17.12.2013 Vues

ZESO 03/13: L'aide sociale privée

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La CSIAS offre une bonne<br />

plate-forme de discussion<br />

Les communes jouent un rôle important dans l'évolution de l'aide <strong>sociale</strong> et elles sont des piliers<br />

essentiels de la CSIAS en tant qu'association professionnelle. C'est une bonne chose qu'elles<br />

abordent les problèmes inhérents à l'aide <strong>sociale</strong>. Elles disposent de différentes instances auprès<br />

de la CSIAS pour mener une discussion axée sur la pratique.<br />

Un jeune homme reçoit l'aide <strong>sociale</strong>, mais<br />

refuse de collaborer avec les autorités. Résultat:<br />

une action juridique portée devant<br />

plusieurs instances. Le Tribunal fédéral a<br />

confirmé que les procédures exigées par<br />

l'Etat ont été respectées. Au printemps dernier,<br />

cette affaire a déclenché un large débat<br />

médiatique sur l'aide <strong>sociale</strong> et la<br />

CSIAS. En effet, la CSIAS a salué la décision<br />

du Tribunal fédéral, dans la mesure où<br />

celle-ci précisait clairement les conditions<br />

dans lesquelles des réductions de prestations<br />

et des suppressions de prestations<br />

sont possibles. Par la suite, quatre communes<br />

ont quitté la CSIAS. Dans plusieurs<br />

cantons et communes, des démarches de-<br />

mandant de sortir de l'association ont été<br />

entreprises. En même temps, des interventions<br />

parlementaires visant une réduction<br />

générale des prestations de l'aide <strong>sociale</strong><br />

ont été déposées en différents endroits.<br />

Un bref commentaire sur une décision<br />

du tribunal suprême de la Suisse en faveur<br />

de la protection de l'Etat de droit n'explique<br />

certainement pas, à lui tout seul,<br />

le débat fondamental sur l'aide <strong>sociale</strong> et<br />

la CSIAS déclenché par le «cas Berikon».<br />

S'il est vrai que l'aide <strong>sociale</strong>, tout comme<br />

la CSIAS en tant qu'association professionnelle,<br />

ont régulièrement fait l'objet de<br />

controverses animées, les démissions et les<br />

nombreuses interventions politiques – qui<br />

pourraient avoir de lourdes conséquences<br />

– sont toutefois une première.<br />

La CSIAS regrette que le débat avec<br />

les communes mécontentes n'ait pas eu<br />

lieu d’abord à l'intérieur de l'association,<br />

mais directement dans les médias. Les<br />

communes démissionnaires n'ont jamais<br />

pris contact au préalable avec la CSIAS.<br />

Les questions soulevées dans le débat,<br />

par exemple celle concernant la manière<br />

de traiter des personnes non coopératives,<br />

doivent toutefois être prises au sérieux. Il<br />

est important que l'on en discute. Mais il<br />

est également important que ces questions<br />

soient discutées avec le soin et les nuances<br />

nécessaires.<br />

L’aide <strong>sociale</strong> s’appuie sur des piliers solidement enracinés dans le consensus national.<br />

Photo: Keystone<br />

8 <strong>ZESO</strong> 3/<strong>13</strong> AKTUELL


Les faits<br />

<strong>L'aide</strong> <strong>sociale</strong> fonctionne bien. Elle occupe<br />

