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La CSIAS offre une bonne<br />
plate-forme de discussion<br />
Les communes jouent un rôle important dans l'évolution de l'aide <strong>sociale</strong> et elles sont des piliers<br />
essentiels de la CSIAS en tant qu'association professionnelle. C'est une bonne chose qu'elles<br />
abordent les problèmes inhérents à l'aide <strong>sociale</strong>. Elles disposent de différentes instances auprès<br />
de la CSIAS pour mener une discussion axée sur la pratique.<br />
Un jeune homme reçoit l'aide <strong>sociale</strong>, mais<br />
refuse de collaborer avec les autorités. Résultat:<br />
une action juridique portée devant<br />
plusieurs instances. Le Tribunal fédéral a<br />
confirmé que les procédures exigées par<br />
l'Etat ont été respectées. Au printemps dernier,<br />
cette affaire a déclenché un large débat<br />
médiatique sur l'aide <strong>sociale</strong> et la<br />
CSIAS. En effet, la CSIAS a salué la décision<br />
du Tribunal fédéral, dans la mesure où<br />
celle-ci précisait clairement les conditions<br />
dans lesquelles des réductions de prestations<br />
et des suppressions de prestations<br />
sont possibles. Par la suite, quatre communes<br />
ont quitté la CSIAS. Dans plusieurs<br />
cantons et communes, des démarches de-<br />
mandant de sortir de l'association ont été<br />
entreprises. En même temps, des interventions<br />
parlementaires visant une réduction<br />
générale des prestations de l'aide <strong>sociale</strong><br />
ont été déposées en différents endroits.<br />
Un bref commentaire sur une décision<br />
du tribunal suprême de la Suisse en faveur<br />
de la protection de l'Etat de droit n'explique<br />
certainement pas, à lui tout seul,<br />
le débat fondamental sur l'aide <strong>sociale</strong> et<br />
la CSIAS déclenché par le «cas Berikon».<br />
S'il est vrai que l'aide <strong>sociale</strong>, tout comme<br />
la CSIAS en tant qu'association professionnelle,<br />
ont régulièrement fait l'objet de<br />
controverses animées, les démissions et les<br />
nombreuses interventions politiques – qui<br />
pourraient avoir de lourdes conséquences<br />
– sont toutefois une première.<br />
La CSIAS regrette que le débat avec<br />
les communes mécontentes n'ait pas eu<br />
lieu d’abord à l'intérieur de l'association,<br />
mais directement dans les médias. Les<br />
communes démissionnaires n'ont jamais<br />
pris contact au préalable avec la CSIAS.<br />
Les questions soulevées dans le débat,<br />
par exemple celle concernant la manière<br />
de traiter des personnes non coopératives,<br />
doivent toutefois être prises au sérieux. Il<br />
est important que l'on en discute. Mais il<br />
est également important que ces questions<br />
soient discutées avec le soin et les nuances<br />
nécessaires.<br />
L’aide <strong>sociale</strong> s’appuie sur des piliers solidement enracinés dans le consensus national.<br />
Photo: Keystone<br />
8 <strong>ZESO</strong> 3/<strong>13</strong> AKTUELL
Les faits<br />
<strong>L'aide</strong> <strong>sociale</strong> fonctionne bien. Elle occupe<br />
une place importante au sein du système social<br />
suisse et elle est un facteur non négligeable<br />
de l'assurance de la paix <strong>sociale</strong> et,<br />
par là-même, de la prospérité en Suisse. Les<br />
normes CSIAS sont un instrument indispensable<br />
et approprié pour la mise en place<br />
de l'aide <strong>sociale</strong>. Sur la base des normes, les<br />
cantons et les communes fournissent des<br />
services importants à plus de 235'000 personnes<br />
en Suisse. Dans de nombreux cas, ils<br />
le font dans des conditions difficiles: au fil<br />
des années, les personnes à l'aide <strong>sociale</strong> ont<br />
souvent adopté des comportements qui demandent<br />
des capacités particulières au personnel<br />
des services sociaux. En outre, la subsidiarité<br />
de l'aide <strong>sociale</strong> exige des vérifications<br />
très détaillées et un savoir professionnel<br />
avéré. Enfin, la pression publique est<br />
forte et les ressources très limitées.<br />
Le rôle de l'association et celui des<br />
communes<br />
Qu'une association professionnelle édicte<br />
des normes forgées à partir del'expérience<br />
de ses membres sur le terrain et adoptées<br />
par l'administration n'a rien d'extraordinaire.<br />
La grande majorité des membres de<br />
la CSIAS sont des collectivités publiques,<br />
notamment les cantons et de nombreuses<br />
communes. Les efforts qu'ils entreprennent<br />
pour uniformiser l'aide <strong>sociale</strong> et<br />
pour fixer un cadre tant national qu'intercommunal<br />
ont des effets positifs en créant<br />
l'égalité de droit et en empêchant le «tourisme<br />
social». Le vaste réseau de l'association<br />
assure un débat global et approfondi<br />
sur la conception de l'aide <strong>sociale</strong>. Dans ce<br />
débat, les voix critiques apportent, elles<br />
aussi, leur précieuse contribution. A cet effet,<br />
l'association propose différents instances<br />
et lieux d'échange.<br />
Les communes jouent donc un rôle important<br />
dans l'évolution de l’aide <strong>sociale</strong> et<br />
elles sont des piliers essentiels de la CSIAS<br />
