />

marins. Et à la hiérarchie sociale qui s’était mise en place entre les hommes<br />

correspondait une hiérarchie sociale chez les dieux. Le monde des dieux<br />

connaissait aussi les inégalités.<br />

La division en différentes cités ou royaumes avait aussi son reflet religieux.<br />

Chaque peuple avait une divinité protectrice. Parfois un peuple avait comme<br />

protecteur un dieu obscur, inconnu, jusqu’à ce que ce peuple, créant par ses<br />

conquêtes un empire dominant toute une région, en fît la divinité dominante<br />

du panthéon.<br />

La divinité protectrice des Assyriens, Assur, résume à elle seule toute cette<br />

évolution religieuse. Assur fut d’abord l’esprit du piton rocheux sur lequel<br />

était située la cité qui portait le même nom. Ensuite, quand la ville devint<br />

une cité État, Assur fut le dirigeant fantastique de la ville : les rois se présentaient<br />

comme ses exécutants. Enfin, lorsque cette cité État renversa Babylone<br />

et constitua son propre empire qui s’étendit sur toute la Mésopotamie, Assur<br />

finit sa « carrière » comme chef suprême de tous les dieux de Mésopotamie.<br />

Avec la civilisation, l’humanité avait vu surgir de nouvelles puissances,<br />

plus terrifiantes encore que les puissances naturelles, les puissances sociales,<br />

comme les rois ou les empereurs. Et aux calamités de la nature s’étaient ajoutées<br />

les calamités sociales : l’oppression, l’autorité capricieuse des puissants<br />

ou encore les guerres. Plus la société se complexifiait et plus, dans l’esprit des<br />

êtres humains, les craintes associées aux puissances sociales devinrent prédominantes<br />

par rapport à celles associées aux puissances de la nature. La religion<br />

prit alors la forme abstraite d’un dieu unique dont la volonté insondable gouvernait<br />

la nature et les hommes. Cette poussée vers le monothéisme se fit ressentir<br />

en divers endroits : notamment en Égypte, et à partir du 7 e siècle avant<br />

notre ère, en Grèce et dans l’Empire perse. Mais c’est surtout en Palestine,<br />

avec le judaïsme, que le monothéisme prit une forme simple sous laquelle il<br />

allait avoir du succès.<br />

7


8<br />

La Bible juive garde la trace de cette évolution du polythéisme vers le<br />

monothéisme, c’est-à-dire de la croyance en plusieurs dieux à celle en un Dieu<br />

unique. Selon les archéologues, la majeure partie du texte de la Bible fut mise<br />

par écrit entre le 5 e et le 4 e siècles avant notre ère, en rassemblant des mythes<br />

anciens transmis oralement et les conceptions religieuses du moment.<br />

Dans les parties correspondantes aux mythes anciens, le dieu des Hébreux,<br />

Iahvé, est considéré comme la divinité protectrice, opposée aux divinités des<br />

autres peuples : comme Kémosh, protecteur des Moabites ou Dagon, protecteur<br />

des Philistins. Si Iahvé y est présenté comme plus puissant que ses rivaux,<br />

la Bible ne nie jamais l’existence des autres dieux. Il y a même des parties<br />

explicitement polythéistes, comme ce passage des psaumes où il est écrit :<br />

« Iahvé est roi ! (...) Tous les dieux se prosternent devant lui ! »<br />

Mais, dans les parties de la Bible que les scientifiques estiment être l’expression<br />

des conceptions religieuses de ce 4 e siècle avant notre ère se trouvent<br />

les premières expressions du monothéisme. Là, le Dieu de la Bible est le dieu<br />

unique et ce n’est plus un Dieu qu’il faut implorer, duquel on peut espérer<br />

obtenir des faveurs en échange de sacrifice. C’est un Dieu auquel on n’a pas<br />

d’autre choix que de se soumettre, comme devant la fatalité.


Il y eut d’autres conceptions religieuses monothéistes de ce type. Mais du<br />

judaïsme allait naître une religion qui allait s’étendre sur tout le bassin méditerranéen,<br />

le christianisme.<br />

Les conditions sociales<br />

de la naissance du christianisme<br />

Le christianisme naquit au moins quatre siècles après la rédaction de la<br />

Bible juive. Et durant ces siècles, la société changea encore en profondeur :<br />

l’esclavage prit une ampleur qu’il n’avait jamais eue. Et par bien des aspects,<br />

la religion chrétienne en a été le fruit.<br />

L’esclavage était très ancien. Mais, l’esclavagisme, c’est-à-dire l’esclavage<br />

développé à un point tel qu’il devenait le mode dominant de production des<br />

richesses, ne s’est mis en place qu’à partir de certaines cités grecques, comme<br />

Athènes. Au début du 4e siècle avant notre ère, à Athènes, un contemporain<br />

grec avait recensé près de 400 000 esclaves pour 21 000 citoyens libres. La<br />

précision de ces chiffres est aujourd’hui discutée par les historiens, mais elle<br />

donne un ordre d’idée de l’importance prise par l’esclavage.<br />

Après les cités grecques, c’est Rome qui bâtit tout un empire sur l’esclavage.<br />

Rome se lança à la conquête de toute l’Italie, puis de tout le bassin méditerranéen,<br />

en pilla les richesses et rafla au total des millions d’êtres humains<br />

pour en faire des esclaves. À son apogée, sous l’empereur Hadrien, cet empire<br />

gigantesque s’étendait du nord de l’Angleterre actuelle jusqu’à la Palestine, en<br />

comprenant tout le pourtour méditerranéen.<br />

Les esclaves ne furent pas les seules victimes de ce système. Une part<br />

importante des citoyens romains libres, dont le travail était concurrencé par<br />

le travail des esclaves, ne trouvait plus de place dans l’économie. Ils étaient<br />

réduits à vivre de mendicité. Rien qu’à Rome, qui était une ville énorme à<br />

l’époque où le christianisme est apparu, on estime que ces prolétaires de l’Antiquité<br />

étaient au moins 300 000. Pour contenir ce peuple tombé dans la misère,<br />

les empereurs romains leur offraient du pain et les jeux du cirque. Mais<br />

le désespoir de tous ces désœuvrés réclamait bien autre chose. Il réclamait une<br />

solution à leur détresse.<br />

La philosophie, qui avait connu un essor fulgurant en Grèce au début de la<br />

société esclavagiste, exprima le désarroi de cette société esclavagiste antique<br />

déclinante. Un courant philosophique, le courant stoïcien, avait évolué, au<br />

début de notre ère, vers une philosophie très religieuse et austère, prêchant la<br />

soumission de l’homme face au destin.<br />

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Au 1 er siècle, à Alexandrie, qui était aussi une puissante cité, située au nord<br />

de l’Égypte, un philosophe juif, Philon d’Alexandrie, imprégné de culture<br />

grecque antique, mélangea la religion monothéiste de la Bible juive, avec les<br />

conceptions des stoïciens qui prêchaient l’ascétisme et une soumission au<br />

destin. Les conceptions philosophiques et religieuses de Philon d’Alexandrie<br />

eurent une influence importante sur les premiers théologiens de l’Église chrétienne<br />

qui élaborèrent la doctrine du christianisme, aux tout premiers siècles<br />

de notre ère. Et en ce sens, on peut dire que le christianisme est issu en partie<br />

de la philosophie grecque.<br />

Mais avant d’être une doctrine et même un dogme, le christianisme fut<br />

d’abord un mouvement populaire. Et, parti de petites sectes, il devint un mouvement<br />

de masse.<br />

Le christianisme primitif<br />

Le terme même de christianisme est associé au nom de Jésus Christ. Le<br />

mot « christ » vient du grec et signifie « messie », c’est-à-dire envoyé de Dieu.<br />

Si Jésus était la référence incontestée de tous les courants chrétiens et sera


plus tard une référence pour les courants musulmans, il faut savoir que les<br />

traces historiques de son existence, autres que les évangiles bibliques, sont<br />

très minces et indirectes. Si l’année zéro de notre calendrier est plus ou moins<br />

censée correspondre à sa naissance, cette datation fut introduite bien plus tard,<br />

plus de 500 ans après, par un moine qui n’avait que sa foi comme argument.<br />

Il y a également peu de renseignements sur les premières communautés<br />

chrétiennes. On sait à partir des textes religieux qu’au 1 er siècle, à Jérusalem,<br />

les disciples de Jésus étaient des juifs. Il existait plusieurs tendances religieuses<br />

dans le judaïsme, et les chrétiens en représentaient une. Cette tendance<br />

rassemblait surtout des petites gens qui vivaient en communauté.<br />

Le christianisme officiel attribue à l’apôtre Paul, au 1 er siècle, l’ouverture<br />

de la religion chrétienne aux non-juifs. La réalité est sans doute plus complexe ,<br />

car il y avait plusieurs communautés rivales se réclamant de Jésus. Et ce n’est<br />

au plus tôt qu’au début du deuxième siècle que le christianisme se sépara du<br />

judaïsme. Mais en tout cas, cette ouverture fut décisive, car c’est elle qui en<br />

fit une religion capable de se propager à l’ensemble des peuples de l’Empire<br />

romain. Alors, le christianisme se répandit chez les pauvres.<br />

Toutes les victimes de l’Empire romain, les paysans à qui on prenait la<br />

terre, les citoyens libres déchus de leurs droits, les prisonniers de guerre réduits<br />

en esclavage, tous ceux-là firent le succès du christianisme. Fondamentalement,<br />

il n’y avait pas d’issue dans le cadre de cette société esclavagiste<br />

déclinante pour tous ces opprimés. C’est pour cela qu’ils ne pouvaient mettre<br />

leur espoir d’un monde meilleur que dans une solution religieuse. À travers<br />

leur religion ils exprimaient à la fois leur souffrance et leur aspiration à un<br />

monde meilleur, égalitaire.<br />

D’ailleurs, les premiers regroupements chrétiens étaient des organisations<br />

égalitaires et même, par certains aspects, communistes. Pas communistes au<br />

sens moderne, au sens où nous l’entendons, celui d’une organisation économique<br />

utilisant les ressources et les moyens de production dans l’intérêt général,<br />

mais communistes dans le sens du partage égalitaire des richesses. Voilà<br />

une description de la première communauté de Jérusalem selon le texte biblique,<br />

les Actes des Apôtres : « Nul ne considérait comme étant à lui ce qui lui<br />

appartenait, toutes choses étaient communes. Ceux qui possédaient les terres<br />

ou les maisons, après les avoir vendues, en apportaient le produit et le déposaient<br />

aux pieds des apôtres. Et on distribuait à chacun selon ses besoins ».<br />

Le communisme de partage de ces premiers chrétiens ne pouvait être que<br />

celui de petites communautés vivant en marge de l’Empire. Le christianisme<br />

n’avait pas d’autre organisation sociale à proposer. Cette tendance égalitaire<br />

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12<br />

initiale ne dura pas. Dès que le christianisme prit de l’ampleur, elle fut de<br />

plus en plus remise en cause. Une hiérarchie religieuse apparut, et le partage<br />

égalitaire fut remplacé par la charité des riches chrétiens. Cela ne se fit pas<br />

sans opposition. Au 4 e siècle de notre ère encore, un évêque, Basile de Césarée,<br />

pouvait dire par exemple en s’adressant aux riches : « Misérables, comment<br />

voulez-vous vous justifier devant le Juge Céleste ? Vous me dites : Quelle<br />

est notre faute, lorsque nous retenons ce qui nous appartient ? Moi, je vous<br />

demande : Ce que vous appelez votre propriété, de qui l’aviez-vous reçue ?<br />

Comment s’enrichissent les possédants, sinon en accaparant les choses qui<br />

appartiennent à tous ? Si chacun ne prenait que selon ses stricts besoins, laissant<br />

le reste aux autres, il n’y aurait ni riches ni pauvres. »<br />

Malgré ce type de résistances, l’évolution était inévitable. Et d’une religion<br />

séditieuse et réprimée, le christianisme devint une religion acceptable<br />

par l’Empire romain. Ses tendances égalitaristes mises de côtés, la religion<br />

chrétienne pouvait même contribuer à la cohésion de l’Empire.<br />

Le christianisme,<br />

religion de l’Empire romain<br />

C’est l’empereur Constantin, au début du 4e siècle, qui chercha le premier<br />

à utiliser l’Église chrétienne pour gouverner et souder l’Empire romain. Il<br />

commença par accorder la liberté de culte aux chrétiens, puis il lança dans<br />

tout l’Empire un programme massif de construction de bâtiments publics qui<br />

furent les premières basiliques chrétiennes. Enfin, il chercha à réduire les différentes<br />

tendances qui s’étaient multipliées au cours des trois premiers siècles<br />

du christianisme. Comme s’il était le chef de l’Église, il convoqua à Nicée,<br />

dans la Turquie actuelle, le premier concile chrétien. Cette réunion des représentants<br />

des églises chrétiennes de tout l’Empire fixa le dogme religieux.<br />

Entre l’appareil de l’Église et le pouvoir, commençait une alliance qui allait<br />

durer des siècles.<br />

Vis-à-vis des croyants, le christianisme se transforma alors en une religion<br />

prêchant la soumission au pouvoir. Si le terme de « communauté » religieuse<br />

pouvait avoir un sens quand il s’agissait des communautés égalitaires, ce<br />

n’était plus du tout le cas désormais. La notion de « communauté des chrétiens<br />