une place importante au sein du système social<br />

suisse et elle est un facteur non négligeable<br />

de l'assurance de la paix <strong>sociale</strong> et,<br />

par là-même, de la prospérité en Suisse. Les<br />

normes CSIAS sont un instrument indispensable<br />

et approprié pour la mise en place<br />

de l'aide <strong>sociale</strong>. Sur la base des normes, les<br />

cantons et les communes fournissent des<br />

services importants à plus de 235'000 personnes<br />

en Suisse. Dans de nombreux cas, ils<br />

le font dans des conditions difficiles: au fil<br />

des années, les personnes à l'aide <strong>sociale</strong> ont<br />

souvent adopté des comportements qui demandent<br />

des capacités particulières au personnel<br />

des services sociaux. En outre, la subsidiarité<br />

de l'aide <strong>sociale</strong> exige des vérifications<br />

très détaillées et un savoir professionnel<br />

avéré. Enfin, la pression publique est<br />

forte et les ressources très limitées.<br />

Le rôle de l'association et celui des<br />

communes<br />

Qu'une association professionnelle édicte<br />

des normes forgées à partir del'expérience<br />

de ses membres sur le terrain et adoptées<br />

par l'administration n'a rien d'extraordinaire.<br />

La grande majorité des membres de<br />

la CSIAS sont des collectivités publiques,<br />

notamment les cantons et de nombreuses<br />

communes. Les efforts qu'ils entreprennent<br />

pour uniformiser l'aide <strong>sociale</strong> et<br />

pour fixer un cadre tant national qu'intercommunal<br />

ont des effets positifs en créant<br />

l'égalité de droit et en empêchant le «tourisme<br />

social». Le vaste réseau de l'association<br />

assure un débat global et approfondi<br />

sur la conception de l'aide <strong>sociale</strong>. Dans ce<br />

débat, les voix critiques apportent, elles<br />

aussi, leur précieuse contribution. A cet effet,<br />

l'association propose différents instances<br />

et lieux d'échange.<br />

Les communes jouent donc un rôle important<br />

dans l'évolution de l’aide <strong>sociale</strong> et<br />

elles sont des piliers essentiels de la CSIAS<br />

en tant qu'association. Ces atouts sont affaiblis<br />

par des démissions. Ceux qui quittent<br />

l'association renoncent du coup à la possibilité<br />

de la participation directe et au soutien<br />

professionnel que l'association propose à ses<br />

membres dans l'accomplissement de leur<br />

tâche exigeante.<br />

La CSIAS ouverte au débat<br />

La CSIAS s'est prononcée à plusieurs reprises<br />

au sujet de l'actuel débat public et<br />

elle a été également active sur le plan politique.<br />

Elle a abordé les questions soulevées<br />

avec l'Association des communes suisses et<br />

elle est en dialogue avec les directrices et directeurs<br />

cantonaux des affaires <strong>sociale</strong><br />

(CDAS) ainsi qu'avec l'Initiative des villes:<br />

politique <strong>sociale</strong>.<br />

La nécessité, pour la Suisse, de disposer<br />

d'une aide <strong>sociale</strong> efficace et équitable ainsi<br />

que d'un instrument de mise en œuvre<br />

comme les normes CSIAS, a été confirmée<br />

par des personnalités politiques de renom:<br />

Peter Gomm, Président de la CDAS et<br />

Conseiller d'Etat du Canton de Soleure,<br />

Mario Fehr, Conseiller d'Etat du Canton<br />

de Zurich (à l'occasion de la dernière assemblée<br />

générale de la CSIAS), trois autres<br />

directrices cantonales des affaires <strong>sociale</strong>s<br />

(dans la revue <strong>ZESO</strong> qui avait pour thème<br />

les normes CSIAS) ainsi que Martin Waser,<br />

Président de L'Initiative des villes et chef<br />

du département des affaires <strong>sociale</strong>s de la<br />

Ville de Zurich. Parmi les thèmes soulevés,<br />

nombreux sont ceux que l'association avait<br />

abordés dès avant la récente controverse<br />

médiatique. Ainsi des questions concernant<br />

les prestations circonstancielles et des questions<br />

relatives à l'efficacité du système des<br />

incitations, introduit en 2005. Une étude<br />

empirique sur ce sujet, qui a d’ailleurs été<br />

proposée, serait tout à fait souhaitable.<br />

L'enjeu du débat actuel, ce ne sont pas<br />

seulement la CSIAS et ses normes. C'est<br />

l'aide <strong>sociale</strong> en tant qu'instrument fonctionnel<br />

et fortement enraciné de la politique<br />

<strong>sociale</strong>. Et cela ne doit pas être mis en<br />

jeu. Trop de personnes ont besoin de l'aide<br />

<strong>sociale</strong> et la société, dans son ensemble, en<br />

profite. La CSIAS s'engage de toutes ses<br />

forces pour faire comprendre à l'opinion<br />

publique l'importance, les atouts et l'utilité<br />

de l'aide <strong>sociale</strong>.<br />

•<br />

Dorothee Guggisberg<br />

Secrétaire générale de la CSIAS<br />

LES COMMUNES FONT DU<br />

BON TRAVAIL<br />

Au printemps dernier,<br />

quatre communes ont<br />

quitté la CSIAS avec<br />

perte et fracas. Les<br />

remous médiatiques<br />

ont été d'une ampleur<br />

inhabituelle. Ils ont été<br />

déclenchés par mon<br />

commentaire sur la<br />

décision du Tribunal fédéral qui pouvait donner<br />

l'impression que je me rangeais du côté des<br />

bénéficiaires non coopératifs et provocateurs<br />

de l'aide <strong>sociale</strong>. Telle n'était pas mon<br />

intention. J'ai simplement salué le fait que le<br />

tribunal suprême ait précisé les conditions juridiques<br />

dans lesquelles des prestations pouvaient<br />

être supprimées. Ceci crée une sécurité<br />

de droit pour toutes les parties concernées, y<br />

compris pour les communes.<br />

Le mécontentement, dans certaines communes,<br />

dénote toutefois quelques problèmes<br />

plus fondamentaux auxquels l'aide <strong>sociale</strong><br />

est confrontée. Tout d'abord, les personnes<br />

difficiles et peu coopératives sont un grand<br />

défi pour l'aide <strong>sociale</strong>. Comment les traiter?<br />

Où sont les limites de ce qui peut raisonnablement<br />

être exigé? A quel moment les<br />

prestations peuvent-elles être supprimées?<br />

Chaque commune connaît de tels cas qui<br />

usent les nerfs. J'ai beaucoup de respect<br />

pour les services sociaux et les autorités qui<br />

cherchent, au quotidien, à traiter ces personnes,<br />

tout comme les autres, avec équité.<br />

Les communes plus petites, elles, se sentent<br />

souvent délaissées face à ces questions. Y<br />

compris par la CSIAS. C'est un fait auquel l'association<br />

professionnelle que nous sommes<br />

doit porter une attention particulière.<br />

Finalement, l'aide <strong>sociale</strong> reste dans le collimateur<br />

des débats politiques. Les différentes<br />

interventions d'une teneur similaire qui ont<br />

été déposées auprès des parlements au cours<br />

de ces derniers mois s'adressent de prime<br />

abord, à la CSIAS et à ses normes. Mais leur<br />

principal enjeu est l'aide <strong>sociale</strong> en tant que<br />

pilier de la sécurité <strong>sociale</strong>. S’il est juste que la<br />

CSIAS adapte en permanence ses normes aux<br />

conditions <strong>sociale</strong>s changeantes, il ne faut<br />

en aucun cas mettre en jeu la protection de la<br />

population touchée par la pauvreté en Suisse.<br />

Walter Schmid<br />

Président de la CSIAS<br />

ACTUEL 3/<strong>13</strong> <strong>ZESO</strong><br />

9


Comment tenir compte des soutiens<br />

financiers volontaires par des tiers?<br />

Une bénéficiaire de l'aide <strong>sociale</strong>, âgée de 19 ans, se sert de l'aide financière de son grand-père pour<br />

payer son loyer qui dépasse les normes de la commune. En principe, les prestations volontaires<br />

régulières de tiers doivent être prises en compte à titre de revenu dans le budget de soutien.<br />

