JML 1991 Automne La Lettre d'information du comité français pour ...

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JML 1991 Automne La Lettre d'information du comité français pour ...

7171/ La lettre dJinformation du

'/ COMITE FRANCAIS POUR YAD VASHEM

HOMMAgE AUX}USTES DE FRANCE

N°3 - AUTOMNE 2003

Dans toute la France des hommages sont régulièrement rendus aux

Justes des Nations à l'occasion de remises de la médaille décernée par

l'Institut Yad Vashem de Jérusalem. C'est chaque fois une émotion renouvelée

que de revivre en quelques instants ces actes exceptionnels d'humanité

et de courage qui ont sauvé tant de familles juives aux moments les plus

noirs de l'histoire de notre pays.

Cette année, grâce au soutien et à la générosité de la Fondation pour la Mémoire

de la Shoah, nous avons pu offrir, à chaque famille de Juste, un exemplaire

du Dictionnaire des Justes de France, paru en février dernier aux éditions

Yad Vashem Jérusalem et Fayard. Certains ouvrages ont été déjà envoyés

par courrier, d'autres sont remis directement aux destinataires au cours

de cérémonies déjà réalisées ou à venir dans différentes villes de France.

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30jubt, ÀI Puif, cJta-ÀI cJta-:S~fU, VIÜ, ~r L~ •• «1U>j" t::M.kùr~.

A Paris, en présence de Madame Simone Veil, présidente de la Fondation pour

la Mémoire de la Shoah, cette manifestation a pu avoir lieu le 30 juin dans le

XIème arrondissement grâce à l'amitié du Maire, M. Georges Sarre, qui a bien

voulu ouvrir la cérémonie, et à Mme Soizic Moreau. Plus de six cents personnes

ont ainsi applaudi quatre-vingt douze familles de Justes venues recevoir, des

mains de nos enfants, leur exemplaire de l'ouvrage.

Ivan Levaï, qui joint à un exceptionnel talent de journaliste un engagement personnel

sans faille, a su donner la parole aux personnalités présentes parmi

lesquelles M. Nissim Zvili, ambassadeur d'Israël en France, Monseigneur Lustiger,

Cardinal Archevêque de Paris, Roger Cukierman, président du CRIF, Ivan

Beltrami, au nom des Justes de France, Lucien Lazare, membre de la commission

de nomination des Justes, Miry Gross, qui représentait Yad Vashem Jérusalem

et notre président le docteur Richard Prasquier. Après un intermède musical

de la chanteuse Talila, deux films ont été projetés, l'un présentant •••

DOCTEUR.

RICHAR.D

PR.ASf{,UIER.

Parlez de la Shoah, on vous répondra

peutêtre

Jenine : 50 palestiniens (et 23 soldats is·

raéliens) tués, presque tous des combattants !

Cet amalgame obscène, nous l'avons tous entendu.

A notre désespoir, certains l'ont profé·

ré, que leur passé interdisait de traiter d'anti·

sémites. Le militantisme rend·n sourd, aveugle

et imbécile? Ou l'air du temps, privilégiant ins·

tantané, spectaculaire et virtuel fait·il perdre le

sens des faits et des proportions ?

Il faut parler de la Shoah. Elle n'est pas seulement

l'étalon, grossi à une démesure aeeablante,

des horreurs du siècle, ou le senti·

ment de révolte angoissée qui ronge tant de

Juifs, mais paradoxalement

le lieu de rencontres

possibles sur les bases minimales du

vouloir vivre enlemble.

Saluon. Emil. Shoufanl quia r••••

.chwltz Juifs, mu.ulman •• t ch"'t1en.,

mblé • Au·

d'I.rail

et de France. Pour avoir participé au voyage,

je peux témoigner de la qualité des liens

noués, entre jeunes en particulier.

précédé d'une minutieuse préparation:

Cela fut

l'émo·

tion peut être manipulée mals l'histoire suivie

sur les lieux du crime la maintient en sa vérité.

Une piste est ouverte. A nous de l'élargir.

Yad Vashem a fortement

soutenu cette initia·

tive. Merci en ce 50 e anniversaire à ceux qui

nous ont aidés ou qui le feront:

nécessaire que jamais.

cela est plus

Le comité français

pour Yad Vashem

LeComité français est une association Loi de 1901constituée de bénévoles. Ellepoursuit la même mission que Yad VashemJérusalem:

• Recueillir des feuilles de témoignages sur l'identité des victimes de la shoah pour compléter la Salle des noms.

- Perpétuer la mémoire de la Shoah, en organisant sa transmission aux enseignants, aux éducateurs et aux étudiants.

- Instruire les dossiers des Justesafin de lesfaire reconnaître par Yad Vashem et organiser lesremises de médailles.

o


MÉMOIRE

C'est avec beaucoup d'émotion et de reconnaissance· que je vous sa,~

.ici,cesoir. C.ommePrésidente de la Fondation pour la Mémoire drtà

Shoah, j'ai souvent le triste privilège d'avoir à parler de tOUIceux qui

ont disparus et des circonstances tragiqu •• d.l.ur arrutation tt d.

leur déportation. Aulourd'hui, grlct à vou., ou bl.n grlce À vos parents,

le parle av.c beaucoup d. bonheur d. C'I enfanta, dt cet familles

qui ont pu être sauvés. Parce que vous-même ou vos parents

n'avez simplement pas accepté pas supporté l'idée que l'on puisse attenter

à la liberté età la vie d'autres familles, d'autres enfants. [... )

Je souhaite ardemment que les liens entre les familles sauvées eUes

Justes restent forts de génération en génération et j'ai tenu à ce que

la Fondation que je préside se donne pour mission de continuer à

rendre un hommage aux Justes.