», ou de « communauté des croyants », servait en réalité à masquer les<br />

différences entre les classes sociales pour prêcher aux pauvres la résignation.<br />

Quand, peu de temps après, au début du 5e siècle, l’Empire romain s’effondra<br />

dans sa partie occidentale, le christianisme lui survécut, non seulement<br />

associé au pouvoir dans la partie orientale qui devint l’Empire byzantin, mais


aussi dans les royaumes barbares que les invasions avaient créés. Dans ces<br />

royaumes, la religion chrétienne s’adapta au morcellement géographique. Le<br />

christianisme professait toujours la crainte en un Dieu unique, mais, à côté,<br />

on vit apparaître à une échelle locale des cultes envers des saints protecteurs.<br />

C’était d’une certaine manière un retour aux dieux protecteurs des cités antiques<br />

: la société faisait marche arrière et la religion s’adaptait.<br />

La naissance de l’islam<br />

et l’unification des tribus arabes<br />

La troisième grande religion monothéiste, l’islam, apparut à peine 200 ans<br />

plus tard, au 7 e siècle, à partir d’une région peu éloignée de celles où étaient<br />

nés le christianisme et le judaïsme, la péninsule arabe. Et les transformations<br />

de la société arabe bédouine qui précédèrent la naissance de l’islam rappellent,<br />

par bien des aspects, celles qui donnèrent naissance aux deux précédents<br />

monothéismes.<br />

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14<br />

La péninsule arabe était restée à l’écart de la colonisation romaine, entre<br />

autres pour des raisons géographiques : les déserts qui la couvraient étaient un<br />

rempart naturel contre l’invasion.<br />

Deux grands empires, l’Empire byzantin et l’Empire perse, se partageaient<br />

la domination du monde. Les populations arabes qui étaient situées au nord et<br />

à l’ouest de la péninsule arabique avaient subi l’influence de ces empires, et<br />

étaient devenues chrétiennes. À l’opposé, au sud de la péninsule arabe, vers<br />

le Yémen actuel, il y avait ce que les Grecs et les Romains appelaient « l’Arabie<br />

heureuse », l’Arabie du sud. Cette région entre la Mer Rouge et l’Océan<br />

Indien, au climat bien plus favorable, était un passage commercial maritime<br />

important. C’était la région la plus riche d’Arabie. Au début du 6 e siècle, le roi<br />

de cette région s’était, lui, converti au judaïsme.<br />

Mais, peu de temps après, quelques dizaines d’années avant l’apparition<br />

de l’islam, l’Arabie du sud fut victime des rivalités entre les deux grands empires.<br />

Elle fut dévastée une première fois par l’Éthiopie alliée des Byzantins,<br />

puis une deuxième fois par l’Empire perse. Elle ne s’en remit pas, et la voie<br />

commerciale entre l’Inde et le bassin méditerranéen passa désormais à travers<br />

le désert.<br />

Le désert était le monde des tribus nomades. Les Bédouins utilisaient<br />

l’extrême robustesse du dromadaire pour survivre sous ce climat difficile. Il<br />

n’y avait pas du tout d’État centralisateur. Les tribus avaient leurs traditions<br />

ancestrales et avaient des conceptions religieuses situées entre l’animisme et<br />

le polythéisme. Ces peuples craignaient avant tout les esprits, les « djinns ».<br />

Mais l’arrivée des routes commerciales bouleversa cette situation. Les oasis et<br />

les villes de l’intérieur de la péninsule, comme La Mecque, prirent de l’importance<br />

et s’enrichirent. La vie des tribus bédouines fut complètement transformée.<br />

Les tribus citadines qui dominaient La Mecque devinrent de riches tribus<br />

commerçantes. Mais, les liens d’entraide tribaux se désagrégeant, d’autres<br />

nomades furent ruinés, et les villes concentrèrent aussi les désœuvrés et les<br />

esclaves, car l’esclavage avait fait son apparition.<br />

Mahomet, le prophète de l’islam, était issu de la tribu des Qorayshites<br />

qui dominait La Mecque, mais il était d’une branche en marge. Vers l’âge de<br />

40 ans, il eut ses révélations mystiques et commença à prêcher la foi en un<br />

Dieu unique, Allah. En arabe, « allah » signifie « le Dieu ». Mais à l’époque,<br />

Allah était surtout la divinité suprême du panthéon polythéiste des tribus de<br />

La Mecque.<br />

Les dirigeants de la ville s’opposèrent au monothéisme prêché par Mahomet<br />

qu’ils voyaient comme une religion concurrente. Et Mahomet chercha


alors des alliés du côté du judaïsme et du christianisme, car avec l’élargissement<br />

des rapports commerciaux, les religions juive et chrétienne s’étaient<br />

déjà répandues chez certaines tribus bédouines. Et d’ailleurs, à ses premiers<br />

adeptes, Mahomet demanda de prier en direction de Jérusalem, comme les<br />

juifs et les chrétiens.<br />

Mais les notables de La Mecque réussirent malgré tout à expulser Mahomet<br />

et ses adeptes de leur ville. Et ceux-ci durent émigrer alors vers une autre<br />

cité, Yathrib.<br />

C’est à Yathrib que Mahomet constitua sa puissance politique et religieuse.<br />

Il mit en place une alliance contre les tribus de La Mecque avec des tribus<br />

locales dont, d’ailleurs, trois étaient juives et une chrétienne. Et, petit à petit,<br />

il réussit à fédérer toute l’hostilité des Bédouins appauvris à l’encontre des<br />

riches tribus de La Mecque. Dans cette société où les anciens liens d’entraide<br />

tribaux avaient été dissous, l’islam joua le rôle d’un ciment efficace. Et Yathrib,<br />

qui prit petit à petit le nom de Médine qui signifie « la ville » sous-entendu<br />

« du prophète », devint le centre de ralliement de l’opposition à La Mecque.<br />

Après plusieurs batailles et plusieurs sièges, en 632, les armées de Mahomet<br />

réussirent à imposer le ralliement des tribus de La Mecque à l’islam. Cette<br />

soumission marquait une étape décisive dans la constitution d’un État dont<br />

Mahomet, prophète de la nouvelle religion, était le chef.<br />

Si au départ, pour lutter contre le polythéisme, Mahomet avait cherché<br />

des alliés dans les tribus juives et chrétiennes, désormais, pour unifier solidement<br />

les tribus arabes, il ne pouvait plus tolérer de religion concurrente, même<br />

monothéiste. Et, lorsqu’il se rendit compte, par exemple, que les tribus juives<br />

de Médine ne se convertissaient pas à l’islam, il rompit avec elles et les écrasa.<br />

Cela se traduisit aussi par l’adoption d’un nouveau sanctuaire religieux vers<br />

lequel les musulmans devaient désormais prier : La Mecque.<br />

L’islam fut donc presque dès le départ la religion du pouvoir. À la fois un<br />

ciment fédérateur, mais aussi idéologie dominante, ayant pour rôle de légitimer<br />

le nouveau pouvoir politique auprès des masses.<br />

L’islam et l’extension du monothéisme<br />

Mahomet mourut juste après. Ses successeurs, ses « khalifes » en arabe,<br />

qui furent choisis à chaque fois parmi ses premiers adeptes, lancèrent les tribus<br />

bédouines unifiées vers des conquêtes extérieures, entre autres pour faire<br />

taire les dissensions qui surgirent juste après la mort de Mahomet. Les deux<br />

grands empires, byzantin et perse, s’étaient épuisés mutuellement dans une<br />

énorme guerre qui avait duré vingt ans. Et ils ne purent résister aux tribus<br />

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16<br />

arabes coalisées. En trente ans, l’Empire perse fut totalement conquis, ainsi<br />

que toutes les provinces orientales de l’Empire byzantin. Ces succès qui apportaient<br />

des richesses aux conquérants assurèrent dans un premier temps la<br />

cohésion de ce nouvel empire religieux musulman.<br />

Mais très vite, des rivalités politiques surgirent. Et dans cet État religieux,<br />

elles prirent évidemment une expression religieuse. Les deux tendances principales<br />

de l’islam qu’on connaît aujourd’hui ont d’ailleurs leur origine dans ces<br />

luttes de pouvoir. Les partisans du gendre de Mahomet, Ali, fondèrent ce qui<br />

allait devenir le chiisme. Tandis que le grand-oncle de Mahomet, Moawiya,<br />

qui avait derrière lui le clan dominant des Qorayshites de La Mecque, représenta<br />

le sunnisme.<br />

Malgré les rivalités intestines, environ un siècle après la mort de Mahomet,<br />

les conquêtes arabo-musulmanes s’étendaient très loin : l’empire comprenait<br />

tout le sud du bassin méditerranéen jusqu’au Maghreb et même jusqu’en Espagne,<br />

et s’étendait à l’est jusqu’au Pakistan et au nord jusqu’en Iran. C’est à<br />

travers ces conquêtes militaires que l’islam se répandit dans toutes ces régions.


Peu avant l’an mille, l’islam au sud et le christianisme au nord se partageaient<br />

la domination religieuse de l’Europe et du bassin méditerranéen.<br />

Si ces religions avaient été capables d’exprimer la détresse et la colère des<br />

opprimés, très vite, elles étaient devenues un outil dans les mains du pouvoir,<br />

utiles pour unifier des empires ou des royaumes et pour dominer moralement<br />

les opprimés.<br />

Mais la religion n’est qu’une idéologie. Et quand les fondements économiques<br />

de ces sociétés vacillèrent, les royaumes terrestres et les royaumes<br />

célestes associés se fissurèrent.<br />

17


18<br />

La lutte de la bourgeoisie contre la noblesse :<br />

de la Réforme protestante au matérialisme<br />

À partir de l’an mille, d’autres grandes transformations étaient en fermentation<br />

en Europe occidentale. Et elles nous touchent encore plus, car la société<br />

capitaliste moderne dans laquelle nous vivons en est directement issue. De<br />

nouvelles tendances religieuses vont apparaître qui seront le reflet de nouvelles<br />

classes sociales, à commencer par la bourgeoisie qui allait dominer le<br />

monde.<br />

Et c’est aussi dans ce contexte d’essor de la bourgeoisie, cette période<br />

d’accroissement accéléré des échanges, des techniques et des découvertes<br />

scientifiques, que vont naître les idées athées et matérialistes.<br />

L’Église catholique sous le féodalisme<br />

Dans la société féodale aux environs de l’an mille, le pouvoir des empereurs<br />

et des rois était devenu quasi inexistant. Les évêques de l’Église étaient<br />

alors des nobles, pratiquement comme les autres, régnant sur un fief. L’Église<br />

de Rome chapeautait tous les évêques et était alors la plus grande puissance<br />

féodale d’Europe, possédant jusqu’à un tiers des terres.<br />

L’Église catholique symbolisait le féodalisme. Non seulement parce qu’elle<br />

s’enrichissait de ses fiefs, mais aussi parce que, à une époque où il n’y avait<br />

plus de pouvoir central, elle était la seule puissance dominante à l’échelle de<br />

toute la chrétienté. C’est pour cela que toutes les forces sociales nouvelles qui<br />

se développèrent et créèrent un pouvoir centralisé, cherchèrent au bout d’un<br />

moment à s’émanciper de la tutelle de l’Église catholique. Et cela s’exprima<br />

d’abord comme une contestation religieuse.<br />

Par ailleurs, la société sortait de la période sombre des premiers siècles<br />

du Moyen Âge où la connaissance avait reculé. Et c’était l’Église qui avait<br />

conservé dans ses abbayes le peu de culture qui restait en Occident. Les premiers<br />

pas du renouveau de la culture se firent donc directement sous la coupe<br />

de l’Église. C’était dans la langue de l’Église, le latin, que tout s’écrivait. Les<br />

premières universités, comme la Sorbonne à Paris, furent des organismes religieux.<br />

C’est donc pour cela aussi que les premières idées contestataires furent<br />

des idées de contestation religieuse, et que la lutte de classe aussi s’exprima<br />

d’abord à travers la religion.


