JML 1994 03 03 PND Cardinal Marty Homélie du cardinal Lustiger

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JML 1994 03 03 PND Cardinal Marty Homélie du cardinal Lustiger

L'ÉGLISE EN FRANCE

-

CARDINAL

MARTY

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«DANS LE LIVRE, EST ECRIT POUR MOI

CE QUE TU VEUX QUE JE FASSE))

A Rodez, cinq mille personnes ont assisté aux obsèques du Père Marty.

L'HOMÉLIE DU CARDINAL LUSTIGER

En 1971,le Père Marty a fait son pèlerinage

en Terre Sainte. Sur une route, en

plein champ, il a demandé de s'arrêter;

il est descendu de voiture sans rien dire

et il est allé marcher d'un pas lent dans les terres

où blanchissait la moisson. Il est resté ainsi un

bon moment, comme s'il lui fallaitsentir avec ses

pieds la Terre Sainte, son labour et ses moissons,

pour mieux saisir la parole du Seigneur.

Ce réflexe est celui du gamin qu'il avait été, et

aussi celui de son père comme de son grandpère

au temps où n'existaient pas encore les

moissonneuses-batteuses.

Le cardinal Marty est cet enfant de l'ancien

monde, qui projeté par la Providence loin de

son sol natal, a voulu y revenir pour y être inhumé.

Certains ont été surpris qu'il ait su travailler

au renouvellement de l'Eglise dont le Seigneur

l'a fait évêque, dans les changements sans précédent

que nous sommes en train de vivre.

Ce qui a fait sa force, me semble-t-il, c'est précisément

l'expérience immémoriale qui a façonné

sa personnalité et sa foi. Car il comprenait

avec l'intuition de l'homme de la terre, disciple

de Jésus, l'enseignement de notre Maître et

Seigneur sur les mystères du règne de Dieu,

alors que, comme le dit saint Marc, -pour ceux

du dehors, tout devient en paraboles, et demeure

une énigme».

VOIR

Tout d'abord, au cours de sa longue existence,

qu'a-t-il été donné à François Marty de voir?

InslItut ~Ie Lustrs •. PARIS NOTRE DAME

N'514 . 3 MARS 1994


L'ÉGLISE EN FRANCE

Il naît avec la séparation de l'Eglise et de l'Etat;

il meurt avec la guerre de Bosnie. En près d'un

siècle, tant de choses ont été bouleversées, et

certains diront, détruites! Y compris pour

l'Eglise: que reste-t-il, ici en Aveyron, à part la

mémoire des anciens, de l'univers -si proche

encore- de son enfance? De l'Aveyron que j'ai

connu, il y a un demi-siècle? De celui du cardinal

Verdier qui fut aussi archevêque de Paris?

Cet ébranlement, est-ce là ce qu'il a vu, le cardinal

Marty -comme la majorité de ses contemporains-

de la vie des hommes, inséparable, pour

lui, du mystère de l'Eglise? Sans doute. Mais comment

l'a-t-ilvu ? Eh bien, nous pourrons le savoir

en écoutant avec lui les deux paraboles que nous

rapporte saint Marc à la fin de son chapitre quatrième

: «Ilen est du Royaume de Dieu comme d'un

homme qui jette la semence en terre. Qu'il dorme

ou qu'il soit debout, la nuit comme le jour, la

semence germe et grandit il ne sait comment.

D'elle-même, la terre produit d'abord l'herbe, puis

l'épi, puis enfin le blé plein l'épi; et dès que le blé

est mûr, on y met la faucille, car c'est le temps de la

moisson».

Cela, François Marty le sait depuis toujours. Et ce

qu'il voit dans l'histoire de notre siècle, c'est ce

mystère invisible de la croissance du Règne de

Dieu qui échappe au regard des hommes, de jour

comme de nuit. La seule voie pour comprendre,

c'est la foi. Et nous avons entendu à l'instant le

prophète Isaïe nous le rappeler: "VOSpensées ne

sont pas mes pensées, dit Dieu; mes voies ne sont

pas vos voies».

L'autre parabole, sur la plus petite des graines

qui devient un grand arbre où viennent nicher

toutes les nations du monde, c'est bien ce que le

Père Marty a expérimenté du mystère de l'Eglise

depuis les années soixante. Alors que, dans les

pays d'Occident -le nôtre aussi- des pronostiqueurs

Càne pas confondre avec les prophètes)

annoncent le tiercé de la mort: la mort de Dieu,la

mort de l'homme, la mort de l'Eglise, lui, il a vu

pendant les années du Concile la moisson de

l'Evangile se lever sur toutes les terres du monde

avec la naissance et la croissance des jeunes

Eglises.

C'est pourquoi il a su voir avec le regard de la foi

et de l'amour l'épreuve de l'Egliseen notre temps

comme une épreuve pour la vie. "ln fide et dilectione",

c'était sa devise. "Dans la foiet l'amour", il

recevait l'espérance que Dieu seul peut donner.

JUGER

Ensuite, comment a-t-il pu juger ce temps où le

Seigneur l'a placé?

J'imagine que, depuis toujours, vers le soir, il n'a

cessé de sortir pour regarder comment se

couche le soleil et connaitre le temps du lendemain.

Ilsait, lui aussi, interpréter l'aspect du ciel.

Mais, les "signes des temps", comme le dit le

Seigneur, c'est une autre affaire! Pour cela, il

n'est pas donné de signe si ce n'est celui de

Jonas, nous dit Jésus. Enigme, comme pour ceux

du dehors; ou mystère, comme pour les Apôtres.

Et j'imagine le Père Marty parcourant la grande

parabole du semeur qui est sorti pour semer, du

même pas qu'il a arpenté ce bout de champ

dans la terre du Christ.

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