NyM51C

barbilophozia

NyM51C

La revue des gestionnaires

des milieux naturels

remarquables de Franche-Comté

Février 2014

Rainette verte © S. Gomez

édito

n° 18

La grenouille, la vraie grenouille de l’enfance, la verte. Farouche, vive, rusée, prompte à l’esquive. Le chœur des

chants qui monte et s’arrête, puis reprend. C’est quoi ces boules sur le côté de leur corps ? Comment attraper la

bestiole ? Un peu de laine rouge dansant au bout d’une ligne. Elle saute, attrape le pompon. Fébrile, je tire. Elle

atterrit dans le pré au bord de la mare, mais en trois sauts retourne à l’eau devant moi, médusé. Ce jour là, elle

a mordu mon appât, et j’ai été mordu également. Pris de fascination pour cet univers merveilleux, étrange et

proche à la fois, à qui je dois parmi mes plus belles émotions naturalistes.

50 ans plus tard la mare a disparu, comblée depuis bien longtemps. La détérioration brutale ou lente et insidieuse

des milieux, les prélèvements massifs d’espèces protégées, les pollutions diffuses, des pathologies nouvelles

frappent de plein fouet une bonne partie des 18 espèces de batraciens présentes en Franche-Comté. De

sombres nuages s’accumulent sur leur monde, bien au-delà d’ailleurs de notre région et du pays.

L’urgence de l’action, des actions en leur faveur est bien là. Ce numéro de l’Azuré nous montre et montre à tous,

s’il le fallait, que pour cela les volontés ne manquent pas. Des énergies, des passions, de l’imagination, des compétences

scientifiques multiples, fortes comme jamais, s’organisent pour mobiliser et faire face aux multiples

agressions envers cette biodiversité spécifique, et ses biotopes précieux et de plus en plus fragiles.

La tâche sera sans doute longue et difficile, même si nous parions tous que ce travail portera ses fruits. Sans oublier

qu’au delà de la préservation nécessaire des espèces, d’une connaissance scientifique toujours plus approfondie,

doivent continuer à vivre les émotions que procure le contact avec le sauvage, avec « l’autre monde » :

le dessin noir et doré d’un œil de crapaud, la délicatesse tactile des doigts d’une rainette verte, le tableau coloré

des flancs d’un mâle de triton alpestre, le concert magique des alytes…

Car je continue à rêver que des gamins puissent en être encore émerveillés, et aient toujours envie et la possibilité

de jouer à attraper des grenouilles avec un petit bout de chiffon rouge.

Avec le soutien de financier de

Jean-Philippe Macchioni,

réalisateur franc-comtois de documentaires animaliers


c o n n a i s s a n c e

Sonneur à ventre jaune

(Bombina variegata)

© M. Paris

La Franche-Comté

compte 18 espèces

connues d’amphibiens

(voir page 12) sur les

35 espèces présentes

en France.

Panorama de la connaissance

et de la conservation des

amphibiens

en Franche-Comté

La connaissance franc-comtoise

Les premiers travaux régionaux connus sur les amphibiens

sont ceux de Girod-Chantrans et de Guyétant en 1810, respectivement

pour les départements du Doubs et du Jura. Il

s’agissait alors de simples énumérations d’espèces connues

sur un territoire restreint comme, par exemple, le sonneur

à ventre jaune (Bombina variegata), espèce « très commune

dans les eaux stagnantes aux environs de Besançon ». Depuis le

début du XIX e siècle, les documents produits sont partiels et il

faudra attendre l’an 2000 pour voir la parution d’un véritable

état initial à l’échelle de la Franche-Comté, fruit d’un travail

collectif impliquant un réseau de 189 observateurs.

L’atlas commenté de répartition des amphibiens et reptiles

de Franche-Comté, conçu et rédigé bénévolement par plusieurs

membres du Groupe naturaliste de Franche-Comté, a

ainsi permis de regrouper 6 054 données d’amphibiens pour

la période 1984/1999 sur 832 communes. Les répartitions

présentées à l’issue de l’enquête entendaient refléter fidèlement

la distribution réelle des différentes espèces d’amphibiens

de la région. A ces images s’ajoutait un travail de comparaison

des données historiques et d’analyse des pressions

exercées sur la biodiversité qui permettait de dresser, pour la

toute première fois, un bilan objectif du degré de menaces

d’extinction par espèce.

Bien que l’enquête destinée au projet d’atlas ait été close en

1999, la dynamique créée autour des amphibiens et des reptiles

a perduré dans les années 2000 au sein du réseau naturaliste

franc-comtois, qui continue à partager ses observations

herpétologiques. En 2010, l’ouverture à la saisie en ligne des

données herpétologiques sur « Obsnatu la Base » a offert la

possibilité d’actualiser les informations qui ont été utilisées

pour l’atlas mais aussi d’affiner les connaissances de la répartition

des espèces. Depuis la fin de l’atlas, le nombre de données

collectées s’élève ainsi à plus de 11 200 observations

d’amphibiens sur 1 083 communes, dont 7 623 depuis 2010.

Des espèces menacées

Les conclusions du travail mené dans le cadre de l’atlas ont

constitué une base précieuse, complétée par les apports de

connaissance ultérieurs, pour l’établissement d’une « liste

rouge » régionale, validée par le Conseil scientifique régional

du patrimoine naturel. Elle a pour principal but d’alerter

le public, les aménageurs et les responsables politiques sur

l’ampleur du risque d’extinction qui frappe les espèces classées

comme menacées à différents niveaux et d’orienter les

politiques de conservation de la biodiversité. En Franche-

Comté, 8 espèces d’amphibiens sont inscrites en liste rouge.

Depuis quelques années, divers programmes de conservation

des espèces et de leurs habitats (préservation et création

de réseaux de mares, d’habitats terrestres, sauvetages

routiers d’amphibiens...) sont mis en place par les acteurs

associatifs et les collectivités (parmi lesquels le Conservatoire

d’espaces naturels (CEN) de Franche-Comté, la Ligue pour la

protection des oiseaux (LPO) en Franche-Comté, Jura nature

environnement, les Réserves naturelles, les sites Natura 2000,

le Parc naturel régional du Haut-Jura...) souvent soutenus

par les partenaires publics (Etat, Conseil régional, Conseils

généraux, Communautés de communes...). Les paragraphes

suivants présentent certaines opérations visant de manière

spécifique des espèces à enjeu.