L’émergence des monarchies<br />

fruit de l’alliance de la bourgeoisie et du roi<br />

À partir du 12e siècle en Europe occidentale, les villes étaient redevenues<br />

des centres d’échanges importants. Une nouvelle classe sociale, la bourgeoisie,<br />

y jouait le rôle dominant. Les villes voulaient être le plus indépendantes<br />

possible du seigneur local. Et dans leur lutte, elles trouvèrent un allié dans la<br />

personne du roi qui se battait pour imposer son autorité aux seigneurs. Villes<br />

bourgeoises et monarchie s’allièrent souvent contre les féodaux.<br />

Dans un premier temps, des villes obtinrent leur indépendance et même<br />

la possibilité de mettre sur pied leurs milices communales bourgeoises. Dans<br />

certains endroits, cette indépendance dura même pendant des siècles. Des<br />

cités comme Gênes, Florence ou Venise en Italie, devinrent très puissantes.<br />

Mais en général, l’allié royal se renforçant, il se transforma en nouveau maître<br />

et l’autonomie des communes disparut dans la consolidation des royaumes.<br />

Le roi n’était pas pour autant devenu un frein au développement de la bourgeoisie.<br />

La monarchie était l’élément d’ordre et de stabilité dans un Moyen<br />

Âge où les féodaux se faisaient perpétuellement la guerre. Et la stabilité, c’était<br />

bon pour le commerce. Pour un riche bourgeois, avoir un État puissant derrière<br />

soi, c’était un atout dans la concurrence internationale. Alors l’alliance<br />

de la bourgeoisie et de la monarchie se prolongea. Et l’Église catholique ne<br />

put résister longtemps à l’émergence de cette force combinée montante.<br />

Au début du 14e siècle, le roi de France, Philippe Le Bel, fut un des premiers<br />

à s’opposer à l’autorité du Pape. Lorsque Philippe Le Bel voulut imposer<br />

un nouvel impôt au clergé, le Pape refusa. Alors, le roi de France interdit<br />

toute exportation en dehors du royaume, ce qui priva Rome d’une part importante<br />

de ses ressources. Le conflit dura plus d’un siècle. Et c’est la monarchie<br />

française qui en sortit victorieuse. Elle en vint même à faire élire des papes<br />

à sa botte. Et comme ceux-ci craignaient pour leur vie à Rome, ils préférèrent<br />

s’établir à Avignon. Pendant plusieurs décennies, les papes de l’Église<br />

catholique siégèrent à Avignon. Il y eut même une phase, appelée le « grand<br />

schisme d’Occident » où il y eut jusqu’à trois papes différents en même temps,<br />

chacun représentant les intérêts d’un ou plusieurs grands royaumes.<br />

À la fin du Moyen Âge, vers 1500, la puissance politique de l’Église catholique<br />

était donc nettement affaiblie.<br />

19


20<br />

La Réforme protestante<br />

et la guerre des paysans de 1525<br />

L’autorité « spirituelle » de l’Église, elle aussi, avait été contestée à plusieurs<br />

reprises, par des courants religieux que le catholicisme appelait des<br />

hérésies. Les hérésies, traquées par l’Église, se développaient et se cachaient<br />

dans les villes. Elles avaient presque toutes un caractère bourgeois. Les bourgeois<br />

des villes rejetaient la hiérarchie religieuse coûteuse et inutile. Ils voulaient<br />

une Église simple et « à bon marché ». L’Église chrétienne primitive, qui<br />

était décrite dans les Évangiles, sans clergé et démocratique, leur convenait<br />

infiniment plus que cette Église des papes de Rome, parasitaire et richissime.<br />

De nombreuses hérésies dans le midi de la France, en Angleterre ou encore en<br />

Europe centrale représentèrent cette tendance religieuse bourgeoise.<br />

Mais il y eut aussi des hérésies qui étaient l’expression des plus pauvres :<br />

du petit peuple des villes et des paysans. Ces hérésies intégraient généralement<br />

les revendications des hérésies bourgeoises, mais elles allaient plus loin.<br />

Elles ne voulaient pas seulement la démocratie de l’Église chrétienne primitive,<br />

elles voulaient aussi retrouver les conditions d’égalité du christianisme<br />

primitif. Ces hérésies jalonnèrent toute la fin du Moyen Âge, et touchèrent<br />

presque toute l’Europe.<br />

Alors, lorsque le moine allemand Luther lança la Réforme protestante, en<br />

1517, en dénonçant le luxe de l’Église de Rome, il ouvrit une brèche dans<br />

laquelle s’engouffrèrent toutes les classes sociales et tous les intérêts opposés<br />

à l’Église catholique. D’autant plus que Luther eut rapidement le soutien de<br />

princes allemands, car la plupart voyaient d’un bon œil leur émancipation de<br />

la tutelle de Rome qui leur coûtait très cher. Cette émancipation eut son symbole<br />

avec la traduction de la Bible par Luther, du latin en allemand.<br />

Dans le sillage de Luther, un autre réformateur religieux, Calvin, d’origine<br />

française, installa sa doctrine à Genève. Il offrit à la bourgeoisie la religion<br />

qui lui correspondait le mieux. L’Église calviniste était démocratique et bon<br />

marché : un conseil élu dirigeait le culte et il n’y avait pas de clergé. En plus,<br />

elle mettait en avant la prédestination. La prédestination disait que Dieu avait<br />

choisi par avance ceux parmi les hommes qui seraient graciés et ceux qui<br />

seraient damnés. C’était une façon très fataliste d’exprimer le dogme religieux<br />

et cela correspondait à ce que vivaient les bourgeois. Dans le monde<br />

commercial, le succès ou l’échec d’une affaire ne dépendaient pas seulement<br />

de l’habileté de l’homme, mais semblaient soumis à une fatalité incompréhensible.<br />

Comme si Dieu avait choisi par avance les élus et les déchus. Les


premières républiques bourgeoises, comme la Suisse ou les Pays-Bas, furent<br />

des républiques calvinistes.<br />

Mais au-delà de Luther, de Calvin et de leurs proches adeptes, de nombreuses<br />

sectes foisonnèrent, exprimant, elles, les aspirations des plus pauvres.<br />

Les anabaptistes, par exemple, vantaient les communautés chrétiennes primitives<br />

et leur égalitarisme. Leur nom d’anabaptiste venait du fait qu’ils dénonçaient<br />

le baptême dès la naissance. Selon eux, il fallait consciemment choisir<br />

sa foi. Donc ils rebaptisaient ceux qui adhéraient à leur secte, et en grec le<br />

préfixe « ana » signifie entre autres choses « de nouveau ».<br />

La Réforme de Luther avait suscité beaucoup d’espoir parmi les plus<br />

pauvres, or, rien n’avait changé pour eux. Ils restaient les soutiers de la société,<br />

faisant vivre de leur travail pratiquement toutes les autres classes sociales.<br />

Alors, dans le sud-ouest de l’Allemagne, là où il y avait déjà une tradition<br />

de révoltes et de conjurations paysannes contre les possédants, des prêcheurs<br />

radicaux, issus pour la plupart du courant anabaptiste, utilisèrent le langage de<br />

la Bible pour attiser la révolte.<br />

L’effervescence déboucha sur un soulèvement. À partir de l’été 1524,<br />

jusqu’au printemps 1525, six armées paysannes rassemblant de 30 000 à<br />

40 000 hommes au total parcoururent les campagnes, détruisant les monastères,<br />

les abbayes et les châteaux des nobles. Dans plusieurs villes, des insurgés<br />

prirent le pouvoir, regroupant encore d’autres combattants. Les leaders de<br />

cette révolte étaient des petits artisans ou des aubergistes. Les révoltés avaient<br />

mis en avant leur programme sous la forme de douze articles. Ils réclamaient<br />

le droit d’élire et de révoquer les pasteurs, la suppression de la « petite dîme »<br />

(un impôt du clergé) et l’utilisation de la « grande dîme » (un autre impôt du<br />

clergé) pour des buts d’utilité publique. Ils réclamaient l’abolition du servage,<br />

la restitution des terres communales accaparées par les nobles et la suppression<br />

de l’arbitraire dans la justice et l’administration.<br />

Luther, qui avait involontairement contribué à engendrer cette révolte,<br />

appela les princes allemands à la répression. Voilà ce qu’il leur dit à propos<br />

des révoltés : « Il faut les mettre en pièces, les étrangler, les égorger, en secret<br />

et publiquement, comme on abat des chiens enragés ! C’est pourquoi, mes<br />

chers seigneurs, égorgez-les, abattez-les, étranglez-les, libérez ici, sauvez là !<br />

Si vous tombez dans la lutte, vous n’aurez jamais de mort plus sainte ! »<br />

En face de Luther, l’idéologue le plus radical de la révolte des paysans était<br />

Thomas Münzer. Influencé par les anabaptistes, il enseignait, sous des formes<br />

chrétiennes, une religion universelle si abstraite qu’elle frisait l’athéisme. Il rejetait<br />

la Bible comme révélation unique ou infaillible. La véritable révélation,<br />

21


22<br />

Thomas Munzer<br />

et la Guerre des paysans<br />

de 1525.<br />

Portrait de Martin Luther<br />

(1453-1546)


selon Münzer, c’était la raison. Pour lui, le Saint-Esprit, c’était la raison. Son<br />

programme politique était presque communiste. Le royaume de Dieu était<br />

pour lui une société sans aucune propriété privée, sans pouvoir d’État placé<br />

au-dessus des membres de la société. Il voulait fonder une ligue pour réaliser<br />

ce programme, non seulement dans toute l’Allemagne, mais dans toute la<br />

chrétienté.<br />

Cette révolte des paysans et des petites classes des villes du sud-ouest<br />

de l’Allemagne : de Souabe, de Franconie, de Thuringe et même d’Alsace,<br />

fut écrasée. Les armées paysannes étaient plus nombreuses que les armées<br />

des princes, mais elles étaient divisées. La répression fut féroce. Lors de la<br />

dernière bataille décisive, l’armée des princes extermina 5 000 à 6 000 des<br />

8 000 combat tants paysans. Thomas Münzer fut torturé et décapité.<br />

La sauvagerie des princes allemands luthériens contre les paysans plus ou<br />

moins anabaptistes révoltés était avant tout la répression d’un soulèvement<br />

populaire par les armées des nobles.<br />

À partir de la Réforme, toute l’Europe fut embrasée par les guerres de religion.<br />

Toutes les forces sociales qui s’étaient construites au cours du Moyen<br />

Âge s’affrontèrent derrière des étendards religieux.<br />

Par exemple, les luttes entre nations pour le pillage du Nouveau Monde,<br />

l’Amérique qui venait d’être découverte, prirent une expression religieuse. Le<br />

roi d’Angleterre Henri VIII, dans la foulée de la Réforme luthérienne, rompit<br />

lui aussi avec le catholicisme. Il se proclama « Chef suprême de l’Église et du<br />

clergé d’Angleterre », stoppant d’un coup le flux de richesses qui s’échappait<br />

d’Angleterre vers Rome. Il fonda l’anglicanisme et la Bible fut traduite en<br />

anglais. À l’opposé, l’Espagne, qui profitait des richesses de la découverte de<br />

l’Amérique, était devenue une puissance dominante et avait mis la papauté<br />

sous sa coupe. Les papes étaient élus désormais avec le consentement du roi<br />

d’Espagne. Alors, la rivalité commerciale entre l’Espagne et l’Angleterre prit<br />

un aspect religieux : le catholicisme contre l’anglicanisme.<br />

En France, l’affrontement entre les différents clans de la noblesse pour<br />

le pouvoir royal se fit aussi sous le masque de la religion. Et l’Espagne et<br />

l’Angleterre s’immiscèrent dans cette lutte, l’une soutenant le clan catholique,<br />

l’autre le clan protestant.<br />

Les guerres de religion étaient l’expression de luttes entre classes sociales<br />

différentes, entre puissances nationales différentes ou encore, au sein de la<br />

noblesse, l’expression de rivalités pour le pouvoir royal.<br />

23


24<br />

Les puritains de la Révolution anglaise<br />

Mais sous ces luttes politiques de surface, dans les profondeurs des rapports<br />

économiques, la place de la bourgeoisie continuait de se renforcer.<br />

En Angleterre, au temps d’Henri VIII et de la mise en place de l’anglicanisme,<br />

la monarchie et la bourgeoisie étaient alliées, car elles se retrouvaient<br />

derrière les intérêts de la puissance commerciale anglaise. Mais la bourgeoisie<br />

s’enrichissant sans cesse et jouant un rôle de plus en plus primordial dans la<br />

vie économique, il était inévitable que la monarchie finisse par la gêner. En<br />

Angleterre, l’alliance entre la bourgeoisie et la monarchie se brisa et se transforma<br />

en un conflit ouvert, dès 1640, près d’un siècle et demi avant la Révolution<br />

française. Et les courants religieux qui s’affrontèrent lors de la Révolution<br />

anglaise représentèrent les différentes classes sociales.<br />

La monarchie, la vieille noblesse et le haut clergé étaient anglicans. Le<br />

camp républicain était « puritain ». Il y avait plusieurs tendances au puritanisme.<br />

La bourgeoisie commerçante alliée à une partie des propriétaires terriens<br />

se rangeait sous le drapeau du presbytérianisme, une tendance du calvinisme<br />

qui venait d’un pasteur écossais. Les paysans, les petits commerçants<br />

et artisans, et les déclassés des villes, qui formèrent le parti le plus radical de<br />

la Révolution anglaise, étaient, eux, qualifiés « d’indépendants » ou de « sectateurs<br />

», c’est-à-dire membres de sectes religieuses. Car d’innombrables sectes<br />

religieuses avaient éclos. La plupart dérivaient de l’anabaptisme et vantaient<br />

l’égalitarisme du christianisme primitif.<br />

Chose remarquable, cette profusion de sectes poussait à l’esprit de tolérance.<br />