••• l'abbé de Naurois interrogé par le père Patrick Desbois,

l'autre Madame Lehmann répondant à Louis Grobart vice-président

du Comité. La jovialité et le courage de l'abbé comme l'héroïsme

calme de Mme Lehmann ont apporté une conclusion à la

hauteur de cette soirée intense et chaleureuse, .

fLUELfLUES PAR.OLES DE MADAME

SIMONE WEIL

ET 'DEMONSEIgNEUR. LUSTIgER.

Jnu's très impressionné de devoir évoquer ces souvenirs devant

ceux làm.ême que l'on a reconnus comme Justes parmi les Nations.

très tôt, jt dois le dire, j'ai eu le sentiment que, contrairement à une

idée trop répandue, malgré une propagande antisémite virulente et

une collaboration malheureusement très active, nombre de gens accepteraient

d'aider un gamin dont le prénom, Aaron, le désignait

très clairement.

Sans doute était-il moins difficile de trouver des gens prêts à la compassion

que de détecter ceux qui vous repousseraient ou, pire, vous

dénonceraient.

Je pense à ce moment où, à la gare de Brive-la-Gaillarde, j'ai été nettemllnt

identifié lors d'un contrôle et, pourtant, on m'a laissé continuer

1ue même je me souviens que le Maire d'un petit village de l'Orléanais

m'a fabriqué une fausse carte d'identité.

Alorsen pensant à cette France, pays de Droitsde l'Homme et de la dignité,

que mes parents m'avaient tellement .pprls à .lmIT.t à Tts"

pecteT, j'ai ceTtes souffeTt de voir ceTt.ln" rie1" .lIt •• 1tfourvoyer

mals, au-d.li du conformlsm. d.I'Etat, l'al vu c.lles tt ctux qui ont

couru dt vrais rllqu'l parct que t.lI. 'talt I.ur convlctlon •.Au •• I,."

m'anoclant i l'hommag. rendu aux JUlttl par Ct Dlctlon~alrlHt

v.ux y alouter la n'bul.ua. anonyme du JUltulnconnulqul, .ux

au•• l, ont aauv'l'honn,uT d. l'humanlté.t "honn.ur dt c. pay ••

L~BBE DE NAUROI~

LE PASSEUR OE HAUTE,SAVOIE

Licencié en mathématique, puis en lettres

et théologie à l'Université de Toulouse, il

est ordonné prêtre en 1936. Comprenant

que ce qui se passait en Allemagne était

d'une importance cruciale pour l'évolution

du monde, il y fait des séjours répétés,

devient aumônier adjoint de la colonie

française à Berlin, rencontre des

hommes qui sont passés par les camps

de détention nazis: sa « religion» sur le

caractère inhumain et anti-chrétien du nazisme

est faite.

Mobilisé comme lieutenant de réserve

en 1939, il cherche dès juin 1940 à re-

Personnage de légende, ce résistant de la première heure a sauvé de nombreux juifs en leur faisant passer la frontière suisse.

L 'ab.bé René de Naurois,nommé joindre Londres, mais en est dissuadé traqué par la Gestapo. Il parvient à s' échapper

par la frontière espagnole et gagne l'An-

juste des Nations le 26 décembre par son évêque, Mgr sauëge . célèbre

1988, est un personnage de légende.

A lire sa biographie, qui parcourt ses côtés. Dès 1940, Il participe à la ré· fecté comme aumônier aux commandes

Juste des Nations" qui a besoin de lui à gleterre en mars 1943.11 obtient d'être af,

de

le siècle tout entier, on n'échappe pas à

l'impression qu'II a eu «tout bon ••.

Il est né en 1906 dans une famille de propriétaires

terriens de Haute-Garonne et a

eu, enfant, à ressentir l'affaire Dreyfus.

Ce souvenir le marquera profondément.

slstance dans ce qui

deviendra le mouvement

Combet.

Il donne des cours à

l'école des cadres

d'Uriage, d'où Il est

chassé en juin 1941 en

raison de son enselgnement

L'Abbé, 1Wf,é,

qui mettait en cau-

se l'antisémitisme du

@NIUUD~

régime de Vichy. Retourné

à Toulouse, chez

98aJU.

Mgr Saliège, entré dans

le mouvement cc Témoignage chrétien -. il

organise au cours de séjours en Haute-Savoie

le sauvetage de Juifs à qui il fait passer

la frontière suisse, tirant profit de son

goût pour l'alpinisme.

Dés que la France du Sud est occupée par

l'es Allemands, en novembre 1942, il est

fusiliers marins et comme tel sere un des

170 français du -commando Kleffer ••qui

débarqueront el Ouistreham le 6juin 1944.

Son unité comptera 40 % de pertes.

'Relevant de maladie, Il participe le 1er novembre

1944 au débarquement de Walcheren

et è la prise de Aessingue, il est nommé

Compagnon de la Libération, entre dans les

camps de concentration et sert à Berlin jusqu'à

sa démobilisation en mars 1946.

Il reprend alors son enseignement à la Faculté

libre de Toulouse, entre au CNRS,

passe un doctorat de biologie et devient

un spécialiste mondial de l'ornithologie

de la côte africaine.

A 98 ans, en pleine possession de ses

moyens intellectuels, d'une redoutable vivacité

de langage, l'Abbé de Naurois prépare

un nouveau livre ...

R.P.

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