Des actions pour les préserver

Le sonneur à ventre jaune (Bombina variegata), amphibien

classé vulnérable sur la liste rouge des espèces menacées en

France et espèce d’intérêt communautaire, fait l’objet d’un

plan national d’action décliné en Franche-Comté depuis

2010. L’état des lieux de la situation de l’espèce a permis de

définir une liste d’actions prioritaires à mettre en œuvre en

région pour sa préservation.

Le crapaud calamite (Bufo calamita), en régression à l’échelle

nationale, et en danger d’extinction en région, est inscrit

quant à lui au sein d’un programme régional de conservation

d’espèces conduit depuis 2009 par la LPO Franche-Comté. Ce

programme vise à mettre en place des mesures de conservation

d’espèces à enjeu régional, en se voulant complémentaire

des autres politiques de conservation de la nature.

Suite à l’actualisation des connaissances sur la répartition de

l’espèce entreprise en 2009, des opérations de préservation,

essentiellement orientées sur le maintien, l’entretien et/ou la


création de mares pionnières, ont été mises en œuvre en lien

avec divers partenaires (EPTB Saône et Doubs, Holcim granulats,

CPIE Bresse du Jura, communes et agriculteurs). Les

stations de plaine, soumises à plus de pressions et donc plus

menacées, sont ciblées comme étant prioritaires. L’espèce est

également prise en compte localement au sein de sites gérés

en faveur de la biodiversité (sites du CEN Franche-Comté,

Espaces Naturels Sensibles (ENS) du Doubs notamment).

La rainette verte (Hyla arborea) est elle aussi une espèce en

danger d’extinction en Franche-Comté. Le niveau de connaissance

atteint en matière de répartition géographique de l’espèce

permet de dresser un constat sans appel. Le rythme des

bouleversements de ses habitats s’est accéléré ces dernières

années (fragmentation importante des paysages, destruction

des milieux favorables...) ce qui a entrainé une disparition rapide

de secteurs encore occupés dans les années 90. L’ENS

du Doubs « Enjeux amphibiens entre Besançon et l’Ognon »

a été créé en priorité en faveur de l’espèce. Il correspond

au noyau de populations de rainette situé le plus en amont

dans la vallée de l’Ognon, bastion alluvial de l’amphibien en

région. La rainette bénéficie également d’opérations menées

au sein d’ENS du Territoire de Belfort, ou encore en vallée de

la Loue. Elle est par ailleurs l’un des modèles biologiques du

programme de recherche GRAPHAB, mené par le laboratoire

ThéMa en lien avec les associations locales. Les recherches

portent sur l’étude des continuités écologiques à échelle régionale,

notamment sous l’angle de l’évaluation de l’impact

d’infrastructures.

18 espèces d’amphibiens

sur les 25 inscrites à la directive

« Habitats-faune-flore » présentent

un état de conservation défavorable

(mauvaise ou inadéquate), selon

l’évaluation de l’état de conservation

des espèces et des habitats d’intérêt

communautaire en France menée en

2013. En Franche-Comté,

10 espèces sont concernées

soit près de 56% des

amphibiens.

On peut

noter la découverte

récente du crapaud vert

(en 2001 puis 2010 en

deux secteurs éloignés du

département du Doubs)

et de la rainette méridionale

(présence probablement

due à une introduction

accidentelle) en 2013.

La grenouille des champs,

contactée (chant) pour la

dernière fois en 1995,

n’a depuis jamais

été retrouvée.

Crapaud calamite

(Bufo calamita)

© M. Paris

Un certain nombre de mesures conduites selon une approche

plus globale des milieux et cortèges d’espèces associés, toutes

aussi primordiales pour la préservation des amphibiens en

Franche-Comté, méritent une attention et un soutien continus.

Il faut mentionner en particulier le programme d’actions

en faveur des mares, porté par le CEN Franche-Comté et l’Office

national des forêts (ONF) (voir page 4), et, pour exemple,

les actions programmées sur le réseau de mares d’Emagny,

Moncley et Chevigney complémentaires de celles de l’ENS du

Doubs pour la préservation de la rainette verte en vallée de

l’Ognon ; mais également les mesures de gestion de zones

humides, de protection des cours d’eau et de restauration

d’habitats de reproduction des sites Natura 2000 et des ENS.

L’ampleur du phénomène de régression qui touche les amphibiens

nécessite la mise en place d’une stratégie globale de

préservation en Franche-Comté. Ceci doit passer par la mise

en œuvre de programmes de suivi permettant notamment

de surveiller l’état de conservation des espèces pour adapter

ensuite les procédures adoptées. Les travaux de connaissance

et de conservation développés ces dernières années

ont d’ores et déjà démontré leur efficacité, en assurant par

exemple localement la préservation de certaines populations,

et nécessitent d’être poursuivis et complétés.

Rainette verte

(Hyla arborea)

© S. Gomez

Obsnatu

la base

est une base de données

participative qui a permis de collecter

depuis sa mise en ligne plus de

7 600 observations d’amphibiens.

Elle permet également de saisir

les observations d’oiseaux,

de mammifères et de reptiles.

http://franche-comte.lpo.fr/

biblio

Nathalie Dewynter, Cyrielle Bannwarth, Hugues Pinston

LPO Franche-Comté - prenom.nom@lpo.fr

• Girod-Chantrand, J. (1810) - Essai sur la géographie physique, le climat et l’histoire naturelle du département du

Doubs. Paris, tome 1 er , XXVI + 303 p.

• Pinston H. & al., 2000. Amphibiens et Reptiles de Franche-comté. Atlas commenté de répartition. GNFC,

Observatoire régional de l’environnement de Franche-comté, Conseil régional de Franche-Comté. 116 p.

2

3


Un programme

pour préserver

les mares

g e s t i o n

de Franche-Comté

Création d’une mare agricole accompagnée d’un système

d’abreuvement du bétail et d’une mise en défens

© C. Moreau

Souvent créées par l’homme et parfois naturelles, les mares

sont de petits écosystèmes au fonctionnement complexe,

véritables réservoirs de biodiversité ! Ces zones humides

représentent un patrimoine fragile, qui devient de plus en

plus rare. C’est pourquoi, le Conservatoire d’espaces naturels

de Franche-Comté s’est associé dès 2005 avec l’Office

national des forêts (ONF), pour mettre en œuvre avec l’aide

de partenaires techniques et financiers, un programme de

sauvegarde à l’échelle de la région : le Programme régional

d’actions en faveur des mares de Franche-Comté (PRAM).

