PARIS - Institut Jean-Marie Lustiger

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NOTREDAMEw

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E NT R

Le baptême. Aujourd'hui, faire baptiser

des petits enfants pose aux parents des questions

d'éducation, de choix, de liberté et

responsabilité. De plus, tout adulte chrétien

qui s'interroge sur le sens de sa vie, sur

sa place dans l'Eglise ou sur l'Eglise elle-même

est immanquablement ramené au baptême,

acte d'enfantement de chaque chrétien et

de l'Eglise entière.

Si pour devenir chrétiens nous sommes

baptisés, c'est parce que Jésus lui-même

a voulu être baptisé, aussi étrange que cela

parût au Baptiste: "C'est moi qui ai besoin

d'être baptisé par toi!" (Mt 3, 14).

***

Dans les eaux du Jourdain ou à Ainôn (Jn

3, 23), pourquoi Jean appelait-il à recevoir

un "baptême de conversion en vue du pardon

des péchés" (Le 3, 3; cf. aussi Ac 13, 24)?

A juste titre, on a mis en valeur l'aspect

symbolique d'enfouissement dans l'eau, lieu

de la mort et de la vie. On a souligné les

fréquentes ablutions de purification pratiquées

dans le judaisrne et ses divers mouvements

spirituels contemporains du Christ. Cela

ne suffit pas pour comprendre pourquoi

Jean baptise.

Dans le baptême donné par Jean il s'agit

d'un rite d'immersion encore aujourd'hui

en usage dans la tradition juive pour intégrer

dans l'Alliance que Dieu a conclue avec

son peuple, Israël, ceux qui n'en font pas

partie par la naissance.

Mais Jean ne s'adresse pas à des paiens.

Il propose le baptême à des Juifs conscients

de leur élection: "Nous avons pour père

Abraham" (Mt 3, 9). Pourquoi, alors qu'ils

sont membres du peuple de l'Alliance, Jean

les enjoint-il de se soumettre à ce rite d'entrée?

Pour qu'ils reconnaissent par l'aveu

de leur péché qu'ils ont rompu l'Alliance,

qu'ils n'en sont pas dignes, tel le fils prodigue

de la parabole: "Je ne mérite plus d'être

appelé ton fils" (Lc 15, 21).

Jésus à son tour va jusqu'au Jourdain auprès

de son cousin Jean-Baptiste qui, sous la

motion de l'Esprit, le désignera: "Voici l'Agneau

de Dieu qui enlève le péché du monde"

(Jn 1, 29), celui, donc, qui porte à son achèvement

le rite sacrificiel de l'Alliance.

LE BAPTEME (1)

LE "BAPTEME" DE JESUS

"C'est lui, dit encore Jean, qui baptise

dans l'Esprit Saint" (Jn 1, 33).

Pour "accomplir toute justice" (Mt 3, 15),

Jésus le Juste se met au rang des pécheurs

et se fait baptiser dans l'eau. Par cette

démarche, il inaugure la réconciliation définitive

du peuple avec Dieu, l'Alliance nouvelle

qui, de la Cène à la Croix, sera scellée par

son Sang. Ici, elle est déjà annoncée rituellement,

confirmée par l'Esprit qui descend

sur lui et par le père qui révèle son "Fils,

bien-aimé", celui qu'Il ressusci tera d'entre

les morts.

***

Jésus nomme "baptême" sa passion, l'épreuve

de sa mort, l'offrande de sa vie:

. "C'est un feu que je suis venu apporter

'sur la terre.: C'est un baptême que j'ai

à recevoir et comme cela me pèse jusqu'ô

ce qu'il soit accompli!" (Le 12, 49-50).

. Et aux fils de Zébédée il prédi t: "La coupe

que je vais boire, vous la boirez et du baptême

dont je vais être baptisé, vous serez baptisés"

(Mc 10, 39). Jésus lui-même, ayant rendu

grâce et donnant la coupe à ses disciples,

dira: "Ceci est mon Sang de l'Alliance ... "

(Mt 26, 28 et Mc 14, 24).

Jésus parle ainsi non par analogie de langage

(plongée dans les eaux de la mort, ete.),

ni par identification symbolique (les eaux

de la Mer Rouge). En offrant sa vie à la

Cène, en accomplissant son sacrifice jusqu'à

la résurrection et le don de l'Esprit, Jésus

scelle en sa plénitude l'Alliance éternelle,

l'Alliance dans l'Esprit Saint annoncée par

les prophètes. Sa mort et sa résurrection

sont le baptême qu'il reçoit et auquel il

faut avoir part pour entrer dans l'Alliance.

***

Ceux qui aujourd'hui sont baptisés reçoivent

donc le baptême pour la rémission des péchés

qui est aussi le baptême dans l'Esprit Saint.

Ils sont plongés avec le Christ dans le baptême

qu'il a reçu au Jourdain et accompli par

son sacrifice.

"Nous tous, baptisés en Jésus-Christ, c'est

dans sa mort que nous avons été baptisés ...

afin que, comme Christ est ressuscité des

morts par la gloire du Père, nous menions

nous aussi une vie nouvelle" (Rm 6, 3-4).


(Extraits de l'entretien du Cardinal LUSTIGER sur Radio Notre Dame le mercredi 8 janvier 1986)

Institut .Iean·Marie Lustiger


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NOTREDAME~

LE BAPTEME (2J

GRANDS-PARENTS, PATIENTEZ DE LA PATIENCE DE DIE

Le plus souvent le baptême est donné

à des petits enfants. Il est vécu comme

un événement familial de très grande importance,

plein de joie et d'espoir, peut-être

plus intériorisé que le mariage. Mais que

de questions à ce propos ! La génération

des grands-parents sait, comprend, désire

qu'un nouveau-né soit présenté à Dieu pour

recevoir la grâce de la vie divine. Combien

ont le coeur serré quand certains des parents

reculent, voire refusent ce baptême ! Les

uns mettent en cause pour eux-mêmes

cet engagement ; les autres préfèrent attendre

que leur enfant soit devenu capable

de choisir par lui-même le baptême.

Aujourd'hui, je m'adresse à vous, les plus

anciens. Quand vos enfants rompent avec

votre tradition familiale, quand ils refusent

à vos petits-enfants la nouvelle naissance

des enfants de Dieu, vous vous interrogeze-

"N'avons-nous pas échoué sur l'essentiel

en élevant nos enfants ?". Vous vous faites

ou recevez des reproches sévères et probablernent

injustes. Parfois, vous vous demandez

si vous ne payez pas sur le tard d'anciennes

erreurs ... Ou, loyalement, vous ne voyez

pas comment vous auriez dû ou pu agir

autrement.

Alors pourquoi ?

***

Je ne répondrai pas à cette question. Je

veux seulement vous dire une parole d'espérance.

A l'égard de ces fils et filles, puis

de ces petits-fils et petites-filles que Dieu

aime et qu'il vous a donnés, ayez la patience

de Dieu.

Souvenez-vous de la parabole de Jésus

sur "la semence jetée en terre qui germe

et grandit on ne sait commmerit" (Mc 4,

26). Vous ignorez quels fruits portera ce

qui a été transmis gratuitement, dans la

fidélité à l'amour de Dieu. Quand il voudra,

comme il voudra, le Seigneur fera lever

la moisson.

Ne désespérez pas de Dieu. Ne mesurez

ni la fécondité du don de Dieu ni les résultats

de l'éducation de la foi selon les rythmes

de l'éducation scolaire ou d'une carrière

professionnelle! De quel droit pour un jeune

de 10, 13, 15, 18 ans, au commencement

de sa rencontre avec Dieu: "C'est raté!"-

comme un examen-parce qu'après le baptême,

la communion, la confirmation, il largue

tout (semble-t-il) emporté par les remous

de l'adolescence, les passions de la jeunesse,

la dureté de la vie? Dieu, lui, ne donne

pas des rendez-vous à âges fixes, suivant

un itinéraire programmé ...

La patience de Dieu est infinie et les

chemins qu'il emprunte sont souvent déconcertants.

Obstinément, persévérez dans

la prière. Rappelez-vous sainte Monique.

Un être humain change. "Tout est possible

à Dieu" (Mc 10, 27) et "tout contribue au

bien de ceux qu'il aime (Rm 8, 28)

***

C'est pourquoi je voudrais pouvoir ôter

de votre esprit, de votre coeur, de votre

mémoire toute amertume inutile, toute

culpabilité paralysante, tout désespoir.

Dieu sait votre souffrance. Avec foi et

joie cependant, prenez l'étroit chemin

de l'amour patient et fidèle pour rejoindre

ce fils, cette fille si éloignés apparemment

de ce que vous souhaitez, et ces petits

enfants ignorant tout de Dieu. Vous ne

savez pas ce que Dieu leur permettra de

vivre. Au delà de votre mort peut-être;mais,

dans la miséricorde de Dieu et la communion

de l'Eglise, comme jamais et à tout jamais,

vous leur serez présents.

Si vous vivez ainsi, vous connaîtrez la

vraie liberté des disciples du Christ. Dans

le silence souvent, le respect toujours. Vos

enfants le sentiront. Sans les excéder ni

outrepasser leur volonté, vous saurez et

oserez dire avec sérénité ce que vous portez

au fond du coeur. Et pour ces petits enfants

non baptisés, vous serez le grand-père,

la grand 'mère, le grand-oncle, la grand'tante

qui, dans l'amour de Dieu, témoigne de

cet amour. Vous pourrez leur faire comprendre

que le père des cieux les aime

comme des frères et des soeurs de Jésus

et que la vie au souffle de l'Esprit Saint

est belle.

Avancez dans l'espérance. Tant de découvertes

ne se font que plus tard, après tant

et tant de détours (allez savoir s'ils pouvaient

être économisés l), Et la bonté, la foi,

la patience ne sont jamais perdues. Vos

enfants, vos petits-enfants garderont de

vous ce que Dieu aura dit par vous et fait

de vous, presque à votre insu, de par sa

grgce.

(Extraits de l'entretien du Cardinal LUSTIGER sur Radio Notre Dame, le mercredi 15 janvier 1986)

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NOTRE DAlv\ECoil'\N° 108


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NOTREDAME~

LE BAPTEME (3)

PARENTS, QUE DEMANDEZ-VOUS? - LE BAPTEME.

QUE PROCURE LE BAPTEME ? - LA FOI.

TI EN

Parents, vous hésitez à faire baptiser votre

enfant. Pourquoi? Par réaction envers l'éducation

que vous avez reçue? Le baptême qui

vous a été donné à la naissance comme une

grâce par le choix de vos parents, vous l'avez

plus tard ressenti comme une contrainte.

Vous avez connu crise et révolte. Ou bien

encore êtes-vous devenus incertains dans

votre adhésion à la foi, déconcertés par

les changements successifs de l'Eglise. Vous

vous sentez sans repère, sans communauté,

sans compagnon de route dans cette marche

vers Dieu.

Mais à l'inverse, vous hésitez tout autant

à rompre une chaîne, une transmission. Certains

de vous disent: "Je voudrais que mon

enfant reçoive de l'Eglise ce que j'ai reçu,

même si moi je n'y adhère pas ... "

Par votre hésitation vous mettez le doigt

sur une réalité essentielle: baptême et foi

sont corrélatifs, inséparables, ils naissent

l'un de l'autre. Au point qu'il est exact de

dire que la foi est le fruit du baptême~ porte

d'entrée de la vie chrétienne et acces aux

autres sacrements. Surprenant, n'est-ce

pas?

Dès la prerrnere

***

génération chrétienne,

le baptême est donné sans hésitation aux

petits enfants. Voyez dans Les Actes des

ApÔtres 00, 2. 48; 16,15. 33; 18, 8) les mentions

du baptême d'un adulte "avec toute

sa maison" ou "avec tous les siens" et donc

aussi les tl ès jeunes enfants.

L'enfant baptisé reçoit en lui la foi comme

un germe de liberté que l'Esprit Saint agissant

en lui et par l'Eglise va éveiller, déployer,

nourrir. C'est parce qu'il a été choisi par

Dieu "dès le sein de sa mère" (comme Jean,

Jésus •.. ), qu'il a reçu le pouvoir de choisir

librement la volonté de Dieu au long de

sa vie.

***

L'adulte qui demande le baptême est à

la recherche de Dieu. Plus ou moins clairement

il espère de cette naissance le don de la

foi inébranlable. La liturgie avait une conscience

vive de cette situa tion spiri tuelle

que le dialogue initial avec le prêtre suppose:

"Que demandez-vous à l'Eglise de Dieu? -

Le baptême. - Que vous procure le baptême?

- La foi".

La pratique ancienne du catéchuménat

met en évidence ce lien foi/baptême. Les

hommes et les femmes attirés par Dieu

désireux d'être baptisés pour être unis au

Christ mort et ressuscité et devenir par

la force de l'Esprit Saint enfants du Père

des cieux, étaient inscrits dans l'ordre des

catéchumènes et présentés à l'évêque, le

plus souvent au début du Carême. Leur

instruction visait surtout à les conforter

dans ce "retournement" de toute leur existence,

à tester leur conversion à Dieu le

Père par Jésus-Christ, le Fils unique, et

~ soutenir leur lutte contre l'esclavage du

Malin.

Le baptême, à la vigile pascale, les faisait

entrer dans la foi de l'Eglise, dans sa communion

d'amour. Et grâce au don de l'Esprit

Saint ils pouvaient alors être instruits de

tous les mystères du Royaume des cieux.

C'est, en effet, seulement après leur baptême

qu'ils étaient initiés à toute la vie chrétienne.

Notamment à l'Eucharistie qui ne se célébrait

qu'avec les baptisés. (On a longtemps appelé

"messe des catéchumènes" la liturgie de

la Parole après quoi ceux-ci étaient priés

de se retirer).

***

Loin d'attendre que la lumière de la foi

ait appurté une connaissance sur l'ensemble

du mystère de Dieu, le baptême est donné

au contraire pour permettre d'y accéder

en plénitude. Il faut être "re-né". Or, on

naît à la foi en naissant parte sacrement

de baptême.

La foi est une grâce qui nous façonne,

une action de Dieu qui nous saistt et nous

transforme. Elle demande tout notre consentement

et tout notre effort pour que les

yeux morts voient la Lumière, que les oreilles

sourdes entendent la Parole de Dieu, pour

que les membres paralysés osent s'avancer

debout à la suite du Christ.

Foi et sacrement de baptême sont un enfantement.

Le petit enfant présenté à l'Eglise

pour recevoir le baptême doit être "enfanté

spirituellement", La place prépondérante

donnée aux parents dans la nouvelle liturgie

du baptême des petits enfants en est le

signe.

(Extraits de l'entretien du Cardinal LUSTIGER sur Radio Notre-Dame, le mercredi 22 janvier 1986)

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NarRE DAME(~,·i N° 109


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LE BAPTEME (4)

PARENTS, QUEL NOM AVEZ-VOUS CHOISI?

Autrefois, pour la célébration des baptêmes,

l'Eglise locale se réunissait autour de l'Evêque

le samedi-saint. Aujourd'hui, c'est le plus

souvent une cérémonie familiale. Cela n'est

pas contraire au sens du baptême puisque

la famille est "comme l'Eglise d'une

maisonnée" ("velut Ecclesia domestica"

dit Lumen Gentium §11). Ainsi toute la

famille est rassemblée. Et vous, parents,

vous portez votre bébé.

Un doute demeure peut-être en vous m'allezvous

pas empiéter sur la démarche de votre

enfant? Vous devez respecter sa liberté.

Vous ne le ferez qu'en respectant ce que

Dieu attend de vous. Votre enfant a reçu

sa liberté depuis que, père et mère, vous

l'avez conçu. Dès le premier instant de sa

vie, tout va compter pour que se déploie

et se contruise ce qu'il est déjà. Le petit

homme est doué d'une richesse inouie de

perception, de mémorisation, d'intelligence.

Sa croissance organique intègre en une prodigieuse

activité dépendante de ses parents

tout ce qui constitue concrètement sa personne.

La liberté de l'enfant est ce pouvoir d'intégration.

De la sorte, tout ce qui lui est donné

comme une détermination (son père et sa

mère, son héritage génétique,le lieu et la

date de naissance, son pays, sa langue, son

environnement, etc) tout cela devient comme

les composantes de sa liberté. Occasion

non de "maudire", tel Job (3, 1 sq), le jour

de son enfantement, mais de "naître" chaque

jour à. partir de ce donné irrévocable, en

se constituant suj~t singulier, ..mique au

monde et pourtant frere de tous les hommes.

***

Quand le prêtre vous demande: "Quel nom

avez-vous choisi pour votre enfant?", l'Eglise

ne se livre pas à une vérification d'identité;

mais elle authentifie votre conscience d'avoir

enfanté de votre chair un être créé à l'image

de Dieu, cette personne singulière, unique

au monde parmi la multitude de ses semblables.

Vous n'êtes pas, vous le père, une banque

de sperme; vous la mère, une porteuse. Vous

êtes les parents. Et par ce geste spirituel,

vous donnez son nom à l'enfant et le confiez

à la mémoire de l'Eglise, vous poursuivez

votre acte d'enfantement.

Dans la Bible, en effet, donner un nom

c'est dire qui est quelqu'un, le faire exister

devant soi. Souvenez-vous de Dieu nommant

Adam et Adam nommant Eve. Souvenezvous

d'Abraham et de Simon-Pierre. Par

le nom donné vous manifestez que vous

transmettez à votre enfant un appel à

l'existence pour qu'il vive sa vocation de

personne voulue de Dieu, aimée de Dieu.

Bref, par votre réponse à cette première

question de la liturgie baptismale, parents,

vous reconnaissez sa qualité d'enfant de

Dieu, sa place dans le dessein de Dieu.

Le choix du nom est l'affaire de chaque

couple, de chaque famille. Mais l'Eglise

tient à cette autre parenté, spirituelle,

en demandant de donner le nom d'un saint,

d'une sainte que déjà elle vénère.

***

Cet enfantement dans la foi exige de vous,

parents, un double devoir .

. D'abord, priez sans cesse pour cet enfant;

"portez-le" spirituellement. De même que

l'Eglise portait-et porte- en son sein maternel

les catéchumènes. Autrefois, en une

grande retraite prébaptisrnale, toute la

communauté chrétienne soutenait par la

prière et le jeûne les futurs baptisés.

Ensuite, vivez vous-mêmes de la foi.

La petite enfance, voire les mois de gestation

comptent autant que l'éducation ultérieure.

L'amour dans lequel vous allez vivre cette

attente, cet enfantement, est le plus beau

don que vous puissiez faire à l'enfant que

vous portez.

Jeunes mères, jeunes pères, puissiez-vous

connaître la joie de croire et de prier, d'aimer

Dieu, d'espérer en sa tendresse infinie et

d'être en communion avec lui. Cela sera

transmis à votre petit enfant comme malgré

vous, mais par vous, dans la surabondance

de la grâce de Dieu et de son Espri t, en

Notre Seigneur Jésus-Christ.

Car "Il nous a choisis en lui avant la

fondation du monde pour que nous soyons

saints et irréprochables sous son regard

dans l'amour; Il nous a prédestinés à être

pour lui des fils adopUfs"(Eph 1, 4-5).

(Extraits de l'entretien du Cardinal LUSTIGER sur Radio Notre-Dame le mercredi 29 janvier 1986.

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NarRE DAME~S,i N° III


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LE BAPTEME (5)

LA COMMUNAUTE CHRETIENNE T'ACCUEILLE.

EN SON NOM, JE TE MARQUE DU SIGNE DE LA CROIX.

Après que vous lui ayez dit le nom de votre

enfant, le prêtre vous interroge:

. "Vous demandez le baptême pour votre

enfant. Vous devrez l'éduquer dans la [ai

et lui apprendre à garder les commandements

pour qu'il aime Dieu et son prochain comme

le Christ nous l'a enseigné. Etes-vous conscients

de cela?". A cette question d'une

redoutable exigence, vous pouvez cependant

répondre en toute vérité:

. "Oui, nous le sommes", même si vous

n'êtes pas très assurés de "votre" fidélité

chrétienne. Car c'est non seulement vous,

les parents - aidés du parrain et de la marraine

- qui êtes responsables de cet enfant, mais

toute l'Eglise. En effet, aussitôt, le prêtre

s'adressant à votre bébé l'appelle par son

nom et lui dit:

. "La comrnuncuré chrétienne t'accueille

avec joie". L'enfant "entend" ces mots alors

qu'il ne les "comprend" pas. Ces mots sont

une promesse sur laquelle un jour l'enfant

pourra s'appuyer pour répondre à l'Eglise:

"Me voici".

."En son nom, ajoute le prêtre joignant

le geste à la parole, E te marque de la croix,

le signe du Christ notre Sauveur". Le prêtre

agit le premier comme ministre ordonné

de l'Eglise entière. Ensuite: "Et vous, parents,

après moi ... ", il vous invite ainsi que les

parrain et marraine, et, pourquoi pas?, la

famille et tous ceux qui sont proches de

cet enfant par l'affection et la foi, à faire

le même signe de croix sur son front. Prendre

la responsabilité de l'avenir chrétien de

cet enfant appartient en premier lieu aux

parents, c'est sûr. Mais aussi à toute sa

famille. Et en même temps à toute l'Eglise.

Voilà ce que signifie ce geste.

***

Le nom de baptême désigne votre enfant

comme une personne singulière. Le signe

de la croix tracé sur lui révèle l'autre face

de son identité personnelle. Votre petit,

à nul autre pareil, est du Christ, au Christ;

il ne fait qu'un avec ïe Christ. Il devient

lui-même en devenant "un même être avec

Jésus-Christ".

Le signe de la croix est le signe de reconnaissance

du Seigneur qui fait passer des ténèbres

et de la servitude à la lumière, à l'espérance,

à la liberté et à la joie des fils et filles de

Dieu. Souvenez-vous du signe avec le sang

de l'agneau sur les linteaux des portes en

Egypte pour que vivent les nouveau-nés

des Hébreux (Ex 12,7-13). Souvenez-vous

du signe de sauvegarde et de reconnaissance

inscrit sur le front des serviteurs de Dieu,

comme le prophétise Ezéchiel (9,4); ils sont

marqués du sang de l'Agneau, comme l'évoque

saint Jean dans l'Apocalypse (7,3). Je vous

l'ai déjà dit (cf. PND n042: "Le signe de

la croix, la manière la plus simple de prier").

L'enfant qui va être baptisé reçoit le signe

de la vie, il devient comme la part de Dieu

qui le prend pour le faire vivre. de sa vie

et de sa sainteté.

Par ce signe de la croix, la famille de cet

enfant devient innombrable. Parents, vous

n'êtes plus seuls, vous êtes entourés de l'immense

"famille" de Dieu. Et votre enfant

reçoit pour frères et soeurs la foule immense

de tous ceux et de toutes celles qui ne font

qu'un avec le Christ dans l'Esprit: les vivants

et les morts, ceux qu'il connaîtra un jour

et ceux qu'il ne connaîtra jamais si ce n'est

dans le face-à-face de l'amour du Père

des cieux.

***

. "Entre dans la maison de Dieu afin d'avoir

part avec le Christ pour la vie éternelle".

A cette invitation du prêtre, la famille

rassemblée fait franchir au bébé le seuil

de l'église. Antique geste rituel lourd de

signification. La communauté familiale

qui en vos bras porte l'enfant le fait pénétrer

dans l'église en pierre; celle-ci ne représente

pas seulement une communauté paroissiale

et son histoire particulière, mais l'Eglise

en sa totalité, sa catholicité.

Le baptême est l'entrée dans l'Eglise.

(Extrait de l'entretien du Cardinal LUSTIGER sur Radio Notre-Dame, le mercredi 5 février '1986)


PARIS ~

NOTRE DAME~

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TI E N

UN PARRAlNAGB

.,

LB BAPTHMB (6)

TISSB DB FOI D'ABORD

BT D'AMITIÉ.

-

Le nouveau rituel du baptême des petits

enfants met en valeur la mission des parents.

Il faut réfléchir à frais nouveaux sur le choix

des parrain et marraine. Car leur mission

demeure importante. Dans le baptême donné

à des adultes il apparaît clairement que

le parrain et la marraine des catéchumènes

sont en somme leur père et leur mère en

Dieu, avec un rôle irremplacable, différent

de celui du prêtre ou de l'évêque célébrant,

et de la communauté ecclésiale. Chacun,

pour sa part, au nom de Dieu, a sa place

dans cet enfantement spirituel qu'est le

baptême.

Pour votre bébé, choisissez un parrain

et (ou) une marraine qui soient non "un

substitut" (au cas où vous disparaissiez!),

mais des témoins dans la foi.

Qu'ils soient pour vous, parents, des

interlocuteurs et un appui dans l'éducation

chrétienne que vous avez promise au moment

du baptême;

. et, pour votre enfant, des éducateurs

privilégiés à côté de vous, du maître d'école,

de la catéchiste, du prêtre, etc. Chaque

enfant a besoin de plusieurs adultes à qui

se référer comme modèle, repère. Son père

et sa mère sont nécessaires mais non

suffisants.

Un parrainage chrétien ne se réduit pas

aux cadeaux traditionnels, fût-ce la médaille

de baptême ou le missel de la communion.

***

Ce principe admis, la réalité est souvent

différente! Jeunes parents, vous avez choisi

pour parrain, marraine vos amis d'aujourd'hui

à la fo.i tl"ès "veillante" .. comme dit saint

François de Sales. Mais les aléas de l'existence

risquent de vous en éloigner. Dans dix, quinze

ans, seront-ils à proximité, au moment voulu,

quand leur filleul sera en pleine croissance

ou en pleine crise?

Et la grand'mère, le

profondément croyants auront

quitté ce monde quand votre

dix-huit ans.

Ou bien. des convenances familiales

(systématiquement l'oncle, la tante, le frère

ame, la grande soeur), des liens d'affection,

d'amitié que vous voulez exprimer ou renforcer

vous font choisir des chrétiens peu convaincus,

parfois non croyants, ou même des parents

ou amis non baptisés. Bref, dans l'impossibilité

d'élever avec vous vos enfants dans la foi.

Comment remédier à ces difficultés?

***

Voici une solution qui vous surprendra

peut-être. Elle m'est venue à l'esprit en

discutant avec de jeunes foyers. Pour le

mariage la coutume existe d'un premier.

deuxième, troisième témoin. Pourquoi ne

pas introduire une coutume semblable dans

le parrainage? Choisissez comme parrain

et marraine au sens strict, tel que le demande

l'Eglise, des chrétiens solides qui puissent

devenir vraiment garants de l'éducatIOn

chrétienne de votre enfant, témoins auprès

de lui et de vous de la foi au Christ Jésus.

Et tel ami, tel parent très cher, mal ou

pas croyant,prenez-le comme parrain ou

marraine d'honneur pour un filleul ou une

fIlleule de coeur. Rien n'empêche même

qu'ils puissent signer les registres de baptême

à titre de témoins

Vous pouvez associer aussi un groupe d'amis

chrétiens qui vous épauleront, vous les parents,

ainsi que les parrains et marraines, dans

votre mission.

Souvent, en effet, vous êtes plus isolés

que jadis, car les familles sont moins

nombreuses et plus dispersées. Entourez-vous

d'amis avec qui réfléchir et partager cette

responsabilité de l'éducation de la foi à

laquelle vous vous êtes engagés en demandant

ce baptême. De la sorte votre enfant aura

sur son berceau non seulement un parrain,

une marraine, mais comme "une famille

de parrainage". Vous multipliez ainsi et

pour vous et pour votre enfant les possibilités

de dialogue et de communication grâce

à cette communion d'amis.

grand-père

peut-être Si la famille est "comme une petite Eglise

bébé aura du foyer", un réseau d'amitié chrétienne

en est aussi une manifestation: pourquoi

ne pas tenter d'en offrir la joie et la chance

à votre enfant?

(Extraits de l'entretien du Cardinal LUSnGER sur Radio Notre Dame le mercredi 12 février 1986)


LE BAPTBME (7)

"E

PAROLE DU CHRIST QUI BAPTISE

DANS L'EGLISE RASSEMBLEE

L'entrée dans l'église devrait se faire en

chantant, par exemple le psaume 99: "Allez

vers le Seigneur parmi les chants d'allégresse .•.

Reconnaissez que le Seigneur est Dieu: il

nous a fait et nous sommes à lui", Encore

faut-il être assez nombreux et habitués

pour chanter! Le rituel (*) donne cette précision

car, normalement, le baptême est célébré

au cours du rassemblement de la communauté

(la paroisse, réduite parfois à la famille

et au prêtre). En cette communauté est

présente l'Eglise catholique qui accueille

l'enfant.

Le baptême, en effet, est un acte de l'Eglise

entière qui porte par la prière le futur baptisé.

Voilà la raison majeure de l'invitation à

célébrer le baptême d'un enfant non comme

une cérémonie privée et seulement familiale,

mais comme une fête pour toute l'Eglise:

célébration "communautaire" selon une

expression préférable à celle de baptême

est personnel.

Voilà pourquoi il y a deux moments privilégiés

pour baptiser aussi bien un enfant qu'un

adulte:

.la veillée pascale: le sacrement du baptême

donne part à la Résurection du Christ que

l'Eglise célèbre en cette nuit;

.le dimanche, jour du Seigneur ressusci té,

où les chrétiens se rassemblent pour l'Eucharistie.

Le baptême est donné désormais plus souvent

au cours de la messe dominicale. Et

fréquemment à Paris,le dimanche après-midi,

plusieurs familles se réunissent pour le baptême

com munautaire de leur- enfant. Quelquefois

des membres de la paroisse sont invités

à les accompagner de leur présence et de

leur prière. Ainsi la mission de srgnif'ier

l'action de l'Eglise et sa foi ne repose pas

sur les seules épaules de quelques personnes

(voire parfois du prêtre seul, si la famille

est peu croyante). Ce rassemblement élargi

(*) Les conférences épiscopales de France, d'Afrique

du Nord, de Belgique, du Canada, de Suisse et les évêques

du Luxembourg et de Monaco ont publié chez Marrie-Tardy

en novembre 1984 le texte définitif du Rituel du baptême

des petits enfants. Traduction nouvelle; de nombreuses

indications en font un instrument indispensable à tous

ceux qui sont responsables des baptêmes.

à d'autres chrétiens -figure de l'Eglisesoutient

chaque famille par la prière et

la foi. Il manifeste plus clairement la

fraternité chrétienne et la charité qui en

est le lien.

Il reste cependant légitime de demander

qu'un baptême' soit célébré familialement

si de bonnes raisons y invi ten t et dès lors

que cela est pratiquement possible pour

la paroisse.

Dans tous les

***

cas, le baptême comporte

d'abord une liturgie de la Parole: lecture

de l'Ancien Testament ou des écrits apostoliques,

psaume, et, à tout le moins, lecture

d'Evangile, homélie et prière uni verselle.

Aucun sacrement de l'Eglise n'est séparable

de l'accueil de la Parole qu'il met en oeuvre.

Bien plus, c'est la Parole de Dieu qui agit

dans chaque sacrement.

Chaque baptême est un acte du Christ

lui-même qui agit par le prêtre. "Pierre

baptise, crest le Christ qui baptise, Judas

bcpt.ise, crest le Christ qui baptise" dit saint

Augustin (Evangile de Jean VI, l, 7) dans

cette magnifique formule à laquelle se réfère

explicrternent la constitution de Vatican

Il sur la Sainte Liturgie (§ 7): "Le Christ

est là présent par sa vertu dans les sacrements

au point que lorsque quelqu'un baptise, crest

le Christ lui - me me qui baptise Il,

La Parole de Dieu proclamée par le ministre

ordonné est un acte du Christ, Parole de

Dieu faite chair, gui parle à l'Eglise rassemblée

dans l'Esprit avant d'agir dans le sacrement

donné en son nom. Le meilleur exemple

de cette dimension sacramentelle de la

Parole de Dieu est l'Eucharistie. Les paroles

de l'institution dites par le prêtre sont à

la fois les paroles mêmes du Christ dans

l'Ecriture et l'acte du Christ qui se rend

présent en son corps eucharistique pour

son corps ecclésial.

La lecture de la Parole de Dieu n'est pas

du tout fortuite au cours de la liturgie du

baptême. La parole de Jésus lui-même est

à l'oeuvre dans le sacrement, selon l'ultime

commandement du Seigneur ressuscité à

ses apôtres: "De toutes les nations, faites

des disciples, les baptisant au nom du père

et du Fils et du Saint Esprit" (Mt 28,19).

(Extraits de l'entretien du Cardinal LUSTIGER sur Radio Notre Dame le mercredi 19 février 1986)


M

PARIS

NOTREDAMEw

LE BAPTEME (8)

LIAIDE DE TOUS LES SAINTS

ET LA DELIVRANCE DU MAL

PAR LA FORCE DU CHRIST

Dans la célébration du bap t ême, la prière

universelle comporte le chant de la litanie

des saints. Pourquoi'? Baptiser quelqu'un c'est

en faire un saint. C'est le rendre semblable

au Chnst- Messie, le Saint de Dieu (cf. Mc

1,24). Le Père dans son amour nous communique

sa sainteté à nous, pécheurs, qu'il purifie

et pardonne. Au baptême, nous entrons dans

la fraternité de tous les saints. Voilà pourquoi

nous appelons à l'aide cette foule innombrable

d'hommes et de femmes qui nous ont précédés

et qui ont tenu bon "par la foi" (cf. He 11).

Dans notre marche vers Dieu, la litanie

des saints exprime splendidement une chaîne

de solidarité et d'urn our qui nous unit les

uns aux autres. Avec sa mélodie répétitive,

elle fait entendre la pulsation du coeur d'une

assemblée; elle façonne sa prière en demandant

la prière des saints et des saintes invisiblement

présents. Ils prennent part à la joie de l'enfantement

dans la foi d'un nouvel enfant de Dieu.

***

La préparation immédiate au baptême propose

des rites purificatoires. Concevables pour

un adulte, ne sont-ils pas déconcertants face

à un bébé inconscient du bien et du mal (cf.

Sg 12,25)? C'est pourquoi le nouveau rI tuel

donne ce bref commentaire:

"Dans la orière du Notre Père, on dit, à la fin de

la liturgie du baptême 'Délivre-nous du Mal' (je

Malin, Satan, le mauvais). Ces paroles donnent un

sens à ce qui est fait maintenant. Tout au long de

sa vie, le baptisé devra lutter contre le mal et se

convertir en s'appuyant sur le sacrement du pardon".

Le célébrant prononce d'abord l'une des

deux prières di tes d'exorcisme et de déli vrance:

1. "Père iout=puissorit, tu as envoyé ton Fils unique

dans le monde pour délivrer l'homme esclave du

péché et lui rendre la liberté propre à tes [ils; tu

sais que cet enfant, comme chacun de nous, sera

tenté par les mensonges de ce monde et devra rési~ter

à Satan ... Par la passion de ton Fils et sa résurrection,

arrache-le au pouvoir des tènèbre«, donne-lui la

force du Christ et garde-lE' tout au long de sa vie ... n

2. "... Qu'il soit racheté du péché originel, qu'il

resplendisse de ta présence et que l'Esprit Saint

habite en lui. .. "

L'assemblée répond: "Amen".

*

Puis le prêtre fait sur l'enfant un geste

qui signifie cette délivrance:

. ou bien l'onction sur la poitrine avec l'huile

des catéchumènes, après l'avoir appelepar

son nom et avoir dit:

"Que la {oree du Christ te fortiUe, lui qui est le

Sauveur; qu'elle t'imprègne comme cette huile du

salut. .. "

. ou bien l'imposition des mains.

Le rituel prévoit la possibilité d'un autre

geste. d'antique tradition, accompli par Jésus

lui-même (af.Mc 7,31 sq) pour guérir un sourdmuet.

Le prêtre touche les oreilles et la bouche

du futur baptisé en disant:

"Effétah" c'est-à-dire "Ouvre-toi". Le Seigneur

Jésus a fait entendre les sourds et parler

les muets; qu'il te donne d'écouter sa Parole

et de proclamer la foi pour la louange et la

gloire de Dieu le Père".

Le célébrant prononce le mot araméen qu'a

dit Jésus. Car ce geste rituel du célébrant

est un acte du Christ Sauveur qui donne à

l'un de ses nouveaux frères de naître à la vie

des enfants de Dieu.

*

Or un être humain est fragile. Son existence

est inachevée jusqu'à ce qu'elle soit accomplie

dans la gloire. Il naît dans des déterminations

qu'il n'a pas choisies. Plus profondément .!!

naît captif, esclave. Sa liberté est "aliénée"

diraient certains, paralysée par des blessures

dont il n'est pas responsable: les mains liées,

les yeux aveuglés, les oreilles sourdes, le coeur

fermé à Dieu, à ses frères, à son propre bonheur.

Pour l'arracher à sa condition de faiblesse

et de péché, pour lui rendre sa pleine santé,

pour faire resplendir la beauté divine que Dieu

lui destine, il faut tout l'amour du Fils de Dieu

fait homme qui vient guérir tout homme, le

combler de sa grâce et lui communiquer la

force de se battre contre le Mal. Et,

corrélativement, il faut toute la communion

de l'homme à ce don de Dieu. La vraie stature

de sa liberté est fonction de sa totale

dépendance envers le Père des cieux.

Dieu nous donne de devenir, en son Fils Jésus

par l'Esprit Saint, des hommes libres. Car

"libres sont les fils" (Mt 17, 26). Mystère d'amour

et de foi, bienheureuse espérance!

(En raits de l'entretien du Cardinal LUSTIGER sur Radio Notre Dame le mercredi 26 févrÎer 1986).

~IS l'Vi!!

NarRE DAJvIF4l N 115


R

IS

NOTRE DAME

ELISE PARIS ULLETI HEBDO

RE

2 AVRIL 1986 3.00F

LE BAPTEME (9)

PAQUES,

L'ENTREE DANS LA TERRE PROMISE.

LA LIBER TE DES ENFANTS DE DIEU:

CADEAU ET CaNQUETE.

"Aux petits enfants la Mère-Eglise

prête les pieds des autres pour qu'ils

viennent, le coeur des autres pour qu'ils

croient, la langue des autres pour qu'ils

affirment leur foi ... " (Sermon 176).

"C'est celui qui porte l'enfant qui répond.

L'enfant est guéri avec la parole d'un

autre puisqu'il est blessé par le fait d'un

autre. Croit-il en Jésus-Christ? Telle

est l'interrogation. Il est répondu: Il

croit". (Sermon 194).

C'est ainsi que Saint Augustin décrit

la situation du nouveau-né présenté

au baptême. Par les rites de délivrance

l'Eglise exprime comment, par la foi,

un petit d'homme est enfanté à la liberté

des enfants de Dieu. La foi nous montre

jusqu'où la condition native de l'homme

est blessée et appelle une guérison, et

combien elle est désarmée, privée de

ressources divines sans lesquelles il ne

peut répondre à sa vocation d'enfant

de Dieu. Avec le Christ il devra vaincre

le doute et l'impuissance à croire, le

désespoir et l'incapacité d'espérer, la

haine et le refus d'aimer, pour vivre

dans la foi, l'espérance, la charité.

Cette liberté, donnée en germe, est

à recevoir comme un cadeau et à mettre

en oeuvre comme une conquête. Toute

sa vie, le baptisé devra contribuer

lui-même à cette délivrance que le Christ

opère en lui par la grâce de l'Esprit et

l'amour miséricordieux du père des cieux.

Souvenez-vous du peuple de Dieu au

désert. La Terre lui est promise mais

il doit traverser des épreuves et se battre

pour vivre avec la force même de Dieu:

"Ne tremblez pas. Le Seigneur votre

Dieu qui marche devant vous combattra

lui-même pour vous" (Dt 1,30-31).

Avancez.

(Extraits de l'entretien du Cardinal LUSTIGER sur Radio Notre Dame le mercredi 5 mars 1986)

8, rue de la Ville-l'Évêque - 75384 Paris Cedex 08 - Tél. 42 66 90 15


PARIS ~~

NOTREDAMEW

LE BAPTEME (10)

L'EAU, SYMBOLE DE LA GRACE

DU BAPTEME

ET D'UNE HUMANITE

"RESCAPEE".

Après les rites de préparation, dans le

baptistère ou près de la cuve baptismale

disposée à côté de l'autel, le célébrant

accomplit le premier geste du baptême

proprement dit: la bénédiction de l'eau,

cette eau qui "au cours des temps, révèle

ce que serait le grâce du baptême".

Pour le découvrir, suivons la magnifique

prière dite lors de la nuit de Pâques:

• "Dès les commencements du monde,

c'est ton Esprit qui planait sur les eaux

pour qu'elles reçoivent en germe la {oree

de scnctiîier."

A ce petit bébé qui va être baptisé, le

monde entier dès son origine est présent.

Par le symbole de l'eau, l'allusion à la puissance

créatrice de Dieu au début du livre

de la Genèse montre que cet enfant fait

partie de l'acte de bienveillance du Créateur

qui répand son Esprit de vie et de sainteté.

IIEt Dieu vit que cela était bon".

• IIPar les [lots du déluge, tu annonçms

le baptême qui fait rena1tre puisque l'eau

y préfigurait à -la fois la fin de tout péché

et le début de toute justice."

L'homme en se détournant de Dieu manque

à sa vocation et entraîne l'anéantissement

de ce temple qu'est la création. Ce petit

enfant, qui vient de naître, merveille pour

ses parents, est lui aussi solidaire de cette

histoire tragique du monde faite de lâcheté,

de péché, de refus de Dieu.

Mais la référence au déluge nous rappelle,

en même temps que le naufrage moral

où sombre notre destin, la nouvelle espérance

promise à l'humanité "rescapée". Le pire

est derrière nous, car Dieu, dans sa bonté

sans compromission avec le mal, juge,

sauve et pardonne. Noé est le nouveau

père d'une humanité arrachée au gouffre

dans lequel elle s'enfonçait, pour être ancrée

désormais dans la Promesse irrévocable

de Dieu qui veut que les hommes vivent

et que sa création subsiste .

La fin du monde ne sera pas

l'anéantissement de la création et de

l'humanité, mais au dernier Jour, à l'heure

du Jugement, son ultime transformation

au feu de l'amour de Dieu, le Vivant.

• "Aux enfants d'Abraham, tu as fait passer

la mer Rouge à pied sec pour que le peuple

d'Israël, liberé de la servitude, préfigure

le peuple des baptisés. Il

Dans son action créatrice et aimante,

Dieu a appelé son peuple d'Égypte. Et,

après le "baptême" de la mer Rouge, il

l'a façonné quarante ans dans le désert

avant de lui faire traverser les eaux du

Jourdain où Jésus, le Sauveur des hommes,

sera baptisé.

***

AinSI, a travers cette récapitulation de

l'histoire du salut, par ce nouveau-né à

l'innocence fragile nous est dévoilé ce

que porte l'homme comme espérance du

monde. Même pour un vieillard, le baptême

est un nouvel enfantement.

(Extraits de l'entretien du Cardinal LUSTIGER sur Radio Notre Dame le mercredi 5 mars 1986, fin.)

PARIS

NOTREDAME N° 117


PARIS

[OOlJôoJ

NOTREDAME~ LE BAPTEME (11)

SOURCE JAILLISSANTE POUR RENAITRE

AVEC LE CHRIST VIVANT AUJOURD'HUI DANS L'EGLISE

• "Ton Fils bien-aimé, baptisé par Jean

dans les eaux du Jourdain, consacré par

l'onction de ton Esprit, suspendu au bois

de la croix, laissa couler de son côté ouvert

du sang et de l'eau: et quand il fut ressuscité,

il dit à ses disciples: 'Allez, enseignez toutes

les nations, et baptisez-les au nom du père

et du Fils et du Saint-Esprit".

Ainsi se poursuit la grande bénédiction de

l'eau baptismale la nuit de Pâques. Tout

le mystère du Christ est récapitulé depuis

son baptême dans le Jourdain.

"Le côté transpercé" du Christ crucifié

d'où coulent du sang et de l'eau, comme

nous le rapporte saint Jean (19, 34), est

le signe des sacrements nés de la chair du

Verbe de Dieu et donnés à l'Eglise.

L'ultime parole du Seigneur ressuscité

à ses apôtres (Mt 28, 19) inscrit le baptême

au centre de la mission universelle de l'Eglise.

• "Maintenant, Seigneur notre Dieu, regarde

avec amour ton Eglise et fais jaillir en elle

la source du baptême".

Que signifie cette

("fontaine baptismale"

jaillissement perpétuel

de Dieu.

dernière expression

dit-on encore)? Le

de la vie qui vient

Souvenez-vous de la source du Temple,

féconde comme le fleuve du jardin d'Eden

(Gn 2, 10), évoquée par le prophète Ezéchiel

(47, 1 sq), Souvenez-vous aussi de la révélation

de Jésus: "Si quelqu'un a soif, qu'il vienne

à moi et qu'il boive. Celui qui croit en moi,

comme l'a dit l'Ecriture (ls 58, 11; Za 14,

8), 'de son sein couleront des fleuves d'eau

vive" (Jn 7, 37-38). A Lourdes, quand Bernadette,

sur l'ordre de la Vierge Marie, découvre

la source, c'est la même signification qui

nous est rappelée.

Dieu le Père fait jaillir dans l'Eglise l'eau

vive de la sainteté, la source de la vie, c'està-dire

l'Esprit Saint. Car l'Eglise, corps

du Christ, est le "sacrement" de l'union

au Christ. Le baptême nous plonge en cette

source et la fait jaillir en nous.

Puis le prêtre invoque l'Esprit Saint pour

que l'eau qui va servir au baptême reçoive

la grâce du Fils unique:

• "Nous t'en prions, Seigneur notre Dieu:

par la grâce de ton Fils, que vienne sur cette

eau la puissance de l'Esprit Saint afin que

tout homme qui sera baptisé, enseveli dans

la mort avec le Christ, ressuscite avec le

Christ pour la vie, car il est vivant pour

les siècles des siècles".

Cette prière reprend des expressions de

saint Paul pour exprimer ce qu'a de plus

fondamental notre rapport au Christ.

Pour qui n'a pas la foi, Jésus peut être

une figure exemplaire, un héros, un prophète,

un gourou. Mais comment connaître ce personnage

- plein de séduction pour les uns, énigmatique

pour les autres - qui a vécu il y a deux

mille ans, si ce n'est par l'histoire ou l'imagination?

Et pourtant, combien d'homes et de femmes

ont découvert le Christ, parlent de lui comme

s'ils l'avaient vu de leurs yeux, comme s'ils

l'avaient entendu de leurs oreilles, et se

laissent saisir par lui dans toute leur vie

et pour toute leur vie!

La présence du Christ, bien que différente

de tout autre présence humaine, apparaît

plus vivante et plus forte que la plus profonde

communion et la plus grande intimité de

deux êtres nécessairement enclos par la

solitude de la condition corporelle des hommes.

Par le baptême, nous devenons un même

être avec le Christ, nous ne faisons qu'un

avec lui. Cela veut dire: mourir de la mort

du Christ pour ressusciter de sa vie. Car

lui, le premier, a voulu partager notre vie

et mourir de notre mort.

"Enseveli •••", ce langage met en relation

la "plongée" dans l'eau du baptême et l'enfouissement

dans la mort, la sortie des eaux

baptismales et l'entrée dans la vie divine

par la Résurrection.

Insondable réalité et beauté cachée de

ce geste sacramentel!

(Extraits de l'entretien du Cardinal LUSTIGER sur Radio Notre Dame, le mercredi 12 mars 1986)


PARIS

tMU~

NOTREDAME~

LE BAPTEME (12)

ARRACHEMENT A SATAN, LE TENTATEUR

ATTACHEMENT A DIEU, PERE, FILS ET ESPRIT

N

Voici le moment central de la liturgie

où sera donné le baptême. Il s'ouvre par

la renonciation à Satan, ses oeuvres, ses

séductions, et la profession de foi en Dieu,

Père tout-puissant, en Jésus-Christ son

Fils unique, en l'Esprit Saint. A chaque fois,

trois interrogatoires. Mais chaque fois, trois

interrogations. Mais il n'y a pas de symétrie

entre Satan et Dieu ... En fait, l'Eglise propose

au catéchumène -ici aux parrain et marraine,

aux parents- un unique mouvement de la

foi, libération de ce qui tient l'homme esclave

et adhésion à Celui qui le libère. Arrachement

ala servitude du Mal. Attachement à Dieu

qui est Vie.

***

La réponse est formulée à la première

personne du singulier: "Je renonce... Je

crOlS . ••••"

Qui est ce "je"?

. "Je" du père, de la mère, du parrain, de

la marraine qui, chacun, le prononce selon

ce qu'il peut en vérité.

"Je" de l'Eglise entière. En répondant,

k professe la foi de l'Eglise qui me dépasse

infiniment. L'Eglise, par mes lèvres, atteste

la foi qui est la sienne.

"Je", enfin, de l'enfant lui-même, bien

qu'il soit encore incapable de parler (in-fans).

Mais il parle par la bouche de l'Eglise que

ses parents, parrain et marraine représentent.

Comme sa mère l'a porté charnellement,

l'Eglise le "porte" spirituellement. Comme

il respirait par la respiration de sa mère,

sa foi encore cachée s'exprime par la foi

de l'Eglise.

***

"Croyez-vous en Dieu, le Père ... ?"

"Croyez-vous en son Fils Jésus-Christ ... ?"

"Croyez-vous en l'Esprit-Saint ... ?"

-vJe crois", "Je crois". "Je crois".

Cette profession de foi trinitaire du Symbole

des Apôtres est, à ce moment, plus que

la ratification de vérités essentielles (quoique

non exhaustives, je vous l'ai déjà dit: cf.

PND n? 109. Elle fait corps avec l'acte sacra~

mentel du baptême comme le montre bien

la tradi tion apostolique rapportée par Hippolyte

de Rome au début du IIIè siècle, où

la profession de foi tient lieu de la formule

baptismale:

"Celui qui va être baptisé descend dans l'eau. Celui

qui le baptise lui impose la main sur la tête et lui

demande: 'Crois-tu en Dieu, le père tout puissant?'

Celui qui est baptisé répondra: 'Je crois'. QU'iilê

baptise (*) alors une première fois, en tenant la main

posée sur sa tête. --

Il lui demande ensuite: 'Crois-tu au Christ Jésus,

le Fils de Dieu, né par l'Esprit Saint de la Vierge

Marie, qui est mort. .. , est ressusci té ... , viendra juger

les vivants et les morts?'. Quand celui-ci aura répondu:

'Je crois', il le baptisera une nouvelle fois.

Il lui demandera encore: 'Crois-tu à l'Esprit Saint,

à l'Eglise sainte, à la résurrection de la chair?'. Celui

qui est baptisé répondra: 'Je crois'. On le baptisera

alors une troisième fois."

Renonciation et profession de foi manifestent

clairement que le baptême est indissociablement

lutte et enfantement, action du futur

baptisé qui se laisse saisir par Dieu et de

Dieu lui-même, Père, Fils, Esprit, qui à

travers ce geste sacramentel enfante un

être nouveau à la vie divine.

***

Ainsi, il devient clair que la foi ne consiste

pas d'abord à souscrire à un certain nombre

d'affirmations théoriques ou idéologiques.

La foi est une conversion et un combat. Elle

est, d'un seul mouvement, un arrachement

et un attachement. Foi au Christ-Jésus.

Par lui, j'accède i, l'existence filiale que

je tiens du Père qui me crée. Et la puissance

de l'Esprit, en me rendant semblable au

Fils, me donne la joie et la liberté des enfants

de Dieu.

Travail d'enfantement, toute la profession

de foi baptismale est un acte de libération

d'avec Satan, l'auteur du péché, le faux-maître

de l'homme en qui se manifestent tout le

refus du Créateur par sa créature, toute

la fascination du néant.

Je rejette le père du mensonge (Jn 8, 44)

pour suivre Jésus, la Vérité "qui fait de

nous des hommes libres" (cf Jn 14, 6 et 8,

32). Je renonce aux oeuvres du Tentateur:

toute action contraire à l'amour de Dieu.

Je rejette ses séductions: tout désir qui

conduit au mal.

Recevant le pardon de mes péchés, j'accepte

d'être "séduit" - tel le prophète Jérémie

(20, 7) - par Dieu le père dont je deviens

fils dans le Fils par l'Esprit grâce au baptême

de l'Alliance Nouvelle.

(*) Entendez qu'il le "plonge", scIon le sens premier

du mot en grec.

(Extraits de l'entretien du Cardinal LUSTIGER sur Radio Notre Dame le mercredi 19 mars 1986)

PARIS "'i~

NOffiED~~~ N° 119


PARIS ~~

NOTREDAME~gJ

SACREMENT

LE BAPTEME (13)

DE LA RESURRECTION

POUR UN PEUPLE DE PRETRES, DE ROIS, DE PROPHETES

"Je te baptise au nom du père et du Fils

et du Saint-Esprit"

dit le prêtre en versant par trois fois l'eau

sur la tête de l'enfant. Le "baptême" est

suivi de trois rites très significatifs de toute

vie chrétienne.

1) L'onction avec le saint-chrême, huile

parfumée consacree lors de la messe chrismale.

Le prêtre en trace une croix sur le

front après avoir expliqué:

"Tu es maintenant oootisé ... Désormais tu fais partie

du peuple de Dieu. Tu ('8 membre du Corps du Ch~ist

et ~rticipes à sa dignité de ,.erêtre, de p~phete

et de roi. Dieu te marque de l'hUIle du salut afm que

tu demeures dans le Christ pour la vie éternelle".

Cette onction symbolise celle de l'Esprit

Saint; elle annonce le sacrement de confirmation;

elle met en lumière le sacerdoce royal

des baptisés. Le sacrement du baptême

nous fait ainsi comprendre ce qu'est la mission

des laies et la nature de toute vocation

chrétienne: ne faire qu'un avec le Christ

prêtre, prophète et roi pour agir en ce monde

par lui, avec lui et en lui.

Oui, tout baptisé est "un fils du Roi" dans

le Christ. Sa dignité est de faire partie du

peuple sacerdotal qu'est l'Eglise entière.

Le sacerdoce ministériel des évêques et

de leurs prêtres, reçu dans le sacrement

de l'Ordre, est d'une nature différente. Par

ses ministres ordonnés, le Christ agit en

l'Eglise comme Tête, "Chef", de son Corps.

2) La marraine ou le parrain remet à l'enfant

un vêtement blanc.

Plus que l'innocence ou la pureté, il signifie

que le baptisé est "revêtu" du Christ transfiguré

(cf. Mc 9, 3 : "ses vêtements devinrent

éblouissants, si blancs qu'aucun (oulon sur

terre ne saurait blanchir ainsi"), ressuscité

et glorieux.

Ainsi les élus qui participent à sa vie et

à sa joie dans la Jérusalem d'en-haut "sont

revêtus de robes blanches, les palmes à

la main" (Ap 7,9).

Si, à l'occasion de la communion solennelle

ou de la profession de foi, l'aube baptismale

a été remise en valeur au prix de rudes efforts,

je trouve dommage de ne pas avoir gardé

pour les adultes le sens du vêtement revêtu

au jour du baptême pour toute leur vie dans

l'espérance de la résurrection des morts.

Je rêve que notre époque invente pour

les jeunes (... et pourquoi pas, les moins

jeunes) un vêtement masculin et féminin

qui corresponde à l'intuition des premières

générations chrétiennes. (La mode nous

soumet bien à des fantaisies qui ne font

plus rire et dont personne n'est mort. .. ).

Le baptisé est à tout jamais une "création

nouvelle dans le Christ". C'est pourquoi

dans la tradition antique le sacrement de

Pénitence était appelé "second baptême".

Il replonge dans la grâce initiale du baptême

les baptisés qui ont' péché, le confessent

à un prêtre et, le coeur contrit, demandent

et reçoivent le pardon de Dieu, dans la joie

et la paix de l'amour retrouvé.

3) Enfin, le célébrant présente aux parents,

parrain, marraine un cierge allumé au cierge

pascal.

Vous le savez, la vigile de Pâques au cours

de laquelle nous célébrons le sacrement

du baptême, sacrement de la Résurrection

du Seigneur, commence par un rite d'illumination.

Le cierge pascal, allumé au feu nouveau,

précède dans l'église obscure la foule des

chrétiens. La lumière est signe du Ressuscité.

Le Christ, en tête, transmet la puissance

de vie, plus forte que la mort, qu'il a acquise

au prix de son sang versé.

• "Je suis la Lumière du monde" dit Jésus

de lui-même (Jn 8, 12).

. "Vous êtes la lumière du monde" dit-il

à ses disciples (Mt 5, 14).

Ces deux propositions, loin d'être contradictoires,

montrent dans toute sa logique notre

relation au Christ. Nous recevons comme

une mission ce qu'il nous donne comme une

grâce que nous ne méritons pas et qui nous

transfigure: la lumière de sa Résurrection,

sa vie, mais aussi la connaissance du père

et le pouvoir d'accomplir sa volonté dans

la Vérité et la force de l'Esprit.

Ce que le Christ fait pour nous, nous devons

le faire pour nos frères, en son Nom, avec

lui. Voilà notre mission de baptisés.

(Extraits de l'entretien du Cardinal LUSTIGER sur Radio Notre Dame le mercredi 26 mars 1986)

PARIS

rilfo!

NOTREDAME~.g;' N° 120


PARIS

NOTREDAME~

M

TIEN

LE BAPTEME (14)

PARENTS, RECEVEZ LA LUMIERE DU CHRIST:

VEILLEZ A L'ENTRETENIR.

L'enfant, baptisé, a reçu l'onction du

saint-chrême et est revêtu de vêtements

blancs. Vous pouvez offrir un très beau cierge

que le prêtre allumera au cierge pascal.

Précieusement conservé, il deviendra pour

votre enfant un beau souvenir lui rappelant

les paroles qui vous ont été dites:-

"Illuminé par--z€ Christ, qu'il avanee dans

la vie en en ant de lumière et demeure fidèle

a la oi de son baptême".

***

Les derniers rites de la liturgie baptismale

évoquent deux éléments qui tiendront une

place majeure dans la vie du nouveau baptisé:

. l'assemblée entoure l'autel du Saint Sacrement.

L'Eucharistie est proposée en espérance

à cet enfant. Un jour, il s'offrira au Père

avec le Christ, il participera au festin pascal,

il recevra ce qu'il est déjà: le corps du Christ .

. Puis, tous les membres présents sont invités

à dire la prière du Seigneur, le "Notre Père".

Cette démarche, simple et brève, comporte

pour vous, parents, une exigence à laquelle

vous ne pouvez vous dérober. Je vous ai

encouragés à vous en remettre à la foi de

l'Eglise si votre foi vous semble hésitante

ou chancelante (cf. Le baptême 3). Maintenant,

je vous avertis avec gravité et fermeté

de votre responsabilité à l'égard de votre

enfant. Les conditions pratiques de la transmission

de la foi de l'Eglise dépendent de

vous.

L'Esprit Saint fait naître la foi. Mais vous

êtes responsables de donner à votre enfant

les moyens pour que Dieu agisse en lui. En

le mettant au monde, vous lui avez transmis

une vie qui ne vous appartient pas. Mais

il dépend de vous de lui donner tout ce qui

est nécessaire à son développement. Ainsi,

vous n'avez pas. fabriqué -son cerveau ni

sa capacité de parler; mais vous êtes responsables

de lui parler pour que cette capacité

s'éveille en lui, sinon il sera un enfant-loup!

Au premier rang de ces moyens qui dépendent

de vous, vous pouvez offrir à votre enfant

l'image d'un père et d'une mère unis par

l'amour. Tant d'enfants sont perdus par des

foyers brisés!

Si vous êtes tentés de vous séparer, faites

appel au meilleur de vous-mêmes pour surmonter

cette épreuve par un surcroît d'amour.

Croyez-moi, cela est possible. Essayez: d'autres

l'ont fait et réussi avant vous. L'amour

est un don au-delà de soi-même, si forte

en soit la souffrance. Le prix payé pour

votre enfant n'est pas trop grand. L'amour

ne s'épuise pas avec le désir. Il s'accomplit

par le travail d'un enfantement. Sa douleur

fait partie de sa beauté et, souvent, sa fécondité

s'inscrit dans la voie du sacrifice. Cet

amour, il faudra en donner la preuve à votre

enfant, même si, malgré vous, votre couple

s'est désuni .

Revenons à la fin du baptême. Ce petit

bébé que vous portez dans vos bras: à son

oreille, vous avez dit le "Notre Père". Donc,

vous devez lui apprendre que, dans le Christ,

il a Dieu pour Père et prendre les dispositions

pratiques pour son éducation chrétienne.

Exigez le respect du temps de la catéchèse.

Dites à votre enfant: "Il est plus important

que tu découvres qui est Jésus-Christ que

de faire du judo ou du piano". Bousculez,

s'il le faut, votre programme de télé ou

de week-end, vos vacances ou votre budget.

Un jour, votre enfant vous demandera des

comptes: "Mes parents m'aimaient-ils vraiment?

Ont-ils pris les moyens de me donner

des raisons de vivre et de croire? Ou préféraient-ils

leur confort ?".

Réveillez-vous. Votre responsabilité est

engagée pour que votre enfant apprenne

à devenir semblable au Christ et à prier

le Père, dans l'Espri t.

***

Enfin, le nouveau baptisé est confié à l'intercession

de la Vierge, au chant de son "Magnificat".

Remis entre les mains maternelles

de Marie, figure de l'Eglise, votre enfant

est ainsi appelé à grandir dans le Christ,

le Fils éternel de Dieu qu'elle a enfanté.

Et puisse le baptême d'un petit enfant

vous illuminer et vous rendre à tous la joie

de votre propre baptême.

(Extraits de l'entretien du Cardinal LUSTIGERsur Radio Notre Dame le mercredi 2 avril 1986)

FAAIS ~~

NarRE DAME".&>'N° 121


PARIS M

NOTREDAME~

LE BA PTEM E (I5 fin)

BAPTISE, DIEU VOUS A CHOISI.

VOUS ETES "DU CHRIST".

L'un de vous m'a confié:

"A un certain momen t, j'ai reqre f té que mes oorcn Is

m'aient (ait baptiser étant bébé. Puis je me dis que

s'ils ne l'avaient pas (ait, je n'aurais protxiote nu-n!

pas été aujourd'hui parmi les disciples de Jésus. rontemoorain

du Christ, je me serais sam doute situé

parmi ceu.x qui reoarderit d'un peu loin, ln f riqur..<

mais sans le courage de le suivre".

Il n'est pas rare que des chrétiens critiquent

- voire récusent - la décision prise par leurs

parents de les faire baptiser à la naissance.

D'autres ont la nostalgie d'un itinéraire

différent du leur. Ils envient ceux qui, adultes,

ont découvert la foi. En faisant baptiser

leur enfant, les parents feraient-ils donc

peser sur son existence un choix aussi arbitraire

que celui de lui faire apprendre l'allemand

plutôt que l'anglais, ou de le faire

vacciner?

Raisonner ainsi c'est ramener le baptême

à n'être qu'un geste qui ne dé~end que des

hommes: les parents et l'interessé: C'est

oublier Dieu gui y agit et gui intervient

dans la vie de chacun, par amour. Comment

cela?

***

Vous qui avez été baptisé jadis, quelle

que soit la manière dont aujourd'hui vous

vivez votre baptême, entendez-moi. Dans

ce choix fait par vos parents, dans ce geste

sacramentel du baptême, c'est Dieu lui-même

qui vous a appelé. Il vous a choisi d'un choix

irréversible. Dieu est fidèle et l'homme

ne peut pas interdire à Dieu de l'aimer "jusqu'au

bout". Dieu, que, peut-être, vous ne

connaissez plus et en qui vous ne croyez

plus ou si mal, Dieu, irrévocablement, vous

garde dans son choix et dans son amour

sans retour. Vous pouvez, vous devez compter

sur lui.

Le baptême n'est pas seulement un rite

qui confère une identi té religieuse: il est

une vocation, un ~ un choix fait par

Dieu... Oui, Dieu vous a choisi, fût-ce par

les conditions de la naissance, la tradition

d'une famille, l'époque, le pays où vous êtes

né. Il attend que vous remplissiez une mission.

Quelle que soit la faiblesse de votre foi.

Quelle que soit votre vie: apparemment

ratée, inutile, brisée par l'échec, la maladie,

bientôt la mort, ou au contraire réussie

humainement et pensant se suffire à

elle-même.

Pour quoi Dieu vous a-t-il appelé par le

baptême? Qu'avait-il "en tête"?

. A cette question, Dieu destine une réponse

personnelle à chacun, votre secret. Vous

le connaîtrez au bout du chemin, quand

vous le verrez face à face (cf. Ap 2, 17).

. Il existe aussi une réponse plus générale

qui vaut pour tous les baptisés. La voici:

Dieu vous a choisi pour que vous deveniez

semblable à son Fils, pour que vous soyez

"du Christ", dans le corps du Christ qui est

l'Eglise. Et qu'à votre tour, vous soyez signe

"du Christ" pour le monde, pour les hommes

que vous côtoyez et pour l'humani té entière

- invisiblement par l'offrande de votre vie

et votre amour, dans la communion des

saints.

Baptisé, vous êtes appelé à travailler à

votre place au salut du monde. A la manière

du Fils de Dieu. Par le mystère de la Pâque

du Christ, Dieu ouvre la porte à l'espérance

des hommes: la vocation de l'homme est

divine; il est fait pour vivre en enfant de

Dieu. Il est fait pour aimer de l'amour même

de Dieu.

Baptisé, votre vie devient le chant du Christ

à la louange de Dieu. Par vous, Jésus dit

à ses frères sa parole de paix. Par vous,

le Christ pardonne et bénit.

Voilà donc votre vocation: être un artisan

de paix par le pardon et la bénédiction du

Christ, manifester la bonté de Dieu et sa

miséricorde. Si vous comprenez que cette

vocation dépasse la limite de vos forces,

appuyez-vous sur la force de Dlëlï: l'Esprit

Saint. Alors vous découvrirez la grâce de

votre baptême, votre identité cachée: vous

êtes "du Christ", Messie, oint, saint de Dieu.

***

Dans la libre décision des parents de faire

baptiser leur enfant se manifeste le libre

choix de Dieu qui l'appelle par son Fils:

"En ces jourS-là, Jésus s'en alla dans la montagne

pour prier et il passa la nuit à prier Dieu. Puis le

jour venu, il appela ses disciples et en choisit douze"

(Le 6, 12 sq),

Cette prière du Christ, son choix et son

appel sont à l'origine de votre baptême aussi.

(Extraits de l'entretien du Cardinal LUSTICEH sur Radio Notre Dame le mercredi 9 avril 1986)

PARIS

NOTRE

DANIE

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