Andrea Bucher, 19 ans, fait un apprentissage.<br />

Du fait que ses parents ne sont pas en<br />

mesure de verser des contributions d'entretien,<br />

elle est soutenue par l'aide <strong>sociale</strong> en<br />

complément du salaire d'apprentie et de la<br />

bourse d'études. Elle ne peut vivre ni chez<br />

ses parents ni, pour des raisons psychiques,<br />

dans une communauté de résidence. Elle a<br />

conclu un bail pour un appartement de 2<br />

½ pièces, dont le loyer de 1232 francs se situe<br />

nettement au-dessus des normes de la<br />

commune pour un ménage d'une seule personne.<br />

Andrea déclare que son grand-père<br />

lui a assuré une contribution au loyer. Celleci<br />

lui permettrait de combler la différence<br />

entre le loyer reconnu par la commune et le<br />

loyer réel.<br />

Question<br />

Comment traiter les soutiens financiers par<br />

des tiers grâce auxquels des personnes bénéficiaires<br />

peuvent se permettre un appartement<br />

nettement plus cher que les normes<br />

communales le prévoient?<br />

Bases<br />

En vertu du principe de la subsidiarité<br />

et selon les normes CSIAS, les prestations<br />

volontaires de tiers, quel que soit leur montant,<br />

doivent, en principe, être prises en<br />

compte dans le budget à titre de revenu<br />

lorsqu'elles sont à la libre disposition de la<br />

personne bénéficiaire (normes CSIAS A.4<br />

et E.1.1).<br />

PRACTIQUE<br />

Dans cette rubrique, la <strong>ZESO</strong> publie des questions<br />

professionnelles exemplaires de la pratique de l'aide<br />

<strong>sociale</strong> qui ont été adressées à la «CSIAS-Line»,<br />

une offre de conseil en ligne que la CSIAS propose<br />

à ses membres. L'accès pour vos questions se fait<br />

par l'intranet: www.csias.ch se connecter <br />

SKOS-Line.<br />

Selon la doctrine et la pratique, les<br />

prestations volontaires de tiers ne sont pas<br />

prises en compte lorsqu'elles sont d'un volume<br />

modeste, fournies expressément en<br />

complément des prestations d'aide <strong>sociale</strong><br />

(souvent à des fins bien précises) et qu'elles<br />

seraient supprimées en cas de prise en<br />

compte. En revanche, il ne faut pas renoncer<br />

à une prise en compte lorsque les<br />

soutiens financiers par des tiers servent à financer<br />

des frais de logement ou d'entretien<br />

excessifs non couverts ou des dépenses de<br />

luxe (voir C. Hänzi, Leistungen der Sozialhilfe<br />

in den Kantonen, in: Das Schweizerische<br />

Sozialhilferecht, Lucerne 2008, p.<br />

141).<br />

Dans la pratique, la question de savoir<br />

si, en cas de prise en compte, les soutiens<br />

seraient supprimés ne joue pas de rôle<br />

notable. Si elle en a connaissance au préalable,<br />

l'autorité <strong>sociale</strong> décide de la prise<br />

en compte en fonction d'autres critères<br />

en courant éventuellement le risque que<br />

la prestation soit supprimée. Si l'autorité<br />

<strong>sociale</strong> n'apprend l'existence des soutiens<br />

volontaires qu'a posteriori, la prestation<br />

ne peut de toute évidence plus être supprimée.<br />

La suppression du soutien a des répercussions<br />

uniquement sur le budget de<br />

la personne bénéficiaire qui ne peut alors<br />

plus disposer de ressources supplémentaires.<br />

Mais ce n'est pas à l'aide <strong>sociale</strong> de<br />

porter le budget de la personne concernée<br />

au-delà du niveau de l'aide <strong>sociale</strong>. Une<br />

personne soutenue a toutefois le droit de<br />

recevoir des cadeaux occasionnels usuels<br />

sans que cela n'entraîne une réduction de<br />

l'aide <strong>sociale</strong>. C'est pourquoi il s'agit de renoncer<br />

à la prise en compte de cadeaux (en<br />

espèces) pour Noël, un anniversaire ou des<br />

occasions similaires, même si cet argent est<br />

à la libre disposition de la personne qui l'a<br />

reçu. Dans ces cas, la prestation n'est prise<br />

en compte que si, en raison de son volume,<br />

une non-prise en compte serait inéquitable.<br />

Par ailleurs, il faut examiner si une<br />

aide affectée à un usage précis est fournie<br />

pour un poste de dépenses contenu dans le<br />

budget de soutien. En revanche, la nature<br />

de l'aide – en espèces ou en nature – ne<br />

joue pas de rôle.<br />

Il s'agit dès lors de faire la distinction<br />

entre les soutiens volontaires par des tiers<br />

suivants:<br />

1. Les prestations volontaires régulières<br />

sont à prendre en compte lorsqu'elles<br />

sont effectivement à la libre disposition<br />

de la personne bénéficiaire, qu'elles<br />

sont fournies pour un poste de dépenses<br />

contenu dans le budget de soutien ou<br />

qu'elles servent à financer un luxe.<br />

2. Les prestations uniques non affectées<br />

à un usage précis sont à prendre en<br />

compte à l'exception des cadeaux occasionnels<br />

usuels ou des prestations d'un<br />

volume modeste.<br />