Les mares, des milieux à forts enjeux

Malgré leur faible surface, les mares sont des milieux à forts

enjeux écologiques et paysagers. Elles représentent alors des

zones refuges pour de nombreuses espèces menacées, abritant

une faune et une flore diversifiées. Ce sont également

des habitats de reproduction essentiels, notamment pour les

amphibiens, mais aussi pour de nombreux autres animaux

comme certains insectes.

Les amphibiens utilisent différemment les mares selon la période

de l’année et l’espèce considérée. La majorité hiverne

en forêt et utilisent les mares dès le printemps pour se reproduire.

Certaines espèces, telles que les grenouilles vertes,

vivent dans les mares toute l’année, hivernant enfouies dans

la vase. D’autres, comme la salamandre tachetée (Salamandra

salamandra), pénètrent peu dans l’eau pour se reproduire car

les adultes, mauvais nageurs, n’y vivent qu’à l’état larvaire.

Le PRAM : entre inventaire et actions

Un inventaire régional des mares

En Franche-Comté, le partenariat entre le Conservatoire et

l’ONF assure une complémentarité des compétences sur les

milieux ouverts et forestiers.

La connaissance sur les mares, leur fonctionnement, mais

aussi leur répartition est menée depuis 2005 avec un inventaire

permanent. Des analyses par photo-interprétation cartographique,

des localisations issues de réseaux naturalistes,

une enquête auprès des communes de la région ainsi qu’une

enquête interne à l’ONF auprès des agents territoriaux a

permis d’identifier près de 2000 mares et de définir ainsi

des réseaux fonctionnels de mares de 2005 à 2008. Depuis,

l’inventaire continue au travers d’échanges de données avec

des acteurs de l’environnement mais aussi par des remontées

individuelles sur le module de saisie en ligne du site internet

du PRAM. Plus de 3 894 mares sont aujourd’hui recensées et

géoréférencées.

Une grande diversité d’actions sur 6 réseaux-pilotes de

mares

Pour une efficience des actions de préservation à mener,

des réseaux-pilotes de mares ont été définis afin de mettre

en œuvre des opérations « exemplaires » de conservation,

reconductibles selon divers critères :

• un minimum de 5 mares,

• la connectivité avec comme critère une densité minimale de

5 mares par km²,

• la présence d’au moins une de ces 6 espèces d’amphibiens

d’intérêt patrimonial : triton crêté, triton ponctué, rainette

verte, sonneur à ventre jaune, grenouille agile ou crapaud

calamite.

• l’état de conservation des mares et des zones environnantes,

• les potentialités d’intervention et la faisabilité de gestion

(statut foncier et vocation de la mare),

• une répartition milieu ouvert/milieu forestier représentée

sur les 4 départements.

Six réseaux, totalisant environ 200 mares, ont ainsi été sélectionnés

pour y mettre en place des plans de gestion conservatoire.

Beaucoup d’opérations sont conduites sur ces réseaux-pilotes

depuis 2009 et la protection des mares trouve

un écho au travers d’actions de conventionnement et de

reprise d’un usage.

Les opérations de gestion sont diverses : curage, reprofilage

des berges en pente douce, mise en défens, mise en place de

système d’abreuvement du bétail, création de mares, amélioration

de la connectivité, plantation de haies, etc. Un suivi de

ces actions est réalisé au travers de fiches photographiques

d’évolution de la dynamique de végétation.

Informer le grand public et les acteurs de l’aménagement

du territoire

Un volet important du PRAM est consacré à la sensibilisation,

tant des élus du territoire des réseaux-pilotes que du grand

public sur l’ensemble de la région. Plusieurs outils sont utilisés

: lettres d’information, site internet, conférences, sorties,

Situées à l’interface entre le

milieu terrestre et aquatique, les

mares ont de nombreuses fonctions :

épuratrice (filtre végétal), tampon

(rétention des eaux de ruissellement

notamment), écologique (préservation

de la biodiversité), agricole (abreuvement

du bétail), culturelle (patrimoine historique)

ou encore pédagogique (écosystème

facilement abordable). Pour leur

pérennité, il est primordial de considérer

les écosystèmes de mares au travers

de réseaux de mares en offrant une

connectivité entre

ces dernières.


projection de films, partenariat avec le projet de l’Union régionale

des centres permanents d’initiatives pour l’environnement

« Penchons-nous sur la mare », etc.

Une assistance technique pour les particuliers et les collectivités

Depuis 2011, afin de susciter à l’échelle de la région le maximum

d’actions en faveur des mares, le Conservatoire assure

une assistance technique sur les projets de particuliers et de

collectivités en faveur des mares, sur la base d’expertise de

terrain et de note synthétique de gestion. Près de 20 projets,

menés par des particuliers, des collectivités, des animateurs

Natura 2000, des écoles et des gestionnaires associatifs ont

déjà été accompagnés par le Conservatoire.

Raphaël Vauthier

Conservatoire d’espaces naturels de Franche-Comté

raphael.vauthier@cen-franchecomte.org

www.mares-franche-comte.org

biblio

• Sajaloli B. & Dutilleul C. (2001) : Les mares, des potentialités environnementales à revaloriser - Programme national

• Laffitte V., Mougey T., Lemaire L., Robilliard J. & Levisse P. (2009) : Guide technique de la mare. PNR des Caps et Marais

d’Opale - janvier 2005 - Réédition 2009. 40 p.

de recherche sur les zones humides. Rapport final. Centre de biogéographie-écologie (FRE 2545 CNRS - ENS LSH). 142 p.

Les amphibiens,

porte-parole

des zones humides

Depuis 2009 de nombreuses actions

ont été réalisées sur les 6 réseaux-pilotes :

• 12 conventionnements protégeant 45 mares agricoles

• 6 délibérations communales pour la protection de 40

mares forestières

• 55 mares restaurées (curage, mise en lumière, etc.)

• 7 mares créées

• Près de 900 m de haies plantées

• 44 mares découvertes au sein des réseaux avec réalisation

de 44 diagnostics écologiques

• 53 fiches de suivi photographiques réalisées annuellement

• 11 animations grand public avec visites de mares et projections

de films, 2 visites de chantiers,

plus de 300 habitants sensibilisés.

