CHAPITRE 2 - IFAD

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CHAPITRE 2 - IFAD

CHAPITRE 2

LES RURAUX PAUVRES

La majorité des pauvres du monde vivent dans les campagnes et il en restera ainsi pendant plusieurs décennies.

Par conséquent, les programmes de lutte contre la pauvreté ne peuvent réussir que s’ils visent en priorité

les populations rurales. Les hommes et les femmes ne sont pas égaux devant la pauvreté: les femmes

sont défavorisées en matière d’accès à la terre, au crédit, à la technologie, à l’éducation, aux soins de santé

et au travail qualifié.

DÉFINIR LES PRIORITÉS

La plupart des pauvres vivent dans les campagnes et

cela ne devrait pas changer avant plusieurs décennies.

En général, l’essentiel de leurs revenus, de leurs

dépenses et de leur travail sont liés aux produits alimentaires

de base. Ils n’ont que peu de terres, d’instruction

ou d’autres ressources et de nombreux obstacles

liés les uns aux autres les empêchent d’échapper

à la pauvreté. La pauvreté et la faim ont beaucoup

reculé, principalement grâce au développement

rural et agricole et en particulier durant la période

1975-1990. Malheureusement, cette amélioration et

les progrès concomitants de la production agricole

ont perdu de leur élan au cours de la dernière décennie

et de nombreuses régions rurales n'en ont pas

bénéficié. Partout, les campagnes restent beaucoup

plus pauvres que les villes. La part de l’aide internationale

consacrée à l’agriculture, au développement

rural et aux ruraux pauvres est faible et tend à diminuer.

Les personnes et les organisations qui s’occupent

de développement auront encore beaucoup à

faire pour réduire durablement la pauvreté et pour

réorienter les efforts de développement, les investissements

et l’aide extérieure en faveur des pauvres.

Il faut accorder beaucoup plus d’importance à la

lutte contre la pauvreté rurale. La transition démographique

qui a complètement transformé les perspectives

de l'Asie de l’Est au cours des 30 dernières années

peut avoir le même effet dans d’autres pays en développement

au cours des 30 prochaines années, mais

cela suppose que l’on donne la priorité à la lutte contre

la pauvreté rurale. Une partie de cette pauvreté est

transitoire et on peut la limiter en s’attaquant aux

causes de la vulnérabilité des populations rurales.

Les bailleurs de fonds sont conscients de la nécessité

d’enrayer le déclin des efforts consacrés à la lutte

contre la pauvreté, mais pas nécessairement de la

nécessité de concentrer les efforts sur la pauvreté

rurale. Or, la plupart des pauvres vivent dans les

campagnes; les pauvres, ainsi que la société civile et

les pouvoirs publics, ne peuvent participer au développement

que s’ils ont les ressources nécessaires.

QU’EST-CE QUE LA PAUVRETÉ RURALE?

Il existe dans le monde quelque 1,2 milliard de personnes

qui consomment moins d’un dollar ‘normalisé’

par jour; ce sont celles qui vivent dans le dénuement

extrême 1 . Elles se répartissent comme suit:

44% en Asie du Sud, 24% en Afrique subsaharienne,

24% en Asie de l’Est et 6,5% dans la région

Amérique latine et Caraïbes 2 . Les trois quarts de ces

pauvres travaillent et vivent à la campagne et, d’après

les projections, cette proportion restera supérieure à

60% en 2025 3 (graphique 2.1).

Il y a de bonnes raisons de donner la priorité à la

lutte contre la pauvreté rurale et de réorienter les

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LES RURAUX PAUVRES

Graphique 2.1: La distribution de la pauvreté rurale dans le monde

24% Afrique subsaharienne

44% Asie du Sud

24% Asie de l’Est

6,5% Amérique latine et Caraïbes

75% des pauvres vivent et travaillent en milieu rural

efforts et les dépenses en faveur d’un développement

agricole créateur d’emplois. Il est d’autant plus

important de consacrer davantage d’efforts à la lutte

contre la pauvreté rurale que les données officielles

surestiment l’exode rural des pauvres.

Il serait moins nécessaire de donner la priorité à la

lutte contre la pauvreté rurale si

• l’action publique était plus efficace pour lutter

contre la pauvreté urbaine;

• la réduction de la pauvreté urbaine avait un effet

beaucoup plus important sur la pauvreté rurale,

alors que c’est le contraire;

• les dépenses de lutte contre la pauvreté rurale

décourageaient les pauvres d’émigrer; ou

• la réduction de la pauvreté rurale stimulait moins

la croissance économique que la réduction de la

pauvreté urbaine.

Généralement, aucune de ces conditions n’est

satisfaite.

Efficience

Lorsqu’il faut répartir entre les villes et les campagnes

les dépenses consacrées par exemple à la santé et à

l’éducation, la dépense par bénéficiaire est généralement

moindre dans les campagnes, même si le

niveau de santé et d’éducation des populations

rurales est moins élevé au départ. Par conséquent,

l’augmentation des dépenses en zone rurale devrait

normalement être plus efficiente que l’augmentation

des dépenses en zone urbaine.

Les politiques de lutte contre la pauvreté rurale

mettent l’accent sur l’accroissement de la productivité

des pauvres, souvent avec succès. En revanche, la

politique de lutte contre la pauvreté urbaine privilégie

l’amélioration du logement et de l’assainissement,

plutôt que les capacités de gain des pauvres.

En outre, il est probable que les dépenses publiques

sont plus efficaces pour réduire la pauvreté en zone

rurale qu'en zone urbaine où le coût des infrastructures

et l’investissement nécessaire pour créer des

emplois sont plus élevés.

Dans l’agriculture, qui est la principale activité

rurale, il n’y a guère d’économies d’échelle. Les

petites entreprises de main-d'œuvre ont plus de

chances d’être rentables dans des activités rurales que

dans des industries ou des services urbains.

Toutefois, la dispersion de la population rurale

implique des dépenses administratives élevées qui

compensent en partie ces avantages.

Interactions entre les villes et les campagnes

La création d’emplois urbains encourage l’exode

rural, si bien qu'elle n'a guère d'impact sur le taux de

chômage dans les villes 4 . Des mesures axées uniquement

sur les villes ne parviennent pas nécessairement

à réduire la pauvreté urbaine: elles peuvent rendre la

vie en ville plus attrayante, mais les coûts dus à l’encombrement

augmenteront et les salaires des pauvres

diminueront.

Si le prix des aliments de base baisse mais que les

coûts autres que le salaire de la main-d'œuvre qui

cultive des produits alimentaires de base sur des

petites exploitations baissent plus vite encore, les

petits paysans pauvres, les ouvriers agricoles et les

habitants des villes qui consacrent l’essentiel de leurs

revenus à l’achat d’aliments de base sont gagnants. La

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LES RURAUX PAUVRES

révolution verte a montré que cela était possible. Il

n’y a pas de production urbaine similaire susceptible

d’enrichir les ruraux pauvres: le moyen le plus économique

de réduire la pauvreté urbaine pourrait fort

bien être de réduire la pauvreté rurale.

L’exode rural

L’exode rural est en partie un moyen de répartir les

risques 5 des familles qui ont un foyer en ville et un

autre à la campagne et dont les membres se déplacent

souvent entre les deux 6 . Toutefois, il implique des

risques et des coûts que les pauvres peuvent rarement

assumer. Le taux d’exode rural semble être particulièrement

élevé dans les villages très inégalitaires, plus

que dans les villages globalement pauvres, et les personnes

modérément pauvres sont poussées à partir,

tandis que les personnes modérément prospères sont

attirées par les villes. Toutefois, il est peu probable

que les plus pauvres restent définitivement en ville 7 .

La réduction de la pauvreté rurale freine probablement

l'émigration à court terme vers les villes mais

accroît la mobilité à moyen terme des quasi-pauvres,

comme on l’a vu dans de nombreuses régions de

l’Asie du Sud et de l’Est.

Effets de la réduction de la pauvreté urbaine et rurale

sur la croissance

En général, la croissance économique des pays dans

lesquels la répartition des patrimoines et (peut-être)

des revenus est extrêmement inégale est plus lente 8 .

Cela a deux incidences importantes sur le choix entre

la lutte contre la pauvreté rurale et la lutte contre la

pauvreté urbaine. Premièrement, une certaine inégalité

semble nécessaire pour inciter les gens à faire des

efforts, à améliorer leur sort ou à répondre à la

demande effective. Toutefois, une inégalité qui est le

fruit d’un système de castes ou d’héritage entraîne une

réduction du revenu du travail et fait obstacle aux progrès

des personnes capables. C’est ce qui se passe par

exemple lorsque les habitants des villes, du simple fait

qu’ils sont nés en ville, bénéficient de meilleurs écoles

et dispensaires, de prix plus avantageux ou des résultats

de la recherche. C’est pourquoi une forte inégalité

entre les villes et les campagnes a probablement tendance

à freiner la croissance. Deuxièmement, la

concentration des ressources dans de grands établissements

de production est plutôt inégalitaire, mais elle

peut stimuler la croissance, à condition qu’il y ait des

économies d’échelle. Il n’y a généralement pas d’économies

d’échelle dans l’agriculture mais il y en a pour

de nombreuses activités urbaines. Le fait de concentrer

les ressources consacrées à la lutte contre la pauvreté

sur les populations rurales permet de promouvoir la

production à petite échelle, par des méthodes à une

forte intensité de main-d'œuvre, ce qui devrait être

bénéfique en termes aussi bien d’efficience que d’égalité.

Le fait qu’il est apparemment plus rentable de lutter

contre la pauvreté rurale que contre la pauvreté

urbaine justifie une telle politique, d’autant que la

pauvreté rurale est plus répandue et plus grave (tableau

2.1 de l’annexe).

DÉFINITIONS DU MOT ‘RURAL’

Deux grandes caractéristiques définissent ce qu’on

entend par rural. Premièrement, les populations

rurales vivent en général dans des hameaux ou dans

des villages de 5 000 à 10 000 habitants séparés par

des terres arables, des pâturages, des forêts ou des

broussailles. Deuxièmement, la plupart des habitants

des zones rurales consacrent l’essentiel de leur travail

à l’agriculture.

Les distinctions entre ce qui est rural et ce qui est

urbain sont arbitraires et varient selon les pays. Le

critère le plus courant est un seuil de 5 000 habitants,

Encadré 2.1: Pourquoi est-il important de savoir comment chaque pays définit le mot ‘rural’?

Supposons que le pays A (Gabon) fixe le seuil à 2 000 personnes et le pays B (Nigéria) à 20 000 personnes. La proportion

de la population considérée comme rurale, ainsi que la proportion de la population considérée comme pauvre et

rurale (disposant par exemple de moins de 1 USD par jour) sera beaucoup plus élevée dans le pays B que dans le pays

A, même si la ventilation effective de la population en fonction de la taille des agglomérations est la même dans les deux

pays. Dans ce cas, la proportion des dépenses publiques consacrée à la santé, à l’éducation ou aux secours alimentaires

dans les zones rurales, selon la définition officielle, devrait être beaucoup plus grande dans le pays B que dans le pays A.

En outre, l’exode rural paraîtra plus important dans le pays A que dans le pays B, même si en fait il n’y a pas de différence.

17


LES RURAUX PAUVRES

qui est employé en Inde par exemple. Souvent, il est

inférieur à 2 500, comme au Mexique, ou dépasse

10 000, comme au Nigéria. D’autres pays, notamment

le Brésil et la Chine, ne se fondent pas sur un

critère de population mais emploient diverses caractéristiques

telles que l’existence d’équipements

urbains ou le statut juridique ou politique 9 . Plus la

limite est basse, plus la population rurale diminue.

Lorsque les critères sont juridiques ou politiques, il

est encore plus difficile d’y voir clair. C’est pourquoi

il faut interpréter, évaluer et comparer avec prudence

les données relatives à la population rurale pauvre et

les mesures qui la concernent (encadré 2.1).

Le critère employé par un pays pour distinguer les

villes des campagnes est rarement modifié. Il est plus

fiable de faire des comparaisons en ce qui concerne la

répartition de la population et des pauvres et les disparités

(revenu moyen, incidence de la pauvreté,

nombre de médecins par habitant ou taux d’analphabétisme)

dans un même pays à des époques différentes

qu’entre plusieurs pays. On peut suivre l’évolution

de la proportion de la population rurale et des

désavantages dans un pays, mais même dans ce cas il

faut être très prudent.

Les problèmes de définition peuvent entraîner une

forte surestimation de la population urbaine et de la

population urbaine pauvre (encadré 2.2). Dans la

plupart des pays en développement, le taux de croissance

démographique est de 2 à 3% par an, parfois

plus. En conséquence, de nombreuses localités franchissent

le seuil entre les enquêtes ou les recensements

décennaux: en Inde, où le seuil est de 5 000

habitants, on peut s’attendre à ce que la plupart des

villages qui comptaient 4 250 habitants dans les

recensements de 1961, 1971 ou 1981 aient été considérés

comme des villes dix ans plus tard. Comme le

mode de vie de ces villages et de leurs populations ne

change guère en dix ans, il se peut que l’augmentation

de la proportion de personnes pouvant être vraiment

considérées comme des citadins, ainsi que

l’augmentation de la proportion de pauvres vivant

dans les villes, soient systématiquement surestimées

10 . Ce phénomène est encore accentué lorsque

des villages voisins fusionnent entre deux recensements,

si bien que leurs populations combinées

dépassent le seuil de la population urbaine, ou

lorsque des municipalités élargissent leurs frontières

et absorbent des villages. Ces phénomènes touchent

de nombreuses personnes dont seule une partie

modifieront leur mode de vie. Pour les mêmes raisons,

l’exode rural est souvent surestimé. De plus, il

est fréquemment transitoire et un grand nombre de

ceux qui ont émigré en ville retournent à la campagne

lorsqu’ils vieillissent. Beaucoup de citadins, en

général 8 à 10% de la population active urbaine, et

une proportion encore plus grande des femmes et des

Encadré 2.2: Est-il possible d’avoir une définition commune du mot ‘rural’?

‘Les offices nationaux de statistique sont les mieux placés pour distinguer les environnements urbains des environnements

de type rural dans leur propre pays’ (ONU/ECOSOC 1998: 31). Néanmoins, il importe d’avoir une définition uniforme,

même si elle est incomplète, pour pouvoir faire des comparaisons. L’Annuaire démographique de l’ONU classe périodiquement

les populations en fonction de la taille de la localité, mais en général seulement pour un petit nombre de pays et

sans descendre en dessous des agglomérations de 20 000 habitants. Une des solutions, qu’il faut examiner d’urgence, serait

que le système des Nations Unies:

a) aide les pays à produire des données normalisées sur le plan international qui permettraient de suivre l’évolution de la

proportion de personnes vivant dans des agglomérations de différentes tailles;

b) publie des données de recensement sur les localités d’une taille supérieure à un seuil international commun, par

exemple 5 000 personnes, pour faciliter les analyses;

c) publie des chiffres sur la proportion de la population totale, des femmes, des enfants, des pauvres et des analphabètes

qui vivent non seulement dans des localités de différentes tailles, mais aussi de ceux qui vivent dans des localités supérieures

au seuil rural-urbain seulement au début de la période séparant deux recensements. Cela permettrait de distinguer

l’augmentation véritable de la population urbaine de ce qui n’est dû qu’à des effets de frontières; et

d) restructure les données relatives à la pauvreté extrême (un dollar par jour) recueillies par la Banque mondiale pour

permettre des comparaisons internationales et intertemporelles valables de la répartition entre villes et campagnes de

la population pauvre (le seuil étant fixé à 5 000 habitants) et de ses caractéristiques.

18


LES RURAUX PAUVRES

Encadré 2.3: Que signifie être pauvre?

La pauvreté est un état à la fois matériel et psychologique. Les pauvres eux-mêmes soulignent l’importance de la violence,

de la criminalité, de la discrimination, de l’insécurité et de la répression politique, de la partialité et de la brutalité des forces

de l’ordre et de la maltraitance par des organismes publics peu accueillants ou corrompus (Narayan et al. 2000). Certains

peuvent se considérer comme pauvres ou être considérés comme pauvres s’ils n'ont pas de quoi s’acheter les mêmes

biens que les autres membres de la communauté. Une analyse de 43 évaluations participatives de la pauvreté conduite

dans quatre continents aboutit à la conclusion que les pauvres décrivent leur situation essentiellement en termes de privations

matérielles: pas assez d’argent, pas d’emploi, pas assez de nourriture, de vêtements et de logement, insuffisance de

l’accès aux services de santé et à l’eau propre; mais ils donnent aussi souvent une importance non négligeable à des aspects

tels que la sécurité, la paix et le pouvoir d’influencer les décisions qui affectent leur vie (Robb 1999).

pauvres, ont pour activité principale une activité

agricole, même dans de grandes villes et en particulier

en Afrique.

On prétend souvent que l’urbanisation réduit l’importance

du phénomène de la pauvreté rurale. Même

selon les données officielles, plus de 70% des pauvres

du monde vivent dans les campagnes et il est probable

que cette proportion restera supérieure à 60%

en 2025. Les problèmes de mesures évoqués plus

haut signifient que la proportion de pauvres vivant

dans des endroits qu’on peut véritablement considérer

comme ruraux (qu’ils aient été ou non reclassés de

façon arbitraire) est encore plus élevée et diminuera

plus lentement.

QU’EST-CE QUE LA PAUVRETÉ?

La pauvreté est un phénomène vaste, complexe et

partiellement subjectif, qui varie dans le temps et

dépend des capacités et du bien-être et est en partie

relatif, dans la mesure où il est lié aux normes, à des

comparaisons et à des attentes (encadré 2.3). Dans la

pratique, pour mesurer la pauvreté on cherche à définir

un seuil de consommation objectif, qui soit à la

fois fixe dans le temps et défini par rapport à une

norme absolue pour un aspect particulier du bienêtre:

par exemple, on peut considérer que sont

pauvres ceux qui ne peuvent pas obtenir assez de calories

ou ceux qui disposent de moins d’un dollar par

jour 11 . Dans la plupart des études, on se contente

d’une mesure très simple de la pauvreté car elle permet

de faire des comparaisons fiables entre personnes,

groupes, lieux et époques, ce qui est important pour

évaluer les politiques de lutte contre la pauvreté. Dans

le présent rapport, nous prenons ce parti, mais nous

examinerons également les caractéristiques et les descriptions

données par les pauvres eux-mêmes.

Quelle définition de la pauvreté faut-il employer?

Certaines personnes sont souvent considérées

comme pauvres par rapport à un critère mais pas à

d’autres (en Guinée, les femmes sont plus pauvres

que les hommes si l’on se fonde sur leur statut subjectif,

mais pas si l’on se fonde sur un pouvoir d’achat

objectif) 12 . En Côte d’Ivoire, lorsqu’on a employé

différentes définitions, toutes fondées sur des indicateurs

objectifs et matériels, la population pauvre

variait considérablement 13 . Au Chili, on a constaté

que le revenu n’était pas un indicateur fiable du

niveau de nutrition et d’éducation 14 . Dans deux villages

d’Inde, des personnes dont le revenu réel avait

en fait diminué sur une période de vingt ans ont dit

que leur situation s’était améliorée, car ils étaient

moins tributaires d’emplois dévalorisés, de leurs

clients et de leurs propriétaires, ils étaient plus

mobiles et leur consommation s’était diversifiée 15 .

Néanmoins, les groupes ou communautés pauvres

en termes de revenus et de consommation sont généralement

aussi pauvres à d’autres égards. Ceux qui

disposent moins d’un dollar par jour (voir encadré

2.4) consacrent en général au moins 70 à 80% de

leurs revenus à l’alimentation, essentiellement pour

l’achat de denrées de base, et risquent de ne pas

consommer assez de calories pour être en bonne santé

et travailler efficacement. Des personnes aussi pauvres

ne peuvent généralement pas se permettre d’être bien

logées et vêtues, de fréquenter l’école et de se faire soigner.

Le manque d’instruction et la mauvaise santé,

fréquentes parmi les enfants de parents pauvres, limitent

leurs capacités de gains. L’insuffisance du revenu

explique en grande partie les variations de niveaux de

santé entre pays. De façon quelque peu paradoxale,

les pauvres se disent moins souvent malades que les

riches, car ils ne peuvent pas se le permettre 16 . Ils doi-

19


LES RURAUX PAUVRES

Encadré 2.4: Mesurer la pauvreté

Étape 1: Identifier les pauvres

Pour définir le seuil de pauvreté, on emploie couramment cinq méthodes.

1. La méthode de l’apport énergétique alimentaire consiste à estimer l’alimentation minimum requise pour obtenir le

nombre de calories nécessaires et à déterminer ensuite quel est le niveau de revenu ou de consommation qui permet

d’atteindre ce minimum.

2. La méthode fondée sur le coût des besoins essentiels fixe le seuil de pauvreté au niveau qui permet tout juste d’acheter

la nourriture indispensable, déterminée de façon exogène, ainsi que quelques autres biens essentiels peu coûteux.

3. La méthode de la part de l’alimentation consiste à estimer le coût minimum d’un panier alimentaire qui réponde aux

besoins énergétiques alimentaires et à le multiplier par la proportion des dépenses non alimentaires dans le total de la

consommation d’un sous-groupe défini comme pauvre.

4. La méthode du seuil de pauvreté international est décrite à la note 1 en fin de chapitre.

5. La méthode de la consommation relative consiste à fixer un seuil de pauvreté à un certain pourcentage de la consommation

médiane ou moyenne nationale, souvent un tiers ou un quart.

On emploie souvent plusieurs seuils de pauvreté, qui définissent différentes situations allant de l’extrême pauvreté à la pauvreté

modérée.

Étape 2: Additionner les chiffres

Une fois qu’on a fixé un seuil de pauvreté, on peut additionner le nombre de personnes qui ont un revenu inférieur à ce

seuil. Pour cela, on peut procéder de plusieurs façons et chacune donne des indications différentes sur l’ampleur et la nature

de la pauvreté. Les trois indicateurs les plus couramment employés sont les suivants.

1. L’incidence de la pauvreté est simplement égale au nombre de personnes pauvres divisé par la population totale.

Toutefois, elle n’indique pas quelle est la gravité de la pauvreté. Il se peut fort bien que dans deux pays l'incidence soit

similaire mais que les pauvres soient beaucoup plus pauvres dans l'un que dans l’autre.

2. L’écart de pauvreté permet d’éviter cet inconvénient en intégrant la profondeur de la pauvreté. Pour chaque pauvre, on

applique un coefficient de pondération égal à l’écart entre son revenu et le seuil de pauvreté, ce qui indique son degré de

pauvreté.Toutefois, aucun de ces deux indicateurs ne tient compte de l’inégalité entre les pauvres: si une personne pauvre

consomme 10 roupies par jour de plus tandis qu’une autre personne encore plus pauvre en consomme 10 de moins, aucun

des deux indicateurs ci-dessus n’augmente, mais la plupart des gens considéreraient que la pauvreté s’est aggravée.

3. L'indice de gravité de la pauvreté règle ce problème en attribuant à chaque personne pauvre un coefficient de pondération

égal au carré de son écart par rapport au seuil de pauvreté. C’est l’indice le plus complet car il augmente

lorsque le nombre de pauvres augmente, lorsque les pauvres deviennent plus pauvres, ou lorsque les plus pauvres des

pauvres s'appauvrissent encore plus par rapport aux autres.

Tous ces indicateurs sont exprimés par un chiffre compris entre 0 et 1, 0 signifiant que la pauvreté est minime et 1 qu'elle

est considérable.

vent conserver une épargne liquide pour faire face à

l’adversité et ne peuvent pas investir pour obtenir des

rendements plus élevés et échapper à la pauvreté 17 .