Et cette aile radicale revendiquait la séparation de l’Église et de l’État,<br />

car chacun devait pouvoir adhérer à l’Église de son choix.<br />

À partir de 1642, la lutte entre le roi d’Angleterre, Charles Ier , et le Parlement<br />

anglais se transforma en guerre civile : armées du roi et armées du Parlement<br />

s’affrontèrent. Et le cœur de la révolution fut l’armée, une armée révolutionnaire<br />

comme on n’en avait encore jamais vu. l’Armée nouveau modèle,<br />

c’est son nom, fut constituée en regroupant des hommes sur des principes<br />

religieux, ceux du puritanisme. Son aile la plus radicale, la cavalerie, utilisait<br />

par exemple les cathédrales anglicanes comme écuries pour ses chevaux. Mais<br />

cette armée était surtout farouchement antiroyaliste. Le dirigeant de la cavalerie,<br />

Olivier Cromwell, un membre de la toute petite noblesse, régulièrement<br />

réélu par ses hommes, recrutait avec des discours de ce genre : « S’il arrivait<br />

au Roi de se retrouver dans les rangs de l’ennemi, je déchargerais mon pistolet<br />

sur lui comme sur n’importe qui ; et si votre conscience vous empêche<br />

d’en faire autant, je vous conseille de ne pas vous enrôler sous mes ordres. »


La cavalerie de Cromwell, surnommée les « côtes de fer » de la Révolution anglaise.<br />

25


26<br />

Cette armée révolutionnaire une fois constituée ne mit pas longtemps à<br />

venir à bout des armées royalistes. Et après la victoire, cette armée révolutionnaire<br />

ne se démobilisa pas. Elle devint au contraire un creuset d’idées radicales<br />

et de politisation accélérée. Le Parlement bourgeois était même effrayé<br />

par cette force militaire populaire. En 1647, il tenta d’en démobiliser une partie<br />

et d’envoyer l’autre conquérir l’Irlande.<br />

Cette décision mit le feu aux poudres. Les troupes élurent des délégués<br />

appelés agitateurs et forcèrent les officiers à accepter la constitution d’un<br />

Conseil général de l’Armée élu. Bien plus tard, au 20 e siècle, un historienjournaliste<br />

démocrate anglais, Henry Brailsford, compara cette effervescence<br />

de la Révolution anglaise à celle de la Révolution russe : « Rien de comparable<br />

à cette explosion de démocratie spontanée n’avait jamais existé dans aucune<br />

armée anglaise ou continentale avant cette année 1647, rien de semblable<br />

ne devait plus se reproduire avant les conseils de soldats et ouvriers dans la<br />

Russie de 1917. »<br />

En parallèle de cette politisation dans l’armée, dans la société civile s’était<br />

développé, surtout à Londres, un parti populaire, les « niveleurs ». Le terme<br />

venait de leurs détracteurs qui leur reprochaient de vouloir imposer l’égalité<br />

sociale, « niveler la société ». Les niveleurs étaient le parti républicain radical,<br />

implanté dans les couches travailleuses londoniennes et chez les soldats du<br />

rang de l’Armée nouveau modèle.<br />

Leur manifeste, l’Accord du peuple, réclamait la séparation de l’Église et<br />

de l’État ainsi que la tolérance religieuse, l’abolition de la dîme, la protection<br />

de la petite propriété privée, la République et le suffrage universel.<br />

Cromwell, devenu le dirigeant de la Révolution, s’appuya d’abord sur les<br />

niveleurs et le peuple pour se débarrasser des hésitants qui se seraient contentés<br />

d’un compromis avec le roi, mais ensuite il les réprima implacablement<br />

afin de décapiter toute contestation populaire.<br />

Cromwell dirigea la courte République anglaise jusqu’à sa mort, mais<br />

celle-ci ne lui survécut pas. La réaction ramena la monarchie. Après plusieurs<br />

décennies d’oscillations, la bourgeoisie et l’aristocratie trouvèrent un compromis<br />

: la monarchie était rétablie, mais la bourgeoisie avait les mains libres<br />

pour toutes ses affaires commerciales, industrielles et financières. Avec la restauration<br />

revint aussi l’Église anglicane, mais celle-ci n’osa pas se réimposer<br />

comme religion d’État. Les multiples sectes religieuses, un temps réprimées,<br />

furent au bout du compte tolérées. Le reflux de la Révolution les rendait moins<br />

dangereuses pour le pouvoir.


D’ailleurs, de nouvelles sectes très mystiques étaient apparues, comme<br />

le mouvement pacifiste des quakers. La plupart des leaders de ces nouvelles<br />

sectes avaient été des révolutionnaires radicaux. Mais si au cœur de la révolution,<br />

le langage de la Bible enrobait leurs discours révoltés, l’échec de la<br />

Révolution et le retour de la monarchie les avaient démoralisés et poussés vers<br />

le mysticisme... et vers l’Amérique où beaucoup émigrèrent.<br />

L’essor de la science<br />

La Réforme protestante en Allemagne et la Révolution anglaise de 1640<br />

furent deux grandes batailles qui pourraient passer pour des luttes religieuses,<br />

mais qui étaient en fait l’expression de la lutte des classes. Tout se fit sous le<br />

masque de la religion, car nulle part dans la société n’existait encore de pensée<br />

émancipée de la religion. Mais, dans cette société en constant bouleversement,<br />

qui venait de découvrir de nouveaux continents et de nouveaux océans, et<br />

en parallèle à tous les événements que nous venons d’aborder, la vision du<br />

monde progressait à pas de géants, et dans cette ambiance surchauffée, les<br />

conceptions athées et matérialistes étaient en train de germer.<br />

D’abord, la science avait repris son essor, en repartant des théories de<br />

l’Antiquité grecque, transmises et enrichies par le monde arabe. Elle pouvait<br />

s’appuyer désormais sur l’expérience de techniques nouvelles dont les<br />

découvertes s’étaient échelonnées tout au long des derniers siècles du Moyen<br />

Âge, comme l’utilisation des moulins à eau puis à vent dès le 11e siècle et<br />

leur constant perfectionnement ; le recours à la croisée d’ogives au 12e siècle<br />

qui avait permis de construire plus haut sans craindre l’effondrement ; la découverte<br />

du gouvernail d’étambot à partir du 13e siècle, auquel l’essor de la<br />

marine et du commerce mondial était lié, et puis il faut au moins aussi citer la<br />

typographie, inventée par l’Allemand Gutenberg vers 1450, qui révolutionna<br />

la propagation des idées et de la connaissance.<br />

Toutes ces techniques nouvelles aidèrent au renouveau des idées scientifiques,<br />

mais surtout elles contribuèrent à accroître les forces productives et<br />

donc la richesse de la société. Cela eut pour conséquence indirecte l’émergence<br />

à l’échelle européenne d’une couche d’intellectuels qui commençaient<br />

à réfléchir en marge de l’Église.<br />

Cela fut essentiel car, dans ce monde en pleine évolution, l’Église catholique<br />

était restée figée sur quelques conceptions issues de l’Antiquité. Sa<br />

représentation du monde, que le dogme religieux refusait absolument de remettre<br />

en cause, considérait que la Terre était immobile au centre de l’univers ;<br />

que cet univers se divisait en un monde sublunaire, sous la lune, où tout était<br />

27


28<br />

périssable et subissait les effets du temps, et un monde supra lunaire parfait,<br />

immuable et éternel, celui de Dieu. D’une manière générale, l’Église rejetait<br />

la moindre idée fondée sur l’observation ou l’expérience car, selon elle, la<br />

vérité était dans ses livres sacrés.<br />

Alors quand, en 1543, un moine polonais, Nicolas Copernic, émit l’idée<br />

que c’était le Soleil qu’il fallait mettre au centre et les planètes autour, cette<br />

simple hypothèse fut intolérable aux yeux de l’Église. Pour confirmer solidement<br />

l’idée de Copernic, qui est pour nous aujourd’hui une évidence, il<br />

fallut plus de cent ans et la contribution de découvreurs de toute l’Europe : du<br />

Polonais Copernic, en passant par le Danois Tycho Brahé, l’Allemand Kepler,<br />

l’Italien Galilée et jusqu’à l’Anglais Newton. Les efforts furent considérables,<br />

car, pour prouver l’idée de Copernic, il fallait remettre en cause tout l’édifice<br />

scientifique hérité de l’Antiquité. Et en plus de cela, il fallait aussi lutter contre<br />

l’Église catholique.<br />

Giordano Bruno, un partisan du système de Copernic, défendait l’idée,<br />

l’anticipation géniale, que les étoiles étaient des soleils lointains et que l’univers<br />

était infini. Pour avoir défendu cela, Giordano Bruno fut condamné par<br />

l’Église et brûlé vif à Rome en 1600. Trente-trois ans après, Galilée, fusionnant<br />

les conclusions de dizaines d’années de découvertes, mit en place les<br />

bases de la science physique moderne, en prouvant que la théorie de Copernic<br />

était juste et que celle des mondes sublunaires et supra-lunaires était fausse.<br />

Alors qu’historiquement ce fut une étape majeure du progrès de la science,<br />

l’Église obligea Galilée à abjurer sa théorie.<br />

L’Église tenta par la terreur morale et physique de maintenir son emprise<br />

idéologique sur la société, mais elle ne pouvait pas retenir le flot montant<br />

du progrès. Comme disait Galilée, la science « ne [pouvait] que s’étendre ».<br />

D’autant plus que le commerce et la production manufacturière avaient besoin<br />

de sciences de la nature, d’explication des phénomènes, et d’une véritable<br />

compréhension du monde.<br />

Les origines du matérialisme<br />

Cet essor des idées scientifiques en influença un autre, celui des idées philosophiques.<br />

Les philosophes de l’époque cherchaient à comprendre quels<br />

rapports existaient entre la matière et la pensée, ce que pouvait être l’âme et<br />

s’il était possible de prouver ou non l’existence de Dieu. Exactement comme<br />

pour les idées de Copernic, la conception matérialiste du monde fut le fruit de<br />

contributions de penseurs de tous les pays, et de leurs débats acharnées. Au- delà<br />

de leurs divergences, tous avaient une haine de l’obscurantisme religieux et


29<br />

Statue de<br />

Giordano Bruno<br />

à Rome.


30<br />

la volonté farouche de comprendre. À un philosophe hollandais, Spinoza, qui<br />

fut excommunié de la communauté religieuse juive d’Amsterdam à l’âge de<br />

24 ans parce qu’il défendait les idées rationalistes, on attribue une phrase qui<br />

symbolise cet état d’esprit : « il ne faut ni rire, ni pleurer, mais comprendre. »<br />

Les idées matérialistes plongent leurs racines dans deux courants philosophiques<br />

du 17 e siècle qui évoluèrent en parallèle.<br />

Le premier courant était français et avait comme représentant le plus connu<br />

le scientifique René Descartes. Partant de l’étude des propriétés de la matière,<br />

Descartes avançait qu’on devait pouvoir comprendre le monde qui nous entoure<br />

uniquement à partir de ces propriétés, et cela jusqu’aux êtres vivants<br />

comme les animaux qu’il voyait comme des machines complexes dont il fallait<br />

mettre à jour le mécanisme. Il résumait cela à travers la notion d’animalmachine.<br />

C’était une vision audacieuse des propriétés de la matière, car les<br />

connaissances de l’époque étaient plus que sommaires et ne permettaient pas<br />

de confirmer ses intuitions. Descartes mettait cependant l’être humain à part.<br />

Il ne concevait pas que la pensée humaine puisse être, elle aussi, le produit de<br />

la matière, et il continuait d’associer cette pensée à une âme éternelle.<br />

Le deuxième courant était anglais. Si le courant français lié à Descartes<br />

avait attaqué le problème des liens entre la matière et la pensée « par en<br />

bas », c’est-à-dire à partir des propriétés de la matière, le courant anglais, lui,<br />

l’abordait « par en haut », en essayant de comprendre comment se constituait<br />

la pensée, d’où venaient les idées. Au 17 e siècle, l’Angleterre était le pays<br />

de la révolution où les idées nouvelles s’étaient propagées comme une traînée<br />

de poudre. Les philosophes anglais avaient vu que les idées pouvaient<br />

changer du tout au tout en quelques années. L’Angleterre était aussi le pays<br />

où les sciences expérimentales s’étaient le plus développées, le pays de la<br />

première académie scientifique, ce premier « parlement de savants ». Or, les<br />

sciences expérimentales montraient comment les idées se formaient à partir<br />

des observations et des expériences. Le courant matérialiste anglais établit<br />

alors que les pensées venaient en définitive uniquement de nos sens comme la<br />

vue, l’ouïe, le toucher..., et qu’elles ne pouvaient être que le reflet du monde<br />

réel. Un de ses représentants les plus marquants, John Locke, partant de l’idée<br />

que toute pensée ne pouvait être que le fruit de l’expérience, décrivit l’esprit<br />

humain comme une « ardoise vierge » qui se remplissait au contact du monde.<br />

Il en concluait qu’il n’existait pas dans les esprits des hommes d’idées innées,<br />

d’idées a priori ; que, par exemple, les enfants ne naissaient pas avec des idées<br />

toutes faites, pas même celle de Dieu.