3. Les prestations uniques affectées à un<br />

usage précis fournies pour un poste de<br />

dépenses non contenu dans le budget de<br />

soutien ne sont, en règle générale, pas à<br />

prendre en compte. Une prise en compte<br />

ne peut être considérée que s'il s'agit<br />

d’un soutien très important permettant<br />

de financer un luxe et si une non-prise<br />

en compte serait inconvenante.<br />

Réponse<br />

La contribution volontaire du grand-père<br />

au loyer d'Andrea Bucher est une prestation<br />

volontaire régulière. Elle est destinée aux<br />

frais de logement, donc à un poste de dépenses<br />

contenu dans le budget de soutien.<br />

Que le loyer pris en compte dans le budget<br />

ne corresponde pas au loyer effectif ne<br />

change rien à ce fait. Par conséquent, le<br />

paiement de la différence doit être pris en<br />

compte à titre de revenu aussi longtemps<br />

qu'il est effectivement reçu. <br />

•<br />

Bernadette von Deschwanden<br />

Membre de la commission<br />

Normes et aides à la pratique de la CSIAS<br />

10 ZeSo 3/<strong>13</strong> PRACTIQUE


<strong>L'aide</strong> <strong>sociale</strong> <strong>privée</strong> joue un rôle important<br />

dans la lutte contre la pauvreté<br />

<strong>L'aide</strong> <strong>sociale</strong> <strong>privée</strong> et l'aide <strong>sociale</strong> publique se complètent bien. On s'en rend compte un jetant<br />

un coup d'œil sur l'historique et le positionnement actuel des offres <strong>privée</strong> et publique. Pour<br />

pouvoir pleinement faire valoir ses atouts, l'aide <strong>sociale</strong> <strong>privée</strong> a besoin d'une aide <strong>sociale</strong> publique<br />

performante.<br />

Le rôle de l'aide <strong>sociale</strong> <strong>privée</strong> vis-à-vis de l'aide <strong>sociale</strong> publique et<br />

les rapports entre les deux peuvent être décrits de différentes manières:<br />

par le biais de leur historique et de leur enjeu pour la société,<br />

par celui du type d'organes responsables ou par celui des offres<br />

spécifiques de l'aide <strong>sociale</strong> <strong>privée</strong>.<br />

Jadis, l'aide <strong>sociale</strong>, appelée alors assistance aux pauvres, était<br />

une tâche des monastères et des couvents. Au haut Moyen Âge (de<br />

1050 à 1250), les couvents atteignirent toutefois les limites de<br />

leur performance économique et risquèrent de s'appauvrir euxmêmes.<br />

Cette évolution, associée à la pauvreté croissante de la population,<br />

conduisit à la création de nouvelles institutions indépendantes<br />

des Eglises et des couvents: ce furent des hôpitaux ainsi que<br />

des hospices et des asiles. Les premières fondations bourgeoises<br />

contribuèrent, à leur tour, à la communalisation de l'assistance. La<br />

crise économique du Moyen Âge tardif (1500) entraîna un nouveau<br />

pas dans l'assistance aux pauvres. L'assistance par les autorités,<br />

et donc par l'Etat, s'exprima par le décret et la mise en place<br />

de régimes sanitaires et de mesures assurant l'approvisionnement<br />

en denrées alimentaires. Ces considérations montrent que l'aide<br />

<strong>sociale</strong> <strong>privée</strong> remonte à plus loin que l'aide <strong>sociale</strong> publique. En<br />

termes de rapports de parenté, elle peut même revendiquer la<br />

paternité de l'aide <strong>sociale</strong> publique. Le soutien par l'aide <strong>sociale</strong><br />

publique – contrairement à celui par l'aide <strong>sociale</strong> <strong>privée</strong> – n'est<br />

toutefois pas un droit pouvant faire l'objet d'une action en justice.<br />

Financement et organes responsables<br />

<strong>L'aide</strong> <strong>sociale</strong> publique est financée par la collectivité publique.<br />

Les cantons et les communes sont responsables de la mise en place.<br />

Seule exception: l'aide <strong>sociale</strong> en faveur des demandeurs d'asile,<br />

qui est assumée principalement par la Confédération. En revanche,<br />

le financement de l'aide <strong>sociale</strong> <strong>privée</strong> se fait par le biais de dons et<br />

de l'exploitation du capital propre, mais en partie également par la<br />

collectivité publique. Au cours de ces dernières décennies, les<br />

conventions de prestations entre les institutions <strong>privée</strong>s et l'Etat ont<br />

pris une importance grandissante.<br />

Le rôle de l’aide <strong>sociale</strong><br />

<strong>privée</strong> ressemble à celui<br />

d’une marraine.<br />

Parmi les institutions <strong>privée</strong>s d'action <strong>sociale</strong> les plus importantes<br />

sur le plan national, on compte les trois «œuvres Pro» (Pro<br />

Infirmis, Pro Senectute et Pro Juventute), Caritas Suisse, l'Entraide<br />

protestante Suisse (EPER), l'Œuvre suisse d'entraide ouvrière<br />

(OSEO), la Croix-Rouge suisse (CRS) et l'Armée du salut.<br />

Les institutions <strong>privée</strong>s d'action <strong>sociale</strong> peuvent être divisées en<br />