en tant qu'association. Ces atouts sont affaiblis<br />
par des démissions. Ceux qui quittent<br />
l'association renoncent du coup à la possibilité<br />
de la participation directe et au soutien<br />
professionnel que l'association propose à ses<br />
membres dans l'accomplissement de leur<br />
tâche exigeante.<br />
La CSIAS ouverte au débat<br />
La CSIAS s'est prononcée à plusieurs reprises<br />
au sujet de l'actuel débat public et<br />
elle a été également active sur le plan politique.<br />
Elle a abordé les questions soulevées<br />
avec l'Association des communes suisses et<br />
elle est en dialogue avec les directrices et directeurs<br />
cantonaux des affaires <strong>sociale</strong><br />
(CDAS) ainsi qu'avec l'Initiative des villes:<br />
politique <strong>sociale</strong>.<br />
La nécessité, pour la Suisse, de disposer<br />
d'une aide <strong>sociale</strong> efficace et équitable ainsi<br />
que d'un instrument de mise en œuvre<br />
comme les normes CSIAS, a été confirmée<br />
par des personnalités politiques de renom:<br />
Peter Gomm, Président de la CDAS et<br />
Conseiller d'Etat du Canton de Soleure,<br />
Mario Fehr, Conseiller d'Etat du Canton<br />
de Zurich (à l'occasion de la dernière assemblée<br />
générale de la CSIAS), trois autres<br />
directrices cantonales des affaires <strong>sociale</strong>s<br />
(dans la revue <strong>ZESO</strong> qui avait pour thème<br />
les normes CSIAS) ainsi que Martin Waser,<br />
Président de L'Initiative des villes et chef<br />
du département des affaires <strong>sociale</strong>s de la<br />
Ville de Zurich. Parmi les thèmes soulevés,<br />
nombreux sont ceux que l'association avait<br />
abordés dès avant la récente controverse<br />
médiatique. Ainsi des questions concernant<br />
les prestations circonstancielles et des questions<br />
relatives à l'efficacité du système des<br />
incitations, introduit en 2005. Une étude<br />
empirique sur ce sujet, qui a d’ailleurs été<br />
proposée, serait tout à fait souhaitable.<br />
L'enjeu du débat actuel, ce ne sont pas<br />
seulement la CSIAS et ses normes. C'est<br />
l'aide <strong>sociale</strong> en tant qu'instrument fonctionnel<br />
et fortement enraciné de la politique<br />
<strong>sociale</strong>. Et cela ne doit pas être mis en<br />
jeu. Trop de personnes ont besoin de l'aide<br />
<strong>sociale</strong> et la société, dans son ensemble, en<br />
profite. La CSIAS s'engage de toutes ses<br />
forces pour faire comprendre à l'opinion<br />
publique l'importance, les atouts et l'utilité<br />
de l'aide <strong>sociale</strong>.<br />
•<br />
Dorothee Guggisberg<br />
Secrétaire générale de la CSIAS<br />
LES COMMUNES FONT DU<br />
BON TRAVAIL<br />
Au printemps dernier,<br />
quatre communes ont<br />
quitté la CSIAS avec<br />
perte et fracas. Les<br />
remous médiatiques<br />
ont été d'une ampleur<br />
inhabituelle. Ils ont été<br />
déclenchés par mon<br />
commentaire sur la<br />
décision du Tribunal fédéral qui pouvait donner<br />
l'impression que je me rangeais du côté des<br />
bénéficiaires non coopératifs et provocateurs<br />
de l'aide <strong>sociale</strong>. Telle n'était pas mon<br />
intention. J'ai simplement salué le fait que le<br />
tribunal suprême ait précisé les conditions juridiques<br />
dans lesquelles des prestations pouvaient<br />
être supprimées. Ceci crée une sécurité<br />
de droit pour toutes les parties concernées, y<br />
compris pour les communes.<br />
Le mécontentement, dans certaines communes,<br />
dénote toutefois quelques problèmes<br />
plus fondamentaux auxquels l'aide <strong>sociale</strong><br />
est confrontée. Tout d'abord, les personnes<br />
difficiles et peu coopératives sont un grand<br />
défi pour l'aide <strong>sociale</strong>. Comment les traiter?<br />
Où sont les limites de ce qui peut raisonnablement<br />
être exigé? A quel moment les<br />
prestations peuvent-elles être supprimées?<br />
Chaque commune connaît de tels cas qui<br />
usent les nerfs. J'ai beaucoup de respect<br />
pour les services sociaux et les autorités qui<br />
cherchent, au quotidien, à traiter ces personnes,<br />
tout comme les autres, avec équité.<br />
Les communes plus petites, elles, se sentent<br />
souvent délaissées face à ces questions. Y<br />
compris par la CSIAS. C'est un fait auquel l'association<br />
professionnelle que nous sommes<br />
doit porter une attention particulière.<br />
Finalement, l'aide <strong>sociale</strong> reste dans le collimateur<br />
des débats politiques. Les différentes<br />
interventions d'une teneur similaire qui ont<br />
été déposées auprès des parlements au cours<br />
de ces derniers mois s'adressent de prime<br />
abord, à la CSIAS et à ses normes. Mais leur<br />
principal enjeu est l'aide <strong>sociale</strong> en tant que<br />
pilier de la sécurité <strong>sociale</strong>. S’il est juste que la<br />
CSIAS adapte en permanence ses normes aux<br />
conditions <strong>sociale</strong>s changeantes, il ne faut<br />
en aucun cas mettre en jeu la protection de la<br />
population touchée par la pauvreté en Suisse.<br />
Walter Schmid<br />
Président de la CSIAS<br />
ACTUEL 3/<strong>13</strong> <strong>ZESO</strong><br />
9
Comment tenir compte des soutiens<br />