Baruch Spinoza<br />

(1632-1677)<br />

René Descartes<br />

(1596-1650)<br />

John Locke<br />

(1632-1704)<br />

31


32<br />

À l’aube du 18 e siècle, le fameux siècle des Lumières, même si les deux<br />

courants français et anglais avaient mis en place les fondements d’une conception<br />

matérialiste, aucun penseur n’osait encore affirmer qu’il n’existait ni Dieu,<br />

ni âme. Mais l’idée était dans l’air et elle ne devait pas tarder à être formulée.<br />

L’apparition du matérialisme<br />

au siècle des Lumières<br />

Aussi étonnant que cela puisse paraître, c’est un petit curé de campagne<br />

des Ardennes, Jean Meslier, qui exprima son athéisme le premier. À l’époque,<br />

dans les couches pauvres de la paysannerie, devenir curé était souvent la seule<br />

voie ouverte à ceux qui avaient eu la chance d’avoir un peu d’éducation. À<br />

sa mort, il laissa un ouvrage imposant, connu sous le nom du Testament de<br />

Jean Meslier, que Voltaire fit publier en en tronquant certains passages parce<br />

qu’il les trouvait trop radicaux. On pouvait y lire : « Pesez bien les raisons<br />

qu’il y a de croire ou de ne pas croire, ce que votre religion vous enseigne,<br />

et vous oblige si absolument de croire. Je m’assure que si vous suivez bien<br />

les lumières naturelles de votre esprit, vous verrez au moins aussi bien, et<br />

aussi certainement que moi, que toutes les religions du monde ne sont que des<br />

inventions humaines, et que tout ce que votre religion vous enseigne, et vous<br />

oblige de croire, comme surnaturel et divin, n’est dans le fond qu’erreur, que<br />

mensonge, qu’illusion et imposture. »<br />

Jean Meslier était un révolté. C’est lui par exemple qui avait lancé la formule<br />

: « Il serait juste que les grands de la terre et que tous les nobles fussent<br />

pendus et étranglés avec les boyaux des prêtres. » Mais son athéisme n’était<br />

pas que le fruit de la colère, il était aussi la conclusion de ses lectures et de<br />

ses réflexions. Il était isolé, et ses idées ne furent connues, grâce à Voltaire,<br />

que partiellement et plus de trente ans après sa mort. Mais il fut un véritable<br />

précurseur des idées matérialistes modernes.<br />

C’est avec un médecin des armées du roi de France, La Mettrie, que les<br />

courants matérialistes anglais et français firent vraiment leur jonction, donnant<br />

naissance à la première vision matérialiste conséquente des liens entre la<br />

matière et la pensée. Partant du concept d’animal-machine de Descartes, La<br />

Mettrie eut l’audace de l’étendre à l’homme et de parler d’homme-machine.<br />

Pour la première fois, la pensée humaine était considérée comme le fruit de<br />

la matière. Ni Dieu, ni l’âme n’avaient plus aucune justification. La Mettrie,<br />

médecin de profession, disait : « Si tout s’explique par ce que l’anatomie et<br />

la physiologie me découvrent dans la moelle, qu’ai-je besoin de forger un<br />

être idéal ? » Ses ouvrages furent condamnés, et brûlés par le pouvoir. Il dut


quitter son emploi de médecin des armées et s’exiler aux Pays-Bas puis en<br />

Allemagne, mais jamais il ne renia ses idées.<br />

Dans sa foulée, les penseurs matérialistes se multiplièrent. Et leurs idées<br />

communes forgèrent un matérialisme dont nous avons hérité. Selon ces penseurs,<br />

l’univers n’est fait que de matière. Cette matière, dont la science n’a<br />

jamais fini de comprendre les propriétés, s’organise sous des formes innombrables<br />

: de la roche inerte aux êtres vivants et jusqu’au cerveau humain capable<br />

d’être le siège de la pensée. Et les pensées des hommes, elles, même<br />

les plus abstraites, proviennent de leurs sens. Elles sont le reflet du monde<br />

extérieur dans le cerveau humain. Cette conception de la nature n’était pas une<br />

conception figée. Elle devait s’enrichir constamment de chaque nouvelle découverte<br />

scientifique. Et c’est ce qu’elle continue de faire plus de deux siècles<br />

et demi après.<br />

Le symbole du siècle des Lumières fut un ouvrage collectif exceptionnel,<br />

l’Encyclopédie. Cette œuvre monumentale, interdite à plusieurs reprises par<br />

le pouvoir royal et l’Église, à laquelle contribuèrent des scientifiques et des<br />

penseurs de toutes nationalités, donna au matérialisme son aspect universel.<br />

Tout fut décortiqué et mis à l’épreuve de la raison. Toutes les questions, celles<br />

de la nature, celles de la religion, et celles de la société furent abordées.<br />

Les auteurs de l’Encyclopédie n’étaient pas tous athées, loin de là. Affirmer<br />

son matérialisme et son athéisme pouvait entraîner l’emprisonnement, et par<br />

exemple, Diderot, le père de l’Encyclopédie, fut lui-même emprisonné trois<br />

mois. Cela explique en partie pourquoi la plupart des philosophes préféraient<br />

s’affirmer déistes, c’est-à-dire qu’ils rejetaient les dogmes de l’Église mais<br />

continuaient formellement d’admettre l’existence d’un Dieu abstrait. Marx<br />

dira plus tard que le déisme était « un moyen commode et paresseux pour se<br />

débarrasser de la religion ».<br />

Mais pour certains philosophes, le déisme cachait plus qu’un souci de se<br />

protéger de la répression. Voltaire, par exemple, revendiquait le déisme et<br />

dénonçait l’athéisme. Il savait pourtant être un polémiste vigoureux contre<br />

l’Église et les superstitions religieuses, capable d’écrire dans une lettre personnelle<br />

au roi de Prusse qui était un de ses protecteurs : « Tant qu’il y aura<br />

des fripons et des imbéciles, il y aura des religions. La nôtre est sans contredit<br />

la plus ridicule, la plus absurde, et la plus sanguinaire qui ait jamais infecté<br />

le monde. » Mais le même Voltaire, s’installant à la frontière franco-suisse sur<br />

un domaine qu’il venait d’acheter, fit construire une église pour les paysans,<br />

sur laquelle était écrit en latin « érigée pour Dieu par Voltaire ». Pour lui,<br />

33


34<br />

Classement des connaissances dans l’Encyclopédie de Diderot et d’Alembert.


l’athéisme ou le déisme étaient valables pour les grands du monde, mais pas<br />

pour les paysans.<br />

Mais au-delà des forces ou des faiblesses de chacun de ces philosophes,<br />

l’aboutissement du mouvement général était qu’en cette fin de 18 e siècle, juste<br />

avant que la Révolution française n’éclate, l’humanité avait enfin une conception<br />

irréligieuse du monde.<br />

Parallèlement à l’établissement des conceptions matérialistes sur la nature,<br />

les matérialistes les plus radicaux s’étaient attaqués aux problèmes des sociétés.<br />

Ils se posèrent la question de savoir ce qui faisait et défaisait les régimes<br />

et les pouvoirs, quelle explication on pouvait trouver à l’histoire de l’humanité.<br />

Ils savaient déjà que toute l’histoire n’était le résultat que de l’action des<br />

hommes eux-mêmes. Ils savaient qu’en même temps les hommes étaient le<br />

produit de leur milieu, qu’il n’y avait pas d’idées innées, comme l’avait dit<br />

John Locke. Et comme ils pensaient que c’était « l’opinion » qui gouvernait le<br />

monde, leur devoir de philosophes était d’éclairer les peuples.<br />

D’Holbach, un des matérialistes les plus conséquents d’avant la Révolution<br />

française, s’exprimait ainsi : « L’histoire nous prouve qu’en matière de<br />

gouvernement, les nations furent de tout temps le jouet de leur ignorance, de<br />

leur imprudence, de leur crédulité de leurs terreurs paniques, et surtout des<br />

passions de ceux qui surent prendre de l’ascendant sur la multitude. Semblables<br />

à des malades qui s’agitent sans cesse dans leur lit, sans y trouver de<br />

position convenable, les peuples ont souvent changé la forme de leurs gouvernements,<br />

mais ils n’ont jamais eu ni le pouvoir, ni la capacité de réformer<br />

le fond, de remonter à la vraie source de leurs maux ; ils se virent sans cesse<br />

ballottés par des passions aveugles. »<br />

Les matérialistes avaient la ferme conviction que, débarrassé de l’obscurantisme,<br />

débarrassé de la religion, et armé de la raison, il était possible de<br />

rendre la société meilleure. Les philosophes des Lumières étaient loin d’être<br />

tous des républicains affichés. La plupart préféraient de beaucoup une monarchie<br />

constitutionnelle où les pouvoirs du roi seraient limités, ou encore<br />

une monarchie dirigée par un souverain « éclairé » ou encore mieux « philosophe<br />

», et peu réclamaient une république. Mais leurs dénonciations de l’obscurantisme,<br />

alors que l’Église et la monarchie étaient indissolublement liées,<br />

en faisaient tous des opposants de fait à la royauté.<br />

Évidemment, ils étaient très loin de s’imaginer que, quelques années après,<br />

le peuple allait s’emparer de leurs idées, en faire des forces réelles et abattre<br />

la monarchie.<br />

35


36<br />

La Révolution française<br />

et la déchristianisation<br />

La philosophie des Lumières ne resta pas cantonnée aux salons de la haute<br />

société, elle se répandit dans la population. Des colporteurs faisaient circuler<br />

sous le manteau les ouvrages des philosophes. Et parmi les élus du tiersétat<br />

de la Révolution française, plusieurs avaient été éclairés par les idées<br />

matérialistes.<br />

Lorsque la Révolution éclata, la lutte contre la noblesse et le roi n’eut pas<br />

besoin de prétexte religieux. Et le pouvoir issu de la première irruption populaire<br />

de l’été 1789 imposa une Constitution civile au clergé. Les prêtres, du<br />

moindre curé à l’archevêque, devaient prêter serment sur la Constitution. Le<br />

Pape de Rome appela à s’y opposer. Et, mise à part une partie du bas clergé,<br />

les quelques héritiers spirituels de Jean Meslier, l’Église, résolument du côté<br />

de la monarchie, fut largement réfractaire au serment.<br />

La révolution s’intensifia à partir de l’été 1792, marqué par le soulèvement<br />

des sans-culottes parisiens qui fit chuter la royauté et instaura la République.<br />

La guerre révolutionnaire devenant de plus en plus âpre, le pouvoir, s’il voulait<br />

vaincre, n’avait pas d’autre choix que de s’appuyer sur la mobilisation la<br />

plus large du peuple en lui concédant des mesures radicales. Ce fut alors, en<br />

1793, la période dite de la Terreur, où les sans-culottes parisiens envahissaient<br />

régulièrement l’Assemblée pour porter des pétitions ou dénoncer le manque<br />

de fermeté de la République à l’égard des profiteurs. Ce fut la période où le petit<br />

peuple de Paris se retrouvait plusieurs fois par semaine dans les assemblées<br />

locales, les assemblées de sections, pour débattre et prendre des décisions.<br />

C’est aussi dans cette période qu’eut lieu la déchristianisation.<br />

Dans l’ambiance surchauffée de la guerre civile, les initiatives de déchristianisation<br />

lancées par l’aile gauche des révolutionnaires trouvèrent immédiatement<br />

un écho dans le peuple. Le Conseil général de la Commune, à<br />

Paris, arrêta que toutes les églises et tous les temples de toutes religions et<br />

de tous cultes seraient sur-le-champ fermés. Et sous cette pression, l’Assemblée,<br />

la Convention, décréta le 16 novembre 1793 que « tous les bâtiments<br />

qui servaient au culte et au logement des ministres devaient servir d’asiles<br />

aux pauvres et d’établissements pour l’instruction publique. » Les pamphlets<br />

contre l’Église lancés de Paris se propagèrent partout en France. Ils étaient<br />

lus à voie haute et réimprimés dans les villes de province et les campagnes.<br />

Les religieux furent écartés des églises qu’on transforma en « temples de la<br />

Raison ».