Comment peut-on mesurer la pauvreté?

Pour faire des comparaisons, il faut pouvoir mesurer

la pauvreté de façon systématique. La mesure de la

pauvreté aide les décideurs à affecter les ressources

consacrées à la lutte contre la pauvreté et à évaluer les

résultats obtenus.

Il y a trois grandes méthodes pour mesurer la pauvreté:

l’utilisation d’un indicateur unique tel que le

revenu ou la consommation, la combinaison de plusieurs

indicateurs pour construire un indice de la

pauvreté (encadré 2.5) et l’emploi de plusieurs indicateurs

pour déterminer le degré de pauvreté des personnes

étudiées par rapport à chacun d’entre eux (par

exemple, pauvres en termes de revenus mais pas en

termes de santé).

Si l’on emploie la première méthode, on détermine

qui sont les pauvres et l’on synthétise cette information

au moyen d’un indicateur. Pour cela, il faut

choisir l’indicateur de pauvreté, fixer le seuil en

dessous duquel on considère qu’une personne est

pauvre et faire le total des chiffres obtenus. On peut

procéder de différentes façons (encadré 2.4). Nous

avons employé des seuils de pauvreté absolue, qui ne

varient pas dans le temps, et indiqué là où nous uti-

20


LES RURAUX PAUVRES

Encadré 2.5: L’indice du développement humain et l’indice de la pauvreté humaine

Les notions, encore évolutives, d’indice du développement humain (IDH) et d’indice de la pauvreté humaine (IPH), définies

dans des parutions successives du Rapport sur le développement humain du PNUD, sont des mesures des besoins fondamentaux

basées sur un indice multidimensionnel. L’IDH est un indice pondéré de l’espérance de vie à la naissance et de la moyenne

pondérée du taux d’alphabétisation des plus de 15 ans, des taux de scolarisation primaire, secondaire et tertiaire et du PIB

par habitant à parité de pouvoir d’achat. Un pays qui aurait les valeurs maximales, soit 85 ans, 100%, 100% et 40 000 USD,

aurait le meilleur IDH possible, tandis que l’indice d’un pays pour lequel les valeurs ne seraient que de 25 ans, 0%, 0% et

100 USD aurait un indice égal à 0. L’IPH se mesure, dans les pays en développement, en combinant le pourcentage de personnes

dont l’espérance de vie ne dépasse pas 40 ans, le pourcentage d’adultes analphabètes, le pourcentage de la population

qui n’a pas accès à de l’eau potable, le pourcentage de la population qui n’a pas accès aux services de santé et le pourcentage

des enfants de moins de cinq ans qui souffrent de sous-alimentation modérée ou grave.

Les coefficients de pondération employés pour établir ces deux indices sont quelque peu arbitraires. Un des grands problèmes

que pose un indice de pauvreté unique, combinant la consommation et le niveau d’accès à la santé et à l’éducation,

est qu’une partie des informations employées pour le construire sont perdues. Par exemple, si l’on distingue les

groupes qui parviennent à échapper à la sous-consommation ou à obtenir un taux d’alphabétisation élevé ou un taux de

mortalité réduit, on peut mieux faire la part des différents handicaps qui tiennent les ruraux pauvres prisonniers de la pauvreté,

car en général, dans cette population, il y a plus de mortalité, d’analphabétisme et de discrimination sexuelle, par

exemple, que chez les pauvres des villes.

lisons un seuil identique pour tous les pays (comme

le seuil d’un dollar par jour à parité de pouvoir

d’achat) au lieu des seuils nationaux.

QUI SONT LES PAUVRES?

Il est tout aussi important de connaître et de comprendre

les pauvres que de comprendre la pauvreté.

Trois quarts des pauvres du monde, soit quelque

900 millions de personnes, vivent en milieu rural. Qui

sont-ils et où vivent-ils? D’où vient leur revenu et à

quoi l’emploient-ils? Quels sont les obstacles à l’amélioration

de leur sort, notamment en ce qui concerne

la santé, l’éducation, l’accès à la terre et aux autres ressources?

Dans chaque cas, nous nous demandons

quelles sont les différences entre régions et si ces caractéristiques

peuvent nous aider à répondre à une question

essentielle pour l’action: sont-elles une cause ou

un effet de la pauvreté? Les caractéristiques des populations

rurales pauvres des régions d’intervention du

FIDA donnent une idée générale de la répartition géographique

et du profil des pauvres (tableau 2.1) 18 .

Les salariés, en particulier les paysans sans terre ou

les journaliers, sont presque partout les plus exposés à

la pauvreté, même si en Afrique les petits paysans

constituent le groupe de pauvres le plus important.

Partout dans le monde, l’incidence de la pauvreté est

plus grande parmi les enfants que parmi les adultes.

Dans les régions Amérique latine et Caraïbes, Afrique

occidentale et centrale, et Afrique orientale et australe,

il y a une plus grande proportion de femmes

chefs de famille qu’en Asie et dans le Pacifique, mais

dans la plupart des pays d’Afrique occidentale et centrale

et d’Afrique orientale et australe, ces ménages ne

sont guère plus exposés à la pauvreté que ceux qui ont

à leur tête un homme. Au Proche-Orient et en

Afrique du Nord, en raison de l’importance de l’émigration

des hommes dans la force de l’âge, une grande

proportion des ruraux pauvres sont des femmes, des

enfants et des personnes âgées.

Où les pauvres vivent-ils?

Les enquêtes nationales montrent souvent que l’incidence

de la pauvreté et le nombre de pauvres sont

particulièrement élevés dans les parties rurales de

quelques régions, par exemple le nord-ouest de la

Chine, l’est et le centre de l’Inde, le nord-est du Brésil

et le nord-ouest du Mozambique. Presque partout,

l’incidence et la gravité de la pauvreté rurale sont plus

grandes que celles de la pauvreté urbaine, mais en

Amérique latine, le taux d’urbanisation étant élevé, la

plupart des pauvres vivent dans les agglomérations 19 .

Les populations de zones irriguées sont beaucoup

moins exposées à la pauvreté 20 . De nombreux pauvres

vivent dans des zones marginales et dégradées, et il est

probable que l'incidence et la gravité de la pauvreté y

sont beaucoup plus grandes. D'après une étude,

634 millions de ruraux pauvres, dont 375 millions en

Asie, vivent sur des terres marginales 21 .

21


LES RURAUX PAUVRES

Tableau 2.1: Qui sont les pauvres dans les différentes régions

Région

Agriculture

pluviale

Petits

agriculteurs

Pasteurs

Pêcheurs

artisanaux

Ouvriers

agricoles/

Paysans

sans terre

Populations

autochtones;

castes/tribus

énumérées

Ménages

ayant à leur

tête une

femme

Personnes

déplacées

AOC


AOA ✓ ✓ ✓

AP ✓ ✓ ✓ ✓ ✓ ✓ ✓

ALC ✓ ✓ ✓ ✓ ✓ ✓ ✓ ✓

POAN ✓ ✓ ✓ ✓ ✓ ✓ ✓

AOC: Afrique occidentale et centrale; AOA: Afrique orientale et australe; AP: Asie et Pacifique; ALC: Amérique latine et Caraïbes;

POAN: Proche-Orient et Afrique du Nord.

Source: FIDA 1999a, b, c, d, e, i.

En général, les plus pauvres des ruraux pauvres

vivent dans des zones isolées, même en Afrique

orientale et australe, où la plupart d’entre eux vivent

dans des zones à forte densité démographique, en

particulier à proximité des villes. Les petits agriculteurs

sont concentrés dans les zones arides en Afrique

occidentale et centrale, en Asie et dans le Pacifique

ainsi qu’en Amérique latine et dans les Caraïbes. Les

paysans pauvres des anciennes colonies d’Afrique

orientale et australe se trouvent dans des zones à

faible potentiel agricole, tandis que dans le reste de la

région ils vivent dans des zones dont le potentiel

agricole est moyen à élevé mais n’est souvent pas réalisé

en raison d’obstacles aux progrès de l’agriculture.

La concentration géographique de la pauvreté peut

être intensifiée par des phénomènes de discrimination

ou d’exclusion: par exemple, les zones à forte

densité de pauvreté prendront encore plus de retard

si les banques refusent d’y prêter.

En Amérique latine, la pauvreté est particulièrement

importante dans quelques-unes des zones les

plus isolées et les moins fortement peuplées: les montagnes

et les forêts du Pérou, les États du sud du

Mexique, les hautes terres des Andes et les basses

terres du nord de la Bolivie, la région semi-aride du

Norte Chico au Chili et la région rurale de l’Oriente

en Équateur. Bon nombre des régions les plus

pauvres d’Amérique latine sont des régions d’altitude

ou des régions semi-arides.

Au Proche-Orient et en Afrique du Nord, les éleveurs

sont généralement transhumants et ils vivent

surtout dans les zones de steppe. Dans les régions

Asie et Pacifique et Amérique latine et Caraïbes, les

pasteurs vivent sur des terres pentues d’altitude et des

hauts plateaux, dans des zones isolées où le climat est

dur. Dans les régions Proche-Orient et Afrique du

Nord et Amérique latine et Caraïbes, contrairement

aux autres régions, les salariés agricoles vivent surtout

sur les basses terres à forte densité démographique,

où il est possible de trouver du travail. Les populations

autochtones sont les plus isolées et vivent dans

les hautes terres et les forêts tropicales d’Amérique

latine et des Caraïbes ainsi que dans les zones montagneuses

des régions Proche-Orient et Afrique du

Nord et Asie et Pacifique.

D’où les pauvres tirent-ils leur revenu et comment

le dépensent-ils?

La plupart des ménages ruraux pauvres diversifient

leurs sources de revenus. Dans toutes les régions, les

ménages de petits agriculteurs combinent souvent des

cultures vivrières ou commerciales et l’élevage de petits

animaux. Ainsi, dans la région Proche-Orient et

Afrique du Nord, les ménages ayant du bétail cultivent

des plantes alimentaires pour compléter leurs revenus.

Il est fréquent que les revenus tirés de l’exploitation

familiale ne représentent qu’une petite proportion du

revenu total du ménage. Dans les régions Proche-

Orient et Afrique du Nord, Afrique occidentale et

centrale, Asie et Pacifique et Afrique orientale et australe,

les revenus non agricoles sont souvent la principale

source de revenus monétaires des petits agriculteurs,

mais ils proviennent en général d’activités peu

rentables. Dans la région Proche-Orient et Afrique du

Nord, les agriculteurs dont les terres ne sont pas irriguées

émigrent parfois vers des zones irriguées.

22


LES RURAUX PAUVRES

Les pêcheurs artisanaux ont plusieurs moyens de

diversifier leurs revenus. En Afrique orientale et australe,

ils complètent le maigre revenu qu’ils tirent de

la pêche par la culture de manioc dans l’arrière-pays.

Au Proche-Orient et en Afrique du Nord, ils sont en

même temps cultivateurs ou éleveurs.

Les paysans sans terre des régions Proche-Orient et

Afrique du Nord et Amérique latine et Caraïbes ont

un travail permanent ou saisonnier, agricole ou non.

Dans la région Amérique latine et Caraïbes, ils travaillent

parfois dans des petites entreprises ou dans la

transformation des produits alimentaires, mais souvent

ils ont assez de terres pour produire leur nourriture.

Au contraire, dans la région Asie et Pacifique, la

plupart des paysans sans terre sont ouvriers agricoles.

De façon générale, les populations autochtones sont

moins bien intégrées sur le plan socio-économique.

Dans la région Asie et Pacifique, elles pratiquent

beaucoup la cueillette et l’élevage; en Amérique latine

et dans les Caraïbes, elles se procurent un revenu par

la pêche en rivière et la fabrication d’objets artisanaux

destinés au marché local.

En général, les pauvres épargnent durant la bonne

saison et épuisent leurs réserves lorsque les temps sont

difficiles; globalement, la consommation absorbe la

quasi-totalité de leurs revenus. L’achat de produits alimentaires

de base (céréales, racines et tubercules et

légumineuses) asbsorbe en moyenne 45 à 60% du

budget des pauvres et les autres produits alimentaires

15 à 20%. En 1996-1998, dans les pays en développement,

les céréales fournissaient 55% des calories

consommées (51% pour le riz, le blé et le maïs à eux

seuls) et les racines, tubercules et légumineuses 7%.

Ces proportions sont beaucoup plus élevées dans

les pays les plus pauvres. En 1996-1998, les aliments

de base fournissaient 78% des calories au

Mozambique, 72% en Chine, 69% en Inde et au

Nigéria et 49% en Bolivie. De plus, de nombreuses

enquêtes sur les ménages ont montré que dans ces

pays, la proportion était encore plus élevée parmi les

pauvres. C’est parmi les ruraux pauvres qu’elle est la

plus grande; en Asie et en Afrique, les aliments de

base fournissent plus de trois quarts des calories des

ruraux pauvres. Pour les 10 à 20% des plus pauvres

de la population, qui sont très exposés à la sousalimentation

ou à des carences, la part de l’alimentation

dans la consommation totale et la proportion de

calories provenant des aliments de base dépassent en

général les 75% dans les zones rurales. Le riz et le blé

sont l’aliment principal des pauvres d’Asie et, dans

une moindre mesure, de ceux d’Amérique latine; en

Afrique subsaharienne, les aliments de base sont le

maïs, le millet, le sorgho, l’igname et le manioc 22 .

L’importance des aliments de base dans la vie des

pauvres est accrue par trois facteurs: l’agriculture fournit

quelque 60 à 75% du travail rural, la culture d’aliments

de base emploie environ 62% des terres arables,

et les ruraux pauvres ont tendance à cultiver surtout

des aliments de base. Dans les pays les plus pauvres, ces

proportions sont en général plus élevées. Par exemple,

en 1966-1968, les aliments de base occupaient 97% des

terres arables au Mozambique, 90% au Nigéria, 78%

en Chine et 74% en Inde, mais seulement 46% en

Bolivie, 44% en Fédération de Russie et 38% au Brésil.

Pour l’ensemble des pays pauvres, la culture d’aliments

de base fournit plus des deux tiers des revenus agricoles

salariés ou indépendants; en général, les pauvres qui

tirent une partie de leurs revenus de cultures de rente

cultivent aussi des aliments de base. Dans les zones isolées

où les coûts de transport sont élevés, il est probable

que la culture d’aliments de base est la principale

source de revenus et d’emploi de la plupart des

pauvres. Elle offre aussi une source majeure de revenus

non agricoles: au Bangladesh, la transformation après

récolte représente plus du quart de la valeur ajoutée du

riz, qui est la principale culture 23 .

Les cultures de rente et l’élevage sont importants

pour la survie de certaines populations très pauvres,

pour lesquelles il n’est pas nécessairement préférable

de cultiver des aliments de base. Dans une grande

partie du Proche-Orient et de l’Afrique du Nord,

ainsi que dans des zones arides d’autres régions du

monde, l’élevage extensif et les cultures de rente sont

les seules sources de revenus et d’emploi. Les cultivateurs

de cacao migrants du sud du Ghana et les petits

cultivateurs de café du Costa Rica ont pu échapper à

la pauvreté grâce à des cultures de rente. Néanmoins,

pour les populations rurales très pauvres, l’élevage et

les cultures de rente sont rarement la principale

source de revenus et d’emploi mais complètent la

culture de denrées de base. En fait, l'accroissement

rapide du rendement des cultures vivrières a été un

des principaux facteurs de la réduction de la pauvreté

ces dernières décennies et a libéré des terres et de la

23


LES RURAUX PAUVRES

main-d'œuvre, ce qui a permis de faire reculer encore

la pauvreté grâce au développement des cultures de

rente, de l’élevage et d'activités non agricoles.

L’accès des ruraux pauvres aux ressources

Dans toutes les régions, l'accès des ruraux pauvres à

la ressource la plus importante, c’est-à-dire les

bonnes terres, est insuffisant. Trop souvent, la superficie

disponible est trop petite pour garantir le bienêtre

nutritionnel du ménage. Les populations

autochtones d’Amérique latine et des Caraïbes ont

souvent été privées de leurs terres par suite d’abus, de

discriminations et du manque d'information sur

leurs droits de propriété.

Les ruraux pauvres sont aussi démunis d’autres ressources

productives. Au Proche-Orient et en Afrique

du Nord, le manque d’eau est particulièrement préoccupant.

Dans les régions Asie et Pacifique, Afrique

orientale et australe et Proche-Orient et Afrique du

Nord, le manque d’animaux de trait pénalise beaucoup

les agriculteurs pauvres, de même que les difficultés

d’accès au crédit, aux intrants agricoles et à la

technologie. L’accès à ces ressources est particulièrement

problématique pour les femmes dans les

régions Asie et Pacifique et Proche-Orient et Afrique

du Nord, où la pénurie de travailleurs agricoles de

sexe masculin dans les ménages ayant à leur tête une

femme est un obstacle majeur. En Amérique latine,

la forte incidence de la pauvreté dans les zones

rurales isolées est due en partie au fait que les populations

autochtones y sont concentrées. Au Mexique,

au Pérou et en Bolivie, la proportion de pauvres dans

la population autochtone est beaucoup plus grande

que dans le reste de la population. Au Brésil et en

Colombie, on constate aussi que l’incidence de la

pauvreté est plus grande chez les populations autochtones.

De plus, ces populations sont en général

moins instruites, mais même abstraction faite de

leurs difficultés d’accès à l’éducation, leur risque

d’être pauvres est plus grand. Au Nicaragua, la moitié

seulement des ruraux pauvres ont un titre garantissant

la propriété de leur logement, et leur accès aux

services est très limité 24 .

Dans toutes les régions, les ruraux pauvres sont

défavorisés sur le plan du capital humain. En Afrique

occidentale et centrale, en Amérique latine et dans

les Caraïbes, et en Afrique orientale et australe, les

services publics dans des domaines comme la santé,

l’éducation, l’eau et l’assainissement privilégient très

nettement les agglomérations. En Afrique orientale

et australe, les familles ayant à leur tête une personne

non scolarisée sont plus pauvres que lorsque le chef

de famille a un minimum d’instruction. Dans les

régions Proche-Orient et Afrique du Nord et Asie et

Pacifique, le niveau d’éducation et d’alphabétisation,

de santé et de nutrition est particulièrement bas dans

les ménages ayant à leur tête une femme. Les populations

autochtones vivant dans des zones isolées

n’ont pas accès à l’éducation et à la santé au Proche-

Orient et Afrique du Nord. Dès qu’ils en ont la possibilité,

les pauvres investissent dans le capital

humain, notamment dans l’éducation, afin d’améliorer

le sort de leur famille.

Les réseaux de solidarité jouent un rôle important

dans la vie des ruraux pauvres dans deux régions. Au

Proche-Orient et en Afrique du Nord, les personnes

déplacées sont particulièrement vulnérables car leurs

réseaux d’entraide traditionnels ont été démantelés.

En Amérique latine et dans les Caraïbes, où les

pauvres sont isolés sur le plan géographique, les

réseaux de solidarité sont importants pour la survie

économique et sociale.

En Afrique orientale et australe, les pêcheurs artisanaux

souffrent beaucoup du manque de bateaux et

Encadré 2.6: Multiplication des obstacles et groupes en retard au Népal

Au Népal, le taux de brut de scolarisation dans l’enseignement primaire en 1984/85 allait de 14% pour les filles des

ménages pauvres des plaines à 83% pour les garçons des ménages non pauvres habitant dans les villes de montagne. Dans

tous les cas, les groupes n’ayant qu’un accès limité à l’instruction obtenaient de moins bons résultats que les autres groupes

comparables pour le reste: par exemple, les filles pauvres des collines avaient de moins bonnes chances de scolarisation

que les garçons pauvres des mêmes zones. Les enfants pauvres de 6 à 9 ans, et plus encore ceux de 10 à 14 ans, consacraient

beaucoup plus de temps que les enfants non pauvres à des tâches domestiques et économiques, aussi bien dans

les villes que dans les plaines et les collines.

Source: de Haan et Lipton, 1999.

24


LES RURAUX PAUVRES

d’engins. En Asie et dans le Pacifique, les populations

tribales sont particulièrement pénalisées par le

manque d’infrastructures.

Quels sont les obstacles à l’amélioration de

la situation des ruraux pauvres?

Les habitants des campagnes sont plus pauvres en

partie parce qu’ils vivent dans des zones isolées, sont

en mauvaise santé et analphabètes, ont davantage

d’enfants et font un métier dangereux et peu productif.

En outre, ils sont parfois victimes de discrimination

lorsqu’ils font partie d’une minorité ethnique. Il

y a des interactions entre ces différents handicaps 25 :

• chevauchements: l’écart entre les sexes en matière

d’alphabétisation est généralement plus grand dans

les campagnes; les personnes analphabètes sont

plus exposées à la pauvreté; les femmes et enfants

analphabètes qui vivent dans les campagnes appartiennent

plus souvent à des minorités ethniques; les

écarts entre groupes ethniques sont plus grands

parmi les personnes analphabètes et dans les zones

rurales isolées;

• cumul: la multiplication de ces handicaps réduit les

chances d’échapper à la pauvreté;

• complexité: il faut chercher à faciliter l’accès aux

moyens de production permettant d’obtenir de la

nourriture (travail, terre, autres ressources) et l'utilisation

de techniques de production favorables aux

pauvres, et promouvoir la mobilité pour améliorer

les perspectives de production et de consommation

et donc les chances d’échapper à la pauvreté.

Ces interactions ressortent clairement du profil des

ruraux pauvres (encadré 2.6).

En général et surtout parmi les femmes, le taux de

mortalité par catégorie d’âge est plus élevé chez les

ruraux pauvres que chez les non-pauvres (tableau

2.2). La proportion d’enfants sous-alimentés est

généralement deux fois plus grande dans le dernier

quintile que dans le premier 26 . Les filles de deux à

quatre ans sont particulièrement pénalisées par

rapport aux garçons en matière d’accès aux soins

de santé, et donc de nutrition, au Bangladesh, au

Pakistan, dans le nord de l’Inde, dans certaines

régions de la Chine, au Proche-Orient et en Afrique

du Nord 27 . Cette discrimination est particulièrement

dangereuse pour les filles pauvres, car le niveau

moyen est très bas.

Le problème de l’éducation illustre bien cette interaction

des handicaps. Les ruraux pauvres n’ont guère

de capital humain; en général, le chef de ménage est

analphabète; enfin, il y a une forte corrélation entre

la proportion de personnes à charge et la pauvreté, ce

qui en soi entrave l’accès à l’école. C’est particulièrement

chez les pauvres que les filles risquent d’être

moins bien instruites que les garçons. Le taux de scolarisation

est partout plus faible dans la population

pauvre et l’accès à l’école dépend de facteurs géographiques.

Le taux de scolarité est particulièrement bas

dans la population rurale, et les filles des campagnes,

contrairement aux filles tout aussi pauvres qui vivent

en ville, n’ont guère de chances d’échapper à la pauvreté.

Dans de nombreux pays en développement,

les 20 ou 30% les plus pauvres de la population

urbaine sont mieux instruits que les 20 ou 30% les

plus riches de la population rurale 28 . En conséquence,

les enfants pauvres qui vivent à la campagne

risquent fort de devenir des adultes pauvres.

Le manque de terre est un des principaux facteurs

de pauvreté: la plupart des ruraux pauvres sont des

paysans sans terre ou des petits paysans. En Afrique

orientale et australe, la pression démographique

empêche les agriculteurs de produire plus que le

strict nécessaire à leur subsistance. Lorsque les

pauvres possèdent des terres, leur exploitation est

généralement très petite et située dans une zone aride

ou peu fertile. Au Proche-Orient et en Afrique du

Nord, la taille des exploitations diminue en raison du

régime d’héritage.