Organisée du 1 er mars au 31 mai, Fréquence Grenouille est

une opération nationale créée il y a 20 ans par le réseau

des Conservatoires d’espaces naturels (CEN) et coordonnée

conjointement avec Réserves naturelles de France depuis

2008. Chaque année, plusieurs centaines d’actions sont organisées

à travers la France pour sensibiliser à la nécessité de

préserver les zones humides par le biais de la sympathie du

grand public pour les amphibiens : sorties terrain diurnes

et nocturnes, aménagements de crapauducs, conférences,

diaporamas, expositions, ateliers pédagogiques... En 2013,

le CEN Franche-Comté a proposé par exemple dans quatre

communes un évènement familial qui a remporté un vif succès

: une sortie au bord de la mare suivie de la projection du

documentaire « Les dents de la mare, le retour » de Daniel

Auclair. Ces journées ont permis d’impliquer davantage les

habitants dans la préservation de leur petite zone humide.

Manifestation nationale d’envergure portée désormais par

deux têtes de réseau reconnues, Fréquence Grenouille bénéficie

d’un très bon relais médiatique tant national que local.

En 2014, Fréquence Grenouille fête ses 20 ans : les Réserves

naturelles, le CEN et la LPO se mobilisent pour vous proposer

un programme régional pour l’occasion.

Elvina Bunod

Conservatoire d’espaces naturels de Franche-Comté

elvina.bunod@cen-franchecomte.org

Frédéric Ravenot

Réserve naturelle nationale du ravin de Valbois

fred.ravenot@espaces-naturels.fr

En 2012,

près de 11 000 personnes

ont participé à 475

animations organisées

par 26 Conservatoires

d’espaces naturels

et 40 Réserves

naturelles.

Animation du CEN Franche-Comté,

dans le cadre des

« Rendez-vous nature et culture »

de la Ville de Besançon

© S. Moncorgé

a n i m a t i o n

4

5


© G. Maillet

La lumière

au bout du tunnel…

et une longue espérance

de vie pour les

amphibiens

g e s t i o n

L’occupation du sol et la multiplication des infrastructures de

transport utiles aux activités humaines fragmentent le paysage

en îlots de nature toujours plus petits et distants. Maintenir

des liens entre eux grâce à un réseau de biocorridors

fonctionnel est crucial pour la faune. Cette importance est

évidente pour les grands mammifères, mais elle est également

vraie pour la petite faune.

Les crapauds, grenouilles, tritons et salamandres tiennent

leur « nom de famille » au fait qu’ils utilisent deux milieux

différents pour leur cycle de vie : la terre et l’eau, ils sont amphibies.

Leurs déplacements, qui peuvent être de plusieurs

kilomètres, entre deux habitats naturels sont aussi incontournables

qu’une route qui se trouve en travers du chemin. Or,

un seul crapaud sur dix arrive vivant de l’autre côté d’une

route qu’ils ont tenté de traverser, même s’il ne passe qu’une

voiture par minute. On assiste alors à de véritables hécatombes

sur les routes de campagne, à la fin de l’hiver, quand

les amphibiens descendent des boisements où ils ont passé

l’hiver pour gagner la zone humide où ils se reproduisent.

Même si les milieux naturels sont tous deux en bon état de

conservation, avec l’augmentation du trafic routier, on vient à

bout en quelques années des populations entières d’amphibiens,

maillon essentiel des écosystèmes palustres.

Ces points de conflits sont des ruptures de continuité écologique

qu’il faut résoudre. Quand on ne peut pas, pour des

raisons de budget ou de configuration locale, aménager un

pont végétalisé qui profite à toute la faune, il faut envisager

un «passage à petite faune». Le principe est de faire traverser

les petits animaux dans des tuyaux répartis tous les cinquante

mètres sous la chaussée. Pour que cet ouvrage soit opérationnel,

il faut bien prendre en compte le comportement animal.

Les conduits ont une largeur de quarante centimètres pour

que tous, du scarabée au blaireau, puissent les emprunter. Ils

sont carrés pour que le fond en béton soit recouvert de terre,

et parce que les urodèles ne trouvent pas les parois qu’ils souhaitent

longer dans des tuyaux ronds. En arrivant au bord de

biblio

la chaussée, les animaux tombent dans des caniveaux collecteurs

aménagés sur tout le linéaire de part et d’autre de la

route. Pour en ressortir, ils sont alors contraints d’emprunter

les passages sous la chaussée. Les axes migratoires des am-

phibiens sont en effet bien précis et ils ne modifieraient pas

librement leur trajectoire. La principale consigne à respecter

pour qu’ils traversent sans hésitation, c’est que les passages

soient à sens unique. Un tuyau pour la migration aller et un

autre, en parallèle, pour le retour. Le principe retenu est en

effet basé sur le phototropisme. Les animaux sont attirés par

la sortie qui doit être plus lumineuse que l’entrée qui est donc

obscurcie par un toit en béton. Même si l’essentiel des déplacements

se déroule la nuit, la nuance est bien visible pour la

faune nocturne. Respecter ces quelques principes basés sur

l’observation éthologique des animaux est un gage de réussite

pour des aménagements opérationnels garantissant des

écosystèmes fonctionnels.

Grégory Maillet

Conservateur de la Réserve naturelle du Grand Lemps (38)

Animateur du groupe Amphibiens et Reptiles de Réserves

naturelles de France

grand-lemps@espaces-naturels.fr

Les passages à petite faune

en Franche-Comté

En Franche-Comté, 6 passages à petites faune ont été aménagés

spécifiquement sur les routes départementales (5 dans le Doubs, 1

en Haute-Saône). Les premiers passages réalisés l’ont été en profitant

de travaux routiers ou d’ouvrages préexistants « reconvertis ».

Les évaluations réalisées ont montré la limite de cette méthode. A

noter toutefois la création en 2012, par le Département du Doubs,

d’un nouvel ouvrage sur la commune de Geneuille bien plus

abouti que les précédents. Ce projet, d’un coût de 211 000 € a été

initié dans le cadre d’une démarche Espace Naturel Sensible sur

un secteur à fort enjeu amphibien en vallée de l’Ognon qui verra

également la création de mares en 2014. Le caractère innovant du

projet a d’ailleurs été reconnu par le Ministère de l’Ecologie qui l’a

sélectionné et soutenu financièrement dans le cadre d’un appel à

projet « FIBRE ». Les premiers retours qualitatifs réalisés en 2013

ont déjà montré l’efficacité de cet ouvrage.

LPO Franche-Comté - franche-comte@lpo.fr

Département du Doubs - cyril.thevenet@doubs.fr

• Berthoud G. et Muller S., 1986, Protection des batraciens le long des routes, rapport final les batraciens et le trafic

routier, Département fédéral des transports, des communications et de l’énergie, 39 p + annexes.