On peut être surpris de la facilité avec laquelle les croyances religieuses<br />

s’étaient évaporées. Mais une haine s’était accumulée contre l’Église parasitaire<br />

et ouvertement ennemie de la révolution. Et puis surtout, la révolution<br />

avait mis à l’ordre du jour bien autre chose que les spéculations religieuses, il<br />

s’agissait de changer les choses sur-le-champ. Dans les assemblées de section,<br />

dans les insurrections, le petit peuple sentait qu’il avait l’occasion de maîtriser<br />

son destin. Cela fit énormément pour écarter les préjugés et les croyances.<br />

Mais Robespierre chercha à brider cet élan populaire qui lui échappait. Il<br />

utilisa tout son poids et déclara à propos des déchristianisateurs : « De quel<br />

droit viendraient-ils troubler la liberté des cultes au nom de la liberté et attaquer<br />

le fanatisme par un fanatisme nouveau ? » La Convention veut « maintenir<br />

la liberté des cultes qu’elle a proclamée. Elle ne permettra pas qu’on<br />

persécute les ministres paisibles du culte. »<br />

Robespierre s’empressa de mettre sur pied une nouvelle religion pour remplacer<br />

l’ancienne. Ce fut le culte de l’Être suprême qu’il préférait à celui de<br />

la Raison. En faisant cela, Robespierre étouffait l’énergie révolutionnaire des<br />

sans-culottes et des paysans et, par la même occasion, sciait la branche sur<br />

laquelle il reposait.<br />

Toute la période de mobilisation populaire que représente la Terreur de<br />

1793 avait effrayé la bourgeoisie. Elle avait eu besoin des masses pour écraser<br />

la noblesse et résister au moment de la guerre révolutionnaire mais, la victoire<br />

assurée, elle souhaitait avant tout une situation plus contrôlée et les masses<br />

soumises. Napoléon, général de la révolution, fut son homme. En même temps<br />

qu’il imposait sa dictature militaire, il fit revenir l’Église catholique, signa le<br />

Concordat avec le Pape et rétribua de nouveau les prêtres avec les deniers<br />

publics.<br />

Les philosophes des Lumières et la Révolution française avaient démystifié<br />

la religion. Alors Napoléon la remit en selle en déclarant : « L’inégalité des<br />

fortunes ne peut exister sans religion. Quand un homme meurt de faim à côté<br />

d’un autre qui regorge, il lui est impossible d’accepter cette différence s’il n’y<br />

a pas une autorité qui lui dise : Dieu le veut ainsi. »<br />

37


38<br />

Le matérialisme<br />

et la classe ouvrière<br />

Le matérialisme des Lumières avait été une arme utilisée par la bourgeoisie<br />

contre la noblesse. Mais pour exercer le pouvoir, ces théories ne lui étaient pas<br />

nécessaires. Comprendre la nature, c’était une chose, mais pousser le matérialisme<br />

plus loin, pour comprendre les sociétés, leur histoire, les ressorts de leur<br />

évolution, ça, la bourgeoisie n’en voulait pas. Alors, ceux qui relevèrent le<br />

drapeau du matérialisme, ce furent ceux qui s’opposèrent au nouveau pouvoir,<br />

les premiers socialistes.<br />

Ces premiers socialistes français et anglais du tout début du 19 e siècle, dont<br />

les noms les plus connus sont Saint-Simon, Fourier et Owen, se revendiquaient<br />

des matérialistes des Lumières. Ils transposèrent les attaques que ces derniers<br />

avaient portées contre la société de l’Ancien Régime, en attaques contre la<br />

société bourgeoise naissante. Ils dénoncèrent la bourgeoisie aussi vigoureusement<br />

que les plus radicaux de leurs ancêtres avaient dénoncé la noblesse.<br />

Comme, selon eux, l’organisation sociale la meilleure devait naître de l’application<br />

de principes rationnels, ils se lancèrent dans la conception des plans<br />

de sociétés idéales. D’ailleurs, allant jusqu’au bout de leurs idées, ils créèrent<br />

des micro-sociétés qui devaient servir d’exemple à l’humanité.<br />

Ces premiers socialistes n’étaient pas des penseurs de salon, ils tentèrent<br />

réellement d’aider à ce que les choses changent. Mais c’étaient les limites de<br />

leur compréhension de l’évolution des sociétés qui les rendaient impuissants.<br />

Au 18 e siècle, le matérialisme avait triomphé des conceptions religieuses et<br />

réussi à imposer une conception rationnelle et scientifique de la nature, mais<br />

en ce qui concerne la compréhension des sociétés, le matérialisme semblait<br />

faire du sur-place.<br />

Le matérialisme de Marx et le communisme moderne<br />

Pour faire un pas de plus, il fallait franchir une étape radicale. Pour<br />

comprendre l’évolution des sociétés, il ne fallait pas s’en tenir à une critique<br />

d’une société donnée à un instant donné et faire la liste de ce qui allait et ce<br />

qui n’allait pas. Il fallait un raisonnement qui englobe l’évolution elle-même.<br />

Ce mode de raisonnement est venu d’un philosophe allemand, Hegel,<br />

qui étudiait les événements, les raisonnements, toutes choses, dans leur


Georg Wilhelm Friedrich Hegel (1770-1831).<br />

39


40<br />

développement. Il remit au goût du jour un mode de pensée que l’Antiquité<br />

avait découvert, mais que le matérialisme avait délaissé : la dialectique.<br />

Une formule de Hegel introduisait sa philosophie de l’histoire : « Ce qui<br />

est rationnel est réel ; et ce qui est réel est rationnel. » Cette phrase abstraite<br />

signifiait que toutes les sociétés qui s’étaient succédé au fil de l’histoire de<br />

l’humanité, étaient rationnelles, c’est-à-dire qu’elles avaient leur raison<br />

d’être, y compris celles qui, de loin, pouvaient sembler aberrantes. Et comme<br />

des sociétés totalement contradictoires s’étaient succédé, cela ne pouvait avoir<br />

de sens que si le « raisonnable », ce qui était conforme à la raison, était en<br />

constante évolution.<br />

Hegel avait été fasciné par la Révolution française dont il était contemporain<br />

et qu’il décrivait comme « un magnifique lever de soleil ». Hegel concevait<br />

que si la monarchie française avait été rationnelle durant toute une période<br />

historique, la révolution de 1789 avait montré que la société devait passer<br />

à autre chose. Selon Hegel, l’histoire de l’humanité n’était pas un enchevêtrement<br />

chaotique de violences incompréhensibles et condamnables, mais<br />

un processus qu’il fallait comprendre et étudier, dont il fallait déterminer le<br />

mécanisme interne.<br />

Comme moteur ultime de l’évolution des sociétés, Hegel, reprenant un<br />

peu les idées des Lumières, voyait la « Raison » et plus précisément « l’Idée<br />

de Raison ». L’histoire des sociétés reflétait, selon lui, l’évolution de l’Idée de<br />

Raison dans l’esprit des hommes.<br />

Cette vision « idéaliste », qui mettait une idée abstraite au cœur du processus<br />

de toute l’histoire de l’humanité, pouvait sembler être un retour en arrière<br />

par rapport aux matérialistes du 18 e siècle. Mais c’est à partir de cette conception<br />

philosophique que le matérialisme put évoluer et prendre une forme plus<br />

aboutie.<br />

C’est à Marx qu’on doit cette étape dans l’histoire des idées matérialistes.<br />

C’est lui qui reprit la dialectique de Hegel et lui donna une base matérialiste.<br />

Selon Marx, la dialectique des idées n’était que le reflet dans le cerveau<br />

humain de la dialectique du monde réel. Comme il le disait lui-même : chez<br />

Hegel, la dialectique « marche sur la tête ; il suffit de la remettre sur les pieds. »<br />

En appliquant le raisonnement à la fois dialectique et matérialiste à l’évolution<br />

des sociétés, Marx mit en évidence que l’histoire des sociétés était l’histoire<br />

des luttes entre classes sociales et que ces classes sociales plongeaient<br />

leurs racines dans l’organisation économique des sociétés.<br />

Voilà alors comment s’expliquait à très grands traits l’histoire des derniers<br />

siècles. La bourgeoisie s’était d’abord développée dans les interstices de la


Marx et Engels en 1848.<br />

société féodale avec l’essor du commerce. Tout progrès économique élargissait<br />

les échanges et, au bout du compte, contribuait à renforcer la bourgeoisie.<br />

Arriva un temps où elle était devenue la puissance sociale dominante, alors<br />

que la noblesse, elle, perdait toute raison de gouverner. Il devenait alors inévitable<br />

que la bourgeoisie prenne la direction de la société.<br />

Mais il n’y avait aucune raison de penser que l’histoire devait s’arrêter là.<br />

Dès sa naissance, la bourgeoisie était flanquée de son contraire : les capitalistes<br />

ne peuvent pas exister sans salariés. Alors que le bourgeois du Moyen<br />

Âge devenait le capitaliste industriel, le petit peuple des villes, les compagnons<br />

des corporations, devenaient les ouvriers d’usine, les prolétaires modernes.<br />

Et la nouvelle opposition entre classes était celle entre la bourgeoisie<br />

et le prolétariat.<br />

Quand Marx établit son raisonnement, la classe ouvrière n’était nombreuse<br />

qu’en Angleterre. Les luttes de cette jeune classe sociale étaient déjà<br />

des exemples époustouflants, mais la généralisation de Marx à l’ensemble de<br />

l’Europe et même au monde était à l’époque une anticipation géniale.<br />

Cette vision matérialiste de l’histoire portait en elle un aspect révolutionnaire.<br />

Car si ce sont les luttes des classes qui sont le moteur de l’histoire, alors<br />

41


42<br />

il ne s’agit plus pour les philosophes matérialistes de simplement observer et<br />

critiquer pour aider au progrès. Il faut prendre part à cette lutte des classes, il<br />

faut agir. Comme disait Marx : « Les philosophes n’ont fait qu’interpréter le<br />

monde de différentes manières ; mais ce qui importe c’est de le transformer. »<br />

Accepter les conclusions de ce matérialisme historique, cela signifiait, et<br />

signifie toujours d’ailleurs, lutter contre la société capitaliste. Et c’est pour<br />

cela que les idées matérialistes ont été associées à la classe ouvrière et à ses<br />

idées d’émancipation, et donc au communisme moderne.<br />

Le matérialisme donnait d’ailleurs une vision totalement transformée de<br />

ces idées communistes. Le communisme qui existait avant Marx était hérité<br />

des premières luttes ouvrières et même des premières luttes du petit peuple<br />

des villes du Moyen Âge. Teinté de religiosité, il vantait un communisme<br />

de la répartition, une égalité du partage, il ne se posait pas le problème de la<br />

production des richesses.<br />

Avec le marxisme, le communisme prit sa place dans l’évolution des sociétés<br />

comme l’organisation économique qui doit remplacer le capitalisme en<br />

débarrassant la société des contradictions de celui-ci. Le communisme ne se<br />

résumait plus au simple partage des richesses mais revendiquait la collectivisation<br />

des moyens de production pour utiliser la haute productivité de l’économie<br />

capitaliste et supprimer l’anarchie due à la concurrence capitaliste.<br />

Le progrès de l’industrie fit surgir partout en Europe, puis partout dans le<br />

monde, des bataillons de travailleurs. La classe ouvrière montra alors qu’elle<br />

était une classe sociale combative et capable de lutter pour le pouvoir, validant<br />

le matérialisme de Marx.<br />

Le mouvement ouvrier et la religion<br />

Marx se battit pour que le mouvement ouvrier s’empare des conceptions<br />

matérialistes, pour qu’elles deviennent l’arme idéologique des travailleurs<br />

conscients. Il était essentiel que les militants ouvriers se débarrassent des<br />

vieilles conceptions, teintées de religiosité, et qui pouvaient véhiculer des<br />

préjugés passéistes et parfois réactionnaires. Marx consacra toute sa vie à ce<br />

combat . Et alors que dans la bourgeoisie, les conceptions matérialistes refluaient,<br />

c’est dans la classe ouvrière qu’on trouva désormais les athées matérialistes<br />

les plus conséquents.<br />

Évidemment, les préjugés religieux n’allaient pas pour autant disparaître de<br />

la classe ouvrière, car la religion a des racines sociales profondes qui plongent<br />

dans la souffrance quotidienne des exploités. Comme le disait Marx dans un<br />

de ses tout premiers écrits, il avait alors 25 ans : « La détresse religieuse est,


pour une part, l’expression de la détresse réelle et, pour une autre part, la<br />

protestation contre la détresse réelle. La religion est le soupir de la créature<br />

opprimée, l’âme d’un monde sans cœur, comme elle est l’esprit de conditions<br />

sociales d’où l’esprit est exclu. Elle est l’opium du peuple. »<br />

La société capitaliste, en favorisant la connaissance et le progrès technique,<br />

a fait disparaître certaines sources de la religion. Mais elle en a engendré<br />

d’autres. Le capitalisme a développé une économie toujours plus puissante qui<br />

est le produit du travail des hommes. Mais le contrôle de cette économie leur<br />

échappe et ce qui n’est que le fruit de leur travail collectif leur apparaît au bout<br />

du compte comme une puissance extérieure qu’ils ne maîtrisent pas et qu’ils<br />

ne comprennent pas. La religion ne disparaîtra que lorsque l’humanité aura<br />

enfin pris les rênes de son destin en main, c’est-à-dire quand la classe ouvrière<br />

aura écarté la bourgeoisie et supprimé l’anarchie qui règne dans l’économie.<br />

Ce constat a été la ligne de conduite du mouvement ouvrier marxiste par<br />

rapport à la religion. Les militants marxistes ont toujours lutté activement pour<br />

diffuser les conceptions matérialistes et athées, tout comme ils ont toujours su<br />

que toute une partie des travailleurs, en dehors des périodes révolutionnaires,<br />

ne pouvait échapper au poids des superstitions religieuses. Et cela n’était et<br />

n’est absolument pas contradictoire avec le fait de considérer que la classe<br />

ouvrière dans son ensemble est la seule force capable de renverser le capitalisme<br />

et d’émanciper la société.<br />

Anti-cléricalisme bourgeois<br />

et anti-cléricalisme ouvrier<br />

Le mouvement ouvrier s’est battu pour la liberté de culte, c’est-à-dire la<br />

liberté de pouvoir croire en la religion de son choix ou évidemment de ne<br />

pas croire et d’être athée. Il s’est battu pour la séparation de l’Église et de<br />

l’État, pour qu’il soit à la charge des croyants de faire vivre leur propre culte.<br />

