Dimension 3 n° 2004/4 (août-septembre 2004)

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Dimension 3 n° 2004/4 (août-septembre 2004)

La coopération belge au développement en Tanzanie

les mauvaises récoltes ont été le point déclencheur de cette famine

et que celles-ci sont la conséquence non seulement du manque

de pluie et de l’invasion d’insectes, mais aussi de la stérilité accrue

de la terre depuis la montée des prix des fertilisants. Le rendement

des champs aurait été certainement meilleur si les paysans avaient

utilisé des techniques agricoles plus évoluées. La quasi-intégralité

de la culture se fait encore à la main, avec comme seul outil une

houe à main ou une machette.

Autres causes sous-jacentes : depuis la libéralisation des marchés,

les fermiers sont à la merci des spéculations. Des privés achètent

les stocks de nourriture lorsqu’ils sont les moins chers, juste après

la moisson, et les revendent à un prix élevé en basse saison. Une

meilleure connaissance du marché et un consensus sur les prix

pourrait résoudre cette situation. L’élevage du bétail ou des

volailles constituerait une alternative de survie importante en cas

de mauvaises récoltes ou durant la saison de soudure (c’est-à-dire

entre deux périodes de récoltes lorsque l’alimentation dépend des

réserves) si on accordait davantage d’attention à leur nutrition et

vaccination.L’enseignement joue un rôle pivot dans la préparation des

jeunes aux dynamiques du développement, or les écoles sont insuffisantes,

trop loin ou trop chères (pour toute la division, une seule

école secondaire). Enfin, les femmes, qui tiennent le rôle principal

dans la production alimentaire, sont pratiquement exclues des prises

de décision. Elles sont aussi les premières à souffrir des effets de la

pauvreté car elles sont moins bien nourries et les fillettes fréquentent

moins l’école.

Au préalable, sensibiliser les populations

locales et les former

Un des villages de Malangali. Un groupe de femmes toutes d’orange

vêtues nous accueille avec des chants et des danses. Une scène

est ensuite jouée dans le dialecte local. Le drame est haut en couleur,

en cris et en gestes et absorbe l’attention de la foule. On

m’explique que j’assiste à une séance de sensibilisation. La scène

raconte l’histoire de « Mama Katuli » qui « est malade et ne peut

quitter le lit. Or la saison des pluies vient de commencer et il faut

impérativement qu’elle aille préparer son champ pour avoir une

bonne récolte. Heureusement, elle est membre d’un groupe qui

viendra l’aider ». Cette histoire est destinée à expliquer aux habitants

du village l’avantage de se regrouper. Le développement de la

région passe en effet par la solidarité entre ses habitants, des

stratégies et des investissements communs.

Une fois que les groupes sont constitués, les formations peuvent

commencer. Elles sont en général données dans le village et

débouchent sur des actions concrètes. La possibilité est également

donnée à des professionnels (menuisier, forgeron, couturier) d’accroître

leurs compétences via des formations intensives en ville. De

même, des orphelins peuvent bénéficier d’une bourse pour suivre 3

ans de formation. C’est le cas d’une jeune fille que j’ai rencontrée qui

a perdu ses parents il y a quelques années. Elle fréquente à présent

les cours de couture et confection d’Incomet. Elle espère ainsi se

constituer un travail qui fasse vivre ses 7 frères et sœurs.

Au terme d’une année, les premiers

résultats…

Au cours de cette première année de travail, des groupes ont suivi

des formations et débuté des actions qui commencent à porter

leurs fruits. Voici, cueillis ça et là au fil des villages de Malangali,

quelques exemples…

Deux champs de maïs. Sur l’un, les plantations ont un mètre de plus

et des épis du double de l’autre. Il s’agit du résultat des semis sélectionnés

et améliorés par Incomet. Un peu plus loin, un fermier

nous montre fièrement un enclos à volaille. Auparavant les poulets

couraient en totale liberté, se nourrissant de ce qu’ils trouvaient.

A présent ils se reproduisent plus vite, sont vaccinés et mieux

nourris. Les oeufs récoltés offrent un apport nutritionnel supplémentaire,

et le produit de leur vente, une sécurité financière.

A l’instar de celui de Delfina (voir p. 10-11), des groupes d’entraide

se sont formés pour partager leurs économies, s’aider mutuellement

aux champs, investir dans des technologies nouvelles comme

la charrue à bœuf. Certains ont démarré un petit business (vente

de boulettes, de bière ou d’œufs) et acheté des animaux. Un forgeron

nous accueille dans sa case. Il a suivi les formations intensives

d’Incomet et est maintenant capable de réparer des vélos et de

fabriquer des charrues à bœufs et des fours économiques. De

même, un menuisier explique qu’il a doublé ses rentes depuis qu’il

a suivi une formation intensive.

Une femme ne se préoccupe que de sa culture de maïs et de fèves et sa survie dépend

uniquement de ces deux récoltes. Durant les quatre mois suivant les moissons, elle

aura de la nourriture à donner à sa famille. Mais de novembre à juin sa réserve est

épuisée et la famille a faim. Ce n’est pas le cas d’autres personnes qui combinent

leurs activités agricoles à d’autres formes de revenus comme l’élevage de poulets.

Elles sont ainsi en mesure de vendre des œufs et de bénéficier de revenus supplémentaires.

En basse saison, elles peuvent acheter la nourriture qui leur manque.

Ces drames, chansons ou poésies sont joués par des villageois. Ils utilisent un

bon et un mauvais exemple afin d’expliquer par des cas concrets l’avantage de gérer ses affaires, de créer de nouveaux

revenus, d’épargner, etc. afin de faire face à l’adversité. Ils sont joués avant les formations qui abordent le

même thème.

© DGCD/M.Vanderheyden

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DIMENSION 3 • LE JOURNAL DE LA COOPÉRATION BELGE • 04/2004

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