Véhicules versus

amphibiens :

écrasements en forêt

de Chaux

La Communauté d’agglomération du Grand Dole (CAGD), accompagnée

par les associations Jura nature environnement

et Dole environnement, se penche depuis 2011 sur la problématique

de la mortalité des amphibiens sur les routes du site

Natura 2000 de la Forêt de Chaux.

Ce vaste massif est fragmenté par un réseau dense de routes,

dessertes forestières et départementales très fréquentées. La

circulation routière, en lisière et au sein du massif, pendant

les périodes de migration des amphibiens, accélère localement

le déclin des amphibiens.

En 2011, un premier travail d’inventaire avait permis la mise

en évidence de plus de 40 points noirs d’écrasement. En

2013, la mise en place d’un nouveau protocole a amélioré la

précision des données récoltées ; en résulte une cartographie

plus fine des flux de migration et de leur distribution. Cette

méthode a été pensée afin d’être utilisée à plus large échelle

sur d’autres réservoirs de biodiversité du territoire (Massif de

la Serre et Bois de Recépage, etc.).

Plusieurs mesures de sauvegarde, issues des résultats de ces

campagnes d’inventaire, sont actuellement étudiées par un

comité technique, mis en place par la CAGD et composé des

usagers du territoire de l’étude, collectivités, associations et

experts. Avant d’envisager la réalisation d’aménagements en

dur de type passage à petite faune, des actions de sensibilisation

des usagers sont d’ores et déjà mises en œuvre : participation

du grand public aux campagnes d’inventaires, distribution

de plaquettes d’information aux automobilistes, pose

de panneaux de signalisation sur les principaux points noirs,

etc. D’autres solutions prévoient la fermeture ponctuelle de

certaines portions de routes lors des pics de migration.

Marion Fury

Dole environnement

dole.environnement@gmail.com

© M. Mazuy

Opération : sauvetage

des

amphibiens

En Franche-Comté, plusieurs dispositifs provisoires de sauvetage

des amphibiens sont mis en place chaque année lors de

la période de reproduction. Ils visent à protéger du trafic routier,

particulièrement meurtrier pour certaines espèces, les

voies empruntées par les animaux. Ces opérations s’accompagnent

parallèlement d’un recensement qualitatif et quantitatif

du peuplement batrachologique.

Ainsi, à Pontcey (70), la LPO Franche-Comté, depuis 1998,

évite aux amphibiens de se faire écraser par les véhicules

grâce un système de bâche installée sur près de 1250 m le

long de la route et de seaux enterrés tous les 25 m. La nuit,

des bénévoles récupèrent puis transportent jusqu’à leur lieu

de reproduction des centaines de crapauds communs parfois

accompagnées de grenouilles et de tritons. Au total, 79 117

individus ont été relevés de 1999 à 2012, soit une moyenne

de 5 651 individus par an.

A Lamoura (39), à la fonte des neiges, le Parc naturel régional

du Haut-Jura installe des filets le long des routes qui longent

le lac, guidant les crapauds dans des seaux ou des passages

busés sous la route. Tous les jours pendant environ un mois,

les salariés du Parc, ou des habitants locaux déjà sensibilisés,

ramassent les seaux et relâchent les animaux dans le lac. Une

demi-journée d’information est organisée tous les ans pour

le grand public. On observe ainsi une implication de plus en

plus forte de la part de la population locale. Depuis quelques

années, le parc note une nette diminution des captures, en

partie liée à l’implication plus importante des riverains (captures

non comptabilisables), mais probablement également

à une baisse de la population de crapauds cherchant à rejoindre

le lac. A ce jour, aucune explication n’a été trouvée.

A Sornay (70), le système de filets est également utilisé par

l’association « La Chenevière » depuis 2006 le long de la RD15.

La mobilisation constante d’une vingtaine de bénévoles a

permis de multiplier le nombre d’individus par 10 sur la zone

de migration. Une étude de faisabilité sur l’aménagement

d’un passage à petite faune permanent a été réalisée en 2012.

Elvina Bunod

Conservatoire d’espaces naturels de Franche-Comté

elvina.bunod@cen-franchecomte.org

A Pontcey, un

système de bâche

est installé

sur près de 1250 m

le long de la route

avec des seaux

enterrés

tous les 25 m

© C. Morin

Salamandre tachetée

(Salamandra salamandra)

© M. Fury

A Sornay,

800 amphibiens traversent

la route, sur un linéaire

de 300 m, en 2 heures !

Ce qui rend la route

glissante et dangereuse

pour les

automobilistes !

Une femelle de crapaud commun

avec un mâle sur le dos peut mettre

jusqu’à 20 minutes pour traverser

une route.

© L. Bettinelli

6

7


p o r t r a i t d ’ e s p è c e s

© S. Gomez

L’alyte

accoucheur

(Alytes obstetricans)

Un petit détail

pour reconnaître l’alyte

accoucheur

(Alytes obstetricans)

à coup sûr :

sa pupille verticale

est en forme

de losange.

Au printemps, quand la nuit vient recouvrir le ciel de son voile

sombre, dans les villes comme dans les champs, retentit parfois

une note flûtée. Si l’interprète « ne semble pas venir de terre : on

dirait plutôt la plainte d’un oiseau perché sur un arbre » comme

l’évoque Jules Renard, vous auriez en fait bien des difficultés à

le débusquer en hauteur. Car, il ne s’agit pas de ce petit rapace

nocturne que l’on nomme petit-duc dont émane cette « goutte

sonore », mais d’un animal au nom suggestif que l’on aurait tort

d’imaginer abominable : l’alyte accoucheur.

Laurenti lui attribue le nom de Bufo obstetricans en 1768. Il

est pourtant morphologiquement et écologiquement différent

du genre Bufo, celui du crapaud commun, et appartient

aujourd’hui à la famille des Discoglossidés. Il s’agit d’un petit

anoure, dépassant rarement les 55 mm, d’allure gracile, et

dont le dos grisâtre est parsemé de petites pustules. Son œil

doré, veiné de noir, possède une pupille verticale.

Ses mœurs reproductrices lui ont valu le nom de « crapaud

accoucheur ». Nos voisins d’outre-Manche utilisent eux

aussi un nom évocateur : « Midwife toad », le crapaud sagefemme.