financiers volontaires par des tiers?<br />
Une bénéficiaire de l'aide <strong>sociale</strong>, âgée de 19 ans, se sert de l'aide financière de son grand-père pour<br />
payer son loyer qui dépasse les normes de la commune. En principe, les prestations volontaires<br />
régulières de tiers doivent être prises en compte à titre de revenu dans le budget de soutien.<br />
Andrea Bucher, 19 ans, fait un apprentissage.<br />
Du fait que ses parents ne sont pas en<br />
mesure de verser des contributions d'entretien,<br />
elle est soutenue par l'aide <strong>sociale</strong> en<br />
complément du salaire d'apprentie et de la<br />
bourse d'études. Elle ne peut vivre ni chez<br />
ses parents ni, pour des raisons psychiques,<br />
dans une communauté de résidence. Elle a<br />
conclu un bail pour un appartement de 2<br />
½ pièces, dont le loyer de 1232 francs se situe<br />
nettement au-dessus des normes de la<br />
commune pour un ménage d'une seule personne.<br />
Andrea déclare que son grand-père<br />
lui a assuré une contribution au loyer. Celleci<br />
lui permettrait de combler la différence<br />
entre le loyer reconnu par la commune et le<br />
loyer réel.<br />
Question<br />
Comment traiter les soutiens financiers par<br />
des tiers grâce auxquels des personnes bénéficiaires<br />
peuvent se permettre un appartement<br />
nettement plus cher que les normes<br />
communales le prévoient?<br />
Bases<br />
En vertu du principe de la subsidiarité<br />
et selon les normes CSIAS, les prestations<br />
volontaires de tiers, quel que soit leur montant,<br />
doivent, en principe, être prises en<br />
compte dans le budget à titre de revenu<br />
lorsqu'elles sont à la libre disposition de la<br />
personne bénéficiaire (normes CSIAS A.4<br />
et E.1.1).<br />
PRACTIQUE<br />
Dans cette rubrique, la <strong>ZESO</strong> publie des questions<br />
professionnelles exemplaires de la pratique de l'aide<br />
<strong>sociale</strong> qui ont été adressées à la «CSIAS-Line»,<br />
une offre de conseil en ligne que la CSIAS propose<br />
à ses membres. L'accès pour vos questions se fait<br />
par l'intranet: www.csias.ch se connecter <br />
SKOS-Line.<br />
Selon la doctrine et la pratique, les<br />
prestations volontaires de tiers ne sont pas<br />
prises en compte lorsqu'elles sont d'un volume<br />
modeste, fournies expressément en<br />
complément des prestations d'aide <strong>sociale</strong><br />
(souvent à des fins bien précises) et qu'elles<br />
seraient supprimées en cas de prise en<br />
compte. En revanche, il ne faut pas renoncer<br />
à une prise en compte lorsque les<br />
soutiens financiers par des tiers servent à financer<br />
des frais de logement ou d'entretien<br />
excessifs non couverts ou des dépenses de<br />
luxe (voir C. Hänzi, Leistungen der Sozialhilfe<br />
in den Kantonen, in: Das Schweizerische<br />
Sozialhilferecht, Lucerne 2008, p.<br />
141).<br />
Dans la pratique, la question de savoir<br />
si, en cas de prise en compte, les soutiens<br />
seraient supprimés ne joue pas de rôle<br />
notable. Si elle en a connaissance au préalable,<br />
l'autorité <strong>sociale</strong> décide de la prise<br />
en compte en fonction d'autres critères<br />
en courant éventuellement le risque que<br />
la prestation soit supprimée. Si l'autorité<br />
<strong>sociale</strong> n'apprend l'existence des soutiens<br />
volontaires qu'a posteriori, la prestation<br />
ne peut de toute évidence plus être supprimée.<br />
La suppression du soutien a des répercussions<br />
uniquement sur le budget de<br />
la personne bénéficiaire qui ne peut alors<br />
plus disposer de ressources supplémentaires.<br />
Mais ce n'est pas à l'aide <strong>sociale</strong> de<br />
porter le budget de la personne concernée<br />
au-delà du niveau de l'aide <strong>sociale</strong>. Une<br />
personne soutenue a toutefois le droit de<br />
recevoir des cadeaux occasionnels usuels<br />
sans que cela n'entraîne une réduction de<br />
l'aide <strong>sociale</strong>. C'est pourquoi il s'agit de renoncer<br />
à la prise en compte de cadeaux (en<br />
espèces) pour Noël, un anniversaire ou des<br />
occasions similaires, même si cet argent est<br />
à la libre disposition de la personne qui l'a<br />
reçu. Dans ces cas, la prestation n'est prise<br />
en compte que si, en raison de son volume,<br />
une non-prise en compte serait inéquitable.<br />
Par ailleurs, il faut examiner si une<br />
aide affectée à un usage précis est fournie<br />
pour un poste de dépenses contenu dans le<br />
budget de soutien. En revanche, la nature<br />
de l'aide – en espèces ou en nature – ne<br />
joue pas de rôle.<br />
Il s'agit dès lors de faire la distinction<br />
entre les soutiens volontaires par des tiers<br />
suivants:<br />
1. Les prestations volontaires régulières<br />
sont à prendre en compte lorsqu'elles<br />
sont effectivement à la libre disposition<br />
de la personne bénéficiaire, qu'elles<br />
sont fournies pour un poste de dépenses<br />
contenu dans le budget de soutien ou<br />
qu'elles servent à financer un luxe.<br />
2. Les prestations uniques non affectées<br />
à un usage précis sont à prendre en<br />
compte à l'exception des cadeaux occasionnels<br />