œuvres d'entraide (religieuses et non religieuses), fondations et<br />

autres institutions non-étatiques).<br />

Importance de l'offre<br />

Selon l'Office fédéral de la statistique, les dépenses d'aide <strong>sociale</strong><br />

directes à charge de la collectivité publique se montent à quelque<br />

deux milliards de francs par an. L'étendue de l'aide <strong>sociale</strong> <strong>privée</strong>,<br />

en revanche, n'est pas connue. Les estimations sont possibles, mais<br />

elles sont à prendre avec une certaine prudence. Les considérations<br />

suivantes indiquent que le volume de ces prestations est très important.<br />

La Suisse compte quelque <strong>13</strong> 000 fondations, dont près<br />

de 40% déclarent être actives dans le domaine social. La fortune<br />

dont les fondations d’utilité publique disposent globalement est<br />

estimée à 70 milliards de francs, dont seule une fraction est distribuée<br />

annuellement. Un sondage non systématique effectué auprès<br />

des œuvres Pro et d’autres œuvres d’entraide actives sur le plan national<br />

en vue de la rédaction de cet article laisse supposer que le volume<br />

annuel de soutien de l’aide <strong>sociale</strong> <strong>privée</strong> se monte à quelque<br />

20 millions de francs, ce qui représente tout de même 1% des dépenses<br />

publiques consacrées à l’aide <strong>sociale</strong>.<br />

Contrairement aux prestations de l’aide <strong>sociale</strong> publique, les<br />

offres et les domaines de compétence des œuvres <strong>privée</strong>s ne sont<br />

pas définis. En revanche, il est évident que celles-ci se chargent<br />

de tâches importantes en amont de l’aide <strong>sociale</strong>, par exemple en<br />

proposant des services de conseil aux personnes qui en ont besoin<br />

et qui ne sont pas encore saisies par les instances publiques. Ou<br />

alors, elles complètent les prestations de l’aide <strong>sociale</strong> publique<br />

lorsque celles-ci sont impossibles à fournir ou insuffisantes.<br />

Subsidiarité floue<br />

Les normes CSIAS stipulent que les prestations d’aide <strong>sociale</strong> sont,<br />

par principe, subsidiaires, y compris par rapport aux prestations de<br />

tiers fournies sans obligation légale. Dès lors, l’aide <strong>sociale</strong> publique<br />

ne serait à octroyer que subsidiairement aux prestations des<br />

œuvres d’entraide ou des fondations.<br />

La réalité est différente. Contrairement à l’ancienne pratique,<br />

les œuvres d’entraide <strong>privée</strong>s ont rendu l’accès à leurs ressources<br />

financières plus difficiles en prenant souvent exemple sur l’aide<br />

<strong>sociale</strong> publique. La plupart d’entre elles soulignent, en substance,<br />

18 <strong>ZESO</strong> 3/<strong>13</strong> ACCENT


L’AIDE SOCIALE PRIVÉE<br />

L’aide <strong>sociale</strong> <strong>privée</strong> reprend des tâches importantes comme par exemple des services de livraison de repas.<br />

Photo: Keystone<br />

que les prestations de la collectivité publique ne peuvent être remplacées,<br />

mais uniquement complétées de manière ciblée. Nous<br />

sommes là en présence d'une conception pas tout à fait claire de la<br />

subsidiarité. La question qui se pose est la suivante : quelle prestation<br />

prime l’autre ? La pratique adopte une attitude pragmatique.<br />

Certains services sociaux essaient d’exploiter systématiquement<br />

les prestations volontaires de tiers, alors que d’autres délèguent<br />

cette responsabilité à la clientèle.<br />

Importance pour la société<br />

L’importance de l’aide <strong>sociale</strong> <strong>privée</strong> pour la société se manifeste à<br />

différents niveaux. Celle-ci intervient là où le soutien par l’Etat<br />

n’opère pas. Elle finance, par exemple, des vacances pour des personnes<br />

dans le besoin ou prend en charge des factures de médecin.<br />

Les nombreux projets dans le domaine de l’insertion professionnelle<br />

et de l’intégration <strong>sociale</strong> sont également vitaux. Sans oublier<br />

l’importante activité de conseil déjà mentionnée. Par ailleurs, les<br />

œuvres <strong>privée</strong>s constituent un facteur de cohésion au sein de la société<br />

civile. La population est, en quelque sorte, intégrée dans la<br />

lutte contre la pauvreté, au moyen de dons ou d’activités bénévoles.<br />

Dans ce sens, la société assume un rôle de soutien complémentaire<br />

à l’Etat.<br />

Dans une de ses interventions, Walter Schmid, Président de la<br />

CSIAS, a posé la question de savoir si la tutelle et l’aide <strong>sociale</strong> était<br />

des sœurs. Il a répondu par la négative en renvoyant aux raisons<br />

historiques ainsi qu’à la forme juridique différente. Ci-dessus,<br />

nous avons également évoqué un éventuel lien de parenté entre<br />

l’aide <strong>sociale</strong> <strong>privée</strong> et l’aide <strong>sociale</strong> publique. En tous les cas, elles<br />

portent le même «nom». Les explications ont toutefois clairement<br />

montré qu’il n’y a pas de lien de parenté direct entre l’aide <strong>sociale</strong><br />