La singularité de l’accouplement de l’alyte est telle

qu’elle fait l’objet d’une description détaillée dès 1741 par

Pierre Demours, médecin et zoologiste, et est consignée dans

l’Histoire de l’Académie royale des sciences : « Sur le soir d’un

grand jour d’été, M. Demours étant dans le Jardin du Roi, aperçut

deux de ces crapauds accouplés au bord d’un trou que formait

en partie une grande pierre qui était au dessus… Deux faits… le

surprirent : le premier était l’extrême difficulté qu’avait la femelle

à pondre ses œufs, de manière que sans un secours étranger elle

ne paraissait pas pouvoir les faire sortir de son corps ; le second,

que le mâle travaillait de toute sa force et avec les pattes de derrières

à lui arracher ses œufs. » Contrairement à la plupart des

biblio

amphibiens qui occupent nos contrées, cette espèce s’accouple

donc à terre et ne dépose pas ses œufs dans l’eau. La

ponte est confiée au mâle, qui la gardera entourée autour de

• Renard J., Journal 1887-1910, Paris, Gallimard, La Pléiade, 1965.

• Demours P., Crapaud mâle accoucheur de la femelle, dans Histoire

de l’Académie royale des sciences, 1741, p. 28-32.

• Lescure J., De Massary J.-Chr. (coord.), 2012. Atlas des Amphibiens et Reptiles

de France. Éd. Biotopes, Mèze ; Muséum national d’histoire naturelle, Paris, 272 p.

ses pattes postérieures jusqu’à l’éclosion.

De par la nécessité d’humecter régulièrement les œufs, les

biotopes occupés allient l’eau, un sol meuble et la pierre. Le

principal habitat naturel de l’espèce en Franche-Comté est

constitué de cours d’eau surplombés d’éboulis calcaires. Il

affectionne aussi souvent les milieux anthropiques tels que

les carrières, les abords de fermes, les fontaines en pierre et

les jardins. La France abrite l’espèce dans la majeure partie

de son territoire où elle est relativement commune, excepté

à l’est. La modification des pratiques agricoles, le surcreusement

des ruisseaux et la transformation du petit patrimoine

rural ont toutefois contribué à une régression sensible de

l’alyte accoucheur, surtout en plaine. Le maintien de cette

espèce, potentiellement menacée en région, passe par la préservation

des mares communales proches des villages, des

murs en pierre sèche et le maintien de zones semi-ouvertes

en périphérie des rivières.

Nathalie Dewynter - LPO Franche-Comté

nathalie.dewynter@lpo.fr

Chez l’alyte, c’est monsieur qui

prend soin des œufs pendant les

quelques semaines d’incubation

© S. Gomez

Entre l’observation

du 24 juin 1856 du frère Ogérien

(16 voix entendues aux environs de

Lons-le-Saunier) et celle des prospections

lédoniennes de 2011 à 2013 par Jura nature

environnement, on remarque une adaptabilité

de l’alyte aux milieux fortement anthropiques !

Avec un intérêt certain pour les complexes

sportifs et plus spécialement les abords

des terrains de tennis.

Mais où se cache-t-elle in natura ?

D. Malécot


Le triton ponctué

(Lissotriton vulgaris)

© C. Foutel

p o r t r a i t d ’ e s p è c e s

Le triton

ponctué

(Lissotriton vulgaris)

Le triton ponctué (Lissotriton vulgaris), parfois appelé triton

vulgaire ou triton commun, est en réalité la plus rare des

quatre espèces franc-comtoises de tritons.

Statuts et répartition

Ce triton, protégé au niveau national, est classé vulnérable

sur la liste rouge des vertébrés terrestres de Franche-Comté.

Il occupe la moitié Nord de la France au delà d’une ligne sinueuse

et imprécise passant par Limoges et Chambéry. Les

populations françaises (appartenant à la sous espèce nominale

L. v. vulgaris) sont situées en limite sud occidentale de

l’aire de distribution européenne de l’espèce.

En Franche-Comté, la répartition du triton ponctué s’étend

sur l’ensemble de la région. Cependant, l’espèce est assez

rare compte-tenu du nombre de stations connues depuis

2000 : seulement 52 (contre 117 avant 2000). L’espèce semble

bien représentée dans les zones humides du lit majeur des

cours d’eau, du Doubs, de la Loue, du Drugeon, de la Saône

et de l’Ognon, mais également dans les étangs de Bresse et

le Sundgau. Ailleurs, ce triton est relativement rare. Il est intéressant

de noter que sa limite altitudinale régionale et nationale

est de 1060 m à Morteau (25).

L’observer et le reconnaître

Le triton ponctué est l’une des plus petites espèces de tritons

avec le triton palmé (de 6 à 9 cm). Il est relativement aisé de

reconnaître le mâle en période de reproduction (de février à

avril) avec sa crête dorsale élevée et ondulée, ses flancs et son

ventre ponctués de noir, ses pattes à la palmure lobée et sa

queue terminée en pointe régulière (absence de mucron, un

filament terminant la queue du triton palmé). L’identification

est plus délicate concernant la femelle. En effet, les femelles

de tritons ponctué et palmé se ressemblent comme deux

jumelles. Une capture et une prise en main sont nécessaires

pour examiner les critères suivants :

• La coloration de la gorge. La femelle de triton ponctué

présente une gorge de couleur grise avec des petites taches

sombres tandis que la femelle de triton palmé présente une

gorge de couleur chair sans taches sombres.

• Les tubercules sous la voute plantaire des pattes arrières.

Le triton ponctué présente un tubercule de couleur semblable

au reste de l’épiderme ; le triton palmé présente deux

tubercules de couleur plus claire (jaune/orange) que le reste

de l’épiderme (indiqués par les flèches sur la photo ci-dessous).

Habitats et menaces

Les habitats de reproduction observés en Franche-Comté

sont divers : bordures et queues d’étangs, bras morts, fossés,

mares, marais, gravières, carrières…Plus exigeants que les tritons

alpestres et palmés, ces biotopes présentent toutefois

les caractéristiques communes suivantes : un bon ensoleillement,

une végétation aquatique immergée abondante le

long des berges en pente douce, une profondeur maximale

d’1 m. Il cohabite d’ailleurs souvent avec le triton crêté, dont

les exigences écologiques sont comparables.

La menace principale qui pèse sur le triton ponctué en

Franche-Comté est la perte de ses milieux typiques de reproduction

induite par la recrudescence des zones cultivées.

Ainsi, la disparition d’annexes alluviales et de mares prairiales

affecte les populations et fragilise l’espèce.