usuels ou des prestations d'un<br />
volume modeste.<br />
3. Les prestations uniques affectées à un<br />
usage précis fournies pour un poste de<br />
dépenses non contenu dans le budget de<br />
soutien ne sont, en règle générale, pas à<br />
prendre en compte. Une prise en compte<br />
ne peut être considérée que s'il s'agit<br />
d’un soutien très important permettant<br />
de financer un luxe et si une non-prise<br />
en compte serait inconvenante.<br />
Réponse<br />
La contribution volontaire du grand-père<br />
au loyer d'Andrea Bucher est une prestation<br />
volontaire régulière. Elle est destinée aux<br />
frais de logement, donc à un poste de dépenses<br />
contenu dans le budget de soutien.<br />
Que le loyer pris en compte dans le budget<br />
ne corresponde pas au loyer effectif ne<br />
change rien à ce fait. Par conséquent, le<br />
paiement de la différence doit être pris en<br />
compte à titre de revenu aussi longtemps<br />
qu'il est effectivement reçu. <br />
•<br />
Bernadette von Deschwanden<br />
Membre de la commission<br />
Normes et aides à la pratique de la CSIAS<br />
10 ZeSo 3/<strong>13</strong> PRACTIQUE
<strong>L'aide</strong> <strong>sociale</strong> <strong>privée</strong> joue un rôle important<br />
dans la lutte contre la pauvreté<br />
<strong>L'aide</strong> <strong>sociale</strong> <strong>privée</strong> et l'aide <strong>sociale</strong> publique se complètent bien. On s'en rend compte un jetant<br />
un coup d'œil sur l'historique et le positionnement actuel des offres <strong>privée</strong> et publique. Pour<br />
pouvoir pleinement faire valoir ses atouts, l'aide <strong>sociale</strong> <strong>privée</strong> a besoin d'une aide <strong>sociale</strong> publique<br />
performante.<br />
Le rôle de l'aide <strong>sociale</strong> <strong>privée</strong> vis-à-vis de l'aide <strong>sociale</strong> publique et<br />
les rapports entre les deux peuvent être décrits de différentes manières:<br />
par le biais de leur historique et de leur enjeu pour la société,<br />
par celui du type d'organes responsables ou par celui des offres<br />
spécifiques de l'aide <strong>sociale</strong> <strong>privée</strong>.<br />
Jadis, l'aide <strong>sociale</strong>, appelée alors assistance aux pauvres, était<br />
une tâche des monastères et des couvents. Au haut Moyen Âge (de<br />
1050 à 1250), les couvents atteignirent toutefois les limites de<br />
leur performance économique et risquèrent de s'appauvrir euxmêmes.<br />
Cette évolution, associée à la pauvreté croissante de la population,<br />
conduisit à la création de nouvelles institutions indépendantes<br />
des Eglises et des couvents: ce furent des hôpitaux ainsi que<br />
des hospices et des asiles. Les premières fondations bourgeoises<br />
contribuèrent, à leur tour, à la communalisation de l'assistance. La<br />
crise économique du Moyen Âge tardif (1500) entraîna un nouveau<br />
pas dans l'assistance aux pauvres. L'assistance par les autorités,<br />
et donc par l'Etat, s'exprima par le décret et la mise en place<br />
de régimes sanitaires et de mesures assurant l'approvisionnement<br />
en denrées alimentaires. Ces considérations montrent que l'aide<br />
<strong>sociale</strong> <strong>privée</strong> remonte à plus loin que l'aide <strong>sociale</strong> publique. En<br />
termes de rapports de parenté, elle peut même revendiquer la<br />
paternité de l'aide <strong>sociale</strong> publique. Le soutien par l'aide <strong>sociale</strong><br />
publique – contrairement à celui par l'aide <strong>sociale</strong> <strong>privée</strong> – n'est<br />
toutefois pas un droit pouvant faire l'objet d'une action en justice.<br />
Financement et organes responsables<br />
<strong>L'aide</strong> <strong>sociale</strong> publique est financée par la collectivité publique.<br />
Les cantons et les communes sont responsables de la mise en place.<br />
Seule exception: l'aide <strong>sociale</strong> en faveur des demandeurs d'asile,<br />
qui est assumée principalement par la Confédération. En revanche,<br />
le financement de l'aide <strong>sociale</strong> <strong>privée</strong> se fait par le biais de dons et<br />
de l'exploitation du capital propre, mais en partie également par la<br />
collectivité publique. Au cours de ces dernières décennies, les<br />
conventions de prestations entre les institutions <strong>privée</strong>s et l'Etat ont<br />
pris une importance grandissante.<br />
Le rôle de l’aide <strong>sociale</strong><br />
<strong>privée</strong> ressemble à celui<br />
d’une marraine.<br />
Parmi les institutions <strong>privée</strong>s d'action <strong>sociale</strong> les plus importantes<br />
sur le plan national, on compte les trois «œuvres Pro» (Pro<br />
Infirmis, Pro Senectute et Pro Juventute), Caritas Suisse, l'Entraide<br />
protestante Suisse (EPER), l'Œuvre suisse d'entraide ouvrière<br />
(OSEO), la Croix-Rouge suisse (CRS) et l'Armée du salut.<br />
Les institutions <strong>privée</strong>s d'action <strong>sociale</strong> peuvent être divisées en<br />
œuvres d'entraide (religieuses et non religieuses), fondations et<br />
autres institutions non-étatiques).<br />
Importance de l'offre<br />
Selon l'Office fédéral de la statistique, les dépenses d'aide <strong>sociale</strong><br />
