JML 2005 01 13 PND Parents et amis des victimes du séisme d'Asie ...

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JML 2005 01 13 PND Parents et amis des victimes du séisme d'Asie ...

Au fil des événements, avec l'archevêque dl

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PAR LE CARDINAL

LUSTIGER

Ce malheur nous

frappe: ce n'est pas un

soudain malheur qui

s'abat sur des pays lointains.

Nous sommes

des frères qui souffrent avec

et pour des frères, frères en

humanité, frères dans le Christ.

Leur malheur est notre malheur.

En cette fête de l'adoration des

mages, il nous faut aussi méditer

le massacre des enfants de

Bethléem ordonné par Hérode;

le récit en est omis par la lecture

que nous avons entendue.

Car le mystère chrétien n'annonce

pas aux hommes un bonheur rêvé

et donc illusoire. Il révèle Dieu

qui entre dans notre histoire.

Il prend à pleines mains les

malheurs des hommes, les

drames de l'humanité: non

seulement ceux causés par les

grands cataclysmes dont nous ne

sommes pas maîtres, (encore que

dans le cas présent on puisse se

demander s'il n'y a pas eu des

erreurs ou des fautes qui ont

accru l'énormité du désastre),

mais aussi ce malheur permanent

auquel les hommes sont

affrontés, le malheur causé par

notre péché. Dieu fait sien le

destin de l'homme, notre destin.

Portezvotre regard sur la statue

de la Vierge, la Pietà située au

fond de cette cathédrale depuis

le XVII' siècle. Elle présente un

contraste saisissant:

- Marie porte sur ses genoux le

corps mort de son Fils

descendu de la croix. Elle lève les

bras en un signe de prière,

d'imploration. La douleur de

Marie rejoint la douleur des mères

des Saints Innocents. « C'est

Rachel qui pleure ses enfants et

qui ne veut pas être consolée Il

nous dit saint Matthieu qui cite

Isaïe (31, 15). Marie, cependant,

dans cet abîme attend la consolation

promise par le Seigneur

« qui relève Israël son serviteur et

se souvient de son amour, de la

promesse faite à nos pères en

faveur d'Abraham et de sa race à

jamais Il (Lc l, 54-55).

- C'est pourquoi, au-dessus cette

expression de la douleur de

Marie, s'élève ce signe de la

Croix que les artistes ont voulu

recouverte d'or, de gloire,

d'espérance de la vie.

Voilà le chemin que nous devons

suivre à notre tour. Refusons de

nous laisser envahir par l'effroi,

l'indignation ou le dégoût. Il ne

suffit pas non plus de manifester

la solidarité que nous inspire

l'émotion; si grand soit le

malheur, elle peut disparaître en

quelques jours. Aimons en vérité,

aimons d'un véritable amour

de compassion. Il nous provoquera

à savoir partager la

responsabilité des biens matériels

et spirituels que nous avons

reçus. Par ce vrai partage, la

souffrance des autres devient

aussi notre souffrance; de même

que le Christ porte nos souffrances

et que l'Esprit nous

pousse à partager la souffrance

du Christ. Bien sûr, nous pouvons

nous payer de mots mais la vérité

nous attend, non tellement pour

mettre à l'épreuve notre sincérité

que pour rendre plus courageuse

notre charité.

Les mages viennent pour

reconnaître et adorer l'Enfant -Roi

d'Israël. Leur venue manifeste

l'universalité du salut, mais

aussi la solidarité universelle

des hommes dans les tragédies

de notre destin. Cette solidarité

n'est pas créée par notre

civilisation de communication.

Cette solidarité s'origine dans

la profondeur de la condition

humaine. Chaque homme est

appelé à ouvrir son cœur à la

dimension de tout homme. Ainsi

chacun pressent que sa propre vie

est portée par cet immense corps

de l'humanité qui est « récapitulée

dans le Christ Il comme le dit saint

Paul (Ep l, 10). Dès lors, nous le

voyons, chacun est de quelque

façon responsable des autres, de

tous ceux dont il doit s'approcher

pour en devenir le prochain. Loin

de nous écraser, cet amour, au

contraire, nous donne la force de

partager l'espérance.

Rappelez-vous aussi une parole

du Christ lorsqu'on lui rapporte le

massacredes Galiléens par Pilate

(cf. Lc 13, 1-5), Pour répondre,

Jésusévoque la chute d'une tour

sur les habitants de Siloé.Lesgens

s'interrogent: est-ce une punition

de Dieu? Jésus ne répond pas à

cette question, car nous n'avons

pas le pouvoir de nous mettre à la

placede Dieu pour juger les autres

ni nous juger nous-mêmes.

+

Mais voilà l'enseignement qu'il en

tire pour ceux qui l'écoutent:

Voyez combien est fragile votre

vie, combien soudainement elle

peut être interrompue et

s'achever! Tournez-vous vers

l'essentiel, retournez-vous vers

Dieu, convertissez-vous.


nous est donné, attendant qu'il

s'écoule. Chaque instant de

notre vie est un don immérité;

il nous appelle à donner le

meilleur, à ouvrir notre cœur à

plus grand que nous, à faire la

vérité. Car aucun de nous n'est

maître de son propre destin.

Ce rappel peut être cruel quand il

prend la figure du malheur et un

malheur aussi immense! Pourfaire

face à cetragique des événements,

il faut que nous ayons en nous

cette vigilance des "veilleurs"

sanscesseattentifs à l'essentielqui

fait la dignité et la grandeur de

l'existence humaine.

*

Après avoir professé la foi,

comme nous le faisons chaque

dimanche, je vous inviterai, frères,

à vous unir au chant du De

profundis chanté sur le ton antique

de Paris. Je vous en rappelle les

paroles:

« Des profondeurs,

je crie vers toi, Seigneur,

Seigneur, écoute mon appel !

Que ton oreille

se fasse attentive

au cri de ma prière!

Si tu retiens les fautes, Seigneur,

Seigneur, qui subsistera?

Mais près de toi

se trouve le pardon

pour que l'homme te craigne.

J'espère le Seigneur

de toute mon âme;

Je l'espère, j'attends sa parole.

Mon âme attend le Seigneur

plus qu'un veilleur

ne guette l'aurore.

Oui, près du Seigneur

est l'amour;

près de lui abonde le rachat.

C'est lui qui rachètera Israël

de toutes ses fautes. »

La soudaineté du malheur nous

fait mesurer dans la fragilité de

notre vie sa grandeur. Réveillonsnous.

Nous ne devons pas vivre,

« en ne vivant pas », en oubliant

l'enjeu véritable de notre vie.

Nous ne sommes pas en roue

libre dans le temps de vie qui

Pendant ce chant, nous prierons

pour les morts, pour les vivants,

pour nous-mêmes. 0

> (1) Homélie le dimanche 2 janvier

2005 à Notre-Dame de Paris, fête de

l'Epiphanie du Seigneur: 15 60, 1-6 ;

Ps71; Ep 3,2-6; Mt 2,1-12

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