D’ailleurs, rappelons que les révolutionnaires anglais, bien que religieux et<br />

puritains, étaient déjà pour la séparation de l’Église et de l’État. Pour eux,<br />

il s’agissait de liberté religieuse. Pour le mouvement ouvrier, il s’agissait et<br />

il s’agit toujours, en plus de cette liberté, de se battre pour empêcher qu’un<br />

appareil religieux impose sa propagande avec le poids de l’État, entre autres<br />

en ayant dans ses mains l’éducation de la jeunesse.<br />

La Commune de Paris de 1871, ce premier État de la classe ouvrière, décréta<br />

la séparation de l’Église et de l’État, et supprima tous les budgets publics<br />

des cultes. Mais cette première expérience d’une société dirigée par les travailleurs<br />

ne dura qu’à peine deux mois et demi. Et il fallut attendre presque<br />

43


44<br />

Affiche de la Commune de Paris.


trente-cinq ans pour qu’il se trouve des politiciens bourgeois républicains pour<br />

imposer la séparation de l’Église et de l’État en France.<br />

Cette séparation fut réalisée par la loi de 1905 qui retira à l’Église catholique<br />

une partie du poids qu’elle avait sur la société française. Le Concordat<br />

mis en place par Napoléon en 1801 fut aboli et les religieux ne furent plus<br />

rétribués par l’argent public.<br />

Cette loi a indéniablement profité aux travailleurs. Mais elle était le fruit de<br />

la bagarre entre tendances politiques bourgeoises rivales : l’une catholique et<br />

monarchiste, l’autre laïque et républicaine. Et dans cette lutte, le parti radical,<br />

qui représentait ces républicains laïcs, cherchait à écarter des concurrents, pas<br />

à émanciper le peuple. L’école laïque, gratuite et obligatoire de 6 à 12 ans,<br />

qu’il mit en place pour concurrencer l’Église, était aussi, à sa manière un<br />

appareil de propagande : de propagande anti-religieuse, ce qui était une bonne<br />

chose, mais aussi de propagande nationaliste et bourgeoise.<br />

Et puis une fois l’Église catholique française soumise, les mêmes républicains<br />

surent la traiter avec ménagement. D’abord en reculant sur la réelle<br />

séparation de l’Église et de l’État. Car la loi de 1905 stipula que les édifices<br />

religieux restaient à la disposition de l’Église catholique mais que c’était à<br />

l’État de les entretenir. Ensuite, parce que cette loi représenta le sommet de<br />

leur lutte anti-religieuse. À partir de là, ils ne firent que concession sur concession<br />

à l’Église. La plus notable fut que dans les départements d’Alsace et de<br />

Lorraine qui étaient allemands au moment de la loi de 1905 et qui redevinrent<br />

françaises après la Première Guerre mondiale, les religieux continuèrent à être<br />

payés par l’État. Depuis, aucun gouvernement n’a voulu étendre à ces régions<br />

la loi de 1905.<br />

L’anticléricalisme bourgeois français, en tant que courant politique, non<br />

seulement fut limité dans ses objectifs, mais en plus il ne dura qu’un temps. Et<br />

ce fut pourtant un des plus vigoureux.<br />

La révolution russe<br />

et la lutte contre les préjugés religieux<br />

Le mouvement ouvrier révolutionnaire fut en réalité le seul courant politique<br />

matérialiste international. Le courant socialiste d’avant 1914 répandit<br />

largement les idées matérialistes chez les travailleurs de nombreux pays. Mais<br />

c’est en Russie, dans un pays où l’Église orthodoxe était religion d’État, et où<br />

les révolutionnaires réussirent à prendre le pouvoir en 1917, que l’expérience<br />

est la plus riche.<br />

45


46<br />

En Russie tsariste, c’était évidemment dans les campagnes que le poids de<br />

l’Église était le plus fort. Les communistes russes avaient bien sûr dans leur<br />

programme la séparation de l’Église et de l’État et la liberté des cultes. Dans<br />

une petite <strong>brochure</strong> de 1903 en direction de la paysannerie, Lénine écrivait :<br />

« Les social-démocrates [c’est-à-dire les communistes] réclament pour chacun<br />

le droit de professer, en toute liberté, la religion qui lui plaît. (...) Il faut<br />

que chacun ait pleine liberté non seulement d’embrasser la religion qu’il veut<br />

mais aussi de propager n’importe quelle religion et de changer de religion.<br />

(...) Il ne doit y avoir ni religion « dominante », ni Église « dominante ». Toutes<br />

les croyances religieuses et toutes les Églises doivent être égales devant la<br />

loi. »<br />

À côté de cette position nette pour la liberté des cultes, les communistes<br />

étaient, eux, des matérialistes athées militants. Dans un article sur la religion,<br />

le même Lénine déclarait : « Pour ce qui est du parti du prolétariat socialiste,<br />

la religion n’est pas une affaire privée. Notre parti est une association de<br />

militants conscients, de combattants d’avant-garde pour l’émancipation de<br />

la classe ouvrière. Cette association ne peut pas et ne doit pas rester indifférente<br />

à l’inconscience, à l’ignorance ou au sombre fanatisme sous la forme de<br />

croyances religieuses. »<br />

Mais, contrairement aux anti-cléricaux bourgeois français, la lutte contre<br />

les conceptions religieuses ne se faisait pas uniquement par de la propagande<br />

athée. Cette propagande devait se soumettre à la tâche fondamentale, à savoir<br />

le développement de la lutte de classe des exploités contre les exploiteurs.<br />

Prenant l’exemple d’une grève, dans le même article, Lénine continuait : « Un<br />

marxiste est forcément tenu de placer le succès du mouvement gréviste au<br />

premier plan, de réagir résolument contre la division des ouvriers dans cette<br />

lutte en athées et chrétiens, de combattre résolument cette division. Dans ces<br />

circonstances, la propagande athée peut s’avérer superflue et nuisible, non<br />

pas du point de vue sentimental, par crainte d’effaroucher les couches retardataires,<br />

de perdre un mandat aux élections, etc., mais du point de vue du<br />

progrès réel de la lutte de classe qui, dans les conditions de la société capitaliste<br />

moderne, amènera les ouvriers chrétiens à la social-démocratie et à<br />

l’athéisme cent fois mieux qu’un sermon athée tout court. »<br />

Quand la Révolution russe porta au pouvoir les communistes, ils tinrent<br />

leurs promesses. En janvier 1918, un décret simple, rédigé par Lénine luimême,<br />

annonça que « l’Église est séparée de l’État » et « l’école est séparée de<br />

l’Église ». Les biens des organisations religieuses furent proclamés propriété


d’État. Mais les associations religieuses purent gratuitement utiliser des édifices<br />

pour les cultes à condition d’entretenir ces édifices.<br />

Sous le feu des événements, le recul des préjugés religieux se fit pratiquement<br />

de lui-même. La guerre mondiale, la révolution d’Octobre puis la<br />

guerre civile, tous ces événements contribuèrent en eux-mêmes à faire que<br />

des millions de travailleurs et de paysans se débarrassent de leurs sentiments<br />

religieux. Pendant les toutes premières années du régime, il n’y eut même pas,<br />

par exemple, de revue spécifique de propagande athée. En 1922, c’est-à-dire<br />

presque cinq ans après la prise du pouvoir, à l’occasion du lancement d’une<br />

des premières revues de propagande matérialiste, Lénine reconnaissait que<br />

le régime n’avait pas encore, « à notre honte » disait-il, traduit la littérature<br />

matérialiste athée du 18 e siècle à laquelle il attachait beaucoup d’importance.<br />

47<br />

Affiche publiée<br />

lors de la<br />

Révolution<br />

Russe, en 1920.<br />

Le pope et<br />

le capitaliste<br />

versent des<br />

larmes sur<br />

la tombe de<br />

la contrerévolution.<br />

Sur les tombes,<br />

on peut lire<br />

les noms des<br />

généraux<br />

tsaristes.


48<br />

Ce n’est que dans un deuxième temps que le pouvoir à la tête de la société<br />

soviétique, société qui conservait quantité d’arriérations héritées du tsarisme,<br />

chercha non seulement à combattre les préjugés religieux par de la propagande<br />

matérialiste, mais au moins autant à transformer le quotidien de la population.<br />

Voilà ce que mettait en avant Trotsky en 1925 : « Des cantines publiques et<br />

des crèches peuvent affecter la conscience de la ménagère d’un stimulus révolutionnaire,<br />

ainsi qu’énormément accélérer son évolution vers le rejet de la<br />

religion. Les méthodes chimiques utilisées par l’aviation pour détruire les<br />

sauterelles peuvent jouer le même rôle vis-à-vis des paysans. Le simple fait<br />

pour le travailleur et la travailleuse de participer à la vie d’un club, en les<br />

extirpant de la petite cage familiale avec son icône et son cierge, ouvre l’une<br />

des voies vers la libération des préjugés religieux. »<br />

Trotsky comptait aussi beaucoup sur les salles de cinéma pour faire concurrence<br />

aux églises.<br />

Évidemment, à aucun moment les communistes russes n’ont pensé qu’ils<br />

se débarrasseraient définitivement des préjugés religieux dans leur coin, dans<br />

cette Russie qui gardait les traces profondes de son arriération, isolés d’un<br />

renversement général de la société capitaliste. Ils faisaient au mieux avec les<br />

moyens qu’ils avaient. Cela dit, force est de constater qu’en Union soviétique,<br />

pendant plusieurs dizaines d’années, la religion s’estompa considérablement.


Conclusion<br />

Alors aujourd’hui, les choses ont nettement reculé. Dans l’ex-URSS, et<br />

partout dans le monde.<br />

Ce recul des idées matérialistes s’inscrit dans un reflux général de la société.<br />

Même si la technologie continue de progresser, la société s’enlise dans un<br />

bourbier d’idées crasseuses, dépassées, que les découvertes de la pensée humaine<br />

avaient déjà depuis longtemps démystifiées. Car en l’absence de perspectives<br />

nouvelles, que seul un mouvement ouvrier conscient peut porter, ce<br />

sont ces idées du passé, plus ou moins remises au goût du jour, qui dominent.<br />

Tout cela est le reflet idéologique du fait que la société capitaliste n’a plus<br />

d’avenir à proposer à l’humanité, si ce n’est la barbarie.<br />

Face à ce recul, nous défendons les raisonnements matérialistes de Marx,<br />

et les transmettons à tous ceux qui veulent comprendre cette société et qui<br />

veulent la combattre.<br />

Par ailleurs, aujourd’hui, derrière le drapeau de la religion se trouve parfois<br />

plus que la simple croyance en Dieu, il se trouve des courants politiques<br />

réactionnaires. Comme ces fondamentalistes protestants aux États-Unis ou<br />

catholiques en France qui peuvent faire le coup de poing contre les femmes<br />

qui veulent interrompre leur grossesse ou contre les médecins qui pratiquent<br />

les avortements. C’est le cas aussi des intégristes juifs en Israël qui veulent<br />

interdire toute circulation le samedi, et c’est le cas des intégristes musulmans<br />

qui veulent imposer le voile islamique aux femmes. Toutes ces interventions<br />

ne sont en plus que les premiers actes d’une politique qui vise à imposer une<br />

dictature sur les pensées avant d’imposer une dictature tout court.<br />

La religion n’est qu’un masque pour ces courants politiques qui sont des<br />

adversaires des travailleurs et représentent un danger mortel, y compris et<br />

même surtout pour ceux qui se revendiquent de la même confession. Il serait<br />

criminel pour une organisation révolutionnaire communiste de ne pas mettre<br />

en garde contre ce danger et de ne pas préparer les travailleurs à l’affronter.<br />

Pour revenir à la religion, nous savons que les progrès scientifiques, les<br />

découvertes, ne feront pas disparaître les croyances dans une société où l’immense<br />

majorité est opprimée, et où l’économie capitaliste ressemble à une<br />

puissance surnaturelle indomptable.<br />

49


50<br />

Face à l’exploitation, les pauvres d’aujourd’hui se sentent aussi impuissants<br />

que les pauvres de l’Empire romain face à leur oppression. Et c’est pour<br />

cela d’ailleurs que tous ces monothéismes, juif, chrétien ou musulman, qui<br />

datent de plusieurs siècles voire de plusieurs millénaires, représentent toujours<br />

quelque chose pour des centaines de millions, voire des milliards d’exploités<br />

à travers le monde.<br />

Mais il y a une différence essentielle. Les ouvriers d’aujourd’hui ne sont<br />

pas comme les esclaves de l’Empire romain. À l’époque, l’horizon était bel et<br />

bien bouché : l’Empire ne pouvait que s’effondrer et la société attendre de se<br />

régénérer pour repartir sur d’autres bases. Aujourd’hui, les conditions objectives<br />

existent pour que la production soit organisée en fonction des besoins de<br />

tous et sur une base internationale. Les progrès de la science, des techniques,<br />

de la production, l’internationalisation croissante des échanges, tout cela va<br />

dans ce sens. Et pour que cette possibilité objective se réalise, pour que le<br />

rationnel devienne réel comme aurait dit Hegel, il faut que la classe ouvrière<br />

prenne les rênes de la société en main.<br />

Au-delà des préjugés religieux, c’est la conscience de ce rôle historique<br />

qui peut être la base de l’unité du prolétariat. Et ce sera alors aux travailleurs<br />

communistes d’entraîner les autres qui, lorsque l’explosion sociale arrivera,<br />

chercheront des programmes et des idées.<br />

Grève des travailleurs du textile en Égypte en 2007.


