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ilHOEL HÉiÉHÂL - Institut français de l'éducation

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51» Année. - 5» Série. Tome XX

M» 8

83 FEVRIER t884

ilHOEL HÉiÉHÂL

DE L'INSTRUCTION PRIMAIRE

JOURNAL HEBDOMADAIRE

DES INSTITUTEURS T":^ ^^S INSTITUTRICES

On s'abonne à Paris, cbez MM. Hachette et Cle,

libraires-éditeiirs, honleva/d Satnt-Oermatn, 19,

et dans les départements, cher tous les libraires. — Le

prix devra être payé d'avance, soit en un mandat sur la

poste, soit en timbres-poste, soit par l'intermédiaire d'un

bureau de poste ou d'un libraire. — Écrire franco.

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DNION ROSTALÏ . MENT I Enseignement primaire ^

Prix dn anpplev. -^mplémentaire: un numéro de

supérieur, enseignement c,. n, 5 francs.

16 pages V f par ^ quinzaine; un s'abonniE , , que-

!••• de chaque mois. — On n». seuï^

Les abonnements se prennent à partir du

pour un an. — On ne reçoit pas d'abonnement pour le supplément

IL étt indUpentabU de joindre la bande d'un det derniers numéros du journal aux demande*

de chanoements d'adresse.

En raison de l'importance des débats parlementaires de cette semaine,

nous avons dii retarder d'un jour le départ du journal.

SOMMAIRE

Partie générale.

ACTES OFFICIELS RELATIFS L'INSTRUCTION PRIMAIRE : Arrêtés : nommant des membres de conseils départementaux _ . ^ ;

modifiant une circonscription d'inspection primaire. — r.ïr'PTTlfiir'c» Circulaire rpla^ivD relative à h l'inspection l'incnonfînTi /la de l'enseignement' — i. du

dessin dans les écoles normales. — Personnel : nominations ; promotions. — Avis administratifs.

COMPTES RENDUS DES DÉBATS PARLEMENTAIRES ET DocmiEKTs LÉGISLATIFS : Chambre des députés : Lecture, par M. Paul Bert

d'un rapport supplémentaire sur le projet de loi relatif à l'organisation de l'enseignement primaire ; fixation dû

jour de la discussion (IG février). — Suite de la discussion : 1° de la proposition de loi de M. Paul Bert sur l'organisation

de l'enseignement primaire ; 2° du projet de loi relatif à la nomination et au traitement des instituteurs

et des institutrices (19 février).

QUESTIONS ADMINISTRATIVES : La suite de la discussion sur la nomination et le traitement des instituteurs (Ch. DEFODON).

PÉDAGOGIE : Doutes sur la discipline, suite (T.).

CORRESPOSDAKCE : Questions scolaires (C. D.).

LIVRES ET MATÉRIEL D'ENSEIGNEMENT : Elémeiits usuels des sciences physiques et naturelles, cours supérieur, par M le

DI- SAFFRAT (C.

D.).

ANNONCES ET AVIS DIVERS.

Partie scolaire.

SEMAINE SCOLAIRE, année 1883-1884 : Directions et exercices, d'après les programmes officiels du 'il juillet

pow les trois cours, élémentaire, moyen, supérieur, de l'école primaire : — Instruction civique (Ch. DEFODON); —

Langue française (Ch. DEFODON, h. TRAUTNER, et J. MASSON) ; — Histoire, Géographie (L. TRAUTNER) ; — Arithmétique

et système métrique (S. MAIRE) ; — Géométrie (E. BORAT) ; — Sciences physiques et naturelles (D' SAFFRAÏ) .

— Agriculture et horticulture (Henry SAGNIER); — Hygiène (D' EliePÉCAUT); — Morale (Ch. DEFODON). — Travaux

manuels (écoles de filles) (Mme GIRODX).

SOMMAIRE DU SUPPLÉMENT, N» 4, du MANUEL GÉNÉRAL : Partie générale : CHRONIQUE LITTÉRAIRE : La langue

française dans les colonies. — De Pontoise à Stamboul, par M. Edmond About. — Un touriste dans l'Extrême

Orient: M. Cotteau (C. D.). — AGRICULTURE : Revue agricole (Henry SAGNIER). — Partie scolaire : Préparation aux

examens : Sujets de composition proposés par le Manuel généi-al : Sujets traités : Sujet de langue française :

Analyse de la fable de Lafontaine : Le Chat, la Belette et le petit Lapin (C. D.). — Sujets de langues vivantrs

(L. Kocii). — Sujets à traiter. — Préparation aux examens de brevet simple : compte rendu des copies envoyées au

Journal. —Sty'eisdiwî's; Géométrieet arithmétique (E. BURAT). — Z)e«s/(ï linéaire .-Question d'examen (A. BOUGUERET).

ACTES

ARRÊTÉ nommant des membres de conseil département

taux.

Corrèze, 21 janvier. — Sont nommés, pour trois ans,

membres du conseil départemental de l'instruction publique

de la Corrèze, ù dater du 25 janvier 1884 :

OFFICIELS

RELATIFS A L'INSTRUCTION PRIMAIRE

MM. Guériteau,président du tribunal civil de Tulle;—'i®

Longy, conseiller général ; — Brugeilles, conseiller géni'

ral; — Renaudie, conseiller général; — Lacombe, anciè""

archiviste du département ; — Plagne, inspecteur pri ^ dimimaire

à Tulle.

Lozère, 21 janvier. — Sont nommés, pour trois an'


66 MANUEL GÉNÊI'^AL DE L'INSTRUCTION PRIMA I^E.

membres du conseil déparlemenlal de rjnsfi'Heiion pu -normales. Je.désire,,qu'à leuir» dans chaque établissement

ils trouvent remplis à li'a\,'=n'=e les questionnaires

blique de la Lozère, à dater du 25 janvier ISSIt

• MM. Cardel, juge d'instruction au tribunal civil de contenus dans les trois tableaux ej-i'o'iHs. Vous voudrez

Mende; — Geminard, pasteur protestant; — Boiirrillon, bien transmettre sans retard ces fàBi''mulaires à chaque

député, conseiller général ; — Teissier, conseiller général ; directeur ou directrice d'école noïmafe, . en les priant de

— Daudé, conseiller général ; — Rouviére, conseiller général

; — Cordier, inspecteur primaire à Meiidé.

i®® intéressés, de manière à ce qu'il ne reste plus

les remplir immédiatement ou de les faire remplir par

a 31M. les inspéctéùrs du dessin qu'à y ajouter leurs

Tienne, 21 janvier. — Sont nommés pour trois ans,, observatjcàis personnelles et l'expression de leurs desiderata-

i'im de ces tableaux ewitient des instructions

membres du conseil départemental de l'instruction publique

de la Vienne, à dater du 25 janvier 1884 :

relatives à l'inspection des cours de dessin; il sera remis,

MM. Salmon, président de la chambre à la cour d'appel en iriylej aux directeurs et directrices, afin qu'ils en

de Poitiers; — Gassan, conseiller à la .cour d'appel; — cons'gfYept \in exemplaire dans leurs archives. Les autres

Guitton, pasteur protestant; — Trouvé, conseiller général • '^eronl dressés eh double expédition. Vous voudrez bien

— Simonneau, conseiller généi'al; — Bolly, adjoin> ' conserver dans vos bureaux un exemplaire de chacun.

maire de Poitiers; — Barreau, inspecteur pri'»-

.le n'ai pas besoin d'ailleurs de vous recommander de

Poitiers.

-""H'e donner à MM. les inspecteurs toutes les informations ijue

vous possédez sur l'enseignement du dessin et sur les

Seine-et-Marne, 1" février. — Sont n/-

améliorations qu'il vous paraîtra comporter non seulement

dans les écoles normales, mais encore dans les

ans, membres du conseil départemp"' ./mmes, pour trois

^publique de Seine-et-Marne, à da*' -'tal de l'instruction écoles primaires et supérieures. La connaissance que

. -, . , .er du 14 janvier 1884 :

MM. Louiche, président d'' ,, ,

vous avez de votre département, de ses ressources et de

Falle. pasteur protestant ' tribunal civil de Melun ; —

ses besoins, sera d'un très précieux secours pour MM. les

seiller général; — lia'-" a Fontainebleau; — Droz, concier

conseiller .don, conseiller général;—Penan-

Recevez, monsieur l'inspecteur, l'assurance de ma con-

inspecteurs désignés par l'administration des beaux-arts.

à Meiun. ^ .iiéral; — Hanriot, inspecteur primaire sidération très distinguée,

Le ministre de l'inslruction publique

•7.11^/7 •/•—>* .

, A-Loire, M février. — Sont nommés, pour trois

membres du conseil départemental de l'instruction

^ .-clique d'Indre-et-Loire, à dater du 15 février 1884 :

iSlM. Gctiih, président du tiibu'nal civil de Toiirs; —

Dupin de Saint-André, pasteur protestant; ,— Goûin (Eugène),

sénateur, conseille^' géné.ral; —Belle, député, conseiller

général ; — Dardy,conseiller général; —Typhaine,

,, conseiller général; — Savarry, inspecteur primaire à

Tours.

Loiret, 11 février. — Sont nommés, pour trois ans,

membres du conseil départemental de l'instruction pu-

' blique du Loiret, à dater du Iti février 1884:

MM. Dumas, premier président de la cour d'appel d'Orléans;

— "Weatcrolt, pasteur protestant; — Robert de

Massy, sénateur; — Bernier, député, conseiller général ;

,— Sainjon, ingénieur en chef; — Beaugendre, inspecteur

primaire à Orléans.

ARRÊTÉ transférant au l'uy le chef-lieu de la circonscription

d'inspection primaire du Monastier

(9 février).

Le ministre de linstruction publique et des beaux-arts,

Vu la délibération du conseil départemental de l'iristruction

publique de la Haute-Loire ;

Vu les rapports du préfet de la Ilaute-Loire et du recteur

de l'académie de Glermorit, en date des IS janvier

et 2 février 1884,

.Arrête :

Le chef-lieu de la circonscription d'inspection primaire

fixé au Monaitier, par arrêté du 24 décembre 1880, est

transféré au Puy.

.4. F.\ï:firitriiL

CIRCULAIRE relative à l'inspection de. l'enseignement

du dessin dans les écoles normales (6 février).

.Monsieur l'inspecteur, l'étude du dessin a pris et méritait

de prendre une place beaucoup plus larye qu'autrefois

dans les écoles normales primaires d'où elle doit se

répandre jusque dans les moindres écoles prirtiairès.

11 importe de ne rien négliger pour qlie les sacrifices

consentis par l'Etat en vue de développer cet enseignement,

à .certains égards nouveau, produisent tous les

rësmtals qu'dn est, en toit d'en attendi'e. Aussi é'st-il

iiécessàire av'aht fôilt 'iitte des ériquètes régulières et "pé-

•iodiqués line tiennèht aii cqurailt 'des efforts accomplis

etdësla'cunës qiii siiïisistént'éiiébre. Afifa d'avoir 'sdUs les

yeux des renseignements nouveaux et précis, j'ai décidé

qtip MM., les inspecteurs spéciaux du dessin feraient'très

irochainement une tournée d'inspection dans les écoles

et des

beatix-arls,

A. FALLIÈEES.

PERSONNEL. — NOMINATIONS.

Adininîstpation

cehti-'ale.

12 février. — M. Maillé, inspecteur primaire du département

de la Seine (hors cadre), est délégué à l'administration

centrale, dans les fonctions de sous-clief du

deuxième bureau de la direction de l'enseignement primaire.

Administrationi

académiqnc.

Coifiniis d'académie, commis d'inspection académique.

Mâcon, 7 février. — M. Drouillot (Louis), pourvu du

brevet supérieur, instituteur adjoint, est délégué dans

les fonctions de commis auxiliaire de l'inspection académique

de Saone-et-Loire.

Rennes, 11 février. M. Lemoine (Alfred-Alpbonse-

Alexandre), délégué dans les fonctions . de commis de

facadémie de Renues, est nommé titulaire (2° classe) de

ses fonctions. •

Inspectears de l'enseignement

primaire.

Paris, 11 février. — M. Gaillard, chargé par intérim

des fonctions d'inspecteur primaire à Paris, par ,arrêté

du 22 avril 1880, est nommé inspecteur primaire à Paris.

Paris, 12 février. — M. Maillé, inspecteur primaire

(1" classe) à Bordeaux, est nommé inspecteur primaire "t

du département dè la Seine (hors cadre).

Ecoles normales

kàiti •esse

FItLtiS

primaires.

adjointe.

Ecoles nornlales,.0 février. — Mlle Dubuisson, déléguée,

à titre provisoire, dans les fonctions de maîti'esse

adjointe à f école normale d'institutrices de Nantes, est

déléguée dans les mêmes fonctions (ordre des lettres) à

l'école normale de Rouen, en remplacement do Mlle Pruvot,

qui à reçu une autre destination.

AVIS ADMINISTRATIFS.

NNIITI.'U

Inspection lyvihïalrè —Ëtiibrun; — Laiigeac ; — P'ont-

'Audémer; '—'Sarléne.

Tiifpplïnn /IfR t^rnlpa •nni'ntnl t'H /V In.v f Uni fnvft ^ — Nice.


PARTIE

GÉNÉRALE.

6,5

COMPTES RENDUS DES DÉBATS PARLEMENTAIRES

ET

D O C U M E N T S L É G U S L A . T I F S

CONCBBMT L'instruction PRIMAIRE

CHAMBRE DES DÉPUTÉS.

Séance du samedi 16 février 1884.

PNÉSIDENCE DE ÎI. IIENJII BEISSON.

tiÇcUire, par M. i>aul Bert, d'un rapport supplémentaire

sur le projet de loi relatifs

l'organisation de l'cnsei^rnement primaire.

— Fixation du jour de la discussio».

M. i.E PRÉSIDEST dit que l'ordre du jour appellerait la

.spite.,de la discussion des projets et proposition de loi

concernant renseignement, priniaire; la Chambré s'est

arrêtée à l'article ; mais M. Paul Bert, rapporteur de

la commission, demande une suspension de séance pour'

terminer un rapport supplémentaire.

Après le délai demandé par l'honorable membre, la parole

lui est donnée pour la lecture de son rapport.

M. PAUL BERT lit' ce rapport. La commission du budget

a émis un avis déclarant « qu'il n'est pas possible, devant

l'état actuel de nos ressources budgétaires, d'imposer au

budget les chai'ges financières résultant des articles du

projet de.loi qui lui ont été renvoyés. «

« Ces charges, dit, M. Paul Bert, lisant son rapport,.

avaient été estimées par M. le rapporteur Jules Roche à,

.une dépense de 26 millions (25874200) pour l'année qui

. suivrait le vote de. la loi, avec une progression qui porterait

la dépense totale annuelle, soit à 81 millions

(81066 500), soit à 118 millions (117 724 000), dans le laps

. de dix à douze ans.

ff En présence de l'avis de la commission du budget,

nous avons dû soumettre la loi que nous vous présentions

à un examen nouveau; il en est'résulté des modifications

importantes sur lesquelles nous devons des explications

à la Chambre.

..-'sjfo;) —-•a-iijf^

« Les augmentations de dépenses résultant de notre loi

, peuvent être classées so.us trois rubriques différentes :

« Création et entretien d'écoles maternelles et primaires

.supérieures;

« 2° Modifications dans la direction et l'inspection de

l'enseignement primaire ; „ .„

« 3° Traitem.ent des instituteurs.

« Examiiions successivenient ces trois points :

« 1» Création et entretien d'écoles maternelles et pri-

,.maires supérieures ;

f Notre article 9 indiq;uait qu'il devait être créé « une

école maternelle où une classe enfantine dans chaque

commune comptant 1500 habitants de population agglomérée

»; notre articlq 10 « qu'il serait établi, dans cha-

, que canton, pour chaque sexe, une école primaire supé-

; rieure ou un cours d'enseignement primaire complémentaire.

»

« Ces créations étaient subordonnées dans l'exécution

.aux prescriptions de notre article 80 ét dernier, c'està-dire

qu'elles dépendaient des ressources que chaque

année les Chambres jugeraient à propos de mettre dans

ce but à la disposition du ministre.

« C'est ce. qui se fait aujourd'hui. Eu réalité, rien n'é-

, tait changé à l'état de choses actuel, et il n'y avait de ce

chef aucune crainte à concevoir sur l'exagération des

. dépenses.

« M. le rapporteur de la commission du budget a cru

•cependant utile de calculer avec soin les charges que pouvait

entraîner l'exécution complète du programme. Elles

partent, selon lui, de 2 440000 fr., dans l'année, pour

1. Voir le Manuel général de 1883.

aboutir en dix à douze ans à 31 700 000 fr. au maximum

et 14 052.500 fr. au minimum.

« Nous aurions de ce chef des observations à faire, f

les chiffres ci-dessus rapportés nous paraissent excessifs

« Mais comme, ainsi que nous venons d'avoir l'honneur

de vous le faire remarquer, nous ne changions en réalité

absolument rien aux dépenses que chaque année vous

jugez à propos de voter, comme nous indiquions seulement

le but vers lequel il nous semblait bon de tendre

dans un temps indéterminé, comme en résumé nos arti-

.cles 9 et 10 n'étaient que des programmes théoriques

nous préférons né pas discuter et couper court aux contestations

en les supprimant purement et simplement.

« 2° Direction et inspection de l'enseignement primaire.

« L'introduction dans la loi du titre « Directeur départemental

de l'enseignement primaire » n'entraînerait

nullement, comme le dit le rapport de M. Jules Roche, « la

« création de 90 directeurs » , puisque ces directeurs

n'étaient autres que les inspecteurs actuels d'académie

ayant changé de titre et un peu d'attributions. 11 était

donc inutile.de faire ressortir « cju'ils ne pourraient pas

« avoir une situation inférieure à celle des inspecteurs

« d'académie » puisque ce devaient être les inspecteurs

d'académie eux-mêmes.

« Si le changement d'attribution pouvait avoir une

conséquence budgétaire, c'était, comme nous l'avons

expliqué dans nos rapports antérieurs, en rendant plus

évidente la nécessité d'une inspection sérieuse de l'enseignement

secondaire. Mais ce contre-coup ne pouvait se

faire sentir de suite et était, en tout cas, de peu d'importance

pécuniaire.

a Ici encore, nous avons préféré éviter la discussion et

supprimer de notre proposition le directeur départemental.

Rien n'émpêchera le ministre, s'il le juge à pro -

pos, de faire dans un plus grand nombre de départe

ments ce qui se fait dans le Nord et la Seine, en organisant

des directions départementales.

« Nous avons égaleinenf, pour les mêmes raisons, renoncé

à la création des postes d'inspectrices départementales

primaires ; mais, bien entendu, les inspectrices

départementales de salle d'asile, que nous remplacions

par elles, continuent d'exister et d'être installées au fur et

à mesure des. besoins et d'après les ressources budgé •

taires annuelles.

« Enfin, nous renonçons à l'augmentation progressive

du nombre des inspecteurs primaires que nous avions

cru devoir indiquer dans la loi ; elle restera, comme elle

l'a été jusqu'ici, réglée par la loi annuelle de finances.

« Eu résumé, sans accepter les critiques dirigées contre

cette partie de notre loi, nous y renonçons plutôt que

de discuter, et nous faisons disparaître tout entier le chapitre

1" du titre IV. Du même coup est supprimée la dépense

de 3 200000 fr. à laquelle l'honorable 51. Jules

Roche estimait les conséquences de ses dispositions.

« 3.» Traitement des instituteurs :

« Nous avons, dans notre rapport supplémentaire, estimé

à 22 millions la dépense nécessaire, dès la première

année qui suivra la promulgation de la loi, pour faire

profiter les instituteurs de la classification nouvelle.

« Cette somme devait, d'après nos estimations, monter

à 41 millions quand la loi serait dans son plein, c'fistà-dire

dans un laps de 12 à 15 ans.

« Les calculs de l'honorable M. Jules Roche lui donnent

une dépense immédiate de 23 484500 francs, et l'amènent

à un chiffre de 54 200 000 Ir., dans le laps de dix

à douze ans.

« Nous sommes donc à peu près d'accord pour la dé-

,pense initiale. Cependant, nous avons été amenés à diminuer

nos chiffres primitifs. •


iOO MANUEL GÉNÉRAL DE L'INSTRUCTION

PRIMAIRE.

« Le total de l'augmentation de crédit nécessaire pour

faire face, vis-à-vis des 9273 instituteurs actuels, à l'application

des deux premiers paragraphes de l'ancien article

40, est, d'après les calculs duministère, de 19 284 000 fr.

Ce chitfre doit être abaissé notablement, en tenant

compte de deux éléments : 1° les calculs portent au minimum

de 1000 francs un nombre- considérable (environ

2600) de stagiaires qui, en réalité, ne toucheront que

800 tr. Il y a donc là une défalcation de 5 200 000 francs.

« 2° Les instituteurs ne jouiront de l'augmentation des

traitements que s'ils ont déjà le temps de service qui leur

donnerait droit à l'avancement de classe. Or, le calcul du

ministère avait été fait sur tous, sans distinction. En

estimant à 800 000 la diminution de ce chef, on ne serait

pas, je pense, au dede la vérité.

« Entin, au 3° paragraphe, nous avions inscrit une

dépense supplémentaire de 2 millions, destinée à faire

face à certaines situations exceptionnelles. Nous vous

proposons de la réduire à 1 million.

« C'est donc une diminution de 7 millions sur le chiffre

primitif, ce qui le ramène à 12 2S4 000 francs.

« Les charges résultant de l'article 41 ont été évaluées

par nous à 2 millions, et la commission du budget a accepté

ce chiffre.

''

« Enfin, un amendement, qui a été accepté à l'unanimité

par votre commission, naccorde l'augmentation

qu'aux instituteurs laïques, les seuls qui aient à supporter

des charges de famille, et pour lesquels on soit sûr

du moins que c'est bien le fonctionnaire lui-même qui

bénéficie de la loi.

« Or, il restera, après l'application totale de la loi sur

les titres de capacité, 12 à 15 000 instituteurs congréganistes.

Si nous supposons que la loi actuelle leur donnait

à chacun une augmentation de 250 francs, nous arrivons

Uiie dimuiution d'environ 2 millions,

i Enfin, les charges résultant de l'article 46, qu'elle estime

à 200 000 francs, nous paraissent devoir être considérées

comme nulles dans l'état actuel des choses. 11 n'y

a pas, en dehors du brevet supérieur, déjà rémunéré en

vertu de la loi de 1875, cinquante certificats d'aptitude à

l'inspection et au professorat entre les mains de simples

instituteurs. Le rapport de la commission du budget en

les estimant à 2000 est donc bien au-dessous des estimations

réalisables.

« En résumé, nous partons d'une dépense totale immédiate,

de 12 284 000 francs et non de 23484500 francs.

« Et où allons-nous ?

« A 54 millions, dit M. le rapporteur de la commission

du budget, et cela en huit ans (p. 12); à 31 millions,

avions-nous dit, et cela en douze ou quinze ans.

(c L'honorable M. Jules Roche suppose que la progression

actuelle dans le nombre des instituteurs continuera

suivant la même raison, et que les 92 732 deviendront en

huit ans 121 752.

« Mais nous devons vous faire observer que cette progression

sera ce que vous voudrez qu'elle soit, puisqu'elle

n'a lieu qu'en vertu des lois de finances votées chaque

année. En 1884, il sera créé 3000 postes nouveaux, qui

emploieront la somme de 3 millions portée à notre budget.

Tout fait penser qu'au projet de budget de 1885 ce crédit

sera beaucoup réduit.

s 11 n'est donc pas possible de déterminer à l'avance

ia loi de progression. Quant au chiffre de l'honorable


PARTIE

GÉNÉRALE.

6,5

de la commission spéciale, devançant, en quelque sorte, '

la décision de la Chambre. Elle s'est réunie aujourd'hui

et elle a supprimé la plupart des dispositions qui entraînaient

des conséquences financières ; elle n'a réservé que

le chapitre 5, relatif au traitement du personnel enseignant.

« D'après le rapport que vient de lire l'honorable

M. Paul Bert, il résulte qu'il n'y a plus de dispositions

entraînant des conséquences financières que dans le chapitre

5 du projet, intitulé : « Du traitement du personnel

enseignant, s

« Cette décision a simi)lifié les choses, mais elle ne saurait

modifier les résolutions du Gouvernement. Décidé,

comme je l'ai dit tout à l'heure, à ne pas demander la

création de nouveaux impôts, mais désireux de voir discuter

une loi qui organise le régime de l'enseignement

primaire public et privé, il attendra que la discussion le

conduise à l'examen du chapitre 5, pour poser devant la

Chambre la question qu'il a déjà posée devant la commission

du budget et devant la commission spéciale, et pour

vous demander de ne pas voter ce qui reste des dispositions

qui entraîneraient des conséquences financières, et

que la commission a cru devoir maintenir.

« Telles sont, messieurs, les explications que je crois

devoir fournir à la Chambre, afin qu'il soit bien entendu

que, de la part du Gouvernement, l'attitude d'hier est

celle d'aujourd'hui et qu'elle restera l'attitude de demain. »

Par 2G0 voix contre 220 sur 480 votants, la Chambre

repousse le renvoi de la discussion à jeudi, réclamé par

quelques membres et fixe cette discussioii au mardi

19 février.

Séance du mardi -19 février 1884.

finances,

Suite de la dl.scnssîon : t° de la proposition

de loi de IH. Paul Bert, sur l'organisation

de l'enseignement primaire; du projet

de loi relatif à la nomination et au traitement

des instituteurs et institutrices'.

M. LE PRÉSIDENT fait Connaître que l'ordre du jour appelle

la suite de la discussion : 1» de la proposition de

loi de M. Paul Bert, sur l'organsisation et l'enseignement

primaire ; 2° du projet de loi relatif à la nomination et au

traitement des instituteurs et institutrices.

La Chambre s'est arrêtée au titre II. — De l'enseignement

public. — Chapitre premier. — De l'établissement

des écoles pubhques.

Avant de donner lecture des articles, le président prie

les orateurs de suivre attentivement le débat, à cause du

nouveau numérotage de certains articles sur lesquels ils

ont l'intention de prendre la parole; il prie également les

auteurs des amendements de vérifier si leurs textes cadrent

avec la nouvelle rédaction de la commission.

L'article 7 proposé par la commission est ainsi conçu :

_ 8 Art 7.— Toute commune doit être pourvue an moins

d'une école pritnaire publique. Toutefois, le conseil départemental

peut, sous réserve de l'approbation du ministre,

autoriser une commune à se réunir à une ou plusieurs

communes voisines pour l'entretien, d'une école.

« Lorsque la commune ou la réunion de communes

compte 400 habitants et au-dessus, elle doit avoir au

moins une école spéciale pour les filles, à moins d'être

autorisée par le conseil départemental à remplacer ses

écoles spéciales par des écoles mixtes quant au sexe. »

« L'article 7, mis aux voix, est adopté.

M. LE rniSsiDENT lit le texte de l'article 8.

« La circonscription des écoles de hameau créés par

application de l'article 8 de la loi du 20 mars 1883 pourra

s'étendre sur plusieurs communes.

« Les communes intéressées contribuent aux frais de

construction et d'entretien de ces écoles dans des proportions

déterminées par le conseil départemental. »

M. BouiiGEois, à l'occasion de l'article 8, dit qu'il désirerait

que, lorsque l'administration songe à créer une école

de hameau, il soit tenu compte d'une manière un peu

sérieuse et du vote des conseils muncipaux, et, dans une

mesure plus large, des appréciations du conseil général.

« Il regrette qu'aux termesde la loi existante, l'adniinis-

1. Voir Manuel général, année 1885, n°" du 24 novembre,

p. 455.

tration puisse créer une école de hameau alors mênie ^e

le conseil municipal s'y oppose, et que le conseil général

a donné un avis défavorable. Dans son département, ditil,

le département de la Vendée, on suit, pour la construction

des écoles de hameau, une sorte de règle géométrique.

a On prend un compas, on met le point d'une dçs

branches sur le chef-lieu de la localité et on fait tourner

l'autre branche du compas ; tout ce qui n'est pas commis

dans un périmètre à distance de 3 kilomètres 'est gratilie

d'une école de hameau. » Il résulte de l'application de ce

procédé de graves inconvénients. L'école du hameau dans

ces conditions est bien souvent une superfètatioti. Et ce

sont ces dépenses inutiles qui empêchent aujourd hui la

proposition de loi de M. Paul Bert de recevoir une complète

satisfaction.

d Si on avait moins prodigué l'argent des contribuables,

vous ne vous trouveriez pas dans cette triste situation

d'avoir peut-être à refuser aux instituteurs le pain dont

ils ont besoin. .4.vant de faire des bâtiments scolaires

dont la nécessité ne s'imposait pas, il fallait se souvenir

— permettez-moi une comparaison familière — qu après

avoir doré la cage, il n'y aurait plus de pain pour 1 oiseau,

il ne resterait plus rien pour le pauvre instituteur.

Voilà la situation à laquelle on nous a acculés. »

En procédant comme l'a indiqué l'orateur, il arrive

cette monstruosité 'que l'on englobe dans le périmètre

acquis à l'école de hameau le chef-lieu d'une^ commune

voisine, or, lorsque dans une commune, il n'y a qu une

classe, un seul instituteur, et que 80 à 90 petits enfants

peut-être sont entassés dans l'école, il serait plus sage, au

point de • vue des intérêts de l'instruction primaire,

comme au point de vue de la bonne administration des

de doter cette commune d'un maître adjoint et

d'une seconde classe, et de forcer les. petits enfpts qui

demeurent près de la commune voisine à aller a 1 école

de cette commune. . . •,

M. BOURGEOIS rapporte d'autre part, un bruit qui, dit-it,

a couru, et qu'il espère voir démentir. Peut-être a-t-on

mal rapporté les faits, peut-être est-ce lui qui a mal compris,

mais on a représenté les inspecteurs primaires

et les inspecteurs de l'instruction publique comme des

courtiers qui toucheraient une sorte de prime par chaque

école de hameau. , . .

« On a dit que, pour épargner à l'inspecteur des frais

de tournée, auxquels il a droit, il était plus facile de lui

allouer cent francs par chaque école de hameau qui serait

construite. , . .

« Enfin, l'orateur se sépare de M. Paul Bert sur le point

suivant : lorsqu'il s'agit d'instituteurs, il ne mesure pas

leurs mérites et leurs besoins à la longueur ou a la forme

de leurs vêtements, et tous ceux qui rendent des services

aux pères de famille, qui se livrent à l'instruction, qui

travaillent, doivent, suivant lui, être payés , retirez-letir

leur qualité d'instituteur si vous voulez, retirez-leur te

droit d'enseigner, mais, jusqu'à ce que vous l'ayez tait, ils

sont égaux aux yeux de la loi, aux yeux de l instruction,

aux yeux du devoir, et vous leur devez une part égalé.

M. FiLLiiiKES, ministre de Vinstruction publique et des

beaux-arts, rappelle à la Chambre que les ecoles de

hameau n'ont pas été instituées par la loi qui est; aujourd'hui

en discussion, mais par l'article 8 de la loi nu

20 mars 1883; c'est cette loi qui a décidé que les ccoles

de hameau devaient être créées dans un centre de population

distant de trois kilomètres au moins du chet-lieu,

à la condition, dont n'a pas parlé M. Bourgeois, — que

ces écoles devront, pour être ouvertes, réunir un ettectit

de 20 enfants. ,

Quant à la question de savoir comment la procédure

suit son cours, c'est encore la loi du 20 mars 188o, qui

l'a réglée. ,

« Cette loi, dit le ministre, a été faite dans un moment

où l'administration se trouvait en présence du mauvais

vouloir de cerlains conseils municipaux et de certains

conseils généraux; on a décidé alors, et très sagemen ,

que, s'il était indispensable de prendre l'avis des consens

même établi, comme garantie, que, lorsque le ministre

serait appelé à décider la création d'une école de hameau,

contrairement à l'avis du conseil général, il serait oblige


MANUEL GÉNÉRAL OÉ Jt.,'INSÎRUyT10N

PKIMAIRE.

^^e spumptlre flréa'aWf ment i',affaire à l'avis, du cofts.qi}

•,4:Etat. B

. Voilà cqm^ept Ips .c}io?es .clflivfnt se paf.s,er,.et si, d.an^

Je département dont p^pie (Jl. Bçiipgepjs, des faits COJJ-

Jtraires à .cette proçéçîiire étaiçpt portés à ma çonnaissanc

îe ministre'n'a pas besoin de dire que son premier devo

serait rte r.appelpr les administrateurs a,u respect; de

• Ipi. .Mais rien de pareil.i)e m'a été. signalé,

M..Bourgeois,s'e.^t dem?,n,dé ,fi ,P,n ne pn.uyait pas,,çc»pT

• sidérer nos inspecteurs d'aça.démie et nos inspecteui-s

• iprimaires comme de .yérifatles courtiers d'écoles tie

.•Ji^my^Ur . .... .

(( Je ne sais p9S, répond le ministre, où l'bonorpbte

;M. BoiirgeoiS;a pris cette e^pressi^ip, mài^ .aucune qu,ali-

-Àçation n'est plus inju^^te,.car ni tes inspecteurs d'académie,

ni les inspecteurs primaires n'ont re.ç" de personne,une

mission qui puisse la l(ur attirer. Dévoués à

^urs devoirs, ils .éclairent les, communes sur leur situation

: scolaire. »

Quant à la somme de iOO (riancs .que l'on considérait

tout à l'heure comme la pri.ijje ,de ce prétendu courtage,

M. Fallières rappelle qu'il .a élé institué par spn pr.édé-

-cesseur, il y a 3 on .4 ans,.une. çoijjmi.sgi.pn départern.entale

pour examii^er les plans fit fl.u'elle .cçmprepait, .clans

son sein, un inspecteur .chargé.de Viéritipr les travaux à

mesure qu'ils se ppursuiyaiept. Quand il s'est agi de

, SPlder les pemptes, , on les a . trouvés, .au ministère de

l'instruction publique, beaucoup trpp.élevés ; ils atte>

gnaient pour chaque inspecteur des travaux jusqu'à '5

et 400 fr. par .maison d'école. On pensé alors qu'pn

pouvait contier cette missiOin de.suryeillançe aux inspecteurs

prim,aires. Et, cornjne l'on s'est aperçu qu'elle en-

.tr.ainait pour eux certaines dépenses, on a décidé qu'il

leur serait alloué une spmrne de fOO francs peur ces

visites qui leur étaient imppsé.es, soit par leur chef,

l'inspecteur d'académie, spit par le ministre. Voilà quel

est le caractère de cette indemnité.

« Il ne saurait êti'e q.u,ef.tîDn,. dit 51. J^àllières, d'un

courtage, quand il s'agit de c.es fonctionnaires Ijpflnètes

et dévpués, que je tenais, à .défepidre.ici. »

M. Bo.DB.EEI)IS. dit flu'il n'a pas .eu )a pençée .d'attaquer

les inspecté.urs; il.répète, dlaqtre'.part, gu.e...suivant Ipi,

on peut plus utilement fl.yÇil.quefpis emplpyer les deniers

de l'Etat en agrandissant l'écple commun,aie' primaire

d^une commune linaitropiie, placée dans le périmètre fatidique

de 3 kilomètres des p,e);it.s ;gro.i|pes..d'habit3pt.s soisins.

M. Loaoïs critique l'indemnité de dOO fr£\nçs, accordée

aux inspecteurs de l'enseigne,m.ent .primaire, phargés de

l'examen des travaux d.es écoles à, construire. « .11 est impossible

de placer plus mal fies 100 francs ; il ^st impossible

également qu'un inspecteur .del'in^truRtionp.rimaire

.puisse inspecter la cpnstructipn des écples.

« Cette mission ne rentre pas /ians sa spécialité; tout

le mpnde sait cela ; il peut .être un très bpn inspecteur

de l'enseignement primaire et ne se connaître, en rien

aux qualités du mortier, des maçonneries et constructions.

Les tournées qu'il doit faire pour inspecter les écoles

ne lui laissent pas .sulfisamment le temps de se livrer à

l'inspection des travaux. Il ne peut rien voir et ne voit

rien en tait de cpnstructipn d'écples.... En réalité et en

fait, cette prime de 100 francs est uniquement un encpuragement

aux inspecteurs primaires pour pousser à la

construction des écoles. »

L'article 8 est adopté.

M. LE PRÉSIDENT lit l'article 9 (ancien 11).

« Le conseil départemental de' l'instruction publique,

après avoir pris l'avis des conseils municipaux et celui

des comités cantpnaux, détermine, sous réserve de l'approbation

du ministre, le nombre, la nature et le siège

des écoles primaires publiques de tput degré qu'il y a lieu

d'établir pu de maintenir dans chaque cpmmune, ainsi

que le npmbre des maîtres qui y sent attachés.

« Le cpnseil départemental ppurra, après avis du cpnseil

municipal et du comité cantpnal, a'utpriser un instituteur

PU une institutrice à recevoir des élèves internes

en nombre déterminé et dans des conditions déterminées.

»

L'article 9, mis aux voix, est adopté.

•< Art. 10 (ancien 12). — L'établissement des écoles

primaires publiques de tout prdre, le Ipgement de chacun

des membres du nerspnnel enseignarjt attachés à ces

é.çples. rçnlrelien pu la locaiipu. des Làtimeufs et de leurs

dépendances, i'^cquîisilion et l'entréMen du mobilier fcpjà'iré','le

chauffage et' i;éclairi)ge des classes, la-rémunéraiion

des gens dp service, soiit des d'épenses iobligatoires

pour Ips communfs^ Elles , sont acquittées sur'des ressources

autres que celles qui proviennent des quatre

fçntimes spéciaux, de l'enseignement primaire.

Tout.etois,'1''F,ltat peutintèrvehir dans les dépenses de

const-n'Ction. d'acquisitipq et d'appropriation des locaux,

ainsi que dans l'acq.ùisition du mftbîli.er scolaire, par'des

subventions réglées conformément aux dispositions des

lois du l»'juin 1878, du 2 aoiit 1881 et du 20 mars lS8ô. »

'-:-•• (Adopté:)

« Art.'11 (ancien 79).—Jns.qu'au 51 décembre lS8u,et

pour les cpmmunos qui n'auront pu jusque là se rendre

propriétaires!des immeubles destinés à leurs écoles,l''lîfat

pourra continuer de prendre à sa charge tout ou partie

de la dépense résultant de la location des bâtiments servant

à la tenue des classes ou au lo?ement des maîtres.

Passé ce délai, l'article 10 de la présente loi recevra son

entière exécutipn. »

M. r.oKOis ne.-Voit pas d'application possible de l'article ll

en discussion «'Jusqu'au 31 décembre 18S.5.... » dit cet

article, les cpmmunes pourront continuer à louer des

bâtiments pour les maisr ns d'écolç, mais passé ce délai

du 51 décembre l'885. elles devront être propriétaires de

leurs maisons d'école, c'est-à-dire dans un délai de-dixhuit

ou'vingt mpis. Or, d'après les renseignements dpnnés

par le Gpuvernement lui-mime, la construction des

maisons d'école exigerait à peu près 700 millions; il

faudra donc que ies communes trouvent cette spmrne

pour se cpnformer aux prescriptipns do la loi? Or, ou

sait, quel est l'élat de la caisse des écoles : elle n'a plus de

fonds ni po.ur allocations de subventions ni pour consentir

des emprunts. L'orateur demande comment la commission

peut supppser que d'ici au 51 décembre 1885 les

cpmmunes aurpnt pu cpnstruire leurs maispns d'école,

aux termes.de cet article 11.

M. P.voL CERT, rapporteur, dit que -d'accerd avec le

ministre, la ccmmission abandonne cet article.

« Art. 11 (anci.en article 15). — L'établissement des

écoles normales avec leur école annexe, l'entretien des

bâtiments,l'acquisition et l'entretien du mpBiliét' çcp/aire,

le chauffage et l'éclairage dçs différents services, ' sont

des dépenses obligatoires oourles départements.'Il y' est

pourvu à l'Mde d'è ressources départementales autres flue

les quatre centimes sjDéciaux de l'enseignement primaire.

« Il en est de'même pour les dépenses,nécessitées par

l'installation et le fonctionnement du conseil départemental

et du bureau de l'inspecteur d'acadéniie. »'

L'article ii, mis aux voix, est adopté.

CHAPITRE II

De Ventretien des écoles primaires publiques. |

« Art. 12 (ancien 14). ,— La dépense scolaire annuelle

de ,l'enseignement primaire public à tous les degrés,

comprend :

« l?Les, traitements du perspnnel enseignant de tout

ordre;

«2» Le traitement des fonctionnaires chargés de'l'inspection

et de l'administration;

« 5° L'entretien et le renouvellement du matériel d'enseignement.

« Un règlement d'administration publique et des arrêtés

ministériels rendus après avis du conseil supérieur,

fixeront, pour chaque catégorie d'écoles publiques, le

.nombre et la,nature desphjets formant le matériel obligatoire

d'enseignement, ainsi que les conditions dans ,lès-

quelles il seramisà la disposition desicoles, des maîtres

et des élèves. » — (Adopté.)

« Art. 15 (ancien 15). — Il est pourvu aux dépenses

ordinaires de l'enseignement primaire public au .moyen :

« 1° Des dons et legs;

« 1° Des quatre centimes communaux spéciaux à l'instruction

primaire, pu d'une somme égale prélevée sur

les revenus ordinaires des communes, conformément aux

dispositions de l'article 2 de la loi du 10 juin 1881 sur la

gratuité ;

« 3" Des quatre centimes départementaux créés par les

arfintpsî /iR dp tn tni fin 't.^i in;ii'(ï '1 R?iO -t A fin tn loi fin

^


EARTIE GEJSIÉRALE.

¥

10 avril -1807 e.t ^ dg la loi du J.D.JuiUef. 'IÇTSj.et rendus

obligatoires pàv l'arMclé -{'de là l'pi'dtt ie jùiti WSl ;

bu'préïèïçmpnjt's^rjfe. cmrmiéfc.e/de^' revqnùs ordinaires,

institué par l'articlfi 3 de la loi du ICjum 1,881.

dans les communes, 9Ù, la d,u


iOO

MANUEL GÉNÉRAL DE L'INSTRUCTION

PRIMAIRE.

mande à la Chambre la permission de rappeler, car elle

intéresse un grand nomire de nos communes.

« Voici ce que je disais à M. le ministre de l'instruction

publique, dans la séance du 8 décembre 1882 :

« Avant de passer au vote sur l'ensemble du chapitre 54,

je veux appeler l'attention de M. le ministre sur une

question d'une importance pratique considérable, qui se

rattache à l'application de la loi nouvelle sur la gratuité

de l'enseignement primaire.

« Je demande quelle situation est faite, par la loi nouvelle,

aux communes au profit desquelles des dons et legs

ont été ou seront consentis au profit de l'enseignement

primaire.

« La loi du 16 juin 1881 donne aux communes la faculté

de s'exonérer des quatre centimes obligatoires pour le

service de l'enseignement primaire, en exerçant im prélèvement

de même somme sur le montant des dons et legs.

« Mais cet article ne donne qu'une partie de la solution ;

car, quand le prélèvement des quatre centimes sera opéré,

s'il reste un reliquat sur le montant des dons et legs, à

qui sera attribué cet excédent?

« Sera-t-il attribué à la commune? Continuera-t-elle à

en bénéficier comme par le passé? La subvention à laquelle

la commune a droit sera-t-elle fi.xée sans avoir égard à ce

reliquat, ou, en d'autres termes, entend-on imputer ce

reliquat sur la subvention accordée à la commune?... »

« Et je terminais en disant :

(X L'excédent doit rester à la disposition des communes,

car une solution contraire créerait à celles-ci une situation

souverainement injuste en droit et en équité ; elle irait à

rencontre de la volonté incontestable des testateurs, des

donateurs, de laire profiter de leurs libéralités non pas

l'Etat, mais les communes.... Dans une pareille question,

qui intéresse à un si haut point un grand nombre de nos

communes, il faut une règle fixe et invariable, qui ne

prête pas à controverse.... »

« Et M. le ministre de l'instruction publique me répondait

: « Comme je partage absolument l'opinion qui vient

« d'être développée, je ne crois pas avoir besoin d'entrer

« dans de longs détails,

« Pour moi, les dons et legs faits aux communes doivent

« entrer en déduction des 4 centimes ordinaires, et, quand

• il y a excédent, cet excédent doit être acquis aux com-

K munes ; il ne vient pas en déduction des subventions de

i l'Etat. Telle est la réponse que je suis heureux d'avoir


PARTIE GÉNÉRALE 73

« Il est pourvu aux dépenses ordinaires de l'enseignement

primaire puljlic au moyen....

« 2» Des 4 cenlimes communaux spéciaux à l'instruction

primaire ou d'une somme égale prélevée sur les revenus

ordinaires de communes conformément aux dispositions

de l'article 2 de la loi du Ifi juin 1881 sur la gratuité. »

Et, d'autre part, l'article 2 de la loi du 16 juin 1881

porte ce qui suit, dans son deuxième alinéa :

« Les communes auront la faculté de s'exonérer de tout

ou partie de ces 4 centimes en inscrivant au budget, avec

la même destination, une somme égale au produit des

centimes supprimés, somme qui pourra être prise, soit

sur les revenus des dons et legs, soit sur une portion.quelconque

de leurs ressources ordinaires et extraordinaires. »

Le produit des dons et legs devra donc, dans la pensée

du Gouvernement comme dans la pensée de la commission,

décharger d'autant les 4 centimes communaux, et ce ne

sera qu'autant que ce produit ne serait pas suffisant pour

parfaire le montant de ces 4 centimes, que l'on prendra

sur les 4 centimes eux-mêmes la somme nécessaire pour

assurer le complément. S'il y a excédent, les communes

pourront employer cet excédent aux autres besoins scolaires.

M. BERNARD dit que cette réponse lui donne toute satisfaction.

M. JULES ROCHE se déclare satisfait par la nouvelle rédaction

de M. Paul Bert.

M. LE PRÉSIDENT cousulte la Chambre, la demande de

renvoi à la commission étant maintenue par M Drumel.

Le renvoi à la commission est mis aux voix et prononcé.

M. LE PRÉSIDENT lit le tcxtB de l'article 14.

Art. 14. — Les conseils municipaux sont autorisés à

voter six centimes additionnels au principal des quatre

contributions directes, qui seront exclusivement consacrés

soit à des suppléments de traitement aux instituteurs

et institutrices, soit à des améliorations au service de

l'enseignement primaire. »

M. Louois demande que la commission donne une explication

sur le sens de cet article.

« Tous les conseils municipaux ont le droit de voter des

centimes additionnels dans les limites de la loi des

finances, c'est-à-dire au nombre de 20,'pour les appliquer

à l'instruction primaire, ou à tout autre service communal

; ils n'ont besoin, pour cela, d'une autorisation spéciale.

Je demande à la commission si elle entend dire par

son article 14 que les comrnunes peuvent voter ces 6 centimes

dans la limite de 20 centimes qu'elles sont autorisées

à voter, et, dans ce cas, l'article serait inutile, ou si

cès 6 centimes qu'elles voteront pour l'instruction primaire

seront considérés comme des csntimes spéciaux,

en dehors des 20 centimes. Il faudrait le dire d'une manière

formelle, car il est impossible de le savoir en présence

d'une rédaction aussi vague.

« D'un autre côté, je ne sais pas si M. le ministre des

finances approuvera cette faculté donnée aux communes

de créer, en dehors de' 20 centimes autorisés par la loi

de finances, de nouveaux centimes spéciaux, qui s'ajouteront

aux centimes spéciaux pour l'enseignement primaire

et aux centimes spéciaux pour les chemins vicinaux.

« Dans tous le§ cas il faut savoir si ces 6 centimes rentrent

dans les 20 centimes que nous accordons tous les

ans aux communes, ou si ce sont des centimes spéciaux.

0 Dans-ce dernier cas, j'y verrais, pour moi, un certain

danger, parce que cela permettrait d'augmenter

d'une manière considérable les centimes additionnels qui

pèsent lourdement sur la propriété foncière.

« M. LE RAPPORTEUR. Je répouds d'un mot : ils sont en

dehors des 20 centimes.

« M. LOROIS. 11 n'était pas inutile de le dire. La propriété

foncière aura alors à supporter une nouvelle charge. »

M. GuicRARDdit que l'article critiqué par 51. Lorois n'est

ilue la remise en vigueur de la loi de 1876, qui, en outre

des centimes obligatoires, accordait aux communes 6 centimes

purement facultatifs, afin de les mettre à même de

compléter le bienfait de la loi sur la gratuité de l'enseignement

primaire.

Les dispositions de l'article 4 de cette loi, qui n'a soulevé

aucune difficulté lorsqu'il a été voté, font aujourd'hui

absolument défaut; « car, lorsqu'une commune

sent qu'il est juste d'augmenter le traitement de son instituteur

ou de son institutrice ou d'ajouter un perfectionnement,

une amélioration à son matériel scolaire, et

qu'elle a épuisé ses centimes facultatifs, elle est obligée

de demander au préfet l'autorisation de s'imposer extraordinairement,

et, souvent la multiplicité des affaires qui

se pressent dans les bureaux de la préfecture occasionne

des retards prolongés qui rendent impossible la réalisation

de ses délibérations ; ainsi lorsqu'une commune veut

récompenser les longs services d'un bon instituteur,

lorsqu'elle juge que son matériel scolaire est insuffisant,

elle n'a même pas la faculté de subvenir à ses besoins

avec ses propres ressources.

« Mais l'autorité la plus grande est celle de la loi qui a

été votée en 1870. L'article 4 de la loi du 20 décembre

1876, après avoir énuméré les différentes ressources qui

étaient obligatoires et qui devaient subvenir'aux nécessités

de la gratuité, dans la supposition que ces centimes

obligatoires seraient insuffisants, se termine par cette

dernière disposition :

« Si ces ressources réunies ne suffisaient pas à sub-

« venir à toutes les dépenses d'entretien de la gratuité,

« la commune pourrait encore y affecter une nouvelle

« imposition extraordinaire et spéciale de six centimes

« additionnels au principal des quatre contributions di-

« rectes. »

« Voilà ce qui existait et n'a jamais été abrogé. Or,

faute d'exécuter cette loi, un certain nombre de communes

ne peuvent faire face aux nécessités de l'enseignement.

Je ne comprends pas, lorsque l'Etat reconnaît luimême

qu'il est dans l'impossibilité de subvenir à tous les

services de l'instruction primaire, qu'il refuse aux communes

de faire volontairement des sacrifices dans ce but.

(Très bien ! très bien ! ) »

L'orateur appuie l'article^de la commission.

M. LE COMTE DE LANjDiMAislînsiste pour que la Chambre

ne vote pas l'article 14, les communes étant déjà surchargées

d'impôts.

Par 424 voix contre 61, sur 485 votants, l'article 14 est

adopté.

M. LE PRÉSIDENT dît que la commission lui a fait savoir

que c'est par erreur que l'article 16.— devenu article 15

— a été réimprimé dans la nouvelle distribution. On

passe donc au chapitre 3.

« Du personnel enseignant. — Conditions requise,^

Je lis l'article 17 qui prend le n° 15 à la place de l'article

qui avait été reproduit par erreur dans la nouvelle

distribution.

« Art. 15. —L'enseignement dans les écoles publiques

est donné conformément aux prescriptions de la loi du

28 mars 1882 et d'après un plan d'études qui sera délibéré

en conseil supérieur.

c Pour chaque département, le conseil départemental

arrêtera l'organisation pédagogique des diverses catégories

d'établissements par des règlements spéciaux qui

seront soumis au conseil supérieur de l'instruction publique.

»

M. CoMPAYBÉ demande que le libellé de cet article soit

modifié, le plan d'études ayant été délibéré par le conseil

supérieur.

M. LE PRÉSIDENT met aux voix l'article modifié ainsi qu'il

suit :

« L'enseignement dans les écoles publiques est donné

conformément aux prescriptions de la loi du 28 mars

1882 et d'après le plan d'études délibéré en conseil supérieur.

« Pour chaque département, le conseil départemental

arrête l'organisation pédagogique des diverses catégories

d'établissements par des règlements spéciaux soumis au

conseil supérieur de l'instruction publique. »

L'article 15, ainsi rédigé, est mis aux voix et adopté.

Article 18, devenu article 16.

« Dans les écoles publiques de tout ordre, l'enseignement

est exclusivement conlié à un personnel laïque. »

M. FREPPEL demande la suppression pure et simple de

cet article.

« 51. le rapporteur, dit l'orateur, ne s'est pas trompa

dans son exposé des motifs en disant que cet article contient

la disposition la plus importante du projet de loi.

Cet article proclame en effet la laïcisation complète du

personnel dans les écoles publiques; c'est lui qui donnera

au projet de loi en discussion son véritable caractère,

en venant aggraver la loi du 28 mai:,sl882. au risqu


iOO

MANUEL GÉNÉRAL DE L'INSTRUCTION PRIMAIRE.

de soulever dans le pays les mêmes difficultés, sinon des

difficultés plus considérables encore, et d'ajouter uii nouvel

aliment à la division des esprits. (Très bien ! très

bien ! à droite.)

a II est vrai qu'après avoir énoncé le principe de la

laïcisation complète des écoles publiques, on renoncé à

en poursuivre l'application immédiate, d'après l'article 17,

c'est dans un délai de cinq ans pour les .écoles publiques

de garçons et dans un délai plus considérable encore pour

les écoles publiques de jeunes filles, que devra s'effectuer

la laïcisation proclamée dans l'article 16.


PARTIE GÉNÉRALE.

6,5

« Ma conviction n'a fait que se fortifier sur ces trois

points, et j'espère bien que le temps n'est pas éloigné, où,

de concert, nous abrogerons dans cette enceinte une loi

dont l'expérience aura démontré les vices et l'inanité.

(Très bien! très bien! et applaudissements à droite.

~ Inlçrruptions ironiques sur plusieurs bancs à

gauche.)

a Mon Dieu, mèssieurs, si l'espérance est restée au fond

de la boîte de Pandore, elle n'est pras non plus sortie, que

je sache, des urnes de la Chambré des députés. (Rires à

drbite). Il s'est passé dans cette enceinte, depuis cent ans,

des choses tellement contradictoires, que je ne désespère

pas de voir' niôn désir se réaliser cômpléteniient. (Rires

et applaudissements à droite.)

« Mais enfin quoi qu'il faille penser de la loi du 28

mars 1882, je la prends telle qu'elle est et je soutiens

qu'il n'est pas exact de dire avec M. le rapporteur qu'elle

a pour conséquence nécessaire d'interdire les écoles publiques

aux instituteurs et aux institutrices congréganistes.

Permettez-moi, en effet, de vous faire remarquer

tout d'abord que les membres des congrégations religieuses

sont les meilleurs juges de ce qu'ils se doivent à

eux-mômes, de leur honneur et de leur dignité ; s'ils

avaient pensé que l'observation de la loi du 28 mars 1882

fût incompatible avec leur caractère religieux, ils auraient

abandonné vos écoles au lendemain même de la promulgation

de cette loi; s'il né l'ont pas fait, c'est qu'ils ont

estimé que la loi du 28 mars 1882 n'avait pas pour résultat

nécessaire de leur interdire les écoles publiques.

Né soyez donc pas plus congréganistes que les eongréganistes

eux-mêmes. (Rires approbatifs à droite). Quittez ce

souci, laissez aux intéressés le soin de décider si leur

situation est devenue ou non impossible..

«A cette première observation j'en ajouterai une autre.

« Le conseil supérieur de l'instruction publique, agissant

dans la plénitude de- son mandat légal, a placé, parmi

les matières obligatoires de l'enseignement primaire, les

devoirs envers Dieu, tels que les dicte la raison naturelle.

Or, messieurs, c'est là un point fort important et

que pour ma part, je suis loin de dédaigner, car la religion

révélée a son fondement dans la raison et dans la. ,

conscience' humaine. (Très bien 1 très bieml èt droite. —

Intenruptlons à gauche.)

« Je^ sais très blêii qUe le^ instituteurs et institutrices

côngféganistes ont le devoir d'aller plus loin- et de donner

à leurs élèves l'éducation et l'instruction chrétienne.

M. le ïapporteur a eu raison-de'citer dans son travail' Ifes

Statuts des'frères des écoles chrélîennes qui' sont fbrmelsà

cet égard; mais ces statuts né-disent pas'â quelle heure,

ni dans quel local l'instruction chrétiemlB devra être

donnée» La loi du 28 mars 1882, — j'en appelle à M. le

ministre de l'instruction publique, — est également

muette à cet égard : elle n'interdit ni à l'instituteur

laïque ni à Vinstituteur congréganiste de donner à' ses

élèves, sur la demande des parents, en dehors de l'heure

et du local des classes, l'instruction religieuse.

« Donc; tant que vous ii'aurpz pas fait une autre loi leur

défendant de donner l'instruction chrétienne dans les

conditions que je viens d'indiquer, la loi du 28 mars 1882

restera, pour les congréganistes, une grande gêne, une

grande entrave, un grand' obstacle, une grande difllcuHé;

mais elle n'aura pas pour conséquence néde'ssaire de leur

fermer les écoles publiques; et, par conséquent, le premier

motif allégué par M. le rapporteur, son motif le plus

important et le plus spécieux, n'a aucune éspèce de valeur.

Très bien ! très bien ! à droite.)

« J'arrive au second motif invoqué par M. le rapporteur

pour exclure des écoles publiques les instituteurs et

les institutrices congréganistes.

« A l'entendre, l'obéissance qui les lie envers leurs

supérieurs conventuels serait inconciliable avec la sou*-

mission qu'ils doivent à leurs chefs universitaires. Messieurs,

je ne vois aucune espèce de raison à cette prétendue

incompatibilité, car les supérieurs religieux et les

chefs universitaires opèrent sur deux terrains tout à-lait

différents, et dans doux sphères qui ne se touchent par

aucun côté.

« Les supérieurs conventuels ont pour mission de

tracer aux membres de leurs communautés les devoirs de

lu vie spirituelle, de veiller à l'observation de la règle en

ce qui regarde la conduite morale et les exercices religieux;

mais quant aux programmes, quant aux méthodes.

à_la direction des études, à la distribution du travail, ils

n'ont rien à y voir dans les écoles publiques; tout cela

est du ressort du chef universitaire.

« M. le rapporteur a cité, dans son travail, un passage

des statuts des frères de la doctrine chrétienne;

mais ce passage s'applique aux écoles libres, aux

écoles indopendantes de l'Etat, aux écoles où les frères

peuvent se mouvoir à leur gré en toute liberté, mais nullement

aux-écoles de l'Etat qui, en 1810, n'existaient pasmême

dans le sens où-nous l'entendons aujourd'hui.

« Oui,.j'ose l'affirmer sans- crainte, en ce qui regarde la,

matière pédagogique, la seule en question, les inspecteurs'

d'académie et les inspecteurs primaires rencontrent chez

les instituteurs et les institutrices congréganistes autant

de docilité que chez les instituteurs et institutrices

laïques; et même peut-être un peu plus, à cause du secrétariat

de mairie qùe vous enlèverez, je l'espère du moins,

aux instituteurs laïques, ou, pour mieux dire, dont vous

les délivrerez, parce que c'est une source incessante de

conflits, l'instituteur étant porté tout naturellement à s'appuyer

sur le maire, sur le conseil municipal, dont il esfc

le délégué, contre l'inspecteur d'académie et contre l'inspecteur

primaire.

« Eh bien, y a-t-il rien de pareil chez les instituteurs

congréganistes ? J'ai l'honneur, si ce n'est pas plutôt une

charge, d'être le supérieur de six congrégations religieuses,

et mon mot d'ordre a été invariablement celui-ci.

Quant aux programmes, aux méthodes, à la direction des

études, et à la distribution du travail, vous n'avez d'ordi-es

à recevoir que de l'inspecteur d'académie et de l'inspecteur

primaire. Ah I si l'on vous ordonnait des choses

contraires à votre conscience, la question changerait de

face. (Interruptions ironiques à gauche.)

« Mais, messieurs, est-ce que par hasard l'instituteur

laïque-n'a pas non plus sa conscience... (Très bien! très

bien ! a droite), contre laquelle viendraient échouer également

des ord'res injustes?

« Donc le deuxième motif invoqué par M. le rapporteur

n'a pas plus de valeur que le premier. ([Nouvelle approbation

à droite,)

« Le troisième motif tiré des grades etdes diplômes tombe

de lui-même. C'est une argumentation surannée en présence

delà loi du 17 juillet 1881, qui impose les mêmes

brevets de capacité aux laïques- et aux congréganistes. Il

ne faut plus en>parler, et la comparaison des succès dans

les examens et dans les- concours prouve- que la parité

n'existe pas moins pour la force de l'enseignement que

pour l'exigence des grades. (Trè bien ! très bien à droite.)

« Je voudrais également n'avoir pas à discuter les raisons

d'ordre moral alléguées par M. le rapporteur pour

interdir les écoles publiques aux instituteurs et institutrices

congréganistes; mais du moment que ces objections se

produisent dans un document aussi considérable qu'im

rapport présenté à la Chambre,-je dois y répondre.

« Pour justifier l'exclusion qu'il demande, M. le rappoiV

teur prétend que les instituteurs et lés'institutrices congréganistes

sont peu propres à former les enfants à la vie

de ramilie et à l'activité sociale parce- qu'ils ne sont pas

engagés dans l'état de mariage: Je lui ferai remarquai'

d'abord, que si, afin de préparer les enfants à la vie dt

famille, il était nécessaire de s'engager dans l'état de mariage,

pour être conséquent avec lui-même, il devrait

commencer par fermer les écoles publiques à bon nombre

d'instituteurs et aux tois' quarts des institutrices laïques,

qui sont célibataires. (C'est évident! à droite.) Et, si l'on

me répond que ceux-là du moins peuvent se marier, je

répliquerai : Toujours est-il qu'ils ne le sont pas. Vous

devriez donc attendre qu'ils fussent mariés avant de leur

ouvrir vos écoles; Voilà ce qu'exige la logique. (Très bien

très bien ! à droite.)

« Mais, franchement, messieurs, qu'est-ce qu'on entend

par préparer les enfants à la vie de famille? S'agirait-il

par hasard d'enseigner gravement à des enfants de dix à

douze ans le code domestique, le code familial, le code

conjugal avec tous ses articles? (On rit.) Est-ce que par

hasard, vous allez prétendre, comme je le lisais tout à

l'heure dans un déplorable i manuel d'instruction civique,

que, pour préparer les- enfants à la vie de- tamillei il

faut leur expliquer le rôle de l'époux et celui dé l'épouse?

« Un pareil procédé serait grotesque s'il n'était odieux-!

, (Très bien ! très bien ! à droite. — Interruptions à gauche.)


iOO

MANUEL GÉNÉRAL DE L'INSTRUCTION

PRIMAIRE.

Ce qu'il faut inculquer à cet enfant qui \ient à peine de

quitter les genoux de sa mère, ce sont des sentiments d'amour,

de respect et d'obéissance envers ses parents ; ce

sont des sentiments de fraternité à l'égard de son frère et

de sa sœur. Yoilà, messieurs, la Traie préparation à la vie

de famille. (Très bien ! très bien ! à droite.) Or, un instituteur

célibataire est tout aussi apte à donner cet enseignement

que l'instituteur marié. (Interruptions à gauche.)

« Etrange prétention que la vôtre, messieurs ! Savez-

•vous ce qui se passe à ce propos dans l'Etat d'Europe

qui tient le premier rang dans i'ensei|;nement primaire,

la Saxe? La Saxe a établi, par l'article 18 de la loi scolaire

du 26 avril 1873, ce qui suit :

« Les institutrices en fonctions qui se marient doivent

immédiatement, sans pouvoir prétendre à un traitement

de disponibilité, déposer leur mandat. « (Exclamations

sur divers bancs.)

« C'est qu'en Saxe on a le bon esprit de comprendre

qu'un instituteur exempt des soucis et des préoccupations

de la famille a l'esprit plus libre pour se donner tout entier

et sans partage aux enfants étrangers qu'on confie à

ses soins, (nouvelles interruptions à gauche. — Très

bien I très bien ! à droite.)

« C'est que la Saxe a le bon esprit de comprendre, en particuher,

que, pour une institutrice, les obligations de famille

se concilient difficilement avec les exigences scolaires.

Et, aux Etats-Unis, dans la grande république américaine,

que pense-t-on sur ce point? Voici ce que je lis

dans le rapport sur l'instruction primaire à l'exposition

de Philadelphie par M. Buisson :

- « Aux Etats-Unis l'opinion publique est en général tout

a fait opposée au maintien des femmes mariées dans le

personnel scolaire. Il y a même des villes où la question

à été tranchée par des dispositions réglementaires. Ainsi

à New York en 1876. »

« 'Vous pouvez trouver qu'en Saxe, que dans les Etats-

Unis oh est trop exclusif à cet égard : soit ; mais vous le

seriez encore davantage, vous vous engageriez bien plus

loin dans la voie de l'intolérance si vous faisiez du célibat

religieux un motif d'exclusion des écoles publiques.

(Trèsbien! très bien! à droite.)

« La deuxième raison d'ordre moral mise en avant par

M. le rapporteur, pour fermer les écoles publiques aux

instituteurs et aux institutrices congréganistes, est celleci

: « Ceux-là sont peu propres à former des hommes libres,

à qui le respect de la loi n'enlève rien de leur dignité

personnelle, et qui se sont liés par des vœux d'humilité

et d'obéissance passive, s

a Je ne fais en vérité pour quoi M. Paul Bert en veut

tant à l'humilité? (Sourires.) 11 y revient dans chacun de ses

rapports. L'humilité est pourtant une vertu fondamentale

qui sied à tout le monde, qui est le caractère distinctif

du vrai mérite et de la véritable science. Sans doute,

il ne faut pas comprendre l'humilité avec la bassesse, ni

l'obéissance avec la servilité. L'humilité qu'enseignent les

instituteurs et les institutrices congréganistes par leurs

paroles comme par leurs vœux, c'est le «connais-toi toimême

B des Anciens avec la perfection que l'Evangile y

a ajouté; c'est comme le disait un orateur de génie, saint

Bernard, c'est la véritable connaissance de soi-même. C'est

une appréciation équitable de ses défauts, de ses faiblesses

dans le but d'y chercher un remède. Et, véritablement,

qu'est-ce que vous trouvez donc de dangereux

dans tout cela? (Vifs applaudissements à droite.)

« Si les instituteurs et les institutrices congréganistes

parvenaient à infuser .dans cette société une certaine dose

d'humilité et d'obéissance, serait-ce donc là un si grand

mal? Ne voyez-vous pas que l'orgueil et l'esprit,d'insubordination

sont les deux plaies de la société moderne, que

l'on ne sait plus rien respecter, que l'on ne sait plus

objir à personne?

« Est-ce que l'obéissance et l'humidité empêchent de

former des hommes libres dont la conscience résiste aux

séductions comme à la peur? Vous savez bien le contraire,

et vous l'avez éprouvé depuis quelques années; pour mériter

d'être libre, il faut apprendre à obéir, comme le disait

le plus célèbre des républicains de l'ancienne Rome,

Cicéron : « Legum omiies servi sunius ul liberi esse possimus.

» (Très bien! très bien! adroite.)

« illessieurs, je vous demande bien pardon de tous ces

développements; mais je suis obligé de suivre M. le rapporteur

sur le terrain qu'il s'est choisi. (Parlez! parlez !)

« Ceux-là sont peu propres à parler de la patrie qui

ont juré d'obéir aveuglément à des chefs étrangers. »

« Voilà bien l'objection que l'on formule d'ordinaire

contre les instituteurs et les institutrices congréganistes;

et j'ai le droit de m'en étonner, quand je pense qu'elle

s'adresse à ces frères des écoles chrétiennes qui, en fait

de patriotisme, n'ont plus leurs preuves àfaire... (Applaudissements

à droite), eux qui, il y a quelques années, sous

les balles de l'ennemi, recueillaient les blessés et ensevelissaient

les morts, forçant ainsi l'admiration et le respect

de tous par leur dévouement horo'ique. (Nouveaux applaudissements

sur les mêmes bancs.)

« Mais vous-même, monsieur le rapporteur, il y a quelques

jours, dans un discours que j'ai fort approuvé, vous

avez rendu un hommage public à une religieuse de

Chàteaudun, à la sœur Jeanne, pour son courage et son

dévouement patriotique en face de l'ennemi en 1870.

M. i.E RAPPONTEUN. Et je suis prêt à recommencer !

(t M. FnErpEL. Vous me direz : C'est une exception. Non!

c'est la règle; car ces mêmes sentiments vous les retrouveriez

chez tous les membres des congrégations religieuses.

(Très bien! très bien! et vive adhésion à droite.)

« Maintenant, serrant l'objection de plus près et examinons-la

dans son principe. Je commence d'abord par écarter

le mot « aveuglément », qui ne peut être que l'effet

d'une méprise, car la doctrine catholique n'admet pas

l'obéissance aveugle pas plus de la part des religieux que

du reste des fidèles. « Que votre obéissance soit raisonnable,

disait saint Pierre.

« Et puis qu'entendez-vous par ces chefs étrangers,

monsieur le rapporteur ? Les chefs des congrégations enseignantes

ne r&ident pas à l'étranger; ils sont à côté de

vous ; ils résident au milieu de vous ; ils demeurent rue

Oudinot, rue du Bac, etc. Car je ne suppose pas que vous

vouliez entendre par ce chef étranger le souverain pontife

lui-même. Dans ce cas-là, votre objection passerait pardessus

les chefs des congrégations pour atteindre tous les

catholiques de France ; et alors je vous demanderais de

quelle souveraineté vous voulez parler. Est-ce de la souveraineté

spirituelle? Le pape, chef spirituel de tous les

catholiques, n'est un étranger nulle part. (Très bien ! très

bien! à droite.)

8 Voulez-vous parler de la souveraineté temporelle?

Eh bien, pour nous catholiques français, le souverain temporel

n'est pas à Rome ; il est en France, dans l'ensemble

des pouvoirs publics... (Interruptions sur divers bancs à

gauche.)

« Je suis bien aise de profiter de ma présence à la tribune

pour détruire tous ces préjugés. En fait de lois civiles

^et temporelles, nous ne connaissons que les lois

françaises. Voilà notre doctrine. C'est la doctrine qu'enseignent

toutes les congrégations religieuses; autrement l'oji

nierait la distinction des deux puissances; qui est un des

principes fondamentaux du catholicisnne.

« J'espère que, sur ce point, ma réponse vous paraîtra

absolument satisfaisante...

« Eh bien, messieurs, qu'est-ce qu'il reste donc des

imputations dirigées contre les congrégations religieuses?

J'espère qu'il n'en reste rien à vos yeux; et,

cependant, je n'ai pas touché à une dernière raison

d'ordre moral, je vais vous dire pourquoi, non pas que je

sois embarrassé le moins du monde pour la réfuter ; j'ai

là, sous la main, les documents officiels émanés du ministère

de la justice; mais j'estime qu'il n'est bon, qu'il

n'est utile, qu'il n'est convenable pour personne, de venir

à cette tribune, dresser le bilan comparatif de la criminalité

des instituteurs laïques et des instituteurs congréganistes.

Que la presse se livre à ce travail avec plus ou moins

de passion, c'est son affaire; mais quand je pense que

ces chiffres, après avoir été portés à la tribune, peuvent

tomber sous les yeux des enfants, j'estime, messieurs,

que le respect dû aux maîtres et aux maîtresses de l'une

et de l'autre catégorie n'a rien à gagner à ce que la tribune

nationale se fasse sur ce point l'écho de la presse.

(Très bien ! très bien ! à droite.)... »

L'orateur laissera donc de côté cette question, sauf à y

revenir si la réplique l'amenait sur ce terrain: reprenant

son argumentation au point où il l'avait laissé, il

prévoit une objection.

« Vos raisons peuvent être bonnes, me diront mes

honorables contradicteurs, mais il v a une considération


PARTIE

GÉNÉRALE.

6,5

qui domine tout le reste : En interdisant les écoles publiques

aux instituteurs et aux institutrices congréganistes,

nous déférons, dites-vous, aux vœux des populations,

nous remplissons.la volonté nationale. Yoilà l'argument

que M. le rapporteur a développé tout au long dans

le travail auquel j'ai l'honneur de répondre. Comment!

vous le prétendez que, vous avez pour vous le vœu des

populations, alors qu'il est de notoriété publique que

•chaque fois que vous laïcisez une école et qu'il s'ouvre à

•côté une école libre dirigée par les mêmes maîtres ou les

mômes maîtresses, à l'instant même les parents s'y portent

en foule, de telle sorte qu'à Paris comme en province

ces écoles nouvellement créées sont insuffisantes â

contenir les élèves qui s'y pressent de toutes parts ! (Dénégation

à gauche. — Très bien! très bien! à droite.)

« Permettez, ici je ne suis plus retenu par des scrupules

de délicatesse, je vais faire parler les chiffres. Car

les chiffres sont à cet égard la meilleure de toutes les

démonstrations. Je prends donc d'abord le département

de la Seine, pour donner l'effectif des écoles avant la

laïcisation et l'effectif des écoles après la laïcisation, et

vous allez voir, par cette simple comparaison, si, comme

vous avez osé le dire, le sentiment populaire est hostile

aux congréganistes. »

M. FKEPPEI. cite une série de chiffres statistiques à l'appui

de son argumentation, pour les. écoles de filles et

pour les écoles de garçons à Paris st dans différentes

villes des départements.

L'orateur conclut que devant de pareils résultats les

adversaires des congrégations ne peuvent pas prétendre

qu'ils défèrent au vœu des populations.

« Ah ! je sais bien, continue l'orateur, que M. le rai>

porteur dans son travail d'ensemble a constaté une diminution

de l'élément congréganiste dans les écoles publiques.

Je crois bien avec les écoles que vous laïcisez tous

les jours avec les moyens de pression qu'on exerce pour

dépeupler les écoles congréganistes (Exclamations à gauche.

— Vive approbation à droite).

« La raison de cette diminution, si diminution il y a,

n'est pas là où on la cherche, dans la libre volonté des

parents, mais dans ce fait notoire, patent, qu'à l'heure

actuelle il n'y a plus un seul fonctionnaire, plus un seul

employé, dépendant de l'Etat, du département oudela commune,

que dis-je, pas un manœuvre, pas un balayeur

des rues, qui puisse mettre son enfant dans une école

congréganiste de préférence à l'école laïque sans être à

l'instant même dénoncé par les purs et révoqué de son

emploi comme clérical, ce qui sous la troisième république

est un crime impardonnable (Nouvelles dénégations

à gauche. — Très bien 1 très bien! à droite).

« Il va sans dire que les chefs des administrations civiles

ne sont pas assez simples ni assez naïfs pour laisser entre

les mains de leurs administrés la preuve écrite do leurs

menaces et de leurs intimidations, mais ce que je dis là,

tout le monde le sais ; j'en appelle à tous mes collègues de la

droite qui sont témoins de tout ce qui se passe tous les

jours dans leurs départements. (Oui ! oui ! à droite.)

« Je vais vous en donnw une preuve si vous le désirez.

8 Jusqu'à ces dernières années, les enfants de troupe

dont nous parlions hier étaient envoyés indifféremment

soit à des écoles congréganistes, soit à des écoles laïques

; une circulaire d'un ministre de la guerre, M. le

général Farre, est venue interdire aux enfants de troupe

l'accès des écoles congréganistes.

« M. RANC. Il a bien fait.

« M. FREITEL. Soit. Mais ces agissements de l'autorité

militaire ou civile montrent précisément que, s'il y a eu

certaine diminution dans l'ensemble des écoles congréganistes,

il ne faut pas en chercher la raison dans la

volonté libre des parents, mais dans le despotisme de

ceux qui placent le père de famille entre ses préférences

personnelles et le danger de perdre son emploi. (Très

bien ! très bien ! à droite.)

« Yous vous récriez, messieurs ; eh bien, il y a un

moyen bien simple de me confondre, de confondre en

même temps tous mes collègues de la droite, c'est de

consulter les populations. Faites voter les pères et les

mères de famille

« Comment I vous osez prétendre que les mères de

famille n'ont rien à voir dans l'éducation de leurs enfants

!

« M. GUSTAVE UIVIÎT. iS'ous demandons à donner des

droits aux femmes, parfaitement, mais quand elles seront

instruites.

« M. FREPPEL. Eh bien, messieurs, soit! Yous ne voulez

pas employer ce moyen pourtant si démocratique et

si républicain ; consultez au moins les conseils m.uHicipaux.

(Applaudissements adroite.—Vives ipterruptionsà

gauche et au centre.)

« ...Oui consultez les conseils municipaux sur la question

de savoir quelle est la catégorie d'instituteurs quedésirent

les communes. Mais c'est précisément ce quevous

ne voulez pas, et vous ne le voulez pas, parce que

vous savez d'avance que dans la plupart des communes,

les conseillers municipaux, représentants légaux, autorisés

des populations, se prononceraient pour ces dignes

religieuses qui sont entourées de l'estime et de la confiance

de tous. (Applaudissements à droite. — Réclamations

à gauche et à l'extrême gauche.)

« Cette sympathie, si vive, si profonde des populations

pour les congrégations religieuses, vous la constatez

vous-mêmes dans votre rapport. Vous en faites l'aveu à

la page 16 quand vous dites :

«... Or on sait, la pratique le montre chaque jour, combien

le conseil municipal se montre, dans les petites

communes, timoré quand il s'agit, alors même qu'il le

désire, de demander le remplacement des bonnes sœurs

par des institutrices laïques ; et il n'est personne dans

cette Chambre .à qui des maires de campagnes, les plus

radicaux du monde, n'aient répondu : « Nous souhaitons

vivement que la loi nous impose la laïcisation de l'école,

mais nous ne la demanderons pas. »

« Ah ! nous ne la demanderons pas ! Vous ne la demanderez

pas parce que voiis craignez de mécontenter

les populations et de ne pas être réélus. (Très bien ! très

bien ! à droite.)

« Vous ne la demanderez pas, parce que vous êtes sûrs

d'avance de heurter l'opinion publique. Ces maires de

campagnes, « les plus radicaux du monde », sont vraiment

charmants. (On rit.) Ils ne demandent pas mieux

que de rejeter sur les épaules des députés une mesm-e

dont ils redoutent les conséquences pour eux-mêmes.

(Très bien ! très bien ! à droite.)

« Si ce raisonnement ne brille pas par la fierté, il se

recommande à tout le moins par un caractère de prudence

auquel il serait injuste de ne pas rendre hommage.

(Très bien ! rires à. droite.)

« Ils n'oublient qu'une chose, « ces maires de campagne,

les plus radicaux du monde t, quand ils veulent se

décharger ainsi sur la Chambre des députés d'une mesure

odieuse, c'est que vous aussi, vous êtes soumis à la

réélection ; et que les flots du suffrage universel sont

aussi changeants que les flots de la mer.

« Yoilà pourquoi ils veulent nous renvoyer à nous, la

responsabilité de cette mesure de proscription et d'intolérance.

(Très bien ! à droite.)

c Oui, mesure de proscription et d'intolérance, voila

le caractère de l'article 16, et c'est pourquoi j'espère que

la Chambre le repoussera, pour maintenir dans les écoles

publiques entre e personnel laïque et le personnel congréganiste,

une émulation qui ne peut que profiter au

développement et au progrès de l'instruction primaire....

(Vif assentiment à droite), car l'expérience a démontré

que cette concurrence est féconde et que partout où les

deux catégories d'écoles se trouvent en présence l'une de

l'autre, chacune en retire son gain.

« En effet, on s'observe davantage sous le coup d'une

comparaison toujours possible. C'est à qui l'emportera sur

son rival dans les examens et dans les concours. Les uns

stimulent les autres pour la partie scientifique; ceux-ci

empêchent ceux-là de se relâcher pour la disciplme

matérielle et morale. Tous bénéficient d'un voisinage qui

ne nuit à personne. Voilà l'avantage de cette présence

simultanée, de ce concours parallèle des deux personnels,

laïque et congréganiste dans les écoles publiques. (Très

bien I très bien ! à droite.)

« Si donc, messieurs, vous vous laissiez entramer a

une exclusion systématique que rien ne justifie, vous

montreriez par là même que ce n'est pas l'intérêt de

l'instruction primaire qui vous inspire, mais un motif

d'hostilité contre la religion... (Très bien! très bien! à

droite.) Yous ne feriez absolument que poursuivre cette

campagne à outrance contre l'Eglise ([ui n'a rapporté

jusqu'ici à la Républi(iue ni honneur ni profit.


MANUEL aENÉRAL DE L'INSTRDGTION

PRIMAIRE.

«.ai honneur, ear il n'y a ;pas d'iioameur à oppiumer

Sesifaibles....

« Ni profit, car v®«s amoiiateissez ainsiides forces idont

TOUS pourrez avoir grandemeat iesoin dans l'avenir.

« ae dis plus ; à la veille des élections municipales,,

vous feriez en acte soBveraxaenient imprudent et impnlitique,

car lorsqu'on saura daîssle pays qu'il y aura une

époque fixe, déterminée., où les mères de famiile devront

reeoadulre aux frontières du ïillage ces saintes lilles

qui ont élevé leurs enfants, qui les ont élevées ellesmêmes.,

qui ont visité, secouru, soulagé leurs malades;

quand «on saura d'avance que de pareilles scènes se

renouvelleront sur tous les points da territoire français,

eh. bien ! je ne crains pas de le dire, La simple annonce

d'une pareille mes,ure causera une vive inquiétude dans

le pays et aura un retentissement plus profond que vous

ne le pensez. (Très bien ! très bien ! à droite.)

« Enfin, messieurs — c'est par là que je termine —

«st-ce bien un article tel que l'article 16, par un article

qui froissera au plus haut degré tous les catholiques de

France, est-ce bien un pareil article qui convient à cette

majorité, â cette Chambre, de répondre au langage, si

conciliant, si modéré, que faisait entendre, hier encore^

le souverain pontife? Vos journaux ont tous applaudi,

vous avez applaudi vous-même à cette parole si pleinei de

mesure et de réserve. Eh bien, qu'est-ce que vous allez

répondre à l'encyclique du Saint-Père2...

« Vous allez lui répondre en expulsant des écoles publiques.

toutes les congrégations religieuses. Eli bien ! si

c'est là toute la réponse que vous avez à faire à l'encyclique

du saint père, iaites-la ! Mais le monde entier saura

qu'à des avances vous avez répondu par des provocations,

qu'à une parole.de paix vous avez répondu par un cri de

guerre ; vous en aurez toute la responsabilité. (Applaudissements

répétés à droite. — L'orateur, en retournant à

son banc, est félicité par ses collègues de la droite.)' s

M. LE RAPPORTEUR dit qu'ii répondra très brièvement aux

observations fort modérées qui viennent d'être faites à

rencontre de l'article proposé par la commission.

•« S'il est une question sur laquelle presque tous les

membres de la majorité républicaine se soient montrés

d'accord aux élections dernières; s'il est une question

d'ont la solution, avec des tempéraments divers, qui sont

du reste indiqués dans notre projet de loi,, ait été unanimement

reconnue, unaniment proclamée et inscrite même

dans les programmes électoraux sur lesquels a voté la

France-qui nous a envoyés ici, c'est la question de la laïcisation,—

permettez-moi cette expression bien mauvaise

et bien dure, mais qui est devenue monnaie courante,—

de là laïcisation des écoles publiques.

« M. l'évêque d'Angers a eu raison d'intervenir, et personne

ne s'est étonné de son intervention en cette mafiére,

car c'est bien une question-qui regarde exclusivepientrEgli^ç

çatholique en tant qu'Eglise, et non pas en

tant que religion.

(( Il n'est pas étonnant qu'un haut dignitaire de l'Eglise

soit venu s'opposer à l'exécution d'une partie — la pins

importante peut-être du programme de la Révolution

française. (Exclamations à droite.)

,(< Malgré les quelques sourires d'étonnement qui ont

accueilli son discours au moment où il se réclamait de

la « Déclaration des droits de l'homme », personne n'a

trouvé inopportune son intervention, et tout le monde en

a compris l'importance. Il s'agit, en etfet, d'une disposition

qui peut être considérée comme la clef de voûte de la loi

que nous vous soumettons.

« C'est la plus importante de toutes, non point parce

qu'elle va changer considérablement et immédiatement la

composition du personnel, non point parce qu'elle est, à

ce qu'on dit, à ce qu'on annonce, à ce qu'on prédit, de

naturp à susciter les passions publiques, mais parce

qu'elle est un nouveau pas en avaut, et l'un des plus considérables

qu'aura faits la Chambre et qu'auront taits nos

prédécesseurs vers cette séparation, qui, tous les jours, fait

iin progrès nouveau, des églises et de l'Etat.... (Très

bien! très bien! à gauche.)... vers cette sécularisation

des services publics que, il y a un millier d'années, l'Egliso

détenait à peu près tous, et qui successivement lui ont

été enlevés.

« Elle a perdu et la judicature et l'administration et

maints autres services qui dépendaient d'elle quand ils

n'étaient pas directement et immédiatement entre ses

mains. Il ne lui reste plus aujourd'iiui qu'un seul do ces

services laïques : c'est, pour partie au moins, le service

de l'instruction publique. Vous ou vos prédécesseurs —

mais la plupart d'entre vous se sont associés à ces votes

vous avez déjà décidé de lui arracher, poiu- partie, ce dernier

reste de sa puissance ancienne ; vous lui avez enlevé

l'enseignement lui-même, et vous avez décidé logiquement

que, l'enseignement religieux disparaissant du programme

des écoles publiques, le prêtre ne devait plus intervenir

dans cet enseignement; vous avez abrogé les articles des

lois anciennes qui en faisaient un supérieur, un inspecteur

de l'instituteur laïque. (Très bien! très bien!: à.

gauche.)

« Eh bien, cette œuvre, — on nous l'a fait remarquer

à ce moment et beaucoup d'entre nous l'ont bien senti, —

cette œuvre était incomplète, insuffisante, arrêtée à michemin.

Par le fait seul que vous enleviez l'enseignement

religieux des écoles publiques, par le l'ait seul que vous

décidiez que le prêtre n'aurait plus entrée dans l'école^

à aucun litre, vous décidiez ipso facto que ce prêtre ou

ceux qui ont à un certain degré le caractère de prêtre...,

(Interruptions à droite), ne pourraient plus enseigner dansl'école,

ei. que la sécularisation du programme entraînaiÈ

par .une conséquence logique et fatale la laïcisation dtii

personnel. (Applaudissements à gauche.)

« C'est là la raison fondamentale.

« Je ne veux pas suivre l'honorable préopinant dans le

détail des critiques qu'il a élevées contre les raisons secondaires

que j'ai fait valoir à l'appui de la proposition

qui vous est soumise ; cela nous mènerait trop loin, il

nous suffit de nous placer en présence de ce fait inéluctable

: que nécessairement et le plus rapidement possible,

il convient de séculariser tous les services de l'Etat.,

(Très bien ! très bien !)

8 C'est cette pensée qui nous a dirigés et guidés ; mais

on interpréterait bien mal et votre sentiment et notre

acte législatif, si l'on disait, comme l'a fait tout à l'iieurei

M. Ereppel, que nous déclarons ainsi la guerre à l'Eglise

et surtout que nous déclarons la guerre à la religion.

(Exclamations ironiques à droite.)

ΠNous n'attaquons pas l'Eglise, puisque nous laissons'

l'Eglise et les hommes d'Eglise maîtres chez eux ; [nous^

n'attaquons^ pas la religion; càr je ne sache pas que nous

ayons dit dans notre projet dfe l'oi qu'il-faudrait faire

jiroléssion de n'être pas catholique pour pouvoir enseigner

dans une école publique. (Interruptions à droite.)

« Nous avons dit que ce.... — j'hésit'e à employer la

quaUflcaiion dë prêlre, car ce-n'est pas un prêtre proprement

dit....

« Nous avons dit que ce congréganiste, qui a fait un

certain nombre de vœuï que nous connaissons tous et

qui, évidemment, s'est ainsi mis en dehors de la situation

commune à tous les citoyens que cet homme qui s'est mis

par le vœu d'obéissance entre autres' — je ne relève que

celui-là — en lutte avec la loi civile, toutes les fois qu'il

pense que celte loi civile est en contradiction avec les-ordres

de ses chefs nous avons décidé qu'il n'entrerait plus

dans l'école à titre de professeur, qu'il n'enseignerait

plus.

« Mais il ne faut pas nous dire que nous avons portéatteinte

à la liberté de conscience.... (Interruptions à

droite), et ([ue nous avons déclaré que désormais les

fidèles ne pourraient plus être instituteurs, iNous ne nousoccupons

pas de la caractéristique religieuse des fonctionnaires

de l'Etat; c'est là ce qu'exprime cette sécularisation

qu'on ne veut pas comprendre. Elle consiste à dire que

lorsqu'il s'agit d'une fonction de l'Etat, lorsqu'il s'agit de

droit public, nous ne connaissons pas la classification religieuse,

lâ confession religieuse do nos concitoyens.

(Très hien l très bieni à gauclio.)

M. LE coM-TEDE MAII.LÉ. Mais si, puisque vous les excluez!

« M. LE RAPPonTEUR. Kous ne les excluons à aucun

degré en tant que catholiques ; nous les excluons en tant

que religieux, c'est-à-dire pris dans les liens d'une disciphne

particulière.

« Avons-nous raison de le iaire? C'est une autre question.

Vous voyez combien j'évite tout ce qui peut irriter

les passions et susciter des protestations violentes. Vousne

pouvez pas nier que nous ne faisons pas de la laïcisation

des écoles une question religieuse : c'est une aues-


PARTIE GÉNÉRlLE. W:

lion d'un tout' autre ordre, une question de discipline

générale. (Très bien I très Ijien! à gauclle. — Réclamations

à droite).

« Vous dites que nous avons tort; vous soutenez que

les griefs que nous avons soulevés contre les instituteurs

et les institutrices congrôganistes ne sont pas fondés ;

vous avez discuté avec soin'les allégationis contenues dans

mon rapport. Eh Ijien, quoi que j'aie dit que je ne vous

suivrais pas dans tous les détails de votre argumentation,

il ne'm'e paraîtras possible de laisser saris réponse cette

affirrriation vraiment un peu extraordinaire, quëlés cnets

dél'Université rencontrent'parmi leurs subordonnés d'ordre

religieiix la mêine docilité, la même soumission, non seulement

aux lois générales du pays, mais aux décrets et

arrêtés interprétatif qu'a rendus l'autorité compétente.

a En'vérité, il nsus est bien difficile d'élever affirmation

contre affirmation. Vous dites que oui ; nous pourrions,

en invoquant notre expériende, répondre que non; ces

affirmations personnelles contradictoires ne porteraient

la conviction dans l'esprit de personne.

« Prenons l'avis d'hommes extrêmement môdérés, auxquels

est confiée l'inspection da nos écoles et qui, tous

les ans, rendent compte à leurs chefs universitaires de

ce qu'ils ont observé ; consultons las rapports d'inspection

générale; nous constatons ^ue tous sont d'accord pour

montrer que sur tous les points du territoire ils trouvent

auprès des congxéganistës dès difficultés singulières, et

que rinsjîecteur n'est oibéi que lorsque le visiteur a

trouvé qu'il avait raison.

c( Voilà ce dont dis témoignent tous, et j'en ai quantité

de preuves empruntées à cettè source dont oa nè peut

récuser l'importance èt l'autorité. i>

M. PAUL HEUT cite à l'appui dé sa thèse un passage tiré

d'un rapport d'inspection, générale fait en 1881 sur les

académies de Clermont et de Lyon. .

_


iOO

MANUEL GÉNÉRAL DE L'INSTRUCTION

PRIMAIRE.

la bonne voie et que nous marchons bien directement

vers l'exécution complète du programme de la Révolution

française. (Applaudissements à gauche.) »

M. FEBDISAND BOÏER prend la parole après M. l'évêque

d'Angers, parce que la question, suivant lui, n'intéresse

pas seulement les évêfjnes et les prêtres, mais bien tous

les hommes qui ont au fond du cœur quelques principes

religieux.

Suivant une expression aussi spirituelle que juste, la

laïcisation consiste à laïciser le laïque, — bientôt, le

maître d'école qui sera soupçonné d'avoir des convictions

religieuses sera proscrit comme un danger.de l'école publique.

Et, lorsqu'on aura fait le vide dans les écoles publiques,

on arrivera aux écoles privées. « Il faut en effet

être logique : si affirmer ou laisser paraître des idées

chrétiennes dans l'école est un danger, il faut aussi

proscrire un pareil maître des écoles privées Sans cela,

nous verrons reparaître le fantôme, si habilement exploité,

des deux France : la France chrétienne et la France qui

ne croit pas. D

L'orateur n'admet pas les griefs articulés par M. Paul

Bert ; si tous ces griefs étaient vrais, on ne s'expliquerait

vraiment pas que des récompenses nombreuses, — des

médailles, des décorations mêmes, — aient été données

aux frères des écoles chrétiennes, aux sœurs de Saint-

A'incent de Paul et aux autres ordres enseignants. (Très

bien ! très bien ! à droite.) Il faut oublier des reproches

qui ne sont ici mis en avant que pour faire passer ce que

l'orateur n'hésite point à appeler, avec la permission de

son auteur, une mauvaise proposilion.

La laïcité du- personnel est le dernier terme des propositions

de M. Paul Bert.

d Yous savez tous, dit M. Ferdinand Boyer, — ceux qui

étaient avec moi à l'assemblée nationale ou à la Chambre,

depuis le commencement de ces discussions, peuvent se

le rappeler, — comment les choses se sont passées.

M. Paul Bert avait rédigé un vaste projet comprenant à la

fois 1 obligation, la laïcité complète et la gratuité. Le ministrede

l'instruction publique, l'honorable M. Jules Ferry,

ne voulut pas aller aussi vite ; quelles que fussent ses symjathies

pour de pareilles nouveautés, il fut effrayé de la

lardiesse de M. Paul Bert. Le projet d'ensemble fut retiré,

et l'on nous présenta à la place une série de propositions,

on eut recours à ce qu'avec infiniment d'esprit l'honorable

M. Paul Bert a appelé t le système diviseur ». On vous

disait alors : Votez d'abord la gratuité, ceci n'engage à

rien de plus; vous pourrez toujours repousser plus tard

l'obligation. Et vous avez voté la gratuité, puis l'obligation

et la laïcité des programmes. Cela, messieurs, c'est

l'engrenage : le doigt, le bras, la tête, tout le corps y a

passé. « Achevez votre œuvre, vous dit-on aujourd'hui. »

Je vous demande, moi, de vous arrêter : l'œuvre est mauvaise.

prendre

que M. Ferry est réfuté par lui-même et avec lui

le cabinet dont il est le chef. Et puisqu'il a cité Mi-afbeau,

il me sera bien permis de lui rappeler cette paiDl®

du grand orateur : « Je ne demande pas aux hommes

d'être de mon opinion; je leur demande d'être de la leur, s

r< Aujourd'hui, ce sontnOn seulemeni les congrégal^ns

autorisées que l'on veut exclure de l'enseignement, mais

les congrégations autorisées et le clergé séculier.


PARTIE GÉNÉRALE. 81

« Est-il possible d'opposer aux congrégations autorisées

les arguments, même mauvais, qu'on faisait valoir

contre les congrégations non autorisées? l'eut-on dire

aux congrégations autorisées, aux prêtres, comme on le

disait aux congrégations non autorisées et aux jésuites,

vous êtes dans la main de vos supérieurs, -perinde ac cadaver?

Non, messieurs! non seulement ces religieux sont

Français, mais ils sont autorisés. Tous lés|^rétextes anciens

ont disparu.

« Vous trouviez bon en 1879 de ne pas proscrire le

prêtre qui, comme le disait Mirabeau, est «un officier de

« morale »; vous ne pouvez pas aujourd'hui proscrire des

congrégations enseignantes d'hommes et de femmes qui

se sont soumis à l'autorité, qui ont présenté leurs statuts

au conseil d'Etat et qui ont été autorisés à résider en

France à l'état d'ordre religieux. Ces hommes sont citoyens

français comme nous tous, ils sont en règle avec

la loi.

« En vertu de cette autorisation qui leur a été accordée

ils se sont destinés à une carrière, ils ont embrassé une

profession qui doit leur donner ies moyens d'existence.

Et maintenant, par une fantaisie du législateur, on les

chasse, on leur enlève, il le faut dire, leur gagne-pain, on

leur interdit l'enseignement dans les écoles publiques. On

dira qu'il leur reste les écoles libres; mais vous savez

bien que les écoles publiques sont les plus nombreuses en

France, et que les écoles libres ne peuvent être établies

et vivre que dans quelques grandes villes. Vous créeriez

ainsi une indignité légale nouvelle, et vous méconnaîtriez

absolument les droits acquis.

« Laissez-moi rappeler un exemple, qui est la condamnation

delà loi nouvelle. Dans la loi relative aux brevets de

capacité, vous avez fait une distinction; vous avez exigé le

brevet de tous les instituteurs et institutrices, mais vous

avez laissé en possession de leur qualité d'instituteurs

ceux qui exerçaient depuis un certain temps. Yous avez

donc respecté les droits acquis. On vous propose aujourd'hui

de faire un Ipas de plus dans la voie de l'illégalité,

de méconnaître des situations anciennes et légales, de

véritables droits acquis, de proscrire des citoyens, des

Français qui sont soumis aux lois. Faut-il rappeler les

chefs d'ordre : saint Vincent de Paul et le bienheureux

La Salle ? C'est impossible !

L'orateur espère que la Chambre, après avoir réfléchi,

n'hésitera pas à repousser l'article 16 qui n'est pas digne

de figurer dans une loi française.

Par 370 voix contre 155, sur 503 votants, la Chambre

adopte l'article 16.

La suite de la discussion est renvoyée à jeudi.

QUESTIONS

ADMINISTMTIYES

LA SUITE DE LA DISCUSSION SUR LES TRAI-

TEMENTS ET LA NOMINATION

TEURS.

DES INSTITU-

Pour que nos lecteurs comprennent bien comment

la commission du budget et le gouvernement,

représenté non seulement par le ministre des

finances, mais par le ministre de l'instruction publique

et par M. Jules Ferry lui-même, ont pu être

amenés à prendre les résolutions que signalent les

débats parlementaires dont nous venons de donner

le compte rendu, il convient que nous reprenions

d'un peu loin les choses.

Le 11 février, en prévision des difficultés budgétaires

qui ne menaçaient que trop le projet de loi

sur l'instruction primaire, M. Paul Bert a présenté à

la Chambre un rapport, supplémentaire au nom de la

commission, rapport exclusivement consacré à indiquer

les conséquences financières du projet de loi.

Nous reproduisons ici la partie la plus importante

de ce document.

« La situation individuelle de chacun de nos 92 752 instituteurs,

dit M. Paul Bert, au point de vue du traitement

actuel et de la durée des services, a été jelevée exactement,

ce qui permet de savoir juste, pour chacun d'eux,

ce que coûterait l'application de la loi actuellç.

« Or, en plaçant,, comme le veut l'article 40, chaque instituteur

dans la classe immédiatement supérieure à celle

à laquelle lui donnerait droit son traitement actuel, on

arrive à une augmentation de 19 millions (19 284200 fr.).

« Cette classification nouvelle a pour effet d'augmenter

le traitement de chaque instituteur d'une somme qui varie

(l'écart des classes étant de 300 fr.) de 299 fr. à 1 fr. Nous

avons pensé qu'il convenait de permettre à l'autorité universitaire

de faire un peu plus pour de vieux serviteurs à


82 MANUEL GÉNÉRAL M. L'.IN;$TRÏÏGTION PRIMAIRE.

pcernièiîiî nous; a^ons à ; ojputer.,ijjpç d^penpe; dç

•l inill.ion ij.e fraws, env;ii;pi^.

a L'article 9 sUr les éooigs malemrelles.ua dpit,.. d'après

W perisfeîghements venus du- ministère, entnainep- qa'àuç

•dépense ipsigniliante.

k Les autres cônse'imënces financières de la loi sont peu

importuntçs. Nous créons un? plaçe d'inspectrice, primaire

par dièRartement; c'est unç dépense maximum de i à

aOO 000 fr. ; en out^e, le, nombre des inspecteurs primaires

doit être augmenté. Mais les prescriptions; de l'article 89

dominent l'exécution. En inscrivant encore, pour la première

année, une somme de 500000 fr. pour tout ce qui

regarde l'inspection, ftons faisons largemeiit la part du

néc,ç.ssa,ife.,

« La création des directions départementales i|i'enti-aîçe

aucune charge nouvelle, puisque ces fonctions sont actuellement

remplies par les inspecteurs d'académie. Mais peutêtre

le ministre de l'instruction publiijue jugera-t-il bon

d'organiser de nouvelles inspections de l'enseignement

secondaire, remplaçant avec avantage celles qu'accomplissent

maintenant lés inspecteurs d'académie.

« Il peut y avoir là une dépense de 500 000 fr. à 400 000 fr.

Mais elle ne présente aucune urgence, surtout au regard

du deuxième paragraphe de l'article 59 et, d'ailleurs, ne

ressort pas directement et nécessairement de notre loi.

« En résumé, l'addition de toutes les dépenses nouvelles

accessoires à la dépense principale de Î2 millions

donne une somme totale de 25 millions au ]>lus. »

Voilà pour la dépense immédiate; mais cette dépense

ira en augmentant chaque année. M. Paul Bert

a calculé quelle serait la dépense maxima lorsque la

réforme aurait été entièrement réalisée. II arrive à

•il raillions pour le traitement des instituteurs et à

9 millions pour les services accessoires, soit au total

30 millions. M. Paul Bert estime que la période de

réalisation complète sera comprise entre dix ans et

dix-huit ans.

« Maintenant, ditril en terminant, commeut l'aire face

à cette augmentation des dépendes'? Les ressources du

budget le permettent-elles'? Faudra-t-il créer des ressources

nouvelles? Votre commission a dû se poser ces

•questions et envisager divers systèmes. Mais il ne lui

appartient pas de vous faire de proposition de cet ordre.

• C'est affaire à régler entre le' gouvernement et vos commissions

de budget. »

La commission du budget s'est, en effet, préoccupée,

elle aussi, des conséqnences fmancières du

projet de loi de M. Paul Bert et, le lendemain même

du jour où M. Paul Bert présentait son rapport supplémentaire,

M. iules Roche en lisait un attire sur le

même sujet à celte commission.

Dans ce rapport, M. Jules Roche exarnine d'abord

quelle augmentation le budget actuel de l'instruclion

primaire devrait subir naturellement en raison des

créations nouvelles déjà prévues par la législation

existante et sans s'occuper de la loi complémentaire

en préparation.

Dans cette hypothèse, le budget de l'instruction

primaire, qui est actuellement de 95 millions, arriverait,

suivant lui, au chilfre de 130 millions, rien

que par l'application progressive des lois existantes.

Si l'on considère maintenant l'effet de la loi Paul

Bert sur l'élévation du traitement des instituteurs

et les mesures correspondantes, Jl. -Iules Hoche

calcule que, suivant au'on appliquera cette loi par-

:t^elleraeut o,utQtalçrQenl., Iç; ^uppl/jipçoA ,de;4éfiepses

sera de I75 OM de i06 TOIIIIOIIS.

•I|I en résulte que, si' I'OM cpmibi'ne ces deux' causes

'd\'vtjgwfental:io.n, celle , tire^e dje la lé'^i?lai;^ç!n. ; ç,X|îs-

. tante et celle ré.suUa,nt dç ^ loi coBiplémentaw en

préparatiom, le budget de l'instruction primaire va-

riera entre 202 et 253 millions.

Comcne on le voit, il j a unénornae çwt entrç les

conclusions des .deux rapporteurs.

D'autre part, à la date du 1.4 février, avait lieu un

conseil des ministres, dont le journal le Temps a

donné en ces ternies le compte rendu :

14 février. — Les ministres se sont réunis ce malin en

conseil de cabinet, sous la présidence de M. Jules Ferry,

au ministère des affaires élrangères.

•La séance, qui a été fort longue, tio s'çst terminée qu'à

midi; elle a été presque exclusivement GQflsapvée à la

discussion des questions que soulève la préparation du

budget de 1883....

D'une manière générale, le gouvernement a résolu

d'écarter toute dépense nouvelle et, par suite, d'ajourner

tout projet de loi qui entraînerait en 1885 de nouvelles

charges pour le Trésor.

Enfin, le même jour, le'président du conseil, M. Jules

Ferry, le ministre .des finances, M. ïirard, et le ministre

de l'instruction publique, M. Fallières, avaient

une entrevue avec la commission du budget, et il y

était pris des résolutions fort importantes : c'est encore

au Temps que nous emprunterons, à quelques

mots près, le résumé de cette entrevue.

n II s'agissait, dit ce journal, de déterminer à l'aide de

quelles ressources on ferait face aux dépenses nouvelles

et considér^iles qu'entraînerait l'application de la loi

complémentaire sur l'pqseignement prin(ia|re, si l'çin çe

f^écidait à en demander le vote aux Chambres.

a ÎN'ous avons donné ici même, il y a pliisieurs jours, le

chiffre exact de ces dépenses. I)ès 1885, il y Èjurait 55 millions,

peut-être 30 millions de dépenses nouvelles, et le

budget de l'instruction primaire, qui est actuellement de

95 millions, irait grossissant d'année en année, jusqu'à

dépasser 200 millions, rien que par l'effet combiné de la

législation existante et de la loi nouvelle projetée.

« MM. Jules Ferry et Tirard ont déclaré nettement à la

commission du budget qu'ils demandaient rajournement

du projet de loi sur l'enseignement primaire.

« M. Tirard, en particulier, a fait un tafeleau résumé

de la situation financière pour démontrer que celle-ci ne

comportait aucune dépense nouvelle, à raison de l'absence

de ressources disponibles.

« Toutes les recettes sont absorbées par les services

publics, et, pour faire face à des dépen-ses nouvelles, il

faudrait créer de nouveaux impôts. Or, cette création serait

absolument impolitique et, d'autre part, notre sifuation

financière l'interdit. M. Tirard a indiqué à ce propos

que les impôts indirects avaient donné, pour le mois de

janvier 1«84, une insuffisance de 9394000 francs, par

rapport aux prévisions budgétaires....

« lîn outre, les statistiques de l'importation et de l'exportation

font ressortir une diminution considérable en

janvier 1884 sur les importations de matières premières

nécessaires à l'industrie. Cette situiition commande donc

une prudence extrême.

« Le président du conseil a appuyé la déclaration du

ministre des finances touchant l'impossibilité d'établir de

nouvelles taxes. Il a dit que l'état 4e crise économique et

industrielle aui ne sévit pas particulièrement chez nous.

^

'


'P.i'.'s ,9"', II® 'iW® (jn alffint.fia? .WWIjf^, ilifiçr^isaff d'^Pr

croître les charges des conitn|)uables.

« A cette occasion, le niinistre de^'iinances a été amené

ài donner ^avance'quelques indications à la commission

aur (esîcoaditioris dansiiesquelles lei budget de'l«85 serait

présçnffi.parie .gouvernement.

En yet^ti des considérations exposées i p-lus haut, fe

a sp^rié de^^p faiffig^t louf.es les prppositiçns

de dépenses ijouyçU^'s. Ce biiclget Siçra pvf,sqn,e

exactement calqué sur celui de 1884. 11 aura qu.elques

légères dépenses supplémentaires, résultant de ïa mise

en vigueur des lois déjà votées. Mais, pour y îàiré face,

le gouvernement ne créera aucune nouvelle taxe : il se

bornera à apporter ([uelques modifications à la perception

de cerlaiiis droits, pour rectilier cerlaines inégalités,

l'aire cesser certains privilèges, ou enlin écarter certaines

causes de fraudes au préjudice du Trésor. *

« A la suite des déclarations des ministres, la commission

a émis à i;unanimité moins une voix, et conformément

à la demande du gouvernement, l'avis suivant :

« La commission du budget ne pense pas qu'il soit possible,

dans l'état actuel des ressources budgétaires, de

donner un avis favgrable à celles des dispositions d» projet

de loi concernant l'enseignement primaire qui entraîneraient

des dépendes nouvelles.

«il restait à.régler un.autre .point : le:projet en.ques-

•tioR, à .cûté.ci.e d,ii;ppsilio;iS:linanfiièFe,s, rsiiferme des dispositiqns

o.rgi|niques q(ii, jf'ayant auicun effet.jji((^gétaii;e,

ppurpaigni êirs XP.iée? .açtu.ell,emer),t. J|aig cpjninissipn

dit b^get n'était .pas compéfente pour décider si ces

dispositions devraient êlre exceptées'de l'ajpiirnemenl. Il

a été seulement convenu avec le ministre.de l'instruction

publique, qui assistait également 'à l'entrevue, que le

gouvernement demanderait;â la Chambre de -renvoyer le

projet de loi tout entier à la commission §péfiiale qui Ta

élaboré. Cette commission verra s'il est ppsable de détacher

les articles sans caractère financier pour en ïaire

un ensemble coordonné qui pourrait être voté au cours

de cette :session. »

C'est à la .suile .de ces circonstances que M. Paul

Uer.t, dans la séance du 16 l'év-mer. est venu lire à la

•CharabEe ion .troisième rapport, lequel a .donné lieu

au.x explications de M. Jules Rochie et à la déclara-

'tioii du ministre, que .nous avons.reproduites plus

. haut.

Conformément à la décision de la Chambre a eu

lieu aussi la séance du 19 l'éTrier, dans laquelle,

comme nos lecteurs l'auront pu voir, on n'a point

.encore abordé les questions .ffinancières résultant du

projet Paul Bert.

La .cam.ii;iission du .budget reste, d'ailleurs, en présence

du deu.\ièine rapport de W. Paul Bert, dans les

mêmes dispositions; à ses évaluations M. .Roche a

. opposé, daqs une séance tenue le 18, des chiffres

(lo\i.Yeaux d'après lesquels le rapporteur de la commission

spéciale continuerait à se placer bien au-

desgous de la réalité.

« M. Jules npche, dit le Temps, dans son résumé fie

cette séance, établit d'abord que la dépense immédiate

qu'entraînerait la loi Paul Bert, la première année de son

fipplicalion, serait exactement de 24 643 900 fr., rien

qu'en ce qui ooncei-ne le traitement des instituteurs, et

•non de 21 millions, comme le prétend M. Bert.

« Sur les 9 millions que i\L Paul Bert propose d'abandontier,

51. .lulps lloclie proi^vp que la rè.duction ne peut

atteindre en réalité que 5 000 000 fr. D'pù il résulte que

•la dépense immédiate provoquée par la loi Paul Bert

sera, en 18S3, de 'iOSKOOO fr., soit en chiffres ronds

21 millions. ,M.' Jt}les Roche s'est préoccijpé ajjssl (Jeis

Ç9r(s,é^qy^nc^s u ltprieur.es, •

« pn tient à la législatipn .existante, le

tuè.L'de l'instruction pfimairé, qui s'élève a'9'7. mijiîons,

devra, par des augmentations sùccéssi-Yes, être'^phé à

l''49'millions, rien que par l'applicàtioii ' progressive dés

lois existantes.

« La loi Paul Bert, réduite comme on le sait, d'autre

part, entraînera, à elle seule des dépenses supplémentaire-^

s^éleyant à 07 millions, dont ô7.pour les traitements et

10 ppur les retr,?itps.

.« De spfte gue, si l'on vote la loi Paul Bert, les deux

causes d'^ugmefltalion devant néc.essairement se combiner,

le budget de l'instruction primaire sera porté 'à

216 millions lorsque la réforme! aura atteint son plein.

« C'est dans ces conditions que la commission du budget

était appelée, à délibérer de nouveau sur la question.

(I Voici le compte rendu de la délibération qui s'est engagée

:

« M. Rouvier rappelle que le gouvernement s'était engagé

à demander le renvoi du projet de loi à la commission

spéciale de l'enseignement primaire pour qu'elle en

détacliàt et coprdonnât les dispositions sans caractère

financier, ll paraît avoir changé d'avis, puisqu'il a consenti

à aborder la discussion des articles du projet. Dans

ces conditions,'la cotnmission du budget devrait se borner

à faire ressortir les conséquences, financières du projet,

sans s'engager à fond iJans le débat.

« M. Hérault fait remarquer que le gouvernement s'est

montré opposé à foute création'd'impôts. II n'a pas'dbaiidonné

ce terrain. Pourquoi la commission du budget reviendrait-elle

sur l'avis qu'elle a exprimé'?

a M. Jules Rpohe dit qu-ii a été frappé de la différence

entre le langage que le ministre de l'instruction publiqiie

a tenu au sein de la commission du budget et celui qu'il

a.porté à la tribune. Devaiit la commission,.le ministre

avait déclaré qu'il s'opposerait absolument à toute dépense

nouvelle ; à la tribune, le ministre a paiùi se soumettre

d'avance au vote de la Chambre, quel quÙl fût. En

conséquence, M. Jules Roche propose iie demander au

ministre de l'instruction publique s'il est décidé à poser

la questipn de confiance.

« M. Wilson demande s'il y a lieu d'émettre un nouvel

avis.

« M. Sadi Carnot estime que la commission doit se

borner à maintenir les chiffres du rapport de M. Jules

Roche.

« M. Ribot appuie l'opinion de M. Sadi Carnot et déclare

que la commission n'a pas à remettre en question

l'avis qu'elle a exprimé.

s La motion de MM. Sadi Carnot et Ribot est adoptée.

jBn conséqupnce, M. Jules Roche se bornera, dans son rapport

supplémentaire, à rectifier les erreurs de chilfres

contenues dans le rapport de M. Paul Bert au nom de la

commission spéciale de l'enseignement primaire et (iont

11 a été donné lecture à la Chambre same.ii. »

Voilà où en sont actuellement les choses. Elles

paraîtront certainement très tristes aux instituteurs.

Nous leur demandons cependant, nous qui ne les

avons jamais encouragés qu'à des revendications

légitimes, de ne pas se laisser aller aux suggestions

mauvaises du découragement. Ils savent que, quoi

qu'il arrive, ils ont pour eux les sympathies très Sincères

de tous les pouvoirs publics, des Chambres

comme du gouvernement ; ils savent qu'ils ont aussi

les sympathies plus puissantes encore de l'opinion

publique, que les prétentions exagérées de quelques

imprudents n'ont pas réussi à leur faire perdre.


MANOEL GÉNÉRAL DE L'INSTRUCTION PRIMA [KE.

Leur situation est extrêmement intéressante, personne

ne l'ignore; les minimums des traitements,

surtout des traitements les plus faibles, sont notoirement

insuffisants, et le provisoire des dernières

années a établi un très regrettable trouble, qui empêche

la plupart des maîtres d'être rétribués suivant

leurs efforts. Malgré les dispositions très significatives

de la commission du budget, malgré les déclarations

du ministre, sera-t-il permis à la Chambre

de trouver, — ce que n'a pas su faire sa commission

spéciale, — quelque coin oublié du budget qui

permette de subvenir aux nécessités les plus pressantes

des dernières catégories d'instituteurs ; nous

voulons, pour notre part, l'espérer encore. Quoi qu'il

en soit, nous sommes très frappés de cette pensée

qu'exprimait le journal le Temps dans un de ses derniers

numéros : « Le moyen le plus sûr de procurer

aux instituteurs l'augmentation de traitement qu'ils

attendent, n'est-ce pas de refaire à la République de

bonnes finances? » Kous voudrions pouvoir faire

entrevoir à nos maîtres quelque chose de plus positif

qu'une espérance; nous leur demandons, dans tous

les cas, de ne pas oublier, en présence des circonstances

que traverse le pays, qu'ils doivent à tous

l'exemple de la soumission virile et du dévouement

patriotique.

Charles

DEFODON.

PÉDAGOGIE

DOUTES TOUCHANT LA DISCIPLINE

(Suite de la deuxième lettre).

MOYENS DISCIPLINAIRESI (suite). — Emploi des

nionileurs.

M. C. — En résumé, nous voulons donner à no s

élèves un commencement d'éducation militaire et,

pour atteindre ce résultat, leur apprendre l'obéissance,

telle qu'on la pratique au régiment. Mais, au

régiment, l'on apprend de plus à commander. Pourquoi

n'en serait-il pas de même chez nous?

M. LE D. — Si nos petits moniteurs, caporaux et

sous-officiers en herbe, prenaient tous à la fois la

parole, il ne me serait guère possible de me faire en-

• tendre moi-même. Cependant, je trouve bonne, quan t

au fond, l'idée que M. C. vient d'émettre. Je l'appliquerai

volontiers, en chargeant, de temps à autre,

tel ou tel chef de section, de commander certains

exercices faciles : Par le flanc droit ! Front ! Par le

flanc gauche ! En avant, marche ! etc.

M. A. — Ces moniteurs auront-ils un rôle à jouer

dans la salle de classe ?

ÎI. LE D. — Sans doute.

M. B. — Je crois qu'il ne faut user de leur concours

qu'avec la plus grande réserve. Les uns manquent

totalement d'énergie et de vigilance. On entend

du bruit... Demandez-leur d'où vient ce tapage :

ils l'ignorent. Ils n'ont vu personne remuer. Ou, s'ils

ontvu les coupables, ils ne veulent pas les désigner,

parce que ceux-ci leur font peur;

D'autres se laissent aisément corrompre ou profitent

de leur situation pour satisfaire quelques petites

rancunes. — Tu me marqueras aux sagés : je te donnerai

une belle toupie qui ronfle. — Oui ; donne. —

Toi, tu n'as pas voulu me prêter ton porte-plume, tu

verras, je te marquerai aux dissipés.

D'autres enfin sont beaucoup trop zélés. A tout

instant, ils vous présentent des listes de 20, 50, 40

bavards. Si vous les écoutiez, la plupart de vos élèves

seraient perpétuellement punis.

Et puis, les injustices des moniteurs provoquent

parfois de regrettables discussions entre les maîtres

fit Ip.s fannillps

1. Voirie n" 52 du Manuel oéndrnl de 1883.

' M. D. — En raison de ces inconvénients, je ne me

sers jamais de moniteurs.

M. LE D. — L'emploi de ce genre d'auxiliaires a pourtant,

selon moi, de sérieux avantages. Pour une cause

quelconque, l'instituteur peut être obligé, pendant

quelques instants, de se relâcher de sa surveillance

ou de quitter la salle de classe. Qui le remplacera?

Laissera-t-il, par défiance contre les moniteurs, ses

élèves complètement abandonnés à eux-mêmes?

M. D. — Dans ce cas seul, je prierais l'un des enfants

de me suppléer.

M. A. — Il fera mal son service.

M. D. — Pourquoi?

M. A. — Parce que les fonctions de moniteur,

comme toutes les fonctions possibles, ne sont exercées

convenablement qu'après un certain apprentissage.

Aucun de vos élèves n'ayant appris à vous aider,

votre surveillant provisoire ressemblerait un peu au

roi Soliveau de la fable.

M. LE D. — M. A. me paraît dans le vrai. Les moniteurs

ne s'improvisent pas; il faut les former et,

d'abord, bien les choisir. En les choisissant parmi

les plus sages, les plus fermes et les plus laborieux,

on évitera presque sûrement une partie des difficultés

que M. B. signalait tout à l'heure, celles qui résultent

de l'esprit injuste et partial de quelques écoliers.

M. C. — Beaucoup de maîtres, cependant, prétendent

que les plus mauvais sujets font les meilleurs

moniteurs.

M. LE D. — Comme le loup ferait le meilleur berger!...

A vrai dire, il peut arriver qu'un moniteur,

dont le caractère nous inspirait toute confiance, se

laisse dominer par cet esprit d'injustice et manque

gravement à ses devoirs. Qu'on lui inflige, sans hésiter,

une punition exemplaire, et, de longtemps, il

ne trouvera point d'imitateurs ! Du reste, je pense,

avec M. B., qu'il ne faut pas abuser du concours des

élèves surveiflants. Suivant moi, le maître doit se

charger lui-même, toutes les fois que cola lui est possible,

du soin de faire respecter la disciphne.

M. C. — Dans certaines classes, le moniteur a,

d'une manière constante, la plus grande part de la

besogne.

M. I.E D. — Son rôle v est exaeéré.


PARTIE GÉNÉRALE.

6,5

c. _ El pénible.... C'est le rôle d'un homme

et non celui d'un enfant.

M. i.E D. — Aussi importe-t-il de bien définir les

attributions des moniteurs.

M. A. — Aurons-nous deux catégories d'aides, ceux

de la cour et ceux de la classe 2

M. LE D. — ÎN'ous serions trop aidés !... Ceux de la

classe seront les mêmes que ceux de la cour?

M. B. — Que feront les caporaux?

M. LE D. — Ils pourront être chargés de divers

emplois secondaires, par exemple, de distribuer les

livres de lecture, les cahiers de compositions, etc.

Nous réserverons au sergent une mission plus importante

: il devra surveiller ses camarades, dans les circonstances

où le maître aura besoin d'être suppléé,

au point de vue disciplinaire.

Ces fonctions, remarquez-le bien, messieurs, sont

très enviées par les élèves ; elles constituent donc de

sérieuses récompenses pour ceux qui sont appelés à

les remplir.

(A suivre.) T.

Nous avons reçu de M. Denis, instituteur àHendicourt

(Somme) une lettre très intéressante sur la discipline

scolaire. Malheureusement, celte communication est

trop longue pour que nous puissions l'insérer tout

entière dans nos colonnes. Nous voulons, du moins,

indiquer les principales idées qu'elle renferme.

M. Denis commence par mettre en regard de notre

discipline actuelle celle du temps passé ; il reconnaît

que les principes pédagogiques appliqués aujourd'hui

sont meilleurs que ceux d'autrefois, mais il fait observer

aussi que l'esprit d'obéissance et de respect

tend à s'affaiblir chez les enfants de nos écoles.

« Vous savez, dit-il, comment les vieux instituteurs

triomphaient des volontés, mataient les élèves récalcitrants,

en un mot surmontaient tous les obstacles. Qui

sait si, comme votre humble serviteur, vous n'avez pas

eu plus d'une ibis des démêlés avec Martin-bâton? En voilà

un qui faisait consciencieusement sa besogne. Aussi,

quel silence dans les classes ! Comme on prêtait attention

au moindre signe du maître ! Dans la rue même, le souvenir

du terrible Martin était encore devant les yeux. Bien

des petites libertés, qui forment aujourd'hui la monnaie

courante des écoliers, étaient pour nous le fruit défendu :

défense de ghsser, de courir sur la place, d'aller voir

danser, etc. C'était le temps où l'on guettait au passage le

villageois pour lui adresser un coup de chapeau, de casquette

ou de bonnet : ragoût fort estimé dans les campagnes

et qui devient de plus en plus rare.

8 Pour moi, j'aurais fait un long détour afin de ne pas

rencontrer mon maître d'école. Venait-il à surgir inopinément,

il semblait qu'un courant électrique vous eût vivement

secoués... Lui, digne et grave, passait en nous

lançant ces mots ; « Soyez bien sages I » Et ma foi, l'on

faisait son possible pour l'être.

« Maintenant, plus de frayeur chez les écoliers ; ils sont

avec nous d'une familiarité charmante. Sommes-nous

réellement leurs amis ou nous considèrent-ils seulement

comme des fonctionnaires payés pour les instruire ? Toujours

est il que les casquettes semblent de plomb sur les

tètes, les jeux sont bruyants, les farces, les bons tours se

multiplient. Et que disent les villageois, avides de toutes

les marques de détérence? — « Non, s'écrient-ils, jamais

les enfants n'ont été si mal instruits. Tas de libertins!

Mauvais sujets! » Et, là-dessus, de frapper sur le dos du

pauvre instituteur.

1 Eh ! maïs veut-on que nous nous immiscions dans les

affaires des familles, nous constituant juges des actions

commises en dehors de notre surveillance? Et voudrions-nous

quand même nous faire le commissaire de

police du quartier ou de la commune, que nos efforts

demeureraient infructueux. Autre temps, autres mœurs ;

nous ne sommes pas armés pour cela. »

En somme, M. Denis trouve que les règlements

scolaires ne laissent pas assez d'autorité à l'instiluleur.

Nous sommes un peu de son avis.

« Quelles punitions la loi met-elle à notre disposition?

La réprimande, les mauvais points, la prîvatioxi partielle

de recréation, la retenue, l'exclusion temporaire.

Je ne vous engage pas à essayer de celle-ci : elle est impraticable

Pour mo:, toutes ces peines sont le plus

souvent illusoires; elles ont à peu près autant de valeur

qu'un signe de convention auquel serait attachée la désapprobation

du maîlre

a II faudrait un missionnaire pour convertir les parents,

pour leur persuader qu'ils doivent surveiller attentivement

leurs enfants, les accoutumer à l'obéissance, à la

régularité, aux privations — puisque dans ce nionde, on

ne fait ni tout ce qu'on veut, ni tout ce qui plaît. Alors

seulement notre attirail de punitions sera toujours assez

bien fourni ; la leçon sera faite au milieu du plus profond

silence et de l'attention générale ; la tâche imposée

sera exécutée sincèrement et ponctuellement Ce serait

plaisir de traiter le premier bambin venu comme un futur

électeur, de lui laisser son initiative de futur souverain,

guidant le développement normal de ses facultés, sans le

contrarier.

a Cela, c'est l'idéal. La réalité, la voici : avant d'établir

notre système disciplinaire sur la raison et les sentiments,

nous avons justement pour mission de les faire naître, ces

sentiments, de faire jaillir cette raison des profondeurs où

elle se tient cachée. En attendant, jetez un coup d'œil sur

cette classe que je veux vous dépeindre. Je ne blesserai

personne en indiquant cet exemple.

« Les élèves sont arrivés depuis une heure et plus. Le

signal retentit ; ils viennent tous s'aligner pour la visite

de propreté. Regardons leurs pieds Ils ne comprennent

pas qu'on use des brosses pour décrotter les souliers,

le rôle des souliers étant de séjourner dans la boue. A

supposer qu'une force quelconque nettoie et cire leurs

chaussures, pour sûr, nos enfants émerveillés les tiendraient

à la main ou sur leurs têtes. Les habits ne sont

pas mieux tenus Et les mains? Peut-on souffrir un

pareil laisser-aller ? Non ; n'est-ce pas ? La propreté, la

bonne tenue préparent à l'éducation morale. A quel moyen

aura recours l'instituteur qui prend la direction u'une

pareille classe? Il exposera les meilleures raisons du

monde pour démontrer les avantages de la propreté : autant

décrire la lumière à un aveugle ou les sons à un

sourd !

« Prenons un autre exemple; ici, c'est un concert de

toux qut s'élève des quatre côtés de la salle! tes billes

roulent, les pieds reniueht, les poings tombent en cadence

sur les tables Je me suis trouvé à pareille fête. Qu'on

se mette à la place du patient (c'est de l'instituteur que je

parle), et qu'on me dise si, dans un pareil moment, on

penserait à se passer tranquillement les mains dans les

poches !

« On répondra peut-être : Ce cas est exceptionnel; il

est rare de rencontrer des enfants insubordonnés à c

point Le prédécesseur du maître actuel avait laissé

péricliter l'autorité entre ses mains, ou bien les enfants,

habitués jusque là à des moyens énergiques,de répression,

prennent pour de la faiblesse les procédés plus doux de

leur nouveau professeur. Tout ce que l'on voudra ;


3227

MANUEL GÉNÊBAL DE L'INSTRUCTION PRIMAIRE.

• reconnaissons qnela loi ne nous permet pas de sortir de

•cette impasse. Le professeur de cours publics, l'orateur

de conférence ont la facïiltô.de s'interrompre, dans les cas

ide force majeure. l'our ''l'inslituteur, il serait souverai-

•nement ridicule et funeste de quitter la place.

« Oui, l'instituteur dont ,jo parle sera tenu d'attendre

le rétablissement de l'ordre et du silence. Alors, il pourra

commencer sa leçon au risque de la voir fréquemment

interrompue par ses petits auditeurs. .. Où est le bon

•vieux temps, lorsque l'écolier docile se laissait coiffer de

l'ignoble bonnet d'âne? Prenons garde que les rôles ne

soient bientôt intervertis.

CORRESPONDANCE

« Loin de moi la .pensée de réhabiliter à un titre quelconque

l'absurde discipline de nos pères. Je ne sais^ rim

de plus abominable qu'un système disciplinaire fpndé sur

les souftrances physiques. S'ensuit-il que le système,opjiosé

soit le meilleur? »

La conclusion de.M.Denis, c'est qu'il l'aut r;enforcer

notre discipline, quant au.v moyens àemplojer, nqtre

correspondant avoue qu'il ,ne les a pas trouvés encore.

Nous dirons, quelque chose sur ceiSujet dans

un, prochain numéro. — T.

QUESTIONS

M. N., à L. (Gironde).

SCOLAIRES.

Le percepteur est dans son droit en refusant de remettre

le montant de votre mandat à toute personne qui n'est

point régulièrement pourvue'de votre procuration.

. 3L B., à B. (Tarn).

Une institutrice libre qui entre dans l'enseignement pufblic

est nécessairement de.la dernière classe, les années

qu'elle a passées dans l'enseignement libre étantconsidérées

comme non avenues au point de vue de son avancement

dans les écoles communales.

M. G., à G. (Seine-et-Marne).

« J'ai contracté mon engagement décennal l'année dernière

et cet engagement a été accepté. Je tire au sort cette

année. Ai-je quelque nouvelle formaUté à remplir? » —

Pas d'autre que de faire valoir votre engagement décennal

devant le conseil de revision.

« L'année pendant laquelle Je viens d'exercer après avoir

contracté mon engagement décennal, compte-t-elle pour

l'accomphssement dudit engagement? » — Il n'y a point

de.doute à cet.égard.


M. P. C. IL, à A.

« J'ai passé 1 an 2; mois et 26 jours à l'école normale

après mes 20 ans. Ce temps doit-il être porté comme

temps de services et entrer .en hgne.de compte pour la

liquidation de ma reti'aite? »

^ Nullement. Les seules années qui. puissent entrer en

ligne de compte pour la liquidation de. votre retraite sont

celles pendant lesquelles vous avez subi des retenues au

profit de la caisse des pensions civiles.

M. T. M. T. —.R.

Dans l'état de la réglementation actuelle, « Les. commissions

d'examen tiennent au moins deux sessions par

an pour le brevet élémenlaire et le brevet supérieur,

(décret du 4 janvier 1881, art. 8.) Beaucoup de candidats

dites-vous, désireraient que la commission pour l'examen

du certificat d'aptitude pédagogique tînt également deux

sessions par an, dont une en mars. Nous nous associons

volontiers à ce vmu; mais il n'appartient qu'au-ministre

f d'y dormer,suite. C'est donc au ministre luirmême que

. les candidats intéressés doivent s'adrasser.

M. V., à V. (Dordogne). .

a Dans, quelle, catégorie serajrje classé, si; la. loi P, Eêrt

• est votée? » — On ne saurait interpréter, mie loi avant ' 11 est regrettable- qu'une maison' d'école iréeemment

qu'elle n'existe, et vous avez pu voir, dans ce numéro •construite contienne à peine le strict.noeessaireV'Mais la

même, qu'elle soulève bien des diflicultés.

commune ne peut vous oUntr quence qu'elle^ a...Kous

croyons que, mettant à votre disposition la maison

« Un instituteur qui compte 25 années de service (à par-

qu'elle possède, elle est en droit de ne noint vous conli-

tir de l'âge de 20 ans) et 45 ans d'âge, peut-il prendre sa

retraite, bien qu'il n'ait aucune inlirmité résultant de

l'exercice de ses fonctions .et le mettant hors d'état de les

continuer?» Non, assurément. Dans les condilions,ordinaires,

les droits à la retraite ne sont acquis qu'à cinquante-cinq

ans.

M. R., à,A.

Sans doute on peut, sans, être pourvu du brevet de. capacité,

contracter un engagement décennal en qualité de

maiire d'étude dans un lycée ou collège. Mais à tout le

•moins faut-il posséder un titre qui donne accès à ces

fonctions, le baccalauréat, par exemple.

-Mlle M. L., à C. (Corse).

.Votre école contenant -104 élèves, il y a lieu certainement

d'y créer un poste d'adjointe. Si des propositions

pour cetie création ont été régulièrement faitesj, il • est

étonnant qu'elles .soient restées jusqu'ici sans effet et .

.sans réponse. 11 appartient au maire de voire commune

de's'enquérir à ce sujet auprès de M. le préfet et, au besoin,

auprès de M. le ministre.

. M. X.

8 lin élève-maître d'école normale appelé à satisfaire à

la loi sur le recrutement de l'armée, a-t-il le droit d'aller

tirer au sort au clief-lieu du canton habité par ses parents?

» — Nous le pensons.

« Si oui, à qui doit-il s'adresser , en cas de refus de la

part du directeur de l'école? » — Il peut faire intervenir

ses parents, qui, au besoin, s'adresseront à M. l'inspecteur

d'académie.

M. G., à S.-E. (Aveyron).

« La commune a fait construire un .bâtiment'pour

imairie et maison d'école ; on a .ménagé,pour le logement j

de l'instituteur .une cuisine et deux petites cbamlires seulement;

le reste de la maison est absorbé parles deux

salles de classe, le cabinet du maire et la salle du conseil

municipal. Or, je suis marié et j'ai, outre mes vieux parents,

sept enfants et une servante. Impossible de nous

loger dans un local si insuffisant, qui n'a, du reste, ni oave

ni bûcher. Dans ce cas, je suis logé dans.-mai• propre

maison et la commune m'avait alloué, jusqu'à ,présenti une

indemnité de logement. Or, le conseil ,umnicipal a supprimé

au budget cette indemnité, sous prétexte.que la ,

maison, d'école est terminée; il.suit si bien que je ne puis

habiter ce local avec ma famille, qu'on y a installé mon

adjoint. Ai-je le droit dans cette situation de demaiider

au conseil'municipal la continuation deil'allocalion que

• 'ai touchée jusqu'à ' ce jour commeiindemnitél de^logement?

»

'


P'ARTIE fiÉNÉRALË. 87"

nuer, au moins intégrâlefflent, l'indemnité de logement

qu'elle vous pnyait jusqu'ici. H en serait autrement si ce

n'était sur votre refus d'occuper ladite maison, qu'elle en

dispose en laveur des maîtres adjoints. C'iîst à vous

d'abord qu'elle doit un logement ou une indemntté eom-

:pensatrice. 11 appartiendi'ait à l'administration de placer

un instituteur si chargé de famille que vous l'ctes, dans

une commune'OÙ le local scolaire serait moin» insuffisant.

Peut-être po.ufriez-vous l'aire des démarches- en ce

sens auprès de vos chefs hiérarchiques.

M. E. M., à P. (Calvados).

« Un instituteur qui quitte l'enseignement après-l'expiration

de son engagement décennal, et qui compte, par

censéquent.-pl'uis de sept ans de-sâïrices i^endas à l'Etat,

peut-iî êlre perceptearit »

^ En principsv rien ne s'y oppjose, croyons-nous. Mais

l'adtainistration compétente peut n'avoir point de posteà

donner. Elle- a, d'àMeurs, son^ propre personnel-à

pourvoir.

MS.J., à 0.- (Gorse).

Un'instituteur qui, pendant la» dairêe d'un-'oongé, cèdeà

son suppléa-ut une paîAie de son. tratternent,-rentre dansl'int^i'alité

de ce traitemeat dès que-son coagé est expiréet

qui''ii repreaâson ser-vies-- Q'. D.

Le Qévimt : A>TÈ3IILIER.

LÏÏRES ET MATÉRIEL B'ENSEMMiKf

ÉLÉMENTS VSOELS DES SCIENCES PHYSIQUES

•ET NATURELLES, rédigés conformément aux

programmes de 1882, avec de nombreuses figures;

cours supérieur, par M; le D' SAFFRAY. 2 vol. iii-16

-cartonnés; livre de l'élève, 1 vol., 1 fr. 50 c..;

livre du maître, 1 vol., 2 fr. 50 c. Hachette et Cie.

_Notre -ami et collaborateur M. le docteur Saffray

vièn-t dè terminer les six volumes qui constituent

ses éléments u&uels des sciences phyHqiiés et naturelles,

à l'-usage des écoles primaires, et rédigés conformément

aux programmes officiels du 27 juillet

1882.

Prenant le petit élève à l'école enfantine et à la

classe d'initiation, il le conduit pas à pas, dans cet

enseignement si nouveau pour lui, si nouveau aussi

pour les maitres de nos écoles, Jusqu'au certificat

d'études et mêiïie, on pëut le dire, un peu au delà,

le laissant, s'il a su comprendre et s'approprier ses

leçons, solidement et largement prépré à recevoir

les doctrines plus hautes de l'eïiseignement primaire

supérieur.

L'unité de vues est très sensible dans ces trois

cours qui s'appuient l'un sur l'autre, qui s'appellent

et qui se complètent; l'unité de méthode est sensible

aussi : c'est la méthode même de l'école primaire

appliquée à tout ordre de connaissances dérivant

des sens et supposant à la fois l'Observation et

le raisonnement ;. c'es't la ieçon de choses, la leçon de

choses successivement et progressivement dévelop-

. pée, en quelque sorte hiérarchisée.

Les deux volumes du Coiirs supé)'iéttr;tim viennent

de paraître, complètent, selon la lettre et l'esprit

d'es programmes officiels, les volumes du Cours

moyen et du Cours élémenlaife.

Bacouragé l'eaRéiTsence, qui s'est pirésentée à?

lui sous la foFnae dassiiccès. Mi Jé-doctew Saffray .y.'

a conservé la;, forme farailière du-.c®urs aïoyen. Dansces

îeçpns qui, tout enr-s'élevant,..restent néanmoinsélémentaires^

le maître n'a pas à se préoccuper de

développer avec tOHle- sa rigsieur le raisonnement-;

scieHtifique : il se propose seuieœent d'eacourager

- le cours moyen et le co«)'« e'Zemeniaire comprennent et de-diriger l'esprit d'observ'ali.&n ; d'ësposer des

i vdlumes, savoir : COUHS MOYEN : livre de l'élève. 1 vol. faits applicables à la=vie de cliaque jour.,

.iil-16, oart., 90 c.; livre du maUre, i vol. in-16, cart., (» Pour arriver à ee résultat éducatif etî pratique; le

1 fr. 30 c. — COURS ÉLÉMENTAIRE : livre de l'élève, 1 vol. maître;, dit M. Safîi'-ay dans sa-, préface-, doit limiterson

programme, choisir les- faits susceptibles- de-

in-16, cart., 60 c. ; livre du maître, 1 vol., in-16, cart.,

1 fr. 50 c., même librairie.

produire «ne vive-impression,., les exposer dans-un

langage accessible- à son jeune auditoire.. Pour cela,,

il lui- faut mettre de côté le vocabulaire scientifiquecomposé

de mots latins et gisees plus ou moins habillés-

à la française. L'abas- des mats techniquesprésente

deux iaconvénients : il entrave la vulgarisation

en rebutant l'élève; iitfait illusion sur les résultats

acq-uis, en. laissant confondre là. mémoire des

mots avec la mémoire des idées, des faits et de lewrs

applications. »

iHiprimerie A. LaLure, 9, rue de Fleuras, à Paris.

Pour l'enseignement de ^ Physique-et de la iliimie,

encore plus nouveau, s'il est possible, que tout le

reste du programme des sciences d-observation dans

récole primaire, M. le docteur Saffray s'est attaché à

choisir des expériences très simples, faciles à exécuter

au moyen d'objets usuels et d'appa>reils peu coiiteux.

Dans le livre du maître et dans eelui de l'élève, ces

leçons ont reçu un développement plus considérable

que celles des autres parties : les maîtres devront en

tenir compte dans la répartition des heures destinées

à l'enseignement des sciences physiques et naturelles,

afin de leur consacrer tout le temps nécessaire.

Les qualités d'exposition qui caractérisent le.style

scientifique de M. le docteur Saffray sont bien connues

de nos lecteurs. Il,a, avec l'exactitude et la

précision, la clarté et l'agrément : nous ne croyons

pas que les maitres puissent trouver meilleur guide

à proposer ou à suivre,.ni meilleur texte àànterpréter,

C. fi.


3229 MANUEL GÉNÊBAL DE L'INSTRUCTION PRIMAIRE.

Librairie HACHETTE et Cie,


PKirtIe scolaire M» 8 «3 FEÏ'RIER t884

SEMAINE

SCOLAIRE

DIRECTIONS ET EXERCICES

D'APRÈS LES PROGRAMMES OFFICIELS DU 27 JUILLET 1882,

ANNÉE 1883-1884

COURS

ÉLÉMENTAïaE

LANGUE FRANÇAISE. - Programme et directions.^—

L'adjectif. — Continuation des exèrcices

indiqués dans le dernier numéro. — Le maître appellera

l'altenlion dos enfants sur les adjectifs trouvés par eux ou

donnés par lui, et qui forment leur féminin d'après la

règle générale ; il leur fera formuler cette règle à la suite

de nombreux exemples écrits au tableau noir. — C. D.

Exercice de copie. — Rlotre rivière — Noire rivière

n'est pas bien large, mais elle est assez profonde et

les eaux en sont claires. Sur le bord, il y a de loin en

loin de grands arbres et de petites plantes,, des .joncs qui

sortent leur tête de l'eau. La passerelle qui sert de pont

est légère et tremble sous les pieds, je n'aime pas trop à

y passer.

(Mme P. BEBGEB et E. BEDHABD, Leçons de gra-nimaire

et de langue française^).

Dictées (à l'usage des plus avancés). — Ilîots. —

Rivière, large; profond, profonde; clair, claire; bord,

jonc, tête, passerelle, pont; léger, légère; tremble (il),

trembler ; pied.

Phrases. — \. La rivière déborde. — Nous avons à

traverser un lac profond et large. — Louis est tombé dans

mie profonde. — Le ciel est clair et bleu. — Les

ânes ne boivent que de l'eau claire.

II. René a la téle légère. — Cette passerelle est peu

solide. — Le bord de la rivière- est couvert de joncs. —

Des.planches barrent l'entrée du pont; on est entrain de

le réparer. — Le bois est plus léger que l'eau. — Le coup

de canon a fait trembler nos vitres. — Je ne veux pas aller

en bateau ; j'aime mieux voyager à pied.

ÎIL Notre rivière n'est pas bien larg'e ; mais elle es*-

claire et assez prolonde. Il y a sur le bord des grands arbres

et des joncs qni sortent leur tête de l'eau. La passerelle

est légère et tremble sous les pieds; j'ai toujours

peur quand je marche sur les planches de bois dont elle

est faite.

Dictées méthodiques (à l'usage des moins avancés).

— Son et sont. — Mots. — Carton, Léon, Victor,

école (!'), livre, lecture, vache, chèorc, pré, Emile, frère,

dispute.

Phrases. — SOH père lui a acheté \m carton.— Léon

et Victor sont à l'école. — A'ictor est à l'école; il a perdu

son livre de leclurc. — Notre vache et noire chèvre sont

dans le p)ré. — Emile a grondé son frère. — Emile et

son Irère sont en dispute. — L. T.

dire. J'ai remercié ma bonne petite mère et je me suis

empressée d'ouvrir la boite. 11 y avait dedans une belle

image : c'était le petit Chaperon rouge partant chez sa

grand'mère malade, pour lui porter un pot de beurre et

une galette. Je ne pus m'empêclier de m'éorier ; « Oh!

les belles couleurs! » et je voulus prendre l'image; mais

elle s'en alla jiar morceaux : d'un côté était la tête de l'enfant,

de l'autre un bras, ici une jambe, là un pied, .l'allais

pleurer, quand maman me dit : « Essaye de raccommoder

la pauvre petite. — Mais je ne puis pas, mère. » Alors,

essayons ensemble. Et, maman aidant, j'ai remis les morceaux

on place.

Sous celle première image, j'en trouvai d'autres qui

représentaient la suite de l'histoire du petit Chaperon

rouge. Je les ai démontées et remontées toule seule. Cela

est très amusant! Je me suis bien impatientée une ou

deux foisj mais maintenant, je dérange toutes les pièces

de ma boîte et je les replace en quelques minutes.

J'ai montré ce jeu à mon amie Jeanne. Sa mère va lui

en acheter un pareil au mien; seulement, il représentera

l'histoire du Petit Poucet. Quel bonheur! nous jouerons

ensemble à la patience; si cela pouvait nous en donner.

— L. D. (Copie, un peu retouchée, d'une petite fille.)

Redites, de mémoire, l'histoire que vous avez entendu

lire. — Qu'est-ce qu'un jeu de patience? — D'oii vient ce

nom? — Connaissez-vous l'histoire du petit Cliaperoii

rouge? — Racontez-la-nous.

IL. La Sirène (conte breton). — Il y avait une fois

à l'Isle-Aval* im sabotier; il se maria, bien qu'il n'eût

pour toute fortune que ses deux bras ; il eut beaucoup

d'enfants et il n'avait pas toujours du pain à leur donner.

Souvent il allait à la pêche avec ses petits garçons, car ils

demeuraieni tout près de la mer.

Un jour, un des enfants dit au père :

(i Nous entendons chanter, mais si bien que jamais on

n'a ou'i ^ une musique pareille. »

Le sabotier vint auprès d'eux, et, comme il n'entendait

rien, il dit à celui qui l'avait appelé :

s Tu rêves, petit, tu me ferais manquer ma pêche si je

restais à t'écouter. »

Le lendemain, ils ouïrent encore le chant et ils vinrent

prévenir leur père, qui l'entendit aussi.

Un jour qu'il péchait des crevettes", il surprit la Scraine^

qui flottait endormie sur les eaux, et il la prit dans

ses filets. Il était bien content de sa capture, car il voyait

un poisson qui était temme jusqu'au milieu du corps ;

mais il fut bien plus surpris quand il l'enlendit parler.

« Je suis, dit-elle, la Seraine des mers; laisse-moi aller

et je t'apporterai tout ce que tu voudras.

Sujets de composition française. — I. Mou jeu

«le patience. — Maman m'a apporté hier une jolie

•1. Village de Bretagne.

uoîte assez lourde. Sur le couvercle on lisait ces mats : 2. Entendu.

« Jeu de Viatience ». Je ne savais pas ce oue cela voulait 3. Petite écrevisse de mer.

4. Sirène. On appelle ainsi un monstre fabulenf; moiiié

femme, moilié poisson, qui, par la douceur de son chant,

1. Libraire llachelte et Cie. Cours élémentaire (livre de attirait les navigateurs sm' les écueils de la mer de Sicile.

} élève), -1 vol. in-16 cart., 0 fr.GO ; livre du maître, 1 vol. La plupart des peuples qui habitent les rivages de la mer

in-10 cart.. 1 fr.

placent aussi des sirènes dans leurs contes et légendes.


3231

MANUEL GÉNÊBAL DE L'INSTRUCTION

PRIMAIRE.

— Je vais, répondit le saboliev, te faire voir à ma

femme, ensuite je te re^iorterai ii l'eau. »

Il l'emporta dans sa cabane, et dit â sa femme :

« Vois quel poisson j'ai pris. »

Elle en eut presque peur, et elle s'écria :

« Ah! quel singulier poisson, on dirait une femme : elle

Ta peut-être nous jeter des sorts.

— Non, dit la Seraine, je suis la Seraine des mers, et,

loin de vous faire du mal, si vous me remettez à l'eau, je

vous donnerai ce que vous voudrez. »

Le sabotier alla la reporter ; autour d'elle la mer était

belle, toute jaune et toute bleue, et, avant de quitter le

rivage, elle dit :

« Je te remercie ; tu poux me demander ce que tu voudras,

je te l'accorderai.

— Merci, répondit le sabotier;'pour le moment, je n'ai

besoin de rien. »

Mais il survint une année où tout était clier, et le sabotier

ne savait comment nourrir ses enfants; il alla

guetter la Seraine, qu'il revoyait de temps en temps, et,

quand il l'aperçut, il lui dit :

« 5Ia Seraine, je n'ai rien à manger aujourd'hui, ni mes

enfants non plus; nous laisserez-vous mourir de faim?

— Tends tes filets, répondit-elle. »

Dès qu'ils furent à l'eau, ils se remplirent de tant de

poissons, que. le sabotier fut obligé d'en laisser. Il revint

à la maison et dit à sa femme :

« Vois, comme j'ai bien péché; c'est la Seraine qui m'a

valu cela.

— Ah! répondit-elle, voilà du poisson en abondance,

mais nous n'avons pas de beurre pour le frire, ni de pain

pour manger avec. »

Le sabotier retourna au bord de la mer, et dit à la Seraine

ce qui lui manquait.

« Retourne à ta maison, lui répondit-elle, je t'assure

qu'il y a maintenant chez toi du pain et du beurre à discrétion.

s

Quand il arriva chez lui, sa femme lui. dit qu'un monsieur

était venu apporter un gros tourteau de pain et une

forte motte de beurre. Ce jour-là, ils mangèrent tous à

leur faim.

Peu apfès il tit grand froid, et les enfants du sabotier

E'avaient que de pauvres habits tout percés : il alla trouver

la Seraine, et lui dit :

« !\Ia Seraine, comment faire? Je n'ai point d'argent et

rien à mettre sur le dos de mes petits enfants.

— Retourne chez toi, répondît-elle; dans quelques

heures tu vas avoir de quoi les vêlir chaudement. »

Quelques heures après arriva de Paris, un gros paquet

pour le sabotier, où il trouva du linge, des lainages, et,

jusqu'à des poupées pour les petites iilles. Les enfants et

leurs parents lurent bien vêtus pour tout l'hiver.

Le sabotier alla remercier la Seraine, qui lui dit :

« Tu m'as prise, et tu ne m'as pas tuée ; pour te récompenser,

tu seras heureux jusqu'à la fin de tes jours, et tous

les tiens avec toi. »

Le sabotier vécut jusqu'à un âge avancé, et ses enfants

devinrent tout à fait riches.

P. SÉCULOT [Contes des paysans et des •ptcheurs).

«Le maître fora d'abord comprendre aux ^enfants que

les contes sont des récits absolument faux, inventés à

plaisir, soit pour amuser simplement ceux qui les écoutent

ou les lisent, soit pour leur donner quelque bonne

leçon dont ils puissent tirer profit. Il aura soin de dire

et de répéter, au besoin, que les fées, les enchanteurs,

les animaux parlants, etc., n'ont jamais existé; mais que

ces personnages imaginaires, qui font des choses prodigieuses,

nous divertissent beaucoup. M. Ch. Defodon, dans

un très remarquable article sur VEnseignement de La langue

maternelle axix petits enfants, publié par Y Ami de

l'Enfance, dit à ce sujet : « Les histoires merveilleuses,

î,(s contes de fées, par exemple, doivent-elles être écartées

de l'éducatioii de la première enfance? Pour ma part, je

ne le crois pas, à la condition que vous fassiez comprendre

à l'enfant que vous ne croyez pas « pour de bon » à

l'existence réelle de ces êtres et de ces faits que voira

imagination évoque devant lui et pour son plaisir. Luimême,

remarqutz-la bien, va aussi loin et plus loin que

vous en fait (ie procédés imaginatifs. Lui-m!ême est personnage

et acleur, dans les mille drames de ses jeux, et

il suffira de l'averlir poui' qu'il se prêle, si elle l'amuse,

à la. fiction de Cendrillon ou de la Belle au Bois dormani,

sachant bien et dûment que c'est une ficlion, tout aussi

bien qu'il se prête au rôle de cocher ou de genclarme, do

cheval ou de biche au bois, ayant parfaitement conscience

qu'il n'est véritablement ni cocher, ni gendarme, ni cheval,

ni biche au bois'. »

HISTOIRE. — Programme. — I. Revision générale.

— II. L'an 1000. Le repas de chair humaine. — Voir,

pour plus de détails, dans le Manuel de 18S1-82 et dans

celui de 1882-83, les programmes

élémentaire. — L. T.

d'histoire du cours

GÉOGRAPHIE. — Programme. — ILa «erre (suite)

— I. Interrogations sur les leçons précédentes. — II. Hiviéres,

cascades, lacs, étangs, ruisseaux, canaux. — GHAvonES.

Diverses sortes de bateaux pour la navigation lluviale.

Une rivière. Une mare. Une source. Une cascade,;

Un lac. Un ruisssau.

tes canx ilonccs. — Développement. — Vous'

savez, mes enfants, ce que c'est qu'un bateau?

— Oui, monsieur.

— Une espèce de voiture, n'est-ce pas?

— Son, monsieur; avec les voitures on va sur les chemins,

tandis qu'on se' sert des bateaux pour voyager sur

les rivières. <

— Paul nous parle de rivières... mais en a-t-il vu?

— Oui, monsieur :. il y en a une tout près d'ici.

— Eh bien,! supposez que je ne l'aie pas vue, moi, que

je n'aie vu aucune rivière. Je voudrais bieu savoir quelle

est la chose que vous appelez ainsi : pourriez-vous me le

dire?

— Sans doute, monsieur ; figurez-vous de l'eau...

beaucoup d'eau...

— Je ne comprends pas très bien. La mare où barbotent

lès oies et les canards du père Guillaume contient

aussi de l'ean. Quelle différence faites-vous entre une

mare et une rivière?

— L'eau de la mare est tellement sale qu'on n'en voit

pas le fond; elle sent mauvais, surtout pendant les grandes

chaleurs; et puis, elle ne marche point, cette eau-là...

—• La mauvaise odeur qu'elle a lui vient précisépient

de son immobilité. Alors l'eau de la rivièi-e retii.ue?

— Oui, monsieur.

— Elle s'en va, tantôt vers la droite, tantôt vers la

gauche, comme un balancier d'horloge...?

— Vous vous trompez, monsieur ; elle coule toujours du

même côté.

— Je commence à mieux comprendre; une rivière,

c'est de l'eau courante, ou, si vous voulez, un cours d'eau.

Mais d'où sort-il, ce cours d'eau? D'une immense cuve

dont on .aurait laissé le robinet ouvert?...

— N'est-ce pas plutôt de la terre qu'il sort?

— Il s'échappe, en effet, des profondeurs du soi. Le

point de départ d'une rivière — ordinairement un simple

trou — se nomme source. Les sources sont, -en général,

situées sur des hauteurs. Plus l'endroit d'où jaillit la

source est élevé,^ plus le cours d'eau est rapide. Souvent

même l'eau tombe de rocher en rocher, avec un grand

bruit, et forme ainsi de superbes cascades. D'autres fois,

elle arrive dans un creux, dans une espèce de bassin ou

de cuvette qu'elle remplit. Cette nappe d'eau, qui se

trouve là comme emprisonnée, prend, suivant sa grandeur,

le nom d'étang ou celui de lac.

. Un étang, c'est un petit lac.

Les lacs et surtout les rivières lournissent aux hommes

de précieuses ressources. D'abord, l'eau qu'on en tire

remplace avantageusement celle des puits; elle est, presque

toujours, agréable à boire; elle est excellente pour lo

blanchissage,.

— lit l'on y trouve des que pêcheurs at-

Irappenl et qu'ils vont vendre à la ville.

— C'est juste : la pêche fait vivre un certain nombre de

personnes.

1. Extrait des Ea;erciccs de composition française, par

J. Masson. 1 vol. iii-IO, cart., 1 fr. 25. Ilachetle et Cio.


PARTIE

SCOLAIRE.

139-

On péiU aussi, à l'aidé dé tel ou tel cours d'eau, transporter

très loin, sans chevaux ni voitures, des voyageurs

ou des marchandises. De sorte que si je vous demandais :

(t Qu'est-ce qu'une rivière? » il vous serait permis de

me répondre : « 5Ïà foi, inonsieur, c'est un chemin qui

marche ! »

Je dois ajouter que beaucoup de rivières ne sont que

de simples )-«(sse(2Ma:, ce qui veut dire qu'elles ne sont ni

assez larges, ni assez protondes pour qu'on puisse naviguer

dessus.

Outre les cours d'eau naturels, il y à des canaùt. Ke

confondez pas un canal avec une rivière. Le lit du canal

a été creusé par la main des hommes, tandis que celui de'

la rivière s'est creusé tout seul.

Un canal remplace une rivière où joint deux rivières

entre elles.

Résumé de la leçon. — On appelle rivière un cours

à'eau naturel. L'endroit où cornmence_ la rivière se

nomme source.

Plus lé lieu d'où jaillit la source est élevé, plus le

cours d'eau est rapide. Quelquefois, en descendant une

pente, l'eau tombe de rocher en rocher avec un grand bruit;

elle forme alors une cascade. On nomme lac une nappe

d'eau qui se trouve comme emprisonnée au milieu des

ferres. Un étang est un petit lac. Un cours d'eau étroit,

peu profond et sur lequel il est impossible de naviguer,

se nomme un ruisseau. On désigne sous le nom de canal

une espèce de cours d'eau dont le lit a été creusé par la

main de l'homme.

Explications et eseroioes. — Bateau : les différentes

espèces de bateaux ? (bateaux de promenade : canots,

barques à voiles, périssoires, etc.; bateaux de

pêche; péniches; bateaux à vapeur: transports et remorqueurs,

etc.) — Rivière : dire comment s'appellent les

bords d'un cours d'eau? {Bives). — Immobilité : voir les

explications jointes au texte de notre première leçon de

géographie (octobre 1883). Les eaùx immobiles sont appelées

encore...? (eaux dormantes, eaux stagnantes, eaux

croupissantes). — Balancier : rapprocher balancer. A

quoi sert le balancier d'une horloge ? — Courante, cours :

rapprocher course, courir, etc. — Source : les qualités de

l'eau de source? (limpidité, fraîcheur, etc.). — Jaillir.

Rapprocher jet. De quoi peut dépendre la force d'un jet

d'eau. — Cuvette : petite cuve. — Poisson, pêche : nommer

quelques-unes dés espèces de poissons qui habitent

lês lacs et lès rivières [carpe, brochet, trruit'e, taiiché,

ablette, goujon, etc.), et les principaux engins dé la p&v

che fluviale (épervier, nas^e, 'lïgrie, etc.). —• t!n chemin

gui màrche : cette expression est dé l'illustré Pascal. —

Ruisseaux ': ne jjas confondi'e lés ruisseaux 'naturels EiveC

ceux que forment dans'les rues lës eâUx ménagères. —

Cours d'eau naturels : ceux qui ont une source èt dont le

lit s'est créusé sans le secours de l'homme. — Lit : l'espace

dans lequel l'eau de la rivière s'étend naturellement

Le mot lit, employé au figuré, éveille ici l'idée de s'étendre

mollement, tranquillement. — Canal : description

sommaire d'un canal (quais, barrages, etc.). — L. T.

Erratum : dans la dernière leçon de géographie, au

lieu de : reflets de lave, lire : flots de lave. — L. T.

INSTRUCTION CIVIQUE. — Directions. — Sous

avons cherché à montrer que dans un village, dans le

village que nous habitons, chacun, outre ses affaires particulières

et personnelles, a encore d'autres affaires, dont

il doit s'occuper en même temps que tous les autres habitants

du village, parce qu'elles répondent à des intérêts

qui sont communs. Nous avons dit, par exemple, qu'il

n'importe pas seulement à Pierre ou à Jacques qu'il y ait

une école dans le village, mais que cela importe aussi,

et de la même manière, à Thomas, à Lucien, en définitive,

à tous les pères de famille du vill.ige. Suivons maintenant

cette idée, en gardant, si l'on veut, le même

exemple. 11 faut qu'il y ait une écolo dans le village ;

mais où la bâtira-t-on? — Sur mon terrain, dit Isidore.

— Non, sur le iaien, dit Philippe. — Celui de Durand vaudrait

mieux, dit Antoine, — Je préfère celui de Dufour, dit

Ailolplie. Voilà des compétitions, des disjussions. On ne

s'entend pas. Et cependant l'affaii'e est urgente et èlle est

d'intérêt général. Comment se départager et comniént se

décider? Une idée! Nous allons réunir tous les habitants

du village; puis, devant tout le monde, Isidofe, Philippe,

Durand et Dufour expliqueront les avantages de leur terrain

pour la construction de l'école ; ensuite, qUaitd on

aura bien entendu leurs explications, on dira à chacun

des habitants : êtes-vous jDour le terrain d'Isidore, pbur

celui de Philippe, pour celui de Durand, pour celui de

Dufour? Eh bien! quand on appellera successivement les

noms d'Isidore, de Philippe, de Durand, de Dufour, vou.s

lèverez la main au nom que vous aurez choisi, et celui

qui aura le plus de mains levées l'emportera, ce sera sur

son terrain que l'on bâtira l'école. C'est un moyeu d'accord.

cela, et un bon moyen; il s'appelle le suffrage et

on dit que ceux qni lèvent ainsi la main pour Isidore,

Philippe, Durand, Dufour ou tout autre, votent pour

Isidore, Philippe, Durand, Dufour ou tout autre. On dit

aussi que la décision se prend à la pluralité ou à la majorité

des suffrages, à moins qu'il n'y ait unanimité.^

quand tout le monde est d'accord. Quand tout lé monde

n'est pas d'accord, ceux qui ne l'etaportent point, cetix

dont les votes sont les moins noiiibrénx forment la minorité.

On dit encore que Philippe,' Isidore, Dtirand, Dufour

qui se présentent, comme dâns l'eSéinple' que noùs avbus

supposé, pour obtenir les suffrages d'une population,

sont des candidats. On se sert enfin du mot de voix à la

place du mot suffrage; on dit à un candidat: je vous

donnerai ma voix, c'est-à-dire mon suffrage, c'est-à-dire

je voterai pour vous. — C. D.

ARITHMETIQUE.—Programme.—îtiifSsîoiirsuite).

— Di\'ision d'un nombre inférieur à 10 000 par un nombi-e

inférieur à 100, dont le chiffre;des unités soit très taiblé.

Nous avons publié, dans le Manuel général de l'année

dernière, de très nombreuses séries d'exercices 'suf ks

quatre opérations; on pourra litilement s'y reporter.

• Caïcral meœtaS. —• l» Addition de deux n'ombres

inférieurs à 71.

2° Soustraction d'un nombre inférieur à 71 d'un nombre

inférieur à 150.

sur les quatre opéra-

Calcul éci'it. —• I. Exercices

tions.

II. Problèmes. — 4. On achète pour 144''une caisse de

tapioca du poids de 77 Kilog. La caitese seule pèse 5 Kg. ;

quel est le prix de revient du Kilog. de tapioca?

Solulion.l^e poids du tapioca seul est 7 7—-5 = 72 Kilog. ;

Le prix du ICilog. est 144' : 72 = 2 francs.

S. Un ouvrier doit fabriquer 144 objets. I! m a déjà

fait 56. Combien lui faudra-t-il de'temps pour, faire le

reste s'il en confectionne 9 par jour?

Sdlution. Il lui resté à faire 144 — 56="10S objets.

Cela lui demandera 108 : 9 = 12 journées.

3. Un train doit parcourir une distance de l7Ô Kilbnj.;

il marche avec une viteëée de?2 Kiîoiii. à l'héui'e ë't a déjà

parcouru 42 Kilomètres. Dans combien de temps seTa-t-A

au terme de sa course ?

Solution. 11 lui reste à ïaire 170 — 42 =128 Kilom.

Ce pai'cours exigera 128 : 32 = 4 hëtu-es,

4. Voici des pigeons à 0',Ï5, des poulets à o',2o et s

perdrix à 2',75. Coinbièh aevrai-;te pa'yèr si j'aciîéle 2 perdrix,

5 potllefs'et 4 pigeons? (Sons avons introduit depuis

plusieurs semaines dans les exercices dn coiU'S éléiiieiitaire

la nniltiplication dè nombres tepritaant des francs

et des centimes).

Solution. Perdrix 2',75 X 2 = S'',50; poulets 5',23 X ô

= 9'.;5. '

Pigeons 0',73 X 4 = 5^00.

On devra payer 5^50 9',75 -j- = IS',25.

5. Un ouvrier a travaillé du 7 janvier inclus, qui était

un lundi, jusqu'au 9 février inclus, à raison de 4' par

jour. Combien a-t-il gagné'pendant cette période, dont les

(Hmandhes ont été oo'iisaerés au repos?

Solution. Les dates des jours de travail ont été 7, 8, 0,

irt .H -19. i.i .ir> Ifl 17 IS -19 — 21. 99.23.24.25.

2ii'— 28, 29, 50,' 51 'janvier,' 1"' février,{.2

fih a.

-V.v fi.


3233

MANUEL GÉNÊBAL DE L'INSTRUCTION

PRIMAIRE.

En tout 5 semaines de G jours de travail, soit 50 jours.

L'ouvrier a gagné X 30 = 120 francs.

C. Autour d'un terrain carré dont le côté mesure 28 mètres,

on a lait poser un Ireillage qui coûte 3' le mètre.

A combien s'élève la dépense?

Solution. Le treillage mesure 4 fois 28 mètres=112 me-

La dépense s'élève à 5'x 112 = 336 francs.


PARTIE

SCOLAIRE.

139-

enfants, bordés d'un ruban de soie, de laine ou de coton

de couleur (ce travail ijourrait être fait par des enfants

(lu cours supérieur).

L'ouvrage sera tenu par la main gaucbe entre les

quatre doigts et le pouce; ce dernier maintenant l'étoffe

dessus, les autres doigts placés dessous.

La main droite, armée du dé, prendra l'aiguille qui

devra dès le début être parfailemenl tenue et dans la

position indiquée par la ligure 2. Le milieu de l'aiguille

maintenu entre le pouce et l'index, le- chas appuyé sur

le dé par lequel sera poussée l'aiguille. Avec les deux premiers

doigts on abaissera la pointe de l'aiguille pour l'introduire

dans le tissu et former le point. Puis lorsque

celle-ci sera entrée suffisamment dans l'étoffe, et pendant

que le dé la poussera, on saisira de nouveau avec les deux

mêmes doigts la partie de l'aiguille qui sortira, après

avoir fait le point, et on tirera le fil.

Kous nous étendons un peu longuement sur ces détails,

car les enfants ont presque toujours la mauvaise habitude

de lever la main entièrement avant d'aller reprendre

l'aiguille, ce qui est long et disgracieux. — Mme GIROUX.

COURS

MOYEN

LANGUE FRANÇAISE. —Directions. — Le ïcrbe.

— La conjugaison. — La seconde, la troisième et la quatrième

conjugaison. — Faire conjuguer des verbes de ces

trois conjugaisons à certaines formes données, en ayant

soin qu'ils soient enclavés dans une petite phrase. —

Exercices oraux. — Exercices au tableau noir.

Exercices au tableau noir sur le nom et l'article, l'adjectif,

le pronom. — C. D.

Dictées. — I. lia maison de Jeanoe d'Arc. —

11 existe à Domrémy, près de Yaucouleurs. en Lorraine,

une maison de modeste apparence, qui n'attire les regards

par aucun ornement extérieur, et qui ne se distingue

des habitations voisines que par la couleur plus

sombre qu'elle doit à son ancienneté. Cependant, les

jeunes filles du village la saluent en passant ; quand les

jeunes garçons la contemplent, leurs yeux brillent d'enthousiasme

; les vieillards la montrent à leurs enfants en

versant des larmes d'attendrissement, et les voyageurs

s'inclinent avec respect devant cet humble toit : c'est la

maison de Jeanne d'Arc. Elle appartenait, il y a quelques

années, à un paysan nommé Girardin, qui la regardait

avec raison comme son plus précieux héritage, et qui en

était aussi fier que du plus riche domaine.

En 18-17, un Anglais fort riche, voyageant en France, se

détourna de plusieurs lieues pour visiter cette maison.

Girardin se lit un plaisir de la lui montrer dans le plus

grand détail'.

Explications. — Domrémy : village du département

des Vosges. — Vaucouleurs : chef-lieu de canton du département

de la Meuse. Jeanne d'Arc vint s'y présenter au

sire de Baudricourt, pour lui demander de la conduire

auprès de Charles Vil. — Lorraine : situation de cette

province. — Apparence : état d'une chose telle qu'elle

apparaît aux regards.— Extérieur : l'opposé de ce mot?

[intérieur : remarquer la dilïérence de signification des

préfixes in, dans et ex, hors). Rapprocher d'extérieur :

cxierne, externat, exil, exiler, etc., etc. — Ancienneté :

le radical de ce substantif? (l'adjectif ancien). — Enthousiasme

: sens primitif : ardeur, transports provenant

d'une inspiration'divine'-^ ; chaleur extrême de sentiment.

— Jeanne d'Arc : énumérer les principaux faits accomplis

par cette héroïne. — Paysan : le radical de ce mot ? (pays ;

paysage, paysagiste, dépayser, etc.). — Héritage :

ce qu'on recueille par la mort de quelqu'un. Rapprocher

héritier, hoir (vieux français), déshérence, etc. — Domaine

: synonyme de propriété (racine dom, signifiant

' tantôt maitre, tantôt maison : dominical, domicile, dominer,

domination, etc.). •— Dans le plus grand détail :

sans omettre la moindre chose. — L. T.

II. ta foua-mî. —La fourmi paraît savoir que l'hiver

est long, et que. le blé même n'est pas longtemps exposé

dans les champs. Aussi, durant la moisson, elle ne dort

plus. Elle traîne, avec de petites serres qu'elle a il la tête,

•1. Certilicat d'études primaires. Canton de Laigle (Orne).

Communiqué par M. Vilbert, inspecteur primaire de

Mortagne.

2. F,n. rlnriG. Ihj>ns T^ipn • n.dhtnn tînnfnp.

des grains qui pèsent trois fois plus qu'elle, et elle avance

comme elle peut, à reculons. Quelquefois elle trouve eu

chemin quelque amie qui lui prête secours, mais elle ne

s'y attend pas.

Le grenier où tout doit être porté est public et aucune

ne pense à faire sa provision à part. Ce grenier est composé

de plusieurs chambres, qui toutes conimuniquen;

par des galeries, et qui sont toutes creusées si avant, que

les pluies et les neiges de l'hiver ne pénètrent point jusqu'à

leur voûte. Ceux qui ont essayé de détruire les fourmilières

qui avaient eu le loisir de se perfectionner, n'y

ont presque jamais réussi, parce que les rameaux s'en

étendent trop au large, pour qu'elles se sentent du ravage

qu'on fait à l'entrée'. — L. T.

Sujets de composition française. — I. le Pertas ^

doré (conte — Il était une fois un bonhomme qui

avait coutume d'aller faire des fagots dans la forêt ; il ne

gagnait pas beaucoup à ce métier et souvent il se plaignait

de son malheureux sort.

Un soir qu'il s'en revenait à la tombée de la nuit, il vit

sur une clairière une belle dame vêtue de blanc ; il ôta

son bonnet en passant devant elle, et lui souhaita le bonsoir,

comme c'est l'usage à k campagne.

« Bonsoir, mon brave homme, lui répondit la dame,

d'où venez-vous si tard ?

— De faire des fagots dans la forêt, répondit le bonhomme

; c'est un métier qui ne vaut guère.

— Seriez-vous content d'être plus à votre aise ?

— Oui, madame, et pour cela il ne me faudrait guère.

— Si je remplissais d'or ce que vous tenez à la main,

dit-elle enmontrantun petit pot qui servait au bonhomme

à porter sa soupe, seriez-vous bien content ?

— Oh I oui, madame.

— Eh bien, ôtez son couvercle et regardez. »

Le bonhomme découvrit son petit pot et vit qu'il était

plein de belles pièces d'or. Il fut d'abord ébloui de cette

fortune inattendue, puis il pensa : « Si j'avais eu un grand

pot, il n'en aurait pas plus coûté à la fée de l'emplir

d'or. »

11 se gratta l'oreille et dit.

« Je vous remercie bien, madame, mais mon pot est

tout petit, et je n'aurai pas pour longtemps de ce qui est

dedans. Je voudrais bien aller jusqu'à la maison chercher

un vase un peu plus grand.

— A vos souhaits », répondit la fée.

Le bonhomme courfat à sa cabane et revint le plus vite

qu'il put à la clairière, apportant avec lui aapotaplou, ou

si vous aimez mieux, un de ces pots à puiser de l'eau qui

sont, comme chacun le sait, de grande dimension ; et il

pensait en lui-même à la grande quantité de pièces d'or

qu'il pourrait contenir. Mais quand il arriva à l'endroit

où il avait vu la fée, elle avait disparu et la seule chose

qu'il vit, c'est un peu de mousse jaunâtre qui garnissait

1. Certificat d'études primaires. Canton de Moulins

(Grue). Communiqué par M. Yilbertj inspecteur primaire

de Mortagne.

2. Ou pertuis : le trou doré.

S. Voir les observations faites au cours élémentaire

Riir Ifls nnnlpçî.


118 MANUEL GÉNÊBAL DE L'INSTRUCTION PRIMAIRE.

iinç Jente d'un gro.s rocUer que depuis on a appelé, le

l'ertus doré.

Quand il regarda ddn^ spp petit pot, au lieu d y trouver

de l'or, il n'y vit qu'un reatq de soupe, et il s'en reloiirna

chez lui, ï"'®" marri d'avoir, }?ar trop

perdu ce que la fée lui avait d'a,bor


SUPPLÉMENT. — PARTIE SCOLAIRE. 119

jour^ 2030 francs, que gagneraient 42 liommes en

92iW'a*?

Solution. 2030' est le prix de 2!) X 35 ï= 1015 journées

(l'ouvriers.

Et l'on demande le prix de 92x42 = 3864 journées.

t,e prix d'une journée est 2030' : 1015 = 2',

Donc 42 hommes en 92 jours gagneraient 3864 fois 2',

soit 7728 francs.

fiO. On veut carreler une pièce rectangulaire de 4"°,20

(lelonçjsur 3",6D delai-geavec des carreaux carrés de0°',20

(le côté. Combien çoi}tera cse travail, si le raille de carreaux

v.5iit 22',50 et si l'on paye 0/.,80 par mètre carré pour la

iliain d'œuvre®?

Solution, La superficie de la pièce est 4»',2x3°',6

Celle d'un carreau est 2^»x2'''° = 4 décim. carrés.

Eu 1512 dm®, combien de fois 4 dm-?

Nombre de carreaux 1512 : 4 = 378 à 2',25 le 100,

Valeur des carreaux 2',25 X 3,78 = 8',50,.

Main-d'œuvre 0',8 X 15,12 = 12',10.

Dépense totale 8',50 4-12',10 = 20',60.

SYSTÈME MÉTRIQUE- — Programme. —UJesuires

rte .Çiupcriicîe et mçiiipres de volume. (Revision-)

Exercices et problèmes-

1. Exercices. ^ f, Exprimer :

24 Ares en mètres carrés,

liô 740 décim. çarrég en Déeam. carrés,

745 Ares en Hectares,

8'î 600 mètres carrés en Hectares,

l'ia,4 en mètres carrés.

0"'®,725 en décimètres carrés.

0Ha,7 en mètres çarrès.

6420 mètres carrés en Ares,

29 dm^ en centim. carrés.

©•""^Ogs en millim. carrés.

8. Combien y a-t-il :

De mètres carrés dans un demi-Hectare? R. 5000 nl^.

R. 2400 m2.

R. 6Dm2,574

Jl. 7Ha,45.

n. 8Ha,76.

R. 14 000 m-.

R.

R. '/OOO

R. 64A,20.

R. 2900 cm2.

R. 930 mm^.

De centiares dans 6 Décamètres carrés? R. 600 centiares.

D'Hectares dans 2 Kiiom. carj,'{s? R. 200 Hectares,

lie décim. carré? dans un d^-m®? R. 50 dm^.

De centim. carrés dans 5460 lilm^?' R. 54°»^,6.

De Kilom. carrés dans 700 Hectares? R. 7 Km«.

De décim. carrés dans un 10» de m-? fi. 10 dm®.

S. Exprimer.:

2 décim. cubes en centim". R. 2000 cm'-

4 stères en décim. cubes. R. 4000 dm».

0'°®,74 en décim. cubes-

R. 740 dm^.

18 570 centim. cubes en décim,cubes- R. 18'i"»,37'.

4doubl9S Décastéres en riiètr. çubes. R. 80 m- cubes.

4. Combien y a-t-il :

De décistères dans 2 mètres cubes'? R. 20 décistères.

De Décastéres dans 28 mètres cubes? R. 2Dst;8.

De décim. cubes dans un dixième dem^. R. 100 dm'.

Decentim.cubesdansuncentièmedem^? R. 10000cm°.

Demillim.cubesdansunmillièmedem'? Ji. -lOOOOOOmm^.

II. Problèmes. — 1. Que valent 7 demi-Décastères de

bois à 57' le double stère ?

Solution. 7 demi-Décastères font 7' fois 5 = 35 stères.

Le stère valant 57'-: 2 = 28',50,

35 stères valent 28', 5 x 35 997'; 50.

2. Quel est le prix d'un terrain rectangulaire estimé

8500' l'Hectare et mesurant 108 de long sur 85» de large?

Solution. Superficie 108» x 85"»—9180 mètres carrés

= 91A 80.

Valeur, à raison de 85' l'Are. 85'x 91,8 = 7803'.

3. Calculer, à raison de 80' le mètre cube, la valeur

totale de deux blocs de pierre dont l'un mesure 3 mètres

cubes 96 décim. cubes et l'autre 36 décim. cubes de moins.

Solution. Le 2° bloc mesure 3»=,09G —0"'=,036=3'»=,000 ;

. Le volume- total des deux blocs est S^^ Ogo + 5«>5 QGO

= 6»Mas.

Leur valeur totale est 80' x 6,156 = 492i',48 ou 492';50.

S. MAIRE:

1. Laigle(Orne), filles. Communiqué par H. Vilbert, inspecteur

primaire de Mortagne.

2. Paris. Compositions générales du, 21 novembre 18S"i.

— Cours supéi-ieur. — Communiqué par H. Ilardveck,,

mstitnfpni-

GÉOMÉTRIE. — Directions et exercices.

ANGLE INSCKIT DANS UN DEMI-CERCLE

PiioposiTios. Étant donné une demi-circonférence décrite

sur AS comme diamètre, si l'on joint un point quelconque C

de la demi-circonférence aux extrémités k et B de ce

diamètj-e, l'angle C est droit.

Ou plus simplement :

Tout angle inscrit dans une demi-circonférence eet

droit.

Démonstration.

Menons le rayon 00, les triangles AOC

Fig. 51.

et BOÇ sont isocèles, par suite, le® angles opposés aux

côtés égaux sont égaux; nous avons donc

ACO = CAO,

ECO = CBO,

Et, en ajoutant ces égalités membre à membre, nous

avons donc

ACB — A -I- B.

Mais la somme des trois angles A, B, C du triangle est

égale à 2 droits ; l'angle C étant égal à la nloitié de ceitte

somme est un angle droit.

TANGENTE

DÉFinmoN. On appelle tangente à une circonférence

(fig. 51) une droite qui n'a qu'un seul point commun

avec cette courbe.

On voit que si une droite CD qui coupe le cercle 0 aux

points C et D se transporte parallèlement à elle-même et

prend les positions CD',... de plus en plus éloignées du

centre, les deux points de rencontre primitivement situés

en C et D se rapprocheront de plus en plus du point A et

Fig. 52.

Fig. èS.

finiront par se confondre avec lui ; la droite BAC n'aura

plus alors qu'un seul point commun avec la circonféi-ence;

elle lui sera tangente en A. De là résulte la proposition suivante

:

PROPOSITION. La droite perpendiculaire à l'extrémité

d'un rayon est tangente à la circonférence.

DÉJIOKSTRATIOS. Ainsi la droite BC (fig. 52) perpendiculaire

à l'extrémité A du rayon OA est tangente à la circonférence

0.

Remarque.

On arrive également à la notion de la tan-

Fig. 34.

gente et à la propriété précédente en faisant tourner une

sécante CD autour de l'un des points d'intersection A qui


120 MANUEL GÉNÉRAL DE L'IINSTKUCTION PRIMAIRE.

reste fixe de manière que le second point vienne se confondre

avec le premier.

En effet, la perpendiculaire OG abaissée de 0 sur CD

passe par le milieu G de la corde AD et, si celle corde Ali

devient de plus en plus petite, le point G se rapproche

de A et finit par se confondre avec lui lorsque la sécante CD

est devenue la tangente EF, — Si, à partir de la position

EF, en continuait à faire tourner la droite mobile CD

elle couperait de nouveau la circonférence en deux points

A et B'; elle cesse d'être tangenle dès qu'elle n'e.'it plus

perpendiculaire sur le rayon de contact OA.

CONSÉQUENCE. Toiiie tangente à la circonférence est "pcrpendiculaire

au rayon mené au point de contact.

TRACÉ DE .LA TAKGEISTE AU CERCLE

PROIILÈME I. Étant donné un cercle et un point A sur

la circonférence de ce cercle, mener par ce point une

tangente à ce cercle.

Solution. On mène le rayon OA el l'on élève au point A

la perpendiculaire EF sur ce rayon ; d'après la proposition

précédente, cette droite est tangente au cercle.

rBOnLÈMElI. D'un point A donné hors d'un cercle 0, mener

des tangentes à ce cercle.

Solution. On joint le point A au cenire 0 (fig. 55) et

sur la droite AO on décrit une circonférence; elle coupe

0 aux poinis E et D; AD, AE sont les deux langenles

cherchées..Eu effet, traçons les rayons OD, OE, les angles

ODA, 0E.\ sont droits puisqu'ils sont inscrits chacun dans

une demi circonférence.

Conséquence. Les deux tangentes menées d'un point

extérieur à un cercle sont égales et la ligne qui joint leur

point de concours au cenire est la bissectrice de leur angle.

En effet, la figure est syméirique par rapport à OA ;

si on la plie suivant le diamètre OA, la partie supérieure

peut êlre appliquée exactement sur la partie qui est audessous

de OA.

PEOI!I.ÈJIE IN. Mener à un cercle 0 des tangentes parallèles

à une droite donnée AB.

Solution. On abaisse du centre 0 (fig. 56) une perpendiculaire

OCD sur AB; elle coupe le cercle aux points C

etD; ce sont les poinis de contact des deux tangentef

A

E c I'

0

y

G U II

Fig. H6.

cherchées. Pour les tracer, il suffit de mener EF perpendiculaire

sur OC au point C et Gll perpendiculaire sur OD

au point D.

Ces lignes EF, Gll seront langenles puisqu'elles seront

perpendiculaires chacune à l'extrémité d'un rayon. De

plus, elles seront parallèles à AB, car AB et l'une d'elles.

EF, sont perpendiculaires au même diamètre CD. — E. B^

B

SCIENCES PHYSIQUES ET NATURELLES. - Directions.

— Organisation et foiiction.s . «les

feiiilU'S et des lleurs. — Vous commencerez par

rappeler brièvement les notions acquises sur la slructure

des familles. Vous aborderez ensuite l'intéressante question

de la transformation des feuilles en écailles, en

vrilles, en e'pines.

Donnez quelques développemrnt.s sur la structure de

l'épiderme des feuilles et sur le i 61e des stomates.

Tout on consacrant à cette revision le temps qu'elle

comporte, rèsorvez-cn suffisamment pour expliquer et

faire bien comprendre le rôle que joue, dans la feuille,

la matière verte {chlorophylle). Prenant pour exemple

une plante potagère étiolée par ligature ou recouvrement,

indiquez tout d'abord que les feuilles produisent,

sous l'influence de la lumière, une matière verte douée

d'une vitalité toute particulière, et qui cesse de se produire

dans l'obscurité.

Cette matière est fort curieuse à étudier. Aussitôt

qu'elle est formée, elle se met A travailler au prolit: de la

[liante, et cela tant que le jour luit. Voici en quoi consiste

son travail. Les petites bouches des feuilles absorbent

un des gaz de l'air : le gaz carbonicpje. Avec ce ga

et l'eau de la sève, la matière veite tiouve moyen de

fabriquer de Xamidon, qu'elle emmagasine pendant

toute la journée. Pour fabriquer l'amidon, les feuilles

emploient seulement le carbone du gaz carbonique, qui

est composé de carbone et d'oxygène; il en résulte un

excédent d'oxygène qui s'e'chappe par les bouches.

La nuit venue, il ne se forme plus de matièie verte, et

celle qui a travaillé pendant le jour se repose. Pendant ce

temps l'amidon se transforme en sucre, comme il se transforme

dans les cotylédons d'une graine en germination.

Pour qu'une graine entre en germination, il lui faut

de l'humidité, de la chaleur et de l'oxygène. Eh bien,

pour que l'amidon des feuilles se transforme en sucre il

faut aussi tous ces éléments. L'oxygène est puisé dans

l'air par les petites bouches ou stomates; cet oxygène est

employé à brûler certains matériaux pour les transformer,

et, puisqu'il y a combustion, il doit y avoir aussi

dégagement de pz carbonique.

Ainsi les feuilles absorbtnt pendant le jour du gaz

carbonique et exhalent pendant la nuit de l'oxygène : ou

du moins, pendant ces deux périodes, ces gaz sont

absorbés et exhalés en grand excès, ce qui nous permet

de les considérer comme seuls en cause.

Pour prouver que les feuilles dégagent de l'oxygène

quand elles sont exposées à la lumière, on fait l'expérience

suivante. Dans uii flacon à large goulot on introduit

des feuilles en pleine végétation, on remplit d'eau et l'on

ferme au moyen d'un bouchon dans lequel s'engage un

tube recourbé qui se prolonge jusqu'au fond" d'un réservoir

d'eau. Dans ce rébervoir est placé, au-dessus de

l'orifice dii tube, un flacon plein d'eau et renversé. Tel

est l'appareil le plus simple que l'on emploie, en chimie,

pour recueillir les gaz. On place l'appareil au soleil, et

bientôt les feuilles, remplissant leuis fonctions ordinaires,

se couvrent de petites bulles de gaz qui passent

dans le fiacon récepteur. Poir prouver que ce gaz est de

l'oxygène, on introduit dans le flacon retourné une allumette

qui ne présente plus qu'un point en igiiition, et

aussitôt elle s'enflamme et produit une lumière éclatante.

Le sucre qui se forme dans les cotylédons pendant la

germination sert à nourrir la jeune plante. Ce sucre,

dissous par l'eau dont l'embryon est imprégné, et associé

à une très petite quantité d'autres substances qui accompagnaient

l'amidon dans les cotylédons, tbrme une véritable

sève, complète de tout point, dans laquelle la plante

naissante puise les éléments nécessaires à rorganisation

de toutes ses parties : elle en fait des. cellules, des fibres,

de la matière verte, etc.

De même, le sucre qui se forme, la nuit, aux dépens

de l'amidon des feuilles sert à nourrir la plante. Eu elfet,

il se dissout dans l'eau minéralisée que fournissent les

racines, et le mélange produit la sève parfaite. Dans cette

sève les organes do la plante puisent les matériaux

nécessaires à leur accroissement.

Les racines absorbent l'eau du sol pour la fournir à la

plante. Si leur travail est continu, il faut que la plante

perde au fur et à mesure l'eau qu'elle reçoit des racines ;

il faut qu'il se produise, à sa surlace, une évaporation

considérable.


PARTIE SCOLAIRE.

139-

Il serait très inWressant de faire l'expérience suivante

pour montrer connliien est considérable l'évaporation à la

surface des feuilles.

« Dans ce bocal plonge un gros tube de verre qui se

ti'ouvn lierméliqiiement fermé à ta parlie supérieure par

ce rameau leuillu entouré de mastic. .Après avoir renversé

le tube pour le remplir d'eau, je l'ai retourné dans

le bocal, et la pression de l'air a sulfi pour le maintenir

plein, comme un tube de baromètre. Il y a quelques

heures le bocal, dont l'orifice est couvert, était plein

d'eau : vous voyez qu'il en manque déjà une certaine

quantité: dans deux jours il sera vide :les feuilles auront

tout aspiré et (eut rendu à l'atmosphère.

« four vous donner une idée de la quantité d'eau évaporée

par les plantes je vous dirai qu'un champ de blé

d'hiver évapore d'avril à juin une couche d'eau de 0'°,'i5,

et que pour obtenir 1 gramme de grains de blé il a fallu

que la plante évaporât' 1800 grammes d'eau, n

La chaleur, le vent et la fécheresse de l'air activent

l'évaporation à la surface dos feuilles, mais l'agent principal

est la lumière. Pendant la nuit l'évaporation devient

presque insensiiile. Alors l'appel, ïaspiralion cessant à

la partie supérieure, l'absorption se ralentit ou cesse

dans les racines.

.4insi, pendant la nuitla plante semble livrée à un repos

complet. Les feuilles ne travaillent plus à fabriquer

de l'amidon, l'évaporation cesse presque entièrement et

par suite les racines font relâche.

Mais pendant ce repos apparent l'amidon se change en

sucre, le sucre se dissout dans la sève, et chaque portion

de la plante, puisant dans cette sève, travaille à

s'organiser, à s'accroître : en un mot, c'est pendant la

nuit que la plante rf/père et se nourrit.

Pour digérer, pour transformer les matériaux de la

sève, la plante doit absorber de l'oxygène etl'employerà des

combuslions qui produisent, comme résidus, du gaz carbonique

et de la vapeur d'eau : cette vapeur et ce gaz

sont exhalés en-même temps. Pendant les nuits froides,

cette transpiration de la plante devient sensible, la vapeur

se condense en gouttelettes qui couvrent les feuilles

de'rosée.

Quoique les feuilles soient destinées à dégager de la

vapeur d'eau, elles peuvent, en cas d'urgence, suppléer

les racines et absorber de l'eau jSour la mêler à la sève.

Si l'on plonge dans un vase plein d'eau un rameau d'une

brandie détachée, cette branche se maintient longtemps

fraîche par suite de l'absorption qui se fait à travers les

feuilles immergées.

Pour ce qui concerne la seconde partie de cctie leçon,

vous procéderez également par une revision des notions

élémentaires, suivie de quelques développements spéciaux

sur l'organisation de la fleur et la fécondation.

^ Les explications que vous donnerez sur la structure et

l'organisation des fleurs ne seront bien comprises, et ne

se graveront dans la mémoire que si vous adoptez une

définition de la fleur à la fois très correcte, très simple

et très courte. Nous proposons celle-ci : la fleur est une

partie de la plante qui contient un ou plusieurs orgaiies

néiiessaires à la production des fruits.

Pour qu'un fruit se forme, il faut deux organes : un

pistil et une étamine. Tantôt ccs deux organes se trouvent

réunis dans une même fleur; tantôt ils existent isolément

sur des fleurs isolées.

En faisant l'analyse descriptive de fleurs complètes,

et de fleurs incomplètes, que vous pouvez nommer demifleurs,

vous ferez facilement coniprendre en quoi consiste

essentiellement une fleur pour le botaniste.

Ceci étant bien compris, vous donnerez quelques détails

sur lâ manière dont le pollen se trouve disséminé

de manière à féconder l'ovaire, sur les lleurs complètes ou

incomplètes; comment il arrive même sur les ovaires de

fleurs portées par un individu pistillé, très éloigné de

l'individu t'taminé.

Pour expliquer la fécondation, vous ferez bien de dessiner

au tableau sur une grande échelle, chacune des

phases que vous décrirez. La fleur de Stfamoine est un

des meilleurs exemples que vous puissiez choisir.

Au point de vue de la fécondation, c'est-à-dire de la

production des fruits, il y a trois sortes de fleurs ; celles

qui sont pourvues du pistil et au moins d'une étamiue;

celles qui possèdent seulement le pisiil; celles qui possèdent

snntpTnnnf t'pfnmiiip. les fJpuY flfirniprPR sortes.

qui sont incomplètes, se trouvent soit réunies sur un

même individu comme chez le châtaignier, soit séparées

sur deux individus comme chez le chanvre.

La parlie du pisiil qui est fixée au réceptacle de la

fleur constitue l'ovaire. Coupez en deux un ovaire de giroflée.

Bien. Que voyez-vous à l'intérieur? Des rangées

de petits organes qui ne sont pas encore des graines, mais

qui sont appelés à le devenir. Comme la graine représente,

en quelque sorte, un œuf de plante, on appelle

petits œufs, ovules, ces points blanchâtres qui se trouvent

dans l'ovaire ou réservoir d'ceufs.

_ Si l'on supprimait le stigmate d'un pistil, l'ovaire se

sécherait, au lieu de devenir un fruit.

^ En supprimant le stigmate, nous empêchons le pollen

d'entrer en communication avec l'ovaire, et celui-ci, demeurant

stérile, sèche et se détache. Pour qu'un ovaire

soit fécond, il faut que son stigmate intact reçoive des

grains de pollen et que ce pollen entre en communication

avec l'ovaire.

Les anthères, arrivées à maturité, se sont ouvertes, et

le stigmate, couvert de grains de pollen, ressemble assez

à une pelote garnie d'épingles.

, La surface du stigmate, veloutée et moite, est imprégnée

d'un suc gluant qui retient le pollen et l'humecte peu à peu.

Quand un grain de pollen se trouve exposé à l'humidité,

il se conduit en quelque sorte comme une graine

en germination : il végète, et l'on voit sortir d'un petit

orifice un tube très délié qui croît rapidement. Je représente

ici un grain de pollen émettant son tube.

Le pollen, trouvant sur le stigmate les conditions favorables,

entre en végétation : son tube s'introduit dans la

matière spongieuse du stigmate, y puise de nouveaux

ahments et, cheminant le long du style, pénètre dans

l'ovaire. Là il rencontre un ovule, perce son enveloppe et

demeure stationnaire pendant quelque temps, puis se

trouve absorbé dans la sève et disparaît. Voilà en quoi

consi.'te la fécondation d'une fleur.

Après la fécondation l'ovaire grossit, les ovules grandissent,

la vie du fruit est assurée ; il est noue, comme

disent les jardiniers.

Voyons un peu quelles causes peuvent produire la coulure,

c'est-à-dire la stérilité des fleurs à pistil. Supposons

d'abord qu'il s'agisse de fleurs complètes.

Souvent la température devient trop basse, la nuit surtout,

pour que la fleur puisse continuer de vivre : elle

ne se congèle pas, mais elle meurt de froid. La température

étant convenable, il peut se produire un retard dans

le développement des organes. On constate alors que le

stigmate n'est pas à point quand s'ouvrent les anthères,

ou bien que les anthères s'ouvrent quand le stigmate est

déjà flétri. Dans les deux cas le pollen demeure inutile.

Supposons que tout ait marché à souhait : le stigmate

est couvert de pollen. Mais voici une pluie inopportune

qui détrempe sa glu, ramollit le pollen, le gonfle outre mesure

et lui fait rompre son enveloppe: voila un fruit perdu.

Les fleurs incomplètes situées sur le même pied courent

un autre risque. Il peut se faire que le pollen des fleurs

étaminées ne tombe pas sur le stigmate des fleurs pîsZîYees.

Enfin, lorsque les fleurs des deux sortes se trouvent sur

deux individus séparés par une assez grande distance, les

chances de stérilité sont encore plus nombreuses, puisque

la fécondation dépend de la direction du vent qui emporte

le pollen.

Les mouches, les abeilles et d'autres insectes qui vivent

du suc des fleurs se couvrent plus ou moins de pollen en

passant sur les étamines. Ensuite elles transportent ce

pollen sur d'autres fleurs oii il se trouve englué par le

s'igmate.

Voilà un service éminent que nous rendent les insectes,

et principalement les abeilles; nous leur devons, en

grande partie, nos récoltes de fruits.

Parfois aussi elles jouent un mauvais tour aux horticulteurs.

Si l'une de ces visiteuses dépose sur le stigmate

d'un pétunia rouge un peu de pollen cueilli sur un pétunia

blanc, il se produit une variété hybride, c'est-à-dire

qui tient de l'un et de l'autre. Souvent les horticulteurs

secouent sur uiie fleur, dont ils ont coupé les étamines,

le pollen d'une fleur de la même espèce, afin d'obtenir des

variétés par ce procédé, nommé hybridation. S'ils veulent,

au contraire, conserver pure une variété ils la tiennent

à distance dts plantes dont ils redoutent le pollen et la

mpffpnf à l'nhri rlp In viçjitp rtp.K'insftCtes. — D'' S.


122 MANUEL GÉNÉRAL DE L'IINSTKUCTION PRIMAIRE.

COURS

SUPÉRIEUR

LANGUE FRANÇAISE. — Directions. —le verl>e.

— Emploi des modes et des temps, suite. — Concordwiee

des temps du subjonctif a-^eo ceux de. l'indicatif et du

conditionnel. — Voir toutes les grammaires.— Nombreux

exercices, au tableau noir.

Exercices de reyision sur le nom et l'article, l'adjectif,

le pronom.

Exercices d'analyse logique; décomposer en propositions

des phrases choisies dans les dictées ou dans le livre

de lecture (exercices oraux). — C. D.

Dictée. — les inoMMuneiits Islstorlqiies en

France. — Les monuments historiques dont le sol de

la France est couvert font l'admiration et l'envie de

l'Europe savante. Aussi nombreux et plus variés que ceux

de quelques pays voisins, ils n'appartiennent pas seulement

à telle ou telle phase isolée de l'histoire, ils forment

une série complète et sans lacune ; depuis les Druides

jusqu'à nos jours, il n'est pas une époque mémorable de

l'art et de la civilisation qui n'ait laissé dans nos contrées

des monuments qui la représentent et l'expliquent. Ainsi,

à côté de tombeaux gaulois et de pierres celtiques, nous

avons des temples, des aqueducs, des amphithéâtres et

autres vestiges de la domination romaine qui peuvent le

disputer aux cliefs-d'œuvre de l'Italie : les temps de décadence

et de ténèbres nous ont aussi légué leur style

bâtard et dégradé ; mais lorsque le onzième et le deuxième

siècle ramènent en Occident la vie et la lumière, une

architecture nouvelle apparaît, qui revêt dans chacune

de nos provinces, une physionomie distincte, quoique

empreinte d'un caractère commun : mélange singulier de

l'ancien art des Romains, du goût et du caprice oriental,

des inspirations encore confuses du génie germaniqiie.

Cp genre d'architecture sert de transition aux merveilleuses

constructions gothiques qui, pendant les treizième,

quatorzième et quinzième siècles, se suivent sans interruption,

chaque jour plus légères, plus hardies, plus

ornées, jusqu'à ce qu'enfin, succombant sous leur propi'e

richesse elles s'affaissent, s?alourdissent et finissent par

der la place à la grâce élégante, msi? passagère, de la

Renaissance. Tel est le sppctacle que présente cet admirable

enchaînement de nos antiquités nationales et qui fait

de notre sol un si précieux objet de recherchas et d'études.

GDIZOT.

Explications. — Monuments histiriques : ifionuments

dpnt il est parlé dans ïhUtoire. — L'Europe savante ; les

savants de l'Europe ; expression figurée. Plus nombi'eux

et plus variés que ceiix de quelques pays voisins : les

moniiments de l'Allemagne ne forment guère que deux

grandes catégories : édifices féodaux et cathédrales gotliiqites

(celle de Worms, celle de Cologne, etc.) ; ceux de

l'Italie, pour la plupart magnifiques, datent principalement

de l'époque romaine de la Renaissance; l'Espagne a des

monastères, des églises chrétiennes et des spécimens de

l'architecture mauresque. Nommer quelques-mis des monuments

remarquables, de l'Italie et de l'Espagne (à Rome :

le cotisée, la colonie Trajane, les ruines de divers temples ;

kl basiliqiie de Saint-Pierre, te Vatican, le Quirinal, etc. ;

» Pise : la Tour peiichée, le Campo-Sanio ; à Milsn : je

Dôme; etc., etc. ; à Cordoue : la mosquée ; à géville : l'Alcazar;

à Grenade : l'Alhambra; près de Madrid : l'Escurial;

etc.). — Telle ou telle phase : le sens propre du

mot phases est : apparences diverses de la lune et de

quelques autres astres, suivant la manière dont ils reçois

vent la lumière du soleil ; au figuré, on appelle phases des

cliangements successifs qui interviennent daps certaines

choses. — Us forment u,ne série complète : leurs caractères

différents marquent d'une manière précise la succession

des âges. — Lacune : solution de continuité, interruption.

— Mémorable : digne de conserver une grande place dans

nos souvenirs. — Pas une époque mémorable de l'art et

de la civilisation : indiquer quelques-unes de ces époques

importantes (l'époque romaine, l'époque féodale, le treizième

siècle, la Renaisstjnce, le. siècle de Louis XIY, etc.),

— Et l'expliquent : et en montrent le caractère. Ainsi,

par exemple, les édifices gallo-romains signifient la puissance

des Césars; les châteaux forts synbolisent les

défiances et les discordes des temps féodaux; le style

gothique est l'emblème de la piété ardente des populations

du moyen âge. — Tombeaux gaulois ; ces tomlieaux,

nommés aussi tumuli (au singulier : tumulus], sont des

tertres ou cônes de terre; quelques-uns, désignés sous le

nom de cairn, sont des amas de piçrres. — Pierres celtiques

: ces pierres (men-hir ou pierre longue ; peul-van,

pilier de pierre; dol-men, pierre levée ou table de pierre;

crom-lekk, pierre de Groni ou â'Eésus. etc.) ne méritent

peut-être pa.n la qualilieation de celtiques ou celle de

druidiques, qu'on leiu' donne communément. On a trouvé,

en divers lieux do l'Europe et de l'Asie, des monuments

semblables à ceux de l'ancienne Gaule; ils semblent appartenir

à l'époque primitive que les savants nomment l'âge

de pierre. Notre Bretagne possède encore un grand nomhre

de ces pierres (alignements de GarasiC. dolmens et menhirs

de Lok'Maria-Ke.r, de la lande du Ilaut-Brien, etc.).—

Des temples : entre autres, celui d'Auguste et de Livie', à

Vienne; celui de Diane, à Autun; la Maison-Cai-rée de

Kîmes, etc. — Des aqueducs : par exemple, le fameux

•pont du Gard. — Des amphithéâtres : les arènes d'Arles,

de iSîmes, etc. — Les temps de décadence et de ténèbres :

les époques où l'esprit humain se trouva pour ainsi dire

plongé dans une nuit profonde (temps mérovingiens;

neuvième et dixième siècles). — Leur style bâtard ; l'architecture

romane, faible dérivation de l'art romain. —

Ramènent la lumière : répandent une certaine clarté dans

les intelligences. — Physionomie : au propre, expression

du visage; caractère, aspect. Remarquer la racine grecque

phys, natui'e (la nature morale, le caractère, l'esprit de

quelqu'un étant exprimés, dit-on, par la physionofuie de

cette personne). Rapprocber physique, physiologie, etc.

— Les merveilleuses constructions gothiques : citer quelques-unes

des producticjns les plus remarquables de cet

ordre ai'cliilectural, improprement qualifié de gothique'^

(NotrC'-Dame de Paris, la Sainte-Chapelle, les cathédrales

d'Amiens, de Rouen, de Laon, etc., etc.). -- La grâce élégante

de la Renaissance : les principaux monuments de

la Renaissance, en notre pays? (les châteaux de BloiSi de

Ghambord, de Fontainebleau; les Tuileries, le Louvre de

Pierre Lescot, etc.). — Antiquités : comment appellet-on

la science qui a pour objet l'étude des monuments

antiques ? {archéologie : littéralement, science (le ce qui

est ançien). ^ L. T.

Sujets de jsomposition française. —I. la houille.

— Sommaire. — Ce que c'est que la houille. — Où on la

trouve. — De quoi elle se compose. — D'oii eUe provient.

— Comment on l'extrait. — Ses usages. — Quels sont les,

pays du monde qui fournissent le plus de houille. Les'

principaux bassins hoiiillers. de la France.

Sujet traité. La houille,, vulgairement appelée charbon

de terre, est une substance minérale, qui se trouve

par couches superposées dans le sein de la terre. Elle se

compose de charbon, de bituma, et d'une petite> quantité

de matières terreuses. Elle provient de -végétaux que les.

révolutions du globe ont enfouis par masses considérables,

il y a un grand nombre de siècles. Pour extraire

la houille, on creuse dans les terrains qui en contiennent

des puits, souvent très profonds, et des. galeries horizontales

appelées galeries d'exploitation.' •

Arrivés au milieu dos couches do houille, les mineurs

détachent celle-ci à l'aide d'outils spéciaux, la conduisent

jusqu'aux puits d'extraction dans des wagonnets qui roulent

sur un chemin de fer et la montent à l'orifice des

puits dans des bennes ou chariots.

La houille sert à nous chauffer et à faire cuire nos

aliments. Elle est surtout très usitée comme combustible

dans la plupart des industries. On en extrait le gaî

•1. Epouse d'Auguste.

2. Car le^ GotUs n'ont pa? eu d'îrcJùteçtHre spéciale.


PARTIE SCOLAIRE. 139-

(l'éclairage, le coke,, le goudron, etc. Gjtons,. patmi les

pays du monde qui fournissent,acUiellemeutr le^plus de

liouille : l'Angleterre,, les lîjats-Unis,. l'Allemagne, la,

Francci la Belgique et l'Autriclie-IIongrie..

Les principaux bassins-,Itouillers . de; notre pays sont

ceux de Valenciennesiet d'Anzia (Nord), de Saint-Etienne

(Loire), d'Epinac et, de Blanzy (Sa/jneiet-Loire), d'Alais

(Gard), de Commentry (Allier).

Paris, Cours supérieur,. (Corrigé du sujet. propos,é, fait

au tableau noir; par leg, élèyes, sous,la .direction

maître.)

II. {Ecoles de filUs). — Coxiuiien.t préparert-aaithé'î.

— Le thé, est une excellente boisson hygiénique

quand il est bien ,préparé,, aussi la ménagère doitelle

apporter le plus grand soin à la confectionner, ,

Klle n'emploiera que, du thé de première qualité, choisi

daus les thés noirs mélangés, parce que ceux-ci conviennent

à tous-les,tempéraments, tandis que le thé vert est

un excitant;trop actif poiur Ies,per.s0nnes;nei'veu5es.

Il faut environ un.e cuillerée à. café, de thé pour faire

une tasse de cette:boisson.

Après s'être assuré qi,ie. l'eau qu'on, emploie est bien,

Clti-éeet sans aucun goût, on la verse, bouillante dans la

théière, avant d'y introduire le thé? On jette ensuite cette

eau, puis, aussitôt, on met le thé, ^t on ferme la théière..

La vapeur humide.et chaude, qui se. trouve dans celle-ci

force la plante à rendre ,son, ar.ome. Au bout d'un instant,,

on pourra jeter un peu d^eau .bouillante sur le thé, et on.

le laissera infuser ainsi pendant cinq piinutes environ ayant

de remplir la théière de cette même eau bouillante. Apres

huit ou diximinutes d'infusion, .on sert le. thé dans des.

tasses tiédies au préalable par un bain d'eau chaude.

A. Ei (Cours complémentaire.).

III. te papîer. — Sommaire. —^ Avec quoi et comment

fabriquera-t-on le papier? — Différentes, sortes dé

papier. — Principaux usages du papier. {Certificat

d'études primaires^.]

HISTOIRE. — Programme. — 1. Revision des,matières

étudiées- précédemment. — II. Conquête de l'Angleterre

pan les Normands.,Première période^ de«la hitie

du Sacerdoce et de l'Empire : la Querelle des Investitures.

La premiÈi"e,croi.sade. — Voir, pour plus de;détails,

dans le n°30 àwManuel.généralàs

d'histoire -universelle.

du

1885, nos ,programmes

Lectures. — Bataille dlUastings. — L'invasion

prenant ainsi, le caractère d',une croisade, une. foule

d'hommes d'armes, affluèrent de toute l'Europe près, de

Guillaume. 11 en.vint de.la Flandre et du.Ehin, de la Bourgogne.,.

du.Piémont. et.de l'Aquitaine, Les Normands, au

contraire, hésitaient à aider leur seigneur dans une entreprise

hasardeuse.dont le.succès.poxivait faire de.leur.pays;

une province de l'AngleteiTe. La Normandie était,, d^ail-.

leurs, menacée par Conau,. duc de Bretagne. Ce.jeune

homme avait adressié à, Guillaume le plus outrageant déli.

Toute la Bretagne s'était mise en. mouvement comme'

pour conquérir la. Normandie pendant que celle-ci allait,

conquérir. l'Angleterre. Conan,amenant une.grande armée,

entra , solennellfiment en Normandie, jeune, plein de conr

fiance, et.sonnant du,coi', comme, pour appeler l'ennemi,

Mais, pendant qu'il sonnait, les forces lui manquèrent

peu à peu, il laissa aller les rênes :,le cor était empoisonné.

Cette. mort.viiit à point pour Guillaumeo elle le

tira d'un graniî. embarras.; une foule.'de Byetons.prirent

parti dans ses troupes, au lieu de l'attaquer, etle.suivirent

en. Angleterre.

Le succès de Guillaume devenait alors presque certain.,

tes Saxons étaient divisés. Le, frère même, de Harold

appela les Normands, puis-les Danois, qui, , en elfet, attaquèrent

l'Angleterre, par le nord, tandis que Guillaume

l'envahissait par, le midi. La brusque, attaque des Danois

tut aisément repoussée par Harold, qui les tailla en

pièces. Colle de Guillaume fut lente; le, vent lui;manqua

longtemps. Mais l'Angleterre,, ne. pouvait, lui échapper.

J'abord les Normands, avaient sur leurs ennemis'une

i. Chazellcs-sur-Lyon (Loire). Commtmiqué par M. Leydier;

inslilnUJ.ni' à

grande supériorité d'armes et de discipline; les Saxons,

combattaient à pied ,-avec de courtes lances. Depuis long-,

temps Guillaume faisait; acheter les plus beaux chevaux

en Espagne, en Gascogne et en Auvergne ; c'est peut-être

lui qui a créé ainsi la, bel.le et forteirace de nos chevaux

normands. Les Saxons ne:bâ(issaient point de châteaux;

ainsi, une.bafaille perdue, tout était perdu, ils nerpouvaieni

guère-.plus se. détendre,; et .cette bataille, il était probablf

qu'ils la, perdraient, combattant dans, un pays de plaini

contre une excellente cavalerie.,Une flotte seule.pouvaii.

défendre l'Angleterre; mais celle d'IIarold était si maE;

approvisionnée qu'après avoir croisé quelque-temps dans!

la iSIanche, elle fut obligée dè rentrer, pour -prendre des,

vivres.

'

Guillaume- débarqué, à Hastings, ne rencontra, pas plus

d'armée, que de flotte. Harold était alors à l'autre b.out de,

l'Angleterre, occupé de repousser le? Danois, Il revint,

enfin avec des troupes victorieuses, mais fatiguées, dimir.

nuées, et, dit-on, mécontentes de la parcimonie avec laquelle

il,avait partagé: le butin. Lui-rmême;était blessé.

Cependant le Normand ne se hâta point encore. Il chargea;

un moine d'aller dire au Saxon qu'il se contenterait de

partager le royaume avec lui : « S'il s'obstine, ajouta

Guillaume, à ne point prendre ce que je lui offre, vous

lui direz, devani tous ses gens, qu'il est parjure et menteur,

que lui et tous ceux qui le soutiendront sont excommuniés

de la bouche du pape, et que j'en ai la bulle, » Ce

message produisit son effet. Les Saxons doutèrent dejeur'

cause. Les trères même d'Ha-rold-T'engagèrent à ne-pas

combattre de sa personne, puisque après tout, disaient^,

il?, il avait juré.

Les Normands employèrent la nuit- à-se confesser dévotement,

tandis que les Saxons buvaient, faisaient grand

bi'uit et chantaient .leurs chants• nationaux. Le matin,

l'évêque dé Bayeux, iErère de Guillaume, célébra la messe'

etbéïiit les troupes, armé d'un haubert sous-son rochet;

Guillaume lui-même tenait suspendues à.son- col les plus

révérées dès reliques sur lèsquellès Harold avait'juréi et:

faisait porter près de lui l'étendard béni par-le pape.

D'abord les- Anglo-Saxons; retranchés derrière des paliésades,

restèrent sous-les flèches des archers de Guillaume,

immobiles et impassibles. Quoique Harold eût l'œil'

crevé d'une flèche, les-NormandS eurent- d'-abord le des-^

sous. La terreur gagnait parmi-eux, le bruit-courait que

le - duc-était tué.; il est vrai qu'il eut dijns .cette bataille-:

trois chevaux- tués sous lui. Mais il se montra, se jet-a

devant'les fuyards et-les arrêta. L'avantage des Saxons fût'

justement'ce qui les perdit. Ils descendirent- en plaine^

et la cavalerie normande reprit le dessus. Les lances prévaltirent

sur les haches. Les redoutes furent enfoncées..

Tout fut tué ou se dispersa (1066) i

Sur la colline où la vieille Angleterre avait péri avec' le •

dernier roi saxon, Guillaume bâtit une belle ; et riche -

abbaye : l'abbaye de la Bataille, selon le vœu qu'il avait

fait à saint Martin, patron des soldats de la Gaule. On y

lisait naguère encore les noms des conquérants gravés

sur des- tables; c'est le Livre d'or de la noblesse d'Angleterre.

Harold fut enterré par. les. moines sur cette; collinei,.

en face de la mer. « Il gardait la côte, dit GuiHaume,,

qu'il la,garde; encorei » — MIÇIIJÎLET, Histoire de, France...

Explications. — Guillaume : d'ab'ord surnommé le

Bâtard, puis le Conquérant; il succéda en 103-i à son

père Robert le Diable ou le Magnifique, comme duc de

Normandie. Il régna sur l'Angleterre de 1P66 à 1087 sous

le nom de Guillaume:!". — L'invasion prenait le caractère

d'ime croisade- : Guillaume avait' obtenu du, pape

Alexandre Il'l'autorisation de conquérir le pays- des-Anglo-

Saxons: — Conan ; plusieurs ducs de Bretagne se sont;

ainsi nommés.— Harold : fils du c.omte Godwin et frèred'Edith,

femme dii dernier roi Edouard le Confesseur.

Celui-ci avait régné dè 1042.'à 1000. Quelque temps avant

la mort de ce prince, Harold, jeté par un naufrage sur

les côtes de Normandie, s'était vu contraint de jurer à

Gtiillaume qu'il l'aiderait à conquérir l'Angleterre. Il accepta

néanmoins la couronne, que lui décernèrent les

Anglo-Saxons. Mais le Normand le déclara parjure et se

prépara dès lors à envahir la Grande-Bretagne. — Le

frère de Harold : Tostig. — Appela les Danois : ce n'était

pas la première fois que les Scandinaves apparaissaient

en Angleterre. Ces peuples avaient même failli s'emparer

cln/iintivAi-noiif rfn tpi'i'itnir^i nno-l.-H.q. PI nsîP.nrRi dfi • Ifinriî


124 MANUEL GÉNÉRAL DE L'IINSTKUCTION PRIMAIRE.

rois, entre autres Suénon et le célèbre Garnit II, dit le

Grand^ avaient régné sur les bords de la Tamise.—

Hasiings : petit port de la côte de la Manche (coinlé de

Susses). — Haubert : cotte de mailles (iiii couvrait la

poitrine, la gorfïe et les bras et descendait au-dessous

de la ceinture. — Rocket : surplis à manches étroites que

portaient les évêques et divers autres ecclésiastiques. —

.4 son col : à son con. — Les plus re'vériies des reliques

sur lesquelles Ilarold avait juré : celui-ci, en effet, avait

iuré sur un amas considérable d'ossements de saints

réunis, d'après l'ordre de Guillaume, dans une grande

cuve et cachés sous un drap. Grâce à cette ruse du Normand,

le parjure d'Harold devenait, aux yeux de l'Eglise,

un crime irrémissible. — Le livre d'or : livre sur lequel

se faisaient inscrire, dès lage de vinf;t-cinq ans, les jeunes

Yéniliens qui coniplaient ou avaient compté parmi leurs

parents des membres du Grand-Conseil

liguraient 480 nobles).

(assemblée où

Devoirs : 1° Raconter, d'après le récit de Michelet, la

bataille d'Hastings. — L. T.

GÉOGRAPHIE. — Programme. — la France

(suite). — Anciennes -provinces et départements qu'elles

ont formés. — I. Roussillon; Savoie: Dauphiné. —

II. Comté de iSice ; comtat Venaissin; Provence. — Voir,

pour plus de détails, dans le Manuel général de ISSl-S'i

et dans celui de 1882-83, nos programmes de géographie

du cours supérieur.

Lectures. — te itaiiphiné. — I. Le Dauphiné est la

plus belle partie de la France; il l'emporte de beaucoup

sur le Jura et sur les Pyrénées; il l'emporte même sur

l'Auvergne et le Velay. Il possède une grande vallée et des

gorges que la Suisse elle-même pourrait lui envier; quelques-uns

de ses glaciers étonnent par leur magnificence

et par leur étendue les touristes qui reviennent de l'Oberland

bernois et de Chamonix. Si les versants de ses montagnes

sont parfois trop arides, trop dépouillés, les forêis

qu'ils ont heureusement conservées peuvent encore montrer

des arbres merveilleux de force, d'élévation, de

couleur: il donne naissance à de grandes rivières, dont

les affluents forment dans leurs vallées d'admirables cascades;

ses eaux minérales guériss- nt un grand nombre

de maladies. Le poisson et le gibier y abondent. Son sol

recèle des mines qui enrichiront, un jour, une population

plus industrieuse et plus éclairée. Ses principales sommités

présentent à ceux qui les gravissent d'immenses et

splendides panoramas. Son ciel a parfois déjà les teintes

chaudes de latitudes plus méridionales.— (A. JOAN.NE, dans

le Tour du monde -.)

Explications. — Dauphiné : l'origine du titre de dauphin-',

qu'ont porté les fils aines des rois de France, date

tortueuses et sombres, et la nouvelle ville, où se trouvent

de l'acquisition du Dauphiné (1349). — Velay : partie du

la belle promenade dite de la Canebi'ere, le Cours Belzunce,

etc. Les principaux monuments de Marseill; sont :

Languedoc qui avait pour chef-lieu Le Pmj (ilaute-Loire).

Le Velay est l'une des parties les plus pittoresques de la

la calhédrale, l'église Saint-Victor, reste d'une antique

France. — Oberland (c'est-à-dire terre haute : contrée de

et fameuse abbaye, le Grand-Théâtre, etc. Marseille a vu

la Suisse couverte par les Alpes Bernoises et comprenant

naître : le sculpteur Pvget; Mascaron, orateur religieux;

les ma estueox Eommets de la Jungfrau (La Vierge), du

Adolphe Thiers, l'illustre homme d'Etat, et plusieurs

Finsler-Aar-Ilorn (où se trouvent les sources de l'iar,

autres personnages remarquables. Indiquer les princi

alfluent du Rhin et cours d'eau principal de l'ilelvétie),

paux événements historiques dont cette ville a été le

du Grindelwald (célèbre par son glacier), etc. — Chamonix

ou Chamounix : jolie ville située dans une vallée

théâtre (sièges de 1524 et de 1526; peste de 1720, dévouement

de l'évêqueBelzunce,elc.). — Deux grandes chaînes

que dcmne le illont-Blanc. — De couleur : la couleur

dominante est le vert foncé des sapins et des mélèzes. —

Ses eaux minérales : par exemple, celles a'AUevard et

à'Uriaç/e (Isère). — Son sol recèle des mines : les houillères

de la vallée du Drac (affluent de l'Isère) ; des mines

de plomb, de fVr, de nickel, d'antimoine, de cobalt (Allevard,

AUemont-en-Oysans, etc.). — Ses principales sommités

: le pic des Ecrins (plus de 4000») ; le

(5055"), le mont Olan '4214"), etc. — L. T.

Pclvoux

-1. Roi d'Angleterre, en 1010; souverain du Danemark et

de la -Noi wège; mort en 1030.

2. Publié à la librairie Hachette et Oie.

^ 3. L'un des seigneurs du Dauphiné avait pris ce titre

a cause du poisson qui surmontait son casque.

II. niarscille. — C'est en arrivant à Aix qu'on peut

se faire une idée de coite terre si belle dans son aridité

même. C'est en parvenant surlout aux dernières hauteurs

qui renferment i\larseille qu'on est saisi subitement d'un

speclacle magnifique, dont tous les voyageurs ont retenu

le souvenir. Deux grandes chaînes de rochers s'entr'ouvreut,

embrassant un vaste espace, et, se prolongeant

dans la mer, viennent expirer irés avant dans les flots :

!\Iarseille est renfermée dans celte enceinte.

Lorsque, arrivant du nord, on parvient sur la première

chaîne, on aperçoit tout à coup le bassin inunense, et son

étendue, son ébiouissaiite clarté vous saisissent d'abord ;

bientôt on est frappé de la forme du sol et de sa singulière

végétation. Il faut renoncer ici aux croupes arrondies,

à la parure si riclie et si verdoyante des bords de la

Saône et de la Garonne. Une masse immense de calcaire

et de grès nzuré forme la première enceinte. Des bancs

élevés s'en détachent, et, se ramifiant dans la plaine, composent

un sol inégal et extrêmement varié. Sur chaque

hauteur s'élèvent des bouquets de pins d'Italie, qui forment

d'élégants parasols d'im vert sombre et presque

noir. Des oliviers au vert pâle, à la taille moyenne, descendent

le long des coteaux et contrastent par leur pâleur

et leur petite masse arrondie avec la stature élancée et le

superbe dôme des pins. A leur pied croît une végétation

basse, épaisse et grisâtre. C'est la sauge piquante et le

thym odorant qui, foulés aux pieds, répandent un parfum

si doux«t si fort. Au centre du bassin, i\Iarseille, presque

cachée par un coteau long et fiiyant, se montre de prolil:

et la silhouette, tantôt cachée par la vapeur, tantôt apparaissant

entre les ondulations du sol, vient se terminer

dans l'azur des mers par la belle tour de Saint-Jean. Au

couchant, enfin, s'étend la Méditerranée, qui pousse dans

les ferres des lames argentées ; la Méditerranée, avec les

îles de Pomègue et de Ratoneau, avec le,château d'If,

avec les flots tantôt calmes ou agités, éclatants ou sombres.

— (A. TIIIEES, le Midi de la France.)

Explications. — Aix : anciennement Aquœ-Sextitc,

ainsi nommée parce qu'elle fut bâtie auprès d'une source

d'eau minérale par le consul Sextius (123 av. J.-C.). Archevêché;

cour d'appel; académie. Patrie du botaniste

Tournefort, du peintre Vanloo et du moraliste Vauvenarguei

(dix-liuitième siècle). Aix a été la capitale de la

Provence. — Marseille : l'ancienne Massilia, fondée,

dit-on, par des Phocéens, vers l'an OOO av. J. C. (La légende

du mariage d'Eirrène et de la fdie de Nann, chef des

Ségobriges?). Marseille? est la troisième ville de France

pour la population et noire premier port de commerce.

Elle entretient des relations très actives avec toutes les

parties du monde et spécialement avec le Levant, l'Italie,

l'Afrique septentrionale et occidentale, l'Inde, l'extrême

Orient, l'Amérique, l'Espagne, l'Angleterre et la Hollande.

Elle possède des fabriques de savon renommées, des ralfineries,

des fonderies, des ateliers de construction navale.

On dislingue à Marseille : la vieille ville, avec des rues

de rochers : dernières ramifications des Alpes de Provence.

Ces montagnes prennent successivement divers

noms : Eslerel (Var), Monts des Maures et Alpines

(Bouches-du-Rliône). — Calcaire^ : pierre ou craie. —.

Des oliviers : lliuile d'olive est l'une des principales productions

de la Provence. — Sauge : plante médicinale

et aromatique dont les usages sont analogues à ceux île la

lavande et du romarin. — Château d'ff : ce château,

situé dans une petite île, a longtemps servi de prison

d'Etat; jl a été bâti en 1529.

Devoirs : 1° Carte des anciennes provinces comprises

dans le bassin du Rhône et des départements qu'elles ont

1. Cale est la racine du mot calcium, métal de la chaux.

Rapprocher calciner.


PARTIE SCOLAIRE. 139-

formés. 2° ])escription succincte de la Provence et du

Dauphiné. — L. T.

INSTRUCTION CIVIQUE. — Directions.— Kotîons


MANUEL GÉNÉRAL DE L'INSTRUCTION

PRIMAIRE.

Le pi-ix'de vente du mètre est 12250' :'800'=-122',50 : S

= lo',512o.

4. Un père, en mourant, laisse '14'700' à chacun de ses

entants. L'un d'eux vient à mourir et sa part eèt divisée

entre les survivants. Sachant que chacun d'eux possède

alors 19 600', trouver le montant du bien du père et le

nombre des enfants

Solution. Lapartlaissée parl'énfantaécédèctaitdé'i4'700'.

Le partage de cette somme entre les survivants augtnente

'la part de chacun de 19 600- — l 'i'TOO = 4900'.

Le nonlbre 'des survivants'est indiqué par le quotient

U700 : 4900 r= 3.

Le nombre des enfants était donc 4.

La fortune du père s'élevait à 14 700' X 4 = 38 800' ou

d9 600' X 3 = 58 800'.

5. Un ouvrier calcule que pendant'le mois d'octobre, il

a dépensé en moyenne 5',70 par Jour pour sa nourriture

et son entretien; il a payé 30' pour son loyer et il a pu

économiser 11',30. Dites : 1° combien il a gagné par jour,

sachant qu'il a travaillé '26 .jours '-.

Solution. Il a gagné en 20 jours

(5'.70x 51) + 30' + 11',50=114',70H-50'+H',50 = 136'.

Il a gagné par jour 156' : 20 = 6 francs.

G. On vend 12 Hectolitres et demi deblé'pesant chacun

76 Kilog., à raison de 28',75 le.quinlal, en faisant un gain

de 13 p. 100. Combien avait-on acheté chaque Iloctolitre

1. Canton de Nocé (Orne). 27 ,iuin 1885.

2. Paris. Compositions générales du 21 novembre 1SS5.

5. Certificat d'études primaires.

Solutidn. 28',75 esl^ le prix'd'achàt du quintal, aUgmeiiU;

de ses 0,15, c'est-à-dire multiplié par 1,13.

Le quintal avait donc été payé 28',75 :1,13 = 25',44.

Et l'Hectolitre de 76 Kg. ou 0';76 revenait à 25',44x0,7lî

= '19',334.

'î. Un bassin à'base rectangulaire a 2"°,95 de large sur

4°,25 de long. On y verse 55 fois l'eau contenue dans un

tonneau dont la capacité est de 3ffl,25. Quelle hauteur

cette eau àtteindra-t-elle dans le bassin '?

Solution. La masse d'eau aura la forme d'Un parallélépipède

dont la base mesurera 2'",95x4'»,25 = 12»2,537'g.

Et dont le volume sera 5111,2OX 55=113"1,'?O=11'»=,5Ï5.

"Le volume étant égal au produit de k base par la hauteur,

on trouve ici

hauteur de l'eau 11^575 :12,5375 = 0",907 environ.

SYSTÈME MÉTRIQUE. - Programme. - Poids

spéci«*iimesi (suite). — Poids de l'eau pure. — Calcul

du poiUs d'un corps;.de son poids spécifique, de son volume.

11 serait bon que les-élèves retinssent de mémoire, au

moins en chiffres ronds, les poids spécifiques des principaux

corps solides, liquides ou gazeux, et h'eussent

recours aux tablés (juele moins souvent possible. Cômbieii

d'entre- eux n'ont pasda moindre notion de ces poids qu'ils

fontintervenir mécaniquement dans leurs calculsde chaque

jour! ^ S. MIIIIE.

1. Orne. Canton du Theil. 1885.

GÉOMÉTRIE. — Directions et exercices.

CONSTRUCTION DE TRIANGLES (Suite).

PEOBLÈHB I. Construire un triangle connaisiM.nt deux

•côtes & et h et la hauteur h qui tombe sur l'un deux.

Solution. Sur une droite indéfinie 'XY (fig. 40) on prend

une ligne EC égale au côté a; on lui mène nue parallèle

EF à la distance A, puis, duipoint C comme centre, avec le

côté h pour ràyoii, on décrit un arc de cercle; il rencontre

généralement lîF en deux points A et A' qui sont

les sommets des triangles

ABC et A'BC

satisfaisant aux conditions de l'énoncé. Ces deux triangles

ne sont pas sujjérposables, et le problème admet deux

solutions.

Fig. .10.

RKîiAnQUE iMPbniASTE. On voit, par ces exertiples, que si

l'on donne trois éléments quelcon(iues d'un triangle, tantôt

il y a'une figure unique, tantôt deux figures distiinctes

satisfaisant aux conditions de l'énoncé. Slais îl n'y a

qu'un seul triangle possible lorsque l'on donne

1° Deux côtés'et l'angle'compris;

2° Un côté et les angles;

3" Les trois côtés ;

et de ces constructions résultent les trois cas d'égalité des

triangles :

1" Deux triangles sont égaux lorsqu'ils ont un angle

égal compris entre deux côtés égaux chacun à chacun.

2» Lorsqu'ils ont un côté éyat adjacent à deux angles

égaux chacun à chacun.

Lorsqu'ils ont les trois côtés égaux.

Ces trois cas d'égalité sont très importants et très utiles.

En général, lorsqia'on veut prouver que, dans une figure,

deux lignes ou deux angles sont égaux, on cherche à

trouver sur la ligure deux triangles dont ces lîgnes ou

ces angles font partie, et l'on cherche à démontrer l'égalité

de ces triangles en s'appuyant sur les trois cas

d'égalité qui précédent.

MESURE DES ANGLES INSCUITS DASS UN SEGMENT DE CEIICLE.

DÉFINITION. Un angle est hiscril dans un cercle lorsque

son sommet est sur la circonférence.

l'aorosiTTo.v II. Si, Iransporlanl un aMjlc inscrit pàrat-


PiaflE SCOLAIK! -m

Ulement à lui-mime, on mnène son sommet au centre du

cerc.le, il cmnjyremlra entre ses côtés un arc moitié de

celui qu'il interceptait primitivement.

Démonstration. 1° Soit d'abord l'angle inscrit BAD

(fig. il) dont le côté AD est un diamètre; menons le

diamèli-e EE' parallèle au second côté AB ; les angles BAI)

et EOI> sont égaux comme correspondants et l'on peut

dire que l'on obtient l'angle EOD en transportant l'angle A

parallèlement à 1-ui-même au centre du cercle; je dis que

arc Bl) = 2 ares ED.

En effet, l'on a . :

BD = BE + ED ;

BE = AE' = ED,

donc

BD = 2ED.

2» Considérons le cas où l'angle inscrit BAC (fig. 63)

comprend le centre entre ses deux côtés; si nous le transportons

au centre parallèlement à lui-même, nous aurons

l'angle EOF et il est facile de \oir que

arc BEDFG = 2 arasEDF.

En effet, traçant le' diamètre OA, l'on a, d'après ce qui

précède,

BED = 2EB

DfC = 2DF

et, en ajoutant,

BEDFC = 2EDF.

Kg.

5° Si. les côtés de l'angle inscrit sont situés du même

côté du centre, après l'avoir transporté au centre en EOF,

on aura encore

arc B:C = 2 arcs EF.

En effet, en menant le diamètre AO, l'on a

BD — 2ED

CD = 2FD

et, en retranchant ces égalités membre à membre,

BC = 2EF.

REMAEQUE. On énonce souvent cette proposition d'iine

manière plus concise en disant :

f/re angle inscrit a pour mesure la moitié de l'arc

compris entre ses côtés.

L'exemple suivant montre ce qu'il faut entendre par

cette phrase : supposons que l'angle inscrit BAC intercepte

sur la circonférence un angle de 140° ; l'angle au

cenlre EOF comprendra entre .ses côtés un arc de 70° et

nous aurons

700

E0F = B0C-1^'X^. .

7

ainsi l'angle BOC sera les g d'un angle droit.

CossÉauEscE I. Tous les angles inscrits dans le même

fegment de cercle sont é(/aux.

Ainsi (fig. 43) l'angle liîlC, qui s'appuie sur la corde BC

et dont le sommet est en un point quelconque M de l'arc

BMC, reste toujours le même quel que soit le point M. En

effet, si par le centre on menait des parallèles à ses côtés.

Fig. 43. Fig. n.

l'angle au contre obtenu aurait toujours poiu' mesure la

moitié dfi V.-ii-c. — E. R.

AGRICULTURE ET HORTICULTURE. — Production

foUrraffcre. — Prairies. — Les plantes fourragères

sont colles qui servent exclusivement à la nourriture

des animaux domestiques.

Les plantes fourragères sont vivaces ou annuelles. On

récolte celles qui sont vivaces sur des surfaces d'une

étendue variable qu'on appelle prairies. Quant à celles

qui sont annuelles, on les sème et les récolte sur les

terres arables.

La nature et la valeur des plantes fourragères varient

clans de très grandes proportions. Là, plupart ont besoin

à la fois de chaleur et d'iiumidité pour que la production

soit abondante.

L'origine de la prairie est facile à comprendre. Tout

terrain abandonné à lui-même se couvre spontanément

de plantes herbacées dont la vigueur et la nature varient

suivant la nature du sol :et le climat.

Ces plantes appartiennent à un grand nombre d'espèces;

elles forment par l'enchevêtrement de leurs tiges ce que

l'on appelle le ga^ion ou herbe des prairies.

La prairie naturelle ou permanente est celle dont l'ensemencement

résulte de la dissémination naturelle des

graines des plantes, ou celle qui a été faite par le cultivateur

pour durer pendant un grand nombre d'années.

La prairie temporaire, à laquelle on donne aussi le

nom de prairie artificielle, est celle qui est créée directement

par le cultivateur, pour ne durer que pendant un'

petit nombre d'années.

Ri l'herbe de la prairie naturelle est mangée sur place

par les bestiaux, la prairie reçoit le nom de pâturage ou

d'herbage. Si l'on fauche l'herbe pour la conserver à l'état

sec, c'est-à-dire la convertir en foin, on a une prairie

proprement dite.

Chaque nature de terrain se couvre d'une végétation

qui lui est propre ; c'est cette végétation spontanée qui

forme le fond des prairies naturelles. Celles-ci ne sont

jamais formées par une seule espèce de plantes.; elles

sont constituées par des mélanges, en proportions variables,

de plantes herbacées appartenant à un grand nombre

de familles nal.urelles, mais parmi lesquelles les

graminées et les légumineuses entrent pour la plus grande

part.

Ces plantes ont des qualités nutritives très diverses.

Suivant que les unes ou les autres prédominent dans les

prairies, elles donnent leurs qualités ou leurs défauts à

"l'ensemble du fourrage. On peut les classer en groupes,

d'après la nature des terrains dans lesquels elles poussent

le mieux.

Par exemple, dans les terrains humides, où l'eau est

souvent en excès, on voit prédominer les plantes les plus

grossières, fétuques, joncs, earex, etc. ; — dans les terrains

frais, les principales plantes des prairies sont les

pûturins, les fléoles, les agrostides, la houlque, la canche

; — dans les terrains secs, on rencontre surtout

plusieurs espèces de fétuques, de brome, lé fromcntale,

le dactyle, le trèfle.

Les plantes variées qui forment une prairie naturelle

n'arrivent pas ensemble au degré de maturité nécessaire

soit pour la pâture, soit pour la fauchdison.

Une prairie est d'autant meilleure que le plus grand

nombre des plantes qui la forment passent à peu près

en même temps par les diverses phases de leur végétation.

,

Le cultivateur doit tenir compte de ces conditions

•lorsqu'il sème des graines en vue de former une prairie

permanente.

Pour créer une prairie, on peut suivi'e plusieurs méthodes.

liais, dans tous les cas, il faut commencer par

niveler le terrain, le débarrasser des chardons et des

arbustes, Yameiddir par le labour, avant de lui confier

les graines des plantes qui constitueront la prairie.

Beaucoup de cultivateurs se contentent, pour semences,

des balayiires des greniers à foin, qui sont en grande

partie constituées par des graines de plantes des prairies.

Pour obtenir un produit plus rapide et plus sûr, il convient

d'avoir recours à des semailles directes de mélanges

de graines. . .

•Voici un exemple de ces me'/ffHjfes formant la quantité

de araines nécessaires pour semer un hectare : raygrass,

15 kilogrammes ; fétuque des prés, 3 ; vulpain des prés, 3;

fléolo, 3; houlnue, 2; agrostide traçante 2; dactyle,!;

n-Ari,^ nrriiiiniiv.. /(. : trèfle blanc. 5 ; trèfle hybride, 2


128 MANUEL GÉNÉRAL DE L'INSTRDCTION PRIMAIRE.

méliot, 1. — On réunit à part les grosses graines el IPS

petites graines que l'on sème sépnrément; c'est la meilleure

manière de faire des semailles régulières.

C'est à \automne qu'il convient de faire les semailles

pour créer des prairies. On recouvre la .semence par un

coup herse. Au printemps, on coupe les premières

pousses, puis on fait si la prairie a pris assez de

vigueur pour que l'on n'ait pas à craindre que la dent

des animaux arrache la jeune herbe.

Quant aux soins clentreiien, ils varient suivant qu'il

s'agit de prairies à faucher ou de prairies à pâturer.

Pour les prairies fauchahles, les soins consistent à

pratiquer des sarclages, afin de détruire les plantes nuisibles.

surtout les charrions; à faire la chasse aux taupes

et à détruire les taupinières; à veiller sur les rigoles,

lorsque les prairies sont soumises à l'irrigation.

Pour les pâturages, il faut avoir les mômes soins; en

outre, il faut veiller à ce que les animaux ne détériorent

pas ; par exemple, si le sol est tellement humide que les

bêtes y impriment l'empreinte de leurs pas, il faut les

en éloigner temporairement.

Les meilleurs pâturages sont consacrés aux chevaux,

aux vaches ou aux bêtes bovines à l'engrais ; les autres

sont réservés aux moutons. Le plus souvent, on lais=e les

animaux naître en liberté ; mais si l'on n'a qu'une faible

étendue de pâture, il devient avantageux de faire pâturer

au piquet. Chaque animal est attaché par une corde à

un piquet fiché dans le sol, qu'on déplace chaque jour, de

telle sorte que la partie accessible soit seule pâturée.

Dans les prairies fauchées on appelle regain l'herbe

qui repousse après la fauchaison. Le regain est souvent

donné en pâture; certains agriculteurs le récoltent comme

•la première herbe; pour le transformer en foin.

Les prairies ne gardent leur fertilité qu'à la condition

de recevoir des engrais.

L'emploi des engrais est nécessaire pour accroître le

rendement, aussi bien que pour faire disparaître les plantes

nuisibles, en les étouffant sous une végétation plus

'vigoureuse.

Les pâturages reçoivent les déjections des animaux

qu'ils nourrissent, et, par conséquent, ils n'ont que rarement

besoin d'engrais.

Sur les prairies fauchées, on emploie du fumier, des

engrais liquides, des enqrais pulvérulents. C'est à la fin

de l'hiver, avant la pousse de l'herbe, qu'il faut répandre

les engrais sur les prairies.

Les engrais liquides qui conviennent le mieux pour les

prairies sont ; le -purin additionné d'eau, les eaux grasses,

les eaux vannes des usines.

Parmi les engrais pulvérulents, les composts bien consommés

produisent d'excellents résultats. Il en est de

même des tourteaux en poudre, du guano, de la poudrette.

Dans les terrains acides et dans celles qui sont

marécageuses, les phosphates fossiles ont d'excellents

effets ; ils font disparaître la mousse, les joncs et autres

plantes de la même nature'.

Le rendemement des prairies est très vaiiable. Si le

printemps est très sec, les prairies que l'on ne peut pas

arroser ne donnent presque rien ; s'il manque de chaleur

le résultat est le même. Le rendement varie aussi suivant

le sol, et suivant la nature des plantes qui forment

la prairie.

Le rendement des prairies soumises à un bon système

d'irrigation, sous le climat chaud du midi, est de 8000 à

10 000 kilogrammes de foin sec, par hectare, en trois ou

quatre coupes. Dans le centre de la France ,et dans les

mêmes conditions, le rendement est de 5000 à 0000 kilogrammes

Les très honnesprairies non irriguées sont celles dont

le rendement, atteint 5000 kilogrammes de foin. Les prairies

de qualité ordinaire donnent rarement au-dessus de

4000 kilogrammes. Les prairies médiocres sont celles dont

le rendement ne dépasse pas 2500 kilogrammes.

I,e foin a une densité très faible à l'état naturel, c'està-dire

il n'a qu'an poids peu considérable sous un très

gros volum':. Le mètre cube de foin bottelé ne ijèse pas

i. Pour la description de ces engrais, voir les Notions

d'agriculture et d'horticulture, par J. A. liarral et 11. Sagnier.

Cours moyen. — Librairie Hachette et Cie.

plus de 90 à 1'20 liilogrammes. C'est donc une denrée

d'un transport difficile.

Pour reniire plus facile le commerce du foin, on a imaginé

de le soumettre à une forte pression dans des appareils

spéciaux, qu'on appelle presses à fourrages. On

obtient ainsi des masses ou balles dont le poids atteint

de 300 à 400 kilogrammes par mètre cube.

Le foin pressé se conserve très bien pendant plusieurs

années, avec toute sa valeur primitive. — II. S.

MORALE. — Directions. — ta société. — La justice,

condition de tonte société.

« La justice, dit M. Paul lîourde, c'est l'harmonie établie

entre l'individu et la société; c'est le citoyen obtenant

la paix intérieure par l'accomplissement de ses devoirs,

la patrie jouissant de la concorde par l'honnêteté

de ses membres, et l'un et l'autre atteignant la plénitude

de la vie dans la pratique des vertus

« .\vec elle, il n'y a ni intérêt particulier, ni intérêt

social opposés l'un à l'autre et se contrariant réciproquement;

il n'y a qu'un intérêt commun auquel l'homme

juste participe dans la me.niro de ses forces; considérant

la société comme son milieu naturel, comme le seul où

il puisse vivre, il souffre de ce qui l'en éloigne comme

d'une atteinte à son intégrité; il sent qu'il se nuit quand

il nuit aux membres qui la composent ; il les aime comme

une condition de sa propre existence, et le moindre dommage

qu'il leur tait subir lui est un mal insupportable

à lui-même. Il ne désire et ne craint rien pour sa personne

qu'il ne désire et ne craigne aussi pour ses compagnons

; il ne se départ jamais de leur pensée ; en toutes

choses il a présent à l'esjjrit son caractère d'être sociable;

chacune de ses actions étant conforme aux lois de la

natui-e lui donne la joie de sentir qu'il accomplit sa destinée,

et faire le bien et le posséder deviennent pour lui

une seule et mêine chose.

« L'amour du prochain contifnt ainsi sa récompense :

il donne autant de joie à celui qui le ressent qu'à ceux qui

en sont l'objet, et il s'alimente de son propre fonds, parce

qu'il porte en lui, dans cette jouissance sans cesse renouvelée,

sa raison d'être et pour ainsi dire le principe de

sa vitalité.

« Etre juste, dit-on ordinairement, c'est rendre aux autres

ce qu'on leur doit; mais il faut observer que rendre

simplementles services qu'on a reçus c'est, pour ainsi dii-e,

ne pas les rendre tout entiers, et, par conséquent,ce n'est

pas être vraiment juste. Dans le service, en effet, il n'y a

pas seulement le concours qui nous est donné, il y a encore

la grâce qui nous est faite. Si le prix du concours peut

être évalué, il n'en est pas de même de celui de la grâce;

on ne saurait la payer autrement que par la gratitude,

qui est une lorme de l'amour.

« Rendre simplement les services qu'on a reçus n'est

donc que de la légalité parce que la loi ne commande

point les sentiments; mais les rendre et en rester reconnaissant

à celui qui les a rendus, voilà vraiment la justice.

C'est pourquoi cette vertu a i)0ur objet l'amour de nos

semblables, dont nous empruntons sans cesse le concours.

Puisque nous ne pouvons vivre hors de la société, tout

acte d'égoï.-:me. c'est-à-dire tout acte qui lui est nuisible,

est un acte injuste, parce que c'est un acte d'ingratitude.

Ce qui nous est indispensable est comme une partie de

nous-mêmes, puisque nous n'existerions point si nous en

étions privés; or nos semblables nous étant indispensables,

nous devons les aimer comme nous-mêmes, considérer

leurs intérêts comme communs avec les nôtres

et agir en conséquence; c'est-à-dire, nous abstenir de

ce qui peut leur nuire et faire ce qui peut leur être

utile''. »

Le maître ajoutera à ces développements quelques

exemples concrets et s'assurera par des interrogations

(lue les enfants ont compris ce que c'est que l'idée de

justice dans ses rapports avec 1» société et aussi la distinction

qu'il y a lieu do faire entre la stricte légalité et

l'idée morale de la justice. — C. D.

Le Patriote, 1 vol in-Ifl, broché, 5 fr. 50 c. Hachette

et Cie.


Année, TTonne VISÏ. S10PS»S.ÉMiEPÎj'î' Ri» 4 S!6 Février 188-1

DE L'INSTRUCTION

PRIMAIR

JOURNAL HEBDOMADAIRE

DES INSTITUTEURS ET DES INSTITUTRICES

ENSEIGNEMENT PRIMAIRE-SUPÉRIEUR - ENSEIGNEMENT COMPLÉMENTAIRE

SOMMAIRE]

Partie

générale.

CHIIOSIQUE I.ITTJIIIAIIIE : La langue française dans les colonies. De Pontoise à Stamboul, par M. Edmond About. —

touriste dans TExirèrae Orient : M. CoUeau (G. D!). — AGUICULTDBE : Revue agricole (Henry SAGXIEB).

Partie

scolaire.

Préparation aux examens ; Sujets de composition proposés par le Manuel général : Su)ets traités : Sujet de langue

françàisc : Analyse de'la fable de la Fontaine : Le Chat, la Belette et le petit Lapin (C. D.). — Sujets de langues

vivantes (L, Kocii).'— Sujets à traiter. — Préparation aux examens du l)revet timplo : compte rendu des copies

envoyées au journal; sujets à traiter. — Sujets divers : Géométrie et arithmétique (E. BUIIAT). — Dessin linéaire :

Question d'examen (A. boufiuiîniîT).

PARTIE

GENERALE

CHRONIQUE

LITTÉRAIRE

H I S T O R I Q U E EL É C O N O M I Q U E .

LA LftKGUE FRANÇAISE DANS LES

COLONIES.

- DE PONTOISE A STAiWBOUL, PAR M. ED-

TRÊME ORIENT : M. COTTEAU.

Il vient, de. se créer une Association sous ce titre :

Alliance française pour la propagation de la langue

française dans les colonies et les pays étrangers. Cette

Association a pour programme d'étendre Finlluence

de la France en facilitant ses relations sociales et

ses rapports commerciaux avec les différents peuples

par la propagation de sa langue. Pour atteindre ce

but, elle se propose de soutenir et d'améliorer les

MOND ABOUT. - UN TOURISTE DANS L'EX-

écoles existantes, d'en créer de nouvelles, en employant

des méthodes intelligentes et appropriées aux

différents cas particuliers, d'exciter le zèle de tous

en dislribnant des récompenses aux mailrcs qui obtiendront

de bons résultais et aux élèves qui feront

des progrès.

M. le général Faidiierbe, l'un des fondateurs et

des présidents d'honneur de l'Alliance française,

vient de publier dans la Revue scientifique nne série

de conseils et d'observations sur la grande question

qui fait l'objet de ce; programme. L'illustre chancelier

de la Légion d'honneur, l'héroïque combattant

de Bapaume et de Pont-à-Noyelles n'est pas seulement

un grand homme de guerre, c'est aussi un

homme d'école et un linguiste distingué ; pendant le

long séjour qu'il a fait en Algérie, au Sénégal et à la

Guadeloupe, il a étudié sérieusement et de très près

les langues indigènes et les moyens d'en tirer parti

pour le développement intellectuel et moral de ceux

qui s'en servent, et, par suite, les deux questions

étaiil connexes à ses yeux, pour le progrès de la


3247

MANUEL GÉNÉRAL DE L'IINSTKUCTION

PRIMAIRE.

France au dede la mère patrie. C'est ainsi que,

comme il le rappelle dans cet article, pour faciliter

la propagation du français chez les différentes peuplades

du Sénégal, il a publié des éléments de grammaire,

des vocabulaires et des recueils de phrases

en diverses langues nègres de ce pays.

Le général remarque que les populations coloniales

apprennent plus facilement l'anglais que le

français.

8 Cela tient uniquement, dit-il, à ce que le verbe anglais

est beaucoup plus simple que le nôtre; caria grande

difficulté que ces populations rencontrent pour apprendre

une langue européenne, la seule difficulté sérieuse, pour

ainsi dire, réside dans la complication du verbe; pour

savoir un verbe français, il faut retenir une soixantaine

de mots eu groupes de mots différents. »

Aussi qu'est-il arrivé, par exemple, aux Antilles ?

Les nègres ont créé une sorte de français approximatif.

a Aux Antilles, dit le général, après la destruction des

Indiens, les noirs esclaves amenés d'Afrique parlaient

beaucoup de langues différentes, suivant qu'ils provenaient

de la Sonégambie, de la Guinée, du Congo, ou

même de la côte orientale.

« C'était une vraie tour de Babel ;. il fallait absolument

trouver un terrain commun pour s'entendre. Aucun des

langages nègres n'avait la puissance de s'imposer; le français

se trouvait nécessairement appelé à jouer ce rôle.

Mais la langue était beaucoup trop compliquée pour des

races qui, dans l'évolution humaine, étaient encore à

l'état sauvage ou en étaient à peine sorties.

« Il se forma pour elles, aux dépens du français", un

jargon à leur portée. »

pronom personnel. Exemple : je sais, tu sais, absolument

comme le patois nègre, moin satw, to save. Dans certains

cas, il a gardé les flexions : savons, savez, et il a ajouté

tout de même et tout à lait inulilemenl les pronoms personnels

: nous, vous. Enfin, dans d'auti'es cas, il laisse la

désinence : tu aimes, ils aiment, mais (loujours logique I)

il a soin de ne pas la prononcer, de sorte que là les pronoms

sont inutiles dans la langue écrite, mais nécessaires

dans la langue parlée. »

Nous ne suivrons pas le général dans tous les détails

qu'il donne sur les difficullés d'appropriation

que présente le français tant aux créoles de nos colonies

d'Amérique qu'aux nègres du Sénégal ou aux

Arabes de l'Algérie, bien qu'il y en ait de très curieux,

comme par exemple le rapprochement de cette

phrase où notre manière de penser et de dire nous

permet l'emploi de cinq infinitifs : Je voulais aller

vous voirpourvous dire de continuer à labourer, et de

cette même phrase telle qu'elle devra se présenter

à l'esprit dans le langage d'un Arabe : Je voulais je

vais je vous vois pour je vous dis vous continuez vous

labourez. Ce sont ces énormes différences d'habitudes

syntaxiques qui ont fait inventer cette langue

sabir que connaissent lous nos soldats, et qui donne

lieu, dit le général Faidlierbe, à ce curieux phénomène

qu'en l'employant « le troupier est persuadé

qu'il parle arabe et l'Arabe est persuadé qu'il parle

français. »

Nous arrivons aux conclusions pratiques du général

Faidherbe, aux moyens qu'il signale à l'Alliance

française comme étant les plus propres à répandre

notre langue parmi les populations qui ne la connaissent

pas et à qui il est nécessaire de l'enseigner

aux moindres frais et dans le plus bref délai possible.

Et la première chose qu'elles firent, ce fut de supprimer

les flexions des verbes. Chaque verbe fut

représenté par un mot unique, généralement l'infinitif,

plus ou moins modifié ou simplifié, comme


SUPPLÉMENT. — PARTIE GÉNÉRALE. 5i

« Ces classes du soir, il faudrait que ce fussent des

hommes de bonne volonté, des membres de l'Alliance

française, qui les fissent gratuitement : fonctionnaires

civils ou militaires, ou simples particuliers. Leurs services

seraient récompensés par des diplômes d'honneur

que leur décernerait la Société et qui seraient des titres

pour prétendre, par la suite, à des récompenses honorifiques

du gouvernement, palmes et croix. Ces personnes

demanderaient aux autorités locales une salle pour réunir

une vingtaine d'élèves, Iravailleu^rs, soldats indigènes,

enfants. Elles rendraient compte annuellement au comité

de l'Alliance française des résultats qu'elles auraient obtenus

et qu'elles feraient constater par des autorités

locales compétentes que la Société désignerait. On donnerait

des récompenses pécuniaires aux élèves. »

Le général Faidherbe ne s'occupe pas, dit-il, des

classes régulières où l'on enseigne complètement

la langue. Il remarque cependant que, même dans

ces classes, il faudrait consacrer une heure'par jour

à des exercices de langage.

« Il faut, dit-il, éviter ce résultat déplorable (que j'ai

quelquefois constaté en inspectant des écoles) d'enfants

ayant un au, deux ans d'études, qu'on fait lire devant

vous, qui lisent une page sans faire une faute, mais qui

n'en comprennent pas un mot, comme on s'en assure en

les interrogeant. On a simplement fait perdre à ces enfants

un an ou deux à leur faire faire une gymnastique

des yeux et des organes de la voix, sans aucune utilité. »

en miracles; je n'ai rien vu de plus étonnant que cette

odyssée dont la poussière estompe encore mon chapeau. »

Lisez-la, cette odyssée, car je me garderai bien de

vous la déllorer en cherchant à l'analyser, et vous

verrez que vous n'aurez rien lu non plus de si amusant

; sans compter que, sous celte forme légère,

M. About vous laissera de tout ce qu'il touche un

souvenir plus vrai et plus vif que bien des gros livres

que vous pourriez avoir lus sur le même sujet avant

ou après.

Mais le livre a plus de cent cinquante pages.

L'odyssée de Pontoise à Stamboul est, en effet, suivie

de plusieurs nouvelles et morceaux détachés, comme,

par exemple Grain de plomb, simple et dramatique

histoire d'un jeune chasseur, dont le premier coup

de fusil manque de faire couper la jambe à son père;

comme Au Petit Trianon, où l'auteur vous montre

comme quoi son intervention personnelle ayant

réussi à faire réparer une injustice commise à

l'égard de M. Alexandre-Henri-Marguerite Charpentier,

jardinier en chef au palais national de Trianon,

celui-ci, un excellent homme d'ailleurs, en eut une

profonde reconnaissance pour M. Thiers ; puis quatre

discours, par lesquels M. About s'est fait la main,

un toast à Victor Hugo, un discours de distribution

de prix au lycée Charlemagne, que je recomm ande

particulièrement à nos lecteurs, des adieux au grand

romancier russe Tourguenefl, et enfin un discours

N'est-il pas vrai qu'en dehors de l'objet spécial que

prononcé à l'inauguration de la statue

Dumas.

poursuit le général Faidherbe, il y a ici des questions

de méthode générale dont nous pouvons tous profiter

? — (Extrait de la Revue

Ce sont des perles que ces mélanges.

pédagogique.)

d'Alexandre

Puisque nous sommes sur les livres de voyages,

nous appeHerons l'attention des maîtres sur un nouveau

volume de ce genre, publié par nos éditeurs,

Mi Edmond About vient d'être élu à l'Académie

sous ce titre : Un touriste dans l'Extrême-Orient, et

française, et cela nous promet, pour le jour de la réception

qui emprunte aux événements actuels un intérêt tout

officielle, un de ces discours de bon sens, de

spécial ^ L'auteur, M. Edmond Cotleau, chargé par le

bonne humeur et de bonne langue, dont il a pris ministèr-e de l'instruction publique d'une mission

le secret dans sa très originale personnalité et le scientifique en Sibérie et au Japon, a visité, d'août

modèle au dix-huitième siècle. En attendant, et on

pourrait dire, comme jeton de bienvenue, il nous

1881 à janvier 1882, le Japon, la Chine, l'Indo-Chine

et le Tonkin. C'est donc une moisson toute fraîche

offre un volume portant ce titre significatif: De Pontoise

d'impressions et de souvenirs que M. Cotteau, lui

à Stamboul'. C'est, comme vous voyez, un aussi, nous apporte de ces pays qui nous touchent

récit de voyage , récit en cent cinquante pages de si prés aujourd'hui, et ces souvenirs sont très

comme sait les faire M. About, en recueillant de la intéressants, très vivants. Vous y trouverez, par

pointe de sa plus line plume la fleur de ses impressions.

exemple , une idescription de l'ile d'Haïrian et de la

citadelle d'Hanoï, sur les bords de ce fleuve Rouge,

où sont engagées nos canonnières. M. Cotteau a vu

i II y a exactement, nous dit-il, treize jours que je

quittais les bords de l'Oise pour aller prendre le train

rapide de l'Orient à la gare de Strasbourg; et, dans ces

treize jours, c'est-à-dire en moins de temps qu'il n'en

fallait à Mme de Sévigné pour aller de Paris à Grignan

je suis allé à Constantinople, je m'y suis promené, instruit

et diverti, et j'en suis revenu sans fatigue, prêt à repartir

demain si l'on veut, par la même voiture, pour Madrid ou

Saint-Pétersbourg. Et notez que nous avons fait une halte

de vingt-quatre heures dans cette France orientale qtii

s'appelle la Roumanie, assisté à l'inauguration d'un palais

d'été dans les Carpathes, pris le thé avec un roi et une

reine et banqueté somptueusement chez le Bignon de

Bukarest. On dit avec raison que notre temps est fertile

plusieurs membres « de la peu honorable^corporation

des Pavillons noirs », qui ne faisaient pas tant

parler d'eux en décembre 1881 qu'à présent.

K On désigne ainsi, dit M. Cotteau, des bandes de brigands,

débris des «ebelles expulsés de Chine qui se sont

établis sur la frontière, percevant de la façon la plus

arbitraire des droits exorbitants sur les marchandises, et

terrorisant le pays. Le pillage de ces gens, sur le haut

fleuve, a été en quelque sorte régularisé par Je gouvernement

de Tu-Duc, qui, ne pouvant s'en débarrasser, les

a pris à sa solde ; ce sont, avec les mandarins annamites,

nos seuls ennemis dans ce pays, mais ils ne sont pas

nombreux, 1500 ou 2000 au plus. »

' 1.1 vol. in-lG, broché, 3 fr. 50 c. Hachette et Cie.

1. 1 vol. in-16, broché, 4 fr.


52 MANUEL GÉNÉRAL DE L'IINSTKUCTION PRIMAIRE.

Les choses ont bien changé depuis, comme on

sait.

I Le gouvernement chinois, continue M. Cotteau, aurait

intérêt à la destruction des l'avillons noirs, car alors le

commerce de la province limitrophe du Ïon-Nan pren^

drait une extension considérable. Les négociants de

Hong-Kong ne seraient pas fâchés de nous voir occuper

définitivement ces contrées ; ce serait pour eux une

source de nouveaux débouchés. N'oublions pas, d'un

autre côté, que le Tonkin formait autrefois un Etat indé

pendant. Les Annamites y sont regardés comme des

étrangers, et la population indigène, dont une notable

partie est chrétienne, verrait sans répugnance notre administration

succéder à celle des mandarins. Aujourd'hui

un Tonkinois, s'il a quelques ressources, les dissimule

avec soin; il n'osera même pas acheter des vêtements

neufs, car, si on le croit riche, il sera en butte aux exactions

de l'autorité, qui, par tons les moyens possibles,

cherchera à le déponiller de ses biens. Il n'y a donc rien

d'étonnant si, malgré les fautes commises autrefois, le

nom de la France inspire encore de la sympathie à ces

malheureuses populations. Je ne prétends pas dire par là

que lés Tonkinois nous aiment pour nous-mêmes. Il est

évident qu'ils préféreraient vivre indépendants ; mais,

comme maintenant ils sont opprimés, et que nous sommes

les premiers Européens venus dans leur pays, ils ne connaissent

que la France et n'ont d'espoir qu'en elle pour

améliorer leur sort; quant aux Anglais de Hong-Kong et

de Singapour, si leurs journaux sont favorables à nos

projets, c'est, bien entendu, par pur inléi'fit commercial.

Le fait n'en existe pas jnoins. »

Dans une note qui termine son très curieux

chapitre,sur le Tonkin, M. Cotleau exprune le regret

que la France se soit montrée si tard ce qu'elle est

aux Annamites.

a Je persiste à croire, dit-il, qu'à l'époque de mon

passage (novembre 1881), la conquête du pays eût été

très facile et n'aurait demandé qu'un petit nombre

d'hommes. Hos hésitations ont donné à l'ennemi le temps

de se préparer à la lutte. L'armée régulière annamite

s'est jointe aux Pavillons noirs; nos adversaires, très peu

nombreux dans l'origine, se sont grossis, en outre, d'une

toule d'aventuriers et de Chinois chassés (le leur pays.

Mais il né faut pas oublier que la population tonkinoise

ne fait nullement cause commune avec eux, qu'elle soulfre

cruellement de la guerre et n'aspire qu'à la voir cesser. Il

en est de même des colons et des marchands chinois qui,

depuis quelque temps, sont venus en grand nombre se

fixer dans le pays. »

Espérons que ces lieureuses prévisions pourront

se réaliser pour notre pays.

C. D.

AGRICULTURE

REVUE

AGRICOLE

Le nombre des variétés de plantes potagères culti-

•vées augmente dans d'assez grandes proportions

chaque année. Les marchands grainiers et les horticulteurs

de profession cherchent sans cesse à obtenir

de nouvelles variétés qui présentent quelque

supériorité sur celles précédemment connues. C'est

le plus souvent pour accroître leur clientèle ou pour,

remporter des récompenses dans les concours agricoles

qu'ils multiplient ces efforts, efforts certainement

louables quand ils ne dépassent pas le but. En

effet, il arrive parfois que la création de nouveaux

noms pour des variétés que l'on croit nouvelles, et

qui ne le sont que parce qu'elles ne sont pas encore

connues de ceux qui les cultivent, amène des confusions

regrettables, et crée des synonymies au milieu

desquelles il devient difficile parfois de se reconnaître.

D'aulre part, il arrive que des variétés réellement

nouvelles ne répondent pas à ce qu'on en avait

attendu, soit parce que la culture est délicate, soit

parce que les caractères n'en élaient pas suffisamment

fixés quand elles ont été présentées au public,

et que ces caractères ne se sont pas maintenus et

ont même assez rapidement disparu.

On se trouve donc en présence de mécomptes qui

amènent cette conclusion, que beaucoup de cultivateurs

se méfient ensuite des nouvelles variétés qui

leur sont offertes, et ne'les acceptent que très difficilement,

dans la crainte de voir se renouveler des

accidents analogues à ceux qu'ils ont antérieurement

éprouvés.

S'il faut toujours marcher avec prudence dans les

innovations agricoles, il ne faut pas toutefois se

laisser dominer par des craintes exagérées. De ce

que beaucoup de plantes, légumes et fruits ont joui

à mi moment d'une, réputation surl'aile, on ne doit

pas conclure que toutes les variétés nouvelles donneront

des déceptions. Mais, avant de les adopter, il faut

faire un essai sur une petite échelle, ou bien s'entourer

de tous les renseignements dont on peut disposer.

Prenons un exemple. On cultive aussi quinze à

vingt variétés de chou-fleur; elles ne sont certes pas

toutes de la même valeur, mais ce ne sont pas les

plus récentes qui sont les moins méritantes. Parmi

ces dernières, nous pouvons citer le chou-lleur géant

d'automne; ce chou-fleur, présenté dans le commerce,

il y a peu d'années seulement, est certainement

un de ceux qui donnent les produits les plus

abondants et qui peuvent être cultivés avec avantage

dans le plus grand nombre de circonslances.

Cette variété est très tardive et très haute de

pied; elle demande à être semée de bonne heure au

printemps. D'après des expériences failes par un

jardinier émérile des environs de Beauvais, M. Delaville,

et que nous trouvons exposées dans le bulletin

de la stalion agronomique de l'Oise, ce chou-fleur

peut être recommandé sans réticence à tous les

horliculteurs, dans la plus grande partie de la France.


SUPPLÉMENT. — PARTIE GÉNÉRALE.

5i

Il n'est pas difficile sur la qualité du terrain; il n'a

besoin, pour se développer régulièrement, ni de terreau,

ni de paillis épais, ni d'arrosages copieux,

comme la plupart des autres clioux-lleurs. Ce n'est

pas à dire qu'on puisse se dispenser de tout soin de

culture; car aucune plante ne vient bien quand on

ne lui donne pas les soins nécessaires. « Le chou-

(leur géant d'automne, dit M. Delaville, donne des

produits l'année même de son semi; le-pourtour de

ses pommes peut atteindre 0°,90 à 1 métré ; leur

couleur est d'un blanc pur. Des troncs énorxnes de

grosseur et de développement les supportent et laissent

émerger de grandes feuilles k nervures médianes

d'une belle couleur argentée. Ce géant des

choux ne donne ses produits que graduellement, quel

que soit l'âge des plants. Cette particularité, eu égard

aux besoins des ménagères, doit être prise en sérieuse

considération. »

Il faut semer ce chou-fleur de bonne heure, dés la

fin de février; mais on peut retarder les semis jusqu'en

mars ou en avril, lorsque la saison n'est pas

favorable. Le semis fait pendant le mois d'octobre, en

plaçant le plant sous verre à froid, pendant l'hiver,

peut donner des produits au mois de juillet prochain.

Dans tons les cas, le mieux est de semer sur couche,

et de repiquer ensuite les plants en pleine lerre, en

les espaçant de 70 à 75 centimètres sur des lignes

distantes de 1 méire. On garnit les vides entre les

lignes par des salades ou d'autres menues plantes

Le système des cultures intercalaires est une des

meilleures mélliodes pour-tirer bon parti des carrés

du jardin consacrés aux plantes potagères.

Parmi les plantes potagères dont la culture se développera

certainement dans un avenir prochain, il

faut citer aussi le cerfeuil tubéreux.Les racines sont

très renflées, un peu semblables aux petites carottes^

d'un gris foncé, avec une chair ferme, très farineuse

et sucrée, avec un goût aromatique spécial. La culture

du cerfeuil tubéreux est facile ; il suffit de lui

donner les soins ordinaires des jardins, avec des arrosages

assez abondants. On sème à l'automne les

graines qui ne germent qu'au printemps ; on fait la

récolte au mois de septembre ; il est bon de garder

les racines pendant quelques semaines dans un lieu

sec, avant de les consommer; leur qualité gagne

beaucoup pendant ce temps. Elles se conservent facilement

pendant l'automne et pendant l'hiver qui

suivent la récolte.

Le commerce des œufs est une des branches importantes

du commerce agricole d'une partie de nos

ports de la Manche; car c'est surtout en Angleterre

que se fait l'exportation des œufs de France. Toutefois,

il est un point sur lequel nous devons insister, c'est

que, tandis que notre commerce d'œufs avec l'Angleterre

demeure stationnaire, celui de quelques autres

pays augmente dans des proportions considérables.

D'après les tableaux de la douane anglaise, il a été

importé dans la Grande-Bretagne : en 1881, pour

58 millions de francs en œnfs; en '1882, pour CO millions

; en 1885, pour 68 raillions. La part de la France

a été respectivement, pendant ces trois années, de

51 millions, de 28 raillions, et de 52 millions de francs.

En '1881, nous fournissions à l'Angleterre plus de la

moitié des œufs dont elle avait besoin; depuis deux

ans, nous en fournissons sensiblement moins.

Pendant le même temps, le commerce de la Belgique

avec l'Angleterre, qui était de 8 millions et demi de

francs en 1881, s'est élevé à 15 millions en 1882 et

à 15 millions en 1883; celui de l'Allemagne, qui était

de 10 millions en 1881, s'est élevé à 12 millions

en 1882 et à 17 millions en 1885.11 y a donc eu progression

sensible dans le commerce de ces deux pays,

qui ont profité à l'exclusion de la France, de l'aug--

menlation de consommation qui

Angleterre.

s'est produite en

Quelle peut être la cause de ce fait? Il est vraisemblable

que c'est la même cause qui a engendré la

crise commerciale, si manifeste, que la France traverse

actuellement. Laissant de côté les conditions économiques

de la production, il est certain que nos producteurs

et nos commerçants s'habituent trop facilement

à la pensée qu'on viendra les chercher, et

qu'ils n'ont pas à aller au-devant des demandes, à les

provoquer par des offres répétées. C'est tout l'opposé

de ce qui se pratique dans la plupart des autres pays ;

au fur et à mesure qu'elle augmente, la production

va au-devant de nouveaux débouchés, elle cherche à

les créer, et presque toujours elle y arrive. C'est

ainsi que nos concurrents parviennent à pénétrer sur

les marchés où nos produits étaient presque exclusivement

recherchés ; s'ils ne les détrônent pas immédiatement,

ils arrivent à implanter les leurs à côté

et à profiter de l'accroissement qui se produit presque

partout dans la consommation. Ils cherchent à contenter

les nouveaux clients qu'ils se sont ainsi procurés;

et il arrive finalement que peu à peu ils supplantent

les anciens fournisseurs. Ce n'est pas de la

torpeur qu'il faut reprocher au commerce français,

mais une timidité et surtout une trop grande confiance

dans la valeur des produits qu'il a préparés.

Mais cette confiance excessive peut amener aux mêmes

résultats que la torpeur. En tous cas, la production

marchant toujours, des crises de pléthore se produisent

par l'abondance des produits offerts, et c'est le

commerce qui en est la première victime.

Un des lecteurs du Mcmuel général m'a écrit pour

me demander pourquoi je n'insistais pas plus souvent

ici sur la description des instruments agricoles perfectionnés,

et pourquoi je ne faisais pas ressortir

avec preuves à l'appui, les avantages qui résultent

de l'emploi de ces instruments.

En ce qui concerne la première partie de la question,

je répondrai que la description des instruments

perfectionnés ne peut venir utilement dans un journal

qu'au moment où ces instruments sont offerts pour

la première fois au public. Ensuite c'est aux ouvrages

spéciaux à réunir et à condenser la description des

instruments acquis à l'usage. A cet égard, je ne puis

que renvoyer mon aimable correspondant aux Notions

cragriculh/re et dlwrticuUure^mr les écoles primaires

que j'ai publiées avec M. Barrai, pour l'enseignement

des écoles, conformément aux derniers programmes

du ministère de l'instruction publique'.

I. llachetle et Cie, Cours élémentaire, 1 vol. in-1G.cart.,


3251

MANUEL GÉNÉRAL DE L'IINSTKUCTION

PRIMAIRE.

Pour la seconde partie de la questionne pourrais

faire la même réponse. Toutel'ois, je ne crois pas

devoir m'y borner, parce que l'emploi de bonnes

machines et d'outils perfectionnés amènera la solution

de la crise qui frappe aujourd'hui l'agriculture

française. La Chambre des députés vient de décider

qu'elle ouvrirait une enquête sur la situation des

ouvriers de l'industrie et sur celle des ouvriei'S de

l'agriculture. Des ouvriers de l'industrie, je n'ai pas

à parler ici; mais, en ce qui concerne les ouvriers de

l'agriculture, il est facile de prévoir les conclusions

que donnera l'enquête, si elle est bien conduite. Cette

conclusion, la voici en peu de mots : c'est que jamais

la situation des ouvriers agricoles n'a été aussi

bonne qu'aujourd'hui, jamais ils n'ont reçu des salaires

aussi élevés. Leur nombre ayant diminué dans

des proportions assez considérables, ils sont devenus

les maîtres de la situalion, et ils ont imposé leurs

conditions aux agriculteurs. Une grande part de la

crise qui atteint aujourd'hui l'agriculture provient

de l'élévation du prix de la main-d'œuvre ; dans

beaucoup de régions, le taux des salaires a doublé

depuis quinze à vingt ans, il y a des localités où il a

augmenté dans des proportions encore plus sensibles.

Il en est résulté fatalement que le prix de revient

des produits agricoles s'est accru, et que les cultivateurs

ne peuvent lutter avec avantage contre la concurrence

des produits étrangers auxquels toutes les

frontières sont ouvertes. Le petit cultivateur, le

métayer, qui exploite la terre de ses propres bras et

avec ceux de sa famille, échappe en grande partie à

cette crise; mais celui qui occupe" ou qui loue des

ouvriers se trouve dans la situation la plus difficile,

C'est ici qu'intervient la mécanique, qui permet de

réduire dans de très fortes proportions les prix de la

main-d'œuvre. Le cultivateur actif, désireux de faire

face à ses affaires, n'hésite plus à acheter des machines

; car il sait que par l'économie qu'il en retire

il gagne rapidement le prix d'achat, et il sait aussi

qu'il recouvre sa liberté d'action, qu'il peut exécuter

tous ses travaux au moment le plus opportun, et

les conditions les plus avantageuses.

Prenons pour exemple l'instrument le plus usuel,

la charme. S'il fallait exécuter à bras, avec la pioche

ou la bêche, le labour des terres ensemencées en

céréales, la population rurale de la France n'y suffirait

pas, car, pour labourer un hectare de cette manière,

il Caudrait quatre-vingts journées d'homme

pour chaque labour. Avec la charrue la plus simple

au contraire, un homme et deux chevaux font aisément

quarante ares de labour dans une journée de

dix heures (il s'agit ici seulement de labour ordinaire).

Le travail à la charrue exige donc trente fois

moins de temps que le travail à bras.

Mais il y a charrue et charrue : les anciennes charrues

étaient généralement médiocres, utilisant assez

mal la force de traction. Aujourd'hui, on construit

partout de bons instruments, dans lesquels toutes

les parties sont combinées, de telle sorte que le

labour soit exécuté sans déperdition de force, et

que la terre soit mieux travaillée. Le résultat iinal est

60 c. ; — cours moyen, i vol. in-10, cart., 90 c. ; — cours

supérieur, i vol. in-lB, cart., 1 fr. 50 c. On y trouvera de

nombreux dessins des meitleucs instruments.

une nouvelle économie dans le travail. Voici sur ce

point le résumé d'observations dues à un agriculteur

distingué du département de l'Hérault, qui s'exprime

comme il suit :

« Une charrue ordinaire coi'ile 70 francs; pour 30 francs

de plus on en a une supérieure qui fait rendre au sol un

tiers de plus, sans plus d'engrais.

« Dons l'Hérault, nous avons encore l'assolement biennal.

Les propriétaires qui pratiquent cet assolement ne

travaillent pas généralement la terre avec des charrufls à

versoir; ils se servent presque tous de l'ancien araire romain

: avec cet instrument, les labours sont moins bons

et coûtent cependant plus cher que les labours faits avee

des charrues perfectionnées. Avec ces dernières, nous ne

donnons qu'un labour ; avec l'araire, on est obligé de

croiser, et le travail est double. Clinque laijour est à la

vériLé un peu moins long, mais l'ensemble coûte deux

fois plus que le travail de la cliarrue à versoir.

(I L'araire était, il y a peu de temps encore, presque

universellement employé dans notre département. Quand

je me suis mis à la tête de l'exploitation que je dirige, il

y a trente ans, les terres n'avaient jamais reçu une

œuvre avee la charrue 4 versoir, et J'ai obtenu un résultat

considérable par la seule substitution d'une charrue à

l'autre ; ainsi, le rendement, qui était de S à Opourl, s'est

élevé immédiatement à 7 et 8 pour i daris les mêmes

terres et dons les mêmes conditions. Aujourd'hui la charrue

à versoir tend à se substituer partout à l'araire des

Romains, mais ce dernier est encore employé malgré

tous ses désavantages. »

Une chari-ue bien faite, exécutant les labours régulièrement

augmente, en outre, la production du sol.

Le progrès ne s'est pas arrêté là. On construit

aujourd'hui des charrues bisocs, c'est-à-dire munies

de deu.^; socs ouvrant deux raies parallèles dans le

champ, et dont la conduite n'exige qu'un homme et

trois chevaux. Avec une de ces charrues on fait autant

et parfois plus de besogne qu'avec deux charrues

simples pour lesquelles il faut deux hommes et

quatre chevaux. Il se construit aussi des charrues à

trois et à quatre socs, qui n'exigent de leur conducteur

d'autre fatigue que celle dé conduire l'attelage

en le suivant dans le sillon. Enfin, on fabrique en

Amérique des charrues à siège, dont le conducteur

n'a plus besoin de marcher sur la terre labourée, et

n'a d'autre travail à exécuter que de conduire l'attelage

du haut de son siège, et de manœuvrer

temps en temps un levier qui relève le soc.

Mais arrêtons-nous au bisoc, et récapitulons les

avantages qui résultent de l'emploi d'instruments

perfectionnés.

La charrue la plus simple permet, de faire, dans le

même temps , trente fois plus de travail que le

labour à bras.

Avec une charrue bien construite, le même

homme fait, avec le même attelage, moitié plus de

travail.

Enfin, avec une charrue bisoc, le même homme

fait encore deux fois plus de travail, à la seule condition

que la force de son attelage soit augmentée

seulement de moitié.

Tels sont les résultats que l'on obtient avec de

bonnes machines : ils se résument en un mot, économie,

et, comme conséquence, diminution des prix

de revient des récoltes. Il importe que les agricuh

de


SUPPLÉMENT. — PARTIE SCOLAIRE. 55

teurs soient bien convaincus de ces résultats, car

c'est l'adoption de bonnes machines qui leur permettra

de vaincre les difficultés de la situation

actuelle.

Pendant cette semaine, le concours général annuel

d'animaux gras, de machines et de produits,

s'est tenu au Palais de l'Industrie, à Paris, avec

beaucoup d'éclat. Pour la première fois, il y a été

joint une exposition d'enseignement scolaire agricole,

nous aurons à en parler dans une prochaine

revue.

Henry

SAGNIER.

PARTIE

SCOLAIRE

LEÇONS, EXERCICES SPÉCIAUX ET LECTURES

POUR LES MAITRES ET POUR LES ÉLÈVES

SUJETS

TRAITES

NOTE 6,15 copies (ordre alphabétique).

liangue française.

ANALYSE BE TA FAELE DE LA FONTAINE : ^

Le Chat, la Belette et le Petit

Le sujet avait été donné sous cette forme ;

Lapin.

« Vous présenterez à des élèves d'école primaire ou à

des enfants déjà pourvus du certificat d'étude l'analyse de

la fable de la Fontaine : Le Chat, la Belette et le Petit

Lapin.

« Vous insisterez on particulier sur l'explication des

termes dont se sert la Belette pour justifier, à son point

de vue, l'usurpation du terrier dont elle s'est emparée. »

Ce sujet; relativement facile, a été, en général, bien

traité. '

Nous avons regu 46 copies, que nous avons partagées

en cinq séries :

NOIE 8, 4 copies (par ordre alphabétique).

M. F. B. (Seine-et-Oise);

M. Ilotteville (Ignaucourt, Somme);

Mlle A. F. (Boufarik, .Algérie);

M. I. Vergez (Roanne, Loire).

NOTE 7, 9 copies (ordre alphabétique).

M. Bravard (Isserteaux, Puy-de-Dôme);

Mlle Decharbogne (Versailles);

M. Delseriés (Albertville, Savoie);

M. Uupuys (Le Ménil-Thillot, Vosges);

M. Genet (La Bazoge, Sarthe);

Mlle Lal'ore (Orthez, Basses-Pyrénées);

M. Lepage (Le Mans);

M. Ormancey (Baubigny, Côte-d'Or) ;

M. Salles (Hontpezat d'Agenais, Lot-et-Garonne).

Mlle Bernardbeig (Orthez, Basses-Pyrénées);

M. Blain (Saint-Vallier, Drôme) ;

M. Bonnaud (Benon, Charente-Inférieure);

M. Br. (Ch., Côte-d'Or);

M. Cazenave;

Mlle Chapron (Versailles);

Mlle Dénié (Bordeaux);

M. Jamais (Dôle, Jura);

M. Lagrou (Guînes, Pas-de-Calais);

Mlle Mazelié (Sainte-Cécile, Tarn-et-Garonne) ;

H. Mitis (Mineroy, Aube);

M. Pecquet (Petit-Quevilly, Seine-Inférieure);

Mlle Sainreau (Saint-Flour, Cantal);

M. Sentourens (Monbrier, Gironde);

M. Taillefer (Souel, Tai-n).

NOTE 5, 9 copies (ordre alphabétique).

Mlle Albert (Angers) ;

Mlle Bédouin, sœur M. Raphaël (Château-Neuf-du-

Rhône, Drôme) ;

M. Durif (Lamorge, Haute-Loire) ;

Mlle Grison (Château-Thierry, .4isne);

Mlle Lars (Brest-Recouvrance) ;

Mlle Pelatan (Saint-Flour, Cantal) ;

Mlle Salvat (Bordeaux) ;

Mlle Thomas [Dieppe);

Mlle Vaissade (Condom, Gers).

NQTE au-dessous de 5, 9 copies.

Nous continuons à recommander à nos correspondants

et correspondantes de traiter bien exactement le sujet cpii

leur est donné, tout le sujet, mais rien que le sujet. Quel

besoin y avait-il, par exemple, de donner ici une biographie

de la Fontaine, ou des généralités sur la fable, suivies

d'autres généralités sur les fables de la Fontaine?

Sur un sujet comme celui-ci, il convenait de ne pas se

perdre dans les détails, de mettre aussi un certain ordre

dans le développement de ces détails. Ainsi des observa-


3253

MANUEL GÉNÉRAL DE L'IINSTKUCTION

PRIMAIRE.

tiens d'iiistoire naturelle ou encore d'étymologie et de

grammaire, même placées en passant, déconcertent l'attention

de l'enfant, lorsque vous lui expliquez le sens

même de la fable ou lorsque vous cherchez à lui en faire

saisir les beautés.

Plusieurs correspondants ou correspondantes ont voulu

faire intervenir les élèves dans leurs développements.

C'était une excellente intention. Mais il est arrivé trop

souvent que ce qu'on a mis dans la bouche des enfants

aurait dû. en réalité, être dit par le maître. Il est clair

qu'il ne faut faire, en pareil cas, que des questions auxquelles

les élèves soient censés pouvoir répondre. Autrement,

votre procédé n'est qu'un artifice sans utilité et

sans portée.

Laissant de coté la première partie de l'analyse, que

presque tous les correspondants ontbien comprise, nousemprunterons

à la copiede F. B., dont, à notre grandregret,

nous respectons l'anonyme, ce qui a rapport à la dispute

de la Belette et du Lapin ainsi qu'au dénouement de la

fable.

La copie de M. F. B. n'est peut-être pas, de tous

points, la meilleure que nous ayons reçue, mais elle est

simple, sensée, bien appropriée à de jeunes élèves.

Après avoir cité la tirade de la dame au nez pointu,

« la belette, dit M, F. B., touche ici aux questions dé

propriété. Vous entendrez souvent, en effet, qu'il n'y a pas

de raisons pour que la fortune appartienne à l'un plutôt

qu'à l'autre. Je tiens à insister un peu sur ce point, afin

de vous faire comprendre ce qu'il y a de faux dans ces

théories.

« Tout d'abord, qu'est-ce que la belette entend par ces

mots : « le premier occupant ». Elle les emploie dans le

même sens que lorsque nous disons : le premier venu,—

car le premier occupant du terrier, c'est bien le lapin et

non la belette. Sans doute, lorsqu'un individu découvre

une terre inhabitée, inculte, on peut dire qu'elle lui appartient,

mais il sera obligé de la féconder par son travail.

Pensez-vous qu'il entreprendrait un labeur aussi

pénible qu'un défrichement, s'il pouvait craindre qu'un

autre vînt lui enlever cette terre arrosée de ses sueurs ? La

possession du terrain ne fait donc que le payer de ses

peines. Or, la belette ne s'est pas emparée de la terre, mais

du terrier, qui était évidemment le résultat d'une certaine

somme de travail accompli soit par le lapin, soit

par ses ancêtres.

« Mais la belette conteste précisément la légitimité de

la transmission des biens par héritage. ÎN'est-il pas juste,

cependant, que les enfants héritent de ce que leurs pères

ont acquis par le travail ? iN'est-ce pas dans l'intention de

vous laisser quelque chose que vos parents travaillent avec

tant de persévérance, alors même que ce qu'ils ont déjà

acquis leur permettrait de vivre tranquillement jusqu'à

la fin de leurs jours? N'est-ce pas la pensée de travailler

à votre bonheur futur qni soutient leur courage?

« Vous comprenez donc avec moi que les raisons invoquées

par la belette sont plus que spécieuses. Mais, comme

nous le disions en commençant, elle a alfaire à un adversaire

inexpérimenté, qui ne sait pas encore défendre

ses droits et qui ne peut invoquer d'autres raisons que

La coutume et l'usage. Vous savez, en effet, que la coutume

remplaçait autrefois la loi écrite. Aussi, loin de s'en

tenir à son bon droit, Jean Lapin accepte l'arbitrage de

Raminagrobis.

«C'était (nous dit La Fontaine) un chat vivant comme

[un dévôt ermite,

« Un chat faisant la chattemite »,

c'est-à-dire la chatte doucereuse.

« Un saint homme de chat, bien fourré, gros et gras. »

« Vous comprenez it.ue c'est là un portrait ironique, et

que la Fontaine veut nous dire que ce chat était un hypocrite,

cherchant à se faire passer pour saint et dévot,

afin de mieux attirer les gens.

a Grippeminaud (ce nom veut dire chat voleur), Grippeminaud

fait le sourd.

« .... Mes enfants, approchez,

« Approchez : je suis sourd, les ans en sont la cause. »

« Et, aussitôt qu'il voit les deux plaideurs à portée do

ses griftes, il les met d'accord en les croquant l'un et

l'autre.

« Voilà un dénouement qui nous rappelle un peu la

fable •.VlluUveet les Plaideurs. Mais, dans cette dernière

fable, les pèlerins étaient deux entêtés qui n'avaient pas

su s'entendre, tandis qu'ici le lapin pouvait être fort de

son bon droit et de la justice de ses prétentions.

« La saine morale ne justifie donc pas cette fable de

la Fontaine, car le châtiment du lapin est absolument

immérité. Malheureusement, nous savons que les choses ne

se passent que trop.'ouvent ainsi dans le monde. C'est là ce

que le fabuliste nous apprend dans sa fable : le Loup et

l'Agneau, où il nous dit que « La raison du plus for', est

toujours la meilleure ».

D'ailleurs, la Fontaine prend soin de nous dire que sa

fable s'applique surtout à la politique :

« Ceci ressemble fort aux débats qu'ont parfois

« Les petits souverains s'en rapportant aux rois, B

a Nous savons que la justice ne préside pa toujours aux

relations des puissances entre elles, et nous voyons trop

souvent appliquer la maxime tristement fameuse : u La

force prime le droit ».

Une dernière remarque.

D'après quelques traits communs que nous avons re"

trouvés dans plusieurs copies venant de localités fort

diverses, nous avons conclu qu'un certain nombre de nos

correspondants avaient eu sous les yeux une analy.se plus

ou moins complète de la fable. Ils ont lu celte analyse et

ils s'en sont servis : rien de mieux; mais pourquoi ne pas

le dire? Est-ce nous qu'ils trompent, ou eux-mêmes?

- C. D.

Langue»

l'ivantes.

Toutes les copies corrigées ne nous étant pas eiicore

parvenues, nous remettons le compte rendu au prochain

numéro.

Corrigés de-t sujets proposés dans le n" 1.

Version

allemande.

LE VIEUX GHANU-1'ÈIIE ET SON L'ETIT-FLI.S.

Il y avait une fois un homme tout à fait vieux ; sa

vue était devenue trouble il était sourd, et ses genoux

tremblaient. Aussi quand il élait à table, ne pouvant

presque pas teiiir sa cuillère il répandait de la soupe sur

la nappe et il lui en coulait même un peu sur le menton.

Son fils et la femme de celui-ci s'en dégoûtèrent, et c'est

pourquoi le grand-pore dut; se mettre derrière le puèle

dans un coin, où ils lui donnèrent son manger dans une

écuelle de terre et même d'une manière insuffisante. Il

regardait alors tristement la table et ses yeux se remplissaient

de larmes. Une l'ois ses mains tremblantes no

purent pas tenir l'écuelle, elle tomba et; se cassa.

La jeune femme gronda; mais il ne dit rien et soupir"

seulement. Elle lui acheta pour quelques sous


SUPPLÉMENT. — PARTIE SCOLAIRE. 57

écuelle dehois dans laquelle il dut dès lors manger. Un

jour, qu'ils étaient assis, voici que le petit-Iils âgé de

(jualreans, se mit à ajuster do petites planchettes par

terre. Que fais-tu li'i? demanda le père. — « .Te fais une

petite auge ; » répondit l'enfant « pour donner à manger à

'papa et à maman, quand je serai grand! — L'homme et

la femme se regardèrent quelques instants, puis fwirent

par pleurer. Ils allèrent chercher aussitôt le grand-père,

le mirent à table et. à partir de ce moment, le firent manger

avec eux, sans rien dire, quand il répandait un peu

de soupe.

Irad, d'après les meilleures copies.

Yemion

LIANANGTLK IIU F;HNliI\AI, WA HF.S

BUS

ançilaiise.

SKS SOLDATS AVANT I.A

ER-HILL.

Tenez bon, mes braves, le sol est à vous! Voudriez-vous

l'abandonner aux esclaves? Voulez-vous attendre des tom

beaux plus verdoyants? Espérez-vous obtenir merci?

Quelle pitié éprouvent les tyrans? Enlendez sa voix làbas

dans le bruit du canon, bisez-la sur leur acier menaçant.

Implorez-la, ceux qui en sont arrivés à la demander.

Craignez-vous des ennemis salariés pour vous luer?

Voulez-vous vous retirer dans vos foyers? Regardez derrière

vous! Vos loyers sont la proie des flammes! Voyez

devant vous! C'est là que sont ceux qui les ont allumés!

Les voilà qui sortent delà vallée et qui s'approchent!

Tremblerez-vous? Qu'une pluie de plomb, qu'une grêle de

fer les accueille! Mettez votre confiance dans le Dieu des

batailles ! Tous nous pouvons mourir; tous nous le devons.

Mais où trouver une meilleure place pour rendre la poussière

à la poussière, que celle où le ciel répandra sa rosée

sur le patriote martyr qui y dormira, et où les rochers

élèvent leurs cimes comme pour raconter ses exploits.

Version

italienne.

LE l'ASSEKEAU SOLITAIRE.

Du haut de cette vieille tour, passereau solitaire, tu

chantes dans la campagne, jusqu'à la fin du jour ; l'harmonie

résonne dans cette vallée. Le printemps règne dans

l'air et embellit les champs, de sorte que le cœiir s'émeut

en les contemplant. On entend bêler les brebis et

mugir les bœufs; les autres oiseaux sont joyeux, s'en vont

à l'eiivi voler dans le ciel sans nuages, fêtant le meilleur

temps de leur vie. Toi, pensif et à Jécart, tu contemples

tout; tu ne veux pas de compagnons; tu n'aimes pas la

joie et tu évites le bruit. Tu chantes et tu passes ainsi la

plus belle partie de l'année et de ta vie.

Trad. d'après les meilleures copies.

Version

espagnole.

En ce moment l'étudiant regardait, émerveillé, l'endroit

où il était parvenu, à cause des singulières étrangetés

dont était ornée 1B caverne en question ; le parcimonieux

éclairage consistait dans une lampe k bec, qui se montrait

sur une vieille table grossière, au milieu d'une

quantité de papiers, jetés en désordre, couverts de signes

mathématiques, avec des éphémérirles ouvertes, deux

sphères et quelques compas et cadrans, indices certains,

que dans la chambre au-dessous habitait quelque astrologue,

maître de ce laboratoire confus et de cette science

menteuse. Don Cléophas, curieusement, en homme qui s'occupait

d'étude et qui y prenait quelqueplaisir, s'était mis à

louchera tous ces objelsd'astrologie, lorsqu'il entendit un

soupir s'élever du milieu d'eux ; cela lui parut d'abord

une pure imagination ou une illusion de la nuit, et il

continua à feuilleter attectivement les écrits d'Euclide et

les prestiges de Copernic, attendant d'enlendre le soupir

s'élever une seconde fois; il lui parut alors que ce n'était

pas une chimère trompeuse, mais une réalité qui lui

était venue aux oreilles, et il dit avec hardiesse et l'air

cràned'unétudiantqui n'a pas peur: « Qui diable soupire

ici?» Au même moment, une voix lui répondit, qui tenait

de celle de l'homme et d'une nature inconnue : aC'estmoi,

seigneur écolier, qui suis dans cette fiole, où me retient

prisonnier l'aslrologue qui loge ici-dessous, attendu qu'il

se pique un peu de magie noire et qu'il est mon maître

depuis deux ans. s Tu es donc un esprit familier ! » dit

l'étudiant.

Trad. d'après les meilleures copies.

Thème allemand.

DEGEGSBNS DES FIIASZOSISCIIEN llINKESDEi'TEEFELS II.\'D CLÉOPIIAS,

Zuerst sah er sich nach allen Seiten um, und da er

sehr erstaunt war, Kiemand in dieser Daclikammer zu

finden, welche ihm eine sehr sonderbare Wohnung zu

sein schien, fing er an, sie mit grosser Genanigkeit zii besehen.

,4n der Decke sah er eine Kupferlampe hangen,

auf einem Tische Biiclier und l'apifre in Unordnutig,

eine llimmeUkugel und Kompasse auf der einen Seite,

Flaschchen und Quadranten auf der anderen : dies liess

ihn fchliessen, dass darunler irgend ein Astrolog -n'ohne,

welcher Beobaclitungen in diesem Schluppwinkel mâche.

Er ûberlegte sich, ob er hier bis morgen bliebe

oder ob er sich eines Andern besiinne, als or neben sich

eineti tiefen Seufzer ausstossen hôrte. Zueist bildcte er

sich ein, es sei ein llinigespinst seines erregten Geistes,

eine TSuschung in der Nacht, darum, ohne darauf zu

achten, verfolgte er seine Betrachtiingen. Aber, da er

nnch einmal seufzen hôrte, zweifelte er nicht mehr,

dass es ein wirkliches Dingsei; und da er Niemanden

im Zimmer sah, dann rief er aus : « Wer, zum Teufel

seufzt hier? » — « Ich bin es, Ilerr Schûler, antwortet.e

ihm sogleich eine Stimrae, die eUvas Ausserordentliches

an sich hatte, seit einem halben Jahre stecke ich in einer

von diesen zugeslopften Flaschen. In diesem llause vvohn

ein vveiser Astrolog, welcher ein Magier ist : er ist es

welcher durch diè Macht seiner Kunst mich in diesem

engen Gefangniss eingesperrt liait. » — « llir seid also ein

Geist? ); sagte Don Cleophas, ein wenig von der Neuheit

des Abentéuers aufgeregt,

Trad. d'après les meilleures copies.

Thème

anrjlai.s.

JlEETlXG OF THE l'HEXCH DEVIL ON TWO STICKS AND CLEOPIIAS.

At first he looked ail about him and, grently astonished

to find no body in Ihis attic, which appeared to him a

sirange enough apartment, he set himself to examining

it very altentively (carefully). He saew a copper lamp

attached to the ceiling, a confused mass of books and

papers on a table, a globe and compassés on one side,

some phials and some dials on the other which made him

judge that he was living beneath (below) some astrologer

who had jiist been making obser\alions in this nook. lie

was deliberating whelher to remain there until the next

day or décidé upon somelbing else when he heard a long

sigh heaved near him. Ile imagineH at first that it was

some fancy of his agitated miiid, an illusion of the night;

consequently, without stopping there, he continued his

reflections (and Iherefore continued his retlections wiihout

stopping at it). But. liaving again heard a sigh, he no

longer doubled that it was a realily and althoiigh he saw

no one in the roona be cried out newertheless. " Who the

dence is sighing here? "


58 MANUEL GÉNÉRAL DE L'IINSTKUCTION PRIMAIRE.

bearned astrologer who is amagician; it is lie wlio by

tlie power of lus art l;aeps me confiiied in Ihis narrow

prison. » « You are then a spirit? » said Don Cleoplias,

a little disturbed by the novelty of tbe adventure.

Trad. d'après les meilleures copies.

Thème

INCONTRO DEL DIAT0I.0

Italien.

ZOPPO FRANCESE E DI CLEOFA.

Da principio guardô all'intorno e meravigliato di non

trovare alcnno in qnesta soflitia che gli sembro un appartamento

molto singolare, si mise a considerarlo con molta

attenzione. Vide attaccata al siiflifo una lampada di ramo e

sopra una tavola libri e carte senza ordine, una sfera,

compagi e da un alira parte iiale e qnadranti,; ciô che gli

iece sospettare che ivi venisse qualche astrologo a fare

le sue osservazioni. Mentre pensava se restai e ivi lino

allo dimani o pure andarsene, senti un profonde sospiro,

Prima credette essere un fantasma del suo spirito agitato,

un'illusione délia notte e oontinuô quisidi senza restarsi

le sue riflezioni. Ma avendo sentito par la seconda volta

sospirare, non dubitô più che fosse una cosa reale e

benché niuno vedessenella caméra nonlarciô di gridare :

Chi è che sospira ? dono io signor scolare, gli risposp

una voce che aveva qualche cosa di straordinario ; io ini

trova in una di queste fiale turate da sei raesi. Un sapiente

astronome, il quale e ancora mage abita qui è mi

tiene chiuso in una di queste strette prigioni mediante il

potere délia sua arte. —Voi dunque sicte un spirito, disse

Cleofe, turbato dalla novità dell'awentura.

Trad. d'après les meilleures copies.

Thème

espagnol.

conso EL DLIBLO TOJUELO FIANCÉS ENCONTRO A DON CLEOFAS.

Mirô immédiatamente por todas partes, y atonito de no

ver à nadie en aquel desvan, que le parcuô una liabitacion

bastante extrafia, se puso â examinarlo con mucha

atencion. Viô una làtnpara colgada del techo, varies libres

y papeles confusamente mezelados en una mesa,

esferas y compases à un lado del cuarto, redomas y cuadrantes

en otro ; de lo que coligiô que algun astrologo,

que vivia debajo, subia à hacer observaciones à aquel

paraje retirado. Estaba discurriendo consigo mismo si

aguardaria alli à que amaneciese, ô qué otra résolucion

tomaria, cuando oyô un largo suspiro cerca de donde

estaba. Creyôser esto efecto de su imaginacim agitada ô

ilusion de la noche ; por esta causa continué en sus reflexiones.

Pei'o oyendo suspirar otravez,no dudô era cosa

cierla; y aunqiie no veia por alli aima nacida, no déjô

por esc de pregunlar ; i, Qui en diables suspira aqui ?

Soy yo, senor licenciado, le respondiô una voz algo extraordinaria

: que estoy ya para un ano metido en una de

estas redomas tapadas. En esta casa vive un sabio astrologo

que esmàgico, y por el poder de su arte, me tiene

encerrado en esta cârcel estrecha. i Con qué eresunespiritu

? le dijô don Cleofas, algo lurbado de aquella

extrafia aventura.

•Trad. d'après les meilleures copies.

pour titre : Des ouvrages de l'esprit, on trouve ce passage

:

« Les synonymes sont plusieurs dictions ou plusieurs

phrases dilTérenles qui signilient une môme chose. I/antitlièse

est une opposition de deux vérités qui se donnent

du jour l'une à l'autre. La métaphore ou la comparaison

emprunte d'une chose étrangère une image sensible et

naturelle d'une vérité. L'hyperbol exprime au de

de la vérité pour ramener l'esprit à la mieux connaître...

Les esprits médiocres ne trouven point l'unique

expression , et usent de synonymes. Les jeunes

gens sont éblouis de l'éclat de l'antithèse, et s'en servent.

Les esprits justes, et qui aiment à faire des images qui

soient précises, donnent naturellement dans la comparaison

et la métaphore. Les esprits vifs, pleins de feu, et

qu'une vaste imagination emporte hors des règles et de

la justesse, ne peuvent s'assouvir de l'hyperbole... »

Vous direz ce que vous pensez de ces définitioHS et de

ces jugements. — Prendre des exemples.

Histoire.

Seconde partie de la lutte du Sacerdoce et de l'Empire;

les Guelfes et les Gibelins.

Langues vivantes.

Version

DEH RIESE

allemande

ANT.ÏUS

Auf dem Wege begegnete llerUules Antâus ; der war ein

•Sohn der Erde und gewaltig slark ; der rang mit allen,

die er antraf, und brachte sie um : denn, wenn einer so

stark war, dass er .'i.ntaus zu Boden warf, so sprang er

gleieh wieder auf, weil die Erde seine Mutter war, und

ihn immer stârker machte, vverra er sie berûhrte ; und

wenn er den Gegner niedergeworfen batte, so brachte er

ihn um. AVie Herkules das merlite, dass Antâus stârker

ward,-vvenn er ihn auf die Erde warf, so hob er ihn zwischen

seinen Armen in die Ilahe, dass er die Erde auch

nicht mil den Fùssen-berûhrte, und drûckte die Arme so

fest, dass .Antaus starb.

NIEBDIIR.

Question orale à préparer : De l'inversion en allemand.

Version

anglaise

THE sLEii-sose

T)own, down the hill ho"ff swift I go,

Over the ice and over the snow 1

A hor^e or cart I do not lear,

For past them both my sied I steer.

Hurrah, my boy! I am going "down

While you toil up ; but never frown ;

The far hill-top you soon will gain.

And then, wilh ail your might and main,

You '11 dashby me: and then anew,

1 '11 up the ill, to dash by you.

So, on we glide. 0 life of joy!

Such pleasure bas the glad school-boy !

Question orale

en anglais.

GOODRICH.

anxiliaires du futur et du-conditionnel

Version

italienne

SUJETS A TRAITER

Sujet de langnc française.

Dans le chapitre des Caractères de La Bruyère qui a

LA JÉRUSALEM

DÉLIVRÉE

Celui che sino allor l'anime grande

Ad alcun atto d'umiltà non torse ;

Ora ch' ode quel nome onde ti spande

Si chiaro suon dagli Etiopi all'Orse,

Gli responde ; farô quanto dimande,

Che ne sei degno (e l'arme in man gil perse

Ma la vittoria tua sovr' Altamoro

Ké di gloria fia povera nè d'oro.


SUPPLÉMENT. — PARTIE SCOLAIRE. 59

Jle l'oro ciel mio regno, e me le gemme

Hicompreran délia pielosa moglie.

Replica « lui GolTredo : il Ciel non dilemme

Animo tal, clie di tesor s'ixvoglie.

Ciô elle ti vien daU'indiolie mai'emme

Abbiti pure, e ciô clie Persia accoglie ;

Che délia vita alti'iii prezzo non cerco :

Guerreggio in Asia, e non vi cambio o raerco.

TASSO.

Question orale : du pronom relatif en italien,

Version

espagnole

LES LETTRES A L'ÉPOQUE

D'ISABELLE

Por el tiempo en que empezù à reinar Doiia Isabel, la

nobleza ténia como vi'nculado en si el honor y el poder ;

el resto del pueblo casiellano carecia absolutamente de

consideracion, y A semejanza de los aiiliguos ilotas, solo

obraba en materias" de interés pûblico como instrumente

de la voluntad de los nobles y sefialadamente de los magnates.

La nobleza, por su par(e, miraba generalmente

con desden la doctrina y las luces ; y creyendo que fo'n

era digna de clla la profesion de las armas, desprecialm

como bajà y bumilde la de las leiras. De las pocas personas

de esta clase que se apartarnn de la régla peneral,

unos dejaron en opiniones sn nombre como D. Enrique

de Villena, ptros contribuyeron confirmarcon su ejemplo

que la aïicion à las letras se oponia à otras inclinaciones

elevadas y generosas, como sucediô con los mismos

D. Juan II y D. Enrique IV. La educacion de los

Reyes Catolicos se ajusta con e.«ta ideas, y tuvo cortisima

parte en alla el cuidado de adornar el entendimiento.

Doiîa Isabel supo bacerse superior à esta funesta preocupacion

de su siglo.

CLEMENCIN,

Question orale : de la préposition en espagnol.

Thème'pour toutes les langues.

Le grillon, qui est, comme vous le savez, un petit insecte

noirâtre, de laide et cbétive figure, regardait un

jour un beau papillon voltigeant dans la prairie, et il enviait

ses brillantes couleurs. Mais voilà qu'arrive une

troupe d'enfants. « Oh! le joli papillon! dit l'un d'eux;

attrapons-le. » Et, à coups de bonnets, de chapeaux, de

mouchoirs, ils cherchent à le saisir. Le malheureux papillon

est bientôt pris; il passe de main en main, et les

cruels enfants, sans le vouloir peut-être, lui arrachent les

pattes et les ailes. Le grillon, qui voyait cela, rentre alors

en lui-même : « Ce ne sont pas toujours, se dit-il, les plus

riches et les plus beaux qui en ce monde sont les plus

heureux, n ^C. D.

Les copies seront reçues jusqu'au 5 mars, dernier délai.

L. K.

Solution. Le nombre de jours qui s'écoulera_ entre ce

premier départ simultané et le suivant sera évidemment

un multiple commun de 20, de 24 et de 30.

11 s'agit de connaîtra le plus petit commun multiple de

ces trois nombres.

La décomposition en facteurs premiers domie pour plus

petit commun multiple

2 x 2 x 2 x 5 X 5 = 120.

Ainsi, il s'écoulera 120 jours entre le départ simultané

d'aujourd'hui et le suivant.

Pendant cette période, le 1" vaisseau aura effectué

120 : 20 = 6 voyages.

Le 2° 120 : 24 = 5 voyages, et le 3« 120 : 30 = 4 voyages

!8. Une personne a fait escompter à 5 p. 100, escompte

en dehors, un billet payable dans un an. Si le banquier

eût calculé l'escompte en dedans, cette personne aurait

touché 4',76 de plus. — Trouver d'après cela la valeur

nominale du billet.

Solution. Pour un billet d'une valeur nominale de 100',

le calcul est :

D'où

Escompte en dehors.

Escompte en dedans. |

100'X 100

105

100' donnent 95'

105' donnent 100',

ItiO' — X

= 95',2381.

Par centaine de francs, l'escompte en dedans donne

donc à la personne qui fait escompter, un bénéfice de

0',2381 environ sur l'escompte en dehors.

En 4',76, combien de fois 0',2381?

4,76:0,2381 =20.

Valeur nominale du billet 20 centaines de fi-ancs, soit

2000 francs.

COMPOSITION

FRANÇAISE.

S. MAIRE.

1° Devoirs des citoyens envers l'Etat.

Dans la plupart des copies que nous avons reçues, ce

sujet a été traité complètement, avec une clarté d'exposition

et une précision de langage que nous ne rencontrons

pas toujours dans les rédactions des a.«pirants au brevet

élémentaire. Malheureusement, nos correspondants ne méritent

pas seuls l'éloge que nous leur adressons : les trois

quarts d'entre eux se sont visiblement inspirés de leur

manuel d'instruction civique. Nous disons inspirés, car

la politesse nous dicte cet euphémisme, mais nous pourrions,

sans injustice, nous servir d'un mot pins sévère.

Les jeunes gens qui veulent bien soumettre leurs travaux

à notre appréciation devraient être assez raisonnables

pour comprendre que nous ne leur demandons pas des

reproductions, plus ou moins habilement déguisées, de tel

ou tel passage d'un ouvrage classique : une pareille besogne

nous paraît manquer d'intérêt et d'utilité. Que nos

correspondants se contentent donc d'exprimer de leur

mieux, mais avec des phrases qui leur appartiennent en

propre, les idées qu'ils ont acquises soit par la lecture,

soit par la réflexion.

PRÉPARATION SPÉCIALE ADX EXAMENS

DU BREVET ÉLÉ.MENTAIRE.

iïnjcts

ti-aitcs.

ARITHMÉTIQUE.

Solutions des prohlhmes d'arithmétique proposés dans le

Supplément n" 3, 43, 2'' colonne.

t. Trois vaisseaux partent de Marseille : l'un tous les

20 jours, un autre tous les 24 jours et le Iroisième tous

les 30 jours. Ils quillent ensemble ce port aujourd'hui.—

Calculer dans combien de jours ce départ simultané se

reproduira pour la première fois, et combien chaque vaisseau

aura l'ait de voyages pendant cette période.

2° Les clintiinents corporels.

Sommaire. — Frappe-t-on encore généralement les enfants

dans les familles? Pour quelles raisons? Que pensezvous

des châtiments corporels?

Sujet traité. — Rien ne donne lieu à des opinions plus

contradictoires que la question des châtiments corporels.

Les uns disent : « On ne frappe plus les enfants. »

Les autres : « il est utile de les frapper, pourvu que

ce soit très modérément et à tilre de correction. »

C'est une double erreur.

Sans parler des classes ouvrières, où la violence et la

grossièreté dos parents changent trop souvent les enfants

en victimes et les pères en bourreaux, on frappe encore

quelquefois les enfants dans les maisons d'éducation : on

les frappe encore beaucoup dans les familles.

La vie commune avec les enfants, leur séjour à la maison,

leur présence à table, leur turbulence indisciplinée, les

gâteries dont ils sont l'objet, l'intervention continuelle

des parents dans leurs études et leurs plaisirs amènent à


60 MANUEL GÉNÉRAL DE L'IINSTKUCTION PRIMAIRE.

chaque instant des conflits, des mouvements d'irritation

qui se traduisent en coups, ou, si l'on aime mieux, en

tapes.

Un père arrive pour le déjeuner? Il est de plus mauvaise

humeur parce qu'un débiteur qui lui avait promis on

remboursement manque à sa parole ou bien parce qu'il

a échoué dans quelque entreprise. A ce moment l'enlant

commet une élourderie, il brise une tasse, il fait une réponse

peu convenable à sa mère. Le père se lève avec

impalience et le frappe, l'enfant paye pour le débiteur

qui n'a pas payé.

Une mère donne une le'çon à son fils, une leçon de musique

par exemple (rien n'irrite les nerfs comme de

donner des leçons de musique). L'enfant est distrait, ou

la mère est contrariée. Une toilette de bal qui n'arrive

pas, un mémoire de couturière qui lui a atliré des reproches

de son mari. L'enfant fait une fausse note?

Malheur à ses doigts! J'ai vu des mères, adrah-ables de

dévouement dans leurs fondions de répétitrices, en arriver,

par impatience de la paresse de l'enfant ou par désir

passionné de ses succès, à le frapper non seulement avec

la main, mais avec une règle. Supposez des parents violents,

ces châtiments peuvent devenir un danger pour

l'enfan!; la colère ne mesure pas ses coups. Enfin, légers

ou graves, ils sont loujours une faute, car ils amoindrissent

le père aux yeux du fils.

Quant au prétendu principe de la correction paternelle,

il exige dans le correcteur une telle impassibilité, une

telle équité, une telle modération, qu'aucun père aujourd'hui

n'en juge personne capable excepté lui, et qu'il en

est moins capable que personne, y étant plus intéressé

que tout le monde, li'aillpurs, un,mot tranche la question.

Ce n'est plus de notre temps. C'est un reste de ces époques

grossières où l'on conduisait les soldats à coups de plat

de sabre, les marins à coups de parcette, les enfants à

coups de férule, les domestiques à coups de canne, les

paysans à coups de pied, les femmes parfois à coups de

cravache. Se lit-on pas dans Saint-Simon que le fils de'

Louis XIV était tellement battu par le sage Montausier,

devant le pieux Bossuet, que sa plume échappait à ses

petits doigts gonflés et tout bleus de coups? Rejetons tout

ce qui ressemble à ces odieux principesI Ils dégradent

plus encore celui qui les applique que celui qui les subit.

Nous respirons un autre air! Nous vivons dans un autre

monde! et nous ne voulons pas plus de la terreur pour

gouverner les enfants que pour gouverner les hommes.

LEGOUVÉ.

(Les p/rea et les cnfanU au dix-neuvième si'ede)'^.

L -

PU.IETS A TR.VlTElt.

ORTHOGRAPHE

L'édncation dans la société

moderne.

Quelle que soit la part faite aux autres mobiles; —

car elle sera toujours à faire; à travers toutes les modifications

sociales, le fond de l'humanité ne se modifie pas;

— nul doute que l'éducation doive aujourd'hui prendre

la raison pour principal levier, et, sans se laisser désarmer

de l'autorité nécessaire, faire appel à la persuasion, dont

parle si judicieusement Rollin, comme à la force suprême.

Mettre à prolit tout ce que la conscience de l'enfant

recèle d'aptitudes morales; lui en faire connaître les directions,

les mauvaises comme les bonnes; l'accoutumer à

voir clair dans son esprit et dans son cœur, à être sincère

et vrai ; lui l'aire faire peu à peu, dans sa conduite, l'essai

et comme l approntissage de ses résolutions; aux règles

qu'on lui a données, substituer insensiblement celles qu'il

se donne à la discipline du dehors, celles du dedans; l'affranchir

non pas d'un coup de baguette à la manière

antique, mais jour à jour, en détachant, à chaque progrès,

un des anneaux de la chaîne qui attachait sa raison à la

raison d'autrui ; après l'avoir ainsi aidé à s'établir chez

soi en maître, lui apprendre à sortir de soi, à so juger, à

se gouverner, comme il jugerait et gouvernerait les autres ;

lui montrer enfin, au-dessus de lui, les gi'andes idées do

devoir, public et privé, qui s'imposent à sa condition

humaine et: sociale : tels sont les principes de l'éducation,

qui de la discipline du collège peut faire passer l'enlant

sous la discipline de sa propre raison, et qui, en exerçant

sa personnalité morale, la crée.... Le jour où il s'est ainsi

pleinement conquis lui-même, l'enfant cesse d'être im

enfant; il est mùr pour la vie active; il est homme.

0. (il\l(AI\|],

£,e bnt de l'instruction primaire.

Le but de l'instruction primaire est aujourd'hui nettement

déterminé. Il ne s'agit plus seulement de mettre

les enfants en mesure do recevoir les notions de la lecture,

de récriture et de la grammaire ; le devoir de l'Etat

est de veiller à ce que tous soient élevés de manière

à devenir véritablement dignes de ce grand nom de citoyen

qui les attend. L'enfcignement primaire doit, jiar

conséquent, renfermer tout ce qui est nécessaire au développement

de l'homme et du citoyen, tel que les conditions

actuelles de la civilisation franç'jise permettent

de le concevoir. En même temps qu'il faut introduire

dans cet enseignement une plus grande somme de connaissances,

il faut aussi le l'aire concourir plus directement

à l'éducation morale, et particulièrement à la consécration

du grand principe de fraternité que nous avons

inscrit sur nos drapeaux, et qu'il est indispensable de

faire pénétrer et vivre partout dans les coeurs, pour qu'il

soit véritablement immortel. C'est là que l'enseignement

primaire vient se joindre à l'enseignement religieux, qui

n'Obt pas du ressort des écoles, mais auquel nous devons

faire un appel sincère, à quelque culte qu'il se rapporte,

parce qu'il n'y a point de base plus solide et plus générale

à l'amour des hommes, que celle qui se déduit de l'amour

de Dieu.

H. C.\nsoT. (Extrait d'un projet de loi sur l'instruction

primaire, 1848).

II. — ÉCRITURE.

1° Grosse cursive, moyenne cursive, ronde et bâtarde;

le titre de la dictée;

2» Fine cursive: les quatre premières Hgnes de la

dictée.

III. — .iRITIlMETIQUE.

1. Partager 2941',50 en trois parties telles que la i"

5 8

soit égale aux p' de la 2",*et celle-ci égale aux - de la

i

y

troisième.

8. Un commerçant achète 275 Heclolitres de blé pesant

en moyenne 76 Kg. par Hectolitre, à raison de 28' le quintal

métrique. Il lui est accordé un délai pour payer, mais

sur sa demande de s'acquitter inbmédiatement, on lui consent

un escompte calculé à raison de 5 p. 100 l'an, de

sorte qu'il ne débour.-e que 5778',85. — Quel délai lui

accordait-on?

IV. — COMPOSITION FRANÇAISE.

Le but de I'in.


SUPPLÉMENT. — PARTIE SCOLAIRE. 61

SUJETS

DIVERS.

ARITHMÉTIQUE, ALGÈBRE, GÉOMÉTRIE, TRIGONOMÉTRIE.

i>rol>Icmc i. On donne un plan P par ses traces,

xp, xp' sur deux plans de projections rectangulaires ; elles

font des angles donnés

Txp = a., "ïxp'^a!

avec la ligne de terre LT. Calculer l'angle ù que fait la

ligne de terre avec le plan P et démontrer la formule

cot9^9= colgV. + colj^V.

Solution. Du point x comme centre, avec un rayon

égal à l'unité, décrivons une sphère-; elle coupera les trois

laces du dièdre dont le sommet est x suivant les arcs de

cercle

AB, AC, BC.

Pour trouver l'angle 6 de LT avec le plan P, il faut projeter

LT sur le plan P par un plan perpendiculaire à P,

l'angle de LT avec la projection xD ainsi obtenue est

l'angle 0 cherclié, et nous aurons

AœD = 0.

nous aurons

AK- Ar-î Al'-'

mais il est clair que

AE

AI = tg9,

par fwiséqucnt régalilé précédente peut s'écrire :

J_ 4. J___L

La sphère décrite du point x comme centre sera coupée

par le plan LTD suivant un arc de grand cercle AD

qui mesure l'angle 0.

Pour trouver la relation entre cet angle et les angles

donnés K et menons au point A le plan tangent à la

sphère, il coupera les trois plans kxp, kxp', A.rD suivant

les droites AE, AF', AI tangentes aux arcs AB. AC, AD; Le quadrilatère CA'B'O étant aussi inscriptible, ou a

. et le plan P suivant une droite F'E qui est l'hypoténuse

du triangle EAl'" rectangle en A. — Je dis de plus que la

angle n = angle y = 90» — A

droite Al est la hauteur de ce triangle.

donc

En elfet le plan tangent EAF' est perpendiculaire à la

m = n = 90» — A

ligne de terre et par suite au plan AiD qui passe par

A'=180» — 2A.

LT; mais le plan P est aussi perpendiculaire au planAa:D, Ceci posé, décrivons sur BC comme diamètre unedcraicirconférence,

elle passera par les points B' et C et le

donc l'inteisection de P et du plan tangent, ou EF', est

perpendiculaire sur Ait) ; par suite Et" est perpendiculaire

sur )a di oite Al.

triangle BB'C est inscrit dans cette denii-circonlérence;

nous aurons donc

Ceci posé, nous aurons

et comme on peut écrire de deux façons le double de la

surface du triangle AEF', nous avons

EF' X AI = AE X AF'

ou en élevant au carré

EF'^X AP = AE^X AF'^!

c'est-à-dire

(nî' + :Vp') Ar- = AE^XAF'^.

Divisons les deux membres de cette égalité par le produit

AE-'^XAF-'-ixAI^

cotg-O = cotg-z

ce qui est la relation demandée.

cotg-«',

Pi-obicme 3. On abaisse les trois hauteurs A A', HB', CC

d'un triangle ABC et on joint leurs pinds A', B', C; démontrer

1° que les cotés du triangle A'B'C ainsi formé ont

pour expressions

a cosA, b cosB, ccosB ;

2° que les angles iV',B',C' sont les suppléments de 2A, 2B

2G.

Solution. Kous ferons voir d'abord que J.e triangle

A'B'C a pour bissectrices de ses angles les trois hauteurs

de ABC, et que Ton a par exemple

B'A'C = 180"-2A.

En effet, soit 0 le point de rencontre des hauteurs, le

quadrilatèi'e A'BC'O étant inscriptible, on a

ou

ou

angle m = angle B = 90» — A.

sin B'BC -

B'C = BCsin (90"—A)

B'C = A cosA.

Problème 3. On donne un plan P par ses traces xp,

xp' sur deux plans de projection faisant entre eux un

angle droit et l'on connaît les angles

= K = 57",

p'xT a' = 510,

que font ces traces avec la ligne de terre. On demande


62 MANUEL GÉNÉRAL DE L'IINSTKUCTION PRIMAIRE.

1° De calculer Vwglepxp' que fontenlre elles dans l'espace

les deux traces du plan P ;

2» L'angle que fait le plan avec chacun des plans de

projection ;

3° L'angle que £ait le plan avec la ligne de terre.

Solution. Soit pxp' le plan donné; pour trouver l'angle

des deux traces, abaissons d'un point a quelconque de la ligne

de terre LT la perpendiculaire ab sur xp et la perpendiculaire

aa' sur LT, puis imaginons la droite ba' de l'espace

; elle sera perpendiculaire à xp et se rabattra sur le

prolongement de ab ; pour trouver la vraie grandeur de

cette droite ba', il suftit de remarquer qu'elle est l'hypoténuse

du triangle rectangle baa' que l'on peut construire

en rabattement sur le plan horizontal; il suffit pour cela

d'élever aa" perpendiculaire sur ab et de prendre

aa"=aa'-,

la droite ta" est la vraie grandeur de la droite de l'es-'

pace ba' et en porlant sur ab prolongé fcAj = ba", on aura

en Aj le rabattement du point a' et en œAi le rabattement

de la trace verticale du plan. Ainsi l'angle

des deux traces qu'il s'agit de calculer.

Or l'on a dans les triangles rectangles abx,

ah = ax sin- a = / sin a

aa' = ax tg a' = ? (g a'

xb — IcoSa

xa' = —^ = xA,.

cos a

est l'angle

aa'x,

Considérons maintenant le triangle Aj.rt qui est rectangle

en ft ; il donne

xb = xky cos pxp",

ou

l

Z cos a : cos pxp".

" ces «

on a donc pour le cosinus de l'angle des traces

(1) cos pxp' — cos a cos a'.

Ainsi le cosinus de l'angle des deux traces, dans l'espace,

est égal au produit des cosinus des deux angles

que fait chacune des traces avec la ligne de terre.

Cherchons maintenant l'angle dièdre suivant xp ; son

rectiligne a été construit, c'est l'angle b du triangle rectangle

aba" ; on a dans ce triangle

® . ab sm «

On aura

donc en appelant it l'angle dièdre suivant xp

tg

tg « = -?—

et en appelant n' l'angle

^

dièdre

sin

suivant

«

xp'

tg a

tgiz'-.

Il ne nous reste plus qu'à trouver l'angle que la ligne

de terre lait avec le plan P.

Abaissons du point a la perpendiculaire a\ sur le plan P

et joignons le pied I de cette perpendiculaire au point x,

nous aurons en Tœl l'angle cherché.

Il est bien clair que dans le rabattement du triangle haa',

la perpendiculaire al vient se rabattre sur la perpendiculaire

a\i abaissée du point a sur ba" et que l'on a

ou

al = alj = ab sin b,

al = ? sin a sin ic ;

d'autre part, dans le triangle de l'espace alx qui est rec- '

.tangle en I, l'on a

«I = ax sin Txl,

d'où

. _ T Z sin a sin n

sinTi!;I= 2 ;

ainsi le sinus de l'inclinaison de la ligne de terre sur le

plan P est donné par la formule

sin txl — sin a sin vt.

APPUCATION

NUMÉRIQUE.

Si nous faisons

« = 57" «' = 310,

nous aurons


cospxp' = cos 37" cos 31°

log cos 37» =: 1,90235

log cos 310 = 1,93307

log cos 1,83542

pxp'


SUPPLÉMENT. — PARTIE SCOLAIRE. 63

2"


tg 51°

log tg 31» = r,77877

C log sin 37° = 0,220.Vt

log tg ;r = 1,99931

= 44» 57'

tg 37»

tg ir':

sin 31»

log tg 37» = 1,87711

C log sin 51» = 0,28816

log tg F = 0,16527

7t' = 55»40'

= sin a sin n

log sin 57» = 1,77946

log sin Ti = 1,84911

log sin (LT.1'J = 1,62857

1 1

cos B =2' sin(90° —B)

On voit donc que le complément de l'angle B est égal

à 30°, ou que

C = 60°.

Ainsi les trois angles du triangle sont

A = 45°

B = 60°

0 = 75°.

Problème 5. Quelle doit être la valeur de l'angle B

du quadrilatère ABCD pour que ce quadrilatère soit inscriptibie?

Les côtés de ce quadrilatère sont :

AB = 5», BC = 4»,

GO = 5», DA=2»',27o.

LT.1> = 25» 10'.

Prohlème 4. Les trois côtés d'im triangle sont

2, v/e et 1+v/3;

calculer les angles de ce triangle.

Solution. On sait que l'on a pour déterminer l'un des

angles A du triangle ABC la formule

flî = + — 26c cosA

d'où l'on tire

ta c-i _

cos A :

26c

Ici l'on a en posant

0=2, 6=\/6, c = \ + \l'i,

ou

cos A =

cos A :

(2 + 2s/3)v'6 '

6 + 2^/5 _ 5 + v/5

2^/6(1-fv'â)

e o s A = # ± 4 = - i .

S/b^l + v/5) V/2

Ainsi l'on a

donc

cos A = !^;

À

A = 45°.

v/êCi+Vs)'

De même pour déterminer l'angle B opposé au côté

b = t/6, l'on aura la formule

cos B : 4 + (l + v/5)^-6

4(1+s/à) '

OU

cos B :

2 + 2v/5

"4(1 +v/5) ^

2(1+s/5)

• 4(1 + s/s) •

DESSIN

Solution. Soit ABCD le quadrilatère ; menons la diagonale

AC ; dans le triangle ABC, nous aurons

AC2 = AB^ + BC^ — 2AB.BG cos B,

et dans le triangle ADC

AC^ = AD^ -f CÎ7^ -f 2AD.CD cos B,

car

D=180° —B et cosD= —cosB.

Egalant ces deux valeurs de ÂG^ il vient :

AB2 -)- bC^ -f AD2 -f CD'^ = 2(AB X BG + AD x CD) cos B

d'où

AB^xB^-i—AD^ —CD^

cos B =

2{ABxBG + ADXCD)'

substituant aux lignes leurs valeurs numériques, il vient:

25 4-16 — 9 — 5,175625

cos B :

2(204- 3x2,275) '

cos B =•

ce qui est, à très peu près

.\insi

26,824375

53,650

cos B = - •

sin (90° —B) =-. z

donc

90° —B=50°,

B = 60°.

Ainsi l'angle B doit être de 60° pour que le quadrilatère

soit inscriptible. — E. BURAT.

LINÉAIRE

ETUDE DE TRAIT ET DE LAVIS

• SOLIDES GÉOMÉTRIQUES

V. CYLINDRES.

(Voy. le Supplément, n° 25 de 1882.)

La cinquième planche renferme les projections de

trois solides : 1° un cylindre creux reposant sur le plan

horiïontal, coupé par un plan qui est perpendiculaire

au plan yertical et qui fait un angle de 30°, avec le plan

horizontal ; 2° le cylindre 'précédent après une rotation

de 90° autour de son axe vertical ; 5» un cylindre creux,

coupé suivant l'axe par un plan parallèle au plan vertical

et renfermant, vers son milieu, une cloison horizontale,

qui se trouve également coupée par le plan vertical.

Construction. — La mise en projection des trois solides,

ayant les sections planes, se fera très facilement au

moyen des cotes indiquées qui expriment des millimètres

et qui seront prises en vraie grandeur. Le contour appa-


64 MANUEL GÉNÉRAL DE L'IINSTKUCTION PRIMAIRE.

rent de la surface intérieure de? deux premiers cylindres

étant invisible en élévation sera indiqué par des points ronds.

•1" Cylindre. — Le plan sécant étant perpendiculaire

au plan vertical, l'intersection se projette verticalement

suivant la droite 1', 15', qui fait un angle de -30° avec

l'horizontale, ou de 60° avec la verticale. La ligne

d'ombre propre visible est la génératrice située au

point 10; c'est la ligne de contact d'un plan tangent à 45».

2« Cylindre. — Dans la rotation de 90° autour de l'axe,

tous les points de la section plane se transportent horizontalement

en décrivant un arc de 00°; ils doivent donc

rester sur des horizontales passant par les points 2',

5', etc., à la rencontre des prcjetantes passant par les

)oints 1, 2, 5, etc. Les points 1' et 13' seront toujours

e plus haut et le plus bas. L'intersection se compose

de 2 ellipses concentriques faciles à construire, ane pour

la surface extérieure et une autre pour la surface intérieure

du cylindre.

La ligne d'ombre propre sur la surface extérieure

du cylindre est la génératrice située en avant, à droite

et à 45°. La ligne d'ombre propre intérieure est la

génératrice diamétralement opposée à la précédente.

Remarque. — Le cylindre porte ombre sur lui-même,

à l'intérieur, suivant une courbe qui est en grande partie

invisible en élévation. La partie visible est un petit

arc d'ellipse qui commence en haut de la ligne en pointillé

mixte et vient se terminer sur le bord inféi-ieur du

cylindre, un peu à gaucho de l'axe. Cet arc n'a pas été

tracé, mais il s'obtient de la même manière que li"f"d"b"

de la ligure suivante. Sur le plan horizontal, la courbe

d'ombre portée se projette évidemment suivant le cercle

intérieur, et elle n'a pas d'influence sur le lavis.

3° Cylindre. •— Le rayon lumineux, en suivant l'arête

verticale a, a', a", engendre un plan qui rencontre la surface

intéi'ieure du cylindre suivant la génératrice b, h',

b". Cette génératrice se trouve limitée, une première

fois,'par le rayon ab. a'b', une deuxième fois par le rayon

ab, a"b". Quand le rayon lumineux est arrivé à ia position

ab, a'b', il rase l'arête horizontale a'k' et engendre un

autre plan qui rencontre la surface intérieure du cylindre

suivant une demi-ellip?e; mais, a cause de l'inclin:iison

particulière de ce plan, l'ellipse se projette suivant

un demi-cercle. Quand le rayon lumineux est arrivé

à la po.-ition ab, a"b", il rase l'ai ôte circulaire ah, a"h",

et engendre une portion de cylindre qui rencontre la surface

intérieui'e du cylindre donné suivant une portion

d'ellipse K'b". Pour trouver un point de cette courbe, considérons

le rayon lumineux qui touche l'arête circulaire

au point c, c". Ce rayon se projette suivant deux lignes

à 43°; il rencontre la'surface intérieure du cylindre en un

point qui se projette nécessairement au point rf de la base,

ce qui donne le points/" en élévation. A partir du point A, A",

le rayon ne pénètre plus dans l'intérieur du cylindre.

Traits de force. — On mettra des traits de force sur

toutes les arêtes vives, droites ou courbes qui séparent

l'ombre de la lumière, si l'on veut se borner à taire le

dessin au trait ; mais on n'emploiera que des traits fins

«i l'on doit faire le lavis des ombres.

l'^ilels de lumière. — Si l'on veut placer des filets de

lumière, ce qui nest pas nécessaire à un bon lavis,

comme nous l'avons dit plusieurs fois, on suivra les

arêtes vives qui sont eu trait fin, c'est-à-dire qui séparent

deux surfaces éclairées.

Lavis.—Après avoir pa-ssé ii l'encre noire, en trait

fin, les contours dos solides, et à j'encre grise très pâle

les lignes de dégradé, les filets de lumière, et les lignes

d'ombre propre et portée, il faut faire un nettoyage général

avec la gomme élastique ordinaire et commencer

le lavis. Les lignes projetantes, les rayons lumineux, les

lignes de construction et les lettres ne sont point passés

à l'encre.

La teinte n° 1 sera d'abord appliquée sur toute l'étendue

des surfaces dans l'ombre propre ou portée, puis elle

sera répétée une ou plusieurs fois dans les ombres portées

d'après les indications du modèle. On préparera ensuite

les teintes n° 2, n° 3, etc., en ajoutant de l'eau,

d'après des proportions bien déterminées (Voy. nos articles

précédents), et l'on formera le dégradé des surfaces

cylindriques. Les numéros et les flèches qui sont sur

les ligures indiquent d'une façon précise l'intensité et

l'étendue des teintes. Quant aux surfaces planes éclairées

comprises entre les cercles et les ellipses concentriques,

on y fera un dégradé très faible avec ia teinte n» J», la

plus faible de toutes, en obser.vant que la lumière diminue

par l'éloignement. On se rappelle que, pour la projection

horizontale, l'observateur est placé en haut, et

que, pour la projection verticale, il est placé en avant.

Sur les parties pianos éclairées de la 5" figure, on emploiera

les teintes ]i° 5 et iv d'après l'éloignenient.

A. lliiiiiuiaiiiT

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