En Afrique orientale et australe (si l’on en juge

d’après les données relatives au Kenya, à Madagascar

et à l’Ouganda), la plupart des ruraux pauvres sont

des petits paysans, qui cultivent essentiellement des

produits de subsistance et complètent leurs revenus

par l’élevage de petits ruminants ou de volailles. Dans

cette région, comme dans les régions Amérique latine

et Caraïbes, Asie et Pacifique et Afrique occidentale et

centrale, les difficultés de commercialisation sont un

obstacle important à l’amélioration du sort des ruraux

pauvres. En Afrique orientale et australe, il y a pénurie

de ressources telles que les intrants et les infrastructures.

En Asie et dans le Pacifique, les petits agriculteurs

sont très éloignés des marchés et doivent

donc beaucoup dépenser en frais de transport pour

acheter des intrants et vendre leur production. En

25


LES RURAUX PAUVRES

Tableau 2.2: Taux de mortalité chez les pauvres et les non-pauvres

Afrique occidentale et centrale

Côte d'Ivoire

Guinée

Guinée-Bissau

Mauritanie

Niger

Nigéria

Sénégal

Afrique orientale et australe

Afrique du Sud

Botswana

Éthiopie

Kenya

Lesotho

Madagascar

Ouganda

Rwanda

Tanzanie

Zambie

Zimbabwe

Amérique latine et Caraïbes

Brésil

Chili

Colombie

Costa Rica

Équateur

Guatemala

Honduras

Jamaïque

Mexique

Nicaragua

Panama

Pérou

République dominicaine

Venezuela

Asie et Pacifique

Chine

Inde

Indonésie

Malaisie

Népal

Pakistan

Philippines

Sri Lanka

Proche-Orient et Afrique du Nord

Ex-Union soviétique

Égypte

République kirghize

Roumanie

Tunisie

Adultes (15-59) Enfants (0-5)

Hommes Femmes Hommes Femmes

1,5

2,1

1,7

1,9

1,9

1,8

2,2

1,7

2,3

2,2

2,1

2,6

2,0

1,4

1,2

2,1

2,5

2,1

2,4

3,7

2,1

5,5

2,7

1,9

2,0

3,4

2,9

2,1

3,7

1,7

3,4

3,0

3,4

2,1

2,3

3,1

2,2

2,8

2,9

2,7

2,5

2,1

2,3

2,2

1,5

3,5

2,1

3,4

3,5

2,8

3,8

3,6

4,0

3,6

3,8

5,4

3,4

1,4

1,0

3,3

3,6

2,3

7,9

12,3

5,2

10,6

4,4

3,5

4,0

7,2

8,6

5,6

7,7

3,6

9,7

7,6

11,0

3,7

3,1

5,1

3,8

4,4

6,1

5,7

4,1

8,0

8,4

3,8

2,4

3,7

2,2

3,0

3,4

3,1

4,0

4,7

4,9

3,0

3,7

3,9

3,8

2,1

2,7

5,6

3,5

4,1

6,5

7,1

5,6

5,5

4,2

3,5

3,2

7,5

7,6

3,8

6,2

3,6

6,5

8,9

5,9

4,5

4,1

13,7

4,0

2,7

5,8

10,8

3,2

5,7

9,9

3,8

3,3

5,6

3,0

3,7

4,8

3,7

4,9

5,3

4,8

4,0

3,8

5,2

4,1

2,5

4,2

5,0

3,9

5,0

5,0

8,3

6,8

5,1

4,9

3,3

3,2

10,0

7,8

4,0

5,8

3,7

6,5

10,8

6,6

4,3

4,1

15,0

4,6

2,8

5,9

8,7

3,5

6,1

9,2

3,7

Source: OMS 1999.

26


LES RURAUX PAUVRES

Afrique orientale et australe et en Amérique latine et

Caraïbes, les petits paysans manquent souvent des

moyens pour établir des conditions d’échange raisonnables;

en Amérique latine et dans les Caraïbes, ils

n’ont pas l’organisation politique nécessaire pour soutenir

la concurrence des grandes entreprises. En

Amérique latine et dans les Caraïbes ainsi qu’en

Afrique occidentale et centrale, les petits paysans

adoptent une stratégie de protection contre le risque,

préférant la stabilité à une productivité plus élevée

mais aléatoire. Tant qu’on ne prendra pas des mesures

pour donner un filet de sécurité aux petits paysans de

ces régions, il leur sera difficile d’améliorer leur sort.

Les paysans sans terre sont très souvent parmi les

plus pauvres. En Afrique orientale et australe, les

possibilités de diversification du revenu et d’amélioration

de la situation des paysans sans terre sont limitées

car il y a peu d’activités non agricoles. Il y a une

interaction entre pauvreté et vulnérabilité. Au

Proche-Orient et en Afrique du Nord, l’insuffisance

des soins de santé et de l’instruction se traduit par

une faible rémunération des paysans sans terre.

Les ouvriers agricoles et les petits paysans sont

exposés au chômage saisonnier. En cas de mauvaise

récolte, ils sont les premiers à se retrouver au chômage.

Les paysans sans terre risquent plus que ceux

ayant ne serait-ce qu’un petit lopin de mourir en cas

de disette 29 .

Les obstacles et leurs interactions peuvent aussi

être d’ordre socio-politique. Par exemple, les populations

autochtones subissent souvent une discrimination

lorsqu’elles cherchent à obtenir un des rares

remplois ruraux disponibles. L’instabilité politique

fait qu’il est plus difficile aux ruraux pauvres

d’échapper à la pauvreté. Ces dernières années, Il y a

eu en Afrique orientale et australe, au Proche-Orient

et en Afrique du Nord des conflits civils qui ont

réduit la main-d'œuvre masculine. Certaines zones

isolées d’Amérique latine et des Caraïbes sont en

proie à la guérilla et au trafic de drogue, qui expulsent

la population vers des terres marginales ou la

forcent à partir pour la ville. Sur les hautes terres de

la région Asie et Pacifique aussi, l'aggravation de la

violence et de l’instabilité politique intimide les

pauvres et accroît les risques de l’agriculture.

La proportion de pauvres est particulièrement

grande parmi les pasteurs de certaines régions de

l’Afrique, du Proche-Orient et de l’Afrique du Nord

en particulier. Les pasteurs représentent plus de 10%

de la population rurale d’Afrique. Ils ont très rarement

accès aux écoles et aux dispensaires. Comme ils sont

très mobiles, et négligés par les autorités, ils n’ont souvent

pas été pris en compte dans les enquêtes sur les

revenus et les dépenses, comme en Mauritanie, malgré

leur poids démographique 30 . Leurs parcours traditionnels

sont souvent envahis par des agriculteurs

sédentaires, en partie à cause de la dégradation due au

surpâturage et à la sécheresse. Les interventions des

pouvoirs publics dans les pratiques traditionnelles de

gestion de l’élevage menacent les moyens d’existence

des pasteurs au Proche-Orient et en Afrique du Nord.

En Amérique latine et dans les Caraïbes, ainsi qu’en

Afrique orientale et australe, le surpâturage, qui provoque

une érosion du sol et limite les possibilités de

culture, menace l’environnement.

Au Proche-Orient et en Afrique du Nord, les

pêcheurs artisanaux sont pénalisés par le fait que

leurs produits sont très périssables. Faute de réfrigérateurs

et de moyens d’accès aux marchés, ils sont

obligés de vendre très vite. Les perspectives de leurs

familles sont assombries par la rareté des services

sociaux et notamment des écoles et des services de

santé. Dans la région Asie et Pacifique, les pêcheurs

artisanaux sont exposés aux catastrophes naturelles et

à la concurrence de la pêche industrielle.

Dans presque toutes les régions, l’incidence de la

pauvreté est particulièrement grande dans les zones

marginales où les sols sont pauvres, la pluviométrie

insuffisante et le climat très incertain, mais la pauvreté

est beaucoup moins cause que conséquence de

la dégradation de l’environnement 31 . L’érosion du

sol crée un cercle vicieux caractérisé par une chute

des rendements, une intensification de l’exploitation

et une aggravation de l’érosion. Toutefois, moyennant

certaines conditions, telles que l’accès à des

capitaux, les pauvres se sont révélés capables d’améliorer

leur environnement; l’intensification de l’agriculture

n’implique pas nécessairement une dégradation

de l’environnement 32 .

Périodiquement, une grande partie de l’Afrique

orientale et australe et une plus petite partie de

l’Afrique occidentale et centrale subissent des sécheresses

qui ont des effets dévastateurs sur les petits

agriculteurs et l’économie locale. Dans la région

27


LES RURAUX PAUVRES

Proche-Orient et Afrique du Nord, l’eau est rare, et

dans d’autres zones arides elle le devient de plus en

plus. Les pauvres qui n’ont pas accès à l’irrigation

sont particulièrement vulnérables en cas de changement

climatique. L’insuffisance des investissements

dans les techniques d’agriculture pluviale aggrave le

problème. Dans les zones de montagne, le manque

d’eau et la brièveté de la belle saison limitent les possibilités

de cultures.

Les populations autochtones sont défavorisées à la

fois par la discrimination et par des facteurs géographiques.

Au Proche-Orient et en Afrique du Nord,

elles n’ont guère leur mot à dire dans les affaires

publiques. En Amérique latine, elles sont plus exposées

à la pauvreté, en particulier si elles ne parlent pas

l’espagnol ou le portugais; dans les zones de montagne

du Pérou, 85% des ménages ayant à leur tête une personne

qui ne parle que la langue aymara sont

pauvres 33 . Il y a une concentration géographique de la

pauvreté: Sierra et Amazonie en Équateur; nord, nordouest

et sud-ouest du Guatemala; régions habitées par

les Chiapas au Mexique; provinces du Nord et de

Segovias au Nicaragua. Les pauvres qui vivent dans ces

régions n’ont généralement pas accès à l’éducation, à

l’emploi et aux soins de santé. Le fait que les minorités

autochtones sont depuis longtemps tenues à l’écart

des bonnes terres est aussi associé à la persistance de la

pauvreté rurale dans certaines zones d’Asie.

Il y a souvent un cercle vicieux de la pauvreté:

a) une grande partie des populations rurales isolées

n’ont pas de services sociaux, ce qui se répercute sur

leurs capacités de production; b) il y a une interaction

entre l’isolement géographique et les obstacles

sociaux à l’accès aux marchés; c) souvent, comme

dans les régions Afrique orientale et australe, Asie et

Pacifique et Proche-Orient et Afrique du Nord, l’isolement

et la faible densité géographique se traduisent

par une infrastructure insuffisante. Cela se répercute

non seulement sur la productivité, mais aussi sur les

services sociaux, si bien que les pauvres sont plus

exposés à la famine et à la maladie; d) le manque

d’accès aux soins de santé, à l’assainissement et à la

vaccination affectent la productivité, le revenu et

l’état nutritionnel des pauvres de toutes les régions,

ce qui les empêche d’échapper à la pauvreté ou de se

faire soigner; e) la pauvreté encourage l’émigration

temporaire, laquelle contribue à propager le SIDA,

qui dans certaines parties de l’Afrique prélève un

lourd tribut sur la capacité de travail des pauvres;

f) en Asie et dans le Pacifique, le manque d’instruction

des femmes rurales pauvres contribue à un taux

de fécondité élevé, et le fait d’avoir beaucoup d’enfants

empêche les femmes et les filles d’accéder à

l’éducation et d’échapper à la pauvreté.

En dépit de tous ces obstacles, au cours des 50 dernières

années, la pauvreté a considérablement reculé à

l’échelle mondiale. On a pu rompre différents cercles

vicieux. Les principaux obstacles diffèrent selon les

pays et les régions. Souvent, il suffit d’agir sur un

point critique, tel que l’inégalité de la distribution des

terres, l’absence de variétés à haut rendement ou le

manque d’instruction, pour donner aux populations

rurales les moyens de surmonter elles-mêmes les

autres obstacles. Parfois, il peut être efficace d’agir

simultanément sur de nombreux fronts; entre 1977 et

1985, la pauvreté rurale en Chine a considérablement

diminué grâce à une répartition plus égale des terres

communales, à la distribution de semences améliorées,

au développement de l’irrigation et à la libération

des prix agricoles. De façon générale, pour lutter

contre la pauvreté rurale il faut déterminer soigneusement

quels sont les principaux obstacles et l’ordre

dans lequel il convient d’agir pour les réduire.

Les femmes, premières victimes de la pauvreté

La pauvreté ne touche pas de la même façon les

hommes et les femmes. Les femmes ont moins accès

à la terre, au crédit, à la technologie, à l’éducation, à

la santé et au travail qualifié. En outre, elles subissent

des discriminations en matière de rémunération, de

droit à la terre, d’héritage et de crédit. Dans la plupart

des pays, les données dont on dispose ne paraissent

pas indiquer que les femmes consomment

moins, proportionnellement, que les hommes, mais

elles sont certainement plus dépendantes. Cette

dépendance se traduit par le fait qu’elles sont confinées

dans des tâches fastidieuses, sans autonomie,

qu’après leur travail elles doivent encore prendre soin

du foyer et des enfants, et que leur situation est

aggravée par des grossesses fréquentes et le décès de

nombreux enfants 34 .

La situation défavorable des femmes, même en

termes de chances de survie, ne dépend pas toujours

de la pauvreté: en Inde, le rapport entre les popula-

28


LES RURAUX PAUVRES

tions des deux sexes est le plus défavorable dans les

deux États où l’incidence de la pauvreté est la moins

élevée (Haryana et Penjab) 35 . Le taux d’activité des

femmes dans les campagnes varie selon les États: il

allait en 1981 de 2,6% dans le Penjab à 47% dans

l’Andhra Pradesh 36 . Là où les femmes ont un faible

taux d’activité, les filles sont considérées comme

un fardeau et leurs chances de survie sont moins

bonnes que celles des garçons 37 . Les chances de survie

des femmes sont généralement les plus élevées là

où leur taux d’activité est le plus élevé (environ 35%

à Hong Kong, en Chine, en Corée et à Singapour

et plus de 40% en République populaire de Chine,

en Mongolie, en Thaïlande et au Viet Nam). On

constate aussi une nette discrimination dans l’alimentation

au Pakistan, où le taux d’activité des

femmes n’est que de 13%.

En Inde en 1983, l’incidence de la pauvreté chez les

femmes rurales était de 12% plus élevée que chez les

hommes 38 , mais cela est compensé par le fait qu’il y

a davantage d’hommes parmi les adultes pauvres des

villes. Dans la plupart des pays d’Asie, les femmes et

les ménages ayant à leur tête une femme ne sont

guère plus exposés à la pauvreté que les hommes et

les ménages ayant à leur tête un homme 39 . Dans les

campagnes de Thaïlande et du Cambodge, l’incidence

de la pauvreté est moins grande chez les

ménages ayant à leur tête une femme que chez ceux

qui ont à leur tête un homme 40 . En Indonésie, aux

Philippines, au Viet Nam et, dans une moindre

mesure, en République kirghize, l’incidence de la

pauvreté est plus grande parmi les ménages ruraux

ayant à leur tête une femme que parmi ceux qui ont

à leur tête un homme, tandis que c’est l’opposé dans

les villes 41 .

Dans toutes les régions, les ménages dirigés par une

femme ont moins accès aux moyens de production et

aux services sociaux. Cela affecte non seulement leurs

capacités de production actuelles et le bien-être de la

famille, mais aussi la répartition entre les membres

de la famille de ressources telles que la nourriture et

l’éducation, ce qui pourraient entraîner une perpétuation

de la pauvreté de génération en génération.

La discrimination joue aussi un rôle au Proche-

Orient et en Afrique du Nord, où les coutumes limitent

la mobilité des femmes. Dans une grande partie

de l’Amérique latine et des Caraïbes, le droit coutumier

défavorise les femmes, mais sur les hautes terres

d’Asie et du Pacifique, où les structures sociales traditionnelles

restent fortes, les femmes sont moins

défavorisées que dans les autres parties de cette

région.

La discrimination dans l’éducation durant les premières

années de la vie a des répercussions sur la situation

socio-économique et politique des femmes à

l’âge adulte. En Afrique occidentale et centrale, les

ménages ayant une femme à leur tête ne sont pas

nécessairement plus pauvres que les autres, mais la

pauvreté est plus dure pour toutes les femmes en raison

du temps qu’elles doivent consacrer aux corvées

ménagères et au travail agricole; le genre de travail

qu’elles peuvent faire est limité par leur manque d’instruction

et par le fait qu’elles n’ont souvent pas voix

au chapitre dans la famille. Le fait d’être exclues des

mécanismes de décision aux échelons local et national

est une autre discrimination importante qui est souvent

négligée. Parfois, ce phénomène ne concerne pas

que les femmes. Dans les régions Afrique occidentale

et centrale et Proche-Orient et Afrique du Nord, en

raison de l’absence d’institutions efficaces, les ruraux

pauvres n’ont pas accès aux services et ne peuvent pas

défendre leurs intérêts. En Amérique latine et dans les

Caraïbes, les ménages ayant une femme à leur tête ne

sont pas systématiquement plus pauvres que les autres

ménages, ce qui est peut-être dû au fait que les systèmes

de sécurité sociale sont mieux développés et

que les possibilités d’instruction et les perspectives

d’emploi des femmes (par exemple dans l’agriculture

d’exportation) sont meilleures que dans les autres

régions. Toutefois, en Bolivie on a constaté que le

revenu par habitant dans les familles ayant une

femme à leur tête était de 37% moins élevé que celui

des autres familles dans les villes et de 45% moins

élevé dans les campagnes, même compte tenu des différences

d’instruction, de taille de la famille et

d’âge 42 . Au Guatemala, la catégorie la plus vulnérable

de la population est celle constituée par les ménages

autochtones ayant à leur tête une femme qui exploite

une terre en faire-valoir direct 43 .

Même là où elles ne sont pas en moyenne plus

pauvres que les hommes, les femmes sont plus vulnérables

et ont moins de chances d’échapper à la

pauvreté. En Inde, 70% des femmes pauvres sont

toujours analphabètes 44 . Dans les États du Bihar, du

29


LES RURAUX PAUVRES

Madhya Pradesh, de l’Orissa et du Rajasthan, les

femmes rurales pauvres sont presque toutes analphabètes

45 . Dans une grande partie de l’Asie du Sud et

dans les zones les plus isolées de la République populaire

de Chine, le manque d’instruction décourage les

femmes d’aller à la ville. Celles qui partent ont souvent

plus de mal à trouver un emploi que dans les

campagnes 46 . Même dans des pays à très forte croissance

et dans des industries qui emploient beaucoup

de femmes, comme le textile, le cuir ou l’électronique,

l’élimination de cette disparité dépend en partie

de la scolarisation des filles. Comme on peut le

constater dans le cas de l’industrie textile au

Bangladesh, les femmes doivent en général avoir un

minimum d’instruction pour pouvoir profiter de la

création d’emplois liés à l’industrie manufacturière

moderne.

Des facteurs culturels et politiques ont aussi une

incidence sur la différence entre les sexes face à la

pauvreté, de même que sur les écarts entre villes et

campagnes: au Laos, au Sri Lanka et au Viet Nam, les

femmes sont beaucoup moins défavorisées qu’on

pourrait s’y attendre compte tenu de leur niveau de

revenu. En Asie, les désavantages subis par les

ménages dirigés par une femme concernent généralement

moins le niveau de revenu ou de pauvreté que

les loisirs, les perspectives, la vulnérabilité, l’état de

santé ou le niveau d’instruction.

La réduction des inégalités entre les sexes face à la

pauvreté est à la fois un effet et une cause de la croissance:

priver un bon agriculteur de terre ou un enfant

brillant d’école sous prétexte qu’il s’agit de personne

de sexe féminin est non seulement inéquitable mais

aussi inefficient. On estime que l’inégalité des sexes

face à l’éducation et à l’emploi en Afrique subsaharienne

a réduit le taux de croissance de la production

par habitant de 0,8% par an entre 1960 et 1992 47 . Au

Burkina Faso, on estime qu’il y a eu un manque à

gagner équivalant à 6% de la production en raison de

l’inefficience de l’allocation des facteurs au sein des

ménages 48 . En Zambie, si les femmes pouvaient

investir autant dans les intrants agricoles que les

hommes, la production augmenterait de 15% 49 .

Les femmes sont au moins aussi productives que les

hommes dans l’agriculture si l’on tient compte des

caractéristiques individuelles et de la quantité d’intrants

employés 50 . Au Burkina Faso, à niveau d’instruction

égal, les femmes obtiennent une productivité

légèrement plus élevée que les hommes. Le facteur

clé est l’éducation. Parmi les cultivateurs de maïs

au Kenya, la scolarité primaire n’a une incidence

positive et notable sur les rendements que dans le cas

des exploitations gérées par une femme, ce qui peut

s’expliquer par le fait que les femmes ont beaucoup

moins accès aux services de vulgarisation agricole

(qui peuvent remplacer l’éducation scolaire pour l’acquisition

de connaissances agronomiques). De plus,

on a estimé que si les femmes cultivatrices de maïs

disposaient des caractéristiques et des quantités d’intrants

correspondant à la moyenne de l’échantillon,

leur rendement augmenterait de 7%. Si elles disposaient

des mêmes caractéristiques et intrants que les

hommes, l’augmentation serait de 9%. Les femmes

qui ont fréquenté l’école pendant un an pourraient

obtenir une augmentation de 24% de leur rendement.

La lutte contre la discrimination entre les sexes

est donc justifiable tant sous l’angle de l’éthique que

sous celui de l’efficience économique.

VULNÉRABILITÉ

Les campagnes sont beaucoup plus exposées à la forte

contraction de l’emploi provoquée par les intempéries,

aux dégâts causés par les sécheresses et les inondations,

à la maladie et à la surmortalité et, souvent,

à la guerre, au vol de bétail ou à des troubles civils.

Face à la plupart de ces aléas, les pauvres sont particulièrement

vulnérables, en particulier du fait qu’ils

n’ont pas de réserves: une perte de revenu de 5%, ou

une maladie entraînant un arrêt de travail et des frais

de traitement sont beaucoup plus graves pour celui

qui n’a pas d’épargne, d’assurance ou d’accès au crédit.

Les populations rurales, en particulier dans les

zones isolées, sont aussi défavorisées en termes d’accès

à la sécurité sociale, au crédit ou à l'assurance.

Toutefois, en cas d’urgence, les habitants des campagnes

peuvent généralement s’appuyer sur une solidarité

communale ou familiale et ils sont moins

menacés que les habitants des villes par des phénomènes

macroéconomiques comme le chômage

conjoncturel ou l’inflation 51 , mais ils sont exposés à

l’effondrement du marché de certains produits.

Les ruraux et les pauvres sont, en général, beaucoup

plus exposés à des variations de bien-être que les

citadins et les non-pauvres: les fluctuations sont plus

30


LES RURAUX PAUVRES

grandes et la capacité de résistance est moindre.

Toutefois, cela ne vaut pas pour tous; dans les zones

irriguées où les soins de santé primaires sont suffisants,

le principal problème est l'insuffisance du niveau de

vie moyen et non les calamités. Il est difficile de dire

en théorie s’il est plus efficace, pour réduire la vulnérabilité

des pauvres, de limiter les fluctuations de leur

bien-être à la baisse ou d’élever leurs revenus moyens,

ce qui est une question essentielle dans de nombreux

systèmes irrigués. Comme la mauvaise santé et l’analphabétisme,

la vulnérabilité est souvent liée à la pauvreté,

en particulier dans le cas des ruraux qui ont une

consommation insuffisante, mais pas toujours 52 .