LES BROCHURES DU CERCLE LÉON TROTSKY<br />

1 Le colonialisme, 1830-1914 7/10/83<br />

2 Les Palestiniens, histoire d’un peuple qui a Israël<br />

pour adversaire et les États arabes comme<br />

ennemis 25/11/83<br />

3 Les États-Unis et l’Amérique latine 13/01/84<br />

4 Le Parti Communiste, de ses origines communistes<br />

au parti de gouvernement 3/02/84<br />

5 L’Afrique du Sud, histoire d’une colonie ; lutte de classe<br />

et oppression coloniale 9/03/84<br />

6 1929-1941 : de la crise à la Seconde Guerre<br />

mondiale 13/04/84<br />

7 Yalta, de la peur de la révolution au partage du<br />

monde 28/09/84<br />

8 Nicaragua : le mouvement sandiniste,<br />

ses hommes, son histoire, sa politique 26/10/84<br />

9 La Chine, de Mao à la démaoïsation 23/11/84<br />

10 Cuba, Castro et le castrisme 25/01/85<br />

11 Maghreb : les classes populaires,<br />

la bourgeoisie nationale et l’impérialisme 11/03/85<br />

12 De la Russie révolutionnaire à l’URSS des<br />

bureaucrates 26/04/85<br />

13 Les syndicats dans les pays impérialistes :<br />

de la lutte de classe à l’intégration dans l’État 14/06/85<br />

14 Chili : de l’Unité Populaire à la<br />

dictature militaire (1970-1973) 27/09/85<br />

15 Pologne 1980-81 : des grèves de Gdansk<br />

à la dictature militaire 25/10/85<br />

16 La crise de l’économie capitaliste mondiale 29/11/85<br />

17 Les partis communistes des pays occidentaux 25/04/86<br />

18 Les partis communistes dans les pays sousdéveloppés<br />

23/06/86<br />

19 1956 dans les Démocraties Populaires 26/09/86<br />

20 L’impérialisme français au Moyen-Orient 24/10/86<br />

21 Le terrorisme, la guérilla et la lutte armée<br />

des organisations nationalistes 28/11/86<br />

22 La flambée de la Bourse<br />

dans un système capitaliste en crise 20/0287<br />

23 Iran : de la dictature du shah à celle de Khomeiny,<br />

la révolution escamotée 30/04/87<br />

24 70 e anniversaire de la Révolution d’octobre :<br />

l’actualité de la révolution prolétarienne 13/11/87<br />

25 Le krach boursier d’octobre 1987, nouvelle étape<br />

de la crise mondiale du capital 11/12/87<br />

26 Le désarmement dont parlent les « grands » : un<br />

leurre 15/01/88<br />

27 Cinquante ans après la fondation de la IV e Internationale,<br />

quelles perspectives pour les militants<br />

révolutionnaires internationalistes ? 30/09/88<br />

28 L’Union soviétique de Gorbatchev 18/11/88<br />

29 L’Algérie, de la mise en place du régime<br />

nationaliste à l’explosion ouvrière 16/12/88<br />

30 Europe de l’Est, crise et montée des nationalismes 27/01/89<br />

31 1789… la révolution ! 3/03/89<br />

32 L’Europe unie, une nécessité, mais<br />

une impossibilité sous le capitalisme 28/04/89<br />

33 Où va l’URSS de la pérestroïka ? 6/10/89<br />

34 L’URSS lâche ses satellites : la RDA sur orbite de la<br />

RFA 10/11/89<br />

35 Afrique du Sud : 15 années de lutte<br />

du prolétariat contre l’apartheid 12/12/89<br />

36 Le renversement de la dictature roumaine<br />

et l’avenir de l’Europe de l’Est 26/01/90<br />

37 L’impérialisme à la fin du XXe siècle :<br />

le Japon peut-il remplacer les États-Unis ? 16/03/90<br />

38 Relations Est-Ouest : la fin des « blocs »,<br />

rien à voir avec la fin du communisme 27/04/90<br />

39 L’impérialisme français et ses<br />

anciennes colonies d’Afrique noire 29/06/90<br />

40 La crise du Golfe, l’agression impérialiste au Moyen-<br />

Orient 5/10/90<br />

41 Crise ou relance, le capital le fait<br />

durement payer au prolétariat de la planète 9/11/90<br />

42 La Pologne après Jaruzelski 14/12/90<br />

43 Les intégrismes religieux, instruments de la réaction<br />

politique 1/02/91<br />

44 La gauche et les guerres coloniales 8/03/91<br />

45 Les avatars de l’hégémonie américaine depuis<br />

1945 12/04/91<br />

46 La remontée des nationalismes en<br />

Europe centrale et balkanique 14/06/91<br />

47 URSS. Après le coup d’État manqué 4/10/91<br />

48 La Yougoslavie déchirée par les nationalismes 8/11/91<br />

49 Nationalisations et dénationalisations<br />

au service de la bourgeoisie 13/12/91<br />

50 L’Europe en 1992 17/01/92<br />

51 Billancourt : reflet des luttes sociales et de la politique<br />

patronale<br />

et gouvernementale des cinquante dernières<br />

années 22/05/92<br />

52 Les puissances impérialistes<br />

et la situation dans l’ex-Yougoslavie 2/10/92<br />

53 Les États-Unis à l’heure des élections<br />

présidentielles et de la crise 6/11/92<br />

54 Italie : une crise particulière ? 11/12/92<br />

55 De « l’affaire de Panama » aux « affaires » en cours :<br />

les scandales politico-financiers, une longue<br />

tradition… 29/01/93<br />

56 Exposé d’Arlette Laguiller<br />

au Cercle Léon Trotsky du 16 avril 1993 :<br />

au lendemain des élections législatives de<br />

mars 1993 16/04/93<br />

57 Les États-Unis dans les années 30 : crise,<br />

New Deal et luttes ouvrières 25/06/93<br />

58 De la « Guerre des pierres »<br />

à un État palestinien ? 8/10/93<br />

59 Le peuple algérien face à la double<br />

pression réactionnaire de l’armée et du FIS 17/12/93


60 L’Afrique noire ravagée par l’impérialisme 4/02/94<br />

61 Haïti 1994 18/03/94<br />

62 L’Union européenne : arène rénovée<br />

de la guerre des trusts 29/04/94<br />

63 De l’avant-guerre<br />

à l’après-Seconde Guerre mondiale.<br />

La « Libération » et la continuité de l’État français 7/10/94<br />

64 Cuba, trente-cinq ans après la révolution castriste 18/11/84<br />

65 Rwanda, Burundi, Zaïre : les ravages<br />

de cent ans de domination impérialiste 16/12/94<br />

66 Où en est la cause des femmes ? 10/11/95<br />

67 Israël : comment le sionisme a produit l’extrême<br />

droite 2/02/96<br />

68 Espagne 1931-1937 : la politique de front populaire<br />

contre la classe ouvrière 3/05/96<br />

69 Du Front unique aux différentes moutures<br />

de l’Union de la Gauche, les relations<br />

du PCF et des socialistes 29/03/96<br />

70 Les Kurdes, victimes de la politique impérialiste…<br />

et de celle de leurs propres dirigeants 8/11/96<br />

71 Le communisme, l’écologie, et les écologistes 13/12/96<br />

72 La « mondialisation » de l’économie 14/03/97<br />

73 La protection sociale : des assurances<br />

contre la révolte ouvrière 31/01/97<br />

74 Capitalisme et immigration 3/10/97<br />

75 Actualité du communisme<br />

face à la mondialisation capitaliste<br />

Exposé d’Arlette Laguiller<br />

pour le 80 e anniversaire de la Révolution russe 7/11/97<br />

76 Le peuple algérien face à la barbarie islamiste<br />

et à la dictature des militaires :<br />

les responsabilités de l’impérialisme français 12/12/97<br />

77 Pouvoir central, pouvoirs régionaux et locaux…<br />

et contrôle populaire 30/01/98<br />

78 En 1999, l’euro ? Face aux bourgeois<br />

qui unifient leurs monnaies, les intérêts communs<br />

des travailleurs de toute l’Europe 24/04/98<br />

79 Cent cinquantenaire de l’abolition de l’esclavage<br />

dans les colonies françaises. Esclavage et<br />

capitalisme 12/06/98<br />

80 La crise économique et financière 13/11/98<br />

81 La Chine et l’économie de marché : un grand bond<br />

en avant ou un grand pas en arrière ? 11/12/98<br />

82 N° spécial : Leur Europe est celle des financiers<br />

il faut construire l’Europe des peuples 19/3/99<br />

84 Les partis communistes aujourd’hui 5/11/99<br />

86 « Mondialisation », OMC, Seattle,<br />

qu’y a-t-il de dans le capitalisme ? Les révolutionnaires et<br />

le réformisme de crise 25/2/2000<br />

87 De l’URSS à la Russie de Poutine 12/5/ 2000<br />

89 Démocratie, démocratie parlementaire,<br />

démocratie communale 26/1/2001<br />

90 L’agriculture, l’agroalimentaire et l’alimentation<br />

entre les mains du grand capital 27/04/2001<br />

91 L’Irak, enjeu et victime des<br />

grandes manœuvres de l’impérialisme 8/11/2002<br />

92 Les retraites : faire face à l’attaque<br />

qui se prépare contre la classe ouvrière 31/01/2003<br />

93 Cinquante ans après la mort de Staline,<br />

quinze ans après la pérestroïka,<br />

onze ans après la disparition de l’URSS,<br />

où va la Russie ? 25/04/2003<br />

94 L’État, la Sécurité sociale et le système de santé 7/11/2003<br />

95 Des nationalisations aux privatisations 1/10/ 2004<br />

96 Les États-Unis après l’élection présidentielle<br />

du 2 novembre 2004 19/11/2004<br />

97 Les religions et les femmes 4/02/05<br />

98 La classe ouvrière d’Europe et l’immigration 15/04/05<br />

99 Liban : une création du colonialisme français<br />

dans un Moyen-Orient divisé par l’impérialisme 16/06/05<br />

100 La société capitaliste la plus puissante à la lumière<br />

de la catastrophe de la Nouvelle-Orléans 5/10/05<br />

101 La Chine : nouvelle superpuissance économique<br />

ou développement du sous-développement ? 27/01/06<br />

102 L’Inde, de l’exploitation coloniale<br />

au développement dans l’inégalité 10/03/06<br />

103 Les anciennes Démocraties populaires<br />

aujourd’hui 28/04/06<br />

104 L’Afrique malade du capitalisme 16/06/06<br />

105 Amérique latine : les gouvernements<br />

entre collaboration et tentatives de s’affranchir<br />

de la domination des États-Unis 24/11/06<br />

106 Écologie : nature ravagée, planète menacée par le<br />

capitalisme ! 26/01/07<br />

107 Pétrole : la dictature des trusts 19/10/07<br />

108 L’impérialisme américain, des origines aux guerres<br />

d’Irak et d’Afghanistan 7/12/07<br />

109 Israël-Palestine<br />

Comment l’impérialisme, en transformant un peuple<br />

en geôlier d’un autre, a poussé les deux<br />

dans une impasse tragique 1/02/08<br />

110 La grande bourgeoisie en France 18/04/08<br />

111 Au-delà de la crise actuelle, la faillite<br />

des solutions bourgeoises à la crise du logement 13/06/08<br />

112 Crises alimentaires périodiques,<br />

plus d’un milliard de sous-alimentés.<br />

Le capitalisme affameur 17/10/08<br />

113 La crise de l’économie capitaliste 11/12/08<br />

114 L’enseignement public 30/01/09<br />

115 Face à la faillite du capitalisme,<br />

actualité du communisme 1 er trimestre 2009<br />

116 La crise de 1929 et ses conséquences<br />

catastrophiques 14/10/09<br />

117 La décroissance : faire avancer<br />

la société… à reculons ? 10/12/09<br />

118 Afrique du Sud : de l’apartheid<br />

au pouvoir de l’ANC 29/01/10<br />

119 L’Iran après plus de trente ans<br />

de régime islamique 19/03/10<br />

120 Sport, capitalisme et nationalismes 18/06/10<br />

121 Les syndicats hier et aujourd’hui 15/10/10<br />

122 Allemagne : vingt ans après,<br />

où en est l’unification ? 19/12/10


PRIX : 2 €<br />

Supplément au N° 2221 de <strong>Lutte</strong> <strong>Ouvrière</strong><br />

Imprimé par IMS - 93500 PANTIN

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