Mélanie Paris

Conservatoire d’espaces naturels de Franche-Comté

melanie.paris@cen-franchecomte.org

Illustration

des critères de

détermination

des femelles

de tritons

ponctués

(à gauche)

et palmés

(à droite)

© C. Foutel

biblio

8

• Bannwarth C. 2011. Triton ponctué // Lissotriton vulgaris - Fiche espèce Liste rouge des vertébrés terrestres

de Franche-Comté [en ligne]. Disponible à http://files.biolovision.net/franche-comte.lpo.fr/userfiles/publications/

MonographiesLR/TritonponctuListerougeFC.pdf [cité le 17 octobre 2013]

• Vacher J.P. 2013. Fiche technique : aide à la détermination des petits tritons [En ligne].

Disponible à http://bufo.alsace.free.fr/determination_tritons.pdf [cité le 17 octobre 2013].

9


La grenouille

rousse

(Rana temporaria)

p r o t e c t i o n

Nasses disposées sur

une zone de frayère

© C. Sénéchal

en Franche-Comté,

victime de son succès culinaire…

Au printemps, les grenouilles rousses (Rana temporaria) se

concentrent sur des zones de frayères localisées (queues

d’étangs, mares, marais humides…). Ces rassemblements

sonnent l’heure d’un moment primordial dans l’accomplissement

du cycle biologique de l’espèce : la reproduction. Ils

sonnent également l’heure de la récolte pour de nombreux

ramasseurs, l’espèce jouissant en Franche-Comté d’un fort

attrait culinaire… et financier !

Des autorisations légales permettent chaque année le prélèvement

de plusieurs centaines de milliers d’individus de grenouilles

rousses. S’y ajoutent des captures illégales, massives

et anarchiques, destinées à alimenter un réseau commercial

parallèle particulièrement lucratif.

Les impacts visibles du braconnage

Ces dernières années, les agents de l’Office national de la

chasse et de la faune sauvage (ONCFS) et de l’Office national

de l’eau et des milieux aquatiques (ONEMA) constatent sur de

nombreux sites des prélèvements trop intensifs responsables

du déclin, voire de la disparition, de certaines frayères à grenouille

historiquement importantes, ou encore une diminution

de la taille des adultes prélevés. Même les pontes sont

aujourd’hui ciblées par certains braconniers pour alimenter

des frayères « privées ». Ce braconnage impacte d’autres

espèces telles que les grenouilles agiles (Rana dalmatina),

confondues avec l’espèce cible, les tritons (consommateurs

d’œufs de grenouille) et crapauds communs (Bufo Bufo), parfois

détruits car jugés indésirables. Cumulé à d’autres impacts

(intensification agricole des plaines alluviales, altération des

milieux humides, écrasements sur les routes…), il conduit à

un affaiblissement sensible des populations de grenouille

rousse.

Ce que prévoit la loi…

Aujourd’hui, la loi permet, sur le papier, d’assurer efficacement

la protection de la grenouille rousse contre le braconnage.

La réglementation « Pêche » interdit dans notre région

la capture des grenouilles rousses dans les eaux libres durant

la période de reproduction ; et leur commercialisation est interdite

en tout temps. Par ailleurs, si la réglementation « Protection

de la Nature » permet, en dehors des eaux libres, de

capturer des grenouilles rousses, elle vise à réprimer de délit

l’utilisation « commerciale ou non » de l’espèce. La réglementation

prévoit enfin des dérogations aux interdictions d’utilisation

commerciale de l’espèce. Dans chaque département,

ces dérogations sont encadrées par un arrêté préfectoral

renouvelable tous les 3 ans, et pris après avis de la Commis-

sion nationale de protection de la nature (CNPN). Les autorisations

sont attribuées sur des sites de capture favorables

au maintien et à la reproduction de l’espèce. Elles encadrent

en outre strictement les quantités de grenouilles prélevées

et vendues. Conformément à l’esprit de la convention sur la

diversité biologique ratifiée par la France en 1992, le droit

vise ainsi à assurer une gestion durable des populations

naturelles de grenouille rousse, en contrôlant d’un côté des

commercialisations « légales et durables », et en réprimant

d’un autre côté les prélèvements excessifs « anarchiques » ;

souvent effectués en vue de ventes illégales.

Le rôle des services de l’Etat, focus sur le service

interdépartemental de l’ONCFS de la Haute-Saône

et du Territoire de Belfort

Pour tenter d’endiguer les impacts du braconnage, des

contrôles d’envergure sont organisés par ce service depuis

quatre années pendant la période de vulnérabilité de l’espèce.

Les contrôles visent toutes les pratiques illicites qui

mettent en danger ces populations d’amphibiens, du préleveur

au consommateur. Après des dizaines de procédures

judiciaires établies, et plusieurs dizaines de milliers de grenouilles

rousses saisies et relâchées dans leur milieu naturel,

les tribunaux, sensibilisés sur cette problématique, répriment

de plus en plus sévèrement les infractions. Devant l’importance

des prélèvements constatés et l’étendue des réseaux

clandestins de commercialisation, les contrôles initiés en

Haute-Saône ont depuis cette année été étendus aux départements

voisins pour une meilleure coordination régionale.

Néanmoins, les enjeux financiers sont tels que beaucoup de

braconniers restent prêts à braver les interdits…

Cyril Sénéchal

Service Interdépartemental de l’ONCFS de la Haute-Saône

et du Territoire de Belfort - cyril.senechal@oncfs.gouv.fr

Grenouilles saisies,

en vue d’être relâchées

© C. Sénéchal


Les dernières

grenouilles ?

On sait malheureusement combien les batraciens sont menacés

d’extinction par les différents changements environnementaux

: évolution du climat caractérisée par un réchauffement

global, augmentation des UV, raréfaction des zones

humides, pluies acides, pollutions agricoles (atrazine et

autres pesticides), remembrements agricoles, prédations diverses

dont celles de l’homme, destruction volontaire parfois

même... et voici que le volet pathologies semble vouloir en

rajouter une couche comme s’il n’en existait pas déjà assez !

Le chytride

C’est d’abord un « champignon » (Batrachochytrium dendrobatidis)

qui fait son apparition en tant qu’agent pathogène.

Le « chytride » est découvert en 1998 aux Etats-Unis puis les

mortalités massives d’amphibiens en Australie et Amérique

centrale lui sont attribuées. En 2009, il est identifié en France

pour la première fois sur des crapauds accoucheurs dans les

Pyrénées. 36 pays sont connus infectés en 2011 à travers les

recensements de l’Office international des épizooties. Son

origine est encore imprécise : il aurait pu être importé avec

la translocation d’espèces comme le xénope lisse (Xenopus

laevis), un crapaud d’Afrique du Sud, vers l’hémisphère nord,

ou bien cette souche de « champignon » préexistante aurait

muté et aurait acquis un pouvoir pathogène. La maladie

semble affecter de nombreuses espèces d’amphibiens (grenouilles,

crapauds et salamandres). On a pu constater que

certaines sont réfractaires à la maladie et porteuses saines

comme la grenouille taureau.

Il agit par destruction des cellules de l’épiderme par protéolyse

et /ou par perturbation de l’osmorégulation et provoque

ainsi une rupture de la barrière cutanée, et favorise des maladies

dues à des bioagresseurs non spécifiques.

La multiplication du champignon s’effectue par l’émission de

zoospores mobiles dans l’eau qui assurent la dissémination

et la contamination. La persistance dans le milieu naturel des

zoospores dure longtemps et l’agent reste contaminant.

Cette maladie pourrait, d’après les spécialistes, mener des

espèces d’amphibiens à l’extinction, avec une rapidité jamais

observée chez aucun groupe taxonomique dans l’histoire de

la science. Actuellement, les études moléculaires des différentes

souches montrent une grande diversité vraisemblablement

associée à des pouvoirs pathogènes très variables.

Une enquête nationale en 2011 montre une large répartition

du chytride sur le territoire français, mais seulement des mortalités

liées à une souche pathogène dans les lacs localisés

des Pyrénées.

Les ranavirus

Lésions

congestives

de la peau

sur une grenouille

rousse morte

de septicémie

à ranavirus

© LDA 39

qui porte bien son nom : il appartient au groupe des « Ranavirus

» (rana signifie grenouille en latin). Le Centre d’Écologie

Fonctionnelle et Évolutive de Montpellier et l’Université de

Savoie ont uni leurs compétences pour mettre en évidence

l’ADN de cet agent sur des cadavres récupérés dans des

conditions de maintien cependant très mauvaises.

Le Laboratoire départemental d’analyses de Jura, spécialisé

dans la culture des virus et en ichthyopathologie, a réussi à

cultiver la souche virale pour la produire et a pu ainsi l’expérimenter

afin de caractériser son pouvoir pathogène. Il s’avère

que le virus est réellement doté d’une capacité à provoquer

la mort en l’espace de quelques heures avec l’apparition de

lésions hémorragiques de la peau, des muscles et de certains

viscères, chez la grenouille rousse.

Cette découverte toute récente rappelle que les maladies virales

peuvent exterminer des populations entières en très peu

de temps. Il est donc impératif de veiller à contenir ces foyers

dans les plus courtes limites géographiques tout d’abord en

interdisant toute translocation d’espèces animales en dehors

des régions concernées, les poissons en particulier étant

concernés car ils peuvent agir comme des vecteurs passifs.

Les précautions

Les précautions hygiéniques sont également incontournables

lors de contacts directs sur des animaux, qu’ils soient

vivants ou morts : désinfection des matériels et équipements

des naturalistes (avec des ammoniums quaternaires, du chlorure

de benzalkonium, du Virkon ou de l’eau de javel).

En priorité, il est très important de signaler toute mortalité

anormale en les déclarant sur le site :

www.alerte-amphibiens.fr.

Et voici qu’un autre fléau pointe son nez par le sud : des mor-

biblio

talités massives de grenouilles rousses ont été observées

dans le Mercantour à l’été 2012 et ont mené à la mise en évidence

d’un nouveau virus, jusque là non identifié en France,

Dr Françoise Pozet

Laboratoire départemental d’analyses du Jura

fpozet@cg39.fr

• Miaud C. 2013. Un champignon menace les amphibiens. Qu’avons nous appris sur la chytridiomycose ?

Le courrier de la Nature, 277 : 30-36.

10

11


Panorama des

amphibiens

présents en

Franche-Comté *

La

Franche-Comté

compte 18 espèces

Urodèle :

connues

amphibien

d’amphibiens sur les

conservant

35 espèces présentes

une queue

en France.

à l’état

métamorphosé.

Salamandre tachetée

(Salamandra salamandra)

Triton alpestre

(Ichthyosaura alpestris)

Triton crêté

(Triturus cristatus)

Triton palmé

(Lissotriton helveticus)

Triton ponctué

(Lissotriton vulgaris)

Anoure :

amphibien

dépourvu

de queue

à l’état

métamorphosé.

Crapaud commun

(Bufo bufo)

Crapaud calamite

(Bufo calamita)

Crapaud vert

(Bufo viridis)

Alyte accoucheur

(Alytes obstetricans)

Sonneur à ventre jaune

(Bombina variegata)

© M. Mazuy

© C. Ficher

© J . Ait El Mekki

© M. Mazuy

© M. Paris

© F. Ravenot

© M. Paris

© M. Paris

© M. Paris

© M. Mazuy

© S. Gomez

© M. Mazuy

© C. Foutel

© M. Mazuy

© C. Foutel

Grenouille agile

(Rana dalmatina)

* : Liste des espèces observées

en région ces 25 dernières années.

Grenouille des champs

(Rana arvalis) n’a pas été

revue depuis 1995

Grenouille rousse

(Rana temporaria)

Complexe des

grenouilles vertes :

Grenouille verte

(Pelophylax kl. esculentus),

Grenouille de Lessona

(Pelophylax lessonae),

Grenouille rieuse

(Pelophylax ridibundus).

Ces trois grenouilles

sont très difficiles

à différencier !

Rainette verte

(Hyla arborea)

Rainette méridionale

(Hyla meridionalis) :

pas de populations

établies, un individu isolé

contacté en 2013.

Directrice de publication : V. Socié / Comité de rédaction : J.-P. Balay, L. Bettinelli, E. Bunod, S. Coulette, A. Culat, C. Delorme, M. Fury, D. Malécot,

F. Ravenot, V. Socié, B. Tissot, A. Vignot / Conception graphique : www.corinnesalvi.fr / Impression : Simon Graphic / Imprimé sur papier

recyclé / ISSN : 1774-7635 / Contacts : Conservatoire d’espaces naturels de Franche-Comté et Réserve naturelle du lac de Remoray

Revue téléchargeable sur : www.cen-franchecomte.org et www.maisondelareserve.fr

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