Les pauvres, particulièrement dans les campagnes,

sont très exposés aux conséquences de deux types de

situations. La première se caractérise par une forte

mortalité infantile, liée à des grossesses fréquentes et à

l’existence de familles nombreuses qui vivent dans la

pauvreté chronique. La seconde se caractérise par une

brutale chute des revenus en cas de calamités, l’impossibilité

d’accumuler ou de conserver des ressources

(y compris les compétences), la prédominance du travail

non qualifié et souvent occasionnel en tant que

source de revenus, le fait de vivre dans des zones

rurales où l’approvisionnement en eau est irrégulier,

et des épisodes temporaires mais fréquents de pauvreté

aiguë. La rapide transition démographique qui

se produit actuellement transforme ces deux types de

situations. Les décès (hormis dans les zones les plus

touchées par le SIDA) et les naissances qui enfoncent

les familles dans la pauvreté temporaire se font plus

rares et, comme les mariages sont retardés, les femmes

procréent plus tard. Cette transition a aussi une

influence sur la dynamique de la pauvreté chronique

en provoquant une forte augmentation de la proportion

de la population d’âge actif.

Les ruraux et les pauvres sont généralement parmi

les derniers à bénéficier des services et des incitations

qui réduisent la fécondité: amélioration des perspectives

de survie des enfants, scolarisation des filles et

travail des femmes. Par conséquent, les gains résultant

de la transition démographique – forte augmentation

du ratio actifs/personnes à charge à long

terme, réduction de la mortalité et de la natalité qui

aggravent la pauvreté à court terme – se diffusent

plus tard parmi les ruraux et les pauvres, sauf si les

pouvoirs publics interviennent.

La démographie: transition retardée, périodes fastes

et SIDA 53

Dans une grande partie de l’Asie et de l’Afrique, il y

a 50 ans et encore aujourd’hui parmi les ruraux

pauvres de nombreuses zones, notamment en

Afrique occidentale et centrale, 20 à 30% des enfants

mouraient avant l’âge de cinq ans. Pour compenser

cette mortalité, les parents multipliaient les grossesses.

Dans les familles pauvres, le nombre d’enfants

à charge par adulte est généralement plus élevé

qu’ailleurs: l’enquête sur les ménages faite au

Pakistan de 1984 à 1985 a montré que le quintile le

plus pauvre avait en moyenne 4,3 enfants et le quintile

le plus riche 1,5 54 . Ces familles risquent fort de

rester pauvres et sans ressources. De nombreuses

études empiriques ont associé le fait d’avoir une

famille nombreuse à des phénomènes tels que sousalimentation,

mauvais état de santé, discrimination à

l’égard des filles, faible niveau d’instruction, et pauvreté:

les parents sont souvent incapables de donner

assez à manger à leurs enfants ou de leur permettre

d’aller à l’école 55 . Les femmes qui sont poussées à se

marier jeunes et à avoir de nombreux enfants peuvent

rarement s'épanouir alors qu’elles sont épuisées

par les grossesses, des accouchements souvent dangereux

et l’allaitement. N’ayant pas de compétences, les

femmes peuvent difficilement gagner de l’argent, si

bien que les hommes insistent pour qu’elles fassent

encore plus d’enfants.

Cette situation est transformée par les effets de la

baisse de la mortalité infantile sur la pauvreté rurale,

qui est suivie, 10 à 25 ans plus tard, par une baisse de

la fécondité. Dans un premier temps, cela fait augmenter

encore le nombre d’enfants par adulte, puisqu’une

proportion accrue de nouveau-nés survivent.

Plus tard, lorsque ces enfants deviennent adultes et

que le taux de fécondité diminue, le nombre d’enfants

par adulte chute. Ces deux évolutions ont un effet

considérable sur le ratio de personnes à charge (c’està-dire

le rapport entre le nombre de personnes âgées

de moins de 15 ans ou de plus de 60 ans et le nombre

de personnes âgées de 15 à 60 ans): en Chine, ce ratio

est tombé de 154 en 1950 à 115 en 1970, puis il est

remonté à 133 en 1980 et à 186 en 2000.

Dans l'ensemble, les adultes de 15 à 60 ans travaillent

et épargnent plus que les autres personnes et

on estime que ce facteur explique 1,7% du taux de

31


LES RURAUX PAUVRES

Tableau 2.3: Évolution du taux de dépendance, villes et campagnes

Pays Année Personnes âgées de 15 à 59 ans pour 100 personnes

âgées de 0 à 14 ans ou de plus de 60 ans

Villes

Campagnes

Brésil 1960 125 99

1991 148 111

Chine 1982 195 132

1990 228 161

Égypte 1960 105 104

1985 135 104

Inde 1961 127 111

1995 172 133

Source: ONU, Annuaire démographique, 1979: 240-66; 1979 (numéro spécial): 288-372; 1985: 210-45; 1996: 218-61.

croissance du PIB réel par année et par personne en

Asie de l’Est entre 1970 et 1990 56 . Ce phénomène

aide les pauvres; en général, lorsque le taux de croissance

augmente d’un point de pourcentage, l’incidence

et la gravité de la pauvreté extrême diminuent

dans les mêmes proportions ou plus. La réduction de

la fécondité fait reculer la pauvreté presque autant

par le fait que la distribution des revenus s’améliore

(le plus souvent avec un certain décalage) et aussi,

peut-être, par le fait qu’elle diminue l’offre de maind'œuvre

et la demande de produits alimentaires. La

situation des pauvres s’améliore le plus là où l’incidence

de la pauvreté et le taux de fécondité sont le

plus élevés au départ 57 .

Le taux de fécondité diminue au moins depuis les

années 80 dans la plupart des pays en développement,

y compris ceux d’Afrique 58 . Le tableau 2.3 de

l’annexe illustre les effets spectaculaires que cela peut

avoir sur le ratio de personnes à charge, qui a beaucoup

baissé après avoir augmenté dans un premier

temps, lorsque la mortalité infantile a baissé.

L’augmentation de la proportion de personnes en âge

de travailler sur la période 2000-2015 concerne

presque tous les pays en développement, même ceux

d’Afrique, malgré la mortalité due au SIDA.

Cette expansion du nombre de travailleurs et

d’épargnants suffira-t-elle à éliminer l’essentiel de la

pauvreté rurale, comme elle l’a fait dans une grande

partie de l’Asie de l’Est et du Sud-Est? Cela dépend

surtout du temps qu’il faut pour que la transition

démographique atteigne les ruraux pauvres et du

degré auquel les travailleurs et l’épargne supplémentaires

pourront trouver des emplois et des investissements

productifs. Pour cela, il faut employer à bon

escient les différentes ressources, notamment la

santé, l’éducation, la terre, la technologie, les institutions

et les marchés, en particulier pour accroître la

production d’aliments de base, améliorer la distribution

d’eau et favoriser une certaine redistribution

pour promouvoir l’autonomie des pauvres.

En d’autres termes, pour que la transition démographique

en cours permette vraiment de réduire la

pauvreté et en particulier la pauvreté rurale, il faut

une action des pouvoirs publics: la réduction de la

pauvreté n’en est pas un effet automatique. Si l’on

veut donner aux ruraux pauvres les moyens et de

bonnes raisons de réduire leur ratio de personnes à

charge, et ainsi d’échapper à la pauvreté, il faut que

la société civile, les pouvoirs publics et la communauté

internationale allouent davantage de ressources

aux habitants des campagnes et aux pauvres et fassent

en sorte que ces ressources soient mieux gérées, par

des mesures soigneusement conçues.

Les avantages résultant du déclin de la mortalité

infantile et d’autres phénomènes qui incitent à retarder

les mariages et à réduire la fécondité mettent plus

de temps à atteindre les ruraux et les pauvres. En

moyenne, les femmes rurales des pays en développement

ont entre un et trois enfants de plus que les

femmes urbaines. Parmi les ruraux pauvres, l’écart est

encore plus grand.

Les résultats de cette transition démographique et

de l’exode rural sont récapitulés au tableau 2.3 pour

les quatre pays en développement pour lesquels on

32


LES RURAUX PAUVRES

dispose de données sur plus d’un an concernant la

pyramide des âges de la population rurale et urbaine.

En général, le pourcentage de la population âgée de

moins de 15 ans est de 4 à 8% plus élevé dans les campagnes

que dans les villes et l’écart a tendance à augmenter.

Bien que la population rurale ait une espérance

de vie moindre, la proportion de personnes

âgées de plus de 60 ans est plus grande dans les campagnes

car bon nombre des ruraux qui émigrent vers

les villes pour travailler reviennent au village terminer

leur vie. L’avantage des villes par rapport aux

campagnes en ce qui concerne le ratio de personnes

à charge était déjà prononcé au départ et vers 1990

l’écart était devenu très grand.

Dans les quatre pays du tableau, la population a

déjà retiré certains avantages de la transition démographique.

Au début, ces avantages sont généralement

moindres dans les campagnes que dans les

villes et ils sont compensés par l'émigration des

adultes vers les villes; dans certains cas, comme en

Égypte, ils sont inexistants. Les zones rurales finissent

par rattraper les villes, mais pour que le ratio travailleurs/personnes

à charge y augmente, il faut accélérer

le recul du taux de mortalité en rééquilibrant les

dépenses de santé en faveur des campagnes et en

créant d’autres incitations à réduire le taux de fécondité

59 . Il convient donc de mettre en œuvre des

mesures d’émancipation de la population rurale pour

l’inciter à opter pour une transition démographique

rapide: amélioration des soins de santé et de la nutrition,

accès à la contraception, amélioration de perspectives

de travail et de scolarisation des femmes. Il

faut que les politiques et les institutions soient plus

favorables aux habitants des campagnes et aux

pauvres si l’on veut que les ruraux pauvres considèrent

la très forte augmentation globale du nombre de

travailleurs par personnes à charge comme un moyen

d’échapper à la pauvreté.

Les perspectives qu’offre cette transition démographique

sont menacées par le SIDA. Aujourd’hui, on

estime que 34 millions d'êtres humains sont séropositifs,

dont les deux tiers environ vivent en Afrique.

Le SIDA était au début essentiellement un problème

qui concernait la population urbaine relativement

aisée, mais dans les pays en développement il affecte

de plus en plus les ruraux pauvres. Dans leur cas en

particulier, on néglige ses effets démographiques, qui

sont considérables. En Afrique, la mortalité touche

surtout les femmes de 15 à 30 ans; le risque de

contracter le SIDA est environ deux fois plus élevé

pour une femme que pour un homme. En conséquence,

le ratio femmes/hommes a beaucoup diminué,

le nombre d’orphelins a considérablement augmenté

et les travaux agricoles à la houe, souvent

tâche traditionnelle des femmes, sont de plus en plus

délaissés. Le SIDA a aussi entraîné dans un premier

temps une chute de la proportion de travailleurs de

moins de 30 ans, évolution qui s’inverse brutalement

lorsque les cohortes vieillissent, si bien qu’à partir du

milieu des années 90, soit 15 ans après le début de

l’épidémie, la proportion de personnes actives de 15 à

30 ans est beaucoup plus grande qu’auparavant, en

particulier dans le cas des femmes 60 . Néanmoins, et

en dépit de son impact dévastateur et de la nécessité

de prendre des mesures volontaristes pour le contenir

et faire baisser la pauvreté rurale, les effets à moyen

terme du SIDA sur la transition démographique sont

minimes. Il n’a guère d’incidence sur la forte augmentation

projetée des ratios adultes/enfants et travailleurs/personnes

à charge, même dans des pays

très touchés par l’épidémie comme le Kenya (tableau

2.3 de l’annexe).

En Inde, où la population rurale représente plus de

70% de la population totale, le VIH se propage plus

vite dans certaines zones rurales que dans les villes.

Dans de nombreux pays d’Afrique, sa prévalence est

du même ordre dans les villes et dans les campagnes.

Les populations vulnérables sont celles qui vivent le

long des grands axes routiers ou dans des zones d’où

de nombreux travailleurs émigrent vers les villes, les

pasteurs nomades et les femmes qui restent à la ferme

tandis que leur mari émigre chaque saison 61 .

Maintenant qu’on ne peut plus considérer que le

SIDA est essentiellement une maladie qui touche les

classes urbaines non pauvres, les problèmes spécifiques

des ruraux et des pauvres en ce qui concerne

l’exposition, le risque de transmission, et donc le

risque de contamination en cas d’exposition et les

conséquences de la contamination deviennent évidents

et alarmants 62 . L’exposition est due essentiellement

à l’émigration des hommes et à la prostitution

des femmes. En cas d’exposition, le risque de contamination

est particulièrement élevé pour les

femmes, surtout si elles ont subi une excision, pour

33


LES RURAUX PAUVRES

les personnes qui ont des lésions dues à des maladies

vénériennes non soignées, celles qui emploient des

contraceptifs autres que les préservatifs et, probablement,

celles dont les défenses immunitaires sont fragilisées,

par exemple en cas de sous-alimentation

grave avant ou peu après la naissance. Lorsqu’une

personne est contaminée, les effets de la maladie sont

d’autant plus graves que les soins médicaux sont

insuffisants, que la personne doit faire des travaux

saisonniers qui ne peuvent pas attendre, qu’elle a une

famille nombreuse et qu’elle possède peu d’économies

et est donc désarmée face à la maladie.

La plupart des pays dans lesquels l’incidence du

VIH/SIDA est particulièrement élevée se trouvent en

Afrique australe, région caractérisée par un exode

massif de travailleurs à la recherche d’emplois dans

les mines. Ce phénomène est fortement accru par

l’inégalité entre les villes et les campagnes 63 et aussi,

probablement, par la stagnation rurale; par conséquent,

les politiques qui visent à remédier à l’inégalité

et à la stagnation réduiront aussi les dégâts causés

par le SIDA. Le rôle de la femme est également

important: si les femmes peuvent exiger l’emploi de

préservatifs, refuser les rapports avec des hommes

contaminés et obtenir que leur mari renonce à la

polygamie, l’incidence de la maladie diminuera.

Quoi qu’il en soit, dans l’immédiat la principale

réponse est d’ordre médical: préservatifs gratuits et

largement distribués, enregistrement des prostituées,

qu’il faut obliger à fournir des préservatifs et contrôler,

et dépistage régulier chez les prostituées et les travailleurs

migrants. Cette politique exige une prise de

conscience des gouvernements, qui ne doivent pas

chercher à cacher la gravité du problème, et une participation

de la société civile, notamment les ruraux

et les pauvres. Le VIH/SIDA continuera de se propager

si l’on ne donne pas suffisamment de soins médicaux

et d’information, si l’on n’offre pas de solutions permettant

d'éviter l'émigration et la prostitution et si

l’on ne réduit pas l’inégalité entre les sexes. Dans des

pays comme le Brésil, le Sénégal, la Thaïlande et

l’Ouganda, des interventions appropriées ont permis

de limiter son incidence.

Il est probable que le VIH/SIDA réduit beaucoup la

fécondité dans un premier temps, en raison de la

modification des comportements sexuels 64 .

Toutefois, cela ne permettra pas aux pauvres de bénéficier

plus rapidement des avantages de la transition

démographique. Premièrement, ces avantages sont

essentiellement dus à l’augmentation du ratio

adultes/enfants, mais le SIDA ne devrait guère avoir

d'effet sur ce plan. Deuxièmement, même si ces

avantages se concrétisent, toute répercussion positive

sur la croissance macroéconomique, et donc sur la

réduction de la pauvreté, se produit par l’intermédiaire

d’une augmentation de la capacité d’épargne,

de travail et de contribution fiscale, ainsi que par une

réduction des besoins de dépenses publiques d’éducation;

ces effets sont noyés par le SIDA du fait que

celui-ci impose de nouvelles dépenses de santé,

réduit la capacité de contribution fiscale et empêche

les malades et ceux qui les soignent d’épargner et de

travailler, les ruraux et les pauvres étant particulièrement

touchés. Troisièmement, les avantages que les

ménages retireraient normalement de la transition

démographique sont effacés par les pertes qu'ils

subissent à cause de la maladie et des souffrances, par

le décès des soutiens de famille et des mères et par les

soins supplémentaires que demandent les malades et

les orphelins. En dépit des incitations à employer des

préservatifs ou à éviter les rapports sexuels durant les

épidémies, les pays touchés par le SIDA en Afrique

n’ont que depuis peu réussi à sortir d’un régime

démographique caractérisé par une fécondité et une

mortalité élevées. Là où le SIDA a entraîné une forte

augmentation de la mortalité des moins de cinq ans,

il est possible que les couples reviennent à un comportement

caractérisé par une forte fécondité, du

moins s'ils n’ont pas été contaminés.

Le SIDA est coûteux en vies et en ressources tant

pour le pays que pour les ménages. En outre, il

absorbe une partie de la main-d'œuvre et des ressources

qui devraient être affectées aux autres soins

de santé et sabote les efforts de réduction de la pauvreté

et de développement. De plus en plus, il s’attaque

aux personnes qui n’ont pas accès aux soins

médicaux, c'est-à-dire les ruraux et les pauvres. Les

mesures de prévention sont connues et sont

employées dans plusieurs pays. Toutefois, malgré son

ampleur, il est peu probable que l’épidémie annulera

les possibilités de progrès et notamment de réduction

de la pauvreté rurale que fait naître la transition

démographique et l’augmentation du ratio travailleurs

et épargnants/personnes à charge.

34


LES RURAUX PAUVRES

Pauvreté transitoire et vulnérabilité: dynamique

à court terme

Les pauvres ne sont pas tous pauvres tout le temps.

En Asie du Sud et de l’Est par exemple, les travaux

de l’Institut international de recherche sur les cultures

des zones tropicales semi-arides dans six villages

du sud de l’Inde ont montré qu’un quart environ

des ménages dont la consommation était insuffisante

n’avaient pas été pauvres l’année précédente

et qu’une proportion similaire ne seraient plus

pauvre l’année suivante 65 . On a observé des situations

similaires dans quatre villages du Pakistan 66 ,

dans quatre provinces rurales de Chine 67 et dans

une enquête sur les ménages en Inde 68 . Ce fait est

illustré très clairement par le suivi d’un échantillon

pendant plusieurs années (tableau 2.4).

En raison de la nature dynamique de la pauvreté, les

politiques à appliquer pour lutter contre une pauvreté

transitoire peuvent être très différentes de celles nécessaires

pour lutter contre la pauvreté chronique. Cette

distinction entre pauvreté chronique et transitoire 69 a

des incidences particulières sur la pauvreté rurale:

• il faut mettre davantage l’accent sur les indicateurs

qui déterminent le bien-être à long terme, tels que

le fait d’être propriétaire d’un terrain;

• il faut faire des comparaisons en employant aussi

bien des données fondées sur un panel que des

séries chronologiques d’un type différent 70 , car la

pauvreté rurale peut fluctuer davantage que la pauvreté

urbaine (du fait qu’elle dépend plus de l’agriculture

et du climat);

• dans l’idéal, il faudrait étudier les migrations, les

envois de fonds des travailleurs émigrés et les variations

saisonnières, dans le cadre d'une analyse de la

dynamique de la pauvreté; et

• il faut prendre des mesures pour améliorer le

ciblage des aides, lisser la consommation et offrir

des services d’assurance, ainsi que pour déterminer

qui dans le ménage subit le plus les effets des variations

de revenus, et comment.

Tableau 2.4: Ampleur de la pauvreté transitoire et chronique

Proportion de ménages

Nombre d’observations Pauvres en Occasionnellement Jamais

Date de l’étude dans le panel permanence pauvres pauvres

Afrique occidentale

et centrale

Côte d’Ivoire 1985-1986 2 14,5 20,2 65,3

Côte d’Ivoire 1986-1987 2 13,0 22,9 64,1

Côte d’Ivoire 1987-1988 2 25,0 22,0 53,0

Afrique orientale

et australe

Afrique du Sud 1993-1998 2 22,7 31,5 45,8

Éthiopie 1994-1995 2 24,8 30,1 45,1

Zimbabwe 1992/93- 4 10,6 59,6 29,8

1995/96

Amérique latine

et Caraïbes

Chili 1967/68- 2 54,1 31,5 14,4

1985/86

Asie de l’Est et Pacifique

Chine 1985-1990 6 6,2 47,8 46,0

Inde 1968/69- 3 33,3 36,7 30,0

1970/71

Inde 1975/76- 9 21,8 65,8 12,4

1983/84

Pakistan 1986-1991 5 3,0 55,3 41,7

Note: Les enquêtes se fondent sur le seuil de pauvreté national et sur des périodes différentes et ne sont donc guère comparables.

Source: Baulch et Hoddinott 1999.

35


LES RURAUX PAUVRES

Il existe plusieurs enquêtes par panel récentes qui suivent

les variations à court terme du niveau de vie des

pauvres et des quasi-pauvres (tableau 2.4 de l’annexe)

71 . Pour définir une politique de lutte contre la

pauvreté, il faut se poser trois grandes questions 72 .

Qui sont les pauvres?

De nombreuses personnes considérées comme

pauvres au moment d’une enquête ne le seraient pas

à un autre moment. C’est pourquoi, à tout moment,

dans les pays en développement, il y a beaucoup plus

de gens exposés à la pauvreté que de gens qui sont

vraiment pauvres et ceux qui vivent effectivement

dans la pauvreté ne sont généralement pas considérés

comme exposés à la pauvreté. Le tableau 2.4

montre qu'entre un quart et un tiers des ménages

deviennent pauvres ou cessent de l’être durant l’année

de l’enquête.

Là où l’approvisionnement en eau est très irrégulier,

la proportion de pauvres transitoires est beaucoup

plus élevée dans les campagnes que dans les

villes. L’estimation de l’incidence de la pauvreté

chronique va de 3% des ménages (Pakistan,

1985-1990) à 54% (Chili, 1967-1985). L’incidence de

la pauvreté transitoire quant à elle va de 20-22 %

(Côte d’Ivoire, 1985-1988) à près de 66 % (Inde,

1975-1983). Soulignons que l’estimation de la pauvreté

chronique ou transitoire dépend du niveau

auquel est fixé le seuil de pauvreté, car il est peu probable

que la mobilité soit la même dans toute la

distribution.

L’expérience de la pauvreté

La pauvreté varie dans le temps sous différents

angles. a) La profondeur de la pauvreté chronique

elle-même varie selon les années. b) La pauvreté

absolue peut être plus liée à la pauvreté transitoire

que la pauvreté relative, c’est-à-dire que le fait d’être

parmi les plus pauvres peut être plus durable que le

fait d’être absolument pauvre. c) Une partie de ceux

qui réussissent à sortir de la pauvreté y retombent: il

faut se demander si la pauvreté transitoire correspond

à des personnes qui ne cessent de franchir le

seuil de pauvreté dans les deux sens, si elle n'est

qu'un incident sans lendemain ou si les mêmes personnes

malchanceuses subissent de nombreuses

périodes de pauvreté.

Tout cela est important, car les différentes formes

de pauvreté chronique et transitoire peuvent appeler

des remèdes différents. La connaissance des facteurs

liés à ces changements de situation nous permet de

cibler les politiques de lutte contre la pauvreté dans

l’intérêt de certains groupes particulièrement vulnérables.

Par exemple, les personnes qui sombrent dans

la pauvreté après avoir perdu un emploi ou en cas de

modification de la situation familiale (en particulier

naissance, divorce ou veuvage) ont besoin de systèmes

de garantie de l’emploi complétés par un appui aux

mères et aux femmes qui sont chefs de famille. Nous

pouvons intervenir plus efficacement si nous connaissons

la fréquence et la durée des périodes de pauvreté

pour les différentes catégories de ménages. Des

périodes brèves et récurrentes de pauvreté nécessitent

des mesures telles que sécurité sociale, crédit et assurance

pour aider les foyers vulnérables, ou dans certains

cas un renforcement de l’aide alimentaire aux

enfants, ou encore la distribution de variétés ou d’espèces

plus robustes. Lorsque les périodes de pauvreté

sont durables, il peut être nécessaire de mettre en

œuvre des politiques visant à accroître les ressources

des pauvres, telles qu'éducation, réforme foncière ou

amélioration des pensions d’invalidité ou de vieillesse.