<strong>privée</strong> et publique.<br />

Le lien entre elles est néanmoins important. Alors que les personnes<br />

concernées peuvent réclamer le soutien par l’aide <strong>sociale</strong><br />

publique par voie de droit – un peu comme c’est le cas pour l’obligation<br />

d'entretien des parents vis-à-vis des enfants –, il n’existe pas<br />

de droit à l’aide <strong>sociale</strong> <strong>privée</strong>. Le rôle de l’aide <strong>sociale</strong> <strong>privée</strong> par<br />

rapport à l’aide <strong>sociale</strong> publique ressemble plutôt à celui d’une<br />

marraine: dans des conditions normales, celle-ci a peu de charges,<br />

les entretiens ont un caractère informel et elle peut conseiller<br />

sans obligations. En contrepartie, l’aide financière est irrégulière<br />

(comme toute filleule ou tout filleul le sait) et son montant peut<br />

varier considérablement.<br />

Ceci a également des conséquences pour la future aide <strong>sociale</strong>.<br />

Si, à l’avenir, les prestations de l’Etat devaient être réduites, les<br />

œuvres <strong>privée</strong>s ne pourraient s’y substituer que dans une mesure limitée.<br />

Une aide <strong>sociale</strong> performante de la collectivité publique reste<br />

donc nécessaire pour que les œuvres <strong>privée</strong>s puissent continuer, à<br />

l'avenir, à remplir leur importante fonction traditionnelle. •<br />

Pascal Engler<br />

Chargé de cours dans les filières bachelor et master<br />

Haute école spécialisée bernoise, division Travail social<br />

ACCENT 3/<strong>13</strong> <strong>ZESO</strong><br />


Un mandat comme colonne vertébrale<br />

Caritas Neuchâtel est mandatée par le canton pour dispenser l’aide <strong>sociale</strong> et favoriser l’insertion<br />

des réfugiés statutaires. Les articulations entre un mandant public et un mandataire privé sont<br />

complexes. Elles comportent des chances, mais aussi des risques. Réflexion sur les questions<br />

qu’elles engendrent et sur l’efficacité d’un tel dispositif.<br />

Le mandat d'aide <strong>sociale</strong> aux réfugiés a permis à Caritas Neuchâtel<br />

de disposer de compétences professionnelles pointues dans le domaine<br />

de l'intégration. Forts de ces acquis, nous avons pu librement<br />

nous projeter dans ce domaine de manière plus large et imaginer<br />

une série de prestations complémentaires: ateliers de<br />

français, aide à la recherche de logement, soutien individuel par<br />

des bénévoles, ateliers de gestion de caisse-maladie, etc. Cette démarche<br />

est à mon sens spécifique à un acteur privé: lancer des projets,<br />

faire œuvre de pionnier, défricher et inventer en allant chercher<br />

ses propres financements du côté des donateurs, des<br />

fondations ou des entreprises.<br />

Selon nos mandats, nous disposons d'un peu plus de deux heures<br />

par famille et par mois pour dispenser l'aide <strong>sociale</strong> et veiller à son<br />

intégration <strong>sociale</strong> et professionnelle. Lorsqu'il s'agit de trouver un<br />

logement pour une famille étrangère, ne parlant pas français et bénéficiaire<br />

de l'aide <strong>sociale</strong>, soit les trois critères les plus rédhibitoires<br />

pour toute gérance <strong>privée</strong>, le soutien du groupe logement, composé<br />

de bénévoles pour accompagner les réfugiés dans leurs recherches<br />

d'appartement, est plus qu'appréciable.<br />

Mais attention, il s'agit d'un équilibre fragile. Pas question de<br />

palier les restrictions budgétaires et l'affaiblissement du filet social<br />

en cherchant ailleurs les ressources pour maintenir les prestations<br />

<strong>sociale</strong>s à leur niveau.<br />

Pour Caritas Neuchâtel, il est aujourd'hui indispensable de pouvoir<br />

s'appuyer sur un mandat, ou la perspective d'un mandat public,<br />

pour s'investir dans un domaine d'intervention <strong>sociale</strong> et y pérenniser<br />

son action avant d’y greffer des prestations complémentaires<br />

financée par le biais de projet.<br />

Watch dog<br />

En 2007, la révision des normes d'aide <strong>sociale</strong> dans le canton de<br />

Neuchâtel a vu une baisse sensible des montants d'entretien, en dépit<br />

des recommandations de la CSIAS. Comme œuvre d'entraide,<br />

Caritas Neuchâtel a été consultée lors du processus de révision.<br />

Comme mandataire, elle était au cœur du système pour analyser<br />

les répercussions sur les bénéficiaires de l'aide <strong>sociale</strong>. Experte et<br />

indépendante, Caritas Neuchâtel a influencé, sur quelques points<br />

mineurs, la révision des normes d'entretien. L'articulation entre<br />

public et privé s'est donc révélée efficace.<br />

A l'instar des médias à l'égard des pouvoirs exécutif, législatif<br />

et judiciaire, les œuvres d'entraide font office de chien de garde et<br />

surveillent l'évolution des normes et des lois du domaine social. Et<br />

aussi longtemps que les normes et les lois sont acceptables, il est<br />

plus efficace de faire partie du système pour en influencer l'évolution.<br />

A cet égard, il est intéressant de constater que la gestion des<br />

centres d'enregistrement et de procédure de l'Office fédéral des<br />

migrations pour accueillir les demandeurs d'asile est confiée à des<br />

sociétés <strong>privée</strong>s à but lucratif…<br />

Les acteurs privés mettent l’accent sur des prestations <br />

complémentaires à celles du système public. .<br />

Questions d'argent<br />

Depuis la cantonalisation de l'aide <strong>sociale</strong> aux réfugiés, en 1998,<br />