directes à charge de la collectivité publique se montent à quelque<br />
deux milliards de francs par an. L'étendue de l'aide <strong>sociale</strong> <strong>privée</strong>,<br />
en revanche, n'est pas connue. Les estimations sont possibles, mais<br />
elles sont à prendre avec une certaine prudence. Les considérations<br />
suivantes indiquent que le volume de ces prestations est très important.<br />
La Suisse compte quelque <strong>13</strong> 000 fondations, dont près<br />
de 40% déclarent être actives dans le domaine social. La fortune<br />
dont les fondations d’utilité publique disposent globalement est<br />
estimée à 70 milliards de francs, dont seule une fraction est distribuée<br />
annuellement. Un sondage non systématique effectué auprès<br />
des œuvres Pro et d’autres œuvres d’entraide actives sur le plan national<br />
en vue de la rédaction de cet article laisse supposer que le volume<br />
annuel de soutien de l’aide <strong>sociale</strong> <strong>privée</strong> se monte à quelque<br />
20 millions de francs, ce qui représente tout de même 1% des dépenses<br />
publiques consacrées à l’aide <strong>sociale</strong>.<br />
Contrairement aux prestations de l’aide <strong>sociale</strong> publique, les<br />
offres et les domaines de compétence des œuvres <strong>privée</strong>s ne sont<br />
pas définis. En revanche, il est évident que celles-ci se chargent<br />
de tâches importantes en amont de l’aide <strong>sociale</strong>, par exemple en<br />
proposant des services de conseil aux personnes qui en ont besoin<br />
et qui ne sont pas encore saisies par les instances publiques. Ou<br />
alors, elles complètent les prestations de l’aide <strong>sociale</strong> publique<br />
lorsque celles-ci sont impossibles à fournir ou insuffisantes.<br />
Subsidiarité floue<br />
Les normes CSIAS stipulent que les prestations d’aide <strong>sociale</strong> sont,<br />
par principe, subsidiaires, y compris par rapport aux prestations de<br />
tiers fournies sans obligation légale. Dès lors, l’aide <strong>sociale</strong> publique<br />
ne serait à octroyer que subsidiairement aux prestations des<br />
œuvres d’entraide ou des fondations.<br />
La réalité est différente. Contrairement à l’ancienne pratique,<br />
les œuvres d’entraide <strong>privée</strong>s ont rendu l’accès à leurs ressources<br />
financières plus difficiles en prenant souvent exemple sur l’aide<br />
<strong>sociale</strong> publique. La plupart d’entre elles soulignent, en substance,<br />
18 <strong>ZESO</strong> 3/<strong>13</strong> ACCENT
L’AIDE SOCIALE PRIVÉE<br />
L’aide <strong>sociale</strong> <strong>privée</strong> reprend des tâches importantes comme par exemple des services de livraison de repas.<br />
Photo: Keystone<br />
que les prestations de la collectivité publique ne peuvent être remplacées,<br />
mais uniquement complétées de manière ciblée. Nous<br />
sommes là en présence d'une conception pas tout à fait claire de la<br />
subsidiarité. La question qui se pose est la suivante : quelle prestation<br />
prime l’autre ? La pratique adopte une attitude pragmatique.<br />
Certains services sociaux essaient d’exploiter systématiquement<br />
les prestations volontaires de tiers, alors que d’autres délèguent<br />
cette responsabilité à la clientèle.<br />
Importance pour la société<br />
L’importance de l’aide <strong>sociale</strong> <strong>privée</strong> pour la société se manifeste à<br />
différents niveaux. Celle-ci intervient là où le soutien par l’Etat<br />
n’opère pas. Elle finance, par exemple, des vacances pour des personnes<br />
dans le besoin ou prend en charge des factures de médecin.<br />
Les nombreux projets dans le domaine de l’insertion professionnelle<br />
et de l’intégration <strong>sociale</strong> sont également vitaux. Sans oublier<br />
l’importante activité de conseil déjà mentionnée. Par ailleurs, les<br />
œuvres <strong>privée</strong>s constituent un facteur de cohésion au sein de la société<br />
civile. La population est, en quelque sorte, intégrée dans la<br />
lutte contre la pauvreté, au moyen de dons ou d’activités bénévoles.<br />
Dans ce sens, la société assume un rôle de soutien complémentaire<br />
à l’Etat.<br />
Dans une de ses interventions, Walter Schmid, Président de la<br />
CSIAS, a posé la question de savoir si la tutelle et l’aide <strong>sociale</strong> était<br />
des sœurs. Il a répondu par la négative en renvoyant aux raisons<br />
historiques ainsi qu’à la forme juridique différente. Ci-dessus,<br />
nous avons également évoqué un éventuel lien de parenté entre<br />
l’aide <strong>sociale</strong> <strong>privée</strong> et l’aide <strong>sociale</strong> publique. En tous les cas, elles<br />
portent le même «nom». Les explications ont toutefois clairement<br />
montré qu’il n’y a pas de lien de parenté direct entre l’aide <strong>sociale</strong><br />
<strong>privée</strong> et publique.<br />
Le lien entre elles est néanmoins important. Alors que les personnes<br />
concernées peuvent réclamer le soutien par l’aide <strong>sociale</strong><br />
publique par voie de droit – un peu comme c’est le cas pour l’obligation<br />
d'entretien des parents vis-à-vis des enfants –, il n’existe pas<br />