De plus, les victimes de la pauvreté, transitoire ou

chronique, selon qu’elles sont des adultes ou des

enfants, ou qu'elles travaillent une terre irriguée ou

non, n’ont pas toutes la même capacité de résistance

et ne sont pas toutes aussi aidées par des mesures

visant à influencer les interactions entre pauvreté,

durée de la pauvreté et caractéristiques individuelles.

De plus, la pauvreté transitoire peut souvent se

transformer en pauvreté chronique lorsqu’elle se

répète trop souvent. Il faut que les décideurs sachent

quels sont les facteurs déclenchant ce genre de situation

dans chaque région et cherchent à appuyer de

façon rationnelle les tentatives que font les pauvres

eux-mêmes pour éviter les épisodes de pauvreté ou y

faire face 73 .

Les explications de la pauvreté

On trouvera au tableau 2.4 de l’annexe une récapitulation

des explications les plus récentes de la pauvreté

fournies par les enquêtes sur la base de panels, qui

sont toutefois provisoires et varient beaucoup selon

les pays.

36


LES RURAUX PAUVRES

HISTOIRE RÉCENTE DE LA PAUVRETÉ RURALE

ET DE LA RÉACTION DES BAILLEURS DE FONDS

Les indicateurs de bien-être en zone rurale se sont

améliorés, mais les écarts entre les villes et

les campagnes sont importants et ne diminuent pas

Les campagnes ont généralement moins accès que les

villes à de l’eau propre, à des réseaux d’assainissement

et à certains services de santé (tableau 2.5). Les données

sont très lacunaires, mais apparemment les différences

sont en général plus grandes en Afrique

occidentale et centrale qu’ailleurs. En Éthiopie, au

Niger et en Sierra Leone, en 1990-1997 moins de

10% de la population rurale avaient accès à des

réseaux d’assainissement suffisants.

Le taux d’analphabétisme des plus de 15 ans a

considérablement baissé dans tous les pays pour lesquels

nous disposons de données rurales et urbaines

pour au moins deux années depuis 1950 (tableau 2.6).

Néanmoins, entre 1987 et 1995, plus de la moitié des

ruraux de plus de 15 ans étaient analphabètes dans

une grande partie de l’Asie, du Proche-Orient et de

l’Afrique du Nord. Malgré le fait qu’au départ déjà la

pénurie d’écoles rurales était beaucoup plus grande

dans les campagnes que dans les villes, les disparités se

sont accrues. Le rapport campagnes/villes du risque

d’analphabétisme s’est accru entre les années 70 et les

années 90 dans les huit pays d’Asie pour lesquels on

dispose de données, que ce soit pour les femmes, pour

les hommes ou pour l’ensemble des adultes; il en va

de même pour presque tous les pays d’Amérique

latine et pour une grande majorité de trois pays du

Proche-Orient et d’Afrique du Nord 74 . En ce qui

concerne la santé, il existe peu de données comparables

mais, dans le cas de 12 pays en développement

pour lesquels on dispose de données, on constate que

le ratio mortalité rurale/mortalité urbaine parmi les

moins de cinq ans est passé de 1,4:1 au milieu des

années 70 à 1,6:1 au milieu des années 80 75 .

Le recul inégal de la pauvreté rurale

Il y a aussi une grande différence entre les villes et les

campagnes en ce qui concerne le niveau de pauvreté

(tableau 2.1 de l’annexe). Il est difficile de faire des

comparaisons, car on emploie des seuils de pauvreté

nationaux (il est difficile de définir les seuils de pauvreté

urbains et ruraux) et la définition du mot

‘urbain’ n’est pas la même partout. Quoi qu’il en soit,

la pauvreté urbaine est manifestement moins répandue

et en moyenne moins grave que la pauvreté

rurale 76 . La plupart des données nationales se fondent

sur un seuil de pauvreté national et sur des

besoins nutritionnels déterminés au niveau national

ainsi que sur une hypothèse de la proportion des

dépenses non alimentaires dans le budget minimum.

Le tableau 2.2 de l’annexe récapitule l’évolution de la

pauvreté rurale et urbaine, de la croissance et des

revenus, ainsi que la répartition sectorielle pour les

pays pour lesquels on dispose de ces données. Nous

pouvons en tirer quelques conclusions générales (le

tableau 2.7 les résume).

• L’écart entre les villes et les campagnes reste important

en Amérique latine, bien que le niveau moyen

des revenus y soit beaucoup plus élevé qu’en

Afrique ou en Asie du Sud et en dépit d’un certain

recul de la pauvreté rurale et urbaine. Cela est dû

en partie au fait que le seuil de revenu retenu par

ces pays est plus élevé, mais aussi à une plus grande

inégalité 77 .

• C’est en Asie que la pauvreté, tant rurale qu’urbaine,

a reculé le plus vite, en particulier mais pas

uniquement en Asie de l’Est; toutefois, à l’échelle

de l’ensemble de la région la proportion ruraux

pauvres/citadins pauvres augmente depuis 1980,

notamment en Chine.

• Dans la plupart des pays d’Afrique (sauf l’Éthiopie et

l’Ouganda), la pauvreté n’a guère reculé depuis la fin

des années 70, mais le ratio pauvreté rurale/pauvreté

urbaine, qui était exceptionnellement élevé, a chuté.

• Le rythme du recul de la pauvreté, et sa réaction à

l’accélération de la croissance économique, ont

considérablement diminué depuis la fin des années

80 par rapport à la période 1975-1988.

• Il y a eu une forte augmentation de la pauvreté, en

particulier dans les régions agricoles, dans dix pays

en transition depuis la fin des années 80 78 . Cela est

dû à l’effondrement des dispositifs de protection

sociale et au fait que les pouvoirs publics ont cessé

de verser des subventions aux pauvres, sans pour

autant réformer l’agriculture, ou n'ont pas entrepris

de réformes agraires égalitaires, sauf en Albanie, en

Arménie, en Roumanie et au Viet Nam.

Ces conclusions générales peuvent recouvrir de nombreuses

différences entre les régions en matière d’évolution

de la pauvreté. Ainsi, en Chine, même si la

37


LES RURAUX PAUVRES

Tableau 2.5: Accès à l’eau et à l’assainissement ainsi qu’aux services de santé

Afrique occidentale et centrale

Burkina Faso

Cameroun

Ghana

Guinée-Bissau

Mauritanie

Niger

Nigéria

Sénégal

Sierra Leone

Tchad

Afrique orientale et australe

Éthiopie

Kenya

Lesotho

Madagascar

Ouganda

Zambie

Zimbabwe

Asie et Pacifique

Bangladesh

Cambodge

Chine

Inde

Indonésie

Kazakhstan

Malaisie

Mongolie

Népal

Pakistan

Philippines

Sri Lanka

Thaïlande

Viet Nam

Amérique latine et Caraïbes

Bolivie

Brésil

Chili

Colombie

Costa Rica

Équateur

Guatemala

Honduras

Nicaragua

Panama

Paraguay

Pérou

République dominicaine

Trinité-et-Tobago

Venezuela

Proche-Orient et Afrique du Nord

Algérie

Maroc

Tunisie

a/ UNICEF 1999. b/ Banque mondiale 1999b. c/ UNICEF 1996.

n.d. Non disponible.

Assainissement satisfaisant Eau de boisson salubre Services de santé

(1990-1997) a/ (1995) b/ (1985-1995) c/

Villes Campagnes Villes Campagnes Villes Campagnes

41 33 n.d. n.d. 100 89

64 36 n.d. 30 44 39

62 44 88 52 92 45

n.d n.d 38 57 n.d. n.d.

44 19 87 41 72 33

79 5 70 44 99 30

50 32 80 39 85 62

71 15 90 44 n.d. n.d.

17 8 58 21 90 20

n.d. n.d 48 17 64 n.d.

97 7 n.d. n.d. n.d. n.d.

69 81 n.d. n.d. n.d. 40

56 35 64 60 n.d. n.d.

68 30 n.d. n.d. 65 65

75 55 60 36 99 42

94 57 66 37 100 50

96 32 n.d. n.d. 96 80

83 38 49 n.d. n.d. n.d.

n.d. 9 20 12 80 50

74 7 n.d. n.d. 100 89

70 14 n.d. 82 100 80

77 49 87 57 n.d. n.d.

100 98 n.d. n.d. n.d. n.d.

94 94 100 86 n.d. n.d.

99 74 100 68 n.d. n.d.

28 14 61 59 n.d. n.d.

93 39 85 56 99 35

89 63 91 81 77 74

68 62 88 65 n.d. n.d.

97 94 94 88 90 90

43 15 n.d. n.d. 100 80

74 37 88 43 77 52

80 30 80 28 n.d. n.d.

90 99 47 n.d. n.d.

97 56 90 32 n.d. n.d.

95 70 100 99 100 63

95 49 81 10 70 20

95 74 97 48 47 25

n.d. 57 91 66 80 56

34 35 93 28 100 60

n.d. n.d. 99 73 95 64

65 14 70 6 90 38

89 37 91 31 n.d. n.d.

76 83 88 55 84 67

99 98 100 88 100 99

64 30 79 79 n.d. n.d.

99 80 n.d. n.d. 100 95

94 24 97 20 100 50

96 52 100 76 100 80

38


LES RURAUX PAUVRES

pauvreté rurale a considérablement reculé, une partie

du nord-ouest du pays reste extrêmement pauvre.

Globalement, la politique de préférence envers les

villes n’a guère changé à l’échelle mondiale depuis la

fin des années 70, ce qui condamne les habitants des

campagnes à être plus pauvres, moins instruits et en

moins bonne santé. Ce n’est qu’en Afrique subsaharienne,

où l’inégalité était la plus grande, et encore

seulement en ce qui concerne la consommation, que

les disparités ont systématiquement diminué. Comme

la libéralisation et la mondialisation tendent à freiner

la baisse des prix des produits agricoles, ce sont

d’autres facteurs qui ont pénalisé les pauvres.

La pauvreté, et notamment la pauvreté rurale, a

beaucoup chuté entre 1975 et 1988 et elle continue de

baisser, même si c’est plus lentement, pour les populations

tant urbaines que rurales d’une grande partie

de l’Asie et de quelques autres régions. Toutefois, les

Tableau 2.6: Taux d’analphabétisme

Personnes analphabètes de plus de 15 ans, pourcentage de la population

Année Total Hommes Femmes

Villes Campagnes Villes Campagnes Villes Campagnes

Asie de l’Est et du Sud

Bangladesh

Chine

Inde

Népal

Pakistan

Philippines

Sri Lanka

Thaïlande

Amérique latine et Caraïbes

Bolivie

Brésil

Costa Rica

Guatemala

1961 62,5 84,9 53,6 77,2 75,2 93,0

1974 51,9 76,6 37,5 65,4 66,9 87,9

1981 51,9 74,6 42,0 64,6 65,9 84,7

1991 37,7 69,6 27,3 57,9 47,5 80,0

1982 17,6 37,8 9,5 23,1 26,4 53,2

1990 12,0 26,2 6,1 15,7 18,4 37,1

1971 40,1 73,6 27,9 60,4 55,1 87,5

1991 a/ 26,7 55,3 18,9 42,1 35,9 69,4

1981 52,6 81,3 40,3 70,4 67,0 92,4

1995 b/ 35,8 64,2 22,7 49,9 49,5 77,6

1961 63,3 84,2 52,6 74,7 78,9 94,6

1981 52,6 83,2 43,1 73,9 64,1 93,4

1994 c/ 43,0 n.d. n.d. 72,5 n.d. n.d.

1970 c/ 7,2 21,3 6,0 19,8 8,2 22,8

1990 2,7 10,3 2,4 9,6 3,0 11,0

1971 14,1 25,0 9,4 15,5 19,7 34,9

1981 6,6 15,2 4,4 10,0 8,9 20,5

1970 12,3 22,9 6,3 13,9 18,1 31,6

1990 3,3 7,5 1,9 5,0 4,5 9,9

1976 16,0 55,3 6,6 37,7 24,3 67,8

1992 8,9 36,1 3,7 23,0 13,5 49,4

1976 14,4 40,6 12,0 39,4 16,6 41,9

1991 10,7 31,1 n.d. n.d. n.d. n.d.

1950 8,1 27,9 6,1 26,7 9,7 29,3

1973 4,9 17,0 4,0 16,6 5,7 17,5

1973 28,2 68,6 20,0 59,9 35,5 77,6

1994 16,8 47,8 11,2 38,5 21,6 56,9

Proche-Orient et Afrique du Nord

Algérie

1971

1987

58,8

42,9

81,1

71,2

42,0

29,5

66,5

55,8

74,2

56,2

94,0

87,2

Maroc

1971

1994

61,3

41,1

88,5

79,3

45,6

27,7

78,1

65,5

75,8

53,8

98,7

92,3

Tunisie

1975 49,5 75,4 36,9 61,9 62,1 89,2

1989 31,9 60,0 21,9 44,9 42,4 75,1

a/ Enfants de plus de 7 ans. b/ Enfants de plus de 6 ans. c/ Enfants de plus de 10 ans. n.d. Non disponible.

Source: UNESCO, Annuaire statistique, diverses parutions.

39


LES RURAUX PAUVRES

Tableau 2.7: Évolution de la pauvreté rurale par pays

Évolution de la pauvreté rurale

(1980-1999)* AOC AOA AEP ALC POAN EE et Ex-URSS

Pas de déclin notable

Déclin mais reste élevée

Déclin initial puis

stagnation

Déclin appréciable

Augmentation

Pas de tendance évidente

Burkina Faso Kenya Bangladesh Pérou

Cambodge

Philippines

Mauritanie Zambie Pakistan Colombie

Équateur

Guatemala

Honduras

Inde

Nigéria

Éthiopie Chine Maroc

Ouganda Indonésie Tunisie

Malaisie

Sri Lanka

Zimbabwe République Algérie République

dominicaine

kirghize

Roumanie

* Il s’agit en gros de la période pour laquelle on dispose de données. Elle peut être différente dans le cas de certains pays.

Sources: Voir tableau 2.2 de l’annexe.

inégalités entre villes et campagnes, qui sont à la fois

inefficientes et inéquitables et qui pénalisent les

zones rurales où la plupart des pauvres vivent encore,

n’ont pas tendance à s’estomper dans la plupart des

pays en développement.

Une des grandes questions est de savoir comment

lutter contre la pauvreté en intégrant les pauvres,

qu’ils habitent à la ville ou à la campagne, dans

les industries manufacturières et les services.

L’Indonésie et la Chine, de même que plusieurs

petits pays d’Asie de l’Est, ont réussi à faire reculer

encore la pauvreté même lorsque la population

active agricole a commencé à diminuer. L’avenir de

la pauvreté rurale et des écarts entre villes et campagnes

dépend de la capacité d’instruire les enfants

des pauvres et de leur donner les compétences nécessaires

pour exploiter la transition. Lorsque cela est

négligé, les perspectives d'évolution à long terme de

la pauvreté rurale et de l’écart de richesse entre les

villes et les campagnes restent sombres. Dans de

nombreux pays d’Asie, le problème apparaît de plus

en plus sous la forme d’îlots de pauvreté à l’échelle

régionale.

L’aide internationale et les ruraux pauvres

L’aide 79 peut réduire la pauvreté de plusieurs façons.

Elle peut être allouée à des pays ou à des secteurs, en

particulier le secteur rural et l’agriculture, dans lesquels

la pauvreté est très fréquente et aigüe. (Cette

aide ne parvient aux pauvres que dans la mesure où

elle n’est pas fongible, c’est-à-dire où elle n’entraîne

pas une réduction des autres ressources consacrées à

la lutte contre la pauvreté, telles que les ressources de

l’État ou des particuliers, ou des flux d’investissement

étranger.) Dans certains pays et dans certains

secteurs, l’aide peut être un moyen efficace de lutter

contre la pauvreté. De plus, même si son allocation

par secteur et par pays laisse à désirer, de même que

son efficience, son volume peut être suffisant pour

faire reculer la pauvreté dans des proportions

notables.

Volume de l’aide et volume de la pauvreté

Entre 1987-88 et 1998, la part de l’aide est tombée de

0,33% à 0,24% du produit intérieur brut (PIB) total

des pays de l’OCDE, qui a beaucoup augmenté 80 ,

alors que l’objectif convenu était de 0,7%. Dans les

40


LES RURAUX PAUVRES

pays à faible revenu, l’aide ne représentait que 1,4%

du PNB, soit 6,90 USD par personne et par an (contre

2,7% en 1992). Néanmoins, elle reste très importante

pour de nombreux pays où il y a une grande pauvreté.

En 1998, le montant net des décaissements

d’aide atteignait 8,6% du PNB des pays d’Afrique

subsaharienne (à l’exclusion de l’Afrique du Sud et

du Nigéria) et 7,3% des pays d’Amérique latine et

des Caraïbes, ce qui représentait respectivement

environ la moitié et un tiers de l’investissement intérieur

brut. En revanche, l’Asie du Sud et de l’Est 81 ,

qui abrite deux tiers de la population pauvre du

monde vivant avec moins d’un dollar par jour, n’a

reçu que 25% du montant net des décaissements, soit

moins de 1% de son PNB et moins de un vingtième

de son investissement intérieur brut 82 . À la fin des

années 90, les flux réels d’aide nets, en particulier à

destination des pays pauvres d’Asie, étaient tombés

bien en dessous du montant nécessaire pour avoir un

effet sensible sur la pauvreté, bien qu’au Sommet

social de 1995 des Nations Unies et dans le cadre du

Comité d’aide au développement de l’OCDE, en

1996, les donateurs se soient engagés à gérer l’aide en

formant des partenariats de lutte contre la pauvreté

pilotés par les différents pays en développement.

Toutefois, dans un certain sens, l’aide étrangère est

importante par rapport au niveau de la grande pauvreté.

Nous avons comparé la pauvreté extrême dans

47 pays pour lesquels il existe des enquêtes fiables

faites autour de 1995 avec le montant net des décaissements

d’aide durant l’année de l’enquête 83 . Dans

cet échantillon, le surcroît de consommation nécessaire

pour sortir de la pauvreté ceux qui consommaient

moins de 1 USD par jour était de 106 milliards

de USD par an. Le montant total des décaissements

d’aide durant l’année de l’enquête a atteint pour ces

pays 339,5 milliards de dollars. Si l’on suppose une

répartition parfaite de l’aide entre les pays bénéficiaires

et entre les pauvres de chaque pays bénéficiaire,

ces décaissements auraient permis de réduire

de 37% le nombre total de personnes consommant

moins de l'équivalent d’un dollar par jour.

Pourquoi, en conséquence, l’aide, vu son niveau

actuel, ne parvient-elle pas à avoir une incidence

majeure sur la pauvreté dans de nombreux pays? La

raison est principalement due aux nombreuses fuites

de l’aide, qui aboutit ailleurs que dans les régions,

pays ou secteurs les plus pauvres, et/ou à son manque

d’efficacité.

Répartition de l’aide par pays et pauvreté

La politique de répartition sape l’efficacité de l’aide

pour la lutte contre la pauvreté 84 . L’aide bilatérale est

influencée par des intérêts commerciaux 85 , privilégie

les anciennes colonies 86 et néglige presque complètement

les grands pays, même si ceux-ci souffrent

Tableau 2.8: Aide et pauvreté extrême par grandes régions, 1998

Personnes consommant moins

PNB par

Région de 1 USD de 1993 par jour Décaissements nets d’aide personne

Tous pays bénéficiaires

Tous pays en

développement

Asie E/SE, Pacifique*

Eur. Est /Asie centr.

ALC

Asie S

Afrique SS

Proche-Orient/

Afrique du Nord**

Nombre en

millions

Pourcentage

de l’ensemble

des pauvres

Incidence de

la pauvreté

dans la région

1 198,9 100,0 –

>1 188,9 >99,0 24,0

278,3 23,2 15,3

24,0 2,0 5,1

78,2 6,5 15,6

552,0 43,6 40,0

290,9 24,2 46,3

5,5 0,5 1,9

Millions

de USD

Pourcentage

du montant

mondial

Pourcentage

du PNB

USD/

personne

41 102 100,0 2,9 8,3

34 449 83,8 3,2 7,5

7 794 18,9 0,7 3,0

5 565 13,5 0,7 14,0

4 388 10,7 7,3 8,8

5 034 12,2 0,8 3,8

12 580 30,6 4,4 21,4

4 607 11,2 0,9 18,1


1 250

1 138

2 110

3 830

490

530

2 220

Notes: * Définition de la Banque mondiale. Si l’on se fonde sur les définitions du rapport du PNUD sur le développement humain, sur ce total

l’Asie de l’Est (Chine comprise) a reçu 2 678 millions de USD d’aide (0,2% du PNB ou 1,9 USD par personne), et l’Asie du Sud-Est et le

Pacifique ont reçu 5 516 millions de USD (1,1%, 10,0 USD). ** Définition du Rapport sur le développement dans le monde; la définition ‘Etats

arabes destinataires d’aide’ du Rapport sur le développement humain est très proche.

Source: Banque mondiale 2000a: Fig. 1 et tableau 1.1; PNUD, 2000: 205, 222.

41


LES RURAUX PAUVRES

d’une pauvreté massive. Le tableau 2.8 montre à quel

point la répartition de l’aide correspond mal à la

répartition de la pauvreté à l’échelle régionale.

Une grande partie de l’aide va à des régions dans

lesquelles le PIB réel moyen est assez élevé et l’incidence

de la pauvreté relativement faible. En 1992

comme en 1998, les pays à revenus intermédiaires ont

reçu 39% de l’aide nette et les pays à faibles revenus

le reste. Compte tenu du faible niveau de leur revenu

moyen et de leur poids dans la répartition de la pauvreté

mondiale, l’Asie du Sud et la Chine reçoivent

une très faible proportion de l’aide internationale;

l’Amérique latine, la Confédération d’États indépendants

et la région Proche-Orient et Afrique du Nord

reçoivent une proportion beaucoup plus élevée et

l’Afrique subsaharienne une proportion un peu plus

élevée.

Cela ne signifie pas nécessairement que l’aide soit

mal allouée. Des pays ou régions moyennement

pauvres qui reçoivent une aide importante peuvent

être mieux capables de l’employer pour éliminer la

pauvreté résiduelle que les pays les plus mal lotis et les

moins aidés. Quoi qu’il en soit, il est frappant de

constater à quel point la proportion de l’aide mondiale

attribuée à l’Inde et à la Chine, et son niveau par

habitant, étaient faibles en 1998 (3,9% et 1,80 dollar

dans le cas de l’Inde et 5,7% et 1,90 USD dans le cas

de la Chine), compte tenu du fait que dans ces pays

vit une proportion considérable des personnes les plus

pauvres du monde (plus de 400 millions et 200 millions

respectivement sur un total de 1,2 milliard) 87 et

qu'ils ont la réputation d’employer l’aide assez efficacement

pour réduire la pauvreté.

Attribuer l’aide en priorité aux pays les plus

pauvres, cela signifie aussi privilégier les pays dans

lesquels la proportion de la population rurale et de

ruraux pauvres est la plus élevée. En 2000, la proportion

de la population dont l’agriculture était la

principale occupation était de 64% en Afrique subsaharienne,

de 55% en Asie du Sud, de 41% en Asie

de l’Est et du Sud-Est et seulement de 21% en

Amérique latine et dans les Caraïbes 88 .

