Monde Tanzanie - Campaign to End Fistula

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Monde Tanzanie - Campaign to End Fistula

Une vision en blanc

Lusaka, Zambie

Sarah Sukwa, 18 ans, a été mariée alors qu’elle n’avait pas même 15

ans. Elle a quitté le foyer paternel pour aller vivre près de sa belle-mère

dans un village peu éloigné de chez elle. Mme Sukwa était très heureuse

avec l’homme qu’elle venait d’épouser, fermier dans une petite exploitation.

Tombée enceinte aussitôt après son mariage, il l’aidait même dans

l’exécution des travaux ménagers les plus pénibles.

Losqu’elle a compris que son travail avait commencé, elle informa

sa belle-mère, qui l’a recommandée alors à l’accoucheuse traditionnelle.

La belle-mère laissa entendre à Mme Sukwa qu’elle devrait accoucher à

domicile, à l’instar de la plupart des filles du village, en lui assurant que

même des filles de 14 ans l’avaient fait sans problèmes.

Le travail de Mme Sukwa durait depuis deux jours, et elle ne

pouvait ni manger ni boire. Mais point de bébé. Puis on envoya

chercher sa mère.

A son troisième jour de travail, quand sa mère arriva, Mme Sukwa

exigea qu’on l’emmène au centre de santé le plus proche, situé à 15

kilomètres de là. Elle était faible et avait peur de mourir et de perdre son

bébé. Son mari enfourcha sa bicyclette et alla demander conseil auprès

du centre de santé.

Une ambulance fut appelée pour conduire Mme Sukwa à l’hôpital.

Mais c’était trop tard - son bébé était mort.

Deux jours plus tard, son mari la ramena à bicyclette à la maison.

Mme Sukwa se rendit compte que de l’urine s’écoulait de son vagin

sans qu’il lui soit possible de contrôler son écoulement, mais elle était

trop affaiblie pour retourner à l’hôpital. Elle ne savait pas alors qu’elle

avait développé une fistule.

Hélas, les histoires semblables à celles-ci sont légion en Zambie.

Selon les autorités nationales, au moins 500 nouveaux cas de fistule

obstétricale sont enregistrés dans le pays chaque année, une évaluation

plus ou moins exacte basée sur le nombre de femmes nécessitant

un traitement au niveau de divers centres de santé à travers le pays.

Toutefois, la plupart des hôpitaux ne maintiennent pas de documentation,

et seul un nombre réduit garde trace de leur passage. C’est

pourquoi les chiffres reflètent les évaluations du personnel de santé

qui affirment qu’“...il y a de nombreuses femmes atteintes d’une fistule

dans le pays”.

Les survivantes de la fistule ne reçoivent que peu d’aide de la part

des établissements de santé de district et de province en raison de leurs

capacités limitées à fournir des soins complets.

“Nous dépendons entièrement de l’aide des donateurs pour soutenir

le programme de la fistule”, affirme Mary Nambao, spécialiste de la

santé reproductive au Ministère de la santé. “Pour l’instant, il n’y a

pas de financement adéquat pour la prévention et la réparation de la

fistule dans les larges initiatives de santé maternelle dans le pays”,

explique-t-elle.

Pour sensibiliser le public à ce problème, certains groupes d’action

pour une maternité sans risques, appuyés par le Gouvernement, ont

entrepris d’éduquer les communautés sur les questions de santé

reproductive, notamment la lutte contre la fistule. Les membres de ces

groupes, qui sont connus des communautés, encouragent les femmes à

se faire assister par des professionnels lors de l’accouchement, à utiliser

les méthodes modernes de planification familiale pour espacer les

naissances et à éviter les grossesses non planifiées.

Les survivantes retombent sur

leurs pieds

RDC/Libéria/République du Congo

Il faut plus qu’une intervention pour que les survivantes de la fistule se

remettent d’aplomb. D’abord, une période de convalescence, deux semaines

en moyenne, pour qu’une patiente se rétablisse complètement de l’intervention

chirurgicale. Mais c’est souvent en trouvant un travail ou des moyens de

subsistance qu’une patiente retrouve des condtions de vie normales.

En République démocratique du Congo, d’anciennes malades de la

fistule sont devenues aujourd’hui des esthéticiennes et coiffeuses de

talente. Au Libéria, les survivantes de la fistule fabriquent et vendent du

savon, des fleurs, de la pâtisserie, des robes et du tissu. En République du

Congo, l’approche adoptée est plus personnalisée et l’accent est mis sur le

développement des qualités de gestionnaire.

Dans l’ensemble des trois pays, on apprend aussi aux femmes à se

débrouiller dans la vie et à s’en sortir en tournant la page de leur passé

tragique.

“J’ai perdu tout espoir. J’ai été abandonnée par tous les membres de

ma famille. Aujourd’hui, certains d’entre eux reprennent contact avec moi”,

affirme Nyamah

Kollie, 39 ans, une

des survivantes

de la fistule qui a

bénéficié du programme

au Libéria

après avoir vécu

presque 20 ans

avec ce problème

de santé.

Les bouleversements

intervenus dans

la vie de Rebecca

Mambweni sont

frappants. Elle

n’avait que 23

Rebecca Mambweni a bénéficié d’un programme pour

ans lorsqu’elle survivantes de la fistule, qui les forme et les emploie comme

esthéticiennes et couturières. Photo Robin Hammond, Panos/

a commencé un

Campagne pour éliminer les fistules, RDC, 2010.

travail torturant qui

a duré plusieurs jours avant qu’on ne lui retire un foetus mort de l’utérus,

puis elle est devenue incontinente.

“J’ai vécu une année avec la fistule. Je suis restée à la maison avec ma

mère. Quelquefois je la voyais pleurer. Personne ne voulait de moi. Mes

beaux-parents m’ont abandonnée”, dit-elle. “Ils ne voulaient pas payer

pour une intervention réparatrice. Rester à la maison était tout ce que je

pouvais faire. Il m’était impossible de sortir de peur d’uriner sur moi. Quand

je sortais, on se moquait de moi dans la rue, et on me montrait du doigt.

J’étais comme dans une prison. Je pensais quelquefois qu’il valait mieux

pour moi mourir et trouver la tranquillité quelque part ailleurs.”

Aujourd’hui, après l’intervention chirurgicale et la formation reçue en

RDC pour devenir esthéticienne, elle a trouvé un emploi et l’avenir se

dessine en rose: “Je travaille dans ce salon, le Salon de l’espoir. Un jour,

je voudrais vraiment avoir un salon à moi. Je voudrais que tous les gens

qui se moquaient de moi me voient maintenant. Je veux juste avoir une vie

normale”, affirme Mme Mambweni.

dépêches

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