Caritas Neuchâtel perçoit des forfaits par personne de la part de la<br />

Confédération, via le service des migrations du canton, afin de dispenser<br />

l'aide <strong>sociale</strong> aux réfugiés statutaires selon les normes cantonale<br />

d'aide <strong>sociale</strong>. Le nombre de personnes suivies augmentant<br />

régulièrement, les flux financiers liés à la gestion de ces dossiers<br />

ont atteint l'équivalent du budget de l'ensemble de l'institution en<br />

2007. Un véritable risque, car nous n'avons pas d'autre garantie<br />

22 <strong>ZESO</strong> 3/<strong>13</strong> ACCENT


L’AIDE SOCIALE PRIVÉE<br />

Photo: Pixsil<br />

de déficit que la fortune de l'institution. Nous avons alors proposé<br />

un nouveau mandat portant sur la refacturation des dépenses<br />

d'aide <strong>sociale</strong> effectives. Les risques liés à la gestion des forfaits passant<br />

de l'œuvre d'entraide au service de l'État.<br />

Caritas Neuchâtel, autorité d'aide <strong>sociale</strong>, rend quelquefois<br />

des décisions de remboursement et établit des reconnaissances de<br />

dettes. Le débiteur doit donc rembourser un service privé qui gère<br />

de l'argent public. Et ceci engendre une série de questions liées à<br />

l'application d'un mandat public réalisé par un service privé.<br />

Lorsque le dossier d'aide <strong>sociale</strong> est clos, qui poursuit le travail<br />

de recouvrement des créances? Cela fait-il partie du mandat d'aide<br />

<strong>sociale</strong>? Comment mettre aux poursuites une personne pour de<br />

l'argent qui ne vous appartient pas? Si le débiteur est insolvable,<br />

le canton ou la Confédération peuvent-ils demander le remboursement<br />

au service privé? Si tel était le cas, le service privé devrait<br />

constituer des réserves pour compenser ces risques: impossible au<br />

vu des montants et des flux financiers en jeu. Autant de questions<br />

auxquelles il faut trouver une réponse. Autant de réponses qui permettent<br />

d'objectiver les attentes de chaque partie.<br />

Contrôler, c’est encore mieux<br />

L'Etat de Neuchâtel ayant repris à sa charge les risques liés à la gestion<br />

des forfaits en provenance de la Confédération, il est d'autant<br />

plus attentif à la gestion rigoureuse des dépenses d'aide <strong>sociale</strong> aux<br />

réfugiés. Mais en multipliant les étages de contrôle – œuvre d’entraide,<br />

canton, Confédération - on risque de perdre de vue l'essentiel,<br />

en l'occurrence, la personne. De fait, nous avons parfois l'impression<br />

de passer plus de temps à rendre transparentes les<br />

dépenses d'aide <strong>sociale</strong> engagées qu'à travailler à l'autonomie et à<br />

l'indépendance financière des personnes.<br />

Plus de la moitié du budget de l'Etat de Neuchâtel est allouée à<br />

des tiers sur la base de mandats publics. Afin de contrôler ces dépenses<br />

et de piloter le dispositif, l'Etat souhaite disposer de normes<br />

comptables et d'indicateurs uniformes pour l'ensemble des prestations.<br />

De leurs côtés, les services privés développent des outils de<br />

gestion afin d'appréhender au mieux leurs réalités. Les objectifs<br />

n'étant pas identiques, la rencontre entre les logiques publiques et<br />

<strong>privée</strong>s peut être source de tension et d'incompréhension si elle ne<br />

fait pas l’objet de discussions.<br />

Ajoutons encore qu’un service privé se heurte de plus en plus<br />

régulièrement à un obstacle nommé «protection des données».<br />

Lorsque les explications et les procurations ne suffisent plus, nous<br />

pouvons compter sur nos mandants étatiques pour aller à la pêche<br />

aux infos. Ce qui n’est ni pratique, ni efficace…<br />

La collaboration entre un mandant public et un mandataire<br />

privé génère donc des avantages et des désavantages, des opportunités<br />

et des risques. Il est néanmoins essentiel que Caritas Neuchâtel<br />

puisse s’appuyer sur des colonnes vertébrales solides afin de<br />

poursuivre son travail de précurseur et d’observateur du social, afin<br />

de continuer à imaginer et à financer des prestations complémentaires.<br />

Et au moment de conclure, nous n'avons qu'un souhait: que<br />

le bénéficiaire reste au cœur des préoccupations des partenaires.<br />

<br />

•<br />

Sébastien Giovannoni<br />

Responsable de la Consultation <strong>sociale</strong><br />

Caritas Neuchâtel<br />

ACCENT 3/<strong>13</strong> <strong>ZESO</strong><br />


La pauvreté doit être combattue au<br />

moyen d'une stratégie globale<br />

L’AIDE SOCIALE PRIVÉE<br />

Le case management et la collaboration interinstitutionnelle devraient fonctionner<br />

indépendamment de considérations de tiroir-caisse. Cela empêcherait que des acteurs majeurs<br />

ne se retirent du traitement du cas pour la simple raison qu'ils n'ont plus d'obligation de payer.<br />