Ces observations sont confirmées par le fait que,

parmi les 47 pays étudiés, ceux où l’écart de pauvreté

est le plus grand sont très mal lotis dans la distribution

de l’aide: il n’y a pour ainsi dire aucune relation

entre la proportion des décaissements bruts que reçoit

un pays et sa proportion de l’écart de pauvreté

extrême mondial, qui était environ de 106 milliards

de USD en 1995. Toutefois, les pays dans lesquels habitent

une grande proportion des pauvres du monde

sont un peu moins défavorisés. La différence entre ces

deux indicateurs est due à la profondeur de la pauvreté.

La répartition de l’aide entre les pays semble

tenir compte dans une certaine mesure du nombre de

pauvres, mais pas de l’acuité de la pauvreté. Par

exemple, le Maroc, la Gambie et l’Algérie ont à peu

près la même proportion de la population pauvre

mondiale, mais en moyenne les pauvres de Gambie

sont environ 46 fois plus pauvres que ceux d’Algérie

et du Maroc. Malgré cela, la Gambie reçoit beaucoup

moins d’aide extérieure que l’Algérie et le Maroc.

On soutient parfois que le fait qu'une forte proportion

de l’aide soit allouée à des pays dans lesquels

la pauvreté est relativement modérée n’est pas grave

puisque dans ces pays les dépenses publiques diminuent

pour compenser l’augmentation de l’aide.

C’est un peu curieux de faire peu de cas de l’aide au

motif que son impact prend en partie la forme d’un

accroissement des dépenses privées plutôt que des

dépenses publiques. D’après les données relatives à

un échantillon de 38 pays, chaque dollar d’aide extérieure

entraîne en moyenne une augmentation de la

dépense publique de 33 cents 89 . Bien entendu, l’augmentation

est beaucoup plus importante dans des

pays très pauvres et très aidés comme le Malawi, le

Mozambique ou le Nicaragua, où l’aide extérieure

représente quelque 30% du PNB et couvre presque la

totalité des dépenses publiques.

Répartition sectorielle et pauvreté

Comme la création d’un emploi agricole coûte beaucoup

moins cher que celle d’un emploi urbain et que

l’agriculture a tendance à employer des pauvres et à

améliorer leur sécurité alimentaire, on peut penser

que le fait d’affecter l’aide à l’agriculture et au développement

rural aura des effets positifs pour les

pauvres s’il accroît la production. Le cas de l’Inde

montre que seule une augmentation de la production

agricole associée à une réduction sensible de la pauvreté

confirme cette hypothèse 90 .

La proportion de l’aide susceptible d’être répartie

par secteur et qui est affectée à l’agriculture, à la

foresterie et à la pêche a beaucoup diminué depuis le

42


LES RURAUX PAUVRES

milieu des années 70, tombant à seulement 20,2%

en 1987-1989 et à 12,5% en 1996-1998 (tableau 2.5 de

l’annexe), alors que 52% des travailleurs (et probablement

plus de deux tiers des pauvres) tirent de ces

activités l’essentiel de leurs moyens d’existence. La

valeur réelle des décaissements nets d’aide en faveur

de l’agriculture à la fin des années 90 ne représentait

que 35% du niveau qu’elle atteignait à la fin des

années 80.

L’aide étant souvent fongible, elle ne permet guère

de promouvoir certaines politiques économiques

plutôt que d’autres, même lorsqu’elle est assortie de

conditions, mais elle peut aider les pays qui ont déjà

opté pour des politiques susceptibles d’accroître son

rendement 91 . Partant de ce constat, les donateurs de

l’OCDE se sont mis d’accord pour coordonner leur

aide et la subordonner à la réalisation d’un objectif

de lutte contre la pauvreté, à savoir réduire la pauvreté

extrême de moitié sur la période de 1995-2015,

et au déficit de financement défini par chaque pays

en développement. Cinq ans après cet accord, il

n’existe aucun partenariat fondé sur ces principes. En

2000, quelques-uns ont commencé à s’esquisser,

principalement dans le cadre des documents de stratégie

pour la réduction de la pauvreté de la Banque

mondiale et du Fonds monétaire international (FMI)

et des huit stratégies nationales visant à réduire la

pauvreté de moitié élaborées sous l’égide de la

Banque asiatique de développement (BAsD). Cela

pourrait apporter une contribution notable à la

réalisation de l’objectif ambitieux qu’est la réduction

de moitié de la pauvreté entre 1995 et 2015, mais uniquement

si l’aide est beaucoup plus concentrée sur

la lutte contre la pauvreté rurale par la promotion de

la croissance de l’agriculture, et en particulier de la

production vivrière, des rendements et de l’emploi,

car le travail, le revenu, la santé et l’amélioration

générale du sort des pauvres en dépendent et c’est

dans ce secteur qu’on a pu obtenir les progrès les plus

spectaculaires. Toutefois, après les premiers progrès,

la situation stagne à nouveau et il est urgent de

redoubler d'efforts.

43


Annexe

Tableau 2.1: Écarts de pauvreté entre les villes et les campagnes (seuils de pauvreté nationaux)

Proportion de pauvres

Indice de l’écart de pauvreté

Campagnes Villes Ratio Campagnes Villes

Afrique occidentale et centrale

Burkina Faso 1994 a/ 51,1 10,4 4,91

Burkina Faso 1998 50,7 15,8 3,21

Cameroun 1984 b/ 32,4 44,4 0,73

Ghana 1987/88 c/ 41,9 27,4 1,53

Ghana 1991/92 33,9 26,5 1,28

Guinée-Bissau 1991 b/ 60,9 24,1 2,53

Mauritanie 1987 a/ 72,1 43,5 1,66

Mauritanie 1996 58,9 19,0 3,10

Niger 1989-1993 b/ 66,0 52,0 1,27

Nigéria 1985 a/ 45,1 29,6 1,52

Nigéria 1992 67,8 57,5 1,18

Nigéria 1985 b/ 49,5 31,7 1,56

Nigéria 1992 36,4 30,4 1,20

Nigéria 1985 c/ 16,1 4,9 3,29

Nigéria 1992 15,4 10,9 1,41

Sénégal 1991 b/ 40,4 16,4 2,46

Sierra Leone 1989 b/ 76,0 53,0 1,43

Tchad 1985/86 b/ 67,0 63,0 1,06

Afrique orientale et australe

Éthiopie 1989-1995 a/ 61,3 40,9 1,50

Éthiopie 1994-1997 45,9 38,7 1,19

Kenya 1992 b/ 46,4 29,3 1,58

Kenya 1992 c/ 46,3 29,3 1,59

Kenya 1994 46,7 28,9 1,62

Lesotho 1993 a/ 53,9 27,8 1,94

Madagascar 1993/94 b/ 77,0 47,0 1,64

Ouganda 1992 a/ 59,4 29,4 2,02

Ouganda 1997 48,2 16,3 2,96

Zambie 1991 b/ 88,0 46,0 1,91

Zambie 1991 c/ 79,1 27,2 2,91 50,1 9,5

Zambie 1996 74,9 34,0 2,20 37,8 11,4

Zimbabwe 1991 a/ 51,5 6,2 8,31

Zimbabwe 1996 62,8 14,9 4,21

Zimbabwe 1990/91 b/ 31,0 10,0 3,10

Asie de l’Est et du Sud

Bangladesh 1983/84 c/ 53,8 40,9 1,32 15,0 11,4

Bangladesh 1991/92 52,9 33,6 1,57 14,6 8,4

Bangladesh 1991/92 b/ 46,0 23,3 1,97

Bangladesh 1995/96 39,8 14,3 2,78

Cambodge 1993/94 b/ 43,1 24,8 1,74

Cambodge 1997 40,1 21,1 1,90

Chine 1978 c/ 33,0 4,4 7,50

Chine 1990 11,5 0,4 28,7

(à suivre)

44


Écarts de pauvreté entre les villes et les campagnes (seuils de pauvreté nationaux) (suite)

Proportion de pauvres

Indice de l’écart de pauvreté

Campagnes Villes Ratio Campagnes Villes

Chine 1994 b/ 11,8


Écarts de pauvreté entre les villes et les campagnes (seuils de pauvreté nationaux) (suite)

Proportion de pauvres

Indice de l’écart de pauvreté

Campagnes Villes Ratio Campagnes Villes

Chili 1995 e/ 14,7 5,6 2,63 4,3 2,1

Colombie 1978 e/ 38,4 12,1 3,17 16,6 4,6

Colombie 1992 31,2 8,0 3,90 13,5 2,4

Équateur 1990 c/ 85,0 47,7 1,78

Équateur 1994 47,0 25,0 1,88

Guatemala 1980 c/ 83,7 47,0 1,78

Guatemala 1986/87 79,7 60,3 1,32

Guatemala 1989 b/ 71,9 33,7 2,13

Honduras 1989 c/ 58,0 51,0 1,14

Honduras 1993 51,0 57,0 0,72

Nicaragua 1993 b/ 76,1 31,9 2,39

Panama 1997 b/ 64,9 15,3 4,24

Paraguay 1991 b/ 28,5 19,7 1,45

Paraguay 1995 e/ 45,3 7,5 6,04 21,5 3,0

Pérou 1994 b/ 67,0 46,1 1,45

Pérou 1997 64,7 40,4 1,60

République dominicaine 1989 b/ 27,4 23,3 1,18

République dominicaine 1992 29,8 10,9 2,73

Trinité-et-Tobago 1992 b/ 20,0 24,0 0,83

Venezuela 1995 e/ 73,1 45,8 1,60 34,6 19,9

Proche-Orient et Afrique du Nord

Algérie 1988 b/ 16,6 7,3 2,27

Algérie 1995 30,3 14,7 2,06

Maroc 1984/85 b/ 32,6 17,3 1,88

Maroc 1990/91 18,0 7,6 2,37

Tunisie 1985 b/ 29,2 12,0 2,43

Tunisie 1990 21,6 8,9 2,43

Yémen 1992 b/ 19,2 18,6 1,03

Europe de l’Est et

ex-Union soviétique

Estonie 1994 b/ 14,7 6,8 2,16

Géorgie 1997 b/ 9,9 12,1 0,82

Kazakhstan 1996 b/ 39,0 30,0 1,30

République kirgize 1993 b/ 48,1 28,7 1,68

République kirgize 1997 64,5 28,5 2,26

Roumanie 1989 b/ 5,9 1,2 4,92

Roumanie 1993 23,4 17,0 1,38

46


Sources:

a/ Demery 1999; données fournies dans Banque mondiale 2000a.

b/ Banque mondiale 2000b.

c/ Lipton et Eastwood 1999: tableau III.1 – voir plus loin pour les

sources originales.

d/ de Haan et Lipton 1999: tableau 4 – voir plus loin pour les

sources originales.

e/ Wodon 1999: tableau I.9, estimations des services de la Banque

mondiale.

f/ Khan 1998: tableaux 6 et 10.

g/ Jha 1999: tableau 4.

Lipton et Eastwood 1999, sources originales:

Ghana: Banque mondiale 1995e: 27.

Nigéria: Banque mondiale 1996a: 22-6.

Kenya: Ayako et Katumanga 1997:7.

Zambie: McCulloch et Baulch 1999.

Bangladesh: Jayarajah et al. 1996: 60.

Chine: Banque mondiale 1992b: ix, 23, 146-7.

Indonésie: Jayarajah et al. 1996: 60.

Malaisie: de Haan et Lipton 1999 et Shari 1992

(N.B.: les données ne sont pas les mêmes que dans Lipton

et Eastwood).

Philippines: Banque mondiale 1995f: 3.

Sri Lanka: Banque mondiale 1995g: 7.

Colombie: Banque mondiale 1994b: 6.

Équateur: Banque mondiale 1995h, vol. 2:7.

Guatemala: Banque mondiale 1995b, annexe 2: tableau 1, données

provenant de la CEPALC.

Honduras: Banque mondiale 1994c, appendice: tableau C12.

de Haan et Lipton 1999 – sources originales:

Malaisie: Ahuja et al. 1997: 14-15.

Pakistan: Banque mondiale 1995i. 52.

Papouasie-Nouvelle-Guinée: Ahuja et al. 1997: 14-15.

Notes:

1) Le seuil de pauvreté

Toutes les données de Demery (1999), Wodon (1999), Khan (1998) et

Jha (1999) sont fondées sur le seuil de pauvreté national. Ce seuil est

calculé à partir des besoins nutritionnels déterminés par chaque pays,

certaines hypothèses étant faites en ce qui concerne la proportion des

dépenses non alimentaires dans le budget minimum nécessaire. Cela

vaut aussi pour toutes les données de Lipton et Eastwood (1999) et de

Haan et Lipton (1999), avec les exceptions suivantes: au Nigéria, le seuil

de pauvreté est égal au tiers de la moyenne des dépenses par personne;

au Ghana, le seuil de pauvreté est égal à deux tiers de la moyenne des

dépenses par personne durant la première année de l’enquête 1987/88;

en Indonésie, le seuil de pauvreté est de 30 USD par jour à PPA; dans le

cas du Guatemala et de la Malaisie, le seuil de pauvreté n’est pas défini

dans la source.

Les données de la Banque mondiale (2000b) se fondent sur le seuil

de pauvreté national, mais on ne sait pas toujours très bien comment

il est calculé.

Les données relatives à la Malaisie figurant dans Lipton et Eastwood

(1999) semblent correspondre à l’incidence de la pauvreté des ménages,

plutôt qu’à un dénombrement. Dans tous les autres cas, les données

correspondent à un dénombrement.

2) Revenus ou dépenses?

Les proportions de pauvres indiquées dans le tableau sont fondées sur

les revenus, sauf dans les cas suivants:

Wodon (1999) et Jha (1999) s’appuient sur les dépenses.

Dans Lipton et Eastwood (1999), les données relatives au Ghana,

au Nigéria, au Kenya et au Sri Lanka sont fondées sur les dépenses.

Les données relatives à l’Équateur sont fondées sur les revenus pour

1990 et les dépenses pour 1994.

Dans de Haan et Lipton (1999), les données relatives au Pakistan et

à la Papouasie-Nouvelle-Guinée sont fondées sur la consommation.

Dans plusieurs autres cas, y compris toutes les données de la Banque

mondiale (2000b) et les données relatives à l’Indonésie et au Bangladesh

fournies par Lipton et Eastwood (1999), on ne sait pas si les auteurs

emploient les revenus ou les dépenses pour mesurer le niveau de vie.

3) Définition des villes et des campagnes

Les définitions employées dans chaque source ne sont pas claires.

Presque tous les auteurs emploient un seuil de pauvreté différent

pour les villes et les campagnes, ce qui est dû au fait que les besoins

nutritionnels et le coût de la vie ne sont pas les mêmes dans les deux

cas. Le Ghana fait exception.

En conséquence, il est impossible de comparer les données

provenant de différentes sources.Toutefois, nous avons cherché à

fournir des données correspondant à plus d’une année pour chaque

source, sauf dans le cas de l’Équateur où les données proviennent

de deux études qui emploient chacune différentes méthodes pour

calculer le niveau de vie des ménages.

47


Tableau 2.2: Évolution et profil de la pauvreté, croissance et redistribution

ASIE ET PACIFIQUE

Pays Période Évolution de la pauvreté I/ Croissance 2/

Bangladesh

1984-1996

Net déclin du nombre de pauvres dans les

campagnes; déclin encore plus rapide du

nombre de pauvres dans les villes, si bien

que le ratio pauvres ruraux/pauvres urbains

a augmenté.

Le taux de croissance a augmenté dans

les années 80 et 90 mais est resté inférieur

aux 7% nécessaires pour obtenir

une réduction durable de la pauvreté.

Cambodge

1993/94 à 1997

Déclin de la pauvreté dans les villes et dans

les campagnes. Légère augmentation du

ratio population rurale pauvre/population

urbaine pauvre.

En dépit d’un certain développement de

l’industrie et du tourisme, l’agriculture

reste la clé de la croissance, mais elle est

vulnérable en cas d’intempéries, comme

en 1996 lorsque des inondations ont fait

tomber le taux de croissance.

Chine

1978-1995

Déclin de la pauvreté rurale et de la pauvreté

urbaine en 1977-1984, mais plus prononcé

dans le cas de la pauvreté urbaine.

Entre 1978 et 1990, le ratio population

rurale pauvre/population urbaine pauvre a

été multiplié par près de 4. La pauvreté

rurale s’est aggravée en 1985-1989 puis a

diminué à partir de 1990.

Les réformes économiques ont entraîné

une forte accélération de la croissance,

ce qui a permis de faire de gros investissements

sociaux.

Inde

1970-1989

Déclin plus rapide du nombre de pauvres

dans les campagnes que dans les villes,

entraînant un déclin du rapport entre l’indice

de l’écart de pauvreté rurale et l’indice

de l’écart de pauvreté urbaine.

La révolution verte a entraîné une augmentation

de la production agricole

mais la production manufacturière a

stagné dans les années 70 et 80.

Indonésie

1976-1995

Un déclin rapide de la pauvreté, en particulier

rurale, a fait diminuer le ratio indice de

l’écart de pauvreté rurale/indice de l’écart

de pauvreté urbaine (1984-1990).

Après la crise pétrolière de 1973, le

poids de l’agriculture a augmenté;l’industrie

manufacturière a subi des revers

dans les années 70 mais depuis son taux

de croissance a été plus élevé que celui

de l’agriculture.

Kazakhstan

1996

On ne dispose pas de données permettant

d’établir des tendances. La proportion de

pauvres est plus élevée dans les campagnes

que dans les villes.

La production s’est stabilisée en 1996

pour la première fois depuis l’indépendance.

Les perspectives sont bonnes car

l’industrie est adaptée à la mise en

valeur des ressources naturelles

[Banque mondiale 3/ ].

Malaisie

1970-1990

La pauvreté a diminué tant dans les villes

que dans les campagnes, mais pas au même

rythme, si bien que les indicateurs de pauvreté

ont divergé (1973-1989).

La croissance a été très irrégulière.

Récession généralisée au début des

années 80, mais croissance de l’agriculture

entre 1976 et 1987. Forte croissance

depuis 1987.

Mongolie

1995

On ne dispose pas de données permettant

d’établir des tendances. En 1995, la proportion

de pauvres était légèrement plus élevée

dans les villes que dans les campagnes.

La libéralisation a stimulé la production

des petites exploitations agricoles et

l’industrie s’est redressée après un

déclin au début des années 90.

Croissance depuis 1994.

48


Redistribution Profil de la pauvreté 3/

Aggravation des inégalités entre villes et campagnes et

entre les différents secteurs, ainsi que de l’inégalité globale.

Il y a eu un certain recul de l’incidence de la pauvreté

dans les villes et dans les campagnes, mais elle reste plus

élevée dans la population rurale que dans la population

urbaine. On observe d’importants écarts d’incidence de

la pauvreté selon les régions. Le fait de ne pas avoir de

terres est la principale cause de pauvreté en milieu rural.

L’inégalité entre les villes et les campagnes a beaucoup

diminué entre 1978 et 1983 grâce à la quasi-privatisation

des terres agricoles. Il y a eu aussi une légère diminution

de l’inégalité urbaine. L’inégalité totale, l’inégalité intrasectorielle

et l’inégalité intersectorielle ont beaucoup augmenté

entre 1983 et 1995 lorsque les réformes ont été

réorientées en faveur du secteur urbain.

À partir de 1983, le ratio population rurale pauvre/population

urbaine pauvre a augmenté et ce phénomène a été

accentué par l’inégalité intra-rurale lorsque les entreprises

des petites villes et des villages ont remplacé l’agriculture

comme moteur de la croissance.

Faible variation de l’inégalité entre les villes et les campagnes;

légère aggravation de l’inégalité urbaine; léger

déclin de l’inégalité rurale.

La pauvreté est un phénomène essentiellement rural. Elle

est associée au sexe, au niveau d’alphabétisation, à la propriété

foncière, à l’emploi, à la caste et à la région géographique.

L’inégalité rurale, l’inégalité urbaine et l’inégalité entre les

villes et les campagnes ont augmenté en 1976-1978.

Depuis 1978, le coefficient de Gini a régulièrement diminué

dans les campagnes tandis que dans les villes et globalement

il a suivi une courbe en U.

La pauvreté est essentiellement rurale mais il y a d’importantes

disparités entre les régions.

La pauvreté est concentrée dans le sud du pays, parmi les

familles nombreuses, les chômeurs et les retraités.

Les inégalités globale, intersectorielle et urbaine ont diminué;

dans les années 70, l’inégalité globale a augmenté en

raison d’une aggravation temporaire de l’inégalité rurale.

(à suivre)

49


Évolution et profil de la pauvreté, croissance et redistribution

ASIE ET PACIFIQUE (suite)

Pays Période Évolution de la pauvreté I/ Croissance 2/

Népal

1995/96

On ne dispose pas de données permettant

d’établir des tendances. En 1995/96, la proportion

de pauvres était près de deux fois

plus élevée dans les campagnes que dans les

villes.

La croissance du PIB est stable et élevée,

mais la contribution de l’agriculture

diminue en raison d’intempéries et du

développement des autres secteurs.

Pakistan

1979-1991

Entre 1984/85 et 1990/91, le recul de la

proportion de pauvres n’a pas été plus rapide

dans les villes que dans les campagnes.

Bonne croissance grâce à l’autosuffisance

pour les céréales alimentaires et à

l’augmentation des dépenses de développement

de l’État.

Papouasie-

Nouvelle-Guinée

1996

On ne dispose pas de données permettant

d’établir des tendances. En 1996, la proportion

de pauvres était près de trois fois plus

élevée dans les campagnes que dans les

villes.

Résultats économiques médiocres en

raison de la dépendance à l’égard des

minéraux et de l’agriculture, qui est

exposée à des phénomènes climatiques

comme El Niño.

Philippines

1957-1991

Comme la pauvreté a reculé plus vite dans

les villes que dans les campagnes, le ratio

campagnes/villes a augmenté en ce qui

concerne tant la proportion de pauvres que

l’écart de pauvreté (1961-1988).

Industrialisation dans les années 80, mais

plus récemment les autorités s’intéressent

davantage à l’agriculture.

République

Kirghize

1993-1997

La pauvreté rurale a augmenté tandis que la

pauvreté urbaine a diminué, si bien que le

ratio proportion de pauvres ruraux/proportion

de pauvres urbains a augmenté.

On ne dispose d’aucune donnée pour

cette période.

RPD Lao

1993

On ne dispose pas de données permettant

d’établir des tendances. En 1993, la proportion

de pauvres était plus de deux fois plus

élevée dans les campagnes que dans les villes.

L’économie lao est essentiellement une

économie de subsistance dont le taux

de croissance est très faible.

Sri Lanka

1970-1991

Déclin de la proportion de pauvres et de

l’écart de pauvreté dans les campagnes,

mais augmentation dans les villes entre

1985/86 et 1990/91.

La libéralisation de la fin des années 70

a entraîné une augmentation des investissements

publics dans le développement

agricole, l’irrigation, etc.

Thaïlande

1962-1992

On ne dispose pas de données permettant

d’établir des tendances. En 1992, la proportion

de pauvres était plus élevée dans les

campagnes que dans les villes (le ratio était

de 1,52).

Forte croissance de l’industrie depuis

les années 60, mais l’agriculture continue

d’apporter une contribution importante

à l’expansion du PIB.

Viet Nam

1993

On ne dispose pas de données permettant

d’établir des tendances. La proportion de

pauvres est plus de deux fois plus élevée

dans les campagnes que dans les villes.

Le Viet Nam a réussi sa transition

économique, obtenant une croissance

rapide. L’expansion de la production

industrielle est supérieure aux objectifs

mais le secteur agricole est en

déclin, bien qu’il emploie une grande

proportion de la population.