de droit à l’aide <strong>sociale</strong> <strong>privée</strong>. Le rôle de l’aide <strong>sociale</strong> <strong>privée</strong> par<br />
rapport à l’aide <strong>sociale</strong> publique ressemble plutôt à celui d’une<br />
marraine: dans des conditions normales, celle-ci a peu de charges,<br />
les entretiens ont un caractère informel et elle peut conseiller<br />
sans obligations. En contrepartie, l’aide financière est irrégulière<br />
(comme toute filleule ou tout filleul le sait) et son montant peut<br />
varier considérablement.<br />
Ceci a également des conséquences pour la future aide <strong>sociale</strong>.<br />
Si, à l’avenir, les prestations de l’Etat devaient être réduites, les<br />
œuvres <strong>privée</strong>s ne pourraient s’y substituer que dans une mesure limitée.<br />
Une aide <strong>sociale</strong> performante de la collectivité publique reste<br />
donc nécessaire pour que les œuvres <strong>privée</strong>s puissent continuer, à<br />
l'avenir, à remplir leur importante fonction traditionnelle. •<br />
Pascal Engler<br />
Chargé de cours dans les filières bachelor et master<br />
Haute école spécialisée bernoise, division Travail social<br />
ACCENT 3/<strong>13</strong> <strong>ZESO</strong><br />
Un mandat comme colonne vertébrale<br />
Caritas Neuchâtel est mandatée par le canton pour dispenser l’aide <strong>sociale</strong> et favoriser l’insertion<br />
des réfugiés statutaires. Les articulations entre un mandant public et un mandataire privé sont<br />
complexes. Elles comportent des chances, mais aussi des risques. Réflexion sur les questions<br />
qu’elles engendrent et sur l’efficacité d’un tel dispositif.<br />
Le mandat d'aide <strong>sociale</strong> aux réfugiés a permis à Caritas Neuchâtel<br />
de disposer de compétences professionnelles pointues dans le domaine<br />
de l'intégration. Forts de ces acquis, nous avons pu librement<br />
nous projeter dans ce domaine de manière plus large et imaginer<br />
une série de prestations complémentaires: ateliers de<br />
français, aide à la recherche de logement, soutien individuel par<br />
des bénévoles, ateliers de gestion de caisse-maladie, etc. Cette démarche<br />
est à mon sens spécifique à un acteur privé: lancer des projets,<br />
faire œuvre de pionnier, défricher et inventer en allant chercher<br />
ses propres financements du côté des donateurs, des<br />
fondations ou des entreprises.<br />
Selon nos mandats, nous disposons d'un peu plus de deux heures<br />
par famille et par mois pour dispenser l'aide <strong>sociale</strong> et veiller à son<br />
intégration <strong>sociale</strong> et professionnelle. Lorsqu'il s'agit de trouver un<br />
logement pour une famille étrangère, ne parlant pas français et bénéficiaire<br />
de l'aide <strong>sociale</strong>, soit les trois critères les plus rédhibitoires<br />
pour toute gérance <strong>privée</strong>, le soutien du groupe logement, composé<br />
de bénévoles pour accompagner les réfugiés dans leurs recherches<br />
d'appartement, est plus qu'appréciable.<br />
Mais attention, il s'agit d'un équilibre fragile. Pas question de<br />
palier les restrictions budgétaires et l'affaiblissement du filet social<br />
en cherchant ailleurs les ressources pour maintenir les prestations<br />
<strong>sociale</strong>s à leur niveau.<br />
Pour Caritas Neuchâtel, il est aujourd'hui indispensable de pouvoir<br />
s'appuyer sur un mandat, ou la perspective d'un mandat public,<br />
pour s'investir dans un domaine d'intervention <strong>sociale</strong> et y pérenniser<br />
son action avant d’y greffer des prestations complémentaires<br />
financée par le biais de projet.<br />
Watch dog<br />
En 2007, la révision des normes d'aide <strong>sociale</strong> dans le canton de<br />
Neuchâtel a vu une baisse sensible des montants d'entretien, en dépit<br />
des recommandations de la CSIAS. Comme œuvre d'entraide,<br />
Caritas Neuchâtel a été consultée lors du processus de révision.<br />
Comme mandataire, elle était au cœur du système pour analyser<br />
les répercussions sur les bénéficiaires de l'aide <strong>sociale</strong>. Experte et<br />
indépendante, Caritas Neuchâtel a influencé, sur quelques points<br />
mineurs, la révision des normes d'entretien. L'articulation entre<br />
public et privé s'est donc révélée efficace.<br />
A l'instar des médias à l'égard des pouvoirs exécutif, législatif<br />
et judiciaire, les œuvres d'entraide font office de chien de garde et<br />
surveillent l'évolution des normes et des lois du domaine social. Et<br />
aussi longtemps que les normes et les lois sont acceptables, il est<br />
plus efficace de faire partie du système pour en influencer l'évolution.<br />
A cet égard, il est intéressant de constater que la gestion des<br />
centres d'enregistrement et de procédure de l'Office fédéral des<br />
migrations pour accueillir les demandeurs d'asile est confiée à des<br />
sociétés <strong>privée</strong>s à but lucratif…<br />
Les acteurs privés mettent l’accent sur des prestations <br />
complémentaires à celles du système public. .<br />
Questions d'argent<br />
Depuis la cantonalisation de l'aide <strong>sociale</strong> aux réfugiés, en 1998,<br />
Caritas Neuchâtel perçoit des forfaits par personne de la part de la<br />