Plaidoyer pour un modèle durable de collaboration.<br />

La pauvreté concerne tout le monde. Elle n'est pas un problème<br />

isolé, ni dans l'analyse des causes de la pauvreté, ni dans l'élaboration<br />

d'approches de solutions. Si l'analyse de la genèse de la pauvreté<br />

ne s'appuie pas sur une vision globale, la recherche d'une solution<br />

se limitera à une lutte contre les symptômes. De même,<br />

considérer la pauvreté comme un problème uniquement financier<br />

ou économique est insuffisant. Les pauvretés <strong>sociale</strong>, mentale et<br />

spirituelle sont des facteurs puissants de la pauvreté structurelle.<br />

En comprenant les situations parfois complexes et les dépendances<br />

systémiques qui marquent la problématique de la pauvreté<br />

et en comparant celles-ci aux recherches de solutions souvent<br />

séquentielles et non globales, on constate que l'organisation et la<br />

collaboration entre les différents acteurs de la lutte contre la pauvreté<br />

recèle un énorme potentiel. Si l'approche de collaboration<br />

interinstitutionnelle (CII) a constitué un grand pas dans la bonne<br />

direction, il s'avère toutefois, dans la pratique, qu'une «philosophie<br />

du tiroir-caisse» est encore très répandue. S'y ajoute le fait aggravant<br />

que, selon l'évolution d'un cas, d'importants acteurs se retirent<br />

progressivement du traitement du cas, puisqu'ils n'ont plus<br />

d'obligation de payer. Le placement, par exemple : les personnes<br />

concernées restent sous la garde de l'aide <strong>sociale</strong> qui, par la suite,<br />

doit servir tous les systèmes: travail, logement, promotion, participation,<br />

etc. Les ressources de l'aide <strong>sociale</strong> s'en trouvent dépassées.<br />

Les formes actuelles de la CII sont définies comme la présence,<br />

autour d’une même table, des assurances <strong>sociale</strong>s étatiques, de<br />

l'orientation professionnelle et de l'aide <strong>sociale</strong>. D'autres acteurs<br />

tels que l'économie, la société en général, les Eglises ou même les<br />

œuvres <strong>sociale</strong>s <strong>privée</strong>s ne sont associées à la recherche de solutions<br />

que dans une mesure limitée. Ceci, également du fait que la<br />

lutte contre la pauvreté est considérée comme une tâche purement<br />

étatique. Or, la pauvreté est un problème de société. D'où la nécessité<br />

que des acteurs aussi nombreux que possible participent à la<br />

recherche de solutions. Dans ce contexte, il faut également rappeler<br />

que les personnes touchées par la pauvreté – leurs expériences,<br />

leurs aptitudes et leurs réseaux – sont toujours trop peu prises en<br />

considération.<br />

Des lacunes dans le réseau social de la Suisse<br />

Si l’on cherche des lacunes dans le réseau social de la Suisse, on<br />

s’aperçoit qu’elles se trouvent aux points d'intersection entre les assurances<br />

<strong>sociale</strong>s étatiques et l'aide <strong>sociale</strong> ou dans le domaine de<br />

l'obtention d'aide <strong>sociale</strong> perçue pendant plusieurs années. Les circonstances<br />

concomitantes sont multiples, mais une chose semble<br />

évidente: une stratégie globale, une meilleure mise en réseau des<br />

acteurs et une meilleure intégration du savoir-faire des spécialistes,<br />

Les œuvres <strong>sociale</strong>s<br />

<strong>privée</strong>s pourraient être<br />

des partenaires pour un<br />

case management global.<br />

la participation de tous les acteurs clés et, d'une manière générale,<br />

la recherche de solutions à long terme sont les facteurs dont la prise<br />

en compte permettrait d'obtenir de meilleurs résultats. Ces facteurs<br />

ne peuvent être maîtrisés avec succès par un seul acteur, ou<br />

alors seulement dans une mesure limitée. Un case management<br />

global serait nécessaire. Dans la mesure du possible, celui-ci ne devrait<br />

toutefois pas se situer dans le domaine de l'exécution, mais<br />

pouvoir travailler indépendamment de considérations purement<br />

financières. A cet égard, les œuvres <strong>sociale</strong>s <strong>privée</strong>s pourraient être<br />

des partenaires tout indiqués.<br />

Un projet réalisé à Amsterdam pourrait servir d'exemple. Sur<br />

mandat de la ville d'Amsterdam, l'Armée du salut en tant qu'œuvre<br />

<strong>sociale</strong> <strong>privée</strong> gère une «intake-house» qui accueille notamment<br />

des personnes sans domicile fixe. Ceci, dans le but de développer,<br />

en collaboration avec la personne concernée, une stratégie individuelle<br />

au cours d'une phase d'examen de la situation. Les participations<br />

à ce développement d'une stratégie sont l'Armée du salut<br />

et des représentants d'autres œuvres <strong>sociale</strong>s en tant que case managers<br />

ainsi que des représentants de l'aide <strong>sociale</strong>, des assurances<br />

<strong>sociale</strong>s, du placement, des services de logement, des services de<br />

conseil juridique ou des services médico-psychiatriques. Après la<br />

phase d'examen, le case management accompagne les clientes et<br />

les clients pendant que ceux-ci participent à des mesures d'insertion<br />

professionnelle, de promotion des capacités d'habitation ou<br />

encore à des mesures socio-thérapeutiques. En dehors des avantages<br />

économiques d'une telle démarche, l'aspect relationnel, dans<br />

l'accompagnement, joue également un rôle important. Dans le<br />

sens d'une solution à long terme et intégrale pour les personnes<br />

touchées par la pauvreté et d'une utilisation efficace des ressources,<br />

de telles approches devraient être poursuivies bien plus souvent, y<br />

compris en Suisse.<br />

•<br />

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