50


Redistribution Profil de la pauvreté 3/

Les différents indicateurs (incidence et gravité de la pauvreté

et autres indicateurs sociaux) sont moins bons

dans les campagnes que dans les villes, dans les zones

rurales particulièrement isolées, et parmi les femmes et

dans certaines castes.

Modification négligeable de l’inégalité globale, intra-rurale

et rurale-urbaine entre 1979 et 1985/86. Diminution

importante de l’inégalité entre les villes et les campagnes

entre 1985/86 et 1990/91, compensée en partie par une

augmentation du coefficient de Gini tant dans les villes que

dans les campagnes, ce qui a entraîné une forte augmentation

générale de ce coefficient malgré la réduction des

inégalités entre villes et campagnes.

La pauvreté est plus importante dans les campagnes que

dans les villes et les indicateurs de développement

humain y sont moins bons. Les zones rurales du sud du

Penjab et du Baluchistan sont plus pauvres que celles des

autres provinces.

Courbe en U inversée pour l’inégalité rurale, urbaine et

globale entre le milieu des années 50 et le milieu des

années 80. Net rétrécissement de l’écart entre les villes

et les campagnes entre le milieu des années 60 et le milieu

des années 70. Depuis, tous les indicateurs d’inégalité

ont augmenté.

La pauvreté est essentiellement rurale. La plupart des

pauvres travaillent dans l’agriculture, la pêche et la foresterie.

La pauvreté est essentiellement un phénomène rural.

Près de 80% des pauvres vivent dans les campagnes et

l’écart entre les villes et les campagnes se creuse.

Il y a d’importants écarts de pauvreté entre les villes

et les campagnes. La pauvreté est plus concentrée dans

le sud, où l’on observe aussi des indicateurs moins

favorables en ce qui concerne la nutrition et la santé.

Déclin de l’inégalité entre les villes et les campagnes et de

l’inégalité rurale; inégalité urbaine inchangée.

La pauvreté est essentiellement rurale. Le risque de pauvreté

est particulièrement grand lorsque les membres

actifs de la famille travaillent dans l’agriculture.

Forte augmentation de l’inégalité entre les villes et les

campagnes (73%) entre 1981 et 1992.

La plupart des pauvres vivent dans le nord-est et le nord

du pays, essentiellement dans les zones rurales. Leur activité

principale est l’agriculture.

Une grande majorité des pauvres, concentrés dans les

zones rurales, sont des agriculteurs. L’incidence de la pauvreté

est particulièrement élevée sur la côte du nord et

du centre. L’incidence de la pauvreté est plus élevée que

la moyenne nationale parmi les minorités ethniques.

51


Évolution et profil de la pauvreté, croissance et redistribution

AFRIQUE OCCIDENTALE ET CENTRALE

Pays Période Évolution de la pauvreté I/ Croissance 2/

Burkina Faso

1994-1998

Déclin de la pauvreté rurale et augmentation

de la pauvreté urbaine, si bien que le

ratio proportion de pauvres ruraux/proportion

de pauvres urbains a diminué.

Variations d’une année sur l’autre car

l’agriculture est essentiellement pluviale.

La croissance de l’industrie manufacturière

est limitée en raison de la pénurie

de matières premières et de la nécessité

d’importer les carburants.

Cameroun

1984

On ne dispose pas de données permettant

d’établir des tendances.

La proportion de pauvres est plus grande

dans les villes que dans les campagnes.

Forte croissance jusqu’en 1985, après

quoi les cours du pétrole, du café et du

cacao ont diminué.

Ghana

1988-1992

Forte diminution du ratio pauvreté

rurale/pauvreté urbaine.

Croissance faible mais régulière; expansion

de la production de produits alimentaires

malgré la sécheresse.

Guinée-Bissau

1991

On ne dispose pas de données permettant

d’établir des tendances.

La proportion de pauvres est plus de deux

fois plus élevée dans les campagnes que

dans les villes.

Croissance irrégulière en raison de l’importance

de l’agriculture.

Mauritanie

1987-1996

La pauvreté a diminué tant dans les villes

que dans les campagnes, mais plus vite dans

les villes, si bien que le ratio proportion de

pauvres ruraux/proportion de pauvres

urbains a doublé.

Économie duale composée d’un petit

secteur moderne et d’un vaste secteur

traditionnel (agriculture de subsistance)

vulnérable en cas d’intempéries.

La croissance s’est ralentie.

Niger

1989-1993

On ne dispose pas de données permettant

d’établir des tendances. La proportion de

pauvres est légèrement plus élevée dans les

campagnes que dans les villes.

Des pluies abondantes en 1988 et 1990

ont permis une bonne croissance; le

secteur minier a connu une mauvaise

passe en raison du déclin du cours

mondial de l’uranium.

Nigéria

1985-1992

Déclin de la pauvreté rurale et augmentation

de la pauvreté urbaine, entraînant une

baisse du ratio proportion de pauvres

ruraux/proportion de pauvres urbains.

Augmentation régulière du PIB grâce au

redressement du prix du pétrole et à la

réforme de l’agriculture. L’économie est

très tributaire du prix du pétrole.

Sénégal

1991

On ne dispose pas de données permettant

d’établir des tendances. La proportion de

pauvres est plus de deux fois plus élevée

dans les campagnes que dans les villes.

L’économie s’est redressée en 1990

après une mauvaise campagne agricole

en 1988/89. Mauvaise récolte d’arachide

en 1990/91.

Sierra Leone

1989

On ne dispose pas de données permettant

d’établir des tendances. La proportion de

pauvres est plus élevée dans les campagnes

que dans les villes.

Récession due à l’importance de l’agriculture

de subsistance et au déclin du

secteur minier.

Tchad

1985-1986

On ne dispose pas de données permettant

d’établir des tendances. La proportion de

pauvres est à peu près la même dans les

villes et les campagnes,

Économie agraire tributaire de la pluie,

ce qui a entravé la croissance.

52


Redistribution Profil de la pauvreté 3/

Les pauvres vivent essentiellement dans les campagnes.

L’emplacement géographique est un bon indicateur de

pauvreté.

Augmentation de l’inégalité urbaine compensée par une

baisse de l’inégalité rurale et de l’inégalité entre villes et

campagnes.

La pauvreté est un phénomène essentiellement rural, mais

l’écart avec les villes se rétrécit. Dans le nord du pays,

les communautés entières sont pauvres, et c’est dans la

capitale, Accra, qu’il y a le moins de pauvres. La pauvreté

est souvent liée au sexe, en particulier dans le nord.

La pauvreté est essentiellement un problème rural,

la plupart des pauvres vivant dans les régions Rural

Norte, Rural Leste et Rural Sul.

La pauvreté paraît plus grave dans les campagnes (en

particulier dans l’est et dans la vallée du Sénégal) que dans

les villes. Près de 30% des ménages mauritaniens ont à

leur tête une femme, ce qui s’explique notamment par un

taux de divorces élevé et par l’émigration à long terme.

En raison de la répartition de la population,

la contribution des campagnes à la pauvreté totale

est plus grande que celle des villes.

La pauvreté est essentiellement rurale, mais la part de la

pauvreté urbaine a tendance à augmenter. C’est dans les

régions du nord qu’on trouve le plus grand nombre de

pauvres.

La pauvreté est un phénomène essentiellement rural

et plus de 80% des ménages pauvres vivent dans les

campagnes.

La Sierra Leone est un des pays les plus pauvres du

monde. En 1992, le revenu par habitant n’était que de

170 USD. La grande majorité des pauvres vivent dans les

campagnes. Les indicateurs sociaux sont parmi les plus

mauvais du monde. L’espérance de vie n’est que de

42 ans, ce qui place le pays à l’avant-dernier rang mondial.

Plus des quatre cinquièmes de la population et une

proportion encore plus grande des pauvres vivent dans

les campagnes.

53


Évolution et profil de la pauvreté, croissance et redistribution

AFRIQUE ORIENTALE ET AUSTRALE

Pays Période Évolution de la pauvreté I/ Croissance 2/

Éthiopie

1989-1995 à

1994-1997

La pauvreté a reculé davantage dans les

campagnes que dans les villes, si bien que le

ratio proportion de pauvres ruraux/proportion

de pauvres urbains a diminué.

L’économie éthiopienne est essentiellement

une économie agricole, très tributaire

de la pluie. La récolte a été bonne

en 1992, grâce à de fortes précipitations,

mais depuis la croissance a été

médiocre en raison de la guerre civile.

Kenya

1992-1994

Diminution du ratio proportion de pauvres

ruraux/proportion de pauvres urbains.

En raison du manque de pluie, des

troubles politiques et d’une crise de

change, la croissance a été négligeable.

Les petits agriculteurs qui travaillent

pour l’exportation ont obtenu de bons

résultats, mais la forte inégalité de

la répartition des terres a aggravé la

situation des pauvres.

Lesotho

1993

On ne dispose pas de données permettant

d’établir des tendances. La proportion de

pauvres est près de deux fois plus élevée

dans les campagnes que dans les villes.

Forte expansion de l’industrie manufacturière.

Importance des envois de

fonds des mineurs émigrés. Déclin

des rendements agricoles en raison

de l’érosion des sols et de mauvaises

pratiques culturales.

Madagascar

1993/94

On ne dispose pas de données permettant

d’établir des tendances. La proportion de

pauvres est beaucoup plus grande dans les

campagnes que dans les villes.

Lent redressement après une période

de stagnation dans les années 80. Déclin

de la part de l’agriculture dans le PIB.

Ouganda

1992-1997

La pauvreté a reculé plus rapidement dans

les villes que dans les campagnes, si bien

que le ratio proportion de pauvres

ruraux/proportion de pauvres urbains

a augmenté.

Bonne croissance grâce à l’amélioration

de la sécurité, mais la production

agricole est très vulnérable en cas

de sécheresse.

Zambie

1991-1996

Déclin de la pauvreté rurale et aggravation

de la pauvreté urbaine; légère diminution

du ratio proportion de pauvres ruraux/

proportion de pauvres urbains, réduction

plus prononcée de l’écart de pauvreté.

En raison de la libéralisation,

l’investissement dans l’industrie

a été insuffisant, d’où un taux de

croissance négatif.

Zimbabwe

1991-1996

Augmentation de la pauvreté dans les

villes comme dans les campagnes, mais

surtout dans les villes, si bien que le ratio

proportion de pauvres ruraux/proportion

de pauvres urbains a diminué de moitié.

Croissance agricole très irrégulière en

raison des sécheresses, mais croissance

assez forte et régulière de l’industrie.

54


Redistribution Profil de la pauvreté 3/

Il y a parmi les pauvres beaucoup de paysans sans

terre, de réfugiés, de personnes déplacées et

de soldats démobilisés. La pauvreté est un phénomène

essentiellement rural.

La majorité des pauvres des zones rurales sont des

agriculteurs de subsistance ou des personnes qui

travaillent essentiellement dans le secteur informel.

Le tiers environ des ménages ruraux pauvres ont à leur

tête une femme veuve, divorcée ou séparée avec enfants.

La pauvreté est essentiellement un phénomène rural et

son incidence est extrêmement élevée parmi les familles

qui vivent de l’agriculture, d'activités informelles ou de

travaux occasionnels. Les garçons souffrent plus que les

filles de la sous-alimentation et sont peu scolarisés.

La pauvreté est plus profonde dans les campagnes que

dans les villes. Les paysans (en particulier les petits

paysans) sont la catégorie la plus pauvre de la population.

La plupart des pauvres sont des jeunes de 7 à 20 ans

non scolarisés.

L’incidence et la gravité de la pauvreté sont plus fortes

dans les campagnes que dans les villes. Les corollaires

de la pauvreté (taille de la famille, ratio de personnes à

charge et analphabétisme) sont plus souvent présents

dans les campagnes. En général, dans les ménages pauvres

le chef de ménage est plus âgé et moins instruit, et est

plus souvent une femme.

Progrès de l’égalité intra-rurale.

La pauvreté est plus fréquente, plus profonde et

plus grave dans les campagnes que dans les villes.

La proportion de pauvres est plus grande dans les

provinces isolées, et plus encore dans les districts les

plus éloignés.

La très grande majorité de pauvres vivent dans les

campagnes. La pauvreté est particulièrement fréquente et

profonde dans les zones arides ou semi-arides du sud et

du nord du Matabeleland et de la province de Masvingo.

55


Évolution et profil de la pauvreté, croissance et redistribution

AMÉRIQUE LATINE ET CARAÏBES

Pays Période Évolution de la pauvreté I/ Croissance 2/

Bolivie

1996

On ne dispose pas de données permettant

d’établir des tendances. La proportion de

pauvres est plus de deux fois plus élevée

dans les campagnes que dans les villes.

L’agriculture joue un rôle clé dans la

croissance. La production économique

augmente mais le taux de croissance

reste inférieur aux 5,6% qu’il faudrait

atteindre pour obtenir un recul sensible

de la pauvreté.

Brésil

1981-1995

Augmentation de la pauvreté rurale et

urbaine (1990-1995); l’augmentation était

plus prononcée dans les campagnes si bien

que le ratio écart de pauvreté rurale/écart

de pauvreté urbaine a augmenté (1990-

1995).

Récession au début des années 80.

Reprise à partir des années 1984, puis

retour de la récession au début des

années 90. Le secteur agricole est très

négligé.

Chili

1987-1994

On ne dispose pas de données permettant

d’établir des tendances. En 1995, la proportion

de pauvres était près de trois fois plus

élevée dans les campagnes que dans les

villes.

Forte croissance à la fin des années 80,

puis ralentissement en 1990 dû aux

mesures de lutte contre l’inflation.

Colombie

1978-1992

Déclin de la pauvreté rurale et urbaine,

mais augmentation du ratio proportion de

pauvres ruraux/proportion de pauvres

urbains.

Croissance stable. La croissance de

l’agriculture a été négligeable dans les

années 90 en raison de la libéralisation

du commerce extérieur.

Équateur

1990-1994

Net déclin de la pauvreté tant urbaine que

rurale, accompagné d’une augmentation

négligeable du ratio proportion de pauvres

ruraux/proportion de pauvres urbains.

La libéralisation du commerce extérieur

a exposé les entreprises équatoriennes

à une forte concurrence.

Guatemala

1980-1986/87

Déclin de la pauvreté rurale, aggravation de

la pauvreté urbaine.

Stagnation au début des années 80

en raison de la chute des prix à

l’exportation et de mouvements

insurrectionnels. L’agriculture a été

plus touchée que l’industrie.

Honduras

1989-1993

Déclin de la pauvreté rurale et aggravation

de la pauvreté urbaine, entraînant une baisse

du ratio proportion de pauvres

ruraux/proportion de pauvres urbains.

Expansion régulière de la production,

plus prononcée dans l’agriculture que

dans l’industrie manufacturière.

Nicaragua

1993

On ne dispose pas de données permettant

d’établir des tendances. La proportion de

pauvres est plus de deux fois plus élevée

dans les campagnes que dans les villes.

Après le déclin des années 80, le

redressement a été plus prononcé dans

l’agriculture que dans l’industrie au

début des années 90.

Panama

1997

On ne dispose pas de données permettant

d’établir des tendances. La proportion de

pauvres est plus de quatre fois plus élevée

dans les campagnes que dans les villes.

Croissance grâce à l’exportation et aux

services. L’agriculture et l’industrie

manufacturière ont du mal à s’adapter

à la concurrence internationale.

L’agriculture a été pénalisée par le

phénomène El Niño.

56


Redistribution Profil de la pauvreté 3/

La pauvreté est associée au manque d’instruction et

est particulièrement fréquente dans la population

autochtone. Dans les zones rurales, les pauvres sont

généralement des ouvriers agricoles, ne possèdent

que peu de terres et n’ont pas accès au crédit et aux

infrastructures de base.

Aggravation de l’inégalité entre 1981 et 1990. Net déclin

de l’inégalité entre les villes et les campagnes, mais sans

changement de l’inégalité rurale, entre 1990 et 1995.

Globalement, l’inégalité rurale et urbaine a augmenté

de 10 à 20%.

Plus de la moitié des pauvres du Brésil vivent dans le

nord-est du pays. En dépit de l’urbanisation, il y a autant

de pauvres dans les campagnes que dans les villes.

La pauvreté touche surtout les jeunes et le quart des

enfants de moins de cinq ans souffrent de sousalimentation

chronique.

Évolution de l’inégalité similaire à celle du Brésil. La forte

baisse de l’inégalité urbaine a compensé l’aggravation de

l’inégalité rurale.

Plus des trois quarts des pauvres vivent dans les zones

rurales. Les pauvres des campagnes sont plus pauvres

que ceux des villes. Importants écarts entre les régions.

La pauvreté est plus prononcée dans les campagnes et

parmi les populations autochtones, en particulier celles

qui vivent dans les hautes terres (sierra) et dans

l’Amazonie, que parmi la population allogène.

La pauvreté est particulièrement fréquente dans les

zones rurales du nord, du nord-ouest et du sud-ouest,

notamment parmi les personnes peu instruites et les

autochtones. Plus de 90% de la population autochtone

sont pauvres.

Aggravation de l’inégalité tant urbaine que rurale.

Diminution de l’inégalité intersectorielle.

La pauvreté est un phénomène essentiellement rural.

La pauvreté est concentrée dans les campagnes et dans

les régions du nord (Jinotega et Matagalpa) ainsi que dans

les Segovias (Esteli, Madrizi et Nueva Segovia).

La pauvreté est concentrée dans les zones rurales, et

surtout parmi la population autochtone.

(à suivre)

57


Évolution et profil de la pauvreté, croissance et redistribution

AMÉRIQUE LATINE ET CARAÏBES (suite)

Pays Période Évolution de la pauvreté I/ Croissance 2/

Paraguay

1991-1995

Aggravation massive de la proportion de

pauvres ruraux et déclin de la proportion

de pauvres urbains, si bien que le ratio a été

multiplié par quatre.

Croissance positive, mais très tributaire

de l’agriculture et donc des conditions

climatiques et du marché international

des produits primaires [Banque

mondiale 3/ ].

Pérou

1994-1997

Le déclin de la pauvreté a été plus prononcé

dans les villes que dans les campagnes, si

bien que le ratio proportion de pauvres

ruraux/proportion de pauvres urbains a

légèrement augmenté.

Forte reprise stimulée par l’investissement

au milieu des années 90.

Expansion entre 1993 et 1995 due au

démantèlement des groupes de guérilla

et à la hausse des recettes minières,

mais mauvaises récoltes en 1997 à

cause du phénomène El Niño.

République

dominicaine

1989-1992

Aggravation de la pauvreté rurale, mais net

déclin de la pauvreté urbaine; le ratio proportion

de pauvres ruraux/proportion de

pauvres urbains a été multiplié par deux.

Croissance très irrégulière, rôle

important de la construction,

du tourisme et des communications.

Trinité-et-Tobago

1992

On ne dispose pas de données permettant

d’établir des tendances. La proportion de

pauvres est légèrement plus élevée dans les

villes que dans les campagnes.

Récession en 1992-1993 en raison de

la baisse de la production de pétrole.

Venezuela

1995

On ne dispose pas de données permettant

d’établir des tendances. La proportion de

pauvres est plus élevée dans les campagnes

que dans les villes.

L’économie est tributaire du prix du

pétrole et l’industrie manufacturière

est importante. La production agricole

est en déclin depuis les années 50,

lorsqu’on a commencé à extraire du

pétrole.

58


Redistribution Profil de la pauvreté 3/

La pauvreté est plus fréquente dans les petites villes

et les campagnes et est associée au manque d’instruction,

au fait que le chef de famille est une femme, à la langue

(personnes qui ne parlent que le guarani) et à la

migration.

La pauvreté est particulièrement importante dans la

population autochtone. Les pauvres ont généralement

soit une activité indépendante soit un emploi salarié dans

le secteur privé. Il y a une association entre le fait de

travailler dans l’agriculture et la pauvreté.

En 1992, il y avait près de trois fois plus de pauvres dans

les campagnes que dans les villes et plus d’un enfant sur

quatre était pauvre.

La pauvreté est également répartie entre les villes et les

campagnes, mais elle est plus grave dans les villes où elle

est associée à une forte criminalité.

59


Évolution et profil de la pauvreté, croissance et redistribution

PROCHE-ORIENT ET AFRIQUE DU NORD (POAN)

Pays Période Évolution de la pauvreté I/ Croissance 2/

Algérie

1988-1995

Doublement de la pauvreté tant urbaine

que rurale.

Croissance négative en raison de

l’effondrement du prix du pétrole en

1985.Amélioration depuis 1995.

Estonie

1994

On ne dispose pas de données permettant

d’établir des tendances. La proportion de

pauvres est plus de deux fois plus élevée

dans les campagnes que dans les villes.

L’économie a commencé à se redresser

en 1994, après l’indépendance (1991).

Géorgie

1997

On ne dispose pas de données permettant

d’établir des tendances. La proportion de

pauvres est plus grande dans les villes que

dans les campagnes.

Le taux de croissance du PIB a diminué

au début des années 90 mais a

recommencé à augmenter entre 1994

et 1997, grâce à la privatisation des

petite entreprises et à l’adoption d’une

loi sur l’accession à la propriété de

terres agricoles, tandis que la libération

du prix du pain a stimulé la production

de blé [FIDA 1999c].

Jordanie

1984/85

à 1990/91

Augmentation de la pauvreté dans les villes

comme dans les campagnes, mais plus

prononcée dans les campagnes entre

1986 et 1992.

Déclin massif de la production durant

cette période, aggravé par la crise du

Golfe.

Maroc

1984/85

à 1990/91

Déclin de la pauvreté dans les villes comme

dans les campagnes, mais plus rapide dans

les villes, si bien que le ratio proportion de

pauvres ruraux/proportion de pauvres

urbains a augmenté.

Accélération de la croissance depuis

1985 après cinq ans de sécheresse;

toutefois, l’économie marocaine étant

essentiellement agricole, la croissance

est irrégulière en raison des

sécheresses.

Roumanie

1989-1993

Rapide aggravation de la pauvreté rurale et

urbaine, plus prononcée dans les villes, si

bien que le ratio proportion de pauvres

ruraux/proportion de pauvres urbains a

diminué.

Croissance négative après la révolution

de 1989. Le programme macroéconomique

de 1993 a permis un

redressement [FIDA 1999c].

Tunisie

1985-1990

Déclin de la pauvreté tant urbaine

que rurale. Pas de modification du ratio

pauvreté rurale/pauvreté urbaine.

Croissance du secteur manufacturier,

mais en 1986 la sécheresse, une invasion

de criquets et des tensions régionales

ont provoqué des difficultés dans

l’agriculture et le tourisme.

Yémen

1992

On ne dispose pas de données permettant

d’établir des tendances. La proportion de

pauvres est légèrement plus grande dans les

campagnes que dans les villes.

Aucune donnée disponible.

Sources: 1) Voir tableau 1.1 de l’annexe.

2) Les chiffres de la croissance proviennent des profils de pays de l’Economist Intelligence Unit, sauf indication contraire.

3) Site Web de la Banque mondiale http://www.worldbank.org/html/extdr/regions.htm.

60


Redistribution Profil de la pauvreté 3/

La plupart des pauvres vivent dans les campagnes, mais la

proportion de pauvres urbains a augmenté.

La pauvreté est généralement plus grave dans les

campagnes que dans les villes. Les ménages ruraux

pauvres n’ont aucun revenu monétaire ou seulement des

revenus très limités, c’est-à-dire que les membres actifs

du ménage sont au chômage ou sous-employés.

La pauvreté est plus fréquente, plus profonde et plus

grave dans les villes que dans les campagnes; elle est

concentrée dans certaines régions et touche surtout

ceux qui ne peuvent pas travailler (personnes inactives,

personnes âgées ou handicapés) ou les chômeurs.

Forte aggravation de l’inégalité dans les villes comme dans

les campagnes.

Stabilité globale de l’inégalité avec un léger déclin de

l’inégalité urbaine.

Inégalité considérable selon les sexes de l’accès aux

activités économiques. L’incidence de la pauvreté est plus

grande dans les campagnes mais seuls un tiers des

pauvres y vivent.

La pauvreté est essentiellement un phénomène rural.

Près de la moitié des pauvres vivent dans des foyers

ayant à leur tête un salarié ou un chômeur, les autres

vivant dans des foyers agricoles ou avec des retraités.

L’incidence de la pauvreté est particulièrement grande

parmi les ménages ayant à leur tête des chômeurs ou

des agriculteurs.

La pauvreté reste un phénomène essentiellement rural.

Il y a d’importantes inégalités entre les régions:

l’incidence de la pauvreté est plus élevée dans le

nord-ouest et le centre-ouest.

La proportion de pauvres est à peu près la même dans

les villes et dans les campagnes.

61


Tableau 2.3: Structure par âge et ratio population d’âge actif (15-59 ans)/reste de la population, 1959-2030

1950


1990

2000

2015

2030


Tableau 2.4: Résumé et principales conclusions des recherches sur la dynamique de la pauvreté

Pays Données Taille de Intervalle Nombre de vagues

l’échantillon du suivi dans le groupe

Afrique

du Sud 1/

Enquête sur la dynamique des revenus

dans le Kwazulu-Natal – Université

du Cap, Natal,Wisconsin et IFPRI

1 400 ménages

1993-1998

2

Burkina Faso 2/

Burkina Faso (zones rurales) –

ICRISAT

150 ménages

1983/84 à

1984/85

2

Chili 3/

Chili (zones rurales) – auteurs

146 ménages

1968-1986

2

Chine 4/

Sud-Ouest de la Chine (zones rurales)

– Office de statistique de l’État

38 000 personnes

1985-1990

6

Côte d’Ivoire 5/

Enquêtes sur la mesure du niveau

de vie en Côte d’Ivoire – Banque

mondiale

700 ménages

1985/86, 1986/87

et 1987/88

2

Éthiopie 6/

Éthiopie (zones rurales) – Universités

d’Addis Abeba et d’Oxford

1 411 ménages

1994/95

3

Hongrie 7/

Divers a/

1 744 à 5 945

ménages

1992-1996 et

1987-1989

2, 5

Inde 8/

Divers b/

100-4 118 ménages

1957/58 à 1984

3, 4, 8, 9

64


Forme de la recherche Indicateur(s) Principales conclusions

de bien-être

Dynamique sociale et pauvreté

Impact des chocs agro-climatiques

sur la dynamique de la pauvreté

Mobilité à travers les différentes

catégories de pauvres, tendances

d’évolution de l’inégalité

Estimation, ciblage et facteurs

déterminants de la pauvreté

transitoire et chronique

Mobilité à travers les catégories

de pauvres; facteurs déterminant les

modifications des dépenses par

habitant dans les ménages

Dynamique de la pauvreté et de

l’alimentation

Mobilité à travers les déciles de

revenus et les catégories de pauvreté

relative; incidence des transferts

publics sur la dynamique de la

pauvreté

Questions méthodologiques soulevées

par le ciblage des pauvres chroniques,

mobilité économique et sociale intra

et intergénérationnelle, degré de la

mobilité à travers les déciles et les

catégories de pauvreté, estimations

et caractéristiques des personnes

chroniquement pauvres, dynamique

de la distribution

Dépenses

Revenus

Revenus

Consommation

Dépenses

Consommation et

indice de masse

corporelle chez les

adultes

Revenus,

consommation

Revenus,

consommation,

consommation

alimentaire, part

de l’alimentation

dans le budget des

ménages, accès à

la terre, métier

L’instruction et le capital social ont apporté de nets avantages

aux ménages en 1998 grâce aux gains d’efficience de

l’économie. L’effet du capital social est important mais moins

que celui de l’instruction.

Les revenus non agricoles accroissent l’inégalité après une

grave sécheresse.

Le nombre de ménages qui ont réussi à échapper à la pauvreté

est plus grand que le nombre de ménages qui y sont tombés.

Il y a une forte association entre la pauvreté chronique et le

fait de vivre dans une région semi-aride, d’appartenir à une

minorité ethnique, de perdre son bétail et de faire partie

d’une famille nombreuse. L’inégalité de revenus vers le haut

est d’autant plus grande que le ménage est plus pauvre.

L’inégalité a diminué en raison de l’élargissement des transferts

publics ciblés.

La variabilité de la consommation explique une grande partie

de la pauvreté. Il faut mieux cibler les mesures en faveur des

personnes victimes de pauvreté transitoire.

Très peu d’habitants, même parmi les plus pauvres, ont réussi

à améliorer leur niveau de vie au milieu d’un déclin général.

Dans quelques catégories socio-économiques, les pauvres

avaient de meilleures chances d’échapper à la pauvreté. Dans

les zones rurales, le capital matériel a une incidence notable

sur les variations de bien-être.

Forte variation saisonnière de la consommation et de l’indice

de masse corporelle. Entre un tiers et la moitié des ménages

ont échappé à la pauvreté. Les ménages ne lissent pas

beaucoup leur consommation, mais se nourrissent mieux

durant les périodes fastes.

Aggravation des inégalités associée à un déclin des revenus

réels. La persistance de la pauvreté touche plus les enfants

que les personnes âgées. Les allocations monétaires ont

protégé de nombreux pauvres mais leur ont rarement permis

d’échapper à la pauvreté.

La consommation actuelle n’est pas toujours un meilleur

indicateur de la pauvreté chronique que le revenu actuel, mais

ils sont tous deux bien meilleurs que d’autres indicateurs

courants tels que la part de l’alimentation dans le budget et

l’accès à la terre. Les ouvriers agricoles sont très exposés à la

pauvreté et n’ont guère de chances d’échapper à leur condition.

La mobilité relative vers le haut est plus grande parmi les déciles

les plus pauvres, mais peu de pauvres échappent à la pauvreté

absolue. Les personnes qui souffrent de pauvreté chronique ne

sont pas nécessairement les plus pauvres. La distribution de la

terre et l’irrigation ont eu une incidence sur la distribution des

revenus, mais les modifications techniques introduites par la

révolution verte n’en ont pas eu.

(à suivre)

65


Résumé et principales conclusions des recherches sur la dynamique de la pauvreté (suite)

Pays Données Taille de Intervalle Nombre de vagues

l’échantillon du suivi dans le groupe

Indonésie 9/

Indonésie – RAND Corp., Université

de Californie à Los Angeles et

Université d’Indonésie

30 000 personnes

1993/94 à 1998

3 c/

Pakistan 10/

Pakistan rural – Institut international

de recherche sur les politiques

alimentaires (IFPRI)

686-727 ménages

1986-1989,

1986-1991

12, 5

Perou 11/

Pérou LSMS – Banque mondiale

et Cuánto

676 ménages

1991-1996

3

Philippines 12/

Philippines (zones rurales) – données

recueillies par IFPRI et al.

448 ménages

1984-1992

5 d/

Russie 13/

Enquête longitudinale sur la Russie 1 –

Université de Californie du Nord

6 300 logements

1992-1994

4

Rwanda 14/

Rwanda rural – Gouvernement

rwandais

270 ménages

1982-1983

4

Zimbabwe 15/

Zimbabwe rural – Kinsey

385 ménages

1982/83 à

1997/98

10

Source: d’après Yaqub 2000.

Notes:

1/ Maluccio et al. 1999a.

2/ Reardon et Taylor 1996.

3/ Scott 1999; Scott et Litchfield 1994.

4/ Jalan et Ravallion 1998; 1999.

5/ Grootaert et Kanbur 1995; Grootaert et al. 1997.

6/ Dercon et Krishnan 1999.

7/ Galasi 1998; Ravallion et al. 1995.

8/ Chaudhuri et Ravallion 1994; Dreze et al. 1992; Gaiha 1988;

Gaiha 1989; Lanjouw et Stern 1991; Lanjouw et Stern 1993.

9/ Frankenberg et al. 1999.

10/ Adams et He 1995; Baulch et McCulloch 1998; 1999.

11/ Cumpa et Webb 1999.

12/ Bouis et al. 1998

13/ Mroz et Popkin 1995.

14/ Muller 1997.

15/ Gunning et al. 1999.

a/ Enquête sur un groupe de ménages hongrois: données

recueillies par Tarki; Enquête sur les budgets des ménages

hongrois: données recueillies par l’Office central de statistique.

Source:Yakub 2000.

b/ Zones rurales du Maharashtra et de l’Andhra Pradesh:

données recueillies par l’ICRISAT; village de Palanpur dans

l’Uttar Pradesh: données recueillies par les auteurs; Inde rurale:

données recueillies par le Conseil national de recherche économique

appliquée.

c/ La troisième vague ne correspondait qu’à 25% de l’échantillon

total.

d/ 1984-1985 pour quatre des cinq vagues.

66


Forme de la recherche Indicateur(s) Principales conclusions

de bien-être

Impact des chocs macroéconomiques

sur le bien-être

Facteurs déterminant l’inégalité et la

mobilité à travers les catégories de

pauvreté, en particulier les ménages

victimes de pauvreté chronique ou

transitoire

Mobilité à travers les catégories

de pauvreté

Répartition des ressources et contributions

à l’intérieur du ménage

Pauvreté et mobilité professionnelle

Méthodologie, estimations et facteurs

déterminant la pauvreté saisonnière,

transitoire et chronique

Dynamique des revenus

Dépenses, emploi,

revenus, éducation,

soins de santé

Revenus et

dépenses

Dépenses

Revenus, apport

alimentaire,

éducation et santé

Revenus

Consommation

Revenus

Les investissements dans la santé et l’éducation des enfants

ont été pénalisés, en particulier parmi les ménages les plus

pauvres.

Les revenus non agricoles représentent entre un tiers

et la moitié (pour le quintile le plus pauvre) du revenu total

et, s’ajoutant aux revenus tirés de l’élevage, réduisent

l’inégalité globale. La majorité des pauvres ne le sont que

transitoirement.

Davantage de mobilité vers le haut que vers le bas.

Les adolescents apportent une contribution majeure

au bien-être de la famille.

Plus de la moitié des ménages ont échappé à la pauvreté

(en termes de revenus) et seuls un quart des très pauvres

le sont restés.

Les crises de pauvreté les plus graves surviennent après la

saison sèche. La pauvreté saisonnière transitoire est grave pour

les ménages proches du seuil de pauvreté, mais ne fait guère

de différence pour les plus pauvres des pauvres chroniques.

Les ménages réinstallés sur des exploitations qui

appartenaient à des fermiers blancs ont pu accroître le

rendement de leurs actifs. L’augmentation des revenus a été

particulièrement prononcée parmi ceux dont les revenus

étaient les plus bas au début de l’enquête.

67


Tableau 2.5: Aide à l’agriculture, à la foresterie et à la pêche (pourcentage de l’aide affectable)

1987-1989 1990-1992 1993-1995 1996-1998

Organisations multilatérales 24,0 15,9 15,2* n.d.

Pays membres du CAD 16,1 13,7 11,6 11,9

Pays membres de l’UE, total 15,4 12,5 12,3 11,0

Ensemble des bailleurs de fonds 20,2 15,3 12,1 12,5

* Moyenne des années 1993 et 1995; les chiffres relatifs aux organisations multilatérales ne sont pas disponibles pour 1994 et 1996-1998.

Source: OCDE/CAD (2000).

Tableau 2.6: Pourcentage de la coopération technique affectée à l’agriculture, à la foresterie et à la pêche

1993 1994 1995 1996 1997 1998

Afrique du Nord

Pays du CAD 22,8 17,8 13,7 13,2 12,2 12,0

Membres de l’UE 26,3 17,9 9,4 10,7 9,6 16,4

Afrique subsaharienne

Pays du CAD 21,7 18,5 16,6 16,2 15,5 12,2

Membres de l’UE 21,7 12,3 14,7 14,9 13,8 11,5

Amériques

Pays du CAD 18,9 24,5 17,5 15,3 15,7 12,1

Membres de l’UE 18,6 19,8 14,5 12,1 12,1 15,5

Asie

Pays du CAD 13,0 14,3 11,9 11,2 12,1 9,2

Membres de l’UE 11,8 13,3 12,2 9,8 11,6 9,2

Moyen-Orient

Pays du CAD 7,8 4,7 6,9 3,8 6,7 6,1

Membres de l’UE 4,9 1,7 5,0 1,4 5,5 4,6

Total de la coopération technique en pourcentage de l’aide aux pays en développement et en transition

1993 1994 1995 1996 1997 1998

Membres de l’UE 22,2 21,8 25,0 24,8 25,6 24,1

Pays du CAD 23,2 21,9 24,7 25,5 26,7 25,1

Source: OCDE/CAD (2000).

68


LES RURAUX PAUVRES

Notes en fin de chapitre

1 Ce seuil de pauvreté, couramment employé pour faire

des comparaisons internationales, tient compte des

différences de pouvoir d’achat entre pays et dans le

temps. Les personnes qui ont ce revenu disposent

d’un pouvoir d’achat global équivalant à 1 USD par

personne et par jour, à valeur constante de 1993.

2 Banque mondiale 2000b.

3 Ravallion 2000.

4 Harris et Todaro 1970.

5 Stark 1991.

6 Epstein 1973.

7 Connell et al. 1976.

8 Birdsall et al. 1995; Clarke 1995; Kanbur et Lustig 1999.

9 ONU 1998: 31, 38.

10 Lipton 1977; 1982.

11 Voir note 1.

12 Shaffer 1999.

13 Glewwe et van der Gaag 1990.

14 Laderchi 1997.

15 Jodha 1988.

16 Sinha et Lipton 1999.

17 Voir Dercon 1998 pour une analyse de l’élevage dans

l’ouest de la Tanzanie.

18 Toutefois, les pauvres appartenant à chaque catégorie

sont hétérogènes et ont souvent plusieurs activités de

subsistance, en particulier là où le travail agricole est

très saisonnier ou incertain.

19 Même là, on trouve des exceptions. Au Guatemala,

près de trois quarts des pauvres vivent à la campagne

et au Nicaragua la proportion dépasse les deux tiers

(Banque mondiale 1995b, 1995c).

20 Rao et al. 1988.

21 Nelson et al. 1997.

22 Bilans alimentaires de la FAO; Lipton 1983b.

23 FAOSTAT 2000; Bilans alimentaires de la FAO;

Barrett 1994; Greeley 1987.

24 Banque mondiale 1995c.

25 de Haan et Lipton 1999.

26 Sahn et al. 1999.

27 Toutefois, ce n’est généralement pas le cas en Afrique

subsaharienne, dans le sud de l’Inde ou en Amérique

latine: Harriss 1986; Lipton 1983a; Swedberg 1989.

28 À propos de l’Asie, voir Lipton et Osmani 1997.

29 Sen 1981; Mitra 1978.

30 Banque mondiale 2000e.

31 Vosti et al. 1991.

32 Tiffen et al. 1994.

33 Banque mondiale 1993.

34 Lipton 1999.

35 Dans les États de l’Arunachal Pradesh, du Nagaland et

de l’Uttar Pradesh, il y a moins de 900 femmes pour

1 000 hommes. Au contraire, en Chine, on observe une

discrimination à l’égard des filles dans la répartition des

services de santé dans la province relativement pauvre du

Séchouan mais pas dans la province plus riche du Jiangsu

(Ahuja et al. 1997).

36 Ces différences (ainsi que le très faible taux d’activité

des femmes dans les zones rurales de certains pays

musulmans) sont exagérées par des déclarations inexactes

mais sont bien réelles.

37 Rosenzweig et Schultz 1982.

38 Dev et al. 1991.

39 Lipton 1983a, Visaria 1980.

40 Krongkaew et al. 1994; Prescott et Pradhan 1997.

41 Banque mondiale 1995d; Firdausy 1994; Balisacan 1994.

42 Wodon 1999.

43 Banque mondiale 1995b.

44 Dev et al. 1991.

45 Banque mondiale 1989.

46 Lipton 1983a.

47 Banque mondiale 1999c.

48 Udry 1996.

49 Saito et al. 1994.

50 Quisumbing 1994.

51 Cela est évident pour les agriculteurs de subsistance,

mais moins pour les plus pauvres des habitants

des campagnes. Ces derniers sont de plus en plus

tributaires du travail salarié et leurs salaires augmentent

généralement moins vite que les prix en période

d’inflation (Mellor et Desai 1985).

52 Sinha et Lipton 1999.

53 Pour ne pas submerger le lecteur de statistiques, nous

ne donnerons dans cette section que des données

fragmentaires sur de nombreux points. On trouvera des

bibliographies et de nombreuses autres données dans

Livi-Bacci et de Santis 1999 et Lipton 1983.

54 Allison et al. 1989.

55 Cette association, que l’on constate aussi dans

de nombreux pays dont on prétend qu’ils sont des

exceptions (notamment en Afrique de l’Ouest), montre

que le lien entre la pauvreté et la taille de la famille n’est

guère affaibli par les économies d’échelle que pourraient

réaliser les familles nombreuses dans leur consommation.

Il est difficile de penser que les personnes qui vivent dans

la pauvreté extrême, pour lesquelles l’alimentation

représente généralement plus de 70 % du budget,

peuvent réaliser des économies d’échelle (Livi-Bacci

et de Santis 1999: 34-41).

56 Bloom et Williamson 1997.

57 En 1980, dans la médiane des pays en développement

il y avait 18,9 % de personnes vivant avec moins d’un

dollar par jour; si le taux de fécondité médian avait

diminué de 4 pour 1000 tout au long des années 80, en

1990 l’incidence de la pauvreté serait tombée à 13,9 %,

cela étant imputable à parts égales à la croissance et aux

effets sur la distribution (Lipton et Eastwood 1999).

69


LES RURAUX PAUVRES

58 Parmi les pays dont les données sont relativement fiables,

il y a eu une diminution modérée à importante du taux

de fécondité totale, de 1,5 à 2 ou plus, depuis 1980 au

Kenya, au Rwanda, au Zimbabwe, au Botswana, en

Afrique du Sud, en Côte d’Ivoire et au Sénégal, et plus

modérée, de 0,5 à 1,5, au Malawi, en Tanzanie, en

Zambie, au Cameroun, au Burkina Faso, au Ghana et au

Bénin (Cohen 1998: 1431-5). Les données des enquêtes

démographiques et sanitaires, généralement assez fiables,

impliquent une baisse du taux de fécondité moins

prononcée mais sensible dans le nord du Soudan

(Cleland et al. 1994) et, pour les femmes âgées de

15 à 34 ans, en Namibie, au Niger, à Madagascar et

en Ouganda (Kirk et Pillett 1998: 5). Parmi les pays

dont les données sont moins fiables, il y a aussi une

diminution moyenne à importante du taux de fécondité

en Éthiopie et au Swaziland, et une diminution modeste

en Érythrée, au Lesotho, en Gambie et en Mauritanie.

Le Mali semble être le seul des pays d’Afrique pour lequel

les données sont relativement fiables où l’on ne constate

aucune baisse du taux de fécondité totale.

59 On peut aussi remédier au handicap des campagnes par

une forte émigration de personnes d’âge actif vers les

villes, qui peuvent envoyer une partie de leur salaire à

leur famille restée à la campagne. C’est bien ce qui se

passe dans une certaine mesure puisqu’il y a un écart

important et croissant entre les villes et les campagnes

en ce qui concerne le ratio de personnes à charge

(tableau 2.3). Toutefois, dans la mesure où il se produit,

ce phénomène ne permet pas aux habitants des

campagnes d’obtenir un revenu, une protection contre

la pauvreté ou un accès à la santé et à l’éducation

comparables à ceux des citadins.

60 Gregson et al. 1994.

61 FAO/ONUSIDA 2000.

62 Basu 1999.

63 Connell et al. 1976.

64 Gregson 1994.

65 Walker et Ryan 1990.

66 Adams et He 1995.

67 Ravallion et Jalan 1996.

68 Gaiha 1989.

69 On considère qu’un ménage est chroniquement pauvre

si son revenu moyen est inférieur au seuil de pauvreté,

tandis qu'il est transitoirement pauvre si son revenu

moyen est supérieur au seuil de pauvreté mais si son

revenu annuel tombe en dessous de ce seuil au moins une

année pendant la période étudiée. On peut aussi définir

les personnes chroniquement pauvres comme étant celles

qui ont été pauvres pendant plus d’un certain nombre

de périodes et les personnes transitoirement pauvres

comme celles qui ont été pauvres pendant un moins

grand nombre de périodes. Gaiha et Deolalikar (1993)

appliquent la deuxième de ces définitions pour leur

analyse des données indiennes.

70 Les données fondées sur un panel proviennent d’enquêtes

qui sont réalisées sur les mêmes ménages chaque année et

qui suivent le nombre et les caractéristiques des personnes

qui tombent dans la pauvreté ou en sortent. Les séries

chronologiques autres que celles fondées sur un panel

consistent à étudier un échantillon aléatoire de ménages

et à suivre les vraies tendances de l’incidence et

des caractéristiques de la pauvreté. Elles ne sont pas

mutuellement remplaçables.

71 Il n’est pas encore possible de faire des généralisations

à partir de la littérature sur la dynamique de la pauvreté

car les études sont trop diverses en ce qui concerne leur

objet, leurs méthodes et leurs données. Les études portent

notamment sur la mobilité relative comparée à la

mobilité absolue, la comparaison entre la pauvreté

transitoire et la pauvreté chronique, les variations de

niveau de bien-être associées aux caractéristiques sociales

des ménages, par opposition à des modifications associées

à des chocs socio-économiques, la dynamique de la

pauvreté d’une saison à l’autre, par opposition à la

dynamique de la pauvreté sur de plus longues périodes,

et le ciblage et d’autres questions de politique publique.

72 Yaqub 2000.

73 Voir par exemple Walker et Ryan 1999; Reardon et

Taylor 1996; Dercon et Krishnan 1999.

74 On ne dispose pour aucun pays d’Afrique subsaharienne

de séries chronologiques sur l’alphabétisation ventilées

entre villes et campagnes. Voir UNESCO Statistical

Yearbooks 1965, 1970, 1980, 1990, 1994 et 1998.

75 Sastry 1997.

76 Les analyses par région et par pays faites plus loin

s’appuient sur les résultats présentés au tableau

2.1 de l’annexe.

77 Deininger et Squire 1998.

78 Milanovic 1998.

79 On considère comme aide internationale l’aide publique

au développement versée à des pays en transition ou

en développement soit sous forme de dons ou sous forme

de prêts comportant un élément don d’au moins 25 %.

L’aide nette est égale au montant brut de l’aide

après déduction du remboursement du principal

des prêts antérieurs. Les ‘décaissements’ désignent l’aide

effectivement versée par les donateurs (par opposition

aux ‘engagements’).

80 Randel et al. 2000.

81 À l’exclusion de l’Asie du Sud-Est mais y compris la

Chine.

82 PNUD (2000): 218-222; Banque mondiale 2000a:

ch. 11.

83 Les 47 pays en question avaient une population totale

de 4,2 milliards de personnes, dont un milliard

consommaient moins de 1 USD par jour à pouvoir

d’achat constant.

84 Burnside et Dollar 1998.

85 White 1996.

86 Alesina et Dollar 1998.

87 PNUD 2000: 224-5: 170; Banque mondiale 2000a:

tableau 1.1.

88 FAO La situation de l’alimentation et de l’agriculture

2000: 226.

89 Beynon 1999.

90 Datt et Ravallion 1996.

91 Dollar et Pritchett 1998.

70

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