Confédération, via le service des migrations du canton, afin de dispenser<br />
l'aide <strong>sociale</strong> aux réfugiés statutaires selon les normes cantonale<br />
d'aide <strong>sociale</strong>. Le nombre de personnes suivies augmentant<br />
régulièrement, les flux financiers liés à la gestion de ces dossiers<br />
ont atteint l'équivalent du budget de l'ensemble de l'institution en<br />
2007. Un véritable risque, car nous n'avons pas d'autre garantie<br />
22 <strong>ZESO</strong> 3/<strong>13</strong> ACCENT
L’AIDE SOCIALE PRIVÉE<br />
Photo: Pixsil<br />
de déficit que la fortune de l'institution. Nous avons alors proposé<br />
un nouveau mandat portant sur la refacturation des dépenses<br />
d'aide <strong>sociale</strong> effectives. Les risques liés à la gestion des forfaits passant<br />
de l'œuvre d'entraide au service de l'État.<br />
Caritas Neuchâtel, autorité d'aide <strong>sociale</strong>, rend quelquefois<br />
des décisions de remboursement et établit des reconnaissances de<br />
dettes. Le débiteur doit donc rembourser un service privé qui gère<br />
de l'argent public. Et ceci engendre une série de questions liées à<br />
l'application d'un mandat public réalisé par un service privé.<br />
Lorsque le dossier d'aide <strong>sociale</strong> est clos, qui poursuit le travail<br />
de recouvrement des créances? Cela fait-il partie du mandat d'aide<br />
<strong>sociale</strong>? Comment mettre aux poursuites une personne pour de<br />
l'argent qui ne vous appartient pas? Si le débiteur est insolvable,<br />
le canton ou la Confédération peuvent-ils demander le remboursement<br />
au service privé? Si tel était le cas, le service privé devrait<br />
constituer des réserves pour compenser ces risques: impossible au<br />
vu des montants et des flux financiers en jeu. Autant de questions<br />
auxquelles il faut trouver une réponse. Autant de réponses qui permettent<br />
d'objectiver les attentes de chaque partie.<br />
Contrôler, c’est encore mieux<br />
L'Etat de Neuchâtel ayant repris à sa charge les risques liés à la gestion<br />
des forfaits en provenance de la Confédération, il est d'autant<br />
plus attentif à la gestion rigoureuse des dépenses d'aide <strong>sociale</strong> aux<br />
réfugiés. Mais en multipliant les étages de contrôle – œuvre d’entraide,<br />
canton, Confédération - on risque de perdre de vue l'essentiel,<br />
en l'occurrence, la personne. De fait, nous avons parfois l'impression<br />
de passer plus de temps à rendre transparentes les<br />
dépenses d'aide <strong>sociale</strong> engagées qu'à travailler à l'autonomie et à<br />
l'indépendance financière des personnes.<br />
Plus de la moitié du budget de l'Etat de Neuchâtel est allouée à<br />
des tiers sur la base de mandats publics. Afin de contrôler ces dépenses<br />
et de piloter le dispositif, l'Etat souhaite disposer de normes<br />
comptables et d'indicateurs uniformes pour l'ensemble des prestations.<br />
De leurs côtés, les services privés développent des outils de<br />
gestion afin d'appréhender au mieux leurs réalités. Les objectifs<br />
n'étant pas identiques, la rencontre entre les logiques publiques et<br />
<strong>privée</strong>s peut être source de tension et d'incompréhension si elle ne<br />
fait pas l’objet de discussions.<br />
Ajoutons encore qu’un service privé se heurte de plus en plus<br />
régulièrement à un obstacle nommé «protection des données».<br />
Lorsque les explications et les procurations ne suffisent plus, nous<br />
pouvons compter sur nos mandants étatiques pour aller à la pêche<br />
aux infos. Ce qui n’est ni pratique, ni efficace…<br />
La collaboration entre un mandant public et un mandataire<br />
privé génère donc des avantages et des désavantages, des opportunités<br />
et des risques. Il est néanmoins essentiel que Caritas Neuchâtel<br />
puisse s’appuyer sur des colonnes vertébrales solides afin de<br />
poursuivre son travail de précurseur et d’observateur du social, afin<br />
de continuer à imaginer et à financer des prestations complémentaires.<br />
Et au moment de conclure, nous n'avons qu'un souhait: que<br />
le bénéficiaire reste au cœur des préoccupations des partenaires.<br />
<br />
•<br />
Sébastien Giovannoni<br />
Responsable de la Consultation <strong>sociale</strong><br />
Caritas Neuchâtel<br />
ACCENT 3/<strong>13</strong> <strong>ZESO</strong><br />
La pauvreté doit être combattue au<br />
moyen d'une stratégie globale<br />
L’AIDE SOCIALE PRIVÉE<br />
Le case management et la collaboration interinstitutionnelle devraient fonctionner<br />
indépendamment de considérations de tiroir-caisse. Cela empêcherait que des acteurs majeurs<br />
ne se retirent du traitement du cas pour la simple raison qu'ils n'ont plus d'obligation de payer.<br />
Plaidoyer pour un modèle durable de collaboration.<br />
La pauvreté concerne tout le monde. Elle n'est pas un problème<br />
isolé, ni dans l'analyse des causes de la pauvreté, ni dans l'élaboration<br />
d'approches de solutions. Si l'analyse de la genèse de la pauvreté<br />
ne s'appuie pas sur une vision globale, la recherche d'une solution<br />
se limitera à une lutte contre les symptômes. De même,<br />
considérer la pauvreté comme un problème uniquement financier<br />
ou économique est insuffisant. Les pauvretés <strong>sociale</strong>, mentale et<br />
spirituelle sont des facteurs puissants de la pauvreté structurelle.<br />
En comprenant les situations parfois complexes et les dépendances<br />
systémiques qui marquent la problématique de la pauvreté<br />
et en comparant celles-ci aux recherches de solutions souvent<br />
séquentielles et non globales, on constate que l'organisation et la<br />
collaboration entre les différents acteurs de la lutte contre la pauvreté<br />
recèle un énorme potentiel. Si l'approche de collaboration<br />
interinstitutionnelle (CII) a constitué un grand pas dans la bonne<br />
direction, il s'avère toutefois, dans la pratique, qu'une «philosophie<br />
du tiroir-caisse» est encore très répandue. S'y ajoute le fait aggravant<br />
que, selon l'évolution d'un cas, d'importants acteurs se retirent<br />
progressivement du traitement du cas, puisqu'ils n'ont plus<br />
d'obligation de payer. Le placement, par exemple : les personnes<br />
concernées restent sous la garde de l'aide <strong>sociale</strong> qui, par la suite,<br />
doit servir tous les systèmes: travail, logement, promotion, participation,<br />
etc. Les ressources de l'aide <strong>sociale</strong> s'en trouvent dépassées.<br />
Les formes actuelles de la CII sont définies comme la présence,<br />
autour d’une même table, des assurances <strong>sociale</strong>s étatiques, de<br />
l'orientation professionnelle et de l'aide <strong>sociale</strong>. D'autres acteurs<br />
tels que l'économie, la société en général, les Eglises ou même les<br />
œuvres <strong>sociale</strong>s <strong>privée</strong>s ne sont associées à la recherche de solutions<br />
que dans une mesure limitée. Ceci, également du fait que la<br />
lutte contre la pauvreté est considérée comme une tâche purement<br />
étatique. Or, la pauvreté est un problème de société. D'où la nécessité<br />
que des acteurs aussi nombreux que possible participent à la<br />
recherche de solutions. Dans ce contexte, il faut également rappeler<br />
que les personnes touchées par la pauvreté – leurs expériences,<br />
leurs aptitudes et leurs réseaux – sont toujours trop peu prises en<br />
considération.<br />
Des lacunes dans le réseau social de la Suisse<br />
Si l’on cherche des lacunes dans le réseau social de la Suisse, on<br />
s’aperçoit qu’elles se trouvent aux points d'intersection entre les assurances<br />
<strong>sociale</strong>s étatiques et l'aide <strong>sociale</strong> ou dans le domaine de<br />
l'obtention d'aide <strong>sociale</strong> perçue pendant plusieurs années. Les circonstances<br />
concomitantes sont multiples, mais une chose semble<br />
évidente: une stratégie globale, une meilleure mise en réseau des<br />
acteurs et une meilleure intégration du savoir-faire des spécialistes,<br />
Les œuvres <strong>sociale</strong>s<br />
<strong>privée</strong>s pourraient être<br />
des partenaires pour un<br />
case management global.<br />
la participation de tous les acteurs clés et, d'une manière générale,<br />
la recherche de solutions à long terme sont les facteurs dont la prise<br />
en compte permettrait d'obtenir de meilleurs résultats. Ces facteurs<br />
ne peuvent être maîtrisés avec succès par un seul acteur, ou<br />
alors seulement dans une mesure limitée. Un case management<br />
global serait nécessaire. Dans la mesure du possible, celui-ci ne devrait<br />
toutefois pas se situer dans le domaine de l'exécution, mais<br />
pouvoir travailler indépendamment de considérations purement<br />
financières. A cet égard, les œuvres <strong>sociale</strong>s <strong>privée</strong>s pourraient être<br />
des partenaires tout indiqués.<br />
Un projet réalisé à Amsterdam pourrait servir d'exemple. Sur<br />
mandat de la ville d'Amsterdam, l'Armée du salut en tant qu'œuvre<br />
<strong>sociale</strong> <strong>privée</strong> gère une «intake-house» qui accueille notamment<br />
des personnes sans domicile fixe. Ceci, dans le but de développer,<br />
en collaboration avec la personne concernée, une stratégie individuelle<br />
au cours d'une phase d'examen de la situation. Les participations<br />
à ce développement d'une stratégie sont l'Armée du salut<br />
et des représentants d'autres œuvres <strong>sociale</strong>s en tant que case managers<br />
ainsi que des représentants de l'aide <strong>sociale</strong>, des assurances<br />
<strong>sociale</strong>s, du placement, des services de logement, des services de<br />
conseil juridique ou des services médico-psychiatriques. Après la<br />
phase d'examen, le case management accompagne les clientes et<br />
les clients pendant que ceux-ci participent à des mesures d'insertion<br />
professionnelle, de promotion des capacités d'habitation ou<br />
encore à des mesures socio-thérapeutiques. En dehors des avantages<br />
économiques d'une telle démarche, l'aspect relationnel, dans<br />
l'accompagnement, joue également un rôle important. Dans le<br />
sens d'une solution à long terme et intégrale pour les personnes<br />
touchées par la pauvreté et d'une utilisation efficace des ressources,<br />
de telles approches devraient être poursuivies bien plus souvent, y<br />
compris en Suisse.<br />
•<br />