JML 1987 06 07 Homélie Ouverture année mariale NDP

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JML 1987 06 07 Homélie Ouverture année mariale NDP

Notre-Dame de Paris, sur le parvis Pentecôte, 7 juin 1987

Ouverture de l'année mariale

- Ac. 2, 1-11

- 1 Co 12, 3-7, 12-13

Jn 20, 19-23

Homélie

Quel est le lien entre la fête de la Pentecôte et l'année mariale

ouverte en ce jour? Ce n'est pas au hasard que le Pape a proposé cette

date. Rarement nous pensons que la Pentecôte est une fête mariale, peutêtre

la plus grande. Pourquoi? En raison de la présence de la Vierge Marie

à la Passion et au cénacle, ainsi que nous le rapportent l~~yangile de

saint Jean et les ~çt.~~ des Apôtres. La prière des Apôtres, première communauté

ecclésiale, dans l'attente de l'Esprit-Saint, ne fait qu'un avec la

prière de la Vierge Marie. Bien plus, cette prière de la Vierge et des Apôtres

nous manifeste l'attitude spirituelle fondamentale de l'Eglise, depuis

ce jour de Pentecôte jusqu'à la fin des temps.

A travers l'obscurité de l'histoire, par notre vie plus ou moins

longue mais toujours trop brève, sans voir où nous allons dans un monde

plein de beauté mais aussi de tristesse, nous sommes appelés à vivre de

la foi et à être les témoins de l'espérance. La mission de l'Eglise -donc

votre mission à chacun de vous, et notre mission à nous tous ensemble- est

comparable, je dirai même identique à celle de Marie, depuis le jour de

l'Annonciation jusqu'au jour de la Pentecôte.

* * *

Quand nous disons que Marie est la Mère de l'Eglise et que l'Eglise

doit avoir une attitude mariale, nous montrons comment l'enfantement

-selon la chair- du Christ, Fils unique de Dieu, en Marie, fille de Sion,

est la prophétie de l'enfantement -selon l'Esprit- du corps du Christ que

nous formons. Dans la durée de cette vie qui nous est donnée, dans le

temps de l'histoire des hommes, nous vivons le mystère de la fécondité

divine en ces fils de Dieu, re-nés pour le salut du monde.

Par conséquent, l'attitude de l'Eglise aujourd'hui doit être identique

à l'attitude de la Vierge Marie. C'est pourquoi, dans l'Esprit Saint,

Institut Jean-Marie Lustiger


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l'Eglise des Apôtres partage la prière de Marie auprès du Père des cieux

et de son Fils, et en est confortée.

En vérité, la Vierge est la figure de l'Eglise et l'Eglise se

reconnaît dans la Vierge Mère du Fils unique de Dieu, appelée aussi

Mère des frères du Christ, notre Mère.

Le rapprochement, donc, entre l'année mariale et la fête de la Pentecôte

est capital. De même que la venue du Christ Sauveur commence par

l'action de l'Esprit Saint en Marie, de même la maternité de l'Eglise

commence par le don de l'Esprit aux Apôtres pour enfanter les membres

de l'Eglise qui forment l'unique- corps du Christ. L'image du corps

habité par un seul esprit que nous venons d'entendre dans ce passage de

la première lettre de saint Paul aux Corinthiens (12, 3 sq) n'est pas

une comparaison fortuite. Elle désigne une réalité. Oui, nous formons

un corps. Un corps unique qui peut souffrir de blessures: nos péchés,

.nos divisions. Un corps unique qui peut être crucifié, déchiré, au point

que certains membres lui soient arrachés, toujours au prix d'une immense

souffrance: la souffrance maternelle de l'Eglise et, en l'humanité de son

Fils, la souffrance de Dieu, notre Père.

Nous formons un corps, le corps du Christ, appelé à agir dans le

monde pour rendre présente l'oeuvre de la Rédemption que le Christ luimême

accomplit. Nous sommes le corps du Christ ressuscité, nous devons vivre

la Passion du Christ pour que le monde ait la vie. Telle est la mission de

l'Eglise dans le monde.

***

Quel est le principe d'unité de ce corps du Christ, né de la Vierge

Marie, enfanté par l'Eglise à la Pentecôte? Le miracle des langues rapporté

par saint Luc dans les Actes des Apôtres nous le dit. Est-il aujourd'hui

réalisé par ces banderoles qui proclament dans toutes les langues: "Le

Christ est ressuscité"? Chacun parmi vous peut y reconnaitre sa langue maternelle.

Est-ce, avant la lettre, une prouesse de traduction sim~ltanée?

Ce serait naïf et trop peu! Le récit de la Pentecôte souligne que les gens

rassemblés à Jérusalem ce jour-là sont des Juifs de toutes les nations,

parlant toutes les langues. Le miracle, le voilà: la langue de Dieu qui

désormais retentit dans le monde n'est plus une langue humaine; c'est

l'Esprit Saint qui, parlant au coeur de chacun de nous, nous fait dire(Rm 8,15


3.

"Abba! Père". Quand nous prions: "Abba, Père" avec nos mots humains: "Vater

Unser, Our Father ..." dans toutes les langues du monde, ce n'est pas la

cacophonie de la tour de Babel, car nous parlons tous la même langue, la

langue de l'Esprit de Dieu, et nous nous comprenons sans avoir besoin de

traducteurs. Le vrai et seul traducteur autorisé, c'est l'Esprit Saint donné

le jour de Pentecôte. Désormais, des hommes et des femmes que tout sépare

extérieurement sont réunis par la langue de Dieu au plus intime de leur

coeur.

Bien plus, leur unité n'est plus seulement celle èu rassemblement des

enfants de Dieu dispersés. Ils. sont un seul corps de par leur enfantement.

Ils sont devenus, par le Baptême et le don de l'Esprit, les membres

de l'unique corps du Christ, né de la Vierge Marie.

C'est pourquoi l'intercession de la Vierge Marie est l'espérance et

le signe d'une unité faite de miséricorde et de pardon, fruits de la Passion

du Christ.

***

Pendant une année, nous allons prier avec la Vierge Marie. Allons-nous,

tels des insensés, mettre Dieu au défi de faire des miracles? Marie, elle,

a répondu à Dieu: "Qu'il m'advienne selon ta Parole" (~ 1, 38). Allonsnous

rabâcher, tels les païens qui croient se faire entendre et être

exaucés à force de paroles? Jésus l'a défendu à ses disciples (Mt 6, 7).

Marie, elle, "gardait toutes ces choses dans son coeur" (.!!.s:. 2,19).

Nous prierons comme le Christ nous l'a appris. Nous nous mettrons à

la disposition de Dieu. Lui donnant prise sur nous et notre faiblesse. C'est

alors que "Dieu déploie la force de son bras", la force la plus grande qui

soit dans le monde, celle qui "élève les humbles". (~ 1, 51-52).

Ce n'est ni la force des armes ni celle de l'argent, ni la force de

la science ni celle du pouvoir, ni aucune force humaine quelle qu'elle soit.

La plus grande force dans le monde est cachée dans le coeur de la multitude

des hommes qu'lI aime. C'est le don que Dieu nous fait de la liberté, pour

le connaître et l'aimer, pour nous connaître et nous aimer en lui. Force

des pauvres où qu'ils soient. Et pourtant, ils ont l'impression de ne

rien pouvoir. Or, nous pouvons tout parce que nous pouvons aimer et pardonner

dans le Christ. Et nous changeons le cours de l'histoire.

Comment? Comme le fait la Vierge Marie. Son silence est plus fort

que tous les cris, son obéissance plus forte que toutes les violences,


4.

sa foi plus forte que tous les désespoirs. Femme unique, nouvelle Eve,

mère du genre humain, debout au pied de la croix, entrée dans le mystère

de la Rédemption, elle peut consoler toute douleur et frayer le chemin

à toute espérance. Elle ouvre l'avenir jusqu'à son terme, dans la plénitude

de Dieu.

j

Vfatholiques du monde entier, nous invitons tous les disciples du Christ à

partager avec Marie cette attitude de foi et de communion, d'humilité et

d'espérance, source de l'unité, alors que le corps du Christ ne cesse d'être

éprouvé par les persécutions et les refus de liberté, blessé par les violences

et les dénis de justice à l'égard de tout homme, insulté par le manque d'humanité

frappant tant de personnes jusqu'à les acculer parfois au désespoir.

Agissons là où il semble impossible d'agir; ouvrons un chemin là où

aucun chemin ne semble exister. "Car tout est possible à Dieu" a dit l'Ange

à Marie. Celui qui marche dans la foi, dans l'amour et l'espérance, est

plus fort que tout. On peut jeter un homme en prison, il est encore libre

de croire et de prier. On peut tout infliger à un être humain, mais non

l'empêcher d'être un enfant de Dieu ni empêcher l'Esprit Saint de rendre

témoignage en lui. Là est sa victoire que l'Eglise appelle martyre.

Prions tout spécialement pour ceux et celles qui sont désespérés,

qui ,atteints de maladie incurable, c~dent à la panique, sans espérance

face à la mort. Qu'ils reçoivent l'amour et l'espérance au-delà de

l'épreuve. Rendons-leur la dignité de savoir que leur vie compte aux yeux

de Dieu et qu'elle peut travailler au salut de tous, avec Marie dans l'enfantement

de la Croix.

Puisse cette fête de Pentecôte nous accorder la grâce de répondre

avec Marie à l'appel de Dieu. Car le silence priant de Marie fait retentir

de par le monde la plus grande espérance, la plus forte consolation :

Dieu qui nous aime veut faire